La Vérité, 1 août 1901, samedi 10 août 1901
m i j N (iMtoiiUUAy 1 v rue St Jen»* 216me ANNEE NOTRE-DAME DE QUEBEC, SAMEDI 10 AOUT 1901 No.2 AVIS LA VÉRITÉ ABONNEMENTS TOIT K DEMANDE DK CHANGEMENT d’aDRKSSK DOIT ÊTRE ACCOMl’AUNEK DK L'ANCIENNE ADRESSE.Canada 7o et qu'il a gardées depuis.Parfait ; mais il faut reconnaître en même temps au gouvernement le droit, pour le moins aussi indiscutable, de protéger son existence.11 est bien connu que le- prétendant léanistes et bonapartistes conspirent tout le temps contre la République, à l'intérieur et A l’étranger par des agents régulièrement accrédité-.Il est également bien connu que levier.' , surtout le clergé régulier, est en général f.vorâblé aux partis monarchistes.Plusieurs de se» membres le.- plus militants se compromettent dans les agitations politique*.C’est leur droit, sans doute ; mais c c.-.t au-si celui de la République de s'entourer de précautions en mettant surveillance.Après avoir provoqué l'expulsion des prétendants,c'est bien le moins auquel puivient s'attendre leurs agents en France, religieux ou civils.Plusieurs en Canada jugent sévèrement la loi .-an* réfléchir auparavant A toutes ces La portée do la loi relative aux associations a été exagérée, et, au dire du premier ministre, il est nullement qu lion d expulser les membres de* congrégations qui rendent de si grands service- en France et A l’étranger : niais dans un corps aussi nombreux il es- Sixième conférence, par M.A Clia-tigny, ancien professeur.— Sujet : De l'arithmétique n l'école primaire.— But de cet enseignement aux trois degrés de l’école primaire.— Méthodes à suivre.— Procédés à employer.Septième et huitième conférences, par M.Charles Lefèvre, professeur à l’Ecole normale Laval, Québec.— Sujet : Le destin.— But et utilité de cet enseignement.— Méthodes à sut-1 vre.— Procédés à employer.Neuvième conférence, par Cassegrain, processeur à l’Ecole normale Jacques-Cartier, Montréal.— Comment enseigner la grammaire aux J rois elcgrés de l'école primaire.Dixième conférence, par M.Désaul-niers, professeur à l’Ecole Montcalm, Montréal.— Sujet : La part eju’il con vient /le faire n la mémoire dans un sys-te e d'éducation hien compris.Onzième conférence, par M.A.-B.l’Ecole —Sujet : L i gé >-Nécessité d’enseigner vet teles degrés de l'école primaire.—Ce que comprend cet enseignement au dégré élémentaire ; au degré modèle ; au degré académique.— Méthodes à suivre et procédés ïl employer en enseignant la géographie aux différents degrés de l’école primaire.di\- tvtC» chaudv- qui sont réfractaires aux ordre.- du-évêques diocésain- et nié me aux (I i recti on-pontificales.C Vrt contre cette rîa.-sç de religieux militants que le gouvernement a font bien de se grouper discuter des questions campagnes pour étudier ou d’intérêt professionnel.On arriverai ainsi au double résultat d’augmenter qui s’occupe de bateaux est tellement lumineuse que le réducteur de la Presse n’a cru tie voir s armor.L’explication donnée par l'homme plus facilement la somme de ses connaissance et de développer agréablement l'esprit des confraternité.s or- pas cru devoir y ajouter un mot de commentaire ; de sorte qu’au-jourd'hui, les lecteurs de ce journal sont informés, par l’intermédiaire de M.1.O.o:—:o Doctrines & Opinions M.Henry Bayard et l'aiuérica-nisme.Depuis le commencement de juillet, la Semaine Religieuse de Montréal publie une intéressante correspondance américaine signée : Henry Bayard.En dépit de son nom chevaleresque, ce monsieur ne parait pas aimer tous les combats.A la date du 4 juillet il écrivait : 1- Poiudron, que la lui relative aux associations a été adoptée pour forcer de religieuses têtes chaudes à cesser d’etre “ réfractaires aux ordres des évêques diocésains et meme aux directions vn»enu» «ai -V." pontificales." C’est pour cela, sans doute, que Léon XIII vient d’écrire aux supérieurs généraux ries Ordres et Instituts religieux : Uharbonneau, professeur à Montcalm, Montréal.graphic.— matière à tous ch L .journal irlandais de Montréal, le Truc , bien que recommande pur L archevêque de Montréal aux catholique» de langue «nglnisc, n'a pas fait exception il la règle II a jugé avec une rigueur tout irlandais la loi française sur les associations.'¦ Il v-t clair, dit-il, d'après ce que décrète la !«ii, qu'aucune communauté, ni ordre religieux, qu'il soit missionnaire, enseignant, mi autre chose, ne peut exister en K ran e tant quo cette loi souillera les statut- ilt ce pays.I/' pape, en ordonnant aux eongrégytion» de »c soumettre A la loi, démontre évidemment que la loi ne le* supprime point.La République ne veut pas la mort des congrégations, mais qu'elles se convertissent 1 Il vient de paraître A Boston une nouvelle vie du Père Heckerpar Henry Sedgwick.K lie appartient a la collection des Biographies Beacon, dont n le but est de fournir nu récit authentique des actes de ces patriotes qui ont le plus profondément agi sur le caractère et sur l'histoire du pays Il faut espérer que cette brochure ne ressuscitera par les discussions mortes sur la question de savoir : /> 1*;r> Hakrr ont d’é- lidonivnt liée» en-unies le.- une- dans les autres par de fortes lames de fer qui couvrent les ontures.De plus, les quatre montant - angulaires sont joint» l'un à l'autre par dis chevron» croisé-, qui régnent de distance en distance dans toute la longueur, non seulement perpendiculairement sur quatre tac*-» de cette construction, mais enc< rv horizontalement de 15 pieds en lû pieds ; de manière cependant à laiss r Mais autrement lamentable est le1 un vide à l’intérieur, qui permet d’y placer lier échelles qui ont pour hases les rixes à égale distance, et qui sont éclairée» par des ouvertures ménagée- à qui passent en égouttant la rosée, des invocations pieuses ondulent dans l’air et semblent sur les ailes du jour qui s’envole monter jusqu’au troue de Dieu.Quand la prière était terminée, les groupes se reformaient ; les jeunes gens rejoignaient leurs “ blondes ” et ensemble, par le chemin creux que la nuit enveloppait de ses ombres montantes, on revenait lentement vers les blanches maisonnettes, le | tent, Lame remplie d’une émotion étrange, mai- suave.ses pieds ont mûri et les années leur cortège de joies et cœur con- gelait l’endroit le plu.- -amtl es l’église du village.Lorsq l'une s’étendait sur le pays, les Vins • « it* h()is norme» pieces semble ou plutôt -i i après calamité habitants des “ i/ûtcs ” et des “ concessions , ne pouvant se rendre A Valise paroissiale, se réunissaient au pied de ce calvaire pour y implorer la protection de Dieu.C’est ici encore que se faisait, jadis, l’exercice du mois de Marie, et je me rappelle, non sans émotion, le récit que m’en faisait naguère ma bonne mère, les yeux pleins de larmes, au souvenir de ces joies intimes du passé.OIi ! la douce poésie de ces beaux soirs de printemps et comme la croix parmi les Heurs des pommiers, semblait sourire tendrement aux jeunes » t envoyé de Dieu qui parle de» bienfait» de 1 Eternel à un peuple qui l'aime tendrement, i.v-istvz, avec la conviction de la foi, à espérances éternelles ! amours et aux PULI' immolation de la Victime du Calvaire, et iv.- voyez -ut cette montagne couler lv même »atig qui racheta le monde.Dan» c *» circonstances.à ce hpectacle, avec une foule immense, ne croiriez v ou- pu- que c’est i«* moment auguste où le Père Eternel v.t dire a son Fils hien-aimé : ./* b ihain' tout' - A.x nations pour tou ht ritaut Et, dan- -on langage muet, mais éloquent, la Croix ne vous dirait-elle pas qu'elle -’élève à F Orient pour recueillir sur son passage tous le» élus de Dieu ?ïni p< se, qui la fait regarder l'Occident, ne v.di- désignerait-elle pas qu elle va an >rt ! Et le» I ras, étendus du Nord au Midi, ne veulent-ils pn> tun-bra»-vr '"univers et réunir un jour dans le -vin de la mOm* Eglise toutes le.» tribu- errante» de» é i:\ mondes V Telle» étaient du moin- p air nous quelques-unes de» pensée» qui a!-'abaient notre âme a!or- que «vu- ace n.j'agni *n> au saint autel 1* véné-rabl Evêque de Nancy, célébrant, le •> novembre, la ; rem i ère messe au pied de /a (ira-md f St- Jfiiair*, dan» le nou- vel oratoire que ce pontife venait d* v dédier à saint t latries, »«n gîoriaix patron.A-sûrement, ce nouveau pèlerinage sera fertile en benne» œuvres pour la religion : il y a là un concours trop extraordinaire de circonstance» religieuses pour que nous n'y v avion- pas un dessin tout providentiel de la bonté divine sur ce pays.Qu'oa se rappelle seulement la pensée qui l'a fait naître et l'on n’en doutera plus : c’est «.elle de la reconnaissance : or, n’v a-t-il pas dans la gratitude une source intarissable de grâces ?Puis, n’est-ce rien que trois pontifes soient allés pour y bénir leurs peuples et y prier avec Vapôtre qui évangélisait le Canada ?Oh ! réjouis-toi, peuple de vrais croyants; ta foi est grande comme ce trophée qui, là-haut, la montre à Vu-iivers ; et, semée dans ton cœur, cette foi de tes pères y est enracinée comme la Croix clouée sur ce mont qui dure jusqu'à VEtkkxitk 1 spectacle d’un calvaire qui fut un jour le monument religieux et national de tout un pays.Car, c’est bien ainsi que l’on nommait jadis la Croix colossale qui s’élevait sur le sommet de la montagne Saint-Hilaire.Que reste-t-il aujourd’hui de ce monument ?Quelques poutres qui achèvent de moisir et quelques an neaux de ter.scellés au roc, que rongent la pluie et le soleil.Telle est la ,, re j H )- % t C’était le suir, à l’heure où le soleil tombé derrière le petit bois de sapin qui fermait l’horizon, par les trouées du feuillage épais, dardait sur la campagne le faisceau de ses rayons empourprés.Les lilas et les pommiers étaient en Heurs et dans l’air flottaient des senteurs délicates avec des bribes de chansons d’oiseaux.Des blanches maisonnettes des groupes de paysans létachaient et s’acheminaient à as vers le calvaire.De loin, Les bru» de cette croix, placés à 1T> pie 1» du sommet, ont 30 pieds d'envergure, sont fixés au montant principal par d liens transversaux qui se nouent au < entre ; en outre, ils sont soutenu- en-dessus et en- Ils e- at teindre /•> p*aphs ii> i i Cette charpente -i -olide et »i ix.mpavtt est • 11» -mémo liée an r cher, -nr lequel elle e.-t .-i-e.par 1- grosses chaîne- les plu- fortes * d'iiahil tristesse de cette haute montagne, autrefois lieu célèbre de pèlerinage, j i u aujourd'hui rendez-vous des touristes et des oisif-.ouvriers an nt pu cramponner roc vif (.'*¦- chaînes, placées à différent»- distances et à différentes hauteurs, ! iliins le se ( petits i on l’apercevait sur le fond bronzé de la plaine, avec son grand Christ blanc qu’auréolait le soleil couchant.Les fermiers, dans leurs costumes pittoresques, se rangeaient en silence autour de la irêle palissade qui protégeait le pied de la croix, tandis que les boni-dans leurs habits de travail, se même à 7ô pied*, raccourcit i * peuvent au "ail.ngvr -nivaut mown 1.v - Oui, elle manque dans le paysage grandiose, cette croix étincellante, que besoin.Von voyait de toute la vallée du Saint- le •u - en ni* .*» Dr plu*, !r pird de c» tto croix, VI> I foncé dan.- le roc.est enivre atîvrmi par un ! train en mortaise.*, composé de gros-es * )li- Laurent et que liant sur les ville, se plaisaient à fils, dans la splendeur du soi r.Renversée par la foudre, elle qui semblait ' défier les siècles, elle n’est plus qu’un souvenir dans la mémoire des hommes.nos pères, en se prome-1 ! vos dont on a rempli les vides par une lionne jusqu'à ;< pieds, comme base de tout lYdiiiee est une ramparts montrer à leurs ' le notre ( • i # t » | maçonnerie qui s eleve i Enfin, vint] vlîv tlt 20 pitùs carré», dont le comble terminé vu plate-forme, v-t ;i»»ez vaste pour qu'on y ait jiratiqué une galerie qui règne t dont les chevrons au faite mes réunissaient de l’autre côté de la route, le long de la clôture de pierre que cachaient à demi les courants d’une tout autour, s'appuient sur la croix pour la solider encore davantage.Il me semble qu'au commencement de ce siècle, ce serait donner au inonde une bonne et forte leçon, que deiele-ver do ses ruines ce monument sublime.Il y aura bientôt soixante ans, le G octobre prochain, que l’on en faisait l’inauguration solennelle ; pourquoi ne profiterions-nous pas de cet anniversaire pour remettre A sa place d’honneur, la croix colossale que nos aïeux avaient élevée au prix de tant d’efforts et de tant de sacrifices ?Ils causaient à voix vigne sauvage, basse, en reluquant les fillettes rougissantes sous leur bonnet blanc, histoire Tel est ce monument, en quelque sorte indestructible, que Von vient d’attacher au plus haut point du mont St-Hilaire, qui lui-même s’élève de 1100 pieds au-dessus du niveau du fleuve.Après les ouvrages de l’art, ce travail est bien assurément un des plus remarquables par la hardiesse de sa construction et surtout par le sublime de son piédestal et le grandiose de ses environs.Figurez-vous en effet, lecteur, une montagne gracieusement assise au milieu de la plus riante contrée.Voyez réuni autour d’elle tout un monde de beautés naturelles du premier ordre : forme majestueuse de montagnes groupées en amphithéâtre dans le lointain ; richesse et variété de plaines développées dans toutes les directions ; cours limpides de charmantes rivières, le Biche-lieu et l’Yatnaskn, formant tantôt des bassins, tantôt bouillonnant en gros rapides ; au loin, vue d’un fleuve géant qui apparaît comme une mer, c'est le St-Lan vent ; auprès et sous vos pas, aspect enchanteur d’un de tuer le temps en attendant l’arrivée de la mère Michon qui, d'ailleurs, ne tardait pas à paraître au détour du chemin, frileusement enveloppée dans sa grande mante brune et portant sous son bras un gros missel dont les feuillets jaunis étaient rongés à l’endroit des pouces.Alors tout le monde so mettait à > genoux et la vénérable octogénaire commençait d’une voix chevrotante la prière du soir : " Mettons-nous en lu présence de Dieu et adorons-lo ” .Laisserons-nous plus longtemps le présent faire mentir le passé ?Pourquoi le lac limpide de la monta* Saint-Hilaire ne serait-il pas due fois, des l’êtes mérite g" G témoin, encore splendides de 1841 ?Le passé bien cet hommage généreux et l’ave-A cette heure mystérieuse,—qui ne nir a besoin do ce signe sacré pour l’a maintes fois éprouvé — la nature qu’il n’oublie jamais que la croix est semble se recueillir et la campagne ]e véritable, le seul drapeau de la race s’entourer d’une douce mélancolie; les canadienne.•J.lb L. 4 LA MÉRITÉ brève et confu-' pes plus que les autres.A leur ilmo lie Principle), affamée do beauté supérieure,.ils jettent en pâture des vocables vides, dont elle finit souvent par se contenter.Comment ne pas rappeler ici l’idéalisme tout verbal des premiers livres de Renan ?A l'origine, enivré do phraséologie hégélienne, il dut so leurrer, et prendre son exultation pour une doctrine.Mais bientôt, la fièvre tomba ; ces formules, dégonflées de leur contenu sentimental, laissèrent voir leur flasque inanité ; et l’abus do langage (pi’il avait d’abord commis par illusion, Renan le continua par un jeu pervers.Un voit que la pente est facile d’un idéalisme sans métaphysique à l’ironie universelle.Sans doute, nos idéalistes agnostiques n’en arrivent pas tous lâ ; peut-être est-ce faute do clairvoyance.Agiter solennellement de vaines syllabes, c’est i\ quoi se réduit pour eux l’aspiration poétique.Combien est différente, â cet égard, la condition des catholiques ! Ce Souverain Désirable que d’autres oublient ou cherchent en vain, ils le nomment par la foi, ils l’atteignent par l'amour, ils s’unissent à lui par les pratiques de la vie chrétiennes.C’est “ le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants ”, qu’invoquait Pascal ; c’est le Dieu vivant, à la fois infiniment mystérieux et plus intime â nos âmes que l’abstraite divinité honorée de loin par le tiède hommage des déistes ; c’est le Dieu sensible au cœur, maître de la vie morale, source de la vie surnaturelle, quo pressent vainement le criticiste du fond de son “ moi ” défiant et clos ; c’est le Créateur de l’Univers, transcendant â cette nature qui éblouit les panthéistes et dont la vraie gloire est de parler de lui ; c'est enfin une réalité divine, si incommensurable aux idées humaines que les plus vastes formules des idéalistes, confrontées â son Etre infini, apparaissent d’informes et pauvres mirages.Le Christianisme, cette “ grande paire d’ailes indispensable pour soulever l’homme au-dessus de lui-même” (T.une), dirige donc et porte l’aspiration vers le seul objet en qui elle puisse œ reposer sans déchoir.Si elle vient â défaillir, il la renouvelle par la prière et les sacrements ; il l’entretient, il lui enseigne un vol toujours plu- large et plus sûr.Car plus la vio de la grâce abonde dans une â me, et plus le désir de Dieu s’exalte en elle.Enfin, le christianisme fait de l'espérance une vertu théologale.Or, l’aspiration poétique n1 est-elle pas u ne sœur terrestre de l’espérance ?Ecoutons Ernest Hello : " L’art est le balbutiement de l’homme, qui, chassé du paradis terrestre, et non arrivé au paradis céleste, célèbre encore, et célèbre déjà la beauté perdue.Il est tombé ; le lieu de la beauté est fermé pour lui; mais l’exilé trace sur la terre étrangère une esquisse de la patrie.Peut-être l'art occupe-t-il dans l’ordre intellectuel la même place que l'espérance dans l’ordre moral.” On objecterait en vain que l’élan de l’âme n’est pas l’essor de l’imagina-un tien, et que la vie intérieure n’a rien de commun avec la littérature.Avec les jeux do la rhétorique, soit ; mais cette dualité intellectuelle, à mesure que l’homme s’élève, tend il se résou- Poésie et Religion En ce sens, sont “ poéti- gage usuel, ques ”, au môme titre, un mythe de Platon et une épigramme de Méléagre, les odelettes badines d'Horace et les musique, qu une vue se.” (Edgar Pou.Ihe 1 Ainsi, c’est à heurter sans cessse l’obstacle insurmontable que la force intérieure prend conscience d’ello-même.De là ce sentiment d’exil, cette impatience de la limite, cette nostalgie de captif qui ont inspiré, depuis les Psaumes jusqu’à la poésie moderne, tant de plaintes sublimes.Heureux ceux que chacune de ces glorieuses défaites aiguillonne à un essor nouveau ! L’aspiration est la vie même de leur àtue: c’est pourquoi ils sont poètes plus que les autres.Car plus une pensée, sentiment, une image, expriment ce liant désir, plus tout cela est “ poétique ”.Les accents suprêmes du lyrisme sont aspiration pure.= = uk ur>un = Une disposition de tout temps assez commune, mais fréquente surtout à ces époques de culture avancée où la complexité des connaissances et des méthodes multiplie les spécialistes, est ce qu’ou peut appeler l’esprit de particularisme intellectuel.Mille préjugés en procèdent, divers dans leurs formes, mais facilement reconnaissables à leur tendance, qui est toujours de diviser l’âme contre elle-même.Qui de nous n’a entendu affirmer, par exemple, que l’érudition philologique étoull’e le goût littéraire, que les mathématiques sont ennemies de l’art, qu'un naturaliste se doit entretenir avec soin dans l’ignorance de la métaphysique, et qu'un poète fera bien de fuir la théologie ?Ces axiomes fâcheux sont autant de manifestations du même esprit.Appliquer aux arts et aux sciences le régime du “ chacun chez soi ”, dresser entre eux les barricades d’illusoires antinomies, substituer partout à la libre circulation de la vie un isolement stérile, voilà bien où tendent ces lieux communs.Rien de moins spéculations passionnées de Lucrèce, la plus légère des fables de La Fontaine et les Harmonies de Lamartine.Cette conception de la poésie est légitime, assurément ; car il y a bien entre ces œuvres quelques caractères communs.Mais pour qui essaie d’aller au fond des choses, que ces affinités sont ténues et lointaines ! et quelles inégalités, si profondes, qu'elles équivalent à des différences de nature ! Tel un êcvivaiu peut avoir une vision ou une oreille d'artiste, et d’ailleurs porter en lui une conception du monde parfaitement prosaïque et médiocre, à laquelle son art seul confère quelque prestige.C’est, je crois, le cas d’Horace et de La Fontaine.Ils sont poètes sans doute, mais dans quelle mesure incomplète ! Et comment ne pas convenir que le mot, appliqué à l’âme religieuse et grave d’un Eschyle ou d'un Dante, acquiert une plénitude et une hauteur de sens qui la transfigurent ?Chez les se forment, de cet “ idéal premiers, la poésie est comme à fleur invoquent avec tant de magnificence, de peau, et révèle moins la noblesse des imaginations obscures ou bizarres ! foncière de l’homme que l'affinement ! A vrai dire, ceux là seuls ont le droit de ses nerfs et la délicatesse de ses sen- de prononcer ce mot, qui ont gardé salions.Mais, chez les autres, elle est une croyance métaphysique précise, la résonnance de l’être tout entier, Mais il s’en faut bien que toutes les Si tous les vrais poètes s'efforcent, avec une puissance mesurée par leur génie, “ IVr.ice bien idéal que toute Ame désire Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour combien peu seraient capables de vendre raison de leur instinct ! combien qu’ils philosophique, si la philosophie (je ne l’apprendrai pas à des lecteurs d’iïel-lo) est un effort vers la synthèse ; rien aussi de moins catholique, si nulle étroitesse ne peut être qualifiée du mot qui veut dire universel.Parmi ces malentendus, il en est de superficiels, qu’une loyale explication suffirait à dissiper.Tel est, je crois, le préjugé d’une prétendue incompatibilité d'humeur entre la religion et la poésie.Rarement formulé dans toute sa netteté, il existe du moins à l’état de défiance réciproque.“ Qu'avons-nous à faire, disent certaines voix harmonieux jusqu’en ses fibres les plus profondes.En vérité, le meilleur d’eux-mêmes a passé dans leur chant.Ce sont les poètes de Vil me.Ceux-là seuls nous donnent la poésie à l’état pur ; ailleurs, nous n’en trouvons qu’une dilution affaiblie et souvent trouble.croyances, à ne les considérer qu’au point de vue poétique, aient une vertu équivalente.Qu’il est à la fois lointain et décoloré, abstrait et inefficace, P “ idéal ” d’un déiste ! L’insuffisance et le recul inaccessible de ce Dieu sans tunuur et sans médiateur ont de quoi décourager l’aspiration.Aussi bien, les Dès lors, n’est-ce pas d’après ces déistes purs se font rares de nos jours, derniers que nous devons former notre Le poète criticiste est une espèce plus notion de la poésie Là-dessus, quel-i fréquente parmi nous.Qui dira l’état uns craindront peut être qu’elle d’inanition spirituelle où il languit?mais ce n’est Prisonnier de son “ moi " comme d’un parmi les poètes, d’un dogme qui eu- ques-trave notre imagination, d’une morale ne soit trop étroite ; qui tarit les sources de notre lyrisme ?— A quoi bon ce vain cliquetis de rimes ?répliquent d’autres voix.Les» jongleurs n’amusent que les enfants.La vie est trop courte pour la perdre à applaudir des joueurs de Hâte.” Si l’on se méconnaît ainsi, n’est ce ses qu’une apparence.Notre cité, où les autre Tour de la Faim, il eu est rechanteurs frivoles sont à demi étrau- duit, faute de pouvoir saisir le “ non gers, en revanche ouvre largement ses mène ” divin, à se nourrir de pliéno-portes à des bûtes nouveaux.Elle mènes dont il sait la vacuité, bannit les virtuoses dont l'art n'est C’est un piège plus captieux encore, que dextérité ; mais elle admet entre : s’il se peut, que le panthéisme tend à murs tel rêveur dénué de la faculté! la inculte poétique.Comme il em-verbale, tel auditeur fervent en qui p run te les prestiges du monde visible, vibre un sincère écho du chant des et semble confisquer à son profit toutes les séductions d’une nature qu'il divinise, il attire les esprits avides de rêve par de chatoyantes promesses de voluptés imaginatives.Entre le poète et les réalités transcendantes ondule et se pas surtout parce que l’on s’ignore ?D’autres parleront aux poètes ; je voudrais montrer à des croyants que la poésie est éminemment sérieuse et bienfaisante à l’âme, et qu’il y a, entre elle et la religion, une sorte d'harmonie préétablie.Mais il faut d’abord nous entendre maîtres.Voilà un peuple qui peut sembler assez disparate.Et pourtant, une sorte de fraternité spirituelle s’y reconnaît à ce caractère, qui constitue proprement le sens poétique : toutes ces âmes ont le don de Y aspiration.“ Aspiration ” qu’est-ce à dire ?Je ne chercherai pas de formule plus précise que l’heureuse définition donnée par M.Sully-Prudhomme (Testament poétique) : c’est “ l’essor enchaîné de l’âme vers l’inaccessible et innommable félicité qui seule la comblerait ”.Comme tous les autres — plus que tous les autres, puisqu’il est, de sa nature, insatiable sur terre — ce désir se manifeste souvent par la souffrance.“ Quand, sous l’action de la poésie ou de la musique, le plus exaltant des modes poétiques, nous fondons en larmes ce n’est point par excès de plaisir, mais par une impatience ardente et douloureuse de nous sentir impuissants à saisir, maintenant, pleinement, ici-bas, une fois pour toutes, ces joies divines et enchanteresses, dont nous ne prenons, à travers le poème ou la déploie le voile de Maïa, et l’âme souvent reste captive eu ce réseau multiforme.Dès lors, c’en est fait pour elle de la vie morale et de la poésie suprême qui en rayonne : l’âme, contente de se jouer parmi les reflets et les couleurs, perd le désir de cette invisible Beauté dont la création matérielle n’est qu'une révélatrice imparfaite.Ainsi, plus insidieux que d’autres doctrines, qui arrêtent brutalement l’aspiration, le panthéisme la ravale en lu dispersant.L’aigle, né pour le grand essor, n’a plus que le vol bas et les ailes fragiles d’un papillon : il a oublié les deux pour le?fleurs.Les “ idéaliste» ” enfin (et l’on sait, sous cette dénomination flottante,c bien s’abritent de doctrines diverses), sont peut-être, entre tous cos égarés du sentiment poétique, ceux qu'il faut plaindre davantage ; car ils sont du- sur le sens du mot poésie ; car ce nom sert communément à désigner des choses fort diverses.Dans l’acception vulgaire, la poésie est souvent confondue avec la versification.C’est là une méprise si évidente, qu’il n’y a sans doute pas lieu de s’y arrêter.Qui ne voit que la forme rythmée peut être, suivant les cas, signe authentique d’une pensée vraiment musicale, ou simulacre menteur, oripeau drapé sur une platitude?Qui ne sent qu'il y a plus de poésie dans une phrase de Chateaubriand que dans les œuvres complètes de Jacques Delille ?Avec plus de justesse, on qualifie ordinairement de “ poétique ” toute série de paroles qui, par l’intensité du sentiment, l’éclat des images ou la valeur expressive des sons et des rythmes, dépasse le registre du lan- Samedi 10 Août 1001 LA VÉRITÉ 5 dre clans l’unité.Il s’agit ici des formes les plus nobles de la parole humaine, et nous avons remarqué déjà que toute grande poésie jaillit des profondeurs de l’étrc- Assurément, la ferveur, la sainteté même, n'impliquent pas le don de l’expression, sans lequel la (poésie reste à l’état de virtualité.Mais, lit où il existe, elles le gardent de se perdre par l’abus de lui-même ; elles le sauvent en le faisant glorieusement servir ; de cet or profane, elles cisèlent des vases sacrés.D'ailleurs, nous n’en sommes pas réduits il des hypothèses.Si la prière a toujours été le point culminant du lyrisme, la prière chrétienne est incomparable d’élévation, d'intimité et de puissance.Kn fixant les formes collectives de l'adoration, l’Eglise nous a donné d’admirables modèles de poésie religieuse.A qui lui reprocherait encore de bonne foi d’avoir peu fait pour la beauté, on ne pourrait conseiller d’étude plus instructive que la simple lecture de la liturgie (1).C’est lit un trésor ouvert A tous, et assez familier A des catholiques pour qu’il soit superflu d’en étaler ici les richesses.Un autre trésor moins connu sans doute, quoique la liturgie y ait souvent puisé,ce sont les ontvres des Saints et des mystiques.Nous en avons bien rappelé, Dieu merci, des préjugés du XVI1 le siècle.Aujourd'hui, les lettrés les plus sceptiques savent que de fraîches fontaines jaillissent dans ces soli tudes ; et le péril n’est plus de les voir dédaignées par l’ignorance, mais exploitées par la “ piété sans foi ” de nos dilettantes, ou évaporées par nos fantaisistes en variations sacrilèges.Mais ces transpositions modernes, heureusement, n’empruntent A l’original que son charme superficiel ; l'âme en reste incommunicable, et il faut, pour en jouir, la contempler dans le texte même.La littérature profane n’otfrc- rien qui approche en beauté poétique de certains chefs-d’œuvre tout spontanés de la spiritualité chrétienne : hymnes, effusions d’amour, élévations, dialogues de l’Ame avec Dieu.Faut-il rappeler ici telle page des Confessions ou des Soliloques de S.Augustin, tel chapitre du llie livre de l'Imitation, les admirables Cantiques de •S.François d'Assise et des poètes franciscains, les écrits de Sic Thérèse, de Ste Catherine de Gènes, de Ruvs-broeck, d’Angèle de Foligno (2) et de tant d’autres ?Toutes ces œuvres débordent d’un enthousiasme d'autant plus pénétrant qu’il ne doit rien à la rhétorique.C’est assurément là, ou nulle part, que l’on trouvera le lyrisme pur.A ces grandes Ames que la grâce a enrichies d'aspirations surhumaines, nous ne demanderons aujourd’hui qu’un dernier argument contre un préjugé d’esthétique.Si la religion et la poésie étaient, A quelque degré, deux puissances ennemies, le triomphe de l’une serait la défaite de l’autre.comme les autres dons naturels ; il la du dirige, l’accroît et la mai 1884 ; débats parlementai- aux ordres mendiants, rendu le 8 juin .res à la Chambre et au Sénat sur la loi 11000 par le tribunal correctionnel de du 5 août 1884 et spécialement sur son l’ont-Audemer et inséré in extenso dans article 03 et déclaration des rappor-| Dalloz 1900, 2.481, notes 1-2.tou rs de cette loi à la Chambre et consacre.Bien loin de la dessécher, il la préserve de s’aller perdre dans les sables ; il la recueille, il en élève incessamment le niveau, jusqu’il mêler enfin à ce (lot terrestre l’Eau de cette au Sénat faites en réponse aux questions! fl légalité des arrêtés pré fee to- de Mgr Freppel, député, et de M.de raux .1annuIant.Ies délibérations des ena eur (Dalloz 1S84,1 all0Uaut des subventions en nature 4.0- et note 3 ; Journal officiel de la aux enfants indigents des écoles libres séance du 20 février 18S4) desquels] congréganistes, débats et déclarations il résulte que l'article 93 ci-dessus n’a jamais entendu permettre aux préfets, sous-préfets, maires, d’empêcher, par arrêtés ou autrement, les familles de recourir, source mystérieuse " qui jaillit A la vie éternelle.” Raviguan, L.Acikttant, Professeur à la Faculté Catholique
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