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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 2002-01, Collections de BAnQ.

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La V%6 des communautés religieuses Vol.60 - no 1 - janvier-février 2002 60 ans LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste publication convention 40011751, pap 9280 «Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada, par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal» Production: Hughes Corn.Maquette de la couverture Hughes Communications Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.et télec.: (514) 733-6521 Courriel: monther@tctal.net Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Ghislaine Roquet, c.s.c.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@concepta.com La revue paraît cinq fois par an Abonnements: Canada Outre-mer surface : 25$ taxes incl.28 euros avion : 29$ taxes incl 35 euros soutien : 40$ taxes incl. PRÉSENTATION Vol.60 - no 1 - janvier-février 2002 À chacune et à chacun de vous qui lisez cette revue, En cette année 2002, puisse le Seigneur de la paix et de la compassion habiter notre terre humaine.Que la vie soit bonne pour chacun et chacune quelle que soit sa race, quelle que soit sa religion, quelle que soit sa condition, quel que soit son âge: Puisse notre coeur demeurer ouvert et accueillant à la vie, à la vie en abondance: Dieu veut le bonheur de tous, de toutes! Pour nous, 2002 est une année importante puisque la Vie des communautés religieuses marque ses soixante ans de publication.Pour souligner cet anniversaire, les membres du Consortium ont élaboré quelques événements pour lesquels nous vous donnerons de l’information dans les mois qui viennent.Durant cette année, nous rendrons gloire à Dieu pour toutes les personnes qui ont assuré une réflexion théologique et spirituelle sur la vie religieuse afin de la garder la plus vivante possible.Pour nos 60 ans, le Comité de rédaction a décidé d’innover.A chaque parution, nous aurons une page comme celle que vous êtes en train de lire et où nous nous adresserons directement à vous.Dans cette page, nous situerons les thèmes choisis et nous présenterons les différents articles de la revue.Ainsi nous voulons établir avec vous une communication plus vivante.Si vous avez le temps et le goût de nous faire connaître vos suggestions, vos réactions, vos questions, vous êtes les bienvenus.1 Ce numéro a pour thème: la mission, réalité essentielle de notre vie.Deux auteurs nous amènent à réfléchir sur les liens entre mission et Eucharistie, entre mission et vie religieuse alors que deux autres nous font connaître des réalisations concrètes et actuelles de la mission.«Allez dans la paix du Christ, allez vivre et témoigner.Pas de vie sans témoignage et pas de témoignage sans vie»: voilà ce à quoi nous convie le Père Marcel Dumais, dans La mission signifiée par l’envoi au terme de l’Eucharistie, (p.26) Une mission qui dure toute la vie et qui englobe toute la vie.«La vocation à la vie religieuse est un don pour les autres, c’est-à-dire pour les personnes à qui celui qui est appelé est envoyé.» Appel-envoi.Le Père Benoît Garceau, o.m.i., à travers trois sermons de Maurice Zundel sur le sens de la vie religieuse, nous rappelle qu’elle est Un sacrement collectif indispensable à la vie de l’Eglise, (p.15) Interpellées par la situation actuelle et «convaincues de la nécessité de soutenir les parents dans la tâche délicate d’éveiller leurs tout-petits aux plans spirituel, religieux et à celui de la foi», les soeurs du Saint-Rosaire ont bâti un projet que décrit Soeur Christine Picard, r.s.r.dans L’éveil spirituel et religieux des petits (p.3) Témoins de l’espérance, elles le sont! Un projet hors du commun (p.41): voilà ce que présente Soeur Madeleine Saint-Michel, r.h.s.j.Ce projet?«Répondre aux besoins spirituels et religieux» des malades à domicile de façon inédite dans notre monde où l’avenir des soins de santé est sujet à questionnement.La créativité apostolique existe toujours! Frère Sean Sammon, f j.c., continue, dans un deuxième temps, à nous faire réfléchir sur le Dernier appel de la vie religieuse (p.56) Monique Thériault, s.n.j.m.Directrice 2 La Vie des communautés religieuses L’ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS chez les Sœurs du Saint-Rosaire Christine Picard, r.s.r.Au cours des années 80, des parents qui avaient fait une démarche de foi en présentant leurs enfants au baptême exprimèrent le désir de poursuivre cet engagement chrétien auprès de leurs petits.Ils nous communiquaient en même temps leurs inquiétudes, car ils se sentaient démunis de moyens et demandaient une aide appropriée.D’autre part, des religieuses éducatrices qui oeuvraient auprès des enfants à leur entrée au primaire déploraient un vide spirituel notable chez certains.Quelques-uns démontraient une ignorance totale de la dimension chrétienne de base que l’on retrouvait pourtant chez d’autres petits de leur âge.Comment, en tant que filles d’Élisabeth Turgeon vouées en priorité à l’éducation chrétienne chez les jeunes, pourrions-nous répondre aux appels renfermés dans cette situation d’Église?Vivement interpellées et convaincues de la nécessité de soutenir les parents dans la tâche délicate d’éveiller leurs tout-petits aux plans spirituel, religieux et à celui de la foi dès leur jeune âge, nous nous sommes penchées en équipe sur les modalités d’une pédagogie d’appoint.Un instrument de réflexion et d’animation, GRANDIR AVEC TON ENFANT, fut le produit de notre réflexion.Présenté en trois étapes, il s’intéresse d’abord à l’éveil spirituel et religieux des 0-3 ans et des 3-6 ans puis à la croissance spirituelle des 6-12 ans.Les textes de ce dossier me servent de base pour des rencontres de parents en petits groupes de dix environ, que j’anime personnellement depuis 1992, à raison de six rencontres par session.Chaque m w Janvier-Février 2001 3 CHRISTINE PICARD, R.S.R.semaine, nous échangeons sur leur vécu quotidien avec l’enfant.Leur grande joie est de découvrir qu’ils possèdent en eux toutes les ressources pour assurer son éveil spirituel et qu’ils y contribuent déjà sans en être toujours conscients.Je reviendrai plus loin sur le contenu de ce dossier.Considérons d’abord l’importance de la dimension spirituelle dans le développement de l’enfant.Importance de l’éveil spirituel Tous les parents désirent la meilleure éducation pour leur enfant.Ils veulent lui donner ce qu'il y a de meilleur au point de vue physique, socio-affectif et intellectuel.Ils veulent favoriser son éveil au sens des choses de la vie, de l’univers; ils se veulent ouverts à ce qui fait la richesse de la vie de tous les jours; tout cela les conduit à développer chez lui la dimension spirituelle, ce qui est en fait un droit pour tous, peu importe les croyances familiales.En 1983, le Bureau international catholique de l’enfance tenait son Congrès général à Genève sous le thème: L’enfant et le vide spirituel d’aujourd’hui.De nombreux pays commencent à se soucier de ce vide et songent aux moyens de le combler.Ils veulent en étudier l’ampleur.Dans le cadre de ce travail de recherche, voici un extrait de lettre écrite par une psychologue: Je sens.face à l’augmentation des pathologies anxieuses et dépressives chez le jeune enfant, combien il est urgent de lui rendre ses droits à la vie intérieure et spirituelle.(Article de Pierre Delooz, tiré de Pro Mundi Vita, Bulletin 105,1985-2) En effet, la société ne peut pas priver l’enfant de son droit à 1 éveil spirituel, c’est-à-dire de son droit à la vie intérieure, de son droit à l’intériorité.En le renvoyant sans cesse à des objets de satisfaction tout extérieurs à lui-même, elle omet la vie intérieure, la dimension spirituelle, et le rend dépendant de ces objets, ordinateur, internet, télévision, musique très forte, etc.On dira peut-être: “Jadis, c’était le bon temps.” Il est vrai qu’au Québec la société et surtout la famille transmettaient la foi en trans- 4 La Vie des communautés religieuses L’ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS mettant la culture de leur temps.Les enfants percevaient l’existence de l’invisible.L’enfant contemporain, lui, a le sentiment que seul existe le visible.On voyait moins la nécessité de s’interroger sur l’éveil spirituel; toute la société soutenait l’éducation familiale.Aujourd’hui, c’est différent.Le manque d’intériorité, l’incapacité d’être présent à l’intérieur de soi, la tendance à être captivé par l’extérieur créent le vide spirituel.De là l’importance d’apporter un soutien aux parents dans l’éducation première des enfants et cela, dès la naissance.Les premières années sont, en effet, déterminantes pour l’élan à donner à toutes les forces en germe.La dimension spirituelle Arrêtons-nous sur la dimension spirituelle dans le développement de l’enfant.Elle existe chez lui comme les dimensions affective, intellectuelle, physique et sociale.Elle existe comme une source, un potentiel et une énergie.Sa croissance suppose donc une éducation qui la favorise.Faire l’éveil spirituel d’un jeune, c’est être ouverts, en tant que parents ou éducateurs et éducatrices, à ce qui fait la richesse de la vie de tous les jours.La journée d’un enfant - lever, toilette, repas, jeux, coucher - est tissée de relations avec les personnes (papa, maman, gardienne, amis), avec les êtres (petit chat, poisson rouge), avec les choses (jouets), mais aussi avec les événements (maman me conduit à la garderie, papa prépare un repas, etc.).Des gestes apparaissant aux parents comme une “routine” peuvent se transformer en des moments uniques.Lors des rencontres, nous nous arrêtons, nous regardons la vie d’une journée, afin d’en découvrir le sens profond et l’on constate que si l’on veut aller plus loin, il est possible de faire de ces moments privilégiés une communion avec l’enfant.Quand les parents l’aident à aimer, à être dans la joie, à accepter d’attendre sa bouteille, le verre de jus, quand ils l’invitent à pardonner, ils font grandir chez lui sa vie spirituelle, sa vie intérieure.Janvier-Février 2001 5 CHRISTINE PICARD, R.S.R.Faire GRANDIR la dimension spirituelle chez l’enfant, c’est l’aider à dire “OUI” à la vie et à y donner un sens; car dire “OUF à la vie, c’est la valoriser à travers les expériences quotidiennes.C’est affirmer qu’elle vaut la peine d’être vécue parce qu’elle a un sens.Une telle attitude de confiance se constmit progressivement dès le jeune âge.Elle constitue la pierre angulaire d’une croissance harmonieuse.L’enfant, image de Dieu Chaque enfant qui naît en ce monde n’est-il pas une image vivante de Dieu?La beauté de l’être humain ne se révèle-t-elle pas en lui?S’en émerveiller, n’est-ce pas, d’une certaine manière, s’émerveiller du mystère de vie qui est en Dieu?En d’autres termes, faire l’éveil spirituel, c’est d’abord prendre conscience du mystère qui existe, là, dans un enfant, de ses capacités déjà en germe et qui ne demandent qu’à éclore.C’est le point de départ.Dès que les parents sont saisis de son mystère, ils pressentent ce dont il a besoin pour grandir.Soeur Micheline Jalbert a bien rendu ce mystère dans l’un des chants que l’on retrouve sur la cassette Vive la vie! qui fait partie du matériel pédagogique des 3-6 ans: 1.Rayons de lumière, Miroir de mystère, Les yeux d’un enfant.Ils sourient de joie, Ils pleurent parfois, Les yeux d’un enfant.Eclairs de la vie, Reflets d’infini, Les yeux d’un enfant.Reluisent toujours, Scintillent d’amour, Les yeux d’un enfant.2.Cadeau très précieux, Sourire de Dieu, Le cœur d’un enfant.Très tendre et joyeux, Il doit être heureux, Le cœur d’un enfant.Merveille du temps, Soleil de printemps, Le cœur d’un enfant.Il parle toujours, Il chante l’amour, Le cœur d’un enfant.3.Secrets de tendresse, Lueurs de promesse, Les mains d’un enfant.Elles font des prouesses Remplies de caresses, Les mains d’un enfant.Fraîcheur du matin, Espoir de demain, Les mains d’un enfant Se tendent toujours Et s’ouvrent à l’amour, Les mains d’un enfant.6 La Vie des communautés religieuses L'ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS Faire l’éveil spirituel, c’est aussi vivre avec l’enfant des moments d’intériorité et de silence intérieur.Dans ce silence, même s’il est bref, parent et enfant pressentent qu’il n’y a plus seulement deux êtres en présence, mais Quelqu’un d’autre qui attire et dépasse.Cette expérience conduit à l’éveil religieux.C’est à partir de l’éveil à son vécu intérieur qu’une attitude de foi peut naître chez le petit.C’est à mesure qu’il prendra conscience de ce qui se passe en lui qu’on pourra lui dévoiler la valeur et l’importance qu’il a aux yeux de Dieu.Il découvrira qu’il est habité par Quelqu’un et il sentira cette présence mystérieuse à travers les premières expériences de sa vie.Donc, éveiller un enfant à la vie de foi, c’est nommer Dieu présent au coeur de sa vie, c’est le faire entrer progressivement dans la relation avec le Dieu Amour.Lors d’une rencontre avec les parents où j’expliquais le sens de l’éveil spirituel, de l’éveil religieux et de l’éveil de foi, une maman me dit: J’ai une expérience qui illustre bien cela.Lorsque nous sommes arrivés de l’hôpital avec Émilie, mon mari et moi, nous étions près du berceau, en admiration, en contemplation.Mon mari me dit: “Regarde ses mains, ses pieds, ce petit être tout complet.C’est pas possible, on n’était pas seuls pour faire un être aussi merveilleux.!” Nous avons remercié Dieu créateur de nous donner cette capacité de transmettre la vie.Voilà un exemple qui montre bien qu’on ne peut séparer dans le concret de la vie éveil spirituel, éveil religieux et éveil de foi.C’est nous, éducateurs et éducatrices, qui avons besoin de ces points de repère pour mieux percevoir la portée de nos interventions; nous devenons ainsi plus aptes à accueillir et à favoriser les manifestations de son éveil spirituel, de son expérience religieuse et de sa vie de foi.Dans le vécu de l’enfant, ce n’est pas tranché au couteau.Tout s’entrecroise et se développe à partir de ce qu’il vit.Grandir avec ton enfant Pour répondre à nos objectifs d’éducation, une équipe du Centre d’éducation chrétienne des Soeurs de Notre-Dame du Saint- Janvier-Février 2001 7 CHRISTINE PICARD, R.S.R.Rosaire a préparé des instruments d’appoint qui s’adressent aux parents et à toute personne impliquée dans l’éducation des tout-petits et des jeunes enfants.Le dossier Grandir avec ton enfant se présente en trois parties telles que mentionnées au début de cet article.Chaque étape comprend des textes de base, des chants exécutés par des enfants de tous âges et des adultes - cassettes ou disques compacts - et un carnet des paroles et de la musique.Si les textes s’adressent aux parents pour alimenter leur réflexion, les chants sont surtout destinés aux enfants qui les aiment beaucoup et les apprennent vite par coeur.Paroles et musique créent un espace à l’éveil spirituel.La première partie, celle qui parle des 0-3 ans, vise à développer chez les parents l’habileté à favoriser l’éveil spirituel et religieux du tout-petit.Les quinze textes de base montrent l’enfant qui s éveille à la vie et ses parents qui, de mille façons, lui manifestent tendresse et amour pour l’amener à développer son potentiel en germe et font ressortir les attitudes quotidiennes qui favorisent son épanouissement.La première démarche vécue lors des rencontres avec les parents vise • à leur faire prendre conscience de tout ce qu’ils font déjà pour l’éveil spirituel du tout-petit; • à les aider à nommer ce vécu; • à leur faire découvrir toutes les richesses qu’ils possèdent en eux pour cette première éducation si importante.Regardons de plus près le premier sujet de réflexion proposé.Cultiver la confiance Le premier thème, Vivre avec votre enfant dans la confiance et l’amour, insiste sur l’importance de cultiver la confiance chez le tout-petit.La confiance est une valeur de base qui se développe spé- 8 La Vie des communautés religieuses L'ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS cialement pendant la première année pour se continuer toute la vie.Elle prépare déjà le terrain à l’éveil de foi, puisque croire, c’est faire confiance à Quelqu’un.La réflexion sur la confiance en soi, en quelqu’un, en la vie, c’est la clé du dossier Grandir avec ton enfant.Comment peut-on développer la confiance et l’amour chez l’enfant?Les parents disent ce qu’ils font: “Je le caresse, je le berce, je lui parle, je fredonne des chansons en le nourrissant.” “Si nous devons nous absenter et le confier à une gardienne, il en est informé”, etc.Lrançoise Dolto, une psychanalyste française réputée, disait: Si vous devez faire garder votre enfant, n’hésitez pas à lui dire la vérité.Même si votre enfant ne sait pas parler, parlez-lui.Expli-quez-lui le pourquoi de vos gestes.Si le parent dit la vérité, s’il est cohérent avec ce qu’il promet, l’enfant apprend la confiance en quelqu’un, pour découvrir petit à petit la confiance en ce Quelqu’un Autre.C’est au cours de l’enfance que se font les provisions de tendresse, que se préparent les trésors non monnayables qui conditionnent, colorent toute vie relationnelle et partant toute vie sexuelle future.(Monique Laurent) Ici, une petite parenthèse s’impose, car je m’adresse à des croyants.Dans l’éveil à la foi, l’éveil à la confiance est très important puisque croire, c’est “se fier à” et non pas “savoir”.Il s’agit d’apprendre progressivement à faire confiance à Quelqu’un: il nous faut risquer la confiance en Dieu.Cependant, cette confiance que nous faisons à Dieu s’appuie sur une confiance première que Dieu nous fait.Dieu croit en nous.C’est pourquoi, pour grandir dans cette attitude, l’enfant doit être éveillé à la confiance en lui et à la confiance en l’autre.Eaire grandir l’enfant dans la confiance, c’est le reconnaître comme une personne qui compte à nos yeux, c’est porter sur lui ce regard de Dieu, un regard qui lui donne envie de grandir.Un peu plus tard, c’est aussi reconnaître ses talents, ses capacités.Reconnaître les qualités de l’enfant et l’aider à les nommer, c’est lui permettre de découvrir ses talents, de savoir qu’il n’est pas un autre, qu’il a telle ou telle qualité particulière.C’est une façon de lui dire: Janvier-Février 2001 9 CHRISTINE PICARD, R.S.R.“Je t’aime comme tu es.”Le regard positif posé sur l’enfant sera pour lui, pour elle, une base sur laquelle il ou elle s’appuiera plus tard pour faire face aux échecs et aux difficultés.A la fin de la présentation de ce feuillet aux parents, je demande: “Avant l’arrivée de votre premier enfant, pensiez-vous être capables d’autant d’amour?” Pour plusieurs, la réponse est “non”.Un papa disait: “Il vient de naître et je serais prêt à donner ma vie pour lui.” “Je savais que j’aimais mes enfants et mes petits-enfants, mais je ne savais pas que je les aimais autant.” (un grand-papa) “J’ai compris que ma mère m’aimait à la naissance de mon premier enfant.” (une maman) Douze thèmes de réflexion collés aux relations quotidiennes parents-enfant sont ainsi présentés.En suivant le développement de l’enfant, on amène des sujets de réflexion sur la joie d’être ensemble, la joie de grandir, le développement social, l’émerveillement, le langage, la liberté, la patience et le pardon, le silence, l’enfant et la prière, sans oublier les questions de l’enfant qui amènent parfois plus loin qu’on ne le voudrait.Au moins six rencontres avec les parents peuvent se greffer autour de ces feuillets qui parlent des petits à partir de la naissance jusqu’à l’âge de trois ans.Les 3-6 ans L’équipe a choisi d’observer les petits de 3 à 6 ans dans des situations fictives qui rejoignent facilement des faits similaires vécus dans les familles.Les feuillets interrogent la psychologie de l’enfant à tel moment, l’intervention habile du ou des deux parents présents, puis ils font ressortir dans ce fait la petite ouverture qui permettra d’aller à l’éveil spirituel et religieux.Ainsi, les parents attentifs se rendent complices de l’émerveillement de l’enfant dans une promenade au parc, des manifestations d’amitié et de joie lors de fêtes organisées, du coeur ouvert de l’enfant à la fraternité dans la rencontre d’un ami handicapé, ou encore du geste de tendresse lorsque 10 La Vie des communautés religieuses L’ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS l’amie est malade.La perte d’un être cher à l’enfant, grand-maman ou grand-papa, est un événement ou l’ouverture à l’espérance chrétienne est possible.“Mourir, c’est partir chez Dieu”, entendra l’enfant sur sa cassette.Ce thème offre souvent aux parents l’occasion de se réconcilier eux-mêmes avec la mort.On ne peut éviter également la situation oedipienne et déjà les questions sur le mystère de la vie.Oui, l’enfant est capable de Dieu, comme l’affirme Rose-Marie de Casabianca, et les parents attentifs vivent avec leurs petits des moments où le Dieu de leur foi laisse deviner sa présence.Je vous présente, par exemple, l’un des thèmes de réflexion qui porte sur la soif de vérité de l’enfant.Jean-Raphaël, 3 ans, retient son père qui vient l’embrasser avant la nuit.“Papa, c’est qui Dieu?” Un fait vécu.Le papa en question rapporte qu’il a été pris par surprise et qu’il a dû garder un moment de silence avant de répondre.“Jean-Raphaël, pour moi, Dieu, c’est quelqu’un qui m’aime d’un amour qui ne s’en ira jamais.Il t’aime aussi”, ajoute-t-il en traçant une croix sur le front de l’enfant.“Dors bien.” Nous avons là l’exemple d’un papa attentif à saisir la psychologie de son jeune garçon qui pose une question parce qu’il veut savoir et parce qu’il a confiance à son père qui, certainement “sait tout”.Il considère sa question et lui partage sa réponse de foi, l’éveillant ainsi à un amour qui le dépasse.Jean-Raphaël, heureux de l’amour de son papa, pressent un autre Amour plus grand et plus merveilleux encore.Papa a saisi la petite ouverture qui lui a permis d’aller à l’éveil de foi.Les 6-12 ans L’approche pour chacun des groupes d’âges que nous avons déterminés veut tenir compte du cheminement de l’enfant.Nous parlerons donc de la croissance spirituelle des six à douze ans, quoiqu’un certain éveil spirituel et un éveil religieux puissent se poursuivre.A cette étape, nous parlons du «OUI à la vie» ou de croissance spirituelle dans un contexte de croissance religieuse, de vie de foi chrétienne.Janvier-Février 2001 11 CHRISTINE PICARD, R.S.R.Le «OUIà la vie» de l’enfant de 6-12 ans se vit à travers le quotidien.Madame Hayat Makhoul-Mirza, dans son volume Pédagogie différenciée et croissance spirituelle des écoliers, présente cette notion intéressante.C’est à partir de ses OUI, au jour le jour, que le jeune trouve sens à sa vie, l’oriente et, par cette attitude positive, expérimente que la vie a du prix et qu’elle vaut d’être vécue.Une pareille attitude de confiance et d’espérance se développe au fur et à mesure que l’enfant en fait l’expérience dans l’environnement qui lui est propre.Cette attitude est la pierre angulaire d’une croissance harmonieuse à tous les niveaux.Elle apporte un sentiment de sécurité et d’estime de soi.Dire OUI à la vie, c’est une façon d’assumer son existence.C’est choisir de l’apprivoiser, de la vivre et de l’aimer.C’est choisir: la joie de rencontrer des amis; 1 apprentissage parfois douloureux de certaines connaissances; le respect de l’environnement; l’accueil des passages inconnus, insécurisants, etc.Aider le jeune de 6-12 ans à croître spirituellement, c’est donc développer chez lui l'attitude de dire «OUI à la vie», à la vie spirituelle qui est en germe; c’est développer la vie intérieure qui l’habite, qui ne demande qu’à grandir et qui l’ouvre à une autre dimension de son être.La pédagogie qui sous-tend cette partie oriente la croissance spirituelle du jeune de 6-12 ans dans une perspective d’épanouissement.Le «OUI à la vie» que nous faisons ressortir à chacune des situations présentées donnera le ton à la qualité de la relation à Dieu à laquelle les jeunes garçons et filles de 6-12 ans sont invités.Plus tard, ils auront des OUI à exprimer, des choix vocationnels à faire, des chemins à emprunter qui exigeront des dépassements.La période de l'adolescence qui se pointe y trouvera également des pistes précieuses pour une croissance équilibrée.12 La Vie des communautés religieuses U ÉVEIL SPIRITUEL ET RELIGIEUX DES PETITS L’immense ouverture d’esprit des enfants de 6 à 12 ans, leur éveil, leur curiosité, leur besoin d’appartenance à un groupe de pairs et à la famille, leurs habiletés leur fournissent les outils nécessaires à l’acquisition du sentiment de compétence et à la construction de l’identité qu’ils compléteront à l’adolescence.Cependant, leur exposition à un nombre croissant de stimuli, le fractionnement de leur univers social, la liberté dont ils jouissent, la multitude d’informations diverses qu’ils reçoivent, l’absence de repères qui répondent à leur quête de sens font qu’ils ont de plus en plus besoin de parents et d’éducateurs qui favorisent leur intégration personnelle.Ils le font aussi bien en leur fournissant des modèles valables auxquels ils puissent s’identifier qu’en leur procurant des moyens de mettre de la cohérence à l’intérieur d’eux-mêmes.(Béatrice Gaudreau, R.S.R., extrait de la brochure de présentation des 6-12 ans, p.11) Tous les événements ou situations de vie présentés dans l’ensemble du dossier sont éclairés par une Parole de Dieu.Une prière adaptée à tel moment particulier renforce la préoccupation des parents de croître personnellement dans leur foi en accompagnant leurs enfants.Témoins de l’espérance Pourquoi, comme religieuses de Notre-Dame du Saint-Rosaire, avons-nous choisi de nous impliquer dans le créneau des familles, plus précisément en ce qui regarde l’éveil spirituel et religieux des tout-petits, et de poursuivre cette démarche jusqu’à l’adolescence?Il nous faut rappeler notre charisme et la mission qu’il sous-tend: Appelées par Dieu à manifester l’amour de tendresse et de sollicitude de Jésus et de Marie, sa mère, les Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, en fidélité à Élisabeth Turgeon, leur fondatrice, se vouent à l’éducation chrétienne en priorité chez les jeunes.Janvier-Février 2001 13 CHRISTINE PICARD, R.S.R.L’appel est clair: les enfants sont la portion chérie confiée à ses soeurs par Élisabeth Turgeon, notre fondatrice.Après avoir été présentes dans les écoles pendant de nombreuses années, nous voulons encore être proches des enfants et de leur famille, là où tout commence.Mon expérience d’animation de Grandir avec ton enfant, qui court depuis une dizaine d’années, est très riche de promesses.Les nombreux parents avec qui j’ai été en contact, les personnes qui ont reçu une formation pour utiliser à leur tour ces documents dans les paroisses me disent à quel point ils portent des fruits.Quoi de plus encourageant que d’entendre des témoignages comme ceux-ci: J’ai pris conscience de la grandeur de mon rôle de parent.- Ça nous a rapprochés comme couple.Ce fut un lieu où j’ai pu parler des valeurs qui m’habitaient, ce que je ne peux faire même avec mes frères et soeurs.Ça m ’ a permi s de découvrir toute 1 ’ importance de cette étape de la vie.- Je me sens valorisée dans mon rôle de mère.Je me sens renforcée dans ma foi.En Filles d’Élisabeth Turgeon, nous continuerons à aller de l’avant avec ces activités d’éducation auprès des parents, car nous y croyons.La société dans laquelle nous vivons ne favorise pas l’intériorité.Elle impose aux familles un rythme de vie trépidant, elle morcelle les moments de rencontre intense, elle accapare les énergies.Les jeunes parents qui veulent donner suite à la démarche du Baptême apprécient d’être accompagnés dans leur recherche.Grandir avec ton enfant est pour nous une réponse à leurs appels, une actualisation de notre charisme et la certitude d’offrir un service d’Église d’une brûlante nécessité.Christine Picard, R.S .R.300, Allée du Rosaire Rimouski, Qc G5L 3E3 14 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COLLECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L’ÉGLISE Benoît Garceau omi À propos de trois sermons de Maurice Zundel sur le sens de la vie religieuse Il existe sur la vocation à la vie religieuse une vue dont l’Eglise a pris beaucoup de temps à s’affranchir et qui lui a fait beaucoup de tort.Une vue qui aboutissait à couper l’Église en deux : d’un côté les personnes appelées à la pratique des conseils évangéliques et à la vie chrétienne parfaite, puis de l’autre tous les autres baptisés, à qui on ne demande rien de plus que d’obéir aux préceptes de la loi divine.Une vue qui a eu comme conséquence aussi bien d’ignorer la vocation de tous les baptisés à la perfection de l’amour que d’oublier le vrai sens de la vie religieuse.Il n’est pas impossible qu’à la source de cette vue il y ait eu une représentation de la vocation que l’on n’avait pas suffisamment critiquée et qui est restée un peu grossière.Il est toujours tentant, lorsqu’on pense à la vocation, de la concevoir à partir de l’expérience que nous avons, dans les relations entre personnes humaines, d’être choisi et appelé pour occuper un poste ou accomplir une tâche.Ce qui arrive infailliblement lorsqu’on succombe à cette tentation, c’est que la vocation nous apparaît comme un choix et un appel qui séparent quelqu’un des autres- lesquels se trouvent alors exclus, on prête ainsi à Dieu une manière de choisir et d’appeler qui se caractérise, comme cela se fait entre les humains, par la séparation et l’exclusion.Alors que le choix et l’appel de la part de Janvier-Février 2001 15 BENOÎT G ARCEAU OMI Dieu ne visent ni la division, ni l’exclusion.Il nous choisit et nous appelle pour nous donner les uns aux autres.D’où, à propos de la vie religieuse, la conviction si importante dont on ne fait que commencer à dégager toutes les implications : la vocation à la vie religieuse est un don pour les autres, c’est-à-dire pour les personnes à qui celui qui est appelé est envoyé.Ce qui a libéré la conscience chrétienne de cette vue désastreuse sur la vocation religieuse comme d’un appel qui sépare et exclut, ce fut la prise de conscience, nettement exprimée dans le décret conciliaire de Vatican II sur l’Église, de la vocation universelle de tous les baptisés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité.Affirmer comme le fait le chapitre 5 de la constitution dogmatique Lumen gentium que la parole de Jésus : « Si tu veux être parfait, vends tes biens et suis-moi» s’adresse à tous ses disciples, a été, dans l’histoire de l’Église, comme l’a souligné Karl Rahner' un événement prodigieux.« En effet, écrit-il en 1964, après la deuxième session du concile , pendant près de deux millénaires, il ne fut pas du tout évident pour le sentiment vivant et spontané de l’Église que non seulement il y a toujours eu défait, dans toutes les circonstances et tous états de vie, des chrétiens qui se sanctifient et sont des saints, mais encore qu’il existe une vocation positive et une mission de la part de Dieu au mariage, à la profession profane, aux tâches terrestres, comme étant la manière positivement voulue de Lui pour tel homme déterminé de tendre à l’accomplissement de son existence chrétienne, à l’épanouissement de sa grâce baptismale, à la perfection des dons du Saint-Esprit2 » Puis il conclut: « Lorsqu’on réfléchit à tout cela, la déclaration du schéma conciliaire acceptée sans bruit et sans combat, à savoir que tout chrétien marié et exerçant une profession profane (moralement justifiée) est appelé à la perfection chrétienne, est un événement prodigieux dans l’histoire de l’Église et de l’évidence chrétienne, et il reste caché uniquement parce que personne ne le contredit ou plutôt parce que la vie concrète des chrétiens, spontanément l’a devancé »3 16 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COLLECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L'ÉGLISE Ce qui rendit possible cet événement prodigieux a été la décision des Pères du concile d’aborder la vie religieuse en la situant dans le mystère de l’Église et de la voir, comme le disait Jean-Marie Tillard4 « tout entière dans l’Église, pour l’Église, de l’Église ».C’est en effet seulement après avoir exposé le mystère de l’Église et consacré au chapitre (5e) à rappeler la vocation universelle de tous ses membres, quelle que soit leur condition et quel que soit leur état de vie, à la perfection de la charité, que les Pères conciliaires ont abordé, dans le sixième chapitre de Lumen gentium la question de l’essence et de la raison d’être de la vie religieuse comme l’une des voies, celle des conseils évangéliques, qui y conduit.Il en a résulté l’affirmation, sans ambiguïté, de deux convictions de la conscience ecclésiale : celle de la vocation de tous les fidèles à la perfection et celle de la raison d’être et de la dignité particulière de la vie religieuse.Deux convictions qu’il appartient à la réflexion théologique de concilier.Lorsqu’on médite cet événement prodigieux, il est émouvant de lire ce que Maurice Zundel, déjà dix ans avant la publication du document conciliaire, disait dans sa prédication aux religieuses à propos du sens de leur vie.On s’aperçoit qu’il était sur cette question, comme sur la plupart des autres de la vie ecclésiale, un demi-siècle avant son temps.On ne trouve, il est vrai, parmi la vingtaine de livres qu’il a publiés de son vivant, aucun qui porte, même en partie, sur la vie religieuse; on ne trouve même pas parmi les quelques 80 articles qu’il a signés aucun qui aborde ce thème.5 Sa vision de la vie religieuse se trouve exposée dans trois retraites publiées après sa mort : la première de 1953 aux religieuses de l’oeuvre de Saint-Augustin, en Suisse6, la seconde de 1959 aux Franciscaines du Liban7, la dernière de 1963 aux Oblates bénédictines de la Rochette8.La vie religieuse dans la perspective de l’Église sacrement du suprême sacrement Deux choses, qui seront vivement soulignées par le Concile, inspirent l’exposé de Zundel.En tout premier lieu sa conviction Janvier-Février 2001 17 BENOÎT G ARCEAU OMI que pour parler de la vie religieuse, il faut se situer dans la perspective du mystère de l’Église.Il est constant et explicite sur ce point.« C’est dans la perspective du thème de l’Église, dit-il en 1963, qu’il faut envisager celui de la vie religieuse » (p.99).À chaque retraite, c’est toujours après avoir pris soin d’exposer la vision chrétienne du mystère de l’Église qu’il entreprend sa méditation sur le sens de la vie religieuse.Puis, en deuxième lieu, son approche du mystère de l’Église.L’angle qui lui paraît le plus éclairant pour parler de ce mystère est celui de sa sacramentalité.Ce sera, on le sait, comme l’atteste le premier paragraphe de la constitution Lumen gentium, le point de vue adopté par les pères conciliaires9.Cette vision du mystère de l’Église, comme « mystère de l’Incarnation se continuant à travers les siècles » (1953, p.91), est celle dont saint Paul a fait l’expérience sur la route de Damas et qu’il a eu pour mission de nous révéler.Vision implicitement contenue dans la parole : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?» Depuis l’Ascension, souligne souvent Zundel, Jésus n’est plus présent dans le monde comme individu; il est désormais présent dans et par la communauté de ceux et celles qui croient en lui et qui forment le corps avec lequel il s’identifie.C’est dire que si l’humanité de Jésus est le sacrement des sacrements, l’Église est le sacrement de ce suprême sacrement, le signe visible qui représente et communique la présence et la parole qu’il dit et qu’il est10.L’Église n’est donc pas autre chose que la présentation permanente de Jésus.Tout ce qui n’est pas Jésus dans l’Église ne peut être que le signe et le sacrement de Jésus : textes, dogmes, lois, rites, personnes, et doit être toujours perçu par cette « lecture en transparence » : qui retrouve, partout et uniquement, Son Visage." Penser l’Église comme sacrement permet à Zundel de mettre en lumière deux de ses traits distinctifs les plus essentiels.D’abord qu’elle existe, comme tout sacrement, non pour elle-même, mais 18 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COLLECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L’ÉGLISE pour les autres.Elle a pour mission d’annoncer et d’accomplir la communion de tous les êtres humains entre eux et avec Dieu.Puis, en deuxième lieu, comme tout sacrement, le sens de son mystère n’est accessible qu’au regard de la foi.Au regard ordinaire, l’Église apparaît comme une institution semblable à celle d’un parti politique, avec sa doctrine et son programme.Au regard de la foi, elle ressemble plus à une partition musicale qu’à un parti.Pour lire une partition, il faut être musicien; pour percevoir le sens de l’Église, il faut avoir l’Esprit-Saint, qui est comme une musique silencieuse dans l’âme du croyant12.« L’Église est tout entière un mystère de foi.On ne peut l’entendre, on ne peut la reconnaître, on ne peut y vivre que dans l’intimité du Seigneur.Si on n’est pas ouvert sur cette intimité, l’Église est un écran, un obstacle et la pire des idolâtries.Mais justement, parce qu’elle est un sacrement, elle exige de nous continuellement cette nouvelle insertion de nous-mêmes par la foi dans l’intimité de Jésus.»13 « L’Église écrit-il en I96014, est précisément, par essence, cette société unique où la solidarité la plus étroite est exclusivement fondée sur un échange de solitudes, aimantées vers une même présence qui est, à la fois, le bien commun de tous et le secret le plus personnel de chacun».La vie religieuse : fonction indispensable à l’accomplissement de la mission de l’Eglise Pour bien comprendre le sens de la vie religieuse, il importe, pour Zundel, de ne jamais perdre de vue la différence entre la mission de l’Église et ses diverses fonctions Sa mission est une et la même pour tous les baptisé-e-s : continuer l’Incarnation, présenter le visage de Jésus, communiquer sa présence.Mais ses fonctions sont multiples et variées.« Dans l’Église, il y a différentes fonctions, mais il n’y a qu’une seule mission.Tous les membres de l’Église, tous, ont la même mission, tous, de représenter Jésus et de communiquer Sa Présence, C’est pourquoi nous sommes tous, tous envoyés»15.La raison d’être des communautés religieuses est d’accomplir une fonction indispensable à la mission de l’Église, à l’accomplissement parfait et harmonieux de sa mission.Janvier-Février 2001 19 BENOÎT G ARC EAU OMI « Il y a certaines fonctions ecclésiales qui concourent à la perfection du Corps mystique, qui ne peuvent être accomplies qu’ensemble, avec continuité, avec stabilité, comme le préconise la Règle de saint Benoît, et sans que la suite des générations interrompe cette oeuvre indispensable.Précisément en raison du caractère communautaire de cette oeuvre indispensable au Corps mystique, en raison de la continuité qu’elle requiert, on groupera les âmes qui se sentent appelées à cette fonction parce qu’elle correspond le mieux à leur but, et on leur demandera un engagement de stabilité qui permettra au Corps mystique de compter sur leur collaboration et d’être sûr que la fonction sera accomplie »16.Pour que l’Église se réalise dans toute sa plénitude, disait-il en 195917, pour qu’elle soit pourvue de tous ses organes, pour qu’elle accomplisse toutes ses fonctions, elle a besoin d’équipes, de collectivités qui s’attelleront à une tâche, qui ne la lâcheront pas et qui la poursuivront, puisque ces équipes se renouvelleront constamment et pourront poursuivre l’oeuvre commencée.Pour ces raisons, Zundel, dans chacune de ses trois retraites, qualifie toute communauté religieuse vivante de sacrement collectif dans l’Église18.Le premier exemple auquel il renvoie est toujours celui des monastères contemplatifs.«L’Église a besoin de ces jardins de Dieu que sont les monastères contemplatifs, qui donnent à la terre une prise d’air sur le ciel.Et il est certain que, dans la vie fiévreuse et dévorante d’aujourd’hui, dans cette vie tumultueuse où les nerfs sont si profondément usés, où l’équilibre est si difficile à sauvegarder, rien n’est plus nécessaire que ces oasis de silence, où le silence précisément est vécu comme une personne, où le silence vient à votre rencontre comme un visage aimé et où vous pouvez respirer à pleins poumons dans le calme une atmosphère d’éternité».19 Le second exemple habituellement évoqué par Zundel est celui des équipes de travailleurs intellectuels, dégagés de toute autre tâche, capables d’un travail en commun, régulier et suivi.Le nom de l’équipe dominicaine rassemblée autour du Père Lagrange pour 20 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COELECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L’ÉGLISE la fondation de l’École Biblique de Jérusalem revient chaque fois qu’il veut souligner l’importance pour l’Église de ces sacrements collectifs.« L’Église ne peut pas subsister dans un équilibre parfait et ne peut pas être en conversation avec le monde intellectuel si elle ne dispose pas dans son sein de travailleurs spécialisés et en même temps groupés dans une oeuvre commune et continue ».20 Il y a aussi des communautés vouées à des oeuvres de bienfaisance : oeuvres d’enseignement, d’hospitalisation, de visites des pauvres, d’éducation des orphelins, du soin de tous les abandonnés.Il s’agit toujours de fonctions collectives et durables qui ne peuvent être accomplies que par la stabilité et les voeux qui donnent à cette stabilité une forme concrète et durable.Des fonctions confiées à des communautés dont la raison d’être est le service de l’Agapè.Conséquences pour l ’intelligence de la vocation religieuse La conséquence la plus évidente de ce point de vue ecclésial et sacramentel sur la vie religieuse est d’en finir avec toute conception qui suppose qu’il y a deux idéals dans l'Église, l’un pour les âmes consacrées et l’autre pour les simples baptisés et de rappeler ce que déjà, au 13e siècle, Thomas d’Aquin enseignait avec vigueur qu’il n’y a pour tous les fidèles qu’une seule perfection, celle de l’amour.21 Dans le langage de Zundel, « le baptême est la suprême consécration avec l’eucharistie, il n’y en a pas de plus haute que celles-là et tous les chrétiens, qui sont virtuellement tous les hommes, puisque tous les hommes sont appelés par Jésus, sont appelés à la même perfection »22.Si l’on veut parler d’un état de perfection, c’est uniquement dans l’ordre des moyens.« Il y a des moyens qui sont plus immédiatement adaptés à la méditation, au silence, au recueillement, et qui sont généralement observés dans les communautés religieuses et qui, à ce titre, constituent un milieu favorable, plus favorable que le travail dispersé et fiévreux accompli au dehors, un terrain plus favorable à l’union à Dieu.C’est tout ce que l’on peut dire »23.Il y Janvier-Février 2001 21 BENOÎT G ARCEAU OMI a donc une tricherie, pense Zundel, à dire à quelqu’un: « Si vous aimez le Bon Dieu tout à fait, si vous l’aimez pleinement, entrez au couvent.» « Ce n’est pas vrai! Cela supposerait que toutes les mères, et à commencer par la nôtre, étaient des êtres médiocres, exclues de la perfection, puisqu’elles ne sont pas entrées au couvent.C’est une tricherie.D’ailleurs, c’est avec ça qu’on fait de fausses vocations : on entraîne des êtres très jeunes et lorsqu’ils ont trente ou quarante ans, ils s’aperçoivent trop tard qu’ils n’étaient pas faits pour ça »24.Deuxième conséquence : le sens de la vocation à la vie religieuse.Elle n’a pas pour fin la sanctification ou la perfection de la personne appelée.Elle est pour les autres : pour l’accomplissement de la mission de l’Église.« Cette vocation apparaît alors d’autant plus belle qu’elle ne concerne pas l’individu et son élégance morale ou le sens qu’il pourrait avoir de sa propre perfection, mais que de nouveau la vocation, ici, est tout entière marquée du signe de la charité.C’est pour les autres, c’est afin de leur communiquer cette vie divine qui circule dans le Corps mystique de Jésus, c’est pour mieux les atteindre, c’est pour que toutes les difficultés inhérentes à la vie, les maladies, l’ignorance, le surmenage, le bruit, que tout ce qui paralyse normalement l’épanouissement de la vie spirituelle trouve précisément dans ces sacrements collectifs que sont les monastères, les communautés réellement vivantes, une lumière, une réponse, un repos, un apaisement, un nouveau ferment d’ailleurs pour repartir dans une vie plus enracinée en Dieu et plus féconde pour l’humanité »25.Enfin, troisième conséquence, c’est ce que Zundel appelle la circumincession de la vie apostolique et de la vie contemplative dans l’Église.Il est vrai que toute vie religieuse est une vocation essentiellement apostolique, tout ordonnée à l’accomplissement de la mission de l’Église, mais il ne l’est pas moins que toute vocation apostolique dans l’Église doit être indissociablement une vocation contemplative.« On ne peut pas aborder les âmes, souligne Zundel, si l’on n’est pas fixé et enraciné dans le Christ.Il faut les regarder 22 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COLLECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L’ÉGLISE à travers et avec les yeux du Seigneur.Ce n’est qu’en regardant à travers les yeux du Seigneur qu’on peut voir en elles ce royaume intérieur qu’elles sont appelées à devenir et le leur rendre sensible »26.Un prêtre, par exemple, qui n’a pas ce regard, sera presque inévitablement entraîné dans des modes, il épousera des slogans, il se grisera des dernières méthodes, et il s’imaginera que c’est en les imposant qu’il convertira.« En réalité, il est absolument impossible d’atteindre les âmes en profondeur si on ne vit pas soi-même en profondeur, et il est impossible de leur communiquer l’enthousiasme de Dieu si on n’en brûle pas soi-même.Il y a donc cir-cumincession entre vie apostolique et vie contemplative »27.Conséquences pratiques pour la refondation de communautés en déclin Les réflexions de Zundel sur la vie religieuse fournissent, me semble-t-il, quelques critères très simples dont pourraient s’inspirer les efforts de refondation de communautés, surtout de celles qui sont nées pour exercer une fonction qui était, au moment de leur fondation, indispensable à la mission de l’Église, qui n’est cependant plus nécessaire une fois qu’elle est assumée par l’État.Le premier de ces critères, qu’il a d’ailleurs lui-même explicitement formulé, dans sa retraite de 1963: « Il n’y a aucune raison de vouloir durer, si nous ne faisons pas une oeuvre nécessaire »28.Le critère de discernement de l’avenir d’une communauté religieuse n’est pas sa nécessaire survie, mais l’accomplissement d’une fonction indispensable à la mission de l’Église dans le monde d’aujourd’hui.D’où l’importance pour une communauté, surtout aux moments de ses états généraux, de savoir lire les signes du monde ambiant, d’être capable d’entendre les appels qui lui sont adressés et d’avoir le courage de rassembler ses forces vives autour d’une fonction nouvelle nécessaire à la mission de l’Église.Ce n’est cependant pas tout de faire dans l’Église une oeuvre nécessaire.Il faut qu’elle soit accomplie dans une entière vérité.C’est le deuxième critère.Si notre oeuvre est nécessaire et si nous Janvier-Février 2001 23 BENOÎT G ARCEAU OMI l’accomplissons dans la vérité, Dieu en prendra soin.Il n’y a pas à se laisser inquiéter par la raréfaction des vocations.Le rayonnement de notre vie authentique en nous suscitera des vocations autant qu’il en faudra.« Si nous sommes dans la vérité de notre vocation, si nous la vivons dans la plénitude de la charité, si nous n’oublions jamais que le but pour nous n’est pas ailleurs que le don de soi, dans cet effacement total en Dieu qui laisse transparaître Son Amour, si nous faisons de nos maisons vraiment une maison de Jésus Christ où chacun est accueilli et se sent chez lui, les vocations ne manqueront jamais »29.Elles ne manqueront pas et elles renouvelleront les communautés, les rendant capables de s’adapter aux changements de tempérament, de goût, de style que chaque époque apporte avec soi.Elles les renouvelleront et les rendront capables de faire du neuf.A une condition, cependant, qui traverse toute la méditation de Zundel sur les communautés religieuses : qu’elles soient d’Église, dans l’Église, envoyées par elle, toujours fidèles à leur mission.« Où que nous soyons, affirme-t-il en 1959, dans une phrase qui résume fort bien ses réflexions, et quoi que nous fassions, nous sommes d’Église, pour l’Église et nous sommes envoyés par elle; notre champ d’action, c’est dans le monde, le monde entier, et notre fidélité, ici ou ailleurs, est comme le symbole et le sacrement de notre présence partout »30.Une phrase qui me semble ne pas avoir vieilli et qui pourrait inspirer la voie à prendre pour créer du neuf.Benoît Garceau o.m.i Maison de l’Assomption 305, rue Nelson OTTAWA ON KIN 7S8 BIBLIOGRAPHIE 1 Karl Rahner, Théologie de la vie religieuse, dans Les religieux aujourd’hui et demain, Paris, Cerf, 1964, p.58.2 Ibid., p.56.3 Ibid., p.58.24 La Vie des communautés religieuses UN SACREMENT COLLECTIF INDISPENSABLE À LA MISSION DE L’ÉGLISE 4 Tillard, J.M.R.Les grandes lois de la rénovation de la vie religieuse, dans L’adaptation et la rénovation de la vie religieuse.Décret «Perfectae caritatif» traduction et commentaires sous la direction de J.M.R.Tillard et Y.Congar, Paris, Cerf, Unan sanctam 62, p.93.5 Pour les repères bibliographiques sur l’oeuvre de Maurice Zundel, voir Ramon Martinez de Pison Liébanas, La fragilité de Dieu selon Maurice Zundel, Montréal, Bellarmin, 1998, pp.179-191.6 Avec Dieu dans le quotidien-, retraite à des religieuses, Saint-Maurice (Suisse), Oeuvre de Saint-Augustin, 1987, 139 p.7 Silence, parole de Vie.Québec, Anne Sigier 1990, 248 p.8 Émerveillement et pauvreté, Saint-Maurice (Suisse) Oeuvre de saint Augustin, 1990, 132 p.9 «L’Église est dans le Christ comme un sacrement, ou si l’on veut, un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain » dans Vatican 11.Les seize documents conciliaires, ouvrage publié sous la direction de Paul-Aimé Martin.Montréal, Fides, p.19.10 Voir La théologie de Jean XXIII publiée dans « Le Lien p, no 4, Beyrouth, août 1964, reproduit dans France de Guérand, A l'écoute du silence, textes de Maurice Zundel, Paris, Téqui, s.d., p.72.11 Voir Entretiens d’Écogie, 14-17 juillet 1950, reproduit dans France de Guérand, op.cit.p.73.12 Voir le sermon de 1955 L'Église corps mystique du Christ, dans Ton visage, ma lumière, Paris, Desclée, 1989, p.405.13 L'Église, sacrement de Jésus (1959), dans Silence parole de vie, Sainte-Foy, Anne Sigier, 1990, p.139.14 La liberté de la foi, Paris, Plon, 1960 p.138.15 Silence parole de vie, p.143.16 Émerveillement et pauvreté, p.104.Voir Silence parole de vie, p.164.17 Voir Silence parole de vie, p.164.18 Voir 1953, p.93; 1959, p.167; 1963, p.107.19 Voir Silence parole de vie, p.164.20 Ibid.,p.165.21 « Celui dont l'âme est ainsi intérieurement éprise, au point de mépriser à cause de soi-même et tout ce qu'il possède.celui-là est parfait , qu'il soit religieux ou séculier, clerc ou laïc, et aussi marié » (Thomas d'Aquin, Quodlibet III, q u.6 a.3).22 Silence parole de vie, p.163.23 Ibid., p.163.24 Ibid., p.164.25 Ibid., p.166-167.26 Emerveillement et pauvreté, p.112.27 Ibid.28 Silence parole de vie, p.167.29 Ibid.30 Ibid.p.168.Janvier-Février 2001 25 LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L’ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE Marcel Dumais, o.m.i, Conférence donnée aux membres de V Union eucharistique Pro Mundi Vita, à l’occasion de leur dernière rencontre annuelle, le 18 février 2001.L’auteur est professeur d’Ecriture Sainte à la Faculté de Théologie de l’Université Saint-Paul, Ottawa.Vous méditez cette année sur votre appel reçu à vivre votre vie d’une façon intensément eucharistique.Durant les deux premières rencontres, vous avez réfléchi et prié sur ce qu’implique être “ saisies par le Christ de la Cène ” et “ saisies par le Christ de l’autel”.L’entretien du début de votre dernière rencontre a déployé le sens, la richesse des diverses étapes de la célébration eucharistique jusqu’au sommet qu’est la communion.Aujourd’hui, nous méditerons sur l’envoi qui clôt la célébration eucharistique et qui ouvre sur le quotidien de nos vies : “ Allez dans la paix du Christ ”.Au terme d’une célébration eucharistique où nous avons communié au Corps du Christ, nous sommes “ saisis et envoyés par Lui ”.“ Allez ”, c’est-à-dire “ allez vivre et allez témoigner ”.Les deux dimensions sont indissociables.Pas de vie sans témoignage et pas de témoignage sans vie.Les deux ensemble forment la mission.Nous allons méditer sur la mission, sur notre envoi en mission.Le mot “ mission ”, comme vous le savez, vient du latin missio, qui signifie “ envoi ”.L’envoi, c’est la mission.26 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L’ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE 1.Le lien de l’eucharistie à la mission Le lien intrinsèque entre l’Eucharistie et notre vie courante est bien exprimé par la formule connue, reprise au Concile Vatican II : “ l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne L’Eucharistie, sommet de nos vies : s’il n’y avait pas de vécu chrétien, il n’y aurait rien de notre part à célébrer; sans base, il n’y a pas de sommet.D’autre part, la rencontre sacramentelle nous relance, nous ressource, pour bien vivre la rencontre du Christ au cœur de notre vécu quotidien.Le lien étroit entre la vie et l’Eucharistie est bien signifié dans le magnifique récit des disciples d’Emmaüs, au chapitre 24 de l’évangile de Luc, un récit qui vous est bien familier.Ce récit est riche de la symbolique eucharistique et missionnaire.On y reconnaît les grandes étapes de la célébration eucharistique qui part de la vie et s’achève dans le témoignage, la mission.Les deux voyageurs, en effet, ont d’abord rencontré le Seigneur sur la route de leur vie.Au creux de leur désespérance, ils ont perçu qu’une Présence les accompagnait, les invitait à exprimer leurs souffrances, les écoutait jusqu’au bout.Ils ont ensuite rencontré le Seigneur dans l’écoute de la Parole.La Parole de Dieu expliquée par leur mystérieux compagnon est venue éclairer leur vécu douloureux, redonner sens à leur vie, les remettre sur la route de l’Espérance.Ils ont enfin rencontré le Seigneur dans la fraction du pain, dans la bénédiction et le partage du pain.Alors, “ leurs yeux s’ouvrirent ” (v.31) : ils l’ont pleinement reconnu dans la foi.Ce récit montre bien qu’il y a une imbrication dans nos célébrations eucharistiques : 1.La liturgie de la Parole prend sens parce qu’elle éclaire nos vies; 2.La liturgie eucharistique proprement dite prend sens parce qu’elle est préparée par l’écoute de l’Écriture qui éclaire nos vies et réchauffe nos cœurs.Nos vies, l’Écriture, l’Eucharistie : les trois se complètent et s’éclairent mutuellement.Janvier-Février 2001 27 MARCEL DU MAI S, O.M.I.Dans ce récit d’Emmaüs, l’évangéliste Luc dit aux gens de sa communauté, il nous dit à nous aujourd’hui : Vous pouvez faire l’expérience de Jésus ressuscité : 1.Il est présent dans votre vie.Il chemine au cœur de vos occupations et préoccupations.Découvrez-le! 2.Il est présent dans l’Écriture.Lisez-la! méditez-la! Laissez-vous réchauffer le cœur à son contact! 3.Il est présent enfin dans le pain eucharistique.Recevez dans la foi ce don merveilleux! Mais le récit d’Emmaüs ne s’arrête pas là, à la fraction du pain, à la communion eucharistique.Bien plutôt, le récit rebondit.La rencontre du Seigneur relance les disciples sur la route.Ils ne cheminent plus l’air sombre comme au début; ils accourent à Jérusalem tout joyeux.Ils ont hâte de communiquer aux autres leur expérience de rencontre; ils ont soif de partager avec d’autres l’espérance qui les anime.Habités par une Présence - car le Seigneur ressuscité n’est pas parti; il était entré chez eux pour “ rester avec eux ” (v.29); mais il cesse d’être présent par un signe; il leur demeure présent par son Esprit - habités par une Présence, les deux disciples ne peuvent pas ne pas témoigner de cette Présence.Jésus, par son Esprit, les pousse de l’intérieur à aller témoigner de Lui.Et leur témoignage rejoint celui des apôtres et autres disciples qui leur dirent : “ C’est bien vrai! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon ” (v.34).Voilà quelques brèves réflexions sur le modèle d’Emmaüs, modèle eucharistique et missionnaire.Le même lien entre rencontre du Ressuscité et mission de témoigner se trouve dans tous les récits d’apparitions des Évangiles.Ces récits se concluent de semblable manière : “ Allez dire ou annoncer ou proclamer.”.Les apparitions de Jésus ressuscité conduisent à la mission.Qui l’a vraiment rencontré ne peut pas ne pas témoigner de Lui.Mon premier point est terminé : le lien étroit entre l’Eucharistie et la mission.La suite de mon exposé sera concentrée sur la 28 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L'ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE mission, l’envoi.Les réflexions toucheront à la question : “ Envoyés pour quoi! ” ou plutôt : “ Envoyés pour qui ?”.La réponse peut tenir en ces mots : nous sommes envoyés pour témoigner de ce dont nous venons de vivre dans le sacrement de l’Eucharistie; nous sommes envoyés pour témoigner de l’Amour, de la Vie du Père et du Fils dans l’Esprit.C’est d’ailleurs ce qu’exprime la Bénédiction finale à la messe, qui précède l’envoi : “ au nom -c’est-à-dire par la présence et la puissance - du Père, du Fils et du Saint-Esprit ” allez vivre votre mission.Je propose quelques réflexions que j’articule comme suit : 2.La mission : envoi du Fils par le Père.3.Témoigner de l’Amour du Père.4.Témoigner de la vie reçue en Jésus Christ ressuscité.5.Témoigner dans l’Esprit.Je terminerai par quelques réflexions sur les modalités de notre mission.2.La mission : envoi du Fils par le Père Je soumets à votre méditation trois paroles de Jésus dans l’évangile de Jean.1) Dans son discours d’adieu, Jésus dit à ses disciples : “ Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ” (Jn 20,21).Cette même parole, Jésus l’avait prononcée auparavant dans sa prière à Dieu son Père : “ Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde ” (Jn 17,18).Notre mission n’a pas son point de départ en Jésus.Elle origine de Dieu le Père qui envoie Jésus en mission.La mission reçue du Père constituait toute la vie de Jésus.Il vivait pour elle.Et cette mission reçue, il nous la transmet.Nous prenons le relais de Jésus.Jésus a besoin de nous pour continuer la mission qu’il a reçue du Père.Désormais, Jésus Ressuscité “ n’a pas d’autres mains, d’autre bouche et d’autre cœur que les nôtres ”2 pour continuer sa mission.Janvier-Février 2001 29 MARCEL DU MAIS, O M.I.“ Comme le Père m’a envoyé La mission origine, surgit d’une nécessité intérieure à Dieu lui-même.Elle est en quelque sorte constitutive de l’être de Dieu lui-même.Car Dieu est Amour, il est “ communion d’amour ”.Dieu n’existe que dans l’acte de se donner : don mutuel du Père et du Fils dans l’Esprit.Et ce don intérieur à Dieu est ce qui conduit Dieu à créer les êtres que nous sommes pour que nous partagions cette même communion d’amour.L’amour en effet, de sa nature, se communique, crée la relation avec d’autres êtres.“ Comme le Père m’a envoyé ”.La conjonction grecque utilisée et traduite ici par “ comme ” est très forte (c’est le kathôs non le simple hôs).Elle indique non pas une simple imitation (notre mission ressemble à celle que Jésus a reçue du Père), mais l’origine causale, le fondement de notre mission : la mission Père-Fils fonde et soutient la mission que Jésus, le Fils, nous confie.La source de notre mission réside donc dans le cœur de Dieu, c’est-à- dire dans l’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit, l’amour qui les relie et en même temps les déborde.Avant d’être notre œuvre, notre mission est l’œuvre de Dieu en nous et par nous.Avant d’être un service à réaliser, notre mission est un amour à accueillir.2) Une deuxième parole de Jésus dans l’évangile de Jean met en lumière le sens de la mission de Dieu dans notre monde : “Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie étemelle.Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ” (Jn 3,16-17).“ Dieu a tant aimé le monde ” .L’amour de Dieu s’est exprimé dans un geste historique unique.Ce geste est explicité par deux verbes : “ il a donné son Fils “ il a envoyé son Fils Le don du Fils est fait par amour, par pure gratuité.Il n’est pas motivé par nos mérites ou démérites humains.30 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIEE PAR L’ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE Le but de l’envoi, du don du Fils par le Père, est formulé également par deux verbes qui s’éclairent l’un l’autre : “ pour que le monde soit sauvé par lui pour que toute personne humaine “ ait la vie éternelle Le but de la mission de Jésus, et donc de la nôtre, c’est le salut de tous et toutes, c’est-à-dire la vie en plénitude qui dure éternellement-.3 3) Une troisième parole de Jésus dans Jean éclaire en quoi consiste la vie étemelle, objet de la mission de Jésus; “ La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé Jésus Christ ” (Jn 17,3).La vie étemelle, la vie en plénitude, c’est connaître Dieu le Père et Jésus le Fils.“ Connaître ” au sens biblique veut dire “ faire l’expérience de ” : faire l’expérience de Dieu et de Jésus Christ.Donc, nous, les disciples, sommes envoyés pour que les gens fassent l’expérience de Dieu et de Jésus Christ, en fassent l’expérience amoureuse.Nous ne pouvons nous reposer tant qu’une personne sur terre ignore qu’elle aimée de Dieu et fasse l’expérience de son Amour.3.Témoigner de l’Amour du Père Durant toute sa vie, Jésus est venu accomplir une mission; il a proclamé une Bonne Nouvelle qu’il a formulée en ces termes : l’arrivée du Royaume de Dieu (cf.Mc 1,14; Mt 4,17; 4,23; 9,35; 24,14).Qu’est-ce que le Royaume de Dieu?Pour le dire d’une manière simple : c’est la communion des humains entre eux et avec Dieu; c’est-à-dire : la communion - l’amour- entre nous les humains, communion - amour - qui a son centre et sa source en Dieu.4 Au plus profond, la Bonne Nouvelle de Jésus portait sur Dieu.Mais indissociablement, elle portait sur la personne humaine, sur Janvier-Février 2001 31 MARCEL DUMAIS, O .MJ.ce qu’elle est, sur ce qu’elle est appelée à devenir.La Bonne Nouvelle dont Jésus est porteur, et dont nous, ses disciples, avons mission d’être les témoins à sa suite, est donc une Bonne Nouvelle sur Dieu et une Bonne Nouvelle sur nous, les humains.1) Une Bonne Nouvelle sur Dieu Par toute sa vie - ses paroles, ses gestes, sa mort et sa résurrection - Jésus est venu annoncer Dieu, il est venu dire Dieu.Essentiellement, la Bonne Nouvelle sur Dieu dont Jésus a témoigné tient en deux mots : Amour et Père.“Dieu est Amour ” : c’est la définition de Dieu (cf.1 Jn 4,8.16).“ Dieu est Père ” : c’est le nom de Dieu que nous dévoile Jésus.Dans le Nouveau Testament, les mots “ Amour ” et “ Père ” pour dire Dieu se recouvrent dans leur contenu.Mais je pense que nous n’avons jamais fini de comprendre, d’approfondir leur sens.et surtout de vivre en conséquence de ce qu’on découvre.Et on découvre qui est Dieu Père Aimant d’abord en regardant Jésus le Fils Aimant : Méditons ses paroles : par exemple la parabole du Père prodigue de don et de pardon pour ses deux fils qui nous représentent (Le 15,11-32); ou encore cette autre parabole surprenante du maître de la vigne qui donne le plein salaire aux ouvriers qui ne l’ont pas mérité (Mt 20,1-16).Admirons son accueil des gens rejetés ou marginalisés dans son milieu: les malades, les pauvres, les publicains, les femmes, les pécheurs.Méditons ses gestes symboliques, en particulier le lavement des pieds de ses disciples (Jn 13,1-15), qui bouscule cette image spontanée que nous nous faisons d’un Dieu tout-puissant.Jésus témoigne d’un Dieu qui sert humblement et nous invite à nous servir les uns les autres.Contemplons Jésus alors qu'il donne sa vie par fidélité à sa mission reçue de son Père et par amour pour nous les humains (Jn 13,1; 15,13).32 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L’ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE Par tout cela, Jésus nous dit qui est Dieu le Père et qui nous sommes, nous les humains.Car cette Bonne Nouvelle sur Dieu est, en même temps, une Bonne Nouvelle sur la personne humaine.2) Une Bonne Nouvelle sur la personne humaine Jésus dévoile qui nous sommes profondément.En raccourci, on peut le dire en deux formules bibliques: “ à l’image de Dieu ” (Gn 1,27-28) et “fils et filles de Dieu ”.Cette dernière formule, qui caractérise l’enseignement du Nouveau Testament, est la nouveauté que révèle Jésus.On peut dire que toute l’Écriture veut nous dire ce que cela signifie que d’être à l’image de Dieu, fils et fille de Dieu, et de vivre selon ce que nous sommes.En particulier, pour devenir fils et fille du Père, nous avons à aimer nos frères et sœurs humains comme le Père les aime : donc apprendre à aimer gratuitement, à aimer même ses ennemis, à pardonner, etc., ainsi que Jésus nous dévoile les exigences de l’amour dans le Sermon sur la Montagne (cf.en particulier Mt 5,38-48 ou Le 6,27-38).La Bonne Nouvelle dont nous avons à être les témoins, c’est : la paternité universelle de Dieu — la filiation universelle — la fraternité universelle.Chaque être humain est mis en face d’un choix à faire.Et ce choix, au bout du compte, c’est entre l’ouverture à Dieu et aux autres ou le repliement sur soi, l’égoïsme; choix entre l’amour et le non-amour.C’est finalement un choix entre la vie et la mort.Choisir la vie, l’ouverture, l’amour, c’est la voie du bonheur.Et c’est faire partie du Royaume de Dieu.Toute la mission de Jésus - et donc la nôtre -, c’est de témoigner, par des paroles, par des gestes, et d’abord par sa manière d’être, que Dieu est Amour et que tous les humains ont cette vocation de devenir fils/filles du Père et frères/soeurs de tous.On peut résumer.Dire Dieu est Amour : cela veut dire qu’il est relation à l’intérieur même de son être (Père, Fils, Esprit), qu’il est essentiellement communion.Janvier-Février 2001 33 MARCEL DUMA1S, O.M.I.cela veut dire que, s’il a créé des êtres personnels, c’est à son image qu’il les a faits et c’est pour qu’ils entrent en communion avec lui.cela veut dire que les personnes humaines sont faites pour l’amour, pour la communion entre elles et avec Dieu, cela veut dire que les humains sont créés libres - pas d’amour sans liberté - et que Dieu respecte leurs choix et leurs chemins de croissance pour le rencontrer.cela veut dire que, face à tous les êtres, Dieu est don et pardon (en d’autres mots, donneur de vie, plein de compassion.) Est-ce que nous sommes témoins de la Bonne Nouvelle de Dieu?Cela dépend de quel Dieu nous témoignons, par notre être, notre faire, notre dire.Est-ce bien le Dieu de Jésus?Nous sommes renvoyés à la question : quelle est l’image de Dieu que je porte?qui marque ma façon d’être et d’agir dont je témoigne?Et d’abord : quelle expérience de l’Amour de Dieu ai-je fait?Je suis sûr que tous et toutes, nous avons fait une expérience de l’amour de Dieu dans nos vies.Mais il nous arrive d’oublier cette expérience et de douter que Dieu nous aime vraiment.J’ai rencontré bien des personnes, dont des religieuses et des prêtres, qui me disent qu’elles croient que Dieu est Amour, qu’il aime tout le monde, mais n’arrivent pas à croire vraiment qu’il les aime personnellement, telles qu’elles sont, dans leur vulnérabilité et leurs faiblesses.Je le sais : dans la vie concrète, il nous est difficile de croire qu'une autre personne nous aime vraiment, qu’elle puisse nous dire sincèrement : “ je t’aime ”, et cela rend difficile de croire que Dieu nous aime personnellement.Nous avons du mal à vivre la gratuité, à croire à un amour que nous ne méritons pas.Et pourtant, l’amour de Dieu, à la différence de notre amour humain spontané, est inconditionnel.Dieu nous dit : je t’aime, point; non pas : je t’aime parce que tu as telles qualités ou parce que tu poses telles bonnes actions.Il nous faut prier beaucoup et demander la grâce de 34 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L’ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE croire en l’amour de Dieu pour nous.Car, sans l’estime de soi que donne la conviction profonde d’être aimé de Dieu, notre mission est hypothéquée au départ.On peut considérer cette réalité en partant par l’autre bout : la conscience plus ou moins vive que nous avons d’avoir comme mission dans le monde de témoigner, dans nos paroles et nos actes, de l’amour de Dieu, est le test, le baromètre qui nous indique le degré de notre conviction réelle d’être aimé de Dieu.5 Ne faut-il pas le reconnaître : nous sommes appelés à convertir sans cesse l’image de Dieu dont nous témoignons.4.Témoigner de la vie reçue en Jésus Christ ressuscité Après qu’ils ont rencontré Jésus ressuscité, ses apôtres ont compris que le Royaume de Dieu était vraiment arrivé dans sa personne.Alors, quand le Ressuscité les envoie et leur dit : “ Vous serez mes témoins ” (Ac 1,8), ils vont partout annoncer que Jésus est vivant et donc que, dans notre relation à Lui, la pleine communion avec Dieu et entre nous est rendue possible.Ce témoignage des apôtres, c’est ce qu’on appelle le kérygme.Nous en avons des condensés dans les discours missionnaires des Actes des Apôtres et dans les lettres de Paul (spécialement 1 Co 15,1-27).Ces textes fondamentaux doivent inspirer la nouvelle évangélisation qui est une urgence dans notre monde d’ici.Le kérygme des apôtres est l’annonce de l’événement-Jésus, surtout de sa résurrection, et de son sens de salut, c’est-à-dire de libération, de vie pour nous les humains.Ce qui s’est passé est une Bonne Nouvelle.Étant donné la résurrection, Jésus est donc “ Seigneur et Christ ”, comme le proclame Pierre dans son témoignage qui suit l’événement de la Pentecôte (Ac 2,36).Il est “ Seigneur ”, c’est-à-dire le Vivant de la vie de Dieu.Il est aussi “ Christ ”, c’est-à-dire celui qui fait vivre, qui communique la vie divine qui a transfiguré son humanité.Jésus ressuscité est le premier-né d’une mul- Janvier-Février 2001 35 MARCEL DUMAIS, O.M.I.titude de frères et de sœurs (1 Co 15,20-23).Il y a donc pour chacun, chacune, l’espérance d’être pleinement libéré un jour de toute forme de mal : le mal physique, dans sa forme extrême même qu'est la mort; le mal moral, spirituel, intérieur, qui se nomme le péché.Espérance de vivre en communion avec Dieu et avec les autres, de participer à la vie du Royaume en somme.La Parole des témoins de Jésus est donc une parole d’Espé-rance.Je pense qu’on a beaucoup de chemin à faire pour briser l’image qu’ont bien des gens que le discours de l’Église est un discours moralisateur et un discours doctrinal abstrait, qui ne les rejoint pas.Et pourtant, le monde en mal d’espoir a besoin d’entendre une parole d’Espérance.L’Évangile est une parole d’Espérance.Il annonce que l’amour vrai est possible et que la vie vaut la peine d’être vécue, malgré et même à cause de tout le négatif qui en constitue la trame.Le témoin donne le goût de vivre : il est sel et lumière du monde (Mt 5,13-16).Porteur d’une Bonne Nouvelle face au concert des médias qui proclament les mauvaises nouvelles, il dit, par tout son être plus encore que par ses paroles : malgré tout ce qui tue l’espoir tout autour, il y a de l’Espérance; il ne faut pas lâcher ; Jésus nous ouvre un avenir, un chemin de vie.Cette valeur espérance qu’est l’Évangile, on peut aussi l’appeler réponse à la quête de sens.Notre monde est en mal d’un sens à donner à l’existence.Des jeunes surtout se demandent pourquoi vivre.Avec Jésus ressuscité, un sens est donné à la vie, à l’histoire, à la mort même.Nous avons été choisis pour être dans notre monde les témoins de l’Espérance.“ Soyez toujours prêts à rendre compte de l’Espérance qui est en vous ” nous dit la Première lettre de Pierre (3,15).Cela me renvoie à la question : Est-ce que j’espère du fond de mon être ?Est-ce que l’Espérance est le ressort de ma vie ?36 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR U ENVOI AU TERME DE L’EUCHARISTIE 5.Témoigner dans l’Esprit Devant les exigences de la mission, on se sent bien pauvre, démuni.Suis-je à la hauteur de la mission que j’ai reçue ?Bien sûr que non.Et c’est bon que je me sente ainsi.Parce qu’alors je me tourne vers un autre, vers l’Autre qui vit et témoigne en moi.“ Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ” disait saint Paul aux Galates (2,20).Quand le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission, il leur promet de ne pas les laisser tout seuls pour cette tâche : “Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit, qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins ” (Ac 1,8).Je disais plus haut que Jésus ressuscité n’a pas quitté notre monde après la Résurrection.Il nous demeure présent par son Esprit.C’est l’Esprit de Dieu le Père communiqué à Jésus ressuscité qui nous est maintenant transmis (Ac 2,33).Rappelons-nous le dernier verset de l’évangile de Matthieu.Lorsqu’il envoie ses apôtres pour faire des disciples dans le monde entier, Jésus leur dit : “ Et moi, je suis avec vous tous les jours ” (Mt 28,20).Jésus ressuscité est le “ Dieu avec nous ”, l’Emmanuel, qui nous accompagne et rend possible notre mission.6 La promesse de Jésus se réalise à la Pentecôte.L’Esprit vient sur tous les disciples.Alors, se réalise l’annonce qu’avait faite Joël, comme l’exprime Pierre : “ Vos fils et vos filles seront prophètes ” (Ac 2,17-18).Tous les disciples de Jésus - donc nous tous et toutes - sont appelés à recevoir l’Esprit de la Pentecôte et à être prophètes, c’est-à-dire porte-parole de Dieu et de Jésus dans notre monde.D’après le récit des Actes des Apôtres, quand la situation rendait le témoignage difficile, les disciples demandaient l’Esprit pour avoir la parrèsia, c’est-à-dire l’assurance intérieure et le courage extérieur (l’audace) de témoigner (voir Ac 4,29-31).Janvier-Février 2001 37 MARCEL DUMAIS, OMI.Est-ce que je crois vraiment que l’Esprit Saint m’habite dans ma mission ?Est-ce que je crois que l’Esprit habite les gens qui m’entourent et les rend aptes à accueillir la Bonne Nouvelle ?6.Les modalités de notre mission Je conclus par quelques brèves réflexions touchant la façon de vivre notre mission.1) Tous et toutes aujourd’hui, nous avons une mission à continuer, quel que soit notre âge et notre milieu de vie.Même si je demeure dans une infirmerie, je dois vivre continuellement ma mission, et pas seulement par la prière.Il y a des personnes avec qui j’entre en contact : le personnel de service, mes compagnes, de la famille qui me visite.Comment suis-je avec ces personnes?Suis-je le témoin de l’Amour du Père, de sa tendresse, de son attention aux personnes, de son pardon?2) Comment suis-je avec les gens qui m’entourent?Vous aurez compris que la mission est d’abord de l’ordre de l’être, non du faire et du dire.Il faut, bien sûr, arriver si possible à dire Jésus Christ.Mais, de toute façon, le témoignage de la parole aura peu d’impact s’il n’est pas accompagné d’un témoignage de vie.A notre époque où il y a tant de beaux-parleurs, la parole n’est écoutée que si le témoin vit ce qu’il annonce.Comme l’a si bien dit Paul VI dans son encyclique sur la mission : “ L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres [.] ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins.”7 Les témoins sont alors renvoyés à des questions comme celles-ci: Suis-je heureux?Suis-je libéré intérieurement?Suis-je unifié dans mon être?Ai-je l’air heureux, épanoui humainement et spirituellement?La mission se propage par attraction plus que par conquête.3) Une question, que je formule à partir du titre du livre récent de mon confrère Jean Monbourquette : “ A chacun sa mission ” 38 La Vie des communautés religieuses LA MISSION SIGNIFIÉE PAR L'ENVOI AU TERME DE L'EUCHARISTIE Oui, sans doute.Mais il faut dire que la mission fondamentale que chacun, chacune de nous a reçue, nous est commune; elle est la même pour tous et toutes, disciples de Jésus: témoigner de l’amour du Père et de la vie reçue en Jésus Christ.Cette mission, chacun, chacune est appelé à la vivre d’une façon particulière selon ses charismes, ses talents.Mais il ne faut pas identifier notre mission à une tâche particulière ou à un lieu précis.Il faut être disponible pour de nouvelles modalités qu’est appelée à prendre notre mission.Disponible pour des changements dans la façon de la vivre selon les besoins de l’Église et de notre communauté.4) La mission est de l’ordre de la fécondité, non de l’efficacité.Il ne s’agit pas d’abord de faire des choses, mais de produire du fruit.L’ordre de la fécondité est toujours mystérieux, largement invérifiable.Jésus nous dit : “ Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous produisiez du fruit en abondance ” (Jn 15,8).Et, dans le verset suivant, il nous livre le secret pour porter du fruit : “Comme le Père m’aime, moi aussi je vous aime.Demeurez dans mon amour ” (15,9).Le secret d’une vie féconde : rester branché sur Jésus, dans l’amour qui le lie au Père.5) La mission suppose l’être-avec : l’être-avec Jésus.C’est bien exprimé dans l’évangile de Marc : “ Il en établit douze pour être avec lui et les envoyer prêcher ” (Mc 3,14).Pour pouvoir prêcher, témoigner de Jésus, les apôtres ont dû vivre intensément avec lui.Ils auront, plus tard, à répondre à la question : “ Et vous, qui dites-vous que je suis?” (Mc 8,29), ce qui implique la demande suivante : “ Suis-je important pour vous ?” Paul dira : “ Je m’élance pour tâcher de le saisir, ayant été saisi moi-même par Jésus Christ ” (Ph 3,12).Laissons-nous saisir par le Christ, en particulier dans les moments de prière, dans la célébration de l’Eucharistie.Mais Jésus nous saisit doucement.Il ne s’impose pas.Il prend l’initiative de venir à nous, comme il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs : il les a rejoints sur leurs chemins.Mais, comme pour ces deux disciples, Jésus nous laisse libres de l’inviter à entrer dans Janvier-Février 2001 39 MARCEL DUMAIS, O.M.I.notre demeure pour partager le repas avec nous.Selon le texte imagé de l’Apocalypse, Jésus le Ressuscité se tient à notre porte et il frappe, mais il ne force pas son entrée chez nous.“ Voici, je me tiens à la porte et je frappe.Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi ” (Ap 3,20).A nous d’ouvrir la demeure de notre cœur pour qu’il partage la cène avec nous et que nous ayions le goût d’inviter les gens autour de nous à prendre part au banquet du Royaume, à la convivialité de l’Amour reçu et partagé.Marcel Dumais, o.m.i.175, rue Main OTTAWA ON K1S 1C3 NOTES : 1.Constitution dogmatique sur l’Eglise, no 11.2.Pierre G.Van Breemem, Seul l’amour compte, Montréal, Bellarmin, 2000, p.81.3.Dans l’évangile de Jean, l’adjectif éternel est à comprendre dans l’ordre qualitatif (vie en plénitude) plus encore que dans l’ordre temporel (vie sans limitation dans le temps).4.Pour traduire adéquatement l’expression grecque basileia tou Theou, il faudrait pouvoir dire à la fois « Règne de Dieu » (exprime la prééminence de la présence active de Dieu) et « Royaume de Dieu » (exprime l’appartenance des humains au domaine régi par Dieu).5.On peut voir une indication du lien étroit entre la mission et l’amour dans le parallélisme de ces deux paroles de Jésus qu’on lit dans l’évangile de Jean : « Comme le Père m”a envoyé, moi aussi je vous envoie » (20,21); « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé » (15,9).La mission est la forme que prend l’amour dans nos rapports avec les autres.6.Au début de l’évangile de Matthieu, l’ange avait annoncé à Joseph que « le nom d’Emmanuel sera donné à Jésus » (1,23).Après la résurrection, Jésus pourra être reconnu et appelé par nous l’Emmanuel, le Dieu avec nous (28,20).7.L’évangélisation dans le monde moderne, 1975, no 41.40 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN Madeleine Saint-Michel, rhsj Un jour, pendant une réunion des membres du comité de rédaction de la revue Vie des communautés religieuses, je me suis fait demander : « Madeleine, peux-tu nous parler de ton projet d’accompagnement spirituel des malades à domicile?Où en es-tu rendue?Y a-t-il plusieurs communautés qui y participent?De quel partenariat s’agit-il?» Ma première réaction en fut une de crainte et de recul, car je me sens beaucoup plus à l’aise « sur le terrain », avec les malades et leurs proches, ou encore dans la formation concrète des intervenants bénévoles, que dans les concepts ou la théorie écrite.Cependant, comme se dépasser c’est aller là où l’on est peu ou jamais allé, j’ai décidé de plonger! Laissez-moi donc vous parler de ma passion pour les personnes malades et de ce qui me tient beaucoup à cœur dans ce projet : la réponse à leurs besoins spirituels et religieux.Janvier-Février 2001 41 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ UN PEU D’HISTOIRE Jeune, je voulais soigner les malades.Pour réaliser ce rêve, j’ai donc choisi de devenir infirmière.Or, tout à fait à mon insu, le Seigneur fit un autre rêve dans lequel il m’appelait à la vie religieuse, chez les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph qui consacrent leur vie aux pauvres et aux malades, pour les servir dans la tendresse et la compassion.Après 30 ans de service hospitalier à différents échelons administratifs, et 10 ans de soins palliatifs à domicile, j’avais les malades dans la peau, dans le cœur et dans l’esprit.Je désirais pour eux ce qu’il y avait de meilleur, c’est-à-dire répondre à leurs besoins, non seulement physiques, psychologiques, familiaux, sociaux et cognitifs, mais aussi et surtout spirituels, dimension fondamentale de l’être si souvent négligée et même totalement oubliée dans les soins.Réfléchissant à l’avenir des soins de santé et considérant les besoins spirituels très réels rencontrés à de multiples reprises dans mes expériences antérieures à domicile, je me suis dit qu’il fallait créer du neuf en pastorale, sans quoi l’Église ne serait plus présente dans la vie des personnes souffrantes et, selon moi, une Église non présente aux malades n’est pas l’Église de Jésus-Christ.A cela, je ne pouvais me résigner.Mais que faire?Et comment faire?En juin 1993, le Gouvernement du Québec publie la Loi 120.L’article 100 de cette loi dit que les services de santé et les services sociaux doivent être « de qualité, continus, accessibles et respectueux des droits des personnes et de leurs besoins spirituels1 ».La porte du système de santé s’ouvrait.l’heure était donc venue d’agir! Si l’on considère cet article dans une perspective pastorale, nous pouvons constater « qu’en nommant la composante spirituelle des soins de santé, l’État la reconnaît officiellement.Il recon- 42 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN naît en même temps l’action curative des soins de pastorale, lorsqu’ils répondent au mal de l’âme, à ses questionnements de sens, à la remise en question de son orientation spirituelle2 ».LA SITUATION DES MALADES À MONTRÉAL Nous avons fait - une équipe multidisciplinaire ainsi que moi-même - une analyse des statistiques établies par la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal : nous avons constaté que seulement 15 % des personnes malades sont soignés dans les établissements de santé et ont accès au service de pastorale de ces établissements.Les autres (85 %) sont soignés à domicile.Nous nous sommes alors posé quelques questions concernant le service d’accompagnement pastoral offert à ces personnes : de quelle nature est-il?Qui le prend en charge : la paroisse?les familles?des organismes communautaires?des bénévoles?Qui établit le lien pastoral entre l’hôpital et le domicile?De toute évidence, le service pastoral comportait de grandes lacunes.En outre, il était illusoire de penser que l’application de la Loi 120 assurerait un service d’accompagnement spirituel à domicile de qualité, offert par des intervenants bien formés et supervisés de façon régulière dans chacune des 282 paroisses du diocèse.De là est née l’idée d’élaborer un nouveau projet pour répondre aux besoins spirituels et religieux des personnes malades à domicile.Ce projet n’est donc pas le fruit d’une recherche scientifique; il est né suite à un constat de la réalité vécue par les malades, dans une ville comme Montréal.SERVICE D’ACCOMPAGNEMENT SPIRITUEL À DOMICILE Le projet se veut d’abord et avant tout de nature pastorale, c’est-à-dire inspiré par les valeurs évangéliques et basé sur elles.Il vise à manifester une « Église-Peuple de Dieu en marche », une Église vivante où des personnes engagées au nom de leur foi, se Janvier-Février 2001 43 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ déplacent pour aller VERS les malades et les personnes âgées.Une Église qui s’adapte à la route, assez libre pour prendre le virage en même temps que la société, afin d’être là, au bon moment, pour les accompagner dans leur souffrance, là où ils sont, c’est-à-dire chez eux.Une Église qui actualise le « J’étais malade et tu m’as visité » (Mt 25).ÉNONCÉ DE MISSION En fidélité à CELUI qui nous appelle auprès des malades à domicile EN ÉGLISE, nous nous engageons à répondre aux besoins spirituels des personnes souffrantes, dans le contexte actuel de la réforme de la santé, quelles que soient leurs croyances.PAR NOTRE ACCOMPAGNEMENT, nous les aidons à trouver un « sens » à leur vie pour qu’elles découvrent dans l’épreuve une espérance et une libération.DANS UN ESPRIT ÉVANGÉLIQUE, nous développons des attitudes d’accueil, d’écoute, d’empathie, d’acceptation, de tendresse et de compassion.NOUS RÉAFFIRMONS ET PROCLAMONS les valeurs de respect de la vie et de la dignité de la personne qui motivent et soutiennent notre engagement.NOUS SOMMES APPELÉS à assurer un partenariat avec les CLSC et les différents services de santé, de même qu’avec les les groupes communautaires, à l’intérieur d’une APPROCHE GLOBALE.44 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN OBJECTIFS DU SERVICE Répondre aux besoins pastoraux : spirituels et/ou religieux; de recherche de sens à la vie, à la maladie, à la souffrance, à la mort; d’entrer en relation avec les autres, avec Dieu et avec soi-même; d’identification de la foi; de prière; de vie sacramentelle : pardon, eucharistie, onction des malades; de lien avec le pasteur; de soutien à la famille.SERVICES OFFERTS 1) visite à domicile; 2) accompagnement spirituel dans le respect de la personne et de ses croyances; 3) présence faite d’écoute et de soutien; 4) sacrements (en lien avec la paroisse); 5) prière, partage de la Parole de Dieu et de l’eucharistie; 6) référence aux autres confessions.CARACTÉRISTIQUES DU PROJET Aspects innovateurs 1- Concept élargi de la pastorale La pastorale de la santé a été pensée presque uniquement en fonction des hôpitaux et, d’ailleurs, on la nomme régulièrement pastorale hospitalière.Avec la réforme de la santé et les nouvelles exigences gouvernementales, il fallait réviser notre façon de con- Janvier-Février 2001 45 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ cevoir la pastorale en élargissant notre vision, afin d’offrir à tous les malades et aux personnes âgées, les services auxquels ils ont droit, qu’ils soient à l’hôpital, au centre d’accueil ou à domicile.Il était évident pour nous que la pastorale devait devenir communautaire, c’est-à-dire offerte à toute la communauté souffrante.2- Accompagnement à domicile Privilégier le domicile peut être une façon originale d’inventer l’avenir de la pastorale de la santé.Chez nous, actuellement, avec la réforme de la santé et des services sociaux, nous faisons face à une augmentation considérable des soins à domicile.Les malades sont inscrits sur de longues listes d’attente avant une éventuelle hospitalisation.L’hospitalisation elle-même est réduite à une moyenne de cinq jours.La nécessité des soins palliatifs augmente sans cesse et les personnes âgées en perte d’autonomie sont de plus en plus nombreuses.Dans les années à venir, il faut s’attendre à ce que s’accroisse le nombre de malades qui mourront à domicile et requerront en conséquence un accompagnement global.On le comprend : l’annonce d’une maladie grave et la peur de mourir font que les personnes malades établissent un bilan de vie les amenant à demander un accompagnement spirituel.Présentement, qui s’occupe de répondre aux besoins spirituels et religieux de tous ces gens?Et qui doit le faire?Où se situe en ce domaine la responsabilité de l’État et celle de l’Église?L’Église est-elle présente à ces nouveaux besoins?La retrou-ve-t-on « en marche » comme Jésus, sur la route, vers le domicile, pour être avec les souffrants, les blessés et les démunis de notre ville?Conscients que l’être humain n’est pas considéré dans son entité parce que plusieurs services de santé s’occupent avant tout du « corps », nous avons choisi d’offrir aux grands malades et aux 46 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN personnes âgées un service d’accompagnement spirituel en nous penchant surtout sur l’« âme » et le « cœur », au nom de Jésus.Il ne s’agit pas de privilégier un service aux dépens des autres, mais peut-être de faire en sorte que la pauvreté des ressources liées à la pastorale-santé à domicile stimule l’imagination et la créativité.Un projet comme le nôtre, donne lieu à des regroupements de chrétiens engagés où chacun trouve sa place comme membre actif de l’Église.Le projet que nous avons mis sur pied en 1995 vise à offrir aux grands malades et aux personnes âgées un accompagnement qui réponde à leurs besoins réels et nouveaux.Dès ses débuts, 417 malades ont été visités à leur domicile.3- Privilégier le secteur L’aspect le plus nouveau de notre projet est certainement le fait de privilégier le travail en secteur3.De cette manière, la vie actuelle et la survie du projet ne dépendent ni d’une seule paroisse ni d’un seul curé qui serait favorable à ce projet, mais plutôt de toutes les communautés paroissiales réunies afin de réaliser ensemble un projet commun.Travailler en secteur permet une prise en charge missionnaire d’un milieu beaucoup plus large que celui de la paroisse.Le projet devient réalisable même dans la paroisse où les effectifs sont faibles.Par contre, il importe de bien voir que le secteur ne peut être dynamique que si les paroisses sont vivantes et complémentaires les unes par rapport aux autres.Actuellement le projet est implanté dans 10 secteurs englobant 51 paroisses montréalaises sur 282.Janvier-Février 2001 47 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ 4- Partenariat communautaire Un autre aspect intéressant de notre projet est l’insistance que nous mettons sur la mise en œuvre d’un partenariat communautaire basé sur une interdépendance des personnes.Nous croyons que l’avenir de la pastorale de la santé doit être conçu de manière à ce que l’on passe du service complémentaire à la réalité du partenariat.Parler de partenariat, c’est souligner l’importance d’impliquer toutes les personnes concernées pour que le service rendu réponde le mieux possible à toutes les dimensions de la personne.Une preuve tangible de cette réalité, c’est qu’actuellement, en 2001, nous vivons déjà plusieurs formes de partenariat : ¦ d’abord dans l’équipe de direction pastorale et financière qui regroupe des représentants des communautés religieuses, des secteurs et du diocèse; ¦ trois projets différents sont en cours, en vue d’une pastorale de liaison entre les hôpitaux, les CLSC et le domicile, qui regroupent des directeurs généraux, des aumôniers, des vicaires épiscopaux de région, des infirmières, des travailleurs sociaux, des psychologues, des travailleurs communautaires, des agents de pastorale à domicile, des bénévoles accompagnateurs ainsi que la personne responsable de la pastorale santé au diocèse; ¦ avec les trois hôpitaux universitaires du CHUM dans l’implantation d’un projet d’accompagnement spirituel à domicile pour les malades suivis spécifiquement en soins palliatifs; ¦ dans certaines régions où la coordination se fait avec les membres des C.P.P.(Conseil pastoral paroissial) et les marguilliers.Le projet fait aussi appel à d’autres partenaires qui agissent surtout comme « référents », puisqu’ils travaillent déjà dans le secteur et connaissent les malades susceptibles de faire appel à notre service.Il s’agit de : 1) les agents dépisteurs des CLSC (infirmières, travailleurs sociaux, physiothérapeutes); 2) les infirmières de liaison à domicile des centres hospitaliers des secteurs; 3) les 48 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN membres des équipes pastorales des différents centres de santé; 4) les membres des groupes communautaires (popote roulante, services aux aînés); 5) les pasteurs des paroisses concernées.Tous possèdent notre feuillet publicitaire qu’ils présentent aux malades en temps et lieu.Par la suite, pour que soit assurée la confidentialité et respectée la loi d’accès à l’information, c’est la personne malade elle-même ou quelqu’un de sa famille qui fait une demande d’accompagnement.5- Partenaire bénévole Non seulement notre projet ne saurait se réaliser sans partenaires bénévoles, mais il repose réellement sur eux.Nous invitons donc des laïcs (hommes et femmes) engagés au nom de leur foi à prendre une part active à la mission de l’Église auprès des malades.Nous les considérons vraiment comme des partenaires.En veillant à leur formation, nous mettons l’accent sur l’importance de la coresponsabilité et d’une prise en charge des malades par la communauté chrétienne.Nous favorisons un travail d’équipe et de partage où chacun apporte ses expériences de vie, de richesse d’être et de foi, afin d’atteindre ensemble les objectifs pastoraux poursuivis.Depuis le début des activités, en 1995, nous avons formé 350 bénévoles.De ce nombre, 131 font actuellement des visites à domicile.Les autres ont quitté, soit à cause d’un déménagement, de l’âge avancé ou parce qu’ils ne répondent pas aux critères de sélection exigés par les responsables.Il est à noter que parmi les bénévoles, nous comptons des religieux et religieuses de 24 communautés différentes.Janvier-Février 2001 49 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ 6- Visite à domicile Le service que nous voulons rendre répond à un besoin spirituel explicitement manifesté et il se présente essentiellement sous forme de visites planifiées dans une visée pastorale.L’accompagnement proposé aux malades et aux personnes âgées, empreint du respect de la personne et de ses croyances, doit se faire à l’intérieur d’un processus relationnel qui implique une ouverture du cœur et de l’esprit, favorisant ainsi une croissance spirituelle.Une nette distinction doit donc être établie entre la visite d’amitié ou la visite médicale (assurées par les organismes communautaires du quartier) et la visite pastorale.En effet, les objectifs de chacune d’elles sont différents : la visite pastorale a pour objectifs particuliers d’offrir aux personnes malades la présence faite d’écoute et de soutien, dans le respect total des personnes et de leurs croyances.Elle offre aussi un accompagnement spirituel et religieux qui invite à la prière et au partage de la Parole de Dieu.En lien avec les paroisses, elle peut aussi proposer la célébration des sacrements.Statistiques Pour la période du 1er juillet 2000 au 30 avril 2001,705 malades ont reçus 14 166 visites à leur domicile, totalisant 13 154 heures de présence et d’écoute, données en réponse à leurs besoins spirituels par 131 visiteurs bénévoles, engagés au nom de leur foi dans les 51 communautés chrétiennes (paroisses) impliquées et regroupant 10 secteurs des 5 régions concernées (région Nord, région Ouest, région Sud, région Centre, région de Laval).50 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN PRINCIPAUX MOTIFS DES DEMANDES VENANT DES MALADES OU DE LEUR FAMILLE Nous ne notons ici que le premier motif mentionné sur la demande.Souvent, plusieurs raisons s’entremêlent au cours des visites subséquentes : Écoute et soutien 37% Maladie/souffrance 26% Solitude/détresse 20% Communion 15% Deuil 2% 7- Formation Il est très important que la formation initiale de même que la formation continue des partenaires bénévoles soient données pour atteindre les objectifs pastoraux visés.En ce domaine, la bonne volonté ne suffit pas.Il faut bien faire le Bien! Nous tenons à former des bénévoles qui sont aptes à offrir un service pastoral spécialisé.Un tel service implique non seulement une charité de la part des bénévoles, mais aussi une compétence théorique et technique qui repousse toute improvisation et donne à la pastorale auprès des malades la place qui lui revient dans le monde de la santé.Pendant la période du 1er juillet 2000 au 30 avril 2001, 172 bénévoles ont reçu 30 heures de formation initiale et 166 bénévoles sont actuellement en formation continue à raison de 2 à 3 heures par mois.Comme la qualité a un prix, il nous a fallu trouver un moyen équitable pour essayer de rémunérer les responsables des régions qui ont pour tâches de recruter, de former, de superviser, d’évaluer les bénévoles en action.Janvier-Février 2001 51 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ 8- La Fondation « Les amis de Jeanne-Mance » Avec l’accord de Monsieur le Cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, nous avons mis sur pied la Fondation « Les amis de Jeanne-Mance »4.Pourquoi ce nom?Parce que nous croyons que les vrais amis de Jeanne-Mance étaient sans aucun doute les personnes malades et tous les bienfaiteurs qui l’ont aidée.Considérant les besoins réels des huit régions pastorales du diocèse, réparties en 39 secteurs et 282 paroisses, l’objectif de la fondation a été fixé à 8 M $.Celle-ci a été incorporée le 18 novembre 1999 et le numéro d’enregistrement aux fins d’impôt est le : 89061 4910 RR0001.Les dons versés à cette Fondation contribuent à constituer un fonds stable dont les intérêts servent à rendre possible le Service d’accompagnement spirituel à domicile.Le montant généré sert à embaucher progressivement des responsables possédant une solide formation théologique (baccalauréat) et une formation en pastorale clinique de la santé.Voilà ce qui permet d’assurer qu’en tout temps et en collaboration avec les autres instances, le service offert soit centré sur les personnes malades et/ou âgées et qu’il réponde à leurs besoins spirituels.Vous qui me lisez, avez-vous le goût d’être partenaire et ami de Jeanne-Mance?L’objectif est loin d’être atteint.Les malades, les personnes âgées et les personnes souffrantes sont encore nombreux autour de nous à attendre d’être visités.Devrons-nous les mettre sur une liste d’attente comme dans les hôpitaux?Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement tous ceux et celles qui ont fait des dons en argent, ou qui ont offert leurs services en œuvrant comme bénévoles ou comme personnes-ressources en formation.52 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN OBSTACLES La mise en œuvre du projet que je viens de présenter rapidement ne fut pas facile.Les obstacles rencontrés furent nombreux et, assez vite, ils nous firent perdre quelques illusions : par exemple, croire que les membres de direction évolueraient spontanément et les curés soutiendraient notre projet.Au départ, nous pensions qu’il serait facile de sensibiliser rapidement les conseils de paroisse à notre noble cause et nous ne voyions pas pour quelle raison le ministère de la Santé et/ou le diocèse ne nous accorderaient pas de budget substantiel.De plus, nous croyions que notre projet, parce qu’il est inspiré par la foi, serait aisé à implanter.mais tel ne fut malheureusement pas le cas.Rien de tout cela ne se vérifia.Il nous a fallu affronter la dure réalité et mettre nos illusions au placard.Malgré tout, nous avons vécu jusqu’à ce jour de très belles réalités humaines et chrétiennes, et nous savons maintenant, par expérience, qu’il n’y a rien de facile dans l’implantation d’un projet de foi.L’important est de croire fermement à ce que nous voulons instaurer et d’avoir l’audace de notre foi.Nous ne sommes pas les maîtres de la vigne, mais seulement des partenaires dans la mise en œuvre de la mission de Jésus.Il demande notre collaboration; nous avons à la lui apporter dans la confiance et l’espérance.AVENIR DE LA PASTORALE AUPRÈS DES MALADES Nous ne savons pas ce qu’il adviendra de la pastorale auprès des malades dans les décennies qui viennent, mais nous savons que son avenir ne se bâtira pas tout seul.Cet avenir dépend de nous.Il nous appartient donc de l’inventer avec audace.Cela suppose que, d’étape en étape, nous prenions le temps de bien évaluer le travail accompli et de déterminer celui qui nous apparaît possible, en tenant compte des demandes qui nous sont faites, des moyens financiers disponibles et des ressources humaines en place.Janvier-Février 2001 53 MADELEINE SAINT-MICHEL, RHSJ Nous croyons qu’il nous revient de préparer les communautés chrétiennes à se faire de plus en plus présentes auprès des personnes malades afin de leur assurer un authentique ministère d’évangélisation.Il n’y a pas à se le cacher, l’enjeu est typiquement missionnaire.Des tâches importantes nous attendent donc, notamment la nécessité de faire voir le bien-fondé d’une pastorale auprès des malades qui fait appel à un travail complémentaire entre les paroisses et les secteurs de même qu’entre les régions pastorales et le diocèse.Il nous faudra aussi prendre les moyens qui permettront une mise en commun des ressources humaines et financières requises pour la réalisation de l’ensemble des projets en cours, afin de répondre à cette priorité pastorale.Le Service d’accompagnement spirituel a été créé dans un souci de présence et d’accompagnement des personnes malades et/ou âgées isolées à domicile.Son implantation locale, restreinte d’abord, a confirmé l’ampleur des besoins et la pertinence du projet.La perspective de son extension est objet d’espérance pour tout le diocèse et s’inscrit dans la foulée des orientations synodales : des communautés ouvertes, accueillantes et fraternelles, où se vit une véritable coresponsabilité au service des malades (cf.Orientations pastorales diocèse de Montréal).Nous avons la ferme conviction que c’est l’Église dans son ensemble qui doit s’organiser pour être, dans notre milieu, signe de tendresse et de compassion du Christ à l’égard des malades.Mis en œuvre par des individus, ce Service d’accompagnement doit être assumé en Église.C’est le défi à relever.Sœur Madeleine Saint-Michel, r.h.s.j.2000, rue Sherbrooke Ouest Montréal, Québec, H3H 1G4 54 La Vie des communautés religieuses UN PROJET HORS DU COMMUN NOTES 1 Loi sur les services de la santé et les services sociaux et modifiant diverses dispositions législatives, L.Q.chapitre 42 et modifications, 4 juin 1993, Éditeur officiel du Québec.2 Cécile LABONTÉ, Prêtre et Pasteur, vol.96, no 5, mai 1993, p.275.3 Le diocèse de Montréal est divisé en 8 régions.Chaque région est divisée en secteurs.Un secteur regroupe de 5 à 7 paroisses.Chaque région est animée par un vicaire épiscopal.4 Cofondatrice de Montréal et première infirmière laïque en Amérique du Nord.AVIS S.V.P.veuillez prendre note que les retraites de septembre et octobre 2002 sont annulées au Centre de Spiritualité des Ursulines à Loretteville.Des réparations majeures se feront pendant ce temps.LES ACTIVITÉS REPRENDRONT EN JANVIER 2003.Vous pourrez continuer de faire vos réservations car la Direction et la Réception resteront en fonction pour un service continu.Merci de votre collaboration ! - ATTENTION - Les pages publicitaires pour la revue de mars-avril 2002 devront entrer avant le 4 février 2002 Janvier-Février 2001 55 DERNIER APPEL POUR LA VIE RELIGIEUSE (2e partie)* Sean D.Sammon,f.m.s., Ph.D La génération et l’Église Le scepticisme qu’entretiennent les Xards par rapport aux institutions se répercute sur leurs attitudes envers l’Église.Malheureusement, beaucoup de fidèles, responsables de cela, n’ont pas réussi ces dernières années à transmettre les meilleurs aspects de leur héritage spirituel.Si des bulletins étaient émis pour mesurer l’efficacité de l’éducation religieuse catholique au cours des trois dernières décennies, un certain nombre de ministres de l’Église autour de la cinquantaine seraient ébranlés par les notes qu’on leur donnerait.En général, les Xards n'acceptent pas facilement les institutions religieuses conventionnelles et les dévotions toutes faites.Ils soupçonnent les deux de manière profonde et durable.Dans leur esprit, le «christianisme» officiel devient trop lié à la culture de la classe moyenne américaine.A-t-on sacrifié le message radical de l’Évangile, se demandent-ils, de sorte que les rêves de la classe moyenne des blancs puisse avoir préséance?Les Xards veulent sortir Jésus des mêmes institutions qui disent exercer le ministère en son nom.En même temps, un nombre significatif d’hommes et de femmes de cette génération manque de connaissance sur plusieurs des dogmes fondamentaux de la foi catholique.La plupart sont doctrinalement et historiquement des illettrés quand il s’agit de la tradition catholique; 56 La Vie des communautés religieuses DERNIER APPEL POUR LA VIE RELIGIEUSE ayez une conversation avec n’importe lequel d’entre eux et vous découvrirez rapidement qu’ils ne sont pas des catholiques ni du catéchisme ni du Concile.Par exemple, en réfléchissant sur son expérience comme professeur de théologie au Holy Cross College, Mary Ann Hindale, c.i.m., faisait la remarque suivante dans une récente entrevue : «Vous ne pouvez assumer aucun arrière-plan culturel que ce soit, même avec des étudiants catholiques; alors vous commencez à zéro.Lorsque j’ai débuté ma carrière il y a vingt ans, je n’avais pas pensé que j’étais pour devenir missionnaire».Comme si elles offraient une base pour appuyer cette remarque, plusieurs congrégations religieuses exigent aujourd’hui que tôt au cours du processus de formation, leurs candidats et candidates participent à un rite d’initiation chrétienne pour adultes.Toutefois, les Xards ne sont pas en colère contre l’Église catholique; ils ne sont qu’étonnamment indifférents.Ils ne souffrent pas de sentiments de culpabilité par rapport au sexe et n’entretiennent pas de mauvais souvenirs d’une enfance passée à l’école catholique.Par conséquent, la violence que certains religieux et religieuses manifestent envers l’Église les rend perplexes.«Pourquoi, se demandent-ils, les gens continueraient-ils de faire partie d’une organisation qui semble leur causer tant de souffrances et d’angoisse?» Au lieu d’entendre ce que les religieux et les religieux ne croient plus, les Xards iront plutôt apprendre quelque chose de ce qui leur tient encore à coeur.La génération X et la spiritualité Étonnamment ignorants dans le domaine de la foi et de la théologie, les Xards ne sont ni irréligieux ni indifférents à la spiritualité.Mais on ne trouvera pas la clef de leur relation avec Dieu dans les endroits traditionnels.Les «treizards» ont été forcés de chercher les fondements de leur foi au sein de profondes ambiguïtés théologiques, sociales, personnelles et sexuelles.Si vous voulez apprendre quelque chose de leurs intérêts religieux, Janvier-Février 2001 57 SEAN D.SAMMON, F.M.S., PH.D de leurs espoirs, de leurs peurs et de leurs désirs, regardez leurs films, leurs chansons populaires, MTV, leurs jeux, le cyberespace et leurs programmes de télévision.Tout en étant affamés spirituellement, les Xards semblent aussi prendre leur temps pour une recherche de valeurs humaines plus profondes.Ils sont prêts à attendre pour avoir une vision de la vie crédible et authentique, et ils en désirent une, en fait, qui soit irrésistible et stimulante.Ils espèrent aussi que lorsqu’ils la trouveront, ils découvriront également quelques lignes de conduite pratiques pour la vivre.Les jeunes cherchent un défi dans ce domaine, un défi qui soit exigeant tout en étant invitant et audacieux.Dit simplement, ils aspirent à quelque chose qui prendra feu en eux, qui les embrasera d’une passion pour la vie.Une redécouverte de la véritable tradition chrétienne, plutôt que du traditionalisme, peut être un premier pas pour rassasier leur faim.Ultimement, les Xards aspirent, d’une manière à la fois implicite et explicite, à une rencontre presque mystique avec l’humain et le divin.Ils trouvent plus facilement le religieux dans l’expérience personnelle et considèrent que leur propre expérience est supérieure aux récits des autres ou aux vérités transmises par un credo ou par l’usage.La génération X et leurs aînés Il y a bien des années, la génération maintenant autour de la cinquantaine aimait beaucoup offrir ce conseil sans détour : «Ne faites confiance à personne au-dessus de 30 ans.» Aujourd’hui, dans un renversement étrange des rôles, cette même génération a changé la cible de sa méfiance pour la porter sur les hommes et les femmes que l’on connaît sous le nom de Xards.Une tension importante existe entre un certain nombre de boomers et leurs plus jeunes frères et soeurs.Toutefois, les Xards ne forment pas un groupe totalement uniforme.Ceux qui sont nés à la frontière du territoire des «treizards», par exemple, s’identifient souvent à certaines préoccupations et à la vision du monde de la génération 58 La Vie des communautés religieuses DERNIER APPEL POUR LA VIE RELIGIEUSE plus âgée.Mais, ceci dit, il est également vrai que bien des personnes d’âge moyen jugent que les «treizards» sont un groupe décevant : ils sont mal informés, intellectuellement ternes, politiquement inactifs, conservateurs sur le plan religieux et désespérément matérialistes.«Peuvent-ils trouver Denver sur une carte ?» se demande un boomer.Certains Xards craignent qu’un certain nombre de contemporains autour de la cinquantaine soient en train de redéfinir tous les tests d’idéalisme de manière à garantir l’échec des membres de leur génération.Avec le temps, beaucoup ont porté des jugements sur leurs aînés, en classant certain d’entre eux comme n’étant rien de plus que des idéologues pharisaïques.La plupart des «treizards» se réjouiraient de ne jamais avoir encore à lire un autre article commémorant Woodstock, Kent State, ou Vatican IL Ils se sont fatigués d’entendre leurs devanciers s’attribuer le crédit pour des choses qu’à leur avis les aînés n’ont pas réalisées : inventer le rock and roll, commencer le mouvement des droits civils, arrêter la guerre au Vietnam, avoir à eux seuls réformé l’Église catholique avec Vatican IL La grande majorité des «treizards» questionnent la perception qu’ont certains boomers d’avoir été avec leurs compatriotes d’âge moyen, la génération la plus créatrice, idéaliste et moralement consciente de l’histoire de la nation et de l’Eglise, sinon du monde.Les «treizards» accueilleraient un peu d’humilité de la part de leurs aînés; mais la majorité désespèrent de voir cela un jour.Sean Sammon f.m.s.Ph.D.1.Le frère Sammon mentionne la violence de certaines personnes consacrées envers l’Église comme élément de perplexité pour les jeunes.Selon nous, y aurait-il chez les religieux et les religieuses d’autres éléments de perplexité ou même de scandale pour les jeunes qu’il faudrait examiner et corriger ?Autrement dit, en quoi la réaction de la génération X par rap- Janvier-Février 2001 59 SEAN D.SAMMON, F.M.S., PH.D port aux communautés peut-elle nous aider à mieux vivre notre vocation de radicalité évangélique ?2.Comment expliquer ce qui semble une peur ou au moins une timidité à dévoiler «ce qui est apparemment un des secrets les mieux gardés du catholicisme contemporain» comme l’affirme le frère Sammon ?Peut-on en sortir et comment ?* La première partie du texte a paru dans le Volume 59 - 4 -sept-oct.2001 Saviez-vous que?.Lors de notre sondage au printemps 2001 • nous avons reçu 131 réponses sur un envoi de 2200 exemplaires de la revue • sur les 131,18 personnes nous ont dit lire la revue depuis sa création en 1942 et 97 depuis plus de cinq ans.BRAVO! • sur les 103 personnes qui nous ont fait connaître leur âge, une seule est âgée entre 26 et 35 ans, trente-huit ont entre 46 et 65 ans et soixante-quatre ont de plus de 66 ans.Parmi ces personnes, il y a 6 hommes et 97 femmes • la majorité appartient à une Congrégation religieuse de type apostolique (125), 3 à une Congrégation de type monastique, 1 laïque à la retraite et une personne d’une nouvelle forme de vie consacrée (A suivre.) 60 La Vie des communautés religieuses Ouvrages récents sur la Mission Un nouveau souffle pour la Mission, Maurice Pivot, l’Atelier, 2001 Dans un univers marqué par la pluralité des cultures et des religions, n’est-il pas totalement incongru de parler de la Mission de l’Église ?L’heure n’est-elle pas venue pour les chrétiens de faire preuve de tolérance alors même que les intégrismes sévissent dans divers endroits de la planète ?Théologien, Maurice Pivot constate que la Mission a subi les critiques de ceux qui l’ont assimilée à la colonisation des tiers mondes et de ceux qui ne supportent plus que l’Église puisse s’identifier à la vérité.Au contraire de cette tendance identitaire, cet ouvrage plaide pour une conception de la Mission qui intègre le dialogue comme un point de passage incontournable.Ce dialogue est pour l’Église le lieu d’apprentissage de sa manière d’être dans l’humanité.Ce livre fondamental construit une théologie de la Mission qui combine de manière originale le dialogue et l’annonce de l’Évangile.Cette annonce n’est pas la répétition de vérités de foi, elle est le témoignage de la réalité de l’amour de Dieu proposé à tous.Communauté et Mission, Marcel Dumais, o.m.i., Bellarmin, 2001.Quelques jours à peine après la mort de Jésus, les apôtres ont été appelés à témoigner de sa résurrection et de la Bonne Nouvelle du salut dans un monde pour qui ce message était entièrement nouveau.Aujourd’hui, l’Église se retrouve dans une situation comparable à bien des égards.La Bonne nouvelle de la résurrection de Jésus doit être à nouveau proclamée dans les sociétés occidentales qui vivent de profondes mutations culturelles.Mais pour être fidèle à sa mission, l’Église est appelée à se renouveler en profondeur.Dans cette perspective, l’auteur ouvre des pistes de réflexion d’une étonnante fécondité.Pour éclairer la situation actuelle, il propose de relire le livre des origines de l’Église, appelé les Actes des Apôtres, En permettant une meilleure saisie de la vie de l’Église et de la mission au 1er siècle chrétien, il contribue à inspirer un renouveau de la communauté ecclésiale et de la mission au seuil d’un nouveau millénaire.Janvier-Février 2001 61 RETRAITES Année 2002 Adresse : Maison Rivier 999, rue du Conseil Sherbrooke QC JIG 1M1 Tél.: (819)562-2184 ou (819) 569-9306 04-11 mars Accueillir le mystère de l’Incarnation dans sa vie Bernard Carrière, s.j.20 - 26 mai Me rencontrer et rencontrer Jésus à travers différents personnages de l’Evangile Gaston Vachon, ptre 28 - 04 juin Pour vous, qui dites-vous que je suis (Le 9,18) Réginald Tardif, c.ss.r.05-12 juin Vie chrétienne : continuation et accomplissement de la vie de Jésus Rénald Hébert, c.j.m 13-20 juin Accueillir le mystère de l’Incarnation dans sa vie Bernard Carrière, s.j.01 -08 juil.Avec Élisabeth de la Trinité André Syrard, o.s.m.09 - 16 juil.La miséricorde du Père Roger Poudrier, o.f.m.25 - 02 oct.La vie consacrée, chemin de liberté et de service Michel Vigneault, o.ss.t 08 - 15 oct.Avec Élisabeth de la Trinité André Syrard, o.s.m.Réservation et inscription : Joindre à sa réservation un montant de 45$ pour frais d’inscription.Les retraites débutent à 19 h30 et se terminent après le dîner.Frais de séjour 195$ (inscription non-comprise) 62 La Vie des communautés religieuses RETRAITES IGNATIENNES 2002 Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 SAINT-JÉRÔME QC J7Z 5T8 Tél.: (450) 438-3593 Courriel : iesuitstierome@videotron.ca MARS 10-17 À la découverte de Jésus de Nazareth Jacques Martineau, s.j.17-24 Les béatitudes chemin du bonheur J.-M.Rocheleau, s.j.24-31 Semaine sainte priée et vécue en communauté de foi Jacques Levac, s.j.28-31 AVRIL TRIDUUM PASCAL Jacques Levac, s.j.28-05 “Seigneur, montre-nous le Père MAI et cela nous suffit" Jn 14,8 Jacques Beaupré, s.j.06-10 RETRAITE SACERDOTALE Édouard Hamel, s.j.19-26 Ma vie en action de grâces J.-M.Rocheleau, s.j.26-02 JUIN ‘‘Je suis venu mettre le feu sur la terre ” Jacques Martineau, s.j.02-09 Luc, peintre de la tendresse du Christ André Gélinas, s.j.09-16 La miséricorde du Père Roger Poudrier, o.f.m.16-23 “Pour que nous restions libres” (Gai.5,1) Richard Guimond, o.p.23-30 “Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit’'' Jacques Beaupré, s.j.30-31 juil.TRENTE JOURS J.-M.Rocheleau, s.j.30-07 juil.JUILLET “Saint Luc, l’Évangile de la tendresse” Retraite biblique Pierre Mourlon, s.j.07-14 Emmaüs : aller-retour J.-G.St-Arnaud, s.j.14-21 Devenir libre Alfred Ducharme, s.j.28-04 AOÛT Retraite typiquement ignatienne Jacques Levac, s.j.04-11 Communion et mission dans les Actes des Apôtres Édouard Hamel, s.j.11-18 Une foi qui fait vivre Alfred Ducharme, s.j.18-25 “Celui qui aime fait la volonté de Dieu ” Yvon St-Arnaud, o.m.i.25-01 Pierre, Jean, Jacques.et Jésus (réflexion sur notre appel) J.Levac, s.j.SEPTEMBRE 26-06 Cheminer avec le Christ dans l’évangile de Matthieu Bernard Carrière, s.j.OCTOBRE 06-11 SESSION SACERDOTALE Équipe Latourelle 27-28 nov.TRENTE JOURS Jacques Levac, s.j.Janvier-Février 2001 63 CENTRE COMMUNAUTAIRE QUATRE SAISONS INC.MISSION Le programme offre aux religieuses de langue française un milieu de vie favorisant : - la croissance aux plans physique, social, psychologique et spirituel; - l’intégration de l’expérience de vie; - le développement des potentialités de la personne; - une contribution enrichie dans l’Église et la société.CLIENTÈLE Le programme s’adresse à toute religieuse : - désirant un ressourcement, une période d’exploration en vue d’une nouvelle mission; - désirant s’engager dans un processus de croissance personnelle; - désirant participer à des activités et à des cours comme résidantes.PROGRAMME Le programme “Ma vie au rythme des saisons” est réparti sur une période de dix (10) mois, début de septembre à fin juin.Il comprend quatre (4) saisons : 1) Mon histoire 2) Mes richesses 3) Mon cheminement 4) Ma voie d’avenir Chaque saison poursuit des objectifs spécifiques en relation avec les thèmes.Feuillet publicitaire disponible sur demande.POUR INFORMATION Veuillez communiquer avec Jean Fortin, directeur général Centre Intercommunautaire Quatre Saisons inc.104, chemin Gendron, St-Élie d’Orford, QC JOB 2S0 TéL: (819) 565-7554 Télec.: (819) 565-7615 Courriel : ci4saisons@videotron ,ca 64 La Vie des communautés religieuses La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT Canada Outre-mer France et Belgique ?surface : 25$ taxes incl.35$ 28 euros ?avion : 29$ taxes incl 45$ 35 euros ?soutien : 40$ taxes incl.Nom:_________________________________________________________ Adresse:_____________________________________________________ ________________________________Code postal: ________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste publication convention 40011751, pap 9280 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative s en Eglise jjjjffl! : II11 ; mm La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9
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