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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Monseigneur Ignace Bourget
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1932-03, Collections de BAnQ.

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Biographie MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET Un livre sur Mgr Ignace Bourget, signé par un père Jésuite.Je m’empresse d’ouvrir le volume prometteur.J’examine les dates inscrites sur la page de garde, tout au bas de l’image du deuxième évêque de Montréal : 1799-1S85.Pour les hommes qui ont atteint la quarantaine, rien de plus suggestif, parce que nous savons un peu de l’histoire qui s’est déroulée depuis le commencement du XIXe siècle jusqu’à notre naissance ; mais parce que aussi nous en savons trop peu.Et alors nous nous sentons attirés violemment vers les œuvres qui nous font espérer des découvertes ou des confirmations.Cet appétit si légitime s’amortira-t-il en lisant le bouquin tout neuf sorti de l’imprimerie du Messager, et qui traite du glorieux fils de Saint-Joseph de Lévis ?On pourrait le craindre au début de l’œuvre, dont certaines pages plutôt ternes, et certains passages quelque peu obscurs arrêtent l’ardeur première du lecteur.Mais cette hésitation cède devant la réalité de l’intérêt qui croît à mesure que l’on avance dans les profondeurs du livre.Bientôt vous êtes pris et pour de bon.* * * Tout en s’excusant de ne pas vouloir faire œuvre d’érudition (1), le R.P.Langevin marque les dates principales (1) Et en vérité pourquoi tant craindre l'érudition qui paraît ?L’usage a réagi contre les exagérations évidentes d’il y a vingt-cinq ans, et que Ton attribuait aux Allemands.Mais ne pousse-t-on pas aujourd’hui la sobriété documentaire trop loin ?Indiquer les sources et d’une façon précise au bas des pages ou dans le texte même, si on pratique cette méthode avec modération, c’est rendre un très grand service à de nombreux lecteurs.Ceux qui ne sont pas intéressés par ces notes, n’ont qu’à passer sans lire.Beaucoup de nos Rhétoriciens examineront d’abord les indications documentaires, quelques-uns même ne liront que cela d'un livre.Ce n’est pas parce que la documentation minutieuse les effraie ! C’est parce qu’ils l’aiment et nourrir cette inclination de leur jeune esprit, c’est les former à la méthode scientifique si nécessaire à notre jeunesse.L* Canada français, Québec, mars 1932. 540 MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET et les lieux avec fermeté.Le 30 octobre 1799 est le jour de la naissance du futur évêque, laquelle eut lieu dans un rang de la paroisse de Saint-Joseph de Lévis.Le jeune Ignace étudie au Séminaire de Québec, où il décide d’embrasser l’état ecclésiastique.Bientôt — en 1818 — on l’utilise au Collège de Nicolet comme professeur de grammaire.Peu après la nomination de M.Jean-Jacques Lartigue, ancien avocat et prêtre de Saint-Sulpice, comme évêque auxiliaire de Québec, avec résidence à Montréal, le jeune abbé Bourget est choisi par Mgr Plessis comme secrétaire du nouvel élu, dont le sacre eut lieu à Montréal le 21 janvier 1821.A cette occasion, l’évêque de Québec faisait la fine observation suivante qui met en bonne lumière et le nouveau titulaire et le secrétaire : “ Si Mgr Lartigue n’est pas content de son nouveau secrétaire, je ne pourrai, pour ma part, lui en trouver de meilleur.Évidemment le secrétaire donna pleine satisfaction, puisqu’en 1836 il était promu vicaire général—l’année même où Montréal était érigé en diocèse indépendant ; et le 20 mai 1837, Mgr Lartigue annonçait officiellement que le Saint-Siège avait conféré “ au Révérendissime Ignace Bourget le titre d’évêque de Telmesse in partibus infidelinm, vacant par notre promotion au siège de Montréal ” et que le Pape lui avait assigné cet évêque comme coadjuteur cum futura successione.Dès le jour de son sacre, on put imaginer quel serait l’évêque qui recevait l’onction sainte en ce 25 juillet 1837.Son discours ne fut pas banal, puisque la Minerve trouva moyen d’insinuer que les paroles prononcées par le nouvel évêque de Telmesse étaient et trop abstraites et trop concrètes.C’est que les patriotes se sentaient visés, et leur mauvaise humeur se faisait jour.* * * De 1840 à 1876, c’est la grande vie de l’évêque de Montréal.Et il fallait un homme de la trempe de Mgr Ignace Bourget pour diriger l’embarcation en haute mer.S il était doux et tendre, son amour pour l’Église lui donnait une combativité qui s’étendit à tous les fronts de bataille : lutte pour obtenir une loi acceptable des écoles, qui ne fut votée que l’année 1846 ; lutte contre l’intempérance et le luxe, contre Lb Cawada fbançais, Québec, mars 1932. MONSHIGNEUR IGNACE BOURGET 541 l’émigration, qui compromettait la foi catholique de ceux qui s’exilaient en pays protestant ; lutte contre le gallicanisme, dans ses idées, sa liturgie, ses empiètements pratiques ; lutte contre le jansénisme, qui éloignait encore de l’Eucharistie ; bataille contre le libéralisme, catholique, qui tentait d’entraver la liberté de l’Église.L’humilité et la douceur des procédés s’alliaient en lui à la fermeté des principes et des décisions, pour façonner l’homme du sage gouvernement.Un prédécesseur, longtemps malade et placé au milieu de circonstances difficiles, pouvait offrir des directions ingénieuses.Pour l’exécution détaillée et, au besoin, pour l’amélioration des plans reçus en héritage, il fallait un Mgr Bourget.” (P.54.) Bien rares sont ceux qui n’apprécieront pas la précision de ce ramassé.C’en est fait, le livre sera lu et par tout le monde instruit : tous veulent en savoir plus long sur ces sujets d’importance.D’aucuns craindront peut-être d’y recevoir des coups.N’importe, il faut aller au bout du livre.Sur la vie intime de l’évêque, je recommande la page soixante.“ D’humeur égale, et ne trahissant ni la fatigue ni l’ennui, il apparaît souriant, comme le serviteur de tous.Le soir, quand les prêtres de la campagne, retardés par un train de chemin de fer enneigé, viennent frapper à la porte Saint-Jacques, il les accueille lui-même, les conduit au réfectoire et prépare leur chambre.Il est heureux quand sa table est bien garnie ; il y cause avec esprit et avec un à-propos charitable et joyeux, malgré les tracas nombreux qui pèsent sur lui.Il est prêt à tous les bons offices, demeurant sur pied près de vingt heures par jour : de quatre heures du matin à minuit.Quand tout repose autour de lui, il gagne l’église.Dans le silence obscur, il y parcourt les stations du chemin de la croix.Seule la lampe du sanctuaire donne une faible lumière qu’il utilise parfois.On le surprend à prier tout près ; il l’abaisse d’une main et de l’autre il allume la bougie qu’il tient.C’est le temps propice pour rédiger tel mandement urgent ou difficile.Il se met alors à écrire, sans recherche ni style, ces lettres pastorales où l’on sent la piété, la sincérité, la gravité de l’homme qui a longtemps conversé avec Dieu.” Réunir en une seule page autant de traits sur la vie d’un homme, les arranger à la suite de façon qu’il n’y ait pas de Le Canada français, Québec, mars 1932. 542 MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET heurts, faire que l’expression soit simple et propre, pittoresque même à l’occasion, cela nous paraît la marque non équivoque du talent de celui qui tient la plume, et cette façon d’écrire assure à l’auteur l’admiration des gens intelligents.Dans une lettre au comte d’Avaray — 21 septembre 1894 — Joseph de Maistre écrivait qu’“il y a deux perfections de style : la première consiste à dire simplement de bonnes choses en bon français.Mais il y en a une seconde : c’est la lime.C’est l’art de choisir tel mot plutôt qu’un autre également français, de le mettre ici plutôt que là, de terminer une phrase, de l’arrondir d’en mettre les membres en équilibre, etc.Il entre beaucoup d’habitude et de mécanisme dans cette espèce de musique ”.(Maistre, Œuvres, t.9,p.229.) Nous n’hésitons pas à croire que le Père Lange-vin a pratiqué la lime.Le zèle conquérant de l’évêque lui fait découvrir de nouveaux ouvriers évangéliques qu’il introduit dans la vigne du Maître en ce pays.Ce sont les Oblats qu’il installe en 1841, les Jésuites en 1842, les Clercs de Saint-Viateur en 1847.C’est le même zèle conquérant qui pousse Mgr Bourget à fonder la Providence, les Sœurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie, et l’Institut des Sœurs de Sainte-Anne.Son zèle ira plus loin : méprisant les règles de la prudence humaine qui veut que le chef ne s’expose pas au danger, l’évêque de Montréal, imitant en cela saint Charles Borromée, dont il semble incarner à nouveau la vertu, court et vole tous les jours vers ces immenses abris aménagés pour garder en quarantaine des milliers d’hommes et de femmes atteints par le typhus.Victime de son dévouement, lui-même est atteint.“ Mais tant de prières étaient adressées à Dieu, qu’il daigna le conserver à ses diocésains.Le souvenir du fléau nous a été conservé par la peinture.Un tableau de l’église Notre-Dame-de-Bon-Secours représente l’évêque de Montréal administrant l’Extrême-Onction à un mourant que soutient une religieuse.” On peut dire que Montréal n’a pas oublié ; la mémoire de ce dévouement d un Bourget, de son clergé, de ses religieuses reste gravé en meilleur lieu que sur une toile : bien des pères l’ont grave au cœur de leurs enfants.Mais le typhus de 1847 et de 1849 ne fut qu’une parenthèse dans l’œuvre de Mgr Bourget, ou plutôt ce fut l’occasion Le Canada français, Québec, mars 1932. MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET 543 que la Providence lui offrit de faire toucher du doigt à l’héroïsme de sa grande âme.Le fond de son action portait contre l’intempérance, et sur la colonisation des Cantons de l’Est et du Nord de Montréal.Entre temps il établit l’œuvre si belle des Quarante-Heures, et se préoccupe de l’avancement intellectuel de son clergé par l’institution des Conférences ecclésiastiques à dates fixes.Bref “ Ignace, lui, issu de paysans, se levait, silencieux et fort, au milieu d’un peuple sans notoriété comme la semence obscure perce le sol par le principe impérieux qu’elle porte en elle-même, devient tige imperceptible, et forme enfin l’épi qui nourrit.C’est le grand mérite de cet humble prélat, c’est sa gloire, mieux discernée dans le recul des ans, d’avoir créé toutes les œuvres vitales de ce diocèse par son travail patient et effacé ”.Monseigneur Ignace Bourget est dans la plénitude de la virilité : il a cinquante années d’âge.Son front est déjà sérieusement auréolé de la double gloire de la sainteté reconnue et de l’activité à fruits abondants.L’évêque de Montréal, modeste, doit croire qu’il lui reste beaucoup à faire ; mais soupçonne-t-il le dur calvaire qu’il lui faudra gravir ?En vérité, si l’esprit de foi n’était là pour le garantir, comment pourrait-il se défendre de l’accablante tristesse devant le tissu d’épreuves que comportera la seconde moitié de son épiscopat : 1852-1876 ?Mais parce qu’Ignace Bourget est de la race des saints, la vie lui réserve des malheurs qui ajouteront ce quelque chose d’achevé qui manquera toujours à la vertu heureuse.C’est d’abord le grand incendie de juillet 1852.Montréal ravagé par le feu, en plein centre canadien-français ; et la cathédrale de la rue Saint-Jacques et les deux évêchés absolument détruits.Sur le pavé 1727 familles : neuf mille personnes.Après avoir pourvu, de concert avec les autorités civiles, aux besoins immédiats de la population sans abris, Mgr Bourget prend la résolution hardie de reconstruire sa cathédrale au mont Saint-Joseph, dans l’ouest de la ville, près de l’ancien cimetière.Il a pour en agir ainsi, des raisons Lk Canada mANÇAia, Québec, mars 1932. 544 MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET d’ordre élevé.Il veut s’emparer de ce quartier protestant, le conquérir à la foi catholique.Mais tout le monde ne le comprend pas, et son cœur de père saigne douloureusement.Ce n’était que le commencement des oppositions que l’évêque devait affronter.Le bon Dieu avait résolu de les lui faire subir toutes pour que ses mérites fussent plus éclatants (1).Et voilà que la lutte s’engage entre Mgr Bourget et la Compagnie de Saint-Sulpice.L’évêque se croit obligé en conscience de diviser en plusieurs paroisses indépendantes la cité de Montréal, dont la population compte environ soixante mille âmes.Et les Messieurs de Saint-Sulpice s’opposent à l’exécution du décret de l’évêque, parce que, prétendent-ils, le décret est ultra-vires.Rome, en 1865, autorise l’évêque de Montréal à créer les paroisses qu’il voudra, mais en 1871 l’archevêque de Québec, Mgr Taschereau, délégué du Saint-Siège à Montréal, prononce “ que les paroisses nouvellement créées par son sutt'ragant ne pourraient pas être reconnues par le gouvenement de Québec, mais resteraient, deviendraient ou redeviendraient succursales de Notre-Dame ” (2).(P.194.) (1) Sans doute, Ignace Bourget savait combien il lui importait d’être éprouvé pour atteindre par la souffrance la sécurité et la vraie consolation divine.“Si vous saviez combien il est impossible, sans épreuves, d’atteindre le but auquel l’âme aspire, et combien on recule sans elles, vous ne chercheriez jamais les consolations, ni celles de Dieu, ni celles des créatures ! Vous préféreriez porter la Croix, et en vous y attachant, vous ne demanderiez à boire que du fiel et du vinaigre pur ; votre grand bonheur serait là, et vous voyant ainsi mourir au monde et à vous-même, votre vie trouverait en Dieu les délices de Vesprit ! ” Plusieurs auront reconnu dans ce texte la doctrine et le style même de celui que Pie XI a tout récemment — 24 août 1926 — proclamé le Docteur mystique, saint Jean de la Croix.(Œuvres, t.3, p.185, traduction du chanoine H.Hoornaert, 1923.) (2) Cette page 194 du Père Langevin ne manque pas d’une certaine obscurité.Elle plongera dans l’anachronisme plusieurs lecteurs.En attendant qu’elle soit refaite par l’auteur, on aimera avoir sous les yeux le texte que Mgr Têtu publiait en 1889 dans son beau livYe les Évêques de Québec, texte relatif à la mission de Mgr Taschereau à Montréal en 1871.“ Mgr Taschereau venait d’être consacré, quand il reçut de Rome une mission aussi honorable que difficile : celle de se rendre à Montréal, pour ménager un accommodement entre Mgr Bourget et les Sulpiciens, au sujet du démembrement de la paroisse de Notre-Dame de Montréal, ou du moins pour suggérer les moyens propres à obtenir cette fin désirable.11 partit, le 2 mai 1871, et fut reçu à Montréal avec toffs les honneurs dus au représentant du Saint-Siège.Après avoir entendu les deux parties, il adressa au cardinal Barnabo un mémoire élaboré sur oette importante question, et les mesureis qu’il proposait furent trouvées si sages qu’on se hâta de les prendre pour terminer les différends et ramener la bonne harmonie.Evidemment les deux textes diffèrent.Disons simplement que Mgr Têtu, qui écrivait du vivant de S.E.le cardinal Taschereau, n’avait pas la même liberté que le Père Langevin qui narre les faits en 1931.Le Canada français, Québec, mars 1932. MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET 545 Ce ne fut qu’en 1875 que de Boucherville, premier ministre de Québec, put régler définitivement le cas.“ Et le vieil évêque sur le point de prendre sa retraite, revenait de la lutte avec une victoire scellée sur du papier timbré de Rome et de Québec.” Que de luttes en vérité qui alignent sur le champ de bataille toute une nuée de combattants ! Voyez-les quand il s’agit d’obtenir une Université pour Montréal.Ignace Bourget a la lumière de Dieu.Il voit que la grande ville qui croît toujours a besoin d’une Université en son centre, que c’est un inconvénient intolérable pour les étudiants d’aller suivre des cours à une distance de 180 milles, que d’ailleurs il y a un formidable danger à cause du McGill, qui prend un nombre considérable de nos jeunes gens, — et qui sans doute bien souvent leur prendra leur foi catholique.L’évêque a tout pesé devant Dieu.Il ne peut pas tolérer cette situation périlleuse.Et alors c’est la lutte, vingt ans durant, et c’est encore là la victoire, mais durement achetée.“ Les deux prélats de Montréal et de Québec, très pieux et très dignes, furent défendus par des amis qui n’obéirent pas toujours à la discipline des chefs.Les lettres de Monseigneur ne laissent pas entrevoir son repentir d’avoir mené de front plusieurs luttes, et, s’il eut quelque temps le dessous dans la mêlée, le recul des années permet d’affirmer qu’il ne fut jamais inférieur pour le zèle, l’humanité, la charité des procédés.Ses prévisions se sont vérifiées, ses causes ont triomphé; il apparaît champion d’orthodoxie et semeur de bien, comme son beau modèle de Québec, l’illustre Plessis.” (P.209.) Mais rien de plus capable de nous faire saisir l’esprit qui animait Mgr Bourget, que sa façon de faire à l’endroit de l’Institut Canadien, fondé en 1844, pour remédier à la paresse intellectuelle des Canadiens français, mais qui bientôt prit une attitude orgueilleuse et méprisante pour l’intransigeance des principes catholiques, et pour les défenseurs de la pensée chrétienne.Ce fut là sans doute la grande douleur de l’évêque de ne pouvoir soumettre doucement à l’Église, colonne de vérité, ce groupe audacieux de l’Institut, qui alla jusqu’à braver l’excommunication.Certes “ les plus dociles cessent d’appartenir à l’Institut; au nombre de cent trente, ils fondent l’Institut canadien-français; les autres continuent leur adhésion, malgré l’excommunication qui Le Canada français, Québec, mars 1932. 546 MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET les frappe, causant à l’évêque de nombreux ennuis, parmi lesquels le fameux procès Guibord, qui sera leur revanche, avec la publication, par le président de l’Institut, du pamphlet non moins fameux : la Grande Guerre ecclésiastique (P.213.) L’affaire Chiniquy, le procès Guibord, et les discussions violentes dans la mise en train du Programme Catholique permirent à Mgr Bourget de boire jusqu’au fond l’amer calice de la contradiction.Mais la constance de l’évêque ne fut pas ébranlée.Il se montra capable de porter toutes les angoisses, toutes les critiques, tous les malheurs sans aucunement fléchir.En vérité il dut se dire — comme Newman — que les jeunes saints sont bien peu de chose devant Dieu, puisque les douceurs du Tout-Puissant sont réservées, semble-t-il, à la jeunesse, et que la vie montante, si elle apporte des biens incontestables à l’homme d’action, à l’homme public elle est bien souvent cruelle.“ Ce qui restera de ces incidents du Programme Catholique aux yeux des historiens catholiques du Canada, c’est la parfaite orthodoxie de Mgr Bourget.Ils auront le droit de douter de l’opportunité de certains détails, ils devront confesser que le zèle n’a jamais tort dans l’intention ; ils trouveront même que le zèle de Mgr Bourget a obtenu, par le Programme, de bons effets pour maintenir les politiciens dans la crainte de l’électorat catholique mieux éclairé ; que le Programme n’a pas amené les représailles d’un Programme protestant ; que Mgr Bourget ne fut ni libéral ni conservateur, mais évêque catholique, dédaigneux de l’opinion mondaine, préoccupé du seul jugement de Dieu et de sa charge d’âme ; qu’il valait mieux, enfin, mécontenter le pouvoir que de se plier aux courbettes des pays concordataires.” (P.234.) Pour les profanes, c’est-à-dire, pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire ou qui ne veulent pas la connaître ou qui manquent de la pénétration nécessaire pour en juger, il est facile de condamner ce qu’ils appelleront influence indue de l’évêque dans les questions politiques.Avant de jeter le blâme sur le deuxième évêque de Montréal, on ferait bien d’examiner à froid les raisons de son intervention sur la scène politique.Les esprits sérieux ont tôt Ls Canada fhamçais, Québ«c, mart 1932. MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET 547 fait de reconnaître que cette action de Mgr Bourget n’entendait s’exercer que pour faire régner les principes catholiques dans la vie politique.Il ne voulait pas intervenir partout mais seulement dans les questions où les catholiques étaient intéressés.Sa pénétration lui avait fait découvrir que le vieux levain du gallicanisme n’avait pas disparu.“ Le gallicanisme vivait encore : après Lafontaine qui avait conduit devant les tribunaux la cause d’un curé contre l’évêque de Montréal ; après Cartier, qui déterrait de vieux principes gallicans dans la cause de Notre-Dame contre l’évêque, Mgr Bourget n’était pas surpris de voir la troupe forcer le cimetière catholique pour y enterrer l’excommunié Joseph Guibord, de par sentence des Lords, interprétant des précédents gallicans de l’ancien régime français, résumés pour eux par deux avocats éminents.” (P.242.) Vainement se moquait-on, chez certains esprits forts, de Vultramonté Bourget, il restait que l’évêque de Montréal, tout en étant un homme qui avait le courage de ses convictions, demeurait un esprit extrêmement pondéré, plutôt timide de tempérament, très indulgent pour les personnes, mais aussi très attaché à Rome, à notre très saint Père le Pape.Romaniste irréductible, aimait-il à se proclamer.Et quel catholique peut faire reproche à un évêque qui a fait le serment de fidélité au Pape, qui s’est imprégné de sa Profession de foi catholique, à force de la réciter, de soutenir haute et ferme la foi à laquelle il s’est engagé par serment, et qu’il a mission de faire régner ?Au lieu de blâmer, admirons.L’invasion des États pontificaux (1868) par Victor-Emmanuel, roi du Piémont, lui donna l’occasion qu’il aurait volontiers recherchée.Cette iniquité contre Pie IX lui permit d’exécuter un des gestes les plus émouvants du XIXe siècle.On put voir un homme de près de soixante-dix ans, déjà accablé, semblait-il, par d’incessantes luttes et d’amers déboires, se lever tout droit contre le brigandage que le Piémont prétendait exercer vis-à- vis de la Papauté.Cette fois, l’évêque de Montréal poussait la campagne avec une telle ardeur, l’explication était si nette qu’il reçut les approbations unanimes.Croisade de prières et d’aumônes, mais aussi enrôlement de soldats — de zouaves — pour la cause du Pape Pie IX.Le Canada français, Québec, mars 1932. 548 MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET “ Déjà la ville de Québec a offert un bon nombre de volontaires.Trois-Rivières et Saint-Hyacinthe l’imitent au prorata de leur population et de leurs ressources.Sous l’inspiration de Mgr de Montréal, le mouvement volontaire s’étend vite dans le sud de la province : quatre détachements y sont levés.Le Comité d’enrôlement constate même que l’offre de servir dépasse de beaucoup les moyens d’équiper et de maintenir.En tout, le Canada enverra sept détachements.Le diocèse de Montréal fournit la moitié des hommes et la moitié des subsides.” (P.246.) Personne n’ignore le résultat définitif de l’entreprise : le Pape, acculé à voir ses enfants tués sans utilité, ordonne de mettre bas les armes, et rentre prisonnier dans son Vatican.Mais quelle âme vraiment canadienne n’est pas fière de ces héros de notre province, qui ont offert leur vie pour défendre le patrimoine de Saint-Pierre ?Répétons avec Rousseau—qui ici ne se trompe pas—: Charme inconcevable de la beauté qui ne périt point ! Voulez-vous savoir lequel a le beau rôle, de Victor-Emmanuel ou de Pie IX ?Demandez-vous lequel vous contemplez avec plaisir.Auquel aimez-vous mieux ressembler ?C’est le vertueux infortuné qui vous fait envie, “ et nous sentons du fond du cœur la félicité réelle que couvrent ses maux apparents ”.Bénissons Mgr Bourget d’avoir secouru ce vertueux infortuné de Rome, croyons que la jeunesse de notre sang ne s’est pas trompée en répondant avec enthousiasme à l’appel du vénérable vieillard de Montréal, elle dont le cœur compatissant s’émeut sur toutes les peines qui lui sont presentees.Souvenons-nous en, “ l’adolescence n’est l’âge ni de la vengeance ni de la haine ; elle est celui de la commisération et de la noble générosité * Concluons — car il faut songer à finir — que Mgr Ignace Bourget est un beau libre.N’allons pas sottement le mépriser parce qu’il est écrit par l’un des nôtres.Disons hardiment que plusieurs livres faits en France, que 1 on exalte au Canada, n’ont pas la valeur ni l’intérêt de celui que vient de nous donner le Père Langevin.Lk Canada pbançais, Québec, mars 1932. MONSEIGNEUR IGNACE BOURGET 549 Sujet de chez nous, traité à la façon classique.Rien n’a été épargné, on le sent à chaque page, pour rendre le livre agréable et solide.La langue est claire, et elle brille sans façon de forme, sans recherche de mots, presque sans images ; traduction immédiate de la pensée, elle la suit sans effort.Certaines pages contiennent des descriptions franchement achevées; d’autres comportent une dialectique très forte : quelquefois même l’auteur atteint à l’éloquence.Bref le livre est fait pour plaire.Mgr l’archevêque-coadjuteur de Montréal dit justement que l’auteur a mis à remplir la tâche dont lui-même l’avait chargé, “ la même conscience et les mêmes ressources d’esprit et de cœur ’’dont aurait disposé le regretté père Le-compte, auquel d’abord on avait songé pour cette biographie.“ Votre admiration, ajoute-t-il, pour Mgr Bourget ne vous fait pas verser dans le panégyrique.Vous lui rendez un témoignage mérité.D’ailleurs, une fois tombée la poussière du combat, l’on se trouve en présence d’un caractère d’une telle droiture, si prudent et si désintéressé, d’intentions si manifestement surnaturelles que l’accord devient facile et l’impression d’ensemble s’impose partout la même : il s’agit d’un évêque dont il faut convenir qu’il fut grand et dont les vertus ont exercé un singulier rayonnement.” On ne saurait mieux dire.C’est résumer en quelques lignes et d’une façon extrêmement heureuse toute l’impression d’un livre.Le Père Langevin n’a rien caché ; il a dit les faiblesses de l’éloquence, du style et même du tempérament de l’évêque Bourget.Mais, sous prétexte d’objectivité, il n’a pas voulu demeurer indifférent au héros dont il racontait l’histoire.Il a eu le courage de soutenir de son approbation — ou de l’approbation des faits — les doctrines du deuxième évêque de Montréal, même quand il savait ces doctrines plus ou moins populaires en certains milieux.Il a été envahi du noble courage que donne l’intuition d’un grand bien moral.Et ces qualités de fond, jointes aux qualités incontestables de la forme, assureront la vie du livre.En vérité, que les auteurs canadiens nous donnent souvent des œuvres aussi saines, aussi bien pensées, aussi bien documentées, aussi bien écrites, et l’avenir de la littérature canadienne a partie gagnée.Abbé Georges Robitaille.Le Canada français, Québec, mars 1932.
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