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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le totem du nid de l'aigle
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1940-12, Collections de BAnQ.

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LE TOTEM DU NID DE L’AIGLE Les totems de la Colombie canadienne et de l’Alaska ont une réputation mondiale.Les musées de l’Amérique et de l’Europe en possèdent un certain nombre, qui proviennent surtout des îles de la Reine-Charlotte et de la rivière Nass.Le Royal Ontario Museum de Toronto en a décoré sa rotonde ; le Stanley Park de Vancouver en a plusieurs, y compris celui de l’Oiseau Tonnerre ; et le parc provincial de la Tournée-du-Moulin près Charlesbourg en a acquis un magnifique, il y a quelques années, dont le nom est le Nid de l’Aigle.Ces œuvres d’art héraldique ont une originalité qui n’est nulle part ailleurs surpassée.Elles sont l’expression plastique définitive d’une race et d’un pays.Leur style est tout d’abord traditionnel, mais, au service des meilleurs artistes il retourne à un réalisme tempéré, qui a une grande distinction.Dans certains mats totémiques, il atteint des proportions gigantesques.Ces mats sont maintenant en voie de disparaître.Ils ornaient naguère la façade des villages, le long des rivières ou de la côte.Plantés irrégulièrement en face des maisons, assez nombreux, ils dressent haut leur cime, La plupart sont de trente à cinquante pieds de hauteur, mais quelques-uns atteignent même de soixante à quatre-vingts pieds.Le Nid de l’Aigle, à Charlesbourg, a soixante-six pieds et il pèse plusieurs tonnes.L’Aigle des Montagnes à Toronto, est encore plus grand.Et il en reste un autre sur le Nass, le mat du Loup, qui les égale en longueur et en qualité.On sculptait ces mats à même de grands cèdres rouges, choisis avec soin et parfois halés par eau à grande distance, Des artistes y travaillaient en secret, sous un abri, près de la rive.Leur œuvre terminée après un an ou deux, on procédait à l’érection du totem, en commémoration d’un chef de clan récemment décédé.Des milliers d’invités accouraient de partout pour aider aux derniers travaux et prendre part à la fête.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 372 LE CANADA FRANÇAIS Les sculptures souvent nombreuses qu’on voit sur les totems ne représentent pas des divinités, comme on l’a cru, mais des blasons héréditaires.Ces blasons illustrent des récits fantastiques qui tiennent, les uns de la légende, et les autres, de l’histoire.Ils tendent naturellement à la conservation des traditions de famille et au respect des ancêtres.Si ces monuments, même une fois transplantés ailleurs, sont imposants, ils le sont encore davantage chez eux, parmi les grands arbres d’une côte semi-tropicale, dans des montagnes quelquefois enguirlandées de vapeurs bleuâtres, que le soleil couchant colore de pourpre.Les totems à profil hardi rappellent les divinités et les monstres fabuleux de l’Ëgypte, de la Chine ou du Japon ; ils donnent une impression d’exotisme tenant plus de l’Asie et des Mers du Sud que de l’Amérique.Le Nid de l’Aigle qui depuis quelques années se dresse dans le jardin de la Tournée-du-Moulin et fait face à la ville de Québec, était un des trois totems les plus remarquables de la Côte Nord-Ouest.Il fait honneur au parc provincial, et le mérite d’avoir songé à l’acquérir revient à M.L.-A.Richard, Sous-ministre de la Colonisation et à ses collègues de la Société de Zoologie.Ce totem symbolise glorieusement la faune et la flore du pays ; la flore, parce qu’il est tiré du plus grand de nos arbres, le cèdre rouge de la Colombie canadienne; et la faune, parce qu’il contient l’image totémique d’espèces vivantes qui nous sont familières : l’aigle haut juché, le corbeau, le castor rongeant une branche de peuplier, l’écureuil grignotant un cône, le saumon remontant la rivière pour frayer, et la marte dont la fourrure soyeuse servait de coiffure aux chefs de clans.Il illustre aussi des croyances et des traditions natives du Nord-Ouest, celles de l’Oiseau-Tonnerre, qui produit l’éclair et la foudre, d’une femme ancêtre réputée, et enfin, d’un blason de famille qui causa jadis des querelles prolongées.Le Nid de l’Aigle est avant tout une œuvre d’art comme seuls les indigènes de notre côte occidentale ont su en produire.Sa composition et son style sont originaux ; son exécution est admirable.Il est en quelque sorte l’emblème Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 LE TOTEM DD NID DE L’AIGLE 373 non seulement de nos vastes richesses naturelles, mais aussi de notre pays qui, dans le monde, aspire maintenant à participer à l’avancement des arts et de la civilisation.Lorsque je le vis pour la première fois en 1927, je n’étais pas le premier ethnographe à l’observer, bien qu’il eût été depuis bien des années perdu dans la jungle de la Nass inférieure, près de la frontière de l’Alaska.Quelques voyageurs, pour ne pas compter les indigènes, l’apercevaient à distance, en passant.Mais il aurait pu disparaître sans qu’il en restât de trace.D’autres qui étaient naguère à côté de lui, dans l’ancien village abandonné des Gitiks, sont tombés ou ont été détruits.Jamais on n’a vu de plus superbe structure, sculptée à même un seul arbre, sauf un autre grand mat à cent pas de distance qui, celui-là, penchait vers la rivière, à la veille de s’écrouler, et qui depuis a été transporté au Royal Ontario Museum.Plusieurs animaux sauvages, admirablement modelés, les uns au-dessus des autres, décoraient ces deux mats gigantesques, dans toute leur longueur, l’un de 66 pieds, l’autre de 81 pieds.L’aigle des montagnes assis au sommet du Nid de l’Aigle, les ailes grandes ouvertes, semblait proclamer ses droits préhistoriques sur cette solitude.Mais la forêt tout autour envahissait la clairière qu’y avait naguère pratiquée une tribu riveraine, depuis passée à d’autres lieux.Les symboles qui décorent ce totem rappellent la longue histoire épique d’un clan de l’Aigle.Ce clan jadis émigrait, comme certains autres, des steppes sub-arctiques vers le sud, le long de la côte alaskane.En route, il fit la conquête de plusieurs tribus.Érigé sur la Nass inférieure, à peu de distance du Portland Canal qui sépare l’Alaska de la Colombie canadienne, ce totem est l’œuvre de l’excellent sculpteur Akstakhl, du clan du Loup naguère à Angidaw.Des vieillards se souvenaient encore de la grande fête à laquelle avait donné lieu son érection, il y a plus de soixante-quinze ans, lorsqu’ils étaient encore des enfants.Le village où il était d’abord ayant été en partie détruit par la crue des eaux, un été, on jugea bon de le transporter à Gitiks, plus bas sur la rivière, où, l’année suivante, on le replanta.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 374 LE CANADA FRANÇAIS Il commémore Githawn, le Mangeur-de-Saumon, chef d’un clan fameux parmi les Aigles, dont les ancêtres, autrefois de l’Alaska, séjournèrent sur les îles de la Reine-Charlotte, dans leurs migrations vers le sud.Le stage de ce clan au village de 1 Aigle (Larhskiik), parmi les Haidas des îles, le distingue de certains autres clans de l’Aigle, qui vinrent directement de l’Alaska.Le clan de Githawn est aujourd hui disséminé parmi plusieurs nations de la cote, et il fut mêlé à des luttes tribales qui se prolongèrent presque jusqu’à notre temps.Un des blasons les plus intéressants de ce totem est celui qui, au milieu, représente une femme Haida dont les pieds sont posés sur le dos d’une grenouille et dont les mains tiennent une canne terminée au sommet par un visage humain.Un large bouton d’ivoire (labret), tel qu’en portaient les femmes importantes, gonfle sa lèvre inférieure.La tradition rapporte que, lorsque le clan de l’Aigle séjournait dans les îles de la Reine-Charlotte, trois jeunes pêcheurs de ce clan, un jour, faisaient cuire des truites qu’ils avaient prises dans un lac.Lorsqu’on les retirait du feu et qu’on les posait sur une grande feuille verte, une petite grenouille sauta sur une des truites.Les jeunes gens ahuris, jetèrent ce poisson au feu.A mesure qu’on retirait les autres truites du feu, des grenouilles sautèrent aussi sur eux.Exaspérés, les pêcheurs jetèrent les poissons au feu et brûlèrent les grenouilles, sans se rendre compte qu’elles étaient surnaturelles.Par là ils s’attirèrent bien du malheur.Us ne s’étaient pas sitôt embarqués dans leur canot, qu’une voix, chantant, leur annonça : « Avant que le soleil baisse d’une main, tombera mort celui qui, à la proue, avironne.» La chanson prédit aussi la mort des deux autres, assis au centre et à l’arrière du canot.Tous trois ils périrent au cours du voyage et le dernier d’entre eux, au moment même où, abordant au village, il achevait de raconter la funeste aventure.Une grosse boule de feu, apparaissant dans le firmament, consuma le village et détruisit ses habitants.La seule Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 LE TOTEM DU NID DE L’AIGLE 375 survivante, une jeune princesse en réclusion a quelque distance en arrière du village, sortit de sa hutte entourée de boucliers de cuivre.Elle se désolait à la vue des ruines, lorsqu’elle vit un canot s’approcher de la rive.Une vieille femme Haida y était assise, la tête recouverte d’une coiffure en cône, coiffure de fines racines tressées et, sur le faîte et tout autour, ornée de grenouilles.Dans sa main cette femme tenait une canne, dont le haut était un visage humain — tel qu’on le voit sur le mat totémique.Tout comme une apparition elle disparut bientôt en chantant un hymne funèbre.Bientôt après, trois personnes, atterrissant sur la même rive, vinrent chercher la princesse et l’emmenerent dans leur canot, à leur village.Elle devint la femme d’un chef, de qui elle eut plusieurs enfants.Lorsque ces enfants grandissaient, on se moquait d’eux parce qu’ils étaient nés d’une mère étrangère.Pour se distraire dans leur isolement, ils apprivoisèrent un petit aigle, aux pattes duquel ils mirent des anneaux de cuivre.L’aigle, un jour, s’envola, et ne revint plus.Pleurant leur perte, ils résolurent de quitter avec leur mère le village de leur exil.Us s’embarquèrent dans un canot en chantant, pour la première fois, l’hymne funèbre de la Femme aux Grenouilles, un chant que ce clan des Aigles répète encore à la mort des chefs ou à l’érection des mats totémiques.Traversant les eaux qui séparaient les îles de la terre ferme, ils se perdirent sur la mer.Comme ils recommençaient à chanter leur hymne funèbre, ils virent un aigle s’approcher, puis se poser sur la proue de leur canot, tout comme sur un nid.A ses anneaux de cuivre, ils reconnurent l’aigle qu’ils avaient élevé.L’aigle les dirigea vers la terre, qu’il leur indiquait de la tête et du regard.Bientôt ils aperçurent la côte, où ils se hâtèrent d’atterrir.C’est là, au point même de l’atterrissement, qu’ils s’établirent d’abord.Mais, plus tard, leurs descendants se dispersèrent et fondèrent des familles sur les rivières Skeena et Nass.C’est d’eux que sortit la famille de Githawn, Mangeur-de-Saumon, qui érigea le grand totem du Nid de l’Aigle à Gitiks, sur la Nass.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 376 LE CANADA FRANÇAIS Githawn, sur ce mat, fit sculpter le Nid de l’Aigle, et la Femme aux Grenouilles portant, en ses mains, une canne au visage humain.Les pieds de la matronne reposent sur la Grenouille, tel qu’il est d’usage dans les blasons de cette famille.Les autres blasons de ce totem sont aussi l’objet de récits traditionnels.Ainsi, le Saumon, dont la tête touche à celle de la Femme aux Grenouilles, représente un événement mythique se rattachant à un rameau du clan qui séjournait au canyon de la Skeena.Un enfant de Githawn, un jour, tomba dans la rivière et disparut.On le retrouva vivant, le printemps suivant, dans les entrailles d’un saumon monstre qu’on pêcha dans le canyon.En grandissant, l’enfant repêché devint un grand pêcheur, parce que son esprit protecteur était le Saumon.Ce totem, depuis, décore les mats sculptés du clan, sur la Skeena et sur la Nass.Le Castor rongeant une branche de peuplier, sous la Grenouille, devint un blason de famille à peu près vers le même temps.On raconte qu’un jour, au canyon de la Skeena, des voyageurs entrèrent dans la maison de Githawn.Comme leur conduite et leur silence étaient étranges, on les suivit à la trace, après leur départ.Comme eux, on escalada le flanc de la montagne, et on les vit mystérieusement disparaître dans un petit lac.Se rendant compte qu’elle avait affaire à des castors surnaturels, la famille de l’Aigle draina le lac.Après avoir tué les castors, qui cherchaient à s’enfuir, on aperçut un grand Castor au fond du lac desséché.L’ayant tué, on en fit, suivant l’usage, un totem.On reproduisit ses traits singuliers sur des mats sculptés, ainsi que les petits visages humains qu’on avait observé sur son dos et sur sa queue — tel qu’on le voit sur le Castor au canyon de la Skeena, ou encore, sur la queue quadrillée du Castor à la Tournée-du-Moulin.L’emblème de l’Écureuil rongeant un cône de pin, près du sommet du Nid de l’Aigle, est encore moins ancien que le Saumon ou le Castor.Il est le blason exclusif de trois familles du clan de l’Aigle.L’une d’elles réside à Le Canada Fbançais, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 le totem du nid de l’aigle 377 Kitwanga sur la Skeena, l’autre, sur la Nass supérieure et la troisième, à Gitiks, sur la Nass inférieure.Cette dernière est la famille de Githawn, dont le totem surmonte les hauteurs près Charlesbourg.L’éruption d’un volcan sur la Nass, vers 1780, laissa ses habitants dans un état de terreur.Plusieurs d’entre eux prirent la fuite.Longtemps dans la suite ils étaient assujettis à des hallucinations terrifiantes, qui donnèrent naissance à de nouveaux totems, entr autres, 1 Écureuil Rongeur.Pendant que les ancêtres faisaient la pêche au saumon, sur la Nass supérieure, ils virent souvent des écureuils monstres, gros comme des ours ; la contrée en était infestée.Des chasseurs, s’enhardissant, leur donnèrent la chasse et immolèrent le plus gros de la bande — l’esprit gardien des Écureuils.Ils en firent leur totem.Leur famille, depuis ce jour, resta dispersée, le long de la Nass et de la Skeena.Mais elle possède encore en commun le blason de l’Écureuil, qui la caractérise.L’Oiseau-Tonnerre, dont le long bec se recourbe en arrière, est un ancien blason que se partagent plusieurs clans de la Côte Nord-Ouest.Il était, autrefois, au sommet des montagnes, l’esprit des Aigles chauves.Et c’était lui qui causait les éclairs et le tonnerre.Lorsqu’il redressait le bec, les éclairs déchiraient l’air comme des flèches.Il fonçait alors sur sa proie dans l’océan, la baleine, qu’il avait tuée de ses flèches enflammées.Le Corbeau, dont le long bec touche à la tête de l’Oiseau-Tonnerre, est le plus ancien de tous les totems.Il caractérise un grand nombre de clans, sur toute la côte.Il n’apparaît ici que par exception, peut-être parce que les ancêtres de Githawn séjournèrent aux îles de la Reine-Charlotte, où le Corbeau prédomine.Le gros blason du Trakolk, avec son long nez en forme de bec, à la base du totem, semble avoir beaucoup plus d’importance, bien que son origine reste voilée de mystère.Il joua un grand rôle dans l’histoire récente des clans de l’Aigle, sur la Skeena, où il fut l’objet de querelles sanglantes entre deux grands chefs guerriers.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940 378 LE CANADA FRANÇAIS Githawn, fermant le passage du canyon de la Skeena aux commerçants de sa nation, les forçait à lui payer un tribut.Un seul s’y refusa, le grand chef Legyarh.Guerrier puissant et redouté, il déclara la guerre à Githawn, quoique tous deux fussent de deux clans de l’Aigle quelque peu apparentés.Non seulement Legyarh se fraya un passage au canyon, mais il força Githawn à lui céder sa couronne, sur laquelle le blason du Trakolk était sculpté.Au cours de luttes prologées, cette couronne changea plusieurs fois de mains.Elle est aujourd’hui conservée par un des descendants de Githawn, au village de Port Essington, à l’embouchure de la Skeena.L’artiste Edwin Holgate de Montréal, en fit un dessin, lorsqu’en 1927, il nous la montra.Le portrait du vieux chef, dont elle forme partie, est maintenant dans la collection de la Galerie nationale, à Ottawa.Marius Barbeau.Septembre et octobre : ces deux numéros nous manquent; vous seriez bien aimables de nous les faire parvenir.Le Canada Français, Québec, Vol.XXVIII, No 4, décembre 1940
de

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