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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mai-Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1999-05, Collections de BAnQ.

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LA VIE DEf COMMUNAUTÉ/ _ RELIGIEU/E/ I» !¦¦¦¦¦¦¦¦ a.« a a a aia a a ¦ ¦¦¦¦« B ¦ ¦ ¦ ¦-(* ¦ ¦ Vol.57, no 3 mai-juin 1999 LÀ V’E DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS:141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste-publication Enregistrement no.09280 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 877-5341 abellefeuille@videotron.ca Téléc.: (418) 877-7810 Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.57 - no 3 - mai-juin 1999 Fondement théologique de la fonction d’économe Soeur Lorraine Caza, c.n.d.Page 131 Dès l’origine, l’homme et la femme ont été placés dans le Jardin pour en prendre soin.À l’heure de la globalisation des marchés, l’Écriture, la loi et les prophètes, Jésus même ont quelque chose à dire aux personnes qui assument les importantes responsabilités de l’économat des communautés.Prier pour les vocations P.Paul-Emile Vachon, s.m.Page 148 Prier pour les vocations, ce n’est pas seulement demander de nouvelles recrues; c’est aussi demander à Dieu de nous faire comprendre son dessein de salut pour nous aujourd’hui.Notre prière est-elle assez «importune»?Celle de Jésus n’a-t-elle pas été «une violente clameur mêlée de larmes» ?Le rôle du chapitre général dans le processus de re-fondation d’un Institut religieux Dom Armand Veilleux, o.c.s.o.Page 156 Le charisme d’un institut religieux ne lui est pas donné, il lui est confié.Il lui est propre, mais il n’est pas sa propriété exclusive.Le chapitre d’un institut est donc un événement ecclésial qui intéresse la communauté chrétienne tout entière.Vu de cette hauteur, le chapitre général prend toute son importance et son actualité. Les communautés religieuses sont appelées à être prophétiques Soeur Mary Anne Foley, c.n.d.Page 170 Chez Pilate, les gardes et les bourreaux demandaient à Jésus de «faire le prophète».C’était moqueries! Mais il est devenu courant de dire des communautés religieuses, aujourd’hui, qu’elles ont à être prophétiques.Qu’est-ce qu’on veut dire ?Nos peurs de mourir P.Louis Roy, o.p.Page 176 Thérèse d’Avila, enfant, avait résolument pris la route qui menait chez les infidèles afin d’y trouver la mort et ainsi voir Dieu : «Je veux voir Dieu! Et pour cela, il faut mourir.» À sept ans, on peut ne pas avoir peur de la mort.Mais ensuite?Qu’en est-il de nos peurs de mourir dont Jésus, selon saint Paul, nous aurait délivrés?Champagnat, un coeur sans frontières F.Laurent Poîvin, m.s.Page 181 Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes, a été canonisé, à Rome, le 18 avril dernier.Un fils spirituel du nouveau saint rappelle la vie peu ordinaire de ce confrère de Jean-Marie Vianney, futur curé d’Ars, de Jean-Claude Colin et de Pierre-Julien Eymard.Un pèlerinage aux sources nourricières.130 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÉSORIÈRE ET TRÉSORIER ^.Sr Lorraine Caza, c.n.d.LE SECRET DE L’INUKSHUK Sur l’île de Baffin, on peut voir de curieux monuments parsemés ici et là dans la toundra.Faits d’énormes pierres superposées, on dirait des croix ou des humains.En fait, est-ce l’humain qui a la forme d'une croix lorsqu’il étend les bras?ou la croix qui a la forme d’un humain ?Est-ce que l’humain porte la croix ou repose sur la croix?Je ne sais pas.Je les trouvais bien beaux, ces monuments appelés Inukshuks (Inuk, humain; inukshuk, guide).Un jour que je me dirigeais vers un point d’eau où je comptais pêcher le jeune saumon, j’ai demandé ma route au vieux Simeonie.Il m’a répondu: - Suis les Inukshuks.- Mais comment?Il sont dispersés un peu partout dans la toundra.Simeonie m’a fermement incitée à me déplacer un peu, à pencher la tête, à fermer un oeil pour voir plus juste et il m’a dit: - Quand tu vois plusieurs Inukshuks, c est que tu es en errance, que tu ne vas nulle part; il faut te placer de façon à ce qu’ils soient si parfaitement alignés que tu n’en vois plus qu’un: alors seulement tu es en chemin.Rita Coulombe-Habel Mai-juin 1999 131 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D Prendre soin de.La fonction de trésorier et de trésorière est au service de la vie de tous les membres et de l’Institut comme tel: il y faut une attitude de «prendre soin de», une attitude de «veiller sur».Cela suppose donc un coeur qui sait compatir, des yeux capables d’apercevoir les besoins pour y répondre, des oreilles aux aguets des cris de toutes sortes.Cette attitude n’est-elle pas preparatio evangelical Après tout, le christianisme dit que Dieu est amour, qu’il est plein de tendresse et de miséricorde.Passé - Présent - Avenir Qui est engagé dans un tel service ne peut être une personne de l'instant: l’intendance adéquate suppose un regard capable d’embrasser le passé, le présent, l’avenir.Il y a un travail de mémoire à assurer des bilans, des comptes rendus, tout le travail de comptabilité.Il y a un travail de prévoyance qui s’exprime dans les budgets, dans les plans de retraite, dans les études actuarielles.Il y a un travail d’incarnation dans /’aujourd'hui qui s’exprime en une présence à ce qui se dessine, comme un respect du réel, comme amélioration de ce qu’on avait hier, comme conscience des besoins, des attentes des membres, des oeuvres, de l’Institut pris globalement.Honorer la dimension mémoire dans l’existence humaine, c’est s’ouvrir à un «plus» dans la vie et c’est être en harmonie avec quelque chose de central dans l’expérience chrétienne: faire mémoire des merveilles de Dieu dans sa vie, dans la vie de son peuple; faire mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus, événement qui sauve nos vies, dans l’Eucharistie de l’Église.Honorer la dimension d’ouverture sur l’avenir dans l’existence humaine, c’est aussi donner à son existence un «plus».Cette attitude n’est pas sans affinité avec la dimension espérance de la vie 132 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÈS O RI ÈRE chrétienne qui est ouverture de la vie présente sur un au-delà de la mort, qui est confiance en la présence aimante, pardonnante, fortifiante, à jamais fidèle de Dieu-avec-nous; qui est patience permettant de traverser les obstacles sur le chemin de l’avenir promis par Dieu, qui est foi vigoureuse en la vie victorieuse de la mort.Honorer la dimension de respect du réel en toutes ses dimensions, d’acceptation des lois de l’esprit incarné et de la chair spiritualisée, traversée par l’esprit, c’est ouvrir son existence humaine à un «plus».Cette attitude ne nous ouvre-t-elle pas à l’accueil de la révélation qui nous a été faite du mystère de Dieu en Jésus Christ?Ne nous prépare-t-elle pas à reconnaître comment Dieu rencontre la personne humaine, l’humanité tout entière?Proximité - Distance critique De qui est responsable de la gérance des biens temporels, on attend une aptitude à se faire proche conjuguée à une capacité de se distancier pour apercevoir l'ensemble de la situation.Il y a l’habileté technique qui permet de bien mesurer les ressources, qui prend les mesures nécessaires pour vérifier si les ressources sont adéquates pour les besoins inventoriés.Il y a le regard de sagesse, la distanciation par rapport aux menus détails de la comptabilité pour s’arrêter à l’ensemble de la situation financière, pour saisir la direction que prend l’organisation au plan financier, pour questionner les manières de faire en regard des buts et objectifs entrevus.Cet équilibre, à améliorer toujours, entre une concentration sur chaque détail du réel et une distanciation afin de situer chaque détail à l’intérieur de la perspective globale est une grande tâche de la vie humaine.Tâche humaine qui rejoint la vocation chrétienne qui nous invite à replacer tout le détail de nos existences sous la loi souveraine de l’amour de Dieu et du prochain, qui nous rappelle que les lois doivent servir la vie, la liberté, la croissance de l’être humain, de la communauté humaine, de la famille des enfants de Dieu, et qu’on trahit leur rôle lorsqu’on les coupe du but qu’elles Mai-juin 1999 133 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.doivent servir.Tâche humaine qui rejoint la perspective chrétienne selon laquelle toutes choses doivent être soumises au Christ qui, lorsque toutes choses lui auront été soumises, se soumettra à Celui qui lui a tout soumis afin que Dieu soit tout en tous (1 Co 15:27s).Discrétion - Transparence On attend de la personne responsable de l’intendance des biens temporels qu’elle cultive une attitude de grande discrétion par rapport aux dossiers qui lui sont confiés.La discrétion par rapport aux personnes impliquées dans ces dossiers est un autre mot pour évoquer le respect des personnes, leur droit fondamental à ce que des informations touchant leur situation personnelle ne soient pas communiquées sans discernement.Discrétion par rapport aux transactions, aux projets lorsqu’il faut leur donner des conditions favorables à leur mûrissement.Discrétion par rapport aux ressources dans tant de situations où les personnes informées risquent d’errer dans leur manière d interpréter les données et dans les exigences qu’elles peuvent avoir touchant les Congrégations.Discrétion, oui, mais, par ailleurs, grande transparence dans la communication de l’information aux personnes qui ont droit de savoir et qui ne peuvent prendre des décisions sages si elle sont privées d’informations disponibles.Le savoir est un pouvoir: l’évangile a des choses à nous dire touchant la façon d’utiliser le pouvoir.A la tentation que nous pourrions avoir de l’employer pour dominer, soit par la force, soit par la séduction, il nous invite à opposer le désir de l’utiliser au service de la communion.Chaque fois que nous rendons disponible pour les personnes qui y ont droit une information qui leur permet de mieux s’acquitter de leurs responsabilités, nous contribuons à bâtir la communion; nous permettons qu'une plus grande sagesse inspire notre action.Nous allons dans le sens de l'évangile chaque fois que nous privilégions une approche d’écoute mutuelle, de partage plutôt qu’une approche compétitive.Transparence à l’intérieur de la Congrégation, oui, 134 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRESORIERE mais transparence aussi, dans toute la mesure du possible, en ce qui a trait à l’extérieur.Il est bon, par exemple, que nous articulions bien une politique de placements, une politique de dons, que nous définissions des critères, des conditions claires dans nos achats et dans nos ventes d’immeubles et que nous soyons aussi en mesure d’être plus transparentes par rapport à notre gestion.Intérieur - Extérieur Le terme «économe» renvoie aux réalités de la «maison» et de la «loi».La personne chargée de l’intendance des biens matériels de l’Institut serait donc, selon l’étymologie du mot «économe», chargée de faire respecter la loi de la maison, la loi de l'organisation physique, financière de la maison.On s’attend donc de trouver à ce poste une personne qui connaît bien les avoirs de l’institut, qui s’intéresse à la condition des bâtiments, des biens meubles, qui garde la préoccupation du maintien en bon état des immeubles, des améliorations souhaitables.Dans le monde si complexe où nous évoluons, la personne tré-sorière d’un institut a besoin de pouvoir compter sur un conseil très actif, qui contribue à la réflexion avant de participer à la décision, dans les questions administratives et financières.Dans les Instituts plus nombreux, heureuse la personne-trésorière qui sait créer un climat d’équipe entre toutes les personnes de son service, dans le quotidien, et permettre ainsi à chacune de mettre ses dons particuliers au service d’une meilleure réalisation d’ensemble.Heureuse aussi celle qui travaille à créer un esprit de grande collaboration entre les personnes-trésorières des différentes provinces, régions, districts de l’Institut.La personne-trésorière doit pouvoir compter sur des personnes qui suivent avec elle les mouvements dans la société qui peuvent avoir des répercussions sur la manière de gérer les biens.Il est certain que chaque institut pris isolément ne pourrait se donner tous les ser- Mai-juin 1999 135 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.vices pour une gestion financière respectueuse du réel en cette fin de 20e siècle.Des organismes comme la jeune Association des tré-soiièies et des trésoriers des instituts religieux, ATTIR, le correspondant de ATRI (association anglophone canadienne) et de NATRI (association américaine), pourraient être d’un grand secours.Il convient de rêver grand non seulement dans le sens de fournir une aide technique, une expertise au niveau proprement financier, mais dans la ligne d’une réflexion sur une manière évangélique de vivre un rôle d'intendance des biens matériels dans un Institut de vie consacrée, une réflexion sur une manière toujours plus évangélique de témoigner, comme instituts de vie consacrée, de ce que veut dire jouer son rôle d’intendance dans la création.Quelques pistes de réflexion que m’offre une lecture de l’Écriture et tout spécialement du message de Jésus Nous parlons, depuis le début de cette rencontre, d’intendance des biens.Or, dès le début du livre de la Genèse, la personne humaine est présentée comme intendante, gérante de Dieu.Arrêtons-nous, un moment, aux deux récits de la création de l’être humain et commençons par le plus ancien, celui qui est donné en Gn 2:4b-25.Intéressante à noter cette observation que Dieu vient de faire le ciel et la terre, qu il n y a pas encore d’arbustes des champs ni aucune herbe, car il n y avait pas encore de pluie, et qu’il n’y avait pas d'homme pour cultiver le sol.La terre est donc en attente de l’être humain.Puis il est question de Dieu qui modèle l’homme avec la glaise du sol et insuffle en lui une haleine de vie (Gn 2:7).La vocation humaine est alors présentée comme culture et garde du jardin (Gn 2:15).L'homme est donc présenté comme ayant en intendance, en gérance, le jardin créé par Dieu.Pierre Gisel me semble avoir bien mis en relief la valeur particulière de ce récit de création: «Les différents moments de Gn 2 permettent de souligner que, dans 1 ordre de la création, l’homme est déjà, délibérément et foncièrement, conçu en situation relationnelle.Il est en rapport 136 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THEOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRESORIERE avec la terre d’où il est tiré, avec le jardin qu’il est appelé à cultiver, avec les animaux qu’il nomme, avec la femme sans laquelle il n’est encore rien, avec Dieu qui lui donne d’être et dont les deux arbres symbolisent au coeur du jardin la présence absente.La relation avec Dieu est fondamentale, mais elle n’est pas exclusive de la terre.Au contraire.Passant par le jeu noué autour des deux arbres, elle est comme indirecte, médiatisée par la terre et tout ce qu’elle contient.Inversement, la relation à la terre n’est pas exclusive de Dieu: elle suppose toujours, et comme en creux, une discontinuité originaire qui lui donne d’être ce qu’elle est.L’homme se voit dès l’abord inséré dans un réseau complexe de relations; il n’est jamais en rapport d’immédiateté avec quoi que ce soit, pas plus avec Dieu qu’avec la terre.»1 Gn 2 nous rappelle que l’intendance humaine est à situer dans un contexte relationnel, qu'il faut toujours soigner nos gestes et nos attitudes de gérance pour qu’ils honorent notre relation à Dieu, à nos frères et à nos soeurs, à tout le cosmos.Gn 2 nous invite aussi à reconnaître que notre rencontre avec Dieu passe par notre rencontre avec nos frères et soeurs, avec toute la création, et que notre rapport à la terre, à la création et en particulier aux hommes et aux femmes de nos rencontres revêt une autre dimension lorsqu’il est vécu dans la lumière de notre relation à Dieu.Gn 2 nous rappelle que nous sommes des êtres en devenir, que notre identité se construit à travers nos relations dans l’ensemble de notre vie, à travers nos tâches, nos engagements.Il me semble important qu'une personne apprenne à identifier les forces qu’il lui a été donné de développer et les faiblesses qu’elle a pu reconnaître au coeur de l’exercice de ses fonctions et, ici, au coeur du service d’intendance des biens de l’Institut.Cette construction de la personne qui se fait au quotidien doit provoquer une action de grâce pour tout ce que Dieu opère dans et par nos vies humaines.Gn 2 ne présente pas la vocation humaine comme une recherche nostal- Mai-juin 1999 137 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.gique de toute-puissance, de relations fusionnelles mais comme un accueil joyeux de sa finitude, comme une acceptation en profondeur de la distinction d’avec les autres, d’avec l’Autre et un engagement permanent à créer des liens avec Dieu, avec les autres.Il y a une manière totalitaire, dominatrice d’exercer une fonction de tré-sorière, mais il y a aussi une manière fraternelle, communionnelle d’exercer cette même fonction.Dans le récit de création en 7 jours de Gn 1, la création de l’homme et de la femme est l’ouvrage du 6e jour: «Dieu dit: Faisons l’homme à notre image (selèm), comme notre ressemblance (demut), et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.Dieu les bénit et leur dit: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.» (Gn 1:26-28) Encore ici, la vocation humaine à la gestion, à l’intendance de la création est mise en relief, mais dans un langage différent.L’être humain a vocation de domination sur tout le monde animal (Gn 1:26-28), mais ce pouvoir, c’est au titre d’être «à l’image et selon la ressemblance de Dieu» qu’il doit l’exercer (Gn 1:26), à l’image et à la ressemblance de Dieu qui a tout créé, qui a vu que tout était bon et, pour l’être humain, très bon.Cette expression enthousiaste qui scande chaque jour de création en Gn 1 exprime la bienveillance, la sollicitude de Dieu créateur.Dans sa riche réflexion sur la création, Jacques Lison, o.p.2 ajoute: «La sollicitude du créateur s’exprime aussi dans le fait que son oeuvre consiste à sortir le monde du chaos pour le rendre peu à peu hospitalier et favorable à la vie.Enfin, les bénédictions des 138 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÉSORIÈRE v.22 et 28 en faveur des êtres vivants et de l’homme et de la femme soulignent la complaisance absolument désintéressée du Créateur.La manifestation la plus profonde de la bienveillance de ce dernier est la création de l’être humain à son image.» Quelques consignes éthiques de l’Ancien Testament Dans les deux sections précédentes, nous avons réfléchi sur le service d’intendance des biens dans la lumière des récits de création et de la vocation donnée à l’être humain par le Créateur.Il me semble également important de regarder comment la vie et l'enseignement de Jésus peuvent encore inspirer les gestionnaires et administrateurs ou administratrices et déjà comment l’Ancien Testament fournit certaines consignes particulièrement utiles.La Loi et les prophètes au service de la communauté Gérard Mathon note que les exigences éthiques proposées dans l’Ancien Testament «découlent essentiellement de l’exigence de cohésion du peuple qui doit témoigner par elles qu’il est un peuple «saint, consacré à Yahvé».Israël forme une communauté où doit régner la justice, notamment en matière de propriété afin que l'accumulation des richesses en un contexte où la croissance n’existait guère ne se fasse pas au détriment des frères.»3 Combien cette remarque convient à toute personne exerçant une fonction d’intendance des biens dans un institut de vie consacrée.À l’intérieur du peuple des baptisés, saint, consacré à Dieu, nous avons répondu à un appel à donner à notre consécration baptismale le visage spécial que donne une vie sous les voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, une vie communautaire où les biens sont mis en commun, une vie missionnaire selon le charisme particulier Mai-juin 1999 139 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.de nos congrégations respectives.Nous voudrions que tout, dans notre façon d’administrer les biens confiés, parle de notre conviction que «Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité.Quelles que soient les formes de la propriété, adaptées aux légitimes institutions des peuples, selon des circonstances diverses et changeantes, on doit toujours tenir compte de cette destination universelle des biens.C’est pourquoi l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes; en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres.D’ailleurs, tous les hommes ont le droit d’avoir une part suffisante de biens pour eux-mêmes et leur famille.C’est ce qu’ont pensé les Pères et les docteurs de l’Église qui enseignaient que l’on est tenu d’aider les pauvres, et pas seulement au moyen de son superflu.Quant à celui qui se trouve dans l’extrême nécessité, il a le droit de se procurer l’indispensable à partir des richesses d’autrui.Devant un si grand nombre d’affamés de par le monde, le Concile insiste auprès de tous et auprès des autorités pour qu’ils se souviennent de ce mot des Pères: «Donne à manger à celui qui meurt de faim, car si tu ne lui as pas donné à manger, tu l’as tué» (Décret de Gratien); et que, selon les possibilités de chacun, ils partagent et emploient vraiment leurs biens en procurant avant tout aux individus et aux peuples les moyens qui leur permettront de s’aider eux-mêmes et de se développer.» (Gaudium et Spes, 69.1) Importants aussi à garder en mémoire sont tant de rappels, dans les lois que le peuple d’Israël s’est données à différentes étapes de son histoire, pour utiliser les biens d’une manière qui reconnaisse que 140 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÉSORIÈRE tout est don de Dieu, que le désir de Dieu qui a tout donné est que chacun, chacune ait la vie en abondance et se construise dans la communion avec ses frères et soeurs.Les personnes chargées de l’intendance des biens dans un institut, si elle travaillent et vivent en portant ces préoccupations, peuvent être extrêmement précieuses à l’ensemble de leurs Congrégations.On aimera relire tant de prescriptions du Code de l’Alliance (Ex 20:22 - 23:33), de la Loi de Sainteté (Lv 17:1 - 26:46), du Code deutéronomique (Dt 12:1 -26:15) qui se trouvent à confesser implicitement: Dieu est premier servi chez nous et nous vivons de la certitude que la chaîne de communion qui nous unit les uns aux autres n’a que la force de son plus faible chaînon.Souci particulier pour les esclaves, souci particulier pour l’étranger, la veuve et l’orphelin, souci pour l’ennemi lui-même.Je cite: «Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras, car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Égypte.Vous ne maltraiterez pas une veuve ni un orphelin.Si tu le maltraites et qu’il crie vers moi, j’écouterai son cri; ma colère s'enflammera et je vous ferai périr par l’épée.Si tu prêtes de l’argent à un compatriote, à l’indigent qui est chez toi, tu ne te comporteras pas envers lui comme un prêteur à gages, vous ne lui imposerez pas d’intérêts.Si tu prends en gage le manteau de quelqu’un, tu le lui rendras au coucher du soleil.C’est sa seule couverture, c’est le manteau dont il enveloppe son corps: dans quoi se couchera-t-il?S’il crie vers moi, je l’écouterai, car je suis compatissant, moi.» (Ex 22:20-26) «Si tu rencontres le boeuf ou l’âne de ton ennemi qui vague, tu dois le lui ramener.Si tu vois l’âne de celui qui te déteste tomber sous sa charge, cesse de te tenir à l’écart: avec lui, tu lui viendras en aide.Tu te tiendras loin d’une cause mensongère.Ne fais pas périr l’innocent ni le juste et ne justifie pas le coupable.Tu n’accepteras pas de présents, car le présent aveugle les gens clairvoyants et ruine les causes justes.» (Ex 23:4-8) Mai-juin 1999 141 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Expriment bien l’attitude de Dieu premier servi tant de législations sur l’année sabbatique, le sabbat, les fêtes d’Israël, l’année du Jubilé.A côté des législations en Israël, il y avait les prophètes qui rappelaient à Israël dans quel esprit il fallait utiliser et gérer les biens et qui fulminaient contre une mauvaise utilisation et gérance des biens.On pense à Amos: «Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales parce qu’ils écrasent la tête des faibles sur la poussière de la terre et qu’ils font dévier la route des humbles.parce qu’il s’étendent sur des vêtements pris en gage à côté de tous les autels et qu'ils boivent dans la maison de leur dieu le vin de ceux qui sont frappés d’amende.Et moi je vous avais fait monter du pays d’Égypte.Eh bien! moi, je vais vous broyer sur place.» (Am 2:6, 10, 13) Ce que tant de lois en Israël et tant de cris des prophètes disent, au fond, c’est: De grâce, traite ton frère, ta soeur, en frère, en soeur.Si toi, tu as trouvé si bon d’être libéré, libère à ton tour.Sois toujours du côté où la vie est blessée, opprimée, exclue.Bien sûr, toute personne chargée de l’intendance des biens doit être fidèle aux orientations que la Congrégation prend, mais quelle grâce, quelle chance pour la qualité évangélique du rapport aux biens de cet Institut lorsque les personnes chargées de l’intendance des biens ont un coeur, des pieds et des mains accordés au message des législateurs et des prophètes du peuple de Dieu.Des pages d’évangile à habiter au quotidien Où doivent aller des intendantes des biens dans l’évangile pour puiser leur inspiration?Je suggérerais qu’elles partent de la grande affirmation johannique: 142 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRESORIERE Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.(Jn 3:16-17) Gérer, administrer dans la lumière du trop grand amour de Dieu pour toute l’humanité, pour chacun, chacune de nous, pour chaque personne avec qui notre service nous met en contact.Gérer, administrer, en ne perdant pas de vue que le regard de Dieu sur les êtres est un regard sauveur et être intendante «à la manière de Dieu», dans une perspective de sauver la vie, de la faire croître et jamais de la perdre.Je me tournerais ensuite vers la consigne que l’évangile nous demande de mettre à la première place: Quel est le premier, quel est le plus grand commandement?Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle?Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit; et ton prochain comme toi-même (Le 10:27, Mc 12:28-31, Mt 22:34-40) et je me redirais le commentaire que faisait de cette consigne Jean de la Croix: «Au soir de la vie, nous serons jugés sur l'amour.» Nous ne saurions oublier qu’en christianisme, «si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.» Il y a le commentaire de Jean de la Croix, mais il y a avant tout le commentaire que Jésus, dans l’évangile de Luc, fait de la consigne: Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands?Il dit: «Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui.» L’intendance, un lieu où il faut exercer un très grand discernement, où il faut éviter d’être trop naïfs, où il faut agir avec ordre et métho- Mai-juin 1999 143 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.de, être capable d objectivité, ne pas se laisser charrier, oui bien sûr, mais sans sacrifier la miséricorde.L’évangile de Luc contient d'autres consignes particulièrement interpellantes pour des trésoriers et trésorières, à commencer par l’invitation à ne pas thésauriser.Dans le contexte où la consigne est donnée, il est question d un homme qui accumule beaucoup de biens et qui doit se bâtir de nouveaux greniers, tant il a accumulé pour assurer sa sécurité et son plaisir.Il n’a oublié qu’une chose: il est mortel et sa destination finale, c’est Dieu.Thésauriser pour soi-même ou s enrichir en vue de Dieu?Une personne peut aussi thésauriser.Un institut peut thésauriser.Une personne, un institut peuvent faire de Dieu leur trésor, s’en remettre à Lui.Être chargé de l’intendance des biens suppose qu’on se préoccupe que les besoins des membres soient satisfaits: les besoins les plus élémentaires, tels la nourriture, le vêtement et tant d’autres besoins.L’évangile nous laisse avec la question: en quoi mon abandon à Dieu change-t-il la couleur de mon souci pour assurer à chacune, à chacun réponse à ses besoins?Où est mon trésor?Un légiste avait dit à Jésus: Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?et il avait répondu lui-même à sa question en invoquant l'amour de Dieu par-dessus toute chose et l’amour du piochain.En Le 18, c est un notable qui pose la même question et se voit invité dans un premier temps par Jésus à observer les commandements, puis, en un second temps, à vendre tout ce qu’il avait, à le distribuer aux pauvres, puis à venir et à suivre Jésus.La réaction de tristesse du notable permet à Jésus d’observer combien richesse et royaume de Dieu sont difficiles à tenir ensemble.La conclusion est cependant pleine d’espérance: «ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu.» Avec la grâce de Dieu, une telle conversion est donc possible4.144 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÉSORIÈRE Quelques convictions fermes dans la réflexion récente de l’Église J’aurais rêvé de prolonger la réflexion en commentant quelques textes importants de la pensée ecclésiale plus récente sur la dimension économique de la vie humaine, d’emprunter aux lettres encycliques de Jean-Paul II: Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987) et Centesimus Annus (1er mai 1991) et à l’exhortation post-synodale Vita Consecrata (25 mars 1996).Permettez-moi de nous renvoyer tous et toutes à Gaudium et Spes (1965), ch.3: La vie économico-sociale (par.63-72), «Dans la vie économico-sociale aussi, il faut honorer et promouvoir la dignité de la personne humaine, sa vocation intégrale et le bien de toute la société.C’est l’homme en effet qui est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale.(G.S.63.1) L’économie moderne se caractérise par une emprise croissante de l’homme sur la nature, la multiplication et l’intensification des relations et des interdépendances entre individus, groupes et peuples, et la fréquence accrue des interventions du pouvoir politique.En même temps, le progrès dans les modes de production et dans l’organisation des échanges de biens et de services a fait de l’économie un instrument apte à mieux satisfaire les besoins accrus de la famille humaine.(G.S.63.2) Beaucoup, surtout dans les régions du monde économiquement développées, apparaissent comme dominés par l’économique: presque toute leur existence personnelle et sociale est imbue d'un certain «économisme» et cela aussi bien dans les pays dominés favorables à l’économie collectiviste que dans les autres.À un moment où le développement de l’économie, orienté et coordonné d’une manière rationnelle et humaine, permettrait d’atténuer les inégalités sociales, il conduit trop Mai-juin 1999 145 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.souvent à une aggravation et même, ici et là, à une régression de la condition sociale des faibles et au mépris des pauvres.Alors que des foules immenses manquent encore du strict nécessaire, certains, même dans les régions moins développées, vivent dans l’opulence ou gaspillent sans compter.Le luxe côtoie la misère.Tandis qu’un petit nombre d’hommes disposent d’un très ample pouvoir de décision, beaucoup sont privés de presque toute possibilité d’initiative personnelle et de responsabilité; souvent même, ils sont placés dans des conditions de vie et de travail indignes de la personne humaine.(G.S.63.3) Trente-huit ans après Gaudium et Spes, à l’heure de la globalisation des marchés, comment décririons-nous la vie économico-sociale de notre institut, de notre société, du monde?En quoi témoignons-nous que, pour nous, c’est la personne humaine qui est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale?En quoi notre façon de gérer nous permet-elle de mieux satisfaire les besoins accrus de nos instituts, de notre société, de l’humanité?Quels sont nos sujets d'inquiétude relatifs à l’économie dans le monde?Où pouvons-nous opérer des réformes, des conversions?Conclusion Certaines aptitudes caractéristiques de personnes ayant à gérer les biens ont des connivences certaines avec les valeurs de l’évangile de Jésus Christ.L’Écriture, dans son discours sur les origines (Gn), dans son discours sur les orientations à prendre au quotidien (Lois, prophètes, Jésus), a des choses importantes à dire sur la gérance.La communauté ecclésiale poursuit un long dialogue avec chacun, chacune de nous sur la dimension économique de nos vies humaines, sur le développement.Souhaitons-nous de développer cet art de la conversation, du dialogue avec les forces en nous, avec Dieu dans l’Écriture, avec la communauté ecclésiale.Ce dialogue, tel que nous l’avons engagé dans cette réflexion, devrait éclairer, donner plus de densité et de joie à notre gérance des biens.146 La Vie des communautés religieuses FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA FONCTION DE TRÉSORIÈRE NOTES 1 Pierre Gisel, La création.Essai sur la liberté et la nécessité, l’histoire et la loi, l’homme, le mal et Dieu, coll.Lieux théologiques, 2, Genève, Labor et Fides, 1980, p.40-41.2 Jacques Lison, Notes de cours Le Mystère de Dieu III, Le Créateur, Collège Dominicain, Ottawa, 1997, p.44.3 Gérard Mathon, L’économie, dans Initiation à la pratique de la théologie, 1:4, Paris, Cerf, 1983, p.526.4 Dans son exposé au Congrès de l’ATTIR, l’auteure proposait aussi une réflexion sur le livre de l’Apocalypse en le présentant comme «une magistrale illustration de l’aide qu’un disciple de Jésus, placé dans une situation éminemment exigeante, reçoit de sa foi en la Résurrection de Jésus» et comme un appel à l’espérance contre toute espérance».Ce développement fera l’objet d’une publication distincte.Sr Lorraine Caza 2330, rue Sherbrooke Ouest Montréal, Qué., Canada H3H 1G8 AVIS Lorsque vous avez à communiquer avec le secrétariat de la Revue ?veuillez toujours donner le numéro de votre abonnement (indiqué au haut de votre adresse) ?et en plus, s'il s'agit d'un changement d'adresse, indiquez votre ancienne adresse.Ces précisions nous aideraient à vous donner un meilleur service.Nous vous remercions à l'avance.La Direction Mai-juin 1999 147 PRIER POUR LES VOCATIONS P.Paul-Emile Vachon, s.m.ÉSË& 'y € La prière de demande jouit-elle d’une efficacité certaine ?Dans le contexte actuel d'inquiétante pénurie de vocations, retentit avec grande régularité l’appel à prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.Personne ne repousse cet appel comme inutile et non avenu.Mais en espérons-nous quelque chose?La question n’est pas superfétatoire.La prière de demande exerce-t-elle un effet véritable sur les situations?Est-elle plus qu’une façon de nous déculpabiliser face aux détresses vécues?Reçoit-elle une véritable réponse de Dieu?Une réflexion du cardinal Carlo Maria Martini, dans son livre Abraham notre père dans la foi1, apporte un éclairage non négligeable sur le problème soulevé.Il étudie longuement la prière du patriarche telle que rapportée dans la Genèse, 18, 16-33.2 II s’agit de la longue supplication pour obtenir que Dieu épargne la ville de Sodome menacée de destruction.Abraham, on le sait, va marchander avec Dieu pour arracher cette grâce en s’appuyant sur le raisonnement que s’il y a 50 justes, ou 40 ou même seulement 10, Dieu ne va quand même pas les massacrer avec les impies.L’exaucement d’une prière Le cardinal fait remarquer que cette prière a été efficace même si la ville fut éventuellement détruite.Abraham, dit-il, a évolué dans sa 148 La Vie des communautés religieuses PRIER POUR LES VOCATIONS connaissance de Dieu à travers cette supplication.Il est parti de l’argument juridique que Dieu ne peut pas traiter le juste comme le pécheur.Ce serait abominable si Dieu se comportait ainsi.Mais dans son marchandage, il en arrive à comprendre que Dieu va beaucoup plus loin et qu’il veut sauver les pécheurs à cause des justes : Si je trouve à Sodome cinquante justes dans la ville, je pardonnerai à toute la cité à cause d’eux (Gn 18, 26).Voilà comment Dieu se révèle à Abraham.Dieu ne fait pas que distinguer le juste du pécheur, il veut sauver l’un et l’autre, l’un par l’autre aussi, Yahvé montre en outre que Sodome lui importe; qu’il veut entretenir des liens de communion avec elle.Dans cette page de la Genèse, on assiste à une découverte théologique importante.3 C’est la connaissance de Dieu qui s’éclaire et c’est le vieux concept juif d’exclusion qui sort ébranlé même s’il mettra encore des siècles à disparaître.La hardiesse d’Abraham dans la prière a reçu ample réponse.À travers sa prière, un bienfait énorme est venu au peuple choisi et, à travers lui, à toute l’humanité.Sodome n’a pas été épargnée, mais Loth cependant a eu la vie sauve.Surtout un pas important a été franchi dans l’idée que l'on pouvait se faire de Dieu et de sa justice.Martini insiste sur cet aspect pour éclairer l’efficacité de la prière.Abraham s’est jeté dans la prière presque jusqu’à l’irrespect, hardi jusqu à T effronterie4, écrit-il.Mais il le fait dans la plénitude de la foi, avec l’intention de comprendre le dessein de Dieu et de connaître le problème fondamental de la justice de Dieu envers l’homme.Qu’est-ce que prier ?La prière de demande vient là dans une grande lumière.Non seulement des composantes sont éclairées, mais son coeur même est mis à nu.Prier, c’est au premier chef essayer de découvrir le Dieu sauveur, le véritable Dieu, non pas celui que j’imagine ou que je me fabrique dans la pensée, mais le Dieu qui agit, juge, crée et sauve.Mai-juin 1999 149 P PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.Dans la prière, j'essaie de comprendre son dessein de salut afin de pouvoir m’y ajuster et y travailler.Prier, c’est avant toute chose s’exposer à la lumière de Dieu pour en être saisi jusque dans ses racines, jusqu’au fond de son être.Ainsi, par exemple, prier pour les vocations, ce n’est pas simplement demander de nouvelles recrues, c’est s’ouvrir au plan de Dieu, essayer d’y communier en le découvrant un peu mieux afin de pouvoir travailler à le faire advenir dans la mesure de mes forces.Prier en formules excessives.Mais prier, on le sent à l'attitude d'Abraham, ce n’est pas demander mollement, comme en marmonnant un vague Seigneur, écoute-nous, un peu distrait et incertain.C’est se jeter dans la prière et jouer son va-tout.La prière d’intercession véritable va jusqu’aux extrêmes illustrés par Moïse disant à Yahvé : Ejface-moi du Livre de vie, mais sauve ce peuple (Ex 32, 32), ou encore par l’apôtre Paul qui proclame : Je souhaiterais d'être moi-même anathème, séparé du Christ pour mes frères (Rm 9, 3).Ces supplications exprimées en formules excessives traduisent la véhémence du désir et la totale identification du priant avec la cause présentée au Tout-Puissant.comme Jésus C’est tout à fait l’exemple de prière que nous donne le Seigneur Jésus.Toute filiale qu’elle fût, la prière de Jésus, en certaines circonstances en tout cas, n’eut rien d'un doux ronron assoupi.La lettre aux Hébreux la décrira comme une violente clameur mêlée de larmes, d’implorations et de supplications présentée au Père qui toujours l’engendre à la vie (Cf.He 5, 7).Ce passage de la lettre aux Hébreux semble commenter la dramatique prière de Jésus au jardin de Gethsémani.En proie à la détresse (ou à un violent combat intérieur qu’on a traduit peu exactement comme une agonie) il priait de façon instante, et sa sueur devint pareille à de grosses 150 La Vie des communautés religieuses PRIER POUR LES VOCATIONS gouttes de sang qui tombaient à terre (Le 22, 44).À travers les paraboles de l’Ami importun {Le 11, 5-9) et du juge inique {Le 18, 1-8), Jésus n’a-t-il pas encouragé les siens à redoubler d’insistance dans la prière, jusqu'à l’impudence et le sans-gêne?Mais l'assise de cette prière n’est évidemment pas le caractère fruste des habitudes langagières, mais la force intrépide de la foi, comme nous le savons bien.Ce n’est pas sans rapport que la parabole de la veuve importune se termine par la douloureuse interrogation : Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre {Le 18, 8)?Nous reviendrons sur cette considération un peu plus loin.Fais-nous voir les desseins de ton coeur Prier, c’est insister pour que Dieu réponde.C’est demander à Dieu qu’il fasse connaître son dessein de salut dans l'ici et maintenant de notre vie.Martini écrit justement à ce sujet : La prière en faveur de ceux dont nous portons la grave responsabilité, du poids desquels nous nous sommes chargés, avec qui nous courons un risque, est la prière qui nous conduit à pénétrer hardiment, effrontément au coeur des desseins de Dieu.Car enfin, sans connaître ce dessein, comment pouvons-nous demander qu’il s’accomplisse?.Demandons de le connaître donc, afin que son dessein se réalise, que sa parole se répande, se manifeste, que les portes de T Evangile s’ouvrent: Prier pour les vocations, c’est plus qu’une invocation ajoutée aux Laudes ou aux Vêpres.C’est un cri qui veut déchirer les ténèbres qui nous empêchent de voir le projet de Dieu et d’y communier de tout coeur.C’est une supplication ardente, importune à la limite, qui somme Dieu de nous révéler les pensées de son coeur : Qu’est-ce que tu veux pour l'Église de notre temps?Que souhaites-tu pour cette congrégation que tu as donnée à ton Église et que tu as dotée de charismes pour T édification du Mai-juin 1999 151 P.PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.corps mystique de ton Fils?Révèle-toi dans ton dessein de salut.Eclaire ton projet pour que j’y consacre toutes mes forces et tous mes talents.Il est de prime importance que je connaisse ton plan afin de jouer à l'unisson avec toi.Prier pour les vocations, ce n’est pas uniquement supplier que des candidats viennent frapper à la porte, c’est plus encore demander à Dieu de nous faire comprendre ce qui se passe dans notre monde, ce qu’il convient de faire pour réaliser son projet dans ce monde qui est nôtre et qui demeure opaque à nos yeux.La prière pour les vocations n'est pas une simple demande à Dieu de changer le coeur des jeunes de notre temps, mais d'éclairer notre propre coeur pour qu’il sache reconnaître ce qu’il faut faire.Prier pour les vocations, c’est demander à Dieu avec insistance que nous ayons la force d’entreprendre ce que nous aurons vu, et le courage de le mener à bien.Dieu aime.L'efficacité de la prière de demande ne se limite pas pour autant au sujet qui prie dont elle change le coeur.Elle rejoint les situations dans lesquelles nous voudrions que Dieu intervienne.Mais comment cela se fait-il?Si Dieu n’est pas interventionniste, toujours prêt à changer les données ou les règles du jeu, tout n’en est pas moins dans sa main et rien n’échappe à sa volonté tout aimante.Dieu n’est pas distrait, il n'a pas déserté le chantier comme un certain rationalisme voudrait le laisser entendre.Il aime activement sa création, il veut qu’elle atteigne la perfection pour laquelle il l’a créée.De tout le poids de sa Pauvreté Toutefois, il ne poursuit pas son plan contre l’homme ou sans lui.Il veut le réaliser avec notre libre collaboration.Il intervient discrètement dans le travail humain à qui il donne mystérieusement un retentissement inattendu.Dieu ne parle jamais si fort que lorsqu’il semble se murer dans le silence.Il n’est jamais si vivant que lorsqu'on le donne pour mort.Il n’est jamais si présent que lorsqu’on le 152 La Vie des communautés religieuses PRIER POUR LES VOCATIONS pense absent.Car alors il se laisse voir pour ce qu’il est vraiment : un Dieu pauvre, le seul Pauvre, qui s est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, qui s’est abandonné entre nos mains et dont nous avons pu faire ce que nous avons voulu.Lorsque nous le découvrons sous ce jour qui le dénude — comme Jésus sur la croix — alors il nous dit fortement : Ma folie est plus sage que toutes les sagesses du monde; ma faiblesse est plus forte que toutes les puissances de la terre (Cf 1 Col, 25).Ne crains pas, tu comptes pour moi et je compte sur toi.Ta foi a vaincu la monde.Foi et prière La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi (1 Jn 5, 4).En évoquant la foi, nous introduisons un élément tout à fait décisif dans notre débat.Jésus lui-même l’a introduite de quelle vive manière dans son enseignement sur la prière, nous y faisons allusion plus haut.Le projet de Dieu sur sa création et sur l’humanité à tout à faire avec la foi.Elle n’est pas qu’une condition de la prière, elle en est le coeur profond.Après la multiplication des pains rapportée par l’évangéliste saint Jean, les Juifs, invités par Jésus à se mettre à l’oeuvre pour obtenir la nourriture qui demeure en vie éternelle, demanderont au Seigneur : Que nous faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu (Jn 6, 28).?Et Jésus leur répondra en passant du pluriel les oeuvres de Dieu au singulier: L'oeuvre de Dieu, c est de croire en celui qu il a envoyé.Les Juifs pensaient en termes d'oeuvres multiples, détaillées dans la loi mosaïque, mais Jésus centre leur attention sur l’essentiel.Croire, voilà la plus haute et la plus urgente activité de l’homme, celle par laquelle il coopère au projet de Dieu et naît à la vie divine.Croire, c’est déjà coopérer avec Dieu.Là où triomphe la foi, là s’établit le Règne.Le temps est à la foi La foi n’est pas qu’un préalable à la prière; elle en est l’assise et le fondement.Par elle, vient au coeur de l’être humain la découverte Mai-juin 1999 153 P.PAUL-EMILE VAC H ON, S.M.de sa pauvreté native et de sa dépendance consentante à la Toute -Bonté.La prière demande et fait un coeur de pauvre.Prier pour les vocations avec véhémence et ténacité n’aura peut-être jamais été aussi urgent qu’aujourd’hui ni aussi à propos, non pas parce que le nombre de prêtres et de consacrés a brutalement chuté, mais parce que s’ouvre dans cette pauvreté dramatiquement ressentie une chance inouïe de renouer avec le Dieu de Jésus Christ et par là d'entrer dans un intense renouveau de la vraie foi.En effet, l’épreuve qu’il nous est demandé de traverser en ce temps de sévère disette nous place devant un cas limite en quelque sorte.Dieu nous met en demeure de manifester qui nous sommes en vérité, de montrer ce qu’il y a au fond de nous et de professer la foi dans laquelle nous avons été baptisés.A travers cette situation stressante, il nous demande : Suis-je pour vous un Père?Suis-je toujours ton Sauveur?Ma main est-elle trop courte pour f arracher à l’abîme où tu semblés f enfoncer?Dieu répond-il encore ?Par certaines épreuves, notre foi est atteinte dans son centre le plus profond.Nous ne sommes pas devant quelque remise en question provoquée par des débats théologiques débridés ou mal conduits.Il ne s’agit pas d’un bouleversement causé par des scandales qui éclaboussent notre Église ou par des attaques méchantes qui ruinent son image dans l’esprit des gens.C’est la présence même et l’action du Vivant au sein de l’Église qui sont remises en cause.La vérité de sa parole n'a plus d’évidence.Il y a, semble-t-il, un tel écart entre la réalité vécue et les promesses divines consignées dans les Écritures! Est-elle toujours vraie cette promesse : Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu à la fin des temps (Mt 28, 20)?Dans son étude sur Abraham, le cardinal Martini confesse : J'ai P impression que beaucoup de prêtres ont renoncé à leur sacerdoce (nous pourrions ajouter: de religieux à leurs engage - 154 La Vie des communautés religieuses PRIER POUR LES VOCATIONS merits) suite à une crise dans leur foi provoquée par P écart entre ce à quoi au séminaire s'attendait le jeune prêtre: la parole de Dieu puissante en efficacité, et la réalité des choses de la vie faite de tristesse, de stagnation, de frustration, de fatigue.Comment donc tout cela peut-il être face à tout ce qu'ils m'avaient promis?Alors, c’est la foi même en Dieu, tel qu’ils le connaissaient qui s’évanouit/’ L’épreuve comme une brèche Avec une sagesse toute pastorale, Martini invite à comprendre que l’être même de Dieu est à la source de la rude remise en question.Dieu se livre au gré d’un lent et long cheminement dans la foi.Avec Dieu, comme disait Grégoire de Nysse, nous allons de commencements en commencements par d’éternels recommencements.Chacun de ces commencements est une brèche dans la fortification que nous tentons d’élever autour de nous pour nous sécuriser.Nous disons volontiers que les chemins de Dieu sont impénétrables, mais en même temps nous pensons bien les connaître un peu.Vienne l’épreuve, et la foi, un moment endiguée, par cette brèche bondit en avant vers le Tout-Autre à qui le croyant, en se jetant coips et âme dans la prière véhémente, apprend de nouveau à faire absolue confiance.Paul-Émile Vachon, s.m.1520, avenue du Parc-Beauvoir Sillery, Qué., Canada G1T2M4 1 Carlo Maria cardinal MARTINI, Abraham notre père dans la foi.Éd.Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse), 1994, 158 p.2 Carlo Maria cardinal MARTINI, op.cit., p.127-136.3 Cette théologie du salut du pécheur par le juste ira s’affinant pour trouver en Isaïe 53 son expression finale.À cause d’un seul juste Dieu sauvera le peuple entier.Elle trouvera en Jésus sa réalisation parfaite.4 Martini, op.cit., p.134.5 Martini, op.cit., p.135.6 Martini, op.cit., p.151-152.Mai-juin 1999 155 LE ROLE DU CHAPITRE GÉNÉRAL DANS LE PROCESSUS DE RE-FONDATION D’UN INSTITUT RELIGIEUX Dom Armand Veilleux, o.c.s.o.[Avec la bienveillante autorisation de Vida Religiosa, où cet article a d’abord paru en espagnol, n° 82 (1997) pp 303-312, dans un numéro spécial sur le thème: Les fondateurs refonderaient-ils leurs Instituts!] Chaque institut religieux vit l'Évangile selon un charisme déterminé.Ce charisme a d'abord été en général celui d'un fondateur ou d'une fondatrice et a été reçu et assumé par un groupe de disciples qui ont formé la première communauté de cet institut.Il a été par la suite sans cesse ré-interprété à travers les années, ou même les siècles, en fonction de nouveaux besoins de l’Église et de la société et de nouvelles situations culturelles.Ce charisme initial est le fondement sur lequel repose tout l'institut, et tout effort de renouveau ne peut être qu'un retour à ce fondement, donc une re-fondation.En appelant tous les instituts religieux à entreprendre un effort de renouveau, Vatican II a désigné l'institution séculaire du chapitre général comme instrument privilégié pour réaliser cette tâche.Au cours d'un chapitre général un institut assume à nouveau son 156 La Vie des communautés religieuses charisme, en fait une relecture en fonction du contexte ecclésial et culturel d’aujourd'hui, et prend les décisions qui s'imposent pour son insertion rénovée dans la pâte humaine et ecclésiale contemporaine.I - Chapitre général comme événement ecclésial Un charisme n'est pas donné, il est confié.Il n’appartient pas à la personne ou au groupe qui le reçoit, mais à l’Église.Ainsi en est-il du charisme d’un institut religieux.Bien qu’il lui soit propre, il n’est cependant pas sa propriété exclusive.Ce charisme, de par sa nature même, appartient au Peuple de Dieu tout entier et non pas aux quelques centaines ou quelques milliers de membres qui forment actuellement l'institut.Ces derniers en sont les gardiens; ils n’en sont pas les propriétaires.L'ensemble du Peuple de Dieu a donc un droit et un devoir de vigilance sur cette partie de son patrimoine — droit et devoir qu’exerce la hiérarchie ecclésiastique, au nom du Peuple de Dieu, spécialement à travers l’approbation des Constitutions de chaque institut.1 Le chapitre d'un institut n’est donc pas une affaire privée qui ne concerne que les membres de cet institut.Il s’agit d'un événement ecclésial qui intéresse la communauté chrétienne tout entière.Il est normal que celle-ci s’y intéresse et se préoccupe de ses orientations.Pour un institut, c’est l'occasion privilégiée de prendre une nouvelle conscience de ses liens avec l’Église dont il exerce une partie de la mission et avec le monde auquel il est envoyé par le Christ.Un groupe de Chrétiens peut se réunir pour vivre ensemble leur vie chrétienne en toute liberté, sans demander aucune reconnaissance juridique.A partir toutefois du moment où ils veulent être reconnus par l’Église comme un institut religieux, ils acceptent de se reconnaître gardiens d’un charisme ecclésial.Si ce groupe est constitué non seulement d'une seule communauté locale mais d'une commu- Mai-juin 1999 157 DOM ARMAND VEILLEUX, O.C.S.O nauté de communautés réunies en une Congrégation ou un Ordre, c'est cet ensemble qui a désormais la responsabilité de discerner collégialement la volonté de Dieu sur lui.Le chapitre général est un moment fort de ce discernement.La vie consacrée appartient en effet à la structure même de l’Église.Elle est aussi ancienne que celle-ci.Même si une certaine convention la fait naître vers la fin du deuxième siècle de notre ère, avec l'apparition du monachisme organisé, ce n'est là guère plus qu'une convention d'historiens.Ce monachisme institutionnalisé de l’époque d’un Antoine et d'un Pacôme est en pleine continuité avec l’ascétisme chrétien des deux premiers siècles.En réalité, la vie religieuse retrace ses origines jusqu’à la première génération chrétienne et même jusqu’à l’événement de la Pentecôte.Lorsque des Chrétiens, dès la première génération chrétienne, se sentirent appelés à adopter comme mode permanent de vie certains des renoncements radicaux demandés par Jésus à ceux qui voulaient le suivre, ils trouvaient dans la culture ambiante un courant religieux d’orientation ascétique et mystique, dans lequel Jésus s’était lui-même inséré en se faisant baptiser par Jean, et qu’il avait assumé dans son mode de vie avec ses disciples.Lorsqu’après quelques siècles de fécondation de ce courant par le message évangélique, et de purification progressive de ses manifestations extérieures, apparaît le phénomène structuré du monachisme, nous sommes au point d’aboutissement d'un processus d’inculturation admirablement réussie.Un processus toujours à continuer ou à reprendre.Il y a un lien étroit entre renouveau, évangélisation et inculturation.Ce sont, en ce contexte, trois mots désignant la même réalité, vue sous des angles légèrement différents.L’évangélisation se fait dans la rencontre de l’Évangile avec une culture.De cette rencontre résulte une transformation de la culture et l’Évangile y trouve une nouvelle forme d’expression.Ce phénomène est appelé de nos 158 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION jours inculturation.Toute culture étant sans cesse en évolution et subissant à certaines époques des transformations plus radicales et plus rapides, elle doit être constamment, dans ses nouvelles formes d’existence, confrontée de nouveau à l'Évangile et fécondée de nouveau par celui-ci.C’est le processus que l’on nomme désormais nouvelle évangélisation, laquelle est sans cesse nécessaire, non pas parce que la précédente évangélisation n’aurait pas été réussie ou aurait perdu de sa vitalité (ce qui est possible), mais simplement parce que la réalité qui a été “évangélisée” est maintenant devenue autre et doit, dans sa nouvelle forme, être de nouveau confrontée avec les défis de l’Évangile.Si toute inculturation vraie est une nouvelle évangélisation, tout renouveau — qui n’est pas un acte fait une fois pour toutes, mais un processus ininterrompu — est une re-fondation, puisqu'il consiste à retrouver les solides fondements de l’Évangile sous l’épaisse couche d’humanité, d’histoire et de traditions accumulée au cours de deux millénaires de christianisme et de quelques (ou plusieurs) siècles d’histoire de l’institut.II - L’institut en situation d’écoute Lors d’un chapitre général — et cela vaut aussi à des niveaux divers pour les chapitres provinciaux et locaux — un institut se met en situation d’écoute.À l’écoute d’abord de la Parole de Dieu.Cette Parole lui vient à travers sa propre tradition et aussi à travers ce que vivent, perçoivent et disent ses membres.Elle lui vient aussi à travers ce que l’Esprit dit à l’Église d’aujourd’hui aussi bien que par les signes des temps, c’est-à-dire le contexte social et culturel contemporain.Le même Esprit qui a parlé aux fondateurs continue de parler au coeur de chacun des membres actuels de l'institut et de les interpeller dans leurs situations concrètes et variées.Il est donc important qu’un chapitre général se donne les moyens, aussi bien au Mai-juin 1999 159 DOM ARMAND VEILLEUX, O.C.S.O cours de sa préparation qu’au cours de son déroulement, de donner la parole à tout ce qui se vit au sein de l’institut.Il doit écouter la voix de ceux qui peinent sous le poids du jour et de la chaleur dans les activités pastorales traditionnelles de I institut comme de ceux qui creusent des sillons nouveaux en terrains inconnus.Il doit libérer les cris d angoisse des insatisfaits comme la mélodie des satisfaits.Ils doit se laisser guider par les succès dans les initiatives humaines et se laisser enseigner par les échecs.Dans cette attitude d écoute de la Parole de Dieu, il est normal que 1 institut, lors d un chapitre général, fasse une re-lecture des textes fondateurs de sa Tradition, aussi bien que de ce qu’ont vécu le fondateur et la première communauté.À l’origine de chaque charisme religieux, en effet, il y a en général non seulement une ou quelques personnes charismatiques, mais aussi un écrit fondamental tel que, par exemple, la Règle de saint Augustin, ou celle de saint Benoît ou de saint François d Assise.Comme la Bible, et comme tout autre écrit, ces textes sont prégnants de significations presque illimitées, et cette richesse de sens ne se manifeste qu’à travers un dialogue toujours renouvelé entre le texte et les personnes qui les lisent dans des contextes divers.Seules les personnes ou les groupes profondément en contact avec la culture de leur temps et avec ce que 1 Esprit dit présentement à l'Église peuvent permettre à la richesse de signification contenue dans ces textes anciens de continuer à se manifester.Comme on le sait, une fois qu’un texte est sorti de la main de son auteur, il acquiert une existence autonome et assume une nouvelle signification chaque fois qu'il est lu, chaque lecture étant une interprétation, laquelle est la révélation d’une des possibilités presque infinies contenues dans le texte.Ces écrits et les événement auxquels ils sont associés prennent constamment un sens nouveau chaque fois qu’il sont lus.160 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION Les chapitres généraux de l’époque d’avant Vatican II n’était souvent guère plus, dans beaucoup d'instituts que des chapitres d’élection.Vatican II ayant désigné le chapitre général comme l’un des principaux moyens de renouveau’, les chapitres généraux qui ont suivi le Concile ont été consacrés à la révision des Constitutions et, d’une façon générale au renouveau des instituts.Peut-être ceux-ci ont-ils continué par la suite durant trop longtemps à centrer toute leur attention sur leur propre vie interne et leur propre organisation.Un renouveau vraiment ecclésial demande que les instituts de vie consacrée exercent au cours même de leurs chapitres généraux leur fonction ecclésiale.Pour cela il convient qu’ils se mettent à l’écoute des besoins, des aspirations, des problèmes et des expériences du Peuple de Dieu tout entier.Une communauté diocésaine ou limitée aux diocèses d'un pays peut faire une lecture, à la lumière de 1 Évangile, de ce que vit l’Église de ce diocèse ou de ce pays.Une grande Congrégation ou Ordre étendu à l’échelle mondiale est dans une situation privilégiée pour faire une lecture de la situation de l’Eglise universelle.Une telle lecture n’est rien d’autre qu’un service qu’elle peut offrir au peuple de Dieu, et que personne d'autre ne peut réaliser de la même manière et dans la même perspective.Dans des moments de profonds et rapides changements culturels comme ceux que nous vivons de nos jours, les instituts religieux peuvent, à travers leurs chapitres généraux, apporter à la société leur lecture de situations humaines telles que, par exemple, les déplacements massifs de populations, l’écart toujours grandissant entre riches et pauvres, la rencontre massive des cultures et des religions.L'institut doit également savoir écouter ce que les laïcs peuvent avoir à leur dire de leurs aspirations et de ce qu'ils attendent d’eux.Non seulement beaucoup de fondations religieuses ont commencé comme des mouvements laïcs, officiellement reconnus par la suite Mai-juin 1999 161 DOM ARMAND VEILLEUX, O.C.S.O par l’Église comme instituts religieux, mais certaines réformes de la vie religieuse, les grandes réformes monastiques du douzième siècle par exemple, et celle de Cîteaux en particulier, furent la réponse aux aspirations, aux attentes et aux requêtes de mouvements laïcs au sein de l'Église durant tout le siècle précédent.Un phénomène auquel tous les instituts ont à porter une attention toute particulière de nos jours est le fait qu’un très grand nombre de laïcs, dans toutes les parties du monde, se sentent de nos jours appelés à partager non seulement les activités et la mission de tel ou tel institut religieux, mais aussi sa spiritualité, tout en conservant leurs obligations et leur situation dans le monde.Peut-être beaucoup d’instituts doivent-ils avoir l'humilité de reconnaître que l’Esprit de Dieu, ultime “propriétaire” de leur charisme, est en train de donner à ce même charisme, des formes d’expression nouvelles auxquelles ils n’auraient jamais osé penser.III- De l’écoute à la parole La parole écoutée, assimilée et par le fait même interprétée, ne peut être gardée jalousement.Elle brûle les entrailles et doit se transformer en parole transmise.La parole du chapitre s’adressera évidemment à l’ensemble de l’institut, dont les capitulants sont les délégués, mais devrait aussi, au moins en certaines circonstances, avoir le courage de s’adresser au Peuple de Dieu et à la société civile.Il y a des choses qu’une fois écoutées, on n’a plus le droit de ne pas crier sur les toits.Évidemment elle ne remplira sa fonction que si elle est compréhensible pour ceux à qui elle s’adresse.Il semble inutile, sinon impertinent, de le dire; malheureusement trop de textes issus des chapitres généraux — comme de tant d’autres organismes ecclésiastiques — utilisent un langage que bien peu comprennent.La nouvelle interprétation des textes fondateurs ne doit cependant pas s’exprimer nécessairement dans des textes nouveaux, dans des 162 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION commentaires ou dans des circulaires, mais d’abord dans des actions, des gestes, des prises d’orientation, dans une vie de sainteté transformée par ce dialogue avec le texte.La tradition sera alors transmises aux générations suivantes non pas à travers des écrits du chapitre général, mais à travers la vie même de l’institut, transformée par ce contact.Un chapitre général est le moment pour un institut de redéfinir son identité.Il y a cependant lieu d’éviter ici un écueil.Cette définition ne peut être abstraite, et ne saurait être le fruit d'une analyse scientifique des écrits primitifs et de l'histoire de l'institut réalisée par des spécialistes.L'identité d’une communauté ne se définit pas à travers une formule, mais à travers des décisions concrètes qui impliquent le sens renouvelé d’une vocation, la reconnaissance d’une mission spécifique et, en beaucoup de cas, l’admission d'un besoin de conversion et l'engagement à réaliser celle-ci dans la vie de tous les jours.Notre identité n’est pas, en effet, quelque chose que nous pouvons déterminer nous-mêmes.Elle nous vient de la réponse à un appel perçu et cet appel est toujours nouveau.Notre identité n’est donc pas quelque chose que nous pouvons découvrir uniquement en étudiant notre passé.Nous la réalisons en répondant aux appels de l’Esprit sur nous aujourd’hui.Mais surtout, ce que nous avons à proclamer au monde, ce n’est pas qui nous sommes.C’est Jésus-Christ.Nous n’avons pas à nous dire à nous-mêmes ni à qui que ce soit qui nous sommes.Nous avons à dire qui est Dieu.Et nous avons à le dire à travers notre vie tout autant qu’à travers nos paroles.Peut-être qu’en certains pays où il n’est pas permis de prêcher l'Evangile en paroles, et où les religieux ne peuvent que vivre les valeurs évangéliques — qui sont les valeurs humaines les plus fondamentales — dans leur milieu de travail et dans leurs relations humaines, c'est là que le “témoignage” (martyre) chrétien est à son état le plus pur.Mai-juin 1999 163 DOM ARMAND VE1LLEUX, O.C.S.O Il faudrait d’ailleurs peut-être se garder de la multiplication de textes dits “spirituels” et ne pas sous-estimer l’importance de textes législatifs.L’élaboration par un chapitre général de bons statuts, par exemple sur la formation initiale et permanente, ou sur la visite canonique, ou encore sur la mise en pratique de l’option pour les pauvres, peut être une activité plus pastorale et spirituelle que la publication de beaux textes sur la spiritualité de l’institut.Le chapitre général a non seulement à se préoccuper de la qualité de la vie religieuse de ses membres actuels, mais aussi de la qualité de l'institut lui-même, qui a pour mission de maintenir vivant et de transmettre aux générations à venir son charisme, à travers un complexe cohérent de doctrine, de traditions, d’observances et de rites.À travers le chapitre général, un institut est appelé à poser sur le monde qui l’entoure, dans lequel il vit, et auquel il a été envoyé en mission, un regard d’amour et de compassion.Que de paroles vaines de nos jours, dans beaucoup d’écrits dits “religieux”, où le monde moderne est jugé en bloc comme mauvais et corrompu et où les religieux se présentent eux-mêmes comme une contre-culture, ou comme un substitut évangélique à la culture ambiante ! L’histoire des instituts religieux, et en particulier celle du monachisme chrétien, longue de presque deux millénaires, montre que chaque fois qu’il y eut un moment de grande créativité ou de renouveau d’une qualité particulière, ce fut lorsqu’un groupe d’hommes ou de femmes furent particulièrement présents à la culture de leur temps et surent donner dans leur vie une réponse aux aspirations les plus profondes des hommes et des femmes de leur temps, qui étaient devenues leurs propres aspirations.Il n’est pas rare que les religieux dans un rejet simpliste de la modernité, se laissent enchanter par un mouvement philosophique qui s’est auto-proclamé “postmodernité” et qui est immensément plus contraire à la foi chrétienne que n’a pu l’être la “modernité” sous n’importe laquelle de ses expressions.164 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION Comme l’ensemble des chrétiens, mais d’une façon particulière, les religieux sont appelés à évangéliser, donc à inculturer l’Évangile ou à transformer, de l’intérieur, la culture ambiante en y mettant le ferment de l’Évangile, et non pas en proclamant la mort ou la déchéance de leur propre culture.La contre-culture n’a jamais rien engendré.Une vie religieuse “contre-culture” serait anti-évangélique.11 y a évidemment en toute culture des semences de mort et des éléments en voie de décomposition qui servent d’engrais aux semences de vie nouvelle qui ne manquent jamais de poindre.La tâche des religieux est de savoir jeter un regard contemplatif et plein de compassion sur cette culture et y discerner les signes de vie nouvelle à faire croître.Les prophètes de malheur qui ont déjà perçu les signes de mort sont suffisamment nombreux.Si le chapitre général se tient par exemple au moment où se vit quelque événement spécial dans un pays particulier ou encore dans une Église locale où l’institut est présent, un message de l’institut à cette Église ou à cette société, à partir de son expérience évangélique particulière, pourrait être non seulement un geste légitime mais, en certains cas, la réponse à une obligation morale.Sans tomber toutefois dans l’inflation verbale dont semble souffrir l’Église de nos jours.Il ne faudrait surtout pas que les chapitres se sentent obligés de publier de longs documents où seraient analysés tous les aspects d’un problème, et où le souci de la nuance empêcherait toute parole percutante et désinstallante.Un bref appel de quelques lignes à tel type d’engagement dans telle situation concrète, ou la dénonciation non équivoque, en style lapidaire, de tel abus de pouvoir ou de tel manque aux droits humains élémentaires, a certainement plus de poids et d’effet.IV - Une parole donnée et reçue en dialogue Un chapitre général ne peut pas être simplement l'affaire d’un groupe de personnes élues pour cette tâche.C’est l’affaire de tous les membres de l’institut.Les capitulants sont des “délégués” qui Mai-juin 1999 165 DOM ARMAND VEILLEUX, O.C.S.O exercent leur fonction au nom de tous les membres de l'institut.Un chapitre est un acte collégial et communautaire.Collégial dans son fonctionnement, ce qui veut dire que les décisions prises au chapitre le sont par le collège des participants légalement désignés.Communautaire, parce qu'il est l’expression de la vie de toute la communauté de communautés qu’est l'institut.Un institut commence à se désintégrer au moment où ceux qui sont plus attentifs aux besoins de l’Église et de la mission et plus en syntonie avec le charisme du fondateur se voient acculés à développer des projets personnels, bienveillamment bénis par les supérieurs, sans pouvoir les insérer dans un projet communautaire.Le chapitre général a donc la responsabilité de s'informer de ces projets individuels, d’évaluer objectivement leur valeur et leur authenticité, et de les assumer s’il y a lieu au nom de tout 1 institut.C est souvent là la voie du renouveau.Le chapitre, étant un moment d’écoute, doit être un moment de dialogue; car c’est à travers la parole des autres que nous est transmise la parole de Dieu.Le dialogue est dès lors un exercice de docilité à Dieu.Pour répondre à Dieu il faut d’abord écouter les hommes.Pour entendre la voix de Dieu, il faut dialoguer avec ses frères.Ce dialogue peut prendre mille et une façons, depuis le partage d'É-vangile, jusqu'à la réponse à un questionnaire ou à une enquête, en passant par les réunions d’études, le travail en commissions, la formulation de votes, les mises en commun, etc.Cette attitude d'écoute est essentielle durant le chapitre même; elle l'est tout autant durant la phase préparatoire.Un chapitre général ne peut être réussi que dans la mesure où il est bien préparé.Et il ne s’agit pas simplement d'une bonne préparation technique — qui a certainement son importance — mais d’une préparation éloignée des esprits et des coeurs, dont tous les membres de l’institut doivent se sentir responsables.En réalité la période de préparation d'un chapitre commence le jour où se termine le 166 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION chapitre précédent.À partir de ce moment en effet, commence un travail de conversion, d’engagement et de mise en pratique des orientations du chapitre.Et c’est cet effort qui permettra à l’institut, lors du chapitre suivant, de faire une nouvelle lecture de sa tradition et de son contexte culturel et ecclésial avec des yeux et des coeurs renouvelés afin d'en dégager une nouvelle signification et d’y percevoir de nouveaux appels.S’il s’agit d’un chapitre d’élection, on se laissera guider par l’Esprit pour élire non pas la personne qui plaît le mieux ou qui sera le meilleur administrateur, mais celle qui semble capable de diriger l’institut dans la poursuite de sa mission et dans la lecture continuelle de la volonté de Dieu.De telles élections sont en général accompagnées de messes solennelles du Saint-Esprit et d’invocations pour recevoir ses lumières.Il n’y a rien de plus louable.On renonce peut-être trop facilement cependant à sa responsabilité de discernement en pensant que celui qui sera élu sera le candidat de l’Esprit Saint.En réalité l’Esprit Saint offre toujours toutes les lumières nécessaires; l’unique problème est de savoir si nous les utilisons.Demander les lumières de l’Esprit Saint avant une élection, c’est en réalité demander la pureté du coeur — que Dieu seul peut donner — afin que nous puissions nous ouvrir aux lumières qu’il nous offre en permanence pour notre discernement.Dieu n’a pas de candidat.Il laisse aux capitulants la pleine responsabilité de leur choix; et il se lie Lui-même à ce choix .Ce choix sera heureux ou malheureux pour l’institut dans la mesure où les capitulants auront fait un bon discernement en utilisant tous les moyens humains, à travers lesquels travaille l’Esprit Saint.Et quelle que soit l’aptitude — ou le manque d’aptitude — de l’élu, Dieu lui offrira toujours sa grâce, qu'il pourra lui aussi utiliser ou non selon son propre degré de pureté de coeur.Mai-juin 1999 167 DOM ARMAND VE1LLEUX, O.C.S.O Du point de vue de l’atmosphère des séances, un chapitre doit sans doute avoir un rythme “humain”, avec un horaire qui permette à chacun d’avoir non seulement le temps nécessaire de sommeil, mais aussi des moments de prière commune et personnelle et des espaces de réflexion et de fraternité.Il serait faux cependant de vouloir transformer un chapitre général en retraite spirituelle.L’écoute de la Parole de Dieu propre à un chapitre se réalise avant tout à travers l’effort sérieux, responsable et exigeant d'une analyse de la tradition et du contexte contemporain qui ne néglige aucun des instruments offerts par la science et les techniques modernes, et qui ne néglige surtout pas les longues heures d’écoute mutuelle qui peuvent devenir une authentique ascèse surtout si cette écoute doit se faire à travers un système de traductions simultanées et le constant effort de décodification culturelle que chacun doit faire pour bien saisir le message de l’autre.Il est tout à fait normal que se manifestent parfois, au cours d’un chapitre, des tensions entre diverses tendances.Les capitulants venus d’Asie n’auront pas nécessairement les mêmes perspectives que ceux venus d'Europe; les Africains pourront trouver artificiels les «problèmes de la vie religieuse» perçus par les Américains.Un capitulant servant comme chancelier dans l’église cathédrale, par exemple, n’aura peut-être pas la même lecture des situations locales et des besoins que son confrère qui partage la vie des pauvres dans un bidonville de la même ville.Mais cette diversité et cette complémentarité des lectures est précisément la richesse d’une telle assemblée.Comme dans toute situation similaire, le défi n’est pas de faire disparaître les tensions, mais de les vivre dans la charité d'une façon qui engendre la lumière et l’énergie.Un chapitre sera sans effet s'il n'est pas reçu par l’institut.Il pourra être reçu, en général, dans la mesure où tous auront pu participer à sa préparation d'une façon active, auront pu contribuer à l’élaboration d’une prise de conscience commune renouvelée de la vocation propre de l'institut.Les normes que pourra publier le chapitre 168 La Vie des communautés religieuses CHAPITRE GÉNÉRAL ET RE-FONDATION général ne seront mises en pratique et ne porteront leurs fruits que dans la mesure où elles correspondront à des aspirations existant déjà dans la base, où elles permettront la réalisation d’une mission déjà perçue, ou bien mettront en route un processus de conversion répondant à un examen de conscience collectif.D'un tel chapitre général, un institut ne peut sortir que ré-évangé-lisé, inculturé et donc re-fondé, parce qu’établi d’une façon nouvelle sur ses propres fondements, et donc sur la pierre angulaire qu’est le Christ.Armand Veilleux, o.c.s.o.Abbaye Notre-Dame de Scourmont B-6464 Forges, Belgique Notes 1 II est intéressant de trouver cette notion déjà chez s.Benoît (RB, cap.64) qui prévoit, dans sa Règle, que si une communauté tout entière élisait un abbé indigne, l’évêque local, les abbés et les Chrétiens du lieu devraient voir à donner quelqu’un de digne comme abbé à cette communauté.2 Ceci est repris dans le Droit Canon (c.631): «Il [ le chapitre général] a surtout pour mission de protéger le patrimoine de l’institut., et de promouvoir sa rénovation et son adaptation selon ce patrimoine.» Mai-juin 1999 169 LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES: APPELÉES À ÊTRE PROPHÈTES?Soeur Mary Anne Foley, c.n.d.Depuis le concile Vatican II, on s’est beaucoup questionné sur le rôle et même la raison d’être des communautés religieuses.Une réponse qu’on entend souvent est qu'elles sont appelées à devenir prophètes.Mais faut se demander ce que c’est que d’être prophète et comment ces communautés peuvent l’être.Il faut dire au départ que l’analyse qui suit est basée surtout sur ma propre expérience d’appartenance à une communauté religieuse: l'expérience d’une femme, vécue pour la plus grande partie aux États-Unis.Peut-être pourra-t-elle rejoindre celle d’autres personnes engagées dans ce qu’on appelle la vie religieuse.On n’a pas toujours mis un tel accent sur la qualité prophétique du témoignage des communautés religieuses dans l’Église.Dans les lineamenta préparés en 1992 pour le synode de la vie consacrée, par exemple, on n’en avait pas fait mention.Mais, après les réactions des communautés jaillies de partout, et en particulier à cause de plusieurs interventions à ce sujet pendant le synode, le document Vita Conse-crata publié en 1996 présente en détail comment la vie des personnes qui s’engagent dans la vie consacrée peut et doit être prophétique pour l'Église.Même cinq ans avant le synode, les animateurs et animatrices des communautés religieuses aux États-Unis concluaient que cette forme du témoignage est parmi les éléments essentiels pour la vie religieuse de l'avenir.170 La Vie des communautés religieuses LES COMMUNAUTÉS: APPELÉES À ÊTRE PROPHÈTES?Dire que la vie religieuse doit être prophétique a donc l’air d’une chose entendue, et bon nombre de communautés religieuses, dans leurs documents capitulaires, ont manifesté leur décision d’être prophètes et ont essayé d’établir des critères pour juger jusqu’à quel point elles ont atteint ce but.Un tel projet aurait été incompréhensible aux prophètes de l’Ancien Testament.Pour eux, être prophète n’était jamais quelque chose qu’on choisit.Au contraire, on voit Jonas essayant d’y échapper à tout prix.L’initiative venait toujours de Dieu.Et comment se préparer à devenir prophète?Demandez-le à Amos qui était berger et cultivait les sycomores.Même après avoir prêché au nom de Dieu, il semble ne pas avoir compris tout de suite le sens profond de ses visions (voir Amos 7-8).Et quant à l’évaluation des gestes prophétiques, on n'a qu’à voir Jérémie dans sa citerne ou bien Jésus en croix.Comment des gens qui connaissent très bien cette histoire des prophètes bibliques en sont-ils venus à imaginer qu’on peut choisir d’être prophète, que des communautés doivent faire ce choix et planifier les moyens pour l’exprimer?La théologienne Sandra Schneiders offre deux perspectives qui peuvent nous aider à comprendre ce phénomène.(Voir Sandra M.Schneiders, «Contemporary Religious Life: Death or Transformation?» Cross Currents, Winter 1996-1997, p.510-535.) Dans les années soixante, les communautés religieuses ont pris bien au sérieux la demande du concile Vatican II de retourner aux premières sources de leur inspiration.En étudiant l’histoire de leur fondation, elles ont découvert comment les détails de leurs vies et leurs engagements avaient changé depuis leurs origines et elles se sont mises à régler les choses, se détachant de toutes sortes de pratiques accumulées au fil des années.Bien que cela fût pénible, on sentait que l’Esprit Saint était au travail dans ce processus.C’était un temps bien vivant, plein d’enthousiasme, presque enivrant.Mai-juin 1999 171 SOEUR MARY ANNE FOLEY En même temps, selon l’analyse de Schneiders, et probablement en partie à cause de ce mouvement de retrouvailles, les personnes qui composaient ces communautés ont changé leur manière de penser; elles sont passées d'une mentalité presque médiévale à celle du monde moderne, selon laquelle on se voit chargé d’une responsabilité pour l’avenir du monde et capable de le changer pour le mieux.Je pense que Schneiders a raison: on peut expliquer ainsi, non seulement les changements internes des communautés, mais aussi les engagements de beaucoup de religieux et religieuses «dans le monde».On peut donc comprendre pourquoi, pressées de justifier leur existence dans l'Église autant que dans le monde, les communautés religieuses se sont servies des outils de cette mentalité moderne pour poursuivre ce qu’elles commençaient à percevoir comme leur vocation: devenir prophètes.Mais ce monde moderne dans lequel elles entraient, il était lui aussi en train de changer.Pendant les dernières décennies du vingtième siècle, il y a eu un grand mouvement d'opposition au positivisme de la mentalité moderne, une reconnaissance des périls de la technologie, une déception à l’égard des programmes sociaux utopiques, en un mot, l’avènement de la post-modernité.Schneiders fait remarquer l’ironie de la situation: les communautés religieuses venaient d’arriver dans ce monde de la pensée moderne pendant que la plupart des gens se préparaient à le quitter! Pour donner seulement un exemple, plusieurs personnes, dans les communautés religieuses, ont senti que vivre toujours en grand groupe ne leur permettait pas d’être avec les gens ni de les faire entrer chez elles.Elles ont commencé, donc, à vivre dans des groupes plus restreints, même seules ou avec une autre personne.Et voilà qu'aujourd'hui, viennent des personnes qui désirent une vie consacrée et qui veulent avant tout vivre ensemble en communauté.Mais il faut faire attention: ce qu’elles veulent ne semble pas être la vie communautaire d’avant Vatican II, retirée du monde dans de grandes 172 La Vie des communautés religieuses LES COMMUNAUTÉS: APPELÉES À ÊTRE PROPHÈTES?institutions, mais une forme de vivre ensemble qui n’est peut-être pas encore mise au jour.Sandra Schneiders a suggéré qu’on peut creuser plus profondément le sens de ce qui s’est passé dans les communautés religieuses depuis le Concile en se servant de la pensée de saint Jean de la Croix.Jean explique que, dans la vie spirituelle, il faut passer par une nuit obscure de l’âme, pendant laquelle on se dépouille de bien des choses, même des objets religieux, s’ils empêchent d’approcher Dieu.Il poursuit en disant que, quand on avance plus loin dans la vie spirituelle, on expérimente une deuxième nuit obscure: une nuit passive, durant laquelle on est de plus en plus dénudé, mais sans choisir les moyens du dénuement.C’est à peu près comme la situation de Pierre à qui Jésus a dit qu’on le mènerait là où il ne voudrait pas aller (Jn 21).Selon Schneiders, les premières années de changements après le Concile étaient une forme de nuit active pour les communautés religieuses; elle se demande si ce qu’on expérimente aujourd’hui ne pourrait pas être le moment de purification passive dont parle Jean de la Croix.Pour bien des communautés de l’Amérique du Nord, c’est un moment caractérisé par: • le manque de «vocations», c’est-à-dire de personnes entrant dans les communautés déjà établies.Mais il faut noter qu’en même temps, plusieurs personnes entrent dans des communautés nouvelles qui se forment aujourd’hui.• le manque d’unité du langage.Je ne parle pas ici de groupes linguistiques, mais de manières de penser.Dans un même institut, il n’est pas rare de trouver plusieurs théologies, plusieurs spiritualités parmi les membres.Il devient de plus en plus difficile de se parler ensemble de ce qui nous tient le plus à coeur.• le manque d’une place reconnue et établie dans l’Eglise.Au moment où l’on voyait la sainteté réservée presque exclusive- Mai-juin 1999 173 SOEUR MARY ANNE FOLEY ment aux membres des communautés religieuses et où on leur confiait la responsabilité des grandes oeuvres de l’Église, l’éducation et le soin des malades, comment aurait-on pu douter de leur importance?Mais maintenant, tout est changé.• le manque même d’un avenir comme groupe, pour bon nombre de communautés.En somme, tout ce qu’on n’aurait jamais voulu.Comment interpréter ce qui s’est passé?Il n’est pas rare d’entendre que tout cela indique qu’on s’est égaré dans la réforme des communautés religieuses, que c’est un manque de fidélité à l’Église ou même à Dieu qui a produit la situation actuelle.Sans doute, il y a eu des erreurs, des manques de jugement, même des infidélités.Mais, si Sandra Schneiders a raison, l’expérience actuelle de diminution, d’échec peut signifier que Dieu est encore à l’oeuvre.Dans cette expérience peut se trouver un appel à une conversion plus profonde, et en cela, un appel à rendre un témoignage purifié.Dire qu’on ne peut pas s’instituer soi-même prophète ne veut pas dire que la prophétie n’est plus possible ou souhaitable aujourd’hui.Je crois que l’Église et le monde, au seuil de l’an 2000, ont vraiment besoin de prophètes.D’après le concile Vatican II, toute l’Église est appelée à être prophète et les différents membres du corps de l’Église doivent se donner mutuellement un témoignage du Dieu qui leur parle.Les communautés religieuses peuvent bien exercer cette fonction, donc, et cela non pas malgré leur expérience d’échec, mais à cause d'elle.Car ce dont on a besoin avant tout est une prophétie chargée d'humilité.Les souffrances du monde sont un véritable appel à tous les chrétiens, voire à tous les humains; et des personnes qui ont consacré leur vie au service de Dieu et de son peuple doivent y répondre, dans des gestes souvent humbles mais combien prophétiques! On peut penser 174 La Vie des communautés religieuses LES COMMUNAUTÉS: APPELÉES A ÊTRE PROPHÈTES?à la soeur Helen Préjean, des Soeurs de Saint Joseph de Louisiane, qui travaille dans les prisons, accompagnant des personnes condamnées à mort.Ses réflexions, dans Dead Man Walking, montrent clairement comment elle a été menée vers ce travail malgré ses intentions et ses propres inclinations.Quoique soutenu par des soeurs de sa congrégation et par d’autres groupes, le témoignage de soeur Helen Préjean est plutôt celui d’une personne seule.Mais, quelquefois, c’est le geste prophétique du groupe lui-même qui est en cause.Je me rappelle une congrégation de soeurs, qui, après un long discernement, a décidé à l’unanimité de se joindre à une autre congrégation.(Voir Mary Ann Flannery, «Stirring into Flame: A Religious Community Decides Its Future», America, May 2, 1998, p.16-20) Pour une des participantes, il semble que la décision était claire: «Tout ce que nous avons fait de nos vies était pour Dieu.Maintenant, il faut avoir confiance qu’il mènera [ce que nous faisons] à bonne fin.» Une autre soeur s’était opposée à cette proposition tout au long du processus, mais à la fin elle a pu dire: «Dans le passé, nous avons tendu la main à d’autres communautés; maintenant, c’est l’heure pour nous d’être tenues par la main d’une autre.» Comment leur décision peut-elle être prophétique à l’heure actuelle?Il y a quelques années, le cardinal Bernardin, de Chicago, a lancé le projet Common Ground, peu de temps avant sa mort.Il s’agit d’un effort pour permettre à des catholiques de divers points de vue de s’exprimer sur des sujets contestés, pour arriver à un «terrain d’entente» où tout le monde peut mieux se comprendre et recommencer ensemble à discerner la volonté de Dieu.Dans une Eglise qui cherche ainsi un «terrain d’entente», dans un monde où la survie dépend de la solidarité, je crois qu’un tel témoignage de fidélité au milieu du processus de diminution peut être humblement prophétique.Mary Anne Foley, c.n.d.University of Scranton Scranton, Pennsylvania, U.S.A.Mai-juin 1999 175 NOS PEURS DE MOURIR P.Louis Roy, o.p.i ^ Jusqu’à quel point les religieuses et les religieux, ainsi que les baptisés en général, vivent-ils dans la peur de mourir?Jusqu’à quel point appartiennent-ils à la culture occidentale, qui refuse la mort?Une perspective occidentale à dépasser Dans son fameux ouvrage Léviathan, publié en 1651, le philosophe anglais Thomas Hobbes présente la mort comme l’ennemie par excellence de l’être humain, parce qu’elle met un terme à sa poursuite des plaisirs et des satisfactions.Il estime qu’il faut tout faire pour retarder la mort.Le principal moyen à prendre, c’est d’acquérir le plus de pouvoir possible, afin de se protéger et de se défendre.Le fait que tout le monde désire la quantité finie des mêmes biens engendre ce qu’il appelle la guerre de tous contre tous.Dans ce contexte belliqueux, il faut être capable de blesser et, si nécessaire, de tuer avant d’être blessé ou tué.Plutôt que de se battre physiquement, il vaut mieux cependant avoir recours à la loi et à la police, qui peuvent modérer l’agressivité humaine, d’où l’origine de l’autorité gouvernementale.A l’antipode de cette philosophie pessimiste de Hobbes, le christianisme n’approuve pas cette fuite de la mort.Les penseurs chré- 176 La Vie des communautés religieuses NOS PEURS DE MOURIR tiens, à commencer par saint Paul, vont au fond du problème de la mort.Ils s’inspirent évidemment de Jésus, qui regarda la mort en face et lui donna un sens tout à fait nouveau, grâce à sa manière de vivre, de souffrir et de ressusciter.Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons (2 Tm, 2, 11).L’esclavage d’une certaine peur L’auteur de l’Épître aux Hébreux nous offre une remarque prégnante: Puis donc que les enfants [de Dieu] avaient en commun le sang et la chair, lui aussi [Jésus] y participa pareillement afin de réduire à /’ impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et d’affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort (He 2, 14-15).En mourant, Jésus enlève à l’adversaire le pouvoir qu’il a d’entraîner les humains dans la mort.Il importe d’observer le lien entre l’acceptation par Jésus de sa mort et sa victoire sur la puissance diabolique de mettre à mort.Fidèle au plan du Père, Jésus, loin de fuir la mort, l’affronta lucidement et la voulut même, comme un mal se tournant en bien, en étant conscient des conséquences bénéfiques qu’elle aurait «pour une multitude» (Mt 26, 28).Cette mort de Jésus consista en une souffrance à la fois physique et psychologique.Elle fut l’instrument de sa victoire sur la mort spirituelle que l’humanité s’infligea à elle-même quand elle dit non à l’amour divin.L’extrait de l’Épître aux Hébreux que nous avons cité affirme que Jésus affranchit tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort.C’est dire que la peur de la mort fait de nous des esclaves, qu’elle nous interdit d’être libres.Au niveau spirituel nous sommes des esclaves, privés de liberté, parce que nous avons peur de mourir.Mai-juin 1999 177 P.LOUIS ROY, O.P.Le refus des morts quotidiennes De quelle mort s’agit-il?Certes de la mort physique, celle que Hobbes considérait comme notre ennemi numéro Un.Pourtant il faut entendre la mort dans bien des sens.Nous sommes sans liberté dans la mesure où nous refusons les multiples morts qui font partie de la condition humaine telle que nous la connaissons présentement.Nous nous empêchons de vivre à plein dans la mesure où nos énergies sont engagées dans des manoeuvres visant à éviter ces morts.Donnons des exemples de ces morts que nous avons du mal à accepter.La maladie, avec tout ce qu’elle nous fait perdre.Le deuil, qui nous sépare d’êtres chers sur lesquels nous comptions.La déception, qui nous frustre.L’échec, qui fait remonter des sentiments de culpabilité, d’infériorité ou de honte.La victoire de certains individus sur nous, soit en parole, soit en compétition.La reconnaissance que les autres obtiennent de leurs réalisations, en contraste avec le fait que notre contribution n’est pas valorisée.L’atmosphère de dépression due à une piètre image de soi-même.Cette liste des morts à éviter ne se veut pas exhaustive.Ce qui s’avère difficile, c’est d’avoir l’honnêteté d’identifier celles de ces morts qui nous effraient le plus.Comme ce processus de conscientisation est pénible, nous en méconnaissons l'opportunité et la chance.Le rejet de la mort sous ses diverses formes fait de nous des gens inquiets, crispés, défensifs, en quête fébrile de divertissement, soucieux de grand confort, ayant besoin de choses qui coûtent cher.Ainsi le refus de nos morts — petites morts et morts plus significatives — nous empêche de vivre.Car il n’y a pas de vie pleine si nous n’acceptons pas du fond du coeur ces nombreuses morts.Il s’agit de les accepter, en effet, non pas de nous résigner passivement.178 La Vie des communautés religieuses NOS PEURS DE MOURIR Pouvons-nous surmonter ces morts?Toute personne réaliste hésitera avant d’admettre la possibilité de tirer parti des morts que nous avons brièvement décrites.N’est-ce pas illusion que de penser pouvoir les affronter?N’est-ce pas courir après le malheur?Pourquoi pas, au contraire, chercher tout simplement à leur échapper?Et pourtant, depuis des siècles, beaucoup de chrétiens ont fait l'expérience de ces morts sans s’en détourner et sans se décourager, et ils y ont trouvé une grande paix.Loin d’avoir été doloriste, leur expérience a consisté en une illumination, marquée par la foi en une victoire.O mort, où est-elle ta victoire (I Co 15,54-55)?Dans cette expérience de nos morts, nous ne sommes pas seuls.Jésus est là qui nous délivre de cette peur de mourir dont parle l’Épître aux Hébreux.Comment nous en délivre-t-il?En nous donnant de passer d’une attitude défensive et négative à une attitude créative et positive.En faisant diminuer notre égocentrisme pour laisser émerger une générosité face aux autres.Parce qu’il accepta pleinement la mort, non seulement durant sa passion mais également pendant toute sa vie, Jésus nous permet de consentir aux nombreuses morts qui font partie d’une existence évangélique.Il nous invite à expérimenter, dans ces morts, la force de la vie : Le connaître, lui [le Christ], avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts (Ph 3, 10-11).Le courage des recommencements Bien sûr, une telle libération ne se réalise pas du jour au lendemain.Seule la méditation (activée par la prière et le counselling) rend possible une suite de détachements partiels concernant nos réflexes possessifs et une succession de consentements progressifs devant Mai-juin 1999 179 P LOUIS ROY, O.P nos pertes.Aux croyants qui persistent dans cette attention méditative, l’Esprit donne généralement des insights soudains qui leur font entrevoir l’abondante vie que recèlent les morts quotidiennes.Alors la vanité de notre lutte contre ces morts devient évidente et nous devenons capables de relativiser nos attachements, de lâcher prise et de nous laisser traverser par ces forces de mort qui conduisent à la résurrection.Dans cette coopération avec l’Esprit Saint, l’essentiel n’est pas d’aboutir à la liberté parfaite, mais c’est d’avoir assez d’espérance pour se mettre — ou se remettre — en route.Souvent la décision de s’ouvrir à la grâce demande plus d’effort que les étapes postérieures, où l’on a atteint un certain élan qui tend à se maintenir.Rappelons-nous que nous serons jugés sur l’amour, pas sur nos performances spirituelles.Cet amour de la part du petit, du pauvre qui se sait très imparfait, cause plus de joie, tant à Dieu qu’à ce petit lui-même, que la fidélité un peu routinière des personnes naturellement harmonieuses.C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir (Le 15, 7).Bref, si nous apprenons à vivre nos morts quotidiennes, nous n’aurons rien à craindre quand viendra le temps de quitter ce monde.Car nous aurons intériorisé les paroles de l’humble prière : «Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.Amen.» R Louis Roy, o.p.2715, Chemin de la Côte Sainte-Catherine Montréal, Qué., Canada H3T 1B6 180 La Vie des communautés religieuses CHAMPAGNAT, UN COEUR SANS FRONTIÈRES F.Laurent Potvin, m.s.Le Pape Jean-Paul II, le 18 avril dernier, canonisait un prêtre français, Marcellin Champagnat, fondateur des Frères Maristes.Marcellin est né à Marlhes, petit village de France à une quarantaine de kilomètres au sud de Lyon, le 20 mai 1789, au tout début de la Révolution française.Il mourra à 51 ans, en 1840, à Saint-Chamond, France.Ce fils de paysan, réaliste et tenace, note le P.Jean Coste, a joué son existence entière sur une seule oeuvre, voulue par la Vierge, qu il ne se sentait pas le droit d’abandonner.Cette fidélité sans phrases, inscrite dans une série d’initiatives et de renoncements courageux, Va contraint pour ainsi dire à ne miser que sur Dieu, et en elle réside une part importante de sa sainteté.La vocation de Marcellin Champagnat À 14 ans, il pense devenir agriculteur et commerçant, tout comme son père.Mais il est alors à peu près analphabète, car sa première expérience de l’école a été malheureuse.C’est dans ce contexte que l’appel de Dieu se fit entendre.Un prêtre, de passage chez lui, lui dit très simplement, après un assez court entretien : Marcellin, il faut te faire prêtre; Dieu le veut! Suit une décision que Marcellin Mai-juin J 999 181 F.LAURENT POTVIN, M.S.ne remettra jamais en cause.Il se remet sérieusement à étudier en vue d’entrer un jour au Grand Séminaire.A 17 ans, il a déjà fait des progrès.Cependant, il n’est encore qu’au niveau de la sixième année.Il lui faudra onze ans d’études.Au Grand Séminaire, il côtoie Jean-Marie Vianney, le futur curé d’Ars, Jean-Claude Colin, futur fondateur de la Société de Marie avec lui.Il fut le confrère de saint Pierre-Julien Eymard, mariste comme lui pendant plusieurs années.Ordonné prêtre le 22 juillet 1816, il rejoint le petit village de La Valla, à 40 kilomètres de Lyon, où il est nommé vicaire.A peine cinq mois après son arrivée, le 2 janvier 1817, il a trouvé deux jeunes paysans qui veulent bien former la première communauté mariste.Les Frères! Il y pensait déjà au séminaire et en parlait souvent avec ses amis qui, eux , voyaient d'abord et avant tout la fondation d’une société de prêtres.Il nous faut des Frères, leur disait-il très souvent, pour faire le catéchisme, pour aider les missionnaires, pour faire de T école un terrain d'évangile.Un événement va le bouleverser profondément et l’engager à une action plus rapide.Un adolescent de 17 ans est mourant.Plein de zèle, Marcellin va le voir pour le préparer à la rencontre de Dieu.Mais, à sa grande stupéfaction, il constate que ce malade ignore pratiquement tout de la religion.Pendant plus d’une heure, il lui parle de Jésus et de Marie.Le jeune homme va mourir peu après, mais Marcellin n’oubliera jamais le signe que Dieu lui a fait ce jour-là.Combien d’autres jeunes sont tous les jours dans la même situation parce qu’ils n’ont personne pour les instruire des vérités de la foi?Il prit alors une conscience aiguë de ce problème: l’ignorance religieuse.La suite, selon ses propres paroles, sera l’oeuvre de Marie.C’est Marie qui a tout fait chez nous, aime-t-il à répéter.Ses religieux vont devenir nombreux et rayonner de par le vaste monde.Actuellement, en 1999, plus de 5000 Frères oeuvrent au service de l’Église dans quelque 75 pays.182 La Vie des communautés religieuses CHAMPAGNAT, UN COEUR SANS FRONTIÈRES Son rôle dans la société de Marie Marcellin Champagnat, avec Jean-Claude Colin, joua un rôle très important dans la fondation de la Société de Marie, si bien qu’il mérite le titre de co-fondateur.Dès le grand séminaire, un groupe de séminaristes conçut le projet d'une société de Jésus dont le rôle dans l’Église est bien connu.Il convient de préciser ici les buts poursuivis par la Société de Marie tels qu’ils étaient précisés dans les Constitutions et comme ils ont été exposés à Rome dans une lettre datée du 25 janvier 1822.Les voici dans un vocabulaire qui reflète le style de ce temps-là: 1.Faire toutes choses pour une gloire plus grande de Dieu, l’honneur de Marie, Mère de Dieu, et le soutien de la Sainte Église Romaine; 2.Vaquer au salut de nos propres âmes et à celui du prochain, par des missions aussi bien chez les chrétiens que chez les infidèles, selon la volonté papale; 3.Catéchiser les gens grossiers et ignorants; 4.Former de toute manière l’enfance aux connaissances et aux vertus; 5.Visiter les prisonniers et les malades hospitalisés.Le projet initial soumis à Rome pour approbation mentionnait la création d’une Société formée de quatre branches sous un seul Supérieur général : Pères, Frères, Soeurs, Tiers-Ordre.Ce projet très ambitieux pour l’époque fut écarté par Rome.Le premier groupe reconnu par Rome fut celui des Pères Maristes.Et, avec les années, les Frères Maristes, les Soeurs Maristes et le Tiers-Ordre Mariste furent reconnus.Actuellement six regroupements existent Mai-juin 1999 183 F.LAURENT POTVIN, M.S.puisque les Soeurs Maristes et les Soeurs Missionnaires Maristes forment deux entités distinctes et autonomes.Le «Mouvement Champagnat de la Famille Mariste» est le dernier-né de ce qu’on nomme volontiers La Famille Mariste.Ce mouvement manifeste un grand dynamisme dans son développement et son rayonnement.Puisse-t-il connaître un bel avenir! La canonisation Pourquoi déclarer saint un tel prêtre?Dieu seul est saint, et la sainteté de l’homme n’est que le faible reflet de la sainteté de Dieu.Nul n’est saint dès sa naissance.La sainteté n’est pas non plus le fruit des efforts de la personne.Alors, que se passe-t-il?Tous les saints ont eu conscience de leur petitesse, de leur état de pécheurs devant la sainteté de Dieu.Cette attitude d’humilité dispose le chrétien à s’accepter tel qu'il est et à marcher à la suite de Jésus.Suivre Jésus, c’est exigeant, nous le savons fort bien, mais tel est le chemin de la sainteté, un chemin proposé à tout baptisé.Les saints, dit Henri Bergson, «ils n’ont qu’à exister: leur existence est un appel».Quand l’Église canonise certaines personnes, c’est précisément pour nous faire mieux percevoir cet appel, pour nous les donner en modèles et nous inviter à suivre Jésus comme elles, dans la ligne de l’Évangile.Déclarer saint un homme comme Marcellin Champagnat, c’est indiquer une voie à suivre.C’est aussi mettre le doigt sur un grand besoin du moment : la situation actuelle des jeunes.Les jeunes ont un profond besoin d’aînés qui les écoutent, qui les comprennent.Ils ont besoin d’éducateurs qui sachent poser des repères clairs, sans craindre de s’opposer.Ils ont besoin d’hommes et de femmes qui acceptent de perdre du temps avec eux, de travailler pour que les jeunes soient aimés, respectés et appréciés tels qu’ils sont en vérité et non selon les modes du moment.184 La Vie des communautés religieuses CHAMPAGNAT, UN COEUR SANS FRONTIÈRES Quelques aspects de sa sainteté Marcellin Champagnat était un homme très pratique, très concret.A chaque fondation d’école, il exigeait une cour de récréation pour les enfants, et un jardin pour la communauté comme moyen de subsistance et de loisirs bon marché.Réaliste, il sait que les petits paysans désertent l’école dès avril-mai pour aller travailler aux champs.L’école aura donc une durée de six mois.Les autres mois, les Frères, en petites communautés de deux ou trois, se livreront au travail manuel tout en assurant le catéchisme aux enfants et aux adultes dans les villages et les paroisses.Ses Frères pourront présider des assemblées sans prêtre, dans les hameaux reculés: c’est là une forme de laïcat très engagé, en dehors du ministère ordonné.Il veut que ces petites communautés de Frères exercent un service d’Eglise auprès des populations locales par leur enseignement, par leur participation à la vie paroissiale et par leur seule présence dans le milieu.Il veut que ces enseignants se nomment entre eux «Frères», qu’ils vivent en communauté et dans un esprit de famille, qu’ils aient l’amour du travail manuel ou autre, qu’ils donnent un enseignement gratuit aux élèves car les mairies ou les fondateurs des écoles doivent, par entente contractuelle, assurer un salaire aux Frères.Il souhaite que les Frères cultivent ce qu’on nomme les trois violettes : T humilité, la simplicité et la modestie.En peu de mots — et il le souligne dans son Testament spirituel — qu’on puisse dire des Petits Frères de Marie, comme des premiers chrétiens: Voyez comme ils s’aiment! Marcellin, c’est aussi l’ami des petits et des pauvres.Tel prédélinquant sera accueilli et deviendra même Frère grâce à la patience de Marcellin et de ses Frères.Les anecdotes ne manquent pas où on le voit tenir tête à ses Frères trop pressés de se débarrasser d’un jeune pénible, turbulent.Il prend la défense du mauvais sujet, en éducateur accueillant et exigeant.Son principe éducatif est très simple : Mai-juin 1999 185 F.LAURENT POTVIN, M.S.Pour bien éduquer les enfants, il faut les aimer et vivre longtemps avec eux.Son projet d’évangélisation se résume en une courte phrase : Faire connaître et aimer Jésus Christ.Pour lui, l’annonce et la pratique de la foi étaient inséparables.Il estimait que le message essentiel à communiquer à ceux et celles qu’il rencontrait était le suivant: Dieu F aime.Il a envoyé son Fils pour te sauver.Dans tout ce qu’il fait, humilité et simplicité sont les bases solides sur lesquelles il s’appuie.Il faut des Frères pour éduquer les enfants à devenir de bons chrétiens et de bons citoyens.Il ne voulut jamais dévier de ce double objectif qu’il développait souvent devant ses Frères, devant ceux qui lui demandaient d’ouvrir une école dans leur village, auprès de ses correspondants quand il s’agissait d’obtenir que son Institut soit reconnu par l’État.Il n’acceptait de fonder des écoles que dans les petits villages afin de se mettre au service des gens les plus démunis car les villes ne manquaient pas de maîtres alors que les campagnes étaient abandonnées par eux.Marcellin était un homme d’Église bien que vivant dans une période où l’autorité de Rome était parfois défiée même par ceux qui auraient dû la soutenir.Si bien que l’on a pu dire que Marcellin avait une dévotion envers le Pape.Dès la reconnaissance par le Saint-Siège de la Société de Marie, il désigna, en 1836, trois de ses Frères pour faire partie du premier contingent missionnaire vers l’Océanie, partie du monde dont l’évangélisation venait d’être confiée à cette Société naissante.Conscient des besoins immenses en éducateurs, il a mis sur pied un Institut de religieux-éducateurs travaillant dans un esprit de fraternité, c’est-à-dire un Institut dont les membres pourraient concilier la vie religieuse et la vie d’éducateurs en se mettant ainsi totalement au service de l’Église.Cet homme d’Église disait souvent: Tous les diocèses du monde entrent dans nos vues.C’est toujours à la demande des évêques et des curés qu’il fondait des écoles.C’est aussi à la demande d’un évêque, le Bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, que les premiers Frères Maristes vinrent au Canada, en 1885, pour 186 La Vie des communautés religieuses CHAMPAGNAT, UN COEUR SANS FRONTIÈRES prendre en charge l’école Saint-Athanase d’Iberville.En 1901, c’est à la demande de Mgr Michel-Thomas Labrecque, que les Frères Maristes fondèrent l’Académie commerciale de Chicoutimi.Une longue tradition de coopération étroite avec le clergé s’est toujours poursuivie dans l’Institut, comme elle avait été sagement établie, dès l’origine, par le Fondateur.Marcellin aurait bien aimé être désigné, avec le futur saint Pierre Chanel, comme missionnaire en Océanie, mais son Supérieur immédiat, le Père Colin, lui fit admettre que son rôle était, pour le moment, de demeurer avec les Frères.A sa mort, le 6 juin 1840, la Congrégation des Petits Frères de Marie comptait 280 membres et 48 établissements en France et en Polynésie; 49 Frères avaient précédé le Fondateur dans la Paix.Avec les années, et parfois sous la pression de certaines lois sectaires, les Frères essaimèrent ici et là par le vaste monde.Mais avant tout, Marcellin est un homme de prière.Jamais il ne prend une décision sans l’avoir longuement recommandée à Dieu.Il est très attentif à la présence de Dieu et invite les autres à faire de même.Il n’a pas plus de peine à se recueillir et à se tenir uni à Dieu dans les rues de Paris, quand il s’y trouve par affaire, que dans les campagnes où il travaille habituellement.Il dit parfois : On n’a rien à craindre quand on est avec Dieu.Vous ferez plus de bien par la prière que par tout autre moyen.Un Frère qui se contente d’instruire les enfants ne fait que la moitié de son devoir.Il doit, s’il veut remplir toute sa tâche, prier continuellement pour eux.Marie tient une grande place dans sa vie.Marcellin est co-fonda-teur de la Société de Marie.Comme Père Mariste, il fut chargé des Frères et leur donna le nom de Petits Frères de Marie.Il est le fondateur de la branche des Frères.Pour eux, Marie est la Bonne Mère, la Ressource ordinaire.Il leur donne sa propre devise : Tout à Jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus.Il ne s’agit pas d’une simple dévotion, mais il invite les Frères à bien s’imprégner des attitudes Mai-juin 1999 187 F.LAURENT POTVIN, M.S.de Marie à Nazareth, dans la simplicité de la vie cachée, Marie qui éduque Jésus puis se met à sa suite, sans toujours comprendre, mais une confiance totale.A Cana, elle est présente, attentive et active.A la Croix, elle est présence silencieuse dans la souffrance et la dignité.Elle est présence discrète et joyeuse à Pâques et à la Pentecôte.Un modèle pour notre temps Actuellement, PÉtat a pris, dans plusieurs pays, le relais de l’Église pour organiser les écoles et les faire fonctionner, mais il reste toujours des pans entiers de l’éducation qui sont presque déserts, faute de volontaires.La délinquance juvénile, les nouveaux immigrants marginalisés, le choc des cultures dans les grandes villes, les problèmes des drogues.tout cela appelle de nombreuses vocations d’éducateurs et d’éducatrices.Je ne puis voir un jeune sans lui faire savoir combien Dieu l'aime, disait Marcellin Champagnat.Combien de jeunes, de nos jours, n’auront pas la chance de s’entendre dire une telle parole d’espérance, faute de volontaires pour transmettre, dans leur vie quotidienne, un rayon d’espérance dans les écoles publiques ou privées, dans les milieux de loisirs, dans les bidonvilles des grandes capitales, dans les pays du tiers-monde, dans les contrées de missions.enfin, partout où Dieu est encore tellement ignoré et où trop de jeunes sont laissés pour compte.Marcellin était profondément persuadé que la jeunesse est l’avenir d’une nation tout comme elle est l’avenir de l’Église.La jeunesse est l'avenir de l'Eglise, c’est là, on s’en souvient très bien, une des fortes affirmations du concile Vatican II.L’école catholique — selon une conviction souvent clairement exprimée par les responsables nationaux de l’éducation dans de nombreux pays — se présente comme un moyen puissant et efficace de moralisation des milieux, car cette école poursuit toujours un double but selon la pensée souvent émise par Marcellin Champagnat auprès de tous ceux qu’il voulait intéresser à sa cause : la cause de l’éducation : Former de bons chrétiens et de vertueux citoyens.188 CHAMPAGNAT, UN COEUR SANS FRONTIÈRES Un charisme séduisant En proclamant saint cet homme si entreprenant et si tenace, l’Église nous propose que le charisme de Marcellin Champagnat puisse inspirer et stimuler non seulement les membres de la grande Famille Mariste, mais aussi les chrétiens en général, surtout les plus engagés, qu’ils soient laïcs ou religieux, au service du Royaume et soucieux de faire régner et progresser autour d’eux un climat tonifiant d’évangile.Mais quel est donc ce charisme séduisant?Travailler surtout auprès de la jeunesse, sous l’influence de Marie, Mère et modèle, à faire connaître et aimer Jésus Christ.Puisse cette solennelle canonisation susciter, dans le domaine de l’éducation, des vocations de religieux, de religieuses et de laïcs qui se consacrent au service de la jeunesse, avenir de l’Église! Ne l’oublions pas: la vie religieuse reste un don de Dieu, et aussi longtemps que l’Évangile sera valable, la vie religieuse le sera également.Que se lèvent dans l’Église, à l’aube de ce nouveau millénaire, de nombreux apôtres de la jeunesse, des apôtres au coeur sans frontières comme celui de Marcellin Champagnat.F.Faurent Potvin, f.m.s.3112, Chemin du Plateau Ville de Fa Baie, Qué., Canada G7B 3N8 189 125 années de présence en éducation chrétienne La Congrégation des Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire de Rimouski célèbre cette année son I25e anniversaire de fondation.Cette famille religieuse, vouée à l’instruction et à l’éducation des enfants, naît à Rimouski à la demande de Mgr Jean Langevin.Celui-ci, cependant, n’entrevoit qu'une “association d’institutrices laïques dirigées par des personnes capables de fournir, outre les procédés pratiques d’enseignement, les principes d’une éducation chrétienne.” Il fait donc appel à son ancienne élève de l’École normale Laval de Québec, Élisabeth Turgeon.Celle-ci quitte sa famille de Beaumont et arrive à Rimouski le 3 avril 1875.Croyant que seul un institut religieux peut réaliser efficacement le projet de l’évêque, Elisabeth, après bien des épreuves, obtient en 1879 la permission de prononcer des voeux de religion.Dès l’année suivante, les Soeurs des Petites-Ecoles partent accomplir leur mission apostolique dans les paroisses pauvres de l’immense diocèse.Le 17 août 1881, la Communauté naissante est profondément affectée par la mort hâtive de Mère Marie-Elisabeth.Comment perpétuer cette oeuvre si frêle laissée par la Fondatrice?Les Soeurs se tournent vers Dieu qui ne déçoit jamais leurs attentes.Le 4 octobre 1891, les Soeurs des Petites-Écoles prennent le nom canonique de Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire.Grâce à la ferveur et à la sagesse de femmes remarquables, la Congrégation s'affirme de l’intérieur et réalise sa mission jusqu’aux États-Unis (1899).L’approbation pontificale de l’Institut en 1936, tout en étant un facteur de stabilité, donne un élan aux engagements apostoliques.Pour les jeunes filles des campagnes, s’ouvrent trois Ecoles normales : Sainte-Rose du Dégelis ( 1940), Mont-Joli (1942), Ristiguouche ( 1961) pour les éducatrices des écoles anglophones et l’École ménagère régionale (1935), devenue l'Institut familial de Rimouski (1951).L’envoi des Soeurs à la Basse-Côte-Nord (1955), au Honduras (1964), au Pérou (1981), au Guatémala (1994), témoigne de l’expansion de la Congrégation.Les années de la Révolution tranquille au Québec font surgir maintes interrogations au sujet de l'apostolat de la Congrégation.Par la prière et la réflexion, les 190 Soeurs retrouvent espoir et définissent avec enthousiasme leur charisme-mission : “Appelées par Dieu à manifester l’amour de tendresse et de sollicitude de Jésus et de Marie, sa Mère, les Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, en fidélité à Élisabeth Turgeon, leur fondatrice, se vouent à l’éducation chrétienne en priorité chez les jeunes.” En 1985, la Congrégation élargit l’éventail de ses effectifs humains par le projet de l’Oeuvre des personnes associées, hommes et femmes, qui s’engagent à partager sa spiritualité et sa mission d’éducation chrétienne.Comme par le passé, la Congrégation va toujours de l’avant en réponse à la voix du Seigneur, audible chez les petits et les pauvres.L aujourd hui du 125e permet donc aux Filles d'Élisabeth d’écrire leur page d’éducatrices au tableau de l’Église et du monde.Lisette d’Astous, R.S.R.La demeure ancestrale et le Pavillon permettent d’accueillir religieuses, religieux et prêtres.Sept chambres privées et confortables, deux salles de séjour, une chapelle, bibliothèques et une bonne table, cela au milieu d’une belle nature, au bord de la rivière Saint-François.On profite d’un grand terrrain aménagé et d’une piscine.Excursions possibles : Village d’antan, moulin à laine, etc., et en juillet le festival mondial de folklore.Célébration quotidienne de l’Eucharistie et de la Prière liturgique pour ceux et celles qui désirent s’y joindre.Informations: Yolande Holzl, Le Mas Emmanuel 1290, ch.Longue-Pointe St-Nicéphore Qc tél.: (819) 394-2690 L’Equipe: Père Roger Paquet, o.p.Fr.Robert Francoeur, o.p.Mme Yolande Holzl, laïque o.p.LE MAS EMMANUEL offre: VACANCES - REPOS - RETRAITE PRIVÉE à environ 20 minutes de Drummondville 191 Livres reçus NOUWEN, Henri J.M.Pour des ministères créateurs.Bellarmin, 1999, 133 pages.“On constate aujourd’hui une faim dévorante pour une nouvelle spiritualité, c’est-à-dire une nouvelle expérience de Dieu dans nos propres vies.Cette expérience, essentielle pour chaque pasteur, chaque agent ou agente de pastorale ne peut se réaliser hors de son service pastoral.” Telle est la conviction qui a guidé Henri Nouwen dans la préparation de cet ouvrage.Tout en analysant les cinq fonctions essentielles du ministère pastoral - l’enseignement, l’annonce de la Parole, le service individuel pastoral, l’organisation sociale, la célébration - , il met en évidence les germes d'une spiritualité pour les hommes et les femmes qui veulent s’y engager.Se libérer des barrières étroites des disciplines et des spécialisations pour s’ouvrir, dans une faiblesse créatrice, à l’action de l’Esprit qui souffle au-delà de l’expertise professionnelle : voilà résumés en quelques mots les propos de Nouwen.Impossible de lire ce livre sans être amené à revoir en profondeur le sens de son ministère.SIZAIRE, Anne.Religieuses apostoliques aujourd'hui.Paris, Desclée de Brouwer, 1999, 130 pages.Quand on prononce le mot de religieuse, on pense inévitablement au monde monastique et aux images traditionnelles de la soeur de charité, proche des pauvres comme Soeur Emmanuelle ou Mère Teresa.Pourtant, les religieuses apostoliques présentes au coeur de la société demeurent aujourd’hui les plus nombreuses et ne se réduisent pas à de tels clichés.Mais qui sont donc ces femmes qui représentent une réalité chrétienne finalement méconnue et cependant d’un poids considérable par sa symbolique et son influence?Quel peut être le sens de l’engagement apostolique au féminin à la veille de l’an 2000?Fruit de rencontres avec des religieuses engagées sur le terrain, le livre d'Anne Sizaire permet de mieux percevoir la réalité partagée actuellement par ces femmes , y compris celles qui vivent seules ou qui ont quitté leur congrégation.Dans cet ouvrage sensible et riche de témoignages, l'auteure fait voir qu’il y a nécessité et urgence à inventer de nouvelles formes d’engagement pour que des jeunes puissent à nouveau épouser l’aventure évangélique.ROY, Marie-Andrée et LAFORTUNE, Agathe.Mémoires d’elles.Fragments de vies et spiritualités de femmes.Mé-diaspaul, Canada, 1999, 320 pages.Ce recueil de courtes biographies, qui s’adresse à un grand public, donne un aperçu de la contribution des femmes au développement de la vie spirituelle et religieuse de la tradition chrétienne au cours des vingt derniers siècles.Toutes ont en commun un itinéraire spirituel singulier et un engagement social significatif, marqué par le contexte dans lequel elles ont travaillé.Chacun des textes de ce recueil comporte trois volets : des éléments de biographies, de courts extraits des écrits des femmes mis en exergue et une réflexion inspirée de leurs écrits.La lecture de ces courtes biographies peut s’échelonner sur cinquante-deux semaines ou faire l’objet de méditations au fil des jours.192 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface O 29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ?40,00$ (taxes incluses) de soutien ?Nom: ___________________________________________________ Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise JQ£l|lll£llga^ EZECCEZm EZZZXZZXX ITT ¦ IliJL ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptistt Nicolet, Québec Canada, J3T 1XÎ
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