La vie des communautés religieuses /, 1 avril 1966, Avril
la VS® des communautés religieuses 4 Au coeur de la rénovation religieuse AVRIL 1966 La VIE des communautés religieuses • Revue publiée par les RR.PP.Franciscains de la Province St-Joseph au Canada; paraît le 15 de chaque mois, excepté juillet et août, par fascicules de 32 pages; ® La Direction est assurée par le R.P.Léonce HAMEL IN, assisté d'un groupe de professeurs au cléricat théologique de Rosemont (Montréal); • On souscrit à la revue directement, sans l'intermédiaire des librairies ni des agences.En joignant une étiquette à toute correspondance administrative, vous facilitez notre travail; • Tout ce qui concerne la Revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750, Boulevard Rosemont Montréal 36 — Tél.259-6911 PRIX DE L'ABONNEMENT : $2.75 (pour tout pays) Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication La VIE des communautés religieuses AVRIL 1966 vol.24, n° 4 Jean-Marie R.Tillard, Le mystère de la communauté .98 o.p.Parmi les points les plus essentiels au renouvellement évangélique de la vie religieuse, il faut placer une nouvelle prise de conscience de la nature de la communauté religieuse.Les tensions actuelles ne pourront trouver une vraie solution que dans la mesure où elles seront étudiées sous la lumière d’une authentique théologie du mystère de la communauté.L’auteur fournit quelques jalons susceptibles d’amorcer une réflexion dams ce sens.Gilles Bourdeau, D’âge en âge ta fidélité .113 o.f.m,.Devant les sorties toujours plus nombreuses de nos communautés se pose le problème de la fidélité religieuse.L’auteur analyse théologiquement comment cette fidélité, pleinement humaine et pleinement prophétique, est participation vivante à la fidélité trinitaire totalement manifestée en Jésus et en voie d’achèvement par l’action de l’Esprit, Cet article est essentiellement biblique ; il en appelle un autre, d’ordre existentiel, que nous nous proposons pour une livraison ultérieure.Consultation» .123 Les livres Les disques 98 VIE RELIGIEUSE LE MYSTÈRE DE LA “COMMUNAUTÉ” Jean-Marie Tiulard, o.p.Professeur de Théol.dogmatique Collège dominicain de Théologie 96, av.Empress, Ottawa.Parmi les points les plus essentiels au renouvellement évangélique de la vie religieuse et de ses institutions, il faut placer une-nouvelle prise de conscience de la nature de ce que l’on appelle la communauté religieuse.Et cette “prise de conscience” nous paraît si importante que nous n’hésiterions pas à affirmer que de fait elle sous-tend tout véritable effort de retour à l’Evangile.Les tensions actuelles (qui risquent de s’aggraver si on ne se décide pas à les envisager autrement que comme des crises de soumission ou une bourrasque d’esprit d’indépendance) lie pourront trouver une vraie solution que dans la mesure où elles seront étudiées sous la lumière d’une authentique théologie du mystère de la communauté religieuse.Nous voudrions dans ces pages fournir quelques jalons susceptibles d’amorcer une réflexion dans ce sens.1.QUELQUES CONCEPTIONS INCOMPLETES ET INSUFFISANTES DE LA NATURE DE LA “COMMUNAUTE RELIGIEUSE" Commençons par déblayer le terrain en éliminant les unes après les autres certaines conceptions courantes, mais qui nous paraissent gravement insuffisantes.Lo conception “utilitariste" Tout d’abord la conception qu’en durcissant nous nommerons “utilitariste”.C’est peut-être la plus répandue actuellement, à la faveur d’une certaine théologie globale de la “vie religieuse”.Ija COMMUNAUTE 99 communauté se présente alors presque uniquement comme un moyen éminent fournissant à chaque religieux ce qui lui est nécessaire pour trouver sa sanctification personnelle.On est entré en religion pour chercher plus ardemment le Seigneur, pour adopter un certain genre de vie créant comme le climat normal de la sanctification désirée, et c’est le but de la communauté que de donner ces moyens de perfection.Les Constitutions, les directives des supérieurs, les contacts fraternels, l’engagement généreux dans telle ligne d’agir ecclésial gravent peu à peu dans le religieux fidèle l’image du chrétien parfait qu’il se propose de réaliser durant tout le temps de sa Pâque terrestre.Qui oserait dire qu’une telle conception est fausse 1 Elle exprime au contraire une des strates essentielles du mystère de la vie religieuse, la recherche réaliste d’une identification de plus en plus totale au Christ Jésus.De fait, l’institution religieuse est un don de la miséricorde divine, un chemin que le Seigneur propose à ses frères pour leur permettre d’accomplir avec plus d’intensité la vocation inscrite en eux lors de l’événement baptismal.Pourtant on se sent spontanément gêné en face d’une théologie de la communauté religieuse uniquement centrée sur cette dimension de “moyen de perfection”.Ne risque-t-on pas de tomber dans l’individualisme ?De réduire la communauté à un agglomérat de chrétiens cherchant chacun pour soi la perfection, allant même jusqu’à faire de leur “service ecclésial” (dans la ligne spécifique de l’Ordre ou de la Congrégation en question) un moyen au “service de leur avancement” dans leur sainteté personnelle ?Allons encore plus loin : dans une telle perspective, que faire lorsque l’on s’aperçoit que les structures propres ne sont plus adaptées, que comme telles elles ne peuvent plus vraiment répondre à leur but, qu’ailleurs peut-être (voire en dehors de la vie religieuse) la perfection évangélique peut se trouver avec autant de densité ?On reconnaît les questions que se posent avec angoisse aujourd’hui tant de religieux.Nous pouvons même, théologiquement, nous poser une autre question, plus lourde encore de conséquences : dans une telle optique la charité commune est vue surtout comme le fruit de la sanctification de chacun, respecte-t-on ainsi suffisamment le fait qu’en Eglise la charité doit être le climat même où toute vie baptismale s’épanouit ! Ce sont là des questions importantes ! Cer- 100 VIE RELIGIEUSE tes (répétons-le pour éviter toute équivoque) la communauté religieuse est vraiment moyen de Salut offert aux hommes, et cette qualité appartient à son être même.Mais n’est-elle que cela ?N’est-elle pas d’abord autre chose ?A la façon dont VEglise de Dieu tout entière, tout en étant moyen de Salut donné aux hommes par l’Agapè du Père, est d’abord autre chose ?La conception "compensatrice'4 Une autre conception (qu’elle aussi je caricature quelque peu pour en faire saisir l’insuffisance) est celle d’une vie commune “compensatrice”.Elle se fonde sur une phrase évangélique : “nul n ’aura quitté maison, femmes, frères, parents ou enfants à cause du Royaume de Dieu qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci, et dans le temps à venir la vie éternelle” (Le 18, 29-30) ou, selon la tradition de Marc “qu’il ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions” (Mc 10, 29-30).Le texte évangélique est d’interprétation difficile et semble bien désigner avant tout les nouveaux liens spirituels reliant entre eux — et d’une façon appelée à durer pour l’éternité — ceux qui acceptent sans condition l’Evangile du Seigneur (cf.Mc 3, 34-35).Mais lorsqu’on l’applique à la vie religieuse on l’infléchit d’ordinaire en voyant dans la communauté comme telle ce centuple envisagé dans une perspective de récompense.Le religieux s’est matériellement dépouillé de tout, toutefois par le biais de la communauté il retrouve — et souvent de façon remarquablement accrue — cela même que dans sa générosité il avait abandonné.Le cas le plus typique est évidemment celui du voeu de pauvreté : on renonce à posséder personnellement les fruits de son propre travail mais on profite du travail de tous les autres, ce qui conduit souvent à un état de bien-être matériel et spirituel supérieur à ce que seul on eût pu réaliser.Au plan de l’obéissance le raisonnement est plus subtil : on abandonne son jugement propre pour les décisions majeures de sa vie (ce qui est douloureux) mais par le fait même on peut se reposer sur le jugement des supérieurs et leur responsabilité, puisque “les supérieurs peuvent se tromper mais on ne se trompe jamais en obéissant”.Quand au voeu de chasteté, l’amitié et la délicatesse d’affection de COMMUN AV TE 101 la vie fraternelle sont censées compenser largement la rude brûlure que cause en notre coeur l'acceptation généreuse et libre du célibat.Avouons de nouveau que cette vue n 'est pas fausse au moins dans son intuition de base : tout comme l’Eglise pour le baptisé, la communauté religieuse est pour le religieux un au-delà de la petitesse et de la pauvreté de son don, si total soit-il.Pourtant elle apparaît vite insuffisante à quiconque essaie de situer l’institution religieuse dans la pleine lumière de l’Evangile.A la limite elle peut même sembler opposée à l’élan foncier définissant non seulement la démarche de la profession religieuse mais plus fondamentalement celle de la foi.Le OUI dit au Christ s’il est vrai et absolu (et c’est bien ce que recherche le religieux) est inconditionné, s’appuyant non sur une récompense immédiate, même partielle, mais sur la promesse du Royaume à venir.On n’entre pas en communauté pour y trouver une sécurité matérielle : on y entre au contraire pour se dépouiller en laissant le dépouillement du Christ lui-même passer en nous.Et c’est dans la mesure où nous sentons existentiellement que tout semble craquer sous nos pas, que nous pouvons vraiment nous tourner vers le Seigneur et lui crier avec notre chair et notre esprit : Seigneur il n’y a que toi, toi seul qui comptes pour moi, je ne me fie qu ’en toi, tu es mon seul trésor.Le conception "cumulatrice" C’est dans cette ligne que nous pouvons situer une autre conception déficiente de la communauté religieuse, la conception “cu-mulatrice”.Elle semble se répandre aujourd’hui en certains milieux.On se donne au Seigneur, on choisit librement le style de vie évangélique caractéristique de la profession religieuse, avec ses voeux, ses exigences propres.Mais on veut petit à petit récupérer à l’intérieur de cette vie également les éléments caractéristiques d’autres formes de l’existence chrétienne.On oublie que tout choix, en quelque domaine qu’il se fasse, exige, s’il veut aboutir à une oeuvre de qualité, l’abandon de certaines valeurs positives qui risqueraient de détourner vers elles une partie des énergies.Lorsque l’horticulteur coupe au sécateur certains boutons afin de permettre à celui qui lui paraît le plus prometteur de s’épanouir avec éclat, il choisit entre des valeurs positives, il renonce à certaines fleurs et à leur beauté ; mais il y consent parce qu’il recherche une certaine qua- 102 VIE RELIGIEUSE lité florale.L’exemple n’est pas tout à fait adéquat, mais il nous paraît éclairant.Il y a dans l’existence chrétienne du laïc non religieux des valeurs évangéliques de toute première importance, souvent aussi belles que celles que l’on peut trouver dans la vie du religieux le plus fidèle.L’engagement apostolique de certains militants porte en lui une dose d’héroïsme chrétien qui doit nous faire rougir, nous souvent pelotonnés dans la chaleur de nos observances et de nos conformismes.L’amour ardent de la Création et le labeur dans les structures du monde, en faisant communier à la geste créatrice du Père, appartiennent au cœur même de la vocation baptismale.Nous devons regarder tout cela avec admiration et amour, nous guérir à tout jamais du pharisaïsme quelque peu manichéen qui nous a si souvent portés à des mépris qui n’ont rien de chrétien.Pourtant, ce n’est pas en réinjectant à l’intérieur de la vie religieuse les attitudes propres au laïc directement engagé dans les structures temporelles à titre d’époux, de militant, de témoin, que nous réussirons à redonner vigueur à la première.On aboutit alors à une solution bâtarde.Souvent même on tombe dans une forme odieuse d’égoïsme : déchargés de la rude inquiétude d’un foyer, d’un avenir matériel à créer et à assurer, d’une famille à éduquer, nous cherchons cependant à nous annexer de la vie familiale tout le halo de joie, de confort, de style de vie sociale qui vient équilibrer ces inquiétudes.La communauté religieuse ne peut pas essayer de jouer à la société mondaine ; elle tourne alors au “cénacle de célibataires”.Ici encore, qu’on nous comprenne bien.Nos communautés religieuses doivent (et cela nous paraît une nécessité urgente, catégorique, une condition sine qua non non seulement de survie mais surtout de fidélité au Christ) se convertir à l’aujourd’hui du dessein de Dieu, s’ouvrir avec lucidité à tous les appels de l’Esprit qui leur sont adressés de partout, entreprendre avec courage et réalisme une authentique réforme.Elles doivent entrer vraiment dans notre temps.Même si cela exige d’elles un bouleversement considérable de législations, d’attitudes et de mentalités.Mais cette conversion ne s’opérera pas de façon “cumulative”, en se bornant à revernir de vie séculière les structures religieuses, à ‘ ‘ cumuler ’ ’ ce qu’on appelle “le mérite des voeux” et les “avantages de la vie du monde”.Ce qui est exigé est beaucoup plus radical : reprendre à sa COMMUNAUTE 103 racine la vie religieuse, la saisir dans ce qu’elle a de propre, d/irremplaçable, définir avec netteté sa fonction caractéristique au sein de toutes les formes de vie ecclésiales, et généreusement voir comment cela peut se réaliser dans l’aujourd’hui de l’Eglise.Une réforme faite an sein de la vocation propre et pour elle.Non une réforme faite en plaquant l’une sur l’autre deux vocations différentes.La conception "pragmatique" Dernière conception insatisfaisante, la conception “pragmatique”.D’ordinaire on la rencontre moins dans les instituts religieux eux-mêmes que chez les responsables de la pastorale ecclésiale, évêques, directeurs diocésains des oeuvres, responsables des divers organismes d’entr’aide missionnaire.La communauté représente une somme considérable d’énergies apostoliques que les voeux de religion mettent en état de disponibilité radicale, qui donc peuvent se laisser facilement "utiliser”.Pour reprendre une expression que nous avons souvent entendue durant les discussions du Concile, les religieux doivent être prêts — en vertu de leur être même de religieux — à "répondre aux urgences”.Lorsque, par exemple, dans une église locale le nombre des vocations sacerdotales baisse de façon alarmante, on impose aux religieux-clercs la prise en charge de paroisses, on ordonne même des frères religieux-laïcs.Ou encore on demande à des communautés de soeurs enseignantes de fermer leurs écoles pour se consacrer à des œuvres d’évangélisation plus directe.Ici encore le jugement à porter sur cette conception doit être nuancé.Il est vrai que la communauté religieuse est fondamentalement au service de l’Eglise, et que ce service lui-même exige nécessairement le respect des urgences.Les diverses communautés ne sont pas des petits cercles clos au sein de la grande communauté ecclésiale, des nodules impénétrables : elles sont au contraire de l’Eglise locale, dans l’Eglise locale, par l’Eglise locale et pour l’Eglise locale.Ce qui implique qu’elles communient non seulement théoriquement mais pratiquement, concrètement, aux situations réelles de celle-ei et aux efforts de ses responsables.Toutefois cette communion, pour être fructueuse, pour vraiment donner à l’Eglise la sève évangélique en plénitude, doit s’accomplir dans le respect des 104 VIE RELIGIEUSE diverses vocations et des diverses fonctions.Qui dit communion dit non pas uniformité, mais complémentarité.La nuance nous paraît capitale ; faute de la saisir on risque de s’engager (peut-être le fait-on déjà) dans de graves impasses.La.communauté religieuse n’est pas une collection d’apôtres indifférenciés que l’on peut envoyer à droite ou à gauche, selon les besoins du moment.Si elle vit dans la fidélité à sa profession, elle est toute consacrée à un service ecclésial bien spécifique, dans une ligne caractérisée par ce que l’on appelle son but propre.Allons même plus loin.Le “service” qu’elle doit rendre à l’Eglise n’est-il pas plus large et, dans sa fine pointe essentielle, d’un autre ordre que celui d’une possibilité d’utilisation ?En d’autres termes, la communauté est-elle d’abord et essentiellement une réserve de dynamisme apostolique, un organisme utile à l’action ecclésiale, une équipe de spécialistes libérée de toute contrainte et donc en totale disponibilité pour la diffusion de l’Evangile ?L’Eglise elle-même, dont elle forme une cellule vivante, n’est-elle que “service de l’Evangile”, bien que ce service appartienne à son être ?N’y a-t-il pas une strate plus profonde, donc plus essentielle, sur laquelle ce service repose et où il puise à la fois son sens et son dynamisme ?2 LA COMMUNAUTE RELIGIEUSE, SIGNE ET REVELATION DE LA COMMUNION ECCLESIALE EN JESUS^CHRIST Ces diverses conceptions de la communauté religieuse nous ont paru insuffisantes et incomplètes, incapables de servir de support à une authentique rénovation de la vie religieuse.Pourquoi ?Tout simplement parce qu ’elles se placent à ras de terre et qu ’au lieu de rechercher le point précis où la communauté se situe dans le dessein de Dieu, elles essaient de voir ce que les hommes peuvent désirer trouver en elle.Ce qui est de très mauvaise méthode et ne peut conduire qu’à des culs-de-sac.Le principe de toute interrogation de l’Eglise sur elle-même ne peut être autre que celui-ci : que suis-je face à Dieu, qu’exige de moi le Père, que veut-il que je devienne pour que les hommes puissent découvrir en moi le vrai visage de son amour ?, COMMUNAUTE 105 La communauté est un "mystère" Or dans cette lumière la communauté religieuse se dévoile comme un mystère, au sein même du mystère de l’Eglise de Dieu.Ici, par mystère nous n’entendons pas le sens courant de choses impénétrables et appelées à demeurer toujours obscures.Nous reprenons au contraire le vocabulaire de Paul lui-même pour qui le musterion est le dessein secret du cœur du Père, porté en lui de toute éternité, et enfin révélé au monde dans la Mort et la Résurrection de Jésus (Rom 16, 25-27 ; 1 Cor 2, 7-16 ; Eph 1, 3-14 ;; 3, 7-13 ; Col 1, 25-28 ; 2, 2-3).L’Eglise est déjà en son être profond de communion de Vie, de koinônia, la réalisation de ce musterion : passés dans la Pâque de Jésus, les baptisés passent “en lui, par lui, avec lui ’ ’ dans la vie du Père, ils deviennent ‘ * fils adoptifs ’ ’, porteurs déjà des biens que le cœur de Dieu réserve à ceux qu’il aime.La communauté religieuse se situe là, comme un signe (un sacrement) révélant d’abord à l’Eglise elle-même puis au monde que le mystère est déjà ensemencé dans l’histoire des hommes.Si nous prenons au sérieux la pensée de Paul et celle de Jean, nous découvrons en effet que la communion ecclésiale (la koinônia) n’est pas une réalité que nous devons d’abord réaliser par la force de nos vertus avant de pouvoir en jouir pour l’éternité, dans la grande communion fraternelle de l’Eglise triomphante.C’est une réalité déjà accomplie dans et par le Christ Seigneur.En des pages bouleversantes Paul nous dit que par sa Croix débouchant sur la Résurrection Jésus a recréé en lui l’unité brisée par le péché : unité des hommes avec leur Père, unité des hommes entre eux, “faisant la paix, réconciliant Juifs et Gentils avec Dieu, tous deux en un seul Corps, en sa personne tuant la Haine” (Eph 2, 14-18).Jésus ressuscité, Seigneur de l’Eglise, porte en lui la fraternité des hommes, leur communion (dans ses deux dimensions de communion-au-Père et de communion-aux-frères) ; et l’Esprit-Saint qu’il donne a précisément pour activité essentielle de diffuser peu à peu, de répandre dans l’humanité ce mystère dont la source est Jésus et n’est que Jésus.Lorsque par le baptême nous entrons dans le Salut, c’est dans cette communion et cette fraternité que nous entrons : nous sommes faits fils adoptifs du Père en étant faits “membres de l’Eglise”, frères du Christ, frères des saints.La communion et la fraternité qüi en dessine la dimension horizontale nous apparaissent donc, 106 VIE RELIGIEUSE dans cette lumière théologique, essentiellement et fondamentalement comme un “donné”, un cadeau du Père, dont le Christ Jésus est à la fois l’unique agent (dans son engagement au service du dessein du Père), l’unique lieu, l’unique puissance (dans l’Esprit Saint, qu’il nous livre).Le signe par excellence de l’amour de Dieu pour nous, le voilà : il nous introduit gratuitement dans la fraternité du Christ Jésus”, son Fils Unique.L’Eucharistie dominicale qui nous rassemble tous dans la communion sacramentelle au même, indivisible et indivisé corps ressuscité du Seigneur, enracine et explicite ce “mystère”.Mais l’Eucharistie n’est pas seulement un rite passager, quelques minutes vécues ensemble dans la participation à un même culte.Comme tout sacrement elle veut passer dans la vie, et son effet tend précisément à s’actualiser dans la destinée des hommes.C’est ici qu’apparaît, au sein de la communion ecclésiale, la communauté religieuse.Celle-ci veut être, tout simplement, la démonstration, la percée, la manifestation, l’épiphanie la plus parfaite possible du donné fondamental : en Jésus-Christ, et en lui seul, Dieu le Père a déjà fait aux hommes le cadeau fondamental et seul nécessaire, la koinônia.Il a jeté dans le monde le germe de la vraie fraternité, fondée sur l’appartenance à l’unique Fils du Père.Ce germe est dispersé çà et là dans l’univers des hommes, ses effets sont souvent voilés du fait des multiples tâches quotidiennes qui obligent les chrétiens à se séparer pour être ferment dans la pâte, seule l’assemblée dominicale parvient à en signifier plus intensément la réalité.La communauté se propose, par un style de vie chrétienne spécial, de rendre plus vivement et plus continûment perceptible cette présence.Elle se veut donc : signe de la communion ecclésiale en tant que celle-ci est don du Père fait en Jésus Seigneur.Les voeux, signes de la communion Ce qui lui impose de très rudes exigences.Car du fait même elle compromet l’Eglise entière ! Au coeur de ces exigences se trouvent les voeux de religion.Avant d’être privation, holocauste, avant même d’être moyens pour réaliser une plus grande fidélité évangélique, ceux-ci sont des témoignages et des signes.Us expriment, explicitent dans une vie et une chair humaines COMMUNAUTE 107 le fait que la “communion de fraternité” dont la communauté cherche à devenir une cellule vivante ne vient fondamentalement que de Dieu seul, en Jésus-Christ.Car par la chasteté librement et joyeusement assumée la communauté entière proclame que l’amour qui la soude ne passe pas à travers les appels de la chair (qui pourtant sont bons s’ils sont traversés par la grâce), mais vient de l’action de l’Esprit gravant en chacun les traits du Christ.D’ailleurs, nous ne choisissons pas nos frères religieux : Dieu lui-même nous les donne, et si nous cherchons à les aimer chaque jour plus intensément ce n’est pas parce qu’humainement ils nous plaisent, mais parce que Dieu le Père en a fait nos frères en leur donnant à eux aussi la grâce de la communion.Si nous-mêmes choisissions nos frères, nos communautés se dépeupleraient vite ! Notre amour fraternel n’a donc de source et de lieu que le don du Père en Jésus Christ : mon “frère” ce n’est pas celui que j’ai choisi d’aimer, mais celui que le Père me donne à aimer.D’où le sens théologal de notre chasteté, sa valeur essentielle de signe de l’origine ultime de tout, amour chrétien.Il en va de même du voeu de pauvreté.Refuser toute possession personnelle même des biens normalement nécessaires à la subsistance, se borner commu-nautairement au style de vie le plus modeste et le plus simple, revient à signifier publiquement que ce don de la communion et de la fraternité que le Père nous fait dans le Christ et par le Christ suffit à apaiser notre désir de possession, qu’il est l’unique nécessaire, au sens le plus absolu du terme.C’est d’ailleurs dans cette fraternité donnée que, par la mise en commun des ressources et des fruits du travail, chacun trouve le nécessaire à ses besoins les plus essentiels.Plus importante est peut-être, à ce plan, la valeur de l’obéissance.Quand cesserons-nous donc de n’y voir ({u’un volontarisme austère et desséchant ?Dans le voeu d’obéissance, le religieux s’engage publiquement à n’orienter concrètement sa vie, ses talents propres, ses options apostoliques, en un mot son “service du dessein de Dieu”, qu’à travers la médiation de la volonté d’un autre frère, celle du supérieur.Sans nullement pour cela démissionner en son jugement personnel, il veut lire la volonté du Père dans la volonté d’un frère.C’est dire jusqu’où va la fraternité : d’une certaine façon en donnant la communauté au chrétien, Dieu se donne lui-même, un peu comme en donnant son Fils il se livre lui-même.On voit comment, dans cette perspective, qui transcende la fa- 108 VIE RELIGIEUSE mense distinction (sujette à caution) entre conseils et préceptes, les voeux apparaissent comme un effort généreux (et rude, nous le savons par expérience !) pour faire percer avec clarté à la surface même de l’Eglise les traits qui sont gravés en elle, dans la profondeur de son être de communion.Ils ne viennent pas s’ajouter du dehors au mystère ecclésial, ni instaurer au sein de toute la fraternité chrétienne des “cénacles d’initiés” prétendant transcender la condition commune.Ce qu’ils font est beaucoup plus évangélique : ils veulent qu’au sein d’elle-même, donc en pleine et totale homogénéité avec sa nature, l’Eglise puisse s’exprimer avec plus de netteté, dans les caractéristiques essentielles qui définissent son mystère.En d’autres termes, ils représentent l’effort de l’Eglise pour pousser jusqu’à leur plus extrême limite les implications du fait essentiel qu’elle est le don de communion (filiation adoptive et fraternité) que Dieu fait aux hommes, et que ce don suffit, qu’il est même l’unique nécessaire.La Paix, épiphanie du salut Mais la communauté n’est pas seulement caractérisée par ses voeux.Ceux-ci s’ordonnent, nous l’avons dit, à un certain style de vie évangélique.Ce style lui-même doit être signe.Il faut que la vie de la communauté cherche à exprimer sa façon plus aigüe, comme en relief, les traits de la vie ecclésiale : l’Eglise, en effet, n’est pas uniquement communion ontologiquement soudée dans le Christ, elle est aussi vie de communion puisée dans la Pâque du Christ.Or, parmi ces caractéristiques de la vie d’Eglise, une surtout doit, me semble-t-il.être mise en lumière, et il faut regretter que la théologie l’ait si peu scrutée pour elle-même.Il s’agit de la paix.Lorsque l’on relit Paul et Jean on est frappé de l’importance qu’ils accordent à cette paix du Christ qui est même pour Jean l’ultime souhait du Seigneur à ses disciples (Jn 14,27), selon la vieille coutume juive à laquelle il donne un contenu nouveau.Paul voit dans la paix enfin instaurée entre les hommes le fruit le plus beau de la Croix : “c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux (juifs et gentils) n’a fait qu’un peuple, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine .pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : COMMUNAUTE 109 en sa personne il a tué la haine.Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches : par lui nous avons en effet tous deux accès auprès du Père, en un seul Esprit” (Eph 2,4-18).Si le Christ Jésus est ainsi la Paix de Dieu, et si la communion des hommes ne s’opère que par et dans le Christ, il faut en conclure que cette communion ne s’accomplit que dans la Paix.Quand donc Dieu donne aux hommes la fraternité, il leur donne par le fait même la paix, “non pas celle du monde” (Jn 14,27), mais celle qui n’a de source et de lieu que Jésus Seigneur.La communauté religieuse va donc devoir, pour être un “signe de l’Eglise”, porter en elle de façon éminente cette paix.Et cette exigence va donner une toute nouvelle couleur à la recherche évangélique qui anime chacun de ses membres.A la paix, en effet, s’oppose la guerre.Celle-ci s’enracine dans la haine, effet de l’égoïsme originel et donc du péché.Sans le Christ, dit Paul, pas de paix possible : lui seul a tué la haine et piétiné l’égoïsme.Mais d’autre part sans la paix pas de fraternité possible.L’effort de perfection par lequel le religieux essaie péniblement de vaincre en lui le péché, d’extirper de son coeur l’égoïsme, est donc non seulement une démarche concernant sa propre destinée spirituelle mais aussi un engagement positif destiné à faire rayonner davantage dans l’Eglise et dans le monde la Paix du Christ.Plus on sera parfait, c’est-à-dire passé dans le Christ, plus on regardera ses frères avec le regard même du Christ.Plus donc on les considérera comme de vrais frères.En conséquence plus la paix qui vient du Christ et de lui seul se diffusera.Voilà pourquoi tout essai de réforme et de conversion des formes actuelles de la vue religieuse ne peut être authentique que s’il s’accomplit dans un climat de paix.D’abord dans l’immédiat de la recherche et de la prise de conscience des problèmes.Il ne peut être question pour chaque génération ou chaque école spirituelle de tenir à sa position et de vouloir la faire triompher à tout prix : il s’agit de regarder ensemble l’idéal commun, de ne jamais oublier que la fraternité comme telle, avec la paix qui rayonne d’elle, est au coeur même de la vie religieuse, qu’on ne peut donc jamais consentir à la mettre en péril.Une réforme qui déchire la communauté, qui y crée des tensions difficilement résorbées, est inutile, même si elle se propose de résoudre une situation inconfortable déjà existante.Tl faudrait que la rénovation (profonde, il le 110 VIE RELIGIEUSE faut) des communautés religieuses soit dans U aujourd’hui de l’Eglise le paradygme de la réforme de l’Eglise entière, et cela avant tout par son climat d’irénisme et de paix : ne sommes-nous pas ceux qui font officiellement profession de rechercher la perfection ecclésiale, donc de la démontrer par nos comportements ?Mais la paix du Christ doit être aussi considérée comme le but même de la re-conversion de la vie religieuse.Lorsque l’on réfléchit, en effet, aux causes les plus profondes du malaise qui existe actuellement un peu partout dans les communautés on s’aperçoit vite qu’à la racine de tout il y a le manque de paix intérieure de beaucoup de religieux.Ils veulent servir le dessein de Dieu, généreusement.Mais les formes actuelles sont souvent inadaptées à la qualité de service qu’exige le temps présent : nous ne sommes plus à l’époque où vivaient les fondateurs et les fondatrices, les accents se sont déplacés, l’équilibre chrétien s’est recentré sur la Parole de Dieu et l’Eucharistie, on a redécouvert le sens du dialogue.D’où des inquiétudes souvent douloureuses, là où l’on sent la volonté de ne rien changer ou de ne changer qu’à contre-coeur sans la largeur d’esprit évangélique qui fuse de partout dans l’Eglise.Refuser de tout faire pour redonner à nos communautés ce climat de paix, c’est pécher contre l’Eglise.Plus gravement encore c’est pécher contre le Père qui veut faire de la communauté le signe de son don d’amour et de paix, dans le Christ Jésus.Mais se servir du thème de la paix pour camoufler le refus de tout changement ou celui d’envisager les problèmes en face est une faute encore plus odieuse.La paix du Christ ne correspond jamais à une démission.Elle ne se confond pas non plus avec la béate satisfaction de celui qui trouve toujours que tout va bien.Elle est au contraire perpétuelle exigence de fidélité au désir du Père dans Y aujourd’hui de son dessein.Créer la paix ne revient pas à bercer les frères et à les endormir dans l’inertie de la médiocrité.C’est leur permettre la communion la plus totale possible au Christ, seule Paix véritable donnée aux hommes.Le témoignage du réalisme de la grâce En achevant nous voudrions signaler un point qui nous paraît important et qu’il faudrait traiter pour lui-même.La communauté religieuse doit être le signe de la miséricorde du Père.Là où la tension vers la perfection est la plus intense, là en effet doit percer davantage l’abyssale disproportion entre les efforts COMMUNAUTE 111 des hommes et les résultats obtenus.Personne ne devrait faire mieux que le religieux l’expérience de sa pauvreté radicale ! Quand Dieu donne la fraternité il la donne dans le Christ Sauveur.Elle est donc une fraternité de sauvés.La communauté religieuse, dans son effort pour mettre en relief les traits essentiels de l’Eglise, ne peut pas négliger cette caractéristique fondamentale, qui définit l’oeuvre même du Christ en ce qu’elle a de plus bouleversant pour la foi (Jean 3 :16-17 ; Rom.8:31-37).Nous sommes de bien pauvres pécheurs.Mais dans la communauté que nous formons, par la grâce de Dieu, demeure la charité, demeure la paix, demeure le pardon, demeure la joie.Pourquoi ?Uniquement à cause de la présence du Christ au creux de notre fraternité.Sans le Christ nous ne pourrions pas continuer de considérer tel frère comme un vrai frère, et nous en viendrions vite à en faire un ennemi : au lieu de nourrir l’amour, le contact quotidien tournerait en exacerbation et en haine.Sans lui également la perpétuelle constatation du décalage entre l’idéal que la communauté entière proclame et ce que de fait elle réalise en arriverait très vite à un certain désespoir, à une perte de confiance dans la valeur de l’institution religieuse comme telle.Bien plus, sans sa présence agissante nous ne comprendrions plus, dans les moments de crise soit personnelle soit communautaire, le pourquoi de tout ee que la fidélité à notre vocation exige constamment de nous.La communauté doit donc montrer à la fois la puissance de la trame sur laquelle se bâtit sa fraternité et la faiblesse des fibres qui concrètement donnent à cette fraternité son vrai visage, à la fois la puissance de Dieu en Jésus Christ et la faiblesse de l’homme.C’est alors qu’elle proclame existentiellement et concrètement le mystère de la grâce, don de Dieu fleurissant dans la pauvreté de l’homme.Car, selon la forte expression de Paul : la grâce de Dieu suffit, parce que sa puissance se déploie dans la faiblesse (2 Cor 12,9).Au fond (mais quelle terrible exigence !) il faut que le climat d’affection fraternelle de la communauté manifeste qu’en elle c’est Jésus-Christ lui-même qui aime, à travers les pauvres limites et les perpétuelles trahisons des coeurs que sa puissance cherche à envahir.En lui le Père a donné la fraternité, il l’a gravée au plus profond de la destinée de ces hommes ou de ces femmes assemblés pour vivre la perfection de l’Evangile.Elle est là, comme un donné fondamental et premier : à eux d’entrer peu à peu dedans, de l’actualiser, malgré leurs péchés et leurs médiocrités, dans le quotidien 112 VIE RELIGIEUSE de leur existence.Mais il faut que cela soit perceptible, que l’on sente la palpitation de cette rencontre entre la puissance miséricordieuse et la misère de l’homme.Ici prend place la valeur significative irremplaçable de la prière de demande, prière de pauvreté, cri de détresse poussé vers le Père par ceux qui ont conscience de leur petitesse originelle.Il est grave que dans certains milieux, à cause d’une très mauvaise compréhension du sens de la prière liturgique, voire de l’Eucharistie, on mette en veilleuse l’importance chrétienne de la prière de demande.Une Eglise qui ne se tournerait pas sans cesse vers le Père pour l’implorer serait une Eglise ne témoignant plus du tout le réalisme de la grâce.Et une communauté qui ne sentirait pas le besoin (un vrai besoin, non le besoin fictif, ni le simple désir d’obéir à un formulaire imposé par les Constitutions) de crier au Père “viens à notre aide” ne serait plus vraiment signe de la fraternité donnée dans le Christ, fraternité de grâce s’épanouissant dans la pauvreté de l’homme.L’action de grâces prend alors tout son sens chrétien, venu de son enracinement dans l’expérience concrète d’un Salut vraiment ressenti et vécu : elle est la traduction de l’émerveillement de la communauté face au débordement d’amour du Père qui ne cesse de “collaborer en tout pour leur bien avec ceux qu’il a appelés selon son dessein” (Rom 8,28) et qui par son Esprit Saint “vient au secours de leur faiblesse” (8,26).On le voit, la prière elle-même est signe, sacramen-tum, épiphanie, gloire de la fraternité évangélique dont la communauté veut être comme la mise en relief au sein de l’Eglise entière.* * * La communauté est donc un mystère.Un mystère du Christ.Cela, au coeur de VEglise-rny stère.Elle n’est donc pas d’abord une réalité juridique, et sa vie avant de relever de législations d’ordre moral plonge dans le plus profond du fait-Jésus.Voilà, nous semble-t-il, la conception qui doit être au coeur du mouvement de conversion dont nous avons si souvent parlé dans cette étude et que l’aujourd’hui du Salut exige de façon impérieuse.Il ne s’agit pas simplement de replâtrer de vieilles législations, ni même de remplacer une législation par une autre ; il s’agit avant tout de permettre à l’institution religieuse de réaliser en plénitude son être de mystère.Pour la gloire du Père, pour l’épiphanie de l’Evangile, donc pour le Salut du monde. FIDELITE 113 D'ÂGE EN ÂGE TA FIDÉLITÉ Gilles Bourdeau, o.f.m.Collège franciscain de Thêol.5750, boni.Rosemont, Montréal.“.Ceux qu ’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu ’iï a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés” (Rm 8,30).Notre baptême est une élection : Dieu nous a appelés et connus en nous donnant son Fils.C’est au Christ total et ressuscité que nous adhérons dans l’obéissance de la foi ; avec Lui nous avons promis d’être pour Dieu (Rm 6,6) et conséquemment de renoncer au monde du péché.L’alliance baptismale a ses exigences : la loi est charité totale et le culte, c’est l’offrande continuelle de ce que nous sommes dans un service amoureux du Christ et des hommes.La foi n’est pas en nous une réalité statique.La foi est vie et mouvement.Elle s’approfondit selon les conditions nouvelles de notre existence.S’il y a un appel pour adhérer au Christ dans la foi baptismale, il y en a un autre pour incarner dans un mode de vie cette foi initiale : c’est le cas du sacerdoce, de la vie conjugale et de la consécration religieuse.La consécration religieuse est avant tout un renouvellement de l’alliance baptismale, renouvellement qui comporte des exigences nouvelles que le religieux accepte librement afin de répondre à Dieu Le religieux s’engage devant Dieu et dans l’Eglise à vivre le mystère de la charité dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance.Ces voeux apparaissent comme des exigences d’une alliance plus intime avec le Seigneur, comme nécessitées par la réponse de tout notre être à un appel de Dieu.Ainsi, nous nous engageons à demeurer fidèles au Seigneur comme Lui-même nous est fidèle et nous rend capables de l’être et de le devenir.Le jour de la profession ne dure qu’une journée.Il vient cependant un moment où la fidélité tenace à travers les difficultés du quotidien s’assombrit : un doute nous oppresse ; une épreuve nous ébranle ; une chute nous terrasse ; une incompréhension de l’âme de notre fidélité nous fait dévier.Nous ne saisissons guère les traits 114 VIE RELIGIEUSE réels de notre fidélité religieuse.Notre expérience nous apprend aussi que cette fidélité nous est impossible : seul Dieu est fidèle.Peut-être avons-nous à regarder vers le Christ “car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils” (Rm 8,29).N’est-ce pas de Lui que nous apprendrons les véritables dimensions de notre fidélité religieuse ! N’est-ce pas le Seigneur qui nous enseignera à être fidèles avec et comme Lui f C’est la fidélité du Christ et de l’Eglise qui modèle la nôtre et lui assure sa perpétuité.Fidèles avec et comme le Christ pour un toujours dont Lui seul nous rend capables en Eglise.Fidèles avec et comme le Christ .La fidélité religieuse devient dans l’engagement des voeux un signe prophétique de l’amour fidèle du Christ à l’égard de son Père et de son Eglise.Le Christ, s’il est fidèle, l’apprit de son Père.Sa fidélité de Fils du Père et d’Epoux de l’Eglise fut modelée sur la fidélité de Dieu.Le Fils est fidèle comme son Père.Dieu est fidèle : Il est vrai en ce qu’il dit et conséquent à sa Parole 1.En Dieu, la fidélité est l’accord de son action à sa parole ; elle est l’agir de la véracité divine : “Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même” (2 Tm 2, 13).“Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point” (Mt 24,35).Tout L’Ancien Testament nous révèle Dieu “riche en grâce et en fidélité” (Ex 34,6).Avant de conclure, une autre fois, alliance avec son peuple prévaricateur (cf.Ex 34,14-28), Dieu se fait connaître à Moïse comme un Dieu fidèle, un amant tendre et compatissant qui ne revient pas sur son engagement et ses paroles, mais qui les accomplit en temps et lieu.Sa fidélité est l’acte de ce qu’il dit, Il dit vrai et agit en conséquence (Ps 144,12 ; 2 Tm 2,13).Dieu est fidèle à l’égard d’un peuple ou d’une personne ; Il témoigne sa tendresse au peuple de l’Alliance, peuple élu et choisi, à qui II s’est lié, exigeant de lui un engagement semblable : “Tu seras mon peuple .et je serai ton Dieu” (Ex 19-20).La.fidélité divine est un don gratuit et un lieu, une alliance dont la solidité est à l’épreuve des siècles.Son alliance est indissoluble, l’âge en âge ; elle porte ce trait de l’immutabilité divine et de la constance éternelle : Dieu, lorsqu’il se donne et s’engage, ne revient pas sur son 1) Tm Opt, Précis de Théologie dogmatique, Paris, Ed.Salvator, 3è ed., p.55.Cf.Dz 1782; 1789. FIDELITE 115 amour : “ D’âge en âge ta fidélité .” (Ps 119,90) ; “.car éternel est son amour.” (Ps 138,1).Ces deux attitudes divines, don et alliance, appellent de la part des hommes une réponse identique.Le don gratuit invite à une piété filiale : “.tous les sentiers de Yahvé sont amour et vérité pour qui garde son alliance et ses préceptes.” (Ps 25,10).L’engagement à toute épreuve de Dieu incite à une fidélité d’observance des préceptes de Dieu, à suivre la Loi et ses enseignements.Fidélité filiale.La fidélité divine à l’égard d’Israël et de l’humanité s’insère dans une alliance mutuelle, alliance de don scellée par un lien, et ce lien est la Loi et le sacrifice.Fidélité nuptiale.Du côté de Dieu ce lien est indissoluble, mais combien précaire de la part du peuple.L’histoire nous l’apprend : à la fidélité droite et pure de Dieu, le peuple élu répond par son adultère du coeur.Dès les premiers âges de l’humanité, Adam et Eve se retirent de ce contact naturel avec Dieu pour s’instaurer maîtres d’eux-mêmes et du monde, sans relation vivante avec leur Créateur.A cette chute, Dieu promet déjà une rédemption qui sera l’éclatement de sa fidélité et rendra l’humanité capable de fidélité définitive.Dieu s’y prend autrement.Toute l’histoire du salut qui part d’Abraham et qui, d’alliance en alliance, rompues et renouées, aboutit à la venue du Christ, plénitude de la fidélité du Père à l’égard de l’humanité, toute cette histoire raconte en gros traits l’inviolable et l’indissoluble fidélité de Dieu pour un peuple qu’il ne veut pas laisser de perdre, à qui II veut apporter la vie ; mais Israël ne cesse de se rebeller et de gémir.N’ayant pas trouvé une fidélité à la mesure de la sienne 2, Dieu envoie son Fils, homme comme nous, pour être sa fidélité chez nous et la voie de notre fidélité auprès de Lui : “Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ Notre-Seigneur” (1 Co 1,9).Le Christ, calquant sa propre fidélité sur celle de son Père, Lui sera fidèle comme un vrai Fils et, étant le Témoin fidèle de la Vérité : “.je suis né, je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité” (Jn 18,37).Si la Loi nous fut donnée par Moïse, “ toute grâce et toute vérité nous sont venues par Jésus-Christ” (Jn 1,17).Cette fidélité lui vient de son Père : “.et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité” (Jn 2) Vocabulaire de Théologie Biblique, Ed.du Cerf, 1962, col.368-369. 116 VIE RELIGIEUSE 1,14).Jésus, fidélité du Père manifestée parmi les hommes, montre comment être un fils fidèle au Père (1 Co 18,5) et rend capable de l’être dans sa Pâque où 11 est fidèle au Père jusqu’à la mort, d’une fidélité si plaisante que le Père l’agrée en ressuscitant son Fils d’entre les morts pour le faire siéger à sa droite, et nous avec Lui, grâce à son humanité fidèle.Nous sommes maintenant capables de fidélité dans sa fidélité rédemptrice : “Reste fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie” (Ap 2,10).Le Seigneur vient témoigner chez nous de la fidélité du Père et vivre, dans notre propre nature humaine l’expérience d’une réponse authentique à cette démarche de fidélité.Du Père fidèle, Jésus apprend sa fidélité de fils et d’époux.Dans cette fidélité du Christ, tout baptisé est rendu fidèle à Dieu, et c ’est cette première fidélité baptismale que l’engagement religieux vient préciser et incarner à nouveau par une consécration de toute la personne humaine au Père dans le Christ par l’Esprit.Le religieux modèle sa fidélité baptismale sur le Christ, fidèle au Père.En tant qu’il est fidèle au Père, le Christ agit une fidélité d’action de grâces, une fidélité de remontée, fidélité reçue qui s’offre et qui promet.Ayant été rendu fidèle par l’Esprit, Jésus est en quelque sorte le ministre, le prêtre de cette fidélité d’hommage qu’il rend au Père en Lui demeurant uni durant toute sa vie terrestre, '‘jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix” (Phil 2,3).Dans cette fidélité de la Croix, Dieu exalte, par la Résurrection et l’Ascension, son Fils fidèle, agréant pour toujours son amour indéfectible.Ce que le Christ présente au Père dans le Mystère de sa mort et de sa résurrection, c’est plus que son seul amour fidèle, c’est aussi la fidélité aimante de l’humanité rachetée par son sang et réconciliée ainsi avec Dieu.Non plus seul, non seulement comme Fils, le Christ est maintenant fidèle au Père dans son union définitive avec l’Eglise ; Il forme pour la gloire du Père une communauté d’amour et de fidélité, car avec son Eglise, Il n’est qu’un seul Corps.Il est maintenant fidèle au Père comme Chef du Corps Mystique.Sa fidélité assume toutes les fidélités de ses membres ; elle en est la source et la vitalité.Comme le Christ, le baptisé qui incarne son engagement initial dans un témoignage de consécration religieuse devient, d’une certaine manière, le ministre et l’offrande de sa fidélité religieuse.Ce n’est pas en vain que la profession religieuse prend tout son sens FIDELITE 117 lorsqu’elle est située au coeur de la célébration eucharistique ; de cette façon, il apparaît clairement que la consécration d’une femme ou d’un homme à Dieu est liée à l’unique sacrifice du Christ, lequel est à la fois le prêtre et la victime de son offrande perpétuelle au Père.C’est donc dans la fidélité du Christ que le religieux s’engage au Père et c’est dans le dynamisme du Mystère Pascal qu’il puise la force de vivre sa fidélité religieuse.Fidèle au Père comme Fils, le Christ l’est aussi avec l’Eglise comme Epoux.Il est fidèle au Père comme Chef du Corps Mystique.L’engagement à la fidélité religieuse se situe dans l’engagement du Corps Mystique au Père.Toute consécration religieuse a une dimension ecclésiale, non seulement parce que l’Eglise hiérarchique reçoit la promesse de fidélité mais surtout parce que la fidélité est promise avec une communauté de croyants.Cette communauté se concrétise dans la famille religieuse où le profès s’insère pour vivre son engagement évangélique.Tout religieux s’engage à demeurer fidèle au Père non seulement comme personne mais aussi comme membre d’une fraternité chrétienne.La fraternité religieuse doit, comme un tout et un corps uni, être fidèle avec le Christ et en Eglise.La fidélité religieuse est ainsi un signe de l’attachement de l’Eglise au Christ, et avec Lui de son attachement au Père.La fraternité religieuse doit témoigner ‘‘hic et mine” de l’unique fidélité du Corps Mystique.Le Christ, fidèle à l’Eglise, exprime tout l’amour sauveur dont Dieu est capable en Lui, amour rédempteur, amour qui pardonne d’âge en âge, qui demeure constant et fidèle malgré la faiblesse de l’autre.Fidélité reçue et donnée.Fidélité acceptée et offerte.Fidélité sanctificatrice et cultuelle.Les religieux vivent ces deux mouvements de la fidélité humaine et divine en Jésus-Christ : ils sont ministres et sujets d’une fidélité de grâce et d’action de grâces.C’est dans le Mystère Pascal que Jésus est fidèle, et c’est dans ce même Mystère continué et vécu par l’Eglise qu’il en applique les fruits aux membres de son Corps.C’est dans sa mort et dans sa résurrection que sa fidélité est donnée au Père et à l’Eglise ; c’est dans le sacrifice total de Lui-même qu’il manifeste l’indéfectible fidélité du Père à l’égard de l’humanité et la fidélité renouvelée de l’humanité.Le Christ est ainsi lieu et lien de la fidélité divine que reçoit celle de son peuple nouveau et s’unit à lui ; cette union demeurera car son peuple aimé est maintenant 118 VIE RELIGIEUSE fidèle en vérité puisque le Christ, à sa Tête, est fidèle avec lui, pour toujours.L’Eglise demeurera fidèle au Père, non par ses propres forces, mais plutôt par son union au Christ, le Serviteur fidèle, et par la communion constante à sa fidélité vécue dans le sacrifice eucharistique qui est hommage perpétuel de l’amour du Corps Mystique.La fidélité religieuse reçoit de la fidélité du Christ ses traits et son élan.La fidélité des religieux reproduit et prolonge celle du Christ et de l’Eglise, trouvant en elle modèle et force, car c ’est dans le renouvellement de l’Alliance par sa Pâque que le Christ voulut être pour tout croyant l’exemple suprême de la fidélité témoignée et gardée jusqu’à l’abaissement sur une croix.Par sa consécration le don du religieux à Dieu est un signe et un prolongement du don du Christ.Son engagement baptismal renouvelé par sa consécration se greffe sur le don du Christ au Père ; la fidélité du Seigneur assure et solidifie la fidélité des religieux.L’engagement religieux doit être aussi définitif et total que cet amour sans reprise du Christ pour le monde, aussi constant et fidèle que l’amour du Père manifesté dans le Christ et continué dans l’Esprit.pour toujours Pour être et exister dans toute son authenticité, la fidélité religieuse exige la perpétuité de l’engagement religieux, cette volonté d’être uni à Dieu dans la charité pour un avenir dont les contours sont indéfinis.La promesse religieuse vaut pour la vie; elle s’adresse à un Dieu à jamais fidèle.Cette promesse englobe tout l’être du religieux.Celui-ci veut demeurer uni à Dieu, Lui obéissant pleinement comme le Seigneur le fit, acceptant jusqu’à l’infamie de la croix pour tenir jusqu’au bout dans l’Amour qui l’aime.L’engagement religieux est un témoignage d’unité promis et vécu dans la charité de Dieu.C’est dans l’oeuvre du Dieu créateur qu’il faut chercher la source de cette unité.Par la rédemption accomplie dans le Christ, Dieu veut ramener toutes choses sous un seul chef afin qu’à la consommation II soit Tout et Tous et que le monde total soit rassemblé dans la plénitude de l’unité.Son dessein d’unité se réalise dans le monde si l’homme, demeurant uni à Dieu, reconnaît sa dépendance par une fidélité confiante vécue dans la liberté.Le refus de cette fidélité devient le péché fondamental : le commettant, l’homme veut FIDELITE 119 s’égaler à Dieu, niant en définitive le Dieu unique, rompant avec celui qui, tout Amour (1 Jn 4,16) est la source de l’unité.L’unité rompue avec Dieu, la division ronge l’unité fraternelle et sociale.La fidélité religieuse est la reconnaissance par un homme de sa filiation divine et le voeu de demeurer uni à Celui de qui il est, par qui il existe et vers qui il marche.C ’est une fidélité filiale qui engage tout l’être à vivre le mystère de l’unité de la charité en Dieu : comme Dieu s’attache à nous sans retour et pleinement, le religieux s’offre au Père par tout ce qu’il est et pour toujours.Ce lien d’unité qui existe entre l’homme et Dieu et dont témoigne la fidélité religieuse est signifié dans l’Ancien Testament par les liens que Dieu établit avec son peuple élu.Il s’engage envers Israël dans un amour débordant et actif afin de restaurer l’unité de l’humanité.Par la venue du Sauveur, l’unité est restaurée définitivement et sur tous les plans : l’unité de l’homme et de Dieu est refaite dans ce modèle d’unité totale qu’est l’union du Christ à son Père et à son Eglise.La réconciliation de l’humanité et de chaque homme avec Dieu se réalise dans la Pâque du Christ vécue en Eglise.La réponse du baptisé, et conséquemment du religieux, à ce mystère de réconciliation enracine sa fidélité dans l’unité trini-taire et ecclésiale.C’est dans le Mystère Pascal du Christ qu’origine l’unité restaurée entre l’homme et Dieu.Durant toute son existence terrestre, le Christ ne soumet sa volonté qu’à son Père seul; Il refuse toute compromission avec le monde (cf.les tentations au désert); Il n’accepte et n’attend d’autre secours que celui offert par son Père.Toute sa volonté est d’agir selon celle de son Père ; Il n’agit pas selon son esprit mais selon l’Esprit du Père; Il ne recherche pas sa gloire mais celle de son Père.Cette volonté de demeurer uni à Dieu atteint son sommet dans l’acceptation libre et consciente du don de sa vie pour rassembler les enfants de Dieu dispersés (Jn 10, 14ss; 11,51s).Sa prière sacerdotale et son agonie rendent le mieux compte de cette unité de sa volonté à celle de son Père (Le 22,42), unité qu’il veut étendre à tous les hommes en la leur proposant dans le Mystère de notre Rédemption.Cette unité demeure active aujourd’hui dans l’Eglise par la célébration de l’Eucharistie, sacrifice sans cesse agréé dans l’amour.C’est là, au coeur de ce sacrifice, que l’on retrouve non seulement le Christ uni au Père dans sa volonté constante d’être 120 VIE RELIGIEUSE sien, mais aussi le Christ uni à son Eglise et à tous les membres qui la forment, et c’est ensemble, Corps Unique, qu’ils offrent et s’offrent au Père.Au coeur de la célébration eucharistique le religieux comme tout baptisé vit et connaît l’âme et le dynamisme de sa, propre incorporation à Dieu comme source de son union fidèle et caritative à la volonté du Père.Il doit y saisir les exigences de son union radicale avec Dieu dans la compréhension de l’unité définitive du Christ et du Père.Uni au Père.Uni, aussi, à l’Eglise.Le Christ ne livre sa vie que pour l’Eglise, son unique épouse.Il vient unir ceux qui l’aiment et croient en Lui “leur donnant son Esprit et sa mère (Rm 5,5; Jn 19,27), les nourrissant d’un seul pain, son corps sacrifié sur la croix (1 Co 10,16s), Il fait ainsi de tous les peuples un seul corps (Eph 2,14-18) ; tous les croyants deviennent les membres de son seul Corps, l’Eglise, insérés comme des pierres vivantes dans l’unique Temple de Dieu (Eph 2,19-22; 1 P 2,4s) dont II est l’unique pasteur (Jn 10,3) et la Tête.Uni à son Père, Il l’est aussi à son Eglise pour qui II oeuvre afin de se la présenter belle comme une fiancée parée pour son Epoux.De même, le religieux s’il est fidèle au Père comme un fils dans le Fils, il lui est fidèle comme membre d’un corps vivant et avec lui; le religieux ou la religieuse est fidèle en “frère” ou en “soeur” avec le Christ.Nous aurons à découvrir jusqu’à quel point notre fidélité religieuse est fraternelle, c’est-à-dire ecclésiale.Toute fidélité religieuse authentique est filiale et fraternelle : filiale quant au Père dans le Christ et fraternelle, quant au Père dans le Corps Mystique.Au coeur de la Trine-Unité manifestée dans l’Eglise se greffe l’engagement du religieux ; c ’est en elle qu ’il trouve la grâce d’incarner sa fidélité dans l’existence concrète, même dans les drames de la fidélité religieuse.L’engagement religieux n’est pas dissous dès qu’apparaissent un doute, une difficulté.L’engagement religieux situé dans le temps est définitif, il est un “pour toujours”.Le caractère définitif de l’engagement religieux c’est ce voeu d’alliance avec Dieu, continué et vécu dans la durée comme un témoignage réel et indéfectible de l’amour de Dieu à l’intérieur de la Trinité, et dans le Christ pour les hommes; Il ne s’est jamais repris dans le don de sa fidélité.La fidélité religieuse témoigne de la fidélité inviolable du Christ à l’égard de son Père et de l’Eglise.L’amour dont Dieu nous aime dans le Christ ne nous a FIDELITE 121 jamais manqué; c’est un amour inviolé et toujours fidèle : “Fort est son amour pour nous, pour toujours sa vérité” (Ps 117,2).Le déploiement de toute l’histoire du salut illustre la constance active de l’amour de Dieu.Partant de la création du monde, passant par la chute d’Adam et d’Eve et la déchéance de l’univers, allant vers l’appel d’Abraham, de Moïse, de son peuple, à travers toutes les alliances successives jusqu’au Christ, qui est lien et lieu de la fidélité du Père continuée par l’Esprit en Eglise, il n’y a qu’un même élan d’amour qui se porte sans cesse vers nous.Cet Amour qui ne se rompt pas continue d’être ce qu’il est hier et aujourd’hui, jusqu’au retour définitif du Seigneur, où toute l’humanité étant reprise dans la Pâque du Christ, il n’y aura qu’une seule communion de vie, l’agapè.Dans cette compréhension de l’amour de Dieu qui ne se reprend pas, le religieux connaîtra et vivra une consécration religieuse sans rupture dans la constante unité de la charité par la force et la puissance du Christ.La fidélité religieuse n’existe que dans la fidélité donnée et vécue à chaque jour, témoignage de l’Amour qui est éternellement.Où est- lo charité, là est la fidélité Fidèle comme le Père par le Christ, le religieux l’est dans l’Esprit.Comme tout don nous vient du Père par le Fils dans l’Esprit, toute offrande remonte au Père par le Fils dans le même Esprit.Toute la fidélité au Christ à son Père et à son Eglise fut vécue dans l’Esprit (Le 4,44; 12,28; 4,18; Is 61,1).De même, à l’heure actuelle, l’Eglise ne peut vivre selon son Epoux que dans l’action fécondante de l’Esprit qui travaille constamment à l’unité du Corps du Christ (1 Co 12,13).L’Esprit est source de communion (Eph 4,3 ; Phil 2,1); il répand le don suprême de Vagapè dans les coeurs (1 Co 13,2; 2 Co 6,6 ; Ga 5,22; Rm 5,5) ; il rassemble tous les membres d’un même corps dans l’unité : “Un seul Corps et un seul Esprit.un seul Seigneur.un seul Dieu” (Eph 4>4s).L’Esprit unit parce qu’il est l’Esprit de Dieu.Dans cet Esprit d’unité, l’Eglise et la fraternité religieuse resserrent leurs liens d’amour unificateur pour tout le temps de leur pèlerinage terrestre.C’est dans l’Esprit que le religieux et sa fraternité vivent une fidélité commune avec le Christ et l’Eglise.Dans l’Esprit, la charité qui anime l’Eglise et qui est la pulsation même 122 VIE RELIGIEUSE de la vie fraternelle croît et s’exprime.L’Esprit est à la fois l’âme et la fécondité de la fidélité religieuse; il est pour le religieux comme dans l’Eglise une force de configuration au Christ pour la gloire du Père.“.L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné” (Rm 5,5).L’Esprit nous fait accéder à Dieu, nous introduit à une communion vivante avec Lui.La fraternité religieuse participe dans l’Esprit à l’Amour qu’est la Trinité.Là où est la Charité, là aussi est la Fidélité.Là où est l’Amour, là est perpétuellement engendrée la Fidélité.Là.où est l’Amour, là est la Vérité et là aussi est la Fidélité.Là où est l’Amour vivant, dans le temps et dans l’espace, par-delà le temps et l’espace, Là aussi est vécue la Fidélité, dans le temps et dans Uespace par-delà le temps et l’espace, car d'abord elle est éternellement existante en Dieu, éternellement présente dans l’Unité et l’Universalité de la Trinité.La Fidélité est d’abord en Dieu et dans la Trinité, car avant tout l’Amour est Dieu et l’Amour est échange et partage dans la Trinité, et la Trinité est Amour, et la Trinité est Dieu.La fidélité religieuse est un témoignage, un prolongement et un signe de cette fidélité d’amour éternellement existant dans la Trinité ; elle sera parfaite et totale à la mesure de sa participation à la fidélité trinitaire dans l’adhésion du religieux et de sa fraternité au Père par Jésus-Christ, grâce à cette charité de communion scellée dans l’Alliance nouvelle.La fidélité religieuse pleinement humaine et pleinement prophétique est participation vivante à la fidélité trinitaire totalement manifestée en Jésus et en voie d’achèvement par l’action de l’Esprit.Toute fidélité religieuse tant filiale que fraternelle, existe dans la Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.Fidélité trinitaire et fidélité baptismale ; fidélité trinitaire et fidélité religieuse car la charité qui est la vie de la consécration religieuse, est communion à l’Amour qu’est Dieu-Trine, et là où est l’Amour là aussi est la Fidélité.Charité trinitaire fidèle et charité religieuse fidèle.Dans le Royaume eschatologique, seul L’Amour durera et ne passera pas; tous ceux qui auront participé à cet Amour, en auront été le signe et ne l’auront pas renié, Dieu ne les reniera pas; Il les introduira dans l’Amour qui est pour toujours.La Fidélité ne sera plus nécessaire car elle sera pleinement vécue dans l’amour, et la Fidélité sera pleinement Amour comme Dieu, l’homme étant pour toujours passé en Dieu. VOS QUESTIONS 123 CONSULTATION La question de la détente est à la mode du jour .A quel rythme, d’après vous ou d’après les spécialistes, peut-on accepter la détente pour qu’elle ne produise que.de bons effets.Souvent on prétend que la détente est aussi un moyen de culture, mais comme toute bonne chose utilisée de façon irrationnelle, non équilibrée, elle peut devenir une cause de relâchement.Notre correspondante aura sans doute trouvé que la réponse à sa consultation était lente à venir ; nous n’attendions que l’occasion.Celle-ci nous est fournie par un certain nombre de lettres qui nous parlent de musique, de piscines, de sport, de cinéma, etc., comme moyens de détente.A toutes ces lettres, nous voulons répondre par un ensemble de réflexions sur les soins à apporter à notre frère le corps, en tant que chrétiens et religieux.L’engagement religieux ne nous libère pas de notre corps, ce corps auprès duquel plusieurs saints en mourant se sont excusés pour en avoir abusé.La génération actuelle est beaucoup plus sensible aux valeurs humaines qu’elle découvre à travers une meilleure connaissance de sa propre personnalité.Le P.Boisvert, dans un précédent article sur l’attitude des jeunes, écrivait : “Cette redécouverte des valeurs intégrales de la personne fait que les jeunes religieux portent sur ses composantes, le corps, l’intelligence, l’âme, un regard d’admiration et d’estime, et non ce x-egard désapprobateur et méprisant que le jansénisme nous a appris à jeter sur le corps et ses fonctions naturelles, sur l’âme et ses tendances au mal.L’alimentation, le sommeil, la maternité, etc., tout cela apparaît aux jeunes beau et grand.Leur corps a pour eux une telle valeur, qu’ils désirent lui donner ce qu’il requiert d’hygiène et d’exercice pour le maintenir en forme.D’où la vogue du sport chez les jeunes religieux.Par contre ce respect du corps, qu'ils jugent noble et admirable, ne les incline pas à la mortification corporelle, à un style de spiritualité où tiennent la première place les renoncements, les retranchements, les souffrances et les larmes.Ils préfèrent une sainteté qui soit sous le signe de l’épanouissement, et donc du courage, de la générosité, de la joie et de l’amour.Rien ne les rebute tant qu’une sainteté renfrognée, aux yeux fermés, à la tête basse et aux mains closes ; rien par contre ne peut les enthousiasmer comme une spiritualité de conquête, aux yeux ouverts sur le monde, à la tête haute, aux mains toujours disposées à donner, vine spiritualité de sublimation et non d’annihilation” (La Vie des Comm Fiel.23.1965, 245-246).Voilà le fait.Dégageons ce qu’il y a de positif dans ces constatations.Le corps humain doit sûrement s’insérer dans le plan de la création, dans 124 VOS QUESTIONS les desseins de Dieu.Il est évident aussi qu’il doit être mis au service religieux et moral du Créateur : “Je vous exhorte, mes frères, par les miséricordes divines, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu en guise de culte spirituel’’ (Rom 12, 1).Les membres des baptisés ne doivent donc pas servir comme armes d’immoralité, mais être mis à la disposition de la justice pour Dieu (cf.Rom 6, 13).La valeur du corps humain se prend de l’assomption de la nature humaine par le Christ.Tout ce qui est humain ne lui est pas étranger.C’est un corps humain que Dieu prend pour se faire connaître à l’homme et pour le sauver.En revêtant Ja même humanité que nous, le Seigneur Jésus a élevé le corps humain au sommet de la dignité et de la gloire (Jn 1, 14 ; Phil 2, 7).C’est notre corps en même temps que notre âme qu’il a sauvés en offrant son propre corps sur la croix (I Cor 6, 20).Le salut et la gloire éternels attendent notre corps comme ils attendent notre âme.Que Dieu ait voulu tellement associer notre corps à la connaissance naturelle que nous avons de lui, qu’il ait voulu en faire le véhicule indispensable de la vie divine qu’il répand largement dans nos âmes par les sacrements, qu’il ait voulu qu’un jour nos corps mortels faibles, douloureux et mortels deviennent, comme celui de son Fils, incorruptibles, impassibles et rayonnants de clarté, voilà ce qui relève singulièrement notre condition humaine (cf.Mc 8, 31 ; Act 1, 22 ; 26, 23 ; Col 1, 18).Nous comprenons dès lors pourquoi l’Eglise a du corps une si haute idée ; pourquoi elle l’entoure, dans sa liturgie, d’un souverain respect de sa naissance à sa mort.Il faut donc que nous l’aimions ce corps comme un don de Dieu, comme le témoin de notre amour, comme le serviteur de notre dessein, comme le futur associé de notre béatitude.L’aimer, et donc lui faire du bien, naturellement et surnaturellement, en le maintenant toujours sur le chemin de la grâce et de la gloire.Comment ?En répondant d’abord à ses besoins physiques et psychologiques.Il y a un devoir fondamental, individuel et social, de soigner le corps et d’observer l’hygiène.Chaque être humain doit, en principe, prendre soin de sa santé, et tous les efforts vers un progrès en hygiène physique et psychique, doivent être considérés sous l’angle religieux.Ainsi, même si dans la pensée de Dieu le travail est nécessaire à l’épanouissement de la personne et au développement de la création, il convient d’éviter les excès.Il n’est pas possible d’assurer un travail ininterrompu et une tension permanente.Le délassement permet de renouveler l’effort et de rafraîchir les capacités ; les supérieurs doivent tenir compte de ce fait même en communauté religieuse.Les loisirs contribuent ainsi au plein épanouissement du corps et de l’âme ; c’est un temps libre qu’il convient à chacun d’organiser non seulement pour le repos et la détente, mais aussi pour le développement de la culture de l’esprit en vue d’un meilleur accomplissement de son devoir d’état.A ce point de vue, on a donc raison d’apprécier les moyens de détente comme la musique, le cinéma, certains programmes de télévision ; l’Eglise n’a jamais hésité à exalter les immenses avantages physiques et moraux d’Orne activité sportive bien ordonnée.Voir une religieuse adonnée à l’audi- F0£ QUESTIONS 125 tion de disques, ou assister à un concert symphonique donné à la Plaéfe des Arts, n’est pas plus inconcevant que de voir son Em.le Cardinal Léger assister à une partie de hockey.Les dangers toutefois sont également évidents.La passion conduit au manque de contrôle, cause de dépersonnalisation déprimante ; le culte de la vedette entraîne à vouloir apprécier toute valeur en fonction de l'idole ; certains moyens de détente occasionnent des manques de modestie dont le monde actuel se montre particulièrement friand.Et les religieux, comme les autres chrétiens, côtoient le danger : on ne manquerait pas une partie de hockey pour tout l’or du monde, la musique envahit les journées, les religieux ne jurent que par Léo Ferré, Gilles Vigneault ou Monique Leyrac ; certains même, sous prétexte de détente dit-on, traitent leur habit religieux avec une désinvolture qui scandalise jusqu’aux plus jeunes.Pour soumettre son corps à l’âme et se mettre tout entier au service de Dieu, l’homme doit maîtriser ses inclinations : c’est le but de l’ascèse.La liturgie du carême nous l’a répété à satiété : “Donnez, Seigneur, à nos pénitences leurs effets salutaires ; que les mortifications de notre corps servent à profiter à nos âmes’’ (Oraison de la 2e semaine du Carême).Eh bien oui ! même au XXe siècle nous portons encore en nous les blessures du péché originel, aggravées par nos propres fautes.Il y a en nous une pente au relâchement contre laquelle il faut toujours lutter.D’où la nécessité de la mortification aussi bien du corps que de l’âme, mais d’une mortification adaptée aux besoins propres de chacun et aux conditions actuelles de vie.Car l’ascèse chrétienne n’est pas un mépris spiritualiste du corps ; cela ne correspondrait pas avec l’esprit du Christ.Une attitude purement négative à l’égard de ce qui est corporel, une ascèse sombre et une mortification de soi qui n’aurait pas de sens, n’ont rien de chrétien, L’ascèse chrétienne a pour but d’enrayer les suites du pêché originel.Les instincts luttent contre l’esprit (Rom 7, 15).Il faut pour nous mettre en.état de disponibilité capable d’accéder à la pureté morale exigée par le Royaume, une discipline personnelle rude et sévère (Gai 5, 16ss).Tout se ramène à une question d’amour (Mc 10, 17-31) et celui qui veut atteindre le degré suprême doit aussi consentir à des grands sacrifices (Mt 5, 48).Evidemment la mortification aussi a ses limites.Elle n’est pas une fin en soi (Mt 6, 16-18).Elle n'est qu’un élément de l’agir chrétien ; il ne faut donc pas nous y adonner de façon exclusive.Il ne faut pas non plus dépasser nos forces ni physiques, ni morales.Mais bien équilibrée, la mortification de l’esprit et du corps nous met vraiment au service du Royaume de Dieu ; elle nous place décidément sur le chemin du Christ : “Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive’’ (Le 9, 23).Far l’ascèse, nous suivons les traces du Maître joyeusement, filialement, pour être plus entièrement disponibles à l’amour (I Pi 2, 21) ; nous nous mettons de plus en plus dans les mains du Père, de Dieu et du prochain.On le voit : cette question de détente, dont on nous parle, est une question complexe.Bile exige une bonne dose de jugement pratique, une con- 126 VOS QUESTIONS science vraiment orientée vers le Christ et, disons-le, une volonté ouverte aux directives de l’autorité — nous nous abusons si facilement.Des jeunes religieux insistent sur les valeurs corporelles et spirituelles humaines ; ils ont raison de vouloir les conserver.Mais ce travail de l’épanouissement humain doit être mis en relation avec les autres devoirs chrétiens, qui sont de suivre le Christ dans une voie douloureuse, une voie de sacrifices.Non pas que les sacrifices aient valeur par eux-mêmes ; la justification ne nous vient que du Christ, mais ils nous mettent en état de disponibilité par rapport aux biens surnaturels qui nous sont offerts.Insistons si l’on veut sur les besoins psychologiques et physiques humains, mais n’oublions pas qu’ils doivent être en partie sublimés pour nous rendre accessibles aux biens du Royaume dans le Christ Jésus.Déonce Hameljn, o.f.m.Directeur.NÉCROLOGIE NÉCRODOGIE — Des Soeurs de la Providence : Sr Din (M.Magda Vézina), Sr Edwin (M.Rose Suzanne Annie McCaffrey), Sr Cléophas M.(M.Eméla Villeneuve), Sr Douis Auguste (M.divine Garceau).— Des Servantes du Coeur Imm.de M.: Sr M.de S.Paul (Dasilda Busqué), Sr M.de Ste-Georgie (Berthe Boivin).— lies Soeurs de Ste-Anne : Sr M.Douise de Florence (Evélina Bissonnette), Sr M.Zacharie (Régina Gareau).— Des Soeurs de la Charité de Montréal : Sr Eva Martel - Ricard, Sr M.Douise Grégoire.-— Des Pauvres Clarisses : M.M.Immaculée du Sacré Coeur (Jeanne Dapierre).— Des Soeurs de l’Union Canadienne de S.Dominique : Sr Osanna de Jésus (Hélène Dansereau).— Des Ursulines : Sr Ste Elisabeth (Emérentienne Demay), Sr Ste Germaine (Joséphine Desroches), Sr Ste-Cécile (Antoinette Martel).— Des Soeurs des SS.NX.de Jésus et de Marie : Sr M.Démétria (Rose Anna Massicotte).— Des Petites Soeurs de N.D.des Sept Douleurs : Sr Marguerite M.(Diana Ouellette).— Des Petites Soeurs de la Ste-Famille : Sr Ste-Hedwige (Dumina St-Germain). LES LIVRES Turcs, Gustave, Propos et problèmes de la théologie des religions non chrétiennes.Coll.Eglise vivante.Edit.Casterman, 1966.206 pp.Les livres de cette collection se caractérisent par leur aspect d’actualité apostolique, par une vision pleinement catholique des problèmes.Celui qui est abordé dans ce volume répond parfaitement à ces traits.Le Concile vient de publier un document sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes.Les problèmes posés sont d’une importance capitale.On comprend alors que ce sujet soit abordé avec ampleur par la collection “Eglise vivante”.Que signifient, en théologie, les religions non chrétiennes ?Quel rapport ont-elles avec l’histoire du salut ?Le silence des traités a été remarqué et regretté.Le présent ouvrage veut combler une lacune.Il veut rappeler, déterminer, expliquer en partie, de nombreux problèmes soulevés en théologie par les religions non chrétiennes.Plutôt que de vouloir faire une synthèse définitive, l’A.veut accomplir un “tour d’horizon” des principaux problèmes qui sont soulevés en ce domaine et surtout de la valeur des religions non chrétiennes, de leur apport au christianisme, etc.Ce livre est une invitation aux échanges de vues, une réflexion sur les orientations nouvelles qui s’imposent à notre dialogue avec les religions non chrétiennes.Griéger, Paul, F.S.C., Directoire des vocations de jeunes.Vocations religieuses dans l’Eglise et dans le monde d’aujourd’hui.Les Edit.Li-dec, Montréal 1966, 105 pp., $2.00 Devant l’angoisse générale que crée la crise actuelle des vocations, les ouvrages traitant de ce sujet se multiplient.A preuve, les douzaines de titres apparaissant dans la bibliographie du nouveau volume du Fr.Paul Griéger.Le Directoire des vocations de jeunes se présente comme un ouvrage aussi solide que prati- que.Il est le fruit d’une longue expérience.Lïaggiornamento de l’Eglise nous invite à un renouveau dans la formation des futurs religieux et, en conséquence, à revoir la conception même de nos maisons de formation.Il convient dès lors de s’interroger sur la mission qui est propre à ces centres spécialisés dans le contexte pastoral d’aujourd’hui.Avec les progrès actuels de la théologie de la vocation, apparaît d’une façon nouvelle l’objet principal de cette mission : il s’agit moins de préserver le trésor de vocations toutes faites, que de cultiver les germes de vocation, en les mettant en terrain favorable, en créant dans les différents départements un esprit qui permette l’épanouissement des authentiques vocations à la vie religieuse, et qui aide en même temps tous les autres jeunes à trouver librement leur place dans la vie de l’Eglise.Une telle adaptation nous invite à mettre à jour, avec la réorganisation des centres eux-mêmes, une pédagogie nouvelle qui tienne compte de cet état de vocation.Nous conseillons ce volume aux maîtres de formation.Même si tous les détails de l’exposé ne sont pas acceptés, il n’en reste pas moins qu’il aidera sûrement à une réflexion profonde pour le renouveau des centres de formation religieuse.Dulles, Avery, S.J., Le Christ des Evangiles.(Coll.Beauchesne, 12).Edit.Beauchesne, Paris 1966.122 PP- Ce petit livre nous expose les difficultés de l’apologétique classique qui considérait les évangiles comme de l’histoire au sens strict.L’A.nous montre en quel sens utiliser ces documents.Une meilleure compréhension des genres littéraires bibliques permet d’établir solidement que les évangiles incarnent des traditions de la plus haute valeur et nous transmettent un jugement authentique sur la personne de Jésus et sur son oeuvre.L’exposé du P.Dulles rendra des services signalés. 128 LES LIVRES Krrnker, Ferdinand, Chrétien, qui es-tu ?Initiation à la foi catholique.(Coll.Vivre et croire).Edit.Casterman, 1965.346 pp.“De plus en plus fréquemment s’exprime, et précisément chez les catholiques, un grand désir d’information.On nous dit : Nous connaissons si peu notre foi.Nous rencontrons à chaque instant des incroyants ou des fidèles d’autres confessions et nous ne savons pas répondre efficacement à leurs questions.C’est pour tenter de satisfaire à ce besoin que nous avons décidé de réunir ces lettres d’initiation en un livre plus accessible à tous ceux qui souhaitent compléter leurs connaissances religieuses” (Préface).On peut difficilement mieux présenter ce volume.On veut exposer la foi pour ce qu’elle est.comme une expérience ininterrompue, renouvelée, conduite par Dieu, comme une histoire de la rencontre de Dieu et des hommes par le Christ, dans l’Eglise.C’est une véritable somme de la doctrine catholique.Une bibliographie très au point invite le lecteur à continuer ses recherches.Duvignau, Pierre, C.S.J., Le saint qui mourut à l’aube.Saint Michel Caricoïts.Edit.Marie-Médiatrice, Genval et Château-Richer, P.Q., 1966.160pp.$2.15.S.Michel Caricoïts fut un ascète dont la vie intérieure, puisée aux sources évangéliques, était tout imprégnée de l’abnégation de s.Ignace, à, l’école dé qui il avait été formé.A cette caractéristique, il joignit l’onction pénétrante d’un s.Bernard et d’un s.François de Sales.Il fut aussi le saint de l’apostolat par le zèle, l’humilité, la confiance.Riche d’une documentation très abondante et avec une ferveur communicative, l’A.nous livre, dans un style bien vivant, les secrets d’une vie qui lui est devenu depuis longtemps familière.Blondel et Teühard de Chardin.Correspondance commentée par Henri de Lubac.(Coll.Biblioth.des Archives de Philosophie, nouvelle série I).Edit.Beauchesne, Paris 1965, 170pp.Aux deux auteurs mentionnés dans le titre, on devrait ajouter encore le P.Auguste VaLiHnsin, S.J., qui fut le récipiendaire des lettres qui sont présentées ici.Il servit d'intermédiaire entre les deux auteurs.Ces lettres sont aussi instructives pour la connaissance de Blondel que pour celle de Teilhard.Elles nous permettent d’apprécier leurs points communs comme aussi leurs divergences.Tous deux sont à la recherche de la plénitude chrétienne.Le commentaire du P.de Lubac, qui a déjà écrit un beau volume sur Teilhard (La pensée religieuse du P.Pierre Teilhard de Chardin, Paris 1962), aide à comprendre les allusions de cette précieuse correspondance et constitue une contribution importante à la compréhension de l’oeuvre de Teilhard de Chardin.Goplwitzer, Helmut, Athéisme marxiste et foi chrétienne.Edit.Casterman, 1965.212 pp.Le marxisme a la prétention de rendre la religion inutile en répondant d’une manière plus satisfaisante qu’elle aux interrogations de l’homme.Cette doctrine est l’héritière d’une tradition rationaliste qui combat la religion depuis environ trois siècles.Il faut écouter attentivement toutes les critiques qui s’élèvent depuis des siècles contre le catholicisme si l’on veut engager avec les adversaires de la religion un dialogue valable.Il ne serait pas bon de réfuter sans avoir entendu.Le présent volume prétend fournir tous les éléments nécessaires à une information qui se veut suffisamment complète et qui veut comprendre les phénomènes de l’intérieur. Marie-Claire Pichaud, Chansons bibliques, vol.1.Select SP-12.086 SM Dans notre monde actuel, endormi et éveillé à la fois, Marie-Claire apporte un témoignage passionnément humain.Elle chante ses poèmes de ferveur religieuse avec une extraordinaire simplicité et qui est bien ce qu’on a fait de plus beau, dans le genre, ouvert aux pires facilités.Le Seigneur, présent dans la chanson.Réalisation : Jacques Charpenteau.Orchestre : François Rauber.Select SP-12.112 SM La chanson profane nous propose de nombreuses oeuvres parlant de Dieu et leur conjonction est assez impressionnante, surtout lorsqu’il s’agit de succès : témoignage d’une inquiétude pour les tins, d’une croyance pour les autres, la chanson contemporaine illustre le thème de la foi en des oeuvres souvent très valables, et d’autant plus importantes qu’elles s’introduisent au coeur de la vie de tous les jours.Victoire.Marche et lumière.Textes et musique : D.Julien.Orchestration et direction : Pierre Kaelin.Enregistrement réalisé dans la cathédrale de Fribourg.Select SP-12.091 SM En présentant quelques chants, ce disque veut établir comme une fresque sonore évoquant le Peuple de Dieu marchant dans la lumière.Une marche assurée, triomphale, même si au centre la luminosité de l’Espérance semble s’estomper sous le nuage de la Passion du Christ.Paul Claudel, Le Chemin de la Croix.Dit par Madeleine Renaud, Nathalie Nerval, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Granval et Jean Guillard.Musique de Jean-S.Bach.Orchestre de chambre de Paul Kuents avec Marie-Claire Alain, organiste.Select SP-12.089 Rien de plus traditionnel que ce Chemin de la Croix qui nous donne la vision la plus dramatique et, en même temps, la plus intérieure de l’événement central de l’Histoire et de notre histoire.Dans une démarche pleinement chrétienne, il associe aux souffrances du Christ toutes les douleurs humaines pour qu’il les porte et les purifie.Et de la méditation jaillit une prière de demande, ce qu’on appelait, jadis “le fruit du mystère”.Messire François.Cantate en trois chants pour soli, choeur et instruments.Poème de Léon Chancerel.Musique de Pierre Kaelin.Avec Pierre Mollet de l’Opéra-Comique de Paris.Réalisé dans les Studios de Radio-Lausanne sous la direction de Pierre Kaelin.Select SP-12.094 SM Le style musical de cette oeuvre suit le style des poèmes, assez différents les uns des autres, mais tous inspirés, qu’ils soient graves ou allègres, par la confiance et la joie franciscaine.Quoique le sujet soit nettement religieux, ni le poète, ni le musicien n’ont voulu en faire une oeuvre de musique sacrée.Alors que très souvent la musique profane pénètre aujourd’hui au sanctuaire, par Messire François c’est l’Evangile qui veut descendre sur la place publique.Un disque qu’il faut entendre.Tous ces disques sont en vente chez ED.ARCHAMBAULT INC.(500 est, rue Ste-Catherine, Montréal), où vous trouverez le choix le plus complet de musique au Canada.¦¦¦¦¦¦¦ Le Religieux signe, ici et aujourd'hui 5e CONGRÈS DE SPIRITUALITÉ DU 23 AU 26 AOUT 1966 Au Séminaire de Nicolet Organisé par les religieux du Carmel patronage d/L e ion Wr-AtUus Wartin Pour tout renseigyiement s’adresser à : M.l’abbé Paul-Emile Dubois, Secrétaire du Congrès Hôpital Sainte-Croix.Drummondville, Tél.478-1381.
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