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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mars-Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1991-03, Collections de BAnQ.

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des communautés religieuses 2 I mars-avril 1991 La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Yvette Viau, s.s.a.Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition : PLB Graphique Impression : L'Éclaireur Ltée Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-6911 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 12,00$ (65 FF) (400 FB) par avion: 16,00$ (90 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.49 — mars-avril 1991 Lucie L.-Sansfaçon, Pour venir à la rencontre de l’Armée de Marie 67-85 Jean-Paul Demers, s.j., La solitude 86-96 Norbert Fournier, c.s.c., Aux responsables de « l’éveil vocationnel » 97-105 L’A.cherche à rendre compte de l’oeuvre et de l’histoire de l’Armée de Marie, de ses traits particuliers et de ses sources d’inspiration.Elle favorise, au-delà du discours, une attitude d’ouverture et d’accueil, un climat de confiance et de dialogue, qui permettent de découvrir ce qui nous unit.Elle opte pour une approche qui cherche à comprendre et développe un climat de respect mutuel.Il est une solitude qui ramène l’homme et la femme vers leur intériorité, les conduit à Dieu, vérité de leur être.Les personnes en vie consacrée expérimentent également la solitude, malgré leur appartenance à un groupe dont les membres tendent à un même idéal spirituel et apostolique.Jésus lui-même a vécu la solitude.L’A.précise d’abord le sens de l’éveil vocationnel, et la nature de projets apostoliques dynamiques et interpellants.Il invite ensuite les membres des communautés à s’engager dans le sens de l’éveil vocationnel et 65 Francine Dubé, La mission des communautés religieuses 106-112 M.-Abdon Santaner, o.f.m.cap., Enjeux actuels de la communication à l’intérieur des communautés religieuses 113-120 Sebastian Moore, o.s.b., Jésus et le désir humain 121-124 leur rappelle l’importance de relations interpersonnelles.Enfin il signale quelques illusions à éviter.Les communautés doivent accomplir leur mission à la manière de Jésus.Il s’est fait proche des démunis, marginaux, malheureux; Il les a accompagnés dans leur vécu, et ce, sans jugement; Il a témoigné verbalement, mais seulement après avoir établi une relation de confiance, un climat d’accueil.Après avoir évoqué les éléments qui expliquent le caractère d’urgence de la communication dans la société, l’A.considère ce problème à l’intérieur des communautés religieuses.Il insiste, entre autres, sur le fait que la loi de la communication vraie est à apprendre de celle que François d’Assise aimait appeler Dame Pauvreté.La venue de Dieu se discernera dans l’expérience du désir comblé, car le désir humain tend vers Dieu.C’est en un instant que s’accomplira le passage de l’obscurité à la lumière.Notre vie, consommée dans la mort, est confirmée par l’Absolu, par le sens ultime de l’existence.66 Pour venir à la rencontre de l’Armée de Marie Lucie L.-Sansfaçon* Il y aura bientôt vingt ans, au soir du pèlerinage annuel de l’Équipe Mariale au Sanctuaire Notre-Dame d’Etchemin, Marie-Paule Giguère reçut la révélation que l’Armée de Marie était fondée.Ce 28 août 1971 voyait donc se réaliser ce qui lui avait été annoncé quelque dix-sept années auparavant.Depuis lors, et en cela fidèle à une indication venue du ciel, l’Armée de Marie n’a cessé de porter très haut, tel un signe de reconnaissance et de ralliement, l’étendard de sa fidélité à Rome et au Pape.Dès sa fondation, l’Armée de Marie suscite l’adhésion enthousiaste d’un grand nombre de catholiques.Des «Centres d’animation spirituelle» voient le jour dans plusieurs diocèses: centres diocésains, régionaux, communautaires, paroissiaux ou locaux, familiaux et scolaires.En 1973 s’instaure la tradition des grands rassemblements diocésains et nationaux — les Apothéoses — souvent présidées par des évêques ou leurs représentants.L’année suivante a lieu le premier d’une longue série de pèlerinages en Europe où Rome est toujours — sauf en 1978 — une étape d’une importance hautement symbolique.Quelques mois plus tard l’Armée de Marie reçoit l’approbation officielle de l’Archevêque de Québec.En effet, c’est le 10 mars 1975 que le Cardinal Maurice Roy, à la suite d’une décision de l’Exécutif de l’Assemblée des Évêques du Québec, érige l’Armée de Marie en Association pieuse, aux termes du canon 708 du code de Droit canonique.* 355, rue Saint-Georges, C.P.58, Saint Jérôme, QcJ7Z5V3 67 Pourtant, à partir de 1976, les résistances des autorités ecclésiastiques de chez-nous à l’égard de l’Armée de Marie vont s’accentuant jusqu’à ce que, le 4 mai 1987, le Cardinal Louis-Albert Vachon révoque le décret du Cardinal Roy.Appels et rejets d’appels se succèdent, à Québec d’abord, à Rome ensuite.L’Armée de Marie et les « Oeuvres » qui en sont issues sont donc, chez-nous, mises en marge de la vie de l’Église alors qu’en Italie deux évêques les accueillent dans leur diocèse, les protègent et les soutiennent.Ce sont Mgr Mario Peressin, Archevêque de l’Aquila (qui a lui-même ordonné plusieurs Fils de Marie) et, depuis peu, Mgr Joseph Molinari, nouvel Évêque de Rieti, auparavant Vicaire Général de Mgr Peressin.Voilà bien une situation pour le moins paradoxale ! Dans un petit livre que nous avons publié l’an dernier1, nous avons tenté, dans un premier chapitre, de rendre compte de l’Oeuvre, de son histoire, des traits particuliers qui la caractérisent, de ses sources d’inspiration et ce, à partir des écrits qui émanent de l’Oeuvre elle-même.Les uns nous ont reproché de ne pas avoir été assez critique envers l’Armée de Marie ; les autres, de ne pas avoir été assez critique envers l’Église.Notre intention n’était pas d’entrer dans la polémique en nous posant en juge de l’une ou de l’autre partie mais simplement de laisser parler l’histoire.Le deuxième chapitre se voulait un essai de synthèse doctrinale.Il nous paraissait utile de tenter de dessiner, fût-ce à grands traits, l’univers conceptuel dans lequel évolue cette Oeuvre Mariale.Ces deux chapitres et l’appareil de notes qui les appuie constituent les quatre-cinquièmes de ce petit livre.C’est une option, conséquente à la décision prise de chercher d’abord à comprendre puis de rendre compte le plus honnêtement possible de ce que nous avions compris.Le cadre de la collection « Rencontres d’aujourd’hui » étant de 70 à 75 pages par volume, il ne nous restait que bien peu de place pour une prise de parole personnelle : une dizaine de pages tout au plus où nous avons choisi de soulever les deux questions théologiques qui nous semblaient les plus fondamentales et d’y apporter quelques éléments d’éclairage susceptibles d’alimenter la réflexion des lecteurs et lectrices.Peu de place pour le développement, peu 68 de place pour les nuances.Les quelques réactions venues de l’Armée de Marie nous invitent à approfondir notre réflexion en regard de ces deux questions.Nous persistons à les croire fondamentales et porteuses des autres questions, plus pastorales celles-là, à partir desquelles nous pourrions éventuellement engager un dialogue.En laissant parler l’histoire.En laissant parler l’histoire de l’Armée de Marie, deux dates se sont imposées comme marquantes pour le devenir de l’Oeuvre.L’année 1967 d’abord, où Marie-Paule prit connaissance de l’ouvrage de Raoul Auclair intitulé : La Dame de Tous les Peuples2.À la lecture de ce livre, elle pressentit une mystérieuse coïncidence entre les messages de la « Dame » à la voyante d’Amsterdam, l’expérience spirituelle qui était sienne depuis son enfance et l’Oeuvre Mariale qui lui avait été annoncée par le ciel et dont elle était appelée à devenir l’instrument privilégié.L’année 1973 ensuite: voyage en Europe de Marie-Paule et de ses proches collaborateurs, en mars-avril, dans le but de compléter les préparatifs du premier pèlerinage européen de l’Armée de Marie.À Amsterdam, Marie-Paule rencontra la voyante de la Dame de Tous les Peuples.À Paris, elle rencontra Raoul Auclair.Celui-ci devint Chevalier de Marie, c’est-à-dire membre de l’Armée de Marie.À la lecture de la lettre que Raoul Auclair adressait à Marie-Paule3 suite à cette rencontre, on comprendra que se soient noués entre ces deux personnes des « liens surnaturels » dont la profondeur et la complémentarité seront déterminantes pour l’Armée de Marie.L’histoire donne à voir comment, au fil des années, Monsieur Auclair sera de plus en plus étroitement associé au développement de l’Oeuvre.Qu’il suffise, à titre indicatif, de mentionner quelques faits.En 1976, on rapporte qu’il fut le premier laïc à avoir eu le privilège d’une lecture intégrale des manuscrits de « Vie d’Amour » rédigés à cette date.On relève d’importantes collaborations de Raoul Auclair au journal «Marie» (septembre 1976-avril 1978), ainsi qu’en fait foi le recueil des éditoriaux de ce journal4.En mai 69 1978, quand le journal « Marie » est remplacé par « L’Étoile », c’est à lui qu’est confiée la tâche d’en être le rédacteur en chef.Depuis mai 1982, alors que l’actuel journal «Le Royaume» succédait à «L’Étoile», rares ne sont pas ses collaborations, en des articles de fond.Son oeuvre littéraire est par ailleurs fort importante.Dix-sept titres sont disponibles à la Librairie du Centre Mariacel, à Québec, dont huit des neuf publiés à ce jour aux Éditions Stella.Le reste de son oeuvre publiée en France justifie les titres d’« auteur marial» et d’«écrivain eschatologique» dont il est fait usage par les membres en parlant de lui.Mentionnons un dernier fait qui nous paraît avoir grande importance.N’est-ce pas Raoul Auclair lui-même qui, le 4 juin 1978, en l’église Notre-Dame de Montréal, découvrit aux quelque quatre milles personnes assemblées le sens eschatologique de l’événement auquel elles assistaient : l’Entrée solennelle et la Procession de «L’ARCHE D’ALLIANCE» — la Vierge de l’Apocalypse, hissée et portée sur un brancard fleuri, par dix jeunes hommes vêtus de blanc —.Là « devait s’ouvrir symboliquement mais aussi solennellement et publiquement, le commencement du triomphe de Son Coeur Immaculé »5.Pour comprendre de l’intérieur En laissant parler l’histoire et les faits, donc, il nous a paru évident que Raoul Auclair, sa personne, sa pensée et son oeuvre, occupaient une place privilégiée dans l’évolution et le devenir institutionnel de l’Oeuvre Mariale dont Marie-Paule était la Mère.Tous deux, bien que par des voies différentes et parce qu’ils avaient l’un et l’autre part à l’accomplissement du «Plan Divin», ont compris ce que le ciel attendait d’eux.Pour elle, c’est la Voie Mystique qui lui a été lieu de révélation du mystère qui s’accomplissait en elle et par elle.Quant à lui, c’est par la Voie de la Connaissance qu’il est parvenu à l’intelligence de ce mystère eschatologique.Bien avant de connaître Marie-Paule et l’Armée de Marie, déjà Raoul Auclair scrutait les grandes mariophanies des cent-cinquante dernières années, à la recherche de leur signification eschatologique, ayant pressenti d’abord que le prophétisme de 70 l’Apocalypse concernait «Notre Temps» d’une manière unique et inédite bien que non imprévue.Eschatologie, écrivain eschatologique, eschatologie mariale : qu’est-ce donc à dire?Laissons la parole à Marie-Paule, alors que dans l’éditorial du numéro d’octobre 1977 du journal « Marie », elle écrivait ce qui suit en présentant Raoul Auclair : Mais c’est surtout comme écrivain eschatologique que Raoul Auclair est connu.Déjà Joseph de Maistre et Léon Bloy avaient jeté les bases d’un genre nouveau.Il fallut pourtant attendre que l’Histoire, dans les prodigieux événements que nous vivons, ait apporté des éléments nécessaires à une vision récapitulative d’un cycle qui s’achève.Mais, dira-t-on, qu’est-ce que l’Eschatologie?Dans son contenu le plus large, mais aussi le plus complet, c’est l’Histoire vue dans la lumière prophétique.En vérité, le «Sens de l’Histoire ».À condition de l’entendre dans sa double acception de direction et de signification.Car, sous l’apparente anarchie de l’Histoire règne un ordre profond et prédestiné.D’une part, le déterminisme des actes des hommes, mais d’autre part, l’axe inflexible de la Détermination divine.De leur confrontation s’impose à nous l’évidence des lois cycliques, la présence de grands moments solennels, tout cela qu’il est possible de dégager de la connaissance de l’Histoire et d’une lecture nouvelle des Écritures sacrées.Ce regard récapitulatif n’est toutefois possible que lorsque le cycle se clôt et que l’Histoire parvient à un terme.Or, nous sommes à l’un d’eux, et des plus décisifs : la fin des temps.La fin du monde ?Non, la fin d’un monde.6 Chacune des expressions de cette longue citation est à prendre en considération.Nous n’avons pas voulu risquer de déformer la pensée de l’auteure en tentant d’en rendre compte dans nos propres mots, d’autant plus que nous voyons là la clé d’interprétation de tout le discours.Sens de l’Histoire, déterminisme humain et Détermination divine, cycles de l’Histoire, regard récapitulatif, lumière prophétique, fin d’un cycle, le nôtre : fin des 71 temps, fin d’un monde.Voilà l’arrière fond conceptuel à partir duquel Raoul Auclair scrute et analyse d’une part les textes prophétiques et d’autre part les récits des apparitions mariales, celles surtout des cent-cinquante dernière années.Quels secrets, quels mystères, quelles « révélations » se cachent derrière la lettre des textes sacrés et derrière la lettre des récits des « Épiphanies de Marie »?À quelle profondeur faut-il les lire pour que le voile se déchire ?Avant d’aborder l’oeuvre de Raoul Auclair, nous ne parvenions pas à comprendre comment il se faisait que Marie-Paule elle-même et les personnes de son entourage (dont plusieurs prêtres, c’est-à-dire des personnes ayant étudié la théologie) demeuraient insensibles aux écarts et aux divergences entre ce qu’elles comprenaient de l’être, de la vocation et de la mission de Marie-Paule et les données traditionnelles en matière de mariologie, fût-elle de tendance maximaliste.Le « De Maria nunquam satis » (de Marie jamais assez), qui devint comme la règle d’or de la mariologie « scolastique » ne pouvait, selon nous, tout expliquer, tout justifier.Nous avions aussi beaucoup de mal à saisir comment des personnes, qui recevaient avec tant de respect l’enseignement du Magistère, pouvaient parvenir à concilier la Constitution dogmatique « de Divina Revelatione » (Dei Verbum), la Constitution dogmatique «de Ecclesia» (Lumen Gentium) spécialement le chapitre huit et, plus encore, l’Exhortation apostolique « Marialis Cultus» de Paul VI, sur le culte de la Vierge Marie, avec leur adhésion au discours de l’Armée de Marie.La lecture des deux ouvrages controversés de Marc Bosquart avait soulevé pour nous plus de questions qu’elle n’avait apporté de réponses.En retournant aux textes de Raoul Auclair dans « Marie, les Éditoriaux » et dans certains numéros du journal « Le Royaume », puis en prenant conscience de sa «présence» à Marie-Paule depuis 1967 et à l’Armée de Marie depuis 1973, il nous parut «évident» que c’était chez-lui qu’il fallait chercher le cadre interprétatif qui nous permettrait peut-être de découvrir la cohérence interne du discours et des prises de position de l’Armée de Marie.72 Nous l’avons écrit plus haut, le deuxième chapitre de notre petit livre se voulait un essai de synthèse doctrinale.Notre travail s’est appuyé principalement (quoique non exclusivement) sur deux ouvrages de Raoul Auclair: L’Homme Total dans la Terre Totale7 et: Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie8.Nous y avons cherché le fil conducteur de cette eschatologie mariale où l’expérience spirituelle de Marie-Paule trouvait son fondement et sa justification.Ce fil conducteur, c’est le concept de l’immaculée qui, selon nous, le fournit.Sur l’arrière-fond du principe de la « Détermination divine » (et du « déterminisme humain » qui en découle) c’est le concept de l’immaculée qui émerge de toutes parts.C’est lui qui constitue l’axe fondamental du discours et qui en universalise la portée.C’est à travers lui qu’on peut saisir le « Sens » (direction et signification) de l’événement spirituel dont Marie-Paule se comprend comme l’instrument voulu et choisi par Dieu.Les traits marquants du discours Il est difficile de résumer ici avec clarté et sans verser dans le simplisme à force de simplifier, le discours eschatologique de Raoul Auclair qui fonde théologiquement les affirmations, les attitudes, les pratiques et les prises de position de l’Armée de Marie.C’est quand même ce à quoi nous nous emploierons maintenant, consciente de laisser dans l’ombre nombre d’éléments pourtant utiles à la saisie de la pensée de l’auteur, pensée subtile et complexe s’il en fut.C’est en Pr 8,22-31 que Raoul Auclair enracine sa conviction de la pré-création de « CELLE » qui, bien que n’étant pas DE Dieu est, dès lors, EN Dieu (comme la quatrième d’un Dieu en Trois Personnes), comme la nécessaire réponse de l’amour créé à l’Amour incréé pour que l’Amour existe en s’extériorisant.Cette extériorisation de l’Amour, c’est dans l’Oeuvre de la Création qu’il la voit se manifester, évoluant pendant Six Jours vers la Ressemblance pour s’épanouir dans la création de l’IMAGE, le Septième Jour, et devenir, sous le souffle divin (Gen 2,7), l’Homme spirituel, appelé lui aussi, dans sa liberté, à se soumettre sans 73 réserve à l’Amour créateur.Pré-créée, CELLE participe intimement à la totalité de l’Oeuvre de la Création.Mais l’Homme, entraîné par la Femme (tirée de lui et non véritablement créée) dans le refus de consentir au libre esclavage de l’amour, retombe littéralement sur la terre d’en bas, (Gen 3,23) dans sa condition antérieure d’« homme-animal », celle de la seule Ressemblance.Victoire du Serpent, de Satan, l’Adversaire ! L’homme conservait pourtant en lui, la trace de l’IMAGE.Il était aussi porteur d’une Promesse de victoire, à venir, de la FEMME sur le Serpent (Gen 3,15).Ultime victoire de CELLE ?Au miroir de cette Grande Semaine de la Création, s’amorce alors la longue remontée de l’homme-animal (Adam et Ève en leur descendance).Dans la victoire promise de la FEMME sur le Serpent s’offrira à lui la possible reconquête de son originaire condition d’Homme, c’est-à-dire de spirituel et sa remontée en Eden.Quatre Jours (4000 ans) de longue attente ! Et voici qu’au quatrième Jour de cette Semaine prototypique, dans le oui de Marie, « humble servante du Seigneur » s’offre à l’humanité déchue la possibilité d’accéder de nouveau à la vie spirituelle à laquelle elle est destinée.Et CELLE qui avait quitté Ève juste avant le refus, voici que dans le oui de Marie, qui répercute le Sien, Elle vient habiter en elle, l’humble servante.9 Par le consentement de la Femme (Marie, Nouvelle Ève) vient l’HOMME (le Christ, Nouvel Adam), et, comme en une NOUVELLE CRÉATION s’ouvre le Temps de la Rédemption.Au moment de mourir sur la Croix, en donnant Jean à Marie et Marie à Jean, le Fils ratifie la Promesse du Père en même temps qu’il lève le voile.Encore qu’il faille être bien attentif pour saisir toute la profondeur du mystère qui se révèle là: «Femme, voici ton fils»; «Voici ta mère» (Jn 19, 26-27).MÈRE.Faisons le point: EN Dieu, CELLE enfanta le monde; EN Marie CELLE enfanta le Fils de Dieu ; dans la Passion du Fils, ELLE enfanta l’Église.Et Jean, le fils donné à la Femme-MÈRE, a vu, compris et écrit.Apocalypse ne se traduit-il pas par RÉVÉLATION?Le Temps de la Rédemption sera celui où se 74 donnera à découvrir les traits de CELLE — FEMME MÈRE —.Pour l’heure, Elle n’a pas encore de nom sur la terre.CELLE n’est pas un nom mais seulement comme l’anticipation d’un nom.FEMME n’est pas un nom.MÈRE n’est pas un nom.Mais il y est une Promesse, faite « au Commencement » et ratifiée sur la Croix.Voici que s’achève, «en ce Temps qui est Notre Temps», le Deuxième Jour du Temps de la Rédemption qui est, ne l’oublions pas, le Sixième Jour d’une Grande Semaine.Deux Jours (2000 ans) aux termes desquels doit s’accomplir la Promesse.Deux Jours où, enfantée par la MÈRE, l’Église s’achemine vers cet accomplissement.Ne sommes-nous pas, déjà, en l’Avent du Septième Jour : « Ce Septième Jour de l’Église transfigurée dans le ROYAUME du Christ-Roi : l’Église glorieuse de Jean qui serait comme l’épanouissement de l’Église laborieuse de Pierre10.» Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds, douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement (Ap 12,1-2).Et Raoul Auclair, attentif au «Sens de l’Histoire», scrute et l’Écriture et les grandes mariophanies de cette fin de « Notre Temps».Ne serait-ce pas en prévision de la fin de ce Temps où nous sommes, que CELLE vient dévoiler progressivement le mystère de son être : son nom sur la terre : « Je suis l’immaculée Conception » ; le mystère de son origine : « Je suis « CELLE » qui suis dans la Trinité Divine»; le mystère de la fin: «Je suis la Vierge de la Révélation» (traduire: de l’Apocalypse, pour en pressentir toute la profondeur) ; enfin, et comme en une ultime confirmation de la Promesse: «À la fin, mon Coeur Immaculé triomphera ».À Amsterdam, où elle se présente comme La Dame de Tous les Peuples, elle précise comment Elle veut être dogmatiquement reconnue avant que ne vienne l’accomplissement.Ce serait donc à travers les paroles mêmes de la FEMME que se dévoilerait le mystère du Septième Jour, scellé dans les replis du LIVRE de la fin?En Dieu, CELLE, l’immaculée, enfante déjà « dans les douleurs » le ROYAUME.75 Ne faut-il pas, alors, entendre dans le oui de Marie-Paule se répercuter, comme dans le oui de Marie, le OUI originaire de CELLE ?En Marie-Paule — Mère Paul-Marie — elle aussi humble servante, instrument choisi par Dieu pour la réalisation de son «divin Plan d’Amour, n’est-ce pas l’immaculée (puisque c’est son nom sur la terre) qui vient ré-ouvrir «le jardin en Eden», cette « terre des spirituels », (Gen 2,8) : le ROYAUME du Septième Jour destiné dès l’origine à l’Homme et à la femme tirée de lui ?En Marie-Paule, ne comprend-on pas que c’est l’immaculée qui vient écraser la tête du Serpent, réalisant ainsi l’antique Promesse ratifiée par le Fils et confirmée par ses propres paroles : « À la fin, mon Coeur Immaculé triomphera » ?N’est-il pas évident, dans le chaos actuel où se trouve le monde, que nous sommes à la fin d’un temps ?Dieu lui-même n’a-t-il pas donné à Marie-Paule tous les signes que Sa Volonté passe par son obéissance inconditionnelle ?Et tous ces signes ne convergent-ils pas vers ce qui est écrit?En Marie-Paule, n’est-il pas évident que l’immaculée vient, en ses qualités de Mère et de Reine, pour ouvrir le Royaume de son divin Fils, le Royaume du Christ-Roi ?Pour l’Armée de Marie, tout cela est sûr comme est sûre la Parole de Dieu.Et si cela semble à plusieurs être de l’ordre de la « nouveauté », c’est que ceux-là ne savent pas ou ne veulent pas savoir, ne voient pas ou ne veulent pas voir.Tout cela est écrit, voilé certes, mais visible et intelligible «dans la lumière prophétique».Ce Troisième Temps en l’Avent duquel nous sommes n’est pas celui de la fin de l’Église, bien au contraire.Il est celui du passage de l’Église laborieuse de Pierre à celui de l’Église glorieuse de Jean dans le Royaume des spirituels où, en Marie-Paule, l’immaculée est Reine et MÈRE : MÈRE du Royaume où le Corps Mystique du Christ (L’HOMME TOTAL) est appelé à se reconstituer pour la montée vers la TERRE TOTALE : la « Jérusalem céleste » et l’indicible « Plénitude ».Mais avec quelle âpreté la Bête ne livre-t-elle son combat contre la Femme qui «crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement» (Ap 12, 3ss) avant que ne se lève le Septième Jour tant attendu ! 76 On comprend bien pourquoi l’Armée de Marie ne peut accepter dans l’insouciance et l’indifférence le refus de l’Église d’ici, non seulement de la reconnaître et de joindre ses rangs mais, plus tragiquement et scandaleusement, de la voir se faire complice du Prince des Ténèbres et du Mensonge et de son combat acharné contre la FEMME.Elle voit se répéter, dans les « persécutions » dont Marie-Paule est victime de la part des autorités ecclésiastiques de chez-nous, l’hostilité coupable des Docteurs de la Loi, des Scribes et des Pharisiens à l’égard du Fils de Dieu.Pour les membres de l’Armée de Marie, cette persécution est signe et gage de l’authenticité de la vocation de Marie-Paule et de sa mission.Ils y trouvent à la fois consolation, espérance et force pour le combat.Mais le scandale demeure: qui, connaissant l’horrible conséquence du refus des Chefs religieux contemporains de Jésus de reconnaître en Lui le Fils de Dieu, peut consentir à joindre les rangs de ceux et celles qui, dans leur aveuglement, s’obstinent à faire de nouveau échec au « Plan divin » ?Ne se désignent-ils pas, en cela même, comme complices de l’Adversaire de la Femme?Bien que dessinées à grands traits, telles sont là, pour l’essentiel, les convictions profondes de ceux et celles qui demeurent indéfectiblement fidèles contre vents et marées.Se laisser toucher, au-delà du discours Dans cet univers conceptuel, où l’on passe sans cesse du familier à la « nouveauté », on a, à priori, l’impression d’être pris dans le tourbillon d’un immense malentendu fait de naïvetés, d’illusions, de prétentions inacceptables tout autant qu’injustifiables.Alors, on réagit: on discute, on argumente, on cherche à prouver, à démasquer, on brandit la vérité, mais la situation devient de plus en plus problématique.Que faire ?L’expérience nous a appris que, avec l’Armée de Marie comme avec tout groupe religieux profondément convaincu de l’authenticité de sa mission, les chemins de la polémique sont des chemins piégés et sans issue.En s’appliquant à mettre au jour les failles, les glissements, les divergences, on se pose dès le départ, en 77 adversaire et on ferme la porte à toute possibilité d’un dialogue, où ensemble, on pourrait se mettre en recherche.On se met plutôt à se bombarder avec des idées derrière lesquelles, fort malheureusement, les personnes, leurs attentes, leurs soifs, leurs véritables questions, finissent par disparaître.De tout cela, il ne résulte que souffrances, blessures et souvent même, ruptures.Le discernement est certes de première importance mais dans une perspective de compréhension et de reconnaissance de l’autre dans toute sa dignité et dans toute sa liberté.Quelle que soit la nature de nos relations avec des membres de l’Armée de Marie, quelles que soient nos prises de position en regard de son discours et des attitudes qu’il engendre, il nous faut consentir à prendre sérieusement en considération le fait que des personnes trouvent là un sens à toute leur existence, réponses à leurs questions, à leurs attentes, à leurs besoins.Elles adhèrent de toutes les fibres de leur être à ce qu’elles saisissent de cet univers conceptuel.Cela nous renvoie d’abord à nous-mêmes.Sommes-nous, en cela, si loin d’elles?.Et si c’était là notre seul lieu de rencontre, pourquoi ne consentirions-nous pas à cheminer ensemble à partir de ce lieu-là ?Et cela, avant toute chose, nous invite à un respect vrai et profond.Présentement, le dialogue est difficile pour ne pas dire impossible?Soit! Mais cela ne nous dispense pas d’écouter en cherchant à comprendre, parce qu’il y a beaucoup à comprendre, à partir du moment où on accepte vraiment de mettre en suspens les a priori et les pré-jugés.Au cours d'échanges avec des membres fervents ou des sympathisants de l’Armée de Marie, nous avons pu constater, comme en filigrane de leurs nombreuses contestations dirigées contre l’Église de chez-nous (laxisme, déviances doctrinales, collusion avec «le monde», indépendance à l’égard de Rome, mépris de l’enseignement du Pape, etc,.), une grande incompréhension des enjeux profonds de l’aggiomamento conciliaire.Les réformes, les déplacements d’accents au plan éthique comme au plan doctrinal (théologique, christologique, ecclésiologique, mariologique) engendrés par le Concile de même que l’ouverture de l’Église aux grandes interrogations « du monde 78 d’aujourd’hui», ces personnes les éprouvent en quelque sorte comme des trahisons et c’est viscéralement qu’elles en souffrent.Cela nous est un devoir fraternel et/ou pastoral que de nous laisser toucher par cette souffrance, de la saisir par le dedans, au-delà des manifestations que nous jugeons impertinentes en ceci ou en cela.Il nous faut comprendre que c’est au nom de leur amour et de leur fidélité à ce qu’elles ont compris de l’Église, qu’elles résistent.Elles défendent ce que l’Église leur a enseigné dès leur enfance, les certitudes dans lesquelles elles ont été formées et ont grandi, celles dans lesquelles elles ont investi le meilleur d’elles-mêmes et au prix de combien lourds sacrifices, souvent.Cette Église qu’elles ne reconnaissent plus, elles la sentent trahie et elles se sentent elles-mêmes trahies à travers elle, en même temps que par elle.Tant que, pasteurs ou responsables de communautés, nous n’aurons pas saisi à quelle profondeur de l’être humain s’enracine «le religieux» et que ce n’est pas sans prudence et sans prévenance qu’on intervient à une telle profondeur de l’être, nous nous exposerons à blesser beaucoup.Que ces personnes nous semblent « errer » devrait nous être une raison de plus pour nous faire soeurs et frères attentifs aux interpellations qui nous viennent et aux angoisses qui s’expriment à travers les diverses formes que prennent leurs contestations.Sur la route de Jérusalem à Emmaus, les disciples s’en allaient ! Et Jésus est allé les rejoindre.Et il a fait route avec eux.Et c’est dans la confiance retrouvée que leurs yeux se sont ouverts, qu’ils l’ont reconnu et que joyeux, le coeur brûlant, ils sont repartis vers Jérusalem rejoindre leurs compagnons (Le 25, 13-35).On s’étonnera pourtant qu’à partir de cette fidélité à l’Église et à son enseignement, ces personnes ne soient pas alertées par les éléments de nouveauté dont le discours de l’Armée de Marie est porteur.Mais, et on l’a vu, il n’y a là de nouveauté que pour nous.Cela était là, voilé certes, et ce n’est que maintenant que cela devait être dévoilé.Si on ne comprend pas, c’est qu’on est fermé à l’action de l’Esprit qui seul permet de comprendre.79 C’est d’ailleurs le danger qui menace les «grands» et les «savants».Or Dieu, c’est écrit, a une nette prédilection pour les « petits » et les « simples » alors qu’il fustige les « sages » et les «intelligents» (Mt 11, 25; Le 10, 21).On se réjouit donc d’être petit et on rend grâce.Qui saurait dire combien, parmi les membres de l’Armée de Marie, trouvent là réconfort et consolation pour le peu d’estime, de respect ou d’amour dont ils ont été gratifiés tout au long de leur vie?.Nous pourrions poursuivre encore longuement cette réflexion.Il est des considérations d’ordre théologique ou doctrinal, d’autres d’ordre historique, d’autres encore d’ordre socio-culturel, d’autres enfin d’ordre religieux, qui permettraient d’expliquer et de comprendre pourquoi des catholiques fervents tout autant que des « pécheurs endurcis » ont trouvé dans l’Armée et la Famille de Marie sens à leur vie, réponses à leurs questions, réconfort, soutien, courage.Le cadre de cet article ne se prête pas à de longs développements à cet égard, mais il peut cependant être utile de nous attarder quelque peu au contexte socio-religieux dans lequel l’Armée de Marie a pris naissance.La dévotion mariale est un trait marquant de notre culture religieuse et ce, depuis la fondation de notre pays.C’est en terme de relation filiale qu’elle s’est surtout exprimée et manifestée.Entre les années 1945-1955, cette dévotion a atteint une sorte de sommet.Qu’on se rappelle seulement le Congrès Marial d’Ottawa, en 1947, où Notre-Dame du Cap fut invitée à titre de «Madone nationale ».Parti du Cap-de-la-Madeleine le 1er mai 1947, le char marial — incidemment nommé l’Arche d’Alliance — mit quarante jours, traversant villes et villages, pour parvenir au site du Congrès, dans la Capitale nationale.Partout les foules se pressaient sur son passage.Partout Notre-Dame fut accueillie et acclamée comme une vivante Reine.On s’agenouillait sur son passage, on se rassemblait pour veiller avec elle dans les lieux où elle s’arrêtait pour la nuit, on s’adressait à elle comme on s’adresse à une personne intimement connue, chérie et vénérée.Et que dire des six jours du Congrès lui-même ! Réussite, succès, sont des mots inadéquats.Apothéose, peut-être!.«Au moment du 80 départ, il fallut littéralement arracher la plus tendre des mères aux étreintes de ses priants.Des mains se tendaient vers elle, des yeux pleuraient11 ».En 1954, à l’occasion du Centenaire de la proclamation du dogme de l’immaculée Conception, le Pape Pie XII décrète une Année Mariale.Ce n’est pas avec moins de ferveur qu’elle fut célébrée, partout au Québec.Pourtant, le Centenaire des apparitions de Lourdes, quatre ans plus tard (1958) n’eut pas le même retentissement et on eût dit que lentement, la ferveur des gens de chez-nous se faisait plus discrète, plus.Essoufflement, distraction, désaffection, qui saurait vraiment dire ?Entre les années 1965-1975, on assiste à une sorte d’éclatement de la société québécoise.En ces quelques années, on passe d’un solide consensus socio-religieux, à la sécularisation, au pluralisme, à la remise en question des institutions et des valeurs traditionnelles.L’Église n’échappe pas à cet éclatement.Beaucoup de personnes ont vécu cela comme un effondrement.Et le culte marial, hier encore si florissant, semblait avoir été emporté dans la tourmente.Pourtant, souvenons-nous: c’est en 1971 que fut fondée l’Armée de Marie.En très peu de temps et avec l’encouragement des autorités ecclésiastiques, un nombre impressionnant de ceux et celles qui souffraient de ce manque joignit ses rangs.Or, en même temps que, de notre peuple, se levait cette fervente Armée, le discours marial « officiel » et son expression culturelle se faisaient discrets.La façon « scolastique » de faire de la mariologie avait conduit à des écueils difficiles à contourner.La réflexion biblique, amorcée dans les milieux catholiques européens au cours des années 1920 amenait à poser autrement les grandes questions mariologiques.Autrement, c’est-à-dire en référence et en relation plus intime avec la Parole de Dieu.Quarante ans de patient travail, de réflexion, dont les fruits se donneront à voir au Concile Vatican II.En décidant de ne plus parler de Marie séparément, comme il avait d’abord été prévu, mais de n’en parler qu’à l’intérieur de la Constitution sur l’Église, les Pères du Concile prenaient une option décisive quant à l’avenir et du discours mariologique et 81 des formes selon lesquelles le culte marial était appelé à s’exprimer.Ce ne fut pas une décision facile si on en juge par les résultats du vote: 1114 voix pour, 1074 voix contre! Il est permis de se demander, avec respect bien sûr, quelle forme a pu emprunter l’action de ceux que la voix de la majorité n’avait pas convaincus.On sait, par ailleurs, l’indigence de la culture biblique qui a longtemps prévalu dans le monde catholique.Antérieurement au Concile, il était interdit aux fidèles de lire la Bible et pour ceux et celles à qui cette permission était accordée, ce n’était pas sans réserve et sans appel à une très grande prudence.Outre cette « méfiance » en regard de la Bible, séquelle de la Réforme et de la Contre-Réforme, la démarcation catholiques/protestants se signifiait et s’exprimait dans des prises de positions fortement opposées à l’égard de la Vierge Marie et du culte marial.Cela n’allait sans doute pas, chez-nous, sans quelques résonnances patriotiques : devant l’Anglais, la langue française gardienne de la foi ; devant le protestantisme anglo-saxon, la dévotion mariale des canadiens-français catholiques.On peut penser qu’ici, le culte marial fut un important facteur de cohésion sociale et religieuse en même temps qu’il était un lieu de consolation et d’espérance pour les hommes et les femmes qui trimèrent dur à bâtir ce pays.À côté d’un Dieu « sévère » il y avait « notre Bonne Mère du ciel », refuge des pécheurs, consolatrice des affligées, espérance des pauvres, médiatrice de toutes grâces, porte du ciel.Cela est naïf peut-être, cela est touchant et simple et cela laisse des traces que nous n’avons pas le droit d’ignorer dans notre effort de compréhension.Nous avons constaté, et ce, autant chez des membres de l’Armée de Marie que chez des ex-membres d’ailleurs, que ce n’est pas d’abord la cohérence d’un discours théologique, mariologique ou ecclésiologique qui attire et qui joue dans leur appartenance mais des liens de fidélité, de filialité et de fraternité concrets et chaleureux.Si ces liens se colorent de nostalgie, parfois même de pessimisme, s’ils se durcissent très souvent en jugements et en critiques, il nous appartient peut-être de favoriser la création d’un climat de confiance ouvert à un éventuel dialogue où nous 82 pourrions découvrir ensemble ce qui nous rapproche au-delà de ce qui nous divise.En guise de conclusion Nous avons essayé de « voir » et « d’entendre », par delà nos divergences.À la recherche d’un lieu de rencontre, nous jetterons maintenant un regard qui se voudrait pratique sur la situation de ceux et de celles qui ont à vivre au quotidien avec des membres de l’Armée de Marie.Face aux nouveaux groupes religieux, il est trois attitudes, trois approches possibles.Une première dite «de conversion», vise comme son nom l’indique, à amener l’autre à réviser son option, à changer de direction.Elle n’est à peu près jamais féconde et contribue plutôt, le plus souvent, à affermir l’autre dans ses convictions et son adhésion.La « persécution » dont l’autre se sent victime a pratiquement toujours pour effet de le confirmer dans ses options.Une deuxième approche, celle-là dite « de prévention » conduit le plus souvent ceux qui la mettent en oeuvre à polariser leur attention sur les éléments discutables ou perçus comme négatifs en regard du groupe ou des personnes.On échappe alors difficilement aux pièges des préjugés, des grossissements, de l’alarmisme, attitudes qui conduisent presque inévitablement à la polémique et au combat.Les interlocuteurs y deviennent rapidement des adversaires.Cela non plus n’est pas d’une bien grande fécondité.Une troisième approche, enfin, dite «irénique».C’est celle que, en solidarité avec le Centre d’information sur les Nouvelles Religions, nous privilégions.Cette approche, qui se veut dialogale, consiste à accueillir l’autre comme «autre», à se mettre à son écoute, à chercher à saisir et le coeur de son expérience et le sens de son discours.Elle ne cherche ni à convertir ni à prévenir mais seulement à comprendre d’abord pour, éventuellement, entrer en dialogue avec l’autre.Cette approche crée entre les interlocuteurs un climat de respect mutuel où chacun, chacune 83 peut, en acceptant de se laisser interpeller par l’autre, clarifier, approfondir, préciser, discerner, sans se sentir jugé ou menacé mais en prenant pour acquis qu’ils sont, l’un et l’autre, en sincère recherche de la vérité.Et la vérité n’est-elle pas toujours devant ?.Cette approche a donné lieu à la création, au C.I.N.R., des groupes «Alliance».À travers la démarche proposée en dix ou douze rencontres, des personnes dont un proche (conjoint, parent, ami) était devenu membre d’un nouveau groupe religieux, ont découvert qu’il était possible de vivre ensemble dans la paix et le respect.Dans un respect mutuel fait d’accueil et d’acceptation de leur situation.Rares ne sont pas ceux et celles qui y ont redécouvert avec joie le sens de leur propre appartenance et qui ont décidé de l’approfondir.Le C.I.N.R.serait sûrement ouvert à l’idée de constituer un groupe «Alliance» avec des responsables de communautés religeuses dont un ou des membres adhèrent plus ou moins ouvertement à l’Armée de Marie.La démarche est suffisamment souple pour pouvoir s’ajuster à un tel groupe et ce dans son contenu comme dans sa durée.Une personne très proche de l’animatrice-fondatrice des groupes « Alliance » fut membre de l’Armée de Marie pendant plusieurs années.L’animatrice a donc déjà un bon aperçu de la situation et serait sans doute disponible à la constitution éventuelle d’un groupe « Alliance » composé de religieux et religieuses responsables de communautés.On aura compris que nous ne voulons pas, ici, nous faire publiciste d’un organisme.Nous souhaitons simplement, en faisant connaître une démarche qui a, par ailleurs, donné de bons fruits, rendre service à qui le désirerait.Bien que limitée, notre expérience nous a appris qu’il n’est pas simple de vivre pareille situation.Mais parce que l’expérience de nos relations avec l’Armée de Marie depuis quinze ans nous a aussi appris en quelles impasses les oppositions et la méfiance peuvent nous conduire, il nous faut consentir à explorer d’autres chemins que ceux-là.Notre mission n’est-elle pas de témoigner d’un Dieu qui se donne à reconnaître dans ceux qui ont faim et soif.d’un Dieu qui, lui, n’a pas hésité à venir à notre rencontre.84 Notes bibliographiques 1.Lucie L.-Sansfaçon, L’Armée de Marie: pour le triomphe de l’immaculée, Coll.Rencontres d’aujourd’hui 7, C.I.N.R., Montréal, Ed.Fides, 1989, 77p.2.Raoul Auclair, La Dame de Tous les Peuples, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1967, 205p.Une nouvelle édition de cet ouvrage, par le même auteur, a paru aux Éditions Stella, à Québec, en 1982.Cet ouvrage est actuellement retiré de la vente.3.Sr Marie-Thérèse Dumesnil, o.ff.m.et Sr Sylvie Payeur, o.ff.m., Historique de l’Armée de Marie, vol.1, De la fondation au Xe anniversaire, Québec, Ed.de l’Armée de Marie, 1984, pp.62-66.4.Marie-Paule, Marie, Les Éditoriaux, Québec, Ed.Marie-Paule Giguère, 1981,506p.5.Ibid., pp.418-430.Voir aussi Historique de l’Armée de Marie, op.cit., pp.154-155.6.Ibid., pp.259-260, reproduit tel quel, dans Historique de l’Armée de Marie, op.cit., pp.124-125.7.Raoul Auclair, L’Homme Total dans la Terre Totale, Québec, Ed.Stella, 1985, 513p.8.Raoul Auclair, Tous ces Mystères dans le Mystère de Marie, Québec, Ed.Stella, 1987, 346 p.9.Raoul Auclair, L’Homme Total dans la Terre Totale, op.cit., p.55 et pp.95-96.10.Ibid., p.334, note 1,2e paragraphe.11.Laurent Tremblay, o.m.i., Notre-Dame et son peuple, Montréal, Ed.Rayonnement, 1988, p.64.L’auteur s’inspire du livre Messagère de Dieu, de Eugène Nadeau, o.m.i., signé Jean D’Orléans.85 La solitude J.-Paul Demers, s.j.Le sentiment plus ou moins profond de solitude intérieure qu’éprouve l’être humain est-il fréquent dans notre monde d’aujourd’hui ?On peut affirmer qu’il est généralisé.En fait, il a toujours existé puisqu’il est inhérent à notre nature d’être créé.À notre époque cependant, ce sentiment de solitude — qu’il ne faut pas confondre avec un cafard passager — connaît une recrudescence évidente.Les nombreuses distractions et plaisirs artificiels qu’offre notre société laissent le coeur humain insatisfait et vide.L’organisation de cette même société où la technique et la machine réduisent souvent la personne humaine à un numéro, à une donnée pour ordinateurs, la famille éclatée, la religion marginalisée, les conflits de générations, tous ces éléments dramatisent le malaise de la solitude chez nos contemporains.Malaise entretenu par le climat général de la société où l’on parle quotidiennement d’environnement pollué, d’apparitions de nouveaux virus mortels, de drogues envahissantes, de la montée de la violence.La solitude humaine Constatations L’homme (ou la femme) moderne se retrouve donc seul, impuissant devant la situation qu’on vient de décrire.Son malaise était certainement moins aigu dans le Québec d’il y a quelques décennies.La société d’ici avait alors une allure plus simple, plus * C.P.130, St-Jérôme, Qc J7Z 5T8 86 familiale, plus riche en valeurs humaines et spirituelles.Cette société favorisait des relations interpersonnelles plus sereines, plus intimes, plus ouvertes aux responsabilités individuelles.Ces valeurs humaines rejoignaient davantage les valeurs chrétiennes de notre peuple; valeurs destinées à donner un sens adéquat aux solitudes inévitables de notre existence.Bien qu’atténuée à certaines époques, il reste que la réalité de la solitude a toujours habité l’être humain, car elle découle de notre nature créée.L’être humain naît seul et meurt seul malgré les témoins de cette naissance et de cette mort.Peu à peu, dès sa jeunesse, il prend conscience du malaise de sa solitude ; aussi, tente-t-il de l’apprivoiser graduellement.Les événements qui peuplent son existence peuvent distraire la personne humaine de sa solitude, la voiler temporairement, mais ils ne réussissent jamais à la supprimer totalement.Devant un monde qu’il perçoit plus ou moins hostile à son bonheur personnel profond, l’homme (ou la femme) n’a plus qu’une solution : découvrir ou redécouvrir son intériorité.Dans ce coin de désert, il apprendra à habiter vraiment chez soi pour mieux se comprendre, pour savoir qui il est, d’où il vient et où il va.Lorsqu’on s’est identifié soi-même, les rapports avec autrui, les événements de la vie, agréables ou non, se vivent avec beaucoup plus d’objectivité et surtout de relativité.Devant sa solitude, la personne humaine, alors, au lieu de fuir au dehors se retrouvera en présence de l’Absolu qui l’attend dans le secret de son intériorité.« Je conduirai mon peuple au désert et là, je lui parlerai au coeur.» (Osée) À ce moment, nos lancinantes solitudes trouveront en ce coin de notre désert intérieur comme une oasis de salut.Beaucoup de jeunes, déboussolés, sans doute, par le non-sens de leur époque, éprouvent, peut-être plus que leurs aînés, ce besoin de concentration intérieure.On les a vus, ces dernières années, se diriger vers des groupes de prière, en quête de maîtres spirituels, de chemins menant vers l’Absolu.Taizé est un exemple 87 de cet engouement des jeunes pour la recherche du sens existentiel.Cela confirme le besoin de Dieu chez l’être créé.Qu’arrive-t-il aux jeunes ou aux adultes qui n’arrivent pas à trouver dans leur intériorité un sens positif et enrichissant à la solitude qui les étreint?Ils sont tentés alors de compenser leurs déceptions de la vie.Ce sera le refuge, soit dans l’alcool, soit dans le sexe à la chaîne ou dans le paradis artificiel de la drogue : fuites passagères de la solitude qui la creuseront davantage; l’escalade des fuites et des déceptions successives peut amener — les jeunes surtout — à vouloir en finir une fois pour toutes avec la vie : et ce sera le suicide.D’où l’importance des parents et des éducateurs dont le rôle consiste à transmettre aux jeunes des valeurs humaines et spirituelles destinées à donner un sens, une motivation à leur existence.Ces valeurs font partie de la Création telle que voulue par Dieu.Ces valeurs, de soi limitées, ici-bas, projettent alors l’être humain vers leur source illimitée : Dieu.On constate chez tout être humain cette soif de perfection, d’idéal, cette soif d’absolu.On la constate chez le jeune homme ou la jeune fille au moment du choix de son état de vie, chez l’artisan en quête d’un produit parfait, chez l’artiste à l’affût d’une inspiration, chez le professionnel consciencieux, chez les nouveaux époux rêvant d’une union idéale et d’une famille réussie, chez les consacrés dans le geste d’une donation définitive à Dieu.Consciemment ou non, l’être humain aspire à l’infini dans sa recherche du bonheur sur terre.Où se situe le sentiment de solitude dans tous ces élans vers le beau, le bien, le grand amour, la perfection ?Chaque fois que l’être humain fait face à la limite de ses efforts, à l’imperfection des réalités créées et de ses idéaux jamais atteints, il rencontre sa solitude.En ces moments, il se replie avec déception et amertume sur l’échec de ses rêves, ou bien, — et c’est là l’effet bénéfique de sa solitude — il cherchera, grâce aux lumières de sa foi à retrouver ces valeurs qui le passionnent dans leur source même: Dieu, auteur de toute beauté, de tout amour, de toute 88 perfection.En cette dernière alternative, la solitude douloureusement ressentie aura été une réalité précieuse, enrichissante et salvatrice.Bienheureuse solitude qui, ramenant sans cesse l’homme ou la femme vers leur intériorité, les conduit directement à la vérité de leur être : Dieu.Quelques illustrations Les réflexions précédentes relèvent-elles de la pure spéculation?L’expérience prouve, au contraire, qu’elles sont réalistes.Des gens très simples, peu mystiques de tempérament, nous avouent qu’ils ont trouvé une issue à leur pénible état de solitude dans une ouverture à Dieu.Tel ce chauffeur de taxi fonctionnant depuis vingt ans.Il vit douze heures par jour dans la prison de sa voiture.Dans la soirée il entre fourbu au foyer, bien peu disposé à un contact vivant et chaleureux avec son épouse, qu’il aime pourtant.Tous deux pensent avec nostalgie à leur fils unique, pensionnaire au collège, qu’ils ne rencontrent qu’une fois le mois.Ces époux expérimentent la lourdeur et le vide affectif de leur existence: expérience de solitude.Il manquait à ce chef de famille une étincelle de vie.« Le jour, avouait-il plus tard, où j’ai pu prononcer, avec coeur et foi, le nom de Jésus dans ma voiture en marche, j’ai repris goût à la vie et mes relations familiales se sont transformées du tout au tout.» Cet homme avait dépassé sa solitude en rejoignant Dieu avec ceux qu’il aimait.Et il y a le cas de cette épouse séparée de son mari depuis quelques années.Elle l’aime toujours, sa solitude est vécue comme un véritable martyre.L’inspiration lui vint un jour de prier Dieu pour qu’il l’aide à trouver une issue à sa souffrance de solitaire.Sa prière lui donne l’occasion de rentrer en elle-même et de réfléchir en profondeur.Elle découvre peu à peu, combien elle possède un caractère impossible, impropre à toute relation interpersonnelle convenable.Elle s’améliore, petit à petit et, les circonstances aidant, il lui arrive, un jour, de pouvoir se jeter dans les bras de 89 son mari en pleurant de joie: prélude d’une réconciliation éventuelle.Une autre solitude qui a trouvé une issue en Dieu grâce à un retour vers l’intériorité.Chose paradoxale toutefois et inattendue, à prime abord.On peut expérimenter la solitude à une certaine profondeur du coeur humain même lorsqu’on nage en plein bonheur.Cette expérience fut celle d’un couple marié dont le bonheur conjugal était une réussite complète.Au-delà de ce bonheur partagé, persistait toutefois chez ces époux un certain sentiment d’impuissance à se rejoindre mutuellement dans une communication qui atteignait leur être en profondeur.Pourquoi ?C’est qu’il y a au fond de chaque être humain un mystère incommunicable à autrui malgré une ouverture facile et spontanée.C’est devant cette limite de communication mutuelle qu’on retrouve, une fois de plus, l’expérience d’une certaine solitude.Mais, chez ce couple de qualité, l’expérience d’un manque n’a pas généré en eux une déception mutuelle ; elle les a plutôt stimulés à s’orienter davantage vers cet autre Bonheur, incréé et parfait, celui-là.Ces époux considéraient alors le bonheur humain qu’ils vivaient sur terre comme un échantillon, une image du bonheur illimité qui les attendait au ciel.Voilà donc une autre solitude dont le sens ultime a été découvert grâce à la foi en Dieu.Solitude orientée mais non supprimée Il demeure, toutefois, que la solitude humaine, si bien comprise, si bien orientée soit-elle, n’est pas pour autant supprimée.Même vécue au milieu d’êtres chers elle est là sous-jacente, elle est ressentie comme une brûlure de l’âme, une sorte de nuit du coeur ou de l’esprit, une certaine absence.La solitude naît en chacun de nous d’une soif de plénitude, d’absolu qu’aucun être sur terre ne peut combler.En ce sens, elle n’est pas un mal, en soi, ni une maladie de l’âme ; elle n’est que le résultat de notre incomplétude native.La solitude est un appel secret de Dieu déposé en notre coeur.Désirer Dieu, tel est l’attrait fondamental du coeur humain, car ce coeur est trop grand pour se contenter d’un bien limité.Créés 90 à l’image de Dieu, nous vivons sans cesse à la recherche de notre Exemplaire premier.C’est cela notre solitude : une nostalgie de Dieu.Notre coeur humain est comme une étincelle émanant du Soleil divin et qui tend inlassablement à rejoindre sa source.« Mon âme languit vers Toi, mon Dieu » (psaume).Cette recherche de Dieu, commune à tous, paraît plus évidente encore chez les saints mystiques de notre Église.Laïcs ou consacrés, mariés ou célibataires, ils ont été intensément attirés vers Dieu.Au cours de leur marche vers Dieu, celui-ci leur a ménagé des périodes douloureuses, mais combien purifiantes, de solitude intérieure appelée nuit des sens et nuit de l’esprit.Leurs nuits ont poussé ces êtres de qualité supérieure à crier vers Dieu leur amour livré à l’impuissance, aux ténèbres de leur foi.C’est à travers ces temps de solitude crucifiante que ces âmes affamées de Dieu ont réussi à fixer définitivement leur regard vers l’Absolu.Efforts soutenus par des visites de Dieu leur donnant comme un avant-goût de l’extase du face à face au ciel.Solitude humaine : nostalgie de Dieu Solitude humaine : chemin privilégié vers Dieu Solitude humaine : grâce de Dieu à l’homme et à la femme d’aujourd’hui La solitude des consacrés Prise de conscience d’un fait Les réflexions précédentes sur la solitude humaine s’adressaient surtout aux laïcs.Mais on peut se demander à bon droit si les personnes consacrées à Dieu connaissent, elles aussi, l’expérience de la solitude.Celle-ci est-elle généralisée, soumise aux mêmes épreuves ?Et comment cette solitude est-elle vécue par les consacrés ?Les consacrés expérimentent, autant que leurs frères et soeurs laïcs, l’épreuve de la solitude, et cela malgré leur appartenance 91 à une grande famille de confrères ou de consoeurs partageant le même idéal de vie spirituelle et apostolique.Comment naît chez les consacrés l’expérience de la solitude ?Le jeune homme ou la jeune fille qui, un jour, choisit l’état de vie consacrée décide, en fait, de prendre un chemin pour rejoindre le Dieu qui l’attire.Ses énergies affectives au lieu d’être orientées vers l’amour conjugal et parental seront mobilisées par l’amour de Dieu et du prochain qu’il ou qu’elle projette de servir par vocation.Ces nouveaux consacrés connaissent au début de leur carrière, tout comme les jeunes mariés, une sorte de lune de miel.Mais au cours de leur apostolat, les consacrés expérimentent, eux aussi, les limites de leurs efforts, l’insuccès parfois.Ce sera plus mortifiant encore si survient l’incompréhension venant de l’intérieur ou de l’extérieur de leur communauté apostolique.Si Dieu, en vue de purifier ses consacrés, raréfie ses consolations, ceux-ci sont alors acculés, pour un temps, à une vie de foi pure.C’est donc dire que tout au long de leur vie, les consacrés expérimentent peu à peu les morsures de la solitude.Tout comme le Christ à la suite duquel ils se sont engagés.« Le disciple n’est pas au-dessus du Maître.» Constatations Mais comment les consacrés vivent-ils, de fait, leurs expériences de solitude?Tout dépend de la profondeur de leurs convictions spirituelles, de leur fidélité à la prière, de leur ouverture de coeur à des amis spirituels sûrs.De toutes façons ils sont appelés, eux aussi, comme les laïcs à donner un sens à leur solitude et à l’assumer dans un nouvel élan vers Dieu.Cela s’effectuera grâce à un retour constant vers le coin désert et secret de leur intériorité.Il ne faut pas oublier pour autant que les consacrés sont de vrais hommes et de vraies femmes, sujets aux mêmes tentations et faiblesses que leurs frères et soeurs engagés dans la vie laïque.Et ils vivent dans le même monde.Un monde qui a rejeté bien des valeurs humaines et chrétiennes, un monde agité, angoissé, 92 matérialiste, désacralisé et rempli de fascinations terrestres.Les consacrés baignent dans ce monde à travers les médias d’information et aussi à l’occasion de leur travail apostolique.De plus, les consacrés sont moins protégés, aujourd’hui, devant certaines attirances mondaines, alors qu’autrefois, une règle plus austère, le port du costume clérical ou religieux, une certaine claustration, un apostolat moins exposé à la mixité des sexes servaient de support à la volonté humaine.Ce contexte nouveau s’imposait, par ailleurs, afin que l’apôtre de l’Évangile puisse devenir levain dans la pâte.Mais ce contexte apporte avec lui ses dangers pour l’apôtre.Si, plus que le laïc, le consacré est entouré, sur place, de secours particuliers — exercices spirituels, sacrements, direction de conscience — il n’a pas pour combler sa solitude, l’amour conjugal et parental naturels à tout homme et à toute femme.Il y a renoncé librement, mais sa consécration n’en a pas pour autant supprimé les appels.Le consacré a donc des choix d’attitudes et de comportements à assumer au moment de grande solitude.Lui aussi peut accepter sa solitude et l’utiliser comme occasion d’un élan nouveau et plus profond vers Dieu.Ce qui se réalise chez un grand nombre avec générosité et même souvent avec un certain héroïsme.Mais il peut arriver aussi au consacré de se laisser abattre par ses déceptions et ses épreuves.Il sera tenté alors de noyer sa solitude par la fuite dans des distractions mondaines et superficielles, dans l’alcool ou les sédatifs de toute sorte — drogue déguisée — souvent aussi dans des relations ambiguës où se développe peu à peu un véritable amour érotique contraire à ses promesses de consacré.Au mieux, le consacré désabusé par sa solitude s’installera dans une existence de confort bourgeois et égoïste replié sur ses intérêts personnels.Les réflexions précédentes s’appliquent aussi, avec les nuances voulues, aux femmes consacrées.Celles-ci, par ailleurs semblent ressentir de façon moins aiguë leurs problèmes de solitude.On note parfois chez elles une fuite dans la maladie.93 Il ne faut donc pas refuser de voir les choses telles qu’elles sont.Ce qui n’exclut pas qu’il faille sympathiser profondément à ces détresses humaines et tenter tous les efforts pour les comprendre et les soulager.Il est vrai que la grâce ne manque jamais à ces personnes consacrées faisant face à leur pénible solitude.Encore faut-il qu’elles accueillent avec fidélité cette grâce divine et y correspondent généreusement.Cette grâce divine peut, entre autres, prendre forme d’amitiés de qualité nouées, selon les circonstances, avec des personnes de l’un ou l’autre sexe.Nous en voyons l’illustration évidente dans la vie de Jésus et dans l’histoire de l’Église.Au cours de sa vie publique où il a souffert d’incompréhensions et de solitude, le Seigneur a nourri d’excellentes amitiés avec Lazare, Marthe, Marie-Madeleine et ses trois intimes : Pierre, Jacques et Jean.Et qui ne connaît les grandes amitiés de François de Sales, Vincent de Paul, Thérèse d’Avila, Jeanne de Chantal, etc.Écoutons cet aveu charmant de François de Sales : « J’ai dans ma vie des intimes et des archi-intimes ».Pour les personnes consacrées il y a toujours comme ressort fondamental à leur solitude et inhérent à leur vocation l’appel constant et stimulant de tous ceux qu’ils peuvent servir par leur apostolat.N’oublions pas non plus que le religieux ou la religieuse vit dans un groupe communautaire: c’est sa nouvelle famille; normalement, elle devrait offrir à tous ses membres un soutien fraternel et amical.Pour le prêtre séculier, son groupe communautaire c’est le clergé local diocésain où l’amitié et le support des confrères et du pasteur évêque peut s’avérer très efficace et comblant.Une interrogation douloureuse Nous sommes parfois témoins d’une solitude mal assumée, désemparée, sans issue apparente, concernant une personne consacrée.Y a-t-il eu, chez cette dernière, erreur d’orientation au moment du choix d’un état de vie ?Y a-t-il eu, chez une autre, manque de courage à vivre avec fidélité sa vocation ?Peu importe, à prime abord, les explications d’une solitude mal assumée.La 94 première urgence est de se référer à Dieu, à sa divine sollicitude devant nos erreurs et nos faiblesses.Sa pédagogie consiste à tirer le plus grand bien possible de tous nos faux pas.Ainsi, devant la victime d’une solitude mal assumée : ne jugeons jamais, essayons toujours de comprendre, sympathisons sincèrement, tendons la main qui réconforte ou relève, aimons sans paternalisme ou maternalisme, gardons la sérénité qui dédramatise, peu à peu, chez autrui une situation apparemment sans issue, secondons l’action de Dieu qui oriente toujours positivement les épreuves humaines.Le grand solitaire Tous les êtres humains font l’expérience, à un niveau ou l’autre, d’une certaine solitude: jeunes, adultes, pécheurs ou fervents laïcs, personnes consacrées.Pourquoi nous étonner puisque même l’homme-Dieu, Jésus de Nazareth, a vécu la solitude tout au long de sa vie terrestre.Dès l’âge de 12 ans, Jésus expérimente sa solitude intérieure.Après une fugue de trois jours à Jérusalem, sa mère Marie lui adresse ce reproche : « Pourquoi nous avoir tenus dans l’angoisse, ton père et moi ?» Jésus lui répond : « Ne saviez-vous pas qu’il me fallait être aux intérêts de mon Père?» L’évangéliste nous livre alors une réflexion qui en dit long sur la solitude de Jésus : « Ses parents, dit Luc, ne comprirent pas les propos de leur fils, Jésus».L’incompréhension de ses parents, pourtant des parents modèles, renvoie Jésus à sa solitude intérieure.Durant sa vie publique, son identité de Messie, sa mission, son message de Salut sont demeurés étrangers à son entourage.Il a connu l’opposition violente du clergé de son temps et des chefs civils.Quant à sa parenté, « Ses cousins ne crurent pas en Jésus », affirme Luc.Même les apôtres ont douté de leur Maître.Que de fois Jésus leur répétera : « O hommes de peu de foi.» 95 A Gethsémani, la veille de sa mort, Jésus implore ses trois amis intimes de veiller et de prier avec lui au moment de son agonie intérieure.Ceux-ci se laissent aller au sommeil.La crucifiante solitude de Jésus le jette dans les bras de son Père à qui il dira : « Que ta volonté soit faite.» Peu après, c’est l’arrestation de Jésus.Tous ses apôtres fuient; Judas a déjà trahi, Pierre le reniera bientôt: la solitude de Jésus se poursuit.Celui-ci va bientôt mourir en croix.Et son Père, son Père bien-aimé, voilera sa présence auprès de son Fils unique.« Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Terrible nuit du coeur et de l’esprit ! Mais cette solitude ramène définitivement, cette fois, Jésus dans le sein de son Père : « Père, je remets mon âme entre tes mains.» Quel modèle réconfortant à contempler que Jésus de Nazareth au milieu de nos longues nuits de solitude terrestre.Le rôle de Jésus, maintenant qu’il jouit de la félicité éternelle, est de nous aider, comme il nous l’a promis, à cheminer avec lui vers le lieu où Dieu comblera définitivement toutes nos solitudes humaines : le paradis.« Vous tous qui souffrez et peinez, venez à moi et je vous soulagerai.» Solitude transfigurée.96 Aux responsables de « L’Éveil vocationnel »* Norbert Fournier c.s.v.** Ta Congrégation, ou ta Province religieuse selon le cas, t’a confié la responsabilité de l’éveil vocationnel ; je t’en félicite, ayant été moi-même «recruteur» dans ma communauté avant la révolution tranquille!.Les temps ont bien changé, répète-t-on souvent.Pourtant la question m’a vivement préoccupé depuis mon entrée en communauté, d’une façon plus spéciale encore durant les dix années où j’ai assumé, comme provincial, le service d’autorité dans ma province.J’ai même osé écrire un article sur ce sujet dans « La vie des communautés religieuses» de nov.-déc.1986.Cet article s’intitulait : Les vrais défis de l’éveil vocationnel.Je n’y proposais pas de «trucs» ni de «techniques nouvelles», pour attirer vers la vie religieuse de nouvelles « recrues » plus « modernes ».J’y abordais des questions vitales concernant les facteurs indispensables à tout éveil vocationnel et, tout particulièrement, les « conditions requises » pour un authentique éveil vocationnel.Le texte a provoqué quelques vagues, que le soleil de l’hiver a vite calmées.Cela m’a amené à faire des «exposés» dont les résultats restent mystérieusement entre les mains de la Providence.Ces réflexions, sous forme de « lettre », proviennent de nombreux échanges et rencontres, depuis 2 ans environ, avec des religieuses et des religieux préposés à l’éveil vocationnel et/ou préoccupés de cette activité pastorale à l’heure actuelle.* 450, avenue Querbes, Outremont, Québec H2V 3W5 97 Les religieux, femmes et hommes, qui oeuvrent auprès des jeunes, en milieu scolaire ou ailleurs, savent bien que les jeunes d’aujourd’hui, ceux du secondaire, du CEGEP, de l’Université, du monde du travail ou du chômage, sont à peine «évangélisés».Ils sont donc bien loin d’une vocation chrétienne, dans une Église qui ne les concerne pas ou peu, qu’ils trouvent « bien dépassée » et peu pertinente dans leur vie de chaque jour, quelle qu’en soit la trame.Pourtant, il en existe des jeunes avides d’un absolu, d’une relation avec la divinité, et même désireux de rencontrer Dieu et Jésus-Christ.J’en rencontre dans l’A.C.L.E., en paroisse, dans des relations occasionnelles, qui ont l’avantage d’être «spontanées», « non-planifiées » par un horaire scolaire ou par d’autres « cadres ».C’est donc à partir de ces expériences que je me permets, bien simplement et très franchement d’ailleurs, d’exprimer les réflexions qui suivent.1.- De quel éveil vocationnel s’agit-il ?Il n’y a aucun inconvénient, tous en conviennent, de promouvoir la vocation chrétienne, basée sur le baptême : celle du laïc engagé dans l’Église pour bâtir le Royaume en ce monde et préparer celui de l’éternité.Rien ne s’oppose non plus de promouvoir la vocation au mariage, au célibat dans le monde, à l’engagement pastoral ou missionnaire, ici ou en terre étrangère.Mais il faut s’entendre.Pour moi, l’éveil vocationnel n’est pas la «pastorale des distants», ni celle de l’évangélisation de notre monde : ces tâches relèvent de toute l’Église ; elles ne sont pas, à proprement parler, de l’éveil vocationnel.Je sais bien que d’aucuns, et bien avant aujourd’hui, soutiennent que l’éveil vocationnel ne doit pas viser d’abord et avant tout « les vocations religieuses et sacerdotales ».Telle n’est pas mon opinion.Si les religieux et les prêtres croient vraiment à leur vocation propre, à leur communauté, au charisme de leur fondateur ou 98 Fondatrice, n’est-il pas normal qu’ils deviennent «contagieux», qu’ils témoignent avec fierté de leur engagement et de leur appartenance?Et cela peut et doit se faire avec discernement, avec enthousiasme, dans la fidélité à l’Esprit, qui seul fait l’appel intérieur, mais se sert de témoins et d’instruments humains.Ta mission d’éveilleur de vocation consiste à collaborer avec l’Esprit pour faire connaître, en paroles, en écrits, et surtout en actes, ta propre vocation, sans respect humain, sans pusillanimité, sans pharisaïsme et sans chauvinisme.C’est de cet «éveil vocationnel » qu’il s’agit.Ceci n’exclut aucunement la catéchèse et la pastorale des jeunes, que d’autres aussi peuvent assumer — mais ne confondons pas les tâches: elles sont toutes complémentaires et indispensables, et pour l’Église dans le monde de ce temps, et pour nos communautés respectives, avec leur mission apostolique propre.2.- L’éveil vocationnel n’est pas seulement la prière ni la propagande C’est tellement sécurisant pour un supérieur religieux ou un préposé à l’éveil vocationnel de composer ou de susciter « des prières » pour les vocations.Bien sûr, il est normal de « tout mettre entre les mains de Dieu», comme on le répète souvent.Alors, on attend «tout» de Dieu, c’est-à-dire qu’il fasse des miracles et qu’il nous amène des « recrues » faciles, sans que nous n’ayons à changer nos habitudes, pour être des « témoins vivants » d’une vie consacrée.Que de religieux très avides de « prières pour les vocations » se comportent avec mépris et pharisaïsme devant les jeunes, qu’ils jugent sévèrement.Que de religieux oublient que leur enthousiasme, au service du Seigneur dans le prochain et dans le don d’eux-mêmes, pourrait en faire des signes attrayants, bien plus que leur pseudo-fidélité a une routine « embourgeoisée ».La prière pour les vocations, comme toute prière d’ailleurs, ne consiste pas à demander à Dieu de faire des miracles ou de changer sa Volonté, pour suppléer à nos lacunes et à nos omissions sur le plan évangélique.La prière doit nous convertir, changer 99 nos mentalités, nos attitudes, notre comportement.Elle doit nous faire réfléchir sérieusement sur la vérité de notre être religieux.Quant à la propagande et à la publicité, elles ne doivent pas être négligées, si on y met le discernement, le bon goût et la vérité; pas des clichés presque mensongers.J’en ai vu.Mais tel n’est pas l’essentiel.3.- Les projets apostoliques dynamiques et interpellants Le «recruteur», en termes anciens, la personne «préposée à l’éveil vocationnel », selon le titre plus moderne, se trouve souvent assis entre deux chaises.J’ai connu cette situation, il y a plus de trente ans déjà.Mais c’est devenu plus dramatique aujourd’hui : nos oeuvres n’existent plus ou ont beaucoup évolué ; notre vie communautaire et nos résidences ne revêtent plus le cadre d’un « couvent » bien structuré ; notre façon de vivre et d’être en relation avec les laïcs, et spécialement avec les jeunes, s’avère bien différente ; un habit « bien décoré » ne distingue plus les membres des diverses communautés, masculines et féminines; le milieu ambiant n’est plus « sociologiquement chrétien » et la religion n’est plus le «fil conducteur», sinon l’infra-structure, de toute la vie individuelle et sociale.Bref, la notion de « projet apostolique » n’est pas exactement la même qu’autrefois.S’en attrister ou le déplorer, vouloir corriger la société serait nostalgique.Que voulez-vous, les faits parlent par eux-mêmes.Que veut dire « être assis entre deux chaises » quand on parle d’éveil vocationnel?D’une part, c’est sentir qu’il faut rendre la communauté et ses membres « signifiants et accueillants » vis-à-vis des candidats éventuels.D’autre part, c’est sentir qu’on n’a pas ou presque pas d’emprise et de moyens efficaces d’action sur les décisions de la communauté.Celles-ci comportent d’abord une analyse de la situation, des oeuvres, des projets existants, des regroupements, des compétences, des aspirations réelles des personnes et des groupes ; en second lieu, un jugement de valeur et d’opportunité à la lumière de la mission apostolique propre de la Congrégation — j’évite volontairement le mot « discernement » qu’on emploie à toutes les sauces et qui sert trop souvent à justifier, 100 consciemment ou non, une certaine manipulation des gens à partir de textes bibliques !.Après l’analyse et le jugement de foi basé sur les principes du point de vue rationnel, il faut passer à la planificaiton, c’est-à-dire à l’élaboration de plans, de projets : c’est-à-dire à la création d’une équipe, d’un service, d’un centre, d’une oeuvre, d’un regroupement de personnes ayant de l’affinité pour témoigner et servir ensemble.C’est tout le contraire que de disperser les personnes dynamiques — pas seulement les jeunes.— dans des oeuvres ou des résidences pour « y boucher des trous ».La planification qui précède les décisions, ce n’est pas la prière, la réflexion, ni l’écoute des autres; c’est, comme le dit le mot dans sa racine, faire des plans.Cela suppose lucidité, perspicacité, créativité, audace et adaptation.Surtout, cela exige l’autorité, le pouvoir, la prise de décision dans la prudence : ce qui échappe évidemment à la plupart des personnes « nommées à la pastorale vocationnelle ».Elles sont donc « assises entre deux chaises ».Quelle action peuvent-elles exercer sur le choix des projets apostoliques, des équipes à créer, des regroupements à susciter, des oeuvres à entreprendre, des maisons d’accueil à ouvrir, des lieux d’insertion pastorale, éducationnelle ou autres ?Elles doivent se contenter de créer des mécanismes artificiels : des rencontres pas toujours désirées par les autres religieux; susciter des « prières », des neuvaines, etc.; chercher à contacter des chrétiens engagés, susceptibles de devenir « candidats » à la vie religieuse, sacerdotale ou missionnaire; faire des enquêtes auprès des jeunes ; préparer et diffuser des dépliants, etc.4.- L’engagement positif et actif des autres religieux Il règne, dans beaucoup de nos communautés «vieillissantes», un climat de résignation apparente, d’appréhension de l’avenir, de défaitisme, souvent d’indifférence.Là où il y a espoir, il faudrait davantage animer, stimuler, écouter et même appeler, à l’élaboration des décisions, ceux dont l’enthousiasme et la créativité se révèlent quotidiennement : dans leur agir, dans leur 101 parole, dans le don d’eux-mêmes.Qui peut canaliser, orienter et coordonner ces forces vives et ces ressources prometteuses, sinon les supérieurs majeurs, les responsables de district ou de région ?La personne préposée à l’éveil vocationnel, qui devrait d’ailleurs toujours travailler en équipe, dont doit faire partie le supérieur ou responsable de région, ne peut seul agir sur toute la communauté, même si elle assume sa fonction à plein temps.Elle n’en a ni le pouvoir, ni le prestige de par son mandat.Dans ce cas — ce qui est peu désirable, à mon avis — la personne à plein temps se coupe d’un enracinement essentiel dans un groupe ou dans un milieu concret.Cette personne doit être, en concertation avec le supérieur, consacrée à l’animation d’équipes et de personnes, en contact quotidien avec le monde vrai des jeunes et des jeunes adultes.Mais la désignation d’une personne affectée à l’éveil vocationnel n’est-elle pas un « réflexe de sécurité», comme cette communauté qui décrète, à son Chapitre général que « chaque province nomme un responsable à plein temps pour l’éveil vocationnel»!.Très sécurisant, peut-être, mais quelle efficacité sur les « projets apostoliques » et sur les regroupements de religieux en équipes « signifiantes » ?L’éveil vocationnel dans l’Église et dans le monde d’aujourd’hui repose avant tout sur le témoignage authentique, mais visible, de religieux individuels et vivant en équipe.Cette organisation, cette insertion, cette localisation des personnes et des groupes constituent le premier devoir grave des supérieurs quant à l’avenir de leur communauté.On sait que ce témoignage à rendre exige une présence des supérieurs, une animation dynamique, un soutien des personnes et des groupes : ce que ne fait pas une « visite canonique annuelle ».« Tous recruteurs », disions-nous jadis dans ma communauté.Aujourd’hui, il faudrait sans doute s’adapter et dire « tous éveilleurs de vocations».Mais alors, ne faudrait-il pas dépasser le stade de la «prière pour les vocations», et passer à la prière qui «fait réfléchir » et qui « convertit » avec la grâce de Dieu ?102 5.- Les relations interpersonnelles indispensables Aujourd’hui, comme autrefois d’ailleurs, les candidats possibles à la vie religieuse ou au sacerdoce ne tombent pas soudainement du ciel.Quelle vérité de La Palice !.La plupart du temps, les candidats ont déjà entretenu des relations plus ou moins fréquentes avec tel ou tel religieux ou tel groupe donné.Le coup de foudre d’une rencontre occasionnelle peut toujours survenir, selon le plan et la grâce de Dieu.Mais il ne faut pas compter là-dessus, même avec le «recruteur» ou le ou la « responsable de l’éveil vocationnel ».D’où l’importance de planifier avec beaucoup de soin, à la fois le choix des engagements apostoliques, des lieux d’insertion, des regroupements de personnel et le choix des services à offrir à l’Église locale et au milieu ambiant, selon la mission apostolique propre de sa communauté.Là encore, on voit clairement l’importance des supérieurs «qui font les décisions» dans une politique d’éveil vocationnel.Rarement hélas ! c’est le cas.On se contente de nommer quelqu’un ou un comité préposé à l’éveil vocationnel.Et ces pauvres personnes se découragent bien souvent.Ensuite, on les change, pour recommencer à neuf à « tourner en rond », tout en se réfugiant dans la « prière pour obtenir des vocations», selon l’invitation, peut-être mal interprétée, de Jésus dans l’Évangile.Comment promouvoir les relations interpersonnelles entre religieux dynamiques et des candidats éventuels dans les conditions actuelles de l’Église et de la société?Dans une planification attentive des ressources en personnel ; dans la création d’équipes bien insérées dans leur milieu ; en leur facilitant des occasions de prendre contact assez régulièrement avec des jeunes et des jeunes adultes, etc.N’oublions pas que, dans le passé, les meilleures vocations venaient habituellement de « nos oeuvres».Il faut désormais créer des situations nouvelles, permettant d’interpeller et d’avoir un impact sur le monde d’aujourd’hui : ce que la « prière pour les vocations » n’assure pas, à moins qu’elle ne convertisse éventuellement les supérieurs et 103 ceux qui les assistent dans la planification, telle qu’expliquée plus haut, et surtout dans les décisions.6.- Quelques illusions à éviter Les candidats éventuels à la vie religieuse peuvent venir de bien loin et avoir vécu des expériences très diverses.Les uns ont connu la drogue, l’alcoolisme, les aventures sexuelles, les drames familiaux ; d’autres peuvent venir des « mouvements de prière», d’expériences apostoliques, d’organismes d’aide aux démunis; d’autres peuvent rechercher un milieu chaleureux de partage et d’échanges sur le plan de la foi, etc.tous sont « appelés », nous le savons.Mais il ne faudrait pas faire de l’éveil vocationnel une entreprise de « réhabilitation » ni la réponse automatique à un besoin de refuge en dehors du monde vrai.Peut-être la communauté religieuse doit-elle se préoccuper davantage des « laissés-pour-compte ».C’est alors une option de promotion humaine et sociale, d’évangélisation ou de pastorale jeunesse ou familiale.L’éveil vocationnel doit, en principe, présupposer ces types d’engagement et non pas les assumer.Que dire maintenant des appels des évêques et des curés, pour remplir des tâches non assumées par eux et leurs collaborateurs dans les structures de l’Église?Ce défi est évidemment lancé aux supérieurs religieux, plutôt qu’aux préposés à la pastorale vocationnelle.Nous savons à quel point ce problème est difficile à solutionner.Pourtant, il suffit d’étudier attentivement ces demandes à la lumière de la mission apostolique de sa communauté.C’est une question d’authenticité, de fidélité réelle à l’Église, de justice parfois pour les religieux, qui ne sont pas venus « pour boucher des trous » là où il manque de prêtres ou de laïcs engagés.Pour terminer ces réflexions, je te souhaite beaucoup de courage et de créativité dans ta fonction ; beaucoup d’appui et de compréhension de la part de tes supérieurs religieux ; beaucoup d’influence sur les décisions concrètes découlant de la planification des projets apostoliques et de l’affectation du personnel dans ta 104 communauté.Sans cela, tu t’épuiseras ; tu susciteras des prières ; tu lanceras des dépliants ; tu convoqueras des réunions de jeunes ou de religieux.Mais aie confiance, le Seigneur bénit les efforts persévérants et ne demande pas que tu réussisses à tout prix ! 105 La mission des communautés religieuses* Francine Dubé ** Lorsqu’on m’a invitée à faire cette intervention, j’ai souri: « pourquoi moi ?» Car, il y a longtemps que j’ai réfléchi à cette sorte d’engagement évangélique.J’ai alors voulu être opportuniste, interpréter cette demande comme un signe — soit une occasion de m’arrêter, d’en parler et valider ainsi la pertinence du sujet dans une société qui semble plus ou moins préoccupée de la survie des communautés religieuses.J’ai le goût aujourd’hui d’être témoin de ces hommes et de ces femmes qui se battent quotidiennement pour assurer leur équilibre physiologique, intellectuel et moral ; d’être témoin de tous ceux et celles engagés à contribuer à l’harmonie dans le monde.Ce témoignage est le résultat de lectures et de rencontres auprès de personnes oeuvrant dans différents secteurs, notamment professeur au CEGEP — directrice d’un centre d’habitation pour personnes âgées ou démunies — directrice d’une maison d’accueil pour femmes victimes de violence — responsable de productions audio-visuelles à caractère pastoral — scolaire — directrice des communications pour une institution financière, également marguillier paroissial — collègue de travail, divorcé, père de 2 enfants dont il a la garde.Je les ai invités à partager leur vision et surtout à « rêver » (Pourquoi pas!) de la mission des communautés religieuses; des secteurs dans lesquels elles devraient oeuvrer ; des conditions de réussite * Conférence prononcée devant les membres de l’Association des religieux pour la promotion de la femme, en avril 1989.* 500, Grande-Allée est, Québec G1R 5M4 106 pour la réalisation de cette mission.C’est assurément un message collectif.Je vous invite à m’accompagner dans cette réflexion collective et j’anticipe que chacune de vous, comme membre à part entière d'une communauté, se pose cette question : « Est-ce que je me reconnais dans ces propos?» Ce questionnement m’apparaît nécessaire pour créer cet esprit d’ouverture et enfin d’accueil aux attentes de vos frères et soeurs.Une mission Dans le passé, les religieuses ont joué un rôle de premier plan dans une société naissante : elles ont été les nourrices d’un peuple qui avait besoin de connaissances et de savoir-faire.Je réfère notamment aux secteurs de l’éducation et de la santé.À travers leur engagement social, elles ont bien sûr évangélisé.Tout cela répondait véritablement aux besoins d’alors.Aujourd’hui, nous pouvons affirmer fièrement: «Mission accomplie, mesdames ! » Comme les parents qui doivent alimenter et rendre autonomes leurs enfants, vous avez aussi joué ce rôle dans notre collectivité.Dans les écoles, dans les hôpitaux, les femmes et les hommes d’aujourd’hui peuvent maintenant relever les défis et se développer de façon autonome.Comme les parents face à leurs enfants adultes, vous êtes maintenant chargées d’expériences, de souvenirs et peut-être même objet de fierté ou de regret.Vous avez pourtant un pouvoir de plus : celui de vous régénérer.Il est clair que, comme communauté, vous avez le choix soit de vous retirer dans vos maisons d’hébergement en savourant vos réalisations dans l’attente sereine d’une fin imminente, soit de revivre des engagements signifiants pour une société, constamment à la recherche de support moral, financier ou matériel.Une mission, c’est une raison d’être.Nous avons tous besoin d’être utiles et pour savoir comment, ne devrions-nous pas faire 107 l’expérience du silence.silence sans lequel ne pourra se faire une véritable écoute de la base, de ses intuitions, de ses interpellations, de ses vérités.Cette base nous dit qu’à cette période précise de notre histoire, vous n’avez pas tant à communiquer en paroles la foi en Jésus-Christ qu’à redonner au monde des occasions et des raisons d’avoir à nouveau foi en sa parole en raison de la cohérence de vos actions.Comme l’écrit Guy Gilbert dans son livre intitulé La rue est mon Église, « Notre monde a besoin de vagabonds de l’amour et de l’espérance.» N’est-ce pas cette mission que Jésus a accomplie.Et si on se rappelait comment il s’y est pris.1.Il s’est fait proche des démunis (bergers - ouvriers) — des marginaux (prostitués(es), voleurs)—de ceux et celles qu’il a appelés.2.Il les a accompagnés, pas à pas, dans leur vécu, et ce, sans jugement.3.Il a témoigné verbalement seulement après avoir établi une relation de confiance essentielle pour créer une situation d’accueil.Être des témoins Comme Jésus, au lieu de faire la morale, vous devez nous aider à croître moralement.On m’a confirmé qu’à travers les écritures, Mathieu semble avoir compris cette mission : on lui reconnaissait une présence soutenue avec des gens « louches».Sans doute a-t-il investi autant sinon plus d’énergie à poser des gestes de justice et de réconfort qu’à l’animation de rassemblement de prières ou de réflexion ! Des Mathieu, nous en sommes toutes, par le baptême reçu.Et vous, n’est-ce pas ce témoignage que vous avez privilégié par votre engagement permanent au sein d’une communauté religieuse?Où devez-vous témoigner ?Je serais tentée de vous dire « Où que vous soyez — là où il y a de la vie.» Nous reconnaissons que l’Église québécoise fait des efforts pour prendre le virage missionnaire vers les 108 personnes vivant des situations sociales difficiles.Pourtant, les ressources humaines se font rares lorsqu’on descend dans la rue.Dans cette rue sociale, il est facile de voir les « signes » des jeunes désabusés — des dépressifs suicidaires — des expsychiatrisés — des femmes violentées — des victimes de maladies dites «honteuses» — des assistés sociaux — des personnes âgées — des familles en difficultés relationnelles (couples - parents-enfants) — de la femme qui veut assurer son autonomie financière aux prises avec des responsabilités familiales et professionnelles accablantes — des enfants affectivement bousculés dans la frénésie du pouvoir, de la productivité, de la sécurité.et la liste pourrait s’allonger.Toutefois, je suis convaincue de rien vous apprendre.Vous avez sûrement déjà identifié les marchés ciblés.Alors, je voudrais davantage insister sur le comment témoigner, facteur qui semble au coeur même de la problématique.À première vue, l’approche paraît avoir un rôle exclusivement curatif si on l’oriente vers cette clientèle souffrante.Je tiens à souligner toutefois qu’elle peut aussi être à caractère préventif.On oublie trop souvent d’accompagner les personnes qui semblent fonctionner normalement.Pourquoi attendre le malaise pour se manifester ?Même les personnes visiblement équilibrées courent les centres de santé, recherchent l’approche para-psychologique adaptée à leur besoin et/ou adhèrent à une religion dite « nouvelle » non seulement parce que méconnue jusqu’à maintenant mais surtout pour l’espérance qu’elle témoigne.La prévention n’engendre-t-elle pas les choix les plus judicieux ?Ainsi, dans l’un ou l’autre de ces marchés, vous pouvez choisir votre engagement personnel selon votre intérêt et vos capacités et ce, en cohérence avec la mission de votre communauté.Comment témoigner ?Les femmes et les hommes rencontrés croient que vous devez.109 1.Prouver votre « appartenance » à la société sinon vous n’avez aucune crédibilité aux yeux des bénéficiaires.En vivant les mêmes responsabilités quotidiennes (budget - ménage - bouffe - etc.) et en vous fondant dans la foule par une apparence conforme (costume exclu, ça va de soi !) Vous évitez ainsi de donner l’image du ghetto (un groupe de femmes coupées des réalités extérieures).On établit donc sa crédibilité en démontrant sa compétence bien sûr mais aussi ses affinités en sa conformité et ce, par son vécu et les valeurs partagées.2.Travailler pour une cause et non dans un but unique d’évangélisation.N’oublions pas que les jeunes ont le goût de projets simples pour rationaliser l’énergie qui débordent en eux ; les femmes violentées ont besoin d’être accueillies, respectées; les familles ont besoin de support moral (par l’écoute ou l’assistance dans certaines tâches) ; 3.Descendre dans la rue.Pour partager les (pré)occupations quotidiennes.Prendre les gens là où ils sont, ne pas attendre qu’ils viennent à vous.Allez dans les écoles — centres sportifs ou communautaires — la paroisse — milieux de travail — lieux publics commerciaux — la rue de votre résidence, etc.4.Ouvrir les portes de vos maisons soit pour offrir des services (ex: locaux, jardin, garderie ou pour servir de relais.Nous pourrons rêver de toutes ces maisons, de village en village servant de relais d’accueil pour personnes en recherche ou nécessiteuses.Les conditions de réussite 1.Reconnaître d’abord vos limites actuelles.Pour les personnes interrogées, il semble que les membres des communautés religieuses font preuve d’ignorance face aux problèmes vécus par les hommes et femmes d’aujourd’hui.Aussi ils ne peuvent sentir la solidarité.2.Aller puiser l’information et acquérir la formation nécessaire.Il est essentiel de ne pas s’appuyer uniquement sur les acquis 110 (parce que ça fait x années que je suis en communauté, se croire polyvalente!) Pour certaines, retourner sur les bancs d’école: se mettre à jour dans des approches spécialisées afin de s’intégrer aux marchés diversifiés (droit - médecine - administration - service social, etc.).3.Accepter d’être confrontées — de vivre les différences (avec les marginaux), développer de nouvelles solidarités.Si on se confine à des clientèles sécurisantes telles les personnes âgées, on risque d’être « piégé » par leur conservatisme et leurs habitudes de prières.Et la relève, comment pourra-t-on l’assurer avec cette forme exclusive de témoignage ?Les personnes âgées figureront toujours sur la liste des marchés potentiels.On ne peut toutefois leur réserver l’exclusivité.4.Ne pas s’engager à donner seulement.Attention au piège d’afficher constamment l’image de personne équilibrée ou presque parfaite.Ces personnes paraissent souvent inaccessibles.Ayons la foi en la réciprocité dans l’action — «Qui évangélise est évangélisé ?» On a des messages à tirer de toute personne.Même les personnes fragiles ont besoin de se sentir utiles — d’apporter quelque chose à l’autre.Il faut donc se mettre en situation de recevoir autant que de donner.Alors, la communication pourra vraiment s’établir.5.Faites-le savoir: communiquer vos engagements.Nous sommes sollicités constamment par d’autres groupements.L’Église, elle, nous semble muette et très lointaine.Sous le prétexte de l’humilité, on se tait et renforce inconsciemment l’image de l’absence ou de l’indifférence.En conclusion Les communautés d’aujourd’hui peuvent interpeller d’une seule façon pour que leur mission soit vraiment concluante : par les gestes.Oui, les femmes et les hommes de la société « séculière » sont sensibles à la cohérence du geste et de la parole.Impérativement, la parole doit venir en second.111 Citons l’exemple de cette femme : « Lorsque mon conjoint me dit qu’il m’aime mais ne fait rien dans le quotidien pour m’accompagner, me supporter.il a beau avoir les plus belles qualités.il m’est difficile de l’aimer.» Vous êtes des femmes engagées, intelligentes, disponibles, soucieuses de transmettre des valeurs fondamentales assurant quiétude et bien-être.Si vous partagez réellement votre vécu quotidien.Si vous choisissez la cause sociale à laquelle vous croyez vraiment sans intérêt personnel au préalable.Si vous descendez dans la rue et faites l’expérience du silence.pour écouter et mieux comprendre.Si vous acceptez de recevoir autant que donner.Vous serez contagieuses ! Sachez que nous avons tous le goût de rencontrer des personnes porteuses de ce type de microbes.112 Enjeux actuels de la Communication à l’intérieur des Communautés religieuses Marie-Abdon Santaner, o.f.m.Cap.* La Revue française des religieuses d’action hospitalière et sociale (REPSA) a consacré son n° 330 aux problèmes touchant la communication.Il m’avait été demandé une contribution portant sur « La communication dans les Communautés religieuses ».Les échos qui me sont revenus, soit oralement soit par écrit au sujet de l’article que j’avais rédigé, me poussent à en reprendre le contenu.Je me propose de souligner certains aspects du problème de la communication dans la communauté religieuse: ceux auxquels les lecteurs ont plus particulièrement réagi en raison de leur nouveauté.Ce problème de la communication dans les communautés religieuses ne date pas d’aujourd’hui.Mais peut-être prend-il de nos jours un caractère plus urgent que par le passé.Des raisons conjoncturelles expliquent cet état de choses.Je me contenterai de les évoquer.Mais l’urgence du besoin de communiquer ressenti à l’intérieur des communautés religieuses ne tient-il pas à des raisons plus profondes?Telle est la question à laquelle on veut ici prendre le temps de réfléchir.Ces raisons plus profondes pourraient bien, en effet, tenir à la nature même d’une vie de communauté religieuse qui se veut chrétienne, se sent en décalage par rapport à sa visée, et cherche les moyens de corriger ce décalage pour arriver à s’accomplir.* 32, rue Boissonnade, 75014, Paris.113 Un problème de tous Passons rapidement sur les éléments conjoncturels qui expliquent le caractère d’urgence pris de nos jours par le problème de la communication dans les communautés religieuses.Il en est de ces communautés comme de tous les groupes humains qui ont une certaine vie en commun.Le problème de la communication s’y complique de plus en plus en raison de l’accélération du temps.Il suffit de faire la différence entre ce qu’était une vie de groupe se déployant au début de ce siècle sur les rythmes du monde rural et ce qu’est la vie des groupes aujourd’hui, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, dès lors qu’ils sont assujettis aux rythmes de la vie moderne.Le mouvement permanent caractérise ces rythmes nouveaux.Une conception de la vie s’est imposée où le temps consacré à communiquer devient de plus en plus un temps que l’on consacre à échanger de l’information.Le téléphone, le minitel, la radio, la télévision sont à notre disposition.Mais ils nous assujettissent aussi à eux, en ce sens qu’ils ont modifié notre rapport au temps.Celui-ci doit être utilisé à la vitesse maximale.Il y aurait tellement de choses à se communiquer qu’on prend son parti de se limiter à faire circuler l’information.Celle-ci nous déborde.On n’a pas fini de communiquer celle dont on dispose que déjà d’autres informations à transmettre se bousculent au portillon.Chacun sait que l’information a naturellement d’autant plus de valeur qu’elle est inédite, «toute fraîche».L’homme moderne donne parfois l’impression de trouver son plaisir à se sentir submergé, noyé sous un flot d’informations, dès lors qu’il est un des premiers à savoir.En revanche, il est de moins en moins capable de s’intéresser à ce qu’une information reçue depuis longtemps représente comme problèmes de vie humaine pour d’autres humains, ses semblables.L’accélération du temps lui donne ainsi le sentiment de « coller au réel ».Elle lui fait, en réalité, perdre le contact concret avec le réel.Cet homme en sait trop pour s’intéresser en profondeur à quoi ou à qui que ce soit.114 Les communautés religieuses ont subi de plein fouet les effets de cette accélération du temps, surtout à partir du moment où elles ont vu leurs membres participer à la vie des hommes à l’intérieur d’organisations professionnelles ou autres ouvertes à tout le monde.Supposons une communauté religieuse comportant une infirmière, une femme de ménage et une enseignante se retrouvant le soir avec deux soeurs retraitées dont l’une fait du bénévolat et l’autre assure l’intérieur de la maison.Chacune d’elles reçoit de divers côtés une masse d’informations qui tient pour une grande part à son activité propre.Compte tenu de la vitesse avec laquelle cette information se renouvelle, comment ces cinq femmes arriveront-elles à communiquer entre elles ce qui est important pour chacune?Comment chacune pourra-t-elle s’intéresser en profondeur à ce qui fait la vie des quatre autres ?Quand les horaires de travail diffèrent et que des réunions du soir retiennent au dehors telle ou telle à des jours différents, le problème de la communication relève de la quadrature du cercle.On s’ingénie à le vivre le mieux possible.On affiche des informations au « babillard ».On se glisse des « papiers » sous la porte.On laisse un mot sur la table avant de partir au travail.On enregistre sur bande magnétique les choses intéressantes qu’on a entendues et dont on voudrait faire bénéficier les autres.Heureuses les communautés religieuses où l’inventivité permet de partager à l’ensemble l’information que chaque membre souhaite faire circuler.Mais ceci étant acquis, peut-on dire de ces communautés religieuses qu’elles ont résolu le problème de la communication ?Certes, l’information y circule.Mais suffit-il que l’information circule dans la communauté pour que chacun des membres s’y sente en communication avec les autres ?Là est la vraie question.Appliquons-nous à bien la poser en prenant soigneusement en compte le fait qu’il s’agit d’hommes ou de femmes qui constituent ensemble une communauté religieuse chrétienne.115 Un aspect du mystère de vie Les communautés religieuses chrétiennes regroupent des hommes ou des femmes qui ont choisi de réaliser leur existence en marchant ensemble à la suite de Jésus-Christ.Cet énoncé est inspiré du Décret conciliaire « Perfectae caritatis».L’idée que la vie religieuse chrétienne est une marche à la suite de Jésus-Christ s’y trouve exprimée sept fois.Mais encore faudrait-il bien savoir en quoi consiste une telle marche.Que signifie donc cette formule : marcher à la suite de Jésus-Christ ?Il est évident qu’il ne s’agit pas de refaire les itinéraires géographiques parcourus par Jésus-Christ en Palestine il y a 19 siècles et demi.Mais alors, de quels itinéraires s’agit-il?Où?Quand ?Comment des hommes et des femmes d’aujourd’hui sont-ils en marche à la suite de Jésus-Christ ?Depuis le XV° siècle, on a généralement répondu à cette question en termes d’imitation.Reproduire les attitudes et gestes dont les évangiles rendent compte en parlant de Jésus-Christ, n’est-ce pas le suivre sur les chemins où il a marché ?Cette manière de suivre Jésus-Christ n’a-t-elle pas été la pratique mise en oeuvre par les saints dans le passé ?Il est bien vrai que de nombreuses générations nous ont précédés qui ont suivi Jésus-Christ en s’appliquant à l’imiter.Sans doute le pouvaient-elles encore.Malgré la distance des siècles, la différence entre leur monde et le monde de Jésus n’était pas tellement grande; on changeait de pays et de siècle.Mais depuis quelques générations, l’idée d’imiter Jésus-Christ devient de plus en plus invraisemblable.Entre le monde de Jésus et notre monde moderne s’est instaurée une distance de type nouveau qu’on appelle la distance culturelle.Nous n’avons pas seulement changé de pays et de siècle mais de planète et même d’univers.Comment imiter Jésus-Christ dans l’usage que je fais du téléphone, de la radio, du minitel, de l’ordinateur, des moyens de transport rapide.bref de toutes ces techniques de communication dont nous usons quotidiennement ?Suivre Jésus ne peut plus se comprendre au sens de reproduire simplement les attitudes ou gestes qui 116 caractérisaient le comportement du fils de Marie aux yeux de ses contemporains.Il nous faut, derrière ces attitudes et comportements, retrouver l’axe fondamental de l’itinéraire qui fut le sien.Et il nous faut ensuite chercher à partir de cet axe les solutions à donner au problème de la communication.L’axe fondamental de l’itinéraire suivi par Jésus-Christ nous est clairement signifié dans les évangiles, plus particulièrement dans celui de Saint Jean.C’est sa démarche de « retour au Père ».Peut-être avons-nous besoin de redonner à cette expression évangélique sa fraîcheur première pour en retrouver à la fois la densité théologique et la portée humaine.Quand Jésus fait retour au Père, il trace l’itinéraire vers la vie pour l’humanité entière.La ramener au Père, c’est la ramener à la source de la vie.L’humanité s’est égarée en tous sens.Il s’agit de lui donner le moyen de se rassembler et de se mettre en marche vers la vie.Jésus dit à chacun : « Viens, suis-moi!.» Ce « Viens, suis-moi ! » signifie «Viens au Père, avec moi, pour boire à l’unique source de vie qui jamais ne tarira.» Tel est l’axe fondamental de l’itinéraire sur lequel il s’agit de suivre Jésus-Christ.Sur cet itinéraire de retour au Père, Jésus-Christ peut nous entraîner parce qu’il est à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme.En lui, l’homme né de Marie épouse parfaitement le mouvement par lequel, depuis toujours, le Verbe de Vie fait retour au Père de qui il est sorti.Depuis toujours, ce Verbe de Vie, renvoyé par l’Esprit, fait retour au Père qui n’arrête pas de le dire.Dans le mystère du Dieu-Vivant, le retour au Père parachève le mouvement de la Parole échangée entre le Père et l’Esprit.Or ce mouvement de la parole qui s’échange depuis toujours entre le Père et l’Esprit nous donne le modèle exemplaire de la vraie communication.Cette communication est vraie parce qu’elle ne se borne pas à « faire circuler » de l’information entre le Père et l’Esprit mais que, par elle, tout ce qui est au Père est aussi à l’Esprit dans l’échange qu’ils font de l’unique Verbe de Vie.C’est à entrer dans ce mouvement de la parole échangée que Jésus nous invite quand il nous dit à tous: «Viens! Suis- 117 moi!.» En sa personne, le créé est déjà entré dans la « communication vraie » qui se vit en Dieu depuis toujours.Se mettre en marche à sa suite, c’est entrer dans ce mystère de la vraie communication.La question sera donc de s’investir vraiment, en tant qu’homme, en tant que femme, dans la démarche de retour au Père.Une telle démarche ne demande pas qu’on fasse des choses particulières.Elle consiste tout simplement à vivre en vérité la communication.Mais, en référence à ce qui nous est révélé du mystère de vie par Jésus-Christ, on sait ce que « vivre en vérité la communication » veut dire.Quand on communique avec autrui, c’est quelque chose de soi-même qu’on lui livre avec ce qu’on dit.et pas seulement de l’information.Le fait que l’information y circule ne suffit pas à faire qu’un groupe vit à la suite de Jésus-Christ.Une exigence particulière On peut dès lors comprendre qu’il n’y a de marche à la suite de Jésus-Christ que dans une démarche de désappropriation de soi.On suit Jésus-Christ sur l’itinéraire où il nous entraîne en renonçant à être propriétaire de soi.On se veut simple gérant des biens que l’on détient et de ce bien suréminent et merveilleux qu’on est soi-même.En ce qu’on dit, ce n’est pas seulement de l’information qu’on échange.On communique aussi ce que l’on a et ce que l’on est.C’est là ce que Jésus a fait.C’est en cela qu’a consisté son itinéraire.À le suivre sur cet itinéraire tout chrétien est appelé par son baptême.Ce sacrement l’a immergé dans l’univers divin de la vraie communication.C’est le sens du mot «communicantes» dans le texte latin de la première prière eucharistique.Dans la vie religieuse chrétienne, l’appel à suivre Jésus-Christ trouve une expression spécifique dans le fait qu’on y répond « à plusieurs ensemble».Insistons sur le fait que la formule «à plusieurs ensemble » n’est pas une simple redondance.On peut en effet être ensemble sans être à plusieurs : il suffit que l’unité du groupe soit le fait de l’aliénation de tous ses membres à un 118 seul.De même, on peut aussi être à plusieurs sans être ensemble : il suffit que l’unité du groupe ne soit maintenue qu’en laissant chacun «suivre son propre chemin».Dans chacun de ces deux cas, l’axe fondamental de l’itinéraire suivi par Jésus-Christ n’est plus respecté.Qu’on soit devenu propriété d’autrui ou qu’on reste propriétaire de soi, on ne fait plus retour au Père avec Jésus-Christ.Inutile alors de rêver de vraie communication.Même si on met à contribution les moyens techniques de communication les plus raffinés, cette vraie communication ne s’instaurera pas.On aura simplement obtenu que l’information circule au mieux.Mais on ne sera pas avec Jésus-Christ dans l’univers divin de la communication qu’est la Parole échangée.« La loi de la communication vraie est à apprendre de celle que François d’Assise aimait appeler Dame Pauvreté».Dans l’article pour la REPSA que j’ai évoqué en commençant, c’est sur cette affirmation que me sont venues les réactions les plus étonnées mais aussi, plusieurs fois, les plus émerveillées.Dans un monde où les moyens de communications, en se sophistiquant, deviennent de plus en plus l’apanage de ceux qui ont de l’argent, il est paradoxal de tenir un tel propos.Nous voyons l’homme moderne investir des milliards à perfectionner les moyens de communication en lançant dans l’espace des satellites géostationnaires et en immergeant dans les océans des milliers de kilomètres de cables à fibres optiques.Mais nous voyons au même moment l’information circuler et l’incompréhension grandir entre les hommes.Car on fait circuler l’information en laissant ou en faisant jouer les mécanismes qui font aller les biens toujours du même côté.Entre forts et faibles, riches et pauvres, repus et affamés, l’information n’a jamais été aussi dense.Mais la communication est plus précaire peut-être que jamais.Un mur d’incompréhension se dresse, de plus en plus haut et épais, entre un univers de possesseurs qui s’encroûtent dans leur inconscience et un univers de jalousie où fermentent des germes de haine.Mais n’est-ce pas l’équivalent de cet état de choses qui peut se vivre à échelle infinitésimale, dans une communauté religieuse où l’on a perdu le sens de ce qu’est la marche à la suite de Jésus-Christ ?119 Cette question permet d’en rejoindre une autre qui hante depuis quelques décennies les communautés religieuses des pays dits développés.On n’arrête plus de s’y interroger sur ce que signifie le voeu de pauvreté dans des sociétés d’abondance d’où a été bannie la pénurie.Peut-être ce voeu ne retrouvera-t-il un contenu concret dans nos cultures modernes qu’en étant mis en rapport avec le problème de la communication.Pas de communication vraie là où ne prévaut pas une disposition de désappropriation de soi et des biens dont on dispose.S’il en est vraiment ainsi, le voeu de pauvreté prend une signification nouvelle.Et les communautés religieuses ont quelque chose d’actuel à dire au monde.Responsables de la bonne nouvelle Prises dans le mouvement d’accélération du temps qu’entraîne le recours aux moyens modernes de communication, les communautés religieuses chrétiennes sentent s’instaurer un décalage entre ce qu’elles se doivent d’être et le niveau de communication que le recours aux moyens utilisés par tous leur permet d’atteindre.Groupes d’hommes ou de femmes engagés à marcher ensemble à la suite de Jésus-Christ, il incombe à ces communautés d’être des cellules vivantes de vraie communication.Jean-Baptiste de la Salle disait à ses frères que la communauté doit être une image de la Trinité.Il peut en être ainsi dans la mesure où s’instaure entre frères ou entre soeurs une communication vraie ne se bornant pas à faire circuler de l’information mais constituant une vraie parole échangée.Au milieu d’un monde avide d’entendre «la dernière nouvelle», des communautés religieuses où se vit la communication peuvent faire entendre « la bonne nouvelle ».Par le voeux de pauvreté elles sont en mesure de remplir cette mission, bien plus et bien mieux que si elles disposaient des moyens techniques de communication les plus coûteux.120 Jésus et le désir humain Sébastien Moore * Que veut-on dire quand on parle de la résurrection de Jésus ?Plus précisément, que proclamaient ceux qui en furent les premiers proclamateurs ?Était-ce leur certitude que Jésus, bien qu’il fût mort, était resté une force agissante dans la communauté ?De nos jours, beaucoup de théologiens voient les choses ainsi.Ils envisagent la résurrection comme la foi de Jésus qui s’affirme par-delà les limites de la mort.À mon avis, cette position abandonne l’essentinel de la foi en la résurrection.Il ne s’agit pas seulement de croire que la vie de Jésus continue après sa mort.Il faut voir également que cette vie, consommée dans la mort, est confirmée par l’Absolu, par le sens ultime de l’existence.Dans son livre Jesus the Man and the Myth, James Mackey fait du deuil bien vécu un modèle pour comprendre la résurrection.Cela me rappelle qu’Erik Erikson caractérisait la condition humaine comme marquée par une «exceeding darkness» et une «underserved light».La façon de voir la résurrection que je n’admets pas n’incorpore justement pas « l’excessive obscurité » dans laquelle le crucifiement de Jésus avait plongé ses disciples abasourdis par ce choc ; elle n’incorpore pas non plus « la lumière non méritée » qui dissipa ces ténèbres trois jours après.Ce qui en résulte, c’est un christianisme en couleurs pastel.Ce christianisme ne m’intéresse pas.C’est à cause de la « lumière non méritée » que Jésus fut reconnu comme « Christ et Seigneur » et que Thomas s’écria : * Sébastien Moore est un bénédictin anglais et il enseigne la théologie au Boston College.Son texte a été traduit par Louis Roy, o.p.121 «Mon Seigneur et mon Dieu».La vraie question, à mon sens, est donc : Comment cette lumière se fit-elle jour dans la rencontre avec Jésus ?Comment les disciples réalisèrent-ils que « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » ?Pour répondre à cette question, il nous faut voir, dans les « apparitions » le fait que l’âme reconnaît son Dieu.Comme Jean de la Croix le dit, l’âme reconnaît son Dieu à travers l’aspiration unique et indéniable qui se met en branle dans ses profondeurs.Il écrit : « Je n’apercevais rien pour me guider que la lumière qui brûlait dans mon coeur.» Nous avons donc besoin d’une psychologie du désir, une psychologie qui couvre tout l’éventail allant des origines de la conscience à l’union finale, une psychologie qui comprend que l’éros vise à l’union et sait quand la fin est en vue.Si nous avions cette psychologie de l’intentionnalité, nous pourrions concevoir une situation où la communauté discernerait la venue de Dieu.Et comment la discernerions-nous?Dans l’expérience que notre désir est comblé.Pour la communauté que j’ai en tête, Jésus incarnait le désir illimité, le désir qui vise à la déification.Toute la morale de Jésus s’appuie sur cette anthropologie implicite.Elle se résume dans son image du règne de Dieu, que personne ne comprit vraiment de son vivant.Quelles qu’aient été les idées de Jésus sur la venue imminente du Royaume, il faut souligner que la certitude qu’il avait que le monde se consommerait dans l’amour nous en dit long sur lui-même.Quand ses disciples le virent après sa mort, ils découvrirent que cette certitude n’était pas une illusion.Ils s’en rendirent compte grâce à la libération du désir qui se produisait en eux.Jésus avait éveillé en eux ce désir en leur communiquant l’espérance de la déification ; puis sa mort avait purifié ce désir en lui enlevant tous les appuis finis qui accompagnent cette espérance ; de la sorte, après la mort de Jésus, ce désir put le voir tel qu’il est maintenant, à savoir comme notre humanité ayant atteint son but, sa pleine humanisation, sa déification.Le Christ ressuscité est donc notre humanité parvenue à la fin d’une histoire qui prend sa source en Dieu.Jésus est l’Alpha et l’Omega, l’éros humain confirmé dans le feu divin.Malheureu- 122 sement notre psychologie actuelle se fait sous le signe de la colonne impériale brisée, pour employer une expression de T.S.Eliot.Il nous manque une psychologie de l’achèvement.La théologie est inévitablement conditionnée par cette déficience de notre culture.Quand elle parle de la résurrection de Jésus, elle ne réussit pas à médiatiser la provocante et dangereuse certitude qui électrisait les premiers proclamateurs de la foi chrétienne.Elle n’arrive pas à dire ce qui s’éveille en l’être humain quand Jésus apparaît.Elle reste incapable de dire ce que virent les disciples.Elle s’avère une simple version théologique de la chanson de la guerre civile américaine, « John Brown’s Body ».Voilà la raison pour laquelle je travaille continuellement à l’élaboration d’une psychologie du désir humain tendant vers Dieu.Il s’agit d’une psychologie qui trouve, dans le Christ ressuscité, «Jésus, joie de l’âme qui le désire», d’une manière qui n’est pas piétiste mais, au contraire, basée sur une profonde connaissance de nous-mêmes.La clé qui ouvre la porte de cette psychologie est la suivante : dans les crises de croissance qui se succèdent au cours de notre vie, le désir se trouve une scène de plus en plus vaste ; et cette scène, c’est la vie comme permettant au désir de se libérer progressivement et de devenir enfin lui-même.Les récits évangéliques trouvent leur sommet dans la crise de croissance finale, qui implique, chez les disciples, agonie, trahison, reniement, suicide, détresse et fuite, mais qui se consomme sur le chemin d’emmaus.« Notre coeur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin ?» De temps en temps, une question me retient : Accorderais-je trop d’importance à la reconstitution de la psychologie d’un petit groupe de disciples qui vécurent il y a deux mille ans ?Comment pouvons-nous vérifier si les choses se sont passées ainsi ?Plus précisément, pourquoi mettre l’accent sur la psychologie de cet épisode, sur le scandale de la croix, sur cette mort du sens qui prépare au dévoilement du sens de la mort ?Ma réponse est la suivante.Ce que j’explore, ce sont « les exigences psychologiques de l’histoire devenant foi».Une telle gestation ne pouvait faire l’économie d’un traumatisme.La communauté de foi qui fit 123 l’expérience, en ce monde, de la crise finale et de la transformation du moi, naquit dans le sang.Il n’y a pas d’évolution graduelle entre le rabbin de Galilée que fut Jésus et cet Ignace de Loyola qui demandait dans sa prière de s’enivrer avec le sang du Christ.C’est en un instant que s’accomplit ce passage de « l’excessive obscurité» à la «lumière non méritée».Autrement, nous ne sommes pas en face d’une histoire devenant foi, mais seulement d’une histoire à laquelle succède la foi.Vous reconnaissez ici la version si répandue d’après laquelle un rabbin de Galilée, qui connut un destin semblable à bien d’autres penseurs non conventionnels, fut transformé en le Christ de la foi, archétype institutionnalisé du soi profond.Pour ma part, ce n’est pas pour un archétype que je reste dans l’Église, surtout en ces temps où les autorités de l’Église causent tant de scandale.124 Les livres Commission théologique et doctrinale inter-anglicane, Pour l’amour du royaume, Éditions Bellarmin, 1989, 82 pages.Le présent texte présente un double intérêt.D’une part, il propose une vision théologique de la présence des chrétiens dans le monde, des rapports entre Église et communion spirituelle, y incluant des perspectives et des thèmes proches de la théologie de la libération : « l’orientation des croyants vers la cause des opprimés et de ceux qu’on foule aux pieds est une perpétuelle remise en question.» Le second intérêt du document est sa publication en français.Traditionnellement, l’anglicanisme est lié à la langue anglaise.La parution de ce texte officiel en d’autres langues que l’anglais, particulièrement en français, témoigne d’un souci d’ouverture, d’une recherche pour dépasser les limites d’une culture et devenir perméable à une interrogation plus large, plus féconde.Des Rivières, Madeleine, Une femme, mille enfants, Éditions Bellarmin, 1987, 271 pp.Au début du siècle, plus d’un enfant sur quatre meurt avant d’avoir atteint l’âge d’un an.Émue par cette situation situation, Irma Le Vasseur, première femme médecin canadienne-française, sensibilise à ce problème son milieu professionnel et son entourage.La rencontre de Justine Lacoste Beaubien et la générosité d’amis et de bienfaiteurs permettront, le 26 novembre 1907, l’ouverture du premier hôpital pour enfants de Montréal dans une maison prêtée, rue Saint-Denis.L’enfant moribond qu’lrma Le Vasseur gardait chez elle devient le premier patient de cet hôpital de douze lits: l’Hôpital Sainte-Justine pour les enfants.Irma Le Vasseur donne l’élan à l’oeuvre, mais s’en retire très tôt après la fondation.Justine Lacoste Beaubien prendra la relève et sera l’âme et l’inspiration de cet hôpital qui fête en 1987 ses quatre-vingts ans.Pendant soixante ans, elle en présidera le conseil d’administration (uniquement féminin pendant plus de cinquante ans).Justine Lacoste Beau-bien, c’est la femme audacieuse, féministe, tenace mais avant tout profondément chrétienne.Le soin et la guérison de l’enfant malade ont été sa raison de vivre.Lemieux, Lucien, Les XVIIIe et XIXe siècles, Tome 1, Les années difficiles (1760-1839) Éditions Boréal, 1989, 438 pages.De la Conquête britannique de 1760 jusqu’à la fin des Rébellions de 1837-1838, l’Église du Québec a sans doute connu sa période la plus sombre.Après avoir survécu à la menace que font peser sur son existence les nouveaux maîtres anglicans, elle voit son autorité minée par l’avènement du parlementarisme, avant de se couper elle-même des forces vives de la nation en condamnant l’insurrection des 125 patriotes.Le clergé n’en continue pas moins de régler les travaux et les jours, à travers la liturgie, l’éducation et les oeuvres sociales.Après ces « années difficiles», l’Église pourra ainsi regagner amplement le terrain perdu et connaître la formidable expansion qui a marqué cette société jusqu’à une époque toute récente.Petitclerc, Jean Marie, Éduquer aujourd’hui pour demain, Éditions Salvator, 1988, 111 pages.Dans un monde en pleine mutation, où il n’est guère de domaine qui ne soit hanté par l’idée de crise, l’éducation ne va plus de soi.Éduquer aujourd’hui pour demain, c’est prendre en compte la réalité du jeune tel qu’il est aujourd’hui, en nouant avec lui une relation affectueuse et confiante.mais c’est aussi le préparer à s’inmsérer dans le monde de demain, dont nous voyons dès à présent se dessiner les contours.Ces pages posent quelques jalons pour une éducation dans la confiance, confiance en les jeunes d’aujourd’hui, confiance en l’avenir, à l’heure où il devient urgent de relever les défis de la modernité.Et puisque l’acte éducatif est d’abord et avant tout acte de foi, d’espérance et d’amour envers le jeune, il peut être relu par le chrétien à la lumière évangélique.Car il en va du Royaume de Dieu comme d’une graine qui pousse, comme d’un enfant qui grandit.Voici que l’éducation peut être lue comme parabole du Royaume.Rougier, Stan, Clins Dieu, Éditions Salvator, 1989, 179 pages.Stan Rougier est un écrivain dont les livres ont une audience hors du cercle des croyants.Et pourtant, il ne parle que de Dieu.Un Dieu qui passe dans la vie de chacun en y laissant des traces d’amour et de joie.Ce « trappeur de Dieu » ne nous fatigue pas avec des idées qui figent le réel.C’est un conteur, un «guetteur de signes».Pour lui, tout est clin d’oeil de Dieu.Un Dieu inouï de Tendresse est là, tout proche.Comment nous y prenons-nous pour ne pas Le reconnaître ?Le mal, lui-même, parle de Lui puisqu’il crie Son absence.Ce livre, au dynamisme contagieux, transmet un message inépuisable : « Dieu croit en moi.Il m’aime donc je suis.» En collaboration, Une promesse d’avenir, Éditions Paulines, 1990, 130 pages.L’espoir fait partie de la structure la plus profonde de l’être humain.Que nous resterait-il, en effet, si nous perdions la capacité d’entrevoir l’avenir avec optimisme ?Se peut-il que notre regard se limite à notre petit monde clos ?Si oui.cela signifierait qu’en définitive, c’est la mort qui sort gagnante de la vie.Et pourtant, nous sommes des porteurs de vie.Notre aptitude à garder espoir malgré les difficultés est surprenante.Nous voulons croire en l’avenir, à une promesse de bonheur.Chez les chrétiens, l’espoir humain se change en espérance.Jésus Christ, par sa mort sur la Croix, est venu transformer radicalement ce monde-ci.Il a ouvert une brèche dans l’univers clos au sein duquel nous évoluons.Il a allumé une petite flamme pour que nous comprenions la grandeur de notre petitesse, la force de notre faiblesse, Oui ! La promesse d’un avenir meilleur existe.Elle est enfouie profondément au coeur de notre quotidien, attendant une réaction de notre part pour se manifester.126 MAISON DU RENOUVEAU Retraites d’André Daigneault 1991 10 au 12 mai APPRENDRE À AIMER POUR DEVENIR 65$ TÉMOINS DE L’AMOUR Dans un monde qui se moque de l’amour, de la fidélité ; l’évangile a quelque chose à nous dire sur l’amour, le couple, le mariage, la sexualité.Il nous faut bâtir la civilisation de l’amour.Pour les personnes de 16 à 25 ans.25 au 30 août AU COEUR DE LA MISÈRE, LA 150 $ MISÉRICORDE Dans un monde de misère comme nous vivons, comment redécouvrir l’espérance et devenir des disciples de miséricorde.Durant cette semaine de retraite, à l’aide de la spiritualité de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de l’encyclique de Jean-Paul II sur la miséricorde, nous cherchons dans nos vies et dans la parole de Dieu, comment à travers nos blessures et nos misères nous pourrons trouver toujours la miséricorde de Dieu.Cette retraite s’adresse à tout le monde ; personnes seules, couples, religieux (ses) et prêtres.Dans un climat de repos, de prière et de silence.MAISON DU RENOUVEAU — AVIS La Maison du Renouveau, en banlieue de Québec, désire aviser toutes les communautés religieuses ou autres groupes qu’il est maintenant possible de louer ou réserver toute la Maison pendant une semaine ou plus et ce, pendant toute l’année.Endroit idéal pour retraites annuelles.Climat de prière et de calme dans une maison avec cachet familiat et chaleureux.Capacité 52 lits (ou 30 chambres si les gens désirent être seuls.) Pour informations : Jacques Roy, Maison du Renouveau 870, carré de Tracy est, C.P.7127 Charlesbourg, Québec (Québec) G1G 5E1 Tél.: (418) 623-5597 127 RETRAITES AU BUISSON-ARDENT 28 mars (20 h 30) au 31 mars ( 9 h) 1991 MONTÉE PASCALE Les Jours Saints vécus « En Église ».Inscription écrite obligatoire de 15 $ déduite du coût total de 60$.Tous/tes L’Équipe DU B-A (819) 566-5877 12 au 14 avril 1991 Retraite charismatique “Libération et guérison intérieure » Inscription écrite obligatoire de 10 $ déduite du coût total de 55 $.Tous/tes P.Benoit Brunelle et l’équipe du B-A 10 au 12 mai 1991 Retraite Mariale « Avec Marie c’est toute une vie».Inscription écrite obligatoire de 10 $ déduite du coût de 55 $.Tous/tes P.Roger St-Arnaud, ofm.Renseignements : (819) 566-5877 LE BUISSON ARDENT Les Franciscains 319, rue Queen Lennoxville (Québec) J1M 1K8 WÊËtÊKÈÊÊÊÊÊHÈÊÈ WÊÊËÈmm 128 Exemplaires disponibles Si vous desirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les themes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l’adresse et aux prix suivants : 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2.50$ l’exemplaire 2 00$ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Partage fraternel De nombreuses communautés locales, situées en pays pauvres, seraient eureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d’assumer les frais d’abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d un abonnement, n’ont qu’à envoyer leur contribution au nom et à I adresse suivante : La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750, boulevard Rosemont Montréal, Qué., Canada.H1T2H2 Merci d’avance, au nom des bénéficiaires. ta vie 5750, boulevard Rosemont des communautés Montréal, Québec, religieuses Canada H1T 2H2
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