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Titre :
La nouvelle relève
Éditeur :
  • Montréal :[La nouvelle relève],1941-1948
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
inconnu
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La nouvelle relève, 1944-05, Collections de BAnQ.

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BIBLIOTHEQUE DE V à.\ I.'ACFAS V LA NOUVELLE^ RELÈVE Directeurs : Robert Charbonneau et Claude Hurtubise HENRI LAUGIER Mission de l’Université d’Alger ! < Pastiches et parodies La survivance de l’Europe Mai MONTRÉAL 1 944 Volume III, No 4 1fT?,! *- ! ( LA NOUVELLE RELÈVE Fondé* an 1934 Directeurs : Robert Charbonneau Claude Hurtublse Sommaire HENRI LAUGIER.Mission de l'Université d'Alger 193 ROGER PICARD.Pastiches et parodies 198 ANNE HEBERT.Prélude à la nuit 209 LUIGI STURZO.La poésie dans la Divine Comédie (Il et fin) 210 BERTHELOT BRUNET.Primaires et doctrinaires ou l'école des dupes VII 219 Jeune Poésie CHRONIQUES ACRÎH££RAUZE : Poème — CLAUDE ROUSSEAU : Conte de peu de ioie.GABRIEL CHARPENTIER : La brebis qui s'en va.La musique HENRI ROVENNAZ : La passion selon Saint-Mathieu.La science b BENOIT : Lavoisier, l'homme, le physiologiste.Les revues MARCEL RAYMOND : Notes sur la poésie.Hémisphères.La politique RICHARD PIRQUET ; La survivance de l'Europe.Labonnement a 10 numéros: Canada.$2.00; étranger.$2.25.Payable par mandat ou chèque au pair à MontréaL négociable frais.60 ouest rue Saint-Jacques, MontréaL HArbour 3924.Mai 1944, Vol.III — Numéro 4 Le numéro : 25 cents LA NOUVELLE RELEVE Mai 1944 Vol.III Numéro 4 MISSION I)K L’UNIVERSITfc D’A LG K H 1 L'I’niversité d'Alger est la première université française, libérée par le Cumbat des Nations unies, libérée de l'oppression physique et intellectuelle, qu’imposaient à son activité, la menace allemande et un régime maintenu en b rance par la tolérance ou la volonté de l'ennemi.L’Université d’Alger est libre aujourd’hui de reprendre son action dans le combat de la Pensée française, pour la Victoire commune.Déjà, des élections régulières se sont déroulées dans les facultés, et à l’Université; et vous avez devant vous des conseils de facultés, un conseil de l’Université, des doyens et des assesseurs qui ont été librement choisis par leurs pairs, conformément à la tradition constante de l’L'niversité française sous la législation de la République.Et je salue ici, de nouveau présents parmi nous, les nôtres qui avaient été écartés de l’Université pour des raisons raciales, et qui ont repris au milieu de leurs collègues leur place dans le combat de la France.Un décret du Comité français de la Libération nationale a confié d’autre part à l'Université d’Alger, la mission émouvante de représenter, dans leurs rapports avec les universités des pays alliés, toutes nos universités françaises, aujourd'hui bâillonnées et muettes dans leur martyre.Ainsi les circonstances imposent a l’Université d’Alger, un haut devoir et des responsabilités sévères, complexes et précises, responsabilités vis-à-vis de 1 Algérie, responsabilités vis-avis de la France, responsabilités vis-à-vis de la pensée universitaire dans le monde allié.Je porte ici témoignage que l’Université tout entière, ses étudiants, ses professeurs, ses chefs, sont prêts à faire face résolument à ces responsabilités, et à se montrer dignes des graves devoirs vis-à-vis de la Patrie que leur impose l'heure présente.Vis-à-vis de l’Algérie, l’évidente mission de l’Université est lourde.Par un enseignement libre, respectueux de la méthode scientifique dans toutes les disciplines, former l'élite dont dépendra demain la grandeur et l’essor de ce jeune pays où restent enfouies tant de ressources matérielles, où restent encore inutilisées tant de ressources intellectuelles et humaines.Par l'exercice de la pensée libre, de la (1) Discours prononcé a la séance solennelle d’ouverture îles Facultés, le 1S décembre 1043, à Alj»or. 194 I.A NOUVKI.t, K UKI.KVK librc discussion et de la libre critique, dissiper les miasmes délétères que trois ans de propagande mensongère, et d oppression des esprits ont répandus sur ce pays dont la vocation est une vocation de lumière et de clarté.Aider la jeunesse algérienne, à retrouver par delà des années de souffrance et de ténèbres la continuité avec la pensée française; développer largement pour un programme d’avenir, les institutions d’enseignement, à tous les degrés, primaire, secondaire, supérieur, technique; appeler, sur un rythme accéléré les populations musulmanes, dans le respect de leur personnalité propre, aux bienfaits de la culture; voilà les lignes générales qui, a mes yeux, définissent le cadre de l’action de fUniversité d’Alger en terre algérienne, poulies jours à venir.Mais les devoirs de l’Université d’Alger ne sont pas seulement des devoirs algériens, ce sont aussi des devoirs d Umpire.L Université d’Alger est la tète de pont de la pensée française sur les territoires de 1’Umpire, et c’est la seule université existant dans 1’Umpire français.C’est donc dans son atmosphère propice que doit s’ordonner l’activité intellectuelle de ces immenses territoires dont l’essor technique est décisif dans la grandeur française.Pardonnez à un homme qui a consacré toute sa vie à la recherche scientifique, à son organisation en un service public autonome.île vous dire combien de toute sa foi en le développement de la connaissance humaine pour le progrès des sociétés, combien il souhaite que la Recherche scientifique appliquée aux besoins de l’Empire français, soit largement développée, dotée de tous les moyens d’action nécessaires par le Comité de la libération nationale, et centrée autour des ressources intellectuelles de l’Université d’Alger qui est prête à apporter sa collaboration passionnée à cette œuvre d’intérêt national.Je manquerais à mon devoir si, devant cette audience, je ne disais pas toute ma pensée.Lorsque se livre un combat naval, terrestre ou aérien, lorsque des êtres de chair et de sang sont la proie des flammes, des halles, des obus ou des torpilles, tous ces gestes de la bataille font intervenir en quelques secondes, quelquefois en linéiques fractions de secondes, toutes les techniques de toutes les sciences; les mathématiques, la balistique, la mécanique, la physique sous toutes ses formes : physique du métal, physique des moteurs, optique, radiocommunications, la chimie des explosifs, l’aérodynamique, la résistance des matériaux, etc.etc.Un combat n’est autre chose qu’une épreuve expérimentale, un examen où s’affrontent, se confrontent et se comparent les efficacités des recherches effectuées au cours d’un passé ancien ou récent, par les conseils nationaux de recherches, par les ingénieurs et les techniciens des pays en guerre.Dans MISSION DK I.UXIVICRSITK I) A I.(.Ik 195 l'ombre des batailles qui écrivent l’Histoire, c’est le combat silencieux des conseils de recherche, qui est un élément décisif, l’élément décisif de la victoire.Lorsque la paix sera venue, commencera le dur et ardent combat de la paix.Dans le combat pacifique des Nations, dans la concurrence pacifique des nations, dans la collaboration pacifique des nations, ce sera encore l’activité de recherche, ferment du progrès industriel, agricole, culturel, qui entraînera la décision.Le succès ira aux nations qui développeront aux limites de leur possibilité l'activité des hommes de science, des ingénieurs et des techniciens.Il ira aux nations qui doteront avec générosité, avec prodigalité leurs organismes de recherche.Disons-le loyalement, dans Plèmpire 'français, l’effort qui a été entrepris reste dérisoire par rapport à celui qui reste à entreprendre.Faire l’inventaire de toutes les ressources minéralogiques, zoologiques, botaniques des colonies françaises; étudier la biologie des peuples et des races; perfectionner les techniques agricoles, par le développement des laboratoires chargés d’étudier les sols, l’augmentation du rendement des cultures, l’amélioration des semences, l’acclimatation d’espèces botaniques ou zoologiques nouvelles; poursuivre l’utilisation des ressources naturelles connues ou à créer pour la fabrication de produits de synthèse, carburants, caoutchouc, matières plastiques, entreprendre avec de grands moyens toutes les recherches de parasitologie, d’épidémiologie, d’assainissement, toutes les recherches de nutrition destinées à améliorer la santé physique et l’hygiène mentale des populations de l’empire, voilà quelques-unes des grandes tâches qui s’imposent à la France, à l’Algérie, et à l’Kmpire rénovés.Ceci n’est pas un rêve chimérique; je l’ai vu largement réalisé dans les grands pays d’où je viens.J’ai rapporté des Ktats-Unis les comptes rendus des recherches agricoles qui s’y poursuivent sur leur immense territoire.Là-bas des centaines et des centaines de laboratoires et de fermes expérimentales utilisant des milliers de chercheurs, utilisés à plein temps, travaillent au perfectionnement des techniques agricoles.Des efforts aussi puissants y sont poursuivis dans tous les autres domaines de la recherche appliquée.L’Angleterre a développé sur son sol.et dans tout son Commonwealth, un programme de recherche scientifique appliquée aux besoins pratiques, de dimensions colossales.Séparé par la distance et par la langue, de nos amis de I l • K.S.S., je connais moins le détail à leur effort, mais je sais, par des exposés d’ensemble que dans les plaines de Russie, des milliers de chercheurs animés par une foi inébranlable dans les bienfaits de la science, poursuivent une action tenace de révolution des techniques, dans tous les domaines. |.\ NOl’VKI.I.K.KK1.KYK 196 le le dcmaiule.quel manque de courage civique, quelle timidité dans l'imagination ou quelle parcimonie dans le saciificc financier, pourrait empêcher la science française, d aborder cette grande tâche, dont l’accomplissement sera décisif pour la grandeur française ?A cette tâche, l’Université d’Alger est résolue à apporter son concours, avec toutes ses forces, avec tout son dévouement a 1 avenir de la Patrie.L’Université d’Alger est également consciente des immenses devoirs qui s'imposent â elle vis-à-vis des universités françaises et vis-à-vis des universités alliées.Nous sommes ici libres, par un privilège, privilège que nous devons les uns a notre volonté, les unties aux circonstances de la guerre.Pour tous, c’est un immense privilège qui impose aux uns et aux autres des charges redoutables.Lu 1*tance, la pensée restée libre est clandestine.En h rance, si Ion écarté quelques universitaires misérables, à qui la trahison a procuré le pouvoit, toute l'Université a été à la pointe du combat libérateur.1.hitlérisme a célébré son arrivée au pouvoir en Allemagne par de monstrueux bûchers où se consumaient dans les flammes les livres des hommes qui sont la gloire de l’humanité en marche vers l'avenir.Dans les pays qu'il opprime, l’hitlérisme s’efforce d’abord de détruire 'intelligence et l’Université est sa première cible, son premier objet de persécution.Saluons ici tous nos collègues qui gémissent dans les prisons, dans les camps de concentration; saluons la mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté de pensée; ceux qui ont été torturés et martvrisés avant de mourir; saluons tous ces étudiants héroïques qui ont défié l'ennemi et qui dans l'obscur combat il une resistance sans merci risquent tous les jours leur vie pour la survie de la France.Pensons à chaque instant de notre journée de labeur, que nous représentons, ici.libres, la pensée de la France muette; et qu'il ne sorte de nos bouches pieuses que des paroles en accord avec la volonté de combat de notre Patrie.Aujourd’hui, nous avons conféré le grade de docteur honoris causa, à un grand universitaire anglais, ami de la France, et spécialiste éminent des problèmes d’orientalisme.Il y a de longs mois que l’Université avait mis en marche les délibérations de ses conseils pour décerner cette haute distinction a M.Gibb.Aujourd'hui, sa présence parmi nous, nous permet de lui dire notre amitié et la joie que nous avons de le compter au nombre des savants étrangers qu’un lien précis unit à notre Université.Dans quelques mois.l’Université a l’intention, dans une séance solennelle, de décerner des grades de docteurs honoris causa a plusieurs savants ou hommes de lettres ou hommes d’action appartenant MISSION DK I, UNIVERSITÉ d’aUGKR 1 07 mix pays allies, aux pays des Nations unies.Elle montrera ainsi la volonté qu’a la France de dédier une activité passionnée à la liaison intellectuelle internationale, et la volonté qu’a la l'rance de rester fidèle à sa grande tradition de pensée universelle et humaine.Quand on a, comme moi, au hasard de missions universitaires, ou dans l’Odyssée de l’exil, connu presque tous les peuples d Europe et d’Amérique, l’on sent avec une émotion profonde toute l'amitié, toute la tendresse que tous les peuples du monde portent a la luanec, à la nation française, à la pensée et à la culture françaises.C’est un immense capital de dévouement dont dispose notre Patrie, dans tous les pays libres; il nous a été acquis par tous les héros qui ont fait la France ; par tous les penseurs et tous les hommes de science qui ont fait la culture française, la culture de (d’honnête homme» universellement admirée dans l’univers; il nous a été conquis par le sacrifice de tant d’enfants de France qui sont tombés au cours des siècles dans le combat pour la Liberté, au service de l’Humanité tout entière.Ces liens émouvants de l’esprit et du cœur, entre la France et les pays de liberté, sont une des richesses de notre Patrie; nous en sommes aujourd'hui dépositaires et comptables devant elle.L’Université d’Alger a la mission de les maintenir, de les consolider, de les développer aux limites de ce qui lui sera possible.Mes chers amis, de l’Université d’Alger, voilà les tâches de combat qui s’imposent à vous dans l’heure sombre, mais pleine d’espérance où nous sommes.Prêtez l’oreille, et entendez la voix douloureuse (pii sort des lèvres exsangues de la France, de la chère France (pii vous dit : (( Universitaires d’Alger, vous êtes à chaque minute de votre vie.à charpie geste de votre action, responsables du prestige de la Patrie, (pie toutes vos forces soient tendues vers sa délivrance et vers le renouveau de la grandeur française.» Amis, doyens, professeurs, étudiants, j’ai confiance que vous entendrez cette voix émouvante.J'ai confiance que l’L Diversité d Alger, face à ses responsabilités, remplira scs devoirs; et j ai confiance qu'au jour béni de la Libération, lorsque nous reverrons, triste et radieux, le visage de lumière de la France libérée, l’Université d’Alger, ayant accompli sa noble tâche, aura bien mérité de l’Université française et de notre patrie, la France.Henri Laugier PASTICHES ET PARODIES A la veille de la Guerre de 1914, — au temps où la France était heureuse, — parut un volume dû à deux hommes d’esprit et qui connut un succès si grand qu’il dure encore aujourd’hui.C’était « A la manière de.par Paul Rehoux et Charles Muller.Les auteurs s’étaient amusés à pasticher, sur le mode ironique, de grands écrivains, français et étrangers, classiques ou modernes, mais tous très connus d’un très large public.Quel que fût le respect ou l'admiration qu’on eût pour ces grands auteurs, on ne pouvait s’empêcher de sourire ou de rire franchement de la malice ou de la cocasserie ties œuvres qui leur étaient attribuées.Les pasticheurs s'étaient ingéniés à faire saisir les côtés faibles de leurs modèles, ce qu’il y avait, dans leur art, de procédés, de singularités, en choisissant à dessein des sujets ou des expressions de style qui outraient les caractères habituels des œuvres parodiées.Le pastiche, qui consiste dans l'imitation, avouée et volontaire, d’un auteur connu, est très ancien et son champ est très vaste.Il est ancien et il suffit de consulter l'Anthologie du pastiche, que Léon Deffoux et Pierre Dufay ont publiée, il y a quelque vingt ans.( 1926), pour voir que, dès ses débuts, notre littérature l'a connu et en fournit des exemples excellents.Il a un champ très vaste, et s’attaque non seulement à la littérature proprement dite, mais aussi aux écrits politiques et même, — car l’irrévérence des pasticheurs est grande, — aux textes religieux.On pourrait citer nombre de très anciens pastiches de textes liturgiques ou sacrés, datant d'époques où pareille plaisanterie n’allait pourtant pas sans danger.Il est arrivé que des propagandistes politiques fissent, du pastiche, le style ordinaire de leurs écrits les plus sérieux.C’est ainsi que, pendant la Commune, Eugène Yermersch, Alphonse Humbert et le joyeux Maxime Vuillaume, que j’ai connu en ses vieux jours, publiaient un journal : le Père Duchcnc, qui pastichait, avec application et talent, le journal de Marat, orné du même nom sous la Terreur.La littérature diplomatique, avec sa gravité un peu compassée, se prête admirablement à cette sorte de satire légère.Albert Sorel, le grand historien, (que nous retrouverons encore dans cette étude), alors jeune secrétaire d'Ambassade, écrivit une prétendue lettre de PAST1CMKS r.T PARODIKS l‘) (42) « Il jeûne pour ces bons pimperneaux de llolsène Qu’il faisait saintement cuire dans du vin doux.» (40) «Cependant aux splendeurs du jour avant eourrières, Qui sont au pèlerin bien plus douces lumières, Lorsque de la patrie il approche au retour, De toutes parts fuyaient les dernières ténèbres.» IA l’O KSI K PAN'S I.A DIVIN K COM KD! I 215 on revient an monde et à ses maux.Nous avons fait allusion an discours de saint Pierre dans le chant XXVI le.— citons ( accia-guida 1 us sages, qui appelaient critiques Sainte-Beuve, ou Taine ou Renan, tous romanciers et historiens qui prenaient prétexte d'un livre pour nous faire vivre un personnage.A la bonne heure ! eux s'éloignaient vraiment de leur modèle.Le Laurentien, rpii a toujours peur qu’on l'oublie, et qui nous fait signe : «Je suis là.» ne me permettrait pas, comme Charbonneau, de partir de son livre pour conclure sur tout un peuple.Je vais quand même signaler Connaissance dit personnage à mon ami patagon, et lui dire de quoi il traite.Comment taire I Depuis I.A Norvi l.l.i: KI.I.I'A I 220 longtemps, je ne touche plus à la critique, si jamais j’ai f.ait de la critique.Me suffira-t-il d’insinuer que j'ai songé à Thibaudet et que j'ai songé à Charles Du Bos, que j'imagine une collaboration des deux, des deux dans leur fraîche jeunesse, eussent-ils été contemporains.Je veux dire qu’il y a là comme un besoin d'élucider avec la raison, puis d'élucider à nouveau par une raison baptisée et catholique.I n goût du savoir pour le savoir, et ensuite un besoin d intégrer toute cette science nouvelle dans une connaissance plus large, plus c; _ e.Je viens de prononcer le mot dangereux, ami lointain, lorsque j’ai qualifié de catholique la critique de Robert Charbonncau : ne me répliquez-vous pas tout de suite : (( Mais n’êtes-vous pas tous catholiques, là-bas ?n 1 lé ! hé ! Voire, comme dirait Rabelais.Bien entendu, comme la plupart des Français, nous sommes presque tous des baptisés, et la majorité des Laurenticns va à la messe.Il y a même pas mal de processions, d’innombrables ligues et confréries, des dévots remuants, des politiques de sacristie, des inquisiteurs et des mouchards en veux-tu en voilà, mais de catholiques irais, je crois qu’on peut les compter.Nos curés ont beau écrire : je me demande si l’on pourrait tirer vingt-cinq pages d’une pieté authentique de ce puits sans fond.C'est la marque, et cpie les laïcs chrétiens n’osent toucher au problème religieux que sous son aspect sociologique ou politique.Les dernières années du dix-neuvième siècle français ont été justement les plus pauvres sans doute de toute l'histoire catholique de ce peuple, alors fatigué, justement parce (pie le catholicisme s'était réfugié dans les œuvres, a ce point qu'il en oubliait de faire oraison.Le Laurentien, lui.n a pas ou blié.parce que Marie de l'Incarnation a fait oraison à sa place une fois pour toutes.Dans notre littérature, lorsqu'on se montre catholique, c'est pour quelque action temporelle ou contre quelque chose.C'est pourquoi, prenez-en note, 6 mon ami, j’ai noté avec le plus vil plaisir ce jour qu'une de nos romancières eut le toupet heureux d'écrire un livre sur une sœur, une nonne.Une âme religieuse et maternelle (par Michelle Le Normand ).Elle osa écrire de la même plume et de la même encre ses ouvres d'imagination et cette biographie religieuse, sans cloison étanche.( à\ chez nous, la bourgeoisie et la paysannerie et le prolétariat font large part à la religion, une très large part, pour n'y plus repenser le reste de la semaine.On a une police d'assurance et un compte de banque : on n'y pense plus.Il va de soi que.dans le discours, dans l’article bien-pensant, il se glisse quelques couplets sur la religion de tv s pères, mais c'est clause de style, comme les formules de no-minutes notariales ou le refrain sur nos usages et nos lois.Disons que notre catholicisme me fait penser à un gros curé qui, parce qu’il 8948 PRIM A IRKS I'.T DOCTRINAIRKS J 21 est sûr du respect de ses paroissiens, desserre son ceinturon pour roter son repas et fumer sa pipe, comme ce camarade prêtre, qui gardait son cigare à la main, en me faisant visiter une église.Notre catholicisme déboucle trop sa ceinture, la bedaine va tout faire éclater.Par bonheur, quelques-uns d’entre nous ont suivi a leur façon la Renaissance du catholicisme français, pour qui la religion n’est pas avant tout une politique, une tradition, une sauvegarde contre les désordres sociaux, un antidote du holchévisme et (Most Reverend Doctor Condom), un préservatif pour le porte-monnaie.Catholique a pour eux le sens de catholique et d’universel.Le catholicisme n exclut pas l’art, il ne l’opprime pas, non plus : la liberté des enfants de Dieu.C’est là tout un problème, comme on dit chez nous, ami lointain.Xotre critique naguère encore ne se souvenait qu’elle était catholique que pour mettre à date le pins pusillanime des index.Si vous saviez ce qu’elle consentait à nous lire ! Je ne suis pas encore un vieillard et je me souviens de ce que l’on interdisait à mon enfance éprise de lettres.et, le règlement sauf, s’apercevait-on que je perdais la foi avec d’autres de mes camarades, qui ne sont pas tous revenus ?( ’était l’époque du roman à thèse.Je me rappelle, de je ne sais quel scribe, un roman, Floréal, le pendant pieux de Germinal, et combien d autres ?La trace resta longtemps, et ma foi.la plupart de mes compatriotes sérieux se demandent encore, lisant un roman : (( Qu est-ce que cela prouve?» Il leur faudrait chaque année un nouveau Bourget, avec quelque teinture de Georges Duhamel pour faire plus neuf.J’invite le romancier français qui voudra décrire la province après la guerre de faire un petit tour à Montréal et à Québec, seuls vestiges de ce renfermé à goût surette et moralisateur qu’on pressent encore dans Jou-handeau et dans Jolinon.Selon mon habitude, je tourne autour, mais j arrive, je nous jure.Ne croyez pas cependant cpie Charbonneau, mon écrivain, muse autant et soit flaneur de même.Sa subtilité arrive tout de suite au point, et il le touche si souvent, il touche si juste que.le lisant, j’en perdais le souffle pour le contredire.Un livre avec lequel je ne puis discuter, j’aime autant le laisser là : par bonheur, j’ai trouvé le joint, le biais plutôt, et Charbonneau et moi, à la fin de ses essais, nous sommes trouvés en désaccord : c’est vous dire que nous avons été heureux tous les deux.Là où il m’enchante, c’est sur le propos fie l’autonomie romanesque.Les Laurentiens ne parlent que d’autonomie, ces suiveurs, comme des demoiselles sont chatouilleux sur leur liberté, vous savez celle qui n’a commis qu’une toute petite faute, et ce n est pas sa faute, s’il ne l’a pas épousée. I.A NOUVKM.K K Kl.K VF.9 > > ( harbonneau reprend donc la querelle de la pureté et de la gratuite.Le roman pur après la poésie pure.D’abord, je veux bien, parce que si la France de la N.R.F.manquait peut-être de Bourget (hélas ! il y a des jours que la suite (cluit !) de Gide et la crinoline de Proust, sans nous faire mépriser Gide et Proust nous donnent paradoxale nostalgie de la prose bourgettiste qui, pourtant.), si cette X.R.b.manquait de Bourget, elle pouvait s'approvisionner chez nous : je songe par exemple à un jeune romancier qui a des lettres, du talent sans doute, voire une veine comique qu’il ignore, lorsque je ne 1 ignore pas, et qui ne sait que saupoudrer de Barrés du plus vieux Bourget.Ft ce n’est pas tant dans les œuvres (nous écrivons peu de romans) que dans les goûts et les tendances que cela se manifeste.Il nous faut une histoire qui prouve quelque chose.Une bonne dame demandait même à l’Heure catholique, question box radiophonique où des hommes d’esprit ont la charité de répondre à ceux Conçoivent la plénitude Et la rigueur de leur raison.II Le sylphe silencieux, s’irise, Illéme, d’une pâleur de feu; Un énergumène bleu Jaillit d’un songe de cytise. I K1 ' N K 1*0 ICS I K 227 Une heure glisse un glas d'aiguilles, Froissant de coupables baisers; Une involontaire pupille Clip ne au.r mollets évaporés.Fl la base se rengorge Au vent d’un frais papillon fui.H n'en émerge que la gorge Fl que l’œil fauve, surgi.IU Cette pierre fugace fut, Dans le jardin des vieux amants Fa flûte où le faune dormant Fxpirail un silence nu.Tendant son dos vide en are Aux vagues sons de la distance, U achemine sa substance Au trou fluide cl gris du parc.Fa bouche ronde, à l'ouverture, Dose, frileuse, un poids d'hiver.Fl l'orteil sage, se mesure Aux cadences des anciens vers.Celle pierre fugace fuit Fe souvenir des vieux a/nards Qui laissent au faune dormant Fears pauvres ombres accroupies.Achille Ciiauzi* CONTK DK PKI' DK JOIK Le nuage a bâillonné l’étoile F’ctoilc gué nous examinions De nos geux drôlement embués : Nous avions comme un pressentiment.Nous regardions Fétoile, un peu tristes, Nous lus les revoir jamais.Je quitte ma Terre pour la pierre dure ma belle Terre mes beaux arbres mes belles fleurs tout | HUN K l’U KSI K 229 Mon (line est triste parce
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