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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'immortel adolescent
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1928-12, Collections de BAnQ.

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L IMMORTEL ADOLESCENT Aujourd’hui joignons-nous à l’immense délire Tant de nouveaux espoirs vibrent en notre lyre.(1) Une poétesse nous est née ! Telle est bien l’impression qui se dégage de la lecture de l’Immortel Adolescent, de mademoiselle Simone Routier, de Québec.Comme cet événement méritait une mention honorable dans notre monde littéraire, et a inspiré plusieurs études sympathiques, nous voudrions indiquer en quelques mots les filiations intellectuelles de cette jeune et brillante amante des Muses, caractériser son genre, montrer du doigt certaines lacunes de sa technique poétique et souligner d’indéniables beautés, qui lui préparent, semble-t-il, un avenir égal au plus ambitieux des rêves.Une promenade même rapide à travers les quelque deux cents pages du volume révèle tout d’abord l’ampleur, la complexité, la richesse de la culture de l’auteur.Elle possède non seulement les Classiques et les Romantiques français, les Parnassiens et les Symbolistes, mais encore les dernières productions des écoles contemporaines.Cette constatation ne nous attriste aucunement, bien au contraire, car nous croyons, avec le R.P.Lamarche, O.P., que “ le noviciat littéraire demeure stérile ou incomplet sans le subtil dosage d’où un jour naquirent la prose d’un Jules Lemaître et d’un Robert de Fiers, la poésie d un Charles Guérin et d’un Auguste Angellier ” (Revue Dominicaine, livraison d’octobre 1928, p.578).Toutefois une assimilation sans choix ne saurait être conseillée : séparer le bon grain de l’ivraie demeurera toujours la tâche des jeunes littérateurs qui veulent se nourrir d’une substantielle manne avant de produire.Or, mademoiselle Routier aurait pu davantage tenir compte de (1) Extrait du dernier poème de l'Immortel Adolescent, recueil de poésies que vient de publier mademoiselle Simone Routier. L’Immortel Adolescent 241 ce principe, lorsqu’elle promena ses regards si perspicaces et si intelligents dans le jardin de la littérature française d’aujourd’hui.Elle s’est mise non seulement à l’école des Parnassiens et des Symbolistes de renom, mais encore voulut-elle pasticher les arlequinades d’un Jean Cocteau, les mièvreries d’un Geraldy, les miniatures énigmatiques des poètes japonais.Mademoiselle prouve sans doute qu'elle sait faire ses gammes et qu’elle n ignore pas les plus subtiles ressources de son clavier.Nous l’en félicitons., en osant toutefois lui signifier qu’elle laisserait en jachère son beau talent poétique par un commerce trop soutenu avec des dilettantes ou des névrosés.Les excentricités idéologiques ou verbales seraient mauvaises conseillères à celle qui a fixé en une Clarté bleue l’émouvant tableau à la fois si simple et si poétique que nous nous permettons de transcrire : Je rêve en ce moment de la maison paisible Où lentement l’on vient de clore les volets, La maison blanche ou grise où la clarté flexible Sur le sombre trottoir prolonge ses reflets.Je rêve de la chambre attiédie où s’endorment Les bébés blonds ou bruns dans leurs petits lits blancs, La chambre où les poupons font des soupirs énormes Tandis que la maman songe qu’ils seront grands.Je rêve du fauteuil d’où monte une voix chère, Celle qu’un doux ami goûte inlassablement, Du fauteuil noir ou bleu, qu’un feu constant éclaire : Le feu du grand foyer, le feu du cœur aimant.Ah ! je rêve au bonheur discret de cette terre, A ces calmes instants blonds ou bleus, lourds d’émoi ; A ce couple amoureux, beau, serein et sincère Et dont chaque regard est un hymne de foi.Si nous poussons plus avant l’étude de la technique de l’auteur, nous éprouvons un vif plaisir à constater que ses soucis rythmiques ne la portent pas trop souvent vers la virtuosité.Avec un rare bonheur, elle passe de l’octosyllabe 242 Le Canada français à l’alexandrin ou au décasyllabe ; quelquefois même le vers libre lui permet de noter avec désinvolture ses impressions fugaces.Presque tous ses poèmes recèlent un rythme captivant, une musique nuancée : Mademoiselle Routier est disciple des Symbolistes, de ceux qui, selon le mot de Paul Valéry ont voulu “ reprendre à la musique leur bien A cet égard la Parodie (ne fallait-il pas plutôt Pastiche ou Décalque) de Verlaine est significative.S’inspirant des célèbres strophes du poète : “ Les sanglots longs des violons de l’automne ”, elle écrit : Les voix câlines Des mandolines Du printemps, Charment mon âme Comme la flamme Des couchants.Toute animée Alors qu’est née Sa chaleur, Tôt je m’enivre De sa joie ivre, O ferveur ! Quelle sonate ! La joie éclate Des bourgeons, Et je la cueille Sous chaque feuille Des jours blonds.On se plait également à surprendre l’influence des maîtres parnassiens dans quelques tableaux de l’auteur et tout particulièrement l’envol de Hérédia dans certaines dernières lignes de sonnets : “ Cette paix infinie où tu t’endors, le soir ” (p.160).“ Un flot d’apaisement que la foi divinise ” (p.162), ou encore une exactitude d’annotations qui n’a rien de symbolique : “ Mes paroles pour lui, pour lui seul resteront : Les froids carreaux givrés où se heurte le front ” L’Immortel Adolescent 243 (p.137) ; “ Laissez-moi tout écrire avant.que j’ouvre les corolles de tous ces lis cambrés au sol de mes pensées ” (p.151).Ces quelques extraits donnent déjà une idée du riche vocabulaire de l’auteur de VImmortel Adolescent.A cet égard nous n’avons que des félicitations à lui offrir.Quelle satisfaction n’éprouve-t-on pas à relever au fil de la lecture, de magnifiques substantifs abstraits, de superbes métaphores dans les verbes, non pas de ces adjectifs incolores, inodores et sans goût, comme il en fourmille dans la littérature canadienne du siècle dernier, mais bien des épithètes rares, expressives, audacieuses même : Je veux des mots tordus et fous, des mots sanglants Où se puisse encor voir du vautour les empreintes ; Des mots hagards, fougueux, nus, au fond desquels bougent Comme des corps pillés sur des murs chauds et rouges, Des mots morbides, crus, meurtris et pantelants, Des mots déchiquetés, des mots rongés au flanc : Dites-les, Verhæren, je m’y noierai sans crainte.Mademoiselle Routier qui fait ses débuts dans le monde des lettres sera sans doute heureuse qu’on lui signale certains menus défauts faciles à éviter dans son prochain recueil.Tout d’abord, elle se hasarde quelquefois dans des constructions grammaticales surprenantes : “Vous disiez mon regard vous être nécessaire ” (p.76), des inversions hardies : “ Lorsque l’on est enfant.nos crayons, nos poupées, nos jeux on imagine issus d’un vaste endroit ” (p.77).En outre, elle ne réussit pas toujours à se dégager du style de conversation : “ Dis-moi si t'es heureux enfin ” (p.35) ; “ La p’tite robe, bleue oui, qui te plaisait tant ” (p.134) ; “ On est bien jeune va, on a bien peu vécu ” (p.67) ; “ Oui, c’est si laid la jalousie ” (p.80).Sainte-Beuve, affirme M.Pierre Lasserre, observe quelque part que chaque écrivain a son mot favori.Permanent est le mot de Senoncour, funèbre celui de Châteaubriand, Mme de Staël aime beaucoup penseur ; Lamartine dit volontiers des 244 Le Canada français âmes comme des corps imbibé : imbibé de rayons, imbibé de soleil.Mademoiselle Routier a mis ses complaisances dans l’adverbe là : “ T’ai-je peiné d’une parole un peu plus gauche, où là vraiment ”.(p.35) ; “ Mais non, non ! Je badinais.Là ” (p.28) ; “ Nous nous sommes parlé ; mais là, même à nous taire” (p.66) ; “ Là, chérie, oui voyez comme ce n’est pas bien ! ” (p.99).Ce mot si fréquent dans la conversation devrait être employé avec une extrême discrétion dans un poème.Mais les meilleurs poètes de la langue française ne surent pas toujours éviter ces peccadilles ; nous aurions donc mauvaise grâce à trop chicaner l’auteur là-dessus.Il convient de mettre en lumière un autre aspect du talent poétique de l’écrivain.Elle se complait dans la description des clairs-obscurs et des grisailles, si bien qu’elle rappelle à certains moments l’immortel Rodenbach : le “ Matin
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