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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les oeuvres sociales du catholicisme français (Suite et fin)
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1938-10, Collections de BAnQ.

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Sociologie LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS (suite et fin) G — Protection des détenus et des libérés 1° Par les visites dans les prisons Ici encore la Société de Saint-Vincent de Paul est à l’avant-garde.Écoutons plutôt ce que nous en dit un confrère : C’est une œuvre qui n’a repris activité chez les catholiques de France qu’assez récemment, en 1926 ; mais elle est bien dans l’esprit et la tradition de Saint Vincent de Paul (qui fut aumônier des galériens) et des premiers compagnons de Frédéric Ozanam.Celui-ci avec le Prévost, Gamache et Le Taillandier, répondant à l’appel de M.de Belleyme, président du Tribunal de la Seine, aima, dès 1833, à se rendre à la maison de correction pour jeunes détenus, qui était alors située rue des Grès.Ainsi débutait modestement cette belle œuvre d’assistance morale envers ceux qui en ont le plus besoin.Il a été dit justement que, de la prison on ne sort jamais tel que l’on y est entré, mais meilleur ou pire.Tragique alternative !.Les visiteurs offriront souvent au détenu la seule chance de la bien résoudre.Ils s’efforceront, en collaborant avec l’Administration pénitentiaire et avec les aumôniers, de revaloriser des hommes, de leur rendre leur dignité, de les sauver du désespoir.Tâche délicate, sans doute ! Travail souvent ingrat, parce qu’il ne réussit pas toujours.Cela exige, avec une miséricordieuse et inlassable charité, des qualités peu commune d’intelligence, de jugement et de tact.Dans bien des cas pourtant, les visiteurs réussissent à agir sur l’esprit et quelquefois sur le cœur de ces êtres déchus en apportant, par l’intermédiaire des conférences, les secours nécessaires aux familles laissées dans la misère.Et puis, si détenus, ils leur donnent leur appui pour leur permettre d’obtenir, dans certains cas, la libération conditionnelle ou le sursis d’interdiction de séjour ; libérés, ils les aident, dans la mesure du possible, à trouver du travail lors de leur sortie de prison, ou facilitent leur hospitalisation temporaire. 124 LE CANADA FRANÇAIS Quelques confrères se sont spécialisés dans la visite de la maison d éducation surveillée de Fresnes et c’est parmi ces jeunes détenus que sont obtenus les résultats les meilleurs et les plus durables.L œuvre, présidée par le Général Huet, recense annuellement près de 4.500 visites réparties en 6 prisons : la Santé, le Cherche-Midi, Fresnes, Poissy, Melun et Versailles.Elle correspond souvent avec des prisonniers de Clairvaux ou d’ailleurs.Elle se dispose à essaimer à Bordeaux, à Lyon, à Caen, à Tunis ou saint Vincent de Paul fut d’ailleurs lui-même prisonnier.Elle est en pleine prospérité morale, sinon financière.2° Par l’exercice des fonctions des délégués a la LIBERTÉ SURVEILLÉE PRES LES TRIBUNAUX SPÉCIAUX POUR ENFANTS ET ADOLESCENTS, DÉLÉGUÉS PRÉVUS PAR LA LOI DU 22 JUILLET 1912.Véritables mandataires de la justice, les Délégués offrent leur collaboration volontaire et gratuite à l’œuvre de relèvement moral et social de pauvres gosses dont l’éducation fut le plus souvent négligée.En général, écrit M.Dumerin, les enfants qui sont soumis à la liberté surveillée n’ont commis qu’un seul délit peu grave ; presque toujours, ces délits ont été accomplis à plusieurs, ce qui démontre que la cause est due à la mauvaise fréquentation.Or, comment peut-on exiger d’un enfant de 14 ou 16 ans la force de caractère suffisante pour résister au plaisir, quand des adultes en sont eux-mêmes incapables?.Le délégué fait à l’enfant et à ses parents des visites personnelles et les renouvelle suivant les circonstances.Il s’applique tout d’abord, dans des conversations amicales mais fermes, à gagner la confiance du mineur, développer en lui des sentiments de famille, de patriotisme et de religion, enfin le goût du travail et de l’épargne.H — Protection des ignorants C’est encore à la Société de Saint-Vincent de Paul — toujours elle ! — que la France doit ces « Secrétariats populaires » qui, gratuitement, fournissent les renseignements les plus divers, juridiques ou autres.Pour bien se rendre compte de l’utilité de ces « Secrétariats populaires », il suffit de considérer le nombre considérable de lois sociales votées depuis quelques années par le Parlement français.Or, ces lois bienfaisantes qui font l’honneur de la Ille République, si elles sont excellentes dans LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS 125 leur esprit, sont par contre trop souvent défectueuses dans leur forme : textes obscurs, d’interprétation délicate et d’application compliquée.D’où l’embarras des petites gens qui ne peuvent se permettre d’aller consulter un avocat ou autre homme d’affaires.Eh bien, le « Secrétariat populaire )) joue le rôle de conseil juridique vis-à-vis, non seulement des indigents, mais aussi de toutes les personnes — elles sont innombrables — de condition modeste.Que de difficultés, par exemple, sont soumises aux Secrétariats au sujet des inextricables lois qui, depuis la guerre, régissent les loyers !.Ce rôle de conseil juridique n’empêche d’ailleurs pas le Secrétariat populaire d’envisager des tâches beaucoup plus humbles : écrire une lettre, répondre à une communication administrative, donner un renseignement quelconque.Le fonctionnement du secrétariat, écrit M.L.Fliche, est des plus simples.Un membre de la Société siège une ou deux fois par semaine, reçoit les clients, s’efforce de leur rendre les services demandés, dans tous les cas les réconforte dans une bonne et amicale conversation.Il lui arrive même de jouer le rôle de magistrat conciliateur, de ramener la paix dans les ménages troublés, d’épargner ainsi à de jeunes enfants les effroyables tristesses qu’allait engendrer pour eux le divorce de leurs parents.Si le secrétariat voit la clientèle se développer, il peut et doit envisager des services plus complexes : achats en commun, remises chez les fournisseurs, travail à domiciles pour les femmes, associations familiales.Il devient alors maison du peuple ou centre d’action sociale.La Société de Saint-Vincent de Paul compte, aujourd’hui, 45 Secrétariats dans l’enceinte de Paris et 54 en banlieue, sans parler de ceux des grandes villes de province comme Lyon, Lille, Clermont-Ferrand, etc.Afin de donner au lecteur une idée aussi exacte que possible de ces organismes, signalons qu’en 1935, les 99 secrétariats du département de la Seine (Paris et sa banlieue) ont traité plus de 29.000 affaires, ce qui représente bien des personnes renseignées, des procès évités, des emplois trouvés, des foyers préservés ! I — Protection des familles nombreuses ouvrières 1° Par la création d’habitations a bon marché Sur l’initiative de différentes sociétés ou associations, d’inspiration, voire de direction catholique : « Société 126 LE CANADA FRANÇAIS Philanthropique », « Société des logements économiques pour familles nombreuses », « Progrès », « Fondation Le-baudy », » Société des logements de Plaisance », « Société des logements d’ouvrières et employées isolées », « Société des cités-jardins de la Fondation Ozanam », filiale de la Société de Saint-Vincent de Paul que nous retrouvons ici avec ses 3 Cités-Jardins 1 hébergeant 70 familles, soit 497 personnes dont 316 enfants de moins de 16 ans.2° Par l’amélioration des logements ouvriers Oeuvre dont M.l’abbé Viollet est le protagoniste.3° Par l’aménagement de jardins ouvriers Oeuvre à laquelle concourent principalement : la « Ligue Française du coin de terre et du foyer » (70.000 jardins ouvriers en France), 1’ « Association charitable des jardins ouvriers », filiale de la Société de Saint-Vincent de Paul (153 jardins dans la banlieue parisienne attribués gratuitement à des familles d’ouvriers ou de modestes employés ayant au moins 4 enfants).J — Protection des chômeurs Tout comme « le marin est fait pour la tempête », la charité chrétienne est faite pour les périodes de crise économique.Entendons par là qu’elle peut vraiment montrer toutes ses vertus et répandre tous les bienfaits seulement lorsque la misère se généralise et, implacablement, s’abat sur l’humanité.Or, cette misère beaucoup de Français l’ont connue à partir de 1931 : la « grande crise » dont le krack boursier de New-York avait été le signal en octobre 1929, les frappait à leur tour ; l’épidémie mondiale de chômage commençait ses ravages sur le sol de la « doulce France ».En marge des pouvoirs publics et souvent en collaboration avec eux, les œuvres chrétiennes, confessionnelles ou non, intervinrent et se dépensèrent sans compter.Et ce, à un double point de vue : 1.Cités-Jardins de Villetaneuse, de Charentonneau et de Kremlin-Bicêtre. LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS 127 1° Par la distribution de secours et de subventions.A Paris et dans les grandes villes industrielles, il y a eu rivalité de bienfaisance entre les différentes œuvres catholiques de charité et d’assistance sociale, congrégations religieuses ou associations laïques : Sœurs de la Charité, Dames de la charité, Société philanthropique, Société de Saint-Vincent de Paul, etc., etc.Sur l’activité de cette dernière Société, M.J.Madelin a relaté dans la revue l’Ami de la Famille : A Paris, dans les conférences mêmes, conférences paroissiales et autres, de multiples mesures ont été prises pour augmenter les ressources, des appels ont été lancés, des quêtes faites, de façon à permettre des secours extraordinaires pendant que sévit le chômage.D’ailleurs, l’expérience acquise par la Société de Saint-Vincent de Paul lui a valu une mission spéciale.Elle a été chargée à Paris de la répartition des fonds recueillis dans les églises et confiés par S.E.le Cardinal Verdier à un comité constitué par lui.Pour chaque arrondissement de la capitale, ce Comité avait un délégué, président ou membre d’une conférence, chargé de centraliser les demandes de subvention.Celles-ci s’appliquaient d’une part aux familles atteintes par la crise qui recevaient ainsi des distributions en nature — qu’elles fussent ou non de celles habituellement visitées — et s’étendaient d’autre part aux institutions destinées au soulagement des chômeurs, comme, par exemple, aux couvents qui presque partout avaient ouvert des tables pour les enfants des ouvriers sans travail ou offert des soupes à ces ouvriers eux-mêmes.En même temps, ces délégués prenaient part aux réunions dans les mairies, les bureaux de bienfaisances, les comités de soupes populaires, collaborant partout avec les permanences d’entr’aide sociale.Distributions de secours et subventions étaient, bien entendu, assurées dans la banlieue, comme dans le centre, par des délégués, qui étaient les présidents des conseils particuliers.Voilà pour la capitale et sa banlieue.Eh bien, même ardeur en province.Quelques exemples suffiront à en convaincre le lecteur.A Lyon, si justement appelée « La Ville de la charité », où l’industrie avait été particulièrement frappée, l’Archevêque, Primat des Gaules, chargea la Direction des Oeuvres et la Société de Saint-Vincent de Paul d’organiser les secours.On créa 11 centres de distribution dans les établissements 128 LE CANADA FRANÇAIS religieux de la ville où les chômeurs trouvèrent des soupes à consommer sur place ou des denrées à emporter.Les approvisionnements furent assurés par les scouts qui, poussant des voitures à bras, allèrent, avec les confrères de Saint-Vincent de Paul, quêter les maraîchers et les détaillants, avec d ailleurs plein succès.En même temps, des appels furent adressés à la population.A noter que la municipalité, présidée par M.le Président Herriot, marcha avec toutes les œuvres, se servant d’elles et les encourageant.A Toulouse et à Troyes, des comités furent également formés à l’instigation de l’Archevêque et de l’Évêque.Quêtes, souscriptions, fourneaux, soupes, secours divers se multiplièrent.Dans le Nord, le catholicisme social déploya une activité débordante.Quatre groupe : Lille, Dunkerque, Roubaix-Tourcoing, Armentières-Hazabrouck, étaient créés et S.E.le Cardinal Lienart, dont chacun connaît le dévouement pour la cause des humbles, créa « l’Aide familiale ».Et ainsi, un peu partout, dans les gros centres ouvriers.2° En procurant du travail aux chômeurs Procurer du travail à un chômeur, n’est-ce pas le plus précieux service qu’on puisse lui rendre et, en tout cas, le plus conforme à sa dignité d’homme ?Sans aucun doute ! Aussi le catholicisme n’a-t-il pas failli à cette tâche à laquelle s’employèrent plus particulièrement : la « Fondation Hamoz ; P « Hospitalité du travail », la « Société d’Assistance par le Travail », la « Solidarité catholique », la « Maison et le travail aux champs », « l’Oeuvre du Travail à domicile », « les Patronnes chrétiennes », les « Offices centraux des Oeuvres catholiques de bienfaisance », le « Syndicat professionnel d’artisanes », les « Syndicats chrétiens », etc. LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS 129 K — Protection des salariées Protéger l’ouvrier ou l’employé sans travail, c’est bien, mais c’est insuffisant : il faut aussi protéger l’ouvrier ou l’employé qui travaille, surtout sous un régime de libéralisme économique particulièrement propice aux abus d’un certain capitalisme que S.S.Pie XI, elle-même, n’a pas hésité à dénoncer dans son Encyclique Quadragesimo anno.Aussi l’épiscopat français — les Cardinaux Verdier et Liénart en tête — n’a-t-il pas hésité à encourager publiquement les travailleurs catholiques, ouvriers et employés, à se grouper dans des organisations professionnelles, les syndicats chrétiens, affiliés à la « Confédération Française des travailleurs chrétiens ” dit C.F.T.C., dont nous avons étudié l’organisation.* * * Or, en quoi et par quels moyens la C.F.T.C.peut-elle contribuer à l’amélioration du sort des salariés ?Autrement dit, à quoi se résume l’action de la C.F.T.C.?Examinons-la rapidement sur un triple terrain : 1° Celui de l’Entr’aide pratique, 2° Celui de Y Education professionnelle et sociale, 3° Celui de la Réforme du Régime capitaliste actuel, ce qui nous amènera à analyser ce que l’on a coutume d’appeler le « Plan de la C.F.T.C.» 1° Entr’aide pratique Les Syndicats chrétiens ont établi des services pratiques susceptibles d’aider, de façon presque quotidienne, leurs adhérents : Bureau de placement, Conseils juridiques, Services d’achats en commun, Escomptes chez les commerçants, Coopératives de consommation, Restaurants à prix réduits, Caisses de prêts gratuits, Caisses de Crédit Mutuel et d’Habitations à bon marché, Caisses dotales, Caisses de retraites, Maisons de repos, Caisses de chômage, Caisses de résistance en cas de grève, etc.2° Éducation professionnelle et sociale Afin de constituer une élite ouvrière ayant une sérieuse culture, tant professionnelle que générale, les Syndicats 130 LE CANADA FRANÇAIS chrétiens ont organisé des cours du soir d’enseignement technique : on en compte près de mille suivis par des milliers d’élèves.Indépendamment de ces cours post-scolaires, les dirigeants de la C.F.T.C.ont créé quatre « Écoles normales ouvrières » à Paris, Lyon, Lille et Toulouse, dispensant un enseignement supérieur.3 Reforme du regime capitaliste actuel Le libéralisme économique avec tous ses excès (fortunes scandaleuses contrastant avec de criantes misères) est aujourd hui périmé.Il faut le remplacer par un « ordre nouveau ».Pour dénoncer le mal, tous les salariés et pas mal de patrons sont d accord.Mais où les divergences naissent, parfois profondes, c est a propos du remède à employer.Les uns, se réclamant de Karl Marx, le voient dans le collectivisme.Les autres, se réclamant des Encycliques Rerum Novarum de Léon XIII et Quadragesimo Anno de Pie XI ainsi que de la lettre de la Congrégation du Concile à Mgr Liénart, évêque de Lille, le voient, au contraire, dans l’ordre social chrétien.C est cette derniere solution que concrétise, somme toute le plan élaboré par la C.F.T.C.en 1935 et rendu public eu début de 1936.a) Le « Plan » de la C.F.T.C.En voici les principales dispositions : Dans l’ordre professionnel : a) Amélioration du sort des travailleurs par : les minima obligatoires de salaires, le relèvement des allocations familiales, le développement des assurances sociales, la prolongation de la scolarité, la protection du travail des femmes et des enfants sous le rapport de l’hygiène et de la moralité, la diminution de la durée du travail, LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS 131 la suppression des logis insalubres, l’organisation rationnelle des loisirs, la lutte contre le chômage par des grands travaux, b) Organisation de la profession caractérisée par : le contrat collectif de travail, conclu entre les syndiats patronaux et ouvriers, devant aboutir à la création des commissions mixtes et des conseils professionnels, la juridiction professionnelle, la représentation professionnelle, Dans l’ordre économique : a) Extension de la place donnée au travail dans 1 entreprise par : des « Conseils du Travail », un « Conseil National Economique » chargé de réglementer l’économie, de contrôler le crédit, de préparer certaines lois, etc.b) Une formule nouvelle d’exploitation des services d intérêt public (crédit, assurance, force motrice, transports, etc.) dont la gestion serait confiée aux représentants de ces entreprises, des usagers et des travailleurs avec la participation de l’État.c) Une réforme du statut juridique de l’entreprise par : la participation du travail à la gestion et aux profits, la transformation du capital-actions en capital à intérêt fixe, l’élargissement de la responsabilité des administrateurs l’accroissement des garanties des actionnaires, etc.Dans l’ordre social : a) Formations des élites avec le concours de l’Etat, b) Mise à l’étude d’un droit social définissant : les conditions sociales que doit respecter la production, les délits commis contre la personnalité du travailleur, l’établissement d’une juridiction appelée à connaître de ces délits.Dans l’ordre politique : Création du corps professionnel et du corps économique en institutions de droit public, inscrites dans la constitution, avec un « Ministère spécial des affaires sociales et économiques.» 132 LE CANADA FRANÇAIS Dans l’ordre international : Reconstitution du « Bureau )) et des « Conférences internationales du Travail » à l’effet de connaître de tous les problèmes internationaux : contrôle des cartels et trusts, crédit et monnaie, répartition des matières premières, régimes douaniers, conditions du travail semblables dans les différents pays, etc.Ce programme, la C.F.T.C.le caractérise, elle-même, dans sa brochure Pour être a la page du Syndicalisme, comme : Basé sur la restauration familiale, Fondé sur l’organisation de la profession, Orienté vers 1 évolution du salariat et la réforme économique.En somme, ni chambardement général, ni expropriation, ni nationalisation, ni prolétarisation, ni collectivisme, mais des réformes hardies, une collaboration plus intime et plus equitable entre patronat et salariat, une déprolétarisation générale, un « ordre social nouveau » qui permette à la famille de vivre, de s’épanouir, « de s’enraciner dans un foyer stable, de se fortifier par la possession d’un patrimoine qui transformera le prolétaire en propriétaire ».Réformes hardies, avons-nous dit ?Oui, très hardies, ce qui n’est pas sans littéralement scandaliser certains esprits égoïstes, rétrogrades ou étroits — souvent le tout à la fois — qui parfois pourtant se pensent et se disent chrétiens — quelle aberration ! — mais qui ne peuvent admettre qu’une famille ouvrière mange du poulet le dimanche.Et cela, trois siècles après le bon roi Henri IV qui, lui, au moins, voulait que ses sujets, même les plus humbles, mettent, chaque semaine, la « poule au pot ».b) Les allocations familiales De fait, sur bien des points, le plan de la C.F.T.C.de M.Jules Zirnheld se rencontre avec celui de la C.G.T.de M.Leon Jouhaux.Sur certains il est même beaucoup plus exigeant, par exemple, en matière d'allocations familiales.Car s’ils réclament, avec la C.G.T., des salaires suffisants pour vivre convenablement et adaptés au coût de la vie, les LES ŒUVRES SOCIALES DU CATHOLICISME FRANÇAIS 133 syndicats chrétiens ont été seuls à demander des allocations familiales substantielles, « garantissant à la famille les moyens de vivre dans une maison devenue propriété familiale et complétée par un jardin, afin de permettre l’emploi des loisirs et l’épanouissement d’une vie humaine et familiale ».Or, pour l’établissement de ces allocations familiales, deux systèmes principaux sont possibles : 1° Ou bien barème, savamment gradué, allouant une indemnité égale à la mère qui travaille au dehors et a celle qui reste au foyer ; 2° Ou bien barème, toujours savamment gradué, mais allouant une indemnité sensiblement plus élevée à la mère qui reste au foyer qu’à celle qui travaille au dehors, supprimant même toute indemnité à celle-ci, du moins pour ses deux premiers enfants.Que valent ces systèmes ?Le second, qui séduit à première vue tous les partisans du retour de la mère au foyer, ne va pas sans difficultés dans son application.D’abord le calcul des tarifs est assez complexe.Puis il est générateur de fraude : il nécessite un contrôle sévère, toujours onéreux.Pourquoi P C’est, par exemple, parce qu’un salarié déclarera sa femme comme restant au foyer alors qu’en fait, elle ira, quelques heures par jour ou quelques jours par semaine, travailler au dehors.D’autre part, de nombreuses femmes exercent un métier à domicile.Leur accordera-t-on l’allocation familiale alors qu’on la refusera à celles que, bon gré mal gré, le « Machinisme » a contraint à immigrer à l’atelier ou au bureau ?(Nombre de travaux ou d’écritures qui, autrefois, pouvaient se faire à la main, à domicile, sont maintenant effectués à la machine, à l’atelier ou au bureau, les frais d’achat et d’amortissement de la machine ne pouvant être supportés que par une entreprise.) Si oui, il y a injustice l Or, à supposer maintenant que l’on sacrifie aussi bien la mère qui exerce une profession à domicile que celle qui l’exerce au dehors, l’égalité certes est rétablie, mais elle est de nouveau faussée par rapport à la mère à qui le privilège d’une fortune assez rondelette, dot ou héritage, permet de rester au foyer sans exercer aucune profession.Ce serait, 134 LE CANADA FRANÇAIS en quelque sorte, brimer le revenu du travail qui, pourtant, est aussi digne de considération que le revenu du capital.A notre sens, une allocation familiale est faite pour subvenir, au moins partiellement, à l’entretien de l’enfant : elle doit constituer et surtout apparaître aux yeux des parents comme constituant une compensation aux charges qu'implique une nouvelle naissance.C’est en quelque sorte une question psychologique.Un ménage se tient le plus souvent le raisonnement suivant, certes un peu terre à terre, voire égoïste, mais trop vrai : « Notre revenu (capital ou travail, mari seul ou mari et femme) est de x fr.La naissance de notre nouvel enfant nous l’accroît de x fr.(montant de 1 allocution familiale) : eh bien ! ça paie au moins une partie de l’entretien de bébé.» Et le ménage est satisfait : on lui sait gré d’avoir mis un petit être au monde, il se sent récompensé et encouragé.Si, au contraire, on ne donne pas d’indemnité aux mères exerçant une profession au dehors ou une indemnité inférieure, la naissance d un enfant apparaîtra — pécuniairement parlant — comme une lourde charge, même si, en réalité, elle est légère pour les épaules du ménage.Alors que de récriminations :
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