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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mai-Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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Références

La vie des communautés religieuses /, 1996-05, Collections de BAnQ.

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LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ _ RELIGIEU/E/ WW irtfi.Vol.54, no 3 mai - juin 1996 !¦¦¦¦¦¦¦¦ ¦>¦¦¦¦¦!¦¦¦ I :• • ¦ ill LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819)293-8736 Téléc.: (819)293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 18,00$ (70FF) (435FB) par avion : 22,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 25,00$ Dans la revue de mars-avril, il s’est malheureusement glissé une erreur typographique dans la liste des membres du consortium.Nous prions Sr Madeleine Rochette, supérieure générale des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, d’excuser cet erratum que nous regrettons profondément.CONSORTIUM Sr Aline Vadnais, s.a.s.v.R Thomas-Raymond Potvin, o.p.Sr Florence Vinet, s.n.j.m.Sr Yvette Bellerose, s.s.a.Sr Liette Finnerty, c.s.c.Fr Maurice Lapointe, f.é.c.Sr Madeleine Rochette, c.n.d.sup.gén.présidente sup.prov.vice-président sup.prov.vice-présidente sup.gén.sup.gén.sup.prov.sup.gén.129 SOMMAIRE Vol.55 mai-juin 1996 En ce temps de Pentecôte, nous centrons notre réflexion sur l’Esprit Saint, sur sa présence dans l’Église et en chacun de nous, suscitant une fidélité baptismale toujours croissante.Vivre sous la mouvance de l’Esprit Jacques Lewis, s.j.132-151 L’auteur identifie l’Esprit comme “Souffle saint de Dieu” en développant les caractéristiques de sa puissance d’action, sa puisssance de vie et sa puissance d’amour.Il nous montre ensuite comment la présence active de l’Esprit se manifeste en Jésus, dans l’Eglise et dans notre existence ordinaire de croyants.P.Lewis développe deux aspects de cette oeuvre du Saint Esprit: les charismes et la sanctification nous entraînant ainsi dans un cheminement spirituel de joie chrétienne qui lui est familier.L’Esprit dans l’Église Alfred Ducharme, s.j.152-167 Demeurer sous la mouvance de l’Esprit, chercher la lumière dans le Christ de l’Évangile et vivre dans le grand courant spirituel qui anime l’Église en cette fin du 20ème siècle, voilà ce à quoi nous invite l’auteur à travers un texte d’une profonde richesse intérieure.Les nombreuses citations bibliques enrichissent notre réflexion et nous convainquent agréablement que c’est l’Esprit qui édifie l’Église.130 Le baptême, semence de vie spirituelle Pierre Robert 168-184 Pierre Robert nous présente une relecture très bien documentée de la théologie paulinienne du baptême.Baptisés dans le Christ, nous sommes associés, unis, greffés au Christ, tous engagés dans sa mort et sa résurrection.Tout en demeurant sous la mouvance de l’Esprit, l’auteur nous invite “à mener une vie digne de l’appel reçu” Eph.4,1 et à avoir un coeur-Église, soucieux de la croissance du Corps entier.A propos de l’article Thérapie ou salut chrétien de Louis Roy, o.p.Paul-André Giguère Louis Roy, o.p.185-192 Paul-André Giguère nous fait part de ses réactions à la lecture de l’article “Thérapie ou salut chrétien” publié dans notre revue de janvier-février 1996.A son tour, l’auteur clarifie ses opinions.Ces interventions apportent, au bénéfice des lecteurs et lectrices, un nouvel éclairage sur le sujet.131 VIVRE SOUS LA MOUVANCE DU SOUFFLE SAINT P.Jacques Lewis, s.j.Les Actes des Apôtres rapportent que saint Paul, parti en randonnée missionnaire, s’amène un jour dans l’importante ville d’Éphèse, en Asie mineure (la Turquie actuelle).Il y trouve quelques disciples auxquels il demande: “Avez-vous reçu l’Esprit Saint quand vous êtes devenus croyants?” Ils répondent: “Mais nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint!” (Ac 19,1 ss), voulant sans doute indiquer par là qu’ils ignorent l’événement de la Pentecôte et ce qui l’a suivi.Ces convertis baptisés par le Précurseur Jean ne savent pas que l’Esprit a fait irruption dans le monde et qu’ainsi il a réalisé la prophétie suivante de Joël: “Dans les derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai de mon Esprit sur toute chair” ( Jn 3,1; Ac 2,17).Reconnaissons que nous-mêmes à qui la Pentecôte est connue, nous sommes peut-être enclins à négliger le rôle de l’Esprit Saint dans notre vie spirituelle, alors qu’il a été fermement annoncé et promis par le Seigneur Jésus comme une réalité essentielle, puis fortement souligné par saint Paul dans ses lettres, et illustré maintes fois dans les récits que contiennent les Actes des Apôtres.On est exposé à commettre cette erreur, pour une part, parce que, si l’intervention de l’Esprit peut retentir comme “le bruit d’un coup de vent impétueux” (Ac 2,2), elle sait aussi se faire discrète comme “le bruissement d’un souffle ténu” (1R 19,12).Interrogeons ici la Révélation divine pour accroître nos convictions au sujet de l’Esprit agissant parmi nous et pour connaître aussi nettement et pleinement que possible ce qui le concerne.132 Qui est l’Esprit Saint?Un Hébreu aurait été aussitôt et vivement étonné par cette question, car à son sens le mot “esprit” désignait quelque chose et non pas quelqu’un, comme il nous est naturel de le penser après l’élaboration de la théologie distinguant les personnes dans la Trinité.Dans sa langue, le terme “ruah” ne s’appliquait pas à un être personnel, pas plus que ne font le vocable “pneuma” employé par la traduction grecque de l’Ancien Testament ou le terme “spiritus” utilisé par la version latine.Dans notre langue française, on rend ces trois vocables, tout à fait correctement, par le mot “souffle”.Ainsi donc, pour Israël, qui ne connaissait pas la Sainte Trinité, affirmer de Dieu qu’il avait un esprit, c’était simplement dire qu’il exerçait une activité qu’on pouvait faire comprendre par l’image du souffle.D’autres images étaient possibles, comme on le voit par des passages du Nouveau Testament où l’Esprit est associé à du vent, du feu, de l’eau courante, une atmosphère en expansion.Là encore il s’agit d’une action seulement.À cause de passages bien concrets des Écritures, nous pouvons nous faire aisément une représentation du Père et du Fils; l’Esprit, lui, n’a pas de visage, il est un dynamisme, un mouvement, une opération.Nous l’avons vu plus haut, Dieu “répand” son Esprit, qui produit des charismes et des prodiges durant les derniers jours, ainsi que le proclame Pierre, en citant le prophète Joël, lors de la Pentecôte (Ac 2, 17-21).L’Écriture présente l’Esprit Saint comme une énergie divine1.Caractéristiques de l’Esprit Cette énergie, les textes sacrés soulignent qu’elle est efficace.L’Esprit a été, par exemple, un agent de la Création et il le demeure toujours.Aux premiers versets de la Bible, il est dit que “le souffle de Dieu planait sur les eaux”, puis un psaume déclare : “Par sa parole, le Seigneur a fait les deux, et par le souffle de sa bouche toute leur armée” (Ps 33,6), de même qu’un autre psaume loue Yahvé en disant: “Tu envoies ton souffle, les êtres sont créés, et tu renouvelles la face 1 Cependant, vu le lien qui rattache le souffle à nos mouvements intérieurs qu’il exprime, le mot “esprit’ peut désigner, dans la Bible, une faculté de l’âme.Exemples: “Dieu, restaure en ma poitrine un esprit ferme'’ (Ps 51, 12); “Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur” (Le 1,47) 133 de la terre” (Ps 104, 30).Un personnage du Livre de Job affirme: “C’est l’esprit de Dieu qui m’a fait, le souffle du Puissant qui me fait vivre” (Jb 33,4).Remarquons ce titre de “Puissant”.L’action de l’Esprit porte la marque de l’efficacité, Le mot “esprit”, qui pour nous désigne une réalité immatérielle, suggérait pour un Hébreu de la force.Voici à ce sujet un passage révélateur du livre d’Isaïe où le prophète s’oppose à ce que son peuple fasse alliance avec l’Égypte dont il admire la cavalerie: “L’Égyptien est un homme et non un dieu, ses chevaux sont chair et non esprit”, de sorte qu’on ne saurait compter sur eux (Is 31,3).Yahvé, lui, est esprit, c’est-à-dire puissance; on peut se fier à son aide.Qu’on se rappelle la déclaration de Gabriel à Marie, dans laquelle il identifie l’Esprit à la puissance divine: “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre” (Le 1,35).Semblablement, juste avant son Ascension, Jésus annonce aux Apôtres: “Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui descendra sur vous” (Ac 1,8).Partout dans l’Écriture, l’Esprit apparaît avant tout comme un Pouvoir souverain.Cette puissance de l’Esprit Saint est notamment puissance de vie.Au début de l’humanité, si “l’homme devint un être vivant”, c’est que Dieu avait “soufflé” dans ses narines (Gn 2,7).De même les animaux “expirent” quand Dieu “leur reprend le souffle” et, quand il “leur envoie le souffle, ils sont créés” (Ps 104,30).Jésus enseigne qu’il faut “naître” de l'Esprit (Jn 3,6.8) et que ses paroles sont “esprit et vie” (Jn 6,63) : Elles agissent en suscitant de la vie; sur la croix il meurt pour notre vie en “livrant l’Esprit” (Jn 19,30); après sa résurrection, il “souffle” sur les Apôtres pour leur donner pouvoir contre les péchés ennemis de la vie (Jn 20,22s).Il est celui qui “baptise (fait vivre) d’Esprit Saint” (Mc 1,8).Il est venu, n’est-ce pas, “pour qu’on ait la vie en abondance” (Jn 10,10).En outre, troisième caractéristique, l’Esprit est puissance d’amour.Cet amour est d’abord celui qui surgit en Dieu et s’adresse à nous: “L’amour de Dieu (pour nous) a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rm 5,5), et cet amour divin a trouvé sa manifestation suprême dans le fait que “le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs” (Rm 5,8).D’un autre côté, l’Esprit rend le chrétien fils de Dieu, apte à désigner celui- 134 ci comme “Abba” (Père), dans l’amour filial (Rm 8,15; Ga 4,6); car nous sommes “armés de puissance par l’Esprit pour que le Christ habite en nos coeurs et que nous soyons enracinés et fondés dans l’amour “(Eph 3, 16ss).L’Esprit est donc la source de l’amour, et en Dieu et en nous; par lui Dieu nous aime et par lui nous aimons Dieu.Et ce double amour a son lieu en Jésus le fils, de sorte que, grâce à l’amour, nous vivons dans la Trinité où le Père se porte vers son Fils dans l’amour qu’est l’Esprit et où le Fils se porte vers son Père dans le même Esprit.Ajoutons que se produit en nos coeurs ce que saint Paul appelle le “fruit de l’Esprit” (Ga 5,22), c’est-à-dire l’ensemble des dispositions qui ont trait à l’amour fraternel, Dieu est amour par l’Esprit et c’est par l’amour que l’Esprit nous divinise.Notons enfin qu’à l’idée de puissance, au sujet de l’Esprit, il faut joindre celle de profusion.L’Esprit Saint agit d’une manière efficace, mais aussi avec munificence.Nous l’avons vu plus haut, l’Esprit a plané au-dessus de tout “l’abîme” lors de la Création et “le Seigneur a fait l’armée des cieux par le souffle de sa bouche” (Ps 33,6).Son champ d’action est vaste.Dans le Nouveau Testament, il est affirmé que Jésus reçoit l’Esprit “sans mesure” (Jn 3,34); qu’il donne une eau devenant en l’homme une source “jaillissant” en vie éternelle (Jn 4,14); que de son sein couleront “des fleuves” d’eau vive qui sont l’Esprit (Jn 7,38s); que, grâce au mystère pascal, l’Esprit nous “fait accéder à la vérité tout entière” (Jn 16,13) et Dieu répand son Esprit “sur toute chair” (Ac 2,17).Par l’ouragan de la Pentecôte, l’Esprit du Seigneur envahit l’univers, si bien que, plus qu’au temps du Livre de la Sagesse.“l’Esprit remplit le monde” (Sg 1,7).Oui vraiment, Dieu entend renouveler par son souffle “la face de la terre” (Ps 104,30), et ainsi “toute chair verra le salut de Dieu” (Le 3,6 citant Is 40,5).Jésus et l’Esprit C’est en Jésus, comme on doit s’y attendre, que se réalise intégralement et se manifeste tout à fait la présence active de l’Esprit.Cela ressort intensément dans l’Évangile de Luc, où l’on voit que Jésus tient du Saint-Esprit son être même de Fils incarné et l’accomplissement de sa mission parmi les hommes.En effet, il est engendré dans le sein de Marie par “la puissance du Très-Haut” qu’est l’Esprit 135 Saint venant sur la Vierge; puis, au début de sa carrière, il reçoit son intronisation messianique quand, après son baptême dans le Jourdain, l’Esprit Saint descend sur lui, comme il avait plané au-dessus des eaux de la Création, et quand la voix du Père proclame: “Tu es mon fils; moi, aujourd’hui je t’ai engendré” comme Roi-Messie (Le 3,22), suivant l’oracle du Psaume 2.Après ce récit de l’investiture conférée par l’Esprit, Luc présente avec force, dans son chapitre suivant, Jésus emporté, coup sur coup, par le même Esprit Saint.Voyons cela.Aussitôt son baptême accompli, “Jésus, rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain et il était mené par l’Esprit à travers le désert où durant quarante jours, il fut tenté par le diable” (Le 4,1); après cette mise à l’épreuve, “il retourne en Galilée, avec la puissance de l’Esprit, et il enseigne dans les synagogues” (Le 4.14) ; il vient dans celle de Nazareth, lit et s’applique à lui-même le passage suivant d’Isaïe: “L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré pour porter la bonne nouvelle aux pauvres” et opérer des libérations (Le 4,16-19).Bien entendu, l’impulsion exercée sur Jésus par l’Esprit dure, comme la consécration, tout au long de la Vie publique.Luc le manifeste parfois explicitement au cours de son Évangile.Ainsi Jésus affirme, en 11,20, qu’il expulse les démons par “le doigt de Dieu”, c’est-à-dire par l’Esprit (voir Mt 12,28); Luc précise, en 10,21, que Jésus “tressaille de joie sous l’action de l’Esprit Saint” à un moment où il va bénir son Père, et qu’il affirme, en 11,13: “Si vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le prient.” Dans les Actes des Apôtres, livre écrit lui aussi par Luc, on rencontre l’affirmation suivante sur Jésus dans un discours de Pierre: “Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable, car Dieu était avec lui” (Ac 10,38).Et, dans le dernier élan de son coeur, au terme de sa vie terrestre, Jésus, dit la Lettre aux Hébreux, “s’est offert lui-même à Dieu par l’Esprit éternel comme une victime sans tache”.(He 9.14) .Il a vraiment été mû par l’Esprit tout au long de son ministère, depuis son baptême dans le Jourdain; puis sa résurrection a fait de lui un “esprit vivifiant” (1 Co 15,45).136 Jésus transmet l’Esprit Or, il faut le noter, l’assistance de l’Esprit Saint dont il a joui, Jésus la communique à ses envoyés de génération en génération.L’évangéliste de l’Esprit qu’est saint Luc nous en donne l’assurance tant à la fin de son premier écrit qu’au début du second.Le Ressuscité, apparaissant aux Apôtres juste avant son Ascension, fait d’eux ses témoins et leur annonce la Pentecôte en déclarant: “Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis.Demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en haut, revêtus de puissance.” Et cette promesse est reprise au premier chapitre des Actes: “Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.” La bénédiction que donne le Seigneur, à la fin de l’Évangile, juste avant qu’il soit emporté au ciel, ou plutôt au moment même où il y monte, signifie-t-elle autre chose que l’octroi de la puissance du Saint-Esprit pour la durée des siècles de l’Église?Il n’est pas étonnant qu’alors les Onze soient partis “en grande joie”.Retenons l’assertion ferme prononcée par Pierre au jour de la Pentecôte: “Exalté par la droite de Dieu, Jésus a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez” (Ac 2, 33).Ce fait que l’Esprit Saint soit transmis par Jésus glorifié, le Nouveau Testament le marque ici et là par l’emploi de la formule l’Esprit de Jésus” ou d’un équivalent.Par exemple, Luc écrit dans ses Actes: “Paul et Silas tentèrent de gagner la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus les en empêcha” (16,7); et saint Paul déclare dans une formulation vigoureuse: “Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas” (Rm 8,9), de même qu’il nous apprend la merveille suivante: “Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, qui crie: Abba, Père!” (Ga 4,6).L’oeuvre de l’Esprit Le rôle de l’Esprit a donc été de former Jésus dans le sein de la Vierge Marie, puis de le conduire dans l’accomplissement de sa mission au cours de sa vie publique, jusque dans l’offrande de sa mort 137 sur le Calvaire et dans sa glorification pascale.Or, une fois ressuscité, Jésus à son tour donne l’Esprit que le Père lui a dispensé avec plénitude.Il tient sa promesse formulée le soir du Jeudi saint: “Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, il me rendra témoignage” (Jn 15,26).Ainsi, lors de la Pentecôte, Pierre pourra citer le prophète Joël disant: “Il se fera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair.Et quiconque alors invoquera le nom du Seigneur (Jésus) sera sauvé” (Ac 2, 17-21).Au long de nos années et des siècles de l’Histoire, Jésus glorieux “souffle” sur le monde, comme sur les Apôtres au soir de Pâques (Jn 20,22 : “Recevez l’Esprit Saint”, pour que de lui surgissent l’Église et le Royaume de Dieu.Comme l’annonçait le Précurseur, il est “celui qui baptise dans l’Esprit Saint” (Jn 1,33).On le voit, la Pâques entraîne la Pentecôte, et la Pentecôte entraîne la présence du Christ “monté plus haut que tous les deux afin de remplir l’univers”, de sorte que “toutes choses soient ramenées sous un seul Chef, le Christ”, selon le “dessein bienveillant” du Père (Eph 4,I0; 1,9s).Et poussant plus loin sa révélation, Paul écrit aux Corinthiens: “Lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous” (1 Co 15,28).Telle est l’immense envergure de l’action du Saint-Esprit dans le Christ personnel, le Christ ecclésial, le Christ cosmique.L’Esprit à l’oeuvre chez les individus Outre cette grandiose action globale qui vient d’être mentionnée et à l’intérieur d’elle, l’Esprit Saint opère en chaque personne prise individuellement, de même que le pasteur Jésus appelle ses brebis une à une, chacune par son nom (Jn 10,3), et que le Ressuscité prononça le prénom de la Magdaléenne, près du tombeau vide (Jn 20,16).La puissance et l’universalité du Souffle divin ne font pas qu’il agisse dans l’anonymat d’une intervention massive.Il est attentif, avec une infaillible justesse, à chaque membre du genre humain que Dieu aime ou de l’Église que le Christ a épousée.Je relève ici les deux grands aspects de cette oeuvre du Saint-Esprit.138 CHARISMES.L’Église est un corps social.Comme tout organisme, elle comporte des fonctions et des services.L’Écriture nous apprend que l’Esprit Saint assure les unes et les autres par les “charismes”, c’est-à-dire des dons conférés, non pas directement pour le profit spirituel de ceux ou celles qui les reçoivent, mais pour le bien d’autrui et le bon fonctionnement de la communauté.Saint Paul est très explicite à ce sujet, particulièrement dans sa première Épître aux Corinthiens.Voici ce qu’il y expose, avant de présenter une comparaison avec le corps humain.“À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun.À l’un, c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit; à un autre la foi, dans le même Esprit; à tel autre les dons de guérison, dans l’unique Esprit; à tel autre la puissance d’opérer des miracles; à tel autre la prophétie; à tel autre le discernement des esprits; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter.Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend” ( I Co 12, 7-11).Ce texte détaillé, et même presque exhaustif, montre à l’évidence qu’aux yeux de Paul les charges ou les aptitudes sont multiples dans l’Église et que c’est l’Esprit qui les distribue: l’Apôtre mentionne celui-ci dans la présentation, puis la conclusion générale de son tableau, et aussi, entre les deux, à propos de chacun des charismes énumérés.L’Esprit Saint lui-même est l’animateur du Corps ecclésial et le pourvoyeur des attributions destinées aux divers membres.La vie de l’Église est, si l’on peut dire, entre ses mains divines; elle est confiée à ses soins et à sa puissance.C’est pourquoi les charismes sont vraiment parmi nous une “manifestation de l’Esprit”, suivant l’expression de Paul en I Co 12,7.Et ce déploiement des charismes est une des raisons pour lesquelles on a surnommé les Actes “L’évangile du Saint-Esprit”.Là encore l’Esprit Saint opère à partir de Jésus, plus exactement à partir du Ressuscité présent à son Église et lui envoyant “ce que le Père avait promis” (Ac 1,4), “la force d’en haut” (Le 24,49), “celle de l’Esprit Saint” (Ac 1,8).Il a fallu l’exaltation de Jésus par sa montée au ciel pour que les bienfaits des derniers temps soient dispensés au 139 genre humain.En plus d’avoir à “remplir toutes choses”, le Christ glorifié “a fait des dons aux hommes”; il “a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs organisant ainsi les fidèles pour l’oeuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ”, de sorte que “chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons” (Eph 4, 7-13).Cependant, Jésus n’est pas la source ultime de la munificence divine à notre endroit; il envoie l’Esprit, mais “d’auprès du Père” (Jn 15,26), à qui il déclare au soir du Jeudi saint: “Tout ce que tu m’as donné vient de toi” (Jn 17,7).Aussi Paul peut-il louer “le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, dans le Christ” (Eph 1,3), car il est “le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation” (2 Co 1,3), qui fait preuve d’une “sagesse infinie en ressources” (Eph 3,10).Oui, “tout don parfait descend d’en haut, du Père des lumières” (Je 1,17).SANCTIFICATION.Si l’Esprit Saint joue un rôle indispensable dans la marche de la communauté ecclésiale par l’octroi des charismes, il faut en dire autant à propos de la dimension intérieure de l’Église : celle des âmes, des contenus liturgiques, de l’action pastorale ou missionnaire.Il agit au niveau des services dans le réseau des relations communautaires, mais plus encore au niveau de la grâce, des réalités spirituelles intimes, de la vitalité secrète des baptisés, de la transformation des coeurs.Il s’intéresse au fonctionnement du corps de l’Église, mais combien davantage à son dynamisme profond et à l’instauration de l’amour qui doit cimenter la famille du Christ que forment “les frères”, suivant une appellation courante dans le livre des Actes des Apôtres.En un mot, il s’emploie par-dessus tout à la sanctification des membres de l’Église et par elle à la rénovation du monde.Là encore, naturellement, on retrouve le lien entre le Christ ressuscité et l’Esprit répandu.Au début de sa Lettre aux Romains, saint Paul évoque la figure de Jésus “établi Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté (ou “un esprit de sainteté”), par sa résurrection d’entre les morts” (Rm 1,4).Et dans le chapitre 15 de sa Première lettre aux Corinthiens, il déclare au sujet de Jésus que “le 140 dernier Adam a été fait esprit donnant la vie” (I Co 15,45), de même qu’il affirme ailleurs: “Si par la faute d’un seul (Adam) la mort a régné, à plus forte raison régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice” (Rm 5,17).Le Père a ressuscité Jésus par l’Esprit (voir Rm 8,11); une fois ressuscité, Jésus dispose de la puissance de l’Esprit pour nous donner la vie d’en haut, ou encore il a été investi à cet effet, par l’Esprit Saint, d’une force qui a fait de lui un “esprit vivifiant” (I Co 15,45).C’est grâce à son intime association avec l’Esprit que le Ressuscité peut “remplir l’univers” (Eph 4,10), ramener “toutes choses sous un seul Chef, le Christ” (Eph 1,10), et que “la création aura part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu” (Rm 8, 19.21).Tout cela, de la part de “Dieu, le Père de notre Seigneur” (Eph 1,3), car le Père est la source de tout bien, en même temps qu’il est le terme vers lequel nous tendons: “Tout est de lui et par lui et pour lui” (Rm 11,36); “Il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et par qui nous sommes” (I Co 8,6).Jésus, lui, est “le chemin” vers le Père (Jn 14,6); “par lui nous avons accès, en un seul Esprit, auprès du Père” (Eph 2,18).Par les textes rapportés ci-dessus (que nous devons surtout à saint Paul, dont les lettres mentionnent un peu plus de 90 fois la troisième personne de la Trinité), on se rend bien compte que toute cette sanctification opérée par l’Esprit déborde énormément le domaine de l’existence vertueuse menée par des personnes dont certaines sont officiellement déclarées “saintes” dans l’Église.Il s’agit, en effet, d’un véritable envahissement de la réalité extérieure à Dieu: l’Esprit pénètre l’être même du Christ, de son Corps, de l’univers, pour une glorification dépassant tout ce que nous pouvons concevoir ou imaginer.Grâce à l’action de l’Esprit, le Royaume inauguré par le Christ pascal achemine la Création entière vers “des deux nouveaux et une terre nouvelle” (2 Pi 3,13; cf.Ap 21,5), et une Église devenue “la Cité sainte brillant de la gloire même de Dieu” (Ap 21,10s), où “les justes resplendiront comme le soleil” (Mt 13,43).D’ici là, chaque fidèle passe par une refonte radicale, due à l’Esprit, qui lui a fait “revêtir le Seigneur Jésus Christ” (Ga 3,27) et avoir part à “l’Homme nouveau créé selon Dieu” (Eph 4,24).Suivant la déclaration fantastique de Jésus, par le baptême on est tellement “né de l’Esprit” qu’on “est esprit” (Jn 3,6), c’est-à-dire puissance de vie en Dieu.Le baptême, dit 141 saint Paul, est “un bain de rénovation en l’Esprit Saint, et cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous à profusion” (Tite 3,5s), si bien que nous sommes “animés d’une puissante énergie par la vigueur de la gloire divine” (Col 1,11).Les citations bibliques et les considérations apportées dans les pages qu’on vient de lire ci-dessus révèlent la force contenue dans l’affirmation suivante de saint Paul: “Nous vivons par l’Esprit” (Ga 5,25).Cette formule résume notre cheminement “spirituel”: faire route intérieurement, c’est disposer tant du dynamisme que du discernement que procure l’Esprit; c’est “marcher par l’Esprit”, dit encore Ga 5,25.Aussi saint Paul nous demande-t-il de ne pas le “contrister” (Eph 4,30).Le “Souffle saint de Dieu” Dans ce v.30 d’Eph 4 évoqué ci-dessus, Paul appelle la 3e personne de la Trinité “l’Esprit saint de Dieu”, et il a été dit plus haut qu’en Rm 1,4 il a recours à la désignation “l’Esprit de sainteté”.Dans l’ensemble de la Bible,on rencontre souvent le nom simple “Esprit”, mais souvent aussi l’appellation “Esprit Saint” ou “Saint-Esprit”, tandis que le Nouveau Testament n’applique l’épithète “saint” qu’une fois au Père (Jn 17,11) et deux fois à Jésus, avec le sens de “consacré” (Mc 1,24; Jn 6,69).Il semble donc que la sainteté soit particulièrement un attribut de la troisième des Personnes divines, son apanage en quelque sorte, à l’intérieur du Seigneur Dieu que la tradition hébraïque avait appris à nommer, avec Isaïe, le “Saint d’Israël” et dont elle honorait le “nom très saint” (Ps 33,21).Pourquoi en est-il ainsi?Qu’est-ce que la “sainteté” biblique?Trois passages de Prophètes anciens nous permettront de saisir sur le vif la réponse à cette question.En voici la substance.Au début de son chapitre 6, Isaïe rapporte une intervention céleste dont il a été gratifié.Il écrit: “Je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé.Sa traîne remplissait le Sanctuaire.Des séraphins se tenaient au-dessus de lui.Ils se criaient l’un à l’autre : “Saint, saint, saint le Seigneur, le tout-puissant, sa gloire emplit toute la terre!” Du coup Isaïe s’effraie, d’autant que les montants des portes se sont mis à trembler et qu’une 142 fumée remplissait le Temple: Comment ne serait-il pas “perdu”, lui l’impur qui a vu le Roi, Yahvé Sabaoth?Mais un séraphin vole vers lui et purifie ses lèvres avec une braise prise sur l’autel.Notre second passage se trouve dans le livre d’Osée.Au chapitre 11 de celui-ci, Dieu se plaint de l’apostasie à laquelle se livre son peuple et il songe à sévir contre lui, mais il se ravise en disant : “Comment t’abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël?Comment te traiterais-je comme Sodome, te rendrais-je semblable à Gomorrhe?Mon coeur se retourne en moi, toutes mes entrailles frémissent.Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère, je ne détruirai pas à nouveau Ephraïm, car je suis Dieu et non pas homme; au milieu de toi je suis le saint, et je ne viendrai pas avec fureur” (Os 11,8ss).Enfin notre troisième passage provient du livre d’Ézéchiel.Au temps de ce prophète aussi, le peuple s’est montré infidèle à Dieu; cette fois, il a été emmené en exil et alors il a attiré le mépris des nations tant sur son Seigneur que sur lui-même.Voici comment Yahvé réagit.“Ainsi parle le Seigneur Dieu: Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien à cause de mon saint nom que vous avez profané parmi les nations où vous êtes venus.Je montrerai la sainteté de mon grand nom (de mon être).Les nations connaîtront que je suis le Seigneur quand j’aurai montré ma sainteté en vous sous leurs yeux.” Alors suit, au long d’une quinzaine de versets, une abondante liste de bénédictions que Dieu va déverser sur son peuple pécheur: il le rassemblera sur son propre sol, le purifiera de toutes ses iniquités, lui donnera un coeur neuf et un esprit nouveau capables de docilité religieuse; il mettra en lui son Esprit; il accordera de plantureuses récoltes, il peuplera les villes, relèvera les ruines, fera de son pays dévasté un jardin d’Éden; il se laissera chercher par la maison d’Israël afin d’agir en sa faveur (Ez 36, 22-38).Voilà comment le Seigneur “montre sa sainteté” à son peuple prévaricateur.Un second témoignage d’Ézéchiel doit être ajouté ici à celui qui vient d’être rapporté.Au chapitre 47 de son livre, le même prophète, en exil avec son peuple à Babylone, décrit le nouveau Temple qui sera construit à Jérusalem et qui lui a été montré dans une vision.Il ne mentionne pas, dans son récit, la sainteté de Dieu, mais c’est tout comme, puisqu’il s’agit de la demeure du Saint d’Israël.Voici un résumé de ce qu’il nous apprend.Il a vu de l’eau qui sortait du Temple, en devenant toujours plus profonde dans son cours et en atteignant la largeur d’un 143 fleuve infranchissable, dont les eaux assainissaient celles de la mer où elles se déversaient, tout en fourmillant elles-mêmes de poissons, et dont les bords faisaient croître toutes sortes d’arbres fruitiers produisant chaque mois à jamais des fruits nouveaux servant de nourriture, tandis que les feuilles servaient de remède, “car cette eau venait du sanctuaire”.Abondance et vitalité paradisiaques.De ces textes se dégage, au sujet de la sainteté de Dieu, une notion à la fois grandiose et complexe.Dans la vision d’Isaïe, le Seigneur revêt une transcendance redoutable : il siège sur un trône très élevé; sa dignité est telle qu’il porte une traîne emplissant le sanctuaire; des êtres fabuleux se dressent autour de lui, en se couvrant le visage et le corps, dans leur crainte religieuse, avec les paires d’ailes dont ils sont munis; ils se lancent entre eux l’acclamation superlative: “Saint, saint, saint le Seigneur, le tout-puissant!”; sur ce, un peu dans le style des théophanies fortes que présente le Pentateuque.les montants des portes se mettent à trembler et une fumée remplit le Temple; alors Isaïe, sous le coup d’un effroi sacré, dit: “Malheur à moi, je suis perdu! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au sein d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur tout puissant!” Face au trois fois Saint, il saisit intuitivement que son être de pécheur contraste absolument avec la totale pureté du Roi très haut, exactement comme l’apôtre Pierre, envahi par de la frayeur à la vue de la pêche manifestement surnaturelle qui vient de se produire, tombera aux genoux de Jésus en disant: “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!” (Le 5,8) Ce sens proprement religieux du péché est beaucoup plus intense et profond que le sens simplement moral du péché.Mais comment se comporte le Saint à l’égard de cet homme qui reconnaît vivement sa condition pécheresse avec laquelle Yahvé n’a rien de commun?Il délègue auprès de lui un séraphin qui le purifie en touchant ses lèvres (expression de son coeur impur) avec une braise prise sur l’autel.Parce qu’il est le Saint, Dieu ne s’indigne pas contre le pécheur qui avoue son mal, sa sainteté le pousse au pardon qui efface le péché.Il fait même davantage, il appelle ce repentant à la grande mission de prophète et l’envoie auprès de son peuple rebelle, comme Jésus relèvera son apôtre Pierre abîmé devant lui par la force 144 de son repentir, en lui disant: “Sois sans crainte; désormais ce sont des hommes que tu prendras” (Le 5,10).La “sainteté” fait de Dieu un Seigneur bienveillant au-delà de nos attentes, celui dont le coeur connaît un bouleversement qui le fait frémir d’horreur à la pensée d’assouvir sa juste colère contre son peuple endurci (Os 11,8).Et c’est en vertu de sa sainteté également qu’il prodiguera ses bienfaits à son peuple exilé au temps d’Ezéchiel.On comprend que l’auteur du célèbre psaume 22 se plaigne à Yahvé d’être abandonné de lui dans sa détresse, en lui disant: “Pourtant tu es le Saint, nos pères comptaient sur toi et tu les libérais” (vv.4 et 5), de même qu’on ne s’étonne pas d’entendre Marie louer le Seigneur d’avoir accompli en elle de grandes choses, “car saint est son Nom” (Le 1,49).Voici également une déclaration que le troisième Isaïe prête à Yahvé: “Ainsi parle celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle et dont le Nom est saint: Je suis haut et saint dans ma demeure, mais je suis avec l’homme contrit et humilié, pour rendre vie à l’esprit des gens rabaissés, pour ranimer les coeurs broyés” (Is 57,15); et “celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’homme dont l’esprit est abattu” (Is 66,2).Par un divin paradoxe, c’est précisément parce qu’il est le Saint surélevé que Dieu, dit le Magnificat, “jette les yeux sur la bassesse de sa servante”, “fait pour elle des merveilles”, “étend sa miséricorde d’âge en âge”, “déploie la force de son bras”, “élève les humbles”, “comble de biens les affamés”, “vient en aide à Israël son serviteur”, “se souvenant de sa miséricorde”.Justement parce qu’il est “saint”, le Très-Haut se fait tout proche, compatissant, sauveur, source de liberté.S’il est saint, c’est qu’il s’avère amour et puissance de vie en notre faveur.C’est pourquoi les humains peuvent dire avec un psalmiste: “La joie de notre coeur vient de Yahvé, et notre confiance est en son Nom très saint” (Ps 33,21 ) et “Que ma bouche dise la louange du Seigneur, que toute chair bénisse son saint Nom, toujours et à jamais!” (Ps 145,21).Une distance infinie nous sépare de Dieu, mais “le Saint” qu’il est comble cette distance particulièrement en son Fils devenu “Dieu-avec-nous”, pour une alliance nouvelle, parfaite et définitive.Il nous communique sa sainteté en la fixant comme but de notre vie: “Soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu” (Lv 19,2) et en la conférant: “Je suis saint, moi le Seigneur qui vous sanctifie” (Lv 21,8; 22,32).Les chré- 145 tiens, consacrés par leur baptême en vue d’une vie selon Dieu, sont les “saints” (Ac 9,13 etc), ils constituent une “nation sainte” (1 Pi 2,9), à l’intérieur du Christ que Pierre peut nommer “le Saint de Dieu” (Jn 6,69).En conséquence, Paul nous affirme magnifiquement: “Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu” (Col 3,3) et “Dieu nous a fait asseoir aux deux (dès maintenant), dans le Christ Jésus” (Eph 2,6).Nous habitons la Sainteté divine et nous en portons la marque.Mais la sainteté du Seigneur trouve son expression englobante dans le passage même d’Isaïe 6 examiné plus haut.Après avoir clamé: “Saint, saint, saint, le Seigneur tout puissant”, les séraphins précisent: “sa gloire remplit toute la terre.” En vertu de sa sainteté, Dieu laisse rayonner son Être sur le monde, en le pénétrant de sa gloire, par les merveilles de sa Création et ses hauts faits dans l’Histoire sainte.Le Très-Haut se révèle ici-bas; sa “gloire” est sa manifestation parmi nous.Et il peut se manifester en allant jusqu’à se communiquer lui-même, bien spécialement à travers son Fils incarné.Vers la fin de son ministère, Jésus s’écrie, devant la foule rassemblée à Jérusalem pour la Pâque : “Père, glorifie ton nom!”, c’est-à-dire manifeste-toi comme le Père qui a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils pour que ce monde soit sauvé.Du ciel vient alors la voix du Père disant: “Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore” (Jn 12,28).Le Père a glorifié son nom (sa personne) par les enseignements et les oeuvres de Jésus; il le glorifiera de nouveau et en plénitude par la mort et la résurrection de son Envoyé, suivies de l’effusion du Saint-Esprit.À la fin des temps, la glorification de Dieu sera parfaite dans “les cieux nouveaux et la terre nouvelle” qu’il aura créés (Is 65,17; Apoc 21,1).La gloire de Dieu sera la transfiguration des hommes et de l’univers.Dieu “sera tout en tous” (1 Co 15,28).Bien entendu, ce caractère irradiant et transfigurant de la sainteté du Seigneur ne doit pas nous faire oublier sa dimension morale.Dieu est un abîme de Vie culminant dans un amour illimité qu’il offre à notre participation.Il déclare: “Vous garderez mes commandements.Vous ne profanerez pas mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu de mon peuple, moi, le Seigneur qui vous sanctifie” (Lv 22,31 ss).La “gloire” du Saint implique la transformation intérieure des hommes, leur pratique des moeurs du Seigneur qui est “Soleil de 146 justice” (Malachie 3,20).Il nous destine à être “saints et immaculés en sa présence, dans l’amour” (Eph 1,4 ss).Aussi l’apôtre Pierre trouve-t-il tout naturel de nous dire: “A l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint” (1 Pi 1,15s).Par ce qui vient d’être exposé sur la sainteté divine et par ce qui a été dit antérieurement sur les caractéristiques de l’Esprit, on comprend sans peine pourquoi l’Écriture attribue de façon privilégiée l’adjectif “saint” à la troisième personne de la Trinité.Dieu est saint de par sa perfection absolue qui l’élève tout à fait au-desus de nous, mais en comportant un éclat qui le fait rejaillir sur tout le créé et une dimension de générosité essentielle qui le porte vers nous dans une prodigieuse bienveillance.Sa sainteté n’a rien d’une hiératique et solitaire immobilité; au contraire, elle suscite en lui une présence active qui le porte à combler les êtres de vie et de bienfaits.Or c’est cela même qu’est l’Esprit: un dynamisme créateur qui agit avec force et prodigalité en faveur de ce qui existe.Le considérer, c’est rejoindre la grande affirmation de saint Jean: “Dieu est amour” (1 Jn 4,8.10)2.L’Esprit est, d’une part, la dilection infinie que se portent mutuellement le Père et le Fils, et, d’autre part, l’effusion parmi nous de l’intarissable sollicitude du Seigneur notre Dieu.En fait, la formule “Dieu est amour” trouve son équivalent dans la déclaration suivante de Jésus à la Samaritaine: “Dieu est esprit” (Jn 4,24).Dieu est “esprit” du fait qu’il dispense des faveurs dépassant le créé, de même que Jésus a été fait “esprit vivifiant” par sa résurrection (1 Co 15,45), car “le Seigneur, c’est l’esprit” (2 Co 3, 17s): il envoie l’Esprit Saint et partage avec les hommes sa vie glorieuse de Pâques (voir Ac 2,33-36).Porter le nom d’esprit, c’est donc être source et puissance de vie; et il faut dire la même chose au sujet du Seigneur que l’Écriture appelle parfois, tout court, “le Saint” (Is 40,25; Ha 3,3; Jb 6,10).2 Saint Paul nous exhorte par Tamour de l’Esprit” (Rm 15,30).Cf.Ps 33,5; 119,64 147 Voilà pourquoi le qualificatif “saint” s’applique bien proprement à l’Esprit.Pour nous le terme “sainteté” évoque de la vertu ou de l’excellence spirituelle; pour les écrivains sacrés, il fait songer aussi à un débordement de libéralité divine qui fait vivre et exulter.L’Hôte intérieur Nombre de textes des Écritures présentent l’action de l’Esprit comme impressionnante.Elle impressionne par son envergure.Ainsi, Dieu demande au prophète Ézéchiel de convoquer le Souffle en disant: “Esprit, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts, et ils vivront” (Ex 37,9); et “Par ton souffle tu renouvelles la face de la terre”, dit un psaume (104,30); et on connaît la grande annonce de Yahvé: “Je répandrai mon Esprit sur toute chair” (Joël 3,1).L’action de l’Esprit impressionne également par sa véhémence: “Le Seigneur viendra comme un torrent resserré que précipite le souffle du Seigneur” (Is 59,19); “L’Esprit du Seigneur fondit sur moi”, rapporte un prophète (Ez 11,5); il “enleva” le diacre Philippe (Ac 8,39), comme il avait fait pour Elie (1R 18,12), puis Ézéchiel à diverses reprises (Ez 3,12; 8,3; 11,1; 43,5); il est venu du ciel avec “un bruit tel que celui d’un violent coup de vent” dans la pièce où se tenait le groupe apostolique, au jour de la Pentecôte (Ac 2,2; voir aussi 4,31); il “tomba” sur le groupe de païens qui écoutaient Pierre chez le centurion Corneille (Ac 10,44; cf.11,15).À ces interventions spectaculaires on pourrait ajouter celle où l’Esprit déclenche du parler en langues dans une assemblée de personnes (Ac 2,6-12 et 19,6).D’autre part, on connaît par l’Écriture des interventions de l’Esprit qui n’avaient rien de grandiose ou bien d’impétueux, tout en restant marquées, elles aussi, par de la puissance, comme il convient, par définition, au Souffle de Dieu.Il a été dit, au début de ces pages, que Yahvé s’est rendu présent au prophète Elie “dans le murmure d’une brise légère” (1R 19,12), et un livre sapientiel de la Bible affirme que la Sagesse “a en elle un esprit”, auquel l’auteur attribue les traits suivants, entre autres: “Il est saint, subtil, pénétrant, bienfaisant; il peut tout, pénètre tous les esprits, car la Sagesse est mobile plus que tout mouvement, elle passe et pénètre à travers tout, puisqu’elle est un effluve de la puissance de Dieu; elle renouvelle l’univers et d’âge en 148 âge elle passe en des âmes saintes, pour en faire des amis de Dieu et des prophètes” (Sg 7, 22-28).Dans le Nouveau Testament, Jésus déclare que l’on entre dans le Royaume de Dieu si l’on est “né” de l’Esprit” (Jn 3,5); il enseigne que, grâce au don de l’Esprit, on peut et doit rendre “un culte en esprit et vérité” à Dieu qui “est esprit” (Jn 4,23s); il affirme, au soir de la Cène: “L’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit” (Jn 14,26); il introduira les croyants “dans la vérité tout entière”, lui qui est “l’Esprit de vérité” (Jn 16,13).On trouve dans ces textes un remarquable aspect d’intériorité que saint Paul fera nettement ressortir en maints passages de ses lettres.Voici des exemples de cet enseignement.Traitant de la sagesse chrétienne, Paul écrit: “Ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit, car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.Ce qui est en Dieu, personne ne le connaît, sinon l’Esprit de Dieu.Pour nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les dons de la grâce de Dieu” (1 Co 2, 9-12).“Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils” (Ga 4,6).“Ne savez-vous pas que l’Esprit de Dieu habite en vous?” (1Co 3,16).“Dieu a mis dans nos coeurs les arrhes de l’Esprit”, c’est-à-dire un gage et une ébauche de la gloire future (2 Co 1,22).La lettre de la loi mosaïque tue, mais “l’Esprit donne la vie” (2 Co 3, 6).“La chair tend à la mort, mais l’Esprit tend à la vie et à la paix” (Rm 8, 6).Paul affirme l’existence en nous d’un “fruit de l’Esprit” (Ga 5,22).Et il ajoute cette exhortation tout à fait significative : “Puisque nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit” (Ga 5,25).Oui vraiment, “notre corps est un temple du Saint-Esprit qui est en nous et qui nous vient de Dieu” (1 Co 6,19), et alors “nous ne sommes pas sous l’empire de la chair mais de l’Esprit” (Rm 8,9), qui “nous arme de puissance pour que se fortifie en nous l’homme intérieur” (Eph 3,16).Comme le Christ, le chrétien est l’oeuvre de l’Esprit qui “l’habite” (Rm 8,9 et 11).La vie dans l’Esprit Saint Autant Paul mentionne fréquemment l’Esprit dans son message, autant bien entendu, il recourt à l’adjectif “spirituel” (“pneumatique” 149 dans son original grec, du nom “Pneuma” qui signifie Souffle ou Esprit).Pour nous, le mot “spirituel” qualifie ce qui est relatif à l’esprit ou à l’âme ou au domaine religieux, ce qui se passe dans notre être profond.Qu’en est-il dans les écrits de saint Paul?On y rencontre le sens courant qui vient d’être indiqué, mais toujours, dépassant le niveau humain, Paul a en tête, quand il emploie ce mot, la source divine de nos expériences intérieures, qui est le Saint-Esprit.Une réalité est “spirituelle” quand elle provient de l’Esprit.C’est pourquoi Paul peut déclarer : “L’homme laissé à sa seule nature n’est pas en état de recevoir ce qui est de l’Esprit de Dieu; c’est folie pour lui, il n’y peut rien comprendre, car c’est par l’Esprit (“pneumatiquement”) qu’on en juge” (1 Co 2,14).En effet, “nul ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu” (1 Co 2,11).Dans la même veine, Paul fait à ses chrétiens la recommandation suivante «: “Chantez à Dieu, de tout coeur, votre reconnaissance, en des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit” (Col 3,16; “des chants pneumatiques”).Dans la pensée de Paul, notre vie chrétienne est radicalement et en son entier l’oeuvre de l’Esprit Saint.C’est lui qui est à l’origine de notre cheminement spirituel, de même que c’est lui qui en assume la vigueur et la qualité.Notre divinisation relève de lui.Il insère son dynamisme dans le nôtre et répand sa lumière dans notre discernement.L’Apôtre pensait sans doute particulièrement à l’Esprit Saint quand il a écrit: “C’est Dieu qui, selon son dessein bienveillant, opère en vous le vouloir et le faire” (Ph 2,13), sans porter atteinte à la liberté humaine, car “où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté” (2 Co 3,17).La perpétuelle action de l’Esprit dans notre existence ordinaire de croyants, Paul l’a exprimée par l’image suivante: “Vous êtes une lettre du Christ écrite, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant” (2 Co 3,3).Pour illustrer davantage cet accompagnement varié de l’Esprit et renforcer nos convictions à ce sujet, voici des affirmations expressives de saint Paul, parmi d’autres.“L’Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu” (Rm 8,16).Il “intercède pour nous en des gémissements inexprimables” (Rm 8,26).“Le Christ s’est offert lui-même à Dieu, sur la croix, par l’Esprit éternel” (He 9,14).“Ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu” (Rm 150 8,14).Nul ne peut dire: ‘Jésus est Seigneur’, si ce n’est par l’Esprit Saint” (1 Co 12,3).“Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas” (Rm 8,9).“Notre Évangile ne s’est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l’action de l’Esprit Saint, en surabondance” (1 Th 1,4).Nous sommes “sauvés par l’Esprit qui sanctifie et par la foi en la vérité” (2 Th 2,13).“Laissez-vous mener par l’Esprit” (Gai 5,16).Et qu’on me permette de répéter le principe décisif : “Puisque nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit” (Ga 5,25).Alors, non, “n’éteignez pas l’Esprit” (1 Th 5,19); bien plutôt songez souvent que “Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils” (Ga 4,6), et que son règne est “justice, paix et joie dans l’Esprit Saint” (Rm 14,17)3.Jacques Lewis, s.j.Maison des Jésuites c.p.130 St-Jérôme, Qué.J7Z 5T8 3 Ici aurait sa place un développement sur le sacrement de confirmation.151 L’ESPRIT DANS L’ÉGLISE P.Alfred Ducharme, s.j.C'est l’Esprit qui édifie l’Église1.Il le fait en agissant dans le coeur des personnes et dans la communauté ecclésiale.«À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun» (1 Co 12,7).Par l’Église, qui la porte, Dieu fait don de la foi à des personnes; quand celles-ci accueillent cette foi, l’Esprit habite en elles et y établit l’amour de Dieu qui affermit la communion ecclésiale.«L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5.5).Le don de l’Esprit L’Esprit est donné aux personnes humaines par le Christ pour leur permettre d’avoir la vie et de l’avoir en abondance (Jn 10,10).«L’Esprit chez l’homme, écrit T.Goffi, c’est la vie donnée par Dieu et orientée vers lui : c’est l’existence tirant son origine de Yahvé et vécue selon sa volonté; c’est une force qui s’empare de l’homme tout entier et le dirige vers son Seigneur; c’est l’inspiration qui remplit les prophètes selon le plan divin (1 S 16,15; Is 6,1 sq.; Jr 1,4 sq.; Jl 3,1-2).Et l’Esprit est la puissance de Dieu qui opère en l’homme : “Et l’Esprit du Seigneur reposera sur lui (le Messie)” (Is 1 L’Église est formée de cellules ecclésiales, paroisses, communautés religieuses, communautés chrétiennes, etc.Ce que nous dirons de l’Église s’applique à chaque cellule d’Èglise 152 11,2).D’après la Bible, l’homme défini comme celui qui vit en relation avec Dieu, n’est vraiment homme qu’en vertu de l’Esprit de Yahvé (Nb 16,22; 27,16).Sans l’Esprit, l’existence humaine serait privée de son attribut essentiel le plus élevé.Chaque fois que Dieu veut orienter vers lui une personne d’une manière plus totale et plus profonde, il lui communique un esprit nouveau (Ez 11, 19-20).C’est cet Esprit qui transforme le moi en le mettant à l’unisson de Yahvé qui peut lui insuffler une volonté de coopérer au souffle du Seigneur (Pr 1,23; Jb 32,8)2.Comment s’exerce cette action de l’Esprit dans la personne humaine?L’Esprit agit en élevant les capacités de nos vertus naturelles; il agit aussi en nous communiquant l’amour de Dieu qui se manifeste dans les dons et les charismes variés.Les vertus Les vertus naturelles sont des qualités fermes et permanentes qui aident à bien agir.Ces vertus prennent leur enracinement dans la personne humaine.Il y a la foi, l’espérance et l’amour naturels.Toute notre vie se déroule en posant des actes de foi dans les autres.Je crois, sur le témoignage des autres, que Napoléon a existé, que le cuisinier n’a pas empoisonné la soupe, que ce médicament me fera du bien.Nous ne pouvons tout contrôler, il faut faire confiance.Sans l’espérance de biens futurs notre vie perd son dynamisme et, sans amour, la vie sociale est impossible.L’apôtre Jacques parle de la foi naturelle quand il écrit : «Tu crois que Dieu est un?Tu fais bien.Les démons le croient aussi, et ils frissonnent» (Je 2,19).Cette foi ne saurait sauver l’être humain.La foi qui sauve est la foi vive, la foi envahie par l’amour de Dieu.L’Esprit élève ces vertus et leur permet de se porter sur un objet qui dépasse leur capacité humaine.Elles émanent alors toujours de la personne humaine; elles sont des actes naturels qui permet- 2 T.Goffi, «L’homme spirituel», dans Dictionnaire de la vie spirituelle, pp.501 -511, Paris, Cerf, 1983, p.503.153 tent d’accéder à Dieu et de pouvoir communier à lui dans l’amour.Les vertus théologales, foi, espérance et charité deviennent, grâce à l’Esprit, des vertus théologales qui nous mettent en communion avec Dieu.Il y a aussi des vertus morales : prudence, tempérance, justice, courage, etc.Ces vertus naturelles dirigent nos actions pour qu’elles atteignent le bien qu’elles recherchent.Par son onction, l’Esprit élève ces vertus pour qu’elles permettent de communier non au seul bien naturel mais au bien suprême qui est Dieu.Ces vertus demeurent toujours des actions naturelles qui émanent de notre personne humaine mais elles aident à communier à Dieu.Le fruit de l’Esprit Le fruit de l’Esprit est unique, c’est l’amour (Ga 5,22)3.«L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5,5).C’est la doctrine des épîtres pauliniens.«L’important, pour Paul, c’est la charité et l’édification commune.La charité est amour du Christ.Elle est un dynamisme de conversion et de communion.Elle naît de la grâce et se traduit en services : ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement.Les charismes flamboyants passeront avec ce monde (1 Co 13).La présence définitive de l’Esprit se révèle dans la charité et la conversion4.Notre Seigneur a dit à ses disciples : «Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres.Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres» (Jn 13,34).L’amour du prochain n’est pas nouveau.Il est connu dans l’Ancien Testament.En quoi le commandement du Christ est-il nouveau?Nous devons aimer «comme Jésus a aimé.» Cela est nouveau.Jésus dit à son Père qu’il est venu parmi nous «afin que l’Amour 3 Lire la note o, dans l’Édition intégrale de la TOB, p.557.4 T.Maggioni, «Expérience spirituelle dans la Bible», dans Dictionnaire de la vie spirituelle, pp.372-411, Paris, Cerf, 1983, pp 400-401.154 dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux» (Jn 17,26).Paul a raison d’écrire que le fruit de l’Esprit, c’est l’amour (Ga 5,22).C’est le fruit unique.L’amour du Christ est l’amour même du Père, un amour gratuit et créateur.Grâce à l’Esprit, cet amour nous envahit pour qu’à notre tour nous aimions de ce même amour de don et de gratuité; pour que cet amour, présent en nous en permanence, rayonne à travers nous et se déverse sur les autres et sur Dieu lui-même.L’amour humain permet de donner son service, son dévouement, son activité aux autres, parfois aussi sa sympathie.Mais seul l’amour de Dieu en nous, permet que nous donnions notre vie, pour les autres, comme le Christ a donné sa vie pour nous.Les signes de cette filiation divine sont nombreux.L’amour de Dieu développe entre soi et Dieu un rapport conscient et franc qui libère de tout esclavage et ouvre à la liberté (Rm 8, 14-17; Ga 5,18).Une puissance nouvelle enveloppe la personne et l’emporte vers la plénitude de Dieu (Rm 8,23).C’est enfin la joie intérieure (Ga 5,22-25; Rm 8,1-4) qui imprègne sa vie d’un esprit de communion (Ga 6,2; 1 Co 9,21).Les dons du Saint Esprit Saint François de Sales écrit : «La charité est l’unique fruit du Saint Esprit, mais.ce fruit a une infinité d’excellentes propriétés».Ces propriétés sont les divers dons du Saint Esprit.«Le Saint Esprit qui habite en nous, voulant rendre notre âme souple, maniable et obéissante à ses divins mouvements et célestes inspirations, .nous donne sept propriétés et perfections .qui en l’Écriture Sainte (Is 11,2; Ac 2,38) .sont appelées dons du Saint Esprit.Ils sont les principales vertus, propriétés et qualités de la charité»5.Les dons du Saint Esprit sont donc des rayonnements de l’amour de Dieu qui permettent aux vertus d’exercer efficacement 5 Saint François de Sales, «Traité de l'amour de Dieu» dans Oeuvres de saint François de Sales.Éditions des Religieuses de la Visitation, Annecy, Tome V, p.306 et p.291-292.155 leur action, de produire du fruit et de communier à Dieu.Grâce à ces dons la personne «est parfaitement adaptée à obéir promptement au Saint Esprit», écrit Thomas d’Aquin6.Les dons nous situent «en connaturalité» avec Dieu.Les dons communs ou fondamentaux La Tradition théologique et liturgique de l’Église, quand elle parle des dons de l’Esprit n’envisage pas, de prime abord, les «dons spirituels extraordinaires», comme la prophétie ou le don des langues.Ces dons, en effet, peuvent se trouver chez des personnes non habitées par l’amour de Dieu.Elle envisage d’abord les sept dons (Is 11, 1-2; Pr 8, 15-20)7 que j’appelle communs ou fondamentaux.Ce sont, en effet, des rayonnements de l’amour de Dieu qui déploient la vie de Dieu dans la personne.Ils jalonnent la montée de l’âme jusqu’à l’union mystique avec Dieu.Parlant de l’amour de Dieu qui nous est donné par l’Esprit, François de Sales écrit : «En ce don sept autres sont enclos, que nous nommons dons du Saint Esprit».Les sept dons de la Tradition chrétienne sont donc un déploiement de l’amour de Dieu établi en permanence dans le coeur du croyant par l’Esprit.La crainte de Dieu est l’amour de Dieu qui hait le péché et ne veut pas perdre l’objet de son amour.Peu à peu l’amour bannit toute «crainte».Il devient totalement filial, c’est le don de piété.La relation à Dieu devient cordiale et chaleureuse.La science c’est l’amour attentif à connaître la route du bien et du mal et à se connaître soi-même.Le don de conseil c’est l’amour qui, au carrefour, discerne et choisit la route qui permettra sa croissance.La force est l’amour qui devient vaillant, anime le coeur pour exécuter ce que les dons de science et de conseil ont révélé.L’intelligence est un amour si total qu’il permet «d’expérimenter» Dieu, de connaître le projet créateur dans sa 6 Somme théologique, 1-2, q.681.7 Lire la note a, dans l’édition intégrale de la TOB, p.775.Dans ce texte, j'appellerai «dons», les grâces de I' Esprit qui transforment la personne et la mettent en connaturalité avec Dieu et j'appellerai «charismes» les dons qui sont directement ordonnés à la vie de l'Église.156 cause même et dans sa globalité.La sagesse enfin, c’est l’amour qui établit une communion si intime avec Dieu que le coeur savoure, goûte, expérimente combien l’amour de Dieu est doux, suave et agréable.La contemplation mystique et les grâces infuses impliquent toujours le jeu des dons d’intelligence et de sagesse.Sans eux, pas de vie mystique profonde.Ils touchent le sommet de la montée vers Dieu et permettent l’union parfaite avec Dieu.Saint Isidore et saint Cyrille de Jérusalem voient dans le chandelier d’or (Nb 8, 1-4) et ses sept feux un symbole de l’Esprit Saint et de ses sept dons8.Les dons particuliers Ces sept dons n’épuisent pas la richesse de l’amour de Dieu.Il y a une multitude d’autres dons accordés aux fidèles.Je les appelle les dons particuliers parce qu’ils n’émanent pas toujours de l’amour de Dieu et ne sont pas essentiels, comme les premiers, pour la montée spirituelle.Ce sont des dons accordés pour le progrès de la personne et non d’abord pour l’édification de l’Église.Saint Paul en énumère plusieurs, le parler en langues, la prophétie, etc.Certains parlent du repos dans l’Esprit.Les dons spirituels ne supposent pas toujours la présence de l’Esprit et de l’amour de Dieu dans la personne.Saint Fulgence écrit : «Le Saint Esprit peut conférer toutes espèces de dons sans être présent lui-même.» Et Paul VI écrit : «Si désirables que soient les dons spirituels, - et ils le sont, - seul l’amour de charité, l’agapè, fait le chrétien parfait, seul il rend l’homme “agréable à Dieu” .c’est que cet amour ne suppose pas seulement le don de l’Esprit; il implique la présence active de sa Personne au coeur du chrétien .Présent dans l’âme, il lui communique, avec la grâce, la propre vie de la Très Sainte Trinité, l’amour même dont le Père aime le Fils dans l’Esprit (cf.Jn 17,26), l’amour dont le Christ nous a aimés et 8 François de Sales, «Sermons», in loc.cit.Tome X, p.418.157 dont à notre tour nous pouvons et nous devons aimer nos frères (cf.Jn 13,34)9.C’est d’ailleurs l’enseignement de Paul.«Quand je parlerais en langues .s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne .Quand j’aurais le don de prophétie, .s’il me manque l’amour, je ne suis rien .»(l Co 13, 1-3).Caïphe prophétise sans être habité par l’Esprit.«Comme il était Grand Prêtre en cette année-là, dit saint Jean, il fit cette prophétie qu’il fallait que Jésus meure pour la nation» (Jn 11,51).La recommandation de Paul n’est pas inutile : «Recherchez l’amour» (I Co 14,1).Conclusion Je conclus.Les dons assurent la conversion et la croissance spirituelle personnelle.On ne doit donc pas en faire étalage, mais en vivre.Il faut être très attentif à la présence des dons fondamentaux en soi.Ce sont eux qui jalonnent et développent notre croissance spirituelle.Il faut accueillir, avec reconnaissance les dons particuliers.Comme leur but immédiat n’est pas la croissance de l’Église mais le progrès spirituel de la personne, il ne faut pas en faire étalage.Saint Paul écrit : «Grâce à Dieu, je parle en langues plus que vous tous, mais dans une assemblée, je préfère dire cinq paroles intelligibles pour instruire aussi les autres, plutôt que dix mille en langues» (I Co 14, 18).La personne qui jouit du repos dans l’Esprit à chaque rencontre de groupe et qui se place toujours sur le premier banc à l’avant, recherche-t-elle sa seule croissance spirituelle et la seule gloire de Dieu?On peut se poser la question.Les charismes spirituels Les charismes sont aussi des dons de l’Esprit, donnés à une personne mais en vue du bien et de l’édification de la communauté.Leur nombre est grand.Aussi grand qu’il y a de dons et de charismes humains aptes à aider l’édification d’une société 9 Paul VI, Allocution au congrès international de renouveau charismatique catholique, in D.C.N° 1678, 15/6, 75, p.563.158 naturelle.Pourtant même ici, on peut distinguer deux types de charismes.Les charismes que j’appelle fondateurs et les charismes de services.Les charismes fondateurs Les charismes fondateurs sont ceux que l’Esprit accorde aux personnes qu’il invite à rassembler des individus en communauté autour d’une mission ou à celles qu’il utilise pour assurer la croissance de cette communauté et son adaptation aux temps actuels.Saint Paul écrit : «Ceux que Dieu a disposés dans l’Église sont, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes et troisièmement des hommes chargés de l’enseignement» (I Co 12,28).L’apôtre, c’est la personne «envoyée» selon l’étymologie du mot, pour rassembler des personnes autour du Christ en vue d’une mission.Ce sont les fondateurs d’Églises locales et les fondateurs de communautés chrétiennes de tous types.Ils sont au départ des Églises.Les prophètes jouent un rôle essentiel dans la vie et la croissance de l’Église.Dieu s’est révélé en Jésus Christ et nous a communiqué son amour pour animer nos vies.Le contenu de la révélation est enfermé dans un cadre de vérités théologiques.Les «hommes chargés de l’enseignement» protègent ces vérités.Mais ces vérités ne peuvent inclure toutes les situations particulières et rejoindre tous les individus dans leur vie concrète même si elles les éclairent.Dieu est infiniment libre et souverain; son action s’exerce dans la vie des individus et de l’Église.Un danger guette alors l’Église.Celui de vouloir enclore la vie dans sa pensée théologique et, en un sens, de geler l’action dynamique du Dieu de l’histoire.Von Balthasar dit, avec raison, que c’est l’espérance des saints qui constitue la manifestation permanente du charisme prophétique.Le prophète est l’homme de la foi, l’homme du Christ.Animé par la charité et soutenu par une vie sainte, le prophète se situe au point de vue de Dieu.Éclairé par la vision du Royaume à venir, il communique le jugement de Dieu sur la vie quotidienne, bien actuelle et 159 bien concrète.Il témoigne de la liberté de Dieu sur l’humanité et sur l’Église et il proclame l’action de Dieu qui se poursuit dans son milieu.Il conteste le mensonge du monde.Le prophète lit le projet de Dieu dans la trame des événements.Il saisit son message dans sa pureté originelle.Il garde éveillée l’espérance.Il manifeste avec éclat l’intégration de la foi et de la vie.Comme le Christ, vrai Dieu et vrai homme, il est la synthèse parfaite du sens de Dieu et du sens de l’homme.Mais son action a besoin d’être authentifiée par la communauté.Les prophètes sont vraiment en contact avec les misères et les problèmes des hommes et insérés dans une culture particulière.L’Esprit découvre à ces personnes «la volonté actuelle du Christ sur la communauté», c’est par elles qu’il inspire les façons d’incarner son oeuvre dans ce milieu particulier.L’action prophétique est donc un acte particulier non un état.Et le prophétisme s’exerce même par le plus humble des membres de la communauté.Le prophète conteste nécessairement, par sa vie et par sa parole, le mensonge du monde.Il anticipe les innovations dans la discipline et la pratique sans entamer la doctrine.Il défend la cohérence entre la foi et la vie, entre la Parole de Dieu et la vie chrétienne.Par sa propre vie, il exprime le contenu du projet de Dieu et l’exprime parfois dans des gestes symboliques.Il accepte d’être rejeté par le monde et même djêtre victime de sa violence.C’est par l’action des prophètes que l’Église reste vivante et croît10.Pourtant, il y a une multitude de faux prophètes.Nous y reviendrons.Les hommes chargés de l’enseignement sont «les responsables de la formation doctrinale des fidèles», dit une note de la TOB.Ce sont eux qui balisent la route et gardent la foi fidèle à la tradition spirituelle de l’Église.10 Sur ce sujet: P.Mariotti, «Contestation prophétique,» pp 188-196, dans Dictionnaire de la vie spirituelle.Paris, Cerf, 1983.Les études sur le prophétisme sont peu nombreuses.Il y aurait beaucoup à approfondir sur le rôle des prophètes dans l'Église actuelle.160 Il est remarquable de voir comment dans les grandes communautés qui ont connu une oeuvre durable dans l’Église ces trois charismes ont joué tout au long de leur vie et comment, quand les changements sociaux exigeaient une adaptation profonde de la communauté, on a eu recours au rôle des prophètes et du discernement en commun11.Les charismes de service Après avoir décrit ces trois charismes, saint Paul ajoute : «Vient ensuite le don des miracles, puis de guérison, d’assistance, de direction et le don de parler en langues» (I Co 12,28).Il nous donne même trois listes de charismes.Ils sont effectivement nombreux.Ces charismes sont nécessaires pour que l’Église déploient tous les services qui assurent la croissance et le développement d’une communauté authentiquement chrétienne.Ils sont nombreux, variés et ils complètent les premiers.Conclusion Paul dit «Recherchez l’amour; ayez pour ambition les phénomènes spirituels, surtout la prophétie» (1Co 14,1 )12.Il ajoute : «Ayez pour ambition les dons les meilleurs» (1 Co 12,31).Au-dessus de tout, Paul place l’amour (1 Co 13, 1-3).Il faut accueillir avec reconnaissance tous les charismes.Mais il faut rechercher l’amour, c’est lui qui donne leur valeur à tous les dons.Il faut de plus rechercher la prophétie, c’est elle qui permet à l’Église de vivre, de croître, de s’adapter aux temps actuels et de continuer l’incarnation dans tous les temps et tous les lieux.11 Voir le prologue des Constitutions des Jésuites, (no 134) et les «Décrets de la trente-troisième Congrégation générale»; le chapitre: «Notre manière d'agir», nos 39-42 invite à rajeunir ce processus de prophétisme et de discernement.C'est le même processus qui a guidé le Chapitre des Franciscains à Assise.12 On lira avec profit la note m, p.506, dans la TOB, N.T.Édition intégrale.161 Le discernement spirituel Si le prophétisme est important dans la vie de l’Église, le discernement spirituel est indispensable.Saint Paul lui accorde beaucoup d’importance13.C’est le discernement qui évite de tomber dans les pièges «des prophètes de mensonge» (1 Jn 4,1) ou de «se conformer au monde présent» (Rm 12,2).Il sépare “ce qui est bon et ce qui est mauvais” (He 5,14) ou découvre ce qui « convient le mieux» (Ph 6, 10).Selon l’étymologie du mot, “discernere”14 signifie diviser en profondeur, pénétrer dans l’intimité, sympathiser avec un événement humain dans toute sa richesse, se mettre sur la même longueur d’onde que lui.Le discernement spirituel regarde cet événement et le voit dans l’événement Jésus avec sa portée historique et son ouverture sur l‘éternité.L’homme est parfait et saint dans la mesure où il se conforme et s’unit à Dieu.Or la sainteté consiste à obéir à l’Esprit et à entrer en communion avec Dieu.Le premier devoir du chrétien est de permettre à l’Esprit de déployer la richesse de ses dons en soi.Le départ de l’ascèse chrétienne consiste donc à discerner les mouvements de l’Esprit en soi et à y être docile.Face à un problème particulier, le prophète suggère une réponse.Le discernement vérifie si cette réponse s’accorde avec le grand projet de Dieu sur l’univers.L’expérience de la vie de foi se déroule en lien avec le Christ, l’Église et le monde.Le discernement s’impose donc comme une constante de la vie chrétienne.Il fait passer le chrétien de l’âge infantile à celui d’homme mûr et parfait dans sa foi.Devenu lumière, le chrétien marche en enfant de la lumière, ce qui implique qu’il discerne pour découvrir continuellement la volonté de Dieu (Ep.5,8.10.17).Il peut le faire parce qu’il 13 Pratiquement tous les textes importants du «Dictionnaire de la vie spirituelle» mentionnent la nécessité du discernement spirituel pour rester dans la mouvance de l'Esprit.14 Deux mots grecs signifient «discerner», Diakrinô; se séparer, choisir, trancher, distinguer, discerner (Cf.: Mt 11,6; I Co 6,5; 11,29.31; 12,10; 14,29; He 5,14.) ee dokimazô: mettre à l'épreuve, examiner, estimer.(Cf.: Le 12,56; Rm2,18; 12,2; 1 Co 3,13; 11,28; Ga 6,4; Ph 1, 9-10; 1 Th 5,21 et 1Jn 4,1).162 a reçu l’Esprit qui agit en lui, et qui devient le principe dynamique et la forme de son action.(Rm 8).Le discernement spirituel, selon saint Paul, est un don de l’Esprit qui permet de reconnaître si quelqu’un est inspiré par l’Esprit divin ou par un esprit démoniaque ou terreux (I Jn 4,1 ; 2 Co 11,13s.; I Tm 4,l).Le discernement spirituel a donc un caractère très concret.Incarner la foi dans les diverses cultures et les situations variées est nécessaire pour discerner.Le refus de le faire creuse le fossé entre la vie et l’Église.Le discernement est toujours effectué dans la vie, «en pleine pâte», dans l’événement.Il permet de saisir l’événement ou la tendance lourde, de les dépouiller des idéologies et du transitoire pour les regarder avec le regard du Christ sur l’univers et sur le Royaume à venir.Il dégage dans l’aujourd’hui et dans les situations changeantes, la volonté de Dieu (Rm 12,2).Un tel discernement suppose un adulte dans la foi (He 5,14), une personne pétrie de l’expérience chrétienne, de l’intuition et de l’oeuvre de l’Esprit.C’est le fruit d’une maturation et du travail de la grâce.Ce discernement devient spontané; il est un flair spirituel qui conduit sur les routes de Dieu.Parlant de ces hommes de discernement habités par l’Esprit, les Pères de l’Église orientale les disent «impeccables».L’adulte dans la foi scrute au-delà de l’événement matériel, les profondeurs de cet événement; il examine avec cordialité et bienveillance les circonstances, les intentions et les moyens qui s’accordent le mieux avec le dessein de Dieu dans une situation précise.Il dit ce qu’il faut faire, ici et maintenant, pour réaliser la pensée de Dieu.Seule l’Église, communauté de foi et de vie, peut garantir ce discernement.Le discernement personnel Le discernement spirituel est un don et un charisme.Le discernement personnel garde l’individu sous la mouvance des sept 163 dons de l’Esprit et il éloigne des dons spectaculaires qui ne seraient pas nourris par l’amour de Dieu.Il garde la personne dans la mouvance de l’amour de Dieu.Il suppose une grande liberté de coeur, un désir constant de la volonté de Dieu, une disponibilité qui dépouille de tout attachement à sa volonté propre et dispose à accueillir le changement.Ce discernement s’exerce à travers les mouvements intimes de consolation et de désolation.15 Le discernement apostolique ecclésial Évidemment, ce charisme du discernement communautaire suppose que les membres de la communauté sont des personnes déjà rompues à la pratique du discernement personnel.Il suppose, de plus, une communauté nourrie par une même foi qui soit authentiquement chrétienne.Son rôle le plus important est de discerner les vraies et les fausses prophéties pour garder la communauté dans la mouvance de l’Esprit.(I Th 5, 20-22; I Jn 4,1; I Co 14,29, Rm 12,2).La communauté, pour s’ouvrir au discernement communautaire, développe un climat particulier.Tous ses membres cherchent la volonté de Dieu et acceptent la purification que le partage de leur foi avec les autres produit en eux.Ils sont heureux d’être mis en question et renoncent à toute prétention à la vérité.Et surtout, ils accueillent les autres dans leur propre vie pour laisser leur présence interpellante les désinstaller et purifier leur coeur par une vraie charité.Il n’y a enfin aucun discernement sérieux si la communauté n’est pas totalement ouverte au grand courant spirituel qui anime l’Église.D’ailleurs, c’est l’approbation de l’Église qui confirme l’authenticité du discernement d’un groupe.15 Saint Ignace nous a laissé des «Règles pour sentir et reconnaître les diverses motions qui se produisent dans l'âme» (Exercices spirituels, nos 313-336) et des «règles pour avoir le sens vrai qui doit être le nôtre dans l'Église militante» (Exercices spirituels, nos 352-370).Les nombreux commentaires de ces règles sont connus.164 L’apparence de bien Le Malin cherche à dévoyer la route vers Dieu.Souvent, il se change en «ange de lumière» (2 Co 11,14).Saint Ignace nous met en garde contre cette déviation.Le Malin tente sous l’apparence de bien16.Il propose un bien qui n’en est pas un pour telle personne ou propose un bien moindre pour empêcher un plus grand bien.On peut se poser la question : certains groupes très «flyés» qui insistent sur les dons spectaculaires et les charismes flamboyants n’empêchent-ils pas les chrétiens de se laisser porter par les dons essentiels, par les charismes fondateurs et par le discernement?Saint Paul rappelle : «Recherchez l’amour, ayez pour ambition les phénomènes spirituels, surtout la prophétie» (I Co 14,1).Conclusion Beaucoup de mouvements ont été dissous après avoir démoli des individus.Plusieurs sectes sont tombées dans des extravagances inouïes.Le discernement spirituel est toujours de rigueur.Il est tellement facile de prendre ses rêves ou de supposées paroles intérieures pour Dieu.La naïveté des gens est grande.Il est important de discerner où conduit la route sur laquelle on s’engage.Les groupes inspirés par les Églises pentecôtistes accordent un rôle important au Saint Esprit.Le rôle de l’Esprit dans l’Église catholique a toujours été reconnu mais on lui a accordé, au gré de l’histoire, une importance plus ou moins grande.Avec raison, on lui reconnaît, aujourd’hui, une place importante.Mais il importe de discerner pour ne pas tomber dans les pièges de «l’ange de lumière.» 16 Voir «Exercices spirituels,» no 332.165 Pour le catholique romain, il n’y a qu’un baptême qui donne l’Esprit Saint.Certes, de nouvelles effusions de l’Esprit permettent aux dons de mieux produire leurs effets.Pour les pentecôtistes, il y a deux baptêmes, le baptême de l’eau et le baptême de l’Esprit.Seul le second donne l’Esprit Saint.De plus, pour eux, ce baptême confère nécessairement le don de parler en langues.Pour le catholique, il n’y a aucun lien nécessaire entre le baptême et le parler en langues17.Il faut rester vigilant, chercher la lumière dans le Christ de l’Évangile et vivre dans le grand courant spirituel qui anime l’Église.L’Esprit travaille dans l’intimité du coeur où il habite.Les manifestations spirituelles spectaculaires peuvent être l’occasion de conversions authentiques.Mais elles doivent conduire à une intériorisation de sa foi qui, à mesure qu’elle s’approfondit, ouvre à la vie intérieure et à la charité.On reconnaît l’arbre à ses fruits.Beaucoup de membres de groupes de prière désirent une plus grande intériorité.La foi qui éclaire la vie du groupe doit être celle de l’Église romaine.Elle s’inspire du grand courant spirituel qui la porte.Le danger est grand qu’un groupe dont la foi est éclairée par une seule personne s’enferme dans un ghetto et tombe dans le sectarisme.L’Esprit rassemble dans la charité, il n’isole pas dans la division.Le souffle de l’Esprit est un souffle des grands espaces, un souffle de vie, un souffle qui anime, qui éclaire, qui dynamise.Le discernement permet de se laisser emporter par ce souffle.Alfred Ducharme, s.j.Notre-Dame-de-Montserrat St-Jérôme 17 On lira avec intérêt: A.Barruffo, «Charismatiques» in Dictionnaire de la vie spirituelle.Paris, Cerf, 1983, pp.117-129.166 BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE COLLECTIF, «Dieu révélé dans l’Esprit» in Les quatre fleuves, ca-hier no 9, Paris, Beauchesne, 1979.COLLECTIF, «Dictionnaire de la vie spirituelle», Paris, Cerf, 1983, passim.Louis COMTE, L’Esprit-Saint viendra sur vous.Paris.Apostolat des éditions, Éditions Paulines, 1977.Yves CONGAR, o.p., Je crois en l’Esprit Saint T.l Paris, Cerf, 1979 T.2 Paris, Cerf, 1979 T.3 Paris, Cerf, 1980 François-Xavier, DURRWELL, L’esprit Saint de Dieu.Paris, Cerf, 1985 Jean LAPLACE, s.j., L’Esprit et l’Ealise, aux sources de la vie soirituelle.Montréal/Paris, Bellarmin/Desclée, 1987.E.MANISSE et L.N.HUDON.L’âme sanctifiée par les dons du Saint Esprit.Chicoutimi, Éditions Science Moderne, 1994.H.MÜHLEN, L’Esprit dans l’Éalise.T.1 Paris, Cerf, 1969, Bibl.oecuménique 6.T.2 Paris, Cerf, 1969, Bibl.oecuménique 7.Yves RAGUIN, s.j.L’Esorit dans le monde.Montréal/Paris.Bellarmin/D.de Br., 1975.Coll Christus, Essai 40.167 LE BAPTEME, SEMENCE DE VIE SPIRITUELLE Pierre Robert Quelle est la place de la vie spirituelle en christianisme, est-elle le fait de quelques-uns, privilégiés sinon excentriques?Quel rapport entretient-elle avec la vie chrétienne plus courante qui serait celle des baptisés en général?Poser la question de la sorte, c’est déjà y répondre.En effet, la vie spirituelle n’est pas périphérique par rapport à la vie chrétienne, elle s’enracine dans le baptême, elle est le plein déploiement de ses virtualités.Et par ailleurs, l’appel à cette radicalité, à cette prise au sérieux de la foi chrétienne, n’est pas un appel lancé à quelques-uns seulement, il est un appel lancé à tous et c’est ainsi que Vatican II a rappelé “l’appel universel à la sainteté dans l’Église”1.1 Dans la Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium no 39-42.Ainsi: "l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang" (no 40).Dans le Dictionnaire de la vie spirituelle (Paris, Cerf.1983).E.Ruffini pose ainsi le problème: Remarquons ici qu'on légitimait alors en termes explicites la distinction réelle entre préceptes et conseils évangéliques, et que cette distinction dépassait l'esprit de l'Évangile.Par ailleurs, pareille distinction se trouvait institutionnalisée.Les vocations devinrent alors le fait de quelques-uns, à titre de privilège; ce n 'est plus un appel adressé à tous.Ainsi une équivoque s'affermissait de plus en plus, comme si la recherche de perfection ne concernait que quelques-uns et non pas tous les états de vie chrétienne.D'un côté, on pouvait penser que la fidélité au baptême - fidélité à laquelle sont tenus tous les chrétiens - ne correspondait qu'à un programme minimal de vie chrétienne.D'un autre côté, en minimisant la relation entre la perfection et le baptême, on en venait à oublier involontairement que la recherche de la perfection n’est que la réalisation et l'explication plénière de la réalité du baptême et des capacités qu'on y reçoit.(Art."Célébration liturgique", p.96) 168 Cette question de la relation qu’entretient la vie spirituelle en christianisme avec la vie chrétienne “normale” est relativement courante en théologie spirituelle.Et le recours au baptême pour trouver un enracinement lui est aussi familier.La contribution de cet article est simplement de faire une relecture de la théologie paulinienne du baptême dans ces perspectives.Nous commencerons donc par quelques réflexions sur l’idée de semence, puis nous rappellerons les éléments principaux de la théologie paulinienne du baptême, pour considérer ainsi le déploiement de cette semence, en quoi consiste la vie spirituelle, et terminer par quelques remarques plus générales sur les problèmes impliqués.1.Le baptême comme semence : une fidélité dynamique Dans la pastorale courante, on présentera généralement le baptême comme une semence.Une semence jetée en terre et qui est appelée à croître.C’est ainsi qu’on invitera à veiller à la croissance.La semence est donnée, mais il faut veiller à la qualité de la terre qui la reçoit et apporter à la plante les soins appropriés.Mais cette image est plus complexe qu’il n’y paraît.La semence évoque d’abord l’idée de croissance - par le baptême un dynamisme est mis en marche, qui demande à se développer -pourtant, elle suggère aussi celle de programme.Or l’association de ces deux aspects est féconde.Il y a croissance et il y a programme, c’est-à-dire identité.En d’autres termes, évolution et fidélité.Mais il s’agit de les comprendre comme liées, et non seulement comme se limitant réciproquement.Il y a croissance, mais cette croissance ne se fait pas en n’importe quel sens, le développement s’effectue selon un programme donné.Les semences, qu’elles soient de tulipe, de pivoine ou de “sénevé”, ne sont pas interchangeables! Ainsi, la croissance est orientée par le programme.Pourtant, le programme n’est pas quelque chose de fixe, d’arrêté qui limiterait le processus.La fidélité est en mouvement, et c’est par le mouvement qu’elle se réalise elle-même.Le programme est celui d’une croissance.169 La notion de fidélité dynamique est très féconde pour penser l’existence chrétienne qui est croissance, mais qui est aussi identité.La croissance se fait dans la ligne de l’identité.Inversement, l’identité n’est pas close ou fixée une fois pour toutes, elle est dynamique, elle est en mouvement.Ce qui signifie reconquérir des équilibres au travers des moments de l’existence.Dynamisme et fidélité donc.Programme et croissance.Mais quel est donc le programme en christianisme?Il est contenu dans la semence; il est le plein développement de ce qui est donné au baptême.Ainsi sommes-nous amenés à la théologie du baptême.2.Esquisse de la théologie du baptême chez saint Paul La théologie du baptême sur laquelle s’appuie cet exposé est celle de saint Paul.On pourrait aussi considérer celle de saint Jean qui présente davantage le baptême en termes de nouvelle naissance (Jn 3).Mais la redécouverte de la théologie paulinienne du baptême a été une source d’un renouveau dans la compréhension de ce sacrement2.Cette théologie se trouve principalement dans le texte de Rm 6, 1-11, auquel on peut joindre le passage parallèle de Col 2, 11-13, et dans différentes allusions au long des lettres.Rappelons-en les principaux éléments.Pour Paul, comme d’ailleurs dans les Actes, le croyant est baptisé au nom de Jésus, au nom du Seigneur Jésus.Ainsi, dans la première lettre aux Corinthiens (1, 10-17), Paul interroge : “Serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés?” C’est au nom du Christ et non de Paul, ou d’Apollos, ou de Céphas, ainsi est-ce au Christ que les baptisés appartiennent puisqu’ils ont été transférés à son nom.L’expression au nom de reflète, selon les exégètes, un 2 Pour une vue d'ensemble, voir Jean Giblet."Aspects du baptême dans le Nouveau Testament", dans Albert Houssiau et al.; “Le baptême, entrée dans l'existence chrétienne”, Bruxelles, Faculté universitaire Saint-Louis, 1983, p.35-71.170 usage primitif de la communauté ecclésiale.Évidemment, on ne saurait comprendre correctement cette formule sans se référer à la théologie du nom chez les Juifs, où le nom signifie vraiment la personne3.Jean Giblet exprime ainsi cette appartenance : “Manifestement, la formule [baptiser au nom de] signifie pour Paul (.) le fait de vouer le baptisé au Christ et à sa puissance universelle et eschatologique de salut que promettait l’Évangile.”4.Chez Paul, cette appartenance au Christ est aussi signifiée par des formules parentes : l’on est dans le Christ, ou en vue du Christ, ou encore avec le Christ.Baptisé dans le Christ, le chrétien est ainsi associé, uni et même greffé au Christ, il devient une même plante avec lui.“Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés”, dit saint Paul dans sa lettre aux Romains (Rm 6, 3).C’est dire qu’associé au Christ, le chrétien est uni à celui-ci dans l’acte fondamental de sa vie : sa mort et sa résurrection.Le baptisé est plongé dans la mort du Christ pour en ressusciter avec lui.Le baptisé se trouve à mourir symboliquement avec le Christ, il délaisse l’homme ancien pour “vivre pour Dieu”, pour entrer dans la vie nouvelle qui est celle du Christ dans sa résurrection.Baptisé dans le Christ, le chrétien est engagé dans sa mort et sa résurrection, il est inscrit dans le salut réalisé par lui.Telle est la trame du grand texte de Paul sur le baptême.Mais l’occasion en était simple sinon presque humoristique.L’Apôtre conclut un exposé : là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.Est-ce à dire qu’on doit demeurer dans le péché pour que la grâce surabonde?.Certes non! s’exclame saint Paul.Mais alors, comment penser la difficulté et se référer à cette expérience commune des chrétiens : leur baptême?Lors du baptême (il s’agit en l’occur- 3 Voir Jean Giblet, art.cité, p.49-51.Ainsi: "On sait combien le nom était aux yeux des anciens étroitement lié à la réalité qu'il indiquait ou, mieux, la manifestait; il fait intervenir l'énergie de celui qu'il désigne." (p.49).4 Ibid., p.53.171 rence d’un baptême d’adulte), il y a eu rupture, il y a un avant et un après.Lors du baptême, le chrétien est mort et enseveli avec le Christ.Mort avec le Christ, il ressuscite avec lui, il est “vivant à Dieu” (Rm 6, 11).Le baptisé, en étant associé à cette mort de Jésus, est libéré de la condition ancienne pour naître à la vie nouvelle; il ne saurait être question de retourner en arrière5.Et Paul de conclure en substance : si tel est votre appel, vivez-le! Une transformation fondamentale est opérée, vivez en conséquence.En somme, devenez ce que vous avec reçu.Mais il y a plus.La vie nouvelle que les baptisés reçoivent est une vie dans l’Esprit.Ce n’est pas un simple recommencement, mais une vie spirituelle qui les renouvelle d’en haut6.Saint Paul dira par ailleurs que les chrétiens reçoivent les arrhes de l’Esprit, c’est-à-dire le premier versement, gage que le reste suivra7.Ce qui indique une perspective de croissance.Unis au Christ, les chrétiens deviennent enfants de Dieu, ils deviennent fils dans le Fils.Enfants adoptifs du Père, ils seront héritiers avec le Christ, ils auront en héritage la vie éternelle8.C’est dire que leur vie est maintenant située dans un horizon complètement différent, un horizon absolu.5 Dans ce texte apparenté de la lettre aux Colossiens, se trouve la même insertion dans le salut accompli en Jésus Christ."Telle est la circoncision du Christ: ensevelis avec lui, lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l'a ressuscité des morts.Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise.Il (Dieu le Père) vous a fait revivre avec lui! Il nous a pardonné toutes nos fautes!" (Col 2, 11-13).6 "Poussé par sa seule miséricorde, il (Dieu) nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint.Et cet Esprit, il l'a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l'héritaqe de la vie éternelle." (Tt 3, 3-7).7 "Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l'onction, c'est Dieu.Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos coeurs les arrhes de l'Esprit." (2 Co 1, 21 -22) (Onction et sceau sont des signes de l'initiation chrétienne).8 Voir note 6.172 Enfin, par le baptême, les chrétiens font maintenant partie du Corps du Christ et sont ainsi membres les uns des autres9.Le baptême est l’entrée dans la communauté des croyants, l’Église.Il arrive, vu la concision à laquelle ils sont appelés, que les dictionnaires résument judicieusement les questions.Ainsi, dans son Dictionnaire biblique universel, Louis Monloubou synthétise en quelques formules heureuses les différentes composantes de la théologie paulinienne du baptême.“Mort avec le Christ (Rm 6, 3-4), le croyant est inséré au Christ ressuscité; il vit de sa vie, participe à la nouvelle création que le Christ a inaugurée (2 Co 5, 17); il est sous la mouvance de l’Esprit, qui prie en lui et lui communique l’assurance d’être fils adoptif de Dieu (Rm 6, 10-11); il est inséré dans ce corps dont le Christ est la tête et qui est l’Église.”10 Ainsi, la théologie baptismale de Paul s’enracine dans sa théologie du salut.Par la foi et le baptême qui en découle, le croyant est inscrit dans le salut accompli en Jésus Christ.On ne peut que remarquer de plus la dimension trinitaire du baptême.Uni au Christ, le chrétien est fait enfant de Dieu (le Père), il reçoit l’Esprit qui renouvelle : les trois personnes sont présentes.A cette dimension trinitaire s’ajoute la dimension communautaire: uni au Christ, le croyant est inscrit dans son Corps où il est abreuvé de son Esprit.De cette inscription dans le salut découle l’exhortation à mener une vie digne de l’appel reçu, à vivre en enfant de lumière.“Vous êtes morts au péché, mourez.Vous êtes vivants à Dieu, vivez effectivement ce qui vous est donné.” La vie nouvelle se déploie quotidiennement, orientée par l’événement du salut auquel être fidèle.9 "De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ.Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous avons tous été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et que tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit." (I Cor.12, 12-13).10 L.Monloubou et F.M.Du Buit, art."Baptême", dans Dictionnaire biblique universel, Paris, Desclée/Sainte Foy, Anne Sigier, 1985.173 Pourtant, on peut penser - et c’est le point d’ancrage du développement qui suit - qu’il ne s’agit pas seulement de mener une vie morale, en s’éloignant du péché.Il est très fécond de situer la vie chrétienne dans le prolongement de ce qui a été reçu, comme une vie qui se déploie selon les lignes mêmes ici esquissées.Voilà ce qu’il s’agit maintenant de considérer.3.Baptême et vie spirituelle On pourrait dire en une formule que la dynamique fondamentale de la vie spirituelle consiste à faire que ce qui est vrai “en soi” devienne vrai “pour soi”.Ainsi, que Dieu, qui est l’absolu, devienne concrètement l’absolu pour moi, c’est-à-dire le critère ultime de mes choix.Que Dieu, dont on dit qu’il est Père, devienne concrètement Père pour moi.Que Jésus, qui est Seigneur et Sauveur, devienne concrètement au travers de mes choix et de mes épreuves, mon Seigneur et Sauveur effectif.En somme, que s’effectue ce qui est donné.Saint Paul invite à “mener une vie digne de l’appel que vous avez reçu” (Ep 4, 1).Or il ne s’agit pas seulement de mener une vie morale puisqu’on est sauvé, il y a davantage, comme cela a été signalé.La semence elle-même recèle des virtualités dont la vie spirituelle apparaît comme le déploiement.Si on affirme, en effet, que la vie chrétienne est le plein déploiement des virtualités du baptême, qu’est-ce que cela donne à penser quand on considère les éléments de la théologie paulinienne?3.1 Unis au Christ Saint Paul nous dit que par le baptême le chrétien est lié au Christ, qu’il est uni à lui.Or qu’est-ce que la vie spirituelle, sinon la vie de cette union au Christ?La vie spirituelle consiste à répondre à l’appel du Christ, à partir à sa suite, elle est sequella Christi, suite du Christ.Elle consiste à prendre sa parole et son exemple au sérieux, à vouloir y conformer sa vie.Qui plus est, la croissance spirituelle se fait aussi en cette ligne.On demeure fidèle au Christ et à sa parole, en dépit des difficultés 174 rencontrées sur la route, si bien qu’un jour, selon la promesse faite en Jean, on n’est plus seulement serviteur mais ami.“Si vous demeurez fidèles à ma parole, je ne vous appelle plus serviteurs (.) mais amis” (Jn 15, 14-15).La fidélité au Seigneur conduit à son intimité.En d’autres perspectives, la fidélité au Christ au travers de la nuit conduit à l’union à Dieu, à l’union au Christ; encore une fois, à l’intimité.Le Christ devient l’époux, le bien-aimé.Ainsi, la vie spirituelle chrétienne apparaît comme le déploiement de cette relation fondamentale établie au baptême.Il s’agit d’aller dans le sens du don qui nous a été fait, de l’effectuer par nos décisions et notre fidélité.Car le don est à la fois une promesse et un appel.3.2 Dans un mystère de mort et de résurrection Or, dit saint Paul, unis au Christ, vous êtes plongés dans sa mort pour ressusciter avec lui.Unis au Christ, nous entrons donc dans un mystère de mort et de résurrection.Cette mouvance est centrale dans l’existence chrétienne.Les deux aspects en effet sont importants.La vie chrétienne connaît des alternances de mort et de résurrection, de nuit et d’aurore, d’épreuve et de réconciliation, de souffrance et de joie.Elle est sous la mouvance de ces deux composantes.Or les deux sont à considérer, sans éliminer l’une au profit de l’autre : insister sur l’épreuve au point d’oublier qu’elle débouche; insister sur la joie au point d’escamoter la souffrance.Surtout que la promesse chrétienne n’est pas une vie de joie dans l’absence de peine, mais bien que la souffrance et l’épreuve ont un sens à la suite du Christ qui est passé par là le premier.L’intuition chrétienne, c’est que la souffrance débouche, non qu’elle est abolie ou escamotée.Si on a pu dans la tradition chrétienne d’Occident insister davantage sur la dimension de mort, et jusqu’à l’excès peut-être, il n’est pas certain qu’en réaction on n’aille pas trop loin dans l’autre sens.Non qu’il ne soit pas heureux de considérer la résurrection, mais cela peut être fait en escamotant la dimension de mort, en la passant sous silence.Or cette dimension est présente en christia- 175 nisme.La foi est en mesure de donner un sens à la souffrance, de donner un sens à tout ce qui peut être symbolisé par ce terme de “mort”, à tout ce qui fait partie de cette dimension : à l’épreuve, à la nuit, au rejet, au désert, à l’exil.Non seulement n’est-il pas besoin de l’escamoter, mais il serait malheureux de le faire car justement la foi y apporte un sens.Le mystère chrétien est un mystère de mort et de résurrection.Et l’un est relié à l’autre : il y a “mort”, mais au bout du tunnel, il y a la lumière; il y a mort mais unie au Christ, la résurrection est possible.Inversement, s’il y a résurrection, elle ne va pas sans une mort préalable.Cette dimension de mort se retrouve dans l’existence chrétienne non seulement sous la forme de malheurs ou de difficultés, elle entre dans sa dynamique même sous la forme de purifications et d’épreuves.Le mystère du Christ, c’est d’être capable d’affronter cette dimension.Au bout de la nuit, il y a l’aurore; au bout du désert, la rencontre de Dieu; au bout de l’exil, la terre fertile.L’un peut déboucher sur l’autre.Et si nous le croyons, c’est fondamentalement parce que le Christ étant mort est ressuscité et que, liés à lui et lui faisant confiance, nous savons, non que nous ne souffrirons pas, mais qu’il nous sera donné d’aller au-delà du ravin de la mort.Nous savons qu’il est le passeur béni.Ainsi par son baptême, le chrétien est-il introduit dans un mystère de mort et de résurrection.Et c’est toute la vie spirituelle qui se fait sous cette mouvance.Se réalise une croissance en spirale où, à partir d’un point de départ, le croyant semble s’éloigner alors qu’il monte, de telle sorte qu’il retrouve mais à un cran plus élevé son point de départ.Dans cette croissance en spirale, on revient sur les mystères pour les approfondir et les habiter davantage.3.3 Nous devenons enfants de Dieu et donc héritiers Paul nous dit qu’unis au Christ, nous devenons enfants de Dieu; Jésus est le Fils, unis à lui, nous devenons fils avec lui.Ainsi devenons-nous enfants adoptifs du Père.Nous étions enfants de Dieu par la création, voici que par grâce il nous établit dans une relation filiale avec lui.Enfants, nous sommes donc héritiers, c’est- 176 à-dire que, comme le Christ vit d’une vie nouvelle et qui est définitive, unis à lui, nous héritons de cette vie nouvelle, nous aurons en partage une vie éternelle.Or cette vie nouvelle est présente en nous de façon inchoative; elle est appelée à la croissance, encore une fois.Elle est éternelle, c’est-à-dire qu’elle est destinée à perdurer, elle nous situe dans un horizon absolu, mais elle grandit dans nos coeurs et se déploie.Il y a le déjà-là et le pas-encore, la croissance de cette vie fera s’accroître peu à peu la part de déjà-là et se réduire par le fait même la part de pas-encore.Par le baptême, nous sommes enfants adoptifs du Père.Encore là, la croissance spirituelle se fera en cette ligne.A la suite du Christ, nous cherchons quelle est l’intention de Dieu sur notre vie, quel est son dessein sur nous, sa “volonté”.Nous pensons que Dieu a la clé de nous-mêmes, si bien que nous le prions et que nous l’interrogeons pour que se réalise son intention sur nous, qui est notre vérité profonde.Ce faisant, nous lui permettons de devenir effectivement père pour nous, c’est-à-dire de nous engendrer spirituellement.Dieu a un dessein sur nous de toute éternité, qui est notre identité véritable, la vie spirituelle consiste à entrer concrètement par nos choix dans ce dessein du Père éternel, de l’Origine absolue de toute chose.Ce faisant, Dieu qui était Père comme virtuellement, le devient de plus en plus concrètement.Et dans cette ligne de la paternité de Dieu, ne retrouve-t-on pas toute la spiritualité de l’abandon à la Providence, de la confiance au Père qui veille sur ses enfants et qui souhaite la perte d’aucun d’eux.Nous avons dit comment liés au Christ, nous participons à sa vie qui a dépassé la mort.Or cette vie qui est donnée au baptême croît en nous, elle se développe, si bien qu’existe une continuité entre cette vie déjà cachée en Dieu et son plein épanouissement un jour.Une continuité de la vie spirituelle et de la vie eschatologique.Ce qui continuera de l’autre côté, après une rupture, ce sera cette semence même et la vie ainsi commencée, qui aboutira à la Rencontre.177 3.4 Menant une vie dans l’Esprit Paul affirme encore que le baptême nous place sous la mouvance de l’Esprit.Encore une fois, la vie spirituelle ne consiste-t-elle pas justement à déployer ces virtualités, à vivre selon l’Esprit?Et ici encore, il se produit une croissance.Il y a, en effet, découverte des inspirations et du discernement, apprentissage des voies de l’Esprit.La croissance elle-même se réalise dans la fidélité aux appels, aux inspirations données.Cette croissance amène peu à peu à un changement d’état; d’extérieur en ses motions, l’Esprit devient comme immanent.Purifiés progressivement, nous sommes en mesure d’accueillir l’Esprit en nous, si bien que nous devenons effectivement des “temples de l’Esprit” qui habite en nous.Nous réalisons cette promesse de notre baptême.Ainsi notre vie se déroule-t-elle sous la mouvance de l’Esprit.Il s’agit alors d’une vie “spirituelle”, non seulement physique ou psychologique mais d’une vie selon l’Esprit.Or l’Esprit qui nous conduit, le fait dans un sens donné.Il nous spiritualise peu à peu, puisqu’il est Esprit.Il nous personnalise, puisqu’il nous fait croître dans la ligne de notre vocation, qu’il nous aide à la réaliser.Il nous “communauté-rise”, dans la mesure où notre vocation est inscrite dans un ensemble, dans un concert, que nous sommes les membres d’un Corps plus grand dont il est aussi l’animateur.Si bien que l’Esprit nous apprend à être communautaires, il nous apprend le souci du Corps tout entier.3.5 Une vie en Église Nous sommes ainsi conduits à la dimension ecclésiale.Le baptême est l’entrée dans l’Église.Liés au Christ, nous sommes liés à son Corps qui est l’Église, nous devenons membres de son Corps, nous entrons dans la grande famille des frères et soeurs de Jésus, des enfants de Dieu.178 Mais il est intéressant de remarquer que là aussi, il se fait une croissance.En effet, il y a croissance dans l’appartenance à l’Église, celle-ci n’est pas donnée une fois pour toutes.Et cette croissance se rencontre dans les deux aspects de l’Église, dans le sens de l’Église mystère et dans celui de l’Église institution.On entre progressivement dans l’Église mystère.Cherchant en effet notre vocation, et la mettant en oeuvre progressivement, nous entrons dans le mystère du Corps.Fidèles à notre vocation, nous prenons place dans un Corps où l’Esprit, qui nous guide, donne aussi les autres vocations en coordonnant invisiblement le tout pour le bien du Corps tout entier.Si bien que nous entrons dans un mystère, dans un dessein caché où la pluralité des vocations se répondent l’une à l’autre et composent une totalité cachée et en devenir.Mais on grandit aussi dans l’appartenance à l’Église institution.Et cette croissance ne va pas sans difficulté elle non plus.L’appartenance à l’Église peut être marquée d’épreuves, où l’adhésion est appelée à s’approfondir.Nous apprenons à être des fidèles respectueux, dociles, mais vivant notre vie dans le Christ.L’appartenance devient celle d’enfants tout à la fois dociles et libres, autonomes et respectueux.On apprend à avoir un coeur-Église, c’est-à-dire soucieux du corps tout entier.On acquiert un coeur d’humble fidèle; on apprend que si en y allant de notre mieux, les résultats en ce qui nous concerne ne sont pas si transcendants, il en est de même pour d’autres, que chacun fait sans doute son possible.L’appartenance à l’Église s’approfondit, sans être aveugle, elle est aussi amoureuse.Et silencieuse.Cette croissance est possible si on s’attache à l’Église en la considérant d’abord comme une donnée de la foi au Christ.Dans le Credo, il est dit en effet “je crois à l’Église une, sainte, catholique et apostolique”; adhérant à la foi au Christ, j’adhère à l’Église, donnée de ma foi.179 4.Remarques finales 4.1 Vie spirituelle et vie baptismale Ainsi les différents éléments mis de l’avant dans la théologie paulinienne du baptême deviennent une extraordinaire grille pour rassembler de nombreuses facettes de l’existence chrétienne.On comprend de la sorte comment la vie spirituelle en christianisme est le déploiement des virtualités du baptême, puisque la croissance se fait dans cette ligne même11.A vrai dire, le baptême étant le sacrement qui scelle la foi, ce qu’on retrouve dans la théologie baptismale, c’est la théologie de ce qui est donné par la foi, la théologie du salut.Ce qui est donné au baptême, c’est la foi chrétienne, et ainsi être fidèle au baptême, c’est déployer le programme donné, entrer dans une existence chrétienne.Mais il est étonnant de voir à quel point la vie spirituelle est finalement un plein déploiement de l’existence donnée au baptême.La vie spirituelle en christianisme est un accomplissement de ce qui est donné dans la foi, une prise au sérieux de celle-ci.Si bien que la relation entre le baptême et la vie spirituelle se comprend maintenant de cette façon.Quel est en effet le rapport entre la vie chrétienne issue du baptême et la vie spirituelle en christianisme?Elle est simple en un sens : si la vie spirituelle est le plein déploiement du baptême, et si la vie chrétienne est aussi la vie dans la fidélité au baptême, alors les deux coïncident.11 Sur la relation entre baptême et vie spirituelle, allant dans le même sens, voir le bel article "Itinéraire spirituel" de S.de Fiores dans le Dictionnaire de la vie spirituelle (p.549-564, particulièrement 552-555 et 558-560).Ainsi p.559: Dans le baptême se trouve en germe le développement futur de la vie spirituelle dans toutes ses dimensions: participation au mystère pascal du Christ (I Co 1, 13; Rm 6, 3-4), vie nouvelle dans l'Esprit (Jn 3,5; Tt 3,5), intégration au Corps du Christ jusqu'à former avec lui un seul être (1 Co 12, 12-13), introduction dans la communauté sacerdotale, prophétique et royale du peuple de Dieu (I P 2, 9-10).180 La vie spirituelle chrétienne consiste dans le plein déploiement du dynamisme instauré au baptême.La vie chrétienne consiste aussi à aller dans le sens de ce qui est donné.Vu de cette façon, elles coïncident! Mais cette prise au sérieux, cette intensification de la vie de foi par quoi se comprend la vie spirituelle n’est pas le fait de tous.Devrait-elle l’être?Jésus a dit : “Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus!” (Mt 22, 14) N’est-ce pas plutôt de cela qu’il s’agit! Mais cette inadéquation est un étrange mystère.Qu’est-ce que vivre sa foi sans vivre en coïncidence avec l’intention de Dieu sur sa vie! Le mystère, en y pensant bien, ce n’est pas la vie spirituelle, c’est son absence.En effet, que la vie spirituelle soit dans le prolongement du baptême, on le comprend, que la vie spirituelle en christianisme et la vie chrétienne authentique coïncident, on le comprend aussi.Le mystère, c’est plutôt l’inadéquation.Peut-être qu’il n’existe pas d’explication, mais une absence.On n’est pas en présence de quelque chose de positif, mais d’un vide.Une inadéquation que Dieu cherche à combler et qu’il comblera un jour.Car on peut penser qu’il poursuit de sa miséricorde ceux qui demeurent malgré tout plus ou moins accrochés à lui, même s’ils ne réussissent pas à lui être plus intensément fidèles.Car enfin, que sait-on de ce qui est demandé à chacun, que sait-on des lumières qui lui sont données, et de l’heure de Dieu?C’est pourquoi la réflexion sur cet appel “éminent” demeure plus ou moins discrète, car le travail de Dieu dans le coeur de chacun est enrobé de mystère et la discrétion s’impose.Tout ce qu’on peut dire, c’est que la vie spirituelle n’est pas périphérique ni très spéciale, au contraire.Toutefois la question se pose : pourrait-on être vraiment fidèle à la vie de foi, sans jamais être appelé à cette forme d’”excellence” qu’est la réponse à l’appel du Christ à le suivre et à entrer dans son intimité en cette vie?Comment juger?“Toi, sois fidèle à ton appel, à l’Esprit qui te pousse” pourrait-on dire finalement.181 4.2 Une polémique classique Ces conclusions rejoignent une polémique classique en théologie spirituelle.En effet, toute la première moitié du vingtième siècle, de grands théologiens spirituels ont cherché à montrer comment la vie spirituelle et même la vie mystique était le “prélude de la vie du ciel”12, c’est-à-dire quelle était un déploiement normal de la vie chrétienne.Un développement éminent, normal même si peu courant, “normal” et non “extraordinaire”, de la vie spirituelle.En effet, le développement de la théologie spirituelle au dix-huitième siècle avait amené, selon Garrigou-Lagrange, une séparation entre la vie “ascétique” et la vie “mystique”.La vie ascétique, celle de l’effort et de la discipline personnelle, était régulière tandis que la vie mystique était l’exception, que même, étant donné les risques, elle ne devait pas être souhaitée.Or ce que le Père Garrigou-Lagrange cherche à montrer, c’est justement que la contemplation infuse et l’union à Dieu qui en résulte ne sont pas des grâces spéciales mais le déploiement normal, même s’il est peu courant, de la vie spirituelle.En d’autres termes, il existe des phénomènes “extraordinaires” qui n’appartiennent pas de droit à la vie spirituelle, tels les extases, les visions, les révélations et les miracles.Et il existe une contemplation infuse, une union à Dieu, une vie sous la mouvance de l’Esprit, qui, elles, lui appartiennent.C’est-à-dire que la vie ascétique est ordonnée à la vie mystique, que la vie mystique en tant que déploiement de la vie de la grâce n’est pas périphérique ni extraordinaire comme le sont certains phénomènes particuliers, mais qu’elle est dans la ligne même de l’appel reçu.12 On pense évidemment à l'ouvrage de Réginald GARRIGOU-LAGRANGE, Les trois âges de la vie intérieure - prélude de celle du ciel (Paris, Cerf, 1938, 2 tomes), dont nous reprenons ici l'avant-propos et l'Introduction.182 Le père Garrigou-Lagrange parle en termes de contemplation infuse des mystères de la foi dont procède l’union à Dieu, qui est un prélude de la vie du ciel.Ce que nous essayons de dire à partir du dynamisme du baptême va dans le même sens.Nous parlons à partir du baptême, plutôt qu’à partir du terme; nous considérons l’intimité progressive avec Dieu plutôt que la contemplation infuse, mais toutes proportions gardées, le sens est le même.La vie spirituelle et son déploiement dans l’intimité avec Dieu sont dans la ligne même de la vie chrétienne, elles sont fidélité au dynamisme reçu.Pierre Robert 3107 A Lacombe Montréal, Qué.H3T1L6 183 MÉDITATION DEVANT LA SAINTE PRÉSENCE Rassemblés, Seigneur, dans le silence devant ta sainte Présence, nous croyons que tu es vraiment là, parmi nous.Et non seulement le croyons-nous, mais nous percevons la lumière et la chaleur qui irradient de l’Eucharistie: lumière pour nos esprits et nos coeurs lumière silencieuse mais pleine lumière obscure mais réelle qui oriente nos coeurs vers toi, qui les purifie et les rend droits, plus accordés à ta Présence; chaleur qui brûle les scories, qui réconforte au milieu des combats; chaleur spirituelle intense et claire et douce qui refait nos coeurs, les panse et les guérit, qui les assouplit en remettant ton ordre dans les mille tracas de la vie quotidienne.Ceux que porte notre coeur, Seigneur, nous venons Te les présenter.Réchauffe-les en nous.Panse-les en nous.Aide-nous à les porter mieux, à les porter à la façon dont Toi, tu les portes pour que, les retrouvant, nous allions à eux à Ta façon, comme si c’était Toi, en nous, qui allais à leur rencontre.Béni sois-tu, Seigneur, de nous avoir laissé ce signe, ce sacrement de Ta Présence! Béni sois-tu de l’attention que Tu nous portes, du soin que tu te donnes à nous guider.Béni sois-tu de la patience avec laquelle secrètement et silencieusement, tu nous conduis sur Tes voies, tu nous amènes à entrer davantage en Tes voies! Merci, Seigneur, de Ta présence au milieu de nous! Pierre Robert 184 À PROPOS DE THÉRAPIE OU SALUT CHRÉTIEN?DE LOUIS ROY.Paul-André Giguère Certaines personnes confondent appel évangélique et aspiration à développer pleinement son potentiel humain, ou encore identifient purement et simplement croissance spirituelle et développement de la personnalité.L’article de Louis Roy1 paru dans le n° de janvier-février s’intéresse à ce problème véritable.Puisque je travaille depuis plusieurs années sur le rapport entre croissance humaine et croissance spirituelle, psychologie et théologie ou spiritualité, je me permets d’offrir à mon tour quelques observations supplémentaires, de même que des nuances à cet article, dans une perspective de dialogue et d’enrichissement de la réflexion.Comme Louis Roy, je constate moi aussi que plusieurs chrétiens - pas seulement des religieux et religieuses - confondent, sans toujours en être conscients, humanisme psychologique et idéal évangélique et réduisent sans s’en rendre compte le second au premier.Et il existe une conception de la croissance personnelle qui enferme la personne sur elle-même et fait de sa croissance un absolu - et je rejoins ici le jugement de Thomas Moore rapporté par Louis Roy (p.52).Cette question a d’ailleurs déjà été abordée ici même par Louis Roy dans un article précédent : Devenir adulte dans la foi : un idéal ambigu2.1 Salut chrétien ou thérapie?, vol.54, no 1, pages 48-55.2.Vie des communautés religieuses, vol.52, (1994) pages 29-38.185 En lisant Salut chrétien ou thérapie?, je me suis toutefois senti mal à l’aise devant le manque de distinction entre croissance humaine, psychologie et thérapie (par ex.p.53), ou devant l’identification pratique entre «développement personnel» et «cultiver des habiletés» (p.53).Je me demande si on peut, sans plus, qualifier la psychologie humaniste d’optimisme simpliste (p.51) ou facile (p.54).De même, en dépit de la prudence apparente de la formule, j’éprouve malgré moi le sentiment que l’article généralise dans des formules comme la vision de la vie de nombreux religieux et religieuses est un simple humanisme.(p.49) (“nombreux” sonne à mes oreilles comme «un très grand nombre»); les psychologues qui offrent leurs services aux religieux et religieuses, pour bons chrétiens qu’ils soient, n’ont pas nécessairement des idées compatibles avec l’Évangile (p.50) (les psychologues ou certains?s’agit-il d’un problème généralisé?sur quelle base l’affirmer?), pour la plupart des psychologues, l’adhésion de foi constitue un comportement infantile (p.50) (la plupart, dont la grande majorité : est-ce juste?), en pratique, la psychologie humaniste conduit la personne à «choisir [dans la foi] ce qui fait son affaire» (p.50) (est-ce juste?ne serait-ce pas une réduction caricaturale?) Bref, pour tracer un portrait juste de la réalité problématique, ne faudrait-il pas plus de nuances?La thèse de fond, annoncée de façon prudente sous la forme d’une «grande différence» (p.49) entre humanisme psychologique et idéal évangélique, est en fait celle d’une totale subordination, voire d’une opposition.Selon l’auteur, en effet, non seulement ces deux façons d’envisager la condition humaine ne convergent pas harmonieusement (p.49), mais il y a une véritable opposition entre dynamique de l’effort humain et dynamique de la grâce («tout à fait opposés en ce qui a trait au facteur essentiel de la libération» p.50).Ne conviendrait-il pas plutôt de parler de la synergie entre la nature et la grâce dans l’oeuvre même de la libération?J’aimerais donc soumettre à la réflexion des lecteurs et lectrices de La Vie des Communautés religieuses les quelques idées qui suivent, dans une perspective de dialogue et de questionnement.186 1.La thérapie ne saurait être réduite à un ensemble de «techniques» (pages 48.50.53).Elle est plutôt une démarche et un processus qui n’a rien du «miel» dont l’article parle trop facilement.Qui a vécu la thérapie ou y a accompagné des personnes sait combien il faut lutter, combattre le découragement, la peur et l’angoisse, trembler et pleurer devant les exigences de la plongée en soi et dans un passé douloureux.Je crois que la volonté de «faire la vérité» donne à la démarche thérapeutique vécue par des croyants la possibilité d’être pour eux un chemin spirituel de mort et de résurrection.2.La foi chrétienne comporte certes une dimension d’«entière adhésion intellectuelle» (p.50) que la tradition catholique de la Contre-Réforme a cependant montée en épingle.Mais elle est loin de s’y réduire.La foi est tout également expérience de relation confiante - c’est sa dimension affective, et engagement - c’est sa dimension active.S’il en est ainsi, est-ce qu’on ne devrait pas accorder aux sciences et aux techniques humaines qui facilitent une possibilité de croissance de la confiance et de la relation autant de crédit et de valeur qu’on en accorde aux études et à la recherche intellectuelle pour développer la dimension cognitive de la foi?Le service de la dimension intellectuelle de la foi comporte lui aussi ses risques de déviations : cela ne le discrédite pas pour autant.Et si l’ascèse qui accompagne l’étude et la réflexion est facilement reconnue comme une vertu et un chemin spirituel, en quoi l’ascèse exigée par le difficile travail sur soi serait-elle moins vertueuse ou pourquoi ce chemin serait-il fait de plus de pièges que de grâce?3.Le débat entre psychologie et spiritualité, ou encore idéal humain et idéal évangélique, m’apparaît comme une facette du difficile dialogue entre la foi chrétienne et la culture moderne.Selon notre article, dans ce dialogue, l’Évangile critique la psychologie et l’idéal qu’elle propose : ce en quoi il a raison.Mais ne faut-il pas accepter aussi le mouvement inverse, à savoir recevoir la lumière que la psychologie (ou toute autre science humaine) jette sur la foi chrétienne, sur le plan de Dieu et les modalités de sa réalisation?Les sciences du langage, la sociologie ou la psychanalyse 187 n’ont-elles pas fait apparaître des dimensions jusqu’alors franchement insoupçonnées des merveilleuses voies par lesquelles s’incarne la présence salvatrice de Dieu dans notre histoire collective et personnelle?L’inculturation de la foi ne se réalise que s’il existe une réciprocité, un mouvement dans les deux directions* * 3 qui n’apparaît pas suffisamment, selon moi, dans les réflexions de l’auteur (p.52-53).4.Avant de reprocher à des chrétiens d’être excessivement fascinés par la psychologie humaniste, ne convient-il pas de reconnaître que pendant des décennies, sinon des siècles, l’Église a promu une spiritualité désincarnée, faite d’idéaux inaccessibles et d’une culture du mépris du plaisir et des émotions, de méfiance devant l’affectivité et l’autonomie personnelle?Qui assume l’héritage de cette tradition frelatée assume les dettes contractées : il y a un prix à payer pour ces excès d’indifférence et de déconsidération.C’est aussi une grande tristesse que de constater combien le discours théologique et spirituel continue d’être cérébral et désincarné.Le discours «psy» réussit à rejoindre les aspirations des adultes d’aujourd’hui alors que peu d’auteurs spirituels, de prédicateurs, de pasteurs, de directeurs spirituels ou même de théologiens savent trouver les mots et proposer des voies praticables pour une spiritualité authentique.Alors on se nourrit de ce qu’on trouve de mangeable.Parce que les Nouwen4 ou Le Gendre5 sont trop rares, on se rabat sur ce qu’on trouve de Scott Peck6 ou Thomas Moore7.5.Si la psychologie humaniste a été si bien reçue dans les milieux catholiques et en particulier chez les religieux et religieuses, 3 Voir Léonardo Boff, La nouvelle évangélisation, Paris, Cerf, 1992, qui, aux pages 27-28, propose des distinctions éclairantes entre enculturation, inculturation, acculturation, transculturation, transculturel et civilisation.4.Le chemin du désert, Paris, Cerf 1985; Le retour de l’enfant prodigue, Montréal, Bellarmin 1995.5.Les masques de Dieu, Lac Beauport, Éd.Anne Sigier, 1994.6.Le chemin le moins fréquenté, Paris, Éd.J’ai lu, 1990.7.Le soin de l’âme, Paris, Flammarion, 1994 188 ne serait-ce pas qu’on la sentait compatible avec la vision catholique selon laquelle le péché originel n’a pas altéré la bonté foncière de la nature humaine (en opposition à la pensée des Réformateurs)?L’optimisme humaniste a certes besoin d’être critiqué.Mais n’est-il pas plus proche de la foi catholique que le pessimisme freudien ou le réductionnisme behavioriste?6.Il est tout à fait exact et opportun de rappeler que l’idéal évangélique s’oppose au repli de la personne sur elle-même.Il est appel à l’ouverture, à la relation, au service et à l’amour.Sans doute, la démarche de croissance personnelle peut-elle déraper et engager la personne sur une voie narcissique d’évitement qui l’enferme dans le cocooning et lui fait soumettre tout et tout le monde à la recherche de son «épanouissement personnel».Mais il est tout aussi exact et opportun de rappeler qu’un (trop) grand nombre de personnes portent des blessures profondes et cachées qui les rendent incapables de vivre la foi chrétienne : elles souffrent de se servir inconsciemment des autres ou de leur engagement pour pallier à des carences personnelles, ou d’être méfiantes, insécures, timorées, incapables de s’affirmer.Vécues dans la foi, les démarches psychologiques sont alors d’authentiques voies de salut dans la mesure où elles permettent de surmonter ces obstacles à l’ouverture, la relation, le service et l’amour sans lesquels il n’y a pas de foi chrétienne authentique.Paul-André Giguère professeur Institut de pastorale Collège universitaire dominicain (Montréal) 189 EN RÉPONSE AU TEXTE DE PAUL-ANDRÉ GIGUÈRE P.Louis Roy, o.p.iisii La réplique de Paul-André Giguère à mon article a enrichi ma réflexion ainsi que, j’en suis sûr, celle des personnes qui viennent de lire son texte.En plus des passages où il se déclare d’accord avec moi, plusieurs de ses observations recoupent des convictions que j’ai exprimées soit dans mes livres, soit dans La vie des communautés religieuses (voir “A quelles conditions le célibat évangélique favorise-t-il l’authenticité?” 1982, ou les articles publiés entre 1990 et 1994).Je trouve particulièrement utile sa distinction (dans son troisième paragraphe) entre croissance humaine, psychologie et thérapie.J’endosse entièrement son § 1 sur la thérapie comme processus courageux, tout en faisant remarquer que, dans mon article, j’emploie toujours le mot “techniques” dans un sens positif, indissociable des attitudes qui doivent les accompagner.J’y parle également avec estime de la thérapie: “Lorsqu’elle est assumée et rectifiée, la thérapie peut stimuler beaucoup le projet d’une libération intégrale” (p.53; je souligne).Le problème que je soulève concerne plutôt la psychologie comme véhiculant la plupart du temps une vision de la vie différente de l’Évangile.En pensant au monde des religieuses et religieux, je trouve que bien souvent on s’engage dans des sessions psychologiques où la bonne nouvelle de Jésus-Christ semble se 190 réduire à la bonne nouvelle de la croissance humaine (celle-ci étant, à son tour, parfois restreinte à la croissance individualiste).La psychologie et le christianisme sont opposés chaque fois qu’une valeur réelle mais seconde comme la croissance humaine prend ainsi la première place.Ils sont complémentaires lorsque le christianisme intègre une valeur seconde, sans perdre de vue qu’elle est seconde.Une des erreurs qui circulent dans les milieux ecclésiaux ces années-ci, c’est de voir la grâce à l’oeuvre seulement dans des médiations - psychiques ou autres.Certes la grâce coopérante se sert des intermédiaires, mais pas la grâce opérante, par laquelle l’Esprit Saint agit directement dans le coeur humain.En oubliant cette dernière, bien des chrétiens surestiment les médiations et sous-estiment l’aspect proprement religieux du salut.Paul-André Giguère pense que “l’article généralise”.Au contraire, j’ai consciemment évité d’écrire “les religieux et religieuses” (en général).Il est vrai que “nombreux” sonne comme “un très grand nombre”.C’est justement ce que je voulais dire, en écrivant: “Ce que j’observe, chez beaucoup de religieux et religieuses du Canada et des États-Unis, c’est l’inconscience du fait qu’il y a une grande différence entre l’humanisme psychologique et l’idéal évangélique” (p.48-49).Je pense en effet que, depuis 1970, une proportion considérable des membres actifs dans les congrégations religieuses ont ignoré les conséquences concrètes de cette différence.Comme j’enseigne la théologie à Boston et à Montréal, j’ai en tête l’Amérique du nord: cela fait des dizaines de milliers de religieux et religieuses.Plus j’étudie l’histoire de l’Église - en particulier l’histoire de la théologie et de la spiritualité -, plus je pense que les générations qui viendront porteront un jugement sévère sur nous, religieux et religieuses d’après Vatican II.Nous avons essayé, en effet, de transformer nos communautés en lieux de gens équilibrés, pensant que ce serait là un témoignage.Ce faisant, peu d’entre nous ont réinventé des signes de radicalisme évangélique en accord avec notre mission, axée sur le sens de la Transcendance.Ou encore, 191 nous avons pris pour radicalisme des valeurs humaines estimables, mais qui ne se situent pas au coeur de la vie religieuse.C’est peut-être la raison majeure de notre non-recrutement.Quel jeune en quête spirituelle intense va sacrifier d’énormes avantages pour se joindre à un groupe d’individus soi-disant religieux qui se préoccupent surtout de leur croissance personnelle dans un travail, un milieu et des loisirs gratifiants?Mon article aurait pu s’intituler: “Du bon usage de la psychologie”.En tâchant de la mettre à la seconde place (sans la déprécier), je voulais mettre l’accent sur la grandeur de la vie religieuse.Comme le nom “vie religieuse” l’indique, elle est d’abord et avant tout une religion, c’est-à-dire une relation à Dieu, une expérience et une recherche du Mystère, une union avec Jésus, une foi, une mystique, une vie dans l’Esprit.Tout en étant indispensables, la croissance humaine - comme le sérieux éthique et l’engagement socio-politique- vient en second, surtout quand on est sensé témoigner de “l’unique nécessaire” (Luc 20, 38-42).Louis Roy, o.p.2715, Chemin Côte Ste-Catherine Montréal 192 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Que.Canada J3T 1X9 ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 55, av.de la République 251 St-Jean-Baptiste 91230 Mongeron Nicolet, Qué.Canada France J3T1X9 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $18.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion ?Canada: $22.00 Nom: _______________________________________ Adresse: ___________________________________ _______________________________Code postal: fggf* If llflllf II 0Vo49 $ CP, PC-005 PA-01 \ 97 13L 3 SS- Assomption Ste-Vier9e 355 - rue de Msr-Provencher riicoiet tQuebec) Canada J3T 1H3 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 13L 3 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9
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