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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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La vie des communautés religieuses /, 1948-01, Collections de BAnQ.

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Vol.6, n.5 MONTRÉAL Janvier 1948 SOMMAIRE Adrien-M.Malo Pi© XII Notre Père.129 La voie de l'enfance spirituelle.130 Une Sœur de la Providence Sainte Thérèse de l'Enfant- Jésus.135 André Bilodeau CONSULTATIONS COMPTES RENDUS ADMINISTRATION: C.P.1515 (PL.D'ARMES) - RÉDACTION: 3113 AVE.GUYARD MONTR É AL Dom Columba Marmi 144 LA VIE des COMMUNAUTES RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement : $ 2.00 par année.Cette revue est imprimée en vertu du certificat No 164 de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, ministère des postes, Ottawa.Rédaction : 3113, avenue Guyard, Montréal 26 Administration : C.P.1515, Piace-d'Armes, Montréal 1 Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.logues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Imprimeurs et expéditeurs : Les Frères des Écoles chrétiennes.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.Albert VALOIS, V.G.Censor ad hoc.Marianopoli die 8a decembris 1947 Les FRÈRES des É.C 959, me Côté.Montréal.IMPBIMi AU canada PRINTED IN CANADA 41 lr Vl€ Des commurmuTés RenGieuses Vol.6, No 5 Montréal Janvier 1948 nOTR€ PèR€ La consécration de ce fascicule au message providentiel de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus vient d’une inspiration.Un digne fils de Mazenod, épris de la doctrine spirituelle de Dom Columba Marmion, O.S.B., demande si la V.C.R.ne pourrait pas signaler le vingt-cinquième anniversaire de la mort de ce grand bénédictin.Je réponds oui en l’invitant à rédiger lui-même quelque chose capable de faire valoir la valeur de son maître spirituel.En me remettant son article, il exprime le désir de voir sa rédaction complétée par une autre sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.C’est bien ; mais qui acceptera de la composer ?.Comme Jean-Baptiste, une Sœur de la Providence ne refuse pas de rendre témoignage au message providentiel.Enfin la lettre forte de S.S.le pape Pie XII arrive à temps pour prendre sa place dans cette bénévole contribution.Et voilà le présent fascicule.Il exprime à sa manière que Dieu est moins un Seigneur, un Maître qu’un Père, que nous sommes ses enfants et que nous devons dans nos relations avec lui nous comporter comme des enfants.C’est la grande révélation de Jésus.Dans son sermon de la montagne, il déclare : Si quelqu’un se flatte de m’aimer en me répétant avec tendresse : Seigneur, Seigneur, ce n’est qu’une apparence sans réalité, une sensibilité illusoire ; si en aimant le Fils, on ne se tourne pas à aimer le Père, ce n’est ni beau, ni sincère.Dans la prière qu’il nous enseigne, il tourne nos regards vers Notre Père qui est dans les deux.Cette révélation nous est rappelée d’une manière vivante par deux grands serviteurs de Dieu et des hommes.Fidèles au commandement de Pie XII, recevons leur message, mettons-nous à leur école et fondons sur cette consolante doctrine notre vie spirituelle.C’est à l’obtention de ce résultat que cherche à travailler le présent fascicule.Montréal Adrien-M.Malo, O.F.M. DOCUMENT PONTIFICAL La voie de l'enfance spirituelle A l'occasion du Congrès national thérésien, qui s'est tenu à Paris et à Lisieux du 23 au 30 septembre 1947, le Saint-Père a adressé à S.Exc.Mgr Picaud, évêque de Bayeux et Lisieux> la lettre suivante : A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE FRANÇOIS-MARIE PICAUD, évêque de Bayeux et Lisieux, Plus P.P.XII VÉNÉRABLE FRÈRE, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.Nous Nous sommes paternellement réjoui en apprenant que le 50e anniversaire de la bienheureuse mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus serait l’occasion d’un grand Congrès national, au cours duquel des orateurs de choix s’emploieraient à mettre en lumière le message spirituel de la Petite Sainte de Lisieux, dont l’opportunité semble n’avoir fait que grandir au cours de ce demi-siècle.Trop de chers souvenirs Nous rattachent personnellement à celle que Nous avons eu la joie de donner récemment comme patronne secondaire à votre chère patrie, pour que Nous ne venions pas apporter aux congressistes Nos encouragements et Notre Bénédiction.Nous voudrions même saisir l’occasion pour redire brièvement combien, dans les conjonctures présentes, il nous paraît important que tous, petits et grands, savants et ignorants, suivent les exemples de la sainte Carmélite qui a voulu et su vivre ici-bas si parfaitement en véritable enfant du Père céleste.La voie d’enfance spirituelle que, après beaucoup d’autres saints, elle est venue nous rappeler, est celle recommandée par ces paroles du Sauveur à ses apôtres : (( Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez pas et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » Math.18, 3. LA VOIE DE L’ENFANCE SPIRITUELLE 131 Plusieurs s’imaginent que c’est là une voie spéciale, réservée à des âmes innocentes de jeunes novices, pour les guider seulement dans leurs premiers pas, et qu’elle ne convient pas à des personnes déjà mûries qui ont besoin de beaucoup de prudence, étant données leurs grandes responsabilités.C’est oublier que Notre-Seigneur lui-même a recommandé cette vie à tous les enfants de Dieu, même ceux qui ont, comme les apôtres qu’il formait, la plus haute des responsabilités : celle des âmes.Le monde actuel av/ait gra^d besoin d’entendre LE MESSAGE DE LA SAINTE DE LlSIEUX.On oublie aussi trop souvent que, pour voir clair dans la complexité des questions qui tourmentent aujourd’hui l’humanité, il faut, avec la prudence, cette simplicité supérieure que donne la sagesse et que sainte Thérèse de Lisieux nous manifeste de la façon la plus aimable et avec un attrait profond qui s’exerce sur tous les cœurs.Le monde actuel, égaré par tant de causes, mais particulièrement par l’orgueil de ses découvertes scientifiques, par sa préoccupation exclusive des biens terrestres, avait grandement besoin d’entendre ce message d’humilité, d’élévation surnaturelle et de simplicité.Seulement, pour le bien entendre, il faut ne pas perdre de vue la grande sagesse de cette petite sainte, son intelligence pénétrante des choses de Dieu, ses souffrances intérieures, héroïquement supportées et qui la conduisirent à une très intime union avec Dieu.On voit par sa vie que la voie d’enfance spirituelle, telle qu’elle l’a conçue sous l’inspiration du Saint-Esprit, mène les âmes aux actes les plus difficiles et les plus élevés, comme à l’offrande totale d’elle-même pour féconder l’apostolat des missionnaires et travailler effectivement à la conversion des pécheurs.Cette spiritualité rappelle celle de sainte Catherine de Sienne et celle de la grande sainte Thérèse d’Avila.Elle rappelle aussi ces paroles de /’Imitation (I.III, ch.XL, 5) : « La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous, Seigneur, et non pas en soi, de se réjouir de votre grandeur et non de sa propre vertu, de ne trouver de plaisir en nulle créature qu’à cause de vous ». 132 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES L’enfance spirituelle Cette voie d’enfance est très élevée, et pourtant, c’est bien celle qui convient à tout enfant de Dieu, fût-il arrivé à un âge avancé.Sainte Thérèse de Lisieux a été frappée des ressemblances qui existent entre l’enfance ordinaire et l’enfance spirituelle ; mais elle a fort bien noté aussi leurs différences.Les ressemblances sont manifestes.Généralement, l’enfant est simple, sans duplicité, sans complication inutile ; il a aussi conscience de sa faiblesse, car il a besoin de tout recevoir de ses parents.Il est donc porté à croire à tout ce que lui dit sa mère, à avoir une absolue confiance en elle et à l’aimer de tout son cœur.Par suite, si sa mère est chrétienne et lui parle souvent de Dieu, l’enfant exerce de bonne heure les trois vertus théologales : il croit en Dieu, espère en lui et il l’aime avant de connaître la formule écrite des actes de foi, d’espérance et de charité.Mais l’enfance spirituelle se distingue de l’autre par la maturité du jugement surnaturellement inspiré par le Maître intérieur.« Ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement, dit saint Paul, mais faites-vous enfants sous le rapport de la malice )) (I Cor 14, 20).De plus, comme l’a noté sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, après saint François de Sales, tandis que, dans l’ordre naturel, l’enfant qui grandit doit apprendre à se suffire, dans l’ordre de la grâce, l’enfant de Dieu, en grandissant, comprend de mieux en mieux qu’il ne pourra jamais se suffire à lui-même, qu’il doit vivre dans une docilité supérieure à son activité personnelle, guidé par sa prudence, docilité qui, finalement, le fera entrer dans le sein du Père, in sinu Patris, pour l’éternité.Cette voie d’enfance, si on l’entend bien, nous rappelle donc la simplicité supérieure de l’âme qui va droit à Dieu, avec une intention très pure.Elle nous redit l’importance de l’humilité qui porte à demander la grâce de Dieu, puisque (( sans lui nous ne pouvons rien faire )) dans l’ordre du salut.Alors, en suivant ce chemin, la foi devient plus vive, pénétrante et savoureuse, parce que Dieu se plaît à éclairer ceux qui SAINTE THÉRÈSE DE L’ENFANT-jÉSUS 133 l’écoutent.L’espérance devient de plus en plus confiante, elle tend avec certitude vers le salut : (( Certitudinaliter tendit in suum finem », dit saint Thomas (lia, Ilae, q.18, a.4) ; elle nous préserve du découragement en nous rappelant que le Seigneur, précisément à cause de notre faiblesse, veille attentivement sur nous et aime à secourir ceux qui l’implorent.Selon cette voie, la charité nous porte plus vite à aimer Dieu de tout notre cœur, plus que notre perfection personnelle, à l’aimer purement pour lui-même et pour qu’il règne dans les âmes en les vivifiant et en les attirant fortement à lui.Enfin, l’enfant de Dieu, s’il est simple avec Dieu et les saints, est aussi, sous l’inspiration du don de conseil, très prudent avec ceux en qui on ne saurait avoir confiance.Et s’il a conscience de sa faiblesse, il est aussi très ferme par le don de force, lorsqu’il faut persévérer au milieu des plus grandes difficultés.Il se rappelle la parole de saint Paul : « Cum enim infir-mor, tunc potens sum » (II Cor 11, 10) ; lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort, car c’est en Dieu seul que je mets ma confiance.Universalité du message thérésien Ce message, selon la parole de Jésus, est d’abord (( révélé aux petits » (Le 10, 21 ), qui sont ainsi invités à se sanctifier par la fidélité à la grâce du moment présent dans les choses les plus ordinaires de la vie, et qui, par l’acceptation des sacrifices quotidiens, peuvent arriver à l’union constante avec Dieu.Ces « petits », après avoir mis en pratique ce message, sont appelés à le communiquer aux autres, à tous ceux qui ont besoin de l’entendre, à ceux qui ne connaissent pas leur indigence et qui recevraient la vie abondamment si leur cœur s’ouvrait pour la recevoir.La voie d’enfance spirituelle nous fait éviter le danger de cet Cette volonté absolue de dépendance et de pauvreté intérieure n’étouffe pas, en l’âme de Thérèse, les ambitions spirituelles les plus hautes.Ecoutez-la : (( Je ne suis qu’une enfant impuissante et faible ; cependant, c’est ma faiblesse même qui me donne l’audace de m’offrir en victime à votre amour, ô Jésus ! » Et un peu plus loin, au sujet de ses désirs audacieux de sainteté, elle ajoute : « Mon excuse, c’est mon titre d’enfant ; les enfants ne réfléchissent pas à la portée de leurs demandes.Cependant, si leur père, si leur mère montent sur le trône et possèdent d’immenses trésors, ils n’hésitent pas à contenter les désirs des petics êtres qu’ils chérissent plus qu’eux-mêmes ».Nous savons aujourd’hui que Dieu a non seulement contenté les désirs de son enfant bien-aimée, mais qu’il a accompli en sa faveur « des merveilles infiniment plus grandes que ses immenses désirs ».Lorsqu’on est sincèrement petit, « on obtient du bon Dieu tout autant qu’on espère ».En considérant la gloire de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, comment ne pas penser à cette parole du grand moine bénédictin que fut Dom Marmion : « Le saint le plus élevé dans Je ciel est celui qui, ici-bas, a été le plus parfaitement enfant de Dieu, qui a fait davantage fructifier en lui la grâce de son adoption surnaturelle en Jésus-Christ ».U Enfance spirituelle et la vie chrétienne Dieu nous a introduits dans l’ordre surnaturel par la grâce de l’adoption filiale.« Lorsqu’est venue la plénitude des temps, il a envoyé son Fils.pour que nous recevions l’adoption.(Gai 4, 4-5).« A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean, 1, 12).C’est le fait de l’Incarnation, qui embrasse l’humanité entière.« Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel ciie : Abba ! Père ! » (Gai 4, 6).C’est le fait de notre baptême, par lequel chacun de nous devient enfant adoptif de Dieu, non de titre seulement, mais en réalité.La grâce reçue alors nous a parfaitement outillés pour la vie chrétienne qui est de nature spécifiquement filiale. SAINTE THÉRÈSE DE l’eNFANT-JESUS 143 Dieu, mon Père ; moi, son enfant ! voilà le fondement du christianisme.Tout ce qui vient ensuite repose là-dessus comme sur sa base.La vie chrétienne n’est autre chose que la mise en œuvre des facultés filiales que le saint baptême nous a conférées.Et « la sainteté n’est autre chose que l’épanouissement complet, le plein développement de cette première grâce qui est notre adoption divine par le baptême )) (Dom Marmion).Notre religion est la religion du Dieu-Père, essentiellement.Ne craignons pas de l’aborder par ce côté-là, qui est le plus tendre et le plus vrai ! « Tant qu’on n’a pas compris que Dieu a pour nous un cœur de Père, tant qu’on n’a pas tout confié à son amour, dans le présent et pour l’avenir, on relève d’un christianisme appauvri, pour ne pas dire inanimé.L’esprit filial, qui est la vraie piété, fait partie intégrante de notre religion )> (Alf.Durand, S.J.).U fait également partie intégrante de la doctrine théré-sienne.C’est pourquoi le style de sainteté qu’est l’Enfance spirituelle ne passera pas comme une mode ; il durera aussi longtemps que l’Eglise, parce qu’il s’enracine dans le dogme central de la paternité divine et de notre filiation surnaturelle.Ayant son point de départ dans la grâce baptismale, il s’adapte merveilleusement aux besoins et aux aptitudes de toutes les âmes chrétiennes.On comprend pourquoi les trois derniers Papes l’ont si instamment recommandé à « tous les fidèles, sans distinction de nationalité, d’âge, de sexe, de condition » (Benoît XV).Récemment encore, faisant écho à ses deux prédécesseurs, S.S.Pie XII écrivait : « Il nous paraît important que tous, petits et grands, savants et ignorants, suivent les exemples de la sainte Carmélite qui a voulu et su vivre si parfaitement en véritable enfant de Dieu » (Lettre autographe à /’occasion du Congrès thé-résien).Peu avant de mourir, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus affirmait, avec une humble et tranquille assurance : (( Ma mission va commencer de faire aimer le bon Dieu comme je l'aime )).Qu'elle daigne la remplir auprès de nous tous, cette mission, en nous aidant à aimer le bon Dieu selon sa manière à elle, comme des enfants qui aiment leur père et s’abandonnent à lui, parce qu’ils savent « à quoi s’en tenir sur son amour et sa miséricorde ! )) Montréal Une Sœur de la Providence. Dom Columba Marmion, O-S.B.1923-1948 Le 30 septembre 1947 marquait le 50e anniversaire de la mort de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.Exactement quatre mois plus tard, le 30 janvier 1948 marquera le 25e anniversaire de la mort de Dom Columba Marmion, moine bénédiction, décédé en Belgique, à l’abbaye de Maredsous.Sainte Ihérèse de l’Enfant-Jésus est bien connue dans Je monde de la spiritualité ; Dom Columba Marmion l’est moins.C est pourquoi nous avons pensé profiter de cet anniversaire pour faire connaître un peu la vie et l’œuvre de ce grand moine, afin de presenter la doctrine la plus authentique de l’Église.SA VIE.Dom Columba Marmion naquit à Dublin en Irlande, le 1 avril 1858, d’un père irlandais et d’une mère française.Après ses études secondaires au Belvederian College de Dublin, dirigé par les Jésuites, il fut admis au séminaire de Clonliffe, où il se distingua si bien par sa piété et son goût des choses divines qu’il fut envoyé à Rome pour terminer ses études théologiques et parfaire sa formation sacerdotale.Ordonné prêtre dans la Ville éternelle le 16 juin 1891, il rentra dans son pays natal et fut aussitôt nommé vicaire à la paroisse de Dumdrum.Après un an de vicariat dans ce petit bourg de Dublin, il revint au Séminaire de Clonliffe pour y occuper la chaire de philosophie.En plus d’être piofesseur, il était également chapelain du couvent des Redemptoristines et aumônier de la prison des femmes à Mountjoy.Lors de son retour d’Italie, le jeune prêtre s’était arrêté quelques jours à l’abbaye de Maredsous.Cette courte visite 1 impressionna si profondément qu’elle suscita chez lui le goût de la vie monastique.En 1886, il put enfin réaliser le rêve qui le hantait depuis quelques années, et fut admis le 21 novembre comme novice à l’abbaye belge.Après sa profession, qui eut lieu le 10 février 1888, il remplit plusieurs charges dans sa communauté.En 1889, il est nommé prieur de l’Abbaye du Mont-César à Louvain, où, en plus de cette charge, il est professeur de théologie et directeur spirituel des moines étudiants.En 1909, il est nommé abbé de Maredsous, ou il mourut le 30 janvier 1923, laissant à toutes les âmes qui 1 ont connu ou seulement approché le souvenir d’un profond théologien,; d’un grand moine contemplatif et d’un maître en spiritualité. DOM COLUMBA MARMION, O.S.B.145 SON ŒUVRE.Dom Marmion n’eut jamais l’idée de publier ses conférences ni de faire œuvre d’écrivain spirituel.Il éprouvait même, dit-on, une sorte d’indifférence à ce sujet.Une religieuse chargée de résumer ses conférences dans la communauté où il prêchait lui dit un jour : « Je rêve qu’un jour on édite vos conférences )).Et lui, surpris d’une pareille question, de répondre : « Laissez cela au bon Dieu, ma fille1 ».Sous la pression de ses confrères et de ses disciples, il se décida néanmoins vers la fin de sa vie à les livrer au public.Ce travail est dû à la généreuse collaboration de Dom Thibaut, son élève en philosophie et en théologie, et enfin, son dirigé.Auditeur assidu des conférences du grand moine, pour qui il avait la plus profonde vénération, Dom Thibaut était l’homme tout désigné pour publier l’œuvre de son Père Abbé et nous transmettre sa doctrine et sa pensée.Personne mieux que lui n’était qualifié pour le faire, ayant vécu longtemps dans l’intimité de son maître.C’est donc avec raison qu’un auteur a dit (( que nous devons à Dom Thibaut d’avoir Dom Marmion2 ».Dom Marmion, faisant crédit à son éditeur, a cependant reconnu comme sien le texte publié et affirma que la doctrine transmise par son disciple avec tant de fidélité et d’exactitude était bien la sienne.C’est ainsi que Dom Marmion est devenu écrivain spirituel et l’un des plus grands de notre siècle.Il s’agit plutôt d’énumérer ses ouvrages que de les analyser.Les tirages et les nombreuses traductions disent assez clairement l’accueil unanime qu’en a fait le public et prouvent éloquemment l’influence et le rayonnement extraordinaire de son œuvre poui-tant si minime.Les chiffres que nous indiquerons se passent de tout commentaire.Son œuvre comprend une trilogie : Le Christ vie de Lame, paru fin 1917.Traduit en huit langues, il atteint aujourd’hui le 190e mille.La première édition de ce volume, tirée à 2 500 exemplaires, fut épuisée en l’espace d’un 1.Cité par Dom Idesbald Van Houtryve, O.S.B.L'esprit de Dom Marmion, p.51.2.Morineau, Dom Marmion, Maître de sagesse, p.40. 146 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES mois, bien que la guerre empêchât à ce moment toute propagande et toute publicité.Détail digne d’être mentionné, il a été traduit aussi en braille pour une maison d’aveugles.Ce livre constitue le chef-d’œuvre de l’auteur et nous donne un magnifique aperçu sur l’ensemble de la vie surnaturelle.Ce fut une vraie révélation.Les critiques et les témoignages n’ont qu’une voix pour souligner la haute valeur du Christ vie de Fame et déclarent à l’unanimité que (( c’est le plus beau livre de ces dernières années »* et « un manuel classique d’ascétisme, de première valeur )>3 4 qui (( devrait servir de base pour les cours de spiritualité5 ».Pour s’en convaincre, on n’a qu’à lire dans Mélanges Marmion les deux chapitres intitulés : Préfaces au (( Christ vie de Fame et Le Christ vie de F âme et la critique.Le Christ dans ses mystères, publié en 1919, 115e mille, traduit en sept langues.Ce livre complète le Christ vie de Fame et nous présente la personne du Christ comme le modèle et la source de vie dans chacun de ses mystères.Ces deux premiers ouvrages sont honorés d’une lettre d’approbation de S.S.Benoît XV.et le premier est préfacé par Je Cardinal Mercier.Le Christ idéal du moine, sorti des presses en 1922, quelques mois avant sa mort, 80e mille, traduit en six langues.C’est l’application de la même doctrine et des mêmes principes à la vie religieuse.Bien que spécialement destiné aux religieux, ce livre fournira à tous les chrétiens avides de perfection et de sainteté une nourriture très assimilable.A cette trilogie qui constitue l’œuvre capitale de Dom Marmion, il faut ajouter un opuscule, une biographie et un recueil de lettres : Sponsa Verbi, La Vierge consacrée au Christ, parvenue au 55e mille et traduit en sept langues.Conférences à des moniales bénédictines sur l’éminente dignité et les devoirs essentiels de la vierge consacrée au Christ par les vœux de religion.3.R.P.Doncœur dans Études 4.The Month S.J.sept.1925.5.R.P.Gervasius, O.Cap.dans Ons Eigenblad janv.1921. DOM COLUMBA MARMION 147 Un Maître de la vie spirituelle, Dom Marmion.Ce volume, couronné par l’Académie française, a connu une aussi large diffusion que les autres.« En nous faisant entrer si avant dans l’intimité du Docteur de la vie spirituelle qu’est Dom Marmion, ce livre ajoute à la doctrine elle-même une nouvelle séduction et une nouvelle force » (Brémond).L'Union à Dieu dans le Christ, d'apres les lettres de direction de Dom Marmion, 50e mille, traduit en six langues.Ce livre complète et couronne admirablement bien les œuvres spirituelles de Dom Marmion et nous révèle ses grandes qualités de (( directeur d’âmes ».Depuis quelques années, plusieurs ouvrages ont été publiés dans le but de mieux faire connaître l’auteur et sa doctrine.Dom Thibaut, qui a si profondément pénétré l’âme de son Maître, a publié quelques textes inédits et groupé sous un même titre quelques extraits de ses ouvrages.Ce sont : Mélanges Marmion, paru en 1937 notes inédites et documents, suivis d’une table des textes scripturaires cités par Dom Marmion dans ses livres.Paroles de vie en marge du missel, 60e mille, traduit en cinq langues.Une page de Marmion choisie avec soin pour chaque jour de l’année liturgique, en harmonie avec le mystère ou le saint célébré par l’Église.C’est un vrai trésor de vie intérieure.Venez au Christ, vous tous qui peinez, paru en 1946, 25e mille.Les plus belles pages de Dom Marmion sur la souffrance.Consécration à la Sainte Trinité, texte et commentaire.Cet acte de consécration, commenté par les écrits de l’auteur lui-même, nous révèle les richesses de sa vie.L'idée maîtresse de la doctrine de Dom Marmion, paru en 1947.Cette étude, lisons-nous dans la préface* dégage de tous ses écrits l’idée directrice d’où l’œuvre entière est sortie, la pensée inspiratrice qui en forme pour ainsi dire l’armature.Voilà brièvement esquissée l’œuvre spirituelle de Dom Marmion.Ses livres ont “té rangés parmi (( les classiques de la spiritualité chrétienne ».(H.de Guibert, dans Revue d'Ascétique et de mystique.) On pourrait écrire aujourd’hui un fort gros volume avec les appréciations et les témoignages qu’en ont donnés les piinces de 148 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES I Église, les eveques, les théologiens et les auteurs spiiituels, appartenant a des écoles différentes, les directeurs spirituels de séminaires ou de colleges, et les directeurs de revues les plus diverses.Certains d’entre eux n’hésitent pas à lui donner le titre de « maître )) ou de «docteur )) de la vie spirituelle.Signalons à l’attention des lecteurs que Benoît XV, recevant un jour Dom Marmion en audience privée, lui montra sur son bureau Le Christ vie de lame et lui dit : « Je m’en sers pour ma vie spirituelle ».Comment expliquer cet accueil si unanime de l’Église tout entière et la diffusion prodigieuse de son œuvre à travers le monde ?Pour résumer notre pensée, demandons au biographe et à l’editeur du grand moine, Dom Raymond Thibaut, de nous donner la réponse : « On peut ramener ces motifs à plusieurs chefs ; l’œuvre de Dom Marmion est éminemment une, et cette unité est due au rôle central qu’y joue la personne du Christ ; elle appuie la vie spirituelle sur l’ensemble organique du dogme chrétien ; elle est tout imprégnée d’un parfum de prière ; les textes des Écritures, en constituent la trame vivante ; elle place l’âme dans l’atmos-phere purement surnaturelle ; elle porte l’empreinte de la sagesse de l’expérience ; enfin, versant dans l’âme confiance, paix et joie, elle pousse à l’action par plénitude de vie intérieure », Un Maître de la Vie spirituelle, p.399.SA DOCTRINE.Il ne s’agit pas de donner ici une synthèse de sa doctrine ni une vue d’ensemble de toute sa spiritualité.Un tel tableau déborderait les cadres de cet article qui n’a pour but que de donner brièvement le fondement de sa doctrine et de souligner l’idée centrale de son œuvie spirituelle.Mais auparavant, qu’il nous soit permis de rappeler un principe qui revient souvent sous la plume de Dom Marmion et qji est d’une importance capitale pour notre vie spirituelle.Un principe jondamental La sainteté n’est possible et réalisable pour l’homme que selon le plan divin.Nous ne serons saints que dans la mesure ou nous nous adapterons a ce plan.Nous nous sanctifierons comme Dieu le veut ou nous ne nous sanctifierons pas du tout.II faut aller a Dieu a sa façon, et non selon notre voie à nous. DOM COLUMBA MARMION 149 En dehors de ce plan divin, l’homme s’égare et ne peut pas se sanctifier, ni même se sauver.Connaître ce plan divin et s’y adapter : voilà en deux mots, selon Dom Marmion, le grand principe que nous devons mettre à la base de notre vie spirituelle.Le plan divin : notre adoption divine Mais quel est ce plan divin, cette voie tracée par Dieu lui-même pour que l’homme puisse réaliser sa destinée surnaturelle ?De toute éternité, Dieu veut notre sainteté.Dieu nous a élus pour que nous soyons saints.(( La volonté de Dieu, dit saint Paul, c’est votre sanctification.» (1 Thess 5, 3.) Et pour nous rendre saints, il nous fait participer à sa vie en nous adoptant comme ses enfants, et comme héritiers de sa gloir3 éternelle.Le rôle du Christ dans cette adoption Cette vie de fils adoptifs par laquelle nous devenons membres de la famille de Dieu, c’est le Christ qui nous l’a méritée par sa passion et par sa mort ; c’est le Christ qui en est le modèle, c’est le Christ qui en est la source.Voilà le rôle du Christ dans le plan divin de notre adoption surnaturelle.On peut résumer ce rôle en trois mots : filii per Filium : fils par le Fils.C’est par le Christ que nous sommes devenus fils de Dieu.« Quand vint la plénitude des temps, dit saint Paul, Dieu envoya son Fils dans le monde, pour nous conférer l’adoption.» (Gai 4,4-5.) filii cum Filio : fils avec le Fils.« Dieu nous a prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né d’une multitude de frères » (Rom 8, 29).filii in Filio : le fils dans le Fils.Nous vivons dans le Christ et le Christ vit en nous.Nous vivons d’une même filiale à la gloire du Père.Le Christ notre vie.C’est donc avec raison qu’on a souligné le caractère christo-centrique de son œuvre.Le titre si expressif de son premier volume : Le Christ vie de l'âme résume bien le rôle que doit jouer la personne du Christ dans notre vie spirituelle : Médiateur, source et modèle de notre filiation adoptive, il est vraiment la vie de nos âmes. 150 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES (( Pour certaines âmes, la vie du Christ-Jésus est un sujet de méditation entre beaucoup d’autres ; ce n’est pas assez.Le Christ n est pas un des moyens de la vie spirituelle ; il est toute notre vie spirituelle ».et notre tout Dom Marmion a donc raison de nous répéter souvent avec saint Paul : Avec le Christ Dieu nous a tout donné.En Lui nous avons tout pleinement.En sorte que rien ne nous manque pour vivre en fils de Dieu et arriver à la sainteté, CI Cor 1, 5-7).Donc, par le Christ, avec le Christ, dans le Christ, nous sommes les fils adoptifs de Dieu, les enfants chéris du Père céleste.Un seul Fils de Dieu Dieu est Père, notre Père.Par nature, il n’a qu’un Fils.Mais, par adoption, il a voulu avoir une infinité d’autres fils.Son Fils n’est pas seulement l’unique-engendré, mais aussi le premier-ne d une multitude de frères.Mais en réalité, ce ne sont pas d autres fils qui s ajoutent au Fils unique et éternel, tout comme les nouveaux-nés augmentent le nombre des enfants dans une famille.Dans la grande famille du Père, il y a comme deux degres de filiation ; celle du Christ qui est naturelle, et celle des chrétiens qui est adoptive.La filiation naturelle du Christ est la source d ou découlé la filiation adoptive des chrétiens.C’est par notre union au Fils que nous sommes fils.Le Christ et le chrétien : tous deux fils de Dieu : le Christ, par nature, Je chrétien, par adoption et par grâce ; tous deux ayant le même Pere et animes d’un seul et même esprit, l’Esprit-Saint.Et parce que nous participons à la filiation du Fils bien-aimé, nous devenons par lui et avec lui l’unique objet des complaisances du Pere.Ainsi le Fils naturel et les fils adoptifs vivant d’une mêrne.vie filiale sont enveloppés par le même amour paternel et jouiront éternellement du même héritage dans le sein du Père.On voit par là l’étroite intimité entre le Christ et le chrétien : tous deux ne forment qu’un seul GRAND VIVANT UN SEUL CHRIST, UN SEUL FILS DE DIEU.Nous sommes donc, dit saint Augustin, les fils de Dieu, nous sommes le Fils de Dieu ; car si nombreux que nous soyons, nous sommes un en Lui, Enar-rat.tn ps.CXXII n.5). DOM COLUMBA MARMION 151 Tel est brièvement esquissé le plan conçu et réalisé par Dieu pour la sanctification et le salut de nos âmes.Sainteté de fils adoptifs Cette sainteté à laquelle Dieu nous prédestine consiste donc dans une vie de fils adoptifs.Et Dom Marmion ne cesse de nous redire de façons que toute la vie chrétienne comme la sainteté peut se ramener à cela : être par la grace ce que le Christ est par nature : FILS DE DIEU.« Comme le tout du Christ-Jésus peut se résumer dans sa filiation divine, ainsi le tout du chrétien peut se résumer dans la participation par Jésus-Christ et en Jésus-Christ à cette filiation.Notre sainteté n’est pas autre chose que cela : plus nous participons à la vie divine par la communication que le Christ-Jésus nous fait de sa grâce dont il possède la plénitude, plus élevé est le degré de notre sainteté».Le Christ, vie de l'ame, p.24.Fondement de cette doctrine : notre prédestination adoptive en J.-C.Toute cette doctrine de Dom Marmion repose sur deux textes de saint Paul qu’il a dû souvent méditer, qu’il a cités maintes fois dans ses écrits et qui nous donnent la clef de voûte de sa spiritualité.Ces deux textes, les voici : Le premier est tiré de l’épître aux Romains : « Dieu nous a prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils bien-aimé, afin qu’il soit le premier-né d’une multitude de frères » (Rom.8, 29).Le deuxième, de l’épître aux Éphésien s,explique en quoi consiste cette conformité au Christ : « Dieu nous a prédestinés à devenir ses fils adoptifs par Jésus-Christ» (Eph 1, 5).C’est donc le même décret qui nous prédestine à devenir conformes au Christ et fils adoptifs de Dieu.Prédestiner à la communion et à la conformité avec le Christ, dans la pensée de saint Paul, c’est prédestiner à la filiation divine.Car il n’y a qu’un Fils de Dieu.Et nous ne pouvons devenir fils adoptifs de Dieu, dit saint Thomas, que par notre union avec le Fils naturel, (in epist.ad Galat.c.3 lect.9).En nous communiquant sa vie, le Christ nous fait participer à sa qualité de Fils qu’il possède d’une manière transcendante.Nous sommes fils adoptifs en raison de notre similitude avec le Christ et de notre participation à sa filiation.Notre adoption n’est pas autre chose que cette conformité avec le Fils.Nous prolongeons en quelque sorte la filiation 152 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES eternelle du Verbe et nous sommes entraînés avec lui dans le même courant filial vers le Père
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