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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Littérature nationale et régionale
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1920-05, Collections de BAnQ.

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LITTÉHATliRE NATIONALE ET RÉGIONALE Une vérité que les byzantins de chez nous ne contestent plus, pour Tassez bonne raison, semble-t-il, qu’elle n’est plus contestable, et que M.de la Palice est un ancêtre qu’on n’avoue guère, c'est la nécessité pour la littérature canadienne d’être canadienne.Elle sera canadienne ou elle ne sera pas .(') Telle est la déclaration catégorique par laquelle M.l’abbé Groulx commençait son discours au Premier Congrès du Parler Français, à Québec, en 1912 ; et l’éloquent conférencier exprimait, croyons-nous, l’opinion de la plupart de nos littérateurs actuels.Il reflétait aussi le sentiment de plusieurs de nos anciens, de J.Huston par exemple, qtii, dans la préface de la première édition du “Répertoire National”, publié vers 1848, énonçait le même principe, tant il est vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil : “ La littérature canadienne, disait-il, s’affranchit lentement, il faut bien le dire, de tous ses langes de l'enfance.Elle laisse la voie d’imitation pour s’individualiser, se nationaliser ; elle avance en chancelant vers des régions nouvelles ;.elle commence à voir et à croire qu’elle pourra s’implanter sur le sol d’Amérique comme une digne bouture de cette littérature française qui domine (') Compte-rendu du Congrès de la Langue française, p.261. 236 Le Canada français et éclaire le monde.” Et, sans doute, il serait possible de multiplier les témoignages concordants.Il est un de nos aînés qui cependant ne se berçait pas de cet espoir.Etait-ce le malheur qui inspirait à Crémazie ces lignes presque découragées ?“ Vous saluez l’aurore d’une littérature nationale, puisse votre espoir se réaliser bientôt.Je crains bien que cette époque glorieuse ne soit encore bien éloignée.Plus je réfléchis sur les destinées de la littérature canadienne, moins je lui trouve de chances de laisser une trace dans l’histoire.Ce qui manque au Canada, c’est d’avoir une langue à lui.Si nous parlions iroquois ou huron, notre littérature vivrait.Malheureusement, nous parlons et écrivons d’une assez piteuse façon, il est vrai, la langue de Bossuet et de Racine.Nous avons beau dire et beau faire, nous ne serons toujours, au point de vue littéraire, qu’une simple colonie.” (“ Œuvres de Crémazie, p.19-40) Pour Crémazie donc, pas de littérature canadienne ; nous ne serons que des écrivains français éloignés de la mère patrie, perdus sur les bords du Saint-Laurent.Malgré la vénération que nous inspire notre poète national, cette opinion, semble-t-il, doit être abandonnée ; et M.l’abbé Camille Roy, dans une conférence célèbre, établit solidement la thèse opposée, la nationalisation de notre littérature.Nous aidant des arguments de notre éminent critique, nous essaierons de démontrer que notre littérature doit être “ canadienne puis nous étudierons la portée de la thèse de la “ nationalisation ”, montrant la grande liberté qu’elle laisse à l’écrivain et les genres qu’elle semble pourtant lui interdire.Nous différons comme peuple du peuple français.L ame canadienne rappelle plutôt celle des valeureux colons du XVIIe siècle, et notre mentalité est beaucoup plus simplement chrétienne que celle de la France contemporaine.Même en politique, nous différons des Français ; habitués depuis longtemps déjà à nous gouverner nous-mêmes et à combattre pour nos lois, nous avons acquis une tendance à nous complaire dans des agitations politiques trop souvent futiles Littérature nationale et régionale 237 ou vaines.LTne distance encore plus marquée sépare l’“ habitant’ du paysan de France ; à la simple lecture des romans de René Bazin, ou de quelques pages de Jean Aicard, nous comprenons que nos cultivateurs jouissent d’un bien-être plus grand et coulent une vie plus douce que les paysans français.Et cette habitude du confort a introduit chez nos gens une certaine indolence : dans notre immense et riche pays, nous sommes encore peu nombreux ; la lutte pour la vie est moins âpre qu’elle ne l’est en Europe, et la certitude du succès sans efforts très grands, nous a rendus nonchalants et dépensiers.Enfin, le caractère latin dont nous avons hérité a subi l’influence du milieu ; le froid de nos climats et le contact journalier avec les Anglais lui ont enlevé une partie de son ardeur ; le canadien préfère les bonheurs silencieux ; il a adopté les goûts et les habitudes des nations septentrionales ; devenus gens du nord, nous répandons souvent en un vague sentimentalisme nos meilleures énergies.Par conséquent, puisque le peuple canadien diffère à ce point du peuple français, la littérature qui exprime l’âme de ce peuple, doit différer de la littérature française.“ Au lieu de faire comme certains écrivains belges qui imitent les Parisiens, dit M.l’abbé Camille Roy, faisons comme l’Allemagne du XYIIP siècle, et créons-nous une littérature.N’écrivons pas pour satisfaire d’abord le goût des lecteurs étrangers, ni pour chercher par-dessus tout leurs applaudissements, mais écrivons surtout pour être utiles.Ne soyons pas des colons littéraires.”(4) Il semble donc évident que la littérature canadienne doive être canadienne, c est -à-dire porter l’empreinte particulière du peuple dont elle est la pensée et auquel elle s’adresse ; tout comme la littérature des États-Unis qui, bien que d’expression anglaise, est essentiellement américaine.Mais comment faut-il comprendre ces dénominations : littérature cana- dienne, littérature nationale ?L’abbé Camille Roy l’a également défini avec précision.“ Ce problème de la nationalisation sera toujours résolu pour chacun de nous dès que (') Essais sur la littérature canadienne, p.366. 238 Le Canada français nous aurons soin de soumettre à une méditation bien personnelle la matière de nos livres, d’où qu’elle vienne et à quelque source que nous l’ayons empruntée ; dès lors que nous l’aurons fécondée et que nous l’aurons fait pour ainsi dire passer à travers cette âme canadienne.Ce que l’on recommande avec instance, dit-il ailleurs, c’est qu’ils (les littérateurs) choisissent des sujets où l’esprit canadien puisse s’affirmer avec plus de personnalité ; c’est qu’ils évitent de s’aventurer en des matières où ils ne pourraient rivaliser avec des écrivains qui en d’autres pays sont plus cultivés et mieux qu’eux pourvus de tout ce qu’il faut pour les approfondir ; c’est qu’ils s’appliquent à des questions qui ne peuvent pas ne pas émouvoir et ébranler toutes les puissances de nos âmes canadiennes .’’O).Voilà donc une première notion de la littérature nationale ; elle sera précisée peut-être, si nous insistons, avec l’abbé Camille Roy, sur les formes littéraires qu’elle n’exclut pas, car les disputes naissent souvent de l’interprétation mesquine d’une vérité féconde.D’abord, les plus ardents partisans n’interdisent pas au littérateur un sujet pris à l’étranger.L’écrivain reste libre ; mais on lui demande de n’écrire qu’après avoir étudié avec son intelligence et ses yeux de canadien la matière de son choix ; et alors, s’il est personnel et original, l’écrivain se peindra nécessairement dans son œuvre, et son travail sera canadien.A plus forte raison, l’écrivain canadien pourra-t-il être philosophe ou écrivain savant.Descartes dans le “Discours sur la Méthode”, Flaubert, écrivant ‘Salammbô,” étaient toujours écrivains français, et Bulwer Lyt-ton, dans les “Derniers jours de Pompêi”, n’était pas Pompéien.Enfin, nul doute que le canadien ne doive demander à l’étranger, et surtout à la France, d’indispensables leçons : notre vocabulaire indigent, nos procédés de style démodés et les créations de l’art nouveau, nous font une nécessité d’aller chercher ailleurs les richesses que notre isolement nous refuse.En un mot, ce qui fait l’écrivain canadien, est tout simple- (') Essais sur la littérature canadienne, pages 367,357. Littérature nationale et régionale 239 ment ce soin de soumettre à une méditation très personnelle la matière de nos livres d’où qu’elle vienne et à quelque source que nous l’ayons empruntée.” Quels sont donc les genres que semble répudier la nationalisation de la littérature ?Elle rejette des genres très modernes peut-être, mais que des maîtres français ont condamnés.Elle ne veut pas de la doctrine de “ l’art pour l’art ”, et elle peut en cela s’autoriser du grand nom de Brunetière.Ce qu en tous cas, les littérateurs du Nord ont appris à toute une jeunesse qui l’avait oublié, c’est qu’on n’écrit pas pour écrire, ou pour décrire ; mais pour agir ; ni pour soi seul ou pour des initiés, mais pour tout le monde.’’O) Elle ne veut pas des doctrines des décadents, des symbolistes, pour plusieurs desquels, “ le triomphe de l’art consistait dans la revendication de son inutilité.” (2) Elle craint à trop juste titre les théories subversives du goût qui ont eu la fortune d’être mises à la mode quelquefois par des poètes ou des prosateurs de génie.“Nous nous délectons, aurait dit 1 un d’entre eux, dans ce que vous appelez nos corruptions de style, et nous delectons avec nous les raffinés de notre race et de notre heure.(3) La these veut-elle sans réserve l’exclusion de ces genres P Elle serait intransigeante, et tomberait dans un autre extrême, car l’emploi raisonnable de certaines formules nous serait avantageux alors même que nous n’aurions à y gagner qu’un culte plus respectueux de la forme parfaite.Par conséquent, sous couleur de patriotisme, faudrait-il rester froids devant les œuvres de chez nous qui s’essaient à ces formules d’art ?Nous avons un “ Paon d’émail dont beaucoup de strophes semblent parfaites de beauté plastique, et I^éo d’Yril nous a donné des vers charmants dignes de “l’artiste délicat” qu’il est.Voici quelques lignes de la Dédicace : 0) Brunetière, t.6, p.308.(J) Ibid., p.31.(*) Brunetière, Poésie lyrique, pp.234-235. 240 Le Canada français Divine, que mon vers soit un tissu perlé ' Où l’arabesque d’or au saphir se festonne.Un sonore métal qui du burin mordu, Résonne sous le coup et d'un rayon s’irise, Laissant l’entaille ouverte où se loge un mois Marquer le premier trait de l’image d’un cygne, Dont le corps éployé sur le bleu d’un lapis Étale de son col la courbure et la ligne.(Symphonies, Dédicace) et nous avons encore d'autres écrivains dont la plume exercée enlumine de jolis tableaux.Mais ces restrictions faites, l’expression “ nationalisation ” bien précisée, il semble que l’argumentation de l’abbé Camille Roy reste inattaquable.Puis donc que notre climat, l’immensité de notre pays, nos tendances, nos hérédités, font de nous un peuple distinct de tout autre, l’âme de notre peuple exige sa littérature, et cette littérature sera nécessairement nationale.(à suivre) F.Robert.
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