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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Un bon poète catholique de Belgique
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1919-09, Collections de BAnQ.

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UN BON POÈTE CATHOLIQUE DE BELGIQUE Depuis le premier jour de la guerre et jusqu’au dernier, notre admiration s’est donnée sans réserve à ce noble et loyal petit peuple belge, petit par le nombre, d’autant plus grand par les vertus.Et parmi ses plus belles figures d’épopée, que toutes les consciences humaines évoqueront à travers les siècles avec un sentiment de religieuse vénération, qui de nous n’est prêt à glorifier son Roi-chevalier, si haut et en même temps si simple, sa Reine si vaillante et dévouée,— ses prélats comme S.E.le cardinal Mercier, vrai père spirituel de cette grande famille d’opprimés,— ses soldats comme le général Léman, qui, après avoir résisté jusqu’à la mort, s’excusait encore de vivre,— ses bourgmestres, dignes descendants des libres communes d’autrefois, comme à Bruges M.le comte Visonk de Bocarmé, malgré ses 80 ans, ou à Bruxelles M.Max, qui relevait son courage civique d’une si jolie pointe d’esprit railleur,— ses légistes comme M.le bâtonnier Théodar, dont l’héroïque protestation défia les pires souffrances des geôles ennemies ?A ces noms fameux que la Presse des Deux-Mondes nous a fait connaître, qu’il nous soit permis de joindre ici celui d’un confrère très distingué, M.Louis Halleux (en littérature René Preslefont), conseiller à la Cour de Gand, qui, en juillet Un bon poète catholique de Belgique 17 1917, s’étant associé à ses collègues pour flétrir les attentats allemands, se vit privé avec eux de ses pouvoirs judiciaires et chassé même de sa maison.Victime et témoin de 1 invasion, interprète éloquent des sentiments de ses compatriotes, il nous permet par ses vers(l) de mieux comprendre et estimer l’âme belge dans l’un de ses plus dignes représentants.C’est alors, en ces jours de tristesse publique, Où l’angoisse d’un seul pour tous est symbolique, Qu’un homme qui sentait son âme déborder A vu soudain sa plainte au rythme s’accorder.Il délivre en ses vers le sanglot qui 1 oppresse.{Le Rythme.') Patriote fervent, René Preslefont n’avait pas attendu 1 e-preuve de 1914 pour nous décrire pieusement son double pays de Flandre et d’Artois : Enfant wallon, couché dans un berceau thiois, Deux pays ont en moi mêlé leur énergie, Et je sens tour à tour la douce nostalgie De la dune flamande et des plateaux gaulois ; Et d’un égal amour il avait chanté “ les deux lumières ”, le ciel plus gris de l’Ardenne “ recueillie et pensive ”, et le ciel de Flandre, “ Qui baigne cette plaine immense de clarté, D’une chaude couleur revêt le paysage, Rend les froments plus roux, plus verts les pâturages.” Mais voici la guerre, qui rend dans tous les cœurs la patrie “ plus vivante ” et plus aimée.La terre foulée par l’invasion, éveille chez le plus humble, le plus âpre au gain, “ une âme meurtrie etfière ” : Tous ont les mêmes aïeux Et le même territoire.(1) Les Cordes d’acier,— La Grand’Route,— Caniilènes et Pensers,— Les Calmes brises, — Sonnets. 18 Le Canada français Il n’est plus petits ni grands, Plaine ou mont, sart ou prairie : Les hommes sont des parents, Et les champs sont la patrie.(Les Champs.) Et le poète des “ Cordes d’acier ” nous fait revivre, avec toutes ses émotions personnelles, angoisses, deuils, espérances, la grand drame de la quadruple “ année terrible ” : Venrôlement, les 'premiers contacts, les premières tueries d’innocents, les luttes surhumaines des soldats défendant pied à pied le sol sacré, la retraite après Anvers, l’arrêt surl’Fser.dont le “fossé brise l'élan teuton ”, où “ muet et recueilli ”, il “ attend l'heure de Dieu.” Il prie pour son Roi.Il partage la “ veillée des mères Il célèbre Noël dans un vœu de “ paix " et de “justice ”, Il songe à ses deux fils et à ses deux neveux, partis volontaires, orgueil de son nom,— à son père, “ Qui s’endormit en paix sur la foi des traités,” et qu’il adjure d’aller rendre visite à ses quatre petits-fils dans la tranchée ! “ Dites-leur que c’est bien, que vous êtes content, Qu’un père chaque soir contemple leur image, — Et recueillant leurs fronts dans vos bras étendus, Donnez-leur ces baisers qui nous sont défendus.” Il se penche, attendri, sur toutes les blessures, surtout les plus cachées, celles des âmes.Il glorifie l'Invalide, image vivante du devoir, qui “ en attestant l’idéal ”, peut “ servir la patrie encore,”— le prisonnier de guerre, qui souffre assez dans l’exil pour avoir droit aux mêmes honneurs que les combattants —les condamnés à mort, ceux à qui leur patriotisme a valu le nom de “ traîtres ” et que les fusils ont abattus sous le poteau sinistre.Et, l’un de ses neveux tombant frappé, il tresse sur son tertre la couronne de lis et de lauriers, et salue son trépas avec fierté : Un bon poète catholique de Belgique 19 “ Ce sang que tu versas d’un flot si généreux, N’est-ce pas notre sang honnête.Le sang loyal de ceux qui jamais n’ont frémi Que pour les ideals augustes, .Le sang modeste et fier de mon père endormi, Reposant du sommeil des justes.” (In memoriam.) Du reste tous ces sacrifices n’auront pas été inutiles, s’ils servent à rapprocher les cœurs (Vers Vunité : brabançonne) ; “ Deux races, sœurs par une longue histoire, Par des malheurs ensemble supportés Et par l’amour des mêmes libertés, Se partageaient un même territoire.Une bannière, un chef, les mêmes lois, Une pensée en un double idiome, Réunissaient dans un libre royaume Les fils des Francs et les fils des Gaulois.Nous, lorsqu’un jour nous les aurons vaincus, Nous redirons : L union fait la force.Si l’amour fonda la liberté, Frères, tombés pour cette cause sainte, Vos sangs, mêlés comme dans une étreinte, De la patrie mourante font l'unité.Dans le patriote que nous venons de voir nous entendons ¦aussi le magistrat qui proteste au nom des “ lois éternelles .Cette âme du Droit, malgré tout triomphant, C’est un regard de vierge, un noble cri d’enfant, Ou la voix d’un vieillard qui s en fit 1 interprète.Et la force se heurte à des lois éternelles.— Cet obusier géant peut essayer encor Et projeter sur nous ses poids épouvantables ; Un jour le Droit vaincu juge l’Imperator.Rien n’entame l’airain auguste de ses tables, Ni le temps ni l’assaut, pas plus le fer que l’or, Et ses lois, ô César, sont seules redoutables ! 20 Le Canada français Même dans la défaite, il croit obstinément à la victoire du Droit sur la force ( Jus et vis).Le Droit, c’est le “ maître ”, le “ seul maître ” de l’épée elle-même : “ Voyant les pâles corps offerts pour la Patrie, Il attend qu’un vengeur surgisse de ces os !” Et si les soldats de Liège et de Namur sont si beaux, c est qu ils n ont pas seulement défendu leur pays, “ Mais l’asile sacré des peuples et des hommes, Du foyer, du travail, de la paix, de la loi, Vénérable et fragile abri, la bonne foi ! La promesse était là, formelle autant que sage : " V nul belligérant je ne livre passage.” C est pourquoi la Belgique au Colosse surpris A dit : Non ! et quand même il y mettrait le prix.” Quant au magistrat lui-même, une partie très originale de Cantii.ènes et Pensers ”, “ le Poème judiciaire ”, nous le présente dans toute la grandeur et la beauté de sa mission.Non content de voir “ dans Vœuvre de justice — une humble tache de recors ’, et capable de s’émouvoir, il “ Trace une austère poésie Dans l’âpre lutte pour le Droit.” Tout d abord le magistrat doit sans faiblesse faire respecter la loi : “ Nous vivons protégés par la force des textes.L injustice, il est vrai, trouve toujours prétextes A quelque coup de main téméraire ou retors ; Mais la vigueur des lois et la vertu des clauses Gardent les citoyens, comme les châteaux-forts Défendant les manants dans leurs enceintes closes.” Et si l’arrêt du juge est “ l’abri ” le plus sûr contre l’attentat et la fraude, c’est que “l’Etat aussi monta la garde autour.” Un bon poète catholique de Belgique 21 “ Mais lorsque la Justice a frappé du tranchant, La Bonté, dont la main, plus tendre, est aussi sûre.S’incline vers cet homme et panse sa blessure." Ou parfois, l’épée suspendue, la Justice “ Peut sourir et se croire un instant la Bonté.” La Justice porte “ un cœur qui bat sous la robe ” : “ L’objet du Droit n’est pas un chiffre : il est vivant.C’est l'homme.Et l’homme peine, il lutte, il aime, il souffre.’, Aussi le Juriste se penche-t-il “ Sur cette humanité qui palpite et qui saigne.” Et voici comment il commande son portrait : “ Drapez la robe de carmin, Montrez la ceinture de moire Et l’or cernant la toque noire.Ouvrez un code sous ma main.Placez auprès ma primevère,(l) J’ai cultivé les fleurs d’argent, Et peignez un père indulgent Plutôt qu’un magistrat sévère.” Telle se confond, chez M.le conseiller Halleux, avec la ferveur du Patriote la haute conscience du Juge.Mais partout et toujours ce qui fait la richesse morale de l’homme, c’est la pure doctrine qui l’inspire.René Preslefont est un poète catholique, non pas néo-catholique par mode littéraire, mais sincèrement, intimement catholique.Ce qu’il met dans ses nobles vers, c’est sa vie elle-même, et une vie, on le sait, toute imprégnée du fort enseignement de sa croyance.Chez lui le catholique ne s’affirme pas seulement par des titres, par de belles traductions ou paraphrases de textes de l’Évangile ou de la Liturgie (Peccavi — Cor mundum (1) Des jeux floraux de Toulouse. 22 Le Canada français créa in me—Adveniat regnum—Salvator mundi—Misereor.— Opera illorum sequuntur illos — Miserere mei — De profun-dis — Dies irce).C’est toute une philosophie de l’action chrétienne qu’on pourrait dégager de cette poésie si profondément vécue, si simple et vraie dans son élévation : l’habitude du sévère examen de conscience, du regard vers le ciel, de l’humilité devant Dieu, le goût du perfectionnement moral, l’espoir de s’améliorer par “ l’utile souffrance ”, qui sonde la source bienfaisante des larmes et nous offre avec la résignation, le secours puissant de la prière ; le détachement des biens de ce monde, qu’il ne faut considérer que comme un “ usufruit ” ; le “ bon travail de la terre ”, qui permet .“ dans la chair qu’il meurtrit Le triomphe possible et joyeux de l’esprit ; ” la piété pour les morts, dont l’existence nous est garantie par Celui qui a dit : “ Je suis la Vie et la Résurrection,” les morts qui “ soutiennent les vivants ”, qui .“ ont peint en nous leurs traits, Afin que d’eux on se souvienne : Les souvenirs sont des portraits Souriant à l’âme chrétienne ; le respect attendri de l’enfance, à qui l’on doit protection contre tous “ les corrupteurs ” ; les devoirs et les joies viriles de la grande famille: “ J’ai cinq filles, j’ai cinq fils ; J’accueille avec joie, Tel un homme de jadis, Ceux que Dieu m’envoie, Fixés dans le sol profond Des vertus miennes, Ils croîtront, ils dureront : Je plante des chênes ! ” (Chanson du Planteur de chênes.) Un bon poète catholique de Belgique 23 Il dit encore la force et la prospérité d’une race qui répond à l’appel de ses clochers : “ Ils gardent des aïeux la prière et la foi, Et ce peuple, Seigneur, obéit a ta loi.La plaine chante un hymne au Père de la vie : Tout travaille et sourit, tout croît et fructifie, Et toutes ces maisons sont pleines de berceaux.(Les Manquants : Vœ soli I) Il célèbre pourtant l’amour, le véritable et pur amour, celui qu’a enseigné le Christ par sa vie meme .“ Non, l’amour, ce n’est point l’attrait, Mais l’austère don de soi-même, Le don éloquent et secret, Et nul sans la souffrance n’aime ; l’amour des “ humbles dévouements ” qui s’accomplissent dans le silence sans “ demander aucun retour , “ L’austère don de soi.Qui rend le faix léger et le labeur joyeux Et fait la souffrance suave, Le don enthousiaste ou discret, mais entier D’âmes l’une à l’autre cédées, Ou d’un coeur qui se voue à l'idéal altier : Car on aime aussi des idées.(Vivre, aimer.) C’est cette religion active d’amour et d’espoir qui anime, conseille et réconforte le père et le patriote aux heures les plus douloureuses (Vision, Soir de Pentecôte, Ode).Ainsi purifié, ayant aspiré “ les calmes brises ”, bu 1 eau de “ source ” bénie par le Seigneur, il consacre en terminant sa poétique “ Offrande ” à la divine Médiatrice.“ Puisque sous ce couvert de hêtres Dieu voulut Que de la terre aride une fontaine sourde, J’ai rempli de cette eau bienfaisante ma gourde, J’ai rafraîchi ma lèvre à l’onde de salut. 24 Le Canada français Un silence apaisant descendait des grands fûts.L’image blanche, au front de la grotte de Lourdes Souriant et ployant sous les angoisses lourdes ! De pensifs pèlerins priaient, les yeux émus.A mon tour j’ai goûté la paix libératrice, En répandant aux pieds de la Médiatrice Le long gémissement de mon cœur oppressé ; Et voyant scintiller sous vos roches, ô Vierge, Les lumières, présent des humbles, j’ai pensé A vous offrir aussi mon sonnet, comme un cierge.Quand on rend compte des vers d’un excellent poète comme René Preslefont, on doit s’excuser d’en citer trop peu.Ceux que nous avons donnés suffisent pour montrer qu’à la noblesse de l’inspiration l’auteur a su joindre la beauté de la forme.M.Louis Halleux est un de ces magistrats humanistes comme nous en comptions beaucoup autrefois, et qui, fervents lecteurs des anciens, ne dédaignent pas dans leurs studieux loisirs de traduire quelque ode d’Horace.Traditionaliste dans les idées, il l’est également dans la pratique du vers, où aucun secret de la technique ne lui est inconnu.Son talent net, ferme, précis, sans recherche et sans rhétorique, ne lui a pas encore procuré, même dans son pays, la réputation des Rodenbach et des Verhaeren ; il n’en connaît pas non plus les singularités et les incorrections Tout chez lui dénote la santé, le goût, la distinction de nos meilleurs classiques de France.Comment ne pas aimer et recommander l’écrivain qui a une si haute conception de la Poésie ?“ Les vrais poèmes sont des œuvres, non des jeux.La strophe cadencée, C’est un esprit qui pense ou qui fit sa pensée, Une voix entraînant les hommes au devoir.Les beaux vers sont la fleur du vrai, la fleur du bien.Mon âme est sans reproche et garde la fierté De n’avoir point brûlé d'encens devant l’idole. Un bon poète catholique de Belgique 25 et son programme n’est-il pas celui de cette Revue meme ?“ Écrire pour l’enfant et pour la jeune fille.Donner par la cadence une grâce aux maximes.Et dans cette âme fraîche où dorment les échos Répandre les pensées graves ou magnanimes.Par la voix des beaux vers, nobles et musicaux.Et fuyant le marais méphitique et brumeux, Être le ruisseau clair, ou se mire, des berges, Le visage ingénu des enfants et des vierges.(Virginibus puerisque cano.) Avec une humilité touchante le poète dit quelque part, s’adressant à un fils de saint Benoît : Hélas ! je ne suis pas un moine ; Je ne suis qu’un pauvre chrétien, Je n’aurai pas un patrimoine Comme le tien.Parfois à mon âme trop bonne Un noir démon s’est attaché.Je fais des vers : Dieu me pardonne, Si j’ai péché ! Frère Bénédict, fais en sorte Que l’on réserve dans le ciel Un escabeau, près de la porte, Au ménestrel ! (La Demande.) Que M.Louis Halleux nous permette de lui souhaiter dès ce monde le rang et la notoriété qu’il mérite surtout par la vertu bienfaisante de son œuvre.En juin 1913, les Poetes spiritualistes, réunis à Paris sous la présidence de MM.Étienne Lamy et Charles de Pomairols, étaient heureux de le couronner et de le reconnaître comme un des leurs.Puisqu’il représente si bien aussi les plus chères idées du “ Canada français ”, nous aimons à saluer ici René Preslefont comme l’un des “ nôtres ”, en l’enviant un peu à la nation généreuse qu’il honore de son généreux talent.Gustave Zidlek
de

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