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Titre :
La nouvelle relève
Éditeur :
  • Montréal :[La nouvelle relève],1941-1948
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
inconnu
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La nouvelle relève, 1944-05, Collections de BAnQ.

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BIBLIOTHEQUE DE V à.\ I.'ACFAS V LA NOUVELLE^ RELÈVE Directeurs : Robert Charbonneau et Claude Hurtubise HENRI LAUGIER Mission de l’Université d’Alger ! < Pastiches et parodies La survivance de l’Europe Mai MONTRÉAL 1 944 Volume III, No 4 1fT?,! <> *- ! ( LA NOUVELLE RELÈVE Fondé* an 1934 Directeurs : Robert Charbonneau Claude Hurtublse Sommaire HENRI LAUGIER.Mission de l'Université d'Alger 193 ROGER PICARD.Pastiches et parodies 198 ANNE HEBERT.Prélude à la nuit 209 LUIGI STURZO.La poésie dans la Divine Comédie (Il et fin) 210 BERTHELOT BRUNET.Primaires et doctrinaires ou l'école des dupes VII 219 Jeune Poésie CHRONIQUES ACRÎH££RAUZE : Poème — CLAUDE ROUSSEAU : Conte de peu de ioie.GABRIEL CHARPENTIER : La brebis qui s'en va.La musique HENRI ROVENNAZ : La passion selon Saint-Mathieu.La science b BENOIT : Lavoisier, l'homme, le physiologiste.Les revues MARCEL RAYMOND : Notes sur la poésie.Hémisphères.La politique RICHARD PIRQUET ; La survivance de l'Europe.Labonnement a 10 numéros: Canada.$2.00; étranger.$2.25.Payable par mandat ou chèque au pair à MontréaL négociable frais.60 ouest rue Saint-Jacques, MontréaL HArbour 3924.Mai 1944, Vol.III — Numéro 4 Le numéro : 25 cents LA NOUVELLE RELEVE Mai 1944 Vol.III Numéro 4 MISSION I)K L’UNIVERSITfc D’A LG K H 1 L'I’niversité d'Alger est la première université française, libérée par le Cumbat des Nations unies, libérée de l'oppression physique et intellectuelle, qu’imposaient à son activité, la menace allemande et un régime maintenu en b rance par la tolérance ou la volonté de l'ennemi.L’Université d’Alger est libre aujourd’hui de reprendre son action dans le combat de la Pensée française, pour la Victoire commune.Déjà, des élections régulières se sont déroulées dans les facultés, et à l’Université; et vous avez devant vous des conseils de facultés, un conseil de l’Université, des doyens et des assesseurs qui ont été librement choisis par leurs pairs, conformément à la tradition constante de l’L'niversité française sous la législation de la République.Et je salue ici, de nouveau présents parmi nous, les nôtres qui avaient été écartés de l’Université pour des raisons raciales, et qui ont repris au milieu de leurs collègues leur place dans le combat de la France.Un décret du Comité français de la Libération nationale a confié d’autre part à l'Université d’Alger, la mission émouvante de représenter, dans leurs rapports avec les universités des pays alliés, toutes nos universités françaises, aujourd'hui bâillonnées et muettes dans leur martyre.Ainsi les circonstances imposent a l’Université d’Alger, un haut devoir et des responsabilités sévères, complexes et précises, responsabilités vis-à-vis de 1 Algérie, responsabilités vis-avis de la France, responsabilités vis-à-vis de la pensée universitaire dans le monde allié.Je porte ici témoignage que l’Université tout entière, ses étudiants, ses professeurs, ses chefs, sont prêts à faire face résolument à ces responsabilités, et à se montrer dignes des graves devoirs vis-à-vis de la Patrie que leur impose l'heure présente.Vis-à-vis de l’Algérie, l’évidente mission de l’Université est lourde.Par un enseignement libre, respectueux de la méthode scientifique dans toutes les disciplines, former l'élite dont dépendra demain la grandeur et l’essor de ce jeune pays où restent enfouies tant de ressources matérielles, où restent encore inutilisées tant de ressources intellectuelles et humaines.Par l'exercice de la pensée libre, de la (1) Discours prononcé a la séance solennelle d’ouverture îles Facultés, le 1S décembre 1043, à Alj»or. 194 I.A NOUVKI.t, K UKI.KVK librc discussion et de la libre critique, dissiper les miasmes délétères que trois ans de propagande mensongère, et d oppression des esprits ont répandus sur ce pays dont la vocation est une vocation de lumière et de clarté.Aider la jeunesse algérienne, à retrouver par delà des années de souffrance et de ténèbres la continuité avec la pensée française; développer largement pour un programme d’avenir, les institutions d’enseignement, à tous les degrés, primaire, secondaire, supérieur, technique; appeler, sur un rythme accéléré les populations musulmanes, dans le respect de leur personnalité propre, aux bienfaits de la culture; voilà les lignes générales qui, a mes yeux, définissent le cadre de l’action de fUniversité d’Alger en terre algérienne, poulies jours à venir.Mais les devoirs de l’Université d’Alger ne sont pas seulement des devoirs algériens, ce sont aussi des devoirs d Umpire.L Université d’Alger est la tète de pont de la pensée française sur les territoires de 1’Umpire, et c’est la seule université existant dans 1’Umpire français.C’est donc dans son atmosphère propice que doit s’ordonner l’activité intellectuelle de ces immenses territoires dont l’essor technique est décisif dans la grandeur française.Pardonnez à un homme qui a consacré toute sa vie à la recherche scientifique, à son organisation en un service public autonome.île vous dire combien de toute sa foi en le développement de la connaissance humaine pour le progrès des sociétés, combien il souhaite que la Recherche scientifique appliquée aux besoins de l’Empire français, soit largement développée, dotée de tous les moyens d’action nécessaires par le Comité de la libération nationale, et centrée autour des ressources intellectuelles de l’Université d’Alger qui est prête à apporter sa collaboration passionnée à cette œuvre d’intérêt national.Je manquerais à mon devoir si, devant cette audience, je ne disais pas toute ma pensée.Lorsque se livre un combat naval, terrestre ou aérien, lorsque des êtres de chair et de sang sont la proie des flammes, des halles, des obus ou des torpilles, tous ces gestes de la bataille font intervenir en quelques secondes, quelquefois en linéiques fractions de secondes, toutes les techniques de toutes les sciences; les mathématiques, la balistique, la mécanique, la physique sous toutes ses formes : physique du métal, physique des moteurs, optique, radiocommunications, la chimie des explosifs, l’aérodynamique, la résistance des matériaux, etc.etc.Un combat n’est autre chose qu’une épreuve expérimentale, un examen où s’affrontent, se confrontent et se comparent les efficacités des recherches effectuées au cours d’un passé ancien ou récent, par les conseils nationaux de recherches, par les ingénieurs et les techniciens des pays en guerre.Dans MISSION DK I.UXIVICRSITK I) A I.(.Ik 195 l'ombre des batailles qui écrivent l’Histoire, c’est le combat silencieux des conseils de recherche, qui est un élément décisif, l’élément décisif de la victoire.Lorsque la paix sera venue, commencera le dur et ardent combat de la paix.Dans le combat pacifique des Nations, dans la concurrence pacifique des nations, dans la collaboration pacifique des nations, ce sera encore l’activité de recherche, ferment du progrès industriel, agricole, culturel, qui entraînera la décision.Le succès ira aux nations qui développeront aux limites de leur possibilité l'activité des hommes de science, des ingénieurs et des techniciens.Il ira aux nations qui doteront avec générosité, avec prodigalité leurs organismes de recherche.Disons-le loyalement, dans Plèmpire 'français, l’effort qui a été entrepris reste dérisoire par rapport à celui qui reste à entreprendre.Faire l’inventaire de toutes les ressources minéralogiques, zoologiques, botaniques des colonies françaises; étudier la biologie des peuples et des races; perfectionner les techniques agricoles, par le développement des laboratoires chargés d’étudier les sols, l’augmentation du rendement des cultures, l’amélioration des semences, l’acclimatation d’espèces botaniques ou zoologiques nouvelles; poursuivre l’utilisation des ressources naturelles connues ou à créer pour la fabrication de produits de synthèse, carburants, caoutchouc, matières plastiques, entreprendre avec de grands moyens toutes les recherches de parasitologie, d’épidémiologie, d’assainissement, toutes les recherches de nutrition destinées à améliorer la santé physique et l’hygiène mentale des populations de l’empire, voilà quelques-unes des grandes tâches qui s’imposent à la France, à l’Algérie, et à l’Kmpire rénovés.Ceci n’est pas un rêve chimérique; je l’ai vu largement réalisé dans les grands pays d’où je viens.J’ai rapporté des Ktats-Unis les comptes rendus des recherches agricoles qui s’y poursuivent sur leur immense territoire.Là-bas des centaines et des centaines de laboratoires et de fermes expérimentales utilisant des milliers de chercheurs, utilisés à plein temps, travaillent au perfectionnement des techniques agricoles.Des efforts aussi puissants y sont poursuivis dans tous les autres domaines de la recherche appliquée.L’Angleterre a développé sur son sol.et dans tout son Commonwealth, un programme de recherche scientifique appliquée aux besoins pratiques, de dimensions colossales.Séparé par la distance et par la langue, de nos amis de I l • K.S.S., je connais moins le détail à leur effort, mais je sais, par des exposés d’ensemble que dans les plaines de Russie, des milliers de chercheurs animés par une foi inébranlable dans les bienfaits de la science, poursuivent une action tenace de révolution des techniques, dans tous les domaines. |.\ NOl’VKI.I.K.KK1.KYK 196 le le dcmaiule.quel manque de courage civique, quelle timidité dans l'imagination ou quelle parcimonie dans le saciificc financier, pourrait empêcher la science française, d aborder cette grande tâche, dont l’accomplissement sera décisif pour la grandeur française ?A cette tâche, l’Université d’Alger est résolue à apporter son concours, avec toutes ses forces, avec tout son dévouement a 1 avenir de la Patrie.L’Université d’Alger est également consciente des immenses devoirs qui s'imposent â elle vis-à-vis des universités françaises et vis-à-vis des universités alliées.Nous sommes ici libres, par un privilège, privilège que nous devons les uns a notre volonté, les unties aux circonstances de la guerre.Pour tous, c’est un immense privilège qui impose aux uns et aux autres des charges redoutables.Lu 1*tance, la pensée restée libre est clandestine.En h rance, si Ion écarté quelques universitaires misérables, à qui la trahison a procuré le pouvoit, toute l'Université a été à la pointe du combat libérateur.1.hitlérisme a célébré son arrivée au pouvoir en Allemagne par de monstrueux bûchers où se consumaient dans les flammes les livres des hommes qui sont la gloire de l’humanité en marche vers l'avenir.Dans les pays qu'il opprime, l’hitlérisme s’efforce d’abord de détruire 'intelligence et l’Université est sa première cible, son premier objet de persécution.Saluons ici tous nos collègues qui gémissent dans les prisons, dans les camps de concentration; saluons la mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté de pensée; ceux qui ont été torturés et martvrisés avant de mourir; saluons tous ces étudiants héroïques qui ont défié l'ennemi et qui dans l'obscur combat il une resistance sans merci risquent tous les jours leur vie pour la survie de la France.Pensons à chaque instant de notre journée de labeur, que nous représentons, ici.libres, la pensée de la France muette; et qu'il ne sorte de nos bouches pieuses que des paroles en accord avec la volonté de combat de notre Patrie.Aujourd’hui, nous avons conféré le grade de docteur honoris causa, à un grand universitaire anglais, ami de la France, et spécialiste éminent des problèmes d’orientalisme.Il y a de longs mois que l’Université avait mis en marche les délibérations de ses conseils pour décerner cette haute distinction a M.Gibb.Aujourd'hui, sa présence parmi nous, nous permet de lui dire notre amitié et la joie que nous avons de le compter au nombre des savants étrangers qu’un lien précis unit à notre Université.Dans quelques mois.l’Université a l’intention, dans une séance solennelle, de décerner des grades de docteurs honoris causa a plusieurs savants ou hommes de lettres ou hommes d’action appartenant MISSION DK I, UNIVERSITÉ d’aUGKR 1 07 mix pays allies, aux pays des Nations unies.Elle montrera ainsi la volonté qu’a la France de dédier une activité passionnée à la liaison intellectuelle internationale, et la volonté qu’a la l'rance de rester fidèle à sa grande tradition de pensée universelle et humaine.Quand on a, comme moi, au hasard de missions universitaires, ou dans l’Odyssée de l’exil, connu presque tous les peuples d Europe et d’Amérique, l’on sent avec une émotion profonde toute l'amitié, toute la tendresse que tous les peuples du monde portent a la luanec, à la nation française, à la pensée et à la culture françaises.C’est un immense capital de dévouement dont dispose notre Patrie, dans tous les pays libres; il nous a été acquis par tous les héros qui ont fait la France ; par tous les penseurs et tous les hommes de science qui ont fait la culture française, la culture de (d’honnête homme» universellement admirée dans l’univers; il nous a été conquis par le sacrifice de tant d’enfants de France qui sont tombés au cours des siècles dans le combat pour la Liberté, au service de l’Humanité tout entière.Ces liens émouvants de l’esprit et du cœur, entre la France et les pays de liberté, sont une des richesses de notre Patrie; nous en sommes aujourd'hui dépositaires et comptables devant elle.L’Université d’Alger a la mission de les maintenir, de les consolider, de les développer aux limites de ce qui lui sera possible.Mes chers amis, de l’Université d’Alger, voilà les tâches de combat qui s’imposent à vous dans l’heure sombre, mais pleine d’espérance où nous sommes.Prêtez l’oreille, et entendez la voix douloureuse (pii sort des lèvres exsangues de la France, de la chère France (pii vous dit : (( Universitaires d’Alger, vous êtes à chaque minute de votre vie.à charpie geste de votre action, responsables du prestige de la Patrie, (pie toutes vos forces soient tendues vers sa délivrance et vers le renouveau de la grandeur française.» Amis, doyens, professeurs, étudiants, j’ai confiance que vous entendrez cette voix émouvante.J'ai confiance que l’L Diversité d Alger, face à ses responsabilités, remplira scs devoirs; et j ai confiance qu'au jour béni de la Libération, lorsque nous reverrons, triste et radieux, le visage de lumière de la France libérée, l’Université d’Alger, ayant accompli sa noble tâche, aura bien mérité de l’Université française et de notre patrie, la France.Henri Laugier PASTICHES ET PARODIES A la veille de la Guerre de 1914, — au temps où la France était heureuse, — parut un volume dû à deux hommes d’esprit et qui connut un succès si grand qu’il dure encore aujourd’hui.C’était « A la manière de.par Paul Rehoux et Charles Muller.Les auteurs s’étaient amusés à pasticher, sur le mode ironique, de grands écrivains, français et étrangers, classiques ou modernes, mais tous très connus d’un très large public.Quel que fût le respect ou l'admiration qu’on eût pour ces grands auteurs, on ne pouvait s’empêcher de sourire ou de rire franchement de la malice ou de la cocasserie ties œuvres qui leur étaient attribuées.Les pasticheurs s'étaient ingéniés à faire saisir les côtés faibles de leurs modèles, ce qu’il y avait, dans leur art, de procédés, de singularités, en choisissant à dessein des sujets ou des expressions de style qui outraient les caractères habituels des œuvres parodiées.Le pastiche, qui consiste dans l'imitation, avouée et volontaire, d’un auteur connu, est très ancien et son champ est très vaste.Il est ancien et il suffit de consulter l'Anthologie du pastiche, que Léon Deffoux et Pierre Dufay ont publiée, il y a quelque vingt ans.( 1926), pour voir que, dès ses débuts, notre littérature l'a connu et en fournit des exemples excellents.Il a un champ très vaste, et s’attaque non seulement à la littérature proprement dite, mais aussi aux écrits politiques et même, — car l’irrévérence des pasticheurs est grande, — aux textes religieux.On pourrait citer nombre de très anciens pastiches de textes liturgiques ou sacrés, datant d'époques où pareille plaisanterie n’allait pourtant pas sans danger.Il est arrivé que des propagandistes politiques fissent, du pastiche, le style ordinaire de leurs écrits les plus sérieux.C’est ainsi que, pendant la Commune, Eugène Yermersch, Alphonse Humbert et le joyeux Maxime Vuillaume, que j’ai connu en ses vieux jours, publiaient un journal : le Père Duchcnc, qui pastichait, avec application et talent, le journal de Marat, orné du même nom sous la Terreur.La littérature diplomatique, avec sa gravité un peu compassée, se prête admirablement à cette sorte de satire légère.Albert Sorel, le grand historien, (que nous retrouverons encore dans cette étude), alors jeune secrétaire d'Ambassade, écrivit une prétendue lettre de PAST1CMKS r.T PARODIKS l‘)<) Bismark à son souverain, datée de V ersailles, 13 novembre 1870, et où toute la fausse candeur et le véritable cynisme du Prussien étaient mis en évidence.On y voyait l’écrivain supposé accuser amèrement la France, « dont la résistance incompréhensible paralyse en Europe tout développement normal de la vie politique.» Cette lettre, lue sous le manteau, eut un grand succès.Le Figaro l’a publié longtemps après, dans son Supplément littéraire (10 septembre 1922).Il y a des auteurs qui se prêtent à merveille au pastiche.Ce sont précisément ceux dont le style est le plus original, l’individualité le plus fortement marquée ou dont les œuvres qui ont eu le plus de célébrité.Combien de fois a-t-on imité, soit pour traiter un sujet sous une forme déjà populaire, comme on met des paroles nouvelles sous un air connu, soit pour railler doucement l’auteur du chef-d'œuvre pastiché, des poèmes comme la Chute des Feuilles de Millevoye, le (( Sonnet » d’Arvers, le Vase brise de Sully Prudhomme.Le bon poète François Coppée, parfois si injustement moqué pour son prosaïsme, a été parodié de mille façons, dont celle de Courteline me semble être la meilleure.Ce pastiche courteünesque recueilli dans les Facéties de Jean de La Butte ( 1893), était un conte en vers, forme qu'affectionnait le poète des Humbles, et qui s’intitulait : le Coni' de marteau et narrait un accident de chemin de fer.En voici le début : Au temps lointain où le dénommé Marc Lefort Etait mécanicien sur la ligne du Nord.Le nommé Jean-Paul-Pierre-Antoine-Oscar Panais Menait l’express sur la ligne du Bourbonnais.Par malheur, il était atteint de daltonisme.Cela devait finir de façon effroyable Un jour qu'il conduisait son train, le pauvre diable Vit le disque fermé, malgré qu’il fut ouvert.Jean Lorrain, lui aussi, imitait avec bonheur Coppée, ainsi quand il composait ce morceau : Ils revenaient tous deux dans le chaud crépuscule, Par les bois de Clamait.Le mari, jeune et fort.Travaille au Ministère : alerte et sans effort, 11 porte sur son dos Mademoiselle Ursule.Mademoiselle Ursule a cinq ans, elle dort.En revanche, il est des auteurs quasi impossibles à pasticher, bien que ce soit eux qu’on cherche le plus, mais vainement, à imiter, témoin La Fontaine.11 a eu, pourtant, ses pasticheurs, dont les plus I,A NOUVELLE RELEVE 200 habiles furent Desinares, avec ses Metamorphoses du jour (1831) et Aurélicn Scholl t|ui.en 1866, publia un recueil plein d’esprit, intitulé les L'aides de La Tontaine filtrées.Tristan Bernard, lui, s'est borné, malgré son habileté à versifier avec humour, à donner de certaines fables de La Fontaine des interprétations pleines de drôlerie, comme celle où il fait commenter le Lièvre et la Tortue par un habitué des champs de courses.Mais le pastiche, s'il blasonne les petits travers des grands écrivains et notamment leurs procédés artificiels, a lui-même ses recettes.Elles ont été décrites, d’une façon délicieuse, par Jules Lemaître, dans un article consacré aux Maximes de la comtesse Diane, où il trouve le moyen de brocarder à la fois les faiseurs de pastiches et les faiseurs de maximes, en montrant, par le précepte et par l’exemple, comment on peut arriver à parodier ou à se croire LaRochefoucauld.L’auteur des Contemporains était lui-même un maître du pastiche et il l’a montré, en écrivant (Contemporains, t.IV) une série de Contes de Noël à la manière de Bourget, Coppée, Loti, Maupassant, etc.De nos jours, Georges Duhamel a donné (Mercure de France, 1 juin 1913) d’impayables «recettes pour la composition des volumes de vers ».ou les sonnets parnassiens sont le principal but de ses épigrammes.Mais déjà Sainte-Beuve, qui goûtait les pastiches, disait plaisamment qu'on pourrait, si on avait bien saisi les tics d’un auteur, construire une «machine à rhétorique», comme Pascal fit une machine à calculer et il rappelait le mot d’un de ses amis qui, lorsqu’il avait saisi le procédé d'un auteur, disait : «Oh ! toi, je connais ton gaufrier !» (Port-Royal, éd.1912, t, II).Je ne sais si Sainte-Beuve a lui-même écrit des pastiches, mais c’est un fait reconnu que les plus grands auteurs se sont divertis à ce passe-temps littéraire.Le grave Bossuet a écrit des « fables de Phèdre »; Boileau s'est amusé à envoyer au duc de Yivonnc, (2 juin 1675) deux lettres dans le style de Balzac et de Voiture et qu’il avait datées des Champs-Elysées.Au surplus, son Lutrin n’est autre chose qu’un pastiche, parodie des mauvais poèmes épiques de son temps.Enfin, La Bruyère a fait de Montaigne un pastiche qui offre beaucoup de vraisemblance, mais qui paraît un peu nonchalant et qui manque de la vivacité de style et des tours imprévus du vieux moraliste.On le trouvera dans les Caractères, au chapitre « de la Conversation ».Au XIXe s., les pasticheurs se sont faits de plus en plus nombreux.On n’en finirait pas de citer les recueils de pastiches ou les imitations isolées dus aux meilleurs auteurs.Il est des pastiches érudits, comme ceux que fit Littré de fragments de Dante en langue française du XIY° siècle.11 en est de savants, mais remarquable- iwsTiciTi:s it I’AKonn:.' JO l ment expressifs, comme ceux de Marcel Proust : il avait imaginé de traiter «à la manière de)) Saint-Simon, Flaubert, Zola, etc., un meme sujet, «l’Affaire Lemoine», qui était tout simplement un fait divers célèbre en 1907.Ces morceaux, parus d’abord dans le Pigaro, furent mis dans les œuvres de Proust, au volume Pastiches et Mélanges Ce sont des chefs-d’œuvre dans leur genre et le Saint-Simon, notamment, est un véritable tour de force.Beaucoup plus fantaisistes sont les pastiches de Rebottx et Muller ou ceux qu’on faisait au Cabaret du Chat-Noir et que publiait la revue du même nom.Pierre Mille y écrivit un «lléraklès au Lionceau » ( 14 mai 1887), qui offusqua beaucoup Leconte de Lisle.D’une fantaisie réjouissante également, les pastiches que publiait, à la lin du siècle dernier, le Chasseur de Chevelures, cette espèce de Supplément à la Revue Planche, dont les deux rédacteurs, Tristan Bernard et Pierre Véber, se qualifiaient, le premier de (( dé formateur du réel» et le second d’« informateur du possible».Plus près de nous, des érudits, des journalistes, des romanciers, nous ont donné des pastiches fort divertissants.Faute de pouvoir reproduire quelques-unes de ces œuvrettes, il faut au moins en citer les auteurs.Les meilleurs sont Maurice Guvot, avec son recueil Connue dirait.(1912), Henri Martineau, qui publiait, dans le Divan, ( 1913) des Dialogues des Morts, dont les interlocuteurs, bien vivants, étaient Renée Vivien, Anna de Noailles, Henri de Régnier; Jean Pelle-rin, avec son Copiste Indiscret (1919); Louis Martin-Chauffier, qui donna de savoureuses Correspondances Apocryphes, (1923) ; Georges-Armand Masson, avec son Parfait Plagiaire ( 1924), et bien d’autres.¦ Si de grands écrivains et si de bons auteurs se sont amusés à écrire des pastiches, il faut dire aussi que ce sont précisément les meilleurs qui ont été eux-mêmes le plus pastichés.Rien ne s’explique mieux, car le public ne saurait goûter une imitation que s’il est familiarisé avec le modèle authentique.On ne peut donc parodier avec quelque chance de succès que des auteurs célèbres ou en vogue.François Villon, Rabelais, Molière, ont été maintes fois imités par raillerie ou par jeu.Jules Lemaître a donné dans les Contemporains (tome V : Les derniers rois), un délicieux pastiche de Candide, non pour railler Voltaire, mais pour exprimer sa propre pensée dans la forme de ce célèbre conte.Le procédé est fréquent : Julien Benda l’a employé avec bonheur dans son Bouquet de Glycèrc, où il feint, sans que nul ne s’y laisse prendre, de donner la traduction d’un dialogue inédit de Platon.Le plus parodié des grands écrivains modernes, aura, sans conteste, été Victor Hugo.Son œuvre s’y prête admirablement, par sa variété d’abord, propre à tenter tous les talents imitateurs, par les caractères 202 I.A NOUVK1.I.K REI.KVK typiques clc s<>ii style, de sa tonalité 1 us dramatiques combien de profondeur : Buoneonte di Montefeltro qui décrit sa mort : (39) « Kn toi In pitié tondre, en toi miséricorde, Kn toi imiffiiitieence, et dans ton sein s'accorde Tout ce que créature enferme de bonté ! » 214 I.A N'Ol'VKI.I.K KKI.KVK (( Quivi perdei la vista, ct la parola Xel nonic di Maria fini i, c quivi C’addi.c rimase la mia carnc sola.)) (Purg.V)40 et cet autre, semblable à celui-là dans lequel Manfred dit : «.io mi rendei l’iangendo a quei clic volcntier perdona.)) (Purg.III)41 Il ne faut pas trop insister sur ces classifications : dans le Purgatoire aussi il y a des accents dramatiques et des scènes d’ensemble; le chant sur les rois de France suffirait; et la satire ne manque pas, tantôt mordante, tantôt discrète, comme dans l’allusion au pape Martin IV tpii ; a purga per digiuno L'anguille di Bolsena e la vernaecia )) (Purg.XXIV)4'-’ Le songe de Lia et de Rachel qu’a Dante avant d'arriver au Paradis terrestre est d’une beauté ingénue.Quand il se réveille c’est le jour indiqué par ces vers merveilleux : « F.già per gli splendori antelucani, Clie tanto ai peregrin surgon pin grati.Quanto tornando albergan men lontani, Le tenebre fuggian da tutti i lati.» (Purg.XXVII)43 Ce vers seul est lumière.Si l’on peut dire de l’Fnfer qu’il est dramatique, du Purgatoire qu'il est idyllique, (à grands traits d’impression) le Paradis est lyrique ; ici, on admire, on chante, on contemple; et si Dante souvent discute ou fait discuter les autres (et cela représente pour les vrais admirateurs de Dante une jouissance intellectuelle aussi grande certes qu'elle le fut pour lui en l'écrivant) c’est pour nous ouvrir la voie à l'admiration.Le drame aussi existe dans le Paradis, et c’est quand (40) « Là je perdis ensemble et la vue et la vie, Et mon dernier soupir fut le nom de Marie.•le tombai, je restai, chair morte, sur le liane.» (11) «.laissé pour mort sur terre, .le remis en pleurant mon âme au Dieu clément.> (42) « Il jeûne pour ces bons pimperneaux de llolsène Qu’il faisait saintement cuire dans du vin doux.» (40) «Cependant aux splendeurs du jour avant eourrières, Qui sont au pèlerin bien plus douces lumières, Lorsque de la patrie il approche au retour, De toutes parts fuyaient les dernières ténèbres.» IA l’O KSI K PAN'S I.A DIVIN K COM KD! I 215 on revient an monde et à ses maux.Nous avons fait allusion an discours de saint Pierre dans le chant XXVI le.— citons ( accia-guida <|ni entonne l'hymne à <( Fiorenza, dentro dalla cerchia antica.)) (Par.XV)" Les louanges de saint Thomas à saint François (l’Assise et de saint Bonavcnture à Dominique de Guzman sont connues, et les plaintes sur la vie des frères et des clercs exprimées entrant res par saint Pierre Damien, saint Benoît et même Béatrice, et l’examen des rois d’Europe fait par l’Aigle pour leur reprocher leur conduite.Il se peut u plus profond du cœur.» (51) «Et devant que l’ardeur du pieux sacrifiée Eut de mon eipur trop plein épuisé le ealiee.Je connus qu’il avait été reçu par Dieu.» (52) «O convives élus tous à la grande Cène De l'Agneau du Seigneur qui sans cesse à main plein" Vous nourrit et qui rend tous vos désirs contents ! » (53) «Lumière de l’esprit en qui l’amour flamboie, Amour du bien suprême et tout rempli de joie: Joie immense, au-dessus de toute autre douceur.» I.A NOUVKI.I.K KKI.KVK MS expérience passagère et fugace de nos âmes, encore incertaines du chemin spirituel à suivre, nous fait entrevoir la plénitude de vérité et d'amour qu'est la vie béatifique, parce que nous aussi nous vivons de vérité et d'amour, dans la vie naturelle et dans la vie surnaturelle : en dehors de ce binôme c'est la mort.La poésie est vérité et amour, aperçu et reflet de la vérité et de l'amour, intuition de cette réalité mystérieuse (pii est en nous, dans le cosmos et en Dieu, où elle n'est point poésie.l'.t si l'art ne laillit pas à son but (comme il ne faillit pas en Dante ni dans son ensemble ni dans la plupart de ses détails) alors la poésie (pie nous sentons sera communiquée à d'autres et restera a travers les siècles ce que nous appelons une œuvre d’art.Et parmi les œuvres d'art du génie humain, la Divine Comédie est unique.Luigi Stukzo ( Traduit de l'italien par Fiammetta Sforza) (l.n t radiation » n français do La ILi im ('omttllt c dans l« - note** o^î collo de M.Ixat isliomu .) au coins du rot arliolç PRIMAIRES ET DOCTRINAIRES OU L’ÉCOLE DES DUPES Vil < Si Adam n'avait t'as féclic et si tous les hommes habitaient le Paradis terrestre, il n'y aurait pas d’art ».Robert Charbonneau « Le romancier doit rendre la vie telle qu’il la con(oit, avec fidélité et vérité.Il n’est pas libre île nier le mal en fermant les yeux sons le prétexte de ne pas scandaliser.Il risquerait alors de donner une fausse conception de la idc, et.du point île rue moral, de causer un mal plus grand que relui qu’il redoute.Du point de vue de l’art, il détruit son œuvre en falsifiant la vérité ».Robert Charbonnf.au Si vous souffrez mes parenthèses, ami patagon, nous aborderons maintenant nos primaires et doctrinaires, en parlant des rares, très rares Laurentiens (pii, primaires et doctrinaires ne sont point : ceux que je vous présente s’en montrent plutôt les contraires et les contrastes.L’n livre (pic j’ai sur ma table en témoigne, Connaissance du Personnage par Robert Charbonneau.un romancier qui ne ressemble à aucun des nôtres, je veux dire de ceux «pii s’intitulent romanciers et de ceux qui, trop lâches, ne vivent même pas leur propre roman.Ce livre est exemplaire, vous me l'accorderez, lorsque vous l'aurez lu, et les notes (pie je vous propose.Sachez d'abord qu’il faut que Charbonneau soit un Laurentien singulier, puisque j'ose prendre prétexte de son livre pour parler aussi de toute autre chose : l'écrivain canadien (se distingue-t-il par là ?) estime que la critique ne doit pas s'éloigner d'un pas, et.de ses compliments qu'elle enroule et déroule, serrer de si près le sujet qu’il en paraisse momifié.La critique ainsi comprise tue à la fois la critique et l'objet de la critique.Les Français ont été i>1 us sages, qui appelaient critiques Sainte-Beuve, ou Taine ou Renan, tous romanciers et historiens qui prenaient prétexte d'un livre pour nous faire vivre un personnage.A la bonne heure ! eux s'éloignaient vraiment de leur modèle.Le Laurentien, rpii a toujours peur qu’on l'oublie, et qui nous fait signe : «Je suis là.» ne me permettrait pas, comme Charbonneau, de partir de son livre pour conclure sur tout un peuple.Je vais quand même signaler Connaissance dit personnage à mon ami patagon, et lui dire de quoi il traite.Comment taire I Depuis I.A Norvi l.l.i: KI.I.I'A I 220 longtemps, je ne touche plus à la critique, si jamais j’ai f.ait de la critique.Me suffira-t-il d’insinuer que j'ai songé à Thibaudet et que j'ai songé à Charles Du Bos, que j'imagine une collaboration des deux, des deux dans leur fraîche jeunesse, eussent-ils été contemporains.Je veux dire qu’il y a là comme un besoin d'élucider avec la raison, puis d'élucider à nouveau par une raison baptisée et catholique.I n goût du savoir pour le savoir, et ensuite un besoin d intégrer toute cette science nouvelle dans une connaissance plus large, plus c; _ e.Je viens de prononcer le mot dangereux, ami lointain, lorsque j’ai qualifié de catholique la critique de Robert Charbonncau : ne me répliquez-vous pas tout de suite : (( Mais n’êtes-vous pas tous catholiques, là-bas ?n 1 lé ! hé ! Voire, comme dirait Rabelais.Bien entendu, comme la plupart des Français, nous sommes presque tous des baptisés, et la majorité des Laurenticns va à la messe.Il y a même pas mal de processions, d’innombrables ligues et confréries, des dévots remuants, des politiques de sacristie, des inquisiteurs et des mouchards en veux-tu en voilà, mais de catholiques irais, je crois qu’on peut les compter.Nos curés ont beau écrire : je me demande si l’on pourrait tirer vingt-cinq pages d’une pieté authentique de ce puits sans fond.C'est la marque, et cpie les laïcs chrétiens n’osent toucher au problème religieux que sous son aspect sociologique ou politique.Les dernières années du dix-neuvième siècle français ont été justement les plus pauvres sans doute de toute l'histoire catholique de ce peuple, alors fatigué, justement parce (pie le catholicisme s'était réfugié dans les œuvres, a ce point qu'il en oubliait de faire oraison.Le Laurentien, lui.n a pas ou blié.parce que Marie de l'Incarnation a fait oraison à sa place une fois pour toutes.Dans notre littérature, lorsqu'on se montre catholique, c'est pour quelque action temporelle ou contre quelque chose.C'est pourquoi, prenez-en note, 6 mon ami, j’ai noté avec le plus vil plaisir ce jour qu'une de nos romancières eut le toupet heureux d'écrire un livre sur une sœur, une nonne.Une âme religieuse et maternelle (par Michelle Le Normand ).Elle osa écrire de la même plume et de la même encre ses ouvres d'imagination et cette biographie religieuse, sans cloison étanche.( à\ chez nous, la bourgeoisie et la paysannerie et le prolétariat font large part à la religion, une très large part, pour n'y plus repenser le reste de la semaine.On a une police d'assurance et un compte de banque : on n'y pense plus.Il va de soi que.dans le discours, dans l’article bien-pensant, il se glisse quelques couplets sur la religion de tv s pères, mais c'est clause de style, comme les formules de no-minutes notariales ou le refrain sur nos usages et nos lois.Disons que notre catholicisme me fait penser à un gros curé qui, parce qu’il 8948 PRIM A IRKS I'.T DOCTRINAIRKS J 21 est sûr du respect de ses paroissiens, desserre son ceinturon pour roter son repas et fumer sa pipe, comme ce camarade prêtre, qui gardait son cigare à la main, en me faisant visiter une église.Notre catholicisme déboucle trop sa ceinture, la bedaine va tout faire éclater.Par bonheur, quelques-uns d’entre nous ont suivi a leur façon la Renaissance du catholicisme français, pour qui la religion n’est pas avant tout une politique, une tradition, une sauvegarde contre les désordres sociaux, un antidote du holchévisme et (Most Reverend Doctor Condom), un préservatif pour le porte-monnaie.Catholique a pour eux le sens de catholique et d’universel.Le catholicisme n exclut pas l’art, il ne l’opprime pas, non plus : la liberté des enfants de Dieu.C’est là tout un problème, comme on dit chez nous, ami lointain.Xotre critique naguère encore ne se souvenait qu’elle était catholique que pour mettre à date le pins pusillanime des index.Si vous saviez ce qu’elle consentait à nous lire ! Je ne suis pas encore un vieillard et je me souviens de ce que l’on interdisait à mon enfance éprise de lettres.et, le règlement sauf, s’apercevait-on que je perdais la foi avec d’autres de mes camarades, qui ne sont pas tous revenus ?( ’était l’époque du roman à thèse.Je me rappelle, de je ne sais quel scribe, un roman, Floréal, le pendant pieux de Germinal, et combien d autres ?La trace resta longtemps, et ma foi.la plupart de mes compatriotes sérieux se demandent encore, lisant un roman : (( Qu est-ce que cela prouve?» Il leur faudrait chaque année un nouveau Bourget, avec quelque teinture de Georges Duhamel pour faire plus neuf.J’invite le romancier français qui voudra décrire la province après la guerre de faire un petit tour à Montréal et à Québec, seuls vestiges de ce renfermé à goût surette et moralisateur qu’on pressent encore dans Jou-handeau et dans Jolinon.Selon mon habitude, je tourne autour, mais j arrive, je nous jure.Ne croyez pas cependant cpie Charbonneau, mon écrivain, muse autant et soit flaneur de même.Sa subtilité arrive tout de suite au point, et il le touche si souvent, il touche si juste que.le lisant, j’en perdais le souffle pour le contredire.Un livre avec lequel je ne puis discuter, j’aime autant le laisser là : par bonheur, j’ai trouvé le joint, le biais plutôt, et Charbonneau et moi, à la fin de ses essais, nous sommes trouvés en désaccord : c’est vous dire que nous avons été heureux tous les deux.Là où il m’enchante, c’est sur le propos fie l’autonomie romanesque.Les Laurentiens ne parlent que d’autonomie, ces suiveurs, comme des demoiselles sont chatouilleux sur leur liberté, vous savez celle qui n’a commis qu’une toute petite faute, et ce n est pas sa faute, s’il ne l’a pas épousée. I.A NOUVKM.K K Kl.K VF.9 > > ( harbonneau reprend donc la querelle de la pureté et de la gratuite.Le roman pur après la poésie pure.D’abord, je veux bien, parce que si la France de la N.R.F.manquait peut-être de Bourget (hélas ! il y a des jours que la suite (cluit !) de Gide et la crinoline de Proust, sans nous faire mépriser Gide et Proust nous donnent paradoxale nostalgie de la prose bourgettiste qui, pourtant.), si cette X.R.b.manquait de Bourget, elle pouvait s'approvisionner chez nous : je songe par exemple à un jeune romancier qui a des lettres, du talent sans doute, voire une veine comique qu’il ignore, lorsque je ne 1 ignore pas, et qui ne sait que saupoudrer de Barrés du plus vieux Bourget.Ft ce n’est pas tant dans les œuvres (nous écrivons peu de romans) que dans les goûts et les tendances que cela se manifeste.Il nous faut une histoire qui prouve quelque chose.Une bonne dame demandait même à l’Heure catholique, question box radiophonique où des hommes d’esprit ont la charité de répondre à ceux <|ni n'en ont pas toujours (nos pauvres catholiques !), cette dame demandait s’il y avait des œuvres musicales à l’index.Le père qui répondit s amusa visiblement, mais la question vous paraîtrait topique, si vous nous connaissiez.Il faut que ça rapporte.Il faut que ça paie.I n de mes amis, bohème s’il en fût, bien qu'à son corps défendant, lorsqu il se convertit, dut aller se cacher pour n’entendre plus cette réflexion : « Bon ! A cette heure que tu te conduis bien, tu vas avoir des sous, tu vas vivre comme du monde, sans être obligé de demander.)) Il fallait à toute force (pie la conversion rapportât.Robert t harbonneau n’entend pas que le roman rapporte : je veux dire (pie le roman, pour lui.doit se dépouiller si bien de tout ce qui n’est pas roman que le romancier doit être mené et conduit par ses personnages plutôt qu’il n'en tire les ficelles lui-même.Un peu plus (et je le traduis avec emphase) un peu plus, il dirait que le romancier fait concurrence non plus à l’état civil, mais à Dieu.Char-bonneau a des remarques sur le romancier, créateur authentique, (comme peut l’être une créature de Dieu,) des remarques d’une subtilité et d’une intelligence qui révolutionneraient toutes nos classes de lettres, si nous n'étions le dernier pays à l'abri de toutes révolutions : nous nous tenons pour 1 éternité à notre 37, fort pittoresque révolte, et généreuse, que je vous conterai l’un de ces jours.En vérité, Charbonne.au veut que la vie réintègre le roman — elle 1 abandonna souvent comme on délaisse son domicile.Non pas cette vie artificielle et factice, comme lorsqu’on dit : « Cela est vivant », mais cette vie propre et autonome, telle que, si l’on coupait le cordon ombilical entre l’auteur et son roman.On pense communément, et l’KI M AIKI.S II' DOCTUINAIKI.S .surtout le Laurenticn même lettré de vous présenter un critique catholi(|ite «pii n'a rien du sacristain et qni n’a pas besoin de se pincer pour se montrer et rester catholique .après ce hou romancier et ce très intelligent critique, ferais-je la découverte d'un mystique canadien ,J Qui sait J.Pascal disait a peu près : « Priez et ipi viendra.» A force de prier, le Paurenticn ti-nira peut-être par avoir la loi dont il se vante : il y a la foi du charbonnier, il y a aussi la foi du perroquet.Vous êtes chanceux d’être loin, parce que je vous assure (pie le perroquet a le bec crochu, ce cpti m’oblige de termer ma lettre.Berthklot Brun et JEUXE POÉSIE POlvMKS l Il faut aux fronts effarouches Par le nain bruit des bouches belles.Le mensonge des paix cruelles Qui tieid au lit les songes nés.Las des tristesses ennuyeuses Enfantant les lyrismes fous.Ils se creusent îles raves mous Aux portiques des vies oiseuses.Et leurs vastes cerveaux abscons (Si sublime est leur altitude> Conçoivent la plénitude Et la rigueur de leur raison.II Le sylphe silencieux, s’irise, Illéme, d’une pâleur de feu; Un énergumène bleu Jaillit d’un songe de cytise. I K1 ' N K 1*0 ICS I K 227 Une heure glisse un glas d'aiguilles, Froissant de coupables baisers; Une involontaire pupille Clip ne au.r mollets évaporés.Fl la base se rengorge Au vent d’un frais papillon fui.H n'en émerge que la gorge Fl que l’œil fauve, surgi.IU Cette pierre fugace fut, Dans le jardin des vieux amants Fa flûte où le faune dormant Fxpirail un silence nu.Tendant son dos vide en are Aux vagues sons de la distance, U achemine sa substance Au trou fluide cl gris du parc.Fa bouche ronde, à l'ouverture, Dose, frileuse, un poids d'hiver.Fl l'orteil sage, se mesure Aux cadences des anciens vers.Celle pierre fugace fuit Fe souvenir des vieux a/nards Qui laissent au faune dormant Fears pauvres ombres accroupies.Achille Ciiauzi* CONTK DK PKI' DK JOIK Le nuage a bâillonné l’étoile F’ctoilc gué nous examinions De nos geux drôlement embués : Nous avions comme un pressentiment.Nous regardions Fétoile, un peu tristes, Nous lus les revoir jamais.Je quitte ma Terre pour la pierre dure ma belle Terre mes beaux arbres mes belles fleurs tout | HUN K l’U KSI K 229 Mon (line est triste parce () mémoires personnels sur ses recherches chimiques.Il jouera d'ailleurs un rôle de plus en plus important dans la vie de l'illustre Société dont il sera en son temps président et à la lin de sa vie trésorier.J'ai dit que Lavoisier avait commencé sa culture scientifique en étudiant les mathématiques, la botanique, la minéralogie et la chimie.Mais c'est a celle dernière science qu'il se consacrera désormais.Désireux de s’\ adonner en toute indépendance et pressentant que les recherches qu’il veut entreprendre seront très coûteuses (on dil que ses seuls travaux sur la composition de l’eau coûtèrent environ 5(1,0(1(1 livres), il veut s’assurer une grande position de fortune.A 28 ans.il sollicite et obtient le tiers d’une charge de fermier général, qui lui donnera la richesse.Mais celle profession devait occuper le plus clair de son temps.Qu’à cela ne tienne ! Lavoisier fixe ainsi son programme : son travail de financier l’occupera tout le jour, de II h.du malin à / h.du soir.Ses recherches scientifiques n’en seront pas sacrifiées pour autant.Il leur donnera encore (’> heures par jour : de (i h.à !) h.du malin et de 7 h.à 10 h.du soir.Kn outre, le dimanche sera entièrement consacré à ses recherches de laboratoire.Les deux activités cependant ne suffisent pas encore à son inlassable ardeur.Il accepte de nombreuses charges publiques: c'est ainsi qu'il sera nommé : inspecteur général des poudres et salpêtres, administrateur de la Laisse d’escompte, adjoint à la Commission île Monnaies, adjoint au Comité de Salubrité, membre de la Commission de la Fondation du nouveau Système de Poids et Mesures, député suppléant aux Ktals Généraux de 80.el nous l'avons vu, président puis trésorier de l'Académie des Sciences.Lu outre, il se consacrera à ses travaux extra scientifiques d'une réelle portée sociale; il publiera : un ouvrage (l'Economie politique sur la production et la consommation en regard avec la population; un ouvrage sur la richesse territoriale du royaume de France, contenant un plan pour la perception des impôts; I.A SU KN CK ! I.AVOISII'.K A A un projet 9 Quant à la notion do gaz, Hie commençait seulemenl à apparaître.Selon la théorie des (plâtre éléments, l’air était encore considéré comme mi corps simple et les premiers gaz (pie l’on découvrira seront envisagés comme des sortes d’« airs », de « fluides aériens », simples variétés de l'air atmosphérique.Les premières recherches fructueuses sur la respiration se feront en Angleterre.lilack recommit en 1757 que le gaz carbonique, que l’on appelait alors le gaz sylvestre, parce qu’il se dégageait de la combustion du charbon de bois, se forme sous l’influence de la respiration, par la transformation d’une partie de l’air.Le grand savant anglais Priestley lit alors, de 1771 à 1774, de remarquables découvertes et entre autres celles des gaz oxygène cl azote.Il montre (pie le premier est plus propre que l'air à la respiration et à la combustion et que le deuxième est impropre à ces opérations.Mais ces deux gaz ne sont pas encore pour Priestley ce qu'ils sont actuellement pour nous.Adoptant la théorie de Stahl, il admet (pie l’oxygène et l’azote ne sont (pie de l’air dépourvu ou au contraire chargé de phlogistiquc.Au cours de la respiration, de P «air déphlogisliqué » (oxygène) pénétrerait dans les poumons, s’\ chargerait de phlogistiquc contenu dans l’organisme et serait exhalé sous forme d’« air phlogistiqué » (azote).Cette expliquation de la respiration, en réalité, si l’on veut être franc, n’explique rien du tout.Il est étonnant de voir (pie Priestley avait tout en mains pour résoudre le problème de la respiration, mais qu’il n’aboutit pas, car il ne put sortir de l'erreur de Stahl et resta toute sa vie comme prisonnier de l’idée du phlogistiquc.Tout autrement raisonnera Lavoisier.Le chimiste Grimaux nous dit à ce sujet : « Quelque part glorieuse qui revienne « à Cavendish, Priestley, Schccle, Black, c’est Lavoisier seul qtd éleva « la doctrine nouvelle.Lui seul abattit la théorie du phlogistiquc que « tous ses contemporains s’acharnaient à défendre.Ceux-ci faisaient « leurs expériences pour vérifier la théorie de Stahl.Lavoisier sut se «soustraire à la tyrannie de ces théories admises.Il dut cette indépen-« dance de vue à la philosophie de Condillac qui, faisant naître toutes « les idées de la sensation, repoussait les idées innées.Il étendit ce « principe aux sciences expérimentales et rejeta les conceptions a priori, « qui en sont les idées innées.Il revenait au principe de Bacon : tout « ce (pie nous savons dérive de l’expérience ».Lavoisier dit lui-même : « Je me suis imposé la loi de ne procéder jamais (pie du connu à l'in-« connu, de ne déduire aucune conséquence qui ne dérive immédiatement « des expériences et des observations ».Lavoisier se lixa une méthode inflexible de travail.Les dillieultés de ses contemporains venaient en grande partie de ce que, lors du chauffage et de la combustion de substances solides, des gaz s’échappaient qu’ils ne songeaient pas à peser.Lavoisier s’imposa une technique : le système clos et il utilisa comme instrument de contrôle la balance, par laquelle, écrit Grimaux, il établit pour ainsi dire « le (toit et avoir » de toute expérience, et qui deviendra le procédé rigoureux « de la science moderne ».Ainsi retrouvait-il toujours les corps, même gazeux, issus des réactions.C’est ce qu’il exprimait en disant de l’oxygène que : « présent dans tous les ' s naturels, sans cesse en « mouvement, il revêt mille formes, mais je ne le perds pas de vue et 398324 240 I.A NOUVELLE RET.EVE « puis toujours le faire reparaître à mon gré, quelque cache qu’il soit.« Dans cet être éternel, impérissable, qui peut changer de place, mais « ([iii ne peut rien gagner ni rien perdre, que ma balance poursuit « et retrouve toujours le même.» Ce passage contient en substance son allirmalion célèbre de la conservation de la matière, déjà énoncée par les Anciens, mais démontrée par lui : « Mien ne se crée, rien ne se « perd ».Voici maintenant les expériences de Lavoisier et les étapes successives de ses découvertes relatives à la composition de l’air, à la respiration et à la chaleur animale.Lavoisier 1 2 enferme dans une cloche un volume donné d’« air commun » et il y place une petite quantité de mercure qu’il calcine par la chaleur pendant douze jours (la calcination est une manière de combustion).L’air diminue de volume et devient un «gaz méphitique» ou « mollette » (pii ne permet plus ni la combustion d’une chandelle ni la respiration d’un cochon d’Inde ou d’un oiseau : la chandelle s’y éteint: les animaux y meurent.Quant au mercure, il s’est transformé en un composé rouge qui, réduit par la chaleur, redonne du mercure et libère un gaz permettant à irn haut degré la combustion et la respiration.Ce composé de mercure était l’oxyde mercurique et le gaz libéré, de l’oxygène.En ajoutant cet oxygène à la « moll'cttc ».Lavoisier obtient un gaz identique par ses propriétés à l’air commun du début.Il avait ainsi démontré par l’analyse puis pur la synthèse, que l’air n’est pas un gaz simple avec plirs ou moins de phlogistique, mais un composé de deux gaz : 1) l’air «éminemment respirable» ou «air vital» qu’il appellera « oxygène », gaz actif qui se combine dans la calcination et dans la combustion vraie (autres expériences), au métal ou en général au corps qui brûle.2) La «mollette» que (union de Morveau appellera plus tard azote, gaz inerte (pii ne prend aucune part à la combustion ni à la respiration.Dans une autre expérience, Lavoisier - place un moineau dans un volume donné d’« air commun ».Cet oiseau meurt d’asphyxie au bout de quelque temps.I.’air du bocal est alors devenu irn air « vicié » qui ne permet plus la respiration et qui éteint les lumières : il a perdu son oxygène, et (pii trouble l’eau de chaux, en diminuant de volume : il a acquis «le l’acide carbonique («acide crayeux aériforme » de Lavoisier).Après absorption de cet acide carbonique, le gaz qui reste est déterminé : c’est de l’azote.Ajouté à de l’oxygène, il redonne de 1’ « air commun », (pii permet à nouveau combustion et respiration.Lavoisier démontrait par cette expérience (pie la respiration s’accompagne d’une disparition de l’oxygène de l’air et d’une libération «le gaz carbonique.L’oxygène qui disparaît ainsi se combine avec du carbone contenir dans l’organisme pour donner ce gaz carbonique.Quant à l’azote, cette « mollette » ne prend pas plus part à la respiration qu’elle n’a participé à la combustion du mercure dans l’expérience précédente.(1) «Mémoire sur la nature du principe qui se combine avec les métaux pendant leur calcination et «|ui en augmente le poids».(Ac.des Se.).(2) «Expériences sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l’air en passant par leur poumon».(Ac.% des Sc.3-5-1777). i.a sui:\ck : i.Avoisir.K Dims les deux expériences précitées, celle du mercure et celle du moineau, Lavoisier déinoulrail que la calcination, comme la respiration, s'expliquent fort Lien par la seule intervention des gaz, sans aueirn concours du plilo^isli<|iif.Le phlogislique, eonelul-il, n’existe pas.dette négation du phlogistiquc souleva l'indignation générale dans tous les pays.Lavoisier fui brûlé en cfligic à lierlin comme hérétique de la Science.Mais il reprendra de nouvelles expériences, accumulera les preuves et.en peu d’années, réussira à faire accepter ses idées pâlies physiciens d’abord, par les chimistes ensuite.Lu 171) 1.il aura avec lui tout le monde savant sauf quelques rares irréductibles, dont l’ricslley el Cavendish.Cependant tout n'était pas illusion dans la théorie du phlogisliqnc : dans les réactions de combustion, il se dégage bien réellement quelque chose qui quille la réaction.Mais ce quelque chose est impondérable, c'est de la chaleur.Lavoisier l'appelle le « calorique » et considère qu’il est combiné avec les corps et plus particulièrement avec l’oxygène.Ses recherches sur le calorique l'occuperont Kl ans, de 1777 à 17X7.Là encore il sera grand novateur.Avec ses collaborateurs Laplace, l'illustre mathématicien, et Séguin, il jettera les bases de la lhermoehimie et de la thermodymunie modernes.On ignorait avant Lavoisier l’origine de la chaleur animale.Certains physiologistes, se fondant sur la théorie respiratoire de l’allrilion que nous avons citée plus liant, croyaient qu’elle él.uil le résultat du frottement des globules sanguins entre eirx et contre les parois des capillaires.Appliquant une fois de plus sa méthode rigoureuse de travail, Lavoisier fait avec Laplace en 17X11 les premières recherches de ealori-mélrie-'1.Ils placent un cobaye dans une boite entourée de glace et calculent, par la quantité de glace fondue pendant lu heures, la quantité de chaleur émise par l'animal pendant ce temps.Dans true 2 expé-ticncc.ils mesurent la quantité de gaz carbonique produit par la respiration du cobaye pendant K) h.également.Dans une troisième expérience, ils déterminent quelle quantité de chaleur se développe lorsque par la combustion directe de charbon on produit la même quantité d’acide carbonique que celle de la deuxième expérience.Ils trouvent que ces deux quantités de chaleur : chaleur animale dégagée par le cobaye et chaleur de combustion du charbon sont à peu près égales.En réalité, une légère différence leur permet de montrer que l’oxygène inspiré sert aussi à brûler de l’hydrogène pour donner de l’eau, que l’on retrouve sous forme de vapeur dans l’air exhalé.Ils énoncent alors leur théorie de la combustion respiratoire, qui établit deux notions d’une grande importance : I ° La respiration est un phénomène de combustion lente de carbone et d'hydrogène apportés par le sang dans l'oxygène absorbé pâlies poumons, avec formation de gaz carbonique t 1 d’eau.2° La chaleur animale est due.en grande partie du moins, à la chaleur de combustion du carbone et de l’hydrogène, et elle n'est autre que le calorique abandonné par l'oxygène de la respiration an cours de la combustion de ees corps.Ainsi se trouvaient étroitement liées (.'t) LAVOISIER et LA PLACE: « Mémoire sur la chaleur» (Ara.des 8e., 17S0). 242 l.A NOUVEL!.K RELÈVE cl expliquées lu respiration et la chaleur animale, celle-ci étant la chaleur dégagée au cours de celle-là, 1 SI KK I.A SC'IKM'K : J43 « hi nature; .‘1° la dii/cstion i|iii, fournissant au sang de l’eau, dr I’liv-« drogène et du carbone, rend habituellement à la machine ce qu’elle « perd par la transpiration et par la respiration, et rejette ensuite au «dehors, par les déjections, les substances qui nous sont nuisibles ou « su peril lies ».El Lavoisier développe l’aspect philosophique de ces régulations : ou ne peut se lasser d’admirer, dit-il, « le système de li-« brrlé générale que la nature semble avoir voulu établir dans tout ce « ipii a rapport aux êtres vivants.En leur donnant la vie, le moirve-® nient spontané, une force active, des besoins, des passions, elle ne « leur point interdit d’en faire usage.Elle a voulu qu’ils fussent libres « même il en abuser; mais prudente et sage, elle a mis partout des régu-« lateurs; elle a fait marcher la satiété à la suite de la jouissance.L’ani-« mal, excité par la qualité ou la variété des mets, a-t-il franchi la limite « (|tii lui avait été marquée, arrive l’indigestion, (pii est à la fois le « préservatif et le remède : la purgation qu’elle opère, le dégoût (pii «succède rétablissent bientôt l’animal dans son état naturel.L’ordre « moral a, comme l’ordre physique ses régulateurs.El s’il en était atrlre-« ment, il y a longtemps que les sociétés humaines n’existeraienl plus, « ou plutôt n’auraicnl jamais existé ».Les paroles de Lavoisier sont empreintes, quant à la destinée de l’humanité, d’un optimisme que nous souhaiterons tous voir se vérifier.Jetons maintenant et pour Unir un rapide coup d’œil d’ensemble sur cette œuvre afin d’en préciser la marque de génie et d’en tirer si possible d’utiles enseignements.Lavoisier lit des découvertes remarquables.Sans doute.Mais certains de ses contemporains : lilaek, Priestley et autres firent aussi (l’étonnantes trouvailles.Le en quoi Lavoisier dépassa largement ses contemporains, c’est en la compréhension parfaite des résultats de ses expériences comme de celle des autres auteurs.Avec une merveilleuse intelligence, il sut lire dans les rails, dénoncer les erreurs (pii étaient, peut-on dire, classiques, et ouvrir des voies nouvelles : •le ses immortelles recherches sur la respiration et la chaleur animale sonl nées, nous l’avons vu, la thermochimie, la thermodj/iiamie et la />/1f/-siolof/ic même avec sa méthode experimentale rigoureuse.La chimie ori/amt/ne naquit également de ses recherches sur la respiration, qui révélaient la préexistence dans l’organisme vivant de carbone, d’hydrogène.d’oxygène d’azote fut décelé en 17.S7 par Hcrlhollel ), montrant ainsi que la matière vivante contient les mêmes éléments chimiques (pic la matière inanimée.Mais à côté d’aussi lumineuses qualités intellectuelles, que nous ne pouvons qu’admirer, envier mais non pas acquérir, Lavoisier avait des qualités (pii dépendent en grande partie de la volonté, de la discipline personnelle et dont nous pouvons par conséquent faire notre prolit.Admirons sa méthode de travail, la liberté d’esprit qu’il s’imposait pour raisonner ses expériences.Admirons aussi la conscience qu’il apportait à sa tâche, autre élément moral indispensable pour la découverte de la vérité.Admirons enfin son ardeur et son amour dir travail bien fait, foutes qualités que chaque homme de science peut, s’il le veut bien, développer en lui.Letle bonne volonté devient en ce moment un devoir.Notre patrie soutire trop cruellement des conséquences de certains relâchements et 244 I.A NOUVELLE RELEVE de défauts développes par une vie trop facile, pour (pro nous ne reconnaissions pas actuelleinenl l'impérieuse nécessité (le bander nos énergies vers un seul but, le redressement de la France.Ce redressement s’accomplira dans une période critique, période de changement où <1 anciennes valeurs, faussées, doivent être soumises a des estimations nouvelles.Notre cher pays, au sortir de son allreusc détresse, doit connaître ira « renouveau ».Ile nombreux signes l’indiquent déjà.Ecoutons, nous scientifiques, et nous tous intellectuels, l’appel de cette patrie a laquelle nous sommes passionnément attachés.Nous inspirant d’un modèle aussi éminent que le fut Lavoisier, comme homme et comme savant, travaillons tous, avec acharnement et dans un accord commun, a redonner à la France son rang de grande puissance mondiale cl, dans le domaine des Lettres, des Sciences et des Arts, la première place qui fut hier la sienne et cpie son génie lui rendra demain.J.BenoIt Professeur d'histologie cl d’embryologie à la faculté mixte de médecine et de pharmacu d '.tl/ier.!.I POUTIQl’E LA SKIÎVIVANKK DK l/Kl'HOPK « Let as not believe that to help Europe.is an « easy job.Europe is old and experienced, it « has’experience, a terrilde experience, in wisdom « as well as in wickedness.Europe will be « sure to have learned a great deal and to know «a urent deal—a l»itter knowledge of its own.« It will have it.s own ideas and its will as to «the future of the world.(deeply) rooted will « be an abiding flame of revolt again the evils «suffered and the injustices of the past.», (.turques Maritain : Eduction at the cross-roads.) Parler de l'avenir de l’Europe cela dépasse le cadre d’une chronique politique, ce n'est pas faire l’analyse de faits connus.Nos relations avec l’Europe sont rompues depuis au moins quatre ans; l’échange libre de pensées et d'informations avec certaines régions importantes a été suspendu depuis plus longtemps encore.Depuis la marche sur Home en 11)22, le fascisme a réduit au silence, l’une après l’autre, les populations de l’Europe centrale.La radio même n’est pas une source d’information.Moralement elle contribue plutôt a nous éloigner du vieux continent qu’à nous en rapprocher.Que nous soyons aux écoutes de la radio de Paris, d’Oslo, de Berlin, de Vienne ou d’Athènes, n’est-ce lias toujours la même voix — celle du docteur Goebbels — avec chaque fois, ira très léger vernis national ?Quel (pie soit son déguisement, la propagande nazie ne représente pas la pensée européenne. I.A POLITIQUE : LA SURVIVANCE: DE L’EUROPE 245 Pendant ces années de séparation, l’Europe qui fui le berceau île notre civilisation, le foyer du progrès humain, a subi une transformation sans égale dans l’histoire.La vieille Europe que nous avons connue se meurt.L’Europe de demain est encore une grande inconnue qui délie notre imagination.Est-ce que les sources d’énergie du vieux continent se seraient taries, comme nous l’allirme dans la meilleure manière spenglerienne, avec beaucoup de chiffres et de conviction, Louis Fisher dans son livre : The l'assintj of the European Apc.Il y aura sans doute un épuisement économique durant une période de transition considérable.Les ressources des pays occupés et belligérants auront été exploitées et gaspillées sans ménagement par les Nazis dans ce qu’ils appellent, avec un ironie cynique, la défense du continent.L’Europe ne s’élait jamais vraiment remise de la saignée de la première guerre mondiale.Les conférences de paix ne lui assurèrent pas ce qu’il lui aurait fallu avant tout : un programme de production et de commerce continental.Alors que le développement des sciences techniques et des moyens de transport réclamaient des territoires de libre-échange toujours plus grands, non seulement les frontières douanières existantes furent renforcées partout, mais on ajouta des milliers de kilomètres en Europe centrale.Ainsi le niveau de la vie en 1938 en Europe était-il à peine supérieur à celui de 1914, tandis que le reste du monde, et particulièrement l’Amérique du Nord pendant cette période avait considérablement élevé le sien.Il faudrait évidemment le génie d’un Dante pour décrire la misère qui est devenue le sort des Européens de 1911.lit notre imagination se refuse tout simplement à entrevoir les situations qui résulteraient si leur libération devait s'effectuer par une avance, pouce par pouce, des années alliés à travers des régions dévastées par l’ennemi en retraite.Jamais non plus la vie de l’homme n’a été évaluée à un prix si minime : des millions d’hommes meurent sur les champs de bataille, par sirite des bombardements aériens, ou tout simplement à cause du manque des moyens de subsistance.D’autres centaines de milliers se trouvent dans les prisons ou dans les camps de concentration, d’où ils passent souvent au poteau d’exécution au mépris des garanties que le droit commun et constitutionnel avait érigées au cours des siècles, pour la protection de la personne.C'est un spectacle de décomposition morale qui nous frappe d’abord.Nous assistons à la fin d’une époque; l’âge du libéralisme bourgeois a passé.Les anciennes élites ont perdu leur emprise sur la société et le respect qu’elles commandaient auprès des masses.11 .suffit de penser pour un instant aux Quarante Immortels de l’Académie Française pour se rendre compte que celle qui fut l’aînée et la plus européenne de toutes, n’est pas une exception L Cette question des élites est sérieuse.(1) For whatever motives, a larger and more representative section of the French «élites» have, in the eyes of the world, accepted the basic Vichy thesis— that some kind of tolerable deal with Hitler’s Germany is possible—than has been the case in any other occupied country.It means, that a very large proportion of the normal leaders of France are suspects in the eyes of the masses of the French people» (D.W.Brogan «The problem of Union Sacrée in France» — International Affairs, London-Toronto, January 194-1. 246 T.A NOUVELLE RELÈVE Ih1 ceux (|tii se sonl opposés au nouveau messianisme totalitaire, «pii sont passés a « l’underground », un grand nombre ont péri dans tes camps de eoneenlration.Combien de ceux (pii ont «résisté», survivront en Allemagne ?Toute civilisation florissante dans une société suppose deux facteurs : la prospérité économique cl l’existence d'une élite qui garde un fond de-valeurs communes généralement acceptées.Le déclin d'une civilisation devient inévitable dès que l’un de ces facteurs fait défaut.Voici donc que nous proposons d’examiner les chances de voir renaître de la catastrophe économique et de la désintégration spirituelle, une société prospère et de nouvelles élites sociales.D’abord qu’est-ce que la société européenne ?C.e terme n’est évidemment exact que dans un sens plutôt large.Ce qu’il y avait c'était des sociétés nationales plus ou moins completes en soi et qui se complétaient plus ou moins.Les nations et les nationalités, dont les antagonismes ont suscité si souvent des problèmes, formaient néanmoins la base d'une civilisation européenne puissante.Kn DUS, on pouvait encore raisonnablement se proposer de rétablir, avec certaines modifications, le statu quo de 1914.Cette fois, toute possibilité de retour au passé est exclue, économiquement et politiquement.fil continent couvrant quatre pour cent de la surface du globe, et qui peut être survolé d'un bout à l'autre trois fois en vingt-quatre heures par une armada aérienne, esl devenu trop petit pour supporter une trentaine d'Klals souverains, poursuivant une politique économique nationaliste et construisant des forlilicidions autour de ce qu'ils considèrent leurs frontières stratégiques.La souveraineté nationale n'est pas simplement une fiction juridique.Historiquement, elle se basait toujours sur un degré raisonnable d'indépendance économique et sur la capacité du pays à se défendre, seul ou avec l’aide d'un ou deux alliés traditionnels.Ces conditions « naturelles » de souveraineté n'existent plus.Les peuples sous le joug nazi se seront, sans exception, rendus à l'évidence de celte vérité.Il faudra faire grand, comme dit le comte Sfor/.a -.Le projet du général Smuts contient sans doute des promesses de solutions de plus grande envergure.(Voir La Nouvelle Relève, janvier DILI).I)e toute façon, on ne peut le rejeter parce qu’il est nouveau et soi-disant fantastique.Son auteur s’est probablement mieux rendu compte que bien d’autres de la magnitude de la tâche qui attend les Alliés au lendemain de la victoire.Certains voudraient faire croire que tout pourrait rentrer dans l’ordre ancien pourvu qu’on impose aux Allemands des conditions plus draconiennes que celles de Versailles, que l'on préserve la monarchie en Italie, cil Grèce cl en Yougoslavie et qu’une période de « cooling oil' » sullisante, caractérisée par une occupation militaire et une administration bénévole de secours par UNHRA.garantisse en Trance et ailleurs l’élection de parlements « bien pensants ».(-) Demain il faudra faire grand.Edition de l’Arbre, Montréal 1944.Livre qui propose un programme européen, it commencer par une fédération lutine, dont une entente franco-italienne formerait le point de départ. LA SI' RVI VA N Civ DK I.KI’KOl’K 247 LA roi.lTIOCK : Les Européens ne lui en voudront même pus trop de se pré-oeeuper de l’équilibre des puissances.Ils y sont habitués.Et s'il arrive que l'Angleterre, qui pendant des siècles a maintenu, tant bien que mal, cet équilibre en opposant les Etats de l’Europe les uns aux autres, se voit finalement amenée à identifier ses intérêts avec ceux d’une moitié du continent, le jeu en sera rendu plus simple désormais.De plus, s'il s’avérait inévitable qu’une partie considérable de l’Europe rentre dans la sphère d’inllucnoc de la Russie, bon nombre de gens ne trouveraient point déplacé qu’il se forme un contrepoids à l’ouest : une zone où les traditions occidentales auraient un foyer assuré.Tous seront d’accord qu’il serait préférable que les Alliés débarquent munis d’un plan même imparfait pour remplacer l'ordre nazi.Autrement, ce serait inviter le chaos.Quel que soit l'ordre que les Alliés se proposeront d’apporter aux Européens qu’ils auront libérés avec le sang de leurs soldats, celui-ci semblera toujours de beaucoup préférable au cauchemar de la tyrannie qu’ils subissent présentement.Tout changement sera un soulagement ¦ tout plan intelligent initial sur lequel les Alliés seront tombés d’accord, trouvera un accueil favorable.Ce sera une chance historique unique qu'il ne faudra pas gaspiller, car le sentiment de gratitude (et une lassitude déterminée par un désir d’avoir surtout la paix et du pain), ne dureront pas indéfiniment.Il faudra forger le fer pendant qu’il est chaud.Le rôle des Alliés sera celui de la sage-femme durant un accouchement critique.Son assistance est indispensable, son incompétence pourrait tout gâcher, mais cependant la forme et la substance du nouveau-né ne dépendent jamais d’elle.La renaissance d'une société nouvelle ne pourra être que l'œuvre des Européens eux-mêmes.Des projets artificiels n’auraient pas une longue vie.Des sphères d’influence — en supposant qu'elles puissent être délimitées sans friction majeure parmi les grandes puissances — présenteraient-elles à la longue une solution acceptable et viable '! Une fois libérés Tchèques, Polonais, Serbes, seront-ils disposés à se submerger dans la Fédération des Peuples de l’Union Soviétique ?Leur tradition est occidentale, surtout à la lisière des cultures mêmes, où la ligne de démarcation s’établit plutôt par la reconnaissance du Pape ou du Tsar comme chef spirituel de l’Eglise, que par la langue et la nationalité dont se réclament les populations paysannes de celte région.Les Hollandais, les Belges, les Suisses, qui se glorifient d’une histoire qui ne peut être échangée contre celle de l’Angleterre n’accepteront pas facilement de devenir membres d’un Commonwealth britannique réformé, surtout si cela suppose une allégeance à une couronne étrangère.Et les Allemands, Autrichiens, Hongrois, où s’intégreraient-ils V Du point de vue économique, une division de l’Europe en zones d’inlluences qui seraient intégrées dans de larges systèmes extra-continentaux, parait artificielle.Elle n’est préférable qu’à cet isolationisme des économies nationales qui marquait la période d’avant-guerre.Entre l’Europe orientale et la Russie, il n’y avait presque pas de rapports commerciaux; les quelques lignes ferroviaires communiquantes n’opé- 24N I.A N'm'VKI.I.K KKI.I AT.raient pas sur la même largeur île rails, des roules n’exislaicnt à peu près pas.A l’oirest également les rapporls eomtuereiaux avec l’Empire el le ('.omnionweallli Britannique n’étaient guère aussi denses que ceux ipii existaient entre les différentes parties de l’Europe.La guerre naturellement n’a pu qu’intensifier l’interdépendance des pays qiri se sont vus assujettis à la domination directe ou indirecte de l’Allemagne.Avant d'exposer nos idées pour une réorganisation de l’Europe, il semble indiqué de faire l’inventaire des changements révolutionnaires qui depuis la guerre ont largement transformé la structure économique du continent.L'inlétjrution économique el administrative de l'Europe : L'est un fait que l’Europe sous la domination allemande est devenue, du point de vue économique et administratif, plus intégrée qir’elle ne l’a jamais été auparavant.Cinq points semblent mériter une attention toute spéciale si nous voulons déterminer les changements à la suite desquels l’Europe de llltt se distingue de celle de 1939.(Il Avant la guerre.l’Europe continentale (sans compter l’Angleterre.la Bussie et la Turquie) avait reçu quarante pour cent des importations totales et contribué un peu moins aux exportations totales du commerce mondial.Au cours de la première Grande Guerre, la France.l'Italie, les pays nordiques et une grande partie des Balkans avaient toujours maintenu leur commerce outre-mer.Celte fois le blocus est total.I" commerce que les quatre neutres : le Portugal, l'Espagne, la Suède el la Suisse furent autorisés par les deux parties belligérantes, à maintenir avec le monde extérieur est négligeable, se chillrant à moins de cinq pour cent du commerce international.Cet isolement de l’économie européenne a nécessairement amené des changements radicaux dans la structure de tous les pays.Théoriquement.les marchandises qui ne pouvaient plus partir furent converties pour suppléer à des besoins qui, auparavant dépendaient de l’importation.L’indépendance de tous les pays européens s’est par conséquent énormément intensifiée, et la valeur des produits échangés entre eux a augmenté de trente pour cent en moyenne.Des industries d’exportation ont été en partie converties à la production d’armements, en partie pour répondre des besoins civils nouveaux; mais une grande partie, surtout dans les pays occupés, fut tout simplement démantelée.D’autre part, les pays firent un grand cfl'ort pour s’assurer le minimum nécessaire de céréales.Si les différentes parties de l’Europe ont dû s’adapter mutuellement aux conditions changées, l’Allemagne se réservait naturellement la part du lion de tous les produits.CD Les pays plus ou moins directement soirs la hotte nazie durent adapter leur administration économique interne au modèle de l’économie de guerre allemande.L’Europe est devenue une unité administrative.La même machinerie bureaucratique applique essentiellement les mêmes lois et décrets partout.Ceci est particulièrement vrai en ce qiri a trait à l’administration en matière de finance, de taxation, de main-d’œuvre, de contrôle du commerce et des changes extérieurs, eu somme tous les contrôles exercés sur la production.Nous verrons plus loin que non seulement certaines techniques administratives, mais I.A I'OMTIfJl'K : I .A SirUVIVANC'K UK I.I'.I’UOIM hi structure même tie hi société en Europe occupée fut en grande partie modelée d’après le système d’un corporatisme fasciste.(,'it I.'intégration de l’économie européenne est particulièrement frappante dans le domaine îles transactions monétaires.Dix-huit Etats règlent actuellement les paiements résultant de leur commerce extérieur.par l’entremise du «clearing multilatéral» de Berlin.Non seulement des pays éloignés l’un de l'autre comme la Norvège et la (îrèce.mais aussi des voisins comme la Belgique, et la Hollande ou la Bulgarie et la Boirmanie, doivent passer par cet odice pour régler leurs comptes.Ainsi les Allemands se sont faits les banquiers de l’Europe, contrôlant toutes les transactions commerciales du continent.Une « renationalisation » de ces millions de comptes représentera une des dillicirllés presque insurmontables de l’après-guerre.(4) Dans une économie dirigée, où l’échange des produits s'elt'ectue moyennant des accords de troc entre des agences contrôlées par les gouvernements, les tarifs douaniers ne sont plus nécessaires pour diriger l’acheminement des marchandises.Ayant perdu leur utilité, ils ont été abolis en certains cas, en d’autres, diminués sensiblement.I.'Europe de demain sera moins divisée par des frontières douanières que ne l’était celle de 193!).(5) Ces mesures et d’autres encore furent imposées par les Allemands afin de contrôler et d’exploiter les ressources européennes de la façon la plus rationnelle pour les besoins de leur formidable machine de guerre, l’n autre effet de cette exploitation sera le nivellement des différences entre les pays riches et pauvres dir vieux continent.Un certain degré d’inllation inévitable engloutira une grande partie îles réserves de capital.Personne ne saurait préciser dans le moment l’envergure exacte des tendances inflationnistes; mais le fait (pic les Alliés en Italie se virent amenés à établir la nouvelle parité de la lire par rapport aux monnaies anglo-américaines à dix-huit pour cent de la parité d’avant-guerre peut toutefois servir d’indication.Les pays les plus riches en capitaux auront plus à perdre dans ce procédé que les pays pauvres des Balkans.L’Europe de 1945 ressemblera peu à celle de 1939.Sa structure économique sera changée de fond en comble, son administration aura été « rationalisée », — au bénéfice unilatéral de l’Allemagne, bien entendu.Noirs sommes en face d’un système continental intégré d’économie dirigée, qu’il serait de toute façon impossible de désagréger du jour au lendemain.L’on ne peut prévoir la restauration d'une société prospère par un retour aux économies nationales indépendantes, telles qu'elles existaient avant la guerre.Plus que jamais une véritable solution aux problèmes économiques de l’Europe ne sera possible que sur une échelle supcrnationale, qui tiendra compte de l’interdépendance de ses nations et de l’unité fondamentale du vieux continent.(« suivre) 14ic11 Alto PmqUET LES REVEES NOTES SI H LA POÉSIE : HÉMISPHÈRES M.Y van (îoll, poêle européen écouté, auteur d’ouvrages aussi remarquables que .Iran sans terre, Lucifer vieillissant.Elégies internationales ou Le Xouvel Orphée, vient de fonder à New-York une revue bilingue entièrement consacrée à la poésie.Deux livraisons, la seconde double, sont parues '.Le premier numéro s’ouvre sur un poème de Saint John Perse : Poème à l'étranger.Qui connaît Exil, verra là des redites, mais trouvera encore le même luxe d'images, cette grande pulsation rythmique comme une grande marée, si particulière, et cet air raréfié des hautes cimes.L’auteur d’Anabase ne s’est pourtant guère renouvelé depuis Exil et ses poèmes subséquents (Poème éi l’étrangère, Plaies — moins l’image très forte du premier vers : « Le banyan de la pluie prend ses assises sur la Ville.» donnent fâcheusement l’illusion d’un A la manière, de.laborieux, t'n très intelligent texte de Caillois sur l’art de Saint John Perse fait suite.Il y a là du très bon et une tentative d’approche qui ne peut être que tentative, lorsqu’il s’agit d’un poète de cette hauteur et d’uue u-uvre que défendent si bien ses airs de catalogue de musée.Vient ensuite la section américaine : George Barker, Chas.IL Ford, \V.C.Williams.Kenneth Patched, Dunstau Thompson, Parker Tyler.A la limite de l’inconscient, bien que très vigoureux de forme, les Barker sont très beaux.Puis ce sont des poèmes d’Yvan Goll, d’Alain Bosquet, des proses de Bosquet (La poésie française continue) et de Robert Label t.Votes sur la poésie en France depuis 194(1) puis, sous le titre Où va la poésie, irne malicieuse juxtaposition d’un article d’André Breton : « Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore», et d’un aveu, assez paysan du Danube, de Roger Caillois : « Je n’entends pas grand chose à la poésie.» Elégie d’ihpélonga de Goll contient des vers très forts, qui rejoignent la réalité : Mais il faut des tonnes et des siècles d'eau Pour écraser un souvem’r de moule et de beaux accents humains: Je n’ai qu’un corps à assouvir Mais quel labeur ! Que de lessives contre la sueur ! Deux seins toujours « vif : Patinas et Lesbos Le désir de la sainteté la sainteté du désir C’est à la malédiction que Bosquet consacre son ode, malédiction de ce temps de misères et de chagrin : (1) Hémisphères.Directeur : Y van Goll.136, Columbia Heights, Brooklyn 2, New York. i.a mi.moi i-: : i.a survivance de l’eukoim-: 251 Mon pays s’appelle exode; nui ville s’appelle torture: mon épouse s’appelle souffrance; nui maison s'appelle écroulement.Après les audaces de Syncopes, les tentatives cosmiques «le L'imayc impardonnable.Alain Bosquet s’humanise et revient aux grands thèmes : amour, colère de prophète, plainte de lamentateur, mort.Noirs suivrons avec intérêt tout ce que ce jeune poète-casqué donnera, maintenant qu’il a fait au surréalisme systématique un adieu sans regrets.Une nouvelle vie commence.Les événements vont le mûrir et décanteront ce que le surréalisme liri a appris, pour n’en retenir que les éléments éternels, magie verbale, inconscience consciente, hardiesse, écartèlement des formes, raccordement des divers mondes.La seconde livraison (No 2 et 3) est consacrée aux tropiques, ces pays mystérieux qui ont toujours exercé sur les poètes un attrait singulier, d’ailleurs justifié, peut-être précisément par leur caractère de surréalité, tellement la nature semble constamment chercher à s’y dépasser.L’animal y est hors-cadre; la fleur monstrueuse; le fruit, mortel ou délicieux.André Breton.sous le litre l'n r/raiid poète noir, nous présente Aimé (lésaire, de la Martinique, selon lui, le plus grand poète français vivant.Il m'inquiète un peu, toutefois, soit «lit en passant de lire ailleurs que Lésaire professe la même opinion de Breton ! C.e texte de Breton n’en est pas moins de la grande et royale prose, comme on n’en écrit peu aujotrrdh’ui.Cioll \ parle de Cuba « corbeille de fruits » en une prose savoureuse et colorée.Claire Coll a écrit, avec lllanchisscric chinoise, un poème en prose d’une sensibilité et d’une nostalgie profondes.Des poèmes il’Vvan Coll, de Charles Doits, jeune surréaliste de LS ans, d’Alain Bosquet et de .lean Malaquais, dont le Journal de /pierre est un document humain formidable, (ses poèmes raturent le vif avec la même cruauté et la même force), de Nicolas Cnillén et d’Kmilio Ballagas, deux poètes représentatifs de l’Kcolo afrocubaine; des proses de Hoger Caillois, Henry Miller, llaimm Sarloris, ainsi que des dessins d’André Masson, très influencés par des visites de serres tropicales, font que ce numéro double serait tout entier à commenter.Ceux qui aiment la poésie verront, dans ce périodique, ses plus récents développements et la consécration, sous forme d’ieuvres réussies, des audaces qui ont le mieux subi l'épreuve du temps.Mahcei.-Haymond François Mauriac Le jeune homme Le livre le plus brillant qu'ait publié le grand romancier.Commencements d une vie Personne n’a su présenter comme Mauriac les impressions premières de l’enfant, de l’adolescent et du jeune homme.Chaque volume : S 0.70; par la poste : S 0.75 Livres parus en Suisse en 1943 LE CAHIER DES PRISONNIERS Ce livre réunit des textes (essais, poèmes, journaux de captivité, romans et nouvelles) rédigés par des écrivains français prisonniers en Allemagne.Prix: SI.50; par la poste: S1.60 ANDRE ROUSSEAUX Le Prophète Péguy L’un des plus grands critiques français écrit la première étude d’ensemble de l’œuvre de Péguy.Prix : $ 0.75; par la posto : S 0.80 ( vllcction Art vivant dirigée par Maurice Gagnon Chaque volume eoulicnl vinyl reproductions Prix de chaque volume : S 0.S0 1 PELLAN par MAURICE GAGNON 2 BORDUAS par EORERT EL IE 3 ROBERTS par JACQUES DE TOXXAXCOUE 4 LYMAN par PAUL DUMAS Suivront MOHHICE par John Lyman MANIFESTE SFR LA PEINTURE AU CANADA par Henri Girard AVENIR DE L'ARCHITECTURE CANADIENNE par Marcel Parizeau PLAIDOYER POUR L’ART MODERNE par François Ilertel L’AMERIQUE LATINE Iraduelion de INSIDE LATIN AMERICA par John Gunther L'Amérique lutine rl lu premier ouvrage de quelque importance publié au Canada français sur les vingt Républiques situées au sud des Etats-Unis dans l’hémisphère occidental.L’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud sont encore pleines de mystère pour les habitants de l’Amérique du Nord.Sauf dcu.s ou trois pays sur lesquels nous avons des notions du reste assez vagues, nous ne connaissons pas ce monde que les circonstances rapprochent graduellement dir nôtre.Voici un livre qui en révèle, dans le style vivant du reportage, les multiples aspects.Quand on l’a lu, on a l'impression d’avoir accompagné l’auteur dans son voyage et de posséder une connaissance personnelle de chacun des pays de l’Amérique latine.Volume de plus de ûOÜ pages, bourré de faits, d’aperçus historiques, d’études sociales, économiques et politiques, de considérations relatives à la défense de l’hémisphère et de conclusions de toutes sortes, traduit dans une langue correcte et facile, qu’on lira avec autant de profil et d’intérêt que de plaisir.Prix : £3.00; par la poste : $3.25 Edition numérotée sur vergé Byronic : $10.00 ANDRE MAROSELLI Sénateur île la Haute-Saône Des prisons cle la Gestapo à l’exil Le récit d'une évasion extraordinaire Collection France Forever: SI.00; par la poste: $1.10 COMTE SFORZA Demain, il faudra faire grand Pour irn rapprochement franco-italien après la guerre.Collection Problèmes actuals : 3 0.35 Edition numérotée sur vergé Byronic : S 0.75 sur lapon : S 1.25 DON DT N AMI 1/KPAIMiNK i:\ TKMPS DK (ll’KKKK La guerre vous aura apporté des conditions de vie dilférentes de celles auxquelles vous étiez habitués au temps de paix.La guerre vous aura aussi apporté des conditions d'existence différentes de celler que vous avez connues.La nécessité de maintenir la production à son maximum aura réduit le chômage, vous aura permis de toucher des salaires plus élevés et vous aura apporté une plus large mesr.'e de prospérité.Mais n’oubliez pas qu'après la guerre il faudra vous réadapter aux conditions du temps de paix.Permettez-moi de vous donner un conseil.Profitez des tristes années que nous traversons, mais qui vous procurent plus d’avantages matériels, pour vous bien préparer à faire face à l'après-guerre.L'un des meilleurs moyens qui s'offre à vous est d'économiser.L'épargne est une discipline morale dont les effets sont salutaires.Profitez des circonstances qui s'offrent à vous de préparer aujourd’hui les jours difficiles qui suivront l'avènement de la paix.11 ne faut pas que vous finissiez cette guerre dans une situation sociale moins stable que celle qui existait au moment cù vous y avez été plongés.Commencez dès maintenant à étudier les problèmes qui ne manqueront pas de se poser lorsque nous aurons vaincu l'ennemi.Les prroblèmer, qui vous intéressaient en temps de paix n'ont pas encore été complètement résolus, je le sais.La discipline que vous aurez acquise au cours de la guerre devrait vous servir efficacement quand viendra le moment d'envisager les importantes questions dont vous avez le droit d'espérer la solution.Si vous êtes parfois tentés de trouver vos conditions de travail dures, songez que le prix de votre labeur est votre liberté.Le moment viendra bientôt pour nous de prendre l'offensive pour aller écraser en Allemagne les armées d'Hitler.Pour cette grande offensive qui ne saurait tarder bien longtemps, il nous faudra de formidables réserves de matériel.Pour cela il faudra que le Canada en plus d’être le grenier de l’Empire, soit aussi l'arsenal de l'Empire.Lorsque s’écrira l'Histoire, le travailleur y aura mérité une place de choix.Major-Général, l'honorable L.-R.LaFlèche, D.S.O., Ministre des Services nationaux oc guerre. VIENT DE PARAITRE LE PREMIER VOLUME DE L'EDITION DEFINITIVE D'UNE OEUVRE INDISPENSABLE Histoire «lu Canada par F-X GARNEAU La nouvelle édition de l’Histoire du Canada de F.-X.Carneau, soigneusement revue par le petit-fils de l’auteur, M.Hector Carneau, se distingue de toute façon des éditions publiées à Paris.Le texte adopté est celui de la quatrième édition de 1882.Il comporte non seulement la suppression des passages périmés, mais encore des additions qui font suite au récit, certains redressements qui s’imposaient.D’autre part, les notes et les appendices sont remplacés par de brèves références et une bibliographie mise à jour, où figurent avec avantage les meilleurs livres des historiens et des érudits canadiens.Cette réédition s’adresse au grand public à la fois et aux élèves de nos maisons d’enseignement secondaire et supérieur.ÉDITION EN PLUSIEURS VOLUMES FORMAT BIBLIOTHEQUE Un tirage sur beau papier pour les souscripteurs On peut souscrire dès maintenant à la série chez son libraire ou chez l’éditeur Les autres volumes suivront à raison de un volume r>ar mois. Vient de fiG/uzibie v • •.'V?^iV vsV^ -.\\ V , *\ ââf HJfîf üümjflji DU P £ iï l> Û j] J] i) fi £ ou COMMENT LIRE LES ROMANS par ROBERT CHARBON NE AU auteur de Ils posséderont la terre roman psychologique qui obtint le troisième Prix David 1942 Le créateur de Ly Laroudan, d’Edward et de Dorothy Wilding étudie les ressorts cachés du roman et de la vie des personnages dans les grands romans.Prix: $1.25; par la poste: $1.35 La deuxième édition de Ils posséderont la terre paraîtra prochainement Prix: $1.25; par la poste: $1.35
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