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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Revue des cours publics donnés à l'Université Laval à Québec (Hiver 1887-88)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1888-04, Collections de BAnQ.

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REVUE DES COURS PUBLICS DONNÉS A L’UNIVERSITÉ LAVAL A QUÉBEC 1 Hiver 1887-88.Nous croyons faire une œuvre agréable auxlecteurs delà Revue, en leur mettant ici sous les yeux un résumé fidèle et succinct des conférences faites à l’Université Laval.Ces travaux, par la nature des questions qu’ils traitent et par les sérieuses études qu’ils supposent, méritent une place parmi les productions de l’esprit canadien, et doivent trouver un écho au delà des murs de l’Université.Une serait pas juste que seuls les auditeurs choisis qui se rendent fidèlement, chaque semaine, au pied de la chaire universitaire, pussent profiter de ces études littéraires, scientifiques et philosophiques.Le public doit avoir sa part à ce banquet des intelligences, et nous n’avons d’autre intention que de lui donner quelques miettes tombées de ces tables somptueuses que les professeurs de l’Université tiennent dressées pour leurs disciples privilégiés.Nous ne donnerons ni blâme ni louanges à personne : le rôle de critique nous siérait mal.Nous tâcherons seulement d’être aussi exact que possible dans cette revue sommaire., I Mgr T.-E.Hamel, DOYEN DE LA FACULTE DES ARTS.Cours d'éloquence parlée, d'après la méthode de Delsarte.Delsarte part de ce principe que l’âme humaine, étant créée à l’image de Dieu, doit porter l’empreinte de son essentielle Trinité.En effet elle vit, comme le Père qui est la vie essentielle, elle comprend, comme le Fils qui est la sagesse éternelle, elle aime 1.Dans sa prochaine livraison, le Canada-Français donnera un compterendu analogue des cours correspondants donnés à Montréal. 242 COURS PUBLICS comme le Saint-Esprit qui est l’amour incréé du Père et du Fils.Or ces trois activités, l’âme humaine ne peut les manifester que par le corps, dont elle est la forme ; il faut donc que celui-ci ait trois modes d’expression, trois langages au service des trois facultés de l’âme.Il suffit d’observer chez l’enfant le développement progressif de ses facultés, pour constater l’apparition successive de ces trois langages.N’ayant d’abord à manifester que les besoins de sa vie sensitive, l’enfant les exprime par les inflexions de la voix.Plus tard, quand il commence à connaître et à aimer, il lui faut, pour exprimer les sentiments de cette vie morale, le secours du geste.Enfin quand son intelligence se sera développée, elle aura besoin, pour manifester ses idées, d’un langage plus précis, et elle le trouvera dans la parole articulée.Donc, en résumé, le chant pour les manifestations de la vie, le geste pour les manifestations de la volonté, et la parole articulée pour les manifestations de l’intelligence, tels sont les trois langages qui correspondent aux trois facultés de l’âme.De ces trois langages, la parole seule est arbitraire, et varie d’un peuple à l’autre.Le chant et le geste sont naturels et restent constamment identiques.Aussi, quand l’homme parle sous l’empire immédiat du sentiment, et sans autre préoccupation, il gesticule et chante toujours juste.Mais s’il récite de mémoire un morceau dont les sentiments lui soient étrangers, il lui arrive souvent de gesticuler mal et de chanter faux.L’auditeur, qui juge d’instinct, s’en aperçoit et trouve que l’orateur n’est pas naturel.Les trois langages ne sont pas tellement distincts, que l’un ne puisse empiéter sur le domaine des deux autres.C’est un nouveau trait de ressemblance de l’homme avec son créateur.La circumincession des trois personnes divines a son reflet, non seulement dans les facultés de l’âme, mais même dans les trois modes de manifestations de ces facultés.En effet, comme l’homme agit avec toute son âme, les trois langages doivent exister simultanément.Seulement chacun d’eux se modifie, suivant les dispositions particulières de l’âme.En général, il y a, dans les opérations humaines, une faculté qui domine, qui agit plus fortement que les autres, et qui constitue l’homme, d’une manière évidente, soit dans l’état sensitif de la vie, soit dans l’état intellectif de l’esprit, soit dans l’état moral de la volonté.Dans l’état sensitif, l’homme manifeste surtout sa vie : il est actif, et tout son être prend une expression qui indique l’action, 243 DE L’UNIVERSITÉ LAVAL ou l’intention d’agir.Cette forme de l’organisme, qui tend ft l'extérieur, Delsarte l’a appelée excentrique.Dans l’état intellectif, ou de réflexion, l’homme se recueille, se replie sur lui-même : il cherche, il est passif.Delsarte appelait concentrique cette seconde forme de l’organisme.Enfin, dans l’état moral, intermédiaire entre les deux autres, et qui correspond aux manifestations relativement calmes de l’âme aimante et voulante, l’homme exprime par l’état calme et régulier de ses organes, qu’il n’est ni sous 1 impulsion de la vie active, ni sous les préoccupations de la vie passive.C est la forme normale de l’organisme.Pour abréger, le conférencier, d’apres Delsarte, désigné ces trois formes par les chiffres 1, 2, 3.Le chiffre 1 représente la forme excentrique, le chiffre 2 la forme concentiique, et le chiffre 3 la forme normale.Après avoir exposé ces principes généraux, le conférencier étudie le premier langage, celui des inflexions de la voix, ou du chant._ _ Le son en lui-même est la manifestation de la vie sensitive, au degré le plus infime.Mais il est susceptible de revêtir des nuances qui le rendent très expressif, et c’est la ce qui fait la base de la musique, et ce qui lui donne tout son charme.En adoptant le système de Delsarte, les trois qualités du son, au point de vue du langage, sont : 1.le degre d acuité, 2.le coloris, 3.le timbre.Relativement à l’acuité du son, la voix est 1.grave (basse), 2.aigue (soprano), 3.médiane (ténor).Enfin pour chacune de ces voix, il y a : 1.voix de poitrine, 2.voix de tête, 3.voix normale.De là, soit pour le son de la voix, soit pour celui des instruments de musique, des significations très sensibles et très nettes, quand on y appelle l’attention, comme l’a fait le conférencier, par des exemples.Quelle est la raison du sens attaché au chant?Delsarte a cherché d’abord ce qu’il y a de general dans la forme mélodique du chant, et il a trouvé que la signification des intervalles de la gamme ne se trouvait pas tant dans leur valeur que dans leur forme.De fait les inflexions peuvent varier beaucoup en étendue, et signifier la même chose, pourvu que la forme en reste la même.Or cette forme consiste à monter du grave à l’aigu, ou à descendre de l’aigu au grave, ou à rester sur un même degré.En examinant bien, on constate que la voix monte dans l’exaltation, 244 COURS PUBLICS l’étonnement, la contestation, c’est-à-dire dans l’état excentrique ; elle baisse dans l’affirmation, la tendresse, l’abattement, c’est-à-dire dans l’état concentrique ; enfin elle s’infléchit très peu dans le calme, la possession de soi-même, c’est-à-dire dans l’état normal.C’est sous l’impression des sentiments extrêmement variables qui nous animent, que se produisent les diverses inflexions du chant qui accompagne le discours ; et c’est la quaSi-impossibilité de saisir et d’apprécier par le raisonnement l’ensemble de ces impressions fugitives, qui rend si difficile l’exécution, faite de sang-froid, d’un chant qui nous est pourtant si naturel lorsque nous parlons sous l’impression du moment.On comprend, dès lors, que la musique ou le chant musical, ne consiste pas dans une suite de notes quelconques placées au hasard, mais que la vraie musique doit avoir un sens ; or, pour cela, il faut qu’il y ait un accord général entre la musique et les paroles.Faisons-nous tous, en parlant, les inflexions de la même manière?Oui, quant au mode qui donne le sens ; non, quant à la profondeur.Celle-ci varie: 1.avec l'âge de celui qui parle : les enfants font les inflexions plus profondes ; 2.avec la gêne que peuvent causer les interlocuteurs : les inflexions sont d’autant moins profondes qu’on est plus contraint soit parle respect, soit par la crainte ; 3.avec la distance à laquelle il faut porter la voix : l’effort étant incompatible avec les inflexions profondes.Le conférencier a consacré le reste du cours à donner les règles pratiques de la lecture à haute voix.Ces règles n’étant que l’application des principes exposés dans les conférences précédentes, nous nous dispenserons d’en faire une analyse qui, d’ailleurs, dépasserait les limites dans lesquelles doit se renfermer cette revue rapide et sommaire.II M.l’abbé J.-C.-K.Laflamme.Cours de géologie.Le globe terrestre n’a pas eu, dès le commencement de son existence, la structure et la constitution physique qu’il a maintenant.Tracer l’histoire de ces différents changements, tel est le but de la géologie. DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 245 L’histoire de la terre, comme celle des peuples, repose sur l’étude des documents qui s’y rapportent.Et plus ces documents sont obscurs et incertains, plus leur interprétation.et leur mise en œuvre demandent de tact et de jugement.Aussi le géologue doit-il toujours procéder avec la plus grande circonspection.Comme point de départ de ses recherches, il pose en principe que les phénomènes qui se sont produits à la surface de notre globe n’ont pas dû varier depuis le commencement.L’intensité seule a pu changer ; mais comme les mêmes éléments matériels ont été en présence dès le commencement, comme les lois physiques et chimiques qui les régissent sont également restées les mêmes, la nature des phénomènes n’a guère varié.Il suit de ia que l’étude des phénomènes actuels est la base des recherches géologiques.Bien comprendre ce qui se passe de nos jours est encore ce qu’il y a de plus facile : il suffit d’observer.Or les causes qui agissent actuellement pour créer ou modifier les lits géologiques, peuvent se réduire à cinq : la vie, l’atmosphère, l’eau, la chaleur et les oscillations de la croûte terrestre.Dans les trois conférences qu’il a données, le professeur a étudié successivement l’action de la vie végétale et animale, celle de l’atmosphère et celle de l’eau.Aux plantes sont dus les dépôts de tourbe qui occupent une place si considérable dans les formations géologiques contemporaines.La vie animale, manifeste son action dans les depots d organismes microscopiques, qui se rencontrent un peu partout, et dont le nombre n’est égalé que par la beauté et la délicatesse des carapaces siliceuses ou calcaires qu’ils sécrètent.Ajoutons les coraux, qui forment à eux seuls des bancs de rochers très élevés, et dont l’épaisseur atteint plusieurs centaines de pieds : mystérieux organismes, se développant surtout dans les eaux tiedes et limpides des mers tropicales, poussant à peu près comme les plantes, et recouverts d’une gelée vivante que le moindre frottement enlève, mais qui sécrète un squelette siliceux capable de briser les navires qui viennent s’y heurter.Le rôle de l’atmosphère est à la fois chimique et physique.Elle provoque des décompositions très remarquables, et, sous son influence, on voit les roches les plus dures, comme les granits, tomber petit à petit en poussière.L’argile se forme en grande partie de cette manière par la décomposition des feldspaths et des micas._ L’action mécanique des vents se traduit par la formation des dunes, dans les régions sablonneuses où les courants d’air gar-17 246 COURS PUBLICS dent pendant longtemps la même direction.Ces collines de sable, formées d’abord par la rencontre du moindre obstacle qui s’oppose au mouvement de l’air, grossissent peu à peu, se déplacent, et envahissent lentement, mais sûrement, le rivage sur lequel elles ont pris naissance.Leur structure est très caractéristique et facile à reconnaître.Le troisième agent des phénomènes géologiques, c’est l’eau.L’étude des effets chimiques et mécaniques de l’eau, a fait le sujet de la dernière conférence.L’action de l’eau se manifeste de plusieurs manières.Chimiquement, l’eau dissout certaines roches, les enlève pour aller les déposer plus loin.C’est ainsi que se creusent les grottes des terrains calcaires ; ces grottes atteignent parfois des dimensions vraiment gigantesques.Au point de vue mécanique, l’eau modifie la forme des reliefs du sol.Elle use et abaisse les sommets où elle tombe sous forme de pluie, et va ensuite déposer en alluvions ces débris dans les plaines inférieures.D’un autre côté, les rivières travaillent et modifient constamment leurs rivages.Leurs lits s’approfondissent et se régularisent, les chutes reculent et tendent à se changer en rapides, les méandres s’accentuent de plus en plus, jusqu’à ce que la rivière ait un régime qui établisse un équilibre stable entre la pente de son lit et le volume d’eau qu’elle débite.Le conférencier a terminé ces études géologiques par quelques considérations sur les barres et les deltas.• III M.l’abbé P.-E.Roy.Sujet :—Cicéron.Dans sa première conférence, M.l’abbé Roy étudie la vie privée du grand orateur romain.Cette étude est une préparation nécessaire à celle des œuvres oratoires de Cicéron.Nous donnons les traits principaux de cette biographie.Marcus Tullius naquit en l’an 106, avant J.-C., à Arpinum, petit bourg du Latium.Apres avoir étudié à Rome et y avoir même fait ses débuts au barreau, il va se perfectionner à Athènes, où il suit les leçons des grands maîtres, et se familiarise avec la langue grecque.A son retour il se marie avec Terentia.Cette femme, d’humeur difficile, met souvent le trouble au foyer où elle prétend régner DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 247 en souveraine.Cicéron la laisse faire jusqu’au jour où il apprend qu’elle le trahit et le ruine.Un divorce éclatant vient rompre des liens qui d’ailleurs avaient depuis longtemps commencé à se relâcher.Un second mariage se termine par un second divorce.Cette fois Cicéron renonce à l’hymen.Il espérait pouvoir trouver un dédommagement dans son amour pour ses deux enfants : il fut cruellement déçu.Tullia, sa fille tendrement aimée, mena une triste existence.Veuve à 15 ans de son premier mari, elle dut se séparer du second et du troisième par un double divorce, et mourut soudainement à l’âge de 31 ans.Marcus, le frère de Tullia, ne consola guère Cicéron de cette perte.Son père voulut en faire un orateur et un philosophe, et lui n’eut jamais que des instincts de soldat grossier.Envoyé à Athènes pour étudier, il perdit son temps, et n’en rapporta d’autre diplôme que le titre peu flatteur de grand et intrépide buveur.Le conférencier termine son étude par quelques détails sur les esclaves et sur la fortune de Cicéron.Il nous parle du rôle important joué par Tiron, l’intendant et le secrétaire du grand orateur, de l’estime dont cet esclave était l’objet de la part de son maître, et s’élève contre les prétentions de M.G.Boissier, qui profite de ce fait pour attribuer aux lettres et à la philosophie l’honneur d’avoir porté les premiers coups à l’esclavage.Il indique ensuite les diverses sources où Cicéron dut puiser sa fortune, donne des détails sur la condition matérielle de l’écrivain, au temps de Cicéron, sur celle de l’avocat, auquel une loi interdisait de recevoir un salaire de ses clients, et termine par quelques réflexions sur les idées religieuses de Cicéron.La seconde conférence est consacrée aux débuts de Cicéron dans la carrière politique.Deux grands partis politiques se disputaient alors les faveurs de l’opinion : l’aristocratie et la démocratie.Les goûts de Cicéron, ses hautes relations l’inclinaient vers l’aristocratie ; mais il eut souvent à souffrir de la morgue insolente des grandes familles, qui n’aimaient pas les parvenus.D’autre part, les moeurs turbulentes et grossières de la plèbe l’éloignaient du parti populaire, dans lequel le plaçait pourtant son origine.Voilà qui explique les fluctuations politiques qui ont souvent agité la vie du grand orateur.Cicéron débuta sous la dictature de Sylla, et parut au forum pour défendre la cause de Roscius d’Amérie, accusé d’avoir assassiné son père.Chrysogonus, puissant affranchi de Sylla, voulait se débarrasser de Roscius, dont il convoitait l’héritage, 248 COURS PUBLICS et il se proposait de le faire condamner comme parricide.Il y avait du danger à défendre une victime de Chrysogonus.Cicéron le fit avec un courage qui l’honore.Après avoir démontré l’innocence de son client, il accable ses adversaires, et Chrysogonus en particulier, sous les traits d’une mordante raillerie, et s’efforce de les rendre odieux à leurs concitoyens.Il dénonce le luxe insolent de cet affranchi, et le traite avec un superbe dédain.Cette conduite courageuse valut à Cicéron les approbations de la plèbe, et lui facilita l’entrée dans la carrière des honneurs.Après avoir exercé la questure en Sicile, il est nommé édile à Rome, puis préteur.C’est pendant sa préture qu’il prononça le Pro lege Manilla.Le conférencier amalyse rapidement ce premier discours politique du grand orateur.Il s’agissait de faire donner à Pompée le commandement militaire en Orient pour terminer la guerre contre Mithridate.Cicéron établit que cette guerre est nécessaire, qu’elle offre de sérieuses difficultés, et que Pompée seul est capable de mener cette expédition à bonne fin.La troisième partie du discours est surtout remarquable.L’orateur y loue un grand homme avec une grande éloquence.La loi Manilia fut votée, et Cicéron put voir dans ce succès le gage de ses triomphes futurs.La troisième conférence nous a montré Cicéron arrivant au consulat, en Pan 690 de Rome, malgré la terrible opposition de Catilina et grâce à l’appui des chevaliers, et débutant dans cette fonction par son fameux discours sur la loi agraire.L’analyse de ce discours, et les citations de quelques passages remplissent une grande partie de la conférence.Les lois agraires étaient populaires à Rome, et plusieurs tribuns s’en servaient pour satisfaire leurs ambitions.La loi qu’eut à combattre Cicéron était mal conçue et dangereuse ; elle demandait la nomination d’un décemvirat qui aurait pouvoir absolu, pendant cinq ans, sur tout le domaine de la république.Mais comment combattre cette loi sans irriter le peuple?Cicéron y parvient à force d’adresse et de précautions oratoires.Il commence par distraire son auditoire en parlant de sa personne, de son élection au consulat, de la conduite qu’il se propose de tenir.C’était une belle occasion de se vanter, et Cicéron se garde bien de la laisser échapper.Il se déclare franchement ami du peuple, et dit qu’il sera un consul populaire.Puis par un détour habile, il arrive au sujet, fait l’éloge des lois agraires en général, dit qu’il n’était pas d’abord opposé à celle du tribun Rullus, mais qu’ayant découvert dans cette loi des DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 249 desseins ambitieux et un grave danger pour l’Etat, il se croit obligé de la combattre.Alors, sûr des dispositions de son auditoire, l’orateur se met à l’aise.Reprenant son arme favorite, l’ironie, il en cingle la figure de son adversaire, et, après l’avoir rendu odieux, il le tourne en ridicule.Le peuple se laissa prendre à cette captieuse éloquence, et rejeta la loi de Rullus.La dernière conférence de M.Roy a été consacrée tout entière à l’étude de la ‘première catilinaire.Le professeur nous a d’abord tracé un portrait de Catilina, le héros de la conjuration.Catilina était un brigand de la pire espèce.Il n’eut jamais d’autre ambition que celle de répandre partout la discorde et de soulever des troubles dont il espérait tirer profit.La guerre civile fut son élément ; il assista, comme a une fête, a cette triste agonie dans laquelle se débattait alors la République romaine, et passa toute sa vie à épier l’occasion de faire de méchants coups.Le feu, le fer, le sang ; voilà mes étendards ! lui fait dire Voltaire dans sa tragédie de Rome sauvée-, et cette sombre devise lui convient à merveille.Catilina réussit à grouper autour de lui des hommes perdus de débauches, des misérables criblés de dettes, des scélérats, des voleurs, des assassins ; et pour faire la main à tous ces brigands, il ouvrit au sein de Rome une école de crimes, dont il fut le grand maître.Puis quand l’apprentissage du vice lui parut suffisant, il organisa son plan d’attaque, et traça son programme : abolition des dettes, proscription des riches, abolition des magistratures, le pillage partout, et le partage des biens en commun.Heureusement un conjuré trop indiscret révéla le complot à une femme: ce qui sauva la République.L’éveil fut donné.Cicéron comprit qu’on en voulait surtout à sa vie, et, à partir de ce jour, il se mit sur ses gardes.Bientôt un nouveau complot se trame dans l’ombre, qui vise à la fois Rome et Cicéron.On organise secrètement une révolte à mains armées ; de3 généraux parcourent l’Italie pour soulever des légions ; et, pendant ce temps, un chevalier romain et un sénateur font une tentative de meurtre sur la personne du consul.Cicéron, averti à temps, échappe au poignard des assassins.Cependant le danger augmente.Le sénat épouvanté fait un sénatus-consulte pour investir les consuls de l’autorité dictatoriale, et déclare que la patrie est en danger.C’est au milieu de la consternation universelle produite par cette grave mesure que Cicéron convoque le sénat.Catilina s’y rend, soit pour rassurer ses complices, soit pour écarter les 250 COURS PUBLICS soupçons.A son entrée, les sénateurs, indignés, laissent vide la partie de la salle où il va se placer.C’est alors que le consul, decliaigéant enfin son ame toute débordante de colère, prononce son premier discours contre Catilina.Après la foudroyante apostrophe du début, l’orateur établit à n’en pas douter, qu’il connaît parfaitement tous les détails de la conjuration ; il’sait le jour, l’heure, l’endroit; il cite les noms, les paroles.Catilina est donc coupable.Cicéron le supplie de sortir de Rome, d’échapper par la fuite au châtiment qu’il a mérité ; et, pour lui faire comprendre qu’il lui est impossible désormais de vivre à Rome, il lui rappelle sa vie passée, et esquisse son portrait avec une vivacité de ton et de couleur, avec une énergie et une vérité qui font frémir.La péroraison est pleine de noblesse et de grandeur.Confondu par ce discours, Catilina balbutia quelques excuses, voulut jouer à l’hypocrisie, et se permit même d’injurier Cicéron.Des murmures étouffèrent sa voix ; les mots de traître et d’assassin arrivèrent à son oreille.Furieux alors, et se sentant compromis, il se précipite hors du sénat et regagne sa demeure.Quelques heures après il sortait de Rome à la faveur des ténèbres, et allait rejoindre ses complices.IV M.Faucher de Saint Maurice.Sujet:—L'empereur Maximilien, homme de lettres.M.Faucher de Saint-Maurice a consacré deux conférences à nous faire connaître l’empereur Maximilien comme homme de lettres.Tout le monde sait la vie accidentée et romanesques de ce prince qui, après avoir parcouru tous les pays, est venu se fixer dans le Nouveau-Monde, et a, pendant quelques années, tenu entre ses mains les destinées du Mexique.Mais ce qui est moins connu, c’est que cet empereur fut un écrivain distingué, et que ses notes de voyage nous révèlent une plume d’artiste mise au service d’un esprit fin et d’un jugement solide.Maximilien possède tous les talents, et excelle dans tous les genres.S’agit-il de décrire les sublimes spectacles de la nature, de peindre les forêts vierges de l’Amérique, les plaines arides et brûlantes du désert, les sites enchanteurs des lacs alpestres, les terribles éruptions du Vésuve, le ravissant et féerique panorama qui frappe les regards dans la grotte de Capri, il le fait avec DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 251 l’imagination et le style d’un poète.S’il nous fait voyager à travers le vieux et le nouveau continent, et nous communique ses réflexions, nous découvrons bien vite en lui un observateur judicieux, qui sait voir les choses et tirer de tout ce qu’il voit de précieux enseignements.Rien n’échappe à son regard pénétrant.S’il parle de Rome, de Paris, de Lisbonne, ce n’est pas pour redire les banalités que tout le monde sait ; mais il a sa manière à lui de regarder et de juger.Son œil découvre des aspects nouveaux que personne n’a vus avant lui j son imagination lui fournit des rapprochements justes et frappants qui surprennent et intéressent.Aussi ses notes de voyages se distinguent-elles par une vive originalité._ Le récit de ses excursions sur mer lui donne l’occasion de faire une jolie et savante dissertation sur la marine.On croirait entendre un de ces vieux loups de mer qui ont passé toute leur vie entre le ciel et l’eau, et qui se sont, en quelque sorte, identifiés avec leurs navires.Nous fait-il visiter les grands musées de l’Europe, il disserte en véritable artiste sur la peinture et la sculpture.Rien de plus exquis et de plus judicieux à la fois que ses appréciations des chefs-d’œuvre de Raphaël.On sent vibrer toutes les fibres de son âme, lorsqu’il parle des madones du grand peintre.Il dissèque ces ravissants tableaux, il les examine à la loupe, il en analyse toutes les beautés avec une justesse et une precision vraiment étonnantes.Un élève de Raphaël n’aurait pas mieux parlé de l’illustre maître.Enfin cet artiste, ce poète, ce marin, cet observateur, était encore philosophe à ses heures.On peut extraire de ses écrits un charmant recueil de pensées philosophiques et de sentences morales que ne désavoueraient pas les plus profonds penseurs.M.Faucher de Saint-Maurice a terminé ses conférences en parlant de la triste catastrophe qui a si brusquement arrêté l’empereur Maximilien au milieu de sa carrière.L’émotion qui animait ces souvenirs personnels, ajoutait un nouvel intérêt à la parole du conférencier.V / Mgr B.Paquet, Recteur de l’Universite.Sujet :—Les hommes sont tous égaux, disent les uns ; les hommes ne sont pas tous égaux, répondent les autres.Qui a raison ?Les hommes sont tous égaux, dit J.-J.Rousseau, et après lui les socialistes, les fouriéristes, les communistes.On sait à quelles 252 COURS PUBLICS déplorables absurdités sont arrivés ces fauteurs de systèmes erronés.Comment expliquer le succès de pareilles doctrines ?C’est qu’à côté d’erreurs monstrueuses, elles renferment une parcelle de vérité.Il y a du vrai et du faux dans ces théories.Quelques distinctions importantes permettent de démêler la vérité de l’erreur.Il y a dans l’homme la nature spirituelle et la nature matérielle.Or y a-t-il égalité chez tous quant à la nature matérielle ?Le supposer serait assez ridicule.Il est constant, en effet, que tous les hommes n’ont pas la même taille, la même figure, la même couleur.La nature varie les types à l’infini, si bien qu’il est impossible de trouver deux hommes semblables.Cette diversité en produit d’autres dans les aptitudes à remplir certaines fonctions : tel avantage physique donne à celui qui le possède une supériorité nécessaire sur ceux qui en sont privés.Dans l’ordre moral et intellectuel les inégalités ne sont pas moins nombreuses ni moins apparentes.Il est évident que tous les hommes ne sont pas doués au même degré d’esprit, de jugement, de mémoire ; les tempéraments et les caractères changent aussi avec les individus.De plus les hommes ne font pas le même usage des facultés que la nature leur a départies : les uns les font servir à de grandes choses ; les autres les laissent s’éteindre dans l’inaction.Ici encore, par conséquent, l’inégalité dans les dons de l’esprit et dans la manière de s’en servir en produit de très grandes dans les conditions de la vie.Donc les hommes ne sont pas égaux puisqu’ils apportent en naissant des dons et des aptitudes si diverses.Mais il y a chez tous les hommes une égalité essentielle qui tient à leur origine, aux éléments constitutifs de leur nature et à leur destinée.Tous les hommes ont une origine commune qui est en Dieu ; tous sont composés d’un corps et d’une âme unis substantiellement ; tous ont une même destinée, qui est de retourner à Dieu leur créateur ; tous enfin ont reçu, pour atteindre cette fin, une même faculté qui est le libre arbitre.A ces divers points de vue, tous les hommes sont absolument égaux.Cette égalité peut être appelée essentielle, par opposition aux inégalités citées plus haut et qui sont individuelles.De ce double principe naissent des conséquences graves.Les hommes, égaux essentiellement, ont des droits essentiels absolument égaux.Les droits essentiels du père, du monarque, du riche ne diffèrent aucunement des droits essentiels du fils, du sujet ou du pauvre.Ces droits sont inviolables : nul ne peut s’y attaquer sans crime.D’un autre côté, l’inégalité individuelle DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 253 suppose des droits individuels inégaux.L’homme peut faire valoir ses droits lorsqu’ils sont légitimement acquis et pourvu que les droits essentiels ne soient pas violés.C’est pour n’avoir pas fait ces distinctions importantes que les philosophes du 18e siècle ont commis de si graves erreurs et ont entraîné la France dans l’abîme de la révolution.L’Eglise, plus sage que tous les philosophes, respecte et concilie tous les droits de l’homme.Sans doute elle voit la beauté dans l’ordre, et l’ordre dans la hiérarchie; mais c’est elle qui a délivré le monde de l’esclavage, qui a appris aux hommes à se regarder comme des frères, et qui leur fait dire tous les jours cette sublime prière : Notre Père qui êtes aux cieux! VI M.l’abbé L.Olivier.Suj et :—Marivaux et le marivaudage.Le conférencier esquisse d’abord les principaux traits de la vie de Marivaux: Né en 1688, le célèbre écrivain reçut une bonne éducation de collège, qu’il compléta plus tard au milieu de la société.Les hommes ont été pour lui plus instructifs que les livres.Ses préférences naturelles le portèrent d’abord vers la génération littéraire dont Fontenelle et LaMothe étaient les plus illustres représentants.C’est là qu’il rencontra Mme de Tencin, qui servit admirablement les intérêts de Marivaux.Elle eut de l’ambition pour lui, veilla sur sa gloire, et força même, pour ce cher protégé, les portes de l’Académie, où Voltaire venait alors frapper.Le discours que fit Marivaux, en prenant rang parmi les immortels, est un modèle de grâce, de noblesse et de bon goût.Les honneurs n’amenèrent pas la richesse au foyer de l’académicien.Il vécut toujours dans un état voisin de la pauvreté, aimant d’ailleurs à faire aux pauvres une large part de ses modestes ressources.Ses derniers jours s’écoulèrent dans le silence et la paix.Marivaux a laissé son nom à un genre littéraire, le Marivaudage.On a tort de ne parler du marivaudage que pour en dire du mal : il y a dans le style de Marivaux des beautés qu’un œil exercé découvre facilement.Il faut pourtant reconnaître qu’il sort trop souvent du naturel.Chez lui le terme subtil, l’expression rare, le tour figuré, donnent au style un air d’apparat et de 254 COURS PUBLICS recherche qu’on ne saurait approuver.C’est un langage trop guindé et qui vise trop à la finesse.Mais il faut voir dans Marivaux autre chose que le marivaudage.Son théâtre reproduit avec une rare exactitude les mœurs, le ton, le langage de la société du XVIIIe siècle.Les deux surprises de l'amour, la Fausse suivante, le Dénouement imprévu, les Serments indiscrets, Le legs, Les fausses confidences, le Jeu de l'amour et du hasard, sont des œuvres qui, sans être irréprochables au point de vue moral, dénotent une grande finesse d’observation, et une connaissance approfondie du cœur humain.Deux romans : La Vie de Marianne et le Paysan parvenu, ne sont pas indignes des meilleures comédies de Marivaux.Les unes et les autres ont leur place d’honneur dans la littérature française, et vivront longtemps à côté des plus belles productions de l’esprit français.Marivaux a toujours fait profession de haïr le singe littéraire, et certes, personne ne pouvait lui reprocher ce qu’il attaquait chez les autres.C’est un génie créateur, et voilà pourquoi on ne saurait enlever ses œuvres sans mutiler l’histoire littéraire delà France.VII .M.l’abbé Laberge.Sujet:—Analogie entre la formation de l'Eglise et la création du Monde.Il y a trois œuvres particulières dans l’œuvre générale de la création: l°la création elle-même; 2° la distinction des éléments ; 3° l'ornementation.Dieu, en fondant son Eglise, a voulu suivre le même plan, et faire passer son œuvre par les trois phases de la création primitive.Et d’abord, il y a la création proprement dite.L’Eglise commence au paradis terrestre, après la chute ; elle se continue avec les patriarches et le peuple juif, jusqu’à Jésus-Christ.Domestique au temps des patriarches, elle existe sans loi, sans culte déterminé, sans sacerdoce régulier.Puis elle devient nationale avec le peuple juif : Moïse donne une législation positive, détermine le culte et établit le sacerdoce d’Aaron.C’est l’époque de création.Cette Eglise des patriarches et des prophètes est bien, dans son essence, la même que l’Eglise du Christ.Elle a la même cause, le même but, le même principe de sanctification, et substantiellement la même doctrine.Mais ces deux Eglises diffèrent par la forme et l’état, par l’autorité et le sacerdoce, DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 255 par leurs prérogatives et leurs moyens d’action.La Synagogue, comme le monde avant l’œuvre des six jours, était imparfaite, stérile et, en quelque sorte, à l’état de chaos ; l’Esprit de Dieu planait sur elle : Spiritus Dei Jerebatur super aquas.Avec Jésus-Christ commence la seconde phase, celle de la distinction des éléments.Le monde était dans les ténèbres.Jésus-Christ prêche, et la lumière est faite; car le Christ est la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde.Les éléments sont ensuite partagés: Jésus-Christ sépare le clergé des laïques ; puis, dans le clergé, il établit une hiérarchie composée de trois ordres: l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat.L’Eglise reçoit ensuite ses moyens propres d’activité par l’établissement de son autorité et l’institution de ses sacrements.Enfin la publication de l’Evangile complète l’œuvre de distinction en séparant pour toujours l’Eglise de la Synagogue.L’Eglise était créée et organisée ; il ne restait plus à la main créatrice que d’y faire briller une riche ornementation.Le Saint-Esprit descend sur les Apôtres au jour de la Pentecôte, et, sous ces rayons de la splendeur divine, les apôtres deviennent les brillantes lumières du firmament nouveau.Les Pères et les Docteurs ajoutent un nouvel éclat à l’ornementation de l’Eglise ; puis viennent les confesseurs, les martyrs, les vierges, qui forment comme autant de joyaux à la couronne déjà si belle de 1 Epouse du Christ.Enfin l’Eglise, comme la nature au printemps, se couvre d’une riche parure.Elle voit germer et fleurir dans son sein les collèges, les universités, les monastères, les hôpitaux, les associations pieuses, qui n’ont tous qu’une voix pour célébrer l’œuvre du Christ.Cependant l’œuvre n’est pas encore complète.L’Eglise, souvent désolée par le ravage de l’erreur et des passions, attend le jour suprême où Jésus-Christ consommera son travail par la terrible distinction des justes et des réprouvés, et par la suprême ornementation de la gloire.VIII M.l’abbé L.-A.Paquet Cours d’apologétique chrétienne.—Introduction.Premiere leçon.—Notions générales sur l’apologétique chrétienne.— L’apologétique chrétienne peut se définir : une science qui, sous les lumières de la foi et avec l’aide de la raison, travaille 256 COURS PUBLICS au soutien de la vérité catholique dans le monde.Elle arrive à ce but en montrant la supériorité des doctrines révélées sur toute doctrine purement humaine, ou en faisant justice des objections et des sophismes de l’erreur.Elle diffère de la théologie positive, qui se sert de l’autoritç, des Ecritures, de la tradition, et des définitions de l’Eglise, pour prouver la divinité de la religion et de ses dogmes ; elle diffère aussi de la scolastique, qui, appuyée sur l’autorité, fait encore appel aux lumières de la raison, et forme de la doctrine révélée une vaste synthèse scientifique.Le rôle de l’apologétique, ou théologie polémique, est de défendre les vérités catholiques contre l’erreur.Cette science est excellente dans son objet, qui est Dieu lui-même, et dans ses principes, qui sont les lumières de la foi se projetant sur notre raison, et elle l’emporte ainsi sur toutes les discussions humaines.L’apologétique est aussi vaste que la théologie.Placée aux frontières de la foi, elle doit en garder toutes les issues, et poursuivre même l’ennemi jusque dans ses propres tranchées.La meilleure préparation aux luttes de la polémique chrétienne c’est la scolastique, cette théologie raisonnée, profonde, qui exerce l’esprit et l’habitue à scruter la nature intime des dogmes.Quant à la méthode de cette science, elle consiste à faire valoir non seulement les preuves proprement démonstratives, mais encore tous les arguments probables et indirects dont on peut attendre quelque bon effet.Il ne faut pas demander à l’apologiste ce style sévère qui convient à la scolastique.Sa démarche est plus libre, et il ne dédaigne pas les brillantes couleurs de la forme littéraire.La polémique religieuse est nécessaire aux progrès du christianisme ; elle écarte les obstacles qui encombrent la route et dispose les âmes à l’infusion de la grâce divine.Les plans de défense doivent varier comme les plans d’attaque, et elle doit changer de terrain selon le caractère des erreurs qu’elle combat.L’histoire de l’Eglise nous prouve cette féconde variété des ressources que l’apologétique met en œuvre.Seconde leçon.—Coup d'œil sur l'histoire de l'apologétique chrétienne.—L'Eglise eut d’abord à lutter pour son existence même contre le judaïsme et le paganisme.A l’aurore des temps chrétiens l’apologétique apparaît dans les disputes de Jésus-Christ et de ses apôtres avec les chefs de la Synagogue.Le paganisme est attaqué à son tour, et ne tarde pas à succomber sous les coups des vaillants athlètes du second et du troisième siècle.L’apologétique démontre la divinité du chris- DE L UNIVERSITE LAVAL 257 tianisme en proclamant, par la voix de S.Justin, sa supériorité morale ; par celle de S.Clément, sa haute valeur scientifique ; et sa supériorité sociale, par l’éloquence de Tertullien.En même temps S.Irénée, dans son traité contre les hérésies, dissipe les rêveries et les séduisants mensonges de la Gnose.Au quatrième et au cinquième siècle, il fallut maintenir l’intégrité de la, religion chrétienne, contre les hérésies d’Arius,.de Pélage, de Nestorius et d’Eutychès.C’est l’époque des Pères de l’Eglise.St Athanasse en Orient, et St Plilaireen Occident, soutiennent les vérités fondamentales du dogme.Au moyen âge, les immortels écrits de St Thomas sauvent l’Europe des doctrines malsaines du panthéisme et du rationalisme oriental ; la Somme contre les Gentils est un impérissable monument de théologie polémique.Aux principes subversifs de l’erreur protestante, l’Eglise oppose encore des adversaires remarquables, tels que Bellarmin et Bossuet.Avouons cependant que, depuis la réforme de Luther, à laquelle vint s’ajouter, dans les écoles philosophiques, celle de Bacon et de Descartes, l’apologétique chrétienne, par l’abandon de la scolastique, perdit beaucoup de sa force et de sa gloire, et se montra trop faible en face du philosophisme voltairien.Cette faiblesse momentanée ne dépend en aucune sorte de l’Eglise et de'ses chefs.Il faut l’expliquer parlemalheur des temps, etpar une permission spéciale de Dieu, qui voulut sans doute, en laissant déborder le mal, punir l’esprit d’indépendance auquel le seizième et le dix-septième siècle se laissèrent si facilement emporter.La révolution française apprit au monde combien il en coûte de rompre avec les lois de la religion et de la pensée.On ne peut s’empêcher d’admirer la constance de l’Eglise maintenant pendant dix-neuf cents ans un même credo en face des opinions et des systèmes innombrables de tous les siècles.Ce spectacle constitue déjà une magnifique apologie du catholicisme, et prouve invinciblement sa divinité.Troisième leçon.— Objet de Vapologétique contemporaine.— Pour bien comprendre la genèse des systèmes anti-philosoph_-ques et anti-religieux qui inondent aujourd’hui l’Europe, il faut remonter jusqu’à Luther, Bacon et Descartes.Ces deux derniers eurent le grand tort de poser en principe l’excellence des innovations philosophiques.Aussi les esprits, emportés par des idées de réforme, dominés par le rationalisme, sont bientôt tombés, soit dans l’idéalisme qui favorise toutes les illusions, soit dans le matérialisme qui abaisse l’homme au-dessous de lui-même.C’est en Allemagne que l’idéalisme a fait le plus de 258 COURS PUBLICS ravages, après le subjectivisme de Kant.Il en est sorti un panthéisme nuageux et impie, qui règne aujourd’hui dans un grand nombre d’écoles.Le matérialisme, d’autre part, né du sensualisme de Bacon et de Locke, confirmé par la fausseté du spiritualisme cartésien, s’est développé dans des proportions alarmantes.D’après nos positivistes modernes, le suprême progrès consiste à observer les faits sensibles, à en déterminer les lois immédiates, et à tout expliquer par le jeu des forces physiques.L’idée de l’âme et l’idée de Dieu ne sont plus que de vieilles hypothèses qui ont fait leur temps.Ces absurdes théories devaient naturellement engendrer le scepticisme.Aussi combien d’âmes, désespérées, souffrent aujourd’hui de ce mal affreux ! Pour conjurer un pareil danger, il importe que la défense catholique se porte sur tous les points attaqués.Les systèmes ennemis se servent des armes de la science pour combattre l’Eglise : il s’agit donc pour l’apologétique chrétienne de montrer le parfait accord qui existe entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, entre la raison et la foi, entre la science et la révélation.Voilà le but spécial qu’elle doit viser.Le Concile du Vatican avait déjà tracé ce programme.Léon XIII l’a remis sous nos veux dans son encyclique Æterni Patris, où il montre combien utile et nécessaire est le concours de la raison et de la science humaines pour ramener les peuples à la foi.Quatrième leçon.— Principes de l'apologétique contemporaine.— Aujourd’hui plus que jamais l’apologiste doit compter sur sa raison, sur l’arme d’une ' dialectique puissante, d’une doctrine saine et vigoureuse.Or il trouvera tout cela dans S.Thomas.Léon XIII, en remettant en honneur cette doctrine trop longtemps négligée, a consacré les efforts généreux de quelques esprits d’élite, qui déjà travaillaient à la restauration des études philosophiques et théologiques.La doctrine de S.Thomas se recommande à l’apologétique moderne par sa sûreté et son opportunité.Elle jouit, comme celle de S.Augustin, d’une approbation spéciale de l’Eglise.Ses principes si élevés, d’une action universelle, peuvent dissiper toutes les erreurs.Dans un temps où il importe de montrer l’harmonie entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, rien de plus opportun que cette doctrine où la raison et la vraie science jouent un si grand rôle.Du reste l’erreur se répète, et la Somme contre les Gentils, DE L’UNIVERSITÉ LAVAL 259 écrite au XlIIe siècle, pourrait fort bien s’appeler Somme contre les rationalistes et les positivistes.Une exposition solide et brillante de l’enseignement catholique selon St Thomas peut exercer une influence profonde sur les esprits les plus rebelles.Nous en avons une preuve dans les conférences si populaires du P.Monsabré.En se livrant à l’étude de la scolastique, l’apologiste ne doit pas négliger les sciences critiques et naturelles qu’il est nécessaire de connaître pour en démontrer l’accord avec la révélation.St Thomas lui-même attachait une grande importance t ce genre d’études.Que l’apologiste toutefois sache se prémunir contre deux dangers.Le premier est de s’abandonner trop librement, dans des questions de foi, à des hypothèses peu en harmonie avec l’enseignement des Pères, des théologiens et des pasteurs de l’Eglise.Le second est de se laisser absorber par les préoccupations de la critique et des sciences naturelles, jusqu’au point de négliger ou d’omettre l’étude si nécessaire de la théologie et de la philosophie catholique.Léon XIII a signalé cet écueil dans son encyclique Æterni Patris.Enfin la doctrine de St Thomas, par l’unité et la fécondité de ses principes, est la plus propre à rallier tous les esprits sous un drapeau commun.IX M.l’abbé Bernier.Sujet :—Lamennais, son système philosophique, ses erreurs.Lamennais a laissé après lui une réputation tristement célèbre.Doué d’un véritable génie, il fut salué avec bonheur par l’Eglise, qui crut voir en lui un apôtre et un défenseur.Mais l’orgueil vint gâter un si beau talent et détruire de si hautes espérances.Entraîné par ses ambitieux caprices, le politique ardent s’est jeté dans les principes subversifs d’une dangereuse démocratie, le philosophe a inventé un système erroné, l’apologiste chrétien a tourné le dos à l’Eglise.C’est pourtant à l’Eglise que le jeune prêtre a consacré les premiers efforts de son talent.Son Essai sur l'Indifférence est une œuvre de haute apologie, qui fit saluer en Lamennais un nouveau Père de l’Eglise.Mais un second volume, écrit sur le même sujet, vint dissiper cetenchantement et mettre à nu l’erreur qui germait depuis longtemps dans ce cerveau mal équilibré.Lamennais voulant combattre le doute, et ramener les esprits à 260 COURS PUBLICS DE L’UNIVERSITÉ LAVAL la foi, cherche un principe de certitude sur lequel l’homme puisse appuyer ses convictions, et il n’en trouve pas d’autre que l’accord général, le consentement commun de l’humanité ; système évidemment faux, puisqu’il ne tient aucun compte de la raison individuelle, du témoignage des sens, du sentiment, et de tous les autres moyens qui ont été donnés à l’homme pour arriver à la vérité.Du reste le consentement commun ne peut jamais réunir toutes les conditions essentielles à un principe unique, c’est-à-dire l’indépendance de tout autre principe, l’universalité et l’infaillibilité.Cette doctrine fit sensation, et suscita de vives protestations, surtout de la part de la Sorbonne et de l’épiscopat.Rome même s’en émut, mais se contenta de remontrances.En 1830, Lamennais fonda VAvenir, avec la collaboration de plusieurs jeunes et ardents disciples, parmi lesquels se trouvaient Gerbet, DeSalinis, Lacordaire, Rohrbacher, Montalembert.Fortement attaqué à cause de ses doctrines et dénoncé en cour de Rome, ce journal fut suspendu, au bout de quelques mois, par ses propres directeurs, dont trois se rendirent à Rome pour plaider leur cause.Mais ils ne réussirent pas à empêcher la condamnation formelle des doctrines outrées de VAvenir.Cette condamnation ouvrit les yeux aux jeunes amis de Lamennais, qui se séparèrent de lui ; tandis que le malheureux prêtre, malgré une soumission apparente, leva bientôt le masque, _ et poursuivit seul sa marche aventureuse dans les sentiers de l’erreur.La mort vint l’y surprendre en 1854.Il semble avoir voulu se peindre dans ce chapitre des Paroles d'un Croyant, où il parle de l'exilé ¦ “ L’exilé partout est seul.” Hélas ! quand cet exil est volontaire, on n’a pas le droit de se plaindre en se voyant partout seul, même au milieu des hommes.Lamennais avait une belle vocation.La Providence l’avait fait surgir dans des circonstances difficiles pour frapper de grands coups, et elle lui avait donné pour cela le regard de l'aigle, l’élan audacieux du génie, la force de l’athlète.Mais l’orgueil fit servir au mal ces belles qualités, qu’il aurait dû mettre au service du bien.On peut ajuste titre lui appliquer cet axiome .corruptio optimi pessima.
de

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