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Titre :
ARQ
ARQ s'impose rapidement comme la revue de référence pour le milieu québécois de l'architecture. Elle permet de comprendre l'évolution de l'architecture québécoise contemporaine.
Éditeurs :
  • Montréal :Groupe culturel Préfontaine,1981-,
  • Québec :Cöpilia design inc.
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
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ARQ, 2014-05, Collections de BAnQ.

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[" ENVOI DES PUBLICATIONS CANADIENNES, CONTRAT # 40037429 / 8$ ARCHITECTURE-QUEBEC HABTER t DEUXIEME PARTIE IP MAI 2014 MAISON &OBJET PROMOSALONS - SERVANE GUÉRIN - T.+1 514 861 5668 - CANADA@PROMOSALONS.COM SAFI, mSSIIïlARY OWTfLWWIJ'ART BE FRANCE ANfrflEEO EXPBSfftONS FRANGE / TRADE ONLY/-WAGE © JAGÜUES GAVARD-ASESIGN © BELLES\u2014 PARIS / 5-9 SEPTEMBRE 2014 ET VOS PROJETS DEVIENNENT REALITE HALL 7 M&O PARIS SEPTEMBER, 5-9,2014 * BRING YOUR PROJECTS TO LIFE WWW.MAISON-OBJET.COM massif LE SOMMAIRE ÉDITORIAL 5 HABITER CHEZ SOI, HABITER LA VILLE Pierre Boyer-Mercier 8 LA MIXITÉ, FANTASME OU RÉALITÉ POSSIBLE?Philippe Simon 14 DES JEUNES FAMILLES DE PLUS EN PLUS URBAINES Annick Germain et Sandrine Jean 18 LES TYPES DU LOGEMENT COLLECTIF DU GRAND PARIS DEPUIS 1945, DE XXL À S Sabri Bendimérad 26 MAISONS AUX QUATRE VENTS, NOTES SUR UN HABITAT EN CHANTIER Yves Deschamps 32 LE PAYSAGE, VECTEUR DE L\u2019HABITER EN VILLE Jonathan Cha 38 LES QUATRE VIES DE MELVIN CHARNEY Nicolas Roquet 40 LE MAGNIFIQUE LIVRE RUES DE MONTRÉAL DE MICHEL BARCELO Guy R.Legault ARCHITECTURE-QUÉBEC Page couverture: Vue axonométrique d'un exemple du renouveau de l'architecture urbaine du début des années 1980.L'ensemble de 60 logements construit par J.P.Buffi en 1982 pour la RIVP combine un immeuble sur rue avec des «villas» adossées aux limites séparatives en cœur d'îlot.Doc.: Buffi et associés.Voir l'article en page 18.Éditeur : Pierre Boyer-Mercier.Membres fondateurs de la revue : Pierre Boyer-Mercier, Pierre Beaupré, Jean-Louis Robillard et Jean-H.Mercier.Comité de rédaction: Pierre Boyer-Mercier, rédacteur en chef ; Jonathan Cha, Yves Deschamps, Philippe Lupien, Alena Prochazka.Production graphique : Côpilia design inc./ Directeur artistique : Jean-H.Mercier.Représentante publicitaire (Sales Representative) : Louise Lussier \u2014 LL Communication, 65, rue de la Héronnière, Eastman, Québec, JOE 1 PO/Téléphone : (514) 898-7543 /Télécopieur (Fax) : (450) 297-3854/ Courriel (e-mail) : llussier@llcommunication.ca La revue ARQ est distribuée à tous les membres de L'Ordre des architectes du Québec, aux membres de IAssociation professionnelle des Designers d'intérieur du Québec et aux étudiants en architecture et en design d'intérieur au Québec.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada.ISSN : 1203-1488.© CÔPILIA DESIGN INC : Les articles qui paraissent dans ARQ sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.Envois de publications canadiennes : contrat de vente #40037429.La revue ARQ est publiée quatre fois l'an par Côpilia design inc.Les changements d'adresse et les demandes d'abonnement doivent être adressés à : Côpilia design inc., 21760,4e avenue, Saint-Georges, Québec, G5Y 5B8.Téléphone pour la rédaction : (514) 343-6276, pour l'administration et la production : (418) 228-2269.Abonnement au Canada (taxes comprises) : 1 an (4 numéros) : 36,79 $ et 57,49 $ pour les institutions et les gouvernements.Abonnement USA 1 an : 50,00 $.Abonnement autres pays : 60,00 $.ARQ est indexée dans «Repères». *4i V.' ill illii METTEZ-Y DU MAUVE Le système cTisolation/parë air WALLTITEMD convient parfaitement à presque tout espace que vous concevez ?-BASF The Chemical Company H1 tf * CK VOICI WALLTITE LA RÉSISTANCE THERMIQUE À LONG TERME LA PLUS ÉLEVÉE DE L\u2019INDUSTRIEt R 12.4 à 2 po I R 19.2 à 3 po I R 26.2 à 4 po Vous apportez beaucoup de soin à la conception d\u2019un bâtiment pour qu\u2019il soit à la fois fonctionnel, harmonieux et confortable.Le choix du système d\u2019isolation/pare-air mérite autant de considération.Notre isolant/pare-air à alvéoles fermées a fait ses preuves.Il résiste aux années et améliore la durabilité d\u2019un bâtiment.WALLTITE s\u2019adapte à presque toutes les formes, adhère à presque tous les recoins et n\u2019a pour limite que votre imagination.Cette mousse permet de créer une enveloppe ayant une bonne étanchéité à l\u2019air, ce qui procure à votre bâtiment l\u2019isolation 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s'interroger à savoir si notre instinct primaire d'appartenance à un groupe homogène nous a vraiment quittés?Le cosmopolitisme de nos villes, suite à l'impact de la mobilité sur nos sociétés, est-il vraiment devenu une réalité consentie?C'est de mixité dont il s'agit.Si la mixité programmatique, à l'encontre des préceptes modernistes, s'est immiscée dans nos villes comme catalyseur dynamisant, la mixité sociale, malgré les allégations de ses protagonistes, se butte encore à un sectarisme viscéral.« La mixité, fantasme ou réalité possible » se demande Philippe Simon \u2019.Jamais comme auparavant les sociétés ne se sont-elles autant mobilisées devant l'acculturation de la mondialisation.Jamais comme auparavant autant d'enquêtes sociologiques sur les pratiques culturelles et sur les attentes des citoyens n'ont-elles tenté de reconnaître et de recoller les données programmatiques en matière d'habitation et de vie en société : que recherchent les jeunes familles (ce sont elles qui, en majorité, cherchent à s'emménager) ?Quelles sont les raisons qui les poussent vers la banlieue avec la conséquente aggravation, d'année en année, du déficit démographique des villes2.«De jeunes familles de plus en plus urbaines» signé par Annick Germain et Sandrine Jean s'interroge à cet effet.Leurs recherches portent sur «les nouvelles considérations liées aux styles de vie des jeunes ménages dans leurs choix résidentiels.[.] Un urbanisme des modes de vie [qui] commence à avoir de plus en plus d'échos dans les milieux professionnels [.].» En France, l'adaptation de l'habitat à l'évolution des modes de vie a ravivé les réflexions des architectes sur les types de logements, leurs formes d'agglomération sur les relations de voisinage et sur les unités de voisinage dans la conception de quartiers d'habitations3.Les travaux de la sociologue Monique Eleb, du laboratoire ACS Paris XIX-XXT siècles (ENSA Paris-Malaquais), ont constitué la pierre angulaire de recherches effectuées par une concentration transdisciplinaire de professionnels, notamment des architectes.« Sous la lumière des théories et des réalisations du siècle dernier et sur l'importance de la prise en compte des modes de vie » l'architecte Sabri Bendimérad4 entreprend dans son article intitulé «Les types du logement collectif du grand Paris depuis 1945, du XXL au S», un bilan critique du logement collectif en Île-de-France depuis 70 ans.Sous un regard tout aussi critique dans une perspective historique de la maison québécoise «Genèse de la maison», Yves Deschamps énonce avec pertinence ce constat sur l'habiter : «Il s'agit de prototypes à développer, à ajuster à l'économie, à l'environnement physique et culturel, mais ce sont là des entreprises de longue haleine, exigeant une volonté politique.Or, poursuit-il, la politique ne voit pas si loin.» Notes t.Philipe Simon est architecte et co-auteur du livre Entre confort désir et normes le logement contemporain 1995-20021 Éditions Mardaga, 2013.2.\tLe déficit démographique de Montréal au profit de la banlieue était de 17,000 personnes et près de 45% de ces personnes étaient âgées de 25 à 45 ans (source : La Presse).3.\tAux Pays-Bas ces réflexions se sont même généralisées aux relations de partage des piétons, sur l'espace public, avec les voitures connues sous l'appellation de «woonerfs» 4.\tSabri Bendimérad est architecte.Il a dirigé la publication Habitat Pluriel, densité, urbanité intimité, Éditions Puca, 2010. I L\u2019insonorisation réinventée.com Les produits MSL sont fabriqués au Québec à partir de matières recyclées et recyclables, MSL LOUISEVILUE FIBRE DE BOIS 161 rue St-Paul Louiseville, Québec J5V2G9 MSLfibre.com Développé et fabriqué au Canada % Les produits MSL sont fabriqués au Québec à partir de matières recyclées et recyclables.MSL LOUISEVILLE FIBRE DE BOIS 161 rue St-Paul Louiseville, Québec J5V 2G9 MSLfibre.com Développé et fabriqué au Canada AIR fl Panneau isolant rigide, membrane pare-air intégrée, Résiste aux intempéries, Rigidifie vos murs, Insonorise votre bâtiment, Laisse vos murs respirer et la vapeur d\u2019eau s\u2019évaporer.***Panneau breveté. Quelle berline de luxe est dotée d\u2019un toit panoramique entièrement rétractable ?Quelle berline de luxe comprend un sélecteur à boutons-poussoirs laissant plus d\u2019espace pour la console ?Quel véhicule hybride de luxe se vend au même prix que la version à essence ?Seulement Lincoln.Modèle illustré MKZ dotée d\u2019un toit panoramique rétractable.PDSC 43660$ ^^IIHS TOP SAFETY PICK+ Meilleur choix sécurité S\u2019applique uniquement aux versions dotées d\u2019un système de prévention des collisions frontales offert en option LINCOLN MKZ + HYBRIDE 2014 I À partir de 40210$* Quand la question tourne entièrement autour du luxe, la réponse est claire et limpide : seulement Lincoln.Renseignez-vous davantage, seulement à Lincolncanada.com #RevelerLeLuxe Les véhicules illustrés peuvent être dotés d\u2019équipements offerts en option.Les affirmations en matière d'exclusivité reposent sur la comparaison entre les modèles 2014 de la catégorie berline (hybride) de luxe.\u2019Allégation basée sur la comparaison entre les prix de détail de base suggérés par le constructeur publiés par la concurrence pour les modèles 2014.\u2018Achetez la MKZ ou la MKZ hybride 2014 (ensemble 100A et 200A) au montant de 40210$.L'offre Inclut les frais de transport et la taxe sur le climatiseur (1 750$).Les taxes s'appliquent au montant total de l'achat.Le modèle illustré est la Lincoln MKZ [51C] (43660$), dotée d\u2019un toit panoramique rétractable d'une valeur de 3450$ (non disponible avec les groupes d'équipement 13B et 68A).Ces offres excluent les frais d'immatriculation, les assurances, le plein de carburant, les droits spécifiques sur les pneus neufs, la taxe d\u2019accise si applicable, des frais maximums de RDPRM de 44$ pour les véhicules loués, plus des frais de services externes de 4$, la TPS et la TVQ.Le concessionnaire peut vendre à prix moindre.Visitez votre concessionnaire Lincoln pour tous les détails.© Ford du Canada Limitée 2014.Tous droits réservés.LA COMPAGNIE AUTOMOBILE LINCOLN LA MIXITÉ FANTASME OU RÉALITÉ POSSIBLE?Philippe Simon, architecte La mixité est une notion dont la définition semble être devenue tellement ouverte qu'elle en est devenue un grand fourre-tout extrêmement pratique pour tout aménageur.Actuellement le terme est employé selon des acceptations très différentes, mais qui souvent reviennent à le considérer comme une panacée.C'est devenu une valeur positive, la solution à de nombreux problèmes de société.Qu'en est-il réellement?De quelles mixités traite-t-on dans le cas de l'aménagement urbain et de la production du logement?Cadrée par des lois successives1, portée par les discours des architectes et des urbanistes, la mixité paraît n'être entrevue que selon un point de vue où le mélange des populations d'origines, de classes sociales ou de génération différentes pourrait être décrété et organisé selon un bon vieux plan d'urbanisme.Dans son ouvrage récent Paris sans le peuple2, Anne Clerval émet le regret d'une ville mixte idéalisée, dont les catégories sociales les plus pauvres seraient chassées lentement et inexorablement.Son propos est féroce, sans appel, mais il ne renvoie qu'à un constat (sans doute partiellement partisan en cette année de campagne électorale parisienne), sans suggérer de pistes ou de scénarios pour contrer ce que l'auteure dénonce.Comment peut-on inventer ou retrouver cette ville, cette société de partage ?Comment les outils dont nous disposons, nous urbanistes et architectes, peuvent prétendre à lutter contre ces phénomènes de ségrégation?Est-il encore possible de rêver d'une société où les activités se mélangeraient et où les classes sociales cohabiteraient?Comment ré-interpréter cette vision idyllique du monde, et de sa capacité à faire vivre côte à côte des personnes d'origine différente, et ayant également des modes de vie économiques et culturels divers, et pas forcément compatibles?Et si tout cela ne relevait que du fantasme, ou d'un souvenir idéalisé de la ville médiévale, d'un Paris avant qu'il ne soit raisonné par Haussmann.Pourquoi la mixité est-elle devenue la panacée de toute intention urbaine et de tout aménagement urbain?Il suffit pour se rassurer de son intérêt, de parcourir les quartiers neufs des communes où cela n'a pas été intégré comme donnée fondamentale, pour saisir que, lorsque la mixité n'a été pas décrétée, cela produit des espaces pas forcément habitables et accueillants pour le promeneur.LA MIXITÉ PROGRAMMATIQUE La première des mixités recherchées est celle des activités.Installer des programmes différents dans un même lieu, par opposition au zoning, outil qui a servi longtemps l'urbanisme, où les activités étaient réparties par zone tel que la Charte d'Athènes le proclamait.Ce souhait est un rappel de cette ville pré-industrielle, où, avant toute rationalisation de l'espace urbain, divers corps de métiers pouvaient se côtoyer au coin de deux rues.Cette pratique, fortement mise de côté par l'urbanisme moderne, est néanmoins restée présente dans quelques projets exemplaires, qui ont traversé et nourri l'histoire de l'architecture.Que ce soit la rue des immeubles industriels, à Paris, ou encore Henri Sauvage avec la piscine des Amiraux, construite au sein d'un de ses immeubles à gradins.On trouve, au début des années 1970, dans les villes nouvelles, un retour voulu à de telles pratiques, avec des équipements intégrés, puis ensuite il existe quelques tentatives où de petits équipements publics occupaient les rez-de-chaussée ou les cours des immeubles de logements, comme la réalisation de Jean-Pierre Buffi rue Mathis, à Paris.Ceux-ci restent des exemples particuliers, rarement reproduits.La difficulté en revient au financement, avec des maîtres d'ouvrage dont les intérêts sont parfois divergents et ensuite au sujet du voisinage, entre des fonctions ayant des horaires et des niveaux d'intensités différents3.Même si cela peut paraître bizarre, il n'y a parfois presque rien de plus complexe que de faire cohabiter une garderie et un immeuble de logement.Les enfants devant être protégés de tout, même des jets d'objets depuis les étages, la garderie devient un camp retranché, grillagé, les habitants pour leur part refusant les cris des enfants et de leurs surveillants.Les mélanges proposés dans diverses opérations récentes restent d'un même aloi, des équipements de proximité, des commerces, quelques bureaux et des logements.C'est évidemment plus agréable comme lieu d'habitat que les zones monofonctionnelles, mais de grandes parts des activités utiles à la vie urbaine n'y sont pas présentes.Artisanat, petites entreprises de production, ou autres fonctions plus particulières, moins nobles, moins ordinaires comme les soins, continuent d'être implantées en périphérie, dans des zones spécialisées et spécialement dédiées à un type d'usage, sans aucune mixité.Ne sont gardées en ville que certaines fonctions, considérées comme plus nobles et dont les usages correspondent à des besoins quotidiens.Néanmoins des expériences existent et proposent des mixités intéressantes.Dans l'opération nommée le «Monolithe» et construite dans le quartier Confluence à Lyon se mêle de l'habitat aux financements diversifiés (152 logements en accession et d'insertion) et 14 000 m2 de bureaux, avec une volonté de ne pas différencier leurs façades.Ce vaste îlot à l'allure unitaire a été conçu conjointement par cinq agences d'architectes .Quatre architectes ont construit habitats et bureaux, seule une agence n'a construit que des bureaux.Sous une unité de façade \u2014 car les deux barres parallèles au centre du monolithe sont apparemment identiques \u2014 se cache une grande diversité de programmes: aux logements sociaux PLUS et PLI et aux ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC MAI 2014 8 wmm 'k Mm «cor logements en accession à la propriété s'ajoute une résidence médicalisée pour handicapés, des bureaux et enfin un foyer pour jeunes travailleurs.La cour intérieure, surélevée par rapport aux rues, permet l'accès aux divers programmes.Sans clôture interne, elle est également un facteur unificateur fort pour cette opération.Quand la mixité fonctionnelle est développée par strates, elle devient souvent difficile à mettre en place à cause de montage financier délicat (et de problèmes techniques spécifiques \u2014 superposition de structure et des fluides).Isabel Hérault et Yves Arnod osent proposer à Grenoble un immeuble à redents composé de plusieurs couches de garages superposés à des logements aux financements variés, avec deux maîtres d'ouvrages distincts5.Le sous-sol accueille des boxes privés et des caves destinées aux habitants.Au rez-de-chaussée se trouvent le hall d'entrée, des bureaux et des commerces surmontés par deux étages de parkings publics, puis par trente-deux logements sociaux locatifs aux 3e et 4e étages.Une cour-terrasse commune se situe au 3e étage.Comme dans une maison, on arrive chez-soi par l'extérieur, car l'entrée à ces deux étages se fait par la terrasse.Du 5e au 9e étage, des coursives vitrées distribuent les appartements en accession à la propriété.D'autres exemples ont été construits dans Paris.Dans le 13e arrondissement, BP architectures a superposé une école maternelle, un théâtre \u2014¦ partiellement souterrain \u2014 des parkings et des logements dans un mille-feuille programmatique.Plus loin dans le 20e arrondissement, c'est un jardin public qui couvre le toit d'un gymnase, l'ensemble formé étant dessiné par l'agence TOA.Et à Saint-Nazaire, Reichen et Robert ont complété un centre commercial en posant sur son toit-terrasse des plots occupés par des logements.Ces superpositions finissent par créer des lieux vivants, avec des côtoiements d'activités et des usages dont les temporalités sont complémentaires, des micro-quartiers urbains en quelque sorte.Logements sociaux Logements sociaux Logements sociaux jardin plot B _ LACORDAIRE EHPAD 3\t\t EHPAD 2\t\t Centre psychiatrique de jour\t\tAteliers 1 Centre psychiatrique de jour\thall\tAteliers 0 1.\tCoupe schématique sur les logiques de superpositions programmatiques, Paris, Brénac Gonzalez 2.\tLes deux plots faux jumeaux posés sur un socle qui les unifie, Paris, Brénac Gonzalez 7 LA MIXITÉ, FANTASME OU RÉALITÉ POSSIBLE?LES MIXITÉS SOCIALES L'autre souhait de mixité porté par de nombreux aménageurs est celui du mélange des populations, afin de lutter contre la ségrégation et la ghettoïsation grâce au mélange des personnes d'âges, de revenus ou d'origine différents.Des lois successives ont poussé à cette mixité, souvent renforcées par la volonté des communes d'éviter l'aplanissement démographique de leurs habitants.C'est d'ailleurs dans ce sens que la loi SRU datant de décembre 2000 a été renforcée début 2013.Le taux minimum de logements sociaux, pour les communes de plus de 5 000 habitants, est passé de 20% à 25%.Certaines villes avaient anticipé et exigeaient déjà une telle répartition dans les opérations neuves privées, au-delà d'un certain nombre de logements construits.Ainsi, des quartiers neufs \u2014 de type ZAC7 \u2014sont composés de nombre d'opérations mixant les catégories de logements, mais souvent juste côte à côte, plus rarement au sein d'un même immeuble ou sur une même parcelle.Quand cela est le cas, ces mélanges restent artificiels, les maîtres d'ouvrage demandant une séparation des halls d'entrée et des circulations, chaque population restant ainsi de son côté.Mais ce qui ne produit pas au sein de l'immeuble existe alors dans la rue.La Maison Radu, construite à Saint-Nazaire, est un cas intéressant de mixité sociale.Dans cette opération, l'idée d'immeuble-villa, intermédiaire entre collectif et individuel, s'associe à cette expérience de mixité sociale pour laquelle le maître d'ouvrage s'est battu.La Maison Radu propose à des habitants répondant aux critères habituels du logement social d'emménager dans un lieu où la mixité est articulée verticalement, par strates, où les niveaux sont consacrés chacun à un type de logement social8, entre ceux réservés aux personnes ayant les revenus les plus faibles, à ceux conçus pour des classes moyennes, les personnes aux revenus les plus bas se trouvant dans les niveaux du centre de l'immeuble.Comme le rappelait Monique Eleb9, dans un chapitre évoquant une recherche menée avec Jean-Louis Violeau10 sur cet immeuble : « À Radu, tous les locataires ont souligné que leur immeuble était unique et cette qualité primait sur le mélange social.La distribution des logements est comparable et les prestations qui les différencient (deux salles de bains, terrasse plus grande, par exemple) sont en général attribuées selon la taille de la famille.Mais cela implique que le mode de vie et le niveau culturel des habitants ne soient pas trop éloignés.La question de l'homogénéité sociale se pose de façon très forte ici et les valeurs qui touchent l'éducation des enfants, les signes de la civilité de voisinage sont primordiaux, tout comme la façon de se comporter dans les parties communes.Mais d'autres éléments architecturaux jouent un rôle déterminant pour rendre possible la mixité.Les habitants évoquent la bonne qualité des espaces communs dans l'immeuble, l'isolation phonique, la qualité architecturale moyenne, bonne dans les logements, acceptable dans le quartier, la sensation d'être traités dignement par l'architecte et les gestionnaires.L'ensemble de ces variables semble fonder la tolérance à la mixité.» D'autres tentatives voient aussi le jour, autour de la volonté de mélanger des populations d'âges différents, sans que cela ne se traduise par une différentiation formelle ou esthétique.À Paris, en bord de Seine, Laurent Niget a ainsi conçu un ensemble où personnes âgées et jeunes travailleurs cohabitent.Installé dans un ancien immeuble de bureaux et un immeuble haussmannien mitoyen, ce qui aurait été ordinairement deux résidences séparées partage un même gestionnaire, une même entrée et surtout un salon vaste où ces deux populations peuvent se retrouver, mais les chambres et leurs dessertes restent elles totalement dissociées, réparties dans les deux corps de bâtiments qui préexistaient.À terme, en cas d'échec, le gestionnaire pourra rendre parfaitement indépendants les deux programmes.Olivier Brénac et Xavier Gonzalez, sur le site de l'ancien hôpital Boucicaut à Paris, ont construit un immeuble accueillant des personnes en difficulté matérielle ou physique, des personnes âgées et des logements sociaux.Il est composé de deux plots, chacun vêtu de son propre matériau \u2014 brique ou zinc \u2014 mais sans que cette distinction formelle ne révèle une distinction programmatique.LES FORMES DE LA MIXITÉ Comment gérer l'implantation de ces programmations mixtes?Quelles formes leur donner?Faut-il que ces diversités s'expriment formellement, selon des expressions architecturales différentes, répondant à leurs programmations différentes?Où doit-on lisser ces différences au profit d'une seule et unique logique architecturale ?Et les intégrer dans un même immeuble?Monique Eleb évoque souvent l'importance de l'apparence d'un immeuble sur la catégorisation sociale : «le fait d'effacer les différences qui ségrègent\"ou d'accentuer les signes qui valorisent, quand il s'agit de logement social, joue un rôle très important.» La solution la plus pratique (et posant le moins de questions) consiste à mettre cela côte à côte, avec l'envie que tout cela forme un quartier aux consonances multiples.Quelques tentatives, comme Hérault et Arnod à Grenoble, travaillent sur la superposition et sur la stratification qui, dans ce cas, rendent lisibles les différents programmes et assument le collage architectural et hybride que peuvent représenter ces architectures.La tendance fréquente dans les grosses opérations urbaines en vogue actuellement est de concevoir des macrolots autour de logiques de mixité programmatique, genre de méga-îlots composés par plusieurs architectes sous la férule d'un seul architecte coordinateur.12 L'objectif est multiple, mutualiser des usages, mixer des programmes, mais surtout optimiser le coût global.À Boulogne-Billancourt, à Nanterre, Metz, Saint-Ouen, Montpellier, cette tendance est devenue courante.Conçus initialement avec un objectif généreux de mixité programmatique et sociale, les macrolots dérivent vers des opérations souvent denses, à forte rentabilité foncière, et surtout marquées par une surenchère architecturale, autant dans l'expression des juxtapositions des mixités que dans leur échelle, au final pas tant urbaine que cela.ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC MAI 2014 10 mÊÈmt 3.\tLes trois strates programmatiques, Grenoble, Hérault etArnod, architectes 4.\tMixité verticale, trois expressions architecturales superposées, Grenoble, Hérault etArnod, architectes À l'opposé de ces recherches de prouesses architecturales, où la mixité semble n'être plus que le prétexte d'un jeu pour architectes en mal d'originalité, d'autres projets urbains restent emblématiques d'une quête d'une réelle mixité.Dans le quartier en chantier de La Courrouze (dans la banlieue de Rennes, Ille-et-Vilaine), dont l'agence Secchi-Vigano est architecte urbaniste, la mixité est à la fois sociale, fonctionnelle et par strates.Des immeubles abritent une banque, un restaurant d'entreprise et des appartements en accession, dont certains situés en attique sont luxueux.Dans cet exemple de mixité fonctionnelle, la mixité sociale du quartier est de plus assurée par la présence de logements sociaux.On y trouve aussi une mixité typologique car des immeubles de neuf à dix étages sont proches d'autres de quatre ou cinq étages, disséminés dans les bois, et que des villas urbaines sont regroupées autour d'un jardin alors que des maisons en bande côtoient des petits immeubles.Le projet le plus complet \u2014 quasiment achevé \u2014 dans cette filiation de mixité complète, et sans doute plus douce, est le quartier de la Morinais, à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), également dans la banlieue de Rennes.Le nouveau centre de cette commune, actuellement séparée en deux, totalisera à terme plus de 2 900 logements neufs sur une superficie de 180 hectares.Le principe développé depuis 2 000 par l'architecte coordinateur, Jean-Pierre Pranlas-Des-cours, est de trouver des logiques de mixité au sein de chaque îlot.Une trame carrée a été proposée comme dessin fondateur du nouveau quartier, elle s'appuie sur des éléments paysagers présents sur le site, une ligne d'arbres, un mail, un chemin, une haie.Chaque îlot est confié à un même architecte, mais comporte obligatoirement des programmes complémentaires : un équipement public avec des logements, des logements collectifs avec des individuels, des logements en accession avec des logements sociaux.Ainsi une mixité s'est établie, d'autant plus que le dessin soigné des espaces publics, dessinés par les paysagistes Bruel et Delmar, donne une unité à l'ensemble du quartier.Il est intéressant de noter que ces mélanges typologiques et programmatiques se font à une échelle urbaine, au-delà de l'objet architectural, et qu'ils mettent en jeu une gamme d'acteurs plus complexe que le seul binôme maître d'œuvre/maître d'ouvrage.L'implication doit être importante de la part des politiques, des aménageurs, des services techniques, des architectes coordinateurs.Et les maîtres d'ouvrage et d'oeuvre doivent accepter de perdre une part de leur autonomie au profit d'un débat global sur la qualité et les interactions réciproques.Il semblerait que la mixité est difficile à décréter de manière contrainte, il est impossible d'obliger des personnes à habiter contre leur gré.Au contraire du résultat recherché, cela risque de provoquer des frictions, des rejets.Mais l'objectif de l'urbanisme n'est-il pas d'inventer la ville de demain, de nous faire espérer que la société pourra vivre mieux, plus confortablement et plus convivialement?Les quelques opérations présentées ici possèdent cette qualité de faire espérer qu'il est possible de lutter contre la tendance naturelle au repli sur soi, et d'inciter chacun à vivre en société.Notes 1.\tEntre autres les lois SRU (que nous traiterons plus loin) et ALUR « Loi pour l'accès au logement et à un urbanisme rénové » datant du début de 2014.2.\tAnne Clerval, Paris sans le peuple, La gentrification delà capitale, Paris, Éditions de la Découverte, 2013.3.\tÀ Paris, les fermetures administratives de certains cafés à cause des plaintes des voisins pour nuisances nocturnes en sont un bon exemple.4.\tLes cinq agences sont MVRDV, Combarel et Marrec, Gautrand, EEA et Pierre Gautier.5.\tPour les logements et les activités : Grenoble Habitat, mandataire : SCIC développement.Pour le parking public : Ville de Grenoble, mandataire : Grenoble Habitat.6.\tLoi Solidarité et renouvellement urbain, du 13 décembre 2000.7.\t« Zone d'aménagement concertée ».C'est une procédure qui permet un aménagement urbain, mêlant les capitaux privés et les intérêts publics.8.\tEn France, la production du logement social est répartie entre divers modes de financement, qui répondent aux différences de revenus des locataires, pour accueillir des populations variées, dont les classes moyennes.9.\tMonique Eleb, Philippe Simon, Entre désir, confort et normes, le logement contemporain, 1995-2012, Mardaga, 2012.10.\tEleb Monique, Violeau Jean-Louis, Entre voisins.Dispositif architectural et mixité sociale, Éditions de l'Épure, 2000.11.\tPar exemple l'utilisation des couleurs primaires sur les façades est perçue comme « réservé aux pauvres », comme nous l'ont souvent dit des habitants de quartier défavorisé, alors qu'à la suite de Le Corbusier, les architectes « Modernes », les jugent très positivement.12.\tCf.Jacques Lucan, Où va la ville aujourd'hui ?formes et mixités, études et perspectives de l\u2019École de la Ville et des territoires, Éditions de La Villette, Paris, 2012.11 - M Prix d\u2019excellence cecobois 2014 EXCELLENCE BOIS [W H d\u2019excellence Dépôt des candidatures: 1er avril au 31 juillet 2014 cecobois.com/prixdexcellence Le Gala aura lieu le mercredi 24 septembre 2014 Professionnels du bâtiment, entrepreneurs généraux, donneurs d\u2019ouvrage publics et privés et designers sont invités à présenter leurs meilleures réalisations sur le plan de l'architecture, de l\u2019ingénierie, de l\u2019innovation et du design Avec le soutien financier de Ressources naturelles Québec rara Canada Le seul adhésif testé selon la norme CSA A123.21-10 DUOTACK CSA A123.21-10 CONFORME À LA NORME CSA ADHÉSIF POUR PANNEAUX ISOLANTS ET DE RECOUVREMENT Élimination des ponts thermiques Aucune restriction de température lors de l'application Application en une seule étape Application propre, rapide et sans odeur Depuis 1908, SOPREMA se spécialise dans la fabrication de produits et de revêtements d'étanchéité pour la construction et le génie civil.1.877.MAMMOUTH www.soprema.ca ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC MAI 2014 fz-EA-ui^&z.votfæ pêæ ET DONNEZ VE A- VOTfZ-E P-EVÊ Chez Hanson, nous ne faisons pas que des briques.Nous faisons en sorte qu\u2019une maison devienne un foyer.une école une source d\u2019inspiration.et une collectivité des plus vibrante.Grâce à sa capacité d\u2019être recyclée, réutilisée et transformée, la brique demeure le matériau de construction durable ultime.Explorez notre vaste palette de couleurs, textures et finitions, et vous comprendrez que la vraie raison pour laquelle nous fabriquons des briques, c\u2019est pour réaliser des rêves.:::Hanson HEIDELBERCCEAAENT Group Hanson Briques 12 DES JEUNES FAMILLES DE PLUS EN PLUS URBAINES Annick Germain et Sandrine Jean INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, CENTRE URBANISATION CULTURE SOCIÉTÉ INTRODUCTION Lors de la dernière campagne municipale, on a beaucoup parlé de l'urgence de retenir les familles en ville, Le Comité de pilotage Montréal=Familles, dit Comité Lisée, du nom du ministre responsable de la région de Montréal, a sans doute contribué à braquer les projecteurs sur l'exode vers la banlieue des jeunes familles francophones de classe moyenne.Comment en effet ne pas s'inquiéter de voir plus de 45% des nouveaux parents francophones ayant des revenus nets entre 50 000 et 100 000$ quitter la ville de Montréal entre 2001-2006 (Statistique Canada 2006).Et ce d'autant plus que Montréal n'en est pas à son premier plan d'action pour retenir les familles et qu'elle s'est lancée en 2008 dans une campagne publicitaire pour le moins musclée.Cette campagne visait à la fois à convaincre les familles des atouts de la ville centrale, mais aussi des lacunes de ses rivales qui, comme Laval, n'ont cependant pas tardé à lui rendre la monnaie de sa pièce.À «la banlieue n'est pas la solution» répondait un «Laval, un 514 bonifié »! Il faut dire qu'à Laval aussi on commence à s'inquiéter de l'attraction qu'exercent les confins du territoire métropolitain sur les jeunes ménages familiaux.Quant à la région de Québec, la cause est entendue depuis longtemps : la «banlieue continue de s'étaler» pour paraphraser le livre d'A.Fortin, C.Després et G.Vachon (2011).Plutôt que de s'interroger sur les manières de contrer cet exode, ce qui correspond en gros au mandat du Comité de pilotage Montréal=Familles, on se propose ici de faire un arrêt sur image sur les jeunes familles contemporaines à Montréal, d'un point de vue sociologique.Il nous semble en effet important d'élargir la réflexion, à la fois au-delà de la catégorie des acheteurs potentiels visés par les enquêtes de besoins menées régulièrement par la Ville de Montréal (voir «Que recherchent les acheteurs?» Synthèse des résultats des divers sondages 2007-2011, Ville de Montréal, 2012), et au-delà de la rivalité ville/banlieue évoquée plus haut.C'est que plusieurs changements tant démographiques qu'économiques ou socio-culturels nous semblent susceptibles de venir changer la donne à court ou moyen terme.Sans nier les tendances lourdes qui pourraient sembler figer pour longtemps le tableau de l'exode des jeunes familles, il ne faut pas pour autant sous-estimer la marge de manœuvre des ménages et la part croissante de considérations liées aux styles de vie dans leurs choix résidentiels.Si la thèse d'un urbanisme des modes de vie commence à avoir déplus en plus d'échos dans les milieux professionnels, c'est bien parce que les parcours résidentiels se sont singulièrement complexifiés et qu'ils comprennent une part d'expression de soi.Pour élargir ce cadrage, nous solliciterons tant la littérature qu'une récente enquête sur cinquante jeunes familles dans deux quartiers de classe moyenne du Grand Montréal (Jean 2014).Mais nous commencerons par présenter rapidement certaines réalités démographiques venant modifier le portrait des jeunes familles sur l'île de Montréal.LES NOUVEAUX VISAGES DE L'ÎLE DE MONTRÉAL Le discours omniprésent sur le vieillissement nous empêche peut-être de voir en effet ce qui s'apparente à un rajeunissement relatif de l'agglomération.L'île de Montréal qui a cessé de décroître depuis 1996, a vu le nombre de jeunes enfants se stabiliser et le nombre de familles avec enfants augmenter.La proportion de familles sur la pop ulation totale apparaît certes encore modeste par rapport à celle de la banlieue parce que les ménages solos (ou personnes vivant seules) sont beaucoup plus nombreux, notamment dans les quartiers centraux où ils sont parfois majoritaires.Le taux de natalité dépasse celui du Québec dans son ensemble et de nombreuses écoles sont en train de s'agrandir (ou devraient le faire.).L'immigration internationale joue un rôle clé dans l'évolution de ce portrait, non seulement parce qu'elle est entièrement responsable de la croissance démographique de la région mais aussi parce que le tiers des immigrants admis au Québec (immigrants qui ont encore à 70% Montréal comme destination) ont moins de 35 ans.C'est aussi une immigration très scolarisée.On ne devrait donc pas s'étonner de constater que près de la moitié des familles avec enfants comptent au moins un parent immigrant.Enfin, et cela a aussi son importance pour notre propos, une forte proportion d'immigrants sont d'origine urbaine et ont l'habitude de vivre dans des milieux denses.On peut donc penser qu'ils seront moins obsédés que la majorité des natifs par le besoin d'espace et la possession d'un bungalow, bref par le rêve de la banlieue! L'intimité est une variable clé comme pour la plupart des ménages familiaux, mais pour certains groupes, en l'occurrence les russophones, l'insonorité d'un logement est une variable non négociable et les porte à privilégier la tour en béton au duplex traditionnel à structure de bois (Richard, 2011).Enfin, relevons aussi l'importance prise par les étudiants au cœur de Montréal, et notamment par les étudiants internationaux, dans lesquels soit dit en passant, les ministères de l'immigration voient de bons candidats à la résidence permanente.Bref, une agglomération jeune et cosmopolite.Par ailleurs, les économistes attirent notre attention sur deux éléments susceptibles de peser sur les choix résidentiels des jeunes familles montréalaises.D'une part, les revenus sont loin d'être en phase avec l'accélération du coût des logements, ce qui pour certains économistes conduira à terme à un ralentissement significatif de l'accession à la propriété (Bélanger, 2011).D'autre part, le déploiement de la nouvelle économie s'accompagne d'une mobilité de la main-d'œuvre et, souvent, d'environnements de travail situés dans des quartiers branchés (Polèse, 2013).On évoque alors la figure des YUPPS (Young Urban Parents Professionals) qui valorisent la proximité sous toutes ses formes, celle des lieux d'habitat et de travail, celle des services, sans oublier celle des réseaux sociaux comme on le verra plus loin.Et on ne saurait trop insister ici sur la part croissante des jeunes femmes dans cette main-d'œuvre professionnelle.En résumé, il y a dans les traits rapidement esquissés ci-dessus, assez d'éléments pour donner à penser que les jeunes familles seront désormais plus urbaines ou qu'en tout cas, on risque d'assister à des changements s'éloignant du schéma classique d'un étalement perpétuel de la banlieue.De fait, plusieurs observateurs notent des changements semblables dans des villes comme New York, San Francisco ou Boston, au point de parler d'une inversion de tendance (Giband, 2013).À ces transformations sociodémographiques et économiques, il faut aussi ajouter des considérations plus sociologiques sur les comportements urbains des jeunes ménages et sur les significations qu'ils accordent à leurs espaces de vie.Les travaux des chercheurs comme Marie-Paule Thomas et Lia ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC MAI 2014 14 Karsten permettent d'entrevoir la diversité des modes de vie qui constituent le quotidien des jeunes ménages actuels dans les métropoles européennes.En ce qui concerne le Québec, les travaux importants de l'équipe d'Andrée Fortin et Carole Després à Québec doivent être complétés par des recherches sur Montréal, compte tenu des transformations de la métropole évoquées plus haut.DES MODES DE VIE CHANGEANTS ET DIFFÉRENCIÉS Connectivité, mobilité et proximité semblent dominer les styles de vie auxquels aspirent les jeunes familles avec enfants.À côté des discours traditionnels sur les qualités spatiales requises pour élever des enfants (sécurité, tranquillité, logement spacieux, accès à une cour ou une terrasse, proximité des écoles et garderies, etc.), les jeunes parents contemporains ne sont pas.que des parents ! Un milieu de vie attrayant comprend aussi une ambiance, des lieux de sociabilité (parcs, artères commerciales, cafés, etc.), des ressources culturelles et sportives variées, ainsi que des traits qui en font un lieu unique.C'est aussi un milieu bien connecté en termes de transport collectif sans être pour autant hostile à la voiture (surtout quand arrive le deuxième enfant).La distance au lieu de travail des deux parents entre aussi dans les considérations sur le choix résidentiel, mais les jeunes parents d'aujourd'hui s'attendent à une certaine mobilité professionnelle, les postes permanents se faisant rares.C'est enfin un milieu où les familles ne seront pas l'exception, que ce soit dans le voisinage résidentiel ou dans les commerces et services.Quand on devient une masse critique, il est plus facile d'influencer l'offre.Plusieurs quartiers désertés jadis par les jeunes familles au profit de la banlieue sont réinvestis par des jeunes ménages qui ne se sentent pas toujours les bienvenus, par exemple lorsque leurs «poussettes-tank» monopolisent la superficie trop étroite d'un trottoir.En ce qui concerne le logement, il est parfois moins important que le choix du quartier et fait alors l'objet de compromis.D'ailleurs, comme les variables entrant en considération dans les choix résidentiels se sont multipliées, les compromis eux aussi s'accroissent, et ce d'autant plus que des revenus sont plus modestes et que la mobilité professionnelle est élevée.Bref, le choix du logement n'est plus nécessairement le choix d'une vie.Les options moins traditionnelles peuvent alors être considérées.D'ailleurs, on cherche moins souvent à reproduire le mode de vie de ses parents : il faut au contraire le réinventer.Les sociologues parlent de «construire son mode de vie».L'heure est en effet à la créativité sur bien des plans! Et souvent, un design novateur semble stimuler l'invention de nouveaux modes d'habiter qui nous sont imposés par des choix contraints.Si la conformité de la banlieue attire encore les ménages plus aisés, la diversité des modes d'habitat prévaut chez les autres.Par ailleurs, la trajectoire familiale est aujourd'hui beaucoup moins linéaire, comprend nombre de bifurcations qui requièrent souvent des espaces flexibles.Faut-il ajouter que les modèles familiaux se sont démultipliés de façon fulgurante, faisant éclater bien des standards.On est donc loin du bungalow conçu pour la famille nucléaire.Enfin, le Montréal cosmopolite décrit plus haut se traduit aussi par une différenciation des modes de vie.Les habitudes culturelles liées aux origines ethniques sont certes beaucoup plus marquantes dans les modes de fréquentation des espaces publics (par exemple, le succès des pique-niques, des barbecues) ou dans la restauration (comme en témoigne le succès des food-trucks) que dans les modes d'habiter.Et compte tenu de l'extrême diversité des origines ethniques, il est d'autant plus difficile de repérer des tendances lourdes au-delà de certaines généralités comme le rapport à la densité.LA VILLE À TOUT PRIX Une récente enquête, menée auprès de cinquante jeunes familles à Ahuntsic (Montréal) et à Vimont (Laval), témoigne notamment de la détermination des jeunes parents qui font le choix de rester en ville.Les deux quartiers retenus dans l'enquête permettaient d'ailleurs des comparaisons intéressantes du fait de leur relative proximité; de nombreuses familles y avaient séjourné ou circulé.Après avoir tenté sans succès leur chance en ville, plusieurs familles rencontrées avaient fait le choix de la banlieue.Tandis que ceux qui avaient choisi Ahuntsic étaient prêts à faire davantage de compromis pour rester sur l'île de Montréal.Si l'injonction de l'accession à la propriété à la maison unifamiliale demeure forte, d'autres types de modes d'habiter gagnent en popularité.Pour rester à Montréal, ces familles étaient prêtes à acheter plus petit, à rénover, ou à se lancer dans l'aventure du plex.Mais ce qui ressort de cette enquête, c'est leur détermination et leur propension à mobiliser leurs réseaux sociaux et familiaux pour dénicher la bonne affaire (héritage, succession, achat auprès de la famille éloignée ou d'amis, maison vendue sans commission ou garantie légale, reprise de termes hypothécaires, etc.), témoignant ainsi d'une volonté affirmée de rester en ville.Le sentiment d'être proche de tout, à pied ou en transport en commun, de ne pas être isolé, d'être bien connecté, domine ce choix de la ville.L'accès aux ressources culturelles est aussi très valorisé et ce d'autant plus qu'un logement exigu appelle à profiter d'une vaste offre d'activités gratuites que seule la ville permet d'offrir à proximité.Les quartiers bien dotés en parcs et en espaces verts, en pistes cyclables et en équipement sportifs et de loisirs ont aussi la cote, surtout auprès des locataires qui n'ont pas nécessairement accès à une cour privée.« Ma maison déborde dans la rue, mon quartier, c'est toute la ville» est un commentaire souvent entendu.Les familles recherchent aussi un quartier de jeunes familles, pour pouvoir entretenir des rapports de voisinage conviviaux, sans toutefois que cela ne nuise à leur besoin d'intimité et de tranquillité.Au total on s'éloigne du repli sur la famille nucléaire comme centre de la vie sociale, modèle qui fut bien longtemps dominant dans les banlieues.On s'éloigne aussi de la vision de la ville comme milieu de vie inadapté pour élever des enfants.Les jeunes parents auront moins tendance à mettre derrière eux la vie urbaine appréciée pendant leurs années de collège et d'université, et ce d'autant plus que la ville centrale leur aura permis d'éprouver leur complexité, pour paraphraser Richard Sennett (Sennett, 1980).La recherche et l'expression de l'originalité personnelle sont au cœur de la métropole des individus (Bourdin, 2005) et la recherche d'un style de vie en est une composante, même pour les jeunes familles.Références ¦\tBélanger, Pierre.2011.L'urbanisation dans la conurbation montréalaise : constats, enjeux et perspectives.Montréal: Document de réflexion produit dans le cadre des consultations relatives au projet de Plan métropolitain d'aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Montréal.¦\tBourdin, Alain.2005.La métropole des individus.Éditions de l'Aube.¦\tComité de pilotage Montréal=Familles.201 B.Rapport d'étape, septembre, 54 pages.¦\tFortin, Andrée, Carole Després et Geneviève Vachon.2011.La banlieue s'étale.Québec City: Éditions Nota Bene.¦\tGiband, David.2013.« Vers un rééquilibrage villes/banlieues aux États-Unis?Les dynamiques métropolitaines en question.» L'Information géographique 77 (2): 57-71.doi: 10.3917/lig.772.0057.¦\tJean, Sandrine.2014.« Ville ou banlieue?Les choix résidentiels des jeunes familles de classe moyenne dans la grande région de Montréal.» Recherches sociographiques LIV (3).¦\tPolèse, Mario.2013.« Montréal doit profiter de la nouvelle importance des centres-villes.» Le Devoir, 8 octobre 2013.¦\tRichard, Myriam.2011.Immigrants et forums internet: les représentations de la géographie résidentielle des russophones à Montréal, Mémoire de maîtrise, Montréal : Centre Urbanisation Culture Société, Institut national de la recherche scientifique, 165 pages.¦\tSennett, Richard.1980.La famille contre la ville.Paris, Recherches.¦\tStatistique Canada.2006.Recensement de la population de 2006, profil 2B.Consulté le consulté le 15 janvier 2013.http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/as-sa/index-fra.cfm.¦\tVille de Montréal.2012.Que recherchent les acheteurs?Synthèse des résultats de divers sondages 2007-2011 Montréal: Direction de l'habitation.15 www.benolec.com 450.922.2000 1451, Nobel, Sainte-Julie (Qc) J3E 1Z4 f y Isolant de cellulose Un choix écologique pour une meilleure qualité de vie! \u2022\t3,8 R par pouce \u2022\t85% de journaux recyclés \u2022\tGreniers, murs et plafonds avec le système Beno-Mat \u2022\tLimite les infiltrations d'air \u2022\tExcellente résistance au feu \u2022\tHaut rendement acoustique \u2022\tPeut compléter un isolant existant BENOTHERM Systèmes architecturaux - Portes ëffenêtresWfriiniurh 3425, boul.Industriel, Montréal, QC H1H 5N9 514-955-4135 / 866-955-4135\" info@alumilex.com / www.alumilex.com difference découvrez différence discover Les ingénieurs spécialistes de la structure ¦ STRUCTURE ¦ VERRE STRUCTUREL ¦ STRUCTURE INDUSTRIELLE ¦ GENIE CIVIL Collège John Abbott SDK et associés 1751, rue Richardson, bureau 2120 Montréal (Québec) H3K 1G6 Tel.: 514 938-5995 www.sdklbb.com MAISON&OBJET chef de file des salons du design de la décoration et du design, poursuit son développement à l'international.Suite au lancement de MAISON&OBJET ASIA à Singapour en mars 2014, le salon poursuit son développement à l'international.MAISON&OBJET poussera la porte des Amériques en 2015, à Miami 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production annuelle afin d'atteindre le chiffre de 70 000 unités, lui-même largement sous-estimé.Ce déficit qui ne cesse de s'accroître année après année est régulièrement dénoncé et fait depuis longtemps l'objet de réflexions et propositions.Une session d'études de l'Atelier International du Grand Paris (AIGP) a réuni en 2013,15 équipes d'architectes associées à des chercheurs.Ceux-ci ont tenté d'apporter une vision diagnostique et prospective afin de montrer ce que pouvait signifier «Habiter le Grand Paris» à l'horizon 2030.Certains travaux ont permis de montrer l'héritage des théories architecturales et urbanistiques du siècle dernier et leurs effets sur le territoire ainsi que l'importance de la prise en compte de l'évolution des modes de vie2 afin de mieux adapter la production de logement à la demande et aux usages de la population.Car il ne s'agit pas seulement de construire plus, mais aussi, et surtout, de construire mieux.Dans ce contexte, il est utile de faire le bilan critique du logement collectif en Île-de-France et d'en revisiter les types, car c'est le seul qui puisse majoritairement et durablement répondre aux défis de la ville compacte.Or, il s'avère que la région-capitale se distingue des autres par le fait que cette catégorie constitue déjà la majeure partie du parc existant, alors que c'est l'inverse dans les autres régions.Ceci concerne également la mise en chantier, car près des deux tiers des logements qui y sont construits chaque année sont collectifs.L'IMPOSSIBLE TAXONOMIE DES TYPES ET LEURS MULTIPLES COMBINAISONS ?Qu'est-ce que le logement collectif?Pour le Code de la Construction et de l'Habitation, « les deux critères suivants sont requis pour définir un bâtiment d'habitation collectif : superposition de plus de 2 logements (donc à partir de 3) et desserte par des parties communes bâties».La distinction entre logement collectif et individuel relève de nécessités statistiques (dénombrer) ou réglementaires (sécurité contre l'incendie, accessibilité notamment), mais du point de vue de l'architecture, cette catégorisation ignore la diversité des formes et des types.Or on trouve dans le «logement collectif», une variété de figures de densité et d'assemblages multiples, d'échelles et de types très différents : barres, barrettes, tours, plots, villas, pyramidal, etc.Cette variété est un héritage précieux et problématique de l'après-guerre.Échelle, tailles et types Dans le «XXL» ou «XL» de référence, à taille comparable on peut citer, les compositions ordonnancées dessinées par l'architecte Fernand Pouillon à Meudon ou à Boulogne-Billancourt (2260 logements construits au Point du Jour).Mais il y existe aussi des ensembles regroupant des immeubles de taille plus modeste, organisées autour d'un espace majeur dialoguant avec la grande échelle du territoire métropolitain.C'est le cas de l'unité de voisinage des Grandes Terres : un morceau de ville-paysage avec des équipements et des commerces et bâtiments regroupés par groupe de 3 en squares communicants.Construit en 1957 à Marly-le-Roi par les architectes Marcel Lods, Vladimir Bodiansky, Jean-Jacques Honegger, Xavier et Luc Arsène-Henry, selon le modèle d'avant-guerre de l'urbaniste-sociologue Clarence Perry, la place de la voiture y est circonscrite de manière à privilégier la circulation piétonne.Si les Grands ensembles ont souvent été constitués de tours et de barres, d'autres types ont également été utilisés.C'est par exemple le cas des 261 logements des «Buffets» situés à Fon-tenay-aux-Roses, dont le type principal est le « plot »3, bâtiment d'échelle moyenne.Les architectes Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic, Jean Perrottet, ont ainsi construit un «petit grand ensemble» très réussi dans l'agglomération parisienne.La distribution équilibrée des bâtiments sur un espace paysagé permet des vues pour tous depuis des appartements bénéficiant pour la plupart de deux orientations, aux plans flexibles et adaptés à toutes les catégories socioprofessionnelles.Les « Buffets » sont ainsi devenus un modèle de mixité sociale de grande qualité architecturale regardé avec beaucoup d'intérêt par les maîtres d'ouvrages aujourd'hui.D'autres modes d'assemblage du type «plot» ont été reproduits par la suite, avec des standards de résidence allant du plus social au plus luxueux.On ARQ, ARCHITECTURE-QUÉBEC MAI 2014 18 r: ¦mîr'fTFr mm L ; - i-4 l-Tl .-.* 9 ¦ retiendra comme exemples réussis un petit ensemble de plots organisés en «grappes», dans un parc de Rocquencourt (1974), conçu par l'architecte Jean Dubuisson, ou la très luxueuse résidence livrée par Gérard Benoit et François Mayer, à Boulogne-Billancourt en 1970.Le succès du «plot», sorte de petite tour tronquée vient du fait qu'il est « reproductible, dé-multipliable, additif et modulaire».Dans des catégories d'échelle plus réduites, on trouve (L, M et S) les tours, les villas, les petits collectifs, les immeubles entre mitoyens, les ensembles intermédiaires, etc.Chacun de ces types possède des qualités spécifiques qui se distinguent nettement des formes génériques du logement collectif par le traitement des accès et des parties communes, la présence de commerces au RDC ou quelquefois d'équipements sur les toits, les transitions entre le logement et la rue, la complémentarité des grands et petits appartements.TYPESET TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN La collection des types de l'architecture du logement collectif depuis l'après-guerre est inégalement répartie sur le territoire.Elle voisine avec d'autres formes d'habitat vernaculaires ou de conception «savante», avec plus ou moins de connivences.Elle fabrique aussi en périphérie de la zone dense de la métropole parisienne, de grandes plaques étanches les unes aux autres, souvent mono-typées, séparées par des voies, des frontières plus ou moins poreuses, mais aussi des ensembles plus imbriqués, plus complexes et plus intenses.On a l'habitude de considérer que les grands ensembles ont tous été construits sur de grands plateaux ventés ou sur d'anciens sites industriels.Or on trouve en Île-de-France des entités qui sont au cœur de la ville constituée, tissant des liens avec le «déjà-là», participant à solidifier l'armature urbaine pré-existante.C'est précisément le cas, des 795 logements du quartier de l'Église à Pantin, construits entre 1953 et 1957 par les architectes Denis Honegger et André Remondet.1.\tRépartition de l'habitat individuel et collectif en Île-de-France.La part du logement collectif représente près de 70% du total des logements.Doc.: extrait, Habiter le Grand Paris, MVRDV+ACS+AAF, mars 2013.2.\tMaquette des Grandes Terres, (Marcel Lods et Vladimir Bodiansky, Jean-Jacques.Honegger, Xavier et Luc Arsène-Henry, arch.).On distingue le regroupement des bâtiments préfabriqués par quatre, lesquels forment un enchaînement ouvert de grandes cours permettant des vues sur le grand paysage.Doc.IFA.3.\tTrois exemples d'opérations utilisant un même type (le plot) assemblé de différentes manières.Ces opérations ont chacune été construites pour différentes catégories sociales dans trois contextes particuliers.De gauche à droite, à Rocquencourt, à Fontenay-aux-Roses et à Boulogne-Billancourt.Doc : captures d'écran de vues aériennes Google Earth.4 & 5.Vue d'un appartement et vue extérieure de L'ensemble du Point du Jour réalisé à Boulogne-Billancourt par Fernand Pouillon entre 1957 et 1963.Le Point du jour est un grand ensemble privé qui est une référence pour la qualité de sa construction associant pierre, béton et verre, mais aussi pour celle des espaces extérieurs (variés et mis en scène) et des espaces domestiques.Photos : R.Salzedo.PART DES HABITATIONS INDIVIDUELLES (27,7%) rr DES LOGEMENTS COLLECTIFS (70,5%) Source INSEE 2009 +de 90% maisons individuelles de 75 à 90% maisons individuelles de 40 à 55% logements collectifs de 55 à 75% de logements collectifs de75 à 90% de logements collectifs +de 90% de logements collectifs I\u2014m iwïSW ZONES MONOTYPÉES £ lii JTJJ\"' ; LES TYPES DU LOGEMENT COLLECTIF DU GRAND PARIS DEPUIS 1945, DE XXL À S Plan d'étage d'un plot à Rocquencourt dans un ensemble de 150 logements privés (J.Dubuisson, arch., 1974).Doc.: IFA.Mixité sociale aux Buffets (Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic, Jean Perrottet, arch., 1959).À l'arrière-plan, on distingue la barre d'un grand ensemble « classique ».Photo : coll.part.Jean Perrottet Résidence de luxe à Boulogne-Billancourt (G.Benoit et F.Mayer, arch.).Photo : SB.La cohabitation de plusieurs types à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).Photo :S.B.10.\tZones «monotypées» en Île-de-France.La conjugaison des types est une caractéristique de la ville dense.Doc.: extrait, Grand Paris Habitat, MVRDV+ACS+AAF, mars 2013.11.\tVue de la maquette de l'opération du quartier de l'Église à Pantin.Ce grand ensemble de 795 logements est particulièrement bien inséré au cœur de la ville de Pantin.(Doc.: IFA).8.9.UNE BRÈVE HISTOIRE DE L'EXPÉRIMENTATION L'histoire du logement collectif, depuis l'après-guerre, est riche d'expériences construites sur l'ensemble du territoire français.Les unités d'habitations de Le Corbusier construites à Marseille, Rezé-les Nantes, Briey-la Forêt ou Firminy, entre 1947 et 1958, ou les ensembles de Jean Balladur à la Grande Motte proposent des modèles qui sont considérés comme d'avant-garde bien qu'ils aient ensuite été mal copiés et assimilés à une production médiocre.Mais avec la création au début des années 1960 de cinq villes nouvelles, l'agglomération parisienne va offrir un terrain de jeu sans équivalent, dans l'ensemble du pays.C'est grâce à sa centralité et à la diversité des situations urbaines que l'île-de-France devient ce théâtre d'expérimentations unique à partir des années 1960 jusqu'à la fin du XXe siècle.Cette position pilote est d'ailleurs aujourd'hui contestée par des métropoles françaises dont certaines (comme Nantes, Bordeaux, Rennes, Lille) se sont faits une spécialité de promouvoir l'innovation dans l'architecture du logement depuis quelques années.Pendant plusieurs décennies, des formes de logement collectif, alternatives au modèle tout-puissant des grands ensembles vont apparaître dans l'agglomération parisienne, issues de la critique émergente des théories du mouvement moderne, mais aussi dans une certaine mesure des expériences menées dans les années 1950 hors métropole4.C'est ici que l'habitat intermédiaire a été réinventé avec l'expérience réussie de Boussy-Saint-Antoine (Jacques Bardet, 1968), que des «collines» habitées traversées par des promenées vont être édifiées à Ivry-sur-Seine par Jean Renaudie (1978), que les tours-nuages d'Émile Aillaud (1978) ou que les logements aux dimensions exceptionnelles de Jean Nouvel et Pierre Soria à St-Ouen (1983) seront réalisés.Très souvent, ces opérations sont issues de programmes d'expérimentation publics nationaux qui font référence en Europe5.L'innovation à l'oeuvre dans les programmes privés après-guerre va progressivement devenir le territoire quasi exclusif du logement social à partir de la fin des années 1960.ARQ, ARCHITECTURE-QUEBEC MAI 2014 *> » » > IM\\ V ' Ite.- 't ¦¦¦ RÉSISTANCE À LA RÈGLE ET QUALITÉS DOMESTIQUES L'histoire des types, aussi difficile qu'elle soit à raconter, ne permet pas seulement de tracer et de repérer la généalogie des formes architecturales et urbaines du logement collectif, mais aussi la résistance à la doxa, aux modes, à la pensée dominante.Et l'on ne sera pas surpris de constater que les architectes ont montré plus d'une fois leur goût pour le contrepied, leur inclination à mettre en cause les modèles dominants de l'époque en pointant les manques, les insuffisances, les idéologies, les poussant aussi à redécouvrir des types que l'on croyait définitivement condamnés.L'histoire récente de l'architecture du logement collectif montre la récurrence d'une certaine résistance à la norme et à la règle6, légitimée par l'attention que certains architectes ont montrée aux modes de vie, au plaisir d'habiter, ou plus récemment au développement durable.Ce tropisme a poussé certains architectes à explorer la voie d'une architecture qui accorde une certaine importance à l'individuation et à la recherche de l'intimité par une variété de dispositifs domestiques dont les qualités se situent à la frontière de l'habitat individuel.Jean Renaudie fut un de ceux-là lorsqu'il affirmait la nécessité d'offrir une diversité de logements pour un même ensemble car «puisqu'il n'y avait pas d'habitant-type», il ne devait pas y avoir de «logement-type».Ce faisant, il construisait ainsi par défaut une nouvelle catégorie, un nouveau type d'habitat à gradins, prolongement revisité de ce qu'avait inventé Henri Sauvage quelques décennies auparavant.Dans le contexte de plus en plus difficile de l'économie de la production du logement, d'une réglementation qui se complexifie (qu'elle concerne l'efficacité énergétique thermique, l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, ou l'acoustique), les architectes élaborent des stratégies afin d'offrir des qualités renouvelées au logement collectif qui vont au-delà de la définition normée du confort7.C'est ainsi qu'il faut probablement lire la tendance actuelle qui consiste à privilégier les prolongements extérieurs, avec leur profusion de terrasses, de loggias, d'espaces bioclimatiques et autres jardins d'hiver qui équipent la nouvelle architecture du logement.Hier, la sévérité des formes de l'architecture de Jean Dubuisson contrastait avec l'extrême attention portée aux détails domestiques et aux savantes partitions intérieures.La matérialité et la rectitude des tours en béton d'Ivry-sur-Seine de Renée Gail-houstet se combinaient au régime subtil des co-visiblités entre les pièces des appartements équipés de cuisines prolongées par des salles à manger d'été.Aujourd'hui, des architectes comme Bernard et Marie Bühler proposent des lieux qui permettent d'habiter entre l'intérieur et l'extérieur : une loggia filante bardée d'une résille métallique qui dédouble la circulation intérieure, protège du rayonnement solaire tout en garantissant plus d'intimité aux habitants (rue de Chanzy, Paris).Dans le même esprit, Anne Laca-ton, Jean-Philippe Vassal, Frédéric Druot requalifient la tour Bois Le Prêtre construite par Raymond Lopez aux pieds du boulevard périphérique en augmentant les espaces des appartements avec des jardins d'hiver aux surfaces généreuses.12.\tSuite à un concours d'idées, l'architecte Jacques Bardet réalise, en 1 968, l'ensemble de la Nérac un des premiers exemples d'habitat intermédiaire de l'après-guerre en France.Les logements, construits par grappes sur une trame modulaire de 5m X 5m sont desservis par de petites coursives ou accessibles de plain-pied.Telles des maisons individuelles superposées, ils disposent tous d'une terrasse ou un jardin de 25m2.Photo maquette : coll.part.Jacques Soucheyre.13.\tLes «étoiles» d'Ivry-sur-Seine (1972), un ensemble de logements construits comme une colline artificielle combinant logements et commerces et bureaux par l'architecte Jean Renaudie.Les appartements aux surfaces généreuses bénéficiant de terrasses-jardins proposent une autre manière d'habiter en ville.Photo : Raphaël Salzedo.14 & 15.En 1986, Jean Nouvel et Pierre Soria livrent une REX (réalisation expérimentale) de 48 logements dont les superficies sont de 30 à 100% plus importantes que la moyenne.Vues extérieure et intérieure d'un appartement.Photos : Raphaël Salzedo.16.Vue d'une loggia filante dans l'immeuble construit par Bernard et Marie Bühler, à Paris.L'excès et la complexité de la réglementation ainsi que les budgets serrés poussent les architectes à investir de plus en plus les prolongements extérieurs moins contraints afin de donner des qualités d'habitabilité supérieures à la moyenne.(Photo : David Abitan, extrait de l'exposition et de l'ouvrage S.Bendimérad, etM.Eleb, Vu de l'intérieur.Habiter un immeuble en Île-de-France (1945-2010), éd.Archibooks, Paris, 2011, 176 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