La vie des communautés religieuses /, 1 janvier 1990, Janvier-Février
¦n rX:., §jjj§jj~j|||} janv.-fév.1990 illïlil IjiiÉgJ8 SliJIi MMÉk:' : .HlSil des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Yvette Viau, s.s.a.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition : Graphiti Impression : L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 1 1,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion: 14,50 $ (75 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.48 — janv.-fév.1990 Jacques Bélanger, o.f.m.cap., Unité et pluriformité 3-18 Georges Perreault, o.p., Les prêtres et religieux, auteurs d'abus sexuels 19-32 Gilles Bourdeau, o.f.m., Assise 1986, prière du troisième millénaire 33-41 Un charisme commun se vit selon des formes diverses; la diversité des réalités sociales, ecclésiales et culturelles entraîne une pratique multiforme d'un même charisme.L'A.nous dit d'abord comment se pose la question; il présente ensuite quelques éléments de discernement et indique des pistes d'action aux plans de la mentalité et des structures.L'A.propose un essai d'explication à partir de l'expérience de prêtres et religieux incriminés pour abus sexuels.Ceux-ci révèlent un sérieux problème d'intégration de la sexualité dans l'ensemble de l'affectivité.Ils pro-viennentd'unedichotomiede la conscience de soi: une partie opérant en contact avec la réalité vécue, l'autre se référant à l'imaginaire et ses fantasmes.À Assise on a prié ensemble pour la paix et la justice entre tous les peuples.La prière demeure un engagement réel et 1 Yolande Bonner, s.c.q., Promotion de la femme dans le monde d'aujourd'hui 42-55 constitue un geste fraternel qui change quelque chose dans les rapports entre les personnes et les peuples.Assise 1986 n'est pas une émotion ou un rituel; c'est un acte et un engagement qui ont pour horizon l'histoire et l'humanité enfin réconciliées avec Dieu.La promotion humaine et l'évangélisation sont intimement liées.Les engagements des religieuses pour la promotion de la femme sont des engagements pour la vie et constituent une réponse au féminisme actuel.Ilsontune dimension profondément ecclésiale.Encore faut-il que chaque femme choisisse de vivre de manière authentique, d'affirmer sa liberté.2 Unité et pluriformité Jacques Bélanger, o.f.m.Cap.* Proposer une réflexion sur le binôme unité-pluriformité, dans le contexte d'une vie religieuse franciscaine1, c'est du même coup admettre au point de départ l'existence de vocations particulières dans un choix commun.C'est de ce fait, reconnaître la richesse complémentaire de chaque individu, à l'intérieur d'une fraternité qui se veut attentive aux appels personnels de l'Esprit et respectueuse de l'identité de chacun de ses membres, pour construire une vie selon l'Évangile.Dans une perspective plus large, cela entraîne une praxis multiforme du même charisme, si l'on tient compte de la diversité des réalités sociales, ecclésiales et culturelles.Essayons d'abord d'en cerner la problématique, de savoir pourquoi et comment se pose la question.Après quoi j'amorcerai quelques éléments de discernement, pour proposer ensuite des pistes d'action au double plan de la mentalité et des structures.* 2210, Saint-Thomas, Longueuil, Qc J4J 3R9.1.Ce texte reprend en substance une réflexion donnée au Chapitre général des Capucins, à Rome en 1988.Le thème UNITÉ ET PLURIFORMITÉ avait été retenu par le Conseil Général, suite à une consultation auprès des supérieurs majeurs de l'Ordre.De ce fait, il se réfère à un type de vie particulier.H appartiendra à chacun de faire la transposition à partir de sa propre tradition spirituelle.3 La problématique Les mutations en cours De profondes mutations sont actuellement en cours, avec des nuances diverses, dans toutes les fraternités de l'Ordre.De telles mutations nous interpellent vivement.Elles sont un défi et demandent des réponses de notre part.Qui sommes-nous réellement ?Quel rapport établir entre notre vie, notre activité et le monde actuel, soumis lui aussi à des transformations si rapides ?Comment répondre à la clameur grandissante des pauvres, des exploités, des opprimés?Ces questions — avec d'autres — nous ont bien vite amenés à comprendreque notre vie ne peut pluscontinuer sur la lancée actuelle.L'écart est souvent trop grand entre notre façon de vivre et ce monde de souffrance.En même temps, une grande évidence se manifeste: la pluriformité dans l'Ordre est perçue comme une donnée de fait, non seulement sous son aspect extérieur, mais dans la manière de voir la vie et de nous insérer dans le monde.Partout on constate que « L'image traditionnelle de l'Ordre a bien changé.Pratiquement en chaque région se dessine un nouveau visage.L'on parle de renouveler notre choix de priorités, de "refonder'' notre vie en partant d'une "inspiration" que nous aurons retrouvée».Parmi les innombrables transformations auxquelles nous avons été soumis au cours des récentes décades, retenons une double série d'événements plus directement liés à la vie de l'Église et au binôme UP2, à savoir la redécouverte des sources et une plus grande contextualisation de la foi.2.Cette abréviation renvoie au binôme UNITÉ/PLURIFORMITÉ.4 La redécouverte des sources Les progrès scientifiques vertigineux, réalisés à tous les niveaux depuis 50 ans, ont couvert également le champ religieux.Les renouveaux biblique et liturgique en sont un premier fruit.Le concile Vatican II a lui-même largement bénéficié d'une meilleure connaissance de l'histoire, pour reformuler sa pratique pastorale.Et c'est dans cette foulée que Paul VI, dansPerfectae caritatis 15, recommandait à tous les religieux, après le concile, de retourner aux sources.Ce contact plus direct avec l'inspiration première de l'Évangile et avec l'expérience franciscaine à ses débuts, a permis à chacun de se réapproprier le meilleur de nos origines communes, personnellement et non plus seulement par le truchement des commentateurs.Notre fraternité entière a pu ainsi réentendre «sans glose» l'appel essentiel et unifiant de notre vocation franciscaine: «Observer le Saint Évangile de N.S.J.C.».Réunifier notre vie personnelle et communautaire autour de l'Évangile, «sans glose», voilà une chance unique qui nous a été offerte dans les années récentes.La contextualisation de notre foi En même temps que cette chance offerte à L'UNITÉ de notre vie, s'offrait à nous un autre appel, non moins pressant, avec lequel peut-être nous étions familiers, à cause d'une certaine tradition «populaire» de notre Ordre, mais qui se présentait avec une urgence et une nouveauté inédites: l'appel à vivre de plus près et en plus grande solidarité, «les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » parce qu'« il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans le cœur des disciples du Christ» (Gaudium et spes, 1).5 Une prise de conscience plus vive de l'action de l'Esprit dans le monde et de l'interdépendance croissante des personnes et des peuples à l'échelle mondiale, a fait éclater les frontières de nos préoccupations, de notre prière et du dynamisme de notre foi.Il n'est plus possible de vivre aujourd'hui quelque part sans en même temps tenir compte de Tailleurs global.Il n'y a plus, si jamais cela a existé, une nation ou un groupe de personnes, ou même une Église qui peuvent prétendre à long terme donner toujours le ton aux autres, voire se passer des autres.L'ensemble des réalités vécues par nos contemporains, qu'elles soient d'ordre individuel, collectif, culturel, social, économique ou politique, est désormais entré dans notre vie et nous a tous transformés.Une telle prise de conscience fait brutalement échec, il faut l'avouer, à une certaine conception du monde dont il faudrait plutôt s'abstraire, à une certaine figure du frère, plus porté à se garder de ce monde piégé, qu'à y discerner la PRÉSENCE active de l'Esprit et le LIEU du SALUT.Atterrir en pleine modernité, en côte-à-côte avec nos contemporains, pour relever avec eux les défis posés par notre réalité actuelle: le développement des sciences, la mixité et le dialogue des cultures, la sécularisation, la pauvreté et les disparités.Dequoi nous donner le vertige ! Maisquelle chance aussi pour notre foi de retrouver ainsi, en s'inculturant et en se faisant davantage pluriforme, le chemin de l'incarnation ! Qu'il s'agisse donc d'un retour aux sources ou d'une incarnation plus concrète de notre foi, nous nous trouvons convoqués à sortir des frontières closes de nos habitudes et à repartir d'ailleurs, pour retrouver ensuite une unité personnelle et communautaire aux bases élargies.6 Les réflexes des frères Face à ces deux sollicitations apparemment contradictoires, l'une qui nous invite à l'unité par le biais des sources, et l'autre qui nous convoque à une présence multiforme par le biais de la vie de nos contemporains, on peut noter chez les frères différents réflexes.Les uns retiennent davantage l'appel à l'unité.Dans le meilleur des cas, ces frères puisent dans la Parole de Dieu et dans nos sources franciscaines une raison de vivre une solidité personnelle, de même qu'une motivation à la vie fraternelle et au service apostolique.La rencontre de François avec le Christ de Saint-Damien, ses longs séjours dans les ermitages, de même que les contacts chaleureux des premiers frères entre eux deviennent alors la référence essentielle pour leur vie.Dans les cas moins heureux, à la limite, ce retour aux sources se traduit plutôt par un rétrécissement du champ de conscience, par un certain fondamentalisme, par le repliement sur des certitudes faciles, par l'aspiration à une vie de fraternité centripète, se rapprochant du ghetto.C'est le retour au sein maternel.La mission y figure comme un ensemble d'interventions épisodiques faites «au dehors» et non pas comme une passion de fond, présente à chaque respiration.D'autres frères, plus soucieux de la présence au monde, ont trouvé dans des textes comme Gaudium et spes et Evangelii nuntiandi, de même que dans les grandes Encycliques dites sociales, une source de joie et d'énergie.Ils se reconnaissent dans le «Va, répare mon Église.», dans l'expérience de François avec les lépreux et dans ses choix face à son père, face à Assise et face à un certain type de vie religieuse.Leur cloître est le «panorama splendide» sur la colline, dont parle le Sacrum Commercium, 63.Ils rencontrent Dieu aussi volontiers dans la rue qu'au couvent.Et ils accompagnent le peuple 7 dans sa lutte pour la justice, tout aussi bien que dans sa pratique sacramentelle.Ici également, dans les cas les moins heureux, ces frères se trouvent exposés à la dispersion, à une action sans mission, à une pluriformité sans ancrage.À la limite, ils sont tout entier occupés ailleurs, compromettant ainsi, pour toutes fins pratiques, leur appartenance à notre fraternité.La question qui se pose Si l'on veut tenir compte à la fois de la vérité de notre vie, de la réalité du monde actuel et du nécessaire témoignage évangélique que nous devons à ce dernier, sans oublier les différences de nos personnes et de nos cultures, comment alors gérer dans le concret ces différents appels et ces manières souvent opposées de les recevoir, à l'intérieur même de nos fraternités ?L'unité personnelle des frères, rappelons-le, ne peut plus se réaliser de la même façon: l'accès généralisé à une plus grande culture et à plus d'information a remis en question sur tant de plans, nos façons de vivre et de penser.Par ailleurs, l'unité de l'ensemble de l'Ordre se trouve aussi soumise à des mutations radicales, compte tenu du déplacement accéléré des frontières de l'Ordre.D'autres régions et d'autres cultures obligeront de plus en plus à dédouaner l'identité du capucin de tout ce qui pourrait rester encore de saveur importée.Que deviendra donc le fils de François, quand il aura complètement cessé d'être aussi le fils de Bernadone, ombrien, italien, européen, nordique, pour devenir totalement fils de sa propre culture?Oriental, africain, latino-américain.?Il y faudra le temps, conjugué avec beaucoup d'attention et de compétence pour voir clair en des questions aussi vitales.Aucune réponse simpliste ne saurait ici satisfaire.8 Nous pouvons cependant faire appel à quelques points de repère, qui balisent au moins notre recherche, même s'ils ne fournissent pas de solutions complètes et définitives.Quelques éléments de discernement Unité/Pluriformité : un binôme complémentaire Contentons-nous d'évoquer ici rapidement la Bible et notre histoire franciscaine et de proposer quelques jalons de réflexion théologique, appuyés sur l'enseignement du Magistère.Une évidence s'en dégagera : Unité et Pluriformité sont un binôme complémentaire.Nous ne saurions choisir entre les deux sans débalancer complètement notre vie.Unité et Pluriformité constituent en effet deux réalités bibliques en étroite corrélation.En Dieu même, nous trouvons l'un de la Nature et le multiple des Personnes.En Jésus, se réalisent à la fois la «récapitulation» de toutes choses et la différenciation à travers les membres et les charismes.Il y a un seul Esprit, mais une multitude de manifestations.Dans la Bible, il y a le premier commandement qui centre tout sur Dieu TUNIQUE, et le second, semblable, qui renvoie à la multiplicité des personnes et des situations.Il y a le peuple élu, convergence de toutes les attentions de Yahvé, mais en même temps signe des intentions multiformes du même Yahvé à l'égard de tous les peuples.Il y a l'unique Alliance et l'unique Promesse, destinées finalement à toutes les nations, appelées à se couler dans tous les âges.La Parole de Dieu convoque donc tout autant à la diversité et à la pluriformité qu'à l'unité.Peut-être devons-nous remonter ici le courant de nos habitudes ! Dieu se trouve bien sûr dans la solitude, dans le calme, dans le recul par rapport à l'agitation 9 de nos vies.Mais il habite aussi les tensions, les luttes, les doutes, voire les ténèbres, qui tissent notre réalité quotidienne tant collective que personnelle.Nous arrachant par ailleurs à une vision trop unilatéralement verticale de la foi, Vatican II et spécialement Gaudium et spes de même que le Message final du Concile ont vigoureusement attiré l'attention sur l'homme, sur le monde, sur l'histoire concrète que nous sommes en train de bâtir avec l'assistance efficace de l'Esprit et, à l'intérieur de laquelle nous vivons et offrons le Message de l'Évangile.EvangeHi nuntiandiégalement, quelques années plus tard, insistait sur l'importance de connaître à la fois le message et ses destinataires, pour qu'il les rejoigne dans la conjoncture concrète de leur existence, dans chacune de leurs personnes et dans leur culture propre.Le développement des sciences humaines a d'ailleurs constitué ici un apport considérable.François n'a pas échappé à cette problématique d'une vie unifiée autour de Jésus, et cependant soumise à une incarnation multiforme.Jésus, il l'a rencontré dans le secret des ermitages, comme à Saint-Damien.Il l'a aussi discerné dans les lépreux, dans les prêtres, dans le sultan, dans le brigand, dans la création.Il l'a servi à sa manière et il a recommandé à ses frères de trouver leur propre manière, différente selon l'inspiration de l'Esprit et selon les circonstances.En ce qui nous concerne, il a été fait récemment plusieurs mises au point sur ce thème.Nous n'avons cessé, depuis 1968 en particulier, d'insister à la fois sur la redécouverte de l'intuition première de François, et sur une ouverture de plus en plus attentive aux réalités contemporaines au cœur desquelles notre Message est appelé à prendre sens.Dans la réflexion théologique contemporaine, l'on parle beaucoup d'unité, mais toujours d'une unité qui tienne compte de toute la réalité.10 En ecc/ésiologie, l'on a tendance à renverser le schéma «pyramidal», pour laisser place à une vision où chacun des membres, à partir de son baptême, de ses charismes propres et de sa culture, a un droit de parole et de participation dont il ne peut lui-même se départir.L'on parle d'Églises locales vivant en réciprocité vitale avec d'autres Églises, et non plus entermesde« Missions»face à des Églises missionnairesqui leur seraient supérieures.En d'autres mots, l'on reconnaît à part égale les manières pluriformes d'incarner l'unique Message, chaque instance locale partageant avec les autres sa part d'expérience et de vérité.En œcuménisme, on se libère de plus en plus d'une vision unilatérale de l'unité de l'Église, qui consisterait à faire converger les autres religions vers notre Église.Dimitrios 1er, lors de sa visite à Jean-Paul II, à Rome, parlait de l'unité des deux Églises comme de la reprise d'une respiration normale, à deux poumons.Les deux histoires, les deux formes d'expérience chrétienne de ces Églises ont de quoi enrichir le Corps du Christ et se compléter mutuellement.En christologie, l'on parle des différentes cultures comme de diverses expressions du Visage du Christ.Permettre à une culture qui est entrée en contact avec l'Évangile de s'exprimer comme culture évangélisée, c'est connaître quelque chose de Jésus que nous n'aurions guère connu autrement.Ainsi en va-t-il pour l'expérience franciscaine.L'autre, le différent, vu dans le regard unifié de Jésus, n'est plus un élément de dispersion, mais de convergence.L'on ne se trouve plus face à une seule synthèse théologique, comme c'était le cas avec le thomisme, mais face à plusieurs courants théologiques, face à des «théologies».La réflexion théologique part toujours de l'histoire, bien sûr, maiselle se fait à partir d'unterrain donné, de problématiques concrètes multiples.À partir de terrains différents, on pose à l'histoire d'autres questions.11 Bref, il s'agit de libérer la parole à tous les niveaux, de permettre à toutes les différences de s'exprimer, sans faire échec à I intégrité et à l'unité du Message évangélique, mais en lui assurant le caractère d'universalité — de «catholicité» — qui lui revient.Tenir compte à la fois des deux pôles Unité/Pluriformité suppose, on le voit, une vigilance implacable.Ainsi le « Billet au Frère Léon »3, qui est une charte de liberté, présume de la part de ce dernier une vie fortement unifiée, tout comme c'est le cas dans la « 3e Admonition » 4.Cette dernière, qui ouvre la porte à l'objecteur de conscience, se termine par un appel à donner sa vie, au besoin, plutôt que de se séparer de ses frères.À ce niveau de profondeur évangélique, où chacun se voit convoqué à l'unité, mais en même temps profondément respecté dans ce qu'il est, l'on peut dépasser les tendances séparatistes souvent rencontrées chez les frères, qu'elles s'appellent anomie, provincialisme ou individualisme.Pistes d'action Passer effectivement de la parole aux actes, voilà bien I enjeu majeur, sinon le seul en définitive.Comment y arriverons-nous encore davantage, tant au plan d'un changement des mentalités, qu'au plan d'un aménagement des structures de notre vie ?3.Quelle que soit la manière qui te semblera la meilleure de plaire au Seigneur Dieu et de suivre ses traces et sa pauvreté, adopte-la, avec la bénédiction du Seigneur Dieu et ma permission.4.Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit, (cf.Jn 14, 8) 12 Au plan des mentalités La maturité des personnes.C'est ici que nous achoppons très souvent.Seules les personnes profondément ancrées, situées, mûres, pourront vivre sainement les défis dont nous avons parlé.Avis à ceux qui doivent admettre de nouveaux frères ! Avis à nous sans exception, candidats à la formation permanente! La vie religieuse sera de plus en plus une aventure «pour adultes», unifiante et complexe à la fois.Elle supposera de plus en plus la capacité de s'exposer aux multiples situations du monde d'aujourd'hui ; l'aptitude à assumer des responsabilités, à faire des choix personnels et collectifs et à se remettre en question, sans pour autant compromettre le centre de gravité de sa vie.Une mystique plus accusée.De plus en plus la prière devra se porter au secours du lien vital entre, d'une part, la louange gratuite à celui qui est TUNIQUE et, d'autre part, à la découverte de sa Présence active et diversifiée au cœur du monde.La grâce du « Retour aux sources » nous introduira à une redécouverte joyeuse et confiante de Dieu pour lui-même, lequel est en même temps source d'ivresse et de Consolation, bien au-delà des prières formelles souvent perçues comme des obligations.À moins que la prière ne débouche sur la gratuité et la joie, elle continuera à être vécue comme l'une des nombreuses occupations de la journée, et alors elle ne jouera guère son rôle de convocation et d'unité intérieure.L'activité contemplative doit aussi conduire à une évangélisation du regard au cœur du quotidien.Nous serons des « contemplatifs dans la vie », développant des réflexes d'écoute et de regard qui nous permettent de discerner la Présence de Dieu en train de transformer le monde ; d'actualiser les Mirabilia Dei(Jer 23, 5-8); de faire le lien entre le PAIN eucharistique et le pain de nos tables.Nous évacuerons de plus en plus une 13 mentalité sacrale, qui limite la présence de Dieu à certains lieux et à certaines personnes ou activités ; nous éviterons de nous bloquer sur le passé, comme si les seuls psaumes valables étaient ceux qu'ont écrits les saints d'hier.Notre prière devra éclairer notre chemin concret et nous aider à identifier nos raisons d'espérer (1 Pi, 3, 15).Elle sera liée au multiple de la vie.Elle intégrera les joies et les angoisses de l'humanité (Gs 1 ) pour ne jamais perdre sa dimension pascale et pour demeurer, dans son activité même de prière, une Bonne Nouvelle pour les pauvres.Elle devra conduire à des actions de vérité et de solidarité.À mesure que nous nous trouvons moins soutenus par des cadres de vie contraignants, nous le serons par des motivations plus enracinées.C'est notre FOI, alimentée par une prière «unitive», qui sera notre référence intime et qui soutiendra à long terme notre relation aux autres, servant de fil conducteur et unificateur.Un mode de vie «converti».Tant par les appels de la Mission aujourd'hui, que par le meilleur de notre tradition franciscaine capucine, nous sommes convoqués à une présence au cœur du monde.Mais nous avons aussi quitté ce monde.Nous avons en effet quitté le «mondain» du monde, qui continue pourtant à nous poursuivre à l'intérieurde nos murs même les plus «conventuels» : programmes de TV, articles et illustrations de revues, tout cela assaisonné souvent d'une information douteuse, sinon volontairement tronquée, d'une sollicitation à la consommation, voire d'un déploiement d images pornographiques.Nos propos de vie unifiée et missionnaire se trouvent ainsi exposés à très rude épreuve, chaque jour, dans notre propre maison.Nous avons, dans un grand nombre de cas, haussé notre style de vie au cours des années récentes.Des frères, il est vrai se sont rapprochés des pauvres et se sont solidarisés 14 avec eux.Il n'est pas évident toutefois que l'« option préférentielle pour les pauvres» ait désormais fait l'unanimité chez nous et qu'elle soit en voie de s'y imposer.Nous le voyons, c'est la vérité même de notre vie qui doit être réexaminée ici.Nous sommes appelés à vivre en contact avec le monde, mais avec des moeurs converties : un style de vie simplifié, un usage restreint des biens, la pratique de formes nouvelles de jeûne par solidarité, l'accès à une juste information, pour un engagement dans la transformation du monde, sans y perdre la saveur évangélique.Solidaires dans nos défis.Les défis dont nous parlons sont trop urgents et gigantesques pour les relever seuls.Nous avons besoin de nos frères, à l'échelle locale d'abord.Puis, à une échelle plus vaste, nous avons besoin d'autres personnes, sensibles au mêmes valeurs et engagées sur le même chantier.Nos fraternités n'échappent pas à l'universelle rupture des tissus sociaux, dans un monde qui aspire pourtant à devenir village.C'est d'abord à ce premier niveau local que doit se réaliser le mariage UP.Les lois du jeu y sont claires, mais leur application demeure laborieuse.Nous sommes donc invités à bâtir des fraternités où les frères développent un attachement réciproque, alimenté par une juste participation de tous.Et pour relever ce défi, il faut en prendre, jour après jour, les moyens très concrètement: écoute commune de la Parole de Dieu et prière partagée, qui aide à faire le lien entre la Parole et la vie, rythmes de vie commune qui permettent la rencontre et l'échange, révision de vie communautaire.Il faut souvent re-décider ensemble de remettre sur le chantier la « communion » à bâtir ensemble, mais demeurer attentifs à ce que jamais cette communion se réalise à bon marché, en faisant fi de certaines personnes ou de réalités plus dures à 15 intégrer.L'unité dont nous parlons ici fera justice à toutes les personnes et à toute la réalité, sinon elle ne méritera pas ce nom.Une vie de fraternité réussie sera aussi un tremplin qui nous aidera à vivre à l'échelle du monde.Il y a ici également de nouveaux réflexes à développer, ou du moins à consolider.Réflexe du mineur ou du disciple, capable d'écouter ce qui se fait en dehors de lui et de repartir d'ailleurs.Cette direction nous a été proposée: «En tout premier lieu, rendons-nous solidaires des initiatives nées dans l'ensemble de la famille franciscaine.Certainement nous ne sommes ni les premiers ni les seuls, ni nécessairement les meilleurs dans l'effort pour construire un monde plus juste.Ce que souvent nous pouvons faire de mieux sera d'appuyer les groupes déjà existants, et de les aider à la manière franciscaine».Réflexe du croyant à la recherche des « signes des temps » : Nous sommes invités à nous concentrer sur des valeurs qui sont particulièrement significatives pour nos contemporains et qui, à juste titre, sont convoquantes et oecuméniques: telles, entre autres, la justice, la paix et le respect pour la création.Réapprendre, au contact de tant de nos contemporains qui le font par obligation, à vivre en nomades, en pèlerins et étrangers, disposés à renouveler notre choix de priorités, à «refonder» notre vie.Nous arracher à la tentation de penser que nous sommes saint François, en un moment surtout où ce dernier est très souvent invoqué comme un symbole de paix, de respect pour la création, de fraternité universelle.Lui-même nous avertissait de ne pas vivre sur la réputation des autres et de trouver, à l'aide du Christ notre propre manière de vivre notre vie.16 L'aménagement de nos structures de vie La question qui se pose est la suivante: Quels changements structurels devrons-nous opérer, si nous voulons donner des mains aux réalités sur lesquelles nous venons d'attirer l'attention ?Voici quelques suggestions appelées à être complétées et reformulées au besoin.Au niveau des personnes.Des progrès ont été réalisés dans le domaine de la formation.Il faudrait, me semble-t-il, rester très vigilants pour que cette formation initiale ou permanente assure un développement intégral, une expérience globale et ne soit pas seulement centrée sur des études.Qu'on favorise une unité de vision et de vie aux bases larges.Qu'on aide à faire le lien Dieu-homme, Dieu-monde, Dieu-oppression, Dieu-esprit et Dieu-chair, Foi-monde.et cela par des cours, mais aussi par des expériences de vie et des contacts avec des personnes qui ont déjà une « pratique » en ces domaines.Je crois qu'il faudrait impérativement, à cause du retard que nous avons pris, supplier chaque frère de s'accorder une année sabbatique et de consacrer des énergies importantes pour que cette année, de même que toute la formation permanente soient faites dans cette perspective vitale.Au niveau de l'ensemble de l'Ordre.Pour rendre plus concret ce que nous avons dit concernant la vie à la base (sur l'émergence des personnes et des cultures), il faudrait stimuler la vie des « Conférences» qui sont pour nous l'équivalent des Églises locales.Qu'elles aient de plus larges espaces d'autonomie ; que s'y joue à fond le principe de subsidiarité; qu'on y travaille dans une mentalité de plus en plus collégiale et que la participation des frères soit favorisée le plus possible.Qu'on organise des rencontres continentales et internationales des présidents de Conférences, de manière que la vie à la 17 base remonte constamment au niveau d'instances qui la feront ensuite circuler dans toute la fraternité.D'autres mesures seront aussi à prendre pour mettre davantage L'Ordre à l'écoute des cultures qui, jusqu'à présent ont été limitéesau rôle de disciples, etqu'on en arriveà ceque tous les frères, autant que possible, se sentent à égalité d'impact culturel.J'ai tenté d'ouvrir des avenues, en essayant d'être objectif, mais aussi inévitablement à partir de mes propres sensibilités.À vous maintenant de continuer ! 18 Les prêtres et religieux auteurs d'abus sexuels Georges Perrault, o.p.* La réalité d'abus sexuels commis par des prêtres et des religieux est devenue désormais un fait social défrayant les chroniques judiciaires des médias.L'opinion publique peut s'en surprendre, s'en scandaliser ou s'en régaler cruellement : les institutions d'Église, elles, ont à s'interroger sur les sources de ces gestes douloureux et sur les mesures à prendre pour y obvier le mieux possible.Les réflexionsqui suivent vont, dans une première partie, proposer un essai d'explication de ce phénomène à partir de l'expérience de nombreux prêtres et religieux incriminés pour abus sexuels.Dans une seconde partie (à paraître en mars-avril), on suggérera ensuite des moyens pour aider ces hommes, et on s'interrogera sur les conditions susceptibles de favoriser la prévention d'autres gestes semblables à l'avenir.La dynamique humaine et spirituelle du prêtre ou du religieux auteurs d'abus sexuels Que se passe-t-il au plus intime du prêtre ou du religieux publiquement accusé d'abus sexuels qu'il a effectivement commis ?Les indications qui suivent ne sont pas exhaustives et ne se retrouvent pas simultanément chez tous ceux qui *216, rue de l'Église, St-Sauveur des Monts, Qc JOR IRQ.19 vivent cette situation.Quoique variables selon les individus, elles révèlent cependant autant de facettes de l'expérience vécue dans ces cas.Les manifestations extérieures Accusés de tels gestes, certains prêtres ou religieux persisteront à déclarer normales et irréprochables les activités en question: ils disposent à cet effet de rationalisations désormais bien ancrées dans leur esprit et peuvent ainsi continuer à se laisser mener par quelque fragilité affective enfouie quelque part dans leur inconscient.Chez la plupart des autres, une accusation de cet ordre provoque d'abord un réveil brutal.Des agissements clandestins, qu'on estimait jusque-là plutôt marginaux par rapport à sa vie de religieux ou de prêtre, sont soudainement exposés au grand jour et viennent occuper l'avant-scène de son vécu.On réalise que quelque chose de particulièrement grave et important a dû se passer dans sa propre vie sans qu'on s'en soit bien rendu compte.Tout en reconnaissant que certains gestes étaient discutables et ne cadraient guère avec son style de vie, on ne voyait quand même pas de raison sérieuse de se remettre en question d'une façon aussi radicale que les événements sont en train de le faire.Un pan entier de sa propre vie a l'air de basculer, et l'on en vient à se demander lequel est le véritable moi : celui d'hier, d'avant ces événements publics, ou celui d'aujourd'hui, bousculé par ce qui lui arrive.À ce moment précis, on peut persister plus ou moins longtemps à vouloir maintenir à tout prix ce qu'on estime être une cohérence acceptable de sa vie passée.Car on commence à paniquer devant l'incohérence qu'on devrait reconnaître en soi-même, si I on admettait la portée exacte de gestes considérés auparavant comme sans grande conséquence.On finit 20 quand même le plus souvent par admettre son inconséquence, peut-être d'abord sous la pression du jugement de l'opinion publique, puis progressivement par un changement de perspectives que favorise le recul causé par les événements.Il est bien compréhensible que, à ce moment, on souhaite se soustraire aux regards des autres.Ne sachant plus bien qui comprend, ou au contraire qui condamne, on cherche à se cacher.Dans l'inévitable isolement qui en résulte, on développe un échafaudage stérile et épuisant de scénarios qui peuvent vite revêtir un caractère obsessionnel : on remâche un passé désormais impossible à changer, et on cherche à exorciser les menaces d'un avenir sur lequel on n'a guère de pouvoir.On se cherche des alliés chez ceux qui continuent de manifester leur amitié : l'appui qu'on en reçoit peut provisoirement faire écran face à la menace d'une condamnation éventuelle.Le choc causé par cette dénonciation publique peut atteindre des niveaux variables de profondeur chez ceux qui sont visés par elle.Il en est qui courberont l'échine sous la tempête sans se reconnaître coupables et qui seront prêts à poser de nouveau les mêmes gestes une fois l'orage passé ; et il ne s'agit pas seulement ici de cas utopiques.Il en est d'autres qui pourront stopper un ébranlement intime en reconnaissant le caractère déviant de leurs agissements, sans pour autant s'interroger sérieusement sur la qualité des sources de leur vie desquelles découlaient pourtant ces conduites aberrantes.D'autres enfin seront secoués sur leurs bases et, souvent à leur corps défendant, seront entraînés dans une remise en question d'autant plus redoutable qu'elle peut atteindre les fondements mêmes de leur vie et de leur foi.Les bouleversements en profondeur Dans ce dernier cas, on va connaître une crise d'identité particulièrement difficile à traverser.En effet, on s'était fait 21 une image de soi-même où l'on était parvenu à faire coexister un univers de valeurs, de principes et de pratiques d'un assez haut niveau, avec des agissements, dérogeant certes aux exigences de cet univers, mais paraissant constituer une enclave marginale, sans relations significatives avec cet univers.Pour construire une telle image, il avait fallu bien des aménagements ambigus, commandés par deux logiques incompatibles, mais soigneusement cloisonnées grâce à des mécanismes d'ambivalence, d'évitement, d'indulgence tendancieuse, et ainsi de suite.Or l'événement de la dénonciation publique vient d'un seul coup faire éclater cette image de soi-même, en décloisonnant impitoyablement ces deux univers, qui se révèlent mutuellement incompatibles.Peut-être ne se rendra-t-on pas compte immédiatement du caractère radical de ce décloisonnement.Le plus souvent, c'est à force de refluer vers ses sources, pour restaurer son unité et son intégrité intérieures, qu'on découvrira à quelle profondeur se situait la dissociation qui avait permis d'édifier cette image intenable, aux composantes contradictoires.À mesure qu on réalise l'imposture qu'on s'était fait vivre aussi longtemps, à un niveau aussi fondamental, on risque d'être envahi par des doutes dévastateurs.Puisqu'on a pu se tromper soi-même à un tel point, comment peut-on encore se fier à son propre jugement et à sa décision personnelle?Désormais, même quand on aura l'impression d'avoir soupesé sincèrement le pour et le contre d'une situation, on se demandera si, par quelque détour non encore déjoué, on n'est pas de nouveau en train de se leurrer soi-même.Cette insécurité ne peut pas faire autrement que s'infiltrer dans les relations avec autrui, pour les saper insidieusement.Ainsi, on doute de mériter encore la confiance des autres: n a-t-on pas fait éclater chez eux aussi l'image de soi qu'on 22 avait projetée depuis si longtemps?Sans nécessairement parvenir à ce degré de questionnement sur soi-même, l'expérience vécue par celui qui est ainsi dénoncé publiquement pourra l'amener à devoir vérifier, souvent avec crainte et tremblement, les fondements mêmes de ses appartenances et de ses amitiés, points d'appui particulièrement précieux dans le drame qu'il vit.Les conséquences à long terme Ce questionnement sur sa valeur personnelle et sur ses diverses relations tend à faire douter sérieusement de la solidité de ses propres assises psychiques et morales.Il peut ainsi déclencher une crise d'espérance qui menace de boucher pour longtemps l'horizon vers l'avenir.L'épreuve est terrible pour cet adulte qui doit chercher à la fois une explication pour son passé, un sens à sa vie présente et une piste en vue de construire sa vie de demain.Dans cette perspective, un dépressif sera habité par des idées, et même par des désirs, de suicide.Chez d'autres, la perception aiguë d'une ambiguïté personnelle aussi radicale peut engendrer une impuissance à s'aimer véritablement.Pour survivre quand même, on s'accroche à l'accomplissement de tâches assumées par devoir, presque comme un châtiment.La constatation de s'être fait vivre une imposture aussi grave et aussi durable peut alors créer un climat intérieur empreint d'une amertume qui devient corrosive pour toute motivation axée sur l'amour.Dans ce contexte, l'éclatement de l'image de soi finit par provoquer l'éclatement d'une image de Dieu obscurément entretenue.Alors que l'amour tend à bannir la crainte, dans le cas présent c'est la crainte couplée avec la culpabilité qui menace continuellement de chasser l'amour.L'accèsau Dieu d'amour apparaît même interdit comme par une épée de feu.23 L'impuissance à se pardonner des agissements maintenant reconnus comme inacceptables risque de rendre inopérant le pardon même de Dieu ; et l'on maintiendra, dans une désespérance jamais complètement dépassée, des activités de prière et de service dont on n'ose plus guère se demander ce qu'elles peuvent encore valoir.D'autres finiront par éviter ou par dépasser ce complexe de Cam, mais il leur faudra, comme après un tremblement de terre, déblayer bien des ruines pour reconstruire leur légitime estime d'eux-mêmes et leur relation renouvelée avec le Seigneur.Ils auront alors un immense besoin, plus encore que d une relation d'aide, d'un climat communautaire de miséricorde pour expérimenter l'accueil insondable du Père allé sur la route au devant de ce fils retrouvé.Les sources de cette dynamique Les failles dans l'intégration de l'affectivité Les abus sexuels révèlent évidemment un sérieux problème d'intégration de la sexualité dans l'ensemble de l'affectivité.Les recherches actuelles sur les causes de la pédérastie n'ont pas encore réussi à fournir une explication satisfaisante de ce phénomène, mais il existe quelques hypothèses qui projettent sur cette réalité une lumière valable, quoique incomplète.En premier lieu, on sait que ce type de fonctionnement sexuel peut résulter de carences, souvent très primitives, dans les apprentissages des relations affectives ; à ceci s'ajoutent souvent des expériences sexuelles traumatisantes vécues durant l'enfance et l'adolescence.À cet égard, il est démontré que nombreux sont les jeunes qui ont été l'objet d'initiatives sexuelles de la part d'adultes.Tous n'en sont pas pour autant marqués pour le 24 reste de leur vie, mais un certain pourcentage d'entre eux aura ainsi connu un éveil sexuel troublant, qui les prédisposera à rechercher plus tard d'autres expériences sexuelles similaires avec des plus jeunes qu'eux.On rencontrera assez souvent le pattern de fonctionnement suivant.Demeuré à un stade donné d'immaturité affective, un adulte, physiquement constitué et socialement identifié, poursuivra des démarches sexuelles exploratoires, infantiles ou adolescentes, avec des partenaires chronologiquement plus jeunes que lui, mais correspondant à son âge psychique.Cet adulte entretiendra d'ailleurs souvent des fantasmes sexuels adolescents au cours d'activités semblables.Cette immaturité affective entraîne un retard dans l'évolution de la sexualité, qui restera longtemps plus ou moins indifférenciée, n'aboutissant pas assez tôt à une identité psychosexuelle définie.Là pourrait se trouver l'origine de certaines conduites à caractère homosexuel, exercées avec des partenaires plus jeunes, sans qu'il s'agisse à proprement parler de pédérastie.Quelle que soit l'étiquette qu'on leur applique, ces conduites n'en constituent pas moins des abus sexuels bien identifiés.À toutes fins pratiques, tout comme il n'est pas nécessaire d'être un expert en sexologie pour apprendre à intégrer sa sexualité, il n'est pas davantage indispensable de connaître à fond le fonctionnement de la pédérastie pour savoir comment se prémunir contre ses risques.Ce qui compte par-dessus tout, c'est l'apprentissage d'un art de vivre, à la fois lucide et ferme, qui permette d'intégrer fonctionnellement sa propre sexualité au sein de son univers affectif.C'est à ce niveau qu'on va maintenant poursuivre la réflexion sur ce sujet.Les vicissitudes de l'intégration de l'affectivité Comment expliquer qu'un homme de bonne volonté, ayant sincèrement voué sa vie à Dieu en Église, en arrive à 25 entretenir, parfois pendant longtemps, un style de vie aussi contradictoire avec ses engagements.Ce n'est pas d'abord sa sexualité qui est responsable de cette contradiction vécue, mais bien une dissociation paradoxale opérant au cœur même de sa réalité et de la conscience qu'il en a.On ne peut ici que jeter un coup de sonde dans la complexité de cette dissociation, qui sous-tend d ailleurs toutes les autres conduites aberrantes de quiconque finit par se reconnaître pécheur devant Dieu.Cette douloureuse condition, qui affecte secrètement chaque pécheur, est de nature à empêcher qu'on jette la pierre à un frère dont le geste, d'abord secret chez lui aussi, est maintenant devenu public.Il est un principe fondamental de psychologie dynamique, amplement confirmé par I expérience, qui peut s'énoncer comme suit : toute activité humaine est exposée à être infiltrée par des poussées inconscientes de l'affectivité, originant des instincts et des émotions.Une éducation appropriée permet de devenir de plus en plus lucide sur ces infiltrations, pour apprendre l'art d'intégrer les énergies de ces tendances affectives, en se laissant de moins en moins mener par elles.Dans ce long processus d'apprentissage de soi-même, les zones les plus proches des exigences de la vie quotidienne sont les premières à être ainsi intégrées.À mesure que la personne mûrit, I accès aux valeurs destinées à guider toute sa vie lui permet d'assumer progressivement des zones de plus en plus intimes de son être.Mais il reste des régions plus profondément enfouies dans son inconscient qui seront moins facilement rejointes par ce processus d'intégration de la personnalité.Des tendances liées aux instincts peuvent constituer peu à peu un foyer dynamique d'intégration de ces énergies qui charpentent la base physiologique et psychique de la personne.Ces énergies ainsi structurées deviennent de moins en moins accessibles aux efforts d'intégration dirigés par le moi, défini 26 ici comme lieu de lucidité et de décision.Les gratifications à court terme procurées par l'exercice de ces tendances vitales leur permettent de s'articuler entre elles plus rapidement que les énergies plus conscientes du moi peuvent s'intégrer sous l'influence polarisante des valeurs, dont l'action est plus lente parce que ne portant ses fruits qu'à long terme.Ainsi se constitue, au cœur de la personne, un pôle d'attraction inconscient, qui échappe pratiquement au contrôle du moi.On n'est plus conscient alors que des répercussions superficielles de ces poussées et des gestes qui en résultent, sans en soupçonner l'enracinement et l'articulation en profondeur.Ce pôle d'attraction maintient en orbite autour de lui tout un monde d'images, de fantasmes, qu'il ne cesse de susciter et d'alimenter.En émergeant au sein des autres images et représentations qui habitent la personne, ces fantasmes offrent à l'inconscient un lieu privilégié d'ouverture au niveau de l'univers conscient de la personne, qu'il pourra ainsi influencer secrètement.La dichotomie de la conscience C'est ainsi que s'opère une dichotomie de la conscience de soi.La partie la plus lucide, en continuité avec la réalité vécue, cherche à relier aux valeurs les démarches de la vie de relations, de travail, de prière, tandis que l'autre partie, animée par l'affectivité inconsciente et baignant le moi au niveau de l'imaginaire et de ses fantasmes, ne paraît renfermer que des réactions informes, des mouvements ou des gestes sans signification ni portée particulières.En réalité, il s'agit de deux univers dynamiques, complètement divergents parce que charpentés par des logiques irréductibles l'une à l'autre.Ce qui confère toutefois à l'univers de l'inconscient un pouvoir particulièrement redoutable, c'est que ses manifestations apparemment désordonnées et 27 fantaisistes cachent une cohérence interne qu'on découvre d autant moins facilement qu'on la jauge habituellement à partir de la logique consciente commandée par les valeurs.Les énergies de l'inconscient pourront donc s'infiltrer impunément au sein des forces conscientes de la personne le plus souvent sans être démasquées.Bien plus, à cause de I immédiateté des satisfactions que promettent les pulsions instinctuelles, cet univers inconscient peut exercer un véritable envoûtement sur le moi et en fausser le jugement qui devrait ordonner en fonction des valeurs les gestes de la personne.Une division intérieure chez le prêtre ou le religieux Voici donc maintenant un prêtre ou un religieux qui, consciemment et consciencieusement, bâtit sa vie spirituelle, fraternelle, pastorale, à même une relation toujours plus immédiate avec Dieu.Il peut encore identifier en lui-même des tendances à composantes sexuelles qui ne se laissent pas harnacher facilement dans sa relation au Seigneur.Il réduit éventuellement les manifestations de ces tendances à des épisodes qui paraissent n'occuper qu'une frange réduite de sa vie qui, elle, est largement employée à toutes sortes d'activités systématiquement orientées vers le Seigneur et le service des autres en Église.Certains prêtres ou religieux, ne réussissant pas à se libérer suffisamment de la sphère d'attraction de l'inconscient dans ses fonctions de la sexualité, en isolent les manifestations dans cette frange de la conscience où leurs conséquences semblent réduites à un minimum.Ils peuvent souffrir de cette division intérieure qu'ils vivent comme une épreuve.Mais ils peuvent aussi finir par ne plus voir, dans ces gestes qui échappent à leur contrôle, que des ratés de moteur complètement marginalisés, sans aucune incidence significative sur le reste de leur vie consciente.28 Ils y parviennent pratiquement en vivant ces manifestations sexuelles en référence à la toile de fond fournie par leur monde imaginaire, alors que le reste de leur vie consciente se déroule au niveau de leur univers réel.C'est à cet univers que s'appliquent les principes dérivés des valeurs et investis dans un jugement moral, alors que l'imaginaire, lui, échappe aux exigences des valeurs et des principes moraux.La dichotomie de la conscience s'explique donc par le fait que sa partie la plus lucide opère en contact constant avec la réalité, tandis que la zone ouverte aux influences de l'affectivité inconsciente ne rejoint la réalité, et cela partiellement encore, qu'en référence à un monde imaginaire suscité et alimenté par les infiltrations de l'inconscient.Ainsi, quand on pose des gestes dérogeant à ses principes, on en voit bien l'inconséquence.Toutefois, ce n'est pas d'abord au niveau de la réalité qu'on établit une relation entre ses gestes et ses principes, mais à travers les projections du monde imaginaire dont l'envoûtement fausse radicalement l'évaluation qu'on fait de son agir.Car les états affectifs adultes sont déclenchés par une réalité objective et mettent la personne en communication avec cette réalité; et c'est sur cette dynamique réaliste que peut s'exercer le jugement moral.Mais quand les états affectifs, incluant la sexualité, sont suscités ou conditionnés par des fantasmes de I imaginaire plus que par la réalité, ils court-circuitent cette réalité et mettent la personne en contact avec son monde imaginaire plutôt qu'avec le réel.Ce fonctionnement a pour effet d'enlever dans la même mesure son mordant au jugement moral, en lui retirant son indispensable fondement dans la réalité vécue.Par conséquent, la démarche d'évaluation qui s'ensuit est de plus en plus feutrée par ce jeu de l'imaginaire, qui enveloppe d'un halo d'irréel des gestes pourtant bien réels.Ainsi travestis, délestés par l'imaginaire d'une part importante de leur réalité, des gestes, que le jugement moral 29 réprouverait comme contraires aux exigences des valeurs, apparaissent comme acceptables à cause de leur coefficient de gratifications immédiates, principe premier commandant cet univers de rêves et de désirs.La force d'attraction de cet univers exerce sur le moi un envoûtement qui tend à polariser l'agir autour des satisfactions à court terme offertes par les instincts et les émotions.Cette polarisation suffit à bloquer toute perspective qui pourrait déboucher sur le monde des réalités à l'intérieur duquel opère le jugement moral.Ce dérapage du jugement moral est ressenti intérieurement comme un malaise indéfinissable, un flottement entre une bonne et une mauvaise conscience.On élabore alors des rationalisations et des stratégies variées qui, par le truchement de l'imaginaire toujours à l'œuvre, étoffent encore davantage la zone d'irréel faisant office de tampon entre les gestes déviants et les valeurs commandant le jugement moral.C'est ainsi qu'on peut poursuivre en parallèle des activités inspirées par des valeurs morales elevees, et des conduites sexuelles complètement étrangères à ces valeurs, puisque le jeu de l'imaginaire déconnecte ces gestes du coefficient de réalité qui susciterait un jugement de valeur décisif.Et voilà comment un prêtre ou un religieux, porteur d'un haut idéal et promoteur des valeurs les plus spirituelles, en arrive à pouvoir s adonner pendant longtemps à des activités totalement incompatibles avec les exigences de son univers intérieur le plus conscient.Une rupture croissante est donc en train de se poursuivre entre cette part de la conscience qui, fondée sur la réalité, accède encore aux valeurs, et cette autre partie, branchée sur I imaginaire, qui échappe en grande partie à I emprise de tout jugement moral.Un indice significatif de cette rupture se trouve dans le fait que cet homme pose des gestes bien concrets sans 30 songer à leurs conséquences très graves pour le jeune comme pour lui-même.Car la conscience qu'il a de ces agissements s'alimente principalement à son monde imaginaire où il peut découper ses activités à sa guise, comme il les coupe de leur relation aux valeurs impliquées dans ses gestes.Mais lorsque, dans la réalité des choses, les suites sociales de son agir feront éclater les frontières subjectives entre son monde imaginaire et sa propre réalité, il devra faire le dur apprentissage d'une impitoyable réalité qui ne se laisse plus réduire à un mirage de rêves et de désirs.Les risques de devenir un manoeuvre de l'évangélisation Il est encore un autre facteur dans la vie du prêtre et du religieuxqui peut contribuer à aggraver cette dichotomie de la conscience.La raréfaction des membres actifs des institutions d Église, jointe aux difficultés croissantes d'exercer une action pastorale dans la société, peut constituer un puissant stimulant au travail pour prêtres et religieux.Le risque qui les guette alors est de consacrer à leur travail une attention et une énergie telles qu'ils en oublient de se les appliquer à eux-mêmes, pour évaluer leur vie personnelle au moins autant que leur ministère.Il n'y a pas que le burn out qui les menace alors, mais aussi les ratés de moteur dont il vient d être question.Dans la mesure où cet homme va se centrer trop exclusivement sur son travail, il peut en venir à vivre principalement comme producteur et dispensateur de services, au point d'articuler de plus en plus sur eux sa vie sacerdotale ou religieuse.En conséquence, il perd de vue certaines exigences de son équilibre humain et spirituel, au plan affectif en particulier.Dans cette perspective, même les pratiques de sa vie spirituelle finissent par ne plus irriguer consciemment 31 que cette part de sa vie consacrée au service pastoral, parce qu'il est devenu de moins en moins attentif à ses autres attentes et besoins.Ainsi s'installe peu à peu un processus de désappropriation de soi, condition éminemment favorable aux jeux interdits de l'affectivité qui échappent encore plus facilement au contrôle du moi, puisqu'ils pourront se développer sans frein dans un monde imaginairede moins en moins confronté à la réalitéde la vie personnelle.La probabilité d'émergence de ratés de moteur sexuels à l'arrière-plan de la conscience croît alors en proportion directe avec cette centration abusive sur le travail.Cet homme ainsi divisé habite pratiquement un corridor de circulation entre ses ressources et les besoins des autres, corridor qu'il contrôle très bien parce que c'est presque exclusivement à lui qu'il applique toutes ses énergies conscientes de perception, d'évaluation et de décision.Le reste de sa vie d'homme se déroule alors dans une zone grise où la perception et I évaluation des gestes qu'il décide de poser opèrent en marge du courant central de sa vie, sans guère de relation significative avec son univers réel où s'exercent ses valeurs.Son monde imaginaire peut donc se développer à son gré, permettant à ses désirs d'élaborer les fantasmes et les rêves qui feront de plus en plus écran à tout jugement de valeurs réel.Que faire pour venir en aide à cet homme quand le choc de la réalité va le réveiller de ses rêves dangereux ?Et comment s'y prendre pour prévenir, dans la mesure du possible, l'apparition d'autres situations semblables?C'est à l'étude de ces questions que va se consacrer la seconde partie de cet exposé.32 Assise 1986 Prière du troisième millénaire Gilles Bourdeau, o.f.m.* L'expérience de la prière en milieu occidental et chrétien s'est profondément déplacée depuis les vingt dernières années.Après l'effervescence de la réforme liturgique des années 1965, plusieurs ont pensé que, avec les changements des contenus et des structures, la prière disparaissait.Il n'était pas rare d'entendre des gens simples comme des analystes rigoureux du sentiment religieux déclarer : « les gens ne prient plus», les lieux classiques de la prière sont désertés, etc.À peine avait-on fait cet aveu portant sur bien peu d'années, qu'il a fallu se rendre compte que le jugement était fort court et ne traduisait pas le fonds des choses.En peu de temps, surtout entre 1970 et 1980, la prière est devenue un engouement par la multiplication des expériences et la diversité des réflexions.Le sujet a été renouvelé de fond en comble ; et il y a peu de secteurs de l'expérience religieuse et chrétienne qui n'aient été, dans tous les sens, aussi fréquenté et discuté.Au loin s'esquisse la dramatique de l'an 2000 et plusieurs réfléchissent à des perspectives qui marquent le passage d'un millénaire à un autre.L'exercice est parfois superficiel, tellement il reprend des éléments du présent déjà bien identifiés pour lesquels personne ne fait de prophéties réelles mais plutôt des constatations empreintes de nostalgie ou d'augure.* 5750 boui Rosemont, Montréal, Qc H1T 2H2.33 Sans s'imposer un plan rigoureux, examinons de près l'expérience unique de prière universelle du 27 octobre 1986, à Assise.De loin, la rencontre interreligieuse de prière pour la paix qui a eu lieu à Assise le 27 octobre 1986 demeure, pour le siècle, l'événement le plus déterminant au plan de la prière et cela quelques années avant le centenaire du grand Congrès des religions qui fut tenu à Chicago en 1890.Plusieurs études 1 ont déjà approfondi l'événement et dégagé les enjeux religieux et politiques d'une telle expérience singulière.L'événement dépasse largement le phénomène des apparitions toujours discuté et si fragile.Assise 1986 n'est pas une apparition mais une inspiration et une obéissance dialoguée et réfléchie.Prière du village global Cette expérience n'est possible qu'à l'intérieur d'une prise de conscience du caractère solidaire des peuples et de tout défi humain : dans le village global, tout est maintenant matière et occasion de conscience et d'intervention.Tout se touche et rien ne peut prétendre au paisible isolement ou à l'indifférence aveugle.Assise affirme l'unité de l'humanité et de la terre, l'unité aussi du défi de communion entre tous pour que l'histoire soit autre chose qu'un désastre.En ce sens, l'événement recueille et exprime des évolutions considérables entre les peuples, les cultures, les politiques et les économies.La dimension interreligieuse est déjà une autre vague de ce phénomène.La conscience planétaire des urgences de justice et de paix sont au cœur d Assise 1986.En quelques minutes /.Le dossier le plus complet sur I événement s‘intitule : Assise.Journée mondiale de prière pour la paix, 27 octobre 1986, Commission Pontificale «lustitia et Pax », 1967, 216 pages.34 les responsables de grandes traditions religieuses ont posé un geste irréversible d'histoire et d'humanité .prier ensemble pour la paix et la justice entre tous les peuples.Sansfairede longs débats interminables sur la légitimité des religions en regard de la foi chrétienne et vice versa, ces hommes et ces femmes ont entraîné des millions d'adhérents sur un chemin où quelques formulations simples semblent désormais des expériences mystiques et pratiques tout autant que des évidences religieuses et théologiques.Un premier aspect concerne la dimension politique de la prière: Dieu ne peut être nationalisé ni réduit aux intérêts funestes d'un parti et d'une nation, même de clans dans une religion.Assise 1986 dénonce silencieusement toutes les réductions de Dieu à une idole nationale et partisane ; il défait catégoriquement le «Gott mitt uns» (Dieu avec nous) de la guerre 1939-1945 et débusque toutes les justifications de croisades sanguinaires et de guerres saintes.Nous sommes en plein enjeu politique et il nous est carrément rappelé que le destin de la terre et du monde est au cœur de toute expérience religieuse et spirituelle authentique.La prière n'est ni évasion ni invasion mais intercession et engagement pour que le regard de I absolu soit accueilli et porté sur l'évolution du monde.Au sens strict du terme, Assise 1986 confirme que pour tous, la terre et l'homme sont le premier temple et qu'il n'y a rien de plus sacré pour le Dieu vivantque le respect intégral de toute l'humanité.La justice et la paix sont des exigences indiscutables de l'adoration et de la prière.Prière et dialogue Quelque chose nous y est dit sur les traditions religieuses de l'humanité et leur capacité de cheminement et de dialogue 35 à partir tant de la quête de Dieu que de la recherche de solutions politiques et sociales pour le bien de la création et de l'homme.En quelques instants, ledialogue interreligieuxa fait un bond et dans sa problématique et dans ses applications.L événement d Assise a redonné aux peuples en prière des objectifs universels d'adoration et de dialogue dans des attitudes de respect, d'écoute et de silence.Assise 1986 est demeuré un événement non violent et un lieu déterminant de compassion contemporaine.Enfin, il est possible que ledialogue interreligieux dépasse les bornes spécialisées des sessions dogmatiques et des explorations scientifiques sur des sujets qui semblent le lot de quelques initiés; ce qui est au cœur du dialogue c'est aussi le salut de l'homme et de la création et non seulement Dieu et ses formulations.Il est clair qu'il y a là un refus de restreindre les enjeux du dialogue à des questions dogmatiques et savantes.Du même coup, l'événement d'Assise permet à toutes les grandes traditions religieuses de l'humanité de manifester leurs sources authentiques et leurs soucis traditionnels pour les questions mystiques et politiques.On ne peut pas invoquer Jésus ou Bouddha pour fuir les enjeux de l'histoire et refuser defairejusticedans un univers bloqué par lafaim, l'aliénation économique et politique des nations entre elles, la pollution de la planète, etc.Le présent et l'avenir de l'humanité sont des objectifs obligés du dialogue interreligieux; le destin de la terre est au centre de tout effort de découverte et de compréhension entre les traditions religieuses et ceux qui les pratiquent.Il n y a plus de fuite possible, personne ne peut justifier ses égarements en invoquant sa tradition.Les hommes et les femmes les plus responsables et les mieux accordés à leur tradition spirituelle rappellent le lien indissociable entre la quête religieuse et la réalisation de la justice et de la paix.Sur cette base, tous les membres des religions ont des terrains accessibles de dialogue et de partage.Qui peut échapper aux 36 exigences de la justice et de la paix?Elles sont de tous les instants et de tous les coins de rue.En ce sens, contrairement aux réflexions de Marx, Nietzsche et Freud, les chefs religieux se sont refusés à une vision de la religion comme opium du peuple.L'expérience religieuse est un acte de conscience et d'engagement, une dénonciation du mal et de ses causes, une annonciation courageuse de ce qui doit et peut être lorsque des hommes et des femmes travaillent ensemble pour la justice et la paix.Le saut est qualitatif et radical.Le dialogue ne pourra plus porter seulement sur les croyances et les pratiques rituelles ni sur les grands témoignages des initiés de chaque tradition; le dialogue n'est pas comparatif, il est communion autour d'enjeux clefs de l'histoire: la vie, le sang, le pain, le logement, le vêtement, le sacrifice et la mort, la justice, la paix, la sauvegarde de la création.Prière ouverte à Dieu Assise 1986 a ouvert une nouvelle quête de Dieu.Cette rencontre des grandes traditions religieuses de l'univers n'est pas l'autodestruction de chaque lieu d'expérience et de son corpus historique de recherches, de vérités, de traditions; c'est plutôt l'affirmation d'un changement radical de perspective.Les religions ne sont pas des camps armés les uns contre les autres qu'on peut manipuler pour atteindre des objectifs douteux et parfois scandaleux.En dialoguant, à travers la prière pour la paix du monde, les religions ont affirmé l'essentiel de leurs sources et de leursfinalités : une disponibilité radicale à l'égard de I Absolu, de l'Ultime, et du Transcendant au cœur des questions les plus brûlantes du destin humain et universel.Ces religions affirment qu'un autre regard est possible et urgent et que la 37 réponse à l'injustice ne passe pas par la structuration systématique du mal et du pire.Les sagesses religieuses sont des lieux d'écoute, de questionnement et de silence au creux des pires détresses; elles sont des murmures de divin sur l'huma-mté et la terre; elles sont des propositions de lumière et de vérité dans un monde de ténèbres et de mensonge; elles se veulent aussi des disciplines d'engagements et de changements.En peu de mots, ces personnes en prière ont ouvert un nouveau chapitre sur la recherche de Dieu dans notre monde contemporain.Sans oublier les affirmations propres à chaque tradition, ménageant même des espaces et des temps d'affirmation pour chaque religion, les participants ont moins insisté sur ce qu'ils possédaient de connaissance de Dieu et qu'ils peuvent toujours opposer aux autres ; ils ont insisté davantage sur les faits et les structures de leur expérience spirituelle séculaire et à venir : si Dieu existe il ne peut nous inspirer rien d autre que la justice et la paix.Toute autre pensée et tout autre système sont des contrefaçons du mystère de Dieu.En ce siècle d athéisme et de sécularisation, de dérives spirituelles et matérialistes, d univers aplati et sans horizon, ces priants brisent le cercle de la honte et de l'aliénation spirituelles, affirment que Dieu peut être cherché ensemble et que les certitudes propres à chaque tradition ne peuvent pas être utilisées comme des refus, mais qu elles sont d'abord des convergences de réconciliation et d'obéissance à l'appel de Dieu.C est déjà énorme quand on replace le geste dans une perspective planétaire et historique.Quand a-t-on vu pareil œcuménisme, non seulement entre les traditions inspirées par la Résurrection du Christ, mais entre les traditions spirituelles du monde?À part quelques expériences parcellaires du passé, c'est la première fois que tant de traditions ont posé ungesteaussi iréniqueà l'égarddu monde et de Dieu.C'est,à 38 cet égard, dans un monde sans Dieu, le plus beau témoignage de l'ouverture du cœur à la volonté de Dieu.Prière et engagement Assise 1986 a ouvert une nouvelle étape dans l'expérience de la prière universelle.Là, avec tous ces représentants des religions, elle a fait place à l'expression des uns et des autres, elle a favorisé le jeûne, le silence et l'intercession; elle est devenue universelle par sa participation et son contenu.C'est indiscutable.Ce seul geste a ouvert la voie à de nouvelles attitudes de prière pour toutes les religions: sans confusion et dans un respect authentique, il est possible pour les adeptes de la base de partager l'intercession afin que justice et paix s'embrassent etque nul ne manipule la religion pourtuer l'homme et prétendre ainsi honorer Dieu.Des frontières cultuelles ont été déplacées et de nouveaux horizons religieux ont été balisés.La prière, à tout moment, demeure un engagement réel dans les conflits et peut constituer visiblement un geste fraternel qui change déjà quelque chose dans les rapports de force et d'intérêts.En s'affirmant ainsi, la prière n'apparaît pas comme une stratégie parmi d'autres, elle est surtout le rappel radical qu'agir c'est aussi s'arrêter, écouter la voix de l'Autre, méditer toutes les données de l'expérience et de la tradition humaines, s'ouvrir à un sens qu'il soit donné d'En Haut ou cherché à ras d'humanité et de sol, et ensuite agir courageusement.La voie de la prière n'est pas superflue ; elle est plutôt le refus d'une aliénation universelle qui a trop duré et que plusieurs ont perpétué pour que rien n'arrive à l'homme de bon et de libérateur.Ce faisant, la prière rappelle et pratique les fondements de toute expérience religieuse authentique: accueillir la 39 confiance de Dieu et lui rendre un culte, quel qu'il soit, c'est aussi s'engager pour la justice et la paix entre tous les peuples et sur toute la terre.La prière est universelle en ce qu'elle exprime le désir d'un salut universel qui touche tout autant la création que l'humanité.La prière atteint ainsi ce qui est fondamental et ne peut être touché sans qu'il s'agisse d'une trahison.Assise 1986 a déplacé la prière vers la libération et l'espérance, dans des gestes qui refusent le mal et le pire, en constituant les priants et les intercesseurs comme les premiers mendiants d'une terre nouvelle et d'un homme nouveau.La prière appelle à cri et à silence l'avènement d'un changement, d'un salut.D'où viendra-t-il?Le pari d'Assise 1986 c'est de rappeler qu'il est déjà proposé dans les traditions religieuses et qu'il appartient à l'humanité de le recevoir et le pratiquer.Les prières des traditions religieuses ne se comparent pas et ne s'opposent pas; elles s'appellent; elles ne se complètent pas, elles convergent.Les religions ne peuvent entretenir un gigantesque fratricide dont la pointeserait la guerre cultuelle.Il semble que Dieu n'écoute pas de ce côté-là et qu'il est plutôt ailleurs, silencieux et créateur, inspiration et parole.Voilà les «adorateurs en esprit et vérité» que désire le Père.Conclusion Toute réflexion faite, il me semble que l'événement d'Assise 1986 recueille des siècles de lutte et de dialogue interreligieux et les situe à la hauteur de l'expérience mystique qui est fondamentale dans chaque tradition religieuse.L'événement constitue, à l'approche du troisième millénaire, l'expression d'un type nouveau de rapports entre les membres des grandes traditions religieuses de l'humanité.De plus, Assise 1986 devient un exemple et un projet ouverts de dialogue, de collaboration et de prière.Le spectre permanent de la lutte 40 entre Caïn et Abel2 invite à des gestes créateurs de prière et d'audace pour le monde et la terre.Assise 1986 est une grâce reçue par des millions d'hommes et de femmes, des responsables de traditions religieuses et des intervenants pour la paix et la justice.Cette grâce n'est pas un résultat acquis mais un sentier ouvert qu'il importe de prolonger et traduire partout dans le quotidien et les lieux les plus humbles de tout pays et toute croyance.Assise 1986 n'est pas une émotion ou un rituel, c'est un acte et un engagement qui a pour horizon l'histoire et l'humanité enfin réconciliées avec Dieu.2.Le premier meurtre de l'histoire, tel que rapporté dans la tradition judéo-chrétienne, est complexe: tensions fraternelle et socio-économique, jalousie à même le culte et l’adoration, sang versé dans la prière même.41 Promotion de la femme dans le monde d'aujourd'hui Yolande Bonner, s.c.q.* En acceptant de répondre à la demande qui m'était faite, je me suis donné l'opportunité de me pencher avec un intérêt toujours croissant sur cette grande question de la promotion de la femme dans le monde d'aujourd'hui.Une question d'abord : Cet engagement est-il nouveau ?Je répondrais : Pas vraiment.Depuis toujours, les religieuses sont tournées vers les personnes.Depuis toujours, elles sont là pour la promotion des personnes : toutes les personnes et toute la personne ; je dirais même, y compris la leur, puisque leur plein accomplissement de femme consacrée fait partie du projet même de Dieu.Nous avons «choisi la meilleure part», c'est-à-dire «un chemin de liberté», comme l'exprime Éloi Leclerc.« Nul, écrit-il, ne peut imposer à la femme d'exister d'une manière authentique et plénière.Cela suppose de sa part un choix, un engagement, l'affirmation d'une liberté»1.Comme exemple, il observe la scène évangélique de Béthanie.Marthe accueille Jésus en se conformant aux règles de l'hospitalité ; elle se veut efficace et se donne beaucoup de peine pour l'être.En s'enfermant dans la condition de servante, * 2655, rue Le Pelletier, Beau port, Qc GIC 3X7.1.Éloi Leclerc, Le Royaume caché, Desclée de Brouwer, 1987, p.128.42 elle obéit à l'idéal de la femme tel que la société l'a défini.Le reproche que Jésus lui adresse, oublier le nécessaire, vise à l'éveiller à une nouvelle conscience de soi, à cette part d'elle-même qui dépasse infiniment le rôle et le rang auxquels la société la voue, et avec lesquels elle a fini par se confondre.En invitant Marthe à ne pas se laisser absorber tout entière par cette fonction à laquelle on tend à l'identifier, Jésus défend la femme contre elle-même, au nom de la meilleure part de son être.Aussi, c'est Marie qu'il félicite pour avoir choisi d'exister selon la part la plus haute, la plus authentique, de son être de femme ; un acte de liberté qui exprime déjà tout son être2.Marthe se voulait efficace.Finalement, c'est Marie qui l'est, en accueillant Jésus comme le porteur de la Bonne Nouvelle, en recevant sa parole comme une annonce libératrice pour la femme, en laissant advenir le Royaume dans le chemin de sa plénitude.Pour elle, comme pourtoutdisciple, la nouvelle proximité de Dieu que Jésus révèle devient le ferment qui fait grandir sa conscience de femme.Toujours du même commentateur, je cite : « La venue du Royaume, par sa gratuité même, ouvre l'horizon à partir duquel l'être humain peut se penser, non plus en termes de moyen et de dépendance, mais de liberté et de dignité.(.) Des deux femmes, Marie est celle qui se trouve engagée dans la grande transformation du monde, dans l'avènement du monde nouveau et, par là même, dans le progrès de la conscience vers une compréhension plus totale de soi, d'autrui et de l'univers»3.2.Op.cit., pp.126 et 128.3.Op.cit., pp.128-129.43 Devant ce chemin de liberté et de gratuité, comment ne pas penser à tant de religieuses engagées, elles aussi, «dans la transformation du monde, dans l'avènement du monde nouveau»?Comment ne pas nous référer à nos fondatrices qui ont travaillé à façonner la société humaine en innovant pour la promotion de la justice, de la liberté, de la charité?Permettez-moi ici de mentionner particulièrement la fondatrice des Soeurs Grises, la Bienheureuse Marguerite d'Youville, «la mère à la charité universelle», «celle qui a osé convertir ses rêves de miséricorde en oeuvres d'amour».Et avec quelle force, quelle audace ! De son sens de l'organisation et de ses talents d'administratrice sont même nées des légendes dont les Soeurs Grises ont peine à se débarrasser.Ce n'est pas négligeable de reconnaître en Marguerite d'Youville « une femme d'affaires».Mais il faut la regarder surtout comme «personne».Jeune fille, épouse, mère, veuve, fondatrice et supérieure de communauté, elle a été avant tout femme, femme accomplie, qui a su prendre sa place et maîtriser sa vie.Ayant accueilli l'Évangile comme une annonce libératrice, elle est née « à la meilleure part d'elle-même » et s'est engagée dans la voie de l'authentique libération humaine.Plus douce, mais non moins forte, la figure de notre propre fondatrice, à Québec: Mère Marcelle Mallet; elle aussi, «intervenante sociale d'une très grande efficacité, et femme profondément humaine et vraie ».L'un de ses premiers biographes, M9r Auguste Gosselin, la décrit ainsi : « Chez elle, rien d'affecté ni de convenu : tout vient du cœur et se répand en bonnes œuvres; femme d'initiative et de gouvernement, douée de toutes les qualités propres à attirer sur son œuvre les faveurs du public et capable d'asseoir sa maison sur des bases larges et solides » (ASCQ).Et le chanoine Lionel Groulx notait : « Mère Mallet est assurément une très grande femme comme nous en comptons peu parmi nos fondatrices de communautés.Esprit d'initiative, esprit religieux, les deux se 44 fondent admirablement en elle et font de cette religieuse, mieux qu'une bâtisseuse de maisons, mais d'abord une vraie religieuse» (ASCQ).Vous le savez bien, c'est chacune de nos fondatrices qu'il faudrait évoquer : les Marie de l'Incarnation, Marguerite Bour-geoys et toutes les autres.Ces femmes s'imposaient au respect de leurs contemporains par leurs capacités de chefs, leur audace et leur efficacité dans les entreprises.Surtout par la qualité spirituelle de leur activité, elles ont su réconcilier l'humain et le divin dans la conscience des hommes et des femmes de leur temps.Et nous ?Comme elles, ne tâchons-nous pas de contribuer à l'édification d'une société où le modèle d'organisation serait établi en fonction de la personne concrète, avec ses besoins et ses problèmes?Nous opposons-nous à cette tentative de considérer la personne « comme un matériau ou un moyen au service de l'édification d'un avenir technologique » ?Femmes consacrées, nous savons aussi que la foi chrétienne compte parmi les sources les plus authentiques d'une évolution de l'histoire dans un sens humanitaire.Et nous avons le pouvoir d'en témoigner par notre engagement en faveur des personnes.Plus qu'à tout autre chrétien ou chrétienne, c'est à nous que s'applique ce qu'écrivait Alcide de Gaspari, en 1954 : « Ce que nous devons surtout nous transmettre l'un à l'autre est, comme nous l'a indiqué le Seigneur, le sens du service du prochain, traduit et actualisé dans les formes les plus larges de la solidarité humaine, sans nous prévaloir de l'inspiration profonde qui nous pousse, mais de sorte que l'éloquence des faits "trahisse" la source de notre amour pour l'humanité et la société ».La « révolution de l'amour » déclenchée par l'Évangile doit encore aujourd'hui être le signe distinctif de l'Église, des communautés religieuses, des religieuses elles-mêmes.45 Si je me suis attardée à cette réflexion sur la personne, sur la promotion de ce qui est humain, c'est que, déjà, elle éclaire le sens de notre engagement, comme religieuses, dans la promotion de la femme; c'est que, déjà, elle aide à définir nos types d'engagement.I.Cet engagement des religieuses va dans le sens de leur mission Promotion humaine et évangélisation ont des liens profonds.Aussi, nos engagements pour la promotion de la femme ne peuvent prétendre être authentiques en dehors de la perspective spirituelle, évangélique.Pour être porteurs d'espérance et de vie, ils doivent s'identifier à des valeurs telles la vérité, la justice, la liberté, la charité.Par ailleurs, notre foi et notre action « sociale » concernent toutes deux la personne : toutes deux lui proposent le « salut», la libération des liens susceptibles d'entraver son accomplissement.Aider la femme à s'aider: tel est également le sens de notre engagement.En effet, quelles que soient les formes sous lesquelles elle s'exerce, la promotion féminine doit s'appuyer sur la conscience, que devrait avoir la femme, d'être investie du devoir de discerner et de réaliser son propre destin, humain et divin.Enfin, ici comme dans les autres expressions de notre mission, nos engagements veulent être prophétiques.Ils ont pour but de bâtir un monde nouveau, humanisé et spiritualisé par I action de la «personne», celle-ci étant progressivement élevée à son achèvement en Dieu.46 II.Les engagements des religieuses pour la promotion de la femme sont une réponse au féminisme d'aujourd'hui Pour avoir un impact et ne pas rester à un idéal qui prêterait à l'immobilisme, nos engagements doivent répondre aux besoins et aux problèmes des femmes d'aujourd'hui, tels que nous les percevons à travers le féminisme contemporain.Si on accepte l'analyse qu'en fait Anna Riva, on convient que leféminisme actuel semble prendre ses racines dans une profonde insatisfaction «personnelle» de la femme.Et c'est ce qui le distingue des étapes antérieures; car le mouvement féministe n'est pas une manifestation particulière de notre temps.Il plonge ses racines dans la société française de la fin du 18e siècle.Ce premier féminisme s'est développé autour de la thématique générale de L'Égalité des sexes.Le second, qui s'étend de la seconde moitié du 19e siècle à la première moitié du 20e siècle, a lutté pour le droit de vote et pour l'accès sans discrimination à toutes les professions.Le féminisme actuel, que nous connaissons surtout depuis deux décennies, met en discussion le rapport homme-femme dans son essence profonde, dans la qualité qui le caractérise à l'intérieur du milieu familial et social.La femme proteste contre la domination masculine au niveau strictement personnel.Elle revendique le droit à la vie sexuelle « libre », dans le sens d'une autonomie de choix des relations d'amour, dans la «gestion du corps», jusqu'à l'exaltation de la liberté de l'avortement, de l'usage de la contraception; et même, qu'il lui soit permis, comme alternative, de vivre dans la relation homosexuelle.Cette «libéralisation» implique le refus de valeurs morales et, à cause de cela, rend le féminisme difficile à juger.Pour que nos engagements servent bien la promotion des femmes, il faut dépasser l'écorce du discours contestataire et violent et prêter attention au sens de la revendication.47 — Si le féminisme actuel lutte contre le machisme; s'il attaque la structure sociale considérée comme l'expression du pouvoir masculin, l'éducation répressive empêchant la femme d'assumer des responsabilités sociales et professionnelles, la codification des rôles fixée selon des critères qui répondent à une organisation sociale dépassée ; — s'il soutient la liberté d'utiliser son propre corps dans des rapports considérés comme « naturels » plutôt que « moraux»; — s'il se rebelle contre la réalité-femme telle qu'elle a été jusqu'ici traditionnellement comprise et transmise à travers l'éducation familiale et sociale; — s'il demande un changement substantiel des contenus culturels de la société, c'est qu'il y a sous cette revendication l'exigence désespérée de la femme d'être considérée comme une personne, non comme un objet.Au-delà des apparences contestataires observées dans le féminisme que nous connaissons, il est donc possible de repérer une signification «humaine» d'une très grande valeur4.III.Centrés sur la personne, nos engagements deviennent des engagements pour la vie La volonté d'un faire-vivre-plus va orienter les modalités de nos engagements pour la promotion féminine.Ceux-ci devraient d'abord permettre à la femme de passer «de l'existence à la vie».La situation d'appauvrissement au Québec, 4.Cf.Féminisme, Dictionnaire de la vie spirituelle.Éditions du Cerf 1983, pp.423-431.48 dans laquelle le problème du travail — ou du chômage — féminin prend un caractère dramatique, rend difficile la «promotion» de la femme.L'intérêt se déplace de la qualité aux résultats immédiats : survivre.Notre premier engagement ne devrait-il pas assurer la défense des droits fondamentaux de la femme, en tant que personne: se loger, se nourrir convenablement ; avoir de quoi vivre décemment ainsi que sa famille; voir respecter sa dignité.Nos engagements concrets ne doivent-ils pas servir à dénoncer les injustices sociales faites aux femmes, à réclamer pour elles un salaire suffisant, à condamner les violences de toutes sortes dont elles sont victimes?C'est un engagement pour la vie que de prendre la parole (comme nous l'avons fait par le Mémoire de la CRC-Q) pour défendre les femmes, y compris contre elles-mêmes, afin qu'elles ne se laissent pas frapper, ni abuser, ni harceler, ni exploiter, ni réduire, par la publicité, au rôle d'objet.C'est un engagement pour la vie que d'appuyer et aider les femmes soutiens de familles monoparentales.C'est un engagement pour la vie que d'assister, accueillir les adolescentes enceintes afin qu'elles poursuivent leur grossesse dans la paix et l'espérance.C'est un engagement pour la vie que de collaborer avec les laïcs dans les mouvements qui travaillent à redonner sa dignité à la femme.C'est un engagement pour la vie que de respecter son autonomie, que de lui reconnaître la capacité de prendre ses responsabilités.Comment, alors, ne pas poursuivre, comme un des engagements les plus fructueux pour la promotion de la femme, les divers services qui assurent son éducation ?Nous savons toutes que l'éducation est à la base de la qualité de vie.Un grand nombre de congrégations dirigent encore des maisons d'éducation pour jeunes filles.Donner une formation intégrale à ces jeunes, les rendre capables d'assumer leurs responsabilités futures, de prendre la place 49 qui leur revient dans la société et dans l'Église, c'est le plus bel investissement que nous puissionsfaire pour qu'advienne « la civilisation de l'amour» chez nous.Les jeunes ont besoin de témoins authentiques de vie et de foi.Ils ont besoin de voir des religieuses heureuses de se dévouer pour eux et pour les démunis, heureuses d'être femmes et femmes consacrées.Rappelant la permanence de la femme dans l'histoire du salut, Jean-Paul II avance une signification: «La présence féminine dont j'ai parlé, dit-il, montre une constante caractéristique : elle est une source de vie, elle est créatrice de communion, parce qu'inspiratrice de donation»5.Pour que demeure cette caractéristique, s'impose un engagement très large pour l'éducation de la femme, spécialement de celle qui ne rejoint pas le monde scolaire ; cela sous des formes multiples : animation de centres de jour, de maisons de rencontre, cours pour adultes analphabètes, accompagnement de toutes sortes, dont celui, par exemple, des femmes qui vivent une séparation, un divorce.Mille défis sont à relever.Et ils ne tiennent pas de « la vie après la vie », mais de la vie tout court, dans ses nécessités les plus humaines.Sur ce point, je m'arrête, en citant un extrait du rapport du comité théologique de l'Assemblée des Évêques du Québec: «L'amour de la vie pleinement humaine invite encore à travailler à l'assainissement et à l'enrichissement de toutes les structures de la société.La promotion du mariage et de la famille passe par une juste répartition des biens, par I élaboration de mesures législatives et administratives qui favorisent la croissance de la taille des familles ; cet amour de la vie exige aussi que l'on respecte et promeuve les droits de la femme, droits à l'exercice d'une fonction maternelle et 5.Cf.Jean-Paul H au CIF, Originalité de la femme dans l'Église et dans le monde, dans L'Osservatore Romano, 28 décembre 1982, p.4.50 familiale qui lui permette un plein épanouissement personnel et l'accès aux charges publiques et aux professions de la cité»6.L'amour de la vie pleinement humaine exige qu'on respecte et promeuve les droits de la femme dans la cité.La dignité chrétienne demande qu'on les respecte et les promeuve aussi dans l'Église.À cet égard, IV.L'engagement des religieuses pour la promotion de la femme est un engagement ecclésial Au chapitre IV de l'exhortation apostolique post-synodale « Les fidèles laïcs», Jean-Paul II, après avoir rappelé la variété des personnes dans l'Église et la diversité des vocations, porte une attention spéciale à la condition et au rôle de la femme (nn.49-52).Il affirme l'urgence de défendre et de promouvoir la dignité personnelle de la femme.Il reconnaît l'indispensable contribution de la femme à l'édification de l'Église et au développement de la société.Il procède à une analyse spécifique de la participation active et responsable de la femme à la vie et à la mission de l'Église.Puis, en fidélité aux recommandations du synode, il s'impose une méditation sur les fondements anthropologiques et théologiques de la féminité afin d'éclairer et de guider la réponse chrétienne à la demande, si souvent répétée, au sujet de la place que la femme peut et doit occuper dans l'Église et dans la société.Cette méditation porte sur l'identité personnelle de la femme et, dans ce sens, elle rejoint notre engagement.La citation suivante, tirée de l'exhortation, le confirme.«En s'engageant dans une réflexion sur les fondements anthropologiques et théologiques de la condition féminine, 6.Responsable de la vie, dans Regard de foi, janvier-février 1989, vol.85, n° 1 ; p.24.51 l'Église assure sa présence dans le processus historique des divers mouvements de promotion de la femme et, pénétrant jusqu'aux racines de l'être personnel de la femme, elle y apporte sa contribution la plus précieuse.» (n.50) Cette contribution, cependant, n'est pas précisément ce qu on attendait.Le féminisme chrétien, qui accueille bien des thèmes de féminisme historique, revendique pour les femmes des « fonctions » et des « ministères » traditionnellement réservés aux hommes dans le cadre de l'Église.Face à ce problème, j'adopterais volontiers la position de M9r Maurice Couture dont le témoignage était publié dans la revue Je crois, numéro de mars.Voici ce que disait Monseigneur au sujet du rôle des femmes dans l'Église : «À l'heure actuelle, ce sur quoi je me propose de faire porter mes efforts, c'est la mise en oeuvre des moyens qu'on peut prendre pour que la femme, dans I état actuel du droit canon., puisse occuper toute la place qu'elle peut.On est un peu braqué sur les plafonnements.C'est ce qui me fait un peu mal.» Et Monseigneur de proposer des actions positives, concrètes : «Tâchons, dans des rencontres où c'est permis de faire de la prospective, de voir ce que la situation pourrait être.» Et donnant comme exemple, avec humour, et peut-être plus encore avec intuition, l'accès éventuel d'une femme au cardinalat, il poursuit : « Commençons d'abord par la nomination d une chancelière dans le diocèse.de même pour ce qui est des comités où la femme a un rôle de responsabilités.Posons des gestes concrets.Faisons des pas.Laissons cela (la question de la femme et du sacerdoce) à l'Esprit Saint qui fera évoluer la théologie et élèvera la spiritualité de l'Église si c'est cela qui doit arriver.Actuellement, je ne crois pas que c'est là-dessus que doivent être nos priorités, mais bien à ras de terre, dans les réalités de la vie, et qu'on soit vrai là-dedans.» 52 À cette orientation, les religieuses répondent par leur engagement dans les services diocésains, dans la formation des séminaristes, dans l'animation des paroisses, dans la préparation aux sacrements.Et avec elles, beaucoup d'autres femmes sont engagées en Église.La récente publication de Sarah Bélanger: Les soutanes roses met sous nos yeux un portrait impressionnant du personnel pastoral féminin au Québec.Cette étude ouvre de multiples voies de réflexion, d'analyse et, comme l'espère le groupe « Femmes et ministères » pour lequel elle a été réalisée, de multiples voies d'action.Il faut en prendre conscience et le dire : La femme apporte une présence qualifiée dans la pastorale, particulièrement aux étapes de l'exécution, de l'achèvement et de l'évaluation des projets.Elle assume une large partie de l'initiation chrétienne et de l'éducation de la foi, donnant, en quelque sorte, la vie aux nouvelles générations chrétiennes et travaillant à leur croissance.Et quand l'Église propose l'option préférentielle pour les pauvres, on retrouve encore les femmes, notamment les religieuses, auprès des petits, qu'ils soient du premier, du deuxième ou du troisième âge, qu'ils soient d'anciens ou de nouveaux pauvres.Aux avant-postes de l'apostolat caritatif, elle apporte une présence compatissante et généreuse.Tous ces engagements de la femme chrétienne permettent qu'on reconnaisse maintenant ce que, dans un remarquable article, le Père Marcello Azevedo, s.j., décrit comme «Le versant féminin de l'Église»1.Nous savons que l'appel à ce «versant féminin» ne va pas sans résistance.Même si l'épiscopat canadien lui est particulièrement ouvert ! Il en a fait la preuve, lors du dernier synode à Rome, à travers l'intervention de son porte-parole M9r Jean-Guy Hamelin7 8.Un discours qui 7.Cf.Marcello Azevedo, s.j.Le versant féminin dans l'Église, dans Vie consacrée, 15 novembre 1988.8.Cf.Mgr Jean-Guy Hamelin, La participation des femmes à la vie de l'Église, dans L'Eglise canadienne, 5 novembre 1987, p.134-136.53 a su souligner avec force comment les femmes de nos communautés chrétiennes contribuent aux débats vitaux de la société, comment elles tracent de larges sillons en de nombreux domaines : questions de défense des droits, de bioéthique, de justice, de paix, de pratique sociale, de famille, etc.Un discours où a été reconnue, en fait et en droit, la pleine participation des femmes à la vie ecclésiale, où on a rappelé qu'il n'y a pas d'humanité selon le cœur de Dieu sans l'apport irremplaçable et sans l'alliance de l'homme et de la femme.La présence effective de la femme dans les domaines pastoral, théologique, exégétique, spirituel et administratif indique à l'Église les chemins d'une intégration progressive du masculin et du féminin d'où viendra une meilleure compréhension du mystère du Christ (cf.Azevedo, article cité).Cette intégration appelle une remarque que je vous livre avant de conclure.Je l'emprunte au Père Azevedo: «La promotion et la croissance de la femme ne consistent pas à faire ce que fait l'homme, ni non plus à vouloir agir toujours séparément de l'homme, et à construire de manière isolée et unilatérale ce qui est à elle, pour être elle-même.Il est important qu'elle ne prenne pas l'homme comme mesure de son propre être et de sa propre action, mais qu'elle reconnaisse, en égalité et en simultanéité avec l'homme, ses droits et ses devoirs spécifiques, et les assume de manière consciente»9.N'est-ce pas là un objectif du mouvement de libération de la femme : ne plus s'intégrer aux hiérarchies et aux valeurs de domination du système ancien, mais instaurer son système propre de rapports humains et de valeurs nouvelles?9.Marcello Azevedo, s.j.Les religieux, vocation et mission.Le Centurion 1985, p.153.54 Conclusion La présence spécifique de la femme dans le monde et l'Église favorise la redécouverte du rapport de compréhension et de respect qui doit marquer l'humanité; un rapport qui dépend de l'effort humain complémentaire et harmonieux masculin-féminin.En effet, «l'humanité nouvelle ne naîtra que lorsque la fidélité au monde présent et la tension vers le monde qui vient seront harmonisées par la rencontre femme-homme.Réconciliés, ils retrouveront alors l'harmonie première — homme femme II le créa — et ils seront l'image de Dieu transcendance-immanence, de Dieu Parole de Père — Tendresse de Mère»10.C'est finalement à ce sommet que veut conduire l'engagement des religieuses pour la promotion de la femme.10.Monique Hébrard, Dieu et les femmes.Le Centurion/Le Cerf, 1978, p.293.55 Livres reçus Bitton, Davis, Les Mormons, Éditions Cerf/Fides, 1989, 126 pp.Caza, Lorraine, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?, Éditions Bel-larmin et du Cerf, 1989, 546 pages.Collection «Communauté et ministères », Prêtres pour quelle mission ?, Éditions Bellarmin, 1989, 321 pp.En Collaboration CINR, Nouvel Âge-Nouvelles Croyances, Éditions Paulines & Mediaspaul, 1989, 256 pp.Lemieux, Odette, // vient un printemps, Éditions Anne Sigier, 1989, 132 pp.Marinetti, Fausto.Lettere Dalla Pe-riferia Della Storia, Editrice Morcel-liana, 1989, 249 pages.Marinetti, Fausto, L'OIocausto Degli «Empobrecidos», Editrice Morcel-liana, 1988, 259 pages.Naud, André, Collection « Débats de l'Église», Devant la nouvelle profession de foi et le serment de fidélité, Éditions Fides, 1989,55 pages.Petit, Jean-Claude et Jean-Claude Breton, Enseigner la foi ou former des croyants ?, Éditions Fides, 1989, 233 pp.Petitclerc, Jean-Marie, Respecter l'enfant, Éditions Salvator, 1989, 127 pages.Ricœur, Paul, L'interprétation, un défi de faction pastorale, Éditions Fides, 1989, 280 pp.S.S.Jean-Paul II, Collection «L'Église aux quatre vents», Saint Joseph dans la vie du Christ et de l’Église, Éditions Fides, 1989, 46 pages.56 Les livres Caza, Lorraine, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?, Éditions Bel-larmin et du Cerf, 1989,546 pages.Les évangélistes Marc et Matthieu racontent que la dernière parole de Jésus en croix a été: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» Parole de désespoir, expérience d'un échec ultime, recherche pathétique d'un sens, cri du pauvre dans le dénuement de la foi et de l'espérance?Ce cri repris du psaume 22 illustre la solidarité de Jésus avec son peuple et plus largement avec l'humanité tout entière.En Jésus qui crie est manifesté l'être humain qui souffre.En Jésus qui crie s'accomplit la présence de Dieu au lieu de la malédiction, de la souffrance, de la mort.Langage d'alliance, de fidélité à l'extrême limite de l'expérience humaine, bonne nouvelle de Jésus Christ, fils de Dieu, bonne nouvelle de Dieu pour la multitude.Lemieux, Odette, // vient un printemps, Éditions Anne Sigier, 1989, 132 pages.À travers l'obscurité, le mystère, l'angoisse même, nous marchons vers la Lumière.Nous constatons que Dieu est tout proche, qu'il habite les plus profondes aspirations de notre cœur, qu'il est le plus ardent partisan de notre bonheur.Formée à l'école des psaumes, l'A.invite à laisser jaillir la prière au sein de toute expérience humaine : solitude, révolte, plainte, revendication, angoisse ou joie, paix, tendresse, intériorité, découverte, plénitude.Le livre est écrit dans une langue simple et évocatrice, nourrie d'images tirées de la nature.Petitclerc, Jean-Marie, Respecter l'enfant, Éditions Salvator, 1989, 127 pages.À l'heure du bicentenaire de la Révolution Française, alors que le monde célèbre l'anniversaire de la première déclaration des droits de l'homme, la question du respect des droits de l'enfant reste d'actualité.Après dix années d'âpres discussions et de laborieuses tractations, l'Assemblée Générale de l'O.N.U.vient d'élaborer le texte définitif d'une Convention Internationale des Droits de l'Enfant.Enfin! Car ils sont encore si nombreux, même dans notre pays, ces enfants qui 57 vivent des situations perturbant gravement leur développement et leur avenir, ces enfants dont les droits ne sont guère respectés.Et le plus fondamental de cesdroits, celui qui les résume tous, c'est assurément le droit au respect.Au-delà du caractère apparemment facile d'une telle affirmation, nous avons à vérifier constamment ce qu'il en est de l'exercice d'un tel droit dans nos pratiques quotidiennes d'éducation.Collection « Communauté et ministères », Prêtres pour quelle mission ?, Éditions Bellarmin, 1989, 321 pp.Nous savons combien le rôle et les tâches du prêtre ont changé et combien les attentes à son égard sont complexes.Or, selon les auteurs de ce travail et le titre l'indique bien, c'est la mission qui est prioritaire.C'est elle qui détermine la spiritualité, les défis, le style de vie.Parmi les centres d'intérêt du présent livre, signalons un portrait des prêtres québécois par monseigneur Paul-Émile Charbonneau, ancien évêque de Hull, des études théologiques et bibliques sur le sacerdoce, des rappels sur l'école française de spiritualité et sur la pensée de Louis-Zéphirin Moreau, des expériences de pasteurs en action et des lignes prospectives.Les contributions à ce livre sont issues d'un colloque organisé par le Centre de formation théologique du Grand Séminaire de Montréal, tenu à Montréal du 28 au 30 septembre 1988.Petit, Jean-Claude et Jean-Claude Breton, Enseigner la foi ou former des croyants ?, Éditions Fides, 1989, 233 pages.Telle qu'elle se présente, l'alternative nous tourne clairement vers une tâche permanente que nous oublions constamment : toute œuvre de transmission, et donc finalement de formation, est une prise de position à l'égard de ce qu'est pour nous le monde et de ce que sont ceux à qui nous nous adressons.C'est à ce thème que sont consacrées les contributions au 25e congrès annuel de la Société canadienne de théologie, tenu à Montréal les 7,8 et 9 octobre 1988.Elles se proposent ici à la réflexion et à la critique de ceux que préoccupe aujourd'hui la question de l'éducation de la foi.58 Retraites et sessions 1990 janv.26-28 (2 j.) «Un amour extraordinaire».février 24-2 mars (6 j.) « La Trinité au cœur de nos vies».mars 9-11 (2 j.) Retraite accompagnée.13-20 (7 j.) « Regards sur l'Eucharistie ».avril 1-8 (7 j.) « Dieu nous a aimés le premier ».20- 22 (2 j.) Retraite accompagnée.24- 1 mai (7 j.) « Le cœur de Jésus nous est ouvert ».mai 15-23 (8 j.) «Les paraboles» (Retraite avec la communauté).25- 27 (2 j.) Session d'intériorité.Rens.et insc.: Mme D.Boivin (514) 632-8147 28-4 juin (7 j.) Retraite accompagnée.juin 5-12 (7 j.) Retraite avec Élisabeth de la Trinité .13-20 (7jJ «Voici l'époux qui vient, sortez à sa rencontre».21- 28 (7 j.) « Regards sur l'Eucharistie ».juillet 2-9 (7 j.) « Les Ciels de Saint-Jean ».août 8-15 (7 j.) «Voici l'Époux qui vient, sortez à sa rencontre».20-27(7 j.) « Rencontrer le Christ dans l'Évangile » septembre 12-18 (6 j.) « Devenir libre ».P.André-M.Syrard, o.s.m.François Carrière, o.f.m., cap.Équipe SS.Marie Réparatrice P.Alfred Ducharme, s.j.P.André-M.Syrard, o.s.m.complet Équipe SS.Marie Réparatrice P.Jean-Marie Rocheteau, s.j.P.Jacques Beaupré, s.j.complet Alain Dumont Équipe SS.Marie Réparatrice P.André-M.Syrard, o.s.m.complet P.André Gélinas, s.j.P.Alfred Ducharme, s.j.P.Claude Sumner, s.j.P.André Gélinas, s.j.P.Jean Galot, s.j.P.Alfred Ducharme, s.j. octobre 5-8 (3 j.) Retraite accompagnée.Équipe SS.Marie Réparatrice 10-17 (7 j.) « La Trinité au cœur de nos vies».P.François Carrière, o.f.m., cap.novembre 6-13 (7 j.) « L expérience de Dieu ».P.Robert Choquette, c.s.c.23-25 (2 j.) « Dieu t aime aujourd'hui ».P.André-M.Syrard, o.s.m.décembre 7-9 (2 j.) «Retraite mariale».Robert Lapointe, ptre FRAIS : Retraites de 6, 7 et 8 jours : Inscription 30 $ payable en faisant la réservation Chambre et pension : 25 $ par jour.Chambre avec toilette et douche : 30 $.Retraites de fin de semaine : Inscription 10$ s'il ya un prédicateur.Pension : 50 $ CENTRE DE PRIÈRE MARIE RÉPARATRICE 1025, boul.Mont-Royal ouest Montréal (Québec) H2V 2H4 Tél.: (514) 279-5619 Retraites pour religieuses — 1990 (6 jours) 25-31 mai Les dons du Saint-Esprit Fernand Bédard, s.j.19-25 août Les dons du Saint-Esprit Fernand Bédard, s.j.Villa Saint-Martin 9451, boul.Gouin ouest Pierrefonds (Québec) H8Y 1T2 Tél.: (514) 684-2311 Retraites au Buisson Ardent — Été 1990 08 au 14 juillet 1990 Retraite intercommunautaire La Trinité au cœur de nos vies 15 au 21 juillet 1990 Retraite d'intériorisation Semaine d'intériorisation et de contemplation avec Jean l'Évangéliste (silence).22 au 28 juillet 1990 Retraite intercommunautaire Pour nourrir notre espérance, notre fidélité et notre prière.29 juillet au 4 août 1990 Retraite d'intériorisation Semaine d'intériorisation et de contemplation avec Jean l'Évangéliste.Religieux François Carrière, ofm, cap.Religieuses Tous(Toutes) Claire Dandurand, P.M.et l'équipe du Buisson Ardent Religieux René Bacon, ofm Religieuses Tous(Toutes) Claire Dandurand, P.M.et l'équipe du Buisson Ardent Inscription écrite obligatoire : 25 $ déduite du coût total 175$ Renseignements : (81 9) 566-5877 Cours bibliques au Buisson Ardent — 1990 17 février 1990 Claire Dandurand, P.M.et l'équipe du Buisson Ardent Claire Dandurand, P.M.et l'équipe du Buisson Ardent Premières prédications chrétiennes — Premières communautés chrétiennes et ses problèmes.Inscription obligatoire 2 $ Apporter votre lunch, breuvage fourni.Cours biblique Tous(Toutes) Les Actes des Apôtres — Auteur Destinataires — Plans Inscription obligatoire 2 $ Apporter votre lunch, breuvage fourni.03 mars 1990 Cours biblique Tous(Toutes) Les Actes des Apôtres (suite) 17 mars 1990 Cours biblique Les Actes des Apôtres (suite) Les récits dans les Actes.Les discours.Premières difficultés de l'Église naissante.Inscription obligatoire 2 $ Apporter votre lunch, breuvage fourni.30, 31 mars et 01 avril 1990 Cours biblique Tous(Toutes) Claire Dandurand, P.M.Les Actes des Apôtres (fin) et l'équipe du Buisson Ardent Contenu global du cycle de Pierre Ses discours — Cycle de Paul et sa théologie.Le grand voyage de Paul et les fondations d'Églises.Inscription obligatoire 10$ déduite du coût total 55 $ Renseignements : (819) 566-5877 Tous(Toutes) Claire Dandurand, P.M.et l'équipe du Buisson Ardent Retraites et sessions au Buisson Ardent — 1990 26, 27 et 28 janvier 1990 SOLITUDE MYRIAM Femme Danièle Bourgeois « Ne crains pas, je t'ai gravé dans divorcées lapaumedemamain.»(ls.49,16a) Inscription écrite obligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ 23, 24 et 25 février 1990 RESSOURCEMENT SPIRITUEL Nous sommes des chercheurs de Dieu.Inscription écriteobligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ Tous(Toutes) Claude Vézina (diacre permanent de Montréal) et Thérèse Vézina 02, 03 et 04 mars 1990 SESSION CHARISMATIQUE Tous(Toutes) Équipe « Le Jourdain Appel au bonheur.(Mt 5, 1-12) Inscription écrite obligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ 09, 10 et 11 mars 1990 RETRAITE SUR LE BONHEUR Tous(Toutes) Bruno Richard, SMM Tu fais quoi de ta vie ?M.-Stella Bernier, FDLS Inscription écrite obligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ 23, 24 et 25 mars 1990 CHRISTO-THÉRAPIE Tous(Toutes) L'Équipe du Buisson Ardent Session charismatique ayant pour thème : La guérison par le Christ Lumière.Inscription écrite obligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ 12, 13, 14 et 15 avril 1990 MONTÉE PASCALE Tous(Toutes) Claire Dandurand, P.M.Les Jours Saints vécus «En Église».etl'Équipedu Buisson Ardent du Jeudi-Saint 20 h 30 au dimanche de Pâques 9 h 00 Inscription écrite obligatoire 15 $ déduite du coût total 60 $ 28 et 29 avril 1990 COURS DE VIE INTÉRIEURE Laïcs (ques) Adélia, Pauline P.Louis-N.Hudon, C.SS.R.et l'Équipe du Buisson Ardent Renseignements : Adélia Morin: 562-7496 Pauline Morin : 562-6986 Inscription obligatoire : 2 $ 10 $ par jour (dîner et collation) 18.19 et 20 mai 1990 CHRISTO-THÉRAPIE Tous(Toutes) L'Équipe du Buisson Ardent Session charismatique ayant pour thème : la guérison par le Christ Lumière.Inscription obligatoire 10 $ déduite du coût total 55 $ Renseignements : (819) 566-5877 LE BUISSON ARDENT Les Franciscains 319, rue Queen Lennoxville (Québec) J1M 1K8 Retraites 1990 MARS 16-23 « Entrer dans le regard de Jésus et le laisser aimer par nous» AVRIL 17-24 « Ressuscité avec le Christ.» MAI 1-8 « Devenir ami de Dieu.» MAI 9-16 « Prière et volonté de Dieu.» MAI 29-5 JUIN « La Lectio au diapason de la Liturgie.» JUIN 12-19 « La prière du cœur du pèlerin russe.» JUILLET 5-12 « Devenir ami de Dieu.» JUILLET 24-31 «Donne-moi la Sagesse, assise auprès de Toi.» Père André Leblanc, o.p Père Pierre Michalon, p.s.s.Père Jacques, o.cist.(moine de l'Abbaye) M.Gaston Vachon, ptre Père Marc-Daniel, o.cist.(moine de l'Abbaye) Père Lucien Coutu, c.s.c.Père Jacques, o.cist.(moine de l'Abbaye) S.Françoise McNicoll, f.d.I.s.AOÛT 10-17 «La Lectio au diapason de la Liturgie.» Père Marc-Daniel, o.cist.SEPTEMBRE 4-11 «Le petit reste noyau de l'Église.» Père Léopold de Ryes, s.s.c.c.SEPTEMBRE 13-20 «Charisme de la vie religieuse.» Père Francis Demers, o.m.i.SEPTEMBRE 27-4 OCTOBRE « Entrer dans le regard de Jésus et le laisser Père André Leblanc, o.p.aimer par nous.» OCTOBRE 5-12 « Seigneur, j'ai entendu parler de Toi.» Père Jean-Marc Gay, o.p.Toutes les retraites commencent le soir à 20 h 00 et se terminent au milieu de l'avant-midi du dernier jour.Inscription : 20 $ en faisant sa réservation qui est assurée quand les frais sont payés.Pension : Chambre simple avec lavabo : 22 $ par jour.Chambre avec toilette et douche : 27 $ par jour.Chambre pour couple : 50 $ par jour.Chèques : à l'ordre de : ABBAYE CISTERCIENNE Pour renseignements, inscriptions et réservations : par correspondance : PÈRE HÔTELIER par téléphone ABBAYE CISTERCIENNE C.P.99 de ROUGEMONT (Québec) JOL 1M0 (514) 469-2551 9 h 30 à 11 h 30 14 h 00 à 17 h 00 19 h 00 à 20 h 30 Ermitage Saint-Croix Activités 1989-1990 Retraites pour laïcs et religieuses 4- 10 février 1990 «Miséricorde, Mission, Ministère» Abbé Jacques Nourissat 12-15 avril 1990 Jours Saints Mgr P.-Émile Charbonneau 29 juillet-4 août 1990 «Jésus priait les psaumes, et moi » Père Claude Sumner, s.j.5- 11 août 1990 « Le raffinement des vertus de la vie amou- Père Réal Hogue, s.s.m.reuse» 12-18 août 1990 « Marie et les Béatitudes» Père Raymond Tremblay, cssr 30 septembre-6 octobre 1990 «Je vis avec Marie les mystères du Rosaire» Mgr Fernand Lacroix, c.j.m.Ces retraites débutent à 20 h 00, le premier jour et se terminent à 1 6 h 00 le dernier jour.Inscription.25$, non remboursable si annulation.Pension : 1 50 $ Pour renseignements : Veuillez vous adresser à : Marie-Laure Courtemanche, c.s.c.21 269, boul.Gouin ouest Pierrefonds (Québec) H9K1 Cl Tél.: (514) 626-6379 la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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