La vie des communautés religieuses /, 1 janvier 2006, Janvier-Février
La vie des communautés religieuses Vol.64 - no 1 - janvier - février 2006 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.64 - no 1 - janvier - février 2006 Construire l’avenir avec audace Yvonne Bergeron CND 2 Invisibles!!! Sr Marguerite Thibault s.p.10 Libérer la prophétie P.Joseph M.Abella, cmf 15 La danse du leadership revisitée Janet Malone CND 29 L’arrimage « laïques - personnes consacrées » Bernadette Delizy 37 Vers des familles évangéliques Sr Ghislaine Roquet c.s.c.53 Chronique de la Chaire Tillard Andrée Beaumont, s.c.s.m.55 Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.64 - no 1 - janvier-février 2006 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, En un début d’année, beaucoup de personnes font le point sur leur vie, les sociétés regardent où elles en sont au point de vue des valeurs collectives promues et/ou vécues, les peuples s’arrêtent quelque peu, parfois même ceux qui sont en guerre, pour se voir vivre.Qu’en est-il des communautés religieuses?Elles aussi considèrent leur réalité de l’heure et essaient de discerner, au milieu des signes multiples que leur adresse le Seigneur, ceux qui sont lumière, vérité et amour en ce monde où elles évoluent.Je souhaite à chacune et à chacun de semer, en cette année 2006, tout ce qui peut rendre l’humanité meilleure.« Construire l’avenir avec audace », voilà un cri, rempli d’espérance, lancé par une auteure qui nous convie à « rendre Dieu visible par des gestes de libération et de transformation ».Et c’est ce que nous raconte, de manière concrète, la « sœur du métro » que les gens, selon ses paroles, « peuvent rencontrer sans rendez-vous ».N’est-ce pas aller dans le même sens que le Congrès de Rome de 2004 qui a invité les religieux et religieuses à libérer la prophétie : qu’est-ce que cela veut dire ?Le groupe de partage no 6 nous fournit des pistes.Dans tout cela, le leadership des congrégations religieuses, à partir d’une vision claire et partagée, peut être l’instrument-clé pour débloquer l’avenir, puisque, contrairement à l’administration/gestion qui contrôle, « le leadership libère ».Notre dossier revient sur « l’arrimage entre chrétiens et personnes consacrées » deux articles nous font pénétrer dans ce monde nouveau qui représente « une vraie fécondité de la vie religieuse » et « une grâce pour notre temps.» Enfin, les Échos d’un Congrès de formateurs et formatrices à la vie religieuse au cours duquel l’objectif ancien et nouveau de « Repartir du Christ » a été poursuivi.Et l’auteure de nous inviter à « continuer de rêver ensemble d’un aujourd’hui et d’un demain pour la vie religieuse ! » C’est aussi mon invitation et bonne lecture ! Janvier-Février 2006 1 CONSTRUIRE L’AVENIR AVEC AUDACE Quelques orientations Yvonne Bergeron CND « Le défi, pour une Église consciente d’être dépositaire d’une sagesse, est de trouver dans la fraternité et une certaine audace comment rendre Dieu visible par des gestes de libération et de transformation.» Richard GUIMOND o.p.Introduction Je me permets en commençant de rappeler d’abord la raison d’être de l'Église, c’est-à-dire la mission qu’elle reçoit de Jésus le Christ.Née du Prophète de Galilée et de l’événement pascal, l’Eglise est toujours constituée dans le don de l’Esprit et l’envoi en mission.Or, centré sur son Dieu, Jésus avait la passion du « Royaume », d’un Royaume qui exprimait à la fois son rêve et la « bonne nouvelle » de libération qu’il annonçait aux humains.C’est toujours cette unique mission que nous sommes invités à assumer ensemble comme croyantes et comme croyants.C’est pour la réaliser que nous « faisons Église »‘.Et cette mission demeure également la nôtre comme communauté religieuse.Nous voyons ici l’importance à la fois de refuser tout ce qui risque de paralyser l’accomplissement de cette mission (organisation ecclésiale inadéquate, structures sclérosées empêchant d’avancer, lois et règles disciplinaires désuètes.) et de privilégier ce qui 2 La Vie des communautés religieuses peut favoriser davantage sa réalisation pour les femmes et les hommes de notre temps.A ce sujet, je propose quelques orientations à partir desquelles il sera possible de nous interpeller mutuellement et probablement de nous inciter à l’action créatrice.PREMIÈRE ORIENTATION : Prendre concrètement le parti des humains marginalisés Jetons d’abord un rapide coup d’oeil sur la situation actuelle.Les chiffres ne cessent de se multiplier et ils ne manquent pas d’éloquence pour évoquer l’ampleur du phénomène : .250 millions d’enfants sont encore exploités (Le Devoir, 13/12/04); .un enfant sur deux doit lutter pour survivre, selon l’UNICEF; .la moitié des chômeurs sur la terre ont moins de 24 ans selon un rapport du Bureau international du travail présenté en août 2004; .près du tiers de la population de Montréal vit dans la pauvreté (Le Devoir, 15/12/04); .plus de deux milliards de personnes vivent dans la misère absolue (Jean Ziegler); .les femmes possèdent moins de 1 % des richesses de la planète alors qu’elles fournissent 70% des heures de travail et reçoivent seulement 10% des revenus (chiffres indiqués sur le site Internet de la Marche mondiale des femmes).C’est à partir des conditions de vie faites à tant d’êtres humains appauvris, opprimés et exclus qu’il nous faut regarder, lire et comprendre la réalité présente, carrément scandaleuse.Or celle-ci n’est pas le fruit du hasard.Des analyses rigoureuses l’ont démontré : dans ses causes profondes, elle est le produit d’une certaine orientation de l’économie et du type d’organisation sociale qui en découle.Bref, elle est engendrée et maintenue par la mondialisation du modèle économique néolibéral dont la logique de rentabilité maximale, inspirée par la compétitivité, ne cesse de faire des perdantes ou des perdants et de contribuer au gaspillage de la planète.Aux ambassadeurs des 174 pays avec lesquels le Vatican maintient des relations, Jean-Paul 11 affirmait que, pour lui, les Janvier-Février 2006 3 quatre grands défis de l’heure sont la vie, le pain, la paix et la liberté.Comme personnes et comme communautés chrétiennes, il nous faut refuser catégoriquement ce type de mondialisation qui ne va pas dans le sens de l’évangile2.Le choix de Jésus et de son Dieu n’est-il pas clairement exprimé dans la Bible?Tous deux prennent parti pour les humains accablés, appauvris, marginalisés.Et la bonne nouvelle du Royaume parle du bonheur des gens, de la vie en abondance (Jn 10,10), du pain sur la table, d’un salaire équitable, de relations authentiques, de fête, de participation dans la communauté.Aussi sommes-nous toutes et tous particulièrement invités à promouvoir une « autre » mondialisation : celle de la solidarité, à partir des gens les plus mal pris.L’Esprit du Ressuscité nous convie là où des femmes, des hommes, des enfants sont privés d’amour, de liberté ou d’humanité, là où des systèmes, des lois, des privilèges maintiennent des personnes sous tutelle et les empêchent de grandir.Là il nous invite à travailler avec d’autres et à poser des gestes qui font naître l’espérance, donnent le goût de repartir, nourrissent et élargissent la solidarité.DEUXIÈME ORIENTATION : Nourrir en Église une foi citoyenne La première orientation appelle pour ainsi dire naturellement la deuxième.Comment, en effet, pourrions-nous prendre le parti des gens « maganés » et contribuer à leur libération si nous ne demeurons pas dans l’arène?Les questions sociales, économiques et politiques sont trop importantes pour les abandonner aux seules mains des technocrates, des financiers et des partis politiques.Faisons brièvement mémoire ici du Prophète de Nazareth comme citoyen actif.Jésus vit avec son peuple et il sait de quoi est fait son quotidien.Il partage la double captivité, religieuse et politique, qui affecte les siens et il dénonce la désintégration de leurs conditions de vie.Axés sur la venue du Royaume (Mt 6, 33), son enseignement et son action réfèrent à des gestes concrets (Le 4, 18; Mt 11, 5), voire citoyens et politiques, car ils concernent l’organisation du vivre ensemble.Et ce qui est central apparaît dans le 4 La Vie des communautés religieuses changement de la situation : des aveugles voient, des boîteux marchent droit, des pauvres sont évangélisés.Nourrir une foi citoyenne, c’est donc, selon nos possibilités et à notre mesure, veiller au bonheur des gens de mille et une façons.Cela peut vouloir dire, par exemple, signer une pétition pour éviter le fermeture d’une usine, appuyer l’ouverture d’une garderie, adresser une demande au conseil municipal pour améliorer la vie du quartier, participer aux assemblées générales d’une Caisse populaire.C’est contribuer avec d’autres (des compagnes de communauté, des voisins, des collègues de travail, des groupes populaires ou d’autres.) à reconstruire un vivre ensemble basé sur des valeurs fondamentales comme le respect des personnes, de leur dignité et de leurs droits, l’égalité des chances pour chacune et chacun, la liberté, la justice économique et écologique.Et, me semble-t-il, une des meilleures façons d’y arriver c’est de repenser le bien commun à partir des gens qui vivent au bas de l'échelle en prenant au sérieux le fait qu’ils sont les véritables sujets du changement.Tenir compte de leurs besoins, de leurs rêves, de leurs compétences, de leurs projets pour redéfinir le bien commun, n’est-ce pas nous assurer que tous les humains pourront en bénéficier et contribuer à « se faire du bien » les uns, les unes, aux autres?Nourrir une foi citoyenne c’est aussi reconnaître, dans les faits, que les croyantes et les croyants sont des sujets actifs et responsables dans l’Église, c’est-à-dire des citoyens à part entière dans la communauté chrétienne.Comme le souligne le jésuite Carlos Palacio : Ce n’est pas pour rien qu’on parle de plus en plus du rôle de premier plan qui revient aux laïques et qu’on répète avec insistance que l’Eglise du troisième millénaire sera l’Eglise des laïques.De fait, cette « ascension des laïques » est l’un des indices qui font espérer qu’au prochain millénaire se produira un changement de paradigme ecclésiologique et qu’à une Église pensée et structurée à partir de la dimension hiérarchique succédera une Église fondée avant tout sur l’égalité et la communion3.Janvier-Février 2006 5 Et pour que cela soit réel, il importe non seulement de ne pas refuser ou ignorer les différences entre les personnes et les groupes, mais surtout de les valoriser sur tous les plans : paroissial, diocésain, national et international.Cela veut dire écouter et tenir compte des opinions, favoriser les prises de parole et les débats, respecter la liberté, encourager les pratiques démocratiques, questionner la conception du pouvoir et apprendre à le partager afin d’être davantage au service de notre unique mission.Cela veut également dire que l'Église accepte de promouvoir, dans son discours et sa pratique, un partenariat intégral entre les femmes et les hommes.Rappelons-le, c’est justement en leur qualité de disciples égaux que femmes et hommes, non seulement peuvent, mais doivent se voir et vivre comme de véritables partenaires.Pour l’Église, c’est une question de cohérence et de crédibilité.Comment, en effet, pourrait-elle continuer à défendre l’égalité des femmes et des hommes dans la société tout en laissant perdurer, dans sa propre organisation, des pratiques qui excluent les femmes de certaines fonctions?TROISIÈME ORIENTATION : Construire l'unité au cœur de la diversité Dans un monde où le pluralisme est grandissant, la diversité d’opinions devient elle-même une évidence, une réalité complexe qui entre quotidiennement dans nos maisons.Est-ce richesse?Est-ce menace?Chose certaine, qu’il s’agisse de l’Église ou de nos communautés, nous constatons combien il semble difficile de gérer cette variété de spiritualités, ce foisonnement d’idées, de points de vue et de jugements concernant souvent les mêmes questions, les mêmes situations ou les mêmes événements.Avant d’aller plus loin, j’aimerais ici souligner quelques écueils qui me paraissent importants à éviter, spécialement en regard de notre mission.Le premier écueil parle d’une tolérance excessive caractérisée par une absence de balises permettant de faire la part des choses.Le deuxième écueil c’est celui de chercher plus ou moins subtilement à imposer un discours unique considéré comme non contestable.Le troisième écueil consiste à faire largement Y éloge des différences sans se préoccuper de rendre possible leur rencontre.6 La Vie des communautés religieuses Aussi, pour que la diversité devienne à la fois un facteur d’enrichissement, un lieu de libération, une source d'unité et un « signe » de la bonne nouvelle, certaines conditions me paraissent incontournables.La première correspond à la liberté de consentir à s’ouvrir aux autres.Et pour y arriver, la démarche dialogale demeure privilégiée.Démarche exigeante certes car le dialogue est un art difficile dans lequel il nous faut, selon l’expression de Gabriel Ringlet, « traverser la parole de l’autre », chercher à comprendre sa façon de vivre, d’aimer, de mourir, de croire et d’espérer.La deuxième condition consiste à accueillir la multiplicité des opinions.D’une part, cet accueil permet de reconnaître certaines parentés (des valeurs, des questions, des espoirs, des rêves.) sans nier les zones d’ambivalence et sans cacher nos propres convictions.D’autre part, ce même accueil exige de nous laisser rejoindre et interpeller par les différences : questionner des idées, des certitudes, des points de repère, des manières de faire, des institutions.Une telle interpellation peut, en nous transformant personnellement, nous rendre plus humaine ou plus humain.Bref, il s’agit de nous laisser habiter par les autres et de les habiter, ou encore de nous enrichir sans appauvrir l’autre.Quant à la troisième condition, elle touche la cohérence de nos pratiques.Elle nous renvoie à privilégier des engagements, des actions et des projets qui valorisent les différences le plus possible et qui cherchent à construire des ponts afin d’abattre les barrières et de créer la confiance.Passer concrètement de la parole aux actes relance également le processus dialogal.Ainsi donc, évitant le repliement frileux dans l'Église et dans les communautés religieuses, nous sommes toutes et tous invités à écouter ce que l’Esprit veut nous faire comprendre par ces femmes et ces hommes dont la différence, parfois fort dérangeante, nous est offerte à la façon d’un rendez-vous fertile en rebondissement créateur.4 Conclusion Reconstruire avec d’autres l’espérance au cœur de notre monde (nos familles, nos quartiers, nos paroisses, nos villes.), voilà la tâche qui nous sollicite de plus en plus comme Église et Janvier-Février 2006 7 comme communautés.Les changements sociaux, faits à partir de la condition des personnes et des groupes exclus, constituent l’axe de l’avenir de la société et de la mission d’évangélisation de l’Église.Le point d’arrivée n’est pas prévisible mais c’est la poursuite de la marche qui compte.Et comme le souligne l’évêque de Partenia, Jacques Gaillot : « Quand on part du monde de l’exclusion, tout peut se transformer dans l’Église.Les évolutions du monde sont une chance pour revenir à l’Évangile, découvrir d’autres façons de vivre, retrouver le sens de la création, être capable de nouveauté »5.En terminant, je nous rappelle cette belle parabole porteuse d’une grande espérance : « Le Royaume des cieux ressemble à une graine de moutarde qu’un homme a prise et semée dans son champ.C’est la plus petite de toutes les graines; mais quand elle a poussé, c’est la plus grande de toutes les plantes : elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux viennent faire leurs nids dans ses branches » (Mt 13, 31-32).Yvonne Bergeron c.n.d.1336 rue Larocque Sherbrooke, Qc J1H 4S2 INTERPELLATIONS POUR ALLER PLUS LOIN PREMIÈRE ORIENTATION : Prendre concrètement le parti des humains marginalisés *** Interpellation : Où en sommes-nous, individuellement et comme communauté, dans l’expression concrète de notre solidarité avec les gens appauvris et exclus?Donnez des exemples vécus.DEUXIÈME ORIENTATION : Nourrir en Église une foi citoyenne *** Interpellation : Comment .y ’exprime notre pratique citoyenne et quelles contributions pourrions-nous apporter, individuellement et comme communauté, pour faire progresser l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église?Exemples vécus.8 La Vie des communautés religieuses TROISIÈME ORIENTATION : Construire l’unité au cœur de la diversité en favorisant une démarche dialogale *** Interpellation : Quels sentiments nous habitent face à la diversité des expériences auxquelles nous avons accès?Les nommer.Comment rendre le dialogue plus créateur de part et d’autre?Place à la créativité évangélique.Notes 1 Dans son étymologie, le premier sens du mot communion (cum : avec et munus : tâche) veut dire « prendre part à la tâche ».Quant au sens second (cum : avec et unio : union), il renvoie à « être en union avec ».2 Pour prolonger la réflexion, il est possible de consulter La foi chrétienne aux prises avec la mondialisation, Paris, Cerf, 2003, 114 pages.Voir aussi de Michel CÔTÉ, OP, « Un monde en mutation » publié dans La vie religieuse dans un monde en mutation, Premier fascicule, CRC, 2002, p.41-47 de même qu’un petit volume écrit en collaboration et intitulé La mondialisation.humaine?Avec des entrevues de Riccardo Petrella et de Timothy Radcliffe, coll.« Horizons », Montréal, Fides, 2004, 64 p.3 La vie religieuse provoquée, Réflexions au seuil du troisième millénaire, traduit de l’espagnol par Albert Beaudry, p.15.4 Pour approfondir davantage la démarche dialogale, spécialement en regard de la diversité des spiritualités, il peut être utile de consulter mon bref article intitulé « La rencontre des spiritualités repliement frileux ou rebondissement créateur?» publié dans La vie religieuse dans un monde en mutation, Deuxième fascicule, CRC, 2003, p.55-63.5 « Interview de Jacques Gaillot » dans Les réseaux des PARVIS, Chrétiens en liberté pour d’autres visages d’Église, no 24 (déc.2004), p.6.Janvier-Février 2006 9 INVISIBLES !!! Sr Marguerite Thibault s.p.Pour faire suite à l’éditorial de la dernière publication de « Les roses d’Élisabeth » j’apporte mon grain de sel.Je m’appuie sur nos Constitutions no 54.1 qui dit que la Pastorale des vocations est la responsabilité de tous les membres de la communauté.Sur ce sujet, je n’ai pas les connaissances de celles qui assistent aux réunions, aux sessions, aux congrès.J’ai cependant hâte qu’il y ait une maison de formation pour accueillir les personnes intéressées à la Communauté.Bienvenue à la progéniture! Nous foulons le même sol que notre fondatrice, nous vivons au berceau de la communauté, pas de gazouillis dans notre berceau, il est vide.Vous me direz que les autres communautés au Québec ont aussi des berceaux vides.Quelle joie pour le Malin qui utilise cette excuse à volonté puisque ça marche.Notre supérieure générale nous invitait parfois à nous poser les bonnes questions, c’est peut-être le temps de le faire.« Voici que je fais un monde nouveau.Il germe déjà, ne le voyez-vous pas?» (Isaïe 43,19).À celles qui disent que les jeunes ne sont pas intéressées à la vie religieuse parce qu’elles ont tout, je vous demanderais comment avoir tout avec des emplois temporaires parfois sur appel, sans sécurité d’emploi.Nous, au troisième âge, nous avons tout.Je cite Guy Lespinay, o.p.« Les religieux sont devenus invisibles mais surtout ils ont formé des petits groupes où ils sont assimi- 10 La Vie des communautés religieuses lés souvent à l’état laïque.Certes leurs maisons sont ouvertes, mais elles le sont envers ceux et celles qui les connaissent bien.Ils ne touchent que leur environnement immédiat.Ils ne forment plus une entité visible avec des moyens d’accueil accessibles.Nous sommes peinés par nos noviciats vides.Croyons-nous les remplir par des compétences?Avons-nous toujours les mains dans le bénitier sans les déplacer pour donner de notre cœur et de notre argent?».Est-ce que nos évêques et nos curés savent que nous sommes des Soeurs de la Providence?Ont-ils notre adresse, connaissent-ils notre ministère?Et les organismes de la paroisse?Sommes-nous visibles?Jésus sortit pour appeler.Certes, la prière est indispensable mais elle n’est pas une excuse pour se substituer à l’action.L’appel commence par les pieds.Il faut des projets concrets, des projets qu’on peut évaluer.La nature humaine a besoin de voir des résultats pour être stimulée, pour avancer.Nous répétons que c’est le Seigneur qui appelle mais nous aimerions bien lui passer nos commandes parce que nous savons qu’il n’a pas toujours de l’allure.Vous vous souvenez du petit Bessette de Saint-Grégoire d’Iberville (le bienheureux Frère André) avec sa vieille valise de commis-voyageur, pas un sou dans ses poches, ne sachant ni lire ni écrire, qui se présente à une communauté enseignante?Celui qui l’a accepté ce jour-là devait être extrêmement distrait.Pensez à Thérèse qui avait 15 ans.La Providence ne nous appartient pas en propre, la Vierge des Douleurs non plus.Nous devons accepter que d’autres partagent notre charisme et notre mission.Benoît Fortin, ofm.cap.nous dit : “Nous avons la responsabilité de transmettre notre héritage avec audace”.Nous pouvons, avec permission, être visibles dans les hôpitaux, les cliniques, les pharmacies, les marchés d’alimentation, les terminus d’autobus, les Publi sacs.La Soeur de la Providence est une « fonceuse » à la suite d’Émilie Gamelin, elle laisse un sentier où il n’y a pas de traces de pas.Janvier-Février 2006 11 ÉMILIE GAMELIN AU MÉTRO n.d.l.r.- Sr Marguerite a trouvé le moyen de rendre les sœurs visibles, voici son témoignage.On m’a demandé de parler de mon projet, alors me voici.L’idée m’est venue lors d’une réunion.Une personne de l’assemblée, derrière moi s’est exprimée ainsi avec un brin d’agressivité.« Les soeurs, on ne vous connaît pas, voulez-vous vous faire connaître ! ! ! » Où aller pour nous faire connaître?En août, je revenais du Jardin botanique par le métro, lorsqu’une idée me traversa l’esprit comme une flèche : ma place est ici.Les démarches auprès de ma communauté et la demande d’un permis de la ville de Montréal furent positives.Le 29 octobre 2002, on m’autorisait à distribuer, de façon épisodique en après-midi, de l’information sur Émilie Game-lin, notre fondatrice et sur la Communauté des Soeurs de la Providence, au métro Bern, direction Longueuil.J’assure la présence d’Emilie au carrefour des cinq lignes de métro, pendant trois heures consécutives, soit de 12h30 à 15h30, trois jours par semaine.Émilie peut être regardée par deux cents personnes, aux huit minutes, elle peut être touchée, embrassée.Elle est un réconfort après une journée de dur labeur ou d’épreuve.Elle et moi sommes sur la place publique.Jésus n’allait-il pas sur la place publique ?Mère Gamelin, elle-même, et d’autres sœurs à sa suite ont fréquenté les places publiques.Notre mission est apostolique.Nous existons pour le peuple et je n’oublie pas que des travailleurs paient des impôts qui m’apportent un chèque mensuel de sécurité de la vieillesse, ce qui m’assure mon pain quotidien.Ma liberté et mon bien-être sont une gracieuseté de mon pays qui a un bon standard de vie dans le monde.Ma contribution pour mon peuple est un devoir.Ce projet me garde dans l’humilité et la simplicité d’une soeur de la Providence.Je suis dépouillée de tout privilège.Je voyage par transport public, comme la classe ouvrière.Au métro, il n’y a pas de salle de bain ni d'abreuvoir.Je n’ai pas de plan de travail ni d’exemple à suivre, je vais vers l’inconnu.Je laisse chez moi attestations, 12 La Vie des communautés religieuses diplômes et baccalauréat.Je transporte aller et retour un petit banc, une bouteille d’eau, des photos d’Émilie, un livret de la collection Providence pour ma lecture, un chapelet, des billets d’autobus et de métro, le micro que m’ont donné Ernest et Regina, trois grands cartons pour le « présentoir Émilie ».Les gens m’abordent comme s’ils m’avaient toujours connue, pourtant je suis nouvelle dans le secteur.Ils apprécient ma présence, ils peuvent rencontrer une sœur sans rendez-vous et sans autre démarche.Sur une période de quatre mois, 597 personnes se sont arrêtées pour me parler.Leur enthousiasme pour ce projet me surprend.Je reçois souvent des félicitations et des mercis.Les alcooliques et les psychiatrisés ne se gênent pas pour m’embrasser.Ma photo avec Emilie a été prise à différents temps, avec ou sans ma permission.Les employés du métro me saluent et sont très gentils avec moi.Des femmes s’expriment : • Mon mari ne m’aime plus, il a une blonde.• Ma soeur a soigné Yannick Eréchette, je viens vous parler de sa guérison.• Enfin je trouve ce que je cherche depuis longtemps.Voulez-vous me dire quoi faire pour entrer en communauté?Jamais personne ne nous parle de cela.• Nous avons besoin de 30 participantes pour remplir un questionnaire; c’est notre devoir à l’Université de Montréal.Est-ce que votre communauté serait disponible?• Il devrait y avoir des soeurs de la Providence à 7 ou 8 stations de métro.• Je cherche un emploi, je dois travailler, mon mari est décédé du diabète puis j’ai un fils de 10 ans et une fille de 14 ans.• J’écris une thèse sur les difficultés des écoliers à l’élémentaire, je vais demander l’aide d’Émilie.• Je voulais un appartement à mon goût et un jardin communautaire.Émilie m’a obtenu les deux.Je vais faire chanter une messe.• Mon amie m’a dit au téléphone qu’il y avait une soeur habillée en rose au métro.Je suis venue voir si c’était vrai.(C’était vrai, mon habit de ski était rose et marine.) Janvier-Février 2006 13 • Je veux faire une retraite de trois jours.Est-ce que vous offrez ce service et je veux rencontrer la soeur qui donne des cours pour être soeur.Des hommes s’expriment aussi: • Ma femme a quitté avec nos trois enfants.Je suis seul et je le serai même à Noël.• Je suis nommé pour faire un stage à l’école Emilie Gamelin à Laprairie et je suis content parce que vous me l’avez fait connaître il y a quelque temps.• Félicitations et merci de faire connaître une Québécoise, il y en a peu qui le font.• C’est génial ce que vous faites.C’est génial, c’est génial.• Depuis qu’une nouvelle femme ( Emilie ) est entrée dans ma vie, je pratique beaucoup plus et beaucoup mieux; je viens vous dire merci et vous dire de rester ici.• Avec un petit bébé dans les bras.Je veux faire baptiser notre enfant et ma femme ne veut pas; qu’est-ce que je dois faire?• Ma mère m’a fait connaître une soeur de la Providence quand j’étais petit, je voudrais la revoir, Des membres des familles Tavernier et Gamelin s’arrêtent pour me parler d’Émilie.Est-ce que ce projet est valable?Dieu seul le sait.Sœur Marguerite Thibault, s.p.34, des Seigneurs Boucherville, QC J4B 5Z8 POUR ALLER PLUS LOIN ET MOI?Quelle est ma façon à moi de témoigner?14 La Vie des communautés religieuses LIBÉRER LA PROPHÉTIE: LA SOLIDARITÉ DANS UN MONDE D’EXCLUSION P.Josep M.Abella, cmf Il a été demandé au groupe numéro 6 du Congrès de Rome tenu en novembre 2004, de réfléchir sur le thème de la solidarité dans un monde d’exclusion.Cette réflexion a été menée par 75 personnes de tous les continents, divisées en 5 groupes linguistiques afin de faciliter le dialogue.Ceci est important pour comprendre l’apport du groupe à la réflexion du Congrès.Nous qui avons pris part au dialogue, nous avons pu constater que nos contextes de vie : culturels, sociaux et ecclésiaux, étaient très divers; de même, la sensibilité théologique et pastorale était plurielle; différents aussi les travaux dans lesquels nous étions engagés.Ceci étant, il a été bon de constater les convergences, à l’heure de rêver les nouveaux chemins que devrait prendre la Vie Consacrée pour être une véritable parabole de communion et de solidarité dans un monde où augmente le nombre des exclus.Le thème proposé: «Libérer la prophétie: la solidarité dans un inonde d’exclusion», nous indiquait déjà des points de référence consistants.«Libérer la prophétie».La prophétie est un don qu’il faut accueillir et auquel il faut répondre.L’énoncé du thème révèle déjà une conviction : la prophétie est quelque chose d’inhérent à la vie consacrée, un don que Dieu a fait à ceux et à celles qu’il a appelés à cette forme de vie chrétienne.« Le caractère prophétique de la vie consacrée a été fortement mis en relief par les Pères synodaux.Il se présente comme une forme de participation spéciale à la fonction prophétique du Christ, communiquée par Janvier-Février 2006 15 l’Esprit à tout le Peuple de Dieu » (VC 84).Les religieux et religieuses doivent être des hommes et des femmes en pleine syntonie avec la passion de Dieu pour son peuple, enthousiasmés par son projet et disposés à tout donner pour lui, comme Jésus.La prophétie est un don qu’il faut libérer, mettre au service de l’Église et du monde.Et ici il nous faut bien définir quelle est cette « parole » prophétique que l’on attend de la Vie Consacrée.La « parole prophétique » qui s’exprime par la voix qui annonce l’espérance et dénonce l’injustice, par le geste solidaire, le témoignage d’une vie centrée sur le Royaume, ou cette présence silencieuse aux côtés de ceux et celles qui en ont besoin, et de beaucoup d’autres expressions encore jaillie d’une profonde communion avec Dieu et son projet, lorsqu’elle est préférée à tout.Il en découle le fait que cette parole crée l’inquiétude, qu’elle possède une puissance de transformation.Elle touche le coeur des personnes, leur ouvrant de nouveaux horizons dans la vie et remet en question les défenses égoïstes que chacun, chacune se construit; elle interpelle l’Église pour lui rappeler le plus authentique du projet de Jésus, parfois dissimulé au milieu de tant de structures, d’institutions et aussi, c’est clair, d’incohérences; elle parle au monde, dénonçant l’injustice et invitant tous les hommes et les femmes de bonne volonté à unir leurs coeurs et leurs forces pour construire ce « monde nouveau » selon le dessein de Dieu.Libérer la prophétie est une dimension fondamentale de la Vie Consacrée aujourd’hui et l’a toujours été.«La solidarité dans un monde d’exclusion».Il a été demandé à notre groupe de réfléchir sur les conséquences que ce caractère prophétique de la Vie Consacrée soulève quand nous nous situons devant la réalité des exclus : quelles questions cela suscite-t-il en nous, vers quel style de vie nous oriente-t-elle, quelles actions concrètes exige-t-elle de nous?Comme clé d’articulation pour notre réflexion et notre contribution, nous avons pris le mot « solidarité ».Un mot qui, de par son étymologie même, nous invite à assumer une attitude de « compagnons, compagnes » par rapport à ces personnes ou groupes auxquels est refusée leur part des fruits du travail de l’humanité, des biens que Dieu a donnés comme patrimoine à tous et à toutes.Que signifie 16 La Vie des communautés religieuses être ami-e-s et compagnons, compagnes de ces personnes, comment leur présence nous rapproche-t-elle de Dieu et de son projet, comment faire de cette amitié et proximité un dynamisme de transformation sociale, quelle position demande de nous le fait d’être « compagnons » de ces personnes et quelles sont les conséquences de cette exigence pour nous et nos structures, à quels projets concrets nous appelle-t-elle à prendre part?Celles-ci et bien d’autres questions ont suscité des réflexions, animé le dialogue des sous-groupes et orienté la synthèse générale du travail du groupe.Notre réflexion s’est construite à partir de quelques indications données par le secrétariat du Congrès.Il me semble préférable de me limiter à celles-ci.Ainsi sera mieux reflétée la richesse du dialogue des personnes qui ont apporté leur expérience et leur sagesse et ont partagé leurs doutes et leurs rêves.1.De quelle manière nous sommes solidaires avec les exclu-e-s.Une première constatation unanime a été que le nombre d’exclu-e-s dans notre monde est en augmentation.La capacité de l’humanité à produire des richesses s’est accrue, il y a eu de grandes avancées dans la conscience des sociétés, en ce qui concerne la dignité et les droits des personnes et des peuples; la communication entre les peuples et les possibilités de partager les ressources ont été rendues plus faciles.Mais, au même rythme où augmente la richesse, augmente aussi de la part de ceux qui détiennent le pouvoir, le désir avide de la contrôler.Le système néo-libéral, tel qu’il se traduit dans la culture, l’économie, la politique, etc., fait croître le nombre des exclu-e-s dans notre monde.Nous avons également constaté qu’il existe dans la communauté ecclésiale quelques expériences d’exclusion, surtout en ce qui concerne les femmes, et qui doivent entrer dans notre horizon afin de trouver la façon de les surmonter.Il semble que les religieux et religieuses se soient rendus compte de cette réalité d’exclusion et qu’ils/elles l’ont discernée à partir de l’Évangile.De là ont surgi des projets et des modes de présence, signes de vie émergeant d’un océan où l’on découvre tant de mort.Il est bon de rappeler ce qui s’est dit : Janvier-Février 2006 17 * Les religieuses et religieux sont souvent des catalyseurs qui permettent de casser des barrières de toutes sortes : on trouve des religieux et religieuses dans des groupes de dialogue entre religions dans des pays où les chrétiens sont persécutés et on les trouve aussi engagés dans des groupes de base pour la recherche de la paix; par ailleurs, les communautés comportant des frères ou des soeurs d’origines culturelles différentes témoignent par elles-mêmes qu’on peut vivre ensemble dans la différence.* On trouve des religieuses et des religieux, de tous âges, dans des situations de conflit et de violence, profondément insérés au milieu des gens; quand d’autres s’en vont, eux/elles restent avec leurs peuples, risquant leur vie, en bien des cas jusqu’au martyre, comme signe de solidarité radicale avec les exclu-e-s.* Il y a une collaboration toujours plus grande entre les religieux, religieuses et les laïques, surtout au niveau du volontariat dans le domaine de la solidarité.Dans cette collaboration, on remarque deux mouvements : d’un côté l’enthousiasme des volontaires et leur dévouement ravivent en nous la passion et l’ouverture; de l’autre, la mise en commun des talents et des biens, et la communion entre les personnes, telles que nous les vivons, constituent un signe fort pour toutes et tous.* A souligner aussi que beaucoup de religieux et religieuses sont membres de groupes et d’associations de la société civile qui cherchent la transformation sociale.* C’est aussi un signe encourageant de voir se développer un travail en commun entre congrégations pour le service des appau-vri-e-s et la défense de leurs droits (oeuvres communes de solidarité; groupes de pression pour la justice).* La dimension féminine de la vie consacrée a un caractère prophétique de signe et de défi pour la société et pour l’Église qui donnent si peu de place aux femmes.2.Pourquoi il nous est difficile de vivre la solidarité de manière plus radicale 18 La Vie des communautés religieuses Cependant, entre notre désir d’être solidaire avec les exclus et sa concrétisation en modes de présence et en projets de cette solidarité, nous découvrons en bien des cas, une distance qui nous fait mal et qui, en quelque sorte, remet en question la radicalité de notre option pour le Royaume « par-dessus tout ».Dans notre réflexion, nous examinons cet aspect important et nous essayons d’identifier quelques obstacles qui empêchent l’idéal de s’incarner dans des projets concrets.Nous découvrons ainsi des obstacles de nature structurelle.Certains naissent du système économique néo-libéral et de sa culture qui pénètre peu à peu nos esprits et influent sur nos attitudes et les critères qui nous empêchent d’assumer face à lui une position critique évangélique.Or, sans celle-ci une action prophétique est impossible.D’autres surgissent des structures mêmes et des styles d’organisation de nos propres congrégations qui, fréquemment, sont excessivement rigides et ne correspondent pas à l’heure actuelle aux exigences de notre époque.Ils rendent difficile la créativité qu’exigent les réponses à donner aux nouveaux défis.D’autre part, le système économique de la majorité de nos congrégations et les parcours de formation eux-mêmes, bien souvent ne nous aident pas à vivre en « compagnons, compagnes et ami-e-s » des exclu-e-s.Au contraire, ils créent des espaces « protégés » qui empêchent une solidarité effective avec ces personnes.D’autres obstacles et blocages significatifs de la prophétie naissent de l’intérieur même de la vie consacrée.Entre autres, nous paraissent importants : a) La peur, qui a plusieurs visages : peur de prendre des risques au plan institutionnel et au plan de la mission; peur d’affronter la nouveauté et la différence; peur de perdre du pouvoir; peur de l’insécurité que peut entraîner l’engagement avec les exclu-e-s.Une autre peur est celle d’entrer en conflit avec la hiérarchie qui freine parfois l’audace nécessaire pour créer des initiatives significatives dans ce domaine.b) Nos propres divergences et conflits internes qui paralysent l’action prophétique du groupe et de quelques-uns de ses mem- Janvier-Fevrier 2006 19 bres dont la vocation est prophétique : ils/elles reçoivent souvent peu de soutien de leurs congrégations respectives.c) Un certain esprit de concurrence entre les congrégations elles-mêmes, qui rend difficile la collaboration.d) Les scandales d’abus sexuels de quelques religieux qui représentent un contre-témoignage et sont une négation de la prophétie.e) Le style de vie de quelques communautés religieuses qui les éloigne du peuple.Nous découvrons parfois une certaine immaturité humaine et spirituelle qui finit par être un obstacle pour la coresponsabilité dans la mission et pour une action plus audacieuse dans la défense de la vie.Nous sommes conscients du réel danger du consumérisme, de l’individualisme, de l’apathie et du manque de foi dans le prophétisme de la vie religieuse.Cela produit des conflits internes qui rendent difficile un leadership efficace dans le domaine de la justice, de la paix et de l’écologie.3.Les changements nécessaires pour donner une impulsion à la solidarité avec les exclu-e-s Il ne suffit pas de signaler les obstacles.Il faut assumer le défi et voir ce que nous avons à changer, ou mieux encore, comment nous devons changer pour que le don de la prophétie se manifeste avec force dans nos vies et dans nos projets pastoraux.Il est important de signaler qu’a affleuré avec insistance la conscience que les changements ne se produisent pas uniquement parce que nous avons dit qu’il faut que cela change.Les changements sont le fruit d’une ouverture à l’Esprit du Seigneur qui nous parle à travers sa Parole, se fait présente dans le discernement de la communauté, et nous guide à travers les questions que suscite dans nos coeurs le contact avec les exclu-e-s.Les changements exigent une cohérence spirituelle qui parfois nous fait défaut.D’autre part, on ne peut affronter les changements sans analyses sérieuses de la réalité propre et environnante parce 20 La Vie des communautés religieuses qu’on ne peut aller à l’aveuglette ou sans évaluer ses propres forces.Le dialogue a été riche, bien qu’il ne se soit pas suffisamment centré sur ce qui constituait le thème propre du groupe, à savoir la solidarité.La diversité des situations dans les différents sous-groupes linguistiques a permis d’élargir l’horizon de la dimension prophétique et de noter des aspects qui correspondent à son expression en d’autres domaines.Je note ici quelques-unes des idées qui ont été partagées, retouchant un peu leur formulation par rapport à ce qui a été présenté au Congrès : * Nous avons besoin d’un réalisme qui nous fasse prendre conscience de nos propres limitations (âge, nombre, etc.) mais qui n’empêche pas de discerner, avec une liberté prophétique, le style de vie et les présences missionnaires, en cohérence avec l’annonce du Royaume.Nous devons promouvoir la réflexion et concentrer nos énergies pour créer du nouveau dans nos congrégations et pour soutenir ceux et celles qui peuvent se sentir fatigués ou désorientés.* Dans un esprit de liberté intérieure, nous devons nous efforcer d’aller vers les nouveaux lieux de mission (« les nouveaux aréopages ») que le Pape nous indique, prêts à abandonner quelques-uns de nos ministères actuels.Partir vers la frontière et se déplacer aux périphéries a toujours été un signe de vitalité prophétique dans la vie consacrée.* Pour être plus proches des gens, nous devons promouvoir une insertion réelle de nos groupes au milieu du peuple et donner une place aux appauvri-e-s dans nos communautés.Quelqu’un a demandé : ne serait-il pas plus approprié de vivre les étapes du troisième et quatrième âge dans les lieux où nous nous trouvons, plutôt que de créer des maisons spéciales pour les religieux et religieuses dans ces étapes de la vie?Janvier-Février 2006 21 * Spécialement dans les lieux où vivent des personnes de traditions religieuses diverses, nous devons renforcer notre conviction que Dieu est plus grand que le christianisme, que son amour est ouvert à tous et toutes et accueille toute personne.Cette conscience nous dispose au dialogue et à la collaboration et multiplie la capacité de répondre à la situation d’exclusion que vivent tant de personnes dans notre monde.Les formateurs et formatrices devront éduquer les religieux, religieuses autochtones à valoriser les traditions religieuses de leurs peuples et les préparer au dialogue avec celles-ci.* Il est nécessaire de simplifier les structures de nos Instituts à tous les niveaux.Nous devons même penser à la fusion d’instituts qui ont un charisme semblable.L’organisation de notre vie doit toujours se faire en fonction de la mission.Nous devons promouvoir des communautés interculturelles qui nous invitent à partager la foi et le patrimoine culturel de chacune à la lumière de l’Évangile.* Nous devons ouvrir nos projets pastoraux aux laïques associés à nos congrégations en partageant la mission avec eux, avec elles, sans les obliger à s’intégrer dans des structures qui les empêcheraient d’exprimer leur apport particulier en tant que laïques.Leur présence peut nous ouvrir à de nouvelles solidarités avec les appauvri-e-s.* Il nous faut chercher de nouveaux modèles d’organisation qui reflètent davantage la vision évangélique de l’autorité.Dans ce sens, nous devons rechercher pour la Vie Consacrée une place dans l’Église qui garantisse la réalisation de sa mission prophétique et une forme de gouvernement pour nos Instituts qui fasse sienne, de façon décidée, la décentralisation et la subsidiarité.Tout cela aide à mettre en oeuvre la créativité dans les réponses pastorales aux nouveaux défis, surtout dans le cadre de la solidarité avec les pauvres.* Il faut insister sur notre espace de liberté comme Instituts religieux - tant au niveau de chaque Institut qu’à celui des conférences nationales et internationales - de telle sorte que soit 22 La Vie des communautés religieuses garantie l’expression propre de chaque charisme, et que la Vie Consacrée puisse rester un élément significatif de la vie de l’Église et du monde.4.L’illumination de la Parole La centralité de la Parole dans la spiritualité des consacré-e-s s’est accentuée ces derniers temps.C’est dans une lecture priante en contexte que les consacré-e-s ont trouvé l’étoile qui les a guidés vers de nouveaux lieux de mission; ils, elles y ont puisé la force qui a permis à quelques frères et soeurs de témoigner par le don de leur vie, de leur option pour le Royaume et pour ceux à qui il appartient en premier lieu, les pauvres; ils/elles ont trouvé l’inspiration pour savoir comment se comporter en chaque contexte; la parole de consolation, de dénonciation, de réconciliation, d’espérance; le fondement pour construire une communauté qui soit un vrai signe de la nouvelle fraternité du Royaume.Bon nombre de congrégations religieuses et de conférences nationales et continentales de religieux et religieuses ont vécu des expériences très riches et exigeantes d’écoute de la Parole.Les textes qui encouragent le dynamisme prophétique de la communauté des consacré-e-s sont innombrables.Les seuls Évangiles nous parlent avec force.Par exemple : * Le 4, 16s, qui nous présente l’identité de Jésus et de sa mission.L’onction de l’Esprit habilite à proclamer l’amour libérateur de Dieu et à accomplir les signes qui l’explicitent.Dans les récits évangéliques nous trouvons ceux que Jésus a accomplis.Aujourd’hui, ces signes seront surtout la présence et l’engagement qui ne cherchent aucune compensation mais sont uniquement motivés par le désir ardent que se réalise le miracle de la libération et de la nouvelle fraternité du Royaume.* Les textes qui nous présentent l’ouverture de Jésus qui le porta à surmonter les barrières ethniques et sociales : la guérison de la Syrophénicienne (Mc 7, 26s), la rencontre avec la Samaritaine (Jn 4, ls.), l’histoire du Samaritain (Le 10, 29s).Janvier-Février 2006 23 * Les récits qui nous expliquent l’attitude d’acceptation que Jésus montre face aux personnes qui souffraient d’une forme quelconque d’exclusion : son action en faveur de la femme adultère (Jn 4, ls), les repas qu’ils a partagés avec les publicains (Le 5, 27s), la guérison des lépreux et l’accueil des enfants (Mc 10, 13s).* La proclamation des Béatitudes (Le 6, 20-23; Mt 5, 1-12) qui révèlent la vision alternative de la réalité, qui caractérise le Royaume de Dieu.* Jn 13, 1-15, qui nous présente le Seigneur lavant les pieds de ses disciples et leur demandant de faire de même.La longue liste de textes que nous nous sommes remémorés et que nous avons écoutés nous ont ouverts à l’essentiel de la vie et de la mission de Jésus : Il est venu pour donner la vie afin que tous et toutes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance (Jn 10, 10).Ce texte condense merveilleusement le sens de l’appel à la solidarité.Dans la rencontre solidaire avec le frère et la soeur exclus, il y a une communication de vie qui fait croître ce don de Dieu, à la fois chez le consacré, la consacrée, et chez l’exclu-e.5.Notre engagement C’est le but, le point final auquel nous ont conduits la réflexion et le dialogue.Nous avons vu des signes de vie et senti le poids des obstacles en nous-mêmes et dans nos communautés.Nous nous sommes rendus compte que quelque chose devait changer pour pouvoir vivre avec plus de radicalité la dimension prophétique de la vie consacrée.Dans la Parole de Dieu nous trouvons un nouvel appel à nous unir à la mission de Jésus et à sa façon de la réaliser, en assumant des projets plus exigeants de solidarité avec les exclu-e-s.C’était le moment d’expliciter quelles sont les convictions qui orientent notre vie et comment nous voulons leur donner une expression aujourd’hui, à travers des projets concrets.Ce fut le point le plus important de notre travail.Nous n’avons pas découvert de « grandes nouveautés », mais avec une « conscience renouvelée », nous réalisons que la 24 La Vie des communautés religieuses dimension prophétique est essentielle à la vie consacrée et qu’il faut aujourd’hui une grande audace et une grande créativité pour créer des canaux concrets d’expression.Je recueille telles quelles les conclusions du groupe, parce qu’il me semble que c’est l’élément qui a été le plus travaillé : Convictions 1.La prophétie est un élément constitutif de la vie consacrée.Nous considérons comme un don de l’Esprit le réveil de notre conscience à cette dimension prophétique : nous devons accueillir ce don et y répondre.2.L’option préférentielle pour les pauvres, à qui appartient le Royaume de Dieu, est quelque chose de fondamental pour la vie consacrée.Les appauvri-e-s nous évangélisent, ils nous aident à découvrir le visage de Dieu et à renouveler nos communautés.La proximité avec les groupes humains considérés comme « de trop » dans nos sociétés continue d’être une urgence pour les consacré-e-s.3.Nous réaffirmons la nécessité d’approfondir une spiritualité intégrale, alimentée par une lecture contextualisée de la Parole de Dieu, qui nous renouvellera et nous rendra capables d’accomplir notre mission prophétique et de créer des communautés qui soient signes du Royaume, ouvertes à l’accueil et à la solidarité avec les plus pauvres.4.Un dialogue interculturel, dans lequel s’entende avec plus de force la voix de la vie consacrée du Sud du monde, sera un élément décisif de la formation à la vie consacrée de l’avenir.5.Les projets de nos congrégations doivent privilégier la lutte pour la justice.Nous réaffirmons l’engagement de la vie consacrée pour la promotion d’une culture dans laquelle on respecte vraiment la dignité de la femme et dans laquelle on fasse avancer sa participation active à la vie sociale.6.Il est important d’analyser et de réfléchir sur notre propre expérience d’exclusion : cela nous aidera à ne pas exclure les Janvier-Février 2006 25 autres ni dans l’Église, ni dans la société en général.Nous devons manifester notre rejet total de tout abus de pouvoir à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église.7.Nous avons besoin d’une plus grande collaboration, fondée sur notre baptême et sur les dons reçus par chacun, chacune, entre les religieux et les religieuses au service de la mission.Lignes d’action 1.Mettre en relief dans nos vies le primat de la Parole de Dieu, lue et partagée dans une nouvelle écoute de l’Esprit et avec les appauvri-e-s.2.Revoir, à partir de l’option pour les pauvres, notre style de vie, nos oeuvres et nos structures économiques.Nous reconnaissons la nécessité de prendre quelques décisions significatives en ce sens, et de favoriser la simplification des structures pastorales.Cela nous aidera à vivre dans la précarité et la disponibilité totale pour la mission.3.Veiller, dans le financement des communautés et des ministères dans les pays qui ont moins de ressources, à ne pas faire des consacré-e-s une classe sociale éloignée de la vie de leur propre peuple.4.Soutenir fermement les communautés d’insertion.Participer activement aux réseaux de solidarité qui existent dans la société, en contribuant à maintenir leur dynamisme et à animer l’espérance du peuple.5.Promouvoir la présence de la vie consacrée dans les forums mondiaux alternatifs et dans les centres de décision (ONU, Union Européenne, etc.) où se détermine le futur de l’humanité, et articuler pour cela une bonne collaboration inter-congrégations.6.Être présent-e-s là où la vie et la dignité humaine sont le plus menacées, et étudier la possibilité de créer, à un niveau inter-congrégations, des plates-formes qui permettent à la vie consacrée de 26 La Vie des communautés religieuses donner des réponses effectives à quelques-unes des situations dramatiques qui se présentent parfois dans notre monde.7.Privilégier la proximité et l’accompagnement des migrant-e-s, dans nos sociétés d’exclusion.Promouvoir la formation de communautés interculturelles qui soient un signe puissant de communion dans un monde divisé.8.Faire de l’attention aux « derniers », à l’intérieur comme à l’extérieur de la communauté, une priorité pour la vie consacrée.Promouvoir les petites actions qui nous permettent d’être promoteurs, promotrices de changement.6.Conclusion Il y a des moments où la densité de l’expérience de la présence de l’Esprit se trouve décuplée.Les circonstances, et surtout la communauté, nous aident à découvrir qu’il est présent, nous accompagne et nous encourage dans notre cheminement.Le Congrès nous a aidés à sentir sa présence parmi les consacré-e-s.Cela nous a donné une grande joie de le constater et cela nous a permis de rêver un avenir plus accordé au projet du Père.La présence de l’Esprit du Seigneur crée toujours des espaces de liberté au-dedans de nous et dans la communauté et nous permet d’oser proposer des objectifs plus exigeants pour l’avenir.La disponibilité aux inspirations de l’Esprit ouvre de nouveaux horizons et fait grandir la vie.C’est pourquoi les paroles prononcées en ces occasions sont importantes.Ce sont des paroles porteuses de vie.Nous emportons ces paroles du Congrès pour nos communautés, afin de pouvoir les relire dans le quotidien de notre existence.Et ici commence le danger.Nous nous sentons souvent tenté-e-s de les passer au filtre de la prudence et du réalisme.Combien de fois n’aurons-nous pas répété cet exercice qui nous fait perdre de vue l’étoile par laquelle nous guidait le Seigneur! « Libérer la prophétie »: oui, et malgré notre petitesse et nos peurs.Vivre « en solidarité avec les exclu-e-s dans notre monde Janvier-Février 2006 27 qui crée l’exclusion »: oui, et toujours avec plus de conviction et d’audace, même si nous devons pour cela renoncer à d’autres projets.C’est une préoccupation que nous devons tous et toutes porter avec nous et qui nous oblige à chercher des chemins pour y répondre dans les différents cadres de notre vie: gouvernement, spiritualité, formation, apostolat, économie.Ce n’est pas une tâche facile; nous le savions déjà.Mais c’est une mission capable de nous remplir d’enthousiasme et de remplir d’enthousiasme les jeunes générations qui se joignent à nos familles religieuses.La solidarité avec les exclu-e-s est comme un paramètre qui nous indique la cohérence de notre option pour le Royaume « pardessus tout ».P.Josep M.Abella, cmf.Supérieur général des Clarétains POUR ALLER PLUS LOIN Dans ma congrégation, que voudrait dire concrètement « libérer la prophétie » aux niveaux : • Du gouvernement?.De la spiritualité?• De la formation?.De P apostolat?• De l’économie?28 La Vie des communautés religieuses LA DANSE DU LEADERSHIP RE VISITÉE UN « NOUVEAU » MODÈLE1 Janet Malone CND Le leadership libère; la gestion/administration contrôle.Harrison Owen La danse du leadership La question du leadership revient à l’avant-scène chaque fois qu’il y a un chapitre d’élections dans une congrégation.Dans les années 90, j’ai servi pendant quatre ans comme membre à temps partiel d’un conseil provincial, je me suis servie de cette expérience pour explorer les différences entre le leadership et l’administration/gestion dans « The Dance of Leadership » paru dans Human Development à l’automne 1998.(paru en français dans La Vie des communautés religieuses, mars-avril 2001) A travers ces réflexions, je désire continuer cette conversation, explorant en cela, un « nouveau » modèle de leadership, reconnaissant en même temps, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil! J’utiliserai, comme contexte de ce qui suit, les distinctions que j’ai faites entre leadership et gestion/administration en 1998.Chapitre tourbillon Une fois encore, comme partie intégrante d’un processus vieilli et usé de préparation au chapitre, nous nous préparerons à franchir les étapes d’un discernement au leadership.Il nous est demandé de faire ressortir des noms, de tordre des bras et de procéder à l’élection.Après le chapitre, nous retournons à la maison épuisé-es et soulagé-es, nous retournons à nos affaires habituelles pour la durée Janvier-Février 2006 29 d’un autre mandat.Dans ce processus long et rigide, nous ferons circuler des idées comme sur la différence entre leadership et gestion/administration mais nous semblons bloquer là.Non convain-cu-e-s, nous faisons valoir que nous sommes à la fois leaders et administrateurs, administratrices, calmant ainsi notre malaise face à une crise évidente du leadership qui coïncide avec la crise de la vie religieuse.Et nous savons, en notre âme et conscience, que plusieurs, sinon la majorité des personnes jugées « possibles », ne laisseront pas leur nom sur les listes.Pourquoi?Il semble que nous ne soyons pas capables d’établir un lien entre ces crises et nos façons d’être et de faire.Aujourd’hui, il nous faut reconnaître qu’un « vrai » leadership est d’une importance primordiale; nous admettons aussi la toute fin d’un modèle de vie religieuse, et nous y faisons face.Je pense que c’est avec nous tous et toutes, à la fois les leaders mandatés et les membres-leaders, que nous pouvons nous ouvrir au modèle de vie religieuse « qui s’en vient ».D’une part, nous sommes pleinement conscient-e-s que la vie religieuse va subsister dans son caractère liminal et, d’autre part, nous admettons, dans nos plus grands moments de bravoure, que ce modèle est terminé, malgré le congrès récent sur la vie consacrée qui a essayé, de façon peut-être subtile et inconsciente, de structurer et contrôler le prochain modèle.La vie religieuse dans l’avenir n’est pas entre nos mains mais devenir vraiment ouverts à l’Esprit qui nous libère de ce qui semble éprouvé et véridique, cela est entre nos mains.En cette fin des temps, un nouveau modèle de leadership peut nous aider à laisser aller l’ancien pour un nouveau modèle de vie religieuse, un modèle « plein de vie », qui apparaîtra en temps et lieu.Alors que pourrait entraîner un nouveau modèle de leadership?À cette fin, revoyons d’abord les différences entre leadership et admini stration/gestion.Gestion/administration Les tâches du leadership et de la gestion/administration sont séparées et distinctes.Des deux réalités, l’une n’est pas meilleure que l’autre, elles sont seulement différentes l’une par rapport à l’autre.Nous avons besoin des deux et elles se complètent.Cepen- 30 La Vie des communautés religieuses dant, une différence cruciale que nous devons reconnaître, c’est que l’on procède par nomination pour l’une et que l’on discerne et procède à une élection pour l’autre.Les compétences et les forces sont très différentes comme le sont les personnes qui exercent ces ministères dans ces rôles.Gérer, c’est contrôler Gérer, c’est travailler au niveau du système, contrôler la bonne marche des personnes et des choses.Il s’agit de maintenance (en français : main), de solvabilité et de règles de base.On exige des gestionnaires/administrateurs des habiletés et des compétences en fonctionnement des organisations; ils en sont les mains, ils sont administrateurs, administratrices au jour le jour.Redisons ce qui est évident : les administrateurs administrent, ils ne conduisent pas.Nous devons alors trouver des personnes qui possèdent des compétences de gestion/administration et les nommer, NE PAS les élire.La plupart du temps aujourd’hui, ce seront des laïques qui travailleront dans ce domaine avec nous.L’administration/gestion est ce que nous pouvons appeler une fonction du cerveau gauche, rationnelle, logique, concrète; elle nous offre la certitude que nous accomplissons quelque chose.Laquelle d’entre nous ne se sent pas satisfaite lorsqu’elle enlève de sa liste certains items de « choses à faire »?Leadership On parle souvent du leadership comme d’une simple « gestion avancée » mais rien ne peut être plus incorrect.« Le problème, c’est que les leaders en puissance, à cause de leur propre insécurité, sentent souvent qu’ils doivent gérer.» (Harrison Owen.Leadership Is.1990, 57).Le leadership, éphémère et évasif, est beaucoup plus difficile à définir.Il est une fonction du cerveau droit, intuitive et créatrice dont la force est la vision et l’inspiration.Le leadership est de l’Esprit.Conduire, amener quelque part, c’est libérer.Conduire, c’est travailler au niveau prophétique de f Esprit/Vision.C’est la création d’un climat d’ouverture, de mystère, de risque, d’éternité Janvier-Février 2006 31 où l’Esprit peut pénétrer et nous amener dans l’inconnu, loin du contrôle de nos structures, plans, déclarations de chapitre, directives et orientations.L’Esprit nous conduit comme et où II veut et II n’est pas contraint par les limites d’un mandat de chapitre.L’Esprit est cos-miquement au-delà de ces paramètres de temps et d’espace.« La tâche centrale du leadership, c’est de libérer et de se centrer sur l’Esprit.C’est l’évocation et l’enlignement sur l’Esprit.L’Esprit ne peut pas être commandé, il peut être invité.L’Esprit ne peut pas être forcé, il peut être canalisé.Rarement sinon jamais, l’Esprit ne répond à des réponses, mais II questionne.(Harrison Owen.Leadership Is.1990, 60-61).Le seul défi du leadership, c’est de laisser passer l’Esprit dans la congrégation: il devient alors un leadership “entraînant”.Mais où se situe ici la vision?Vision « La vision pose la question qui crée l’espace dans lequel l’Esprit pénètre et devient puissant.».(Owen, 1990,61).La vision, c’est simplement intuition, rêve, lecture des signes des temps avec une imagination prophétique et poétique.une danse au rythme différent du tambour des « quoi, si ?» et des « pourquoi pas ?».La vision émerge dans l’espace créé par la difficile question du « POURQUOI?» et du « POURQUOI PAS?» Mais il faut éprouver un vrai manque pour tout simplement demeurer avec des questions.Les réponses viendront dans leur propre temps, pas le nôtre.La vision ne peut émerger que si nous pouvons laisser aller nos structures sécuritaires, nos rêves tranquilles, nos projets sans risque.Permettre au leadership d’émerger, c’est toucher au leadership de toutes et de chacun-e d’entre nous.La vision émerge quand nous pouvons reconnaître et accepter que nos façons anciennes et sûres d’être et de faire ont réellement soutiré l’Esprit de nous.Une survie minimale n’a pas de place pour la passion et la nouvelle vie de l’Esprit, elle conduit à une agonie pénible et prolongée.32 La Vie des communautés religieuses La vision de quelque organisation que ce soit, comme une congrégation religieuse, doit avoir certaines qualités, à la fois pour l’individu et pour le système Quelles devraient être ces qualités pour chacun, chacune d’entre nous dans notre province et/ou notre congrégation et, en même temps, pour l’organisation entière ?Il faut que ce soit « à la fois/et » : à la fois l’individu et le système organisationnel.Un modèle « nouveau » Avec cette brève vue d’ensemble des nuances entre le leadership et la gestion/administration, je crois que nous devons incarner ces différences en ces temps de crise pour la vie religieuse.Je suggère que nous explorions un nouveau modèle de leadership, un modèle dans lequel nous commençons par séparer les fonctions, complémentaires mais différentes, du leadership et de la gestion/ administration.Aussi longtemps que nous les gardons ensemble dans une sorte de tout amorphe et flou, nous continuerons d’élire des leaders, à la fois gestionnaires et administrateurs, administratrices, et nous continuerons d’éviter de croître dans un leadership ajusté aux signes des temps.Si nous prenons au sérieux un nouveau modèle de leadership, nous apprendrons la danse créative des saluts réciproques, et alors nous valserons au-delà du statu quo des règles constitutives, des pas de la vieille danse qui nous dit ce que nous ne pouvons dire et faire à cause de ce qu’ils diront dans la « cité étemelle ».C’est seulement quand nous essaierons les nouveaux pas de l’Esprit que nous trouverons notre souffle, notre esprit de la résistance prophétique nécessaire pour apprendre une nouvelle danse, deux des pas que nous connaissons par intuition.D’abord, nous (un comité ad hoc qui a les compétences nécessaires en ce domaine) ouvririons des postes, interviewerions et engagerions deux ou trois administrateurs/gestionnaires qui possèdent les compétences nécessaires pour s’occuper des affaires de l’organisation au jour le jour.Ces personnes seraient des religieux, religieuses et des laïques et changeraient selon les besoins changeants de la congrégation.Une partie de leur description de tâches serait de garder le système à flot financièrement et de bien Janvier-Février 2006 33 d’autres manières afin de faciliter la fonction du leadership.Ils compléteraient nos leaders et seraient en communication régulière avec eux-elles mais les défis que les uns et les autres auront à relever seraient pas mal différents.Parce que les administrateurs, administratrices sont nommés, ils ne suivraient pas la base d’un mandat de « x » années comme c’est le cas présentement avec des mandats, des chapitres, des élections.Deuxièmement, nous discemerions/« élirions » un cercle de trois ou cinq personnes (un nombre impair prévient les dangers d’une pensée de groupe).Nous nous éloignerions des appellations de leader de congrégation, de provincial-e et assistant-e-s, parce qu’aucune personne ne possède la vision tout entière d’une situation.Plutôt, dans une réciprocité et une interdépendance quantiques, ensemble, eux-elles et nous, créerions cet espace liminal où peut entrer l’Esprit, si nécessaire aujourd’hui en ce temps de dénégation autour de l’agonie et de la mort d’un modèle de vie religieuse et de nos propres congrégations.Je ne dis pas que toute la responsabilité du leadership est entre les mains de ce cercle.Je suggère plutôt que, comme province et/ou congrégation, nous donnions à ce cercle le mandat de nous inviter tous et toutes dans la danse du leadership.Le but du chapitre serait pour nous de donner le mandat à ce cercle de leadership de catalyser, avec nous, un leadership « vivifiant » dans la lecture des signes des temps.Nous ne mettrions pas l’accent sur un leader de congrégation ou un-e provincial-e avec une équipe de deux ou trois, mais nous « marcherions selon notre discours » en choisissant un cercle et non une hiérarchie.Dans cette danse mystique des leaders désignés que nous mandatons pour danser avec nous membres-leaders, leur premier rôle serait d’être constamment dans les cercles de danse de la vie quotidienne des leaders-membres afin de nourrir, interpeller et soutenir les nouvelles danses prophétiques visionnaires.Leur rôle est de voir, nourrir et encourager, dans la congrégation et/ou la province, les petits pas de l’esprit de ceux et celles qui marchent à un rythme différent, le rythme de l’Esprit, une danse qui devient plus audacieuse quand elle est soutenue par un leadership d’animation.34 La Vie des communautés religieuses Un tel cercle de leadership devrait prendre le temps de nettoyer le plancher de danse de tous les détails de gestion/administration et apprendre à rester ouvert, vide dans le cercle, complètement en harmonie avec la très douce, et parfois silencieuse musique de l’Esprit.Il devrait même cesser d’aller à toutes les leçons de danse annoncées au pays et au-delà, pensant qu’il apprendra finalement les tout récents pas de cette danse du leadership.En fait, cette course à toutes ces sessions empêche de créer cet espace nécessaire en soi-même, cette brèche par laquelle l’Esprit peut entrer, et par conséquent une habileté à le voir en nous, membres-leaders.C’est seulement dans cet espace vivant que nous pouvons commencer à poser les questions de l’Esprit pour ce temps, satisfait-e-s de les porter, avec la musique des signes des temps.Et nous devons être prêt-e-s à demeurer en silence et dans la solitude, dans ce temps de transition, cet espace liminal où un certain type de musique se termine et avant qu’un autre commence.Cette attente pourrait même mener à un autre mandat de leadership.Mais sans s’inquiéter parce que l’un est dans le tout et le tout est dans l’un, dans une conscience d’une unité cosmique du temps et du non-temps.Discernement, non pas élections Comme cela est maintenant évident, un tel leadership entraînant doit être discerné et venir d’une démarche de consensus et non pas d’élections.Des élections, partie du système hiérarchique de pouvoir sur les gagnants et les perdants, n’ont ici aucune « inspiration »; elles servent uniquement à diviser et à conquérir, avec leur lobbying et leur politicaillerie tellement évidents dans nos élections civiques aussi bien que dans les nôtres.Beaucoup pourrait être dit sur un tel processus de discernement-consensus et pourrait être détaillé en d’autres temps.L’accent ici est le « nouveau » modèle de leadership comme je l’ai présenté, un modèle dans lequel il y a un cercle de leadership et en complément, des administrateurs/gestionnaires nommés, formant ensemble l’Équipe provinciale (de congrégation) de leadership et d’administration.Notes 1 La première partie de ce texte a paru dans La Vie des communautés religieuses, vol.59, no 2, 2001, p.101-126.Original en anglais disponible au secrétariat - Traduction : Sr Monique Thériault s.n.j.m.Janvier-Février 2006 35 POUR ALLER PLUS LOIN Partage/réflexion de départ 1.Quel type de leadership exerçons-nous?a.personnellement?b.en tant que communauté?2.Quels sont : a.les points forts, b.les points faibles, c.les défis que nous avons à relever dans le service du leadership?3.Quelle vision du leadership avons-nous pour notre congrégation aujourd’hui, considérant : a.nos pratiques actuelles de leadership, b.les réalités de notre histoire, c.le monde dans lequel nous vivons, d.notre conscience du fonctionnement de différents systèmes?Sr Janet Malone, end 2862 R.R.2 Cornwall P.E.I.G0A1H0 AVIS IMPORTANT Veuillez prendre note qu’à compter de janvier 2006, le prix de l’abonnement à La vie des communautés religieuses sera de 30$/année.Cette hausse de coût est dûe à la diminution du nombre des abonnements et à la hausse des coûts de production.Nous comptons sur chacun et chacune de vous pour nous aider à maintenir en vie une revue importante pour la vie consacrée d’ici et d’ailleurs.Si vous aimez notre.votre revue, pouurquoi ne pas demander à des connaissances, à des associé-e-s et à des ami-e-s de s’abonner?Merci de votre appui.36 Lci Vie des communautés religieuses LANCEMENT DES ACTES DU COLLOQUE L’ARRIMAGE LAÏQUES PERSONNES CONSACRÉES Le 22 août 2005 Institut de pastorale des Dominicains, Montréal Comme Mireille Ethier vous l’a dit : « J’ai besoin de voir la réalité.Puis j’essaie de comprendre ce qui se passe ».Je vais donc d’abord vous parler de la réalité, donner des faits et, au fur et à mesure, poser quelques petites questions qui permettront de parler ensuite du sens.Un phénomène nouveau Partout, de ce côté-ci de l’Atlantique ou de l’autre côté, ou bien encore à l’autre bout de l’Asie, la première façon de parler de ces relations, a été de penser qu’il y avait là quelque chose de nouveau.Des hommes et des femmes tissaient des liens avec des congrégations, mais de manière autre que dans le cas de relations plus anciennes - je veux parler en particulier des Tiers-Ordres appelés plus souvent « Fraternités ».Ces hommes et ces femmes, on les a appelés les « associé-e-s.» Je ne sais pas qui a employé ce mot en premier, mais c’est le même mot dans toutes les langues.Deux catégories spontanées : associé-e-s et collaborateurs - collaboratrices Dans les premiers temps, on disait aussi qu’il y avait d’un côté les associé-es et de l’autre les collaborateurs - collaboratrices, ou plus précisément, les “associé-e-s” à la spiritualité - ce qui paraissait nouveau - et les collaborateurs de la mission.On a donc fait spontanément deux catégories : d’un côté la spiritualité, de l’autre côté la mission.Et pour chaque catégorie, des personnes étaient en lien avec un institut, et sous un mode différent.cil \ H Bernadette Delizy, sœur de Sainte-Clotilde _ HÜÜ Janvier-Février 2006 37 Ce langage était d’ailleurs davantage utilisé par les religieux et religieuses que par les laïques.Cela correspondait aussi à notre façon de parler du charisme.Le charisme de notre Institut, disait-on, était constitué de la mission et de la spiritualité.Pourtant, certains auteurs ou certains textes ajoutaient à ces deux premiers éléments la vie communautaire.D'autres ajoutaient encore les vœux ou d’autres choses.Je me suis amusée à voir combien de définitions différentes il y avait dans les textes que je travaillais.C’est inouï !!! Faites le test, vous aussi, un jour où vous vous ennuyez.Vous pouvez même regarder dans les très sérieux documents de l'Eglise.En fait, lorsque nous parlons de “charisme”, nous n’avons pas toujours la même définition dans notre tête, même entre nous, religieux et religieuses! De plus, quand on regarde ce que le Seigneur donne à l’Église aujourd’hui, ce n’est pas si simple que cela.En effet, dans la réalité la plus concrète, il y a plein d’intermédiaires entre ces deux pôles mission et spiritualité.On ne peut pas faire un inventaire à partir de ces seuls pôles.Je vais vous donner quelques exemples, à partir de l’expression “associé-e-s”.“Associé-e-s” : une expression unique pour des réalités différentes Premier exemple : des chrétiens, hommes et femmes, disent vivre « de l’esprit de la congrégation », c’est-à-dire, pour eux, « vivre de la charité de Jésus-Christ, s’imprégner de l’amour du Christ, regarder toute personne comme un frère, une soeur et avoir une attention aux plus démuni-e-s ».Ces hommes et ces femmes se retrouvent régulièrement en équipe, avec d’autres associé-e-s à cette congrégation et avec une ou deux sœurs.Ils ne travaillent pas avec les sœurs.En prenant les deux catégories précédentes, nous pouvons sans doute dire qu’ils sont seulement associés à la spiritualité.Autre groupe : les associé-e-s spiritains (associés aux Pères du Saint-Esprit).Peut-être existe-il d’autres mots pour les désigner ici ou ailleurs.En France, ces “associé-e-s” collaborent à la mission de la congrégation en étant envoyés par la congrégation, dans une œuvre des Spiritains, ou dans une forme d’engagement 38 La Vie des communautés religieuses qui est reconnue par la Congrégation.Dans cet exemple, le mot « associé-e-s » fait typiquement référence au pôle de la mission.Autre exemple.Les associés aux Missionnaires de la Plaine et de sainte Thérèse.(La Plaine désigne ici à la fois un lieu géographique, et un lieu de déchristianisation profonde).Ce sont des hommes et des femmes qui se retrouvent très régulièrement avec une communauté de prêtres de cet institut.Ensemble, ils réfléchissent à la manière de vivre la mission, à la manière de leur fondateur et sur un diocèse déterminé.Ensemble, ils se réfèrent également à l’esprit de Thérèse de Lisieux.Ici, on pourrait donc dire que le pôle de la spiritualité est fort, que le pôle de la mission est fort et qu’il y a aussi un petit quelque chose de vie communautaire.Ils ne vivent pas en communauté.Ils ne sont pas membres de la communauté.Mais toute la communauté fait équipe avec eux et réciproquement.Autre exemple, toujours avec le même mot : les associé-e-s aux Frères des Écoles chrétiennes.Dans mon pays, ils existent depuis un an, un an et demi.Ce sont des hommes et des femmes qui s’engagent à vivre de l’esprit de Jean-Baptiste de La Salle.Comment?En promouvant le Projet éducatif lasallien.Pour cela, la congrégation leur dit : « Vous pouvez vous appuyer sur une communauté de frères précise, et en plus nous vous proposons un frère pour être votre accompagnateur spirituel.» Ici, on retrouve la spiritualité, la mission et un lien avec une communauté ou un religieux particulier.Autre exemple : les associé-e-s à l’Institut Notre-Dame-de-Vie.C’est un institut séculier de spiritualité carmélitaine.Si je suis associé-e, cela veut dire que je m’engage à faire une heure d’oraison par jour, c’est tout.Et je retrouve, si je peux, chaque année, d’autres associé-e-s pour un temps de retraite, éventuellement suivi d’un court temps de loisirs.Ici, donc, c’est typiquement le pôle spirituel dans la ligne du Carmel : je prie et quand je prie, je suis en lien avec tous les autres.Mais ce lien, justement, dit aussi quelque chose d’un pôle communautaire.Janvier-Février 2006 39 Quand nous parlons d’associé-e-s, il faut donc savoir de quoi nous parlons.Si quelqu’un m’en parle, je commence par dire : qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?De plus, ces exemples manifestent que nous ne pouvons pas isoler d'un côté la mission, ou la spiritualité, ou la vie communautaire ou encore les vœux, etc.Dépasser nos premières manières de parler de ces relations à partir de spiritualité et mission La multiplicité des réalités recouvertes par le mot “associé-e-s”, n’est pas le seul écueil auquel nous devons faire attention.En effet, si nous continuons à parler avec nos catégories spontanées premières, nous risquons d’aller à une impasse.Nous disons : le charisme de notre institut, c’est telle mission, telle spiritualité, telle forme de vie communautaire, etc.Cela est vrai en soi.Mais en utilisant cette manière de voir dans le cadre des relations avec d’autres chrétiens, nous risquons d’aboutir au fait que ces chrétiens, ces chrétiennes partagent plus ou moins ou participent de manière plus ou moins graduée à ce que nous, nous avons en entier.Sans le vouloir, nous risquons d’arriver à une perspective où nous, les religieux et religieuses, nous sommes du côté du maximum de la mission, de la spiritualité, de la vie communautaire, etc.C’est un risque.Cela voudrait dire que ceux et celles qui sont avec nous, risquent d’être perçus dans une perspective de vocation inférieure.Le langage d’une participation plus ou moins graduée à tout ou partie d’un charisme de l’institut décomposé en éléments séparables, conduit à situer nos relations mutuelles dans un rapport hiérarchique.Au delà des seuls “Associé-e-s” et collaborateurs - collaboratrices, un foisonnement de réalités aux noms variés Pour continuer à décrire la réalité et interpeller notre manière première de dire ces relations, je vous propose de prendre cette fois deux exemples avec le mot “ami-e-s”.Les Amis de Gethsémani sont des hommes et des femmes qui partagent avec une congrégation une même certitude fondamentale : à Gethsémani, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire.40 La Vie des communautés religieuses Mais si on est ami-e-s de Gethsémani, on peut se référer diversement à Gethsémani.On peut être ami-e et dire que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a vécu là l’expérience de remise de soi au Père dans une attitude d’angoisse, de solitude extrême.Et l’on peut vivre cela en choisissant de partager la prière avec les sœurs.Ou bien on peut vivre cela en servant, comme les sœurs, ceux et celles qui, aujourd’hui, vivent l’angoisse, la solitude extrême, reconnaissant en eux, en elles le visage du Fils de Dieu.On peut aussi être membre de cette association des ami-e-s de Gethsémani d’une manière différente.Par exemple, quelqu’un peut dire : « Moi, je ne suis pas chrétien.Mais il y a là, à Gethsémani, un homme, pas comme les autres, qui a vécu quelque chose d’extraordinaire.Quand je regarde ce qu’il a vécu, quand je vous entends, je me dis : ma vie, il faut qu’elle soit pour tous ceux et celles qui vivent quelque chose comme ça aujourd’hui ».Dans ce dernier cas, on ne peut pas parler d’un partage de spiritualité.Et pour les autres exemples d’appartenance, on pourrait parler de spiritualité ou de mission partagées, etc.En citant cette Association - association reconnue officiellement par la congrégation - je voulais souligner que, dans le même groupe, il y a tout ce monde-là.si divers, mais tous et toutes présents à cause de Jésus à Gethsémani.Autre exemple : les Amis en communion.Ce sont à la fois des Frères missionnaires des campagnes, des Sœurs des campagnes et des chrétiens, laïques, prêtres ou diacres.Ils ont un même amour de la terre, un même sens de la mission dans le monde rural et leurs vies sont marquées par le Mystère de fondation : l’Incarnation, Jésus-Christ parmi les humains.Ils veulent faire connaître Jésus-Christ, Dieu parmi les humains, en vivant à sa manière.Les sœurs vivent en communauté, les frères vivent en communauté.Les laïques vivent chez eux, les diacres et les prêtres aussi.Mas ils se rassemblent régulièrement, en équipe locale ou en plus grands groupes, pour s’entraider à vivre ce qui les met en communion, à cause et pour la cause de l’Évangile vécu à la manière des fondateurs.Dépasser nos premières manières de parler de ces relations à partir du seul couple “laïques / religieux - religieuses” Janvier-Février 2006 41 Le mot « ami-e-s » utilisé pour parler de ces relations peut donc, lui aussi, être entendu de différentes façons.Ces deux exemples montrent qu’il ne s’agit plus seulement aujourd’hui d’une forme plus ancienne, religieuse, à côté d’une forme nouvelle, laïque.L’Esprit fait jaillir une multitude de choses aujourd’hui.Elles ne s’inscrivent pas toutes dans la seule perspective de la complémentarité des vocations dans l’Eglise.Nous sommes conduit-e-s à changer de lunettes pour mieux partir à la découverte du don de Dieu, comme pour la manne ! ! ! Parfois une éclosion de groupes multiples, en lien avec un même institut Parfois, près d’un institut se crée un groupe de laïques.N’oublions pas aussi que des instituts sont nés de groupes de laïques reconnus par l’Église, groupes qui existent encore aujourd’hui.Parfois, des instituts voient une diversité de groupes surgir, se réclamant d’un lien avec eux.Les Frères des Écoles chrétiennes, par exemple.C’était un désir de leur fondateur, mais cela ne s’est pas réalisé en son temps.J’ai parlé tout à l’heure des “associés”, au sens précis de promouvoir le Projet éducatif lasallien.Mais il y a d’autres manières d’être lasalliens.Il y a le Tiers-Ordre lasallien; c’est à peu près l’équivalent des Fraternités franciscaines, carmélitaines, maria-nistes, ou autres.Il y a aussi des cadres éducatifs qui sont formés au Centre lasallien français.Ils sont appelés à être dans des postes-clés des institutions.Comment ce Centre de formation est-il né?A un congrès d’anciens élèves, des anciens élèves sont venus trouver les frères.Ils ont dit : « S’il vous plaît, parlez-nous de votre fondateur.» Les frères ont dit : “D’accord”.Ils ont proposé un premier week-end.Sont venus quelques frères, quelques anciens.Puis il y a eu une seconde rencontre, et d’autres encore.Et cela a duré, évolué.Aujourd’hui, c’est devenu, entre autres, un Institut de formation à l’esprit de Jean-Baptiste de La Salle pour vivre l’éducation.Il y a aussi, comme cela existe sans doute dans votre pays, un réseau des établissements lasalliens qui fonctionnent ensemble.Dans beaucoup d’instituts, on a dit aux premiers directeurs qui ont succédé aux frères ou aux sœurs: « S’il vous plaît, continuez dans notre ligne » Sauf rares exceptions, nous ne leur avons pas dit : «Nous 42 La Vie des communautés religieuses avons une clé extraordinaire pour vivre l’éducation : la manière évangélique des fondateurs.Nous vous la proposons.» Dans les premiers temps, nous disions plutôt « S’il vous plaît.Nous ne pouvons plus continuer.Continuez dans notre ligne ».Puis ces premiers hommes et ces premières femmes, ont pris en charge des établissements.Très vite, ils ont dit : « Racontez-nous l’histoire de l’établissement.Pourquoi s’appelle-t-il ainsi?Qui est le fondateur, la fondatrice?Qu’est-ce qu’il a vécu?Quelle est votre spiritualité?».Et ces hommes et ces femmes qu’on embauchait pour un contrat professionnel précis sont devenus des demandeurs de spiritualité.La mission qu’ils recevaient de l’Institut, n’était pas de vivre personnellement toute leur vie de laïques à la manière de Jean-Baptiste de La Salle ou d’un autre.C’était - et cela demeure - devenir des chefs d’établissements qui fassent vivre cet établissement selon l’Évangile et dans l’esprit de Jean-Baptiste de La Salle.Accueillir la diversité des modes d’incarnation de l’évangile vécu à la manière des fondateurs J’attire votre attention sur ce fait : le lieu où l’esprit évangélique de Jean-Baptiste de La Salle doit prendre chair est, dans ce cas précis, un établissement scolaire.Si vous êtes membre du Tiers-Ordre lasal-lien ou membre du groupe “Signum Lidei” ou jeunes volontaires ou autre chose encore, le lieu et le mode d’incarnation ne sont pas les mêmes.Non seulement ils ne sont pas les mêmes, mais que vous soyez d’une catégorie ou d’une autre, vous désirez rencontrer vos semblables pour vous entraider à vivre sur les pas de Jean-Baptiste de La Salle, à votre manière spécifique.Si vous êtes chef d’établissement, c’est votre établissement qui devient, pour vous, la chair première de l’esprit de Jean-Baptiste de La Salle.Si vous êtes membre du Tiers-Ordre, c’est votre vie de laïque, en toutes ses dimensions qui est le lieu premier de l’incarnation de ce même esprit.Ces hommes et ces femmes donnent chair dans des lieux et sous des modes différents.Aucun mode n’est meilleur.Tous sont différents ! Pendant ce même temps, notons-le, les Lrères des Écoles chrétiennes, resserrent leurs liens avec des instituts religieux ou des instituts séculiers fondés sur la manière lasallienne de vivre l’Évangile.Tout bouge au même moment, si l’on peut dire ! Janvier-Février 2006 43 Ensemble, à cause et/ou la cause d’une même “figure évangélique” vécue différemment Il arrive aussi que des instituts aient un tel nombre de groupes qui cheminent avec eux.que cela nous donne le vertige.Je vais en donner un exemple, celui des Sœurs de la Providence et de P Immaculée Conception de Champion (Champion est une ville de Belgique).Elles ont entendu des appels différents.Elles se sont dit : “Que faisons-nous?” Et, après discernement, d’étape en étape, elles ont continué à avancer.Elles sont à peu près 600-700 et les personnes qui cheminent avec elles, bien davantage! Ce sont, à travers le monde et sans compter les simples amis ou proches : les Missionnaires laïques de la Providence, les Fraternités Providence, les Priants apostoliques, les Missionnaires laïques de la Providence dans le monde, les Séminaristes de la Providence (dont certains sont devenus prêtres), les Consacré-e-s à la Providence dans le monde, les jeunes et Amis de la Providence, les Professeurs de la Providence, les Professionnels de la Providence, auxquels s’ajoute encore un nouveau groupe depuis un peu plus d’un an ! Ce qui les unit : “Révéler au monde la bonté, la miséricorde du Père, Dieu -Providence” et cela, à la manière de Jean Martin Moyë le fondateur de cet institut et d’autres également.La Providence est comme la clef de lecture qui leur donne accès à l’Évangile accueilli et vécu.Cette Providence que le fondateur a eu la grâce de connaître davantage en une sorte de transfiguration, leur est donnée à eux-elles aussi, pour en vivre, pour lui donner chair dans la société.Le fondateur est comme leur frère aîné, une figure d’appel pour vivre davantage leur baptême.« Vivre davantage le baptême » est le leitmotiv caractéristique de ces hommes et ces femmes qui se sentent appelés par le Christ à le suivre, lui, sur les pas des fondateurs.La “figure évangélique” qui les fait vivre personnellement, les fait tenir ensemble dans un même groupe, et les unit à tous les autres groupes, institut y compris, est cette transfiguration et cette passion.Elle est à la fois visage de Dieu, ici Providence et manière particulière de l’accueillir et de lui donner chair dans la société.De cette manière le fondateur, ici Jean-Martin Moyë, est figure d’appel.Non seulement lui, mais tout autant cette manière précise dont l’institut l’a comprise et inscrite dans l’histoire.44 La Vie des communautés religieuses L’émergence de « Familles évangéliques » La constitution de relations entre groupes fondés sur une même “figure évangélique” n’est pas nouvelle dans l’histoire.Il suffit de nommer la Sainte-Famille de Bordeaux.Elle a été voulue par le Père Noailles, en une multiplicité de formes qui puissent témoigner ensemble, que l’humanité est appelée à devenir en Jésus la Famille des enfants de Dieu.Aujourd’hui, la Sainte-Famille comporte bien moins de groupes qu’à l’origine.Mais, dans un même “Institut” (mot qui ici ne désigne pas une congrégation), - l’institut de la Sainte-Famille reconnu comme tel par l’Église depuis les origines - existent : un institut religieux unique composé de deux branches (les apostoliques et les contemplatives), un institut séculier, des laïques associés et des prêtres associés.Très peu de groupes on pu traverser l’histoire, comme l’a fait la Sainte-Famille.Mais, beaucoup de ceux qui ont eu autrefois des relations communes ou même une forme de fonctionnement commun reconstituent aujourd’hui leurs liens mutuels.Exemple : Famille marianiste, Famille franciscaine, Famille dominicaine, Famille pallottine, Maison trinitaire, etc.Aujourd’hui, certains ayant eu ou non des relations fortes autrefois, demandent à Rome la reconnaissance de leur fonctionnement en Familles.Chaque groupe est déjà reconnu par l’Église, mais ils demandent ensemble à l’Église que leur fonctionnement commun soit également reconnu.Par exemple : un institut religieux d’hommes, un institut religieux de femmes, un institut séculier, un groupe de laïques, voire d’autres groupes encore aux projets diversifiés.Ils veulent constituer ensemble des relations de type fédératif.Chacun est autonome mais ils se retrouvent ensemble, à égalité, fraternellement, pour s’entraider à vivre ce qui les caractérise en commun.Aux premiers qui ont posé des questions, Rome ne savait pas trop quoi répondre.Cela dépendait-il du Conseil pontifical pour les laïques?Cela dépendait-il de la Sacrée Congrégation pour les religieux?Mais les Conseils pontificaux ou les Congrégations romaines peuvent aussi se mettre ensemble pour reconnaître! La famille pallottine qui s’était un peu distendue au cours de l’histoire, est un exemple de ce cheminement.Avec ses multiples formes d’appartenance, elle a demandé et obtenu sa reconnais- Janvier-Février 2006 45 sance.Il n’y a pas de statut de “famille” dans le droit canonique, mais il y a toutes les possibilités pour qu’elles existent! Pour ma part, à ces ensembles de groupes liés de manière canonique ou de manière moins formelle, je donne le nom de “Familles évangéliques”.Le choix de “évangélique” tient à l’unique centre de chaque communauté ecclésiale et de leur rassemblement : l’évangile, et plus précisément à cette “figure évangélique” dont le fondateur fait appel.Le choix de “Famille” tient au fonctionnement commun de ces communautés ecclésiales.Il est voulu à part égale, dans une unique filiation en Christ connu, aimé, servi à la manière des fondateurs, des fondatrices mais où chaque communauté ecclésiale est différente des autres car elle donne chair autrement à cette “figure évangélique” dans la société et dans l’Église.Pour conclure?Trois convictions! Première conviction : les “Familles évangéliques” sont une surprise de l’Esprit Saint; Deuxième conviction : c’est une vraie fécondité de la vie religieuse aujourd’hui; Troisième conviction : c’est une grâce pour notre temps.Je ne peux que vous inviter à une chose que je dis partout où je vais : nous devons grandement louer le Seigneur pour le temps qui est notre temps.QUESTION - Le livre La Vie religieuse au XXIe siècle parle un peu de cet éclatement de nos congrégations sous différentes formes mais il dit ceci : « Il y aura toujours un noyau central ».Ce noyau central, ce seront des religieux et des religieuses qui seront en petit nombre mais qui continueront.» Je veux savoir votre opinion : est-ce que c’est appelé à continuer ou si les familles vont perdre ce noyau?46 La Vie des communautés religieuses • Vous me permettrez simplement de ne pas mettre les instituts religieux au centre.J’ai dit que nous sommes appelés à être au milieu des autres, avec les autres.Cela va avec la place de la vie religieuse dans les documents du Concile.Parallèlement, je ne suis pas prophète mais je crois quand même que, si avec une telle fécondité, cela n’engendre pas de nouveaux appels pour la vie religieuse, ce serait presque à désespérer de l’Esprit Saint.J’y crois, non seulement j’y crois mais là, je ne peux plus parler avec des idées mais avec ma foi, j’y crois.Je crois que cela va interpeller profondément la vie religieuse sur ce qu’elle est.QUESTION - Vous avez parlé de diversité de familles, mais souvent les asso-cié-e-s ont aussi cette diversité entre eux.On a un groupe d’associé-e-s, il y en a qui sont plus du côté du charisme, plus engagés.On a ce phénomène-là dans des petits groupes.Et ce n’est pas toujours facile non plus.On fait quoi avec ça?Il y en a pour qui c’est presque une réunion de prière, d’autres pour des engagements.On a à chercher avec l’Esprit Saint aujourd’hui, mais c’est du neuf.• “Vous faites quoi?” Ce que nous avons toujours fait : un pas après l’autre, sans savoir où nous allions, mais certains que l’Esprit nous poussait à continuer à marcher ensemble! Je veux dire par là que chacun prendra la route avec ceux et celles qui marchent avec lui, avec elle.• Tout d’abord, il y en a qui décident qu’ils vont s’épauler dans la diversité pour cheminer ensemble.J’ai donné un exemple d’une congrégation qui a reconnu un groupe, et l’a reconnu aussi dans cette diversité des membres le composant.• Il y en a d’autres, comme la congrégation de la Providence dont les projets des groupes sont différents.• D’autres congrégations encore, voient naître des formes de groupes très différents selon les pays : une ou plusieurs formes en Amérique latine, d’autres en Asie, d’autres un peu partout.Mais la congrégation et ces groupes veulent s’épauler à partir d’une même manière d’accueillir l’intuition évangélique du fondateur.Janvier-Février 2006 47 • Je crois qu’il n’y a pas de modèle.• Une autre chose que je veux dire aussi.C’est un fait : nous sommes marqués profondément par un certain visage préférentiel de Dieu.C’est un Évangile à vivre qui se manifeste en toutes choses.De loin, on pourrait se dire tel groupe associé à telle congrégation est quasiment le même que tel autre associé à une autre congrégation.Or, de près, si je peux dire, il est souvent différent.Je vais vous donner un exemple qui m’avait frappée, celui de la première rencontre des personnes qui sont devenues par la suite des Amis en communion avec les Frères et Sœurs des campagnes.L’une de ces personnes a dit aux autres : Venez chez moi, je vais vous faire visiter ma ferme.Quand il a fait visiter sa ferme, il n’a pas simplement dit : vous voyez, là, j’ai une étable, j’ai des vaches, j’ai un tracteur que j’ai changé il y a deux ans ou je ne sais pas quoi.Au fur et à mesure, il a rendu compte de ses choix et pourquoi il avait fait ses choix à cause de l’Évangile.Et comment il se situait comme responsable syndical ou comment il se situait dans l’Église.Les autres ont partagé de même au cours de la visite.Voici un autre exemple : celui d’un groupe local sur Paris qui m’avait demandé de venir.Il s’inspire de saint Benoît.Comment ont-ils commencé leur réunion?Ils ont chanté les Vêpres.Ensuite j’ai parlé comme je le fais ici.Puis on a échangé.À la fin, les responsables ont donné à chacun un extrait de la Règle de saint Benoît qui était à travailler entre temps.Et la soirée s’est terminée par les Complies.Et bien cela, jamais vous ne le verrez chez les Amis en communion.Pourquoi?Leur manière de vivre, leur manière d’accueillir et de vivre concrètement l’intuition évangélique fondatrice est complètement différente.Ce n’est pas simplement : je te change mon groupe des Jeunes Volontaires de la Présentation de Marie (je suis là à cause de leur Chapitre général) contre le groupe des Jeunes Volontaires lasalliens.La manière de vivre ce qui semble être un même projet, révèle des différences parce que la manière dont ils sont pétris par Dieu est différente.• En disant tout cela, je ne me débarrasse pas de la question.Ma seule réponse : vous avez à faire votre propre chemin! 48 La Vie des communautés religieuses QUESTION - Vous parlez de l’importance des mots.Dans l’histoire de l’Église, il y a une tradition, il y a la tradition de la vie religieuse.Moi, ma question depuis quelques années, c’est le terme « vie consacrée ».Comme religieux, religieuses, des femmes et des hommes vont parler de leur vie consacrée, moi, comme laïque, des fois je me sens aussi consacrée à cause d’un appel intérieur qui est profond.Alors, est-ce qu’il n’y a pas lieu de penser à un changement de terme?• Quand on emploie le mot « consacré », de fait, dans le langage courant ce terme a plusieurs sens.• Mais il n’y en a pas de plus consacrés que les autres.La consécration fondamentale, c’est le Baptême que nous vivons différemment.Il n’y a pas non plus une hiérarchie qui ferait que les volontaires, ce serait un peu moins bien, que les volontaires vivraient un peu moins le Baptême ou un peu moins de l’esprit des fondateurs que les associé-e-s.De même, si on est associé, est-ce que l’on vivrait un peu moins bien le baptême que si on était membre d’un institut séculier.Ou encore être membre d’un institut séculier serait-il un peu moins bien qu’être membre d’un institut religieux?Non.C’est différent.On vit autrement le Baptême.• D’autre part, mon travail est centré sur une seule chose : les chrétiens qui font route avec ce qu’on appelle en termes de droit canonique des instituts de vie consacrée : instituts religieux, instituts séculiers, et sociétés de vie apostolique.Je n’ai pas parlé d’autres formes de vie comme les vierges consacrées par exemple.Je n’ai pas du tout regardé cela, ni les communautés nouvelles, etc.Mon champ de travail était seulement le lien entre une personne (ou plusieurs) qui est chrétienne, qui est baptisée et un groupe qui a un statut particulier dans l’Église : institut de vie consacrée ou société de vie apostolique.Janvier-Février 2006 49 QUESTION - Un peu dans la même ligne.Quand vous parliez de hiérarchie et que les religieux ont le maximum.Il me semble qu’on peut faire des associations avec des communautés.Si on dit par exemple que les gens prennent notre spiritualité ou une partie de notre mission, il me semble que le religieux, la religieuse a quand même un plus.• Si on parle de spiritualité d’un côté, d’associés à la mission de l’autre avec des termes en plus ou moins, de fait, on arrive, nous les religieux et religieuses, à être du côté du maximum.J’ai dit aussi qu’on ne peut séparer d’un côté la spiritualité et de l’autre la mission.L’enquête que j’ai faite auprès de chrétiens qui cheminent avec les congrégations montre qu’eux ne parlent pas ainsi.Ils parlent du fondateur ou de la fondatrice comme d’un homme ou d’une femme qui a vécu un chemin évangélique particulier et qui est un appel pour d’autres : un appel à suivre le Christ à sa manière.Ce que nous partageons, totalement et ensemble, c’est une intuition évangélique mais nous avons à la vivre différemment, autrement.Avant, on disait que les membres des Tiers-Ordres séculiers prolongeaient la vie religieuse dans le monde.Aujourd’hui on ne dira pas la même chose.Il n’y a pas un lieu “monde” où les uns, les unes seraient et les autres non.Nous disons que nous vivons différemment.Nous vivons différemment d’une même “figure évangélique”.QUESTION - Il y a quelque chose qui me rend mal à l’aise.Je suis d’accord avec la différence mais est-ce que quelque part, on ne cache pas non plus la recherche d’identité, le problème d’identité?Je reconnais la différence chez d’autres mais je dois apporter des nuances.Derrière la différence, il y a aussi une identité, pas en termes de plus ou de moins, mais il faut la faire cette recherche-là.On peut maintenant succomber à ce charme de la différence, ce charme de la complémentarité, il y a quelque chose qui est là-dedans, mais il y a une recherche d’identité importante et je ne l’entends pas dans ce que vous avez partagé.50 La Vie des communautés religieuses Je crois que c’est une bonne question.Elle ne se situe plus, pour nous, les religieux et religieuses, au niveau des “pratiques”.Je veux dire par là que, dans les premiers temps où ces relations ont existé, nous étions tellement contents de boire à la même source que quelquefois, nous ne savions plus qui nous étions, ni les uns, les unes ni les autres.Par exemple, il y a eu, en tout cas dans mon pays, des questions très fortes sur le droit de vote des associé-e-s lors des Chapitres généraux.Autre exemple : une femme a écrit à un provincial en disant : c’est inadmissible, vous écrivez à la communauté de vos frères et nous n’avons pas la lettre.Oui, à un moment donné, il a pu y avoir du flottement.On ne savait plus qui on était, trop heureux de ce qui nous réunissait.Aujourd’hui, nous avons fait du chemin.La différenciation a sa place.Nous sommes renvoyés à une question : cet homme, cette femme, ce groupe particulier différent de l’autre groupe, et qui tous se réclament du fondateur, qui sont-ils?Comment vont-ils donner chair à cette “figure évangélique” qui est aussi la nôtre dans la société?Comment vont-ils le faire à leur manière à eux?Nous aussi, religieux et religieuses, nous sommes renvoyés à cette question de notre identité.Qui sommes-nous?Sommes-nous une simple communauté ecclésiale parmi d’autres communautés ecclésiales qui se réclament d’une même figure d’appel pour suivre Jésus Christ?En fait, ce qui est questionné aujourd’hui, par ces relations nouvelles ou renouvelées, ce n’est pas tellement une manière de vivre les vœux, par exemple.Ils sont reconnus, et tout spécialement la pauvreté, comme un critère de l’authenticité de notre engagement.Ce qui est mis en valeur c’est le fait que nous sommes fondamentalement un corps, une communauté ecclésiale, des religieux et religieuses non comme somme d’individus, mais d’abord comme corps constitué, institué.Qu’est-ce que cela signifie être un corps dans l’Église?Ces relations interrogent la vie religieuse sur son caractère de corps.Elles nous obligent à repenser la vie religieuse à partir du fait “communautaire”.Non pas à partir du fait que nous habitons dans un même lieu (ce qui Janvier-Février 2006 51 n’est pas vrai des instituts séculiers, eux aussi concernés par ces relations), mais à partir du fait de se lier, d’être désormais liés à d’autres pour suivre ensemble le Christ.Ces relations nouvelles nous déstabilisent, certes, mais reconnaissons aussi qu’elles nous sont données comme un chemin de bonheur !‘ Bernadette Delizy 45 rue Cécile 94700 maison Alfort Paris France 1.En 2002, un numéro de La Vie des communautés religieuses a été consacré aux associé-es.CF.: Vol.60 - no 2 II est encore d’actualité.POUR ALLER PLUS LOIN Personnellement et en groupes communautaires 1.S’il y a des personnes associées dans ma Congrégation : sont-elles participantes de la spiritualité?de la mission?des deux?de la vie communautaire d’une certaine manière?2.Quelle est ma relation, notre relation avec ces personnes associées?3.Pour l’avenir, quelle est ma vision, notre vision de ce partage d’un lien spirituel dynamique avec une même « figure évangélique » qu’est le fondateur, la fondatrice d’une Congrégation?52 La Vie des communautés religieuses VERS DES 66 FAMILLES ÉVANGÉLIQUES 44 Le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations Sr Ghislaine Roquet c.s.c.Dans cet ouvrage, Bernadette Delizy livre l’essentiel de l’impressionnante recherche réalisée pour sa thèse de doctorat.Elle conduit son investigation sur deux fronts : l’histoire du phénomène sous ses formes récentes et la réflexion théologique sur la nature et le fondement de ces relations.La recherche historique suit l’évolution du mouvement en Europe et en Amérique, y compris au Québec dans les fondations canadiennes et dans les branches québécoises de fondations françaises.Ceci constitue un échantillonnage déjà considérable, d’où est exclu cependant tout le monde anglo-saxon et latin.Les instituts déjà engagés dans une association avec des laïques chrétiens trouveront une foule de modèles adaptés à des contextes, des missions, des objectifs variés.De quoi nourrir leur réflexion et provoquer leur créativité! J’y ai, pour ma part, trouvé grand intérêt! Mais je ne m’attarderai pas à cette dimension de l’étude qui, par ailleurs, fournit à Sr Delizy un trésor d’exemples concrets rendant sa thèse particulièrement vivante.Cette première moitié de la recherche est aussi l’occasion d’approfondir les notions de spiritualité et esprit, de charisme et mission, de partage et de communauté, autant d’éléments-clés dans les relations entre personnes associées et congrégations.Et surtout ces réflexions préparent le choix fondamental de Bernadette Delizy.Les interprétations officielles de l’Église sont encore timides et Sr Delizy, pour sa part, opte résolument pour une nouvelle interprétation du phénomène et, du coup, pour une toute nouvelle orientation Janvier-Février 2006 53 des relations entre groupes de laïques chrétiens et congrégations religieuses.Il s’agit des “Familles évangéliques” dont j’avais perçu l’existence dès 1960 lors de la Commission d’enquête sur l’éducation à la présentation de l’excellent Mémoire de la “Famille salésien-ne”, et plus récemment lors du Rallye Jeunesse 2000, grâce à la collaboration d’une membre de la “Famille de la Miséricorde”.Mais je n’avais pas soupçonné la fécondité de cette réalité.Bernadette Deli-zy y consacre la deuxième moitié de son important ouvrage.Elle en explore l’émergence, la diversité, le fondement, les articulations, en un mot la vie même des “Familles évangéliques”.J’avoue que j’ai été fascinée et réconfortée par cette vaste fresque de la vie des congrégations, ou plutôt de la vie de l’Église puisqu’il s’agit des échanges vitaux entre communautés chrétiennes - de laïques et de personnes consacrées.De plus, j’ai aimé que l’ouvrage soit présenté comme un “outil de travail” pour les instituts et les personnes associées, un outil indispensable à ce stade-ci de l’évolution des communautés religieuses.Lors du Colloque 2004 portant sur le même sujet, Bernadette Delizy proposait quelques pistes de réflexion que devrait susciter sa recherche.Elle invitait à une nouvelle perception, plus ecclésiale et sociétale, des fondatrices et fondateurs de nos instituts, comme “figures évangéliques” susceptibles d’enseigner et d’appeler des disciples dans toutes les couches de la société.Elle signalait aussi que le mouvement d’association entre laïques et personnes consacrées doit se concevoir dans une perspective communautaire, dans toutes ses dimensions, comme entre des membres d'une même “famille”.Notez que les Actes de ce Colloque ont été publiés dans les Cahiers de spiritualité ignatienne, mai-août 2005, no 113.C’est un appel à de nouveaux horizons que cet important ouvrage de Sr Bernadette Delizy nous lance.Pourquoi résister?Sr Ghislaine Roquet c.s.c.670 rue Gohier, Ville St-Laurent (Qc) H4L 3H8 54 La Vie des communautés religieuses ECHOS DU CONGRÈS 2005 DE L’ACRCV/ACRF Andrée Beaumont, s.c.s.m.À toi, religieux, religieuse d’aujourd’hui et de demain, J’avais hâte de pouvoir m’arrêter et d’en profiter pour te donner un peu de mes nouvelles.Tu sais, la vie d’une jeune religieuse en 2005, ici au Québec comme ailleurs sans doute, est pleine de défis et d’imprévus.Tout change tellement vite, qu’il faut être bien « branché » pour percevoir l’Esprit à l’œuvre et comprendre ce qu’il a à nous dire.Aujourd’hui j’ai le goût de te parler du Congrès de l’ACRCV/ACRF qui a eu lieu les 14-15-16 octobre dernier.Je t’entends déjà me dire : «L’AC.F.quoi ?» L’ACRCV/ ACRF : L'Association canadienne des religieuses conseillères de vocation et l’Association canadienne des responsables de formation.Tu sais, f ACRCV et l’ACRF c’est comme le CA, le PDG ou la VCR.C’est la manière à la mode de s’exprimer dans notre monde moderne.C’est plus rapide et c’est juste ceux et celles qui en sont membres qui comprennent, et même encore! Je me suis donc rendue au congrès qui se tenait à Cap-Rouge au Campus Notre-Dame-de-Foy.C’est la deuxième année que les deux associations se mettent ensemble pour préparer le congrès.Tu vois, nous n’échappons pas aux phénomènes des fusions et des regroupements.Mais nous devons nous en réjouir car « l’union fait la force! ».Comme c’était la première fois que je participais à un tel congrès, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.Parler de la vie religieuse aujourd’hui et de ses pistes d’avenir, sous l’angle de la Janvier-Février 2006 55 pastorale des vocations et de la formation des nouveaux membres, est à la fois un défi stimulant car j’ai l’impression de participer à la naissance d’une nouvelle identité de la vie religieuse, mais c’est aussi un « à venir » qui nous dépasse car l’Esprit souffle où il veut et pas toujours dans la direction où se porte notre regard.« Repartir du Christ », voilà le thème qui nous a été proposé au cours de la fin de semaine.Il peut te paraître à première vue un peu.traditionnel mais c’est en même temps nouveau car le Christ n’appartient pas uniquement au passé mais il est encore et sera toujours « Le Vivant » réveillant et suscitant le désir chez des femmes et des hommes de lui consacrer leur vie à travers la vie religieuse.Nous étions près de 200 participantes et participants, majoritairement du Québec, et de multiples communautés religieuses.C’était une rencontre mtergénérationnelle, mterculturelle et intéPressante! J’étais une fois de plus émerveillée de nous voir réunis en si grand nombre.J’étais aussi heureuse de sentir la vitalité de ceux et celles qui croient encore que la vie religieuse a quelque chose à dire et à apporter au 21e siècle.Il est bon de se le redire car quelques fois on peut avoir l’impression de faire partie des espèces en voie de disparition et de n’être bons que pour les musées! Les statistiques sur le nombre de religieux-ses sont toujours à la baisse et la moyenne d’âge à la hausse.Comme dirait un des participants au congrès : « On n’a malheureusement pas de moyens internes de reproduction et le clonage n’est pas à envisager! » Une chose est certaine, l’avenir de la vie religieuse nous tient bien à cœur et nous sommes convaincus que le Seigneur appelle encore.Le seul problème, c’est qu’il ne s’est pas modernisé dans ses moyens de communication.Il passe encore par les bonnes vieilles méthodes pour éveiller les aspirations profondes des personnes : le contexte social, culturel et ecclésial, les défis de notre monde d’aujourd’hui, les groupes de partage et de prière, les lectures, etc.et bien entendu les passionnés que nous sommes.Car c’est bien notre passion commune pour le Christ et pour l’humanité, comme nous le rappelait le congrès international sur la vie reli- 56 La Vie des communautés religieuses gieuse tenu à Rome en novembre 2004, qui nous fait aller de l’avant et qui met en branle notre créativité pour trouver des chemins neufs dans un monde de plus en plus désorienté et perdu.Je voudrais maintenant te nommer les panélistes ainsi que le titre de leur communication qui, par leurs interventions dynamiques et réalistes, nous ont accompagnés et ont stimulé notre réflexion et nos partages : Daniel Cadrin, o.p., Évangéline Plamondon, m.i.c.et Les pistes d’avenir de la vie religieuse, Rick van Lier, o.p.et Les communautés nouvelles - ces communautés que nous regardons tantôt avec fascination, tantôt avec questionnement.Je me suis dit : « Enfin, nous allons découvrir le mystère du caramel dans la caramilk! » -, Yvan Mathieu, s.m.et La figure de Jean-Baptiste et l’appel des premiers disciples, et enfin Doris Lamontagne, p.f.m.et Les éléments pratiques de l’appel des jeunes pour aujourd’hui et l’attrait du Christ.Quel menu n’est-ce pas?Avec ce portrait d’ensemble, j’espère que j’ai éveillé en toi le désir d’en savoir un peu plus sur le contenu et de connaître mes impressions.Voici donc ce qui a retenu mon attention.D’abord, il faut cesser d’attendre qu’un très grand nombre de jeunes entrent dans nos communautés.Démographiquement, ce n’est pas possible.Le nombre de personnes âgées augmente chaque année du fait qu’en moyenne les gens vivent plus longtemps qu’avant et il y a de moins en moins de jeunes dans la société.De plus, on remarque que cette jeune génération étudie plus longtemps et il n’est pas rare de les voir rester chez leurs parents jusqu’à la trentaine.Il est donc tout à fait normal que les candidats soient plus âgés, ce qui nous oblige à ne pas penser la pastorale vocationnelle et la formation qu’en terme de jeunes.(18-35 ans).La formation initiale doit s’adapter à chaque individu.Cette réalité engendre bien souvent un sentiment de solitude chez les nouveaux membres.Faisant moi-même partie d’une minorité visible (les 20-35 ans), je ressens l’importance de nous donner des temps de rencontre intercommunautaire avec les gens de notre génération portant les mêmes cris du coeur.C’est vrai pour notre génération, c’est vrai aussi pour les autres générations! Ces rencontres devraient nous dynamiser et créer une communion pro- Janvier-Février 2006 57 fonde et solide qui nous soutienne et nous donne le courage d’ouvrir un dialogue avec nos frères et sœurs des autres générations.Deuxièmement, il y a le choc des cultures qui est de plus en plus marquant dans certaines de nos grandes villes urbaines comme Montréal et Toronto.Cette réalité se reflète également à l’intérieur même de nos communautés soit par la venue de confrères ou consoeurs d’autres pays ou soit par l’entrée de néo-québécois dont les parents ou grands-parents sont originaires d’ailleurs.Cette réalité est un nouveau défi dans notre pastorale des vocations et dans la formation des nouveaux membres.Juste pour te donner une idée, je suis responsable de formation dans ma communauté située à Montréal.Ma provinciale est italienne et j’habite avec trois colombiennes et deux mexicaines.Je suis donc minoritaire.dans mon propre pays! Nous sommes donc invités à un dépassement et à beaucoup d’ouverture pour accueillir les changements importants au niveau de la formation, de la vie communautaire et aussi du gouvernement.Nous sommes conviés à bâtir ensemble à partir de ce qui transcende les cultures : l’Évangile.Nous sommes à même d’expérimenter « l’universalité du Règne de Dieu ».Si tu as le goût d’approfondir davantage cette dimension, tu es invité-e à une journée de réflexion et de sensibilisation sur les relations interculturelles dans nos communautés religieuses qui aura lieu le 8 avril 2006.Cette journée, organisée par la Chaire Tillard, se tiendra à l’Institut de pastorale des Dominicains.Voilà pour la pub! « Comme il est bon pour des frères, pour des sœurs, de vivre ensemble et d’être unis.» Tu l’auras deviné, le troisième point dont j’aimerais te parler et non le moindre concerne la vie communautaire et la vie intercommunautaire.Tout un défi me dis-tu?Oui, c’est un point majeur qui demande qu’on s’y arrête.On remarque que c’est une dimension très importante chez les jeunes qui ont été interviewés (présentation vidéo) et cela explique en partie l’attrait pour les communautés nouvelles.Dans notre contexte québécois, ils ont besoin, une fois convertis, de vivre leur foi avec d’autres et de porter ensemble un projet commun.Le confort de nos pantoufles peut nous amener à ne pas vouloir nous laisser déranger et questionner.Nous sommes invités à réviser nos manières de « faire ensemble » et « d’être ensemble ».Les jeunes veulent voir des religieux-ses 58 La Vie des communautés religieuses heureux de se retrouver et heureux de leur choix de vie, ouverts, humains, accueillants où la gratuité et la spontanéité sont au rendez-vous.Il est nécessaire de ranimer notre feu intérieur et de laisser à l’art et à la beauté l’espace nécessaire pour alimenter nos temps de prière communautaire et notre engagement dans l’annonce de l’Évangile.Mais attention de ne pas susciter la question de la vie religieuse à ceux et celles qui cherchent d’abord à vivre leur vie chrétienne! Les jeunes et les moins jeunes attendent de nous que nous les accompagnions dans leur quête de sens et que nous créions pour eux et surtout avec eux des cellules, des mouvements, des projets d’évangélisation, dans le respect et la liberté, et que nous leur donnions la chance d’aller jusqu’au bout de leurs intuitions.Notre propre témoignage de vie, vécu comme une manière possible de développer ce que nous avons de plus précieux et de plus spirituel dans l’esprit de Dieu et en vue de son Royaume, pourra éveiller chez certains le goût d’emprunter courageusement cette voie.Dans notre contexte social sécularisé, les nouveaux venus viendront davantage des mouvements spirituels et des communautés ethniques.Mais n’oublions pas que les vocations sont en dehors de notre contrôle.C’est Dieu qui appelle.Soyons des Jean-Baptiste qui, avec humilité, indiquent Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie! Serons-nous assez humbles comme communauté et assez conscients de notre œuvre commune dans et pour l’Église, tout en respectant nos spécificités bien sûr, pour ouvrir nos frontières en mettant de l’avant des projets intercongrégationnels pour rejoindre les jeunes là où ils sont?L’isolement est mortifère, voire même suicidaire.Si nous voulons être là demain, nous devons nous regrouper et créer des ponts entre nous et avec les communautés nouvelles.Il y a de part et d’autre toute une richesse qui n’attend qu’à être partagée! Le dernier point que j’aimerais partager avec toi concerne la formation.Pour y être impliquée depuis trois ans, je peux te dire que c’est à la fois une expérience qui m’amène à contempler, à être témoin de l’action du Christ dans la vie de l’autre, et en même temps, c’est une confrontation continuelle avec mon propre che- Janvier-Février 2006 59 minement, mes intuitions et mes constatations.C’est une tâche tellement délicate qui demande énormément d’humilité et de gratuité.La situation minoritaire des chrétiens engagés, les conversions tardives, les familles éclatées, le sexe à outrance, les blessures affectives, les milieux maternants, fragilisent les personnes et retardent la construction de leur identité.Tout cela nous oblige à repenser la formation en plusieurs étapes.D’abord, une formation à la vie humaine qui leur permette de solidifier leur identité, d’apprendre que l’autre existe, d’établir des relations bâties sur la réciprocité, le respect et la liberté.Cette tâche ne revient pas qu’aux formateurs et formatrices.Les communautés d’accueil doivent considérer les nouveaux venus comme des adultes capables de réagir et de se prononcer.Il n’y a pas de parents et d’enfants dans une communauté, nous ne sommes pas une famille.Nous sommes une communauté de frères et de sœurs ! Donc attention au cocooning et au conformisme! Ensuite, il faut penser à une formation à la vie chrétienne : formation biblique, théologique et spirituelle pour solidifier l’identité chrétienne et aider à acquérir une foi articulée, une foi où la faiblesse, le pauvre, la croix restent bien plantés au cœur de nos vies.De là, découle la formation à être disciple du Christ et à se laisser configurer à Lui.En dernier, viendra la formation à la vie religieuse, notre identité propre comme signe de la passion pour Dieu et pour l’humanité.Comme dans la pastorale des vocations, le projet de formation initiale doit de plus impliquer une collaboration intercommunautaire : rapprocher les communautés nouvelles, soutenir les formateurs isolés, penser à des regroupements des personnes en formation initiale et qui sait, peut-être un noviciat intercommunautaire?Bien entendu, il est important d’éviter de réinventer la roue.Il nous faut apprendre des expériences du passé.Toutefois, faut-il ne rien écarter du revers de la main et se laisser questionner et interpeller par l’Esprit qui saura nous inspirer de nouvelles avenues! Je reprends les paroles de Sr Doris : « Quand on veut sauver une entreprise, on doit discerner.À force de tout maintenir, on peut tout perdre! ».60 La Vie des communautés religieuses J’espère que mes quelques réflexions t’aideront à poursuivre la tienne.Pour terminer, je voudrais remercier de tout cœur les organisateurs de ce congrès et d’une manière spéciale nos animateurs, Cécile Gagné, r.h.s.j.et Guylain Prince, o.f.m.qui ont, en humour et en chansons, agrémenté le tout.Bon, le temps dont je disposais pour t’écrire s’est écoulé, je dois te laisser.Continuons de rêver ensemble d’un aujourd’hui et d’un demain pour la vie religieuse! Andrée Beaumont, s.c.s.m.Membre de la Chaire Tillard 3530 boulevard Gouin Est Montréal-Nord, Qc, H1H 1B7 (514) 322-1161 poste 164 andreescsm @ vahoo.ca Les pages publicitaires de mars-avril 2006 devront entrer avant le 22 janvier 2006.Janvier-Février 2006 61 INSTITUT de PASTORALE des DOMINICAINS Centre de formation universitaire 2715 Chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal, Québec H3T 1B6 Tél : (514) 739-3223 Fax : (514) 739-1664 secretariat@ipastorale.org - www.ipastorale.ca JOURNÉE « L’interculturalité dans les communautés religieuses : menace ou richesse?» Conférence - ateliers - panel et échange - temps de prière - repas international Samedi, 8 avril 2006 9h à 16h à l’auditorium de l’Institut de pastorale des Dominicains Coût : 15 $ Inscription avant le 31 mars 2006 Journée annuelle organisée par la Chaire Tillard - équipe de recherche sur la vie religieuse.Information et inscription : secretariat@ipastorale.org ou 739-3223, poste 323 62 La Vie des communautés religieuses RETRAITES 2006 19-26 mars 14- 21 mai 18-25 juin 09-16 juillet 23-30 juillet 15- 22 août 22-29 sept.Bernard Carrière, s.j Saisis par le Christ Jésus-Christ, chemin de vie La prière du coeur “Si tu savais le don de Dieu ” Du désert à la source d’eau vive Le bonheur : un don et une décision Cheminer avec le Christ de l’évangile de Marc Claude Roy, c.s.v.Jacques Gourdes, ptre André-Marie Syrard, o.s.m.Rita Gagné, o.s.u.Michel Vigneau, o.s.s.t.Richard Guimond, o.p.Toute personne peut s’inscrire pour le nombre de jours qui lui convient à l’intérieur de l’une ou l’autre de ces retraites.Frais pour retraite : 255,00$ + inscription 15,00$ (non remboursable) Total : 270,00$ En plus des retraites : Notre Centre est ouvert à tous pour une démarche spirituelle de groupe ou individuelle avec possibilité d’accompagnement sur demande à l’inscription.Frais de séjour : 41$/jour - 82$/fin de semaine/ individuel 83$/fin de semaine /groupe Pour réservation : Entre 8h00 et 21h00 Tél.: (418) 842-1421 Télec.(418) 842-4111 Périodes de relâche 2006: 01 au 05 janvier - 10 au 17 mars - 26 août au 11 septembre -18 au 31 décembre.Les activités débutent le premier jour à 20h00 et se terminent avec le dîner du dernier jour CENTRE DE SPIRITUALITÉ DES URSULINES 20 rue des Ursulines - C.P.276 LORETTEVILLE, QC G2B 3W7 Janvier-Février 2006 63 Manoir d’Youville 498, boul.d’Youville Ile St-Bernard, Châteauguay, QC Tél.: (450) 692-8291 A .Téléc.: (450) 692-7370 JU d lYouviüe Courriel: manoirdyouville@qc.aira.com ‘Manoir Dates RETRAITES 2006 Prédicateurs Thèmes 19-26 mars Gilbert Dallaire, p.s.s.13-16 avril André LeBlanc, p.m.e.30 av-7 mai Julien Rainville, c.s.v.8-15 mai Mme Christiane Cloutier 4-11 juin Jacques Gourdes, ptre Prier avec Marie Triduum pascal avec le Père Sara, Judith, Marie-Madeleine et les autres Chercher Dieu sur la route de notre pèlerinage Sur les pas d’Abraham Tarifs 2005 : Chambre régulière sans salle de bain : 52.00$ Chambre avec salle de bain : 62.00$ Chambre avec 2 lits sans salle de bain : 82.00$ Chambre avec lit double et salle de bain : 92.00$ Petite salle (Séminaire) Grande salle .Du Vieux Moulin , .Marguerite d’Youville (de 75,00$ à 200.00$ .Les Bosquets ^ Les tarifs comprennent l’hébergement et les repas, ainsi qu’une taxe d’hébergement de 2,00$ par nuit, par chambre.Tous nos prix sont sujets à changement sans préavis et sont valables jusqu’au 31 décembre 2005.Pour réservation : (450) 692-8291 64 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 255-9372 Téléc.: (514) 255-1088 Courriel: monther@snjm.qc.ca Membres de la rédaction Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Rick Van Lier, o.p.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 30$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 45$ 30 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative * en Eglise La Vie des communautés religieuses Nicolet, Québec, Canada
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.