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Titre :
Bulletin du parler français au Canada
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1902-1914
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Parler français
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Bulletin du parler français au Canada, 1910-09, Collections de BAnQ.

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Pyjrf **2 , SEPTEMBRE 1910 ol.IX BULLETIN DU Couronné par l’Académie française SOMMAIRE Pages 5—Alphabet phonétique.C—Abréviations.7— Msr Laflamme.8— A quoi bon le latin?.17— I.e Galant (poésie).19—Le parler français.22—Harnachement.31—Lexique canadien français (suite).33—Les Livres.j 43 —Revues et Journaux.18— Surdon s.Le Comité du Bulletin L’abbé Adolphe Garneau Englebert Gallèze David-E.Lavignf.L’abbé V.-P.Jutiias Le Comité du Bulletin J.-E.Prince Adjutor Rivard A.R.Le Sarcleur RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ I)U PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris : IL CHAMPION, libraire-éditeur, 5, Quai Malaquais. AVIS Les membres de la Société du Parler français au Canada sont priés de se rappeler que les séances de l’Assemblée générale ont lieu le quatrième lundi de chaque mois, et que tous sont invités à y assister.Ceux qui désirent recevoir, pour chaque séance, une lettre de convocation voudront bien en avertir le secrétaire.Les membres de la Société et les abonnés du Bulletin du Parler français au Canada trouveront, sur la bande du Bulletin, au-dessus de l’adresse, la date de la prochaine échéance de leur cotisation ou de leur abonnement.Celte indication sert de quittance à ceux qui sont en règle avec l’administration et rappelle aux autres qu’ils doivent acquitter des arrérages.Cotisations et abonnements sont payables d’avance, le 1er de septembre, pour les 12 mois suivants.Comité du Bulletin.Le mois littéraire et pittoresque.Mensuel.Paris, rue Bayard, 5.Abonnement : 14 fr.Sommaire du N° de Septembre ; Le capitaine Castelin, par Joseph-Emile Poirier ; A provos d'un cinquantenaire : Comment la Savoie est devenue française en 1860, par François Ricard ; Le style Louis XVdans l’ameublement, par Paul Heuzé; L’accent, par Emile Faguet, de l’Académie française; Jeanne d'Arc à Rouen, par Paul Harel ; Partie de campagne, par Frédéric Plessis ; Roman.Beau-Casque (suite), par Ernest Daudet ; Londres, par Lud.-Georges Hamon ; Aux Pyrénées: La vie en haute montagne, par Henri Spont; La mort de Tartuffe, par Maurice Souriau ; Le livre du mois.Octave Crémazie, par Ernest Gagnon ; Chronique.Montons, par Le Sénéchal ; Le centenaire du P.d’Alzon: qie'ques lettres inédites, avec 1 portrait; Un grand astronome: G.-V.Schiaparelli, par l’abbé Th.Moreux ; Pastorales, par Henriot.Pages oubliées.Variétés scientifiques.L’Esprit en France et à l’Etranger. BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA Couronné par l’Académie française BULLETIN DU » Couronné par l'Académie française YOL.IIX SEPTEMBRE 1910—SEPTEMBRE 1911 PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Imprimeur-Editeur L’ACTION SOCIALE, Ltée Imprimeur et Relieur 103, RUE SAINTE-ANNE, 103 QUÉBEC O Editeur-Dépositaire Q HONORÉ CHAMPION (?Libraire et Éditeur (?5, QUAI MALAQUAIS, 5 O PARIS 4k * \ .mm ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d'après MM.Gilliéron et l'abbé Roussei.ot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, /, k, l, m, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.g = g dur (gâteau); s = s dure (sa); œ = eu français (heureux); w = ou semi-voyelle (oui); y — i semi-voyelle (pied); w = u semi-voyelle (huile); è = e féminin (je); h marque 1 aspiration.Lettres nouvelles.ïi = ou français (coucou); c = ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée : / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de k-\-y), y (son voisin de g-\-y), n (gn français de agneau).—Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents : t, d (sons voisins de f-j-s, d-\-z ; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : u (a de patte), e (e de péril), o (o de hotte), œ (eu de jeune).—Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées : d (a de pdte), é (e de chanté), ô (o de pot), œ (eu de eux).—Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes: à (a de il part), è (e de père), ô (o de encore), de (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales: à (an de sans), ê (in de vin), ô (on de pont), œ (un de lundi).— Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves; a', i', etc.; de deux points, elles sont longues: a;, i:, etc; d’un accent, elles sont toniques : a', i', etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô [o] = o demi-nasal.' Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son.5 ABRÉVIATIONS acc.=acception adj.=radjectif,—tivement ad v.=ad verbe,—biale- fig.=:figurément fr.=français fr.-can.=franco-canadien gr.=grRphie gram.-grain maire intr.=intransitif lat.=latin litt.=:littéra]ement loc.elocution m.=masculin m.s.=même signification néol.=néologi sme phon.=phonétique pl.=pluriel pop.=populaire pron-.=prononciation propt=proprement rem.=remarques s.=substantif sign.=signifie,—fication sing.=singulier sol.=solécisme t.=terme tech.=technique tr.=transitif v.=verbe, voyez var.=variante vx=vieux ment anc.=ancien ang.=anglais, anglicisme arch.=arehaïsme barb.=barbarisme can.=canadien cf.=comparez dial.=dialectologie, dia- lectal ex.=exemple f.=féminin SIGNES ABRÉVIATIFS * Devant le mot qui forme la tête d’un article du Lexique, l’astérisque indique que, si l’on a cru utile de présenter quelques observations sur ce mot, il ne s’en suit pas nécessairement qu’on ne puisse l’employer même dans le discours soigné ; ce mot peut être un mot reçu dans la langue française, un néologisme de bon aloi, un archaïsme qu’on aime à conserver, un mot étranger qui n’a pas en français d’exact équivalent, etc.Devant un mot latin, l’astérisque indique une forme hypothétique, non attestée.$->- Ce signe indique l’étymologie, la filiation, l’origine du mot, de la locution, de la tournure, de la prononciation, qui suit ou qui précède, suivant le sens de la flèche.— Le tiret marque certaines subdivisions dans le texte d’un article.= Le tiret double annonce la signification, la traduction, l’équivalent de ce qui précède.Le tiret double vertical indique les acceptions d’un mot, ou le sens attribué, dans le parler français au Canada, au mot qui fait le sujet d’un article lexicographique.Le terme propre français, le mot qu’on propose de substituer à celui qui forme la tête de l’article, quand il y a lieu, suit ce signe.| Le trait vertical indique un emploi spécial du mot dont il s’agit, une locution particulière où il entre.Dans le Lexique, les noms d’auteurs sont imprimés en petites capitales et les titres d’ouvrages en italiques.6 "Vol.IX, N° 1—Septembre, 1910.MONSEIGNEUR LAFLAMME Pendant les vacances dernières la mort nous a enlevé 1 un des membres les plus éminents de notre Société, Monseigneur J.-C.K.-Laflamme.Depuis plusieurs mois nous prévoyions cette perte douloureuse pour nous-mêmes, pour l’Université Laval, pour notre clergé, pour notre province, pour le pays tout entier.A la lois ami des sciences et des lettres, Mgr Laflamme lut pendant quarante ans l'un de nos professeurs les plus brillants, l’un de nos savants les plus avertis et les plus consultés.Il s’intéressa vivement dès le début à notre œuvre.Ce ne fut pas sans quelque inquiétude qu’il la vit naître si modeste, si dépourvue de ressources, mais il s’empressa d’applaudir à ses succès quand le succès voulut bien quelquefois couronner nos efforts.Mgr Laflamme fit plus : il consacra à nos séances du comité d’étude de nombreuses heures de travail.Il nous y apportait l’appoint d’une expérience précieuse, d’une connaissance très étendue de notre parler populaire.Son avis était toujours attendu, toujours écouté avec attention.Prudent, discret, Mgr Laflamme ne parlait qu’à bon escient, et il mêlait volontiers à ses observations cet esprit du meilleur aloi, souple et fin, qu’il garda jusqu’au dernier jour.Nos lecteurs n’ont pas oublié les articles aisés, spirituels et instructifs que le distingué prélat lournit souvent au Bulletin.Nous regretterons une collaboration qui nous laisait tant d’honneur, et qui était si goûtée de tous.Ancien directeur, ancien vice-président actif, ancien président d’honneur de la Société du Parler français au Canada, Mgr Laflamme laisse à ceux qui ont travaillé avec lui un nom et un souvenir qu’ils ne pourront jamais oublier.Nous demandons à tous nos lecteurs de déposer avec nous sur sa tombe l’hommage d’une reconnaissante prière.7 A QUOI BON LE LATIN ?A qui vous pose cette question saugrenue, il faut répondre résolument.A rien du tout I En efïet, le latin n’enseigne ni à bâtir une maison, ni à tenir la comptabilité, non plus qu’à dresser les plans d une machine ou à faire aller un commerce, encore moins à brasser des affaires; non, le latin n’enseigne aucune de ces choses indispensables à qui veut faire de l’argent, car il n’est pas moderne au sens mesquin du mot, pas même utilitaire; il n’a qu’un mérite, un seul, il apprend le français.Cette affirmation, pour étrange qu’elle paraisse, n’est qu’un paradoxe de surface, car tout le monde reconnaît l’excellence de la formation intellectuelle par l'étude d’une langue étrangère Les détracteurs les plus ardents des langues grecque et latine le savent bien ; aussi n’est-ce pas la suppression pure et simple de l’élude linguistique qu’ils réclament, mais une substitution.La langue française est assez riche en chels-d’œuvre, affirment-ils, pour sulfire à nos élèves, et les langues modernes ne sont pas si dépourvues de ressources, elles peuvent avantageusement remplacer les langues mortes. Que l’étude des langues vivantes soit profitable, personne ne songe à le nier, mais pour dirimer le cas il importe ici de délimiter un peu la question.Il ne s’agit pas, en l’espèce, de la seule culture littéraire mais bien plutôt du développement philologique de l’enfant, et si la faculté littéraire n’est pas donnée à tous, chacun doit, pour le moins, s'efforcer de connaître à fond les ressources de sa langue maternelle et d’enrichir son propre vocabulaire.Pour aimer sa patrie il faut l’avoir quittée, disait-on ; pour apprendre, posséder sa langue, il faut en sortir.par l’étude (1) Cf.Humanités classiques et modernes, J.Burnichon, Etudes Religieuses, 15 nov.1891.(2) « Il serait étrange que pour parler et écrire la langue française d’une manière irréprochable, l’étudiant dut s’adresser à des peuples disparus depuis longtemps.» Citation rapportée par Burnichon, loc.cit.8 A quoi bon le Latin 9 d’une langue étrangère ; étude profitable, si elle exige des méthodes rigoureuses, réclame un travail réfléchi et intelligent, et présente des qualités qui la fasse vraiment répondre aux besoins de la jeunesse écolière.A tout observateur un peu sagace nous demanderons simplement: Les langues vivantes couvrent-elles ces points?Poser la question, c’est presque la résoudre.En effet, il y a chez les peuples modernes une certaine façon de penser, d’envisager les choses, un bagage d’idées, de préoccupations qui constituent comme un fonds de roulement commun.Souvent les mots se ressemblent, soit qu’ils aient été empruntés à une source commune, soit qu’ils aient passé d’une langue à l’autre.Même au cas où les vocables diffèrent, ils se correspondent si exactement que le passage d’un idiome à l’autre est relativement facile; on est à peine dépaysé.Sans effort la pensée échange un vêtement contre un autre; ils sont également faits à sa mesure.111 Aussi bien, la traduction est d’ordinaire aisée; ainsi la phrase anglaise se laisse mettre en français, et réciproquement.Il n’y a guère, la plupart du temps, qu’à changer les mots, c’est un simple poncif. Essayez donc le même procédé sur une langue morte ! Tâtez une période de Cicéron, une strophe d’Horace, et vous verrez qu’il y a bien autre chose que les mots.Vous dirai-je de mettre en latin du français moderne, une page de roman, voire un article de revue ; c’est ici que la traduction ridicule du mot pour mot n’aboutirait qu’à une rédaction incohérente ; (1) Ce sont encore les instructions officielles pour les lycées français prescrivant de s’attacher au français, d’en fixer fermement le sens, déterminant ainsi avec rigueur le rapport des idées entre elles pour en déduire le rapport des propositions en latin.Or bien, ceci n’est pas autre chose qu’apprendre l’art de la composition, puisque ce n’est qu’une appréciation exacte de la valeur des mots, une perception plus délicate du sens littéraire, l’acquisition d'idées justes.Cf.« Le thème latin et l’enseignement du français.» (2) Il ne saurait être question ici que du latin de I époque cicéronienne, car dès l’époque impériale, la liberté des constructions syntaxiques altère déjà la pureté et la régularité de la langue, l’emploi fréquent de l’abstraction en corrompt la simplicité ex.: Tacite.Quintillien lui-même, le plus conservateur peut-être des rhéteurs anciens, n’échappe pas à cette contagion, qu il combat pourtant de toutes ses forces.(3) Il serait assez curieux de rappeler certaines tentatives faites pour apprendre le latin insensiblement, (de nos jours comme autrefois) par l’usage, comme si l’élève était dans le pays où on ie parle.« La Méthode directe au X\’p siècle » par Félix Gaffiot.« Epistula ad Christianos de Clénard » cit.«Morceaux choisis de prosateurs latins du moyen-âge et des temps modernes >v par T.Thomas.Revue Universitaire, 12e année, tome I. A quoi bon le Latin 11 Et tout d’abord, le génie même ae la langue latine exige, qu’avant' de traduire un texte, on cherche à distinguer nettement la pensée maîtresse de l’auteur, puis une fois cette pensée dégagée, le plan qu’il a suivi pour la mettre en valeur.Pour chercher à atteindre cette incorrupta latini sermonis integritcis (,,t dont parle Cicéron, il faut pour l’enfant faire tout de suite l’apprentissage d’une nouvelle méthode, exacte, rigoureuse celle-là.Jusqu à présent, pour lui, les termes, sujet, attribut, complément, régime, ne comportaient pas un sens bien net, mais le jour où il découvre les déclinaisons, il doit s’expliquer le pourquoi des cas différents pour un même nom ; il savait assez bien trouver les fonctions des mots dans une phrase française, car ces mots ont une place quasi inamovible, mais dans la phrase latine, voilà que tout est bouleversé ; on dirait les mots jetés pêle-mêle.Et c’est ici qu apparaît le rôle de la finale dans les mots ; c’est le signe de ralliement : voyez cet s, il indique que l’action part de là ; cet m, qu’elle est reçue ici.Et le jour, où tout fier l’enfant a pu écrire: Deus est sanctus, ou Deus fecit mundum, il a traduit, je le concède, mais il a surtout fait œuvre de logicien.La confusion si fréquente de l’attribut avec le régime, en français, s’est maintenant évanouie.Inutile de lui dire encore que dans les exemples : «Je vois un homme» et «je suis un homme», le dernier mot n’est pas en fonction identique, l’enfant l’a saisi le jour où il a traduit des mots en latin ; la chose est concrétisée, la valeur absolue du terme régime lui apparaît maintenant ; le rôle du mot est devenu transparent dans la forme, la logique est visible.Et si nous avançons encore, dirons-nous cette admirable unité de la phrase latine?Les mots, par la flexion, s’emboîtant l’un dans l’autre ; les membres articulés ensemble par subordination, par les particules de symétrie ; cette liaison des phrases entre elles se faisant de mille façons, tantôt par les conjonctions, tantôt encore par les relatifs ; en plus, la liberté dans l’ordre des mots, permettant de rapprocher ce qui s’attire ; l’unité de la pensée transperçant dans les vocables et dans la phrase ; c’est une trame suivie que ce discours où tout se tient, où tous les fils de la pensée sont reliés en un réseau serré.® (1) Brutus, c.35.(2) «Du latin comme instrument de formation intellectuelle.» P.V.Bainvel, Etudes religieuses, mai 1891. 12 Bulletin du Parler français au Canada Et voyez d’ici tout le profit.En français, la tendance est de détacher les idées bien plus que de les unir ; mots, membres, phrases, tout semble égréné ; il est vrai que pour qui sait écrire la pensée fait l’unité, mais les écoliers ne savent point encore écrire.Mis en face du thème latin, il leur faut tout joindre ; la traduction comporte l’indication de la nature des rapports, d’où, nécessité de s’habituer à bien voir la phrase française, à découvrir le fil de la pensée.Il est vrai qu’à se familiariser avec cette besogne, dans la traduction d’une version, ils seront tentés d’abuser des particules relatives, embarrassant et alourdissant ainsi leur style; au demeurant, faute bien minime; ils feront bientôt disparaître ces dépendances grammaticales pour ne se préoccuper plus que des dépendances logiques.A la lecture d’un texte français il semble que toutes les phrases soient principales.L’auteur laisse à l’esprit de découvrir les subordinations et de disposer les phrases dans l’ordre logique voulu.Mais l’enfant, incapable de distinguer le principal ,de l’accessoire s’attache à un petit détail et oubliant ce qu’il fallait remarquer, n’apprend point à dégager le plan ; ce n'est qu’à grande peine qu’il réunit idées et impressions ; pour lui, ce ne sont que vagues associations d’images.Aussi bien, l’écolier, c’est l’apprenti en face de la casse typographique se demandant le pourquoi de cette disposition étrange des compartiments.Laissez-le devenir maître de sa casse, il ne criera plus à l’arbitraire.Il comprendra que la grandeur de chaque cassetin est en raison de la fréquence d’emploi des lettres dans les mots; son œil embrassant du coup l’ensemble, trouvera aisément les lettres importantes; voilà la phrase latine: chaque idée est à sa place, la principale occupant la phrase principale, les idées secondaires, en phrases secondaires, offrant aussi des subordinations entre elles.En démontant cet ingénieux mécanisme qu’est un texte latin, l’enfant admire chacune des diverses parties, la perfection des phrases, la dépendance des membres le groupement des mots formant un tout homogène, harmonieux.A son tour, il pressera un texte français pour y trouver ce qui logiquement est le principal, il groupera les idées dispersées, serrant autour d’une (1) Bainvel, 1.c. A quoi bon le Latin 13 proposition principale tous les accessoires circonstanciels; il remontera le mécanisme, c’est-à-dire il apprendra à composer.L’on se plaint sans cesse de notre incapacité à grouper nettement les idées, à les analyser; on nous reproche surtout ce verbalisme qui nous enlise dans les formules vagues et les phrases toutes faites ; fort bien, mais n’avons-nous pas ici un merveilleux remède : quelle langue moderne remplacerait le latin dans ce rôle ?Qui comme lui saura faire comprendre la valeur des mots, la valeur plénière des mots.(1) 2 v Développons un peu notre pensée : Vous voulez, je suppose, traduire le verbe aimer.Combien difficile pour l’écolier de se rendre un compte exact des différences de sens, des nuances, des phrases mêmes où entre ce verbe, sinon par la traduction.Obligeons le donc à trouver les équivalents latins : Il aime sa patrie; Amat patriam.Il aime ses parents; Pius est in parentes.Il aime passionnément la vertu ; Adamat vir-tutem.Il aime la liberté; Libertati studet.Il aime celui qui l’aime; Redamat.Il aime son repos; Otium compleclitur.J’ai toujours aimé la coutume ; Mihi semper consuetudo plaçait.Il aime beaucoup la musique; Musicorum perstudiosus est.® Il aime à lire ; Lectione delectatur.Personne n’aima moins à bâtir qu’Atticus; Nemo Atticus fuit minus ædificator.Je n’aime pas à répondre ; Non libentissime soleo respondere.La mort que les Romains ont toujours mieux aimée que l’esclavage ; Mors, quæ Romanis semper fuit servitute potior.J'ai vu que lu m’aimais beaucoup; Te mei amantissimum cognovi.Les Grecs qui aiment moins la vérité que la discussion; Græci, contentionis cupidiores, quam veritatis.En voyant le même mot se traduire de tant de façons différentes, l’écolier n’est-il pas astreint à un travail sérieux d’analyse qui deviendra plus utile encore quand il s’agira de mots abstraits, d’idées complexes : Numa roi de Rome, dit le texte français ; Numa, Romanorum rex.La Grèce était pleine de ces sentiments quand elle fut attaquée par Darius fils d’Hystaspe ; Græcos, cum hæc omnes omnino sentirent, aggressus est Darius Hystaspis filius.(1) Cf.Bainvel, toc.c.(2) Exemple typique du terme abstrait concrétisé en latin. 14 Bulletin du Parler français au Canada Nous avons encore des verbes quasi auxiliaires que nous accolons à d’autres, soit pour éviter un que, soit encore pour ajouter à la pensée quelque chose de vif, faisant la phrase plus pleine, changeant l’intonation, la rendant plus expressive.Qui mieux que le correspondant latin donnera la valeur exacte des ternies : Je dois avouer : Fateor.Je veux dire ; Dico.Il sut profiter de cette occasion ; Ea occasione usas est.Même éveil de l’esprit s’il faut rendre les fréquentatifs : Il aimait à dire, il disait (à tout venant, Dictitabat.Le disciple de Lhomond doit donc regarder à ce qu’il dit, pesant tous ces mots, n’exprimant que ce qu’il pense et pas autre chose, cependant qu’en français l’on se plait à éveiller l’esprit, suggérer la pensée, persuadé que l’auditeur ou le lecteur achèvera, suppléant même avec plaisir les sous-entendus.Grand danger toutelois pour les enfants qui s’habituent insensiblement à ne pas tout dire, à ne pas rendre avec une impeccable exactitude ; ils se contenteront bientôt d’une pensée inachevée, puis se développera chez eux celte anomalie presque maladive de ne jamais terminer leurs phrases.Ah ! l’on ne joue pas ainsi à cache-cache dans la phrase latine : il faut dire tout et dire bien.La demi-vue ne compte pas, la pensée sera exprimée dans toute son ampleur.Nous disons couramment : je n’ai pas encore répondu à sa lettre ; le latin dira rescribere.La correspondance devient aussi : Litteræ missæ et allatæ ; pour un Romain, une lettre ne saurait ni parler ni enseigner ni même arriver.Nous traduirons donc : Epistola affertur.ex tu is litteris cognovi,.de valetudine tua nihil scripsisti.En français nous voyons les lois s’établir, les mœurs se polir, les empires se fonder ; —nous disons même un livre savant.En latin, les hommes seuls sont savants, ce sont eux qui établissent des lois, adoucissent leurs mœurs et fondent des empires : Liber plenus doctrinæ, constituunlur leges, mansuescunt animi, formantur régna.Poussons même plus loin, ici l’attention s’affine, l’analyse se clarifie encore : « Du plus habile chantre un houe était le prix, » dit Boileau.(1 Les latins: Mos fuit, ei qui optime cecinisset hircum attribui.Comme est admirablement souligné le mérite d’avoir bien chanté dans la circonstance! (1) Art Poétique, chant III v.66. A quoi bon le Latin 15 Ne lait-il pas bon, voir dans le latin, cet effort pour jeter pleine lumière sur la pensée et de tous côtés.Prenez, au hasard, une page de Cicéron; ne sentez-vous pas comme l’orateur a fait passer dans les mots tout ce qu’il avait dans l’âme.Et ne se surprend-on pas soi-même, après lecture, à désirer toujours faire ce plein effort pour atteindre la plénitude de l’expression.(1> Que de choses encore, il faudrait dire sur cette souplesse, cette sensibilité d'expression ! Déplacez un mot, le sens change : admirez ce vers souvent cité de Virgile : « Navem in conspeetu, nullam ; .»
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