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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1997-01, Collections de BAnQ.

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LA VIE DEJ COMMUNAUTÉ* _ RELIGIEU/E/ :¦'¦¦ ¦ ¦ ¦ p iiiiiua viiiiii pis ¦ h i i ¦ ¦ ¦ LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819)293-8736 Téléc.: (819)293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 18,00$ (70FF) (435FB) par avion : 22,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 25,00$ SOMMAIRE Vol.55-no 1 janv.-fév.1997 Vita consecrata et les relations mutuelles entre évêques et instituts de vie consacrée.Père Benoît Malvaux, s.j.3-10 Faut-il récrire Mutuae relationes?Le Synode romain sur la vie consacrée est apparu comme une illustration et un modèle de relations mutuelles cordiales et ouvertes entre les évêques et les supérieurs des divers instituts.L’Exhortation post-synodale manifeste une approche délibérément positive.Mais est-elle assez précise et innovatrice dans ce domaine?Telle précision est-elle souhaitable, est-elle seulement possible dans un discours adressé à l’ensemble de l’Église?Convoqués à la vie fraternelle Père René Pageau, c.s.v.11-26 La vie commune a toujours été au coeur de la vie religieuse.Avant le Concile, grosso modo, les constitutions, les directoires et les coutumiers maintenaient, avec minutie, les contraintes spatio-temporelles de la vie commune : être ensemble dans le même lieu, au même moment.Aujourd’hui, dans un contexte plus ouvert, sinon éclaté, la vie fraternelle n’est pas plus facile; elle se heurte à de nouveaux obstacles.Comment assurer sa croissance?Comment éviter à la fois l’individualisme qui désagrège et le communautarisme qui nivelle?Quelle est sa mission?Quel est son témoignage?Un défi de taille : humaniser Soeur Rita Gagné, o.s.u.27-41 L’Exhortation Vita consecrata [nos 14 et 15] fixe d’emblée le regard sur le visage rayonnant du Christ dans le mystère de la Transfiguration, sur “le plus beau des enfants 1 des hommes” [Ps 45].L’article de l’auteure est tout illuminé par les mots de beauté, de transfiguration et d’humanisation.S’humaniser pour humaniser : s’humaniser par la réconciliation, par le dialogue et par l’échange des dons reçus.Comme Noé, surnager à tous les déluges, en bâtissant, comme lui, des arches de communion avec tous les êtres.Des pages tonifiantes! Dieu est plus grand que notre coeur : Thérèse de l’Enfant-Jésus et l’oraison Soeur Aline Eraly, o.c.d.42-50 Il y a cent ans, mourait une jeune carmélite promise à un destin mystique exceptionnel.Pour célébrer ce centenaire, nous ferons place à quelques articles sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.Et d’abord : S’interroger sur la prière de Thérèse ouvre des horizons immenses.Soeur Aline Eraly, du Carmel de Montréal, s’efforce de sonder le mystère d’un cheminement qui, à travers sécheresses et obscurités, a fait de Thérèse une maîtresse d’oraison et un témoin pour les religieux de ce temps.Dialogues des religieux : quelles paroles dire?Frère Jean-Paul Desbiens, f.m.s.51-59 Quelles paroles des religieux engagés dans des formes différentes de vie consacrée peuvent-ils bien échanger entre eux?Telle est la question que nous avons posée à plusieurs religieux et religieuses.L’auteur répond à son tour, et dans son style, à cette invitation embarrassante.Il nettoie les mots de leur gangue de confusion, il leur interdit le mensonge, la complaisance, l’inflation ou l’aplatissement.Que reste-t-il à dire?l’essentiel, comme un diamant taillé sec, acéré et beau.2 Vita consecrata et les relations mutuelles entre évêques et instituts de vie consacrée P.Benoît Malvaux, s.j.Le 25 mars 1996, le Pape Jean-Paul II publia l’exhortation apostolique Vita consecrata, destinée à recueillir les fruits du synode des évêques sur la vie consacrée.Un tel document était attendu impatiemment dans l’Église — du moins dans les milieux particulièrement intéressés par le sujet! Il n’était en effet pas possible de tirer des conclusions définitives du synode tant que cette exhortation n’était pas parue, puisqu’elle est le seul document synodal à faire autorité1.Parmi les sujets abordés par cette exhortation, le thème des relations entre les évêques et les instituts de vie consacrée occupe une place particulière.Vita consecrata n’est pas le premier document ecclésial à se pencher sur cette question.Dès 1978, deux congrégations romaines — celle des évêques et celle des religieux et des instituts séculiers — avaient publié des directives communes sur le sujet, intitulées Mutuae relationes.Ces directives, dans la ligne des principes du renouveau énoncés par Vatican II, visaient notamment à promouvoir la collaboration entre évêques et instituts et à favoriser l’insertion de ces derniers dans l’action pastorale des Églises particulières, tout en veillant à la sauvegarde de leur charisme spécifique.Les débats en assemblée synodale mirent en évidence une amélioration notable des rapports entre évêques et instituts de vie consacrée, suite notamment à la mise en application de ces directives.1 Le synode des évêques n’a en effet pas de pouvoir décisionnel à proprement parler.Son rôle est plutôt d’étudier différentes questions concernant l’action de l’Église dans le monde et de remettre au pape des propositions à ce sujet.3 Des relations positives ont ainsi été nouées entre évêques et instituts dans de nombreux pays, et une place plus grande est désormais réservée à la vie consacrée dans les plans pastoraux diocésains.Cependant, tous les problèmes n’en ont pas pour autant disparu.Ainsi, certaines recommandations de Mutuae relationes ne sont pas encore appliquées partout, comme l’instauration de contacts réguliers entre évêques et supérieurs, ou encore la nomination, dans chaque diocèse, d’un vicaire épiscopal pour la vie consacrée.Par ailleurs, des problèmes nouveaux sont apparus: par exemple, la promotion des vocations dans certaines jeunes Églises donne lieu à une concurrence malsaine entre diocèses et instituts religieux, surtout de droit pontifical; de même, l’abandon d’oeuvres diocésaines par les instituts qui en avaient la charge, du fait de la diminution de leurs effectifs ou d’une réorientation de leur apostolat, fait difficulté dans bon nombre d’Églises particulières, notamment africaines.À l’issue du synode, les pères synodaux remirent au Saint-Père 55 propositions afin de l’aider dans la rédaction de l’exhortation post-synodale2.Ces propositions n’attachent certainement pas une importance excessive à la question des relations entre évêques et instituts de vie consacrée! Une seule d’entre elles, en effet, concerne spécifiquement cette question3 4: il s’agit de la proposition 29, qui demande notamment la publication d’une nouvelle rédaction des directives Mutuae relationes pour tenir compte des expériences faites jusqu’ici et des changements introduits par le Code de droit canonique et le Code des canons des Églises orientales, et la constitution d’une commission mixte d’évêques et de supérieurs majeurs, là où elle n’existe pas encore, dans laquelle des religieux et des religieuses autres que les supérieurs soient également représentés.De telles suggestions — à l’exception du dernier point — n’étaient pas véritablement des nouveautés.Ainsi, dès 1988, à l’occasion d’une enquête réalisée 10 ans après la promulgation de Mutuae relationesA, 2 Ces propositions sont en principe confidentielles.Cependant, la publicité qui leur a été donnée est telle que nous nous croyons autorisé à en faire état.3 Cependant, d’autres propositions concernent, quoique moins directement, les relations entre évêques et instituts de vie consacrée.Ainsi, la proposition 30, reconnaissant l'existence de difficultés et de problèmes spécifiques, tels des expressions de discernement, parmi les consacrés, envers la doctrine de l’Église, demande que ces problèmes soient traités positivement par les autorités compétentes.Par ailleurs, la proposition 48, relative aux vocations, demande que, là où celles-ci abondent, les instituts de vie consacrée soient bien implantés dans l’Église particulière avant d’y chercher des vocations.Elle souhaite également que la promotion des vocations par les instituts se fasse en dialogue avec l’Église particulière.4 Voir J.BONFILS, Mutuae relationes, dix ans après, dans Informations SCRIS, 17 (1991), pp.135-138.4 des propositions avaient été avancées pour un aggiornamento du document.De même, l’idée d’une commission mixte d’évêques et de supérieurs majeurs avait déjà été émise par Mutuae relationes.Le seul élément neuf dans la proposition 29 était donc la recommandation que des religieux et des religieuses5 participent à une telle commission des supérieurs.Les pères synodaux voulaient ainsi impliquer davantage les religieux autres que les supérieurs dans les relations entre évêques et instituts.L’exhortation post-synodale ne consacre pas non plus un long développement à la question des relations entre évêques diocésains et instituts de vie consacrée.Ce thème y occupe proportionnellement moins de place que dans les documents préparatoires au synode ou dans les débats synodaux.Plus précisément, c’est surtout dans le deuxième chapitre de l’exhortation, intitulé “La vie consacrée, signe de communion dans l’Église”, que se trouvent les développements concernant les relations entre évêques et instituts6.Dans la ligne de l’ensemble des documents ecclésiaux depuis le Concile, l’exhortation envisage la question des relations entre évêques et instituts dans le cadre de l’Église communion.Dès le début [n° 4], elle précise qu’une telle communion “n’est pas uniformité, mais elle est un don de l’Ésprit qui passe à travers la variété des charismes et des états de vie.”7 Dans cette optique de communion, Vita consecrata parle en termes très positifs de la vie consacrée.Ainsi, le but même de l’exhortation, tel qu’il est exprimé au n° 13 du document, est de donner à la vie 5 Très justement, la proposition utilise le terme “religieux” plutôt que “consacré”, puisque les membres d’instituts séculiers, ayant pour vocation d'être “insérés dans le monde”, ne participeraient de toute façon pas à une telle commission en tant que consacrés.6 L’exhortation dans son ensemble comprend trois chapitres, qui traitent respectivement de la nature et l’identité de la vie consacrée, de la vie consacrée dans l’Église et de la mission de la vie consacrée dans le monde d’aujourd’hui.Contrairement à l’Instrumentum laboris, l’exhortation ne commence donc pas par une analyse de la situation actuelle de la vie consacrée.Certains pourront y voir—et regretter!—le retour à une approche essentialiste de la vie consacrée, fondée sur des principes et des définitions, au détriment d’une approche existentialiste, partant de la situation concrète de la vie consacrée aujourd’hui.7 À ce stade, l’exhortation fait explicitement référence aux deux synodes précédents, consacrés aux laïcs et aux prêtres, et souligne qu’ils forment avec le synode sur la vie consacrée un ensemble qui permet de “mieux expliquer l’identité des différents états de vie, leur vocation et leur mission spécifique dans l’Église.” L’exhortation souligne donc fortement la place propre et essentielle qu’occupe la vie consacrée dans l’Église.Dans le débat quant à la question de savoir si l’on doit considérer l’Église comme composée uniquement de clercs et de laïcs, ou bien de clercs, de laïcs et de consacrés, Vita consecrata prend nettement parti en faveur de la deuxième hypothèse, en affirmant que “la conception d’une Église composée uniquement de ministres sacrés et de laïcs ne correspond pas aux intentions de son divin fondateur.” 5 consacrée un nouvel élan, de lui apporter un encouragement et de faire grandir la joie du peuple de Dieu tout entier pour le don de la vie consacrée.Dans cette ligne, on ne retrouve pas dans l’exhortation les commentaires négatifs — par exemple sur la désobéissance des consacrés envers le magistère — présents dans le premier document préparatoire du synode, les Lineamenta, qui avaient suscité à juste titre des réactions indignées parmi les consacrés.En choisissant au contraire d’adopter un ton positif et encourageant à l’égard de la vie consacrée, l’exhortation est ici tout à fait en harmonie avec l’assemblée synodale, dont la grande majorité des membres n’a pas tari d’éloges quant au rôle irremplaçable joué par la vie consacrée dans l’Église et le monde d’aujourd’hui.Dans le domaine spécifique des relations entre évêques et instituts, cette optique de communion se concrétise dans la confirmation et l’encouragement de la collaboration entre les deux parties.Ainsi, Vita consecrata relève notamment [n° 54] que “ces dernières années, la doctrine de l’Église comme communion a permis de mieux comprendre que ses diverses composantes peuvent et doivent unir leurs forces, dans un esprit de collaboration et d’échange des dons, pour participer plus efficacement à la mission ecclésiale.” Dans cet esprit, l’exhortation souligne “l’importance fondamentale de la collaboration des personnes consacrées avec les évêques pour le développement harmonieux de la pastorale diocésaine” [n° 48].Elle rappelle également que “les défis de la mission [.] ne peuvent être relevés efficacement sans la collaboration de tous les membres de l’Église, [.qui jaillit] de la confrontation et du dialogue” [n° 74].Elle souligne encore que la communion des consacrés avec les pasteurs est un des éléments importants pour une insertion fructueuse des instituts dans le processus de la nouvelle évangélisation [n° 81].Cette insistance sur la collaboration, l’échange des dons, le dialogue, la confiance, l’ouverture, nous semble bien être le trait dominant de l’exhortation en ce qui concerne les relations entre évêques et instituts de vie consacrée, à la lumière duquel il convient d’interpréter les autres dispositions relatives à cette question.Par exemple, un tel esprit de collaboration et de dialogue éclaire les passages où l’exhortation rappelle la nécessité pour les consacrés d’obéir à leurs pasteurs.C’est ainsi que le n° 46 voit une telle obéissance comme la conséquence de la communion dont les consacrés doivent être experts dans l’Église.La même disposition rappelle par ailleurs que “l’adhésion d’esprit et de coeur au magistère des évêques est un aspect 6 déterminant de la communion ecclésiale”.Ces différentes mentions de l’autorité des évêques comme pasteurs des consacrés se font donc toujours dans le cadre de l’Église communion, et c’est dans une telle perspective qu’elles doivent être lues.De même, la notion de communion éclaire ce que l’exhortation dit de l’autonomie dont bénéficient les instituts de vie consacrée.En effet, les nos 48 et 49 de Vita consecrata rappellent autant la nécessité pour les évêques de respecter une telle autonomie que celle pour les instituts de ne pas l’invoquer pour justifier des choix qui iraient à l’encontre de la communion ecclésiale.Pour reprendre les termes mêmes du n° 49, “il faut que les initiatives pastorales des personnes consacrées soient décidées et mises en oeuvre dans un dialogue cordial et ouvert entre évêques et supérieurs des divers instituts.” En d’autres termes, il apparaît clairement que l’exhortation invite les évêques et les instituts à construire des relations basées sur la mutualité et le partenariat, plus que sur l’autorité et la soumission, même si cela n’implique évidemment pas une négation du rôle particulier qui échoit à l’évêque comme pasteur de son diocèse.C’est une telle expérience de coopération et de dialogue entre évêques et consacrés qui a été vécue au synode lui-même, ainsi que le rappelle le n° 50 de Vita consecrata, et c’est à un même dialogue dans la confiance réciproque que l’exhortation appelle dans l’avenir.L’exhortation se révèle donc particulièrement intéressante quant aux principes qu’elle énonce en matière de relations entre évêques et instituts.Cependant, force est bien de constater que les recommandations concrètes émises par le n° 50 de Vita consecrata pour traduire ces principes dans les faits ne présentent pas le même intérêt.Elles n’innovent en effet pas vraiment par rapport à ce que suggérait déjà Mutuae relationes: invitation aux supérieurs à rester en dialogue constant avec les évêques, à les informer des initiatives apostoliques qu’ils envisagent de prendre dans le diocèse, et à parvenir avec eux aux accords nécessaires à la mise en oeuvre de telles initiatives; encouragement de la participation de délégués des conférences des supérieurs majeurs aux travaux des conférences des évêques, et réciproquement; incitation à la création de commissions mixtes d’évêques et de supérieurs majeurs8, pour examiner ensemble les questions d’intérêt commun.8 L’exhortation ne reprend pas ici la suggestion de la proposition 29, de voir des membres d’instituts religieux autres que les supérieures participer aux travaux de telles commissions.7 On pourrait regretter que l’exhortation ne soit pas plus précise et plus innovatrice quant aux modalités concrètes pour faire progresser le dialogue et la coopération entre évêques et instituts de vie consacrée.Cependant, son (relatif) silence n’est pas nécessairement une mauvaise chose.En effet, les débats synodaux ont révélé combien la vie consacrée présentait un visage différent selon les régions.Un auteur a pu parler à ce sujet de “l’enterrement en sainte paix de la vieille idée d’un schéma de la vie consacrée exportable dans le monde entier.”90r, une telle constatation vaut particulièrement dans le domaine des relations entre évêques et instituts.Celles-ci ne peuvent pas être envisagées de la même manière là où les consacrés constituent l’essentiel du clergé de l’Église particulière et là où ils ne sont qu’une poignée, là où les instituts ont de nombreuses oeuvres propres et là où ils ne sont guère présents en dehors des oeuvres diocésaines, ou encore là où les vocations sont abondantes et là où elles sont clairsemées.À ce point de vue, il est heureux que Vita consecrata n’ait pas proposé de réglementation précise en ce domaine.Il reste à espérer que les instances régionales ou locales y verront un encouragement à prendre elles-mêmes les mesures favorisant la collaboration entre évêques et instituts.Un même raisonnement peut être tenu en ce qui concerne une éventuelle réécriture de Mutuae relationes.Sur ce sujet, le silence de l’exhortation est complet, puisqu’elle ne reprend rien de la proposition 29 en ce sens.On peut s’en étonner, dans la mesure où cette suggestion d’une nouvelle rédaction de Mutuae relationes avait été formulée par bon nombre de pères synodaux.Différents motifs peuvent être avancés pour expliquer un tel silence: ainsi, on pourrait invoquer le fait que, les directives ayant comme auteurs des congrégations romaines, leur révision n’était pas de la compétence du pape et que celui-ci n’avait donc pas à intervenir sur la question.Il reste que la proposition 29 s’adressait expressément au Souverain Pontife.Les pères synodaux espéraient donc que ce dernier prenne position sur le sujet, ne serait-ce qu’en demandant aux congrégations responsables de rédiger un nouveau document.Jean-Paul II n’a pas suivi une telle suggestion.On pourrait également avancer l’hypothèse que le pape ait refusé d’envisager une réécriture de Mutuae relationes, parce qu’il était plus important à ses yeux de rédiger un tout nouveau document, qui traite- 9 Voir B.SECONDIN, Per una fedeltà creativa.La vita consacrata dopo il sinodo, Milano, Edizioni Paoline, 1995, p.25.Cet ouvrage se livre d’ailleurs à une excellente analyse de l’ensemble du processus synodal.8 rait des relations des instituts de vie consacrée, non seulement avec les évêques, mais également avec les laïcs et le clergé diocésain.Effectivement, la proposition synodale 34 demandait la rédaction d’un tel document, qui répondait également à l’objection parfois émise à l’encontre de Mutuae relationes, d’identifier l’Église particulière aux évêques.Cependant, Vita consecrata, si elle comporte un important développement relatif à la coopération entre consacrés et laïcs10, ne demande pas la rédaction d’un document sur le sujet.Ce n’est donc vraisemblablement pas pour cette raison qu’elle garde le silence quant à une réécriture de Mutuae relationes.Une autre explication encore pourrait être que Jean-Paul II, conscient de la diversité régionale des problèmes touchant les relations entre évêques et instituts, n’aurait pas voulu envisager la rédaction d’un document qui se serait forcément situé à un niveau universel.Un tel souci serait tout à fait louable.Cependant, rien dans l’exhortation ne permet de confirmer — ou d’infirmer — cette hypothèse.De ce fait, l’explication la plus plausible semble bien être que le pape a estimé que le bon état actuel des relations entre évêques et instituts ne justifiait pas l’effort d’écrire dès maintenant un nouveau document.Quoi qu’il en soit, si, dans l’avenir, un tel document devait quand même voir le jour, il serait bon qu’il se limite à fixer les grands principes des relations entre évêques et instituts de vie consacrée — ou même, préférablement, des relations entre les différentes catégories de l’Église particulière — laissant au niveau régional ou local le soin de concrétiser les principes en question.Vita consecrata est cependant plus précise lorsqu’elle aborde certains autres problèmes touchant indirectement les relations entre évêques et instituts.Ainsi, au sujet de la réorganisation des oeuvres des instituts, elle relève l’importance de “sauvegarder le sens du charisme propre, de promouvoir la vie fraternelle, d’être attentif aux besoins de l’Église entière et particulière, de s’occuper de ce que le 10 N05 54-56.9 monde néglige” [n° 63]11.Par rapport à la question de la promotion des vocations, Vita consecrata souligne que celle-ci, dans les pays économiquement les plus pauvres, doit être faite par les différents instituts “en pleine harmonie avec les Églises particulières, avec comme point de départ une insertion active et durable dans leur démarche pastorale” [n° 64], Enfin, dans le domaine de l’éducation, qui avait fait l’objet de plusieurs interventions synodales demandant aux instituts engagés dans un tel apostolat de ne pas abandonner leurs écoles, l’exhortation rappelle que l’Église a toujours eu la conviction que l’éducation était un élément essentiel de sa mission et que les religieux avaient un rôle particulier en ce domaine [n° 96]; elle recommande également aux membres des instituts à vocation éducative d’être fidèles à leur charisme primitif et à leurs traditions [n° 97].En résumé, que peut-on retenir de Vita consecrata en ce qui concerne les relations entre évêques et instituts de vie consacrée?Très certainement, sur le plan des principes, il est permis de se réjouir de l’approche délibérément positive adoptée par le document pour parler de la vie consacrée, ainsi que de son souci d’encourager à poursuivre la route de la collaboration et du dialogue entre évêques et instituts.Sur le plan des propositions concrètes, l’exhortation aura certainement un impact moindre, dans la mesure où elle n’innove pas vraiment par rapport aux documents antérieurs.L’élément le plus intéressant de Vita consecrata à ce point de vue est sans doute — paradoxalement — le silence qu’elle garde quant à une éventuelle réécriture de Mutuae relationes.Mais, répétons-le, ce dernier point ne doit pas être vu comme une faiblesse du document, s’il traduit la volonté de laisser les instances régionales et locales s’occuper d’une problématique qui s’avère trop variable selon les régions pour pouvoir faire l’objet d’une réglementation universelle.Benoit Maivaux, s.j.LUMEN VITAE Rue Washington, 184-186 B-1050 BRUXELLES 11 Vita consecrata évite donc soigneusement de trancher la question de savoir s’il convient de privilégier dans ce domaine les nécessités des Églises particulières ou les orientations apostoliques des instituts.Elle cherche au contraire à assurer un équilibre entre la fidélité au charisme de l’institut—y compris dans ses orientations nouvelles—et le souci de répondre aux besoins des Églises particulières dans lesquelles les instituts sont engagés.Une telle approche, qui rappelle les grands principes plutôt que de donner des indications concrètes, est sans doute préférable, dans la mesure où elle laisse aux instituts le soin d'appécier dans le cas d’espèce quelle valeur doit être particulièrement privilégiée.10 Convoqués à la vie fraternelle P.René Pageau, c.s.v.Il y a bien des choses qui ont changé depuis le Concile.Mais depuis une dizaine d’années seulement, on prend de plus en plus conscience que le concept central et fondamental dans les documents du Concile est l’ecclésiologie de communion.Les théologiens affirment présentement que l’idée directrice de ce dernier Concile est la communion.Jean-Paul Il revient constamment sur cette idée directrice du Concile.La communion ecclésiale est au coeur de Vatican II.Il y insiste quand il parle de l’Église insérée dans la Trinité, de sa relation avec les Églises séparées; quand il parle aussi de l’Église universelle qui est présente dans les Églises locales et de la collaboration entre les pasteurs de l’Église locale et les religieux.Nous sommes tous appelés, nous sommes tous convoqués à la communion, à la fraternité, comme baptisés en Jésus.C’est à ce signe qu’on nous reconnaît comme étant disciples du Christ.Mais les religieux et les religieuses radicalisent cette option par leur consécration.Il est bon qu’on le sache dans l’Église, parce qu’il revient à tout baptisé de rappeler aussi à tel ou tel religieux, à telle ou telle religieuse, que son style de vie, que sa façon de penser et d’agir s’inscrivent ou ne s’inscrivent pas dans la ligne évangélique de son option de vie.Il est arrivé souvent que ce sont nos anciens élèves, nos amis, nos parents qui nous ont permis d’approfondir notre option de vie et nous ont soutenus dans nos moments de faiblesses, par leur façon de vivre leur baptême en des milieux souvent exigeants et difficiles.Ils ont été des témoins qui ont éclairé notre route de consacrés et qui nous ont amenés à repenser notre vie et à y croire.Les associés, ceux et celles qui 11 s’adjoignent aux familles religieuses, pour vivre le charisme légué par un fondateur à une congrégation, nous ont aidés à croire en ce que nous étions, en ce que nous sommes, pour nous éviter de sombrer dans la morosité.La communion engendre la communion, dit Jean-Paul II, et se présente essentiellement comme communion missionnaire [.] La communion et la mission sont profondément unies entre elles; elles se com-pénètrent et s’impliquent mutuellement, au point que la communion est missionnaire et la mission est pour la communion (Cf.Fideles laid n° 32).Et vous savez sans doute que, dans le décret Perfectae Caritatis du Concile, on a introduit le concept de fraternité que l’on retrouve dans les cinq schémas et jusqu’à la version définitive où il est fait mention quatre fois de la fraternité.Il n’est donc pas étonnant de voir Jean-Paul II qui s’adresse aux religieux et aux religieuses durant ses voyages à travers le monde pour leur dire et redire : « Ce qui compte, ce n’est pas ce que vous faites, mais bien ce que vous êtes! » Il n’est pas étonnant non plus de le voir insister sur la qualité de la vie fraternelle parce que, pour lui, la communion est plus qu’un moyen d’apostolat, c’est une fin.« Dans la vie de communauté, on doit pouvoir en quelque sorte saisir que la communion fraternelle, avant d’être un moyen pour une mission déterminée, est un lieu théologal où l’on peut faire l’expérience mystique du Seigneur ressuscité » (Sur la vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde, n° 42).On nous a tellement définis et identifiés par nos oeuvres, nos collèges, nos hôpitaux, nos centres d’accueil, nos écoles, alors qu’on y vçuait notre vie dans le dévouement et l’anonymat pour le service de l’Église et de notre communauté! Ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est qu’un des aspects de ce que nous sommes.On travaillait sans trop se connaître, les uns à côté des autres, mais ensemble, parfois juxtaposés, comme le disait à peu près le Frère Untel, dans son journal.Nous passions notre temps à passer à côté les uns des autres.Le rendement, l’efficacité comptait beaucoup.Nous étions au service de nos oeuvres, de l’honneur de la communauté qui triomphait à travers le dévouement anonyme des religieux et des religieuses.Le mérite de l’un et de l’autre faisait évidemment la fierté de la communauté.Mais comme on n’a presque plus d’oeuvres maintenant, comme on s’insère presque totalement dans les oeuvres diocésaines, y aurait-il réajustement du balancier de l’horloge ?On n’a pas le choix.On se 12 rabat sur la vie fraternelle, affirment certains.Il y a assez longtemps que notre vie professionnelle, que nos engagements apostoliques, que nos travaux, que nos jobs, que notre faire, empiètent sur notre vie communautaire, il est plus que temps que la vie fraternelle prenne sa revanche! Non, il n’est pas question de revanche, mais nos pauvretés nous^-permettent de retrouver une signification théologique à notre vie.Elles nous permettent de nous resituer face à nos engagements.La conversion n’est pas facile, mais il ne faut pas évincer la dimension pascale de notre vie religieuse.L’approfondissement des documents conciliaires a permis à la théologie de la vie religieuse d’évoluer, de se développer.Elle nous amène à nous définir par ce qui fait l’essentiel.Et les évêques, au lieu de dire : « J’ai dans mon diocèse une dizaine de communautés religieuses qui dirigent et animent des hôpitaux, des écoles et des centres d’accueil », diront à l’avenir : « J’ai plusieurs fraternités de religieux et de religieuses dans mon diocèse.Ces fraternités annoncent par leur façon de vivre la vie fraternelle, en communauté, que Jésus est là présent au milieu d’eux, que son règne est arrivé là où ils vivent.Ces fraternités sont des lieux de ressourcement, des lieux de prière qui témoignent de la Bonne Nouvelle.Cette Bonne Nouvelle prend chair, prend visage, porte le nom de cette fraternité rassemblée au nom de Jésus-Christ, dont la Parole est constitutive de leur vie ensemble ».La vie fraternelle vers laquelle on tend aujourd’hui est une des manifestations de la communion dont il est abondamment question dans les textes conciliaires.À la suite de l’approfondissement, par les spécialistes de tous ordres, des documents du Concile, il n’est pas surprenant que la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique nous donne un texte d’une inestimable valeur, le 2 février 1994, texte approuvé par le Pape Jean-Paul II, le 15 janvier de la même année, abondamment étayé des textes tirés des documents du Concile, des papes précédents, des Actes du Saint-Siège.Ce document sur la vie fraternelle vécue en communauté est une synthèse de tous les efforts qui se font dans les communautés et qui prend en compte aussi l’évolution théologique actuelle et l’évolution de la société, la reformulation des valeurs.Le Droit canonique lui-même a changé de langage.En 1917, il semblait s’être limité à des éléments extérieurs et à l’uniformité du style de vie, tandis que le nouveau code insiste explicitement sur la dimension spirituelle et sur les liens de fraternité qui doivent unir tous les membres dans l’amour.13 Il est question, dans le nouveau code, de fraternité ou de communion fraternelle, de communion de vie.Il est question aussi de la vie en commun, de la vie de communauté qui doit favoriser la vie fraternelle.Les normes sont au service de la qualité de la vie fraternelle.Mais il est d’abord rappelé que la vie religieuse est née «non d’une volonté de la chair et du sang», non de sympathies personnelles ou de motifs humains, mais « de Dieu » (Jn 1,13), d’une vocation divine et d’un attrait divin.La vie fraternelle n’est certes pas un pur instrument fonctionnel qui favorise la réalisation de projets apostoliques.Le travail d’un religieux ou d’une religieuse n’est pas l’exercice « d’un simple métier ou d’une profession [.] il est l’accomplissement d’une mission ^ d’évangélisation ».Mais d’où vient donc cette urgence de la communion?La réflexion théologique fait prendre conscience que la communion est le fil conducteur des documents de Vatican II.« La communion n’est pas la structure de l’Église, mais son essence; le Concile dit: “son mystère”.Le mystère, A c’est le dessein de Dieu, c’est le projet de Dieu caché depuis des siècles, qui n’est rien d’autre que la communion.L’Évangile ou la Bonne Nouvelle, c’est l’annonce et l’offre de la communion qui nous est adressée par Jésus et réalisée en Lui » {Le défi de la communion de Gilles Routhier).Mais cette communion, c’est encore plus que des rapports d’organisation, de structure.Mon avenir, mon salut, ma destinée, c’est la communion avec Dieu et cette communion exige la communion avec mes frères et mes soeurs.Dieu, en créant l’être humain à son image et à sa ressemblance, il l’a créé pour la communion.En effet, notre corps est parole, il est médiation, donc pour s’accomplir, il doit entrer en relation.Il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu qui s’est révélé comme Amour, Trinité, Communion.Dieu appelle donc tout être humain à une relation intime avec Lui.Toute sa vie, l’être humain sera en quête de cette ressemblance, de cette image; toute sa vie l’être humain sera en quête de communion, de fraternité.La plus grande vocation de l’être humain est d’entrer en communication avec Dieu et avec les autres, en apprenant à être frère, à être soeur.La communion entre nous s’inscrit au coeur même de la Trinité, dans la profondeur de la communion des personnes divines.14 Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que, vous aussi, soyez en communion avec nous.Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ.Et voici le message que nous avons entendu de Lui et que nous vous dévoilons : Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en Lui.Si vous dites : « Nous sommes en communion avec Lui », tout en marchant dans les ténèbres, vous mentez et ne faites pas la vérité.Mais si nous marchons dans la lumière, comme Lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils nous purifie de nos péchés (1 Jn 1,6-7).Seul le péché divise, brise les liens de la fraternité.Tout ce qui n’est pas au service de la communion est péché.Tout ce qui rend impossible la communion est péché.Tout ce qui brise l’unité, retarde la communion est péché.Tout ce qui empêche d’être frère, d’être soeur, est contre le commandement nouveau que Jésus nous confiait au cours du dernier repas : Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres.Comme je vous ai aimés, aimez-vous, vous aussi, les uns les autres! (Jn 13, 34; 15,12) Puis il s’adresse au Père : Comme Toi, mon Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous (Jn 17, 21)1 15 Mais cette communion, dans la réalité concrète de chaque jour, demeure en croissance, en tension, vers un accomplissement définitif.En d’autres termes, il ne faut pas s’illusionner et rêver d’une communauté idéale.Toute communauté vit au rythme de la croissance de ceux et celles qui la composent.Elle croît progressivement, avec l’évolution, le cheminement de chacun et de chacune, avec l’évolution de l’ensemble.N’est-ce pas « l’Esprit Saint qui réalise la communion?C’est Lui le principe de l’unité.L’unité, la communion participe à la vie trinitaire ».La Trinité différencie les personnes dans l’unité même de Dieu.Elle éclaire sur l’enracinement de notre vie fraternelle vécue en communauté, « lieu où l’on devient frères et soeurs », lieu où nous est fait, par l’Esprit, « le don de la communion et de la communauté ».L’Esprit n’est-il pas « à la source de la différence, du multiple et de l’unité ?» La diversité, la différence, le multiple qui nous viennent de l’Esprit s’expriment dans nos communautés locales, mais l’Esprit qui les inspire est encore Celui qui construit l’unité.« Cette diversité dans la communion, où chacun s’enrichit dans la réception de l’originalité de l’autre, est finalisée par la mission.Déterminée par l’unité de sa source, cette diversité l’est aussi dans son terme : l’unique mission.La mission est à la fois le critère qui juge la pertinence d’un charisme qui doit s’ajuster à la mission de la communauté ».L’unité n’est certes pas l’uniformité qui est un appauvrissement, qui est un rétrécissement « Ce que le péché introduit, ce n’est pas la multiplicité, ni la diversité, mais la division et l’uniformité ».« À plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ » (Rm 12, 5).Il y a diversité de dons, de charismes, de talents, mais c’est toujours le même Esprit qui fonde la communion.Toute la vie sacramentelle édifie la communion.« Nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps » (1Co 12, 13).N’est-ce pas la communion fraternelle qui exprime le mieux l’agir du Père dans notre histoire communautaire?Nous avons tous été convoqués, appelés, choisis par Dieu, envoyés par Lui.Nous avons choisi de nous consacrer à Lui par la voie des trois conseils évangéliques.Nous portons ensemble le même charisme de la communauté, nous réalisons ensemble ce charisme, à la lumière de Vatican II et des exigences de l’Église locale où nous sommes envoyés.Nous communions ensemble dans la louange de Dieu 16 et dans la vie quotidienne.La vie communautaire est un mode de vie pour nous qui se modèle sur la communion trinitaire, qui nécessite aussi une structure institutionnelle, qui protège et promeut la communion.Nous sommes réunis dans un commun appel de Dieu dans la ligne du charisme; nous vivons une consécration ecclésiale commune originale et une réponse commune participant à l’expérience de l’Esprit vécue et transmise par le fondateur, ainsi qu’à sa mission dans l’Église [n° 2], À la suite de ce qui vient d’être dit, il est facile d’affirmer à grands cris ce que devrait être la mission des communautés religieuses aujourd’hui, ce que devrait être la mission d’une communauté locale dans un village ou dans une ville, ce que devrait être la mission d’un religieux ou d’une religieuse qui, pour une raison sérieuse est temporairement engagé seul dans un service d’urgence d’Église.La mission exprime et réalise la communion trinitaire à laquelle le Père fait participer, en Jésus et dans l’Esprit, l’homme et la femme de tous les temps; rend visible, pour tous les baptisés, le don de la fraternité fait par le Christ à toute l’Église en radicalisant l’esprit fraternel qui doit unir tous les chrétiens; est cellule de communion fraternelle qui témoigne de la profusion des dons de l’Esprit en vivant dans la lancée du charisme du fondateur; témoigne que l’amour de Dieu répandu dans les coeurs par l’Esprit fonde la communauté qui est signe de la communion fraternelle; rend visible la communion qui fonde l’Église et annonce, en même temps, l’unité à laquelle tend l’Église, comme but ultime; témoigne de la communion qui est intimité avec Dieu, choisie librement, qui est préférée à tout; annonce aussi, dans un monde divisé, 17 la capacité d’une mise en commun des biens, de l’affection fraternelle du projet de vie et d’activités; exprime le mystère de communion de l’Église qui est projet, dessein, rêve, le plan du Père, que tous soient un en un seul corps, grâce à l’Esprit; rend plus visible l’Église que l’Esprit convoque continuellement en une unique famille; ce même Esprit convoque et nourrit la famille religieuse; est un signe lisible de l’intime communion qui anime et constitue l’Église unie pour que le monde croie.est soutien pour l’ensemble de la réalisation du Plan de Dieu.«Le don de la communion suscite le devoir de construire la fraternité, de devenir frères et soeurs dans une communauté dont les membres sont appelés à vivre ensemble» (La vie fraternelle en communauté n°11 ].Quels sont maintenant les moyens pour construire la fraternité, pour édifier, bâtir, au jour le jour, la communion, don de l’Église, fruit de l’Esprit?La communion fraternelle n’est pas une idée abstraite que l’on tente d’échafauder théoriquement et artificiellement; ce n’est pas un moule que l’on tente d’imposer à un groupe qui modifierait son comportement.Il y a une convergence du « oui » à Dieu qui unit les divers consacrés dans une même communauté de vie.Consacrés ensemble, unis dans le même « oui », unis dans l’Esprit Saint, les religieux et les religieuses découvrent chaque jour que leur suite du Christ obéissant, pauvre et chaste, est vécue dans la fraternité, comme l’ont fait les disciples qui suivaient Jésus au cours de son ministère.Unis au Christ, et donc, appelés à être unis entre eux.Unis dans la mission de s’opposer, de façon prophétique, à l’idolâtrie du pouvoir, de l’avoir, du plaisir [n° 44], 18 Suivre le Christ, c’est quotidiennement, répondre à l’amour du Père, comme Lui et grâce à Lui, et l’aimer de tout notre coeur, de toute notre âme, de toutes nos forces (Dt 6, 5) en aimant le prochain comme on s’aime soi-même (Mt 22, 39).Suivre le Christ, vivre comme Lui, de l’amour du Père, pour l’amour des frères.Notre corps, notre âme, toute notre personne sont liés à l’amour du Père, livrés à l’amour, sans prétention aucune, submergés dans nos faiblesses, mais abandonnés à la folie amoureuse de l’Esprit qui se répand dans les coeurs et rend l’impossible possible, fait jaillir l’inespéré, l’inattendu, comme sur le chemin d’Emmaüs, à la fraction du pain.Comme il est dit dans le document La vie fraternelle en communauté, les religieux et les religieuses sont convoqués à la communion qu’ils construisent patiemment, [n° 12] en prenant le temps nécessaire pour avoir soin de la qualité de la vie de la communauté [n° 13]; en apprenant à donner du temps à Dieu [n° 13]; en supportant les fardeaux, les uns des autres.C’est ainsi que nous accomplissons la Loi du Christ (Ga 6, 2).Il est important qu’une vie fraternelle riche et chaleureuse permette de porter le fardeau du frère blessé, qui a besoin d’être aidé.Plusieurs désirent la communauté et l’unité, mais n’entendent pas en payer le prix en termes d’engagement et de don de soi [n° 21]; car la vie de communauté ne s’improvise pas et sa réalisation n’est ni spontanée, ni immédiate [n° 21]; et pour vivre en frères et en soeurs, il faut parcourir un vrai chemin de libération intérieure.Il faut se soucier de l’effort ascétique nécessaire et irremplaçable pour une libération qui permette de faire d’un groupe une fraternité [n° 23].« La réponse à cette invitation à édifier la communauté avec le Seigneur, avec une patience quotidienne, dit Jean-Paul II, passe par le chemin de la croix, suppose de fréquents renoncements à soi-même.» La communion est un don offert, mais requiert une réponse, un patient apprentissage et un combat afin de surmonter ce que nos désirs peuvent avoir de trop instinctif et changeant.19 C’est la conversion de toute attitude qui ferait obstacle à la communion [n° 23].Il est cependant nécessaire de perdre, dès le départ, l’illusion que tout doit venir d’autrui.Nous devons apprendre à être constructeurs de la communauté pour éviter d’être uniquement des consommateurs [n°24].Dans une communauté fraternelle, chacun se sent coresponsable de la fidélité de l’autre, chacun contribue à ce qu’il règne un climat de confiance mutuelle.Chacun est attentif aux moments de fatigue, de souffrance, d’isolement, de démotivation du frère ou de la soeur.[n° 57], La réalisation des religieux et des religieuses passe par la communauté, mais il ne faut pas oublier que toute réalité chrétienne s’édifie sur la faiblesse humaine.L’unité s’établit au prix de la réconciliation, alors, il ne faut jamais se décourager devant les imperfections de la communauté [n° 25, n°26].Pour favoriser la communion, il est bon de rappeler la nécessité de cultiver les qualités requises dans toutes relations humaines : bonne éducation, gentillesse, sincérité, contrôle de soi, délicatesse, sens de l’humour, esprit de partage, la simplicité heureuse, la franchise et la confiance réciproque, la capacité de dialoguer, l’adhésion sincère à une discipline communautaire bénéfique [n° 27].Il faut cultiver la joie de vivre même au milieu des ennuis quotidiens.Cette joie d’être ensemble est le fruit de l’Esprit qui épouse la simplicité de l’existence et la trame monotone du quotidien.Une fraternité sans joie est une fraternité qui s’éteint.Très vite les membres seront tentés de chercher ailleurs ce qu’ils ne peuvent trouver chez eux.Sans dialogue et sans écoute, on court le risque de vie juxtaposée ou parallèle, bien éloignée de l’idéal de la fraternité [n° 32], 20 Je m’arrête ici.Mais je voulais simplement signaler que le document a le grand mérite de ne pas nous plonger dans l’illusion d’une communauté rêvée, idéalisée, où les membres seraient parvenus à une communion sans faille.On ne cache pas la réalité.La communion se bâtit au jour le jour.Comment doit-on vivre chrétiennement tout ce qui me rend difficile, pénible la vie communautaire?Comment vaincre l’« individualisme qui désagrège » et le « communautarisme qui nivelle ?» Le passage patient du « je » au « nous » se fait progressivement.Ce sont des pâques que je dois vivre si je prends au sérieux mes engagements.Mais pour faire naître chacun des membres de ma communauté à la fraternité, il faut se donner des moyens que j’ai tenté d’énumérer.Nous avons tous une bonne expérience de la vie communautaire.Nous sommes même agacés par certains rappels.En général, nous savons tout ça depuis toujours.Mais rien n’empêche qu’il y a des choses essentielles qui ont été reléguées, qu’il faut ensemble se rappeler avec humilité pour réveiller en nous la grâce si généreuse d’un appel d’amour qui exige une réponse d’amour déraisonnable, folle, impossible.Une réponse quotidienne qui me garde toujours, à travers mes faiblesses, sur le chemin de la sainteté.« Plus l’amour de Dieu croît dans les coeurs, plus les coeurs s’unissent entre eux ».y Voilà le secret de la vie fraternelle qui va plus loin que les normes, que les remarques disciplinaires, que les recettes qui ne visent qu’à changer les comportements, les apparences, mais qui n’atteignent pas les coeurs.Pour être tout au service de l’édification de la vie fraternelle, de la communauté, il faut avoir la foi en cet appel qui m’est parvenu jusqu’au plus intime de mon coeur, appel dont le Seigneur a pris l’initiative, a fait les premiers pas parce que j’ai la certitude que c’est Lui qui m’a choisi; ce n'est pas moi.Ma vocation est l’oeuvre de Dieu.Ma communauté est « un mystère qui doit être contemplé et accueilli dans l’admiration et l’action de grâce, dans la claire dimension de la foi ».[n° 12].C’est ce qui motive mes raisons profondes de vivre en communauté, de construire patiemment la vie fraternelle.Cette claire vision de foi sur mon option de vie me permet de faire, dans la pratique quotidienne, le difficile équilibre entre communauté, vie fraternelle communautaire et engagement apostolique.Je comprends que la communion fraternelle en tant que telle est déjà un apostolat qui contribue à l’évangélisation, qui est annonce et réalisation de la promesse qui est Bonne Nouvelle.21 « La prière en commun a toujours été à la base de la vie communautaire [n° 12]; elle entretient l’estime et la confiance mutuelle, favorise la réconciliation et la solidarité fraternelle [n° 16], construit la communion des coeurs, prémices de toute croissance dans la fraternité » [n° 14].Aimer sa vocation, percevoir l’appel comme raison de croire, c’est aimer l’Église et sa Congrégation et considérer la communauté comme sa vraie famille [n° 37], On s’aide ensemble à répondre à l’appel de Dieu en relevant les « défis de la société nouvelle ».L’obéissance lie et unit les différentes volontés dans une même communauté fraternelle chargée d’une même mission.La pauvreté, m’invite au partage de tous les biens matériels et spirituels qui, à l’origine, était le fondement de la vie fraternelle pour être ensemble au service de Dieu et des pauvres.C’est la mise en commun pour un meilleur service à tous les niveaux.La chasteté consacrée, c’est l’art de vivre l’amour dans le célibat, de vivre sa sexualité en aimant comme Jésus aime, en aimant quelqu’un d’un amour libre qui n’empêche pas d’en aimer d’autres, mais qui, au contraire, pousse à aimer tous les autres.Cet amour large et ouvert croît quand la vie fraternelle prend les couleurs du Ressuscité qui invite à devenir frère et soeur de l’autre, témoin de l’amour du Père.Les conseils évangéliques ne sont pas de petites entreprises privées où nous cheminons individuellement et parallèlement.S’ils ne nous rendent pas plus frères les uns les autres, que viennent-ils faire dans notre vie?Nous sommes convoqués, c’est-à-dire, appelés ensemble avec d’autres, dont nous partageons l’existence quotidienne [n° 44], Le verbe convoquer est explicitement employé à quatre reprises dans le document sur la vie fraternelle et sa définition nous est donnée clairement au n° 44.Si la pratique des conseils évangéliques me marginalise de la communauté parce que je trouve qu’ensemble, on s’éloigne de l’Esprit 22 du fondateur, parce que les membres de la communauté ne s’orientent pas assez radicalement vers le service des plus pauvres, parce que l’autorité oriente la Congrégation sur des pistes sans avenir.Attention, un signal est donné! Si je n’ai pas assez de foi pour me mettre à genoux avec mes frères ou avec mes soeurs, pour demander au Seigneur la grâce de la communion, de la fraternité, parce que mes engagements m’obligent toujours à m’absenter du milieu communautaire à l’heure de la prière., parce que mes prières ne sont encore que des «exercices» que je préfère faire seul, car je trouve que je prie mieux seul qu’en communauté.Attention, un autre signal est donné! S’il vous arrive de fuir toujours vos frères ou vos soeurs à cause de vos longues heures de travail ou de vos longues heures de prières, réviser votre vie! Le numéro 65 est clair et il nous invite à ne pas banaliser l’urgence de faire communauté : La vie commune dans une maison de l’institut est essentielle à la vie religieuse.Le religieux « seul » n’est jamais un idéal.La règle est l’insertion dans une communauté fraternelle; c’est à cette vie menée en commun que la personne s’est consacrée.Il n’est pas suffisant de participer à quelques réunions ou à quelques fêtes pour être vraiment religieux.On doit agir en vue de la disparition progressive de ces situations injustifiées et inadmissibles pour les religieux et les religieuses.Les supérieurs et les religieux sont invités à réfléchir sérieusement.sur l’importance de reprendre vigoureusement la pratique de la vie fraternelle en communauté.Avant de conclure, je vous livre un passage de Jean-Paul II que je cite et explique de mille et une manières lors des rencontres que j’ai la grâce de vivre avec de nombreuses communautés d’ici et d’ailleurs.Mais avant, retenons que « les membres des communautés primitives étaient assidus à l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et à la prière (Ac 2, 42), et le nombre des 23 hommes et des femmes qui croyaient dans le Seigneur ne cessait de croître» (Ac5, 14).La qualité de ma fidélité à l’appel reçu, à ma réponse donnée, se mesure à la qualité de ma vie fraternelle.La vie communautaire, dit Jean-Paul II, est au centre de la vie religieuse.C’est une caractéristique propre à ce genre de vie consacrée.La vie religieuse est une vie consacrée vécue en communauté.Les religieux et les religieuses sont invités à être une communauté exemplaire au sein de la communauté de l’Église.La détérioration de la vie communautaire a des répercussions sur tous les aspects de la vie religieuse.La vie communautaire est conçue comme le don de la propre vie de chacun des religieux.La sainteté des religieux est inexorablement liée à la manière de vivre pleinement leur vie communautaire.Et il affirme encore que « toute la fécondité de la vie religieuse dépend de la qualité de la vie fraternelle menée en commun.Plus encore, le renouvellement actuel dans l’Église et dans la vie religieuse est caractérisée par une recherche de communion et de communauté ».C’est à travers la vie communautaire que passe le témoignage de la consécration [n° 71].Alors, nous religieux, religieuses, dans l’Église, nous n’avons pas le choix.La communion est le lieu de la réalisation de notre vocation.Le célibat consacré est un art de vivre sa sexualité qui est un don de Dieu.Il nous oblige donc, d’une façon incontournable à des relations mutuelles qui favorisent la fraternité.Il oblige aussi à faire le passage de l’isolement, de l’individualisme à la communion.Si le plan biologique et psychologique appelle une complémentarité dans la communion, que dire maintenant de ceux et celles qui par leur baptême, deviennent enfants de Dieu, frères et soeurs dans le Christ, pour dire ensemble : « Notre Père » ?Si la paternité de Dieu en Jésus Christ appelle la filia- 24 tion de tous ceux et celles qui reconnaissent, grâce à l’Esprit qui les habitent, un seul baptême, un seul Dieu et Père, quelle ne doit pas être la qualité de leur relation fraternelle ?« C’est à ce signe qu’on reconnaîtra mes disciples, c’est à l’Amour qu’ils auront les uns pour les autres.» En terminant, permettez-moi d’avouer que la venue des associés aux communautés religieuses donne à certaines communautés locales la chance de renaître à la fraternité.Il est affirmé dans l’exhortation post-synodale sur la vie consacrée [n° 55] que la participation des membres associés suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme des communautés en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques.P.René Pageau, C.S.V.Presbytère des îles 199, Chemin de la Traverse Saint-Ignace-de-Loyola (Berthier) Qué.JOK 2P0 BILLET D’ACCOMPAGNEMENT pour prolonger la réflexion 1.Tu es convoqué(e), appelé(e) ensemble avec d’autres à vivre la vie fraternelle [n° 44], Prends-tu au sérieux cette convocation?Es-tu présent(e) à ce rendez-vous du Seigneur?Nomme des gestes que tu as faits récemment pour que les membres de ta communauté locale naissent progressivement à la vie fraternelle.2.La communauté religieuse doit être vigilante et prendre le temps nécessaire pour avoir soin de la qualité de sa vie [n° 13].Te donnes-tu du temps avec les membres de ta communauté pour apprendre à être frère, à être soeur?Prends-tu le temps de donner du temps à Dieu dans la prière personnelle et communautaire, dans les rencontres fraternelles?25 Tes engagements, tes sorties, tes loisirs, tes relations professionnelles, tes amitiés te marginalisent-elles de la vie communautaire, lieu où le Seigneur t’appelle et te donne quotidiennement rendez-vous?3.La vie communautaire ne s’improvise pas.Sa réalisation n’est ni spontanée, ni immédiate [n° 21].Comment vis-tu chrétiennement tes échecs au niveau de la vie communautaire?Désespères-tu d’une vie communautaire de qualité?Es-tu prêt(e) à payer le prix pour bâtir une vie communautaire de qualité?Si tu vis seul(e) pour mille et une raisons, es-tu disposé(e) à remettre en question ton style de vie, en vue de venir rejoindre progressivement les membres d’une communauté locale?Quelles sont les pâques que tu devrais vivre pour te convertir à la vie fraternelle vécue communautairement?Malgré toutes tes limites relationnelles et celles des autres, as-tu le courage de donner une seconde chance à la vie fraternelle, lieu théologal où le Seigneur te convoque?26 Un défi de taille : Humaniser Sr Rita Gagné, o.s.u.Introduction La préparation au Synode romain sur la vie consacrée fut, pour plusieurs, l’occasion de vivre une belle et riche aventure.Beaucoup de groupes ont formulé leurs attentes ; certains l’ont fait avec passion.Et nous avons espéré être non seulement entendus mais écoutés.Et je pense que nous l’avons été.Depuis quelques mois, nous avons en main l’Exhortation apostolique Vita consecrata.La balle est dans notre camp! La question est maintenant de savoir si nous nous laisserons à notre tour «interpeller par les provocations prophétiques venues» [85]1 de cette autre composante ecclésiale qu’est un Synode.Jusqu’où consentirons-nous à la conversion de nos coeurs et de nos vies?Peut-être que la prière à la Trinité [111] peut à la fois nous livrer les accents les plus importants de l’Exhortation apostolique et disposer nos coeurs à les faire nôtres.La première lecture que j’ai faite de Vita consecrata, je l’ai faite, à la suggestion du n°13, dans le désir d’accueillir son contenu avec «l’adhésion du coeur».Depuis ce temps, le processus amorcé par la préparation au Synode se prolonge dans mon coeur en exigences nouvelles comme il en surgit lors d’une nouvelle séduction.De cette première lecture, je laisse danser en moi des mots lumineux comme ceux-ci: beauté, humanisation, transfiguration, communion dans l’échange des dons.C’est avec ces mots que je veux jongler.À la manière des amuseurs de rue.En un jour de Transfiguration ! 1 Les chiffres entre crochets droits renvoient aux divisions de l’exhortation apostolique Vita consecrata, 1996.27 Peu à peu, au fur et à mesure que mes yeux s’adaptent, le mot humanisation se détache en surbrillance.Il suggère comme un lent processus de transfiguration du monde.Et c’est de toute beauté ! Il y a de quoi surprendre le monde [20].Je vais donc jongler avec ce mot : humanisation ! Et faire appel le plus possible aux expressions mêmes de l’Exhortation, question d’éveiller le goût d’aller y puiser.1.Chemin de Dieu, notre chemin Beaucoup de nos contemporains affirment, depuis quelques années, que l’humain est en danger.En danger dans le coeur de l’homme, en danger dans le coeur de la femme, en danger dans nos milieux et dans nos cultures.Or, est-il meilleur chemin pour sauver l’humain que de prendre celui que Dieu lui-même a voulu prendre : le chemin de l’humain ?Ça doit goûter bon être humain pour que Dieu lui-même se fasse humain ! Ce chemin de l’humain, il nous est demandé de l’emprunter à notre tour, à ce moment de notre histoire.Afin que l’histoire avance en humanité.Et c’est devant la beauté éblouissante de l’Humain accompli en Jésus-Christ que nous situe d’emblée l’Exhortation apostolique.Beauté manifestée dans la transfiguration du Fils de l’Homme.Beauté qui nous séduit et nous invite à la mission de la transfiguration du monde tout entier, de l’humanité tout entière.Par l’Incarnation du Verbe dans la chair, Dieu lui-même habite notre monde comme il habite nos coeurs.Le Christ est la révélation sur tout être humain.Il est le sacrement de la présence de Dieu au coeur du monde.Le Christ est la tête d’un Corps qui n’a pas fini sa gestation.En Lui, Dieu habite le monde à la manière d’un levain qui lève lentement mais sûrement.Il s’agit de laisser lever jusqu’à l’accomplissement, puisque Dieu est sûr que sa Parole ne reviendra pas sans avoir réussi (Is 55).Le Christ est le toujours nouveau paradigme d’humanité et il demeure avec nous jusqu’à l’accomplissement du temps.Oui, il est grand le mystère de la foi ! «Le mystère du Royaume de Dieu agit déjà dans l’histoire» [1].Il «se rend présent dès maintenant, à travers l’instauration de l’esprit des Béatitudes» [27].Et forte de cette promesse, comme mémoire vivante de Dieu, «l’histoire des hommes avance vers le ‘ciel nouveau et la terre nouvelle’ (Ap 21,1).» (Ibid.).Le Verbe incarné, «Alpha et Oméga du monde», est «fondement et mesure de la valeur de toutes les réalités créées» [16].Les êtres humains sont appelés à «connaître la fascination et la nostalgie de la beauté divine» 28 [20].Ils avancent vers la «plénitude du Royaume des deux qui est déjà présent maintenant en germe et dans le mystère» [32], Aussi convient-il d’aiguiser notre regard pour en arriver à lire les «‘signes des temps’ qui apparaissent dans le monde actuel» [37] et développer «l’art de chercher les signes de Dieu au milieu des réalités du monde» même si celui-ci peut ignorer sa présence [68].Nous habiliter aussi à «chercher et trouver dans l’histoire des personnes et des peuples entiers des traces de la présence de Dieu» [79].Comment ne pas nous émouvoir du fait que «Dieu est la véritable richesse du coeur humain» [90], que «son Esprit pénètre les profondeurs les plus inaccessibles du coeur de tout homme et (.) connaît le mouvement secret de l’histoire» [96].C’est pourquoi la prière peut conduire à «la recherche constante de Dieu et la découverte de son action au coeur de la réalité complexe du monde contemporain» [98] et nous amener petit à petit à« saisir les dimensions profondes de tout individu et de son histoire, au-delà des aspects plus apparents, mais souvent secondaires» (Ibid.).La foi en la présence de Dieu «qui anime depuis toujours le coeur de l’homme» [103] invite toute personne consacrée à former en elle«l’homme intérieur qui ne s’évade pas de l’histoire ni ne se replie sur soi-même» (Ibid.) mais devient plutôt «capable d’élargir les horizons des désirs humains étroits » [98].Et que le «monde ne soit pas privé d’un rayon de la beauté divine qui illumine la route de l’existence humaine» [109].2.Mémoire vivante.Le Christ, comme Fils du Père, s’est consacré au Père pour l’humanité [22] et «son oblation a conféré la portée d’une consécration à tous les événements de son existence terrestre »(lbid.).La transfiguration du Christ sur la Montagne nous montre la transfiguration à laquelle est promise et appelée toute l’humanité.Le Christ transfiguré est l’icône de l’accomplissement de l’humanité au terme de l’histoire sous l’action du Verbe qui l’habite.La société est en renouvellement, elle est dans un processus d’humanisation qui est aussi transfiguration.«La vie consacrée constitue en vérité une mémoire vivante du mode d’existence et d’action de Jésus comme Verbe incarné par rapport à son Père et à ses frères.Elle est tradition vivante de la vie et du message du Sauveur» [22], Elle est «mémoire vivante de la fécondité, même humaine et sociale, de l’amour de Dieu» [63].L’expression qui revient le plus souvent pour traduire la beauté de la vie consacrée peut se ramener à celle-ci : aspiration «à s’identifier à lui (Jésus-Christ], en ayant les mêmes sentiments et la même forme de vie» [18].C’est donc pren- 29 dre avec lui la route de l’humain, la route du monde.Suivre Jésus, c’est aller «là où il est allé et faire ce qu’il a fait» [75] en faveur de l’être humain.C’est adopter «sa façon d’aimer» [75] et de servir, «loin des calculs intéressés» (Ibid.).Se laissant saisir, séduire par le Christ, les personnes consacrées se préparent à devenir, d’une certaine manière, «un prolongement de son humanité» [76].Comment ne pas citer en entier ce magnifique paragraphe tout plein d’humanité : «La recherche de la beauté divine pousse les personnes consacrées à se préoccuper de l’image divine, qui est déformée sur le visage de leurs frères et de leurs soeurs, visages défigurés par la faim, visage déçus par les promesses politiques, visages humiliés de qui voit mépriser sa culture, visages épouvantés par la violence quotidienne et aveugle, visages tourmentés de jeunes, visages de femmes blessées et humiliées, visages épuisés de migrants qui n’ont pas été bien accueillis, visages de personnes âgées dépourvues des conditions minimales nécessaires pour mener une vie décente» [75].Encore faut-il avoir été séduit soi-même par «la beauté infinie qui seule peut combler le coeur de l’homme» [16].Suivre Jésus et développer en nous les sentiments qui sont les siens, c’est encore aujourd’hui consentir à tout quitter.Comme le jeune homme de l’évangile, peut-être avons-nous vécu tous nos engagements le mieux possible depuis notre jeunesse alors que nous nous engagions avec ardeur dans la vie consacrée.Pourtant, aujourd’hui encore il nous invite à tout quitter.Aurions-nous à quitter davantage aujourd’hui qu’au temps de notre jeunesse ?.Mais avons-nous le même enthousiasme ?Tout quitter aujourd’hui pour nous mettre à aimer, à poser sur le monde un regard d’amour, prendre les plus grands risques pour être aux avant-postes de l’humanité [76] : tel est l’enjeu de nos vies ! Il est important que les personnes consacrées approfondissent constamment «leur conscience d’avoir été appelées et choisies par Dieu, vers lequel elles doivent donc tourner toute leur vie et à qui elles doivent offrir tout ce qu’elles sont et tout ce qu’elles ont, en se libérant des entraves qui pourraient retarder la plénitude de leur réponse d’amour» [25].C’est un vibrant appel à nous convertir afin de nous glisser dans le «projet divin de faire de toute l’humanité, dans la civilisation de l’amour, la grande famille des fils de Dieu» [35].Le «véritable échec de la vie consacrée», précise l’Exhortation, n’est pas dans la diminution du nombre, mais dans «la perte de l’adhésion spirituelle au Seigneur, à la vocation propre et à la mission» [63].30 Suivre le Christ, c’est aussi le suivre dans le mystère pascal de la mort et de la résurrection.Aussi la formation consiste-t-elle, avant tout, à aider les personnes consacrées à s’approprier les sentiments du Christ Seigneur.«La formation est une démarche vitale qui amène à se convertir au Verbe de Dieu jusque dans la profondeur de l’être » [68].Cette formation est une véritable «gestation» [69] qui dure toute la vie.Elle vise «la formation de l’homme nouveau pour qu’il devienne vraiment libre» [66].«Dans le contexte actuel, on accordera une importance particulière à la liberté intérieure de la personne consacrée, à l’intégration de son affectivité, à la capacité de communiquer avec tous, spécialement dans sa propre communauté, à la sérénité de l’esprit, à la compassion à l’égard de ceux qui souffrent, à l’amour pour la vérité et à l’harmonisation progressive entre le dire et le faire» [71].«Vous savez bien que vous avez entrepris un chemin de conversion continue, de don exclusif à l’amour de Dieu et de vos frères, pour témoigner de manière toujours plus belle de la grâce qui transfigure l’existence chrétienne» [109].«Malgré les difficultés que vous avez pu rencontrer parfois et la moindre estime portée à votre vie consacrée dans une certaine opinion publique, vous avez la mission d’inviter de nouveau les hommes et les femmes de notre temps vers le haut, à ne pas se laisser envahir par les affaires de chaque jour, mais à se laisser séduire par Dieu et par l’Évangile de son Fils.N’oubliez jamais que vous, tout particulièrement, vous pouvez et vous devez dire non seulement que vous êtes du Christ, mais que vous ‘êtes devenus le Christ’» [109].Tout cela en vue de continuer la mission inaugurée par Jésus en faveur de l’humanité.Nous sommes invités à être fidèles «à l’homme de notre temps» [110] et, sans cesse «renouvelés par le Christ», à «construire avec l’aide de son Esprit des communautés fraternelles pour laver avec lui les pieds des pauvres et pour apporter [notre] contribution irremplaçable à la transfiguration du monde».Et l’Exhortation de formuler ce souhait : «tandis qu’il entre dans le nouveau millénaire, puisse notre monde, remis aux mains de l’homme, être toujours plus humain et plus juste, signe et anticipation du monde à venir».Souhait précédé d’un merveilleux envoi en mission : «Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire ! Regardez l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses» (Ibid.).31 3.Pour croître en humanité.Voilà le grand défi : nous humaniser pour humaniser ! Et ainsi participer au renouvellement de la société, à la transfiguration du monde dans toute sa beauté.Tel est le secret d’une véritable et «solide spiritualité de l’action» : en arriver à voir «Dieu en toute chose et toute chose en Dieu» [74].Acuité du regard, bien sûr ! Mais d’abord certitude de la présence de Dieu au coeur de toutes choses et au coeur du monde.Cette vision est loin d’une certaine vision dualiste de la réalité.Conscients des «merveilles opérées par Dieu dans notre trop fragile humanité» [20], nous pouvons contribuer à «l’humanisation du monde» [89], en adoptant, de notre Dieu, «la même condescendance aimante envers tout être humain» [16] à cause de sa beauté.Et développer ainsi au coeur de nos vies et des milieux où nous sommes «une disposition à l’espérance» [26].Une espérance fermement fondée «sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l’histoire des hommes avance» [27], Fidèles à cette Parole, à l’exemple de Marie, nous coopérons à la «construction de l’humanité nouvelle» [34].Multiples sont les lieux et les moyens d’humanisation ! Tout, en définitive, peut viser et manifester un processus d’humanisation grâce à la force des béatitudes qui transfigure le monde par l’intérieur [10].C’est ainsi que la formation et tout ce qu’elle suppose d’encadrement pédagogique, celle des jeunes tout comme celle des personnes consacrées, vise avant tout à aider à «croître en humanité» [96] et à devenir des êtres profondément humains et libres, par «la synthèse harmonieuse du divin et de l’humain» (Ibid.).Dans une telle perspective, la communauté est définie d’abord comme «un espace humain habité par la Trinité» [41].Et la mission dans les différents milieux comme dans celui de la santé, par exemple, vise avant tout à humaniser ces milieux [83].Même visée en ce qui concerne le monde de l’éducation, celui de la culture et celui des communications sociales, ces aréopages modernes de la mission [96-99].C’est aussi dans une optique d’humanisation que sont présentés les engagements des voeux.Comme trois défis à envisager pour lutter contre «l’appauvrissement des valeurs authentiquement humaines» [87].Les voeux, humainement vécus, peuvent jouer le rôle d’une ‘thérapie spirituelle’ à l’humanité, puisqu’ils traduisent notre refus d’idolâtrer la création afin de rendre visible en quelque manière le Dieu vivant» (Ibid.) qui est «la véritable richesse du coeur humain» [90] et qui est la raison profonde du «respect de la personne humaine» [91] dans toute sa di- 32 gnité, quelle que soit son apparence ! «Transfiguration de l’amour humain» [88], accueil commun des désirs de Dieu grâce à la liberté intérieure des personnes! [92], Spiritualité de communion Après ce trop bref résumé, je voudrais maintenant mettre le focus sur une expression qui me paraît particulièrement riche de contenu et fort interpellante.Il s’agit, vous le devinez probablement, de la spiritualité de communion et du moyen de la réaliser qu’est la réconciliation ou l’échange des dons.Il y a là, me semble-t-il, une piste fort intéressante, bien sûr, mais surtout un signal de grande urgence dans notre monde en attente de «justice et de paix, de solidarité et de pardon» [27], Nous sommes invités à rien de moins qu’à «la participation à la communion trinitaire qui peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité en confessant la puissance de l’action réconciliatrice de la grâce qui anéantit les forces de division présentes dans le coeur de l’homme et dans les rapports sociaux» [41].«Dans un monde déchiré par les haines ethniques ou la folie homicide, la spiritualité de la communion témoigne d’un dialogue toujours possible capable d’har-moniser toutes les différences.Elle permet aussi de développer des lieux d’espérance et de découverte des béatitudes, des lieux où l’amour, s’appuyant sur la prière, source de la communion, est appelé à devenir logique de vie et source de joie» [51].C’est que nous sommes conviés au projet commun «d’une humanité sauvée et réconciliée» [73].Mais qu’est-ce qu’une spiritualité de la communion ?On écrit que c’est «une façon de penser, de parler et d’agir qui fait progresser l’Église en profondeur et en extension» [46].Cette spiritualité a été expérimentée lors du Synode par« le dialogue vécu dans un climat de confiance et d’ouverture» [50].Et il est désiré et souhaité que cette expérience «s’étende à toute l’Église en vue du progrès chez tous d’une attitude et d’une spiritualité de communion» (Ibid.).La spiritualité de communion suppose que nous consentions à un passage qui peut être douloureux.Le passage d’une mentalité de consommation à une spiritualité de communion.D’où l’urgence de discerner dans nos vies la présence des tentations qui nous font piétiner sur place et nous empêchent de vivre la transfiguration de nos êtres et, partant, du monde où nous vivons.Car l’être humain ne vit pas seulement de pain ou de tout ce qui lui tombe sous la main.Il vit de la Parole de Dieu, de cet appel à aimer allumé en lui dès le commencement.De quoi pouvons-nous avoir faim dans une société d’abondance pour que tant de 33 nos jeunes aient envie de mourir ?Mais aussi des personnes âgées ! Tentation de la consommation des choses et de la nature mais aussi, dans la maladie du pouvoir, tentation de consommer les personnes au profit de la Loi du Marché et de la Loi du plus fort.Tentation de vouloir faire appel à des privilèges de toutes sortes pour éviter le sort du commun des mortels.Heureusement, Jésus est venu nous montrer comment passer à travers ces tentations avec la puissance de l’Esprit.Il nous faut vraiment être vigilants, car il en est aujourd’hui comme au temps de Noé, dira Jésus en Matthieu 24.Manger, boire, copuler.et, sans nous en rendre compte, être submergés par la consommation ! Noé est sauf, lui ! Il a surnagé ! Et s’est bâti une arche, un lieu de communion.Communion avec lui-même, avec les autres, avec Dieu et avec tout ce qui est de la nature.Voilà l’invitation urgente qui nous est faite pour «libérer l’humanité de ce qui la corrompt» [75] : surnager et bâtir des lieux de communion.Nous sommes cette humanité, nous sommes aussi partie prenante de la nature.Disons-le-nous cependant, il ne s’agit pas, bien sûr, de bouder les biens dits de consommation ni la société dite de consommation.Car les biens de toutes sortes sont des fruits de la collaboration entre Dieu et nous.Il s’agit de développer, face à tout ce qui nous est donné, une mentalité de communion qui aboutit au partage au lieu d’une mentalité de consommation qui aboutit à des greniers de provisions.Si nous commencions par parler de ‘biens de communion’ et de ‘société de communion’ ! Et si, au lieu de prendre et de nous accaparer les dons qui sont des biens d’humanité, nous développions l’habitude de les recevoir dans l’action de grâce pour les partager entre nous et faire une humanité plus belle ! Tout accueillir au lieu de tout prendre ! Une main qui accueille c’est tellement différent d’une main qui prend.Ne disons-nous pas chaque jour : «Donne-nous notre pain quotidien”?Réconciliation dans l’échange des dons Mais est-il possible d’en arriver à une pareille conversion du coeur, des mentalités et des comportements sans entrer dans la dynamique même de la réconciliation ?C’est du moins le chemin que Dieu a pris en Jésus.Car «ne retenant pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave» (Ph 2, 7).Il est venu se mettre à genoux pour nous laver les pieds (Jn 1, 3) et manifester ainsi la profondeur de son amour pour l’humanité [75].Comment donc, à notre tour, laisser là nos offrandes, nos richesses ou ce qui fait 34 notre supériorité, et aller demander à nos frères et soeurs quels sont les griefs qu’ils ont contre nous, comme Jésus nous demande de faire ?(Mt 5, 23-24).C’est tellement difficile à vivre que Dieu, le premier, a vécu la démarche de réconciliation avec nous, note saint Paul en 2 Co 5.Et Paul nous supplie de nous laisser réconcilier avec Dieu, pour qu’advienne une création nouvelle, un être nouveau, et que nous puissions à notre tour exercer le ministère de la réconciliation.Qu’il est grand le mystère de la foi ! La réconciliation se vit dans la mise en marche vers un consentement mutuel à un échange des dons.Ce n’est pas la démarche de quelqu’un de riche qui donne à quelqu’un de pauvre ; ce n’est pas un pouvoir exercé, même par l’aumône.C’est une démarche ouverte à un échange de dons.L’Exhortation apostolique insiste à plusieurs reprises sur l’urgence de consentir à cet échange des dons pour que naisse une humanité nouvelle.Dans le mot réconciliation en grec, le préfixe “ kata ” indique un mouvement qui se fait de haut en bas, de ce qui est supérieur vers ce qui est inférieur.C’est ainsi que, pour l’humanité, le mouvement est venu de Dieu.Dieu est donc venu nous demander ce que nous avions comme griefs contre Lui ! Et Dieu était prêt à un échange de dons pour que naisse un être nouveau ! Echanger, c’est changer bien sûr ! Et Dieu est venu revêtir notre chair, éprouver notre souffrance, notre mort et même notre péché pour que nous accueillions son souffle, sa vie en plénitude et son amour.Et qu’ainsi apparaisse un être nouveau : un Dieu qui meurt et un homme qui ne meurt plus; un Dieu qui se fait chair pour que l’homme devienne spirituel ; un Dieu qui se fait péché pour que la grâce surabonde en nous et que notre péché ne nous soit plus compté ! Quel merveilleux échange ! Un Dieu-Homme ! Un Homme-Dieu ! C’est précisément dans cette dynamique de la réconciliation que nous sommes invités à entrer pour développer une spiritualité de communion.Laissant là nos richesses ou prétendues supériorités comme possibles offrandes, nous allons demander aux autres ce qu’ils ont comme griefs contre nous.Et nous confessons que nous sommes prêts à changer et à échanger pour que naisse une humanité nouvelle, belle de la beauté de Dieu.Dieu n’a-t-il pas créé la multiple différence des dons pour qu’ils se conjuguent et apportent au monde, avec leur beauté, toute la fécondité de la vie, comme manifestation de «la sublime beauté de Dieu» [16] ?Imaginons seulement un échange des dons entre les pays du Nord et ceux du Sud, entre l’Occident et l’Orient ! Quelle beauté du monde ! 35 Il est intéressant de noter, en premier lieu, que la manière même de vivre les rapports entre les différents états de vie est proposée dans l’Exhortation comme un paradigme de la mutualité et de la ‘conjugaison’ des dons en vue de la mission.Chaque état de vie est un don de Dieu pour un enrichissement réciproque [33] porteur de fécondité.A condition, bien sûr, que chaque état de vie se perçoive dans toute la richesse et la beauté unique de sa différence.Ce qui est dit de la grande Église l’est aussi, bien entendu, de toute cellule d’Église ou lieu de vie en communauté.Prenons le temps de lire et de goûter la citation de saint Basile : «Dans la vie communautaire, la force de l’Esprit qui est en une personne se communique à tous en même temps [.].On y bénéficie de ses propres dons, on les multiplie en les communiquant aux autres, et l’on jouit ainsi des dons d’autrui comme des siens propres» [42].Dans cet esprit, les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique sont au «service de la collaboration entre les différentes Églises particulières, au sein desquelles ils peuvent efficacement promouvoir “l’échange de dons” et contribuer à une inculturation de l’Évangile qui purifie, met en valeur et assume les richesses des cultures de tous les peuples» [47], «À notre époque, caractérisée par la mondialisation des problèmes, les Instituts internationaux ont la responsabilité particulière d’entretenir le sens de la communion entre les peuples, les races, les cultures, et d’en témoigner.Dans un climat de fraternité, l’ouverture à la dimension mondiale des problèmes n’étouffera pas leurs richesses propres, et l’affirmation d’une particularité ne les mettra pas en opposition ni avec les autres ni avec l’unité.» [51] La communion entre les divers Instituts est aussi manifestation de la richesse des dons de Dieu [52].Ces Instituts, fort variés dans l’expression de leur don propre, sont appelés à s’aider mutuellement afin de «chercher à comprendre le dessein de Dieu dans les vicissitudes actuelles de l’histoire pour mieux y répondre par des initiatives apostoliques appropriées» [53].En réponse «aux grands défis de notre temps», les Instituts de vie consacrée sont aussi appelés à vivre un «échange de dons» avec les laïcs.Ils unissent ainsi leurs forces pour «participer plus efficacement à la mission» [54] d’humanisation du monde.On constate même qu’un «nouveau chapitre, plein d’espérance, s’ouvre dans l’histoire des relations entre les personnes consacrées et le laïcat» (Ibid.).Cet échange de dons est en vue de la « transformation du monde selon le coeur de Dieu» [55].Alors que les personnes consacrées peuvent apporter leur «expérience de l’esprit des conseils évangéliques”, les laïcs peuvent 36 susciter «des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques» (Ibid.).Cet échange de dons est évidemment vécu de façon particulièrement signifiante avec les laïcs associés à l’Institut.«On ne peut réaliser une évangélisation sérieuse et valable des nouveaux milieux où s’élabore et se transmet la culture sans une collaboration active avec les laïcs qui s’y trouvent engagés» [98].C’est également dans l’échange des dons que peut se vivre la réconciliation entre l’homme et la femme.Chacun, selon sa richesse ou son génie, étant une aide précieuse pour l’autre.Aussi est-il urgent de «stimuler la nécessaire réciprocité à l’intérieur de l’Église» [57-58] et de «faire des pas concrets» pour favoriser la fécondité de l’Église grâce à la ‘conjugaison’des dons que sont le féminin et le masculin dans tous les domaines de la vie.La question même de la place de la femme est posée davantage en termes d’humanisme.Qu’elle serait belle l’Église ! Et combien féconde ! Place à l’échange des dons aussi entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau.«Les Instituts anciens, dont beaucoup sont passés par le crible d’épreuves très dures, supportées avec courage au long des siècles, peuvent s’enrichir grâce au dialogue et à l’échange de dons avec les fondations qui naissent en notre temps.Ainsi, la vigueur des diverses institutions de vie consacrée, des plus anciennes aux plus récentes, de même que le dynamisme des communautés nouvelles, entretiendront la fidélité à l’Esprit Saint, qui est principe de communion et de nouveauté permanente de vie» [62], Allant plus avant dans le domaine de la mission, l’inculturation et le dialogue inter-religieux deviennent aussi des lieux importants de l’échange des dons.C’est du moins «un appel à une collaboration féconde avec la grâce dans la prise de contact avec les diverses cultures» [79].«Les valeurs découvertes dans les différentes civilisations peuvent les [personnes consacrées] inciter à approfondir leur engagement dans la contemplation et la prière, à pratiquer davantage le partage communautaire et l’hospitalité, à cultiver avec plus d’empressement leur attention aux personnes et le respect de la nature» (Ibid.).Ce qui suppose «un comportement semblable à celui du Seigneur» et un détachement de «réalités matérielles et même de nombreux aspects de leur propre culture» (Ibid.).La vie consacrée, pour sa part, peut apporter une «proposition culturelle novatrice», «L/ne véritable cul- 37 ture de référence» qui sert à mettre en lumière, à partir des Béatitudes, ce qui n’est pas humain» [80].Les communautés de vie consacrée «peuvent offrir concrètement des propositions culturelles significatives, quand elles témoignent du mode évangélique de vivre l’accueil mutuel dans la diversité et d’exercer l’autorité, le partage des biens tant matériels que spirituels, la dimension internationale, la collaboration entre les congrégations, l’écoute des hommes et des femmes de notre temps» (Ibid.).Offrir, en fait, des communautés où l’on vit l’expérience de la réconciliation qui humanise.Et, bien entendu, c’est vers les pauvres, c’est-à-dire vers ceux qui sont «sont dans une situation de plus grande faiblesse, et donc de plus grand besoin» [82] que nous sommes d’abord envoyés vivre, comme Jésus, la démarche de réconciliation dans l’échange des dons.Et sont pauvres «tous ceux qui sont considérés et traités comme les “derniers” dans la société» (Ibid.).Quel don avons-nous donc à recevoir des pauvres en échange des nôtres ?Leur réserve d’humanité ?L’Exhortation apostolique nous présente saint Paulin de Noie.Ayant «distribué ses biens aux pauvres pour se consacrer pleinement à Dieu, [il] fit construire les cellules de son monastère au-dessus d’un hospice destiné précisément aux indigents.Il se réjouissait à la pensée de cet “échange de dons” singulier.» (Ibid.).Peut-être pourrions- nous penser que le stockage des dons engendre la misère.La misère, il me semble que c’est ce qui arrive quand la pauvreté ou la richesse, la richesse autant et même plus que la pauvreté, déshumanise les gens.L’échange des dons est la voie la plus sûre pour humaniser les personnes, qu’elles soient pauvres ou riches, mais aussi les milieux et les cultures.Dans le domaine de la prophétie aussi, il est important de vivre l’échange des dons.Car les prophètes sont soumis aux prophètes.«Les personnes consacrées seront fidèles à leur mission [.] si elles sont capables de s’examiner elles-mêmes continuellement à la lumière de la Parole de Dieu.Ainsi, elles pourront communiquer aux autres la richesse des charismes reçus, tout en se laissant interpeller par les provocations prophétiques venues des autres composantes ecclésiales.Dans cet échange de dons [.] se manifestera avec éclat l’action de l’Esprit» [85].L’invitation à l’échange des dons revient dans le discours sur le dialogue oecuménique.Il s’agit bien sûr «d’abattre les murs des divisions et des préjugés entre chrétiens» [100] mais aussi de favoriser la «participation à la prière commune», «le dialogue de l’amitié et de la charité», «l’hospitalité cordiale», «la connaissance mutuelle et l’échange des dons, la collaboration dans des initiatives communes» [101].«De 38 même, la connaissance de l’histoire, de la doctrine, de la liturgie, de l’action caritative et apostolique des autres chrétiens ne manquera pas de favoriser une action oecuménique toujours plus intense» (Ibid.).Avec les Églises orthodoxes, il s’agit même du «partage de la spiritualité commune, patrimoine de l’Église indivise du premier millénaire» (Ibid.).Dans le dialogue inter-religieux également, il est important de «favoriser la connaissance mutuelle, le respect réciproque et la charité» avec le désir de «poursuivre aussi d’opportunes formes de dialogue, empreintes d’amitié cordiale et de sincérité partagée» [102], Et il est question du «dialogue de la vie» et du«dialogue des oeuvres» car la compassion, l’engagement pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création, la juste réciprocité entre l’homme et la femme, sont des lieux humains de réconciliation en vue d’une humanité nouvelle.Dialogue et discernement Cet échange de dons tant de fois suggéré et rappelé ne peut se faire, évidemment, sans le désir de dialoguer en vue de discernements communs.Dialogue qui peut parfois être confrontation dans la volonté de créer un climat d’acceptation mutuelle [74], Discernement, personnel et communautaire, fait à la lumière des Béatitudes, qui finit par développer «une sorte d’instinct spirituel» et donne la liberté intérieure qu’il faut pour contester et dénoncer, explorer des voies nouvelles [84], former les futurs responsables de telle sorte qu’ils «s’efforcent d’éliminer les structures d’oppression et de promouvoir des programmes de solidarité en faveur des pauvres» [89] ! Tout cela, afin de contribuer à «l’édification d’une société où tous se sentent frères et soeurs sur la route qui mène à Dieu» [99].Et que «la lumière du Christ entre dans tous les secteurs humains et que les germes de salut transforment de l’intérieur la vie sociale» [98] car Dieu lui-même va «à la rencontre de toutes les personnes qui, conscientes ou non, cherchent comme à tâtons la Vérité et la Vie» (Ibid.).Il s’agit, pourrait-on dire, de consentir à une immense et mutuelle provocation pour sauver ce qu’il y a d’humain ! «Provocation qui, dans le dialogue, peut ébranler la conscience des hommes» [80].Gaspillage ! Quel défi! Saurons-nous nous laisser séduire à nouveau et consentir à entendre le cri de Dieu dans le cri des frères et des soeurs ?Ne plus raisonner mais consentir au gaspillage de nos énergies au profit de l’humanité [104], Car «pour la personne captivée dans le secret de son coeur par la beauté et la bonté du Seigneur, ce qui peut paraître un gaspillage aux yeux des hommes est une réponse d’amour évidente, c’est une gratitude enthousiaste pour avoir été admise de manière toute 39 spéciale à la connaissance du Fils et au partage de sa divine mission dans le monde» (Ibid.).Pour que cela arrive, «il est demandé à tous les fidèles de prier sans cesse pour les personnes consacrées, afin que leur ferveur et leur capacité d’aimer augmentent constamment et contribuent à répandre dans la société actuelle le bon parfum du Christ» [105].Conclusion Comment nous aiderons-nous mutuellement à prendre «le point de départ de ce programme [qui] se trouve dans le fait de tout quitter pour le Christ, Le préférant à tout, afin de pouvoir participer pleinement au Mystère pascal» »[93] ?Dans l’Évangile, on voit que les personnes qui sont en manque et qui attendent quelque chose de bon et de neuf précèdent Jésus sur l’autre rive.Elles sont à pied pourtant, alors que Jésus est en barque avec ses disciples.La faim les fait marcher en toute hâte.Les disciples, eux, sont dans la barque avec Jésus.Un jour, Jésus les oblige à le précéder sur l’autre rive.Et il les laisse seuls ! Pierre le voyant venir sur les eaux, aux petites heures du matin, va le prendre pour un fantôme.Jésus les rassure: c’est bien lui et ils peuvent avoir confiance.Mais Pierre lui lance un défi : “Si c’est bien toi, dis-moi de venir vers toi sur les eaux !” Et Pierre avance sur les eaux pour enfoncer aussitôt.Et alors, comme tous les affamés du monde, il va se mettre à crier au secours.Et il fera l’expérience que Dieu n’est pas un fantôme, complice de nos défis, mais qu’il habite Jésus et, en lui, toute l’humanité.Et que les gens qui le précèdent sur l’autre rive sont ceux qui attendent et reçoivent de lui ce qu’ils attendaient de Dieu.Sommes-nous parmi ceux qui ont faim et soif ou parmi ceux que Jésus doit obliger à le précéder sur l’autre rive pour apprendre à crier vers Lui ?Une chose est sûre, nous sommes appelés aujourd’hui, en termes assez clairs, à créer des milieux humains et à humaniser les milieux.Partout où il y a un milieu humain, c’est comme une lumière allumée dans les ténèbres, un point de repère dans la nuit.Partout où il y a un milieu humain, c’est comme un peu de sel qui empêche l’humanité de mourir gelée dans un univers de glace ou qui conserve à l’humanité sa saveur en l’empêchant de se gâter.Comment ferons-nous pour que le ou la fonctionnaire en chacun ou chacune de nous retrouve l’homme ou la femme, le père ou la mère ?Et que vive l’enfant qui se meurt dans nos “capharnaüms” ?Et que nos “capharnaüms” deviennent des maisons où il fait bon vivre ?Vous vous souvenez du fonctionnaire royal qui avait un fils malade à Capharnaüm en saint Jean (4, 46-54) ?La maladie de l’enfant a sauvé l’homme et le 40 père dans le fonctionnaire royal ! Quel changement d’eau en vin ! Jésus n’est pas venu pour que le monde fonctionne, il est venu pour que le monde vive et vive en abondance.Afin de nous engager avec courage à humaniser ce que Dieu s’engage à diviniser, comme dirait le Père Varillon, peut-être pouvons-nous demander la grâce de consentir à désapprendre ce que nous avons appris afin de réapprendre à partir du coeur, à partir de l’amour.“Vous avez appris, disait Jésus, mais moi je vous apprends.” Pourquoi ne pas faire ardemment nôtre la prière à la Trinité qui termine l’Exhortation apostolique?[111] Et vouloir absolument être exaucés, comme le voulait la Cananéenne ! Trinité Sainte, bienheureuse et qui rends bienheureux, comble de bonheur tes fils et tes filles que tu as appelés à confesser la grandeur de ton amour, de ta bonté miséricordieuse et de ta beauté.Père Saint, sanctifie tes fils et tes filles qui se sont consacrés à Toi, pour la gloire de ton nom.Par ta puissance, soutiens-les pour qu’ils puissent témoigner que Tu es l’origine de tout, l’unique source de l’amour et de la liberté.Nous Te remercions pour le don de la vie consacrée qui, dans la foi, Te cherche et, dans sa mission universelle, invite toute l’humanité à avancer vers Toi.Jésus Sauveur, Verbe incarné, de même que Tu as donné ta forme de vie à ceux que Tu as appelés, continue d’attirer à Toi des personnes qui, pour l’humanité de notre temps, soient dépositaires de la miséricorde, précurseurs de ton retour, signes vivants des biens de la résurrection à venir.Qu’aucune épreuve ne les sépare de Toi ni de ton amour ! Esprit Saint, Amour répandu dans nos coeurs, Toi qui donnes grâce et inspiration aux âmes, source éternelle de vie qui achèves la mission du Christ par de nombreux charismes, nous Te prions pour toutes les personnes consacrées.Remplis leurs coeurs de la certitude intérieure d’avoir été choisies pour aimer, louer et servir.Fais-leur goûter ton amitié, remplis-les de ta joie et de ton réconfort, aide-les à dépasser les moments de difficulté et à se relever avec confiance après les chutes, fais d’elles le miroir de la beauté divine.Donne-leur le courage de répondre aux défis de notre temps et la grâce d’apporter aux hommes la bonté et l’humanité de notre Sauveur Jésus Christ (cf.Tt 3, 4).En la Transfiguration, 6 août 1996.Rita Gagné, o.s.u.Fontenelle, Gaspésie 41 DIEU EST PLUS GRAND QUE NOTRE COEUR: Thérèse de l’Enfant-Jésus et l’oraison Apparemment Thérèse de Lisieux (1882 - 1897) ne parle pas beaucoup de la prière; trop peu à notre gré.D’autre part, son existence entière est imprégnée de prière.Une sorte de fascination de Jésus manifeste une forte emprise de Dieu à laquelle Thérèse répond avec ferveur.Prière et sainteté ne font qu’un dans son cas.Dès lors, s’interroger sur la prière de Thérèse ouvre des horizons immenses.Après quelques réflexions, suscitées par sa prière, choisissons d’emblée de nous limiter aux heures d’oraison auxquelles Thérèse est tenue par sa vie au Carmel, pour en saisir quelques aspects.Autant que possible nous laissons la parole à sainte Thérèse elle-même dans ses Manuscrits autobiographiques et dans ses Lettres.En dévoilant peu à peu le secret de son oraison, elle pourra nous guider dans les obscurités de notre propre démarche et nous aider à nous livrer aux jaillissements de l’Esprit.Un premier regard sur la prière de Thérèse n’est pas sans nous étonner.Thérèse vit une vie contemplative avec sa structure portante, son horaire entièrement centré sur la prière, sous des formes diverses : l’Eucharistie, l’Office des Heures, deux heures d’oraison pour ne citer que les grands axes.Or Thérèse, explicitement, parle peu de prière.Elle atteint une sainteté de hauteur vertigineuse et pourtant, elle ne semble jamais franchir l’échelle classique de la contemplation décrite par ses saints parents, Thérèse de Jésus et Jean de la Croix, tous deux docteurs des voies de la prière.De plus, nous connaissons son ardent amour de Jésus et son souci de fidélité dans les petites choses.Néanmoins nous savons que ses temps d’oraison se passent dans la sécheresse, l’aridité, le sommeil et les distractions, selon son propre témoignage.Sr Aline Eraly, o.c.d.42 Nos réponses provisoires nous assurent qu’en effet, «prier» déborde les temps officiels de prière : la sainteté et la contemplation ne sont jamais des copies mais des créations inédites de l’Esprit qui rend libre; sécheresse et distractions dans l’oraison ne sont pas nécessairement signes d’une prière ratée et elles n’excluent pas toujours la joie, la paix, le bonheur qui, dans la foi, peuvent être éprouvés dans une zone plus profonde.Écoutons Thérèse elle-même nous parler de son oraison au Carmel.Ses comptes rendus sont bien connus.Dans sa sincérité habituelle elle n’édulcore rien de ses difficultés et ses aveux sont formels, au point d’être presque déconcertants pour nous.Son oraison n’est pas une réussite à ses yeux, elle n’a pas grand succès ; «La sécheresse était mon pain quotidien» (Ms A, 73) (1888-9).«Je devrais me désoler de dormir pendant mes oraisons et mes actions de grâces».(Ms A, 75) Ailleurs, elle se plaint des divagations nombreuses de son esprit, «de se laisser distraire de son unique occupation (.), de s’occuper des bagatelles de la terre» (Ms B, 52).«Aujourd’hui plus que hier, si cela est possible, j’ai été privée de toute consolation.».(LT 76) Sa retraite de prise d’habit est encore plus aride.Les billets à ses soeurs sont éloquents et ne laissent aucun doute sur son état d’âme.«Rien auprès de Jésus.Sécheresse! Sommeil! Mais au moins c’est le silence : le silence fait du bien à l’âme.Puisque Jésus veut dormir, pourquoi l’en empêcherais-je?.Je vous assure qu’il ne fait pas de frais pour me tenir conversation.Le pauvre agnelet ne peut rien dire à Jésus et surtout Jésus ne lui dit absolument rien.».(LT 100-101, 104) Au début de sa vie au Carmel, la sécheresse et le sommeil sont sûrement dus à un manque de repos et à un épuisement physique et nerveux pour une toute jeune fille.Le traitement est rude d’autant plus qu’avant son entrée, Thérèse avait connu des heures de prières ferventes et des faveurs indélébiles qui avaient incontestablement intensifié son désir de solitude.Dès son jeune âge, Thérèse a connu la présence obscure de Dieu qui attire l’âme au recueillement.Sa première communion fut «une fusion» avec Jésus.« Thérèse avait disparu, comme une goutte d’eau qui se perd au sein de l’océan.Jésus restait seul.(il était le Maître, le Roi)».(Ms A, 34) 43 À cette expérience précieuse de l’emprise unifiante de l’Amour, la grâce de Noël ajoutera celle de la puissance transformante de cet Amour dont l’action s’exerce par des infusions de charité et s’étend aux facultés sensibles.«En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit en se contentant de ma bonne volonté».(Ms A, 45) La grâce de zèle et de la soif des âmes reçue peu de temps après, la fait pénétrer dans l’Amour divin lui-même pour lui faire expérimenter ses besoins profonds, sa souffrance : l’Amour a soif de se répandre et les hommes refusent de le recevoir.Toutes ces expériences de plus en plus pénétrantes de l’Amour avaient attiré Thérèse au Carmel.Là elle pourrait vivre avec Dieu, libre de tout souci sauf celui de l’aimer, dans une contemplation sans entrave.Or, avec son entrée au Carmel, commencent les sept années de sécheresse interrompue en juillet 1889 par la faveur reçue à la grotte de Sainte Madeleine : la jeune carmélite demeura une semaine entièrement absorbée par l’amour.«Il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre.C’est un état surnaturel bien difficile à expliquer.Le Bon Dieu seul peut nous y mettre.Il suffit à détacher une âme de la terre pour toujours».(CJ 11.7.2) Son recueillement habituel pendant sa vie monastique ne saurait entièrement s’expliquer sans cette grâce exceptionnelle.Sa retraite de profession, tout comme celle de sa prise d’habit, «et toutes celles qui suivirent fut une retraite de grande aridité» (Ms A, 75).Ces lignes, écrites en 1895, sont éclairées par plusieurs billets de Thérèse à ses soeurs.«L’Agneau se trompe en croyant que le jouet de Jésus n’est pas dans les ténèbres».(LT 78) Dans sa sensibilité et ses facultés, l’impuissance semble toujours augmenter : «Je ne comprends pas la retraite que je fais, je ne pense à rien, en un mot je suis dans un souterrain obscur.» (LT 112).Mais Thérèse tient bon résolument à travers toutes les difficultés, les sensations de vide et d’impuissance.L’Esprit divin la place, en effet, sous l’action lente et prolongée de son amour pour que l’oeuvre qu’il a inaugurée gagne en qualité et en profondeur.Thérèse de son côté ne perçoit que la couche de cendre uniformément grise qui couvre le foyer.Les longues sécheresses contemplatives auxquelles elle se soumet et qui peu à peu l’apprivoisent et même la rassurent, la consumeront lentement jusqu’à ce qu’elle soit transformée en brasier d’amour.44 Le 31 août 1890, Thérèse décrit à Mère Agnès son itinéraire spirituel.En le citant en entier nous apprenons comment elle réagit à la situation «qu’elle ne comprend pas» et nous trouvons les traits marquants de son oraison obscure.«Avant de partir, son Fiancé a semblé lui demander dans quel pays elle voulait voyager, quelle route elle désirait suivre.[Elle] a répondu qu’elle n’avait qu’un désir, celui de se rendre au sommet de la MONTAGNE DE L’AMOUR.Elle lui a dit : Vous savez Celui que j’aime et Celui que je veux contenter uniquement.C’est POUR LUI seul que j’entreprends ce voyage.Menez-moi donc par le sentier qu’il aime à parcourir.Pourvu qu’il soit content, je serai au comble du bonheur.Alors Jésus m’a prise par la main, et il m’a fait entrer dans un souterrain où il ne fait ni froid ni chaud, où je ne vois rien qu’une clarté à-demi voilée, que répandent les yeux baissés de la Face de mon Bien-Aimé.Mon Fiancé ne me dit rien.Et moi je ne lui dis rien non plus, sinon que JE L’AIME PLUS QUE MOI.Et je sens au fond de mon coeur que c’est vrai, car JE SUIS PLUS À LUI QU’À MOI.Je ne vois pas que nous avancions vers le terme de la montagne, puisque notre voyage se fait sous terre, mais pourtant il me semble que nous en approchons sans savoir comment.La route que je suis n’est d’aucune consolation pour moi, mais pourtant elle m’apporte toutes les consolations, puisque c’est Jésus qui l’a choisie, et que je désire le consoler tout seul, tout seul».(LT 110) L’atmosphère indéfinissable que Thérèse décrit avec des mots justes et des images fort expressives laissent deviner qu’un dévoilement s’inaugure.Quelle paix dans cette jeune carmélite! Et quelle sécurité dans son coeur! Dans l’obscurité épaisse du voyage qui se fait dans la foi pure, une certitude jaillit : «Ce Bien-Aimé m’instruit, il parle dans le silence, dans les ténèbres» (LT 135).Mystérieusement, Thérèse «sait» la nécessité de la sécheresse pour purifier sa foi et son amour et pour la garder en état d’accueil comme une fleur sous l’action du soleil.Ses yeux intérieurs s’habituent à la pénombre : elle finit par discerner les traits, «à-demi voilés» du visage qu’elle recherche; elle «sent» un amour supérieur à tout, qui s’exprime au fond de son coeur; elle marche à l’obscur vers le but qui se laisse deviner.Mue par une force intérieure, son regard se fixe lentement, paisiblement, sur «Celui qu’elle aime», sans autre attirance que lui.45 Elle perçoit que son coeur s’est éveillé : elle devient un amour qui regarde dans la foi, sans autre but que de durer pour la joie de Jésus, et ce regard, en retour, nourrit son amour.Une seule chose importe encore à Thérèse : faire plaisir à Jésus et lui prouver qu’ «elle l’aime plus qu’elle-même», se réjouir de la joie de pouvoir se donner, alors qu’elle se perd : «Je trouve cela tout naturel, puisque je me suis offerte à Jésus.pour le plaisir de celui qui se donne à moi» (Ms A, 79).Une vie secrète s’est ouverte à Thérèse, néanmoins elle juge sa retraite aride et trouve le souterrain bien sombre.Dans sa sèche prière contemplative, l’obscurité ne disparaît pas, mais elle en convient maintenant : les ténèbres « au lieu de me faire de la peine, me font un Immense plaisir» (Ms A, 75).Et comme en écho : «Je ne désire pas voir.Je préfère vivre de foi» (CJ 11.9.7; 5).Nous touchons à un domaine des plus mystérieux de l’oraison de Thérèse.Nous sommes en pleine antinomie.Une prière difficile, aride et sans goût peut donc être en même temps, une prière paisible, facile et consolée?La Présence divine peut donc être expérimentée dans une absence apparente?En suivant Thérèse dans son cheminement, on comprend que c’est avec enthousiasme qu’elle découvre les écrits de saint Jean de la Croix et s’en nourrit.Ce fut comme une révélation pour elle : elle trouve là son portrait.Son expérience lui a déjà appris que c’est le regard de foi, obstinément fixé sur Dieu, qui permet à Dieu de se donner.L’oraison du côté humain n’est finalement qu’un exercice continuel de la foi, une répétition d’actes de foi nue reliant l’âme à Dieu de façon telle qu’il puisse se donner et transformer l’âme.Saint Jean de la Croix lui apprendra que l’oraison contemplative, en effet, se situe dans l’esprit où la foi devient vive, au-delà de ce que l’on peut découvrir.Dieu introduit l’âme dans la nuée lumineuse et laisse à leur activité naturelle les facultés humaines.De là viennent les antinomies qui font souffrir aussi longtemps que l’âme n’est pas accommodée à Dieu et à son action.La dualité sera moins sentie à mesure que la purification progressera.Celle-ci achevée, les puissances humaines uniront leur prière à celle que l’Esprit fera en elles.De la pauvreté de l’âme qui pâtit, jaillissent l’espérance et la confiance qui permettent à Dieu de se donner sans mesure, de réaliser les désirs infinis de l’âme et d’exercer son propre droit à l’amour jusqu’à «l’égalité d’amour».Tel semble avoir été le cas de Thérèse.La pureté 46 de son regard de foi est inlassablement arrêtée sur Dieu; l’amour infini peut la conduire à l’union transformante de l’Amour divin, jusqu’à pouvoir aimer Dieu avec son Amour à Lui.«Ah! que de lumières n’ai-je pas puisées dans les oeuvres de saint Jean de la Croix!.À l’âge de 17 à 18 ans je n’avais pas d’autre nourriture spirituelle».(Ms A, 83) Cette lecture est pour elle lumière, sécurité, plénitude, confirmation de ses intuitions les plus inexprimables : «C’est le saint de l’Amour par excellence».Est-ce dans ce sillon que Thérèse dira un jour son plus beau mot sur l’oraison?«L’Amour est tout».(Ms B, 3) «C’est l’Amour seul qui m’attire».(Ms A, 82) Sans anticiper les grâces singulières dont l’Amour gratifie Thérèse, suivons-la simplement, sans hâte, dans sa prière pauvre et dépouillée.Thérèse connaît des étapes de croissance, elle doit patiemment avancer dans la nuit de la foi et construire de nouvelles attitudes intérieures, dont le processus s’étend sur des années.Si la jeune carmélite, au début, attribue sa sécheresse à son peu de ferveur, elle se trompe.Mais Thérèse prend de plus en plus conscience de sa profonde pauvreté, et elle doit apprendre à vivre avec elle.Ses impuissances sont fructueuses, car elles favorisent le «devenir petit» comme le grain de sable dans le désert aride.Elles ne détruisent pas l’amour, mais elles excitent sa soif.Sa générosité reçoit un nouveau visage.Jésus lui apprend que sa pauvreté est «le moyen de lui plaire» (Ms A, 76).Peu à peu croissent en profondeur l’humilité, le détachement, la confiance et l’abandon dans l’âme de Thérèse, jusqu’à devenir amour de sa petitesse.Dans la ligne de «l’avoir», Thérèse est pauvre; dans la ligne de «l’être», de la puissance, elle est pauvre également, elle ne peut rien.La terre semble prête pour une nouvelle semence! Sa faiblesse devient capacité d’accueil, capacité d’amour.Bientôt elle percevra «la plus grande chose que Dieu a faite en son âme : il lui a montré sa petitesse, son impuissance» (Ms C, 4); en un mot, sa faiblesse radicale.Elle en est si convaincue qu’elle dira à Céline : «Plus tu seras pauvre, plus Jésus t’aimera» (LT 211 ).Un mouvement d’abandon grandissant se manifeste qui, vers 1894, débouchera dans la découverte de la «petite» voie définitive, la «petite voie bien droite, bien courte et toute nouvelle» (Ms C, 2).Voie qui se fera route, autoroute; elle se confond avec Jésus qui est «la Route» (Jn 14, 6).Alors elle expérimentera que «Dieu la porte dans ses bras» (Jean de la Croix) et l’élève au sommet.47 Sans heurts mais sans retour se produit, en même temps, un retournement dans son désir de sainteté.Nous connaissons maintenant deux phases dans l’évolution spirituelle de Thérèse.Jusqu’à 22 ans, elle caresse le désir secret de se sanctifier; «Je donnerai tout!» «J’ai toujours désiré être une sainte».(Ms C, 2) Et même, «Je veux devenir une sainte! Je veux aimer le Bon Dieu autant que sainte Thérèse» (PA 159).«La sainteté! Il faut la conquérir à la pointe de l’épée».(LT 89) Le rêve d’une sainteté conquise s’effritera peu à peu par l’expérience constante de sa faiblesse et la connaissance grandissante, dominante même, de l’Amour infini.Les trois dernières années de sa vie, Thérèse quête à Dieu la sainteté : «Je veux devenir une sainte, mais je sens mon impuissance.Je te demande, ô mon Dieu, d’être toi-même ma sainteté» (Pri 6).Thérèse prend conscience du désir de Dieu : combler l’homme ouvert et accueillant de son insondable tendresse miséricordieuse.Insensiblement change sa prière; «Seigneur, je t’aime, je veux vivre pour toi» devient maintenant «Seigneur, tu m’aimes, tu vis pour moi».En effet, loin d’être une prestation, la prière est un don qu’un Autre dépose en Thérèse pour l’épanouir pleinement.Il est évident que la croissance dans la sainteté influence profondément la prière d’une personne.Après une longue maturation, 1895 est une année printanière pour Thérèse, la plus heureuse de sa vie.C’est une année de plénitude, d’intensité et de lumière.C’est le moment décisif de son histoire spirituelle.Que deviennent les oraisons de Thérèse après ces débordements divins?Dieu ne change pas son agir profond dans l’âme de Thérèse : « Ne croyez pas que je nage dans les consolations, oh non! ma consolation c’est de n’en pas avoir sur la terre.Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, Jésus m’instruit dans le secret; ce n’est pas au moyen des livres, car je ne comprends pas ce que je lis».(Ms B, 1) Son impuissance de toujours.mais accompagnée de la certitude grandissante d’être unie à Dieu et d’être conduite au sommet de la Montagne.Le chemin reste dans l’obscurité, mais aimer, c’est prendre la main du Seigneur et s’abandonner à lui «dans l’espérance aveugle en sa miséricorde» (LT 197).Le coeur toujours en éveil pour «se laisser instruire dans le secret», Thérèse écoute, Thérèse cherche.Non «pas dans les livres, car elle ne comprend pas ce qu’elle lit» (Ms B, 1).Mais alors, que faire?«Dans cette impuissance, l’Écriture Sainte vient à mon secours; 48 en elle je trouve une nourriture solide et toute pure.Mais c’est pardessus tout l’Évangile qui m’entretient pendant mes oraisons.J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux.» (Ms A, 83).Et de préciser : « J’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : Si quelqu’un est TOUT PETIT qu’il vienne à moi.Et voulant savoir ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, voici ce que j’ai trouvé - Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux».(Ms C, 2) «LE TOUT PETIT ENFANT», voilà les mots clés qui ont produit l’étincelle entre les deux Paroles de Dieu.Ils mettent à la portée de tous l’enseignement de Jésus : «Si vous ne changez pas pour devenir comme des petits enfants.» (Mt 18, 3).Il y a dans l’amour de l’enfant pour sa mère une qualité qu’on ne retrouve pas chez l’adulte : c’est la SIMPLICITÉ de celui qui se laisse aimer.Thérèse le comprend! Dans l’ABANDON, elle se livre complètement à Dieu.Cette forme d’amour qui s’appelle CONFIANCE devient désormais la disposition foncière de Thérèse.Le mot MISÉRICORDE l’habite et sonne comme une musique.Le coeur est rempli, il déborde.En lisant la Bible dans la prière, toutes ces réalités deviennent pour elle d’une clarté éblouissante! Peu de temps après cette découverte, elle commence son Manuscrit A dont le thème est d’emblée la Miséricorde.et qui court en filigrane jusqu’à la dernière page du Manuscrit C.Thérèse, contemplative, «comprend plus que jamais combien Jésus désire être aimé» (Ms A, 84) : sa miséricorde est comme une mer impétueuse qui ne peut plus désormais «contenir ses flots d’infinie tendresse».En la fête de la Sainte Trinité 1895, aveuglément, elle se jette dans les bras de Dieu et s’offre, pour toujours, comme une proie à son Amour Miséricordieux.La réponse de Dieu ne se fait pas attendre : «Ah! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché.» (Ms A, 84).Continuelle est devenue la prière de Thérèse, si bien qu’elle peut affirmer : «Je COMPRENDS et je sais par EXPÉRIENCE “ que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous”.Jésus enseigne sans bruit de paroles.Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je SENS qu’il est en moi, à CHAQUE INSTANT, Il me guide et M’INSPIRE ce que je dois dire ou faire».(Ms A, 83) 49 Tout désormais procède de cette haute expérience de l’Amour transformant.De toute part Thérèse récolte les fruits de l’Esprit, arrivés à pleine maturité.Des lumières nouvelles l’inondent et ses désirs d’apostolat s’ouvrent à des horizons illimités.Une paix et une joie profondes et mystérieuses ne la quittent plus, ni au sein de la souffrance - compagne inséparable de l’amour chrétien - , ni dans la nuit de la foi à laquelle elle est «élue» les derniers mois de sa vie.Thérèse ne s’appartient plus, elle appartient au Christ, à l’Église, au monde entier.Tel est le fruit et le sommet de sa vocation d’orante, de sa fidélité à la prière obscure, dénudée et impuissante.Son don total à l’Église est le point culminant, la source inépuisable de sa vie mystique.Ne plus rien désirer, sinon l’amour, l’amour crucifié, parce que «L’AMOUR RENFERME TOUTES LES VOCATIONS (parce que) l’amour est tout, ET QU’IL EMBRASSE TOUS LES TEMPS ET TOUS LES LIEUX.» (Ms B, 3).Et Thérèse de s’écrier : « Oh Jésus, mon Amour.ma vocation, enfin je l’ai trouvée, MA VOCATION C’EST L’AMOUR!.Dans le Coeur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour».On lui demande si c’est pour jouir de Dieu qu’elle désire le Ciel.«Non, ce n’est pas ça qui m’attire.- Quoi donc?- Oh, c’est l’Amour! Aimer, être aimée et revenir sur la terre (pour faire aimer l’amour)».(DE/G - 7.4) L’Amour! Thérèse l’a trouvé : il s’est perfectionné dans la souffrance et la souffrance la plus hautement rédemptrice, Thérèse l’a reçue dans sa vie d’oraison.Aussi peut-elle dire à la dernière page de ses manuscrits : «Tous les saints l’ont compris et plus particulièrement peut-être ceux qui remplissent l’univers de l’illumination de la doctrine de l’Évangile.Le Tout-Puissant leur a donné un point d’appui : LUI-MÉME et LUI SEUL; pour levier : l’oraison qui embrase d’un feu d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde; jusqu’à sa fin, les Saints à venir le soulèveront ainsi».Soeur Aline Eraly, o.c.d.Carmel de Montréal MsA,B,C, = Manuscrits autobiographiques LT = Lettres Pri = Prières CJ = Carnet jaune SG = Conseils et Souvenirs par Geneviève PA = Procès apostolique 50 Dialogues des Religieux : Quelles paroles dire ?F.Jean-Paul Desbiens, f.m.«Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu.» (Christian Bobin, Le Très-Bas) Le thème «Échanges de paroles entre religieux engagés dans des formes différentes de vie consacrée.» Ainsi s’énonce le thème que vous me proposez.La lettre d’invitation précisait: «Où se situe la forme de vie dans laquelle vous êtes engagé et quelles paroles auriez-vous à dire, en termes de lien communionnel dans le partage d’une même mission en Église?» La forme de vie consacrée Le Catéchisme de l’Église catholique traite de la vie consacrée dans le commentaire de l’article du Credo: Je crois à la sainte Église catholique.Le quatrième paragraphe de cette section s’intitule: Les fidèles du Christ: hiérarchie, laïcs, vie consacrée.On trouve déjà là l’affirmation du fait que l’Église est un organisme, c’est-à-dire une réalité (spirituelle) vivante, «comme un arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du Seigneur» (Ce 917).1 1 Dans le présent texte, Ce signifie: Catéchisme de l’Église catholique] Vc, La vie consacrée.51 Le terme «laïc» «désigne l’ensemble des chrétiens excepté les membres de l’ordre sacré et de l’état religieux» ( Ce 897).Par ailleurs, «la vie consacrée, de par sa nature, n’est ni laïque ni cléricale» (Vc 60).L’article premier des Constitutions des Frères maristes porte ceci: Marcellin Champagnat fondait, le 2 janvier 1817, l’Institut religieux laïque des Petits Frères de Marie (Fratres Maristae a Scholis: F.M.S.).Je ne suis donc pas un clerc.Je ne suis pas non plus membre d’un institut mixte (comme, par exemple, les Clercs de Saint-Viateur).Je n’appartiens pas non plus à un institut séculier ni à une société de vie apostolique.Selon le Code de Droit canonique, can.598, alinéa 3, je suis membre d’un institut laïque.Cependant, «de manière à éviter toute ambiguïté et toute confusion avec le caractère séculier des fidèles laïques, les Pères synodaux ont voulu proposer le terme d’instituts religieux de Frères» (Vc 60) pour désigner (je ne sais plus comment dire) un groupement comme celui des F.M.S.Ce petit détour répond, je pense, à la question posée dans la lettre d’invitation.Il répond, en tout cas, d’une manière formelle, officielle et canonique.Je suis membre d’un Institut religieux de Frères.J’ignore combien il en existe, selon cette définition.Une trentaine?Et même ainsi circonscrite, chacune de ces «formes de vie» possède son histoire, ses caractéristiques, bref, son identité propre.Un Frère des Écoles chrétiennes n’est pas un Frère mariste, lequel n’est pas un Frère du Sacré-Coeur, etc.La même remarque s’applique à un nombre beaucoup plus considérable de communautés féminines.Je viens de parler «d’identité».Soit dit en passant, le fait, pour une communauté, d’être placée sous le vocable, le nom, comment dire?de Marie ne suffit pas à distinguer une communauté d’une autre.Un Père mariste, un Frère mariste, un Père ou un Frère marianiste, une Soeur mariste, une Soeur de l’Assomption, etc., professent tous2une dévotion particulière à Marie.Et après?Serais-je jaloux de sa gloire, comme Moïse disait à Josué (Nb 11, 28)?D’ailleurs, et puisque nous parlons d’organismes vivants, on sait très bien que chaque organisme vivant et chaque individu de la même famille possèdent sa propre idiosyncrasie.2 On ne me fera pas écrire en il/elle; directeur/trice; ceux/celles, etc.Je laisse çà aux conventions collectives de la Centrale de l’enseignement du Québec.Même si la liturgie verse dans ce mode : «Prions pour nos frères/soeurs défunts/tes».52 La transformation de la forme de vie Mais il y a autre chose.Ma communauté, dans sa situation actuelle, est bien différente de celle qui m’a accueilli en 1944.Différente dans sa dimension, ses oeuvres, le régime de vie.En 1960 (pour prendre une date marquante dans notre histoire récente), il y avait 815 Frères maristes au Québec, oeuvrant dans une quatre-vingtaine d’écoles.La moyenne d’âge était d’environ 38 ans.Aujourd’hui, on en compte 319, y compris les Frères africains.La moyenne d’âge des Frères québécois est de 70 ans.Quant à l’enseignement, au Québec, il n’y a plus guère qu’une demi-douzaine de Frères encore engagés, à temps complet ou à temps partiel, dans une école secondaire ou dans un cégep.Ainsi donc, je suis toujours membre d’un Institut religieux de Frères.La «forme» de vie n’a pas changé quant à sa désignation canonique, mais les transformations qu’elle a subies font que cette «forme» n’est plus guère reconnaissable.Au plan individuel, je dis toujours JE, parlant de mon passé ou de mon avenir, mais je ne ressemble guère à l’enfant ou à l’adolescent que j’ai bien dû être, naguère.Autrement dit, il n’y a plus grand-chose de commun entre la communauté qui a reçu ma première profession et celle où je vis présentement.Certes, l’essentiel, c’est-à-dire la consécration elle-même, demeure inchangé, mais les transformations survenues depuis une trentaine d’années affectent profondément la réalité quotidienne.Jean-Paul Il souligne «qu’aucun Institut ne peut prétendre à la pérennité».(Ce 63) La pérennité a été garantie à l’Église; elle n’a été garantie à aucun ordre, congrégation, communauté.Vocation et vie consacrée Du temps de ma jeunesse, le mot «vocation» n’avait, à toutes fins utiles, qu’une seule acception: vocation religieuse.Précisons: l’entrée dans un Grand Séminaire ou dans une communauté religieuse.Personne d’autre n’avait vocation.Le mariage n’était pas une vocation, le célibat (généralement les aînées des grosses familles) n’était pas une vocation non plus.C’était une fatalité.Chaque année, le journal l’Action catholique, par exemple, publiait la liste des «vocations», c’est-à-dire les noms des finissants des collèges classiques qui avaient choisi le sacerdoce.Et, périodiquement, sous la rubrique «adieu au 53 monde», la photo d’une jeune fille qui venait d’entrer dans un noviciat.Jamais, à ma connaissance, la photo d’un adolescent qui entrait dans un juvénat de Frères.Les parents n’avaient pas les moyens de faire publier l’événement.Par voie de conséquence, on avait vocation, on perdait vocation, on gardait vocation.Je pourrais continuer longuement sur cette lancée.Passons.Vocation, le mot est assez clair, signifie: appel.Appel de qui?Appel de Jésus.Si vocation signifie appel, il s’ensuit qu’une réponse est donnée.Pour d’aucuns, la réponse prend la forme de la vie consacrée.Pour l’immense majorité des fidèles, non moins fidèles, la réponse prend toutes sortes d’autres formes.Au bout du compte, la vocation, toute vocation, se confond avec le dernier soupir.In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum.Quelles paroles dire?La lettre d’invitation continue: «En regardant évoluer les autres formes de vie consacrée, auriez-vous des paroles à leur dire en termes de lien communionnel, de complémentarité dans le partage d’une même mission en Église?» [.] Cette thématique fait partie de la grâce du Synode qui appelle à la communion des personnes engagées à bâtir le même Royaume tout en vivant diverses formes de vie consacrée.» Et vu que la lettre était datée du 25 mars 1996, elle se terminait ainsi: «Je vous souhaite une heureuse montée pascale ouvrant sur la Lumière et la Joie de la Résurrection.» Ce genre de propos, toutefois, me rend toujours mal à l’aise.Je n’ai pas du tout le sentiment d’être davantage un «consacré» que ne peut l’être un père ou une mère de famille.Je ne dis pas: un père ou une mère héroïque.Je dis: un père ou une mère dans le normal des choses.Il y a des «monstres» chez les pères et mères.Les journaux nous en révèlent chaque jour.Et il n’y aurait aucun «monstre» dans les ordres, instituts ou sociétés apostoliques?Allez donc! Quant à la montée pascale annuelle, si jamais j’en avais fait une seule, à supposer que les mots veuillent dire quelque chose, ça se saurait! Bref, cette littérature m’agace, pour dire le moins.Et, comme par hasard, je ne suis pas seul.Tenez! «Je n’aime pas beaucoup les expressions «prier pour les pécheurs», «souffrir pour les 54 pécheurs», «réparer pour les pécheurs».J’y vois une tendance pharisaïque à classer l’humanité en deux catégories d’individus: les gens bien (dont je fais évidemment partie) et les pécheurs, vers lesquels ma haute vertu s’incline et que je me sens chargée de sauver.» C’est une Bénédictine de 40 ans qui écrit cela, dans un volume publié en 1962.3 4 Si elle est encore en vie et toujours Bénédictine, elle doit normalement penser deux fois plus fort ce qu’elle écrivait alors.Cette remarque me conduit à faire une manière de digression: Si je «regarde évoluer les autres formes de vie religieuse», je me fais deux réflexions et une troisième: • Je ne sais pas trop ce qui se passe ailleurs, bien que je dispose d’informations statistiques ou épistolaires convenables.• Je ne suis pas inquiet.Je ne crois pas que l’Esprit boude ou est distrait.Je crois qu’il agit omni tempore, comme dit l’hymne Veni, Creator.La création, qu’il s’agisse de l’univers matériel, de l’Église ou de ma propre existence physique, n’est pas un acte du passé.Qu’y avait-il avant avant?Il est plus difficile de répondre à cette question que de répondre à: Qu’y aura-t-il après après?La création est de l’ordre de l’éternité.• Cependant, dans mon existence personnelle et communautaire, je me redis la réflexion de Marcel Légaut: «Il est des exigences intimes qui imposent de se retirer et de disparaître.Qu’il est difficile de les reconnaître quand on n’est pas digne de porter son inutilité et sa retraite dans l’honneur du repos!» À y bien penser, il ne s’agit là que d’un écho à la parole de Jésus: «Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles» (Le, 17, 10).On est même très sûr de n’avoir point fait tout ce qui a été prescrit! Combien se cramponnent, en imagination ou en fait (hélas) à ce qui a été?À ce qu’ils ont été.Au lieu de «porter leur inutilité et leur retraite dans l’honneur du repos».Quelle parole, donc, aurais-je bien à dire aux Bénédictines, aux Dominicains, aux Jésuites, aux Barnabites, etc., en termes de «lien communionnel»?Mon Dieu, je ne vois guère que ceci: • Comment présenter le christianisme ?Une seule réponse: comme vous le voyez.• Comment présenter le Christ?Comme vous l’aimez.• Comment parler de la foi ?D’après ce qu’elle est pour vous?3 Les témoignages des cloitrées, les Editions du Cerf.4 Henri de Lubac, Paradoxes, Seuil, 1959.55 Et puisqu’il s’agit de «lien communionnel», on peut, peut-être, citer Jean-Paul II: «L’Église confie aux communautés de vie consacrée le devoir particulier de développer la spiritualité de la communion d’abord à l’intérieur d’elles-mêmes» (Vc 51).J’ignore tout à fait ce qui se passe chez les Clarisses ou chez les Lazaristes, mais je sais ce qui se passe dans la communauté où je me trouve.La télévision occupe bien davantage les esprits et les (conversations) que l’Évangile du jour.Pourtant, et dans une perspective tout à fait mondaine, ou purement sociologique, comme on ne disait pas à l’époque, Pascal écrit: «On se forme l’esprit et le sentiment par les conversations.On se gâte l’esprit et le sentiment par les conversations.» Saint Thomas d’Aquin dit, à propos de Jésus: «Et in mundo con-versatus».Je sais: conversatio, en latin, veut dire davantage que «conversation».Mais cela implique conversation, c’est-à-dire autre chose que le placotage sur le dernier placotage de la dernière «ligne ouverte».Après quoi, et cela régnant, on nous invite à des cérémonies de «partage de la Parole».Je répète que j’ignore tout à fait ce qui se passe dans les autres ordres, instituts ou sociétés de vie consacrée.Mais, dans mon «vécu», comme on dit maintenant, il ne se passe pas grand-chose, même en ce qui a trait à l’actualité, au sens journalistique du terme.C’est rapporté ou commenté tout croche, quand ce n’est pas de façon insoutenable, «évangéliquement parlant».Au sujet du «déluge» survenu au Saguenay en juillet dernier, je n’ai guère entendu de réflexions un peu hautes.Quant au reste, c’est-à-dire la littérature pieuse, y compris la prédication hebdomadaire ou quotidienne, c’est généralement désâmant.Suis-je donc un «précieux»?Mon Dieu! Non.Je ne m’occupe même pas de la syntaxe, en ces occasions.Mais je m’occupe des concepts.Si j’entends dire:(comme je viens de l’entendre, et par hasard, en plus, lors des funérailles d’une vieille femme de 89 ans): «Qu’avant la naissance, c’est le néant», que voulez-vous que je fasse?J’attends que les âneries finissent pour retrouver les textes et les concepts de la liturgie.Encore que, de nos jours, les présidents d’assemblée se sentent obligés d’ajouter leur petits commentaires improvisés un peu partout.En ceux/celles, évidemment.Je ne connais aucun commentaire improvisé qui puisse battre n’importe quelle préface ou n’importe quel des trois ou quatre Canons dont nous disposons dans le Prions en Église.56 Suis-je donc un précieux ou un «difficile», au sens où l’on dit que quelqu’un, en matière de cuisine, est difficile?Je ne crois pas.Mon problème, c’est que je ne suis pas (encore) sourd et que je sais lire.On pourrait m’objecter: Lâchez les concepts et priez.Je me console de mon impiété en pensant à Légaut qui disait que l’assistance à de certaines messes le rendait malade.Il disait cela du haut de sa longue et stricte vie de père de famille (six enfants) et d’auteur spirituel qui mange avant de déjeuner 90 % de la production pieuse contemporaine.Le marché de la piété est aussi développé que le marché des corn flaxes, pour les amateurs de l’une ou des autres.Précieux, donc, difficile, chialeux, je serais?Je n’en sais trop rien, en fin de compte.Mais je sais très bien que je n’aime pas que l’on «étire la sauce».La sauce des sept couplets (quand il n’y en a que sept) des chansonnettes contemporaines.J’écouterais, au complet, n’importe quand, le Pange lingua, par exemple, ou le Veni, Creator.Il y a des concepts là-dedans et, je croirais, un peu d’adoration, ou de piété, si vous préférez.Je dirais même qu’il y a là-dedans des «concentrés» (pour parler comme la General Food) de théologie.Je crois savoir que l’on a mis cinq ou sept siècles à bâtir le grégorien.On a mis trois ans à le supprimer.La vieille liturgie roulait dans la misère de l’homme.Pensez au Dies irae ou à l’oraison du cinquième dimanche après la Pentecôte de l’ancien calendrier liturgique.Aujourd’hui, on est alléluiatique comme c’est pas possible.Pourtant, à lire les journaux ou à regarder la télévision, je n’ai pas le sentiment que le monde va beaucoup mieux que du temps de Thomas d’Aquin ou d’Ézéchiel.L’affaire est que la prédication et la littérature «communionnelle» s’ajustent à la sensibilité contemporaine, comme les politiciens s’ajustent aux sondages.Disant cela, j’ai à l’esprit une homélie sur les «ouvriers de la onzième heure».L’homéliste n’en finissait plus de ménager la sensibilité égalitariste de ses ouailles.Des choses comme: «Je parle pas de vous autres.Il pleut.Il est 09 h.et vous êtes ici.Merci de votre présence, personnes ici présentes.» Ni inflation ni aplatissement Soit donc qu’on rend la Parole inerme, dans l’obsession du politically correct, soit que l’on pratique l’inflation spirituelle.À propos d’une journée de récollection en silence, on parle d’une «expérience du désert»! Certes, l’Évangile est radical, mais il n’est pas inflationniste.Jean-Paul II, dans Splendor Veritatis, parle de l’exigence du martyre 57 (92-93).Dans Vc, il parle d’héroïsme (47); du partage des problèmes, des souffrances et des dangers (90).C’était quelques semaines avant l’assassinat des sept moines trappistes en Algérie.On sait aussi que ces dernières années, plusieurs dizaines de journalistes ont été tués ou carrément assassinés dans l’exercice de leur métier.Pour ne rien dire des «innombrables personnes consacrées qui vivent en plénitude leur vie cachée avec le Christ en Dieu, pour le salut du monde, à l’enseigne de la gratuité, de l’engagement de toute leur vie dans des causes peu reconnues et moins encore appréciées» (90).Par contre, on se fatigue de lire des articles interminables sur la «pauvreté», signés par des hommes qui dépensent, chaque année, des dizaines de milliers de dollars pour assister à des colloques sur la pauvreté un peu partout dans le monde.Et puis, comme il va de soi, on parle toujours de charité et de fraternité.Je m’étonne que l’on n’ait pas encore protesté contre le mot «fraternité».On aurait dû depuis longtemps utiliser les termes frater-nité/«sororité».Au demeurant, dans le quotidien de mon «vécu», je me contenterais fort bien de la simple politesse et d’un peu de netteté dans les concepts.Conclusion Écrivant cela, je me sens comme Judas qui bougonnait contre le «gaspillage» de Marie Madeleine.Mais attention! Le Catéchisme de l’Église catholique se garde bien de juger Judas.(Cf.597) En plus bas, en moins officiel, voyons ceci, qui est d’un poète: Moi, son Judas, je l’ai trahi, En bloc et d’un seul coup.Vous, à toute heure et en petit, Cachés derrière vous.Frères et soeurs en Jésus-Christ, Ne faites pas les dégoûtés.Je souffre moins de vos mépris Que de votre fraternité.5 5 Pierre Emmanuel, L’Évangéliaire, Seuil, 1961 58 Guitton écrit: «Or?va chercher bien loin des méthodes (j’ajoute: ou des lectures ou des propos «communionnels») alors que la seule chose qui puisse faire rentrer un autre homme au-dedans de soi, c’est de voir un autre homme qui se renonce.» Dans un long commentaire sur l’épisode du Jeune homme riche, Bonhoeffer écrit: Voilà la somme de tous les commandements, le jeune homme doit vivre dans la communion du Christ, le Christ est le but des commandements.Ce Christ se trouve maintenant devant lui et l’appelle.Aucune échappatoire n’est plus possible en direction du mensonge du conflit éthique.Le commandement est clair: Suis-moi.Au début de la rencontre en question, on le sait, le jeune homme pose des questions.Là-dessus, Bonhoeffer note: «Le diable seul offre une solution au conflit éthique: continue à poser des questions, tu ne seras pas obligé d’obéir.» Le diable avait d’ailleurs utilisé la même tactique avec Adam et Ève.6 Jean-Paul Desbiens, f.m.s.Campus Notre-Dame-de-Foy 5000, Clément-Lockquell Saint-Augustin-de-Desmaures, Qc, G3A 1B3 6 Dietrich Bonhoeffer, Le prix de la grâce, collection Livre de vie, 1967.59 Journée de la Vie consacrée dans le Calendrier de l’Église le 2 février Sa Sainteté Jean-Paul II a décidé que la Journée de la Vie consacrée / serait célébrée, dans le calendrier de F Eglise, le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au temple.Le 2 février peut alors devenir une journée vocationnelle.Faisons en sorte qu elle soit mise en valeur par une préparation et une célébration adéquates.Eduardo Card, Martinez Somalo, préfet.8 septembre 1996 60 RENCONTRE «AUX SOURCES DE LA SPIRITUALITÉ IGNATIENNE» DATE: 17 au 29 août 1997 ENDROIT : Notre-Dame-de-Montserrat, Saint-Jérôme THÈME: LA SPIRITUALITÉ D’IGNACE DE LOYOLA À PARTIR DE SES ÉCRITS SPIRITUELS Yvette CÔTÉ, O.S.U.Le récit du pèlerin Marie-Paul DION Le journal spirituel de saint Ignace Jacques LEWIS, S.J.Les lettres et instructions Jean-Marie ARCHAMBAULT, S.J.Les Constitutions de la Compagnie de Jésus Gilles CUSSON, S.J.Les Exercices spirituels POUR PLUS DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À: Jacques Martineau, S.J.Centre Vimont 3200, chemin Côte Sainte-Catherine Montréal, H3T ICI 61 RETRAITES IGNATIENNES 1997 (nouvelle édition) Information ou inscription: Maison des Jésuites - C.P.130 St-Jérôme, Qué.J7Z 5T8 Téléphone: (514) 438-3593 JANVIER 26-02 FEVRIER Jacques LEV AC, s.j.“Bénis le Seigneur, mon âme!” 09-16 Jacques LEV AC, s.j.Retraite ignatienne 16-23 MARS Hervé GAULIN, s.j.Jésus-Christ, chemin de notre foi 09-16 Altred DUCHARME, s.j.Les voeux, un chemin de liberté 16-23 J.-M.ROCHELEAU, s.j.Les Béatitudes, chemin du bonheur 23-30 Paul MORISSET, s.j.“Il n’y a pas de plus grand bonheur que de donner sa vie pour ses amis.“ Jn 15,13 27-30 AVRIL Jacques LEWIS, s.j.TRIDUUM PASCAL 01 -03 Jacques LEVAC, s.j.RETRAITE DE TRENTE JOURS 13-20 Jean BOUCHARD, s.j.Lajoie du Ressuscité 20-27 MAI Jacques BEAUPRÉ, s.j.“Et si l’Amour m’était conté.qu’adviendrait-il?” 04-11 Jean BOUCHARD, s.j.“Qui suis-je pour vous?” 11-18 J.-M.ARCHAMBAULT, s.j.Être engagé à la suite du Christ 18-25 J.-M.ROCHELEAU, s.j.Les Béatitudes, chemin du bonheur 26-30 JUIN Edouard HAMEL, s.j.retraite sacerdotale: “Coeur de Jésus dans le N.T.” 01 -08 Alfred DUCHARME, s.j.Regards sur l’Eucharistie 08-15 Jacques BEAUPRE, s.j.“Et si l’Amour m’était conté.qu’adviendrait-il?” 15-22 Jacques MARTINEAU, s.j.Seigneur, apprends-nous à prier 15-22 Jacques LEVAC, s.j.Mémoire spirituelle: “N’oublie aucun de ses bienfaits” 22-29 JUILLET Edouard HAMEL, s.j.L’Alliance 06-06 J.-M.ROCHELEAU, s.j.RETRAITE DE TRENTE JOURS 06-13 Paul MORISSET, s.j.“Mon amour pour toi ne changera jamais.” Is 54,10 13-20 Jacques LEVAC, s.j.“Sachez rendre compte de l’espérance qui vous habite.” 20-27 Alffed DUCHARME, s.j.Vivez, grand Dieu, vivez! 27-03 AOÛT Jean-Marc DUFORT, s.j.Avec Jésus sur les routes de Galilée 03-10 Paul MORISSET, s.j.‘Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime.” Isale 43,4 24-31 SEPT.Ghislaine SALVAIL, s.j.s.h.Prier avec la Parole: initiation à la “lectio divina” 21-28 Jacques LEVAC, s.j.Retraite ignatienne 28-05 M.GRAND’MAISON, s.j.L’action de Dieu pour vivre en action de OCTOBRE grâces.Col.3,15 05-12 Paul MORISSET, s.j.“Mon amour pour toi ne changera jamais.” Is 54,10 13-17 Equipe de Jésuites Session sacerdotale 26-02 Jacques MARTINEAU, s.j.“Si tu savais le don de Dieu.” NOVEMBRE 02-04 Jacques LEVAC, s.j.RETRAITE DE TRENTE JOURS 09-16 Alfred DUCHARME, s.j.Les voeux, un chemin de liberté 23-30 Hervé GAULIN, s.j.Jésus-Christ, chemin de notre foi DECEMBRE 05-07 Jacques BEAUPRE, s.j.TRIDUUM MARIAL 12-14 Jacques LEVAC, s.j.Préparer Noël à la façon de saint Ignace 62 CENTRE MARIE REPARATRICE, 1025 OUEST, BOUL.MONT-ROYAL OUTREMONT H2V 2H4 TÉL.514-279-5619 RETRAITES et SESSIONS 1997 JANVIER 10-12 (2j) FEVRIER 07-09 (2j) 21 -28 (7j) MARS 02-07 (5j) 23-30 (7j) AVRIL 18-20 (2j) MAI 12-19 (7j) 23-30 (7j) JUIN 02-09 (7j) 10-18 (8j) 19-26 (7j) 26-03 (7j) JUILLET 04-11 (7j) AOÛT 05-12 (7j) SEPTEMBRE 26-28 (2j) OCTOBRE 03-10 (7j) NOVEMBRE 21 -23 (2j) 28-30 (2j) DECEMBRE 05 07 (2j) Vivre son baptême avec Thérèse de TEnfant-Jésus André-M.Syrard, o.s.m.Retraite contemplative (Retraite accompagnée individuellement) Equipe M.Réparatrice “Dieu rendu visible et palpable” Eugène Proulx, s.j.Lajoie dans l’espérance.Rm 12,12 Joseph Guiho, prêtre Bruno Bélanger Retraite sur l’Alliance.Montée pascale (COMPLET) André- M.Syrard, o.s.m.Vous êtes le temple de l’Esprit.Cor 3,16 Gérard Marier, prêtre Etre disciple à la manière de Jésus Bernard Carrière, s.j.Méditer l’action de Dieu pour vivre en action de grâces Marcel Grand’Maison, s.j.Le Maître est là et il t’appelle Intériorité et présence au monde.(Communauté S.M.R.et affilié(e)s) L’Eglise est en toi ! O Jésus, j’ai tant besoin de toi ! André Gélinas, s.j.Richard Guimond, o.p.Roger Gauthier, o.m.i.Pierre Smith, prêtre La prière de Jésus dans nos vies Le bonheur en mots et en gestes Retraite contemplative Retraite en l’honneur du centenaire de la mort de sainte Thérèse André-M.Syrard, o.s.m.Richard Guimond, o.p.Équipe M.Réparatrice André-M.Syrard, o.s.m.Guérison intérieure Le Jourdain inc.648- 5111 Vivre sa vie et sa mort avec Thérèse de l’Enfant-Jésus André-M.Syrard, o.s.m.Actualité de Marie Edouard Hamel, s.j RETRAITES DE 7 JOURS: FRAIS DE PENSION: Pour une chambre avec lavabo, 32,00$ par jour, avec toilette et douche ou bain, 37,00$ par jour.INSCRIPTION: 30,00$ non déductible de la pension.Une inscription n’est effective que sur réception du montant de l’inscription.L’ACCUEIL se fait vers 16:00 le jour de l’entrée.On peut cependant arriver vers 19:00.La première rencontre est à 19:30.La retraite se termine après le dîner le dernier jour.FINS DE SEMAINE: Inscription: 20,00$ - Pension: 65,00$ -Chambre avec toilette et douche: 75,00$.ARRIVEE: après le souper, vendredi.Départ dans l’après-midi, dimanche.63 CENTRE INTERCOMMUNAUTAIRE QUATRE SAISONS INC Les membres du Conseil d’Administration du Centre Intercommunautaire Quatre Saisons inc.sont heureux de présenter aux religieuses la programmation de ses activités pour 1997-1998.MISSION Le programme offre aux religieuses de langue française un milieu de vie favorisant: - la croissance aux plans physique, social, psychologique et spirituel; - l'intégration de l’expérience de vie; - le développement des potentialités de la personne; - une contribution enrichie dans l’Église et la société.CLIENTÈLE Le programme s’adresse à toute religieuse: - désirant un ressourcement, une période d’exploration en vue d’une nouvelle mission; - désirant s’engager dans un processus de croissance personnelle; - désirant participer à des activités et à des cours comme résidantes; - désirant bénéficier d'un temps d'arrêt, de repos, prendre des vacances, vivre une retraite privée lorsqu’il y a des chambres disponibles.La religieuse a accès à différents programmes décrits dans un feuillet publicitaire (mis à jour), disponible sur demande.Le programme “Ma vie au rythme des saisons” est réparti sur une période de dix (10) mois, début de septembre à fin juin.11 comprend 4 saisons: - lère saison: Mon histoire - 2ème saison: Mes richesses - 3ème saison: Mon cheminement - 4ème saison: Ma voie d’avenir.Chacune des saisons poursuit des objectifs spécifiques en relation avec les thèmes et comprend des cours, des activités variées, dans les dimensions physique, sociale, psychologique et spirituelle.APPROCHE Le Centre adopte une approche “existentielle humaniste”.L’accent est mis sur l’essence de la condition humaine, sur le vécu de la personne, sur la capacité de chacune d’être consciente de soi, de son présent, de ses potentialités et de ses limites comme lieux de croissance, sur la liberté de faire des choix en fonction de son expérience de foi et de son devenir comme personne consacrée.POUR INFORMATION Veuillez communiquer avec: Jean Fortin, directeur général Centre intercommunautaire Quatre Saisons inc.104, Chemin Gendron, St-Élie d’Orford (Québec) JOB 2S0 -Tél.: (819) 565-7554- Fax: (819) 565-7615 64 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $18.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion ?Canada: $22.00 Nom: _______________________________________ Adresse: ___________________________________ _______________________________ Code postal: BIR tO.'i \tL 2 Supérieure locale, SflSV 251, rue S t-Jean-Bap u s te Nico1e t (Quebe c) Canada J3T 1X9 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9
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