ARQ, 1 février 2013, Février
[" BAnQ RCHITECTURE-QÜEBËC PAUL 4 FAUCHER ARCHITECTE FÉVRIER 201*3, \tI\u201d '\t\t\t\tÀ\t \t\t\u2014\u2014/I\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t PORTE PLIANTE COULISSANTE PAR ROYAL g§Ug§ La porte pliante coulissante Royal Overture™ vous offre une solution novatrice à la hauteur de vos rêves pour vos projets résidentiels et commerciaux.Profitez de la vue et de la lumière naturelle au maximum grâce à ses montants étroits et à son grand choix de configuration d\u2019ouverture.Le dégagement obtenu lorsque la porte est complètement repliée procure un accès facile à la vie extérieure et une sensation d\u2019espace.Cette porte tout PVC de peu d\u2019entretien s\u2019agencera à tous vos décors.Caractéristiques : \" Volets soudés pour une plus grande étanchéité à l\u2019eau et à l'air \" Profilés de PVC renforcés de métal pour une construction de haute qualité \" Offerte dans une grande variété de couleurs pour l\u2019intérieur et l\u2019extérieur \" Conçue pour des unités scellées de double et triple vitrages \" Rendement thermique jusqu'à R6 répondant aux exigences ENERGY STAR® pour une efficacité énergétique supérieure \" Un système de roulettes de première qualité pour un glissement facile et en douceur * 100% recyclable s\u2019intégrant naturellement dans nos projets de développement durable ROYAL Produits de bâtiment Profilés de fenêtre Portes patio Moulures Solutions couleur royalplast.ca royalbuildingproducts.com TERREBONNE : 1 866.777.1210 WOODBRIDGE : 1 888.339.9085 www.royalplast.ca EDITORIAL PAUL FAUCHER ARCHITECTE Pierre Boyer-Mercier 8 L'ESPRIT DU LIEU EN ARCHITECTURE Paul Faucher 10 LE MÉMORIAL DE GORÉE Paul Faucher 16 LE CENTRE D\u2019ACCUEIL ARMAND-LAVERGNE Paul Faucher architecte 17 LES ARCHIVES NATIONALES DU CANADA Paul Faucher architecte / Ron Keenberg 18 LA BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP Paul Faucher architecte 20 LE FORT DE CHAMBLY Paul Faucher architecte 22 LA STATION DE MÉTRO PARC, MONTRÉAL Paul Faucher architecte 24 LE PARC HISTORIQUE DE LA POINTE-DU-MOULIN Paul Faucher architecte 25 LES THÉORIES RÉTROSPECTIVES DE RAFAEL MONEO Stephan Kowal 28 CONVERSATIONS AVEC SEPT ARCHITECTES PARISIENS Stéphanie Dadour ARCHITECTURE-QUÉBEC Sur la page couverture: puits de lumière/métro de Montréal, station Parc/artiste Claire Sarrazin.Éditeur : Pierre Boyer-Mercier.Membres fondateurs de la revue : Pierre Boyer-Mercier, Pierre Beaupré, Jean-Louis Robillard et Jean-H.Mercier.Comité de rédaction: Pierre Boyer-Mercier, rédacteur en chef ; Jonathan Cha, Yves Deschamps.Production graphique : COpilia design inc./ Directeur artistique : Jean-H.Mercier.Représentante publicitaire (Sales Representative) : Louise Lussier \u2014 LL Communication, 65, rue de la Héronnière, Eastman, Québec, JOE 1 PO/Téléphone : (514) 898-7543 /Télécopieur (Fax) : (450) 297-3854/ Courriel (e-mail) : llussier@llcommunication.ca La revue ARQ est distribuée à tous les membres et stagiaires de L\u2019Ordre des architectes du Québec, aux membres de I'Association professionnelle des Designers d\u2019intérieur du Québec et aux étudiants en architecture et en design d\u2019intérieur au Québec.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada.ISSN : 1203-1488.O COpilia design INC : Les articles qui paraissent dans ARQ sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.Envois de publications canadiennes : contrat de vente #40037429.La revue ARQ est publiée quatre fois l\u2019an par COpilia design inc.Les changements d\u2019adresse et les demandes d\u2019abonnement doivent être adressés à : COpilia design inc., 21760,4e avenue, Saint-Georges, Québec, G5Y 5B8.Téléphone pour la rédaction : (514) 343-6276, pour l'administration et la production : (418) 228-2269.Abonnement au Canada (taxes comprises) : 1 an (4 numéros) : 36,79 $ et 57,49 $ pour les institutions et les gouvernements.Abonnement USA 1 an : 50,00 $.Abonnement autres pays : 60,00 $.ARQ est indexée dans «Repères». 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Paul Faucher a débuté sa carrière avec André Blouin et s'est ensuite associé à la firme Blouin, Blouin et associés en 1975 (devenue par la suite FABG architectes) pour y demeurer pendant plus de 35 ans.De ses premiers associés, il écrit en reconnaissance «Je ne serais pas ici sans eux : il s'appelait André Blouin, (voir ARQ no 39, oct.1987) il a été mon maître.Ils s'appellent (Gilles) Aubertin et (André) Brodeur et ils ont été l'aspect humain d'un travail axé sur l'autre et avec d'autres.» Au fil des ans, Paul Faucher a été honoré de plusieurs prix d'excellence et de mentions.Une de ses réalisations s'est méritée la Médaille du Gouverneur général du Canada.Nous présentons dans les pages qui suivent quelques-unes de ses nombreuses créations et les reconnaissances dont elles ont fait l'objet.Paul Faucher a été membre du comité de rédaction et collaborateur à la revue pendant plus de 15 ans.Ses articles souvent polémiques n'ont pas manqué de soulever des discussions au sein de la revue et dans la profession.Nous en citons ici quelques-uns : Pour un amour plus polémique de l'architecture (ARQ no 37, juin 1987), De bonnes intentions.de l'enfer.et de son pavage, ARQ no 38, août 1987), Pas un monument, surtout pas un monument (ARQ no 39, oct.1987), Y en a marre (ARQ no 40 nov.1987), Entre passé et futur (ARQ no 50, août 1989), Faites votre ville (ARQ no 54, avril 1990), Architecture et culture, un projet de temps et de lieu (ARQ no 55, juin 1990), ARQ et la profession (ARQ no 61, juin 1991), Question de siècle (ARQ no 110, fév.2000), Ouate de phoque (ARQ no 132, août 2005).Au cours de sa carrière, Paul Faucher a travaillé à quelques centaines de projets avec la minutie d'un Carlo Scarpa.Un architecte qu'il, de son propre aveu, admirait et qu'il citait volontiers dans ses écrits.On peut compter parmi les réalisations de Paul Faucher la Place Desjardins (en tant que chef de chantier), la bibliothèque du Centre-ville de l'Université Concordia, la restauration du Monument National (prix d'excellence de l'OAQ) et de l\u2019hôtel du Manoir Rouville-Campbell, (Mention d'excellence de l'OAQ), (ces deux derniers projets avec la collaboration d'Éric Gauthier), le poste Montagnais d'Hydro-Québec (avec André Brodeur), la rénovation de l'église Saint-Pierre-Apôtre, la restauration de la maison Lanthier, le Mausolée du cimetière Côte-des-Neiges.Il a travaillé pour le ministère de la Santé du Sénégal et il a reçu un prix d'excellence de l'OAQ pour l'Esquisse d'un monument pour un homme célèbre.Pour faire suite à l'hommage à Paul Faucher, Stephan Kowal nous présente Remarks on 21 Works de Raphaël Moneo «.un travail de réflexion de l'architecte autour de ses projets, de leur contexte et époque.».Un exercice rétroactif sur des réalisations passées qui constituent une forme d'introspection de nature théorique que si peu d'architectes pratiquent après le fait.« Les architectes écrivent-ils encore?» se demande Kowal.Les architectes ont-ils aujourd'hui, à l'instar de Paul Faucher durant sa carrière, une démarche intellectuelle?La culture a changé et de nouvelles priorités sont apparues.Les générations actuelles d'architectes ont adopté l'éco-responsabilité comme nouvelle stratégie intellectuelle.Le contextualisme de Paul Faucher, même s'il demeure d'actualité, s'est enrichi d'une nouvelle conscience et de nouvelles règles de vie.5 METTEZ-Y DU MAUVE.?\u2022BASF The Chemical Company SüÉÉÜ imn VOICI WALLTITE ECO V.3 LA RÉSISTANCE THERMIQUE À LONG TERME LA PLUS ÉLEVÉE DE L\u2019INDUSTRIE1 R 12.4 à 2 po I R 19.2 à 3 po I R 26.2 à 4 po Le système d\u2019isolation/pare air WALLTITEMD Eco convient parfaitement à presque tout espace que vous concevez.Vous apportez beaucoup de soins à la conception d\u2019un bâtiment pour qu\u2019il soit à la fois fonctionnel, harmonieux et confortable.Le choix du système d\u2019isolation/pare-air mérite autant de considération.Notre isolant/pare-air à alvéoles fermées a fait ses preuves.Il résiste aux années et améliore la 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programme GREENGUARD enfants et écoles intitulé « GREENGUARD Children and Schools » est une marque de service, de leurs propriétaires respectifs ; toutes utilisées sous permission par BASF Canada Inc.© 2012 BASF Canada inc. 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Je n'ai pu cependant complètement me démarquer des écrivains puisque l'on exigeait pour les fins de cette conférence que j'écrivis, que j'écrivisse ou quej'écrivasse! Ayant d'autre part peu pratiqué la théorie, donc l'exercice synthétique qui vise l'essence, et étant plus porté vers la pratique, donc vers le geste analytique qui appréhende la substance, j'ai dû, en catastrophe, modifier toute mon approche.J'aurais bien voulu planer à de hautes altitudes, mais j'aurais trop ressemblé à Icare (avec les risques bien connus que cela a comporté pour ce pilote-amateur) et les résultats auraient pu être pour moi similaires à ceux qu'il connut paraît-il, et donc perdre l'esprit.Je me contenterai finalement du rase-motte, je considérerai le thème donné plus sous l'angle d'une interrogation sur l'outil que d'un constat sur l'objet, plus près de l'image-effet que de la vision-cause.Ayant dit cela, j'en viens enfin au sujet qui me déstabilise depuis trop longtemps : «l'esprit du lieu en architecture».L'architecture a été de tout temps l'art-mère.Avec l'ambiguïté philosophique majeure par rapport aux autres arts de devoir être physiquement utile., avec l'ambiguïté additionnelle, qui brouille sa compréhension facile, d'être en même temps le plus concret parce que le plus technique et le plus abstrait parce que le moins immédiatement représentatif de tous les arts.Envisageons alors la chose sur un autre plan et acceptons, au sens le plus large, que le rapport entre la «nature» et la «culture» passe nécessairement par la «sculpture» de la première par la deuxième.Tous les arts sont sculpture, structuration, impression, construction.Tous sont architecture.tous sont musique, écriture, danse, dessin.Seule la technique varie.Ainsi que le médium d'expression.L'effet de tous les gestes est de même rapport entre la nature et la culture.Carlo Scarpa, architecte contemporain italien (je devrais dire vénitien, tant ce lieu a d'esprit depuis qu'il existe.), Carlo Scarpa donnait cette définition de l'architecture : « L'envie de représenter quelque chose découle essentiellement et finalement du besoin de projeter dans le fixe de la mémoire le caractère passager du vécu ou du à vivre, en acceptant comme compromis la permanence et l'unicité de certaines apparences, plutôt que la fugacité et la superposition de réalités successives».Voilà qui place l'architecture non seulement dans les trois dimensions de l'espace mais la situe également dans le temps où elle se fait, moment entre l'avant et l'après.Je reviens à mon résumé.Immanquablement, cependant même dans ses démonstrations les plus apparemment discutables, la chose construite est symbiose de temps et d'espace et exprime, abjectement, ordinairement ou exemplairement, l'esprit de l'homme qui l'a conçue et de la société qui l'a générée.Et, évidemment son futur.ou ses futurs.Symbiose, donc, d'espace et de temps, la quatrième dimension de l'architecture : le temps d'y penser en le faisant, le temps d'y circuler en l'utilisant, le temps qu'elle aura duré du moment qu'on Ta construite au moment où quiconque l'observe et l'observera.La cinquième dimension de l'architecture serait le poids du lieu, l'empreinte à la fois de l'homme sur le lieu et du lieu sur l'homme, de la lisibilité et de l'équilibre symbolique des rapports qui s'établissent entre ces deux données essentielles.En fait on pourrait dire que le lieu naturel n'a pas d'esprit : il n'en a pas besoin.Il lui suffit d'être et de modifier, mystifier, impressionner ou séduire, par l'implacable permanence de son état, entre son propre dedans trop opaque et le dehors trop vide qui l'englobe, les humains qui bougent à peine sur sa surface ou tout près d'elle.Pourtant c'est à travers la qualité de la pensée de ce petit homme qui l'observe et l'approprie à son imaginaire que ce lieu se définit.MAIS encore faut-il que cet imaginaire existe qui, seul, peut prendre possession du lieu et, respectueusement et audacieusement, peut lui conférer par une sorte d'échange osmotique cette âme dont on parle.ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC FÉVRIER 2013 8 Il existe une multitude de lieux dont la présence écrasante reste finalement trop vaste pour la médiocrité des ambitions et des moyens humains.Je pourrais en citer bon nombre tout près d'ici.et d'ailleurs.À l'opposé, la marque par laquelle l'homme identifie sa présence peut-elle s'inscrire sans quelque violence ?Où n'existe pas l'équilibre n'existe pas l'esprit : équilibre d'harmonie ou équilibre de tension, de contraste ou même d'opposition.L'esprit du lieu n'est pas le lieu comme tel mais l'émanation de l'espace-temps, inscrite et provoquée par la démarche humaine à son endroit, filtrée et amplifiée par les composantes construites et les rapports que celles-ci exercent entre les espaces qu'elles définissent et ceux qui les entourent, le dedans et le dehors de l'intervention.Le lieu construit par l'homme est par nature le réceptacle symbolique irrémédiable de son état comme de ses avoirs, de ses connaissances comme de ses croyances, et le témoin féroce parce que privilégié des conjonctures collectives de son temps.L'architecture idéale serait donc, au sens profond, une conjonction d'intentions philosophique et culturelles AVANT d'être, au sens large, art, technique, finance et gestion.Entre l'infini et l'indéfini, le fini, puis entre le savoir et le faire, le savoir-faire.L'expression magistrale obligatoire d'un moment de pensée profonde et universelle.Nous n'avons qu'à regarder autour de nous pour vérifier que le meilleur (en petite quantité) côtoie le pire (en énorme dose) et que l'architecture n'est pas différente des autres activités humaines.Son problème majeur réside cependant dans sa durée et dans une présence supérieure aux autres formes d'expression créatrices, et qui rend ses déchets plus visibles et pour plus longtemps.La sixième dimension de l'architecture résiderait alors dans l'épaisseur même du temps, qui distancie l'objet de son réalisateur, le lui ôte, pour ainsi dire, à cause de cette permanence qu'elle possède et que l'humain n'a pas.Et l'interrogation accumulée des générations successives qui l'utilisent sans nécessairement en respecter le caractère d'origine d'ailleurs, ajoute progressivement à ce qui reste de cette architecture d'autrefois, par agrégation presque métaphysique ou même par ignorance des causes premières, une dimension magique : en transmutant la spécificité originale objective de ce lieu construit en une essence subjective rattachée plus à l'espace cosmique du temps qu'à l'espace physique de la matière (.) et que l'on déclare alors plus ou moins officiellement être l'esprit, l'âme ou le génie du lieu.Comme si le lieu récupérait alors le génie de l'homme.Mais les époques de changement et d'instabilité comme l'a défini John Ruskin dans les Sept lampes de l'architecture, je crois, présentent une fascination particulière pour les ruines.Et cette fascination référentielle pour le passé, qui a toujours marqué les périodes de transition comme celles que nous vivons actuellement en architecture tout du moins, génère, après l'équilibre apparent et immobile des périodes «classiques», le déséquilibre d'autant plus volontaire et complaisant qu'il est forcené des périodes «romantiques».Je me demande s'il n'existe pas à notre époque une perception nouvelle étrangement bidimensionnelle de l'espace et de la réalité : la télévision, le film, la photo ont habitué à l'aplat.À la seule apparence et à la distanciation par rapport à la réalité de trop défaits.La vitesse et la linéarité des déplacements s'opposent aujourd'hui à la progression dans l'espace et la profondeur du champ qui entoure pourtant, dans toutes les autres directions, le déplacement de tout individu.Cette distanciation et cette vitesse limitent la capacité des gens à communiquer entre eux, amenuisent leur perception de l'espace et nient le passage d'un temps que l'on veut retenir.La Terre deviendrait-elle plate (dans tous les sens du terme.)?! Entre le modernisme qui s'achève doucement lui-même et les plus visibles et vulgaires outrances placardées de certains post-quelque chose, où placer l'espoir de l'architecture à venir?Je dirais, humblement, dans la continuité évolutive et sereine de la simple quête de la spécificité de toute réponse à toute suggestion.Au-delà et au-dessus des modes, vers l'état «d'irrémédiabi-lité» idéale qui, entre plusieurs solutions envisageables, mène à la meilleure solution possible.La seule qui puisse engendrer le germe de l'esprit dans la conjonction du lieu où construire, et du lieu à construire, au moment où il se pense et se fait.Cette spécificité peut être éminemment variable.Sa forme de synthèse dépend du lieu même, des clients et de leurs besoins, du contenu du programme fonctionnel, des exigences spatiales comme de la signifiance symbolique de l'enveloppe, de l'orientation comme de l'implantation.Et du budget.Et du hasard, de l'accident de parcours, de la perception et de l'apprivoisement de la dynamique virtuelle du lieu, de la capacité qu'auront les uns et les autres de faire progresser leurs interlocuteurs dans leur sens personnel, certes, mais pour arriver à un sens commun, donc à une dimension qui les dépasse individuellement, plus loin que s'ils avaient été chacun seuls.Et je pense ici, particulièrement, à la connivence à retisser et resserrer entre l'architecte-artiste-visionnaire et les autres-ar-tistes-visionnaires.Et au travail patient et long qui, sur deux à cinq ans ou plus, mène un projet d'architecture de son faisceau imaginaire à la fin de sa gestation physique.Mais j'avoue ne pas connaître la recette de cette quête; il s'agit d'une expérience continuellement renouvelée pour chaque projet et à chaque moment de chaque projet.Il s'agit d'un phénomène évolutif qui «tend vers» un objectif mais qui «n'arrive jamais absolument à» cet objectif.9 PAUL FAUCHER ARCHITECTE LA GENÈSE D\u2019UN PROJET LE MÉMORIAL DE GORÉE Cbtwm*- iu-\t\u201e PaulFaucher AVANT-PROPOS Devant la générosité de l'imaginaire présenté et la qualité du programme élaboré pour le Mémorial de Gorée, et en regard de certaines données difficiles à réconcilier concernant le nombre de planches, et conséquemment la position et l'échelle des dessins, nous avons cru devoir privilégier le contenu plutôt que le contenant, la matière plutôt que la forme, l'ampleur du projet plutôt que la restriction.Nous avons donc pris le risque de «représenter» le meilleur projet au profit de la clarté de la lecture, et de l'expressivité graphique de la présentation, au profit également de le lisibilité accrue de l'implantation du mémorial dans son site et du développement, nécessaire à nos yeux, de son rayonnement culturel et commémoratif par le Chemin des Processions : non dans un esprit de contestation mais dans la recherche de l'esprit du lieu de ce magnifique projet.À TITRE D'HOMMAGE Il est peu souvent donné à des architectes d'intervenir sur un programme aussi humainement et philosophiquement poignant , aussi sensiblement perçu et présenté par ses auteurs, que celui du Mémorial de Gorée.Il s'agit d'un hommage que l'Afrique actuelle offre à l'Afrique cosmique, un geste à l'échelle d'un continent dont la portée touche de fait l'humanité toute entière, un témoignage lucide sur les errances historiques comme sur l'Évolution du monde, un geste courageux de réappropriation d'un traumatisme social épouvantable dont les effets débilitants ont profondément marqué l'africanité, un geste généreux de réconciliation ouvert sur la sensibilité socioculturelle contemporaine.Devant la noblesse d'une telle intervention et l'émotion requise pour optimiser dans les trois dimensions de l'espace la grandeur épique d'un tel objectif, l'architecte n'a d'autre choix que de considérer ce processus de concours comme un rituel de purification, un exercice d'introspection l'ouvrant comme individu à la présence métaphysique immanente de tous ceux et celles dont il doit témoigner et lui permettant de s'inscrire, comme révélateur de cet objectif, vis-à-vis de la collectivité actuelle.POUR FORCER L'INCONSCIENT À S'OUVRIR À LA CONSCIENCE Ces sont les résultats de cette démarche que nous vous soumettons ci-joint à tire d'hommage chaleureux à votre cause./ M^MORIM \\ L OUEST- l VW-.\\ ¦HaSt-\t!\t( IfniÿftniAMfter -Ht.i \\ \\ 1 zm \u2022HSkdTIâa N J A ÔOREE -EST VtrU-AMù rr \\ \\ V h, / PRÉSENTATION DU PROJET La découverte puis la visite du Mémorial de Gorée auxquelles participent les trois dimensions de l'espace, et ultimement la dimension du temps que cette démarche doit faire surgir, exigent du bâtiment à concevoir et à construire qu'il soit le « médium» principal de ce «message», comme le lieu d'un culte l'est pour la religion qu'il honore.Partant de cette prémisse, c'est l'emplacement lui-même et ses caractéristiques historiques, géographiques, climatiques et urbaines qui servent à établir les «conditions» du projet à venir.Ce sont ensuite les corrélations à établir entre les aspects programmatiques et le poids culturel du lieu qui révéleront la symbolique sous-jacente susceptible d'exprimer et de conforter la destination de l'objet à concevoir.Ce sera ultimement la fusion sensible de tous ces considérants qui orientera l'élaboration tridimensionnelle de cet objet symbiotique :le mémorial d'un continent, tout comme celui de la conscience universelle.Pour alléger la présentation écrite, nous avons reporté sur notre présentation graphique l'essentiel des «résultats» conceptuels de notre démarche.Pour articuler davantage le présent texte et en colorer les intentions, nous avons en outre choisi de l'illustrer de vignettes établissant synthétiquement et sous forme «visuelle» notre processus de gestation puis de mise au monde d'un tel monument.Nous essaierons donc de regrouper lapidairement par famille d'idées les interrogations posées par le projet et les réponses que nous avons trouvées, sans nécessairement chercher à en assurer elliptiquement la liaison systématique.ta vs 'JL ~'^'i IjlHlæp 5^$
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