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Titre :
Le parler français
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1914-1918.
Contenu spécifique :
L'oeuvre de la société du Parler français
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin du parler français au Canada
  • Successeurs :
  • Nouvelle-France ,
  • Canada français
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Références

Le parler français, 1918-04, Collections de BAnQ.

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L’ŒUVRE DE LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS à (¦Allocution prononcée par AI.le docteur Arthur Vallée, à la séance publique du llf.mars dernier) Mesdames, Messieurs, Nous voici revenus à cette séance qui constitue chaque année l'anniversaire de notre Société du Parler français.Anniversaire que nous voulons célébrer sans éclat, mais en redisant toujours quelque chose de la vie, des douleurs et des joies, des blessures et des cicatrices, des défauts et des qualités du parler qui nous est cher.Anniversaire dont le héros est, en même temps, le fidèle gardien de nos traditions, le témoin d’un passé qui a son envergure et la garantie d’un avenir dont il assure les triomphes.Anniversaire enfin qui rapproche, seulement pour un moment, les ouvriers multiples d’une œuvre à laquelle tous sont également intéressés, puisque le travail du plus humble aura son importance sur le résultat d’ensemble et que tous les artisans devront être des maîtres.Et le maître en.la matière, ce n’est ni l’académicien qui bâtit des dictionnaires, ni le lexicographe qui accumule les mots, ni le philologue qui se complaît aux questions les plus arides de linguistique, ni le grammairien féroce, mais tout simplement le peuple, vous et moi : celui qui à chaque heure et sans se départir de sa noble mission, crée et façonne la langue, l’enseigne à son foyer, l’y fait respecter et, en l’admirant lui-même, sait l’utiliser au dehors de la bonne manière ; celui qui ne néglige 341 342 LE PARLER FRANÇAIS rien pour enrichir son vocabulaire, varier son langage, chercher la propriété des termes et établir dans une langue riche et colorée, forte et souple en même temps, que le parler canadien-français n’a rien à envier au bon parler de France, dont il n’est que la prolongation par un sursaut d’énergie.A cette fête qui est un témoignage, nous devons vous remercier de venir toujours en aussi grand nombre et de prouver par là l’intérêt grandissant que vous portez à la cause.Notre société y trouve du réconfort, elle croit y exercer aussi un apostolat et créer ainsi des prosélytes qui compléteront le travail.Aussi quelles que soient les circonstances, la séance publique fait aujourd’hui partie intégrante de notre programme.Comme l’an dernier, malheureusement, il faut excuser l’absence de notre président, M.l’abbé Antonio Huot, retenu à l’étranger, et suppléer à l’autorité du dignitaire, par la bonne volonté d’un suppléant sans titres.Par goût, non par habitude, nous avons demandé le concours — toujours accordé avec tant de grâce — de la Société Symphonique.Pour donner à cette soirée ce cachet artistique qui ne saurait manquer lorsque la langue française est en cause, il faut les doux accents qu’apporte la musique.En confondant dans cette intimité, l’art qu’elle nous fournit et nos travaux plus arides, il semble que l’équilibre soit plus parfait qui rend notre génie latin si complètement humain.Nos travaux se sont continués avec leur régularité habituelle, le Comité d’étude siégeant tous les lundis dans les vastes salles que l’Université veut bien mettre gracieusement à notre disposition.L'orientation de ce travail ordonné dès les débuts, n’a pas eu à dévier ; le but est là toujours, il se poursuit sans hâte.La révision de notre glossaire exige une attention particulière et dans le travail de lexicographie et dans la forme.Il y faut “ ajouter quelquefois et souvent effacer ”.Il importe en effet de bien réaliser que nous ne sommes pas à constituer un dictionnaire français, mais à établir un glossaire du parler français, ce qui diffère du tout au tout.11 n’y a, semble-t-il, dans ce geste, rien qui doive susciter l’accusation que l’on porte, de purisme, de transformisme ou de traditionalisme, suivant l’angle sous lequel on nous juge.Nous ne voulons ni justifier toutes les formes de notre langage, ni condamner l’ensemble, ni voir toujours de l’anglicisme, ni conserver sans vergogne tout ce que nous avons créé, ni rejeter tous les mots qui sont un patrimoine et figureraient quoiqu’on dise assez justement dans la langue.Il ne faudrait pas confondre le purisme avec la préciosité, le traditionalisme avec l’archaïsme et le transformisme avec l’anarchie. l’œuvre de la société du parler français 343 Pour chercher à émonder, à purifier la langue de ses tournures malsonnantes, de son imprécision, de ce trop nonchalant laisser-aller qui entraîne aux pires catastrophes, il faut avant tout remettre en état les nombreux mots devenus boiteux par ellipse ou par défaut de prononciation.Il faut encore ramener dans le bon chemin tous ceux qui en ont été déviés, en les appliquant, au propre, aux acceptions qui leur sont attribuées et en les limitant, au figuré, aux images dûment admises.Il faut supprimer sans merci tous les vocables venus de l’étranger et affublés de façon grotesque d’une terminologie qui a voulu sous le déguisement leur donner droit de cité.Il faut évidemment trier sur le volet, amputer et réparer, mais il faut aussi préciser et préciser encore pour faire jaillir les mots de l’oubli, pour qu’ils se pressent dans la circulation et que leur grande variété donne à la langue plus d’ampleur dans sa forme, au parler plus de coloris dans ses tons.En réalité que peut-on reprocher à ce purisme, et n’est-il pas du meilleur aloi ?Trop souvent on lance le mot avec un certain dédain, tout comme on dit en certains quartiers : “ C’est du classique ”.Gardons-nous de juger aussi faussement les choses et d’avoir comme tant d’autres à nous en repentir.La formation classique restera la formation basale, et la pureté de la langue sera nécessairement la conséquence d’une surveillance qui peut paraître exagérée, mais qui ne suffira déjà pas à la protéger dans son entier.Le transformisme de son côté est un accident nécessaire à toute langue vivante et non seulement il existe, mais il est même universellement admis en linguistique.Qu'il y ait un transformisme local que nous ayons à signaler, sans l’approuver toujours, rien d’éton-nant encore, puisque le rameau canadien a dû se maintenir et se développer loin du tronc principal.Mais ce transformisme des mots, ne doit pas être confondu avec le néologisme créé de toutes pièces et de formation entièrement nouvelle, aux accents souvent presque révolutionnaires.Il est, au contraire, l’effet de l’usage, de certaines analogies, de certains rapprochements importants à signaler et qui aident souvent à l’enrichissement du domaine, lorsque les altérations se sont effectuées de façon rationnelle.Le traditionalisme enfin qui seul peut donner à la langue un certain cachet local et la maintenir dans sa forme, ne devrait pas non plus être tout à fait négligé, et en disparaissant enlever du même coup au vocabulaire un peu de son pittoresque et beaucoup de son caractère régional, supprimer même quelquefois la spécialité du pays.La tradition, là comme partout, servira à garder à la race ce qui la fait autonome, ce qui la constitue en entité.Quoiqu’en pensent les critiques, que deviendrions-nous par exemple, s’il nous fallait d’un coup 344 LE PARLER FRANÇAIS mettre de cote notre bordee de neige et supprimer suns regrets notre “ poudrerie ” ! Quel changement aussitôt dans toutes nos habitudes ! Quelle révolution dans nos mœurs ! Dans l’étude et la conservation, dans le développement et dans la formation de la langue, il faut donc évoluer prudemment sans parti pris, en restant des éclectiques et en usant de tous les procédés admis, sans préférences.Dans ce relevé de notre vocabulaire, c’est ce que cherche à faire la Société du Parler français, en conservant ce que nous avons puisé à la source commune, en gardant le peu que nous avons créé, en supprimant ce qui devient malsain.Peut-être sera-t-on surpris par la suite, de constater que le patois n’est pas toujours parle là où 1 on croit au pays, et que les races supérieures locales ont sur ce point bien des faits à nous envier.Les travaux de ce soir sont de ceux qui serviront à établir que nous ne parlons pas toujours aussi mal qu'on le dit, ou en tout cas que nous cherchons encore à nous améliorer.Ils établiront de plus les influences dont il faut tenir compte dans l’appréciation du langage.M.l’abbé Adolphe Garneau, en nous parlant de la langue des précieuses, nous reportera presque à l’époque de nos origines.Dans le vocabulaire du XVIIe siècle, le nôtre dès les débuts, nous verrons avec lui quel fut l’effet de ces sectaires.Cette étude rétrospective sur un point de 1 histoire linguistique, ne peut manquer de nous ouvrir des aperçus d’un ordre beaucoup .plus général.Il n’est pas nécessaire de vous présenter ici M.l’abbé Garneau que ses travaux ont fait connaître.Son manuel de géographie, ses conférences et ses articles ont déjà permis d’apprécier ce professeur du Petit Séminaire de Québec dont les anciens élèves de ma génération ont gardé un si bon souvenir et qui continue de consacrer aüx jeunes un enseignement de plus en plus apprécié.Puis, par un écart un peu brusque, M.L.-P.Geoffrion nous arrachera des salons du grand siècle, pour nous transplanter dans notre monde parlementaire.Peut-être croira-t-on que c’est du paradoxe ; il n’en est rien.En nous conduisant à son tour dans le dédale de notre vocabulaire législatif, M.le greffier de l’Assemblée se trouve tellement à l’aise, qu’il saura établir les beaux et les mauvais côtés de notre langue administrative, avec une compétence qui a déjà fait ses preuves.Nous serons consolés d’apprendre et de vérifier en même temps que nos politiciens se montrent à la hauteur et ri’ont pas à rougir de la langue qu’en tout cas ils savent très bien défendre.Son origine en garantit souvent la forme, et la bonne volonté apportée là comme ailleurs, suffit à rétablir chez eux l’élégance primitive qui peut trouver place dans une certaine mesure jusque dans la procédure et la rédaction des lois. l’œuvre de la société du parler français 345 Nous irons alors continuer chacun dans un milieu différent, avec amour et pleins d’enthousiasme, cette œuvre de survivance.Nous chercherons même dans l’effort que les tristes circonstances actuelles de par le monde tendent partout à développer, nous chercherons à connaître, à purifier, à élargir cette langue si bonne et si douce, si vraie et si précise.Empruntant au passé ce qui la fait survivre, nous garderons du présent ce qui fait les grands lendemains.Les résultats seront sublimes, puisqu’ils maintiendront la vie de l’idée, des principes, de la race.¦ Arthur Vallée.
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