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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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La vie des communautés religieuses /, 1968-04, Collections de BAnQ.

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4 AVRIL 1968 la VM© des communautés religieuses ADMINISTRATION La Vie des Communautés religieuses est publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph au Canada.La Direction est assurée par le R.P.Laurent Boisvert, o.f.m., assisté d’une équipe de théologiens de diverses communautés religieuses.Chaque auteur porte la responsabilité de ses articles.Secrétaire et administrateur : V.F.Réal Prévost, o.f.m.On souscrit directement à la revue, sans l’intermédiaire des librairies et des agences.Tout ce qui concerne la revue (envoi de manuscrits, consultations, service bibliographique, administration) doit être adressé à : La Vie des Communautés Religieuses 5750, boul.Rosemont — Montréal 36, Canada Tél.259-6911 Souscription : $3.00 L» couverture est de Réal PREVOST, o.f.m. La VIE des communautés religieuses L.Boisvert, o.f.m.R.Guelluy, J.-M.Tillard, o.p.AVRIL 1968 Vol.26 - n° 4 Congrès des Religieuses de Montréal- 98 La rie consacrée dans l'Église de demain________________________________103 Cet article présente la vie consacrée dans sa relation à Dieu et dans sa relation fraternelle.La religieuse de demain devra être plus que jamais cette parole du Dieu caché, cet effleurement de l’invisible, cette émergence du mystère dans l’univers.Le témoignage des religieuses dans l'Église d'aujourd'hui- 115 En se basant sur les deux pôles du Mystère Pascal, VA.précise le caractère spécifique du témoignage des religieuses qui, loin de s’opposer au témoignage des laies ou de le concurrencer, lui est complémentaire.L’Eglise a besoin de ce double témoignage pour traduire adéquatement son mystère.Les livres CONGRÈS DES RELIGIEUSES DE MONTRÉAL Le Congrès, qui a groupé à Montréal environ 6,000 religieuses les 1, 2 et 3 mars dernier, avait pour objectif de renouveler l’engagement pastoral des religieuses dans l’Église de Montréal (Sr Colette Cousineau c.s.c.).Pour atteindre ce but il fallait indiscutablement opérer une confrontation de la vie religieuse avec le monde actuel, vu que les communautés apostoliques œuvrent dans ce monde.Ce qui amena le P.René Voillaume, premier conférencier du Congrès, à préciser les principaux traits du monde qui interpelle les religieuses.Il signale entre autres choses que l’homme d’aujourd’hui, conscient de son génie et de sa puissance, croit sans limite à la raison et n accepte plus le mystère, au sens que lui donne saint Paul.Ceci rend la situation des chrétiens très inconfortable et davantage encore celle des religieuses, étant donné que la signification ultime de leur vie s’enracine dans ce mystère.On comprend alors, comme le soulignait le Dr Paul David, qu’une telle situation puisse « balayer les vocations tièdes, tourmentées et insatisfaites, et aussi éloigner de la vie religieuse une jeunesse inquiète, désemparée ou indifférente ».Face à cette incompréhension de la vie religieuse par ceux qui rejettent le mystère chrétien, nous sommes dangereusement tentés, affirmait le P.Voillaume, de définir la vocation religieuse comme de 1 extérieur seulement, de l’expliquer en fonction des seuls services qu’elle rend à 1 humanité.La réduire à cette dimension serait l’annihiler, puisque la vie religieuse n’a pas seulement un visage d amour et de miséricorde qui regarde les hommes, mais aussi et d’abord un visage éternel qui regarde Dieu.Elle est marquée de certains traits permanents, de valeurs éternelles, qui ont Dieu pour terme.Il s’agit de la consécration, qui est l’oblation totale de la personne à Jésus-Christ, en réponse à un appel particulier, se tra- 98 (luisant par l’engagement à la chasteté virginale.11 s’agit aussi de la communauté fraternelle dont les membres, groupés autour du Christ, sont appelés à s’aimer les uns les autres, non d’abord en vertu d’un appel de la nature ou par choix mutuel, mais à cause du Christ qui est le coeur de l’unité communautaire.La vie religieuse, dans sa double dimension d’offrande personnelle à Dieu par la chasteté et d’amour des autres sacramentalisé par la fraternité, ne saurait être valablement menée que si l’on respecte les exigences contemplatives de l’union à Dieu et les exigences humaines et divines de la charité fraternelle.D’où la nécessité de la lecture et de la méditation de la Parole, du silence, de la prière ; d’où également la nécessité d’un milieu de vie qui favorise la rencontre des personnes et soit une aide mutuelle pour une meilleure réalisation des éléments essentiels de la vie religieuse.Si dans une communauté le Seigneur n’est pas un ami aimé, si les sœurs ne sont pas de vraies sœurs, au sens le plus chrétien du terme, à quoi sert la vie religieuse ?Insérées dans le Peuple de Dieu et dans le monde, les religieuses ont en outre à donner un témoignage particulier, complémentaire de celui des laïcs.Le P.J.-Marie Tillard, o.p., s’efforça de définir la spécificité de ce témoignage, à partir des deux pôles du Mystère Pascal, qu’il appela pôle «événementiel» et pôle «rayonnement».L’événement traduit l’entrée du Royaume de Dieu dans le destin des hommes, grâce à l’unique amour divin, l’irruption de cette réalité transcendante dans toute l’histoire humaine.Le rayonnement exprime 1’ éclosion de ce germe éternel dans l’humanité totale des hommes et à travers eux dans le monde entier, de sorte que l’amour et la puissance de Dieu rayonnent dans l’univers qu'ils sauvent et rendent à sa vraie grandeur.Au dire du conférencier, le témoignage des religieuses est centré sur la transcendance de 1 événement pascal, alors que celui des laïcs est axé sur l’immanence de son rayonnement.Ce témoignage des religieuses se traduit surtout par la chasteté consacrée et la fraternité évangélique, alors que celui des laïcs s’exprime par une insertion profonde dans les réalités temporelles, et d’abord dans la vie conjugale.Quelles que soient la nécessité et la valeur de cette réflexion théologique, elle laissait place à des observations pratiques sur le témoignage des religieuses.A plusieurs reprises on répéta aux religieuses qu’elles doivent être totalement femmes, chrétiennes, religieuses et professionnelles, si elles désirent que leur témoignage 99 porte (Gilles Gendreau, Hélène Chénier).Ceci entraîne une multitude d’exigences premières auxquelles les religieuses devraient attacher plus d’importance et consacrer plus d’énergie qu’à l’adaptation d’éléments seconds que les règles du bon sens suffiraient à dicter (H.Chénier).Leur témoignage, pour être reçu, doit non seulement provenir de personnes sincères et authentiques, mais aussi de personnes libérées des stéréotypes qui sont de nature à rendre leur témoignage inacceptable.Il s’agit de tout ce qui «a l’air sœur » (sens péjoratif) et qui traduit une regrettable uniformisation de l’être et de l’agir des personnes, une dépersonnalisation par identification indue à la communauté et même par sujétion « infantilisante » à leurs supérieures (Louise Marcil).Tout ceci diminue la valeur de leur témoignage et alourdit la difficulté de leur intégration dans le monde.Concernant le champ d’activité des religieuses dans l’Église et dans la cité terrestre, deux opinions ont été émises.D’une part le P.Voillaume sembla réduire les activités apostoliques des religieuses aux activités «d’Église», directement ordonnées à promouvoir le Royaume de Dieu ; d’autre part tous les autres conférenciers, qui ont abordé le sujet, ne posèrent aucune limite à ces activités, si bien que les religieuses pourraient assumer comme les autres laïcs toute action susceptible de créer un monde meilleur.Si « les ordres religieux sont nés pour répondre à des besoins particuliers, apparus à certains moments de l’histoire de l’Église» (Philippe Garigue), c’est aux besoins de l’Église et de la société d’aujourd’hui qu’ils doivent répondre.Si l’Église locale a besoin de religieuses qui remplissent un rôle de type diaconal (Claude Ryan) par l’enseignement de la catéchèse (Sr Louise-Madeleine f.d.l.s.), l’animation paroissiale, la collaboration particulière au culte, sous l’égide de l’autorité ecclésiale, il ne faudrait pas qu’elles se limitent à ces activités et aient mauvaise conscience d’en assumer d’autres.Si les religieuses doivent s’insérer dans la pastorale d’ensemble du diocèse, sous la direction de leur Pasteur (Mgr Paul Grégoire), si leurs réalisations actuelles dans ce domaine sont multiples (M.l’abbé Marcel Laniel), elles ont aussi à participer « à toutes les aventures de la cité » (Sr Ghislaine Roquet, c.s.c.), à vivre parmi les hommes «à tous les niveaux, dans toutes les fonctions et dans tous les domaines » (Dr Paul David), à co-participer activement à la tâche commune (Sr Marie Labrecque, s.m.).100 Vu cependant que plusieurs activités, autrefois accomplies par les religieuses à titre charitable, sont maintenant prises en charge et à bon droit par l’autorité civile, on s’est demandé si les religieuses y trouvaient encore leur place et, si oui, de quelle manière elles devaient s’y intégrer.C’est le problème que traita le P.Jean-Paul Rouleau, s.j.en le restreignant au triple domaine de l’éducation, de la santé et du bien-être.Il rejeta d’abord quatre solutions comme insatisfaisantes.La première : « ne rien faire et laisser les événements régler le sort de chaque établissement » ; la seconde : « se retirer massivement et le plus possible des secteurs de l’éducation et de la santé désormais pris en charge par la collectivité » ; la troisième concernant chaque communauté : « regrouper ses propres effectifs à l’intérieur d’institutions bien à elles » ; la quatrième, touchant à plusieurs communautés : « unir leurs forces pour maintenir quelques établissements à direction et à personnel très majoritairement religieux ».Le P.Rouleau suggéra une cinquième solution qui lui paraissait la plus réaliste et la seule totalement valable, à savoir « chercher activement à se situer dans la planification d’ensemble des systèmes d’éducation, de santé et d’aide sociale ».Ce nouveau mode d’activité apostolique exige que les religieuses reçoivent une formation différente de celle d’autrefois, une formation dans laquelle les éléments de responsabilité personnelle, de créativité et d’initiative, de dialogue et de contestation, de collaboration et de service, soient particulièrement développés.Il exige également un nouveau type de communauté où le rythme de prière, de travail et de loisir soit sainement équilibré, où la forme de gouvernement soit repensée dans ses quatre éléments essentiels : planification, structures, motivation des personnes et contrôle (Roger Gosselin).Il m’est difficile de porter sur le Congrès un jugement de valeur, puisqu’il vient de se terminer au moment où je rédige ces lignes.Un certain recul me serait indispensable pour l’apprécier adéquatement, puisque le temps, qui fait mûrir les bons fruits, fait aussi pourrir les moins bons, et que la valeur réelle des personnes et des choses se mesurent aux fruits durables qu’elles portent.Il me semble toutefois pouvoir affirmer sans présomption que ce Congrès fut pour les religieuses une source incontestable d’informations de grande qualité, nécessaires à l’approfondissement de leur mode de vie chrétienne et à son adaptation ; qu’il favorisa de multiples et 101 amicales rencontres inter-communautaires, principe premier de toute véritable collaboration ; qu'il fît prendre conscience de la vitalité toujours actuelle de la vie religieuse, souvent minimisée : qu’il insuffla à plusieurs une loyale fierté d’être au nombre de celles que Dieu a gratuitement appelées à vivre le mystère chrétien dans la chasteté virginale et la communauté fraternelle ; qu’il remplit d’espérance réaliste celles qui désespéraient de la vie religieuse au siècle de la sécularisation.Les paroles de Georges Dor, chansonnier québécois qui a donné deux heures de récital aux membres du Congrès, résument poétiquement l’atmosphère de l’Assemblée : «On entend battre les cœurs à l’unisson, et l’on entend toutes les couleurs de nos chansons ».Laurent Boisvert, o.f.m.5750 boni.Rosemont.Montréal 36.RETRAITE INTER-COMMUNAUTAIRE POUR RELIGIEUSES Endroit : « La Villa Saint-Martin », maison de retraites des Pères Jésuites.Date : 22 (soir) au 29 (matin) septembre prochain.Prix : $50.00.La Villa Saint-Martin, 9451 ouest, boul.Gouin, Pierrefonds, Qué.Tél.: 684-2311 102 LA VIE CONSACRÉE DANS L'ÉGLISE DE DEMAIN Adapter la vie chrétienne, c’est découvrir et vivre d'une nouvelle façon ce qui en est éternellement le cœur.Il ne faut pas cesser de revenir à cette règle de réflexion, essentielle pour la méditation que nous allons tenter, sur la part qui revient à la religieuse dans le renouveau de l’Eglise.Adapter, c’est tout d’abord faire l'effort d’analyse qui permettra de discerner l’essentiel à remettre en valeur et l’accessoire à sacrifier.Pareille réflexion demande de se mettre à l’écoute des événements, dans la conviction que Dieu nous y parle.Le monde plus ou moins déchristianisé, auquel la communauté chrétienne est mêlée, doit l’éclairer sur l’Évangile ; Dieu se dévoile par l’intermédiaire de l’athéisme lui-même : les vertus laïques que l’incroyance conquiert sont offertes à l’Église pour qu’elle les vive en esprit évangélique.Bornons-nous, en ces remarques préliminaires, à l'un ou l’autre exemple concret particulièrement significatif : la tolérance est une vertu laïque cl ’aujourd ’hui, qu ’il nous faut convertir pour notre part en vertu chrétienne ; l’esprit d’équipe, auquel les jeunes donnent de nos jours beaucoup de prix, est une richesse qu’on doit retrouver dans la manière dont les religieuses de 1968 vivent leurs vœux ; l’esprit d’initiative doit vivifier l’esprit d’obéissance ; les critiques actuelles contre toutes les formes de paternalisme chez les peuples neufs en particulier doivent nous faire mieux comprendre la vocation de l’autorité.Oui, il nous faut nous laisser enseigner par les événements des temps que nous vivons, pour mieux retrouver, grâce aux perspectives qu'ils nous ouvrent, le cœur du message évangélique.Vivre ainsi avec son temps, en esprit de foi, c’est penser le présent en fonction de l’avenir en même temps que du passé.Il faut nous défaire de l’illusion que l’Esprit aurait terminé son œuvre dans l’Église au temps de notre jeunesse : il a continué à souffler 103 depuis, et nous devons voir avec confiance et optimisme vers quels renouveaux il nous conduit.Il continue à vivifier son peuple, et tous, autant que nous sommes, nous devons consentir à ce qu’il nous dégage pour cela des coutumes qui nous étaient chères ; il ne cesse de nous obliger à renaître : acceptons résolument de penser en termes neufs le message de toujours.Il faut nous affranchir de tous les thèmes de « retour ».On nous a parlé de retour à la terre, à la vie saine de nos aïeux, à la noblesse d’âme qui anime le travail artisanal ; nous nous sommes tous laissés émouvoir parfois à la lecture de certaines pages romantiques sur le Moyen Age, ou de fortes pensées de Péguy sur les vertus de la France d’autrefois, ou de beaux textes de Bernanos sur les exemples héroïques des ancêtres, ou de beaux programmes de Lanza del Vasto sur la résurrection d’une vie simple, à l’abri du pernicieux confort moderne.Nous avons pu être touchés par les tentatives faites çà et là pour ressusciter l’art artisanal, comme nous avons pu être séduits par l'idée de préserver des formes traditionnelles de vie religieuse.Dans tout cela, il y avait bien des vues légitimes, mais elles ne peuvent nous faire oublier que la vie ne revient pas en arrière.Toute redécouverte est une nouvelle création : ainsi l’unité des communautés chrétiennes, que nous souhaitons et espérons, ne sera pas une restauration de ce qui existait avant les divisions, mais une toute nouvelle manière de vivre ensemble notre foi ; la réconciliation de l’Eglise et du monde à laquelle travaille le Concile sera forcément, elle aussi, une réalité très nouvelle ; la réhabilitation de la vie religieuse dans l’univers du XXe siècle exigera de même création, innovation.Le fruit des difficultés présentes ne pourra être une simple remise en honneur du passé, mais une prise de conscience rénovée de ce qu ’est la consécration à Dieu et une manière inédite de vivre cette appartenance.Le monde moderne exige des religieuses d’aujourd’hui et de demain qu’elles soient meilleures religieuses, et c’est l’aspect magnifique de la crise actuelle.Elle est une interpellation par Dieu, une présence instante et insistante de sa grâce.Le Seigneur nous prive de fausses sécurités, il nous met en demeure de nous dépouiller du confort d’idées plus traditionnelles qu’essentielles : il nous oblige à mettre en question nos habitudes, que nous sommes toujours menacés d’identifier tout bonnement avec la vérité ou la vertu .Il ne s’agit pas seulement de s’en référer aux solutions qu’ont 104 préconisées les fondateurs ; il faut, dans leur esprit, en découvrir de nouvelles.Il faut le faire dans l’humilité et la prière, afin de ne pas confondre esprit évangélique et sagesse humaine, désir d’authenticité et ambition de réussir, soumission à la volonté divine et esprit propre.Tâchons de nous appliquer ensemble, de notre mieux, à cette humble et audacieuse recherche de l’essentiel, dont le Seigneur nous demande, par les «signes des temps», d’être occupés aujourd'hui avec une ferveur nouvelle.DES PROFESSIONNELLES DE LA PRÉSENCE DE DIEU Dieu a parlé aux hommes pour leur révéler, en les adoptant pour ses enfants, qu’il est l’Amour : il a tenu à être connu comme tel par les croyants.Ce cas que Dieu fait de la manifestation de son affection doit nous toucher : nous devons nous sentir mis en cause par l’étonnant désir divin d’être religieusement accueilli par nous comme Père.Cette disposition intime de Dieu est une saisissante réalité qui échappe à l’attention de celui qui est absorbé par le visible ; les sciences humaines permettent de décrire de mieux en mieux le monde, mais non d’en comprendre le sens profond ; nous pouvons en deviner un peu la signification par la réflexion philosophique, mais nous le pouvons bien mal.Pour aller jusqu’au cœur du réel et comprendre ce qui fait en définitive la valeur de nos vies d’hommes, c’est-à-dire quelle place décisive peut et doit y prendre l’amour, il faut entrer dans la confiance en une affection qui se révèle ; il faut expérimenter la reddition à Celui qui nous demande de l’accueillir comme l’Amour, dans la foi.Recourons à une comparaison.Un homme de science peut préciser toutes les lois qui font une maison robuste, étanche au chaud ou au froid, lumineuse et bien aérée, imperméable au bruit, confortable grâce à ses escaliers bien agencés et à l’organisation sagace de ses locaux.Mais cette maison a une âme ; elle est peuplée de souvenirs et vibre d’une très cordiale vie de famille ; elle est la demeure de l’amitié, elle abrite tous les jours un travail humble et fervent, un dévouement aussi fidèle que délicat ; de génération en génération, on y souffre, on y aime, on vit avec Dieu et on y vit ensemble, dans une profondeur de sentiments humains et une qualité d’entraide spirituelle que les mots sont bien peu aptes à rendre.Tout cela, 105 il ne suffit pas d’étudier scientifiquement l’immeuble pour en prendre conscience : il faut connaître dans une chaleureuse sympathie ceux qui l’habitent.Il ne suffit pas de les voir vivre, il faut interpréter leur façon de vivre ; il faut être sensible au message, inexprimé ou presque, de chaque présence ; il faut se familiariser avec chacun dans une bienveillance accueillante, aller à autrui avec l’humble docilité qui permet d’être attentif au prochain en lui donnant toute sa valeur de personne humaine ; il faut savoir estimer et aimer.Tel est notre monde habité par Dieu.Le Seigneur en dévoile le sens au croyant, et le chrétien doit apparaître parmi les hommes comme celui qui sait la signification cachée de cet univers qui n’est vide qu’en apparence.Tout chrétien doit rendre contagieuse d'une certaine façon sa familiarité avec la présence d’amour qui donne à notre monde son sens.Parmi les croyants, ceux qui sont particulièrement consacrés à Dieu ont pour tâche centrale, dans leur rôle social propre, de témoigner, par l’organisation de toute leur vie, que l ’essentiel réel est ce réel invisible.Ils doivent être ici-bas, par leur état de vie, des signes du mystère ; leur mission est de manifester que la réalité plus fondamentale que tout ce à quoi nos perceptions et notre raison nous font parvenir est le secret de la foi.Ils doivent être, dans toute la structure de leur façon de vivre, ceux à travers qui l’inexprimable se laisse deviner.Ils doivent être ces hommes de prière, ces âmes de Dieu, dont la forme de vie le dévoile.Leurs conditions d’existence ont pour rôle de parler de Quelqu'un, de Quelqu’un qui est l’Amour agissant en eux.Tout consacré est, dans une certaine mesure, un professionnel de la présence de Dieu, un contemplatif dont la condition sociale est de faire penser à Dieu ; toute religieuse doit être familiarisée avec le mystère que sa forme de vie doit rendre sensible à ceux qu’elle rencontre.Tout chrétien voué particulièrement à Dieu dans l’état religieux doit être un habitué de l’univers secret que l’on ne devine que dans la solitude et le silence ; il doit être une transparence du réel caché, vécu dans un cœur à cœur fervent.Insistons sur cette première idée : l’essentiel de la vie religieuse est d’être en face de Dieu d une manière qui le révèle.Il s’agit de l’accueillir tel qu’il est, et ainsi de le laisser se manifester tel qu’il est.Nos contemporains et les enfants de nos contemporains n’accepteront plus qu’un christianisme où l’idée de Dieu sera riche; ils n’admettront qu’une religion pleine de sève, de la sève de l’Amour dont la civilisation technique renforcera le besoin, en même 106 temps qu’elle l’étouffera chez un certain nombre.La mission irremplaçable de la portion du peuple chrétien consacré à Dieu par les vœux n’est pas seulement de faire preuve de générosité jusqu’à l’héroïsme, mais de rendre en quelque sorte perceptible, par leur mode de vie propre, le contenu mystérieux de leur foi.Il leur est et il leur sera demandé avant tout de trancher par une appartenance mystique à celui qui agit en eux, d’être manifestement voués à l’intimité divine qui fait vivre surnaturellement.On doit reconnaître en eux des gens nourris d’une profonde expérience intérieure ; ils ont fait une rencontre transformante qui les a marqués à jamais et ils doivent en porter le sceau.Comme toute vie humaine, mais à un titre très particulier, la vie religieuse est avant tout théologale.Ce que les vœux de religion ajoutent à la vie du croyant, c’est qu’ils font de façon publique et communautaire une place privilégiée aux liens de dépendance théologale à l’égard de celui qui fait vivre.Vivre de Dieu seul, sans s’engager dans une famille terrestre, sans assumer les responsabilités de celui qui remplit une carrière temporelle, c’est témoigner avec une particulière éloquence de ce que vaut celui qui nous sauve par miséricorde, c’est manifester de façon particulièrement saisissante ce que c’est que s’en remettre, dans la foi, à un mystérieux Amour dont on tient tout.La religieuse de demain devra être sans nul doute, plus que jamais, cette parole du Dieu caché, cet affleurement de l’invisible, cette émergence du mystère dans un univers qui en a plus que jamais besoin en étant particulièrement menacé de l’ignorer.Les progrès des sciences et des techniques anémient le sens du sacré : pour revenir à notre comparaison, disons que la maison devient un tel chef-d’œuvre de confort très étudié, d’architecture éminemment rationnelle, qu’on cesse de penser à son âme, bien qu’il soit, pour cette raison même, particulièrement urgent d’y penser.Ceux qui sont consacrés à Dieu sont là pour éveiller la sensibilité aux choses de l’âme, et bien plus profondément que par leur enseignement, par toute leur manière d’être.Vous avez sans doute entendu parler du livre de l’évêque anglican Robinson, Honest To God, traduit sous le titre de Dieu sans Dieu (1).Cet ouvrage est symptomatique : il veut qu’on cesse 1.John A.T.Robinson, Dieu sans Dieu (Coll.Itinéraires), Paris, Nouvelles éditions latines, 1964 (trad.L.Salleron).107 de s’adresser à un Dieu transcendant pour ne plus comprendre Dieu que comme le fond du cœur humain, tel qu’on l’atteint dans le dévouement, dans la généreuse attention aux autres.Le succès du livre atteste l’étendue de l’actuelle tentation de remplacer la vie intérieure par les contacts sociaux.Nos contemporains perdent le sens du mystère et sont prêts à remplacer la charité théologale par la rationalisation des relations humaines.Mais vous connaissez sans doute aussi l’ouvrage du Père Lœw, Comme s’il voyait l’invisible (2).Ce livre est le contre-pied du premier.Il affronte le même problème, celui de la place, dans la vie chrétienne d’aujourd’hui, du sens du sacré, de l’attention au mystère, de la contemplation recueillie, de l’ouverture silencieuse à Dieu.Et le Père Lœw insiste sur l’urgence, dans le monde présent, d’un apostolat où rayonne cette prière intérieure, où se laisse deviner l’intimité avec le Dieu qui sauve.Pour être elle-même, l’Église a très spécialement besoin, dans l’orientation actuelle des mentalités, de croyants et de croyantes qui soient des professionnels d’un silence habité, des signes transparents d’une rencontre faite dans la profondeur de la foi.Beaucoup de tâches, hier encore exclusivement réservées aux religieuses, connue le soin des malades, l’aide aux «cas sociaux», l’enseignement, sont aujourd’hui — et seront davantage à l’avenir — assumés par des laïques.Ainsi apparaîtra davantage ce que le travail de la religieuse a d’unique : dans le service du prochain, elle aura, par sa forme de vie, à mettre en présence d’un amour qui n’est pas de ce monde.On devra percevoir, dans le style de ses rapports avec ses frères et sœurs, la certitude évangélique de la bonne nouvelle, le climat d’une prière recueillie, le goût du Dieu caché, que les vœux de religion ont pour mission de garantir.Elle devra être reconnue comme celle dont le statut dans l’Église rend particulièrement manifeste que la miséricorde de Dieu, accueillie par la foi, est la grande richesse.Elle devra être vouée à Dieu dans la pauvreté intérieure de ceux dont la condition sociale témoigne que toute leur vie est grâce, de ceux dont la mission reste de prendre de mieux en mieux conscience qu’ils reçoivent tout, d’en prendre de plus en plus profondément conscience dans le rayonnement joyeux de la charité.2.J.Loew, Comme s’il voyait l’invisible.Un portrait de l'apôtre d'aujourd’hui (Coll.L’évangile au XXe siècle), Paris, Edit, du Cerf, 1964.108 Tout ceci requiert, évidemment, une forte spiritualité : la re-mise à Dieu telle que nous venons de l’évoquer ne se limite pas à des dévotions ; l’âme de la vie religieuse devra être, demain comme hier et plus qu’hier, non seulement une piété, mais une attitude profondément théologale, où la personnalité est saisie jusqu’en son centre par le Dieu de sainteté qui ne cesse de la transformer à son image.La vie spirituelle des consacrés va exiger, plus que jamais, la vigueur de la foi, de l’espérance et de la charité : aussi, en décrivant l’état de consécration à Dieu, conviendrait-il sans doute d’insister plus sur ces dispositions surnaturelles que sur les vœux qui organisent la manière de les faire passer dans la pratique.Si l’on interroge une religieuse sur ce qui est le plus caractéristique de son genre de vie, elle songera d’ailleurs très probablement à la rencontre de Dieu dans la foi plutôt qu’à la matière des trois vœux.Il importe d’insister sur les éléments mystiques de la vie consacrée pour faire comprendre l’ascèse qu’elle requiert : accueillir un amour est toujours exigeant ; c’est toujours consentir à une certaine mort pour connaître une nouvelle façon de vivre.S’en remettre avec Jésus à l’affectueuse volonté du Père, c’est accepter de suivre le Christ sur la voie du Calvaire et de la Résurrection.Aussi la vie religieuse, si elle reste fidèle à elle-même, n’évoluera-t-elle pas dans le sens d’une exigence moindre, mais dans la ligne d’une exigence autre : la voie de la mystique ne sera jamais une route facile .Messagères de la bonne nouvelle, les religieuses seront toujours, par le fait même, celles dont la vie est marquée du signe de la croix, mais de la croix telle que la présentent l’Ecriture et la liturgie : annonce et gage de la résurrection.L’ascèse religieuse ne scandalisera pas ceux qui ont saisi ce qu’est l’Amour ; à ceux qui ne prennent pas Dieu au sérieux, il faut qu’elle continue à proclamer quel renoncement il mérite.Ce qui importe, c’est que ce détachement garde son vrai visage, celui du confiant accueil à une mystérieuse affection.DES ÂMES PASSIONNÉES DU DIALOGUE Nous voici au terme de la première partie de notre exposé ; nous y avons traité d’une certaine manière de vivre avec Dieu : dans un silence intérieur fait de consentement théologal, en familiers du mystère de la miséricorde, en témoins des réalités invisibles 109 qui constituent le milieu de vie profondément aimé où l’on habite par la prière.Toute cette façon d’être qui doit, pensons-nous, caractériser ceux qui se lient à Dieu par les vœux de religion dans notre monde « désacralisé » suppose un climat d’âme comportant une certaine « connaturalité » avec l’enseignement évangélique sur la miséricorde divine : le « surnaturel » doit devenir en quelque sorte « naturel » à une âme de prière vouée à Dieu seul, de façon permanente et entière, par les vœux.Dans une seconde partie, évoquons la façon de vivre avec les autres.Ici encore, tâchons de nous mettre d’emblée tout à la fois dans l’essentiel et au cœur de l’actualité.Ce qu ’on reproche le plus couramment aux religieuses, c’est d’être à part, retranchées dans leur clôture, soudées en blocs sans fissure par leur obéissance, étrangères à la vie réelle par leur célibat, singularisées par leur habit.Et ces griefs se conjuguent avec le reproche d’être démodées.Etre séparée et être démodée, c’est d’ailleurs aujourd’hui tout un : l’une des aspirations les plus manifestes, chez les jeunes surtout, c’est à présent celle d’être ensemble, de s’épanouir collectivement, de partager dans un coude à coude vraiment fraternel l’effort d’élaboration d’un monde nouveau.On demande au chrétien, et en particulier au chrétien consacré, de partager, de communier, de fusionner.Et ceci d’abord, dans le dialogue avec Dieu.S’il faut que la religieuse, ainsi que nous venons d’y insister, soit de plus en plus une personnalité caractérisée par la silencieuse fréquentation de Dieu dans le secret d’une prière profondément personnelle, il faut aussi qu’elle réapprenne comme nous tous à prier ensemble.Nous devons redécouvrir ce qu’est une communauté vivant une action liturgique, accordée dans le déroulement progressif d’une même prière, y assumant la diversité des apports dans une montée commune.Nous sommes loin, grâce à Dieu, des messes lues par chacun séparément, dans l’ignorance de la direction que les attitudes et les textes doivent donner au déploiement de la conversation avec le Seigneur.Mais sans doute devons-nous redécouvrir aussi la prière improvisée en commun, au soir d’une même journée de travaux et de souffrances, de réussites et de fautes, ou encore au début d’une classe, d’un effort à mener ensemble.Les communautés doivent réapprendre l’échange spirituel, le partage des découvertes ou des 110 difficultés ; il est heureux, par exemple, que se généralisent, dans les maisons religieuses, les révisions de vie ou d’activité, ou encore les « carrefours » sur les textes que la liturgie propose à la méditation de la communauté.Ceci pose bien des problèmes délicats : parfois les jeunes remplaceraient volontiers l’ouverture aux supérieures par l’accord avec le groupe, la dépendance verticale par l’entraide horizontale.Or, il ne s’agit pas de substituer une formule à l’autre, mais de vivifier l’une par l’autre.Les communautés de demain auront certes un autre visage que celles d’hier : elles connaîtront beaucoup plus le dialogue, feront beaucoup plus de place à l’initiative de chaque membre dans la prise en charge de la vie de la collectivité.Nous allons sans nul doute vers un style d’échanges plus vrais, plus chaleureux, où chacun aura plus à fournir aux autres dans la joie d’être fraternellement reçu par eux.A travers bien des tâtonnements, nous faisons aujourd’hui l’expérience de nouvelles formes d’obéissance.Les rapports des supérieures et des inférieures deviennent plus personnels, et chacune s’engage vis-à-vis de l’autre dans une confiance réciproque plus entière.La supérieure devient moins l’organisatrice et davantage l’animatrice ; son rôle y gagne en signification religieuse, signification qui est de faire vivre chacune plus entièrement selon l’Amour.Il y a peut-être moins de discipline maintenant qu’autrefois, mais il y a davantage de sève théologale, là où l’on émerge de l’actuelle crise de l’obéissance.Cette évolution est loin d’être achevée et c’est toute l’Église qui y participe : il est significatif que là où Vatican I parlait seulement de l’autorité dans l’Église, Vatican II parle du peuple de Dieu.Il y aura encore, de la part de ceux qui sont chargés de responsabilités, bien des craintes et bien des souffrances ; du côté des jeunes qui ne veulent plus admettre que ce qui est plein de sens à leurs yeux, il y aura bien des révoltes injustifiées et bien des manques de sens surnaturel, mais la recherche qui se fait aujourd’hui dans toutes les communautés est riche de promesses.Sens du bien commun, esprit d’équipe, confiance mutuelle, obéissance religieuse vont mutuellement s’enrichir là où la collaboration sera franche, vraiment religieuse de part et d’autre, vécue par les supérieures et les inférieures dans la douceur et l’humilité.Il faut que la communauté soit constamment l’œuvre de la communauté elle-même, tout entière agissante ; il faut que la com- 111 munauté soit non pas imposée à chaque membre, toute faite, mais proposée à faire par chacun.Mais ce n’est pas seulement la vie de la famille religieuse qui va bénéficier de l’actuel désir d’assumer ensemble une tâche à réaliser dans la joie : les communautés s’ouvrent aux laïcs, et l’heure est venue où l’on ne voit plus seulement en eux des aides dont on ne peut se passer faute de vocations, mais des collaborateurs avec lesquels on veut faire œuvre commune dans la claire conscience de la complémentarité nécessaire des apports.Je pense ici à la réflexion que me faisait un Père Blanc dans un village d’Algérie : certains de nos élèves ne deviendront pas chrétiens, parce que pour eux, être chrétien c’est être un Père Blanc : ils n’ont jamais vu de laïcs vivant selon l’Évangile, ils ne soupçonnent pas, par exemple, ce que sont des fiançailles dans l’esprit de l’Église, ce qu’est un mariage catholique.Il faudrait qu ’ils puissent fréquenter non seulement des prêtres missionnaires, mais des laïcs fervents.Cette réflexion peut être transposée à propos des exigences de l’apostolat : des religieuses éducatrices pourront jouer pleinement leur rôle dans la société de demain, dans la mesure où leur action se coordonnera avec l’influence complémentaire des laïcs.Et ce sera encore un magnifique enrichissement pour l’Église que cette unité faite de plus en plus de diversités accordées.Les religieuses n’ont pas à se laïciser.C’est certes une tentation pour un certain nombre de celles qui veulent collaborer pleinement avec tous les membres du peuple de Dieu.Elles ont à redécouvrir leur mission propre ; les laïcs ont d’ailleurs besoin autant qu’elles-mêmes de les voir de plus en plus religieuses, sans compromission comme sans étroitesse.Sans doute verrons-nous les couvents devenir de plus en plus des foyers spirituels où les laïcs se sentiront plus chez eux que jamais, tout en saisissant mieux ce que la religieuse a de propre, ce qu’elle doit être comme telle pour eux, ce qu’ils doivent être pour elle, afin que chacun soit plus entièrement soi-même.Ne verrons-nous pas, par exemple, les récollections, les retraites, les échanges spirituels des communautés religieuses de plus en plus ouverts aux laïcs avec lesquels les religieuses collaborent sur tous les plans ?Insistons sur la façon très positive dont la vie en Dieu de la religieuse doit s’exprimer dans sa vie avec le monde.Avoir profondément conscience de la confiance à faire au Seigneur, c’est être 112 profondément disposé à faire confiance aux hommes ; être habitué à se laisser conduire avec foi par l’Esprit, c ’est être porté à recevoir d’autrui tout l’enseignement qu’il peut nous donner.Faire métier d’humble adhésion au mystère de la divine miséricorde, c’est se vouer à l’accueil fraternel du prochain avec qui on partage la même grâce du pardon.Tout ceci, il nous faut le découvrir avec une ferveur neuve aujourd’hui.La vie religieuse des temps que nous vivons doit redevenir d’une nouvelle manière écoutante à l’égard de tout le prochain, humblement enthousiaste de toutes les façons dont Dieu travaille le monde.La religieuse doit apparaître comme familière de l’invisible présence du Père, disions-nous ; ce que nous ajoutons ici, c’est qu’elle doit apparaître telle notamment par sa capacité fraternelle d’estime et de respect.Ceux qui sont plus que d’autres les pauvres du Seigneur, en vertu de leurs vœux, doivent aller plus, que d’autres au prochain avec une âme de pauvre, inclinée à faire cas de tout ce que Dieu a mis en chacun.Ce que nous énonçons ici abstraitement devra se traduire en attitudes très concrètes qu ’il nous faut redécouvrir en nous libérant de nos formalismes.Il vaut sans doute mieux ne plus parler de «vocation supérieure», bien que l’expression ait un sens très légitime ; il faut admettre très simplement que les laïcs peuvent avoir plus de compétence que les religieuses, même en matière de religion.Nous gardons facilement un certain esprit de propriété sur les biens-spirituels, laissant croire aux laïcs que nous les mésestimons.Il nous faut aller avec plus de pauvreté intérieure à tous nos.collaborateurs : que ce soient les parents d’élèves, le personnel infirmier ou les employés des services sociaux.Allons plus loin : il nous faut réapprendre à estimer les incroyants, à les écouter eux aussi, très simplement et très fraternellement.Ils ne sont pas à l’aise d’ordinaire avec le prêtre ou la religieuse, de même que ceux-ci ne sont pas à l’aise avec eux.L’Eglise doit aujourd’hui faire tout ce qui est en son pouvoir pour renouer avec l’homme moderne — si éloigné d’elle soit-il — un vrai dialogue simple, sans arrière-pensée comme sans crainte, dans une estime réciproque et une tranquille confiance.Ceci suppose que tombent de part et d’autres bien des préventions et que se réalisent bien des conversions de détails, en des domaines où nous avons parfois naïvement bonne conscience, avec beaucoup de méprises et d’illusions. Il nous faut aussi apprécier de tout cœur, sans arrière-pensée de dédain ou de regret, les valeurs qui occupent une vie laïque : famille, carrière terrestre, formes de culture ou de loisir.On ne renonce en esprit évangélique qu’à ce qu’on estime ; on n’entre pas en religion par mépris du monde, mais à cause d’un amour qui fait tout aimer autrement : de même que l’affection d’époux très unis les détache du monde en les rendant aptes à mieux s’y insérer, l’amour qui décide de l’option faite par la religieuse épanouit en elle les capacités d’estimer, d’admirer, de s’enthousiasmer, de comprendre, de compatir, de vouloir fortement et fidèlement.Les vœux d’obéissance et de chasteté doivent être bien compris de cette manière : ils ne rendent étrangers à rien d’humain.Les laïcs attendent très particulièrement aujourd’hui ce témoignage de vitalité spirituelle de la part des prêtres, des religieux et des religieuses : on leur demande d’être de ceux qu’un grand amour inspire.Ce que nos contemporains attendent de la religieuse, en un mot, c’est qu’elle sache qui est le Seigneur, vivre de sa présence dans l’émerveillement, et le manifeste avec l’authenticité rayonnante que mérite pareille grâce.De ceux qui sont consacrés à Dieu, on demande de toujours mieux comprendre leur consécration : on leur demande de percevoir à travers leur manière de la vivre, le mystère d’amour qui l’explique.Oui, c ’est bien par ces simples mots que nous pouvons terminer notre réflexion : en s’éloignant de Dieu, ceux parmi lesquels nous vivons comprennent moins son amour et comprennent moins ceux qui s’y vouent.Dans cette mesure même, ils ont davantage besoin de trouver en eux une manière de vivre qui soit révélatrice.La religieuse de demain devra être plus transparente que jamais à la lumière divine : ce qu ’on demandera d’elle, ce sera de laisser rayonner, à travers tout ce qu’elle sera, la présence transformante du Sauveur, sans cesse à la recherche de ses frères.Ce n ’est pas nous qui nous sauvons, ni qui sauvons le prochain, mais le Père qui nous adopte en Jésus par l’envoi de l’Esprit, moyennant l’accueil de notre prière.Cette certitude de foi était sous-jacente à toute notre réflexion, dont le seul objet était de voir comment la vie de la religieuse prolongera l’appel à la grâce formulé dans sa prière.Robert Guelluy 56, Tervuursestraat Louvain - Belgique.114 LE TÉMOIGNAGE DES RELIGIEUSES DANS L’ÉGLISE D’AUJOURD’HUI1 Lorsque l’on porte un regard global sur les multiples projets de réforme de la vie religieuse, qui ne cessent de se multiplier, ou que l’on suit avec quelque continuité les essais de mise en place de formes nouvelles tentés un peu partout dans le monde, avec d’ailleurs plus ou moins de succès, on est frappé de noter une constante.On tend de plus en plus à une insertion de la vie concrète des religieux et des religieuses en plein cœur de la vie du monde, en n’oubliant toutefois pas de préciser que l’on n’entend pas lui faire perdre par là ses notes essentielles.On veut que sociologiquement la «vie religieuse» cesse de se situer dans une sorte d’enclave, une sorte de forteresse à pont-levis d’où l’on sortirait frileusement pour la « conquête apostolique » mais où l’on aurait hâte de revenir parce que l’on penserait, plus ou moins implicitement, que les vrais moments d’intensité et de ferveur de la vie religieuse, donc ses moments les plus valables, se vivraient une fois rentré le pont-levis.Car — et cela depuis déjà une quinzaine d’années — on prend de plus en plus vivement conscience du fait que l’engagement religieux authentique, le seul qui compte vraiment, est avant tout une question de conviction profonde vécue du dedans dans une fidélité totale à l’appel du Seigneur.Là où cet intérieur du cœur est jalousement préservé, là surtout où il est entretenu avec foi et courage, là est vraiment présente la «vie religieuse», même si l’on est jeté en pleine masse humaine, avec le minimum de points d’appui sociologiques.Et lorsque je parle ici d’intérieur du cœur, je ne songe pas simplement aux individus, je songe aussi aux communautés et à ce que l’on appelle leur climat spirituel.Le mouvement actuel, qui paraît irréversible, peut donc se caractériser comme un transfert 1.Ce texte fut présenté par l’A.au Congrès des Religieuses tenu à Montréal en mars dernier.Il sera publié, ainsi que tous les actes du Congrès, dans un ouvrage intitulé “Les Religieuses dans la Cité” — Fides.115 important d’accent.Dès que l’on parle d’insertion dans l’Église, on reporte sur les valeurs « mystériques » de la vie religieuse l’arrêt que le passé mettait alors surtout sur ses formes institutionnelles.Tout se centre dorénavant sur l’authenticité de la vie, vie individuelle et vie communautaire.C ’est en fonction de cette authenticité que sont repensées les structures de l’Institution ; je m’empresse de dire, pour éviter tout équivoque, qu’elles sont nécessaires.Or un tel mouvement pose, et de façon violente, aux religieux et aux religieuses la question de leur propre définition.Lorsque l’habit que l’on revêt chaque matin et qui nous modèle un extérieur stéréotypé qui est celui « de la communauté » disparaît, lorsque disparaît aussi un certain style de maison religieuse qui nous imprègne malgré nous de l’esprit qui a présidé à son édification, lorsque disparaît encore une forme de travail dans les « écoles de la Congrégation » ou les « hôpitaux de la Congrégation » qui nous assure que notre travail quotidien est certainement religieux puis-qu il est celui de la communauté, on se retrouve un bon matin, si l’on a encore quelque ressort, face à une grave question.Finies les définitions de nous-mêmes qui nous viennent de l’extérieur ! Il faut alors se retourner vers son moi intérieur et se demander : quelle est la valeur spécifique qui caractérise mon engagement religieux et distingue mon option de vie fondamentale de celle de tel laïc ou de tel couple engagés eux aussi pleinement pour l’Évangile.Qu’est-ce qui me permet de m’affirmer à moi-même que ma vie religieuse, en dépit de mes médiocrités et de mes limites, rend à la face de l’Église et du monde un témoignage évangélique qui a une valeur propre et comme telle irremplaçable ?Pourquoi ce que je suis et ce que je fais vaut-il, évangéliquement parlant, la peine d’être vécu ?C’est à ces questions graves qui sont, me semble-t-il, au cœur de toute la démarche actuelle de rénovation de la vie religieuse, par immersion plus totale dans le bouillonnement du monde, que je veux essayer d’apporter un élément de réponse.Je veux montrer comment la vie religieuse répond à un appel évangélique complémentaire de celui des autres chrétiens désireux de vivre eux aussi en plénitude leur grâce baptismale, et que cette complémentarité est appelée par la mission même de l’Église.Réfléchissant surtout sur la vie religieuse féminine, je chercherai à faire percevoir comment à l’intérieur du laïcat (car les religieuses sont des laïcs), il y a place 116 pour deux appels assez nets du Seigneur, visant tous deux une vie évangélique intensive et en quête perpétuelle de perfection, mais se recoupant nécessairement par la base et à ce niveau difficilement différenciables alors que par leur fine pointe ils sont clairement caractérisés, l’appel du laïc-religieux et l’appel du laïc-militant non religieux.LES DEUX PÔLES DU MYSTÈRE PASCAL Pour bien percevoir à la fois la spécificité et la complémentarité de ces deux types de vocations évangéliques il faut, je crois, prendre comme point de départ de notre réflexion ce qu’il y a de plus profond et de plus ultime dans le mystère de l’Eglise : la relation existant entre la VIE de celle-ci et l’ÉVÉNEMENT de la Pâques du Christ.Car il y a dans la Mort-Résurrection du Seigneur, saisies dans leur unité dynamique, deux valeurs essentielles, deux pôles qui dessinent les deux mouvements du Salut.C’est sur ces deux pôles que s’édifie l’Église, non dans sa structure extérieure mais dans sa réalité de grâce et sa mission.Le premier pôle est le pôle intensif, qualificatif, que je désignerai ici par l’adjectif événementiel.Je vais m’expliquer.On peut le définir comme le FAIT, l’ÉVÉNEMENT bouleversant que constitue l’entrée du Royaume de Dieu, déjà et avec toute sa transcendance, dans les destin des hommes.Car par la Résurrection de Jésus, ce Royaume est déjà arrivé, au moins quant à ses valeurs intérieures, et cela uniquement à cause de la folie de l’Agapè de Dieu.La Toute-Puissance de Dieu a, en Jésus-Christ, rejoint chaque homme pour lui offrir ce qu’il ne peut atteindre seul mais qu’il appelle pourtant par le plus profond de son être.Gratuitement, en effet, les arrhes, les prémices, donc le germe réel du Royaume sont déposés déjà dans la vie de ceux qui accueillent l’offre que Dieu leur fait en son Fils mort mais ressusité.Par l’ÉVÉNEMENT de Pâques la réalité mystérieuse et transcendante vers laquelle marche toute l’histoire humaine a ainsi déjà fait irruption dans le plus creux de la situation humaine.Malgré le péché et malgré les échecs de l’homme.La Croix nous montre d’ailleurs que c’est dans l’expérience de la détresse humaine, détresse de la mort, de la souffrance, de l’abandon, de l’échec apparent, et dans l’acte où Jésus prend sur lui le péché des hommes que s’opère le passage vers la Résurrection et le Royaume.Aussi depuis Pâques, la situation tragique 117 de l’homme, inévitablement marquée par la loi du péché, est-elle déjà porteuse de la présence du Royaume.Celui-ci n’est donc plus simplement quelque chose d’attendu pour le futur ou de situé au-delà de tout le concret de notre existence d’hommes pauvres et faibles.Il est déjà là, en-dessous de notre péché et de notre souffrance.Mais il n’est là que de par Dieu.Sa présence n’est pas due à nos efforts ; elle n’a qu’une source : la puissance transcendante de l’Amour de Dieu, abyssalement supérieure aux possibilités de notre nature.Elle vient d’un plus grand que l’homme.Or cette présence est pour le croyant la réalité fondamentale qui bouleverse déjà toute sa vie.S’il se laisse pénétrer par son dynamisme, il puise là, en effet, le ressort pour une conversion continuelle de son existence qui, vécue de plus en plus pour Dieu (Rom.6, 11) et dans l’espérance, débouche déjà dans la plénitude.Car vivre déjà du royaume revient à vivre intensément, dans une paix et une joie profondes, son destin d’homme, à cause de la grâce transcendante donnée par Dieu en la Pâque de Jésus-Christ.Le second pôle que je désignerai ici par l’adjctif extensif, est le pôle rayonnement.Car l’événement dont nous venons de scruter rapidement la nature est le point-source d’un dynamisme qui veut que sa densité de Salut pénètre, transperce peu à peu tous les hommes, toute l’histoire humaine, toutes les structures de ce monde-ci.Parce qu ÉVÉMENENT de Royaume, il est en effet l’acte par lequel l’amour du Père constitue Jésus Seigneur de la création et de l’histoire.Le Salut du Royaume ne se limite pas en effet à une petite zone ouatée et nébuleuse du mytère de l’homme.Il concerne tout l’homme, tout l’enracinement humain, tout le milieu humain.La puissance seigneuriale du Christ ne vaut donc pas simplement pour conduire à la vie éternelle dans l’au-delà.Elle vaut également pour ce monde-ci, premier don de l’amour trancendant de Dieu à l’homme.Il faut en faire le cadre d’une vie humaine vraiment épanouie, permettant de réaliser dans la justice, la paix, l’espérance et la possession des biens fondamentaux nécessaires à une existence heureuse, la vocation de la créature spirituelle façonnée «à l’image de Dieu».Ce qui exige le progrès, la promotion des vraies valeurs humaines, l’aménagement d’un monde propice à la pleine éclosion des aspirations de l’homme.Dire que par sa Résurrection Jésus est le SEIGNEUR de la création revient donc à affirmer que de lui part le dynamisme qui cherche à transformer les 118 structures du monde sans cesse gauchies par l'égoïsme et la soif de puissance, à les entraîner vers un progrès de plus en plus rapide mais qui jamais ne les détourne de leur vraie fin, qui est, dans l’égalité et le bonheur, le bien de tout homme, fut-il le plus chétif et le plus misérable.Par sa Seigneurie, Jésus imbibe de son esprit (dont l’Évangile nous révèle la nature) et de sa puissance tout l’effort de l’humanité vers sa promotion.Parce que sa Résurrection est l’aurore d’un monde nouveau déjà inauguré, il faut donc que la puissance seigneuriale de Jésus irrigue peu à peu, du dedans, tout ce qui s’accomplit dans l’univers des hommes.Non pas pour remplacer les valeurs terrestres par d’autres, ni pour les rendre superflues en les coiffant d’un étage surnaturel, mais pour les promouvoir et les re-créer dans ce qu’elles sont et dans leur propre nature.Le Royaume, dont nous avons souligné plus haut la transcendance et l’origine supra-humaine, doit imprégner ces valeurs terrestres et « mondaines » pour faire d’elles ce que Dieu Créateur veut qu’elles soient.Cela fait partie du mystère de la Pâque.Celle-ci, que nous présentions comme une entrée bouleversante de la grâce supra-terrestre de Dieu dans le destin humain, est aussi le point-source d’un dynamisme d’immanence au monde, d’une entrée réaliste dans tout ce que le monde a de plus concret et de plus terrestre.Tels sont les deux pôles de la Pâque du Christ.Un pôle qui indique son origine : l’Amour transcendant de Dieu, infiniment au-dessus de tout ce qui est humain et « mondain ».Un pôle qui indique son dynamisme : l’entrée de la puissance créatrice du Seigneur dans la profondeur même de l’humain et du «mondain ».Sur ces deux pôles va se construire l’Église.Sur eux va s’arc-bouter également la mission du peuple de Dieu.On excusera ce rappel, sans doute trop dogmatique.Mais je crois que ce que nous venons d’évoquer à larges traits va nous permettre de saisir avec netteté le spécifique de la profession religieuse, comme aussi la relation de complémentarité où celle-ci se trouve face à la vocation des religieuses dite de vie apostolique.LE TÉMOIGNAGE DES RELIGIEUSES Par sa profession, la religieuse veut axer sa propre vie essentiellement sur le premier pôle de la Pâque, le pôle événementiel.Sa démarche fondamentale, le projet-clé de son existence est de tout 119 centrer, elle-même et ses engagements de femme chrétienne, sur le fait bouleversant que déjà, à cause de l’amour fou et gratuit de Dieu, les valeurs du Royaume sont inscrites dans le plus profond de son être de croyante.Valeurs extra-mondaines, transcendantes et pourtant vraiment gravées en elle.Elle demeure dans la condition humaine ordinaire, et ne prétend ni la refuser ni la fuir.D’ailleurs comment le pourrait-elle ?Bien plus, si elle se sent dévorée par le désir du service des autres, elle entend s’enfoncer en pleine masse humaine, le plus proche possible de ceux qu’elle veut ainsi aimer, et même parfois la volonté secrète d’épouser économiquement et socialement leur condition.Mais pourtant elle désire qu’existentiellement, donc très concrètement et d’une façon très réaliste, sa vie entière, dans ses puissances les plus fondamentales et les plus typiques de femme, soit bâtie sur la présence en son destin de croyante des valeurs du Royaume, valeurs transcendantes au créé, venues de Dieu seul, et pourtant merveilleusement aptes à conduire la vie humaine à son authentique plénitude.Elle ne méprise pas tout ce que d’ordinaire incarne la femme en plein cœur de la Création.Car elle sait que cela aussi vient de Dieu et entre dans le déploiement de la seigneurie de Jésus.Elle connaît par exemple la beauté et la grandeur du couple chrétien.Elle ne pense pas que prendre courageusement en mains la direction intégrale de sa vie soit de l’orgueil ; elle y voit plutôt une fidélité à l’intention du Créateur sur sa créature royale.Elle n’assimile pas toute possession des biens matériels et tout confort à un matérialisme en conflit avec l’Évangile.Cependant, parce que comme éblouie par le fait de l’entrée de la grâce du Royaume en son destin de femme et par la conscience de la grandeur des biens ainsi déposés en sa vie, elle sent qu’elle doit, sans les nier ou les condamner, sans cesser de les admirer, soumettre les valeurs essentiellement terrestres et « mondaines » de son être et de son existence à la grande expérience de cet Absolu de Dieu, de ce transcendant qui est vraiment en elle et que, dans sa foi, elle perçoit comme le Bien central qui donne son sens à tout le reste et qui pour elle finalise tout.Ce sera son « unique nécessaire », mais un « unique nécessaire » vitalement expérimente comme tel.Elle limitera donc au maximum tout ce qui pourrait distraire l’attention de la qualité transcendante et unique de ce Royaume qui déjà perce en elle, tout ce qui pourrait faire que sa vie ne soit pas en vérité centrée sur lui comme son unique pôle.120 Cela s’accomplit surtout grâce à ce que nous appelons les vœux de religion, dont il faut bien comprendre le sens et ne pas les ramener à la dimension mesquine d’une source de mérites préparant une éternité bienheureuse.Pris globalement (et quoi qu’on en ait dit, c’est avant tout cela qui compte) les vœux ont pour effet premier de signifier, d’exprimer existentiellement ce choix de la valeur transcendante du Royaume comme pôle unique de la vie, et de rendre ce choix vraiment réel et vraiment vécu.Chacun des vœux le fait selon son mode propre.Mais sur ce plan, le vœu de chasteté est évidemment le plus significatif.C’est en effet jusque dans son corps et dans son cœur faits pour aimer que la religieuse entend vivre cette transcendance de l’Agapè de Dieu inscrite en son être de femme.Et cela suffît pour satisfaire son besoin profond d’amour et de fécondité, même si souvent elle ressent l’appel mordant de la chair et le désir de l’amour physique.Mais cela vaut aussi et d’une façon qui devrait être tout autant réaliste, alors qu’elle est si souvent édulcorée et galvaudée, de la pauvreté.Parce qu’elle a compris que la seule richesse vraiment nécessaire est ce Royaume déjà gravé en elle, la religieuse n’accorde plus d’importance à tout ce qui dit possession, confort, désir des biens matériels.Le strict nécessaire lui suffit.Non pas qu’elle trouve là un motif qui l’excuserait de la loi du travail.Elle travaille elle aussi, et même aussi durement que les autres, et c’est sa contribution à la construction du monde, contribution qu’elle n’a pas le droit de refuser.Mais elle n’amasse pas pour elle-même le fruit de ce travail.Elle le donne à sa communauté.Et normalement celle-ci ne devrait pas, à cause de l’argent gagné par les religieuses, se transformer en une « institution riche » ; il lui faudrait trouver le moyen de reconvertir en « service des hommes » tout le non-nécessaire.Quant à l’obéissance, elle est de fait une transparence radicale de l’esprit et de la volonté, pour laisser les valeurs du Royaume devenir les seules guides de l’existence.Voilà donc décrits les vœux: ils sont à la fois le signe et la cause du « centrage » de l’existence entière autour de la présence en elle de la valeur transcendante, extra-mondaine, du Royaume de Dieu.C’est là le premier élément qui donnera au témoignage de la religieuse sa caractéristique propre.Car si elle vit en vérité et avec joie sa profession, et si elle y trouve de quoi vivre intensément son mystère de femme, dans un épanouissement réel de sa personnalité (point important et sur lequel les projets de réforme 121 devraient s’interroger plus qu'ils 11e le font) et un don sans calcul d elle-même aux autres, ipso facto elle proclamera et rappellera, à l’Eglise d’abord, que l’entrée du Royaume dans le destin humain 11’est pas un mythe, que ce Royaume est déjà efficace, qu’il béatifie déjà celui ou celle qui sait l’accueillir dans la foi et le courage.Vivre essentiellement et primordialement de la valeur transcendante du Royaume peut déjà changer en joie et en paix l’inquiétude du cœur de l’homme.A ceux qui n’ont pas ou qui n’ont plus la foi, et qui la côtoient quotidiennement, la religieuse sincère posera par sa vie tout au moins des questions.Et si elle est vraiment femme et vraiment épanouie, ces questions 11e seront pas narquoises.On percevra confusément que ce qui la fait être ce qu’elle est et vivre comme elle vit, chaste et pauvre, est quelque chose de mystérieux qui 11 ’est peut-être pas sans fondement.Témoignage de la personne.Témoignage de l’être lui-même.Témoignage de l’authenticité de la vie.Il faut, aujourd’hui surtout, insister sur ce point.La religieuse est témoin dans l’Église et pour l’Église moins par le registre de ses activités que par ce qu’elle est, à la fois au plan de l’épanouissement humain et de l’authenticité de sa vie-pour-Dieu.Car ce qu’elle est et qu’elle manifeste en elle s’identifie d’une certaine façon avec le mystère profond sur lequel elle a construit son existence.Elle témoigne ainsi, souvent sans le savoir, de l’Absolu de la grâce de Dieu.Ce témoignage est peut-être d’autant plus perçant que la religieuse est dans son activité de chaque jour plus mêlée au monde, plus en contact avec des hommes et des femmes qui l’observent et qui lient avec elle des liens de compagnonnage dans le travail, de camaraderie, voire d’amitié.Alors en effet, il devient de plus en plus évident (si elle est fidèle et vraie) qu’elle est ce qu ’elle est tout simplement parce qu ’elle a choisi de tout miser sur l’entrée de la Pâque dans son destin de femme croyante.Il est maintenant clair, du moins je l’espère, que la qualité propre du témoignage de la religieuse vient essentiellement de ce qu'elle est une chrétienne qui, quel que soit son travail apostolique, centre tout, son engagement, sa propre vie, sur la valeur absolue de la grâce transcendante du Royaume déjà donné, donc sur ce que j’appelais plus haut le pôle événementiel de la Pâque.Elle pourra accomplir des tâches profanes exactement semblables à celles d’autres laïcs chrétiens ou non.Souvent même elle le devra et, aujourd’hui plus que jamais, il faudra qu’elle ait l’audace d’aller parfois là où se joue l’enjeu de l’Évangile, dans les situations les plus extrêmes.Mais alors c’est en définitve à ce qu’elle est, à ce projet de tout centrer sur l’Absolu de Dieu qu’on est sans cesse ramené: projet absurde pour qui n’a pas la foi, mais qui pourtant inquiète, si celle qui le vit rayonne de générosité et de joie.Il faut que, une fois perçue sa qualité de religieusse, on puisse se dire : si tout en vivant dans cette transparence intérieure, cette pauvreté de l’existence, cette chasteté assumée avec sérénité, elle est néanmoins pleinement femme et pleinement donnée aux autres, elle le doit à sa foi en un « unique nécessaire » qui est pour elle l’Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.C’est le premier registre du témoignage de la religieuse, le registre « personnel ».Mais il est un second registre, celui de la vie commune, de la « fraternité évangélique ».Il peut même, selon la nature de la Congrégation, l’emporter en importance sur le premier.La communauté religieuse est en effet un type très spécial de société humaine.On s’y trouve réuni tout simplement parce que l’on veut centrer son existence sur le pôle événementiel de la Pâque et que celle-ci est la re-création de l’homme dans la fraternité.Rencontre de personnes qui ne se sont pas choisies, qui, issues de milieux différents, porteuses d’expériences diverses, se trouvent rassemblées du seul fait qu’elles ont décidé de vivre d’une façon spéciale leur mystère de baptisées.Explicitement c’est donc Jésus-Christ qui les donne l’une à l’autre.Aussi essaieront-elles, envahies et éblouies qu’elles sont par la folie de l'Agapè de Dieu en elles, de se manifester l’une à l’autre quelque chose de ce que Dieu manifeste à chacune d’entre elles.Elles réfracteront l’une sur l’autre, dans la mesure de leur force, la qualité de l’Absolu qui les rejoint.Selon l’idéal répété par tant et tant de Règles, «elles ne feront qu’un cœur et qu’une âme en Dieu», s’entraidant, se portant les unes les autres, mettant tout en commun.Mais cela en proclamant existentiellement, c’est-à-dire concrètement, par leur vie et leur comportement quotidien, que la source de leur « fraternité » n est pas une valeur intra-mondaine, une sympathie et une amitié humaines (bien que celles-ci soient non seulement désirables mais normalement nécesssaires puisque la grâce chemine à travers la nature) mais l’ÉVÉNEMENT Jésus-Christ.De cette relation primordiale à la Pâque, le signe et l’aliment privilégié seront la prière en commun.Je dis bien la prière, non les 123 patenôtres interminables et vaines qui tournent vite à la routine.Une prière vraie, plus qualitative que quantitative, jaillie de la vérité de la vie et non plaquée artificiellement par-dessus celle-ci.Une prière qui n’est pas faite simplement pour satisfaire à une obligation, mais qui répond à un appel profond de l’existence religieuse, laquelle a besoin de se rappeler à elle-même que son point d’appui n’est autre que la grâce transcendante de Dieu et de se nourrir de cette grâce.Une fraternité qui ne se structure pas autour de ses rythmes de prière se transforme très vite en club de célibataires, en maison de pension.Et c’est le drame de beaucoup de nos grandes communautés où la prière est trop guindée, trop officielle, trop loin de la vie ; comme c ’est aussi le drame de certaines « fraternités » où la fièvre des engagements apostoliques rend impossible l’arrêt de silence que nécessite cette rencontre vraie avec le Seigneur dans la prière commune, après sa rencontre dans l’action.Evidemment, pour que cette relation perce, soit vraiment signifiée, il faut qu’elle jaillisse au cœur d’une vie commune très simple, dépouillée de tout ce qui est trop intra-mondain, afin qu’il soit clair que la source de la joie et du bonheur que tous trouvent à vivre ensemble n’est autre que la présence du Seigneur.Il ne s’agit certes pas ici d’afficher, avec un certain pharisaïsme plus ou moins conscient, une vie misérable, de priver la communauté d’un minimum de moyens humains sans lesquels les personnes se détériorent et s’aigrissent, de couper court à toute détente, d’enfreindre les lois les plus élémentaires de l’hygiène physique et mentale.Mais il doit apparaître nettement que l’attention à toutes ces valeurs n’est là que pour fournir le support humain nécessaire à une expérience plus première, qui compte avant tout et qui est d’un tout autre ordre.A ce plan, le témoignage de la vie religieuse est donc d’un autre type que celui que nous décelions plus haut en scrutant le témoignage personnel de chaque religieuse.La « fraternité » bien vécue montre que le Royaume de Dieu déjà donné est une réalité mystérieuse dans laquelle les aspirations de l’homme vers la communauté, la fraternité et la paix sont déjà d’une certaine façon assouvies.Je sais fort bien qu’en affirmant ceci, je ne fais que décrire un idéal, dont par surcroît nous sommes fort loin.Car nous touchons ici du doigt le point peut-être le plus en souffrance, avec 124 la pauvreté, dans notre façon actuelle de vivre la profession religieuse.Que vaut notre vie fraternelle ?N’est-elle que nominale ?C’est pourtant vers cet idéal de vie fraternelle qu’il faut tendre, et c’est vers lui que tendent effectivement, d’une façon quasi unanime, tous les projets de réforme des divers Ordres et des diverses Congrégations.Et puisque nous réfléchissons ici sur le « renouveau du témoignage des religieuses dans l’Eglise d’aujourd’hui », il faut bien nous attarder à décrire le but désiré et désirable, sans être dupes des obstacles qui se dressent encore face à sa réalisation.LE TÉMOIGNAGE DES LAÏCS Doit-on conclure de notre exposé que la vie religieuse représente dans l’Eglise la plénitude de la vie évangélique ?Le faire serait très grave.Nous avons montré que la profession religieuse se proposait de mettre existentiellement en relief un pôle de la Pâque, le pôle transcendant, événementiel.Cet effort appelle, dans l’Eglise, qui est le corps du Seigneur et où doit se graver la totalité de la Pâque, un complément nécessaire.Ce sera la vie des autres laïcs, qu’il faut refuser de qualifier (comme on le fait hélas !) de « laïcs ordinaires » comme si les religieux laïcs formaient une « aristocratie du laïcat ».Aussi voudrais-je en conclusion évoquer cette complémentarité.Ceci nous permettra d’ailleurs de saisir de nouveau, cette fois par contraste, la note propre de la profession religieuse.Alors que le laïcat religieux axe son existence sur le pôle événementiel et transcendant de la Pâque, le laïc militant axe la sienne sur le pôle rayonnement, extension dans les structures de l’intra-mondain de la puissance de cette Pâque.Pôle tout aussi important, tout aussi essentiel que l’autre à la plénitude du Royaume déjà donné.Il faut en effet, disions-nous, que la puissance salvifique de celui-ci envahisse de fait les valeurs de la Création, du progrès, de la construction concrète du monde dont Jésus est le Seigneur.Qu’elle les étreigne.Le laïc militant non religieux mise sa vie entière sur cette entrée de la puissance de la Pâque dans la chair de ce monde.Membre du Christ par le Baptême, porteur de la grâce de l’Esprit-Saint, il va faire en sorte que concrètement la construction de l’univers des hommes soit pétrie de l’esprit du Christ.Ce qui exige que loin de bouder l’intra-mondain, il le vive, pour en accomplir comme l’osmose avec l’Evangile.Le cas le plus éclairant, 125 par comparaison avec la vie religieuse, est celui de sa réaction face à l’amour terrestre.Normalement le laïc non religieux vivra la grande aventure de l’amour du couple et de la fécondité, fondant ainsi une cellule humaine qu’il tâchera de modeler selon la pensée du Seigneur : son attachement à celui-ci passera comme à travers l’amour terrestre qu’il transfigurera.Partout où il est, le laïc non religieux assume ainsi les valeurs terrestres avec enthousiasme, non en se laissant fasciner par elles, mais en les vivant « selon 1 Evangile ».De cette façon, qu’il s’agisse de l’humble labeur quotidien, de la recherche scientifique et technique de modes d’existence plus humains, de la lutte pour le respect des droits fondamentaux de la personne, de la simple vie familiale, il rend l’Evangile effectivement immanent au monde, agissant en ce dernier pour y créer un état de justice, de paix et d’espoir répondant au dessein créateur de Dieu que la Pâque de Jésus reprend et en quelque sorte relance.L’humain pleinement étreint débouche ainsi sur le Royaume, et cela de lui-même.Le témoignage du laïc non religieux fleurit normalement là, au plus creux de l’engagement pour la Création et pour l’humain.Bref, laïc religieux et laïc non religieux témoignent tous deux du même Royaume, et le témoignage de chacun est essentiel.Le religieux centre son existence sur le fait que ce Royaume vient d’au-delà du monde et n’a sa source que dans la puissance transcendante de la grâce de Dieu ; le laïc non religieux centre son existence sur le fait que ce Royaume doit pénétrer le monde et en sauver le progrès.Question d’accent et de démarche fondamentale, bien entendu.Car d’une part le religieux s’engagera lui aussi et travaillera à la promotion de l’homme — ce sera même très souvent son programme quotidien de vie — mais il le fera à partir d’une vie axée sur les valeurs absolues du Royaume, et il s’abstiendra, surtout par ses vœux, de toute une zone existentielle d’immanence au monde.D’autre part le laïc non religieux vivra lui aussi des valeurs transcendantes et absolues du Royaume, mais il le fera à travers une vie axée sur la pénétration de celui-ci en plein cœur du monde.Dans leur texture, les deux types de vie se recoupent et, vus à ce niveau, se différencient parfois difficilement ; mais par leur axe, ils diffèrent.Si ce que nous avons dit est exact, ces deux formes de vie et de témoignage évangélique sont toutefois radicalement complémen- 126 taires, comme le sont les deux pôles de la Pâque.Elles ne peuvent même normalement s’épanouir que dans la conscience de cette complémentarité.Celle-ci seule permet à l’Église de rendre un témoignage total et plénier du Royaume.Aussi faut-il, sans complexe de supériorité ou d’infériorité, éviter de niveler son propre témoignage pour le rendre identique à celui du voisin.Non seulement on glisse alors dans la médiocrité d’une vie sans ossature, mais on ne permet plus à l’Église de témoigner pleinement.En symbiose avec les laïcs militants, les religieux sont à leur place un des éléments clés de l’évangélisation, et cela essentiellement par la transparence de leur vie à l’Absolu de Dieu.Pour que ce témoignage soit lisible, il importe au plus haut point qu’il soit rendu en communion vraie et explicite avec celui des autres laïcs.Là surtout où ] ’on œuvre ensemble, côte-à-côte.Cette communion est d’ailleurs elle-même un témoignage rendu à l’Évangile à la face du monde.Elle est pour nous signe d’espérance.Jean-Marie Tillard, o.p.96.Empress Ottcnea, Ont.NÉCROLOGIE — Les Sœurs de Sainte-Anne : Sr Marie-Géraldine (Ellen Langevin), Sr Mary Ethelind (Eleanor Carroll), Sr Marie-Vitalis (Marie-Louise Filion).— Les Sœurs Grises de Montréal : Sr Marie-Anna Huard, Sr Emma Bertrand.— Les Sœurs des SS.NN.de Jésus et de Marie : Sr Marie-Caroline (Amanda St-Onge), Sr M.-Louis-Alfred (Marie-Ange Collin).— Les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge : Sr Madeleine-de-Jésus (Annette Leclerc), Sr Thomas-de-Jésus (Auréa Desaulniers).— Les Sœurs de la Providence : Sr Laura Doré (Marie-Lactance), Sr Alméride (Aldéa Richard).— Les Servantes du C.I.de Marie : Sr Marie-Philomène Lajoie (Saint-Conrad).— Les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception : Sr Thérèse Forest (Sainte-Catherine-de-Sienne).— Les Sœurs de la Sainte-Famille : Sr Eva Rousseau (Marie-Martha).— Les Sœurs Missionnaires Oblates : Sr Marie-Saint-Albert.— Les Adoratrices du Précieux-Sang : Sr Maria del Espiritu Santo.— Les Servantes du T.S.Sacrement : Sr Marie-Félicité.127 LES LIVRES Lorimier, Jacques de, c.s.c., Le Projet de vie de l’adolescent.Identité psycho-sociale et Vocation.Coll.ISPC, Edit.Fayard-Mame, 1967.340pp.Qu’on le veuille ou non, les adolescents et les adolescentes posent à leur entourage et à toute la société une double question : Qui suis-je ?Qui dois-je devenir ?La catéchèse de l’adolescence peut et doit aider les jeunes à se répondre en opérant, à partir des éléments de leur enfance, une nouvelle synthèse de leur personnalité et en réalisant leur vocation d’adultes chrétiens dans la liberté et l’authenticité.A cette fin, cette catéchèse recourra certes aux lumières de la théologie mais aussi à la connaissance concrète de ces jeunes auxquels elle s’adresse.Elle fera donc appel aux sciences nouvelles de l’homme : l’anthropologie, la psychologie, la sociologie religieuse.Ce sont ces fondements psycho-sociaux de la catéchèse que l’A.établit dans une étude très élaborée.Il en résultera abstraite et idéaliste, mais enracinée dans le concret de l’observation.Beaumont, Pierre de, L’Évangile selon saint Marc aux hommes d’aujourd’hui.Coll.ISPC, Edit.Fayard-Mame, 1967.107pp.Les évangiles sont toujours d’actualité.Néanmoins, la Bonne Nouvelle perd souvent de son dynamisme, enveloppée qu’elle est dans des traductions alambiquées, d’une lecture peu invitante.Cette nouvelle traduction de saint Marc, revisée par des experts, tente de redonner à la « catéchèse de saint Pierre » tout son pouvoir évocateur.Nous y trouvons un style clair et vivant dans la langue des hommes d’aujourd’hui.De plus, c’est en prose rythmée.Ce texte rajeuni de saint Marc a la fraîcheur d’une rencontre simple et directe avec le Sauveur.Lelong, Maurice, o.p., Le Ciel est à fleur de terre.Edit.Marne, France, 1967.443pp.Ces sermons ou homélies, entretiens ou instructions (selon son goût, dit l’auteur) ont d’abord été radiodiffusés.D’innombrables auditeurs, de toutes conditions, ont demandé à lire et à méditer ces paroles qui les avaient touchés, parfois dérangés dans leurs manières de croire, et souvent bouleversés.L’A.s’applique à démontrer que le ciel existe dès ici-bas.Encore faut-il y être sensibilisé.Ces pages apprennent à découvrir ce ciel à ras de terre, à sentir une autre attraction que celle du pur terrestre, à trouver « en ce monde .un autre monde », selon une expression de Bérulle.Chrétiens fervents, croyants plus ou moins détournés de leur foi, même athées déclarés peuvent être éclairés par cette épiphanie du surnaturel.Patai, Raphaël, L’Amour et le Couple aux Temps bibliques.Edit.Marne, France, 1967.274pp.L’édition originale de cet ouvrage est parue en langue anglaise sous le titre : S ex and Family in the Bible and the middle East.Il s’agit avant tout d’une œuvre de sociologie comparée, en dehors de toute préoccupation religieuse.Le comportement sexuel et familial dans le judaïsme des premiers siècles est mis en parallèle avec les mœurs actuelles des Arabes du Moyen-Orient.128 Nicolas, M.-J., o.p., Marie, Mère du Sauveur.Coll.Le Mystère chrétien.Edit.Desclée, Paris, 1967.127pp.Ce traité succinct de Mariologie, inséré comme il se doit dans l’ensemble du mystère chrétien, comprend deux parties.La première, positive, présente Marie telle qu’elle apparaît dans la Révélation, puis dans la Tradition vivante à travers les siècles.La seconde déploie une brève synthèse théologique.Quatorze thèses mariales y font saillir les grandes lignes essentielles du mystère de Marie.Une fois de plus, et à la suite de Vatican II, cet ouvrage démontre que la dévotion des catholiques à la mère du Sauveur n’est pas une superfétation créée par l’imagination, mais un culte bien enraciné dans l’authentique Credo de l’Église.Rédigées avant tout pour les étudiants, ces pages sont de lecture relativement facile.Poupard, Mgr Paul, Connaissance de Vatican.Coll.Beauchesne, no 17.Paris, 1967.230pp.Bien qu’à l’ordre du jour, le Vatican demeure pourtant mystérieux, et l’on continue de s’interroger à son sujet : Qu’est-ce au juste que le Vatican ?Qu’y a-t-il dans cette cité d’une nature particulière ?Comment y travaille le Pape ?Comment fonctionne la curie romaine ?Comment l’Église est-elle ainsi gouvernée en haut lieu ?Qu’y a-t-il de changé depuis le Concile ?L’A.répond à ces questions et à plusieurs autres.Il le fait en homme qui s’y connaît, vivant dans ce milieu même.Un index analytique permet une consultation rapide.Pour accréditer cet ouvrage, parmi d’autres pas toujours orthodoxes, le cardinal Dell’Acqua déclare qu’il s’agit là d’«un Vatican vrai ».Labarrière, Pierre-Jean, s.j., L’Existence réconciliée.Coll.Christus, no 26.Edit.Desclée De Brouwer, Bruges, 1967.208pp.Non seulement les hommes sont divisés entre eux, mais chacun se sent divisé en lui-même de multiples façons.L’homme contemporain, en même temps qu’il perçoit ces douloureux déchirements, aspire à l’unité tant au plan personnel qu’à celui des réalités sociales.Ce sont les formes possibles d’une telle réconciliation de l’existence que cet ouvrage s’efforce de présenter.Et puisque le Fils de Dieu est venu en ce monde pour tout réconcilier en lui, ces pages s’appliquent à révéler le Christ pour que sa vérité reçoive un accueil plénier dans nos intelligences et dans nos vies.Cottier, Georges M.-M., O.P.: Chrétiens et Marxistes.Dialogue avec Roger Garaudy.Éd.Marne, Tours, 1967.198 pp.Dans une première partie, l’A, expose la nature, les conditions et les possibilités d’un dialogue entre chrétiens et marxistes.Dans une seconde partie, il engage un dialogue personnel avec un marxiste qualifié qui le réclamait.Rétif, Louis, : Docker et Prêtre, André Bergonier.(Coll.“Vies et Témoignages”).Éd.Casterman, Tournai, 1968.200 pp.Un jeune officier de l’armée française finit par devenir débardeur puis prêtre.Il estime cette double vocation inséparable en lui : il se veut un témoin authentique de l’Église auprès des hommes de peine qui ne la connaissent pas.Il meurt à son travail, victime d’un accident.Le volume retrace les étapes de cette odyssée spirituelle. la VI© des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL 36, Qué., Canada FRAIS DE R ET DUR GARANTIS PDRT PAYÉ À BEAUCEVILLE ANN E* J; ART 1 LE MINISTÈRE DES POSTES À OTTAWA A AUTORISÉ L'AFFRANCHISSEMENT EN NUMÉRAIRE ET L'ENVOI COMME OBJET DE LA DEUXIÈME CLASSE DE LA PRÉSENTE PUBLICATION
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