Le devoir, 13 octobre 1990, Cahier D
?4 4 lue Ni IViu» Momrtel U* «tV4- 4 ' KV> *e *kn ÏLI igspffig ILS SJ /©H® ®r t/®E® m ïï lw®a?LU ET APPROL Montréal, samedi 13 octobre 1990 HUBERT REEVES Réflexions du promeneur solitaire Heinz Weinmann a U ATR K ANS après la publication de son dernier livre, L'heure de s’envivrer, Hubert Reeves est au Québec pour lancer Malicome, réflexions d'un observateur de la nature (au Seuil) Cette sortie québécoise du livre — en France il ne sortira que dans deux mois —, devait coïncider avec le lancement du projet du Centre d’interprétation astronomique du Mont Mégantic, patronné par l’astro-physicien.Malicorce : ce titre frappe par son étrange beauté.Alors que les deux livres précédents avaient pour titre des vers de Valéry et de Baudelaire, témoignant par là du rôle essentiel que joue la poésie dans l’existence de cet homme de science.Le dernier s’annonce par un nom propre : Malicome, village bourguignon où se trouve la maison de campagne des Reeves.Il s’agit en fait de la ferme du château désormais détruit de Pierre Séguier, garde des sceaux de Louis XIV.Son cadre bucolique ne fera pas oublier les ravages qu’a subis cette région lors de la Guerre de cent ans.Hubert Reeves, un Rousseau scientifique, nous enjoint de « retourner à la nature » en faisant tout d’abord un gigantesque détour par le cosmos ! Comme Jean Jacques, Reeves est un « promeneur solitaire » qui note sur le vif ses impressions, ses « rêveries ».Alors que Jean Jacques Rousseau gribouillait ses idées sur des cartes de jeu, Hubert Reeves les dicte à son magnétophone en bandou lière.Arrivé chez lui, il transcrit le tout sur Macintosh.La technologie est passée par là ! « Au début, j'appelais cela « promenades à Malicome » pour dire que je voulais être à l’opposé du cours magistral en donnant des réflexions un peu à bâtons rompus sur des sujets difficiles qu’on ne peut aborder dans un cours ».Mais les mille pages de notes brutes, l’auteur les soumet à un travail d’organisation radical.« Je me suis aperçu que ce texte se regroupait autour de quelques thèmes : le thème du rapport des sciences et de l’activité humaine ou plutôt comment la connaissance scientifique influence notre façon de penser la poésie, la musique, la liberté, la religion.J’ai l’impression qu’il y a une tâche à faire analogue à ce qui s’est passé au 17e siècle lors de la « révolution copemieienne ».Du jour au lendemain on a changé complètement sa façon de voir le ciel.La Terre n’était plus le centre du monde et cela a changé toute l’activité humaine».« De même notre vision du monde a été complètement chamboulée par l’astronomie depuis un siècle ».Il s’agit de savoir quel a été l’impact de cette révolution cos-migue dans tous les champs de l’activité humaine.A l’origine de ce livre, et en fait de tous les autres, une question angoissante qui s’est posée pour la première fois au jeune Hubert lors d’un coucher de soleil glorieux dans le Pacifique : la connaissance des lois, les solutions ma-thématiques d’équation différentielles « expliquant » ces phénomènes naturels ne détruiront-elles pas irrémédiablement leur charme poétique ?« C’est la question que je me posais et qui est au début de ce parcours où je me suis interrogé sur la légitimité de cette fonction rationnelle qui a prétendu dire le dernier mot sur tout ».« Et dans les quatre premiers chapi très, je fais un long parcours pour savoir d’où vient cette connaissance rationnelle et surtout pour montrer ses limites, qu’elle n’a pas la perfection qu'elle prétend avoir et sur laquelle elle base son droit à nous frustrer de la magie poétique ».Cette emprise quasi totalitaire du rationalisme sur nos esprits occidentaux, Hubert Reeves l'exorcise de deux manières.Tout d'abord, en le relativisant, en montrant son origine dans l'ontogenèse humaine.* * Finalement, je vais jusqu'aux sources et c'est là que je trouve Winnicott ( Jeu et réalité), psychanalyste anglais, un auteur mer veiUeux parce qu’il a deviné à quel moment et à quel en droit apparaît cette pensée rationnelle.On s’aperçoit qu'elle baigne dans le même climat d’angoisse devant la réalité ».En fait, de cette angoisse devant le contact avec la réalité naît aussi bien la science, la poésie que la religion.Ce sont trous façons pour l’être humain de réagir face à cet effroi que sent un enfant dès qu’il sort du cocon de sa mère» Enfin, en s'appuyant sur les derniers développements des mathématiques exposés admirablement par James Gleick dans La théorie du chaos (1989), Reeves n'a pas de difficulté à montrer que les mathématiques, reine m contestée d’un • empire des nombres » perd son trône d’assurance, vacille sur des bases incertaines, floues.« C'est cet empire des nombres qui me menaçait quant j’étais devant le coucher de soleil.Je voulais savoir si c'é tait un impérialisme au puni d'argile, à l’image des sys tèmes totalitaires de l'Europe de l’Est.Évidemment, les nombres ne s'effondrent pas, mais iLs prennent leur vraie dimension comme approximation d'une certaine connais sance qui a ses propres limitations et n’exclut donc pas une connaissance différente».Cette ère du doute s’est infiltrée dans les mathémati ques, mine de nen, par la météorologie, par ce qu’on a appelé 1’.effet papillon ».• Oui, on a vécu trop longtemps dans l’idée des planètes.Les planètes ne sont pas un bon exemple, car elles sont un cas très particulier de régula rité et de prédictibilité Mais la météorologie est un pro blême inifiniment complexe qui en fait est le cas général de tous les autres phénomènes.Or la puissance de la pen sée scientifique a été basée sur Newton, Laplace et le mouvement des planètes».À Laplace et à sa triste descendance déterministe qui ont dit « les jeux sont faits dans l’univers, rien ne va plus », Hubert Reeves répond : « Tout ou presque va en core, puisque nous sommes en plein jeu cosmique ».« Depuis qu’on a découvert que la réalité n’était pas déterminée, on a pu comprendre comment il y avait du jeu et comment ce jeu est fondamental pour l’élaboration de la complexité dans l’univers.Nous vivons dans un univers inventif qui est passé d’un état de monotonie et de chaos, il y a 15 milliards d’années, à un état extraordinairement varié.Peut-être une des caractéristiques les plus impor tantes de notre monde, c'est la variété des formes ».« Donc on peut dire que ces lois très puissantes découver tes par l’esprit humain organisent le chaos sans le déter miner à être toujours du pareil au même.Personne n’i rait jouer au casino s’il savait que tout était prévu d’a vance ! ».Au cours des siècles, le cosmos a été métaphorisé de différentes manières.Ainsi le 18e siècle a conçu le cos mos à l’image d'un mécanisme d’horlogerie.Le cosmos « reevesien » se présente sous la métaphore de !’« ar tiste ».« Cette analogie entre le mode de fonctionnement de 1 artiste et du cosmos parait surprenante au premier abord, mais cette pulsion de créer du nouveau de l'artiste Voir page D-4 : Reeves PHOTO JACOUI S QM:NIER Hubert Reeves lance ces jours-cl Malicome : les réflexions d'un observateur de la nature.Mi!** ifi '/¦ v W.'MtJ- A® vr.; BK?WnMSUBKKtr/, ROBERT LAFFONT Yves Salgues, Madame Figaro Rabelais au Vatican.Serge Lentz n'y va pas de plume morte dans ce roman truculent.- Catherine David, Le Nouvel Observateur MICHEL LEIRIS Biographe de sa mise à mort Jean Royer ICI! EL LEIRIS, décédé le .’10 septembre près de Paris, était l’un des derniers grands témoins du surréalisme.Ethnologue et poète, il a écrit une oeuvre très moderne, illustrant la passion du langage, alliant l’autobiographie, la dérive onirique et la préci sion scientifique.Poète il fut, dans sa prose et par des sus tout, en donnant l’initiative aux mots • Laisser les mots s’animer, se dénuder et nous mon trer par chance, le temps d’un éclair osseux de dés, quelques-unes de nos raisons de vivre et de mourir, telle est la convention du jeu », écrivait il en 1939 Voilà bien Leiris dans son oeuvre.L’écrivain dont le je se mettra en scène dans le jeu des mots Le passionné de tauromachie, ce duel illustrant le cérémonial de l’écri ture comme de l’érotisme et du sacré.Durant toute sa vie, l'homme a lutté contre l’ennui en étant écrivain.« Il parle un peu comme il écrit II n'a pas un langage parlé mais surveillé », disait de lui son ami Jacques Dupin.• Il y a cette chose en lui qu’il sup^ porte comme il peut et dont l’issue est l’écriture », ajou tait Edmond Jabès.Pour lui, écrire faisait partie de la vie.Écrire, c’était la vie revisitée.Réservé et distant de sa personne, mais chaleureux dans son accueil à l’au tre, l’homme Leiris se livrait à lui-même, dans la soli tude de sa condition d’écrivain.• Il veut être égal à son écriture », disait encore Jabès.Depuis la mort de sa femme Louise, dite Zette, à l’au tomne 1988, il n’écrivait plus.Sans la littérature, il était mort.Né le 20 avril 1901 à Pans, il vient à la littérature par Max Jacob et sous le signe du surréalisme, en 1925, avec Simulacre, un premier recueil explorant le puzzle des mots La logique du coup de dés et l’exploration automatique de l'inconscient, il les poursuivra dans les récits oniriques la- l’oint cardinal el Aurora Ce qui l’attirait dans le surréalisme, c’était l’idée d’un système lit téraire total jxiur interroger nos rapports au monde.| En 1929, cependant, Leiris rompt avec André Breton, le surréalisme et l’automatisme pour choisir l’exploration philosophique de l’écriture II interroge ses rapports avec le sacré et la I ransgression et il fondera en 1937 avec Georges Bataille la revue Documents, puis avec Bataille et Roger Caillots le * Collège de sociologie ».Témoin engagé de son siècle, il fondera aussi en 1944 avec Jean Paul Sartre la revue l-es Temps modernes.Inaugurée par la poésie, la véritable quête littéraire de Michel Leiris aura été celle de l’autobiographie, qui comprend huit ouvrages /.'Age d’homme (1939), les quatre tomes de La Regie du jeu (de 48 à 76), la- Ruban au cou d’Olympia ( 1981 ), Langage tangage ou Ce que les mots me disent (1985j et son dernier livre mais non le moindre, A cor et à cri (1988) Ces essais admirables, qui ont réinventé la littérature personnelle, lui vaudront le titre mérité de • Montaigne moderne » À l’origine de ce destin littéraire, il faut placer son intérêt pour l'ethnologie, sa participation à la Mission Dakar Djibouti, au début des années 1930, puis son entrée au Musée de l’Homme et la publication en 1934 de son journal /.Afrique fantôme Peu à peu se lieront dans son travail d’écnvain les méthodes du savant et l’aventure du langage Cet écrivain bourgeois ne reniait pas ses contradictions, lui qui fut sensible à l’appel des ré- i volutions de Chine et de Cuba et séjourna dans ces Voir p*g* D-4 : Leiris La stratégie du bouffon PHOTO CARLOS FREIPE Ethnologue et poète, Michel Leiris s'est éteint dans la Ville lumière le 30 septembre dernier.SERGE LENTZ Auteur de Les années sandwiches et Vladimir Rouhaiev D-2 ¦ Le Devoir, samedi 13 octobre 1990 • le plaisir des ivres L’évadé qui dévale Robert LÉVESQUE Le a *es NON, je n’ai pas lu le roman de Ré jean Ducharme, le huitième, celui qui s’appelle Dévadé et que l’on at tend tous, et qui tarde et retarde, et que l’auteur a retouché jusqu’à il y a peu, et que, et que .Kt puis je ne m’appelle pas Alain Bosquet et n’ai pas mes entrées chez Gallimard .Vous avez vu ?Sous le titre de Beckett au Québec, dans la dernière livraison du Ma gazine littéraire, Bosquet le veinard, qui a eu le manuscrit en mains (à quelle étape ?l’a t il re touché ?), écrit qu'il ne s’agit pas d’une autre • féérie enfantine •, il parle plutôt de misère et de « l’éternel sur place •., il salue un écrivain « douloureux entre tous ».Il parle du grand Sam.Dans la revue Châtelaine, une page, déroutante parce que seule, intrigante comme un blind date, effrayante comme un sentier qui coupe dans le vide, suffisait à remettre en piste nos coeurs liseurs, à réveiller les ducharmiens qui dorment en nous depuis 14 ans, depuis Les enfantâmes.Après avoir annoncé la sortie de ce nouveau roman signé Du charme pour septembre 90, Gallimard a plusieurs fois repoussé la date qui n’est pas vraiment connue PHOTO H Réjean Ducharme ni à Paris ni à Montréal où le livre devrait sortir simultanément.On parle maintenant de fin octobre, au mieux.Alors, dans l'attente, jouons au moins avec le titre Dévadé.Tout de suite, on a senti la filiation avec ses autres titres série de contractions ou jeu de mots du Nez qui vo que h L’Océanlume Dans Dévadé je vois la rencontre sur chaussée rétrécie de « dé valé » et d’« évadé », deux mou vementsde fuite; celui qui s’évade en dévalant, qui se sauve mais le fait en courant vers l’abîme, descendant sans cesse des côtes dans sa fuite.Après L'A valée des a va lés c’est maintenant L'Évadé qui dévale, esquisse d’anagramme.Kt l’évadé qui dévale, n’est-ce pas aussi l’image qui résume l’oeuvre ?Réjean Ducharme toujours en fuite, qui a pour toujours tourné le dos à la gloire vue comme foule, photographie, interview, vinasses de lancement, qui fuit loin des carrefours pour se terrer dans les bas-fonds de la ville.Ses personnages aussi, dévalant, s’évadant, sans la sécurité du retour ou le repos des pauses.Vers l’insondable.L’irrejoignable.*** Passe passe.Le studio est le même (le 40 d’Antenne 2), le décorateur est le même (Michel Millecamps), la formule est la même, qu’est-ce qui a donc changé d’Apostrophes à Caractères ?Rien ou presque, sinon que le Bernard nouveau est blond et plus jeune.Exit Pivot, voilà Rapp : très bel effet de passe-passe.On peut tout se permettre, même l’illusion, lorsqu’on tient une formule sûre et gagnante.Prime en sus, pour la première émission (le dimanche à 20 heures à TV5), il y avait un écrivain faisant remarquablement ses premiers pas sur la scène médiatique.Jean Rouaud, vendeur de journaux, qui s’exprimait à la doulou reuse comme Modiano, imposant un silence admiratif et inquiet.Il a fait parvenir (il ne sait plus comment) un manuscrit titré Les champs d'honneur à Jérome Lindon aux éditions de Minuit.Lindon le rappelait dans les 48 heures.Le voilà star outsider de la rentrée, et le premier, depuis Duras, qui ira peut-être chercher un des prix littéraires pour la petite maison d’édition de la rue Bemard-Palissy.Christian Mistral a lu Les champs d’honneur pour nous.Il témoigne d’un plaisir en page 5.Kt Marie Cardinal, depuis Paris, nous enverra bientôt un texte sur ce Jean Rouaud qu'elle ira voir du côté de son kiosque à journaux (s’il y bosse encore ) dans le 15e arrondissement de Paris.kkk Une gifle au buste.Curieuse l’affaire Laeasse-Si-menon.À la Presse, on commence d’abord par être sévère envers Prélude d'octobre de Denis Laçasse (éditions Septentrion) en parlant d’un style confus, maladroit, d’un livre mal écrit.Trois jours plus tard, on nous annonce dans le même canard que le livre de M.Laçasse est un plagiat serré ides phrases entières) d’un roman écrit par Georges Simenon! Le plagiat est un acte bien affreux, mais dans le cas de Laçasse le modèle était pourtant grammaticalement fiable, s’agissant de la prose d’un des plus grands romanciers de la langue française.Beaucoup de rigueur, cet automne, dans la critique .et quel gifle au buste de Georges! LA VIE LIT! Guy Ferland Le journalisme en question I.KS M K M B R ES de la Société des écrivains canadiens, section Montréal, organisent une soirée « À livre ouvert » portant sur le thème du journalisme, mardi le 16 octobre à 20 h.Les invités qui prendront part au débat sont : Jean Éthier-Blais, qui a collaboré pendant de nombreuses années au DEVOIR; Lysiane Gagnon, journaliste à La Presse, et Jacques Renaud, écrivain et recherchiste.La rencontre a lieu au restaurant Palace Duluth, 9,rue Duluth Est.On suggère d’apporter une « contribution libre » de 3 $.Le mardi des lancements MARDI prochain, les amateurs de littérature et de cocktail pourront assister à au moins trois lancements.D'abord, Nathalie Petrowski, journaliste au DEVOIR, lance son premier roman, Il restera toujours le Nebraska (Boréal), au Rockaway café, 3745, bout.Saint Laurent, à 18 h.En après-midi, on soulignera au cours d’une réception la parution du livre de Daniel Guérard et Claude I.éveillée, Claude Léveillée, aux trapèzes des étoiles ( Éditions de l’Homme).Enfin, Les Presses de l’Université de Montréal procèdent au lancement du troisième volume de L'Atlas historique du Canada, Jusqu’au coeur du XXe siècle, 1S9I à Will, à la fondation Lionel-Groulx, 257, rue Bloomfield, à partir de 17 h 30.Jacques Poulin remporte le prix 1990 de l'Académie canadienne-française LE JURY du prix Molson de l’Académie canadienne-française s’est réuni, le 11 septembre, pour déterminer les finalistes et le lauréat d'un des prix les plus prestigieux de l’année.Le jury était composé de Fernande Saint Martin, Suzanne Paradis, Jean-Pierre Duquette, Jacques Foleh-Ribas et Jean Éthier-Blais.Des 00 oeuvres reçues, le jury a retenu les finalistes Pierre Gobeil pour La mort de Marlon Brando (Triptyque), Louis Hamelin pour La rape (Québec/Amérique), Monique Laitue pour Copies conformes (Lacombe), Jacques Poulin pour Le vieux chagrin ( Leméac/Actes Sud) et Sylvain Trudel pour La terre du roi Christian (Quinze).Le prix, doté d’une bourse de 5000 $, a été décerné à Jacques Poulin pour Le vieux chagrin et lui sera remis le 30 octocre, au cours d’une cérémonie officielle, à la Brasserie MoLson.Un nouveau prix pour la BD UN NOUVEAU prix a vu le jour dernièrement, le prix Onésime, qui sera décerné au meilleur album de bande dessinée canadien publié en français depuis les 13 derniers mois.Ce prix, qui sera remis pour la première fois au cours du Salon du livre de Montréal (15 au 22 novembre), est pourvu d’une bouse de 750 $ et prend son nom du personnage d’Albert Chartier, doyen de la bande dessinée au Québec.Les ondes littéraires AU SOMMAIRE de Littératures actuelles, dimanche à 14 h 30, au réseau FM de Radio-Canada, on trouve : un portrait de Truman Capote proposé par Jean-François Chassay ; la ville de Bordeaux vue par Alain Pontaut; une « découverte » de Réjane Bougé ( Let chants d’honneur de Jean Rouaud) f # 903, ST-THOMAS C.P.335, TROIS-RIVIÈRES (QUÉBEC) CÎ9A 5G4 DECRITS DES # FORGES NOUVEAUTÉS POÉSIE Al ARII- DON Al Del Au cru du vcnl 6,00 $ PO/.11 K BERNARD (coédition Musée d'art de Joliette) Al ARM DON Al D l a terre comme un dessin inachevé 6.00$ Al MKT MK III 1 Une photo A côté du banc de neige 6,00$ HI OUIN 1 OU 1ST l\\s mots pour réver (Anthologie) 7.9$ $ (coédition Editions Pierre Tisseyre) BOISSE Ilf 1 f NT Je n’écris plus 6,00$ KRI MOND JACQUES L îuillaume des Ors 12,00$ (coédition Le Dé Bleu) CHA III TON IM T R RT l e violon soleil 10,00 $ C HARRON FRANÇOIS l a beauté des visages.10.00$ (GRAND PRIX DE POÉSIE FONDATION DES FORGES 1440) C T MASSON MERMENEGM DT et 1 TDI-RIC O GARCIA LORCA Lèvres urbaines No 19 6,00 $ C LOUT1HR CÉCILE.Lampée 10,00$ on i l e ru Des Forges # 29 6,00$ COU 1 C l II Poésie 89 12,00$ (coédition Collège de Joliette) DAOUST J KAN l’AUt Les cendres bleues 10.00 $ DOBZYNSK1 CHARl HS Les heures de Moscou 12.00$ (coédition Europe/ Poésie) 1 ! RI ING H H m l.AWRHNCK Amant des gares 12,00$ HARVKY PAULINE Montréal français (Lèvres urbaines No 16) 6,00$ JC 11 AU MONIQUE Trop plein d’angles 6.00$ JOUI TROY ALAIN Êros déraciné 12,00$ (coédition Te Castor Astral) l ANGEVIN GII BERT Haut risque 10,00 $ 1 f GHR PIERROT Les chants de la soif 10,00$ MURRAY SIMONE G À tir d’elles 6,00$ PETITS JEAN PIERRE La fête des bannières emplumées 6,00$ ROUSSEAU PAUL Micro-textes 6,00$ • (PRIX OCTAVE-CRÊMAZIE 1990) SAINT-DENIS JANOU Mémoire innée 10,00$ ST YVES DENUIS Tranches de ciel 10.00 $ TRANSTROMTR TOMAS Balliqucs et autres poèmes 12.00$ (coédition Le Castor Astral) VAN 1ER DENIS Les stars du rodéo 10.00$ LA JEUNE POÉSIE BEAUCHAMPS LOUISE Objet 5,00 S (PRIX JOVETTE-BERNIER 1989) CORNELLIER LOUIS Neurones fragmentés 6,00 8 GUIMOND DANIEL Ne jamais rien dire 5,00 8 LEDUC ANDRÉ Une barque sur la lune 5,00 8 MONETTE HÉLÈNE Lettres Insolites 6,00 8 LA POÉSIE CASSETTE BEAUSOLEIL CLAUDE Ville concrète 10,00 8 (coédition Artalect) BROSSARD NICOLE Amantes 10,00 8 (coédition Artalect) KURAPEL ALBERTO Confidencial / Urgent 10,00 8 MIRON GASTON La marche à l'amour 15,00 8 (coédition Artalect) PRÉFONTAINE YVES Le désert maintenant 10,00 8 et une lecture critique de La chasse à l’éléphant de Richard Martineau et de L’écran du bonheur de Jacques Godbout.En seconde partie de l’émission, on présente un long entretien avec Nathalie Sarraute.Gallimard en avance pour le « GalllGrasSeull » LA DEUXIÈME liste de concurrents pour l’obtention du prestigieux prix Concourt (ou GalliGrasSeuil) a été rendu publique Ce prix sera remis à Paris, au restaurant Drouant, le 19 novembre.Voici les douze romans retenus par les dix membres de l’Académie Concourt : Le bar de la guerre de Jacques Almira (Gallimard); La paresseuse de Patrick Besson (Albin Michel) ; La parole dérobée d’André Brincourt (Grasset); L’homme incendié de Serge Filippini (Phébus); Nous sommes étemels de Pierrette Fleutiaux (Gallimard); L’aimé d’Axel Gauvin (Seuil); Comme dans un berceau de Jean G uocresclu (Julliard); Le petit garçon de Philippe Labro (Gallimard); La stratégie du bouffon de Serge Lentz ( Robert Laffont); Les chants d'honneur de Jean Rouaud (Minuit); L’infortune de FrançoisSurreau (Gallimard); Rire ou pleurer de François Weyergans (Grasset).Gallimard a quatre candidats dans la course, Grasset deux et le Seuil un seul.Boréal Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Vendredi 19 octobre de 18h à 20h MONIQUE DE GRAMONT le maître de jeu PIERRE TISSEYRE Jeudi 25 octobre de 18h à 20h GASTON LAURION MARCELLE FERRON Le crocodile amoureux HUMANITAS Vendredi 26 octobre de 18h à 20h EMMANUEL AQUIN JN Incarnations ^ Boréal Samedi 27 octobre de 14h à 16h MICHELINE LA FRANCE Le talent d’Achille 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal ta.: 274-3669 1 a ViïDlNjR RI! I IVRE Guy Ferland ROLAND BARTHES Louis-Jean Calvet, Flammarion, 340 pages.LA BIOGRAPHIE de Louis-Jean Calvet suscite la controverse en France.Outre lé peu d’inclination de l'auteur du Plaisir du texte pour les biographies — il préférait les signes écrits des oeuvres aux témoignages sur les auteurs — le biographe emprunte un itinéraire de reportage qui place Barthes au centre d'une « vie ».Sur la quatrième de couverture, on écrit de façon séduisante, que Calvet « ne tait rien, ni la gêne matérielle de l'enfance, ni les années noires de la maladie qui font bifurquer son destin.Ni les difficultés des débuts littéraires, ni les années brillantes et les succès mondains, pas plus que les fragilités d’un homme doutant sans cesse de sa pensée.» François Mitterrand, Claude Lévi-Strauss, Philippe Sol-lers, Edgar Morin, A-J.Greimas, Maurice Nadeau, Philippe Rebey-rol ont apporté leur témoignage au biographe.LA NON PAREILLE François Solesmes, Phébus, coll.« Verso », 218 pages.CETTE « poétique de la femme » présente à travers une quarantaine de chapitres des thèmes qui hantent depuis longtemps l’auteur de De la caresse : la toison, la nuque, la femme aux seins nus, l’heure du bain, la voix, la lingerie féminine, la femme endormie .TRENTE ANS DANS LA PEAU Pierre Monette, Triptyque, 112 pages.DANS ce premier roman, Pierre Monette trace des itinéraires de vie de personnes de trente ans.Un extrait vous permettra de noter un certain sens du rythme et de l’image dans l'écriture.« On s'allume une cigarette, celle des amours à bouts filtres qu’on écrase dans le cendrier de la nuit et qu’on rallume le lendemain.Nos brûlures sont des briquets jetables et nos tendresses, des précautions contre le feu.On arrête de fumer entre chaque peine d'amour; on recommence quand on retrouve les bars et les whiskies d'un soir.Avec cette envie de se fermer le coeur comme un poing dressé à la face de l'amour et qui éclatV dès qu’on y touche, qui s'ouvre pour prendre par la main le moindre signe de bienvenue.Mais il y a le lendemain, un matin, ce matin.» JÉRÔME OU DE LA TRADUCTION Jean Marcel, Leméac, 242 pages.CE deuxième volume du « triptyque des temps perdus », amorcé par Hypathie ou la fin des dieux qui a obtenu le prix de l’Académie cannadienne-française l'an dernier, retrace le parcours de la vie de saint Jérôme (341-420), le traducteur en latin de la Bible (La Vulgate).L'auteur écrit sur Jérôme : « Il était à lui seul l’avenir parce qu'il portait ses regards dans les entrailles du temps — si tant est que le temps ait toujours quelque chose à voir avec ces antiques mémoires mi-humaines mi-divines, ou seule transparaît encore, résolue et superbe, l'ombre de l'éternité.» I raiKç’ois ilcsmcs La Non pareille DON JUAN DE KOLOMEA Leopold von Sacher-Masoch Editions Philippe Picquier 224 pages.LES NOUVELLES de ce recueil n'atteignent pas en intensité le chef-d'oeuvre de Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure.Mais elles mettent en relief les ingrédients qu'on reconnaît maintenant à la « perversion » masochiste : objet-fétiche attaché à la femme, dans La pantoufle de Sapho\ le contrat liant la victime et le bourreau, dans La feuille blanche, présence de femmes dominatrices, dans Don Juan de Kolomea, etc.Leopold von SACHER-MASOCH 1>( >\ .Il AN DK KOLOMEA ; • ENTRE L'ALEPH ET L’OMÉGA OU L’ÉDIFIANTE ODYSSÉE D'UN JUIF ERRANT Luc Mercure L’Hexagone 156 pages.CE RÉCIT surprend à plus d’un égard.D'abord, qu'un jeune auteur à son premier roman entreprenne d’écrire l’histoire de l'apôtre Jean constitue une surprise Ensuite, que la narration soit nourrie de sources bibliques et apocryphes achève de nous étonner.Et que, finalement, le texte soit d'une écriture sans reproche nous séduit d'emblée.bticn® LES AMÉRINDIENS Il faut lire ou relire l’oeuvre de RÉMI SA VARD pour mieux comprendre la crise autochtone qui a bouleversé le Québec.Rémi Savard Le rire précolombien dans le Québec d'aujourd'hui À travers le récit de Kamikwakushit, des Montognais se servent de l'humour pour combattre par le ridicule ce qui menage leur existence 157 p.— 12,95 $ Rémi Savard Destins d'Amérique, les autochtones et nous Un livre qui nous interpelle sur l’art, l'oralité, l’humanisme, la survie et l'autonomie des cultures amérindiennes parmi nous.192 p.— 12,95 $ Rémi Savard Le sol américain, propriété privée ou terre-mère La dimension historique des cultures entre autochtones et blancs reste tributaire des conflits territoriaux et d’un grave malentendu sur la notion même de territoire.56 p.— 9,95 S Rémi Savard La voix des autres Une magistrale analyse du mythe algonquin Tshakapesh en tant qu'affirmation d’une tradition et résistance contre la situation coloniale.345 p.— 16,95$ Rémi Savard et Jean-Pierre Prouix Canada: derrière l'épopée, les autochtone Derrière la grande « épopée canadienne » se cache la volonté de nos gouvernements de faire disparaître les peuples autochtones.240 p.— 19,95$ Jean-Marie Thenrien Parole et pouvoir, Figure du chef amérindien en Nouvelle-France Piégés par les institutions qui visent à contrôler leurs activités, le pouvoir des chefs hurons et iroquois se limite le plus souvent à l'exercice de la parole.336 p.— 24,95 $ lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise Le Devoir, samedi 13 octobre 1990 ¦ D-3 L • h mes Fabrizio ou comment devenir Québécois Jean BASILE Lettres ?: J< • FABRIZIO est un jeune Anglo-Qué bécois de Saint-Léonard II est timide et sensible Tout ce qui l'en toure le frappe et le blesse Ce ne sera pas un Casanova Pour des raisons qui ne nous sont pas expliquées, Fabrizio veut aller à l'école française, contre la tradition des Italo-Québécois qui préfèrent l'école anglaise car, dit Guido, le père de Fabrizio, l’Amérique est anglaise et je veux que mon fils parle « cor rectamente » la langue de cette majorité.Fabrizio ira donc à l’école anglaise avec son grand copain Mario, Il apprendra le français quand même, si bien qu'il se retrouvera, un jour, avec trois langues, trois cultures et trois misères.Avril ou i’anli-passion d'Antomo d'Alfonso est une biographie — pro visoire — de Fabrizio Elle nous est présentée sous la forme d'un kaléidoscope de tableaux vivants, très retenus, un peu à la manière de Jules Renard dans Poil de carotte, moins l'amertume.Naturellement, le monde de Fabri zio est centré sur la famille qui est une scène où se joue le drame personnel du jeune garçon.Voici les per sonnages : outre les parents, il y a Lucia, la soeur, et ses grands-parents paternels.Fabrizio adore sa grand mère, Nonna.C’est avec elle qu'il dansera la première grande valse de sa vie, sur une musique de Strauss, et sa dernière à elle car on sent que la vieille dame s'évanouira bientôt dans l’ultime tourbillon viennois de la vie.Antonio d’Alfonso ne manque donc pas de parler de notre maison, des soirées autour de la table familiale, des spaghetti, de la confirmation à l’église paroissiale et autres petites scènes de genre qui ne sont pas si loin des Plouffe que ça.Le petit monde d’ascendance rurale se ressemble partout.PHOTO JACQUES GRENIER Antonio d'Alfonso Mais il y a beaucoup plus que ça parce que Fabrizio sent bien qu'il ne ressemble pas davantage au modèle italien d'autrefois qu’à la culture, plus récente, des Italo Américains Pour devenir un Québécois, ce qu'il veut être, ou même un Italo-Québé cois, pour inventer un genre nou veau, il doit repartir à zéro, c'est à-dire revenir à ses propres sources.Alors, pour commencer, qui sont vraiment mon père et ma mère, se demande-t-il ?Le livre commence avec des do cuments familiaux que Fabrizio retrouve dans des boites de fer blanc.Il y a le journal que la mère de Fa- brizio tenait quand elle vivait dans son village natal, en Italie du sud.C’est la fin de la guerre.Les Améri cain débarquent.Un cochon a mangé trois poussins et a reçu une bonne correction.Nous voilà en situation Puis, viennent une courte série de lettres extraordinaires du père de Fabrizio à sa future femme, alors qu’il était militaire dans l’armée mussolinienne.Cet homme simple n’est pas un homme ordinaire.Il si gne Guido le puritain car, écrit il à sa fiancée : Il n’y a rien de mal à s’abstenir sexuellement ; la chasteté fortifie le corps et l’esprit.Bien entendu, Guido n’est pas du tout puritain 11 donne des rendez vous clandestins à sa future femme 11 lui raconte comment il se mas turbe en pensant à elle 11 lui relate paisiblement un scandale de ca sei ne on a découvert Dante, avec Virgile sous le bras, en train d’en culer un certain Michele dans les chiottes Les termes militaires sont de l’auteur Guido est un homme droit qui veut se voir comme il est 11 croit que la poésie et l’amour ont de multiples facettes.L’amour, c’est le père, la passion c’est la mère, écrit Antonio d M fonso Au fond, l’essentiel de son roman est une méditation sur l’amour et sur la passion et, par corollaire, sur ce qu’est l’art dans la futilité du monde de la consommation II faut bien dire que Fabrizio.comme Guulo le puritain, est un mélancoli que.il craint l’avenir, u se sent protégé dans le demi jour du passé C’est pourquoi son nom de famille est Notte, la nuit, comme le film d’Antonioni D’ailleurs, Fabrizio veut faire du cinéma et correspond avec Bresson.Sa passion littéraire est V Antigone de Sophocle, ce par quoi on (nuit voir que Fabrizio et sa soeur Lucia ont des rapports passionnels à l’antique on grandit Fabrizio se prend de passion pour une femme, l.éah.qui est la conjointe de son meilleur ami, le Mario de son enfance avec qui il partage tout Sa liaison avec Léah n’a rien à voir avec un adultère classique à la mode d’autrefois C’est en tre les trois jeunes gens une relation quasi pédagogique Fabrizio croit qu’il est baroque, Léah se prend pour la chair faite femme qui se nourrit de la rosée des hommes et Mario est le mentor qui regarde, regarde (de son métier, il est caméraman), en instillant chez les deux jeunes fous de la philosophie et du style il faut penser limites, leur dit il Après An lonioni, Bresson, on ne peut s’enipë cher, ici, de penser à Truffant et au triode .Iuleset Jim.Fabrizio n’aime pas le cinéma italo américain, comme l.e Parrain II aime inanifes tentent le cinéma européen, le ci néma social et intellectuel, le ci néma mythe des années cinquante soixante 11 aime, sans doute.Mon Oncle \ntoinede Claude Jutra On voit qu’il a fait ses études à Concordia ti ni ou l'.inlt fission est aussi un plaidoyer pour ce qu’on appelle ma lencont reuse mont les allophones Fa bnzio se sent mal parmi ces Québé cois qui lui font le coup de la carotte et du bâton, pense t il Eli dépit de ce que disent les puristes, les nostalgi queset les nationalistes, noussom mes des gens innocents et nous ne voulons de mal à personne, dit Fabn zio 11 veut nous faire comprendre que les Italo Québécois habitent, comme les Québécois contempo rains, ce qu’il appelle assez cruelle ment une maison d'analphabètes II dit que nous avons tous une langue impure, souillé*' En réalité, Fabrizio n’a jamais habité une maison d’anal phabètes La langue d Antonio d Alfonso n’est ni impure, ni souillée Elle est au contraire rigoureuse et nette \n tomod’ Mfonso a un sens de la plas tique exceptionnel Une chose reste Qu’il parle frail çais ou anglais, Fabrizio n’envisage pas de renoncei aux joues de soie de sa mère ni à la paume chaude de sa grand mère 11 ne tient pas à oublier que l’Italie est le berceau de celte grande civilisation occidentale que je déteste tellement, comme l’éci i \ ait C.unlo le Puritain Lorsqu'on termine ce livre, on cou liait tout de Fabrizio On sait aussi qu’ Antonio d Mfonso \ lent de faire une entrée remarquable dans le monde des lettres, puisque ce liv i e est son premier roman Vraiment, un (x’tit chef d'oeuvre a I* rit ou l'anti passion pai Antonio d'Alfonso, roman.PH) pages, éditions \ I B, Montréal 1990 HUBERT REEVES «Peut-on encore se laisser aller à Vémerveillement des spectacles naturels, Polidori le fataliste et son LE MEDECIN DE LORD BYRON Paul West, Rivages, Paris, 270 pages.Jean-François Chassay PEU CONNU dans le monde fran cophone — l.e médecin de Lord Byron n’est que son deuxième roman traduit en français —, Paul West a pourtant publié une douzaine de ro mans et autant d'ouvrages critiques aux États-Unis.Individu contra versé, il s'en est notamment pris fé rarement à ceux qu’on nomme les « minimalistes ».On peut facilement le comprendre.Une écriture aussi foisonnante et une érudition aussi ri che transportent le lecteur à des années-lumières de la fadeur soporifique et du prosaïsme insignifiant d’un Raymond Carver par exemple.Polidori, un tout jeune médecin fraîchement sorti de l'université, aurait reçu de l'éditeur de Byron une avance pour accompagner celui ci dans son périple en Europe et écrire le journal de ce voyage qui s’annon çait mouvementé.Ên cours de route, sur les bords du lac Léman, les deux hommes rencontreront Shelley et sa femme Mary, ainsi que la demi-soeur de celle-ci, Claire Clairmont.Après la mort de Polidori, la soeur de ce dernier censurera en grandre partie ce journaL Paul West a décidé de réécrire, à sa manière, les blancs du texte.Ceux qui associent spontanément le romantisme au « Lac » de Lamartine risquent d’avoir un choc existentiel spectaculaire en lisant ce roman que Rabelais n'aurait pas désavoué - Paul WcM Le Médecin de Lord Byron lialtul th 1 *ng\m iui km l*»iu HaIhiiI — mais ne sont-ce pas justement les Romantiques, Victor Hugo en tête, qui ont réhabilité l'auteur de Panla gruel ?Timoré, pusillanime, maladroit, le pauvre « Polly-Joli » se voit complè tement écrasé sous le poids de la personnalité de son mentor Mais le mépris dont fait parfois preuve Byron à son égard ne suffit pas pour r'é duire à néant la fascination du nar rateur « Pour un garçon de vingt ans, un réprouvé mondialement connu de vingt-huit ansétait un expert, un maître vénérable ».Voilà qui résume, justifie et excuse tout aussi bien la suffisance, le mépris que les continuelles obscénités du grand poète lyrique de « l'âme » tour mentée qui, lorsqu’il n’écrit pas, s'applique surtout à boire comme une bête et à faire l'amour à tout ce qui bouge Pour un certain temps d’ail leurs en compagnie de son alter ego, Percy Bysshe Shelly, que Polidori surnommera, avec la gentillesse qu’on imagine, * Percy Bitch».Il serait sans doute faux de dire que Le médecin de Lord Byron est d'abord et avant tout un livre de cul, même s’il faut bien appeler les choses par leur nom et avouer que le sujet ouvre le roman comme une salve d'honneur et ne quitte pas vraiment les préoccupations de l’aréopage romantique.Une chose est certaine : il s’agit bien d’un livre sur le corps.Pas seulement parce que Polidori passe son temps à examiner l’organe le plus important de Byron pour véri f 1er le degré d'aggravation de ses maladies vénériennes ( certains détails sur l'origine des condoms pour ront d'ailleurs parfaire la culture des lecteurs curieux ), mais surtout parce qu’il se préoccupe beaucoup de la science — et surtout de la me derme — de son temps.De nombreu ses réflexions portent sur l’état de la chirurgie et les possibilités de gref fes et de transplantations.Ce qui ne manque pas de sel, puisque Mary Shelley, de son côté, est en train de concocter son Frankenstein et ne sait plus quoi faire de tous les cada vres qu’elle a dans la tête.Décidé ment, Shelly a beau écrire dans « la sensitive » que les fleurs dams l’Éden « étaient ce qu'est Dieu au plan as tral », les Romantiques avaient aussi d’autres sujets en tête.LA CHANSON ÉCRITE AU FÉMININ ¦> * / àrf /â 'àtiAé.iM CECILE TREMBLAY-MATTE DE MADELEINE DE VERCHÈRES A mSOÜ, 1730-1990 Cécile Tremblay-Matte 409 créatrices, 6,628 chansons retracées, un véritable phénomène culturel étalé sur près de trois siècles! Ignorées par l'Histoire offi cielle, ces auteures-compositeures ont eu le courage de dire leur quotidien dans une langue souvent teintée d'humour, toujours lucide.Leurs mots véhiculent la parole et les aspirations de toutes les femmes de chez-nous alors que leurs musiques s'affirment avec les années, passant de la parodie à la création.Recadrée dans les contextes sociaux et culturels de chaque époque, La Chanson écrite au féminin ressuscite tout un pan, jusqu'à présent occulté, de l’histoire musicale des femmes.391 pages — 29,95 $ En vente chez votre libraire Éditions maître Qu’on ne s’y trompe pas cepen dant, il ne s’agit en aucune façon d’une biographie de Byron, mais bien plutôt de l’histoire de Polidori qui se vit transformé puis brisé par la pré sence, dans son existence, du poète Le médecin de Lord Byron est d’a bord un roman sur l’esprit rainant i que Modèle même du roman d’ap prentissage, ce livre met en scène un tout jeune homme face au monde, qui tente d’y trouver sa place, insu tisfait, aspirant à un idéal introu vable sur terre, ce qui le poussera au suicide ( il n’aura pas la chance, le pauvre.de mourir de tuberculose comme tout le monde ) L’ironie tient au fait que c’est face à un des grands modèles de l’univers roman tique que Polidori cherche à trouver sa voie, inapte à atteindre les soin mets et le souffle ( littéraire, exislen tiel ), du modèle qu’il vénère et dé teste à la fois.À la fois critique et il lustration exemplaire du roman tisme, Le médecin de Lord Byron réussit à en reproduire le style lillé raire sans pour autant tomber dans le pastiche « Notre barque est sein blable à un albatros » écrivait Shelly ( bien meilleur poète que Byron ) dans F.pipsychidion.Celle-ci devait rapidement mener Keats, Shelley et Byron vers la mort Polidori les aura tous précédés.Bien mince victoire DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Jacques Ferron Papa Boss suivi de La créance 4» Jacques Ferron PAPA BOSS récits.160 p.- 6.95$ •On y trouve notre religion mécanique, notre sexualité maladive, notre dieu-grand-argentier.Tout y est» Jean-Yves Théberge quand la démarche scientifique nous en fait voir les coulisses?» Un ouvrage d'une grande sensibilité où Hubert Reeves nous livre les réflexions qu'il poursuit depuis plus de 25 ans sur les rapports entre la science et la culture.TYPOII POCHE ¦¦ l’HEXAGONE Seuil D-4 ¦ Le Devoir, samedi 13 octobre 1990 Verglas d’apocalypse Jean ROYER A Poésies ON NKS’KNNUIK l’ASà Trois-Rivières, au début de l’automne.Rn fin de semaine dernière j’y ai vu des foules à la rencontre de la poésie et des poètes dans des cafés et des bars, dans des galeries d'art et des théâtres.Le sixième Festival international de la poésie, qui avait lieu du 30 septembre au 10 octobre, aura attiré cette année plus de lâ,000 personnes à ses 150 activités di verses récitals, expositions, col loques, conférences, performances, spectacles (du rock au folk et au son et-lumière), apéros, di ners et soupers.Les lieux choisis pour le festival, au centre-ville, étaient rem plis pour chaque manifestation.Les structures scolaires de l’Université du Québec, du Cégep et de la polyvalente ont été investies par des poètes.La salle du centre culturel s’est remplie, sa medi soir, pour une soirée de poésie où trente poètes du Québec et d’une douzaine de pays ont défilé devant les micros de la radio M F de Radio-Canada.Dans une salle voisine, Monique Dussault, pein tre et graveur, avait ouvert son atelier et ses tableaux au regard des mots des poètes.Dehors, sur les murs de la cité, d’autres poèmes sont dessinés sur la brique et le béton, ('eux de Catien Lapointe, Clément Mar chand et Alphonse l’iché, les gloi res de Trois Rivières, puis ceux de Cilles llénault, Gaston Miron, Nicole Brossardet plusieurs autres.Kn somme, la poésie a une ville et c’est Trois-Rivières! Derrière le succès de ce festival unique se profile un homme, Gaston Bellemarre, professeur à l’UQTR, mais aussi pdg des Écrits des Forges ( la maison d’é dition initiée par Catien La pointe) et de la Fondation du même nom, organisatrice de la manifestation.Vendre la poésie sans complexe, telle semble être la devise de Bellemarre, qui a re groupé les élites de sa ville et qui est allé chercher pas moins de 50 commanditaires pour un festival qui réussit par ailleurs à faire participer à ses activités le quart de la population de Trois-Riviè res.Cette participation, elle est variée et regroupe tous les âges de la population, des vieilles dames amantes de la poésie jusqu'aux jeunes rockers cherchant a faire bouger les formes du langage.Au bar-galerie L’Kmbuscade, on écoutera moins les poètes qu’on se racontera les dernières théories de l’art ou de l’amour.Mais au Zénob, la poésie régnera en maîtresse des lieux juqu’à trois heures du matin.Samedi, passé minuit, c’était l’été des Indiens, comme on dit, et l’air était bon sur la terrasse du Zénob.Après une soirée jazz et poésie, ou les poètes Denise Boucher, Guy Goffette et Guy Marchamps, entre autres, avaient le goût du blues, l’on s'est retrouvé plusieurs à l’air libre sur ladite terrasse.François Charron, portant sa redingote noire en dandy égaré d’un autre siècle, s'entretenait avec cette poétesse de Florence nommée Titi.Jean-Paul Daoust gesticulait joyeusement et entonnait une chanson de Dalida.Pendant ce temps, le poète et romancier autrichien Krich Wolfgang Skwara, ami de Peter Handke et Thomas Bernhard, parlait littérature avec Gaston Miron.Puis les lumières de la terrasse se sont éteintes brusquement Il était trois heures du matin ! ("était le temps pour le poète français Claude F.steban de nous lire deux poèmes qu'il avait écrit durant sa semaine à Trois-Rivières.Le premier parlait d’une vieille Maria Chapdelaine, mais le deuxième imaginait un jardin derrière une « palissade rouge» qui donnait son titre au texte.À l’intérieur du Zénob, les plus jeunes poètes se faisaient valoir par une rafale de mots noirs.« La perpétuité s'abime », lance Jean-Patrick Berthiaume, « le vin océanique sécrète/ du verglas d’apocalypse » Ces jeunes poètes, dans le premier numéro de leur revue Livre mort, citent Guy Moineau et Paul-Marie La-pointe en épigraphe de leurs premiers poèmes publiés.Qui a dit que la relève en poésie n’existait pas ?Arrive un autre poète, Francis Farley-Chevrier, qui a 17 ans et qui, vêtu de noir sans oublier le chapeau, s’avance et dit, bien simplement : « Ce soir/ je sais que je vais mourir un jour/ c’est un hasard révélateur/ et tout mon espoir s’est usé.».La mélancolie, François Charron la porte aussi en noir, sauf quand il revêt sa redingote rouge (les jours de fête pour lire quelques pages de son récent recueil ayant pour titre Lu beauté des vi sages ne pèse pas sur la terre, qui lui a mérité le Grand Prix de poésie 1990 de la Fondation des For ges.(Au fait, j’ai bien vu André Roy au Festival, mais pourquoi étaient absents les autres lau réats des années précédentes, Normand de Bellefeuille, Pierre Morency et Nicole Brossant ’.') Dimanche midi, au café Mozart, non loin de la cathédrale, un brunch poésie réunissait le public venu entendre François Charron.« Pour moi, dit Charron, la poésie se manifeste pour créer un espace de recueillement et de contestation, un espace où la présence du silence donne à chacun l’occasion d’entendre ce qui lui manque, de remettre en cause ses certitudes qui sont aussi cel les de son temps ».Deux poètes belges, Guy (îof fetteet Gaspard lions, en profitent pour me dire que leur découverte du Festival restera le livre de Louise Bouchard, L'Inséparable (Herbes Rouges), ainsi que l’audace du dandy urbain Jean Paul Daoust, qui a publié les Cendres bleues aux Écrits des Forges.Au retour de Trois-Rivières, le Belge Guy Goffette me racontera son amour du langage et sa découverte de la poésie : grâce à un oncle vivant à Chicoutimi, son premier poète aura été le Québécois Saint Denys-Garneau.Puis, à 17 ans, il aura lu Gaston Miron dans l’anthologie de notre poésie par Alain Bosquet chez Seghers.Goffette écrira d’ailleurs dans son beau recueil Éloge pour une cuisine de province (Champs Vallon, Prix Apollinaire) : « ce pays qui te tient comme un regard ami ».Ainsi voyage la poésie : dans les livres et en paroles dans les festivals.« Ici à Trois Rivières, me dira Goffette, c’est mieux qu’un colloque : on fait vivre la poésie ».Certes, le festival est une fête irremplaçable.JEAN MÉTELLUS La maîtrise du langage est décisive pour son identité Jean Royer « LE LANG AG R peut intervenir de façon décisive dans la vie des gens Le langage est à l’origine de certains malheurs, il peut aussi apporter une solution à beaucoup de nos maux », me dit Jean Métellus, poète et ro mancier, mais aussi linguiste et neu rologue.L’écrivain, de passage à Montréal ces jours derniers à l’occasion d’un congrès scientifique, vient de faire paraître un nouveau roman intitulé Charles Honoré Ilonnefoy (Galli mard), dont le héros est un neuro logue et une sorte d’« honnête homme » de notre siècle qui parvient à rendre un second souffle au troi sième âge.Exilé d’Haïti depuis 1959, Jean Métellus vit en France, où il exerce la profession de neurologue et bâtit son oeuvre d’écrivain.On retrouve dans ses livres ses préoccupations d’exilé, de médecin et de poète le langage, l’histoire d’Haïti et le problème de la création forment les principaux thè mes d’une oeuvre fascinante.Son premier livre de poésie publié en 1973, Aupipirite chantant, a été remarqué par Malraux et Simone de Beauvoir.On retrouve l’histoire d’Haïti dans Jacmelau crépuscule ( 19kl ), La famille Vortex ( 19K2), L'Année Dessalines (1986) et Les Cams: (1989).Le problème de la création est abordé dans Une eau forte ( 1983), un roman situé en Suisse.Puis dans La Carole prisonnière (1986), Métellus ,nous transporte à Metz, ville fronta liôre avec l’Allemagne, pour nous ra conter l’histoire d’un enfant handi eapé par le bégaiement, maladie du bilinguisme.Dans son plus récent roman, Charles-llonore Ilonnefoy, le thème du langage s’impose avec celui de la vieillesse.En effet, Bonnefoy, le personnage-titre, est un grand patron de méde cine en neurologie qui, mis à la retraite à l’âge de 72 ans, aborde sa nouvelle vie avec enthousiasme et décide de ranimer le languissant ser vice gériatrique d’un hôpital.On doit pouvoir mourir « comme un soleil entre dans la nuit », dit Bon nefoy.Ce personnage solaire possède une conception d’homme de sciences et de moraliste sur les bienfaits de ce qu’on appelle « le troisième âge » : « Il faut rêver pour pouvoir être porté constamment plus loin par cette chimie invisible que constituent le passé, le présent et l’avenir.Les trois moments de notre vie doivent dialoguer entre eux à notre insu», dit-il.« Certes, mon roman porte sur le langage, confie Jean Métellus, mais il veut aussi parler d’une réalité dramatique et que les gens sous-esti ment, à savoir la vieillesse.Quand est-ce qu’on est vieux ?Est-ce qu’on est vieux parce qu’un décret social vous frappe et vous envoie à la retraite ?Est-ce qu’on est vieux parce qu’on a décidé d’être vieux ou parce que les autres l’ont décidé ?« Il fallait souligner que la plupart des gens qui parlent de la vieillesse lui reprochent quelque chose, du côté de l’efficacité sociale ou des vicissitudes qui frappent le sujet d’un certain âge, parce que le sujet dit vieux, le sujet âgé ne partage pas un certain nombre de petites ou grandes voluptés que connaît l’âge du printemps ou de l’été.« Moi, je pense, poursuit Jean métellus, que le sujet âgé, le vieillard, peut connaître une vie solaire et j’ai voulu le montrer par le héros de ce roman, Charles Honoré Bonnefoy.Frappé par la limite d’âge, à 72 ans, il a éprouvé le besoin de dire non à ce décret social.Il fait revivre un service de gériatrie languissant et di ngé par des jeunes de 40 ans qui n’ont pas son expérience de la vieillesse.« Non seulement Bonnefoy fait sortir des sujets âgés, pourtant plus jeunes que lui à 65 et 70 ans, de leur état de torpeur dans lequel l’institution les avait plongés, mais aussi il fait revivre et se redresser des gens qui étaient grabataires, il fait parler des gens qui avaient perdu l’usage de la parole, il débusque les simulateurs fuyant la malédiction qui frappe les sujets d’un certain âge.Et quand Bonnefoy a fait sauter tous les interdits, on voit que l’hôpital entier commence à revivre de façon solaire, PHOTO JACQUES GRENIER Jean Metellus comme lui-même vit son troisième âge».Ce personnage de Bonnefoy, il a existe pour Métellus et fut un de ses grands patrons, « le dernier grand clinicien », dit-il, qu’il a vu à l’oeuvre comme stagiaire.Le voyant examiner quelqu’un qui avait perdu l’usage de 1 parole, Métellus a décidé de poursuivre un doctorat en linguistique pour accompagner ses études en neurologie.Lui qui fréquentait déjà les théories de linguistes comme Jacobson et Benveniste, il voulait étudier les véritables rapports qu’il y a entre les structures cérébrales et le fonctionnement du langage normal et du langage pathologique.Métellus avait été frappé aussi par la façon d’utiliser le langage qu’ont adoptée les surréalistes, de même que par celle de Joyce dans son Fin negan’s Wake, livre intraduisible.« Dès le départ, pour moi, langage et neurologie sont liés, explique Métellus.Je pense aux grandes métamorphoses que les plus grands poètes arrivent à faire avec le langage et à certains types de poésie comme le mantra.Par exemple, des initiés de la poésie mantnque affirment que certains mantras ont la possibilité de tuer quelqu’un, que d’autres peuvent ressusciter les gens ou les guérir.Je me suis donc demandé quels rapports il pouvait y avoir entre le langage et le système nerveux.C’est pourquoi j’ai montré dans mon roman, Charles-Honoré Bonnefoy, des stéréotypies auxquelles sont acculés certains malades».La maîtrise du langage est essentielle à la maîtrise de son identité et jusqu’à la fin de sa vie, nous montre Métellus dans son roman.Il faut savoir nommer, conduire les mots, pour rester en possession de son intégrité.« Le langage peut intervenir de façon décisive dans la vie des gens, me précise Métellus.La neurologie actuelle doit dépasser le stade des simples corrélations entre une zone du cerveau et le non-fonctionnement du langage, pour aller au-delà, pour voir ce que le langage peut tirer de la fine structure du cerveau jusqu’à pouvoir opérer une guérison ou meme un meurtre comme dans le cas de certains mantras ».On ne peut pas passer à côté de cette question du langage soutenant aussi l’identité nationale d’un peuple.Ainsi le langage joue-t-il un role important dans l’histoire du peuple haïtien On a souvent vu ailleurs dans l’histoire l’utilisation de la fonction émotive du langage par des hommes politiques et des illuminés pour impressionner les foules.Le langage jieut faire beaucoup de mal ; il peut apporter des solutions de vie.« Étant donnée notre situation actuelle, dit Métellus, le langage devrait pouvoir nous sauver comme peuple.Et peut-être qu’il ne nous reste que le langage pour sortir Haïti de cette situation.Jusqu’ici le langage n’a été utilisé que dans ses fonctions perverses.D’ailleurs, j’ai l’intention d’étudier dans un prochain roman comment une certaine utilisation du langage peut pervertir une société, peut l’empêcher de maîtriser sa vie politique, sa vie économique, sa vie culturelle, et comment sa vie profonde, psychique, peut même dériver complètement ».A Reeves est lout à fait dans la ligne de ce que le cosmos a toujours opéré : le fait d’associer des éléments à un certain niveau pour produire des effets à des niveaux supérieurs, comme quand Picasso utilise des formes et des couleurs et qu’il fait les Demoiselles d'Avignon, quand la nature prend des atomes des chaînes de carbone et fait des protéines.Bien sûr, c’est une analogie et il ne faut pas la pousser trop loin ! ».On ne peut tirer des leçons de l’histoire, peut-on en tirer de l’évolution cosmique ?« On peut tirer des leçons du fait que beaucoup d’espèces ont été éliminées.On évalue à un million les espèces vivantes et à 10 millions celles qui ont disparu.Quand on se demande pourquoi une espèce disparaît, c’est toujours parce qu’elle n’arrive pas à créer une harmonie avec son environnement, parce qu’elle ne s’insère pas dans une niche dans laquelle elle peut donner et recevoir ».« Nous avons tendance à penser que l’être humain est le chef-d’oeuvre de la nature et cette dernière a été faite pour nous.Je crois qu’il faut être plus modeste et se rendre compte que peut-être dans un siècle nous n’y serons plus.Car il n’y a pas d’espèce sacrée ».Paradoxalement cette prise de conscience lente que nous autres humains, « fils et filles du cosmos», sommes la « conscience cosmique », nous a fait naître aussi à notre statut de terrien.« Si nous ne prenons pas conscience de cette dimension planétaire, nous sommes foutus.L’atmosphère n’a pas de frontières.C’est un des aspects positifs de cette crise de la pollution.Les humains prennent conscience de leur statut de terrien.Au lieu d’être séparés en clans, entre Blancs et Noirs, entre Anglais et Français, nous nous apercevons que nous sommes dans le même bateau et que ce bateau est en train de couler.Généralement, quand un bateau coule, les antagonistes se réconcilient pour le sauver».4 Leiris pays.De même, il trouvait dans l’ethnologie une présence au monde qui fût diurne, à l’envers de ses travaux d’écrivain et poète d’une nuit intérieure.« J’ai passé toute ma vie à un travail de décortication de moi-même », confiera Leiris à Madeleine Chapsal en 1961 II a commencé par la dissection linguistique avec Glossaire, j’y serre mes gloses ( 1940), où il recombine les éléments d’un mot (sens, forme, sons) pour en inventer une nouvelle « définition » poétique et drolatique, comme l’illustre bien le titre de l’ouvrage.Nous sommes dans la suite de Dada et de Tzara qu’admirait Leiris, constamment obsédé par la solitude et par une recherche de vérité qui constitue le « ressort premier » de son écriture.Dans les poèmes de Haut Mal (1943), il entreprend une « liquidation » par la profération.« Chaque mot qu’il dit est le fruit d’un voyage à travers ses viscères », note Alain Jouffroy.S’inaugure dans cette poésie une descente vers l’en bas.Le poète cherche à s’isoler de l’ordre des choses.« M’alléger/ me dépouiller/ réduire mon bagage à l’essentiel », avait-il écrit dans Autres lancers.La poésie fut pour lui « essentiellement un écart, tant sur le plan spirituel que sur celui de la vie en société, parce qu’elle est prise de distance, hors des normes».La poésie ne cessera jamais de le préoccuper.Il le précisera au cours d’un entretien : « Si la prose se trouve être mon moyen d’expression, c’est toujours la poésie que j’ai visée ».Cette quête littéraire de l’autobiographie s’était donc inaugurée en 1939 avec le livre proprement génial qu’est L’Age d’homme.Ainsi commence une tauromachie intime où la « corne acérée » de la mort menacera sans cesse l’auteur.Il faut parler de ce livre, avec André Clavel, comme de l’aveu d’un enfant du siècle, mais aussi comme d’un « suicide dans le langage».Chez Leiris, l’autobiographie n’est pas une simple confession, mais elle devient une sorte d’effraction du sujet.L’auteur, à mesure qu’il réinvente sa propre légende,joue sa mise à mort.Souvenirs d’enfance, rêves et terreurs, désirs et fantasmes, obsessions sentimentales et sexuel- revue possibles automne 1990 AUTOMNI 1990 MUWttO 4 VOtUMK 14 Sds 'ÆS ïrswsss-’ -—' - *.quelle» .il y o un Mut » , • • 0donnent lui trouvent une l'acte d'en»e,gne.n'a de tMjflj» !“£ 10n dé Joppement, de la dynanuque de» ne I a tioruhumoine^sN»'cKangement »ociol, d'elle» mime» et de leu, essais et analyser Un® louméo à l'écol® DANIELE COURCHESNE La lore® vivo d«» cour» BRUNO ROT Un màtlor Ingrat?MICHELLE GAGNON Parcourt d'on»®lgnant® (lacott®») RAYMONDE SAVARD Artl.te ou ontolgnantî MICHÈLE THÉORÊT Entoignor, un proc®»»u» d® maturité MADELEINE DW ANE L®.découvort®.d'un j®un.prof«*»®ur d'unlvortlt® RIC ALSÊNE IMAGE Textur® CAROL WAINO SUR LES CHEMINS DE L’AUTOGESTION POEMES ET FICTION Deux *oull®r* JEAN ROUUS Dlganrma MICHEL DE CELLES Manipulation» NOËL IAFIAMME L’horvalll* JÉRÔME ÉLIE La nult-dol*on et T roi» MARIE-CHRISTINE ARBOUR Con»ci®nco planétalr® ®t nouvel ordro mondial LOUIS DESMEULES document Dynamique théâtral® d® la mémoire ALBERTO KURAPEL CHRONIQUES Montréal ®n nov®mbr* GABRIEL GAGNON Dot IntfLtvHoni d® mol ni •n molnt crédlbl®! YVAN COMEAU 1.1 médalll®» d® PottiW®» U8ALD H.NATTIER COURTEPOINTE Bulletin d'abonnement Abonnement Institutionnel: 30,00 S Abonnement de soutien: 30,00 S le numéro: 6,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec H3S2S4 NOM ADRESSE VILLE PROVINCE OCCUPATION CI-JOINT MANDAT-POSTE AU MONTANT DE 18.00S POUR UN ABONNEMENT À QUATRE NUMÉROS A COMPTER DU NUMÉRO CODE POSTAL TÉLÉPHONE les sont livrés aux guillotines du langage.L'auteur se retrouve finalement décapité par les mythes qu’il a mis en branle.Cette quête du moi comme objet ethnographique et linguistique s’élargira dans La Règle du jeu.Biffures, Fourbis, Fibrilles et Frêle bruit nous inventent les plus beaux voyages dans les arcanes du langage, des premiers souvenirs d'enfance jusqu’à l’obsédante figure de la mort, sans oublier les parcours politiques et les lieux de l’histoire d’un homme qui, mieux qu’aucun autre, a réussi l’équation parfaite : vivre égale écrire.Avec son dernier livre publié, A cor et à cri (1988, toujours chez Gallimard), qui pourrait être le premier où aborder son oeuvre, Michel Leiris a couronné d’un chef-d’oeuvre sa présence littéraire et exemplaire de son siècle.Trois mots conduisent les thèmes de ce livre inoubliable : crier, parler, chanter.Un cri troue le calme plat et nous voici regardant la mare aux souvenirs.Une parole qui tresse un lien et nous voici au coeur du monde.Un chant fait résonner les musiques de l’être et nous voici libres enfin dans l’ivresse d’exister.À cor et cri, dernier voyage d’une chasse à la poésie, justifie a lui seul une existence en littérature.La dernière page de l’oeuvre de Michel Leiris est un poème en guise de quittance : « Note acquittée/ bagages bouclés pour l’étemel retour,/ on se sent pernicieusement désoeuvré,/ porte ouverte/ par où un vent coupant s’engouffre./ Sur la langue,/ goût écoeurant de l'adieu/ et non plus sel de l’à bientôt ».DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Yves Navarre DOUCE FRANCE Roman-roman tout plein de silences, de non-dit, de convention, d’égoïsme, de peur et d'appels, tout ce qui fait «la grandeur de la province des textes, chacun étant l'otage des silences des autres».La province de Douce Fronce n’a pas de frontières.Cette chronique familiale va droit au hut.19,00 $ Le Rapport Durham LE RAPPORT DURHAM , document.320 p.- 8.95S «.un veritable rond-point sur la grande route de l'histoire britannique, canadienne et québécoise.» Denis Bertrand et Albert Deshiens I.o liltérolure d'aujourd'hui LEMEAC TYPO POCHE l’HEXAGON Ü Le Devoir, samedi 13 octobre 1990 B D-5 ' / Un Nous à géométrie variable LES CHAMPS D’HONNEUR Jean Rouaud Paris, Éditions de Minuit, 1990, 160 pages Christian Mistral IL Y A de cela quelques semaines, je trouvais à me plaindre en termes aigres-doux d’une certaine édition française d’avant-garde, et de Minuit en particulier, qui semble tomber sur un os plus souvent qu’à son tour avec des manuscrits qui sont, soit d’une affligeante vacuité, soit ombilicaux, soit à propos d’un store vénitien, soit tout ce qui précède.Or, me voici dans la réjouissante obligation de faire amende honorable.Allons, allons, tout n’est pas absolument désespéré.Au moment même où je signais mon inquiétude, paraissait rue Bernard-Palissy Les Champs d'Uonneurde Jean Rouaud, la révélation de l’automne, des cinq dernières années selon certains, des dix selon d’autres, et bon, que Paris se rassure.Qui a risqué un oeil de côté de TV5 dimanche dernier ?Brisant la glace de Bernard Rapp, il était là, Rouaud, marchand de journaux, inaugurant Caractères qui essaie de succéder à Apostrophes.Oui, marchand de journaux, dans un kiosque et tout.Pas pour longtemps, m’est avis.Et timide ! Ma blonde l’a trouvé pathétique.En tendant bien l’oreille, on pouvait l’entendre admettre qu’on écrit pour recevoir des louanges.C’est si vrai, et il semble en avoir un tel besoin, que je suis rudement content d’avoir aimé son livre.Les Champs d'Honneur est le très beau roman d’une famille qu’on apprend à connaître à travers ses disparus, morts à quelques semaines d’intervalle : d’abord le père, puis sa vieille tante, et enfin le grand-père maternel.Hilarant, grand-père.La narration, chose rarissime, est menée au nous, un nous à géométrie variable de l’aveu même de Jean Rouaud, en ce sens qu’il inclut parfois ses soeurs, parfois ses cousins, plus ou moins, un nous élastique en somme.Parfois drôle, toujours touchant, le ton du récit est calme et doux, la langue pure, originale sans excès vicieux d’expérimentation.L’attention portée aux détails ne parait jamais vaine ou douloureuse pour l’auteur.Il construit son histoire de peccadille en peccadille, remontant à la guerre de 14 où il débusque un germe de mort qui d’une certaine façon relie la fin de son père à celle d’un ancêtre homonyme.J’aimerais qu’on m’explique si c’est la mode à Paris qui exige qu’on présente un auteur comme une caisse de résonnance.Pourquoi mettre en quatrième de couverture : « cette série funèbre semble n’avoir fait en apparence ( ! ) qu’un seul disparu : le narrateur, dont le vide occupe le centre du récit ».Très, très agaçant.D’abord parce que quelqu'un chez l’éditeur semble « en apparence » croire qu’être vide c’est être génial, ensuite parce que Rouaud est plein comme un oeuf de talent brut et d’émotions fragiles.« Embrassez votre père », avait-elle demandé devant le cadavre habillé, cravaté, allongé mains croisées au milieu du lit, position qui dénonçait bien le caractère extraordinaire de la situation (d'habitude, papa dormait à gauche).La première fois, il avait gardé un peu de chaleur.La peau fraîchement rasée de ses joues sentait l’eau de toilette, une certaine élasticité demeurait.L'épreuve n'avait pas été plus rude que d'embrasser un bébé endormi : on se penche avec précaution, on applique un baiser rapide, à peine le temps d'éprouver du bout des lèvres la température du corps, et hop, on retourne, mission accomplie, se blottir autour du fauteuil que maman n'a pas quitté.(La seconde fois, juste avant la mise en bière, alors qu'une odeur sure montait de son ventre, on s’était carrément dérobé).Ascenseur pour l’échafaud COMBAT DE FAUVES AU CRÉPUSCULE Henri-Frédéric Blanc, Actes Sud, coil.Cactus, Arles, 1990, 110 pages.André Girard INOPINÉMENT, l’ascenseur a fait halte.Entre deux étages, le troisième et le quatrième, Charles Cu-velier est irrité.Il s’efforce de laisser passer une minute, à faire le vide dans sa tête.Toujours efficace cette technique de yoga apprise à l’école de gestion.Expert en communication globale, Charles Cuvelier venait au sujet de l’annonce : «  louer appartement grand standing pour célibataire sans chien situation aisée ».L’immeuble avait belle apparence, la porte cochère était grande ouverte et la loge de la concierge vide.D’un petit saut allègre, il monta dans l’ascenseur.« Qu’est-ce que c’est, ces manières ?Et, si ma porte avait été ouverte, vous seriez entré chez moi ?Si j'avais été dans ma baignoire, vous seriez aussi entré dans la salle de bain ?Allez-y, ne vous gênez pas ! Installez-vous dans ma baignoire pendant que vous y êtes ! » Forcément, Charles Cuvelier va faire connaissance avec Mme Val-mer, la propriétaire.Échange de propos : l'ascenseur date de 1919, la cabine a beaucoup de style.Un petit cachet Orient-Express.Le cadre de fer forgé du miroir, les boutons en ivoire, le bois : du chêne.Mais, il est 17 heures passées, le service de dépannage est fermé.Puis, elle a rendez-vous chez le coiffeur.Charles Cuvelier devra attendre, avec énergie et détermination, attendre en lisant les consignes d’utilisation : Les usagers doivent s’abstenir de toute précipitation.En cas d’arrêt fortuit, conservez votre calme.Combat de fauves au crépuscule raconte ce séjour quelque peu forcé, qui va durer trois semaines.Charles Cuvelier va devoir trouver des occupations; avec sa calculatrice de poche, il va additionner, soustraire, multiplier avec frénésie : les miettes sur le plancher, les moutons de poussière, les cancrelats qui passent.I! aura de la visite : la vieille comtesse du premier, qui lui conseille de ne jamais réfléchir lorsque le corps n'est pas en mouvement, et lui propose d’apprendre à tricoter.Léon, le concierge, accompagné d’Albertine, sa femme et de Doudou, leur neveu.« Surtout que Doudou il voulait voir.(.) Remarquez, il a l’habitude des victimes, ça ne lui fait plus rien, avec tous les morts qui passent à la télé.Mais, quelqu’un bloqué dans l’ascenseur, il n’avait jamais vu.» Ses réflexions s’enchevêtrent, s’éparpillent.Il pratique dès lors de curieux rituels et psalmodie les consignes d’utilisation de l’ascenseur.« S’il ne se pendait pas, c’est qu’il ne croyait même plus a la solidité de sa cravate.» Combat de fauves au crépuscule est bien rythmé.Les situations, les échanges coulent bien.Il y a toutefois un agacement provoqué par un certain discours de Charles Cuvelier « qui connaît comme sa poche la cervelle des femmes, depuis leurs souhaits les plus simples jusqu'à leur fantasmes les plus troubles.» « Vous passez votre temps à faire les magasins pour dénicher les robes qui mettront le mieux en valeur votre viande.» Il va dès lors tenter de la subjuguer.Ces pointes misogynes et une fin penaude terminent cependant ce roman, laissant comme un trop-plein d’air dans la bouche.Questions et réponses sur l’inceste SHERBROOKE (PC) - En publiant un ouvrage sur un sujet longtemps tabou, l’inceste, deux travailleurs sociaux de l’Estne voulaient répondre aux questions que se posent tant de parents, de psycho-éducateurs, d’enseignants, de médecins, de thérapeutes ou de juristes.Les Editions Stanké viennent en effet de lancer Y-a-t-ilinceste ’de René Lapointe et Louise Mercure, le premier ouvrage à paraître dans la nouvelle collection Partage, consa-j crée à la vie en société.Les deux auteurs sont les récipiendaires pour 1989 du prix d’excellence de l’Association des Centres de services sociaux du Québec, destiné à souligner la qualité de leur travaiL « On s’est rendu compte qu’il n’y a I aucun livre de référence sur ce sujet, tant en anglais qu’en français; aucun guide n’est disponible pour les proches des victimes d'inceste et les professionnels qui ont à s’occuper de ces cas », explique René Lapointe, travailleur social et pédopsychiatrie au Centre hospitalier de l’UImver-sité de Sherbrooke.« Ce livre devient donc un outil de preière importance pour identifier le problème et ensuite de le régler.» « Y a-t-il inceste ?» est le résultat de six ans de recherche, d’expérimentation et de pratique des deux travailleurs sociaux et de leur équipe de collaborateurs, chargés d’un suivi de 150 dossiers.Psychologue attachée au programme ‘Abus sexuel’ du Centre des services sociaux de l’Estrie, Louise Mercure explique que le livre s’adresse « à un public élargi ».« Les parents sont dépourvus.Ils se posent de nombreuses questions: ‘Comment savoir si un enfant est abusé ?’, ‘Comment régler le dilemme des parents qui hésitent à porter plainte de peur de trahir la confiance de leurs enfants qui ne veulent pas qu’on en parle ?’, ‘Faut-il l’éclatement de la famille pour régler le problème ?’ ».Des sentiments aussi rares que les diamants noirs PHOTO ARCHIVES Christophe Donner PHOTO ARCHIVES Nadine Diamant Lisette AlORIN ?LES SENTIMENTS Christophe Donner Le Seuil, Paris, 1990, 155 pages MELMOTT Nadine Diamant, Flammarion.Paris, 1990, 136 pages.LE JEU de mots en titre parait (trop ?) facile.Il correspond néan moins, et très exactement, aux deux romans les plus insolites, donc les plus rares, de la saison.Christophe Donner, selon certains pontes de la critique parisienne, per sonne ne le connaît vraiment.11 a Tl ans, nous dit son éditeur, il a déjà pu blié quatre romans, des nouvelles pour enfants, et cette année, en mars, un bref récit intitulé Giton II est, pistonné par Roberts, au Seuil, l’un des espoirs de la maison pour les prix.Ce qui pourrait, compte tenu des amoncellements de bouquins sur les tables des jurés littéraires, en éloigner plusieurs.Il faut donc lire Les Sentiments en oubliant la ferla automnale.Cela commence par un nouveau né qu’on dépose sur le ventre de sa mère.Il est le septième de la tribu Et, contrairement à cette légende qui prête au septième enfant des dons extraordinaires, ce Guillaume là est bien mal parti II a de grosses lèvres, des lèvres, précisons, anor malement grosses.Pour sa mère et pour son père, c’est embêtant mais pas catastrophique.Pour les soeurs et frères : Sonia, Solange, Cécile, Sé bastien, Carole et David, passé le premier moment de curiosité et même d'amusement, la vie continue Dans les familles nombreuses, l’inat tendu est toujours facilement ac cepté.L’originalité du livre et, partant, de son auteur consiste à nous faire vivre, justement, au coeur d’une fa nulle nombreuse Le dernier né peut bien être différent, U n'en fait pas moins partie de la tribu et chacun chacune sont ici soignés dans leur identité et mêmes leurs différences Car, selon le père, • il faut que ses en fants aient un but, un avenir, appelez ça comme vous voudrez, une vocation » Quelle sera donc la vocation du |x> tit Guillaume aux grosses lèvres ” C’est ce qu'il faut découvrir en lisant ce récit, à l’architecture étonnam ment précise, mais rédigé sobre ment, avec des mots drus, qui révèle non seulement un talent de prosateur original mais tout un environnement bourgeois et provincial, à common cer par un certain Paul, philosophe, qui « colloque » jusqu'à New York, et qui est le parrain de Guillaume Quant à Cécile, déséquilibrée, dro guée, elle devient, mais le doute plane, l’assassine de son frère, si tant est que le suspense final du roman de Donner ait été bien concerté, bien voulu.J'ai aimé cette tragédie sèche, où les enfants sont rois.C'est un constat terrible, sous forme de récit aux multiples rebondissements.Une his toire qui ne serait aue triste — celle d’un enfant défigure de naissance , sans le talent de Christophe Donner Pour tout résumer, empruntons la réflexion du père de Guillaume qui, pour fêter les dix-huit ans de David, un autre de ses fils, offre à boire un précieux pommard à toute la fa mille.Et s’écriant que « les grands vins oublient leurs peines au fond de la bouteille ».Les peines de cette famille sont le bonheur d'un écrivain dont on reparlera.* * * ("était également une famille nombreuse qui s’agitait, non pas dans le confort et l'aisance de l'uni vers de Christophe Donner, mais dans la frénétique et misérable dé sorganisation du premier roman de Nadine Diamant.Désordres, premier livre d'une jeune enseignante qui, elle aussi, n’avait écrit jusque là que des contes pour enfants (écrire pour les gosses prépare t il à un en ter des monstres ?) m'avait secouée Je lui avais consacré un feuilleton en souhaitant à l’auteur de nous offrir bientôt un ouvrage plus serein .le lui citais même notre Réjean Du charme, grand spécialiste des héros enfants, qui soutient que « s'il n’\ avait pas d’enfants sur terre, il n'v aurait rien de beau • Or les écrivains, surtout lorsqu'ils sont bourrés de talent, n'écrivent pas pour plaire aux critiques, certaine ment pas pour suivre leurs conseils à la noix.Nadine Diamant, dans Mel molt, récidive dans l'horreur, l'ef froyable, l’abject et la cruauté Ici, plus d'enfants en ribambelle, mais un seul garçon, horriblement contrefait, et qui ne se pardonne pas d’avoir in fligé à sa mère la terrible punition d’être né d’elle, de continuer à vivre près d’elle, qui ne l’aime pas, et près d'un père taciturne et indifférent Melmott est laid Et s'il est nié chant, c’est d’alxird parce qu’il est né bancroche avec une tête de lam proie.À la gentille el compatissante institutrice, qui tient à lui apprendre quelque chose, il répond que •• pour écrire, il faut de l'énergie Et je vou lais employer la mienne à être nié chant ».La méchanceté est constamment présente dans ce roman impitoyable.Melmott, avant de quitter le lieu de sa naissance, assassine mère et père Et deux fois plutôt qu’une puisque, les récits qu’il en fera à des person nages de rencontre, au cours d'une errance coupée de séjours dans des endroits de cauchemar, ne sont pas concordants Tout compte fait, Mel molt est un affreux nabot mais un nabot pensant Ou plutôt, celle qui agite les fils de cette horrible ma rionnetto lut prête des sentiments de grande personne Au moyen d'une langue 11 ès savante, l rès Iravaillée, elle organise le récit le plus trou blant, le plus inquiétant qui se puisse lire Mais, après tout, comme se dit Melmott, •• qu’est ce qui est Itou pour la santé ?| | Est ce qu'assagir ses haines est bon pour la santé ?Est ce que cuire de douleur est bon poui la L’esprit caustique d’Hubert Guindon en français TRADITION, MODERNITÉ ET ASPIRATION NATIONALE DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE Hubert Guindon, Montréal, Éditions Saint-Martin 1990 Marcel Fournier OBSERVATEUR attentif des • transformations dramatiques que le Québec a connues pendant les trois dernières décennies », Hubert Guindon s'est habituellement adressé au Canada anglais ; à l’instigation de deux de ses étudiants, Ro berta Hamilton et John McMullan il a réuni en 1988 ses principaux articles et des textes inédits sous le litre de Quebec society (University of To ronto) L’édition en langue française de ses écrits est une heureuse initiative, qui offre l’occasion de découvrir ce sociologue qui a préféré la margina lité aux mondanités mass-médiati quesetqui fut pour ses étudiants de Concordia un maître.Il s’agit d’un esprit critique parfois caustique , à contre-courant des ten dances dominantes.Guindon ébranle les idées reçues el ouvre de nouvel les pistes de réflexion.111er, l’un des premiers, il mettait en lumière le rôle (Militique des * nouvelles classes moyennes » dans ce qu'il appelle la « révolution bureaucratique » des an nées 1960 Aujourd’hui, il tire les leçons de l’échec du référendum il faut abati donner la politique partisane pour dévelopjier un large mouvement na tional.À lire au moment où, après le lac Meech, la commission parlomen taire sur l’avenir du Québec entre prend ses travaux.JUl'^i Be«in° L3 c°r'id! del’afl L’amour se vit, Harlequin l’écrit.Julia Bettinotti, La corrida de l’amour, 156 p., 16,95 $ Bettinotti le décrit DISTRIBUTION SOCADIS: (S14) 331-3300 TRIPTYQUE P 5670, SUCC.C, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL (514) 524 5900 ou 525 5957 N ° 45 — 8, 00 $ LE DÉSERT Moebius Le désert Préparée par Hélène Rioux collaborateurs François Piazza Pierre Des Ruisseaux D.Kimm François Charron et plusieurs autres Récits ¦ 1 Francine Campeau Les Éternelles Fictives des femmes de la Bible 116 p.— 14,95$ Roman ________________I Jacques Saint-Pierre Séquences T rois jours en novembre 134 p.— 14,95 Poésie Hélène Boissé et autres infidélités Prix Gaston Gouin 72 p.— 12,95$ En vente chez votre libraire santé ' Est ce que taire ses désu s, se ravager d’amour, ravaler ses cha gnns, décaper ses colères, s’infecter a\ ee son propre tiel est bon pour la santé ” » Très mauvais, en tout cas, pour la santé de Melmott que d’être écrasé sous le béton, à la suite d’un cata elystne, et de se souvenir de ses vies antérieures IMus longues que ne le laisserait croire un roman de moins de 140 pages Que vous n’oublierez jvis en attendant le prochain livre d’bon ours bien dosées que nous cou eoete sans doute déjà cette redou table jeune écrivain LOGIQUES format disquette Incluse Tomel reliure LOGIQUES LA VIE MODERNE 168 p.reliure eplrale 14,85$ MS-DOS 3.3 ET 4.01 SIMPLIFIE par Sylvie Roy «Le guide de l'essentiel!» - Yves Leclerc, Im Presse Le best-seller de l'informatique.Bientôt 40 000 exemplaires! 128 p.reliure eplrale 18,85$ WordPerfect SIMPLIFIÉ W.'.dlYilti i * 1 A \MhiOViImI ' 1 WORDPERFECT 5.1 SIMPLIFIE par Patrick cl Didier Mcndcs Le guide d'apprentissage qui deviendra votre guide de dépannage.Pour comprendre WordPerfect 5.0 et 5.1.\ IT R I •; NI ) RI LA (
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