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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Réflexions sur l'histoire
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1928-01, Collections de BAnQ.

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RÉFLEXIONS SLR L HISTOIRE L’histoire réelle serait le récit exact de tout ce que Dieu, qui gouverne toutes choses, a voulu et permis qui se soit accompli sur la terre : tout le bien et tout le mal, tout le grand et tout le petit.Ce serait, si l’on peut dire, l’enregistrement instantané de l’écoulement des faits ; ce serait le film de la réalité entière.Ce n’est pas possible, et ce n’est pas désirable.Ce n’est pas possible, faute de témoin ; ce n’est pas désirable, parce que certaines parties seraient trop laides.Les faits se décident dans le fond des cœurs.Là sont les causes de l’histoire, presque toutes connues de Dieu seul.Les historiens, qui les recherchent avec une curiosité bien naturelle, doivent se contenter souvent d’apparences et de probabilités, lire, en tâtonnant, les intentions dans les événements, et avouer, en fin de compte, leur impuissance à démêler les fils qui conduisent à la source première.Mais ce sont là faits moraux et psychologiques.L’histoire proprement dite se compose d'une succession logique de faits sensibles et extérieurs.La perspicacité de l’historien trouve encore à s’exercer dans la recherche du premier anneau de la chaîne, à peine dégagé de l’intention qui l’a voulu, ou de la passion qui l’a forgé ; et\a,suite même des événements, selon le langage de Bossuet, n’est pas toujours facile à saisir au milieu des obscurités et des intrigues qui l’enveloppent.Il faut voir de haut et tâcher de découvrir l’action providentielle, comme 1 ont fait les rares génies de saint Augustin et de ce même Bossuet.Que si l’on regarde à fleur de terre, il faut au moins une vision nette et droite.On fait aujourd’hui grand état des documents écrits ; et c’est à bon droit, dès là qu’on tient compte aussi de la tradition.Toutefois, qu’il faut savoir lire le document ! 326 Le Canada français Quoi de plus fallacieux, par exemple, que les bulletins de guerre ?Cela, c’est le bulletin pour la galerie ; ce n’est pas le vrai.Il faudrait entendre ceux qui ont vu et entendu, à supposer qu’ils ne sussent mentir.Ces bons témoins, on les cherche en vain, parce que la vérité, proche des événements, est souvent impossible à dire.Ceux qui savent ne parlent pas ; ceux qui parlent ne savent pas.La postérité parlera ! Et alors on se consumera sur la recherche et l’interprétation des documents.En attendant, il importe que la vérité soit déposée quelque part.Qui lui rendra ce service, à elle et aux temps à venir ?L’acteur est bieD intéressé : le spectateur méritera davantage créance.Mais de celui-ci qu’exigerons-nous ?Que sa science et sa probité soient hors de conteste ; que l’une et l’autre soient universellement connues et attestées des contemporains.Le témoignage privé repose ici sur le témoignage public.Sans quoi la certitude historique est illusoire.Le document existe, consigné dans les archives ou les bibliothèques.Il peut attendre.Il est bon qu’il attende.L’histoire se fait pour l’avenir et elle s’écrit du passé.Les hommes s’entretiennent du présent qu’ils connaissent, et cette pâture suffit à leur curiosité.On ne lit guère l’histoire contemporaine.Un livre ajoute peu à ce qui est sur les lèvres et dans l’oreille de tous.Mais la tradition s’établit, et elle soutiendra plus tard le monument écrit.Quand la renommée se sera tue, que les fils voudront connaître ce qu’ont fait leurs pères, l’historien naîtra.A lui il appartiendra de mettre les documents au jour, de leur donner vie et, grâce à eux, de ressusciter le passé.Doué d’un esprit large et d’une vue nette, il embrassera l’ensemble et le détail des événements.La vérité sera son culte, l’impartialité sa loi.Toutefois, sa modération n’empêchera pas qu’on ne sente vibrer son âme au contact des belles âmes et des grandes choses, ni son patriotisme ne lui voilera les faiblesses et les revers.Les conséquences sont plus claires que les causes : il dégagera la leçon des faits pour en édifier sa génération et Réflexions sur l’histoire 327 celles de l’avenir.Car, s’il est des causes cachées, il en est de visibles, justiciables du témoin.Les hommes se font connaître à leurs actions et à leurs paroles.L’histoire enregistre les unes et les autres, bonnes ou mauvaises, et se prononce sur le rôle bienfaisant ou funeste de leurs auteurs.Le roi, le législateur, le magistrat, le politique, l’homme de guerre, doivent des comptes à la société, et, de nos jours, les gouvernements, qui assument tant de responsabilités, et les portent si allègrement ; ils ont droit aussi à l’équité et à la reconnaissance, si leur dévouement à la chose publique est à la hauteur de leur mission.Je dirai plus : il ne faut pas mesurer l’éloge aux bons serviteurs du pays, de même que le jugement le plus sévère est dû à ceux qui ont forfait à leur mandat.La religion même, par le côté des humaines faiblesses, relève du tribunal de l’historien, s’il a l’œil pur, la voix, grave, la main respectueuse.Ce n’est pas assez, pour lui, de connaître et d’aimer la vérité.La religion est trop mêlée aux événements de ce monde pour que l’histoire puisse être vraie sans elle.Et la religion, c’est la religion catholique.L’historien complet sera donc catholique.Que nous le voulions ou non, ce qui s’exécute sur la terre, c’est la volonté divine, dont l’expression la plus parfaite est dans les destinées de 1 Église catholique.On ne comprend rien de l’histoire si l’on ne voit point Celui qui en est le centre, Jésus-Christ, continué dans son Église.L’homme oublie un peu trop que, s’il s’agite, c’est Dieu qui le mène.Dieu veut que tout ce qui arrive arrive pour la glorification de l’Église catholique.L’historien digne de créance écrit dans cette lumière.Les faits particuliers qu’il rapporte, quelque minime importance qu’ils aient en eux-mêmes, occupent leur place dans le déroulement du plan divin, et, puisqu’il se pose en témoin, c’est à lui d’en saisir le rapport avec l’ensemble, partant, de les juger de l’angle catholique.Avec la foi catholique comme boussole, la morale catholique comme règle, l’historien, d’une autorité humaine d’ailleurs inattaquable, tentera sûrement l’appréciation des hommes, des institutions, des mœurs, des 328 Le Canada français lois, des œuvres de guerre et de paix, toutes choses qui sont de son ressort.Humble enfant de l’Église, l’aimant comme une mère, il trouvera alors le ton qu’il faut pour flétrir, sans lui nuire, ce qui, dans son sein, parfois le mérite.Voilà les titres que doit posséder l’historien pour se présenter devant moi et exiger ma foi en sa parole.Revêtu de ces conditions, le témoignage historique est, en termes d’école, un critérium de vérité.Je ne puis récuser l’autorité de la parole humaine entourée des garanties nécessaires de connaissance, d’honnêteté, de foi et de conscience religieuses, et, au surplus, confirmée par l’assentiment public.L’autorité de l’histoire est une forme du consentement général.La tradition porte l’écrit.Il peut, sans doute, se glisser, et il se glisse des erreurs dans les livres d’histoire.Des légendes, même, peuvent s’accréditer.Mais les faits essentiels demeurent dans le souvenir des générations, instruites par des écrivains éclairés et consciencieux.Autrement, nous vivrions dans l’incertitude du passé,ce qui n’est pas.Notre esprit fait pour la vérité, ne trouve son repos que dans la certitude, et, quand il adhère, sans crainte d’erreur, à l’affirmation de l’histoire, il est dans son élément, la vérité.Eh ! la religion révélée elle-même ne repose-t-elle pas sur le solide fondement historique ?Et qu’ajouté-je foi à l’Évangile, si l’Église ne me le donne pas pour authentique ?N’est-ce pas faute de cette base que croule tout le protestantisme ?J’en viens au style.Je tiens que l’histoire doit s’écrire, et n’être point une sèche recension des faits.L’histoire, comme tout autre genre, est faite pour être lue, et ne se lisent que les ouvrages écrits, écrits par de vrais écrivains.Doué pour écrire, l’écrivain d’histoire sera encore en pleine possession du genre.Il aura pratiqué les maîtres, médité, entre autres, Moïse, Tacite, Bossuet.Il sera, avant tout, exact, oui ; mais il ne faut pas oublier que la pure exactitude narrative n est pas l’exactitude entière.La génèse et l’accomplissement des faits s’accompagnent de drame et de vie.La réalité est pleine de mouvement, de passion, de contrastes : une Réflexions sur l’histoire 329 peinture animée doit en donner l’impression.Des hommes, dans la main de Dieu, conduisent les événements et gouvernent le peuple : leur âme est à scruter, leur caractère, à marquer.Ils posent devant la postérité et l’historien qui la représente.Celui-ci est tenu de faire d’eux un portrait ressemblant.Dans les anciennes monarchies, le peuple était invisible, bien qu’il fût plus heureux qu’on n’a prétendu, ce qui fait justement qu’il n’avait pas d’histoire.Mais aujourd’hui il occupe le devant de la scène.Il prétend se gouverner, et on lui en donne l’illusion.Il ne peut donc plus être passé sous silence.Comme il ressemble assez à la mer, tantôt calme, tantôt agitée, l’historien reproduira le spectacle de ses violences dans les temps mauvais comme de son repos dans la paix et l’abondance.Aux récits proprement dits succéderont, en conséquence, dans l’œuvre d’histoire, les portraits et les tableaux, avec la forme appropriée, qu’accentueront les dons de l’auteur.L’intérêt ne doit pas languir.Il faut que le lecteur soit porté par le récit, en même temps que pleinement satisfait par son caractère véridique.Des traits profonds révéleront l’observateur et l’étude de l’homme.En un mot, répétons-le, l’écrivain et le peintre assureront la vie ai narrateur.Ainsi les maîtres du genre, depuL le Père de l’histoire, sont-ils parvenus jusqu’à nous et leur devons-nous la connaissance de l’antiquité et des siècles suivants.Certain cynisme de la rapacité romaine, de par le burin de Tacite, restera gravé dans la mémoire des hommes, prêt à servir de terme de comparaison (ubi solitudinem faciunt, pacem appellant).Certain Cromwell {un homme s’est rencontré.), certain Voltaire (le rictus épouvantable qui court d’une oreille à l’autre), devront au pinceau de Bossuet et de Joseph de Maistre leur éternelle figure.L’immortalité terrestre d’Élisabeth de Hongrie est assurée par la ravissante image que Montalembert a tracée de cette admirable sainte. 330 Le Canada français Il est même arrivé que des ouvrages historiques, sans grande valeur critique, ont vécu par le style, et que d’autres, indigents sous ce rapport, sont tombés dans l’oubli, malgré la solidité de leur témoignage.Les bons ouvrages d’histoire, savants et consciencieux, pour ne parler que de la France, sont très nombreux, surtout à notre époque.Il serait trop long de les énumérer ; ils sont d’ailleurs connus des gens d’étude.Je ne mentionnerai que les deux historiens de ce pays les plus en vue à l’heure actuelle, MM.Georges Goyau et Pierre de la Gorce.Très documentés, la probité même, ils se distinguent encore par un talent d’écrivain de premier ordre.Ils sont, du reste, de l’Académie française, et il n’est pas exagéré de dire qu’ils l’honorent.Aussi est-ce, pour qui aime l'histoire, un plaisir complet de les lire.Chez nous, l’histoire est aussi en honneur ¦ elle est une des bonnes parties de notre littérature ; nos érudits, en particulier, ne se comptent pas.M.Chapais s’est placé au premier rang, parses savantes études sur notre histoire nationale.Il sait allier une forme élégante et châtiée, parfois l’éloquence, qui lui est naturelle, à une critique serrée des documents.Il ne lui faudrait que quelques années de verte vieillesse pour assembler en les complétant, ses larges fresques et ses superbes monographies, et écrire au bas : Exegi monumentum.Narcisse Degagné, ptre.
de

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