Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 mai 1937, mai
LE BULLETIN DES Recherches Historiques VOL.XLIII LEVIS, MAI 1937 LETTRE DE L’ABBE ETIENNE CHARTIER A L’HONORABLE LOUIS-JOSEPH PAPINEAU (Suite et fin) Je reprends mon sujet.— Même quand vous êtes parti, je ne dirai pas pour une mission, car vous n'êtes nvo\c de pei sonne, mais pour un voyage qui pouvait être si important, t .1 fIue votre voyage de France; j’ai fait tout en mon pou-voii pour vous faire entendre la nécessité de partir avec un cat actéi e aussi public qu il nous était possible de vous le don-nei .mais en vain: vous ne voulez pas encore d’une organisation; vous ne voulez être contrôlé, ni avisé, ni restreint par personne, ni être responsable a personne.Serait-ce donc pour nous faire passer du despotisme breton sous celui d’un I )ic-tateur canadien, que vous auriez voulu révolutionner le pavs, dans 1 espoir que vous seriez ce dictateur?Ou penseriez-vous pouvoir seul gagner 1 indépendance du pavs, et seriez-vous jaloux d a voit des collaborateurs."' \ ou s n’osates pas me détourner ouvertement de travailler à une organisation; mais j*t devinai facilement que ce n’était pas votre goût: toujours n avez vous pas voulu, malgré ma réquisition, ajouter un mot.a votre réponse à 1 adresse de Svvanton, dont vous nie faisiez le porteur, pour recommander la mesure.N’étant autorisé ni envoyé de personne, je sens que vous n’avez de compte a rendre a personne, et quoique vous a'ez dit que c’était un voyage entrepris "pour des objets d’un intérêt public”, et que vous ne pouviez nas juste pour cette raison que vous le fissiez a vos frais ( 1 ) : on ne peut pas dire cependant que vous [(1) M.I*.il n rien perdu pendant les troubles: ni sa personne ni sa lionise en ont souffert.1 130 soyiez strictement lié d en donner des nouvelles à personne, pas plus à ceux qui vous ont facilité ce voyage en prenant sur eux la responsabilité des dépenses, qu’à tout autre; mais aussi jusqu à ce qu il apparaisse soudain des résultats frappans de ce voyage, il doit etre pour nous comme s’il n’était pas, et il ne doit pas plus influer sur nos déterminations présentes que ce qui se passe eu ce moment dans l’intérieur du cabinet de 1 hmpereur de la Chine.C est là encore, Monsieur, une au-tie conséquence nécessaire à laquelle vous vous exposez: si vous voulez absolument travailler seul et hors la connaissance de vos compatriotes, pourquoi ne prendraient-ils pas aussi la résolution de travailler sans vous?Par pan refertur.— Il semble donc qu en chef habile, après la dispersion de 1837, votre devoir était de rassembler les débris du parti patriote épars sur la frontière, de les concentrer par une bonne organisation.dont vous auriez pu être le mobile en vous en faisant 1 auteur.\ ous auriez pu consolider l’influence que vous aviez déjà acquise, en vous entourant des lumières de tous et agissant de concert avec eux.Vous auriez pu surtout la taire servir, cette influence, à conserver l’union (qui fait la force) et 1 harmonie entre les réfugiés; et en correspondant avec les hommes influens de 1 intérieur, vous auriez attisé chez eux le feu du patriotisme qui parait s’être éteint: au lieu qu un chef improvisé tout-à-coup, privé, malgré son mérite et ses talens, de cet ascendant que l’habitude seule donne, n’a pu empêcher la mésintelligence de se glisser parmi les subalternes, et qu il n a pas été possible d extirper jusqu'à ce jour.\ ous avez fait la une grande faute, et c'est la 5e qu’on vous reproche principalement.\ ilà.mon cher Monsieur, ce que mon amitié pour oms m a fait un pénible devoir de vous dévoiler; voilà ce que 1 on pense et dit de vous.C’est le tableau vrai de votre popu-laiite actuelle.Je ne 1 ai point surchargé; au contraire il y ma vue plusieurs traits de pinceau que j’aurais pu v a.jouter; mais cette esquisse est suffisante pour vous donner une idée de celui que 1 impartiale histoire prépare de vous pour la postérité.— Ce tableau est peu flatteur, sans doute : mais il dépend encore de vous de le réformer: car je suis loin de croire que tout est désespéré pour vous, comme j’espère vous en con- 131 vaincre par le portrait véritable que je vais vous donner de l’état des partis en Canada.Il est de fait indubitable par les rapports journaliers qui nous viennent du Canada, et surtout par le ton des presses des deux partis, que grace a la cruauté de Sir John Colhorne et au despotisme de son administration, le virus révolutionnaire s insinue de plus en plus dans la masse du peuple canadien, et que la loyauté du peuple tory s'affaiblit dans la même proportion, surtout dans les townships.Tous, à l’exception des officiels, sentent a présent que le régime colonial est la ruine du pays.On dirait presque cette automne que les enragés torvs voudraient révolutionner à leur profit, par les appels que leur font leurs presses.Tout languit, le commerce est tombé, l’émigration presque arrêtée, plus d’entreprises, plus de travaux, le manque de sécurité et de confiance publique rend le mal-aise universel; toutes les classses souffrent, mais surtout la classe ouvrière, qui déserte le pays.Les papiers torvs admettaient eux-mêmes ce printemps que de là au mois de novembre actuel, l’émigration du Mas-Canada aux Etats-Unis se monterait à 25.000 au moins.Comme le bruit avait couru cet été que le Gouvernement allait s’occuper à remettre la milice canadienne sur pied, on voyait arriver par quarantaine les jeunes gens des meilleures familles de campagne, qui fm aient le Canada dans la crainte d’être enrôlés "pour la Reine”.Voilà une nouvelle cause d’émigration que les papiers torvs n’avaient pas mise en ligne de compte.Il v en aura bientôt encore une autre; car le Gouvernement a déjà commencé à confisquer les biens des “rebelles”; il faudra bien pour le coup que ceux-ci émigrent.Tant mieux; |nous aurons sous la main les matériaux pour une nouvelle invasion, et des matériaux de la meilleure trempe: ces gens auront non seulement une partie à reconquérir, mais encore leur gîte domestique à reprendre.| — A propos, on dit que l'ous avez eu la sai/c précaution de mettre depuis lont/tcmps vos hints à l'abri de la confiscation.— | Le Gouvernement lui-même est loin de se croire en sûreté au milieu de ses baïonnettes: la désertion continue |19j toujours parmi ses troupes régulières et ses milices volontaires, malgré les rigueurs qu’il exerce contre les déserteurs: mais ceux qui ne réussissent pas à s’échapper, il 132 les tue sans miséricorde; cela diminue le nombre tout de même eue s ils eussent déserté.— Il sent d ailleurs qu'il règne sur une population exaspérée: il a établi une police dans tous les villages un peu considérables des 1 Hstricts de Montréal et des I rois-Rivières.c’est-à-dire, une foule de petits tyrans subalternes, qui harcèlent chaque individu du peuple en toute ma-nitîe et tous les jours et pour toute chose; ceci avec la confiscation des biens et la transportation des prisonniers, doit sûrement consommer le mécontentement parmi le peuple; si bien :tu la fei mentation gagne aussi le District de Québec jusqu'à pi ésent si tianquillc.— Aussi, L,c C ouodini qui y exerce une influence bien méritée, v a-t-il tenu tout l’été un ton propre à élevei 1 opinion publique, et qui fait infiniment d’honneur àson caractère inoral et politique.Avant l’insurrection il blâmait les, instil gés, aujourd hui qu ils sont dans le malheur, malgré qu ils l’aient proscrit lui-même, il les défend, et noblement; au point que la Gazette-Neilson, le Mercury et le Herald l’ont oi.ja menacé de le faire renvoyer a la pension du géolier de Quebec, d'où il ne fait presque que de sortir.Malgré le dénû-aicnt et le manque total de ressources des réfugiés, malgré la honteuse hostilité du Gouvernement Américain contre nous, les 1 routières sont toujours gardées à grands frais par des milices volontaires.Les journaux torvs ne peuvent cacher leurs terreurs, et presque chac|tte semaine ils ont quelques nouveaux reves d’invasions projettées à annoncer à leurs crain-‘ h'cteurs.Ceci a le bon et fet en même tems d’entretenir les espérances des Canadiens: aussi le peuple, qui ne raisonne pas votre conduite, s’attend-il chaque jour à vous voir revenir de rance a la tete de quelques milliers, ou au moins de quelques tentâmes de braves français avec les autres secours néc’ssai->es:, et nous, les réfugiés, avons le bon esprit, au moins ceux qui en ont.de ne pas vous dénigrer, afin de ne pas jeter parmi ,e peuple le découragement et surtout la défiance en tout chef; cetim serait un mal sans ressource.Voilà le beau côté de votre ::: au contraire, pour entretenir le feu sacré du l’atrio-tis'ne, nous serons forces de vous soutenir tant que le peuple croira que c est vous qui en êtes le Grand-prêtre ord’naire.Mais prenez garde que le bandeau ne vienne à tomber des yeux c.u peuple: vous en seriez autant exécré et méprisé que 133 vous en fûtes ci-devant aimé et admiré.Depuis deux ans d’inaction.le peuple néanmoins commence à avoir un doute vague sur vous.Mais vous avez bien des ennemis parmi les hommes pensans au Canada.Vous savez bien que vous vous en êtes faits vous-mêmes de tous ceux qui ont osé avoir une pensée à eux sans qu’elle eût | —01 sa racine dans votre tête: toutes les gens, par exemple, de Québec, que vous avez cherché à abattre en masse, vous avez peu d'influence à exercer seul parmi eux; vous pourriez encore beaucoup, réuni à d’autres.Pourtant aujourd’hui c’est sur Québec que nous sommes obligés de jeter les yeux; |car, comme je vous l’ai déjà dit, les Chefs de Montréal sont d’une froideur désespérante.C’est pourtant votre famille, le cercle de vos dévoués qui dominent la, a Montréal : voilà encore qui u'est pas de nature à vous rehausser dans l’estime des gens.Mais aussi, eux qui sont accoutumés à ne se guider que sur vous, quand ils ont vu que vous vous croisiez les bras, ils en ont fait autant.— Vous seul pouvez faire mouvoir ces mannequins sans âme: si vous pouvez y réussir, c’est votre meilleure chance; cela sera un coin mencement de réparation do votre part.Ce n'est pas que leur influence puisse vous servir beaucoup, ils n'en ont plus, du moins ils ne doivent plus en avoir: je parle particulièrement de vos deux cousins C.S.C.et P.M.Y.— La lâcheté de leur conduite et leur dégoûtante mesquinerie lors ries procès des insurgés l’hiver dernier, leur refus rie seconder les efforts d’un généreux anglais.Mr Walker, qui nous en a donné lui-mènie les détails, les a rendus un juste sujet rie mépris pour nos adversaires et, je suppose, pour les Canadiens aussi.— Mais conseillez-leur que, quand les choses se renoueront, ils rachètent leurs torts passés par leur bourse: car sovez sûr que les choses se renoueront, tôt ou tard: et je vous prédis que si, jamais la fortune seconde notre zèle, tous les lâches déclama-teurs seront ceux qui seront les plus rançonnés.Quand à moi, ce n’est | [pas à me venger des torvs personnellement que je vise, mais à en débarrasser le pavs: cependant je dois vous avouer que je désire de tout mon coeur punir ces lâches et hypocrites canadiens, ces soi-disant amis du peuple, chez qui l’avarice la plus sordide étouffe tout généreux sentiment.C’est contre eux, ou plutôt contre leurs biens, que j'aurais du plai- 134 sir à exercer une juste rétribution, si toutefois ils ne reviennent a résipiscence.Je vous le répète, Monsieur, agissez sur cotte méprisable aristocratie de Montréal: c'est la première preuve que vous pouvez nous donner de vos bonnes dispositions.Quand au peuple, il est toujours bon : parce que dans toute commotion publique le peuple est toujours sincère: ce sont les gentilshommes qui ne valent rien, à bien peu d’exceptions piès.la plupart se sont déjà façonné le cou au joug de la ser-\itude.tandis que le peuple regimbe contre l'aiguillon.] Tournez [donc] vos regards vers ce bon peuple qui vous a si fidèlement supporté jusqu’à présent; mais travaillez tout de bon à meiiter sa confiance.[21 | L’occasion ne fut jamais plus favorable.11 est si fatigué du régime colonial, si impatient du joug de,1 étranger, qu’il recevrait volontiers sa délivrance de celui qu’il aurait cru auparavant son plus grand ennemi.[Due les renégats politiques Debartzch, John Neilson, Cuvillier, ou que tout autre déserteur revienne à son bon sens, (peut-être cette supposition pourrait-elle se réaliser) qu’il fournisse les moyens de mettre une armée sur pied et se mette à la tête du mouvement ; je suis persuadé nue tous marcheraient à sa suite: pour moi, j’en donnerais l’exemple.] Voilà qui vous sauve: car assurément on ne peut pas vous croire pire qu’eux \ nus pouvez donc encore, au moins j’ose m’en flatter reconquérir la palme que vous avez tant de fois laissé échapper.— aïs mettez-vous bien dans l’esprit que rien moins que l’in-< ependance absolue de l’Angleterre ne peut satisfaire les Canadiens, et surtout le bas peuple (1).Vous lui avez prêché la Kb( llion, vous lui avez fait perdre toute confiance quelconque ( n 100 gallons de soupes et lorsque la Salvation Army débuta à Montréal, Joe Beef demanda 151 aux Salvationnistes d'arrêter devant sa taverne, chaque dimanche, pour chanter des hymnes et il leur versait une obole.A l’intérieur de sa buvette, il avait placé deux troncs en evidence.l'un pour l’hôpital Notre-Dame, l'autre pour le General Hospital et il invitait son monde à v déposer quelques sous.„ , Ce cantinier philanthrope mourut le 15 janvier 1889, age de .H ans, et il fut inhumé au Mount Royal cemetery' Ce fut la Salvation Army, croyons-nous, qui lui succéda dans son local.La taverne connue sous le nom de French Mary, fut un Music Hall ou un café chantant : des chanteurs, musiciens, acrobates, professionnels ou amateurs y donnaient des representations.L’établissement avait été fondé par 1 bornas l’.urdett ; celui-ci se déplaça plusieurs fois, mais ce tut au coin des rues St-Gabriel et des Commissaires, et grace a dame Burdett que la taverne eut grande vogue Parmi les matelots de qui elle était connue sous le nom de French Mary.Sur l’état civil de cette cantinière, voici ce que nous apprennent d’anciens journaux : Elisabeth Langevm, née à Sorel, épousa à 20 ans, Régis Bernard, comptable.En deuxièmes noces, elle convola avec Thomas Burdett ; enfin, son troisième mari aurait été Wil-inu Horion.Cette populaire femme d’affaires s’éteignit le 14 mars 1896, et son service funèbre fut chanté à la chapelle Notre-Dame de Lourdes, E.-Z.Massicotte QUESTIONS i i 1761.\le £°uverneur Murray fit explorer la vallée de la Chaudière.Y a-t-il un rapport écrit au sujet de cette exploration ?XX Où la riviere Saint-François prend-elle sa source ?Quelle est la longueur de son parcours et ou se déverse-t-elle ?St-Ers. TROIS LETTRES DU P.MARQUETTE A l’occasion du troisième centenaire de la naissance du P.Jacques Marquette ( 1 ), il nous a paru bon de faire connaître aux chercheurs canadiens quelques documents qui ne sont pas sans intérêt et qui ont été publiés en ces dernières années seulement.Les deux premiers ont trait à la vocation missionnaire du R.Marquette.Quand un jésuite voulait se donner à l’apostolat des missions, il devait en faire la demande par écrit au T.R.P.Général.On conçoit facilement l'importance de pareilles lettres pour l’histoire.Si, malheureusement, elles n’ont pas été toutes conservées, il en existe encore des centaines aujourd’hui aux Archives Générales de la Compagnie de Jésus, à Rome, sous le titre “Indipetae”.(2) Chose étrange, ces documents semblent avoir été ignorés des historiens d’autrefois (3).Dans l’"Archivuni historicum Societatis Iesu”.1935, pp.268-290, le R.P.Gilbert Garraghan.S.J.a publié, pour la première fois, le texte latin des deux lettres que nous reproduisons ici (4), en y ajoutant une traduction française.La lettre du P.Marquette, en date du Cap de la Madeleine.1667, est, à notre connaissance, le second document dû à la plume du célèbre jésuite pendant ses années de séjour dans le Bas-Canada (5).Léon Pouliot, S.J.«O, -Lacques Marquette.né ft Laon, lp 10 juin 1037.entre ntt noviciat
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