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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1991-01, Collections de BAnQ.

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janv.-fév.1991 Bill jjjgjij mi mÿgm munautés igieuses t®Jgj La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisailion, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Yvette Viau, s.s.a.Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition : PLB Graphique Impression: L'Éclaireur Ltée Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-691 1 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 12,00$ (65 FF) (400 FB) par avion: 16,00$ (90 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.49 — janv.-fév.1991 À l’occasion du 25e anniversaire de Perfectae caritatis, un rassemblement de religieux et religieuses du diocèse de Québec se tenait à Ste-Foy le 27 octobre 1990.Nous présentons ici les exposés des personnes-ressources, en suivant l’ordre du programme de la session.René Pageau, c.s.c., Que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve (2-17) Yvon Laroche, r.s.v., Mon espérance face à notre avenir (18-22) Madeleine Lavoie, c.n.d., La qualité d’être (23-26) A.-Marie Richard, s.s.c.m., Mes rêves pour aujourd’hui et demain (27-30) Gilberte Baril, o.p., Témoins de l’essentiel (31-34) André Bellefeuille, f.i.c., L’avant-garde est notre place (35-38) Chantal Bergeron, a.m.j., Signe du Royaume et monde des jeunes (39-45) Céline Dionne, o.s.u., Signe vivant (46-49) Rémi Gagnon, Un projet pertinent (50-53) 1 Que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve ! René Pageau, c.s.v.* Un thème à faire rêver, à faire chanter, à faire jaillir l’espérance ! Il y aura 25 ans, demain, jour pour jour, le décret conciliaire Perfectae Caritatis, décret sur l’adaptation et la rénovation de la vie religieuse, était promulgué à Rome, par le Pape Paul VI, en 1965.Et depuis, que de changements, que d’adaptations, que de rénovations, que d’ouverture, que de ruptures, que de nouveaux élans ont marqué la vie des communautés religieuses au Québec et dans toute l’Église ! C’est l’heure des bilans.Tout le monde se lance.Certains ne voient que du positif tandis que d’autres s’imaginent que les communautés religieuses manquent d’audace au Québec, piétinent, se replient avec nostalgie sur le passé.Mais les plus optimistes ont la certitude que les congrégations ont fait beaucoup de chemin pour se mettre à l’écoute du monde d’aujourd’hui.Je ne suis pas un théologien de la vie religieuse.Mais je suis un témoin de ce qui se vit dans les communautés religieuses depuis la proclamation du décret conciliaire Perfectae Caritatis.Je connais de l’intérieur plusieurs communautés religieuses et j’ai suivi les transformations opérées depuis le Concile, dans ma congrégation comme dans celles où j’ai été amené à travailler.Il faut avoir de l’audace pour donner, comme thème de cette journée : « Que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve, afin que nos paroles, nos gestes deviennent des espaces de créativité, * 132 nord, rue St-Charles-Borromée, Joliette, Canada J6E 3Z6 2 pour qu’éclate un monde plus juste, un monde aux couleurs de l’Évangile Jésus Christ.» Il faut avoir de l’audace, d’autant plus que la moyenne d’âge des communautés religieuses ne cesse de nous étonner, que la relève est extrêmement lente ou presque inexistante.Dans dix ans, que serons-nous?Nous savons bien que notre vitalité institutionnelle est de moins en moins grande.Et quelle que soit la qualité de notre pastorale vocationnelle, le nombre de religieux et de religieuses diminuera et certaines communautés se fusionneront à d’autres.Si j’ai accepté votre invitation, ce n’est pas parce que je crois au lendemain ou au surlendemain de ma communauté ou de la vôtre.Si j’ai accepté d’être des vôtres, c’est parce que je crois en la vie religieuse dans l’Église.Si nous n’existions pas, certains aspects du visage de Dieu demeureraient dans l’ombre.Certains aspects du message de Jésus seraient en veilleuse.Oui, je crois au futur de la vie religieuse dans l’Église.J’ignore cependant quelle forme elle prendra dans l’avenir.Que serons-nous donc dans dix ans?Rappelons-nous ce que Grégoire de Nysse disait d’Abraham, qui sur l’ordre de Dieu, devait quitter la Mésopotamie pour un pays nouveau : « À ce moment, Abraham savait-il qu’il allait dans la bonne direction parce qu’il ne savait pas où il allait ?» Je sais bien que l’avenir ne s’évalue pas d’abord en termes de statistiques ; « l’avenir, pour nous, est d’abord une grâce, l’espérance de la vie religieuse n’est pas un espoir stratégique, il est espérance théologale.C’est Dieu qui appelle.C’est Lui qui donne le courage de la réponse.C’est Lui qui fait don de la fidélité.C’est toujours Lui qui envoie».Alors tout devient possible.C’est cette espérance qui justifie votre thème : « Que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve ! » Je ne tenterai pas de faire une étude minutieuse du décret, ni de faire la part des choses entre ce qui a été inspiré par le décret et tout le Concile ou par la société en profond changement.De toute façon, ce décret voulait répondre à un besoin de profonde adaptation exigée par l’ère d’une société nouvelle.Comment les religieux et les religieuses pourraient-ils le mieux accomplir la 3 mission de l’Église qui doit présenter les valeurs évangéliques au monde d’aujourd’hui ?C’était la question ! Il serait impertinent de critiquer ce qui s’est vécu hier, souvent avec les moyens du bord, dans l’héroïcité parfois, étant voué à un travail apostolique qui demandait toutes nos énergies avec une règle monastique.Il n’est pas question de critiquer le passé, il s’agit, aujourd’hui, de célébrer, dans l’espérance et la foi, les «passages», les «étapes» que nous avons vécus comme communautés religieuses.Il s’agit de célébrer, dans la reconnaissance, nos audaces, nos initiatives, notre créativité.Il nous reste encore beaucoup de chemin à faire.Le contenu du document conciliaire n’a pas encore épuisé, chez nous, toute sa force de renouvellement.« C’est le coeur de l’homme qui doit être renouvelé afin de renouveler les systèmes, les institutions et les méthodes » dit Jean-Paul II.« Changer son coeur de pierre en coeur de chair», n’est-ce pas un projet à long terme ?Les plus anciens pourraient nous le dire ! Aujourd’hui, célébrons dans la joie les pas que nous avons librement et généreusement faits avec une audace pleine d’amour et d’espérance.Je vous livre spontanément certaines pistes qui sont marquées par l’audace prophétique des religieux et des religieuses.Étant témoin des initiatives apostoliques des religieux et des religieuses, j’y découvre de vivants commentaires des béatitudes.J’essaierai donc, au cours de cet entretien, d’abord, de situer ce décret dans l’ensemble des documents conciliaires et postconciliaires.Puis brièvement, je dirai ce qu’il est et ce qu’il n’est pas pour mieux en cerner les objectifs.Ensuite, je montrerai comment Periectae Caritatis ouvrait grandes les portes de nos instituts à la société et à l’Église en profonde mutation, en nous invitant à vivre des Pâques successives.Dans toutes Pâques, dans tous passages, il y a des morts et des ruptures, pour renaître.Il peut y avoir de la continuité dans les recommencements.Il peut y avoir une vie nouvelle qui jaillit de la mort.Enfin, je signalerai, 4 bien timidement, des pistes d’avenir, des chemins d’espérance pour la vie religieuse chez nous, sachant très bien que demain l’Esprit, souvent déconcertant, pourra nous orienter dans un autre sens.Le bon grain et l’ivraie, le meilleur et le pire, dans une relecture, ont fait un bout de chemin ensemble.La vie religieuse a connu des moments de crise.Mais elle a vécu des «passages» qui demeurent des forces de renouvellement au service de l’avenir.I.Perfectae Caritatis et le Concile Vatican II Voici quelques notes historiques qui permettront de mieux comprendre le texte actuel du décret.La Commission qui est chargée de cette question présente d’abord un texte de cent pages.On demande qu’il soit réduit.En avril 1963, on soumet un schéma de 35 pages, conformément aux directives reçues.Il fallait éviter les références trop juridiques.En décembre 1963, on demande que le texte soit réduit à de simples propositions.Le schéma, en 5 pages seulement, est refait pour avril 1964.Ce texte est mal accueilli.Il est trop maigre.On l’amende et on l’amplifie légèrement avant d’être présenté aux Pères du Concile qui votent les 14 et 16 novembre 1964.Le schéma est accepté, mais les Pères, avec leurs nombreuses suggestions, obligent à un remaniement substantiel.Le texte revient sur la table, modifié, enrichi des suggestions des Pères.L’accueil est favorable.Il est voté, article par article.À chaque vote partiel, il obtient la quasi-unanimité.En séance plénière, le 11 octobre 1965, au vote global, 2126 Pères sur 2142 votants approuvent ce texte du décret.Immédiatement avant sa promulgation par le Pape Paul VI, deux semaines plus tard, soit le 28 octobre 1965, le décret conciliaire fut approuvé par 2321 placet contre 4 non placet sur 2325 votants.Il ne faut pas croire que le Concile ne s’est pas préoccupé de la vie religieuse même si on savait, à l’ouverture, qu’on devait mettre l’accent sur les problèmes d’apostolat sous la gouverne 5 des évêques et sur la promotion du laïcat.Quelle place restait-il donc à la vie religieuse ?C’est au chapitre VI de Lumen Gentium qu’on rappelle que tous les baptisés sont appelés à la sainteté, tout autant que les religieux et les religieuses.C’est précisément à ce chapitre qu’on parle de la profession religieuse, de son lien direct avec la consécration baptismale, de sa place irremplaçable dans l’Église.Le texte conciliaire qui traite de la « La charge pastorale des évêques» explique la responsabilité et l’autorité de l’évêque.Lorsqu’un religieux ou une religieuse s’insère dans une pastorale d’ensemble diocésaine, lorsqu’il collabore à la vie apostolique de l’Église, il dépend.de l’évêque pour son champ d’activité apostolique.La législation post-conciliaire et de nombreux autres textes de Rome aideront à traduire, dans les faits, les propositions du décret conciliaire Perfectae Caritatis.Mentionnons-en simplement quelques-uns : 1- Le renouveau adapté de la vie religieuse (1971) 2- Relations mutuelles entre les évêques et les religieux dans l’Église (1978) 3- Religieux et promotion humaine (1980) 4- Dimension contemplative de la vie religieuse (1980) 5- Éléments essentiels de l’enseignement de l’Église sur la vie religieuse (1983) 6- Lettre de Jean-Paul II à toutes les personnes consacrées à l’occasion de l’année mariale (1988) 7- Directives sur la formation dans les Instituts religieux (1990) C’est dans le sillage du décret Perfectae Caritatis que toutes les lettres circulaires des supérieurs majeurs s’inscriront, que les constitutions seront refondues, que, selon la 4e proposition du décret, tous les membres des congrégations participeront à l’oeuvre de renouveau et d’adaptation.C’est aussi dans le sillage de ce décret que sont remaniés les chapitres du Droit canon où on traite de la vie religieuse.6 Toujours éclairé par le document conciliaire Perfectae Caritatis, le Pape Jean-Paul II s’adresse aux religieux et aux religieuses à travers le monde lors de ses voyages pastoraux.Il tente d’expliquer ce que le Concile entend par adaptation et rénovation de la vie religieuse.Il encourage, soutient, éclaire les religieux, leur témoignant son attachement et aussi la reconnaissance de l’Église entière pour leur vie et leur travail apostolique.Il tente aussi de démêler le bon grain de l’ivraie, en exhortant les religieux à la prière, à la contemplation, à la vie fraternelle, à la pratique des conseils évangéliques.Toutes les activités apostoliques doivent être éclairées par ces valeurs primordiales et se nourrir d’elles, affirme-t-il, sur tous les tons.Jean-Paul II continue à réaffirmer les grandes vérités que révélait Perfectae Caritatis : La vie communautaire, dit-il, est au coeur de la vie religieuse ; c’est une caractéristique propre à ce genre de vie consacrée.La vie religieuse est une vie consacrée vécue en communauté.La sainteté du religieux est inexorablement liée à la pratique pleine de la vie communautaire.Les religieux, dit-il encore, ne sont pas seulement des professionnels qui participent au travail de l’Église.Ils sont au coeur du mystère de l’Église ; ils participent d’une façon radicale à sa vie et à sa sainteté.Ils sont appelés à vivre, d’une façon radicale, l’engagement baptismal commun à tous.Mgr Gérard Drainville explique clairement notre mission dans l’Église dans une lettre adressée aux religieux et religieuses de son diocèse.Les religieux et les religieuses ont souvent été perçus dans l’Église et le monde comme de simples groupes de service dont la raison d’être était l’accomplissement de tâches, citant le Père Boisvert.On mesurait leur valeur à leur utilité, on les appréciait d’après les services rendus.Les membres des instituts religieux eux-mêmes se sentaient valorisés dans la mesure où ils assumaient des tâches répondant à des besoins réels.Par contre, ils avaient l’impression d’être inutiles quand 7 ces besognes disparaissaient (.) Tout en reconnaissant l’importance des ces divers services, il est bon de rappeler les paroles de Paul VI : « Les religieux trouvent dans leur vie consacrée un moyen privilégié d’évangélisation efficace.Ils ont une importance spéciale dans le cadre du témoignage qui est primordial dans l’évangélisation » (Evangelii nuntiandi n° 69).Le code du Droit canonique ajoute : « L’apostolat de tous les religieux consiste, en premier lieu, dans le témoignage de leur vie consacrée » (c 673).Pour dire les choses autrement, continue Mgr Drainville, les religieux et les religieuses participent à la mission de l’Église en rendant visible, d’une façon toute spéciale, la personne de Jésus aujourd’hui, auprès de nos gens : amour, tendresse, miséricorde, engagement pour la justice, attentions spéciales aux difficultés d’aujourd’hui, blessures de familles, des jeunes, des personnes âgées désemparées, etc., etc., être le visage de Jésus qui enseigne et qui prie son Père.tout cela par la qualité de la présence à ce que vivent les gens.Perfectae Caritatis a permis de redécouvrir aussi que « l’action apostolique et bienfaisante appartient à la nature même de la vie religieuse, comme un saint ministère et une oeuvre propre de charité que l’Église leur confie pour qu’ils l’exercent en son nom » (n° 8).Quelle ne fut pas notre surprise de voir affirmer ce que nous pensions depuis toujours, que « La vie religieuse laïque, tant pour les hommes que pour les femmes, constitue un état complet en soi, de la perfection des conseils évangéliques (n° 10).Au chapitre VI de Lumen Gentium, nous avions déjà appris que la vie religieuse n’est pas un état intermédiaire entre la condition cléricale et la condition laïque.On reconnaît que «des fidèles sont appelés par Dieu à jouir d’un don spécial dans la vie de l’Église et, chacun à sa manière, à aider celle-ci dans sa mission salvatrice» (n°43).8 II.Les objectifs du décret Perfectae Caritatis Il est temps maintenant de dire, pour en cerner davantage les objectifs, ce qu’est et ce que n’est pas ce document conciliaire.Ce qu’il n’est pas : 1- Il n’est pas un traité de la vie religieuse ; 2- il ne prétend pas non plus nous livrer un ensemble doctrinal exhaustif sur la vie religieuse ; 3- il n’est pas un code juridique ; il évite même toute expression juridique.; 4- il n’est pas non plus une nouvelle règle de vie religieuse ; 5- il n’est pas non plus un ensemble de normes précises qui pourraient être appliquées, du jour au lendemain par les instituts.Ce qu’il est : 1- Il rappelle les principes essentiels de la vie consacrée, aperçus et énoncés dans la perspective d’un renouveau intérieur et d’une adaptation au monde actuel ; 2- il souligne brièvement les fondements scripturaires, théologiques et historiques de la vie religieuse ; 3- il répond à certains problèmes que pose la vie religieuse au monde d’aujourd’hui ; 4- il veut confirmer l’attachement de l’Église pour la vie religieuse comme irremplaçable, à la condition que les religieux et les religieuses demeurent fidèles à l’Église et à leurs propres origines ; 5- tout en affirmant le primat de la contemplation, il précise que celui qui exerce une activité apostolique commandée par l’institut, approuvée par l’Église vit réellement sa consécration religieuse quand il remplit bien sa fonction ; 6- il procure une ouverture explicite aux maîtres spirituels, aux juristes et aux instituts religieux pour progresser et participer à la rénovation et à l’adaptation de la vie religieuse ; 9 7- il ouvre des portes.il trace des routes.en faisant confiance aux communautés religieuses, en leur demandant de chercher elles-mêmes ce que le renouveau et l’adaptation exigent d’elles concrètement ; 8- il invite donc les religieux à penser à la manière dont les 25 propositions du décret doivent s’appliquer à leur communauté ; 9- il invite chaque congrégation à se regarder comme une partie vivante de l’Église et à opérer des adaptations en fonction des besoins de l’Église ; 10- il présente le renouveau comme le retour aux sources et comme l’adaptation au monde d’aujourd’hui ; 11- toutes les formes de vie consacrée y trouvent une justification et une ligne d’orientation.III.Les pâques successives des communautés religieuses Maintenant, voyons les pâques successives que nous avons vécues, nous, religieux et religieuses, depuis la parution de Perfectae Caritatis.Il est évident que le tournant conciliaire coïncide avec des changements sociaux à tous les niveaux.Nous avons donc vécu des passages.Le coeur de Vatican II se résume en une nouvelle conception de l’Église.Tous les autres changements, rénovations, adaptations ne sont que les conséquences de cette nouvelle vision de l’Église.Nous sommes passés d’une Église qui se définissait comme la société de tous les chrétiens unis à notre Saint-Père le Pape à une Église qui se définit, désormais, depuis le Concile, comme peuple de Dieu.Nous sommes passés d’une Église comme système centralisateur et pyramidal au projet d’une Église communion.Voilà le miracle de Vatican II.Dans le vent de liberté du Concile, les fenêtres des communautés s’ouvraient sur le monde.Les communautés tentaient de s’adapter parfois trop rapidement, parfois trop lentement.Elles étaient devenues des lieux de crise, mais partout où souffle l’Esprit, c’est toujours un milieu de crises! Le concile 10 en a provoqué plusieurs en provoquant des changements.Là où il n’y a plus de changements, c’est la mort ! À la fin du Concile, Paul VI a dit savoureusement que, « désormais, l’Église sera en état de Concile permanent », donc en état de crises.Mère Teresa ne disait-elle pas que «les temps difficiles restent les plus évangéliques » ?Et comme la vie religieuse est au coeur du mystère de l’Église, elle avance au rythme des crises ecclésiales.Celles-ci sont généralement des moments de grâce, parce qu’elles provoquent les remises en question ; des moments de croissance parce qu’elles libèrent habituellement des sécurités faciles et secouent les scléroses institutionnelles pour remettre sur les généreux chemins de l’audace et de la liberté.Dans ce vent conciliaire de liberté, l’amour s’est levé et se lève encore jusqu’au bout du rêve.Depuis 25 ans, les communautés ont vécu des grands moments de grâce qu’il convient de célébrer dans la reconnaissance.Ces grands moments ont été marqués par des morts, afin de faire jaillir des résurrections.Ces grands moments qui ont marqué la vie des communautés religieuses ont été et sont encore marqués par des joies toujours pascales.Que de pâques, que de passages ont été et sont encore vécus dans les congrégations religieuses ?Y a-t-il un corps social qui a été plus critiqué de l’intérieur et de l’extérieur que les communautés religieuses, toujours en état de changement, d’adaptation, de rénovation, toujours en état de Concile, en état de conversion, pour un meilleur service de l’Église et du monde ?Quels sont donc les dynamismes qui ont marqué la vie religieuse depuis la parution de Perfectae Caritatis?Bien sûr, la vie religieuse ne sera plus jamais ce qu’elle a été, ce que nous avons connu, nous, les gens de la cinquantaine.La plus grande illusion, c’est de rêver au retour du passé ; c’est de désirer qu’on y revienne, c’est d’espérer que les forces conservatrices nous y obligeront ; c’est aussi de croire que la crise est finie et que les vocations reviendront.Il importe cependant de célébrer les passages que nous avons faits comme religieux et religieuses depuis 25 ans.Il importe de rendre grâce pour la vitalité de la vie religieuse dans l’Église du Québec malgré les blessures d’une 11 relève qui se laisse trop longtemps désirer, du vieillissement évident de nos congrégations et des nombreuses sorties des années 60.* Hier, les religieux et les religieuses étaient auto-suffisants.Ils formaient une Église parallèle avec leurs aumôneries, leurs prédications et leurs exercices de piété.Aujourd’hui, ils portent des dossiers diocésains souvent importants.Ils sont passés de la vie de leurs oeuvres autonomes et cloisonnées à la vie paroissiale et diocésaine.Ils sont intégrés à l’Église locale.Ils ne sont pas là uniquement pour rendre des services, mais ils ont pris conscience qu’ils font partie de l’Église.Ils vivent en elle ! * Hier, les religieux et les religieuses de différentes communautés se rencontraient rarement.Aujourd’hui, ils se regroupent, travaillent ensemble, soutiennent souvent, dans la concertation, les mêmes projets diocésains.* Hier, les jeunes religieux étaient formés en vase clos, dans les maisons de formation animées par les membres de leur congrégation.Aujourd’hui, il y a des noviciats intercommunautaires.* Hier, les religieux et les religieuses travaillaient ensemble dans des maisons et des oeuvres propres à la communauté.Aujourd’hui, les religieux et les religieuses travaillent en étroite collaboration avec les laïcs qui souvent occupent les postes de direction dans les institutions dirigées par des communautés.Ils sont assis autour des mêmes tables de concertation.Leur compétence et leur travail sont interrogés par des collègues laïcs.* Hier, on vivait communautairement entre nous dans le secret de nos maisons.Aujourd’hui, on accueille des laïcs dans des équipes de vie, comme associés.On fait même communauté avec eux.* Hier, on travaillait dans des milieux hautement cléricalisés où l’éducation était entre les mains de l’Église.Aujourd’hui, on travaille, comme le levain dans la pâte, dans des milieux sécularisés.On se retrouve sur la route des baptisés, avec eux, parmi eux.Ce n’est pas au nom de ma communauté que ma 12 parole est écoutée et entendue.C’est au nom de ma compétence et de mon dévouement.* Hier, on ne gagnait presque rien.Ce sont les supérieurs qui signaient nos contrats.Les religieux et les religieuses ignoraient le montant de leur salaire.Aujourd’hui, ce n’est pas la communauté qui s’engage, mais c’est une personne au nom de sa compétence, de sa propre valeur et mandatée par sa communauté.* Hier, on vivait dans nos grosses maisons de pierre, en sécurité, loin des problèmes du monde.Aujourd’hui, on côtoie plus facilement des assistés sociaux.On est lié, dans son milieu de travail aux collègues laïques aux prises avec toutes les angoisses et les inquiétudes quotidiennes.On est donc plus sensible à ce que vivent les gens.La pauvreté n’est plus masquée uniquement par l’économie, mais elle se vit dans le partage.Que de religieux et de religieuses consacrent maintenant leur vie au service des plus pauvres autour d’eux.Que d’initiatives ont-ils pris pour oeuvrer et vivre avec des êtres marginalisés de la société.* Hier, nous étions dévoués entièrement à nos oeuvres.Aujourd’hui, religieux et religieuses s’impliquent dans des projets paroissiaux et diocésains, dans des mouvements de prière, et cherchent ensemble avec les laïcs, à vivre la règle des premières communautés chrétiennes relatée par les Actes des Apôtres (4,32).* Hier, les congrégations avaient des constitutions à saveur juridique.Aujourd’hui, les constitutions, les règles de vie ont un langage qui parle plus au coeur.L’autorité est devenue service fraternel.On parle de co-responsabilité.Le respect des personnes passe avant le maintien des oeuvres à tout prix.* Hier, chaque communauté avait ses dévotions qui lui étaient propres.Aujourd’hui, l’Eucharistie est maintenant «l’acte communautaire par excellence >>.La prière des Heures et la Parole de Dieu sont l’essentiel des prières communautaires.Les réformes liturgiques qui nous viennent du Concile ont influencé la prière communautaire.La Parole de Dieu se trouve donc au centre de la prière communautaire des religieux et des religieuses.13 * Hier, la pratique des voeux était plutôt ascétique, sinon légaliste.On se séparait du monde.On renonçait aux richesses.On renonçait à sa volonté.On renonçait à la femme, à l’homme et aux enfants.Aujourd’hui, la pauvreté est orientée vers le partage.L’obéissance est devenue co-responsabilité.Le célibat est en fonction de la communion, de la tendresse, de la solidarité avec ceux qui, en amour, ont été blessés.On a changé de langage.* Hier, les religieuses étaient plus silencieuses, plus effacées.Elles étaient au service de.Aujourd’hui, elles occupent des postes importants dans l’Église.Plusieurs d’entre elles sont théologiennes.Elles donnent maintenant leurs opinions publiquement, opinions qui sont désirées et accueillies.Les religieuses sont donc de plus en plus impliquées dans la longue marche de la femme dans l’histoire.* Hier, les communautés se méfiaient de toute démarche psychologique pour aider la croissance et le développement des personnes.Aujourd’hui, plusieurs religieux et religieuses ont des compétences dans l’accompagnement des personnes.On n’improvise plus.On encourage les religieux et les religieuses à entrer dans un processus de connaissance d’eux-mêmes, de croissance personnelle.* Hier, était bon religieux et bonne religieuse, celui ou celle qui, sans presque de liberté personnelle, calquait sa vie sur les très saintes règles, sur la régularité minutieuse des gestes.Aujourd’hui, quelle liberté, quel respect de la personne dans son cheminement, quelle prise en charge de sa propre vie ! * Hier, tout ce qui touchait à la sexualité était tabou.Le «je » était détestable.On travaillait dans l’anonymat.On changeait même de nom.L’anonymat nous enfermait parfois dans une sorte d’infantilisme.Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut d’abord être bien dans sa peau et que l’on doit s’aimer et aimer ce que l’on fait.* Hier, l’accompagnement spirituel, la sacramentalisation et spécialement tout ce qui touchait à la confession nous maintenait 14 trop facilement dans l’infantilisme.Aujourd’hui, on parle de confiance, d’abandon, d’ouverture, de gratuité.* Hier, il nous fallait mériter.Aujourd’hui, on nous dit que tout est gratuité, amour, pardon, miséricorde, tendresse.On est libéré de la comptabilité spirituelle.* Hier, on priait pour les pauvres.Aujourd’hui, on prie avec les pauvres et, pour plusieurs, le « nouveau nom de l’amour est la justice ».Oui, grâce à la présence des religieux et des religieuses, grâce à leur initiative et à leur audace créatrices, nombreux sont les milieux qui ont pris les couleurs de l’Évangile de Jésus Christ.Il est bien entendu que les textes conciliaires n’ont pas encore produit tous les fruits de renouvellement désirés par l’Église.Mais progressivement, grâce à l’Esprit qui éclaire, inspire, des pas ont été faits et d’autres restent à faire.Ces textes conciliaires nous ont mis sur des chemins d’espérance, en vivant des morts et des résurrections.IV.Pour les prochaines années Il ne serait pas étonnant que l’Esprit-Saint nous réserve des surprises pour les années à venir.Nous avons plusieurs exemples dans la vie de l’Église, dans la vie des communautés religieuses et même dans la vie de chacun et de chacune qui nous disent comment l’Esprit est déconcertant.Il me semble important pour l’avenir de la vie religieuse d’ici, de porter attention aux orientations suivantes : ‘intensifier le travail avec les laïcs, avec les autres congrégations et chercher de nouvelles formes de partenariat dans nos oeuvres, de vivre au coeur du peuple sans se disperser à gauche et à droite.Nous devons garder et assurer communau-tairement une visibilité sociale, respecter la «dimension essentiellement communautaire » de la vie religieuse, favoriser la venue d’associés à notre congrégation pour travailler à incarner 15 ensemble sa mission.Un associé est habituellement lié à une communauté locale.Il n’y vient pas uniquement pour la prière.Être associé n’est pas être membre d’une confrérie, ni d’un tiers-ordre.C’est être partie prenante dans l’élaboration des projets en vue de la mission ; * intensifier notre travail pour retourner à nos origines sans mimer le Fondateur.Ré-interpréter le charisme personnel de la congrégation à la lumière des besoins des Églises où nous sommes envoyés.Faire nôtre la détermination radicale qui a motivé le Fondateur à se mettre au service du Christ en fondant une communauté pour répondre à des besoins concrets et immédiats du milieu où il vivait ; * intensifier notre présence au milieu du peuple de Dieu ; on est, comme communauté, de et dans l’Église.Nous ne sommes pas seulement des professionnels, dit Jean-Paul II, qui assistent l’Église dans son oeuvre ; nous sommes au coeur même du Mystère de l’Église ; nous appartenons de manière inséparable à sa vie et à sa sainteté.Nous devons éviter de former une petite Église parallèle qui, à long ou à court terme, nuit à la vie de l’Église ; * intensifier l’intégration à l’Église locale, en travaillant en collaboration avec les responsables diocésains, avec des laïcs et des directeurs d’oeuvres similaires à celles où nous sommes impliqués, afin d’éviter le parallélisme ; * intensifier le travail de la rénovation intérieure afin que les religieux et les religieuses témoignent personnellement qu’ils ont opté prioritairement pour vivre une relation privilégiée avec Dieu.Ainsi, les voeux qui spécifient la vie religieuse auront une signification et pour ceux et celles qui s’y engagent et pour ceux et celles qui en sont témoins.« C’est le coeur de l’homme qui doit être renouvelé, dit Jean-Paul II, afin de renouveler le système, les institutions et les méthodes » ; * intensifier la vie communautaire, la vie fraternelle qui est vraie, uniquement si elle pousse à l’accomplissement de la mission.La qualité de la vie fraternelle révèle la qualité de la prière 16 personnelle et communautaire.La vie fraternelle n’est vraie que si elle sollicite nos générosités pour la mission.Voilà la façon de faire lever l’amour jusqu’au bout du rêve, afin que nos paroles, nos gestes deviennent des espaces de créativité pour qu’éclate un monde plus juste, un monde aux couleurs de l’Évangile de Jésus Christ.Bibliographie 1.Enzo Bianchi : Vingt ans après le Concile : Lumières et ombres, dans Vie consacrée, 1988, n° 2, pp.67-88.2.J.-M.R.Tillard, O.P.: Vingt ans de grâce ou de disgrâce, dans Vie consacrée, 1986, n° 6, pp.323-340.3.J.Galot, S.J.: Renouveau de la vie consacrée, le décret du Concile, présentation et commentaire, Éditions P.Lethielleux, Paris, 1966.4.Armand-François Le Bourgeois : La rénovation adaptée de la vie religieuse dans Documents conciliaires, n° 2, Éditions du Centurion, 1965, Paris, pp.76-111.5.Jacques Berthelet, C.S.V.évêque : L’Avenir de la vie religieuse, dans La Vie des communautés religieuses, volume 48, mars-avril 1990, Montréal.17 Mon espérance face à notre avenir Yvon Laroche, r.s.v.* Je ne suis pas sans penser à l’avenir de ma communauté et à celui de la vie religieuse ; mais ça ne m’empêche pas d’être heureux.Parce que le Christ Ressuscité est là, je n’ai pas peur.Je ne veux pas attendre un nouveau printemps de la vie religieuse pour vivre avec bonheur mon choix de vie.Je n’ai que le présent entre les mains et comme dit Vanier il est vraiment le baiser de Dieu.D’un autre côté la vague est haute.Le monde entre chez nous quotidiennement.Il est malade.Il fait peur.Au dernier baptême que j’ai présidé, Michel et Lucie disaient, certains de nos compagnons de travail nous trouvent fous.Ils disent que c’est devenu un trop grand risque d’échec que de mettre un enfant au monde.Quel avenir aura la vie religieuse ?Je choisis une image pour transmettre l’impression qui m’habite quand je pense à demain : dans un vaste verger des arbres encore vigoureux ont porté beaucoup de fruits.Ils en portent encore, mais ils ont cent ans et davantage.Tout en haut, de nombreux petits arbres poussent et on est à faire des greffes.Notre avenir ne ressemble aucunement à une nouvelle autoroute qui se trace un chemin en charcutant une ville, en tuant monde et passé.Sacrifice et expansion En deux ans, nous avons perdu deux R.S.V.: Jean Morin * 821, avenue Bon-Air, Ste-Foy, Québec G1V2P4 18 et Guy Fortier.L’un était maître de formation au Zaïre, l’autre au Brésil.Nous avons beaucoup pleuré.Un vieux sage a dit: « Quand il s’agit d’une oeuvre de Dieu, il faut qu’un juste meure pour que cette oeuvre vive.» Il existe un lien mystérieux entre sacrifice et expansion.Mon service actuel me conduit auprès de plusieurs confrères devenus vieillards ou malades.Cinq sont morts du cancer en peu de temps.J’ai la profonde conviction que notre avenir s’appuie sur ces personnes qui acceptent d’offrir leurs souffrances, leur immobilité et leur prière pour que l’on puisse donner la vie.Dans un monde d’efficacité, d’avortements et d’euthanasie, quelle contradiction de reconnaître ces personnes comme les « paratonnerres » de la grâce et les garants de l’avenir.Plusieurs de ces « inactifs » savent que leur communauté va mourir, et ça ne leur enlève pas leur joie.«Comprenne qui peut comprendre ! » Chemin et don Quand je suis entré chez les R.S.V.il y a 25 ans, je croyais emprunter un chemin plus parfait que celui du mariage choisi par mes trois frères.J’ai mis du temps à saisir la profondeur de l’affirmation de Jean-Paul II aux jeunes : « le plus important dans ma vie d’homme ce n’est pas d’être pape ; c’est d’être baptisé.» « La vie religieuse est un mode de vie, une manière humaine de vivre l’Évangile, choisissant certaines valeurs qui ne sont pas habituellement assumées par la majorité des gens.» C’est drôlement éclairant et pour maintenant et pour demain ! Le charisme de la vie religieuse est un don de Dieu à l’Église.Ma communauté y participe comme la vôtre.Depuis que je connais un peu plus notre histoire, depuis que j’ai participé à certains chapitres et servi au Conseil provincial, je découvre que Dieu a veillé d’une manière évidente sur nous.Des épreuves auraient pu faire éclater ma Congrégation.Dieu veillait.Je crois que nous avons fait cette expérience communautairement.Elle nous rend plus sereins et audacieux pour aller de l’avant.Le père René Dumas aimait à répéter : « Dieu ne fait rien de ce que nous pouvons faire 19 nous-mêmes.» Vous et moi travaillons dur pour trouver des solutions.Dieu y pourvoira.Évangélisation et libération On parle beaucoup de l’an 2000.Son approche coïncide avec l’appel à une «nouvelle Évangélisation».Ceci m’entraîne personnellement et communautairement comme dans un fjord irrésistible.Il s’agit de s’engager à faire naître la civilisation de l’amour dont parlait Paul VI.Ça ne manque pas d’audace.Tout le peuple de Dieu est invité à annoncer l’Évangile d’une manière neuve dans ces milieux culturels où il a été annoncé en d’autres temps.Récemment, un dimanche soir, j’écoutais à Radio Canada un reportage sur le congrès des théologiens, tenu en Belgique, à l’occasion des 25 ans de la revue Concilium.J’ai été frappé d’entendre les plus éminents théologiens affirmer qu’une page se tournait.Hier la recherche de la théologie empruntait davantage l’avenue de la spéculation ; elle répondait aux objections des agnostiques.Maintenant la théologie des Églises locales d’Afrique et d’Amérique latine prend la tête.La solidarité avec les pauvres et l’engagement pour une véritable libération passent en première ligne.Les participants au colloque allaient jusqu’à prédire l’union des forces et des bonnes volontés de toutes nos sociétés, pour changer le monde: théologiens catholiques et chrétiens, les responsables des grandes religions, y compris les agnostiques.Jean Vanier vient de fonder une Arche où vivent chrétiens et musulmans.L’Esprit n’entraîne pas l’histoire vers l’avant uniquement à travers l’Église.Et nos communautés le savent ! Jeunes et renouveau La vie religieuse n’est pas seule appelée à un renouveau.Je rencontre beaucoup de jeunes et de jeunes ménages qui découvrent que la vie actuelle de travail est inhumaine.Ils réalisent qu’en devenant hyper-actifs, ils sont en train de négliger ce qu’il y a de plus profond en eux.L’individualisme et les techniques sont allés trop loin.Les illusions d’un monde meilleur basé sur 20 l’économie et la technique s’évanouissent.Plusieurs sont déçus et choisissent d’autres sentiers.Lors de la dernière assemblée générale de la C.R.C.j’ai beaucoup aimé rencontrer les jeunes religieux et religieuses et les représentants des nouvelles communautés.Une renaissance se prépare.Déjà naissent un grand nombre de communautés fondées sur l’oraison et la présence aux pauvres.De leurs membres nous disaient la nécessité d’être reliées entre elles et aux grandes communautés renouvelées dans la fidélité et la tendresse.Renaissance et espérance La vie communautaire est une marche dans le désert.Certains pensent qu’il est plus facile de fonder une nouvelle congrégation que de rénover une congrégation qui a vieilli.N’est-il pas bon de fleurir là où l’on a été semé.Les nouvelles communautés vieilliront et passeront par les mêmes difficultés.Au moment du départ, nos fondateurs et fondatrices ont porté la flamme de l’héroïsme.Sans rien enlever à leur mérite, je trouve plus facile de commencer que de durer.Un bateau vient d’échouer.C’est un défi d’adapter nos structures pour qu’elles restent toujours au service de la personne.Structure et esprit de famille ne s’opposent pas.Il est bon de rencontrer des religieuses très compétentes en administration et en même temps empreintes de l’esprit des béatitudes.L’ancien et le nouveau naissent et renaissent.Un vent de Pentecôte nous entraîne à ne pas faire de grandes choses, à ne pas être des héros, mais de vivre chaque jour avec une espérance nouvelle.Ce n’est pas nous qui sommes appelés à faire le bien, mais l’Esprit de Dieu en nous.Jean Vanier dit que pour se départir de ce qui embarrasse, il faut commencer par de toutes petites choses.Nous avons pris cette route et nous découvrons que la charité, l’ardente charité, qui se met en quatre pour toute personne humaine, comme l’a fait Jésus, comme l’ont fait nos fondateurs est encore le grand facteur de la nouvelle évangélisation et du renouveau de la vie religieuse.21 Partenariat et avenir « Le laïcat séculier constitue 97.8% des membres du peuple de Dieu.Si dans la première évangélisation le plus grand poids retombait sur les ministres ordonnés, les moines, les religieux et religieuses, dans la seconde évangélisation cette responsabilité est celle de tous.Nous n’avons pas reçu mandat de devenir les «dirigeants» de cette évangélisation, du moins en tant que religieux ».Quand je vois des religieuses rassembler quelques consoeurs, et sans bruit prendre en charge un groupe de malades dont personne ne veut s’occuper, je trouve que c’est une parabole comme du temps de Jésus et qui dépeint notre avenir.Quand je vois mes deux confrères dans la cinquantaine, Michel Lavoie et André Bonneau, partir joyeux pour le Zaïre, malgré la désorganisation, la pauvreté du pays, je trouve que c’est un miracle du Royaume, garant de l’avenir.Quand j’ai vu lundi dernier, dans une infirmerie de religieuses, tant de tendresse et de soins à l’endroit des soeurs malades, j’ai cru à notre demain.Quand je vois partout des religieuses et des religieux épauler le laïcat séculier pour qu’il assume une nouvelle fonction et un nouveau leadership dans la vie et la mission du peuple de Dieu, je rends grâce au Seigneur car nous apprenons à diminuer pour qu’il croisse.« Celui qui perd sa vie la trouve ».Les pessimistes ont raison, mais seuls les optimistes têtus changent le cours des choses.» proverbe.22 La qualité d’être Madeleine Lavoie, c.n.d.* Il y a un an, un colloque sur l’éducation, tenu à Québec, nous partageait quelques réflexions pour un anniversaire : « l’Éducation 25 ans plus tard ! Et après ?» Colloque ayant pour objet d’effectuer une rétrospective de la prise en charge par la société québécoise de son système d’éducation à tous les niveaux.Quelle qualité d’enseignement avons-nous donnée ?Devant les nouveaux défis que provoquent les retours en arrière, c’est d’un surplus de courage et d’un enthousiasme renouvelé dont nous avons davantage un besoin urgent.Car, après les grands changements, nous guettent la routine et son complice habituel, le désenchantement.Témoins vivants, nous le sommes tous, des changements rapides de nos institutions, au cours des dernières décennies.La vie religieuse au Québec et dans toute l’Église n’y a pas échappé ; à elle aussi la question est posée : après 25 ans de renouveau, qu’est devenue la vie religieuse ?Notre engagement constitue-t-il un langage accessible au monde d’aujourd’hui ?Dans son exposé, intitulé « La vie religieuse, don de Dieu à l’Église », le Père René Pageau a tracé un bilan, non pas triste, mais réaliste, de la vie religieuse.Les faits sont indéniables : « Nous savons bien que notre visibilité est de moins en moins grande ; que la relève est de plus en plus rare, pour ne pas dire presque inexistante.» Nous qui sommes présents aujourd’hui, nous qui avons persévéré, comment maintenir en nous l’ardeur et la ferveur de * 1605, Chemin Ste-Foy, Québec G1S2P2 23 l’engagement premier, si on ne regarde pas droit devant nous, attentifs aux besoins multiples qui sillonnent nos routes ?« La vie est en avant», nous rappelle le Prophète de Khalil Gibran.Bien sûr, la vie religieuse a démontré le décalage entre les modèles de compréhension du monde inspirés par une vision religieuse de l’existence et les modèles inspirés par une vision sécularisée devant laquelle nous ne pouvons nous fermer les yeux.Il faut consentir à la critique inspirée par la sécularisation ; on le peut, si la vie religieuse est vécue comme consécration pour une mission.Il est important de croire profondément à la possibilité et à la légitimité de la vie religieuse dans le monde, qui est le nôtre et qui est sécularisé.La vie religieuse naît de l’expérience concrète du message évangélique.Notre consécration à Dieu ne signifie pas que Dieu ait besoin de la personne humaine pour elle-même.Ce dont Dieu a besoin, c’est de signes dans le monde pour se rendre présent et pour rendre visibles les promesses de son royaume parmi les hommes.Renoncer au monde, ce n’est pas s’isoler, mais se rendre disponible pour « illustrer » à travers ce que nous sommes, une ou quelques facettes de l’amour incommensurable de Dieu.La mission du religieux, puisque celui-ci est tiré du monde pour y être renvoyé, sa mission, si grande et si noble soit-elle, est réduite à la fragilité et la fébrilité de son être.On ne peut tout révéler de l’amour de Dieu, pas plus que nous ne pouvons vivre la vie religieuse dans toutes ses dimensions.Roger Schütz disait: «vis le très peu que tu as compris de l’Évangile, mais vis-le.» Aujourd’hui, on travaille comme le levain dans la pâte, dans des milieux sécularisés, a rappelé le Père Pageau, milieux dans lesquels, avons-nous l’impression parfois, que Dieu nous semble absent.Il est pourtant bien présent, au coeur de nos vies, dans nos êtres d’homme et de femme, bien enraciné, en chair et en os, avec des insatisfactions, des besoins et aussi des réussites.C’est là aussi que nous entrons en contact avec Dieu.Le monde a une valeur en soi: voilà ce que nous dit la foi et ce que signifie « un monde sécularisé».Il faut aimer le monde, ses réalités, ses affaires terrestres et au coeur de celles-ci mettre un peu ce que 24 l’Évangile appelle « le sel de la terre » : la joie et en même temps le détachement propres à celui qui sait que la vie d’ici-bas n’a qu’une consistance et une valeur relative.La vie religieuse évoque-t-elle un chemin de liberté ?La façon de vivre notre travail permet-elle de créer des liens ?Notre emploi du temps annonce la disponibilité ?Le célibat consacré favorise une qualité de relations ?Nous exprimons une vie aimante ?Nous allions les exigences de la charité et de la vérité ?Nous sommes vrais en aimant?Et nous aimons en étant vrais?Ce sont là quelques traits, parmi bien d’autres, que ceux qui nous côtoient au travail apprécient voir et admirer sur nos visages.Tout être humain est appelé à une seule vocation : l’Amour.L’amour seul restera, dit saint Paul.Voie difficile à emprunter.Mais c’est tous les jours, a rappelé le Père Pageau, que nous avons tous à intensifier le travail de la rénovation intérieure afin que nous témoignions personnellement.La vocation humaine, la vocation baptismale, la vocation religieuse en sont une à l’amour.Nous sommes appelés à en annoncer des facettes, à partir de ce que nous sommes, comme les disciples du Christ l’ont fait.Car le « venez et voyez » de l’Évangile qui cache tant de mystère devrait, par nous, faire lever le voile sur la beauté d’une consécration à Dieu, dans une « vie pour les autres».C’est ce à quoi nous sommes appelés: «hier les religieux et les religieuses travaillaient dans des maisons et des oeuvres propres à la communauté, nous a rappelé le Père Pageau.Aujourd’hui, les religieux travaillent en étroite collaboration avec la laïcs.Ce n’est pas au nom de ma communauté que ma parole est écoutée et entendue : c’est au nom de ce que je suis ».Quel que soit le secteur dans lequel nous travaillons, auprès des défavorisés, auprès des malades, en paroisse ou dans des milieux d’éducation, nos collègues « Viennent et voient».Quelle qualité d’être, les sources auxquelles nous nous abreuvons, laissent-elles jaillir de nous?Le don de soi?La disponibilité ?La gratuité ?L’écoute ?Lajoie ?La liberté intérieure ?Les laïcs nous renvoient constamment à nous-mêmes, nous 25 envahissent intérieurement.Comme tout chrétien qui prend au sérieux sa vocation baptismale, nous apprenons, à travers nos limites, à aller toujours plus loin.Dans l’accumulation de nos expériences de vie et de mort, notre réponse sans cesse renouvelée à la source, prend forme et se nomme liberté intérieure, abandon entre les mains de Celui qui nous a toujours devancés sur la route que nous avons prise.La vie de prière et la vie intérieure sont là aussi pour nous rappeler nos grandeurs et nos petitesses.Nous sommes ce que nous sommes avec nos merveilles, notre capacité d’attirer le meilleur et en même temps notre impuissance.La vie communautaire, la plus grande école des « relations humaines» et la plus difficile à fréquenter, conduit, fort heureusement, à « renoncer au paradis ».Jésus a renoncé à cela, et son combat quotidien en fut la manifestation.Ce sentiment très fort de n’être pas tout, de n’être pas le « religieux parfait », permet aussi de mieux traverser les inévitables périodes de crise.Pensons au Père qui laisse sont Fils assumer la condition humaine jusqu’au bout sans rien lui épargner.Le religieux, la religieuse, comme les époux d’ailleurs, connaît ses jardins de Gethsémani et ses jardins de résurrection.Les deux se côtoient, les deux sont au rendez-vous et donnent une couleur pascale à la vie de tous les jours afin que l’amour se lève jusqu’au bout du rêve ! 26 Mes rêves pour aujourd’hui et demain Anne-Marie Richard, s.s.c.m.* Je n’étais pas là lors de la promulgation de Perfectae caritatis.Je n’ai pas connu les changements et adaptations depuis l’arrivée de ce décret conciliaire.En effet, j’ai présentement huit années de vie religieuse.Évidemment, je n’ai pas vécu toutes ces « pâques successives» énumérées par le père René Pageau, c.v.s., mais je ne me sens pas étrangère dans tous ces hiers et aujourd’huis nommés par notre conférencier.Je me sens à la fois bénéficiaire, solidaire et partie prenante de toutes ces rénovations qui ont marqué la vie de nos communautés religieuses.Bien sûr, il nous reste du chemin à faire.Si le contenu du document n’est pas épuisé, c’est qu’il possède encore une puissance de renouvellement ; il contient toujours un potentiel de vie et d’espérance.Il n’est pas un décret statique, mais un mouvement de vie en croissance et en attente de nouvelles « pâques ».Les audaces d’hier me semblent garantes des audaces d’aujourd’hui et de celles de demain.« La vie religieuse a vécu des passages qui demeurent des forces de renouvellement au service de l’avenir».Ma courte expérience dans la vie religieuse ne me permet sans doute pas de saisir tous ces dynamismes qui l’ont traversée.Aussi, ce sont mes rêves pour aujourd’hui et demain que je veux partager.Je veux aussi célébrer ces vingt-cinq années de grâce * 30 des Cascades, Beauport, Qc G1E 2J8 27 et dire ma foi et mon espérance en cette vie religieuse, «don de Dieu à l’Église ».Ma réflexion s’est inspirée de celle du Père Pageau, mais aussi des écrits des Pères Tillard, Galot, Berthelet et Boisvert.Les orientations proposées par le Père Pageau concernant l’avenir de la vie religieuse me semblent très pertinentes.Comme agente de pastorale, je m’attarderai particulièrement sur notre présence dans un témoignage rempli d’audace et d’espérance au milieu du peuple de Dieu, en Église.Lumen Gentium nous rappelait que tous les baptisés sont appelés à la sainteté tout autant que nous, religieux(ses).Notre vie religieuse se situe dans ce cadre de la vie chrétienne.La vitalité de l’Église dépend de l’engagement de toutes les composantes, donc, de nous aussi.Perfectae Caritatis nous confirmait l’attachement de l’Église pour la vie religieuse et sa place irremplaçable.Si nous sommes passés d’une Église «société» à une Église «peuple de Dieu», d’une Église «système» au projet d’une Église «communion», cette nouvelle vision doit avoir des conséquences pour nous.Plus que jamais, nous sommes appelés à intensifier notre présence au milieu du peuple de Dieu ; non seulement être au service de l’Église ou avec l’Église, mais dans l’Église.Il est important d’accentuer notre sens ecclésial et notre présence dans la construction de l’Église.Évitons de former une petite église parallèle qui s’avère nuisible à la longue.Il est nécessaire de « réinterpréter nos charismes à la lumière des objectifs, des buts et des besoins de l’Église ».Notre appartenance à l’Église passe par l’Église locale et nous sommes invités « à nous y insérer, à nous y intégrer, à prendre notre place, à participer à sa vie, à dépendre de son économie sacramentelle et à constituer un service d’Église.» Nos communautés ne doivent plus être spirituellement auto-suffisantes ; il importe d’être des membres authentiques dans nos communautés chrétiennes et de participer à toute leur vie : sacrements, 28 groupes de prières, ressourcement spirituel et activités caritatives.Il ne suffit pas d’être de ceux et celles qui donnent à l’Église locale, mais aussi ceux et celles qui reçoivent d’elle, ont recours à elle et même, s’appuient sur elle.Il s’agit, non seulement de travailler pour elle, mais de vivre avec elle.On ne peut être d’Église qu’en étant dans une Église.Notre participation à la vie de l’Église veut en rejoindre tous les domaines et rien de ce qui se passe et se vit ne nous est étranger.Bien sûr que cela peut signifier une nouvelle façon dans l’engagement apostolique ou encore un changement de lieu apostolique.Quoi qu’il en soit, la mission de l’Église est d’évangéliser et le premier moyen d’évangélisation est le témoignage.Nous devons être cette mémoire évangélique de l’Église.Nous ne sommes pas là pour faire une oeuvre ou « remplir une tâche précise au nom de l’Évangile, mais pour vivre l’Évangile sous une forme particulière et devenir témoins des réalités de la foi ».En somme, « l’avenir de la vie religieuse se mesure à notre capacité d’établir une cohérence entre relation à Dieu, pertinence des voeux, activités apostoliques et communauté de vie ».Pour que notre témoignage porte fruit, nous sommes appelés à beaucoup d’audace et d’espérance.Notre Église a besoin plus que jamais de témoins d’espérance et « l’espérance est une disposition essentielle à la vie consacrée».Une espérance pour aujourd’hui.Une espérance fondée sur l’amour de Dieu en nous.Un regard tourné vers ce Dieu de l’espérance qui anime notre mission.Une espérance en cette fécondité que le Christ voudra bien donner à nos gestes et à nos paroles.Une espérance qui réponde à une expérience profonde de vie donnée au Christ.Nous sommes surtout invités à avoir beaucoup d’audace : celle manifestée depuis la fondation de nos communautés religieuses.Non pas une audace timide, mais une audace courageuse qui invite à dépasser nos peurs et à cesser de fixer nos regards sur cette relève qui n’est pas là.Tournons plutôt nos regards vers 29 ce Dieu vivant et vers ceux et celles qui sont là, «pour qu’ils aient la vie en abondance».Une audace pleine d’amour et d’espérance! Une audace qui s’inscrit dans la lignée des recommencements et de nouveaux élans.Une audace qui s’accorde au souffle de l’Esprit et nous invite encore aujourd’hui à faire des «passages», à accueillir notre aujourd’hui comme temps de grâce.Une audace pour avancer, créer, inventer, bâtir du neuf pour que la vie religieuse nouvelle puisse naître.Une audace aux couleurs de l’Évangile de Jésus Christ.Oui, je crois qu’il vaut la peine de célébrer dans la reconnaissance, la foi et l’espérance tous ces passages, ces étapes vécus dans nos communautés religieuses.Perfectae caritatis nous a lancés sur un chemin d’espérance et je crois qu’il nous faut garder vivants cet élan et ce dynamisme.Si « l’avenir est grâce », « espérance théologale », c’est Dieu qui doit être la source de notre espérance et de nos audaces.Que notre amour se lève jusqu’au bout de notre rêve et que le rêve de Dieu devienne notre rêve pour la vie de notre Église aujourd’hui ! Bibliographie 1.J.-M.R.Tillard, O.P.: Vingt ans de grâce ou de disgrâce, dans Vie consacrée, 1986, no 6, pp.323-340.2.J.Galot, S.J.: La vie consacrée, vie et témoignage d’espérance, dans La Vie des communautés religieuses, vol.48, sept.-oct.1990.3.Armand-François Le Bourgeois : La rénovation adaptée de la vie religieuse, dans Documents conciliaires, no 2, Ed.Centurion, 1965, Paris, pp.76-111.4.Jacques Berthelet, C.S.V., évêque: L’Avenir de la vie religieuse, dans La Vie des communautés religieuses, vol.48, mars-avril 1990, Montréal.5.Laurent Boisvert, O.F.M.: Le Célibat religieux, Ed.du Cerf, Bellarmin, 1990.30 L’avant-garde est notre place André Bellefeuille, f.i.c.* Récemment, un homme politique québécois (dont je tairai le nom) disait, et avec à propos, à mon humble avis, que désormais le Québec, pour son propre salut, devait s’ouvrir largement à l’accueil des immigrants.Il y aurait encore des québécois pure laine, sans doute, mais il y aurait de plus en plus des québécois nylon ou acrylique.Des québécois polymères.La diversité sera notre nouvelle richesse.Ces paroles étaient prononcées le dimanche des Missions.Hasard ou heureuse influence de l’homélie dominicale.Réfléchissant à cette nouvelle réalité sociale, je me suis mis à penser que, sur ce terrain de l’accueil aux étrangers, nous, les religieuses et religieux du Québec, étions en avance de plusieurs décennies, que nous étions à l’avant-garde, et loin en avant.En tout cas, il y a longtemps que nous avons ouvert nos bras, nos coeurs et nos rangs à des Soeurs japonaises ou vietnamiennes, à des Frères africains, à des confrères nés sous tous les soleils, et venus de tous les coins du monde.Ce n’est pas d’hier que nous aimons les petits Chinois.Il est bon et réconfortant de constater et de proclamer ces choses, spécialement quand nous ouvrons ensemble notre Livre d’Heures aux pages d’action de grâce et de célébration comme nous le faisons aujourd’hui.L’avant-garde est notre place normale.Un document important, issu de la Sacré Congrégation pour les Religieux, nous * 30, rue du Juvénat, St-Romuald, Qc G6V 6P5 31 le rappelait il y a huit ou neuf ans ( Religieux et promotion humaine, 1980).Et je crois que nous occupons toujours cette position et que nous la tenons bien.J’en vois plusieurs signes.Prenons le temps d’en lire quelques-uns.Une belle stabilité Nos bâtiments tiennent bien la mer, ils affichent une belle stabilité.Qu’est-ce que je veux dire par là ?Quand on veut rappeler le climat qui a prévalu dans le ciel de ces vingt-cinq dernières années, on parle volontiers d’ouragan et de tempête.Il est vrai que nous avons été secoués.Pas seulement nous, mais toutes les valeurs, toutes les institutions ; la foi et la pratique religieuse, le mariage et la famille, par exemple.Eh bien, je trouve que nous nous en sommes tirés mieux que la plupart, et que nous avons été à l’avant-garde de l’adaptation au nouvel état des choses et des gens.Et nous sommes encore là, nous croyons toujours en Dieu, à la prière et, de plus en plus, à la famille communautaire.L’audace de notre rénovation Il faut bien reconnaître qu’on y est allé à grands coups dans l’adaptation et la rénovation.Il fallait que nos communautés soient des organismes très solides pour supporter les super-doses réformatrices qu’on leur a injectées.Le texte même de Perfectae caritatis était bref clair et net comme une note de service.Et nous l’avons reçu, et nous l’avons appliqué vigoureusement comme des soldats habitués à exécuter les ordres.Rénovation vient d’une expression latine : res-novae qui se traduit en français par le mot de révolution.(Cf.le titre de l’encyclique Rerum novarum parue il y a cent ans et faisant état des «révolutions» survenues dans le monde du Travail).À la demande de l’Église, nous avons eu l’audace de prendre les mesures correctives nécessaires et même de reprendre la rédaction de nos Règles de vie : parchemins réputés intouchables.Nous avons changé d’horaires, de costumes et de styles.Dans plusieurs cas, nous avons pris des virages à 180 degrés.Brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé.Et voici, nous 32 sommes encore là, disponibles pour les tâches présentes et à venir.Ouverture et sensibilité Notre ouverture et notre sensibilité aux souffrances du monde sont reconnues.« Les religieux se trouvent souvent dans des conditions de vie leur permettant de voir de plus près les drames qui tourmentent les populations.Ils sont souvent aux avant-postes de la mission et prennent les plus grands risques pour leur santé et leur vie même » (Op.cit.).Pas seulement dans les pays du Tiers-Monde où la démonstration n’est plus à faire, mais dans notre propre pays, dans nos villes.Nous avons gardé quelques-unes de nos anciennes oeuvres, en les adaptant, mais aussi nous nous sommes tournés vers les démunis : nous servons les soupes quotidiennes, nous préparons le gîte des pauvres, nous sommes solidaires des mouvements populaires, nous ouvrons des maisons d’accueil pour les jeunes, etc.Comme le voulait saint Vincent de Paul, nous sommes sortis dans la rue.Et les religieuses et les religieux contemplatifs, sans quitter la présence de Dieu, nous y accompagnent de leur prière miséricordieuse.Pour l’Église, l’essentiel de la rénovation conciliaire a consisté à redécouvrir que la route qui mène à Dieu passe par « la route des hommes» (Cf Jean-Paul II.Redemptor Hominum).Pour me représenter le mouvement conciliaire, j’imagine une immense et très lourde statue pivotant lentement sur elle-même, mue par une force surhumaine, et tournant vers le monde sa face radieuse dans un geste d’accueil et d’amour.Et je trouve que nous avons fait cet incroyable mouvement.Nous regardons maintenant le monde avec une tendresse renouvelée, avec le désir d’en partager « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses », (Gaudium et spes).Ce monde qu’il ne faut pas quitter parce que Dieu l’a aimé au point de lui donner son fils unique.(Le monde que nous avons fait « passer derrière nous parce qu’il nous était un Satan et un obstacle», c’est l’autre, le monde du mensonge et de la violence, avec lequel il n’est pas de réconciliation possible).Nous cheminons véritablement sur la route des hommes.33 Notre solidarité et notre partage fraternels D’abord entre nous.La vie nous a rapprochés les uns des autres.Je veux dire que les circonstances nous ont rapprochés en tant que Congrégations.Nous nous sommes reconnu des traits de famille, qui, autrefois, n’étaient pas évidents pour tout le monde.D’autre part, la vie et l’âge ont resserré les liens entre les personnes qui composent chaque fraternité: les nouvelles conditions de travail et de logement, ou la relative inactivité de la retraite, nous ont remis au coude à coude avec nos soeurs et nos frères.Enfin, solidarité également avec les autres intervenants des communautés sociale et ecclésiale auxquelles nous appartenons.Cette nouvelle fraternité est l’occasion et le moyen de rendre le témoignage chrétien le plus authentique.«Voyez comme ils s’aiment», diront les gens, et ils nous reconnaîtront pour les disciples de Jésus.On ne saurait tout dire.Et ce n’est pas utile.Vous en savez sans doute beaucoup plus long que moi sur ce sujet.Mon petit témoignage ne visait que l’objectif suivant : partager avec vous, premièrement, la conviction que l’Esprit de Dieu a beaucoup travaillé dans nos plates-bandes et, deuxièmement, l’espérance que les fleurs et les fruits ne manquent pas: «Je vous le dis, moi, levez les yeux et regardez; déjà les champs sont blancs pour la moisson » (Jean, 4, 35).34 Témoins de l’essentiel Gilberte Baril, o.p.* Il me faut, pour commencer, vous faire un aveu : je crois n’avoir jamais eu autant de difficulté à préparer une communication.Pourquoi cela ?Je ne le sais pas vraiment, sauf peut-être parce qu’à chaque fois que je m’arrêtais à la question : « Comment être un signe vivant pour l’Église et pour le monde », la seule réponse qui montait clairement en moi était celle-ci : « en devenant une sainte, c’est-à-dire en laissant le Christ et le dessein de sagesse de son Père sur ma vie prendre progressivement toute la place.» Oui, mais après?Quoi ajouter à cela?Pas de réponse.Et alors, je repris une fois de plus la lecture de Perfectae Caritatis, de Lumen Gentium.J’y retrouvais cette doctrine si riche dont tant d’affirmations essentielles avaient nourri l’immense effort d’adaptation et de renouveau que nous avons vécu, comme communautés, ces vingt-cinq dernières années.Mais je demeurais toujours aussi désemparée devant l’interrogation posée devant moi.Car j’étais trop consciente que cette question «comment être un signe vivant» avait été constamment au coeur de nos recherches durant ces longues années d'aggiornamento.Aidés par les enseignements du Concile, par le fruit de nos expériences et par tant d’autres sources de lumière, nous avons déjà essayé, et avec combien d’honnêteté et de courage, d’apporter des réponses pertinentes et fécondes à cette question pour la vie de nos Instituts, pour l’Église et pour le monde.* 131, des Dominicaines, Beauport, Qc G1E 6S8 35 Pourtant en me reposant aujourd’hui cette même question, malgré toute la richesse de nos découvertes passées, la seule réponse qui me paraît rejoindre l’essentiel, c’est celle mentionnée plus haut : « l’appel à la sainteté, l’appel à l’union avec le Christ et au partage, par le don radical de moi-même, de sa mission de salut ».Cette réponse dévalorise-t-elle donc les résultats de ces années de renouveau ?Loin de là.Mais je réalise que, pour moi, elle m’oblige à aller au fond de toutes les autres réponses données ou qui devront encore être apportées.Ainsi, pour prendre un exemple, je suis très consciente que nos lois expriment beaucoup mieux, aujourd’hui, l’idéal évangélique de vie consacrée tel que perçu par nos fondateurs ou nos fondatrices.Je suis également consciente que bien des aspects de nos projets de vie et de nos modes d’engagement apostolique offrent aujourd’hui, grâce au renouveau, une plus grande transparence par rapport à l’Évangile et au charisme propre de chaque Institut.Pourtant, si personnellement, je ne laisse pas ces lois, ces manières de vivre et de nous engager, me façonner un être de plus en plus libre — libre par rapport aux choses, aux personnes et libre surtout par rapport à moi-même — et cela, en vue d’un amour plus vrai et d’un don plus radical, ma vie sera-t-elle vraiment plus signifiante pour l’Église et pour le monde?Ce qui me ramène encore à la même conclusion : pour être signe vivant aujourd’hui, il me faut revenir à l’essentiel poursuivi par ma consécration.La vitalité profonde de ma vie de consacrée, pour moi et pour l’Église, ne peut venir que du dedans, que du Christ lui-même devenu le centre vivant de toute ma vie.Vous comprenez que cette réponse, je la trouve exigeante ; elle me met vraiment à nu.Pourtant, si je veux être honnête, je réalise qu’elle fait directement écho à ce qui a motivé mon choix de vie, il y a bien des années.À ce moment-là, le Christ et lui seul m’est apparu comme la réponse par excellence à la soif profonde de mon être.Et en même temps, je découvrais qu’il était la grande réponse à toutes les soifs de vérité, d’amour, de bonheur que je percevais chez mes frères et soeurs humains, 36 ce qui faisait naître en moi le désir de pouvoir un jour leur parler de lui, de son Évangile.Or aujourd’hui encore, dans mes contacts avec les jeunes soeurs en formation auprès de qui je travaille, je découvre qu’il y a toujours, explicitement ou implicitement, au coeur de leur démarche vocationnelle, une même motivation axée sur l’essentiel : un désir profond d’union au Christ dans l’amour et une volonté de pouvoir participer, par le don radical de soi, à sa mission de salut.À ce qui précède, il me faut ajouter autre chose pour aller au bout de mes convictions.Je crois sincèrement que ce que nous venons de dire a plus de conséquences pour la vie du Peuple de Dieu que nous ne pourrions l’imaginer.Pour le comprendre, il est utile de nous rappeler que l’Église n’est pas une compagnie et une quelconque institution purement humaine.Elle est un peuple « épousé » par le Christ et qui reçoit de lui, par l’action de l’Esprit, la grâce de pouvoir collaborer activement à sa mission de Sauveur.Cela veut dire que c’est essentiellement dans et par la communion avec son Seigneur que l’Église est pleinement féconde au coeur du monde.Et, bien sûr, quand je parle ici de l’Église, je parle en même temps de tous ses membres, chaque personne baptisée étant appelée personnellement par Jésus à demeurer en lui pour porter beaucoup de fruit (cf.Jn 15,5).Or au sein de cette Église et en communion avec tous ses membres, nous, religieux, religieuses, ne portons-nous pas la responsabilité d’être, à un titre particulier, des témoins de cette primauté de la communion vivante avec le Christ comme source de fécondité spirituelle pour l’humanité?Je le crois de tout coeur.Et si cela est vrai pour toutes les époques, n’est-ce pas particulièrement urgent dans un monde comme le nôtre marqué par la tendance à valoriser l’esprit de conquête et de domination plutôt que l’esprit d’accueil et de communion, la technique plutôt que la vie, le «faire» plutôt que l’être.Oui, témoin de l’essentiel : « l’intimité avec le Christ et la communion à son projet d’amour».Je suis persuadée que s’il y a une visée qu’il nous faut garantir à tout prix dans tous les moyens que nous pouvons juger nécessaires pour l’authenticité 37 de notre témoignage, c’est bien celle-là.Car sans cet « essentiel », est-ce que ma vie, comme personne consacrée, pourra être vraiment « signifiante » pour l’Église et pour le monde ?38 Signe du Royaume et Monde des Jeunes Chantal Bergeron, a.m.j.* Il m’est un honneur et il m’est bien doux, frères et soeurs consacré(es) de vivre et de célébrer avec vous les moments de grâce surgis du souffle prophétique de Vatican II pour l’Église, pour le monde et plus particulièrement en ce qui nous concerne pour le renouveau de la vie religieuse.Un jour d’anniversaire est bien sûr un jour de reconnaissance pour les bienfaits reçus.Mais il est aussi un jour de réflexion où l’on se regarde dans notre aujourd’hui et où instinctivement on se tourne vers l’avenir.et viennent les questions.où en sommes-nous, comment rejoindre ce monde des jeunes, monde qui nous semble parfois si lointain ! Qui sommes-nous pour eux.comment être des signes vivants et éclatants du Royaume dans un monde où Vatican II s’étudie dans les manuels d’histoire de l’Église.Dans un premier temps, je voudrais avec vous considérer brièvement le monde des Jeunes et leurs aspirations religieuses pour dans un second temps réfléchir sur notre présence de Consacré (es) comme signes vivants et éclatants du Royaume auprès d’eux.Les Jeunes et leurs aspirations religieuses Notre jeunesse actuelle évolue dans un monde sécularisé, hautement technique, pluraliste où il y a foisonnement d’interrogations, d’idéologies et où le monde religieux est imprégné * 1, av.du Sacré-Coeur, Québec G1N 2W1 39 d’ésotérisme, de mélanges de philosophies orientales, de sectes et d’ignorance.Très tôt confronté aux problèmes des adultes, aux divorces, aux familles reconstituées, au chômage, à la pollution, le jeune vit dans une société où régnent le matérialisme, le pouvoir, l’image, la satisfaction des plaisirs, une société où la science et la technologie sont supposées répondre à tous les besoins.C’est dans ce monde qui est le sien que le jeune entend monter en son coeur les questions fondamentales sur la vie, son sens, son origine, sa fin, que surgit en son âme la question de Dieu.Dans les « Directives sur la formation dans les Instituts Religieux», on peut lire au No 87: «Le coeur des Jeunes est ouvert à la Fraternité ; ils se mobilisent en faveur des causes qui regardent la qualité de la vie, la conservation de la nature.Ils ont soif de liberté, d’authenticité, aspirant à un monde meilleur (valeurs de justice, de non violence et de paix) ».0) Quand ils s’interpellent pour leurs projets de groupes, ils écrivent: «Viens avec nous toi qui marches le coeur rempli de rêve et d’idéal, qui es insatisfait par les plaisirs passagers et qui aspires à des biens meilleurs, toi qui refuses une vie médiocre et qui veux un monde humain et fraternel.» Quant à ceux qui ont effectué une profonde rencontre de Jésus-Christ, leurs aspirations religieuses sont très fortes.Ils répondent à l’appel de Jean-Paul II à Compostelle en 1989 qui leur disait: «N’ayez pas peur d’être des saints».Cet idéal de sainteté est très clair, c’est ce qui les intéresse et ce vers quoi ils tendent.Accueillant la Vierge Marie comme leur Mère, ils se laissent éduquer par Elle.Nombreux se consacrant à Elle, certains allant jusqu’à prononcer une promesse annuelle de chasteté.Ils se 1.Directives sur la Formation dans les Instituts Religieux, Rome, 1990, p.57.2.Feuille de publicité.Mouvement R3.40 rassemblent régulièrement pour la prière (Messe, Adoration Eucharistique, chapelet).Ils se donnent des espaces de vie fraternelle (repas, loisirs, études pèlerinages, rencontres) où ils mettent en commun leur vécu, leurs saisies, leurs compréhensions, leurs aspirations.Ce qu’ils désirent c’est grandir spirituellement dans un tendre amour de Jésus et de Marie, c’est au coeur de l’Église et en Église, contribuer à bâtir un monde nouveau de paix et d’amour.Le Pape Jean-Paul II, le 11 septembre 84, nous disait : « Québec, à l’image de la puissance de ton fleuve tu es un pays à la nature généreuse, toi qui sais canaliser les rivières, sauras-tu canaliser les forces vives de ta jeunesse pour le service de tout l’homme et de toute l’humanité aimée de Dieu?»
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