Le devoir, 19 octobre 1991, Cahier D
• le plaisir des ivres r Çhanipigny -| VENEZ Y RENCONTRER L'HON.JUtiK ANDRÉE KUFFO LE SAMEDI, 26 OCTOBRE ¦ Agp, DE 14H À 1611 I 4380 ST-DENIS, MTL TEL.(514)844-2587 Montréal, samedi 19 octobre 1991 FLANNERY O’CONNOR Leurre du bonheur \ OEUVRES COMPLÈTES Flannery O’Connor Gallimard, « Biblos » Paris, 974 pages.LOIN DU PARADIS Geneviève Brisac Gallimard, « L’un et l’autre » Paris, 145 pages.Jean-François Chassay LE LUPUS érythémateux, dont souffrit pendant 15 ans Flannery O’Connor et provoqua sa mort alors qu’elle n’avait pas encore atteint la quarantaine, est une maladie du système immunitaire.Pour l’expliquer brièvement et de manière spectaculaire, quitte à ne pas être très scientifique, on pourrait dire que l’individu atteint devient allergique à lui-même, son système ne pouvant plus le supporter.Malgré l’horreur de la situation, on imagine ce qu’un état pareil peut provoquer sur l'esprit d’un écrivain à l’imagination fertile, qui sait mener très loin ses fantasmes et ceux d’un pays sudiste en pleine déliquescence.Cette forme d’auto-allergie explique peut-être également les étranges contradictions ( apparentes ) de l’oeuvre d’une femme éminemment catholique, croyante, dont les textes sont marqués pourtant par la haine, le sadisme, la vulgarité, et qui ne fait jamais l’économie d’une causticité souvent grinçante.« J’ai affirmé que le lecteur catholique moyen était un demeuré doublé d’un militant », écrit-elle à une amie.« Voilà comment elle se fait quelques amis», répond Geneviève Brisac dans son petit livre, Loin du paradis, davantage un bref « et amical » portrait qu'une véritable biographie.On y retrouve en particulier des extraits de son abondante correspondance, qui permet notamment de mieux saisir la poétique o’connorienne : ce sont les antinomies qui l’attirent, où se télescopent un quotidien dont le prosaïsme lui permet de tirer de nombreux effets comiques et une violence dont les sources restent souvent obscures.Il y a une folie sourde dans toute son oeuvre, que Flannery O’Connor explique en notant qu’un « écrivain a besoin d’une certaine dose de fanatisme.Ce fanatisme tient sous contrôle sa sensibilité.» lit celui-ci n’a pas de limite : « Flannery O’Connor, écrit Geneviève Brissac, une fois que les mécanismes infernaux de la haine se sont mis en marche, laisse tourner la machine.» Les deux romans et les trois recueils de nouvelles réunis dans le volume de la collection Biblos et qui forment l'ensemble de l’oeuvre de fiction de Flannery O’Connor en donne amplement la preuve.Les titres, déjà, en sont une indication : Les braves gens ne courent pas les rues, Et ce sont les violents qui l’emportent, Mon mal vient de plus loin, n’annoncent rien de doucereux ou de fade.Cette haine se porte d’abord sur la famille qui joue dans ces textes une place centrale.Avec une obsession d’autant plus insupportable qu’elle est pleine de bonne volonté, de nombreux adultes rêvent de laisser derrière eux des gens qui leur ressem- I blent.Cela ne se manifeste jamais de façon plus convaincante que dans Et ce sont les violents qui l’emportent, sombre roman, totalement désespéré.Le jeune Tarwater vivra pendant 14 ans sous la coupe de son grand-oncle, vieux mystique fou à lier, qui désire en faire un prophète J sachant continuer sa mission.Après I la mort de celui-ci ( et après avoir in- j cendié la maison avec le défunt )'.| Tarwater se retrouve chez son oncle Rayber qui entreprend de délivrer l’esprit de l’adolescent des obsessions qui l’encombrent.Entre le mysticisme dément du premier et le rationalisme implacable du second, Tarwater se voit partagé, écrasé par les mânes de l’un, agressé par la logique de l’autre qu’il hait.Il finira par assassiner l’enfant idiot de Rayber en le noyant, sous prétexte de la baptiser ( comble j de l’ironie macabre, cet enfant se j nomme Bishop ), avant de se faire violer.Jamais sans doute, dans l’histoire du roman sudiste, « le bruit et la fureur » faulknérien se seront fait entendre avec autant de force et d’horreur.Mais c’est parfois sur un tout autre ton que Flannery O’Connor aborde les liens filiaux : tel fils ne peut supporter une mère vivant encore dans les splendeurs passées d’un Sud qui n’existe plus ( regrettant cette époque où les Noirs ne pouvaient pas prendre l’autobus ), dans tel autre famille, chaque individu accuse les autres de ne pas vivre dans la réalité, pour des raisons évidemment totalement divergentes ; tel grand-père refuse de reconnaître son petit-fils lorsque celui-ci se retrouve en difficulté.Les prêcheurs masochistes côtoient les adolescents attardés, de vieux racistes coudoient des voleurs à la petite semaine, les anachorètes doivent supporter les colporteurs.Comble de l'hérésie, un vendeur de bibles va jusqu’à voler la jambe de bois d’une jeune femme après l’avoir attirée dans une grange pour la séduire.Quand les tensions ne se produisent pas entre les membres de la même famille, elles surviennènt entre gens du Sud, laissant l’impression que, de toute façon, le reste de l’univers n’existe pas vraiment.Leur monde tombe en ruines, se décompose quasiment sous leurs yeux, et pourtant la civilisation « ne peut » exister ailleurs.L’Europe n’est peuplé que de sauvages et quant au Nord, on préfère ne pas en parler.Le plus tragique, c’est la force des certitudes de tous ces gens.Entre le burlesque et la tragédie, entre la farce et le drame métaphysique, la clôture ne peut pas être plus mince que dans cette oeuvre qui ne concède rien au pittoresque, où les bons sentiments ne peuvent voir le jour et où le désespoir apparaît d'abord comme la manière la plus originale de vivre.Flannery O’Connor, chez qui « la mort arrive avec une facilité déconcertante », écrit Geneviève Brisac, présente un monde où la médiocrité est insoutenable et pétrit le moindre geste de la vie quotidienne.Rien de plus angoissant que cette réalité et rien de plus magnifiquement contrôlé que cette écriture où le bonheur n’est jamais qu’un leurre de plus.ë.m Jean I,arose immu PHOTO JACQUES GRENIER JEAN LAROSE / ~ Le combat d’un réfractaire Paul Cauchon IL N'EST PAS encore assis, n'a pas encore allumé sa première cigarette, que d’emblee il attaque.« Je suis tanné des entrevues.I On dit des choses, elles sont transfor-I mées en spectacle ».11 enchaîne sur son passage à La Bande des Six à Radio-Canada (il avait annoncé d’avance qu’il détestait ce genre d’émission incompétente).« J’y allais naïvement pour tenter sur place d’analyser et de défaire quelque chose, mais le système i gagne toujours : les caméras, tout le monde qui parle en même temps.on est transformé en spectacle.J’avais le désir de faire de la critique.Car les intellectuels québécois ne jouent pas leur rôle.» Voila, nous sommes lancés, et en I 45 minutes à peine les idées fusent comme des boulets.Jean Larose, professeur au département d'études françaises de l'Université de Montréal, critique littéraire de haut vol, auteur de La petite noirceur en 1987, prix du Gouverneur-général, vient de publier un deuxième recueil d'essais, L'amour du pau\re.Entre une analyse décapante d'Un zoo la nuit, un texte sur André Laurendeau et des recherches sur Octave Crémazie et St-Denis Garneau, Jean Larose s’en prend au système d’éducation québécois, trop axé sur « la pédagogie du vécu » et l’obsession de la création, qui amène l'étudiant à se prendre d'abord comme point de départ plutôt que de chercher ce qu’il y avait de plus grand que lui dans les textes qui l’ont précédé, et ce pour mieux se former.Polémique : Jean Larose se trouve donc à passer pour un réactionnaire puisqu’il veut reprendre de grands textes de la tradition humaniste.Mais ceux qui l’accusent oublient qu’il soutient également qu’il était excellent de démocratiser l’enseignement pour que la culture humaniste ne soit plus réservée à une élite, sauf que par la suite le système n’a aucunement favorisé l’accès à la majorité, tout en succombant aux pressions de la « culture de masse ».« On a raisonné comme si c’était la culture humaniste qui était inégalitaire et non le système d’éducation de l’époque », écrit-il.Et entre mille autres idées Jean Larose truffe sa démonstration de petites bombes, écrivant par exemple qu’« un enseignement appuyé sur la création repose sur cette illusion qu'on pourrait former un être humain rien qu'en le laissant être lui-même.La même illusion continue d’interdire aux Québécois la souveraineté ».Ou encore : « tout le problème de l’éducation repose dans cette tâche, apparemment impossible au Québec, de rompre avec le passé sans le ruiner ».« Quand on critique la culture de masse, explique Jean Larose au DE-| VOIR, on passe pour un réaction-! naire.C’est absurde.La culture de masse serait à gauche et la littérature à droite ?Ma critique de la culture de masse ne concerne que le système d’éducation.Il me semble qu’il y a assez de place dans la société pour la culture de masse, et que ce n’est pas le lieu de l’école de la relancer encore une autre fois en étudiant la bande dessinée et le policier ».Pour parler de lui-même Jean Larose utilise plutôt l’expression « réfractaire », dans le sens de « refuser le mouvement général, comme les gens qui refusent le service militaire ».Jean Larose veut donc redonner à la littérature une place prépondérante dans l'enseignement.La littérature a aussi été un objet esthétique de la bourgeoisie, convient-il, « qui refusait ce qu’elle pouvait contenir de dimension critique ».Mais il faut l’enseigner parce que « cette dimension critique est contenue dans le fait que la littérature implique une ouverture à l’Autre, elle est, comme dit Barthes, ‘inductrice d’ambiguité’, elle introduit de l’Autre, elle introduit à ce qui est étrange.Ce qui est le premier pas pour reconnaitre que les autres ont aussi de la dignité, que les autres ne sont pas comme nous.La littérature peut faire comprendre la différence ».Tout en déplorant qu’« on prépare les examens aux étudiants plutôt que de préparer les étudiants aux examens, et n'importe qui peut courir le Voir page D-4 : Larose Toussaint LA RÉTICENCE Jean-Philippe Toussaint Éditions de Minuit Paris, 1991.Bertrand Pirel NE RIEN DIRE, mais le dire bien.Scruter le vide, le néant, avec élégance, nonchalance, désinvolture.Qu'il vente ou qu’il neige, par monts et par vaux, demeurer aimable et courtois, neutre et badin.Etre en tout temps perplexe, rester sur son quant-à-soi, mais n’en rien laisser paraître.Ainsi va la vie selon Jean-Philippe Toussaint, comme une promenade immobile, une partie de croquet entre gens de bonne compagnie, entre bons camarades, pichenettes délicates, maillets souriants, le coup de poignet est souple et assuré, le style, celui d’un professionnel, l’apparence itou : jamais un mot plus haut que l’autre, tout juste un clin d’oeil parfois, ce que nous sommes coquins, prenons garde à la pelouse, l’herbe est si verte, quant à savoir, qui gagne, c’est bien le moindre de nos soucis.Ainsi va la vie, comme vont les loutres de mer, qui flottent et bronzent, se frisent les moustaches, se prélassent et se taquinent, se laissent vivre, oisives.Comme se laissent vivre, oisifs, au fil des romans de Jean-Philippe Toussaint, les héros, qui d’ailleurs se ressemblent comme deux gouttes d’eau, de La salle de bain, Monsieur, L'appareil photo, et aujourd’hui La réticence.Et moi qui aime tant les loutres de mer, j'ai un faible, forcément, pour Toussaint.La « réticence » dont il est ici question est celle qu’éprouve, à son arrivée hors-saison dans le village ( corse?) de Sasuelo, le narrateur : ira-t-il, ou n’ira-t-il pas, voir les Biaggi ?« Je n’étais pas du tout sûr d’avoir envie que les Biaggi sachent que je me trouvais à Sasuelo.Le jour de mon arrivée déjà, après être resté tout l’après-midi indécis dans ma chambre d'hôtel, je m’étais rendu compte qu’il était plus compliqué pour moi que je ne l’imaginais de me résoudre à aller voir les Biaggi ».Curieuse appréhension, ce sont eux, tout de meme, qu’il est venu visiter, alors, tout ce voyage pour rien ?Mais ie « rien », on le sait, n’effraie pas davantage Toussaint que son narrateur.On se promène, on fait son épicerie.On regarde les pêcheurs, qui préparent leurs palan-gres.On sort subrepticement, la nuit, sur la jetée, « sous le même clair de lune toutes les nuits identiques, toujours le même exactement, avec les mêmes nuages noirs qui glissaient dans le ciel ».On s’occupe de son fiston, on le pouponne, on le lange, on le nourrit, on lui donne son bain, on le promène, dans cette superbe poussette qui, d’ailleurs, commence à donner des signes de faiblesse, à grincer, c’est embêtant, une poussette si pratique.On regarde le bambin, « faire du charme aux blondes avec un culot que me scia de la part d’un aussi petit roupignoulet ».Attendri, on surveille son sommeil.On fait des pichenettes.On s’amuse : « Cui-cui, disais-je, et mon fils renversa brusquement la tête en arrière dans un ravissement de surprise émerveillée.Il me regardait avec une reconnaissance éperdue, les deux petits yeux éblouis sous l’ovale de la cagoule, et c’était comme s’il découvrait là soudain ma vraie nature, après s’être mépris sur moi durant huit mois.Moi, cela faisait trente-trois ans maintenant que je ne me leurrais plus sur ma nature, car je venais d’avoir trente-trois ans oui, c’est l’âge où finit l’adolescence.» Et surtout, on épie, on guette, on scrute.On se méfie.Car les Biaggi ne sont finalement pas chez eux.Leur maison semble vide.Et s’ils ne sont pas là, c’est qu’ils se cachent, croit-on déduire.Implacable, non ?Les déductions farfelues se suivent et se ressemblent, à chaque indice malicieusement égrené : un chat noir qui flotte à la surface de l’eau, un parasol énigmatique, une vieille Mercédès grise, le bruit d’un pas, celui d’une machine à écrire, des lettres qui apparaissent et disparaissent, un volet entrouvert, une porte qui coulisse.jusqu’à la phase ultime de la paranoïa : « tous les bruits qui se faisaient entendre au-dehors m’apparaissaient comme autant de menaces diffuses qui semblaient se préciser de plus en plus ».Voir page D-6 : Toussaint IXlMISiytiE MXit'IV Los derniers jours du monde ROBERT LAFFONT DOMINIQUE NOGUEZ Les derniers jours du monde roman «Dominique Nogucz est un très, très grand écrivain qui écrit le désespoir avec une jubilatii communicative.Tout est drôle dans ce roman d’anticipation.dans lequel le lecteur trouve son bonheur lecture à chaque page.» Jacques Folch-Ribas, La Prei «l ne apocalypse qui lait bon et long feu.Mieux qu’un best-seller et bien davantage.» Lisette Morin, Le Devi D-2 ¦ Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 • le plaisir des Des limites de Vitez Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes EN 1955 on a réuni sous le titre De la tradition théâtrale des textes de Jean Vilar, articles de revues, interviews, conférences, notes de travail.Vilar était alors à Avignon et au Théâtre National Populaire, c'était les années Cid, années Philipe, années Chaillot.Dans la collection» Idées» chez Gallimard, ce « traité », même si Vilar disait que sa pensée sur le théâtre répugnait au système, marqua des générations d'amateurs de théâtre.Je me souviens de « l’art du théâtre est régi par la passion de connaître », de « il ne faut jamais désespérer du génie naturel des spectateurs », phrases-combat d'un homme qui avait choisi la voie difficile du théâtre, celle où la haute exigence face à l’oeuvre ignore les raccourcis, les compromis, les déguisements.Vilar misait sur l'intelligence du public.Le metteur en scène était accompagnateur, le vis-à-vis d'une réflexion commune.Depuis Vilar le théâtre a connu révolution : le metteur en scène a revendiqué, acquis, puis occupé une place qu’il n’avait jamais obtenu auparavant.Copeau, Jouvet, Vilar, c'est le metteur en scène qui se fait régisseur, penseur, animateur; après Vilar, le metteur en scène devient (avec les bonheurs et les désastres conséquents) créateur à part entière, l’auteur du spectacle, le visionnaire, signataire d'« une » lecture de l’oeuvre.L’un de ceux-là, Antoine Vitez, avait réussi à maintenir à notre époque la politique de Vilar dans l’évolution excentrique du spectacle a «y Antoine Vitez de théâtre; il faisait le pont entre le rigorisme d’alors et l'exubérance nouvelle, maintenant la grande devise : la passion de connaître, l'intelligence du spectateur.A peine arrivé à la Comédie-Française, qu’il a marqué de sa poigne intelligente, il est mort une Nuit des Molière il y a un peu plus d’un an.Voilà que son « traité » à lui, articles, conférences, réflexions, notes de programme, tout est rassemblé chez Gallimard sous le titre « le théâtre des idées ».Comme pour De la tradition théâtrale de Vilar, il ne faut cependant pas chercher dans un tel livre la « somme », la pensée établie d'un homme sur le théâtre, le résultat d'un ouvrage « écrit ».Il y a des dangers à publier de telles réflexions de parcours, et je comprends la réaction de Michel Cournot qui dans le Monde a reçu avec froideur cette publication où Danièle Sallenave et Georges Banu se contentent de ramasser tout ce que Vitez a écrit, à gauche et à droite, durant sa carrière.Vilar disait, en présentant son receuil de 1955, qu’il fallait n’y voir que l’ouvrier qui lève la tête de son ouvrage et s’interroge sur la justesse de sa technique et les fins de son métier.C’est comme cela qu’il faut lire la brique Vitez.Dans les 580 pages, 300 sans doute sont de trop, et ce n'est pas faire offense à Vitez que de le dire.Il y a là des redites, une certaine élucubration du discours, il y a le communiste qui renouvelle sa dialectique au gré des changements politiques, toutes justifications inutiles, et toutes ces choses qui, écrites pour respecter la tombée d'un programme de théâtre, n’ont de valeur qu’instantanée; des limites de Vitez.Mais il y a des pages précieuses, là où Vitez comme Vilar est lumineux sur l’acteur, sur son travail, sur le théâtre, et sur lui face au métier : « Pour parler de moi, j’ai tendance à dire 'le théâtre’.Pas par immodestie.Tout ce que je fais, c’est du théâtre.Je ne suis pas intéressant en dehors de ça.Je transforme tout le matériau qui m'est donné perpétuellement.Prendre son bien où il est et détourner de leur usage premier les choses qu'on prend.C’est ainsi que je me représente le théâtre, et aussi la peinture».Stanislavski en appelait d’un « théâtre d’art accessible à tous ».Vitez a précisé la notion d’« un théâtre élitaire pour tous », et il écrit : « Il est aisé de faire salle pleine, les procédés sont connus, le tout est de savoir que la mode change, mais ce qui est demandé à un théâtre national, sa mission, est de rassembler autour de lui sur un petit nombre de principes des gens qui se reconnaîtront en lui, l’aimeront et le distingueront, le soutiendront parce qu’il sera le lieu d'une expérience unique, originale ».Sur un petit nombre de principes.c’est là que Vitez se distinguait.On le disait janséniste, et il était athée.Lumineux dans le discours, austère dans l’acte.Son petit nombre de principes contenait le respect de l’intelligence du spectateur : refus de le sous-estimer ou de l'esbroufer.On sentira, dans quelques textes, l’amour d’un homme pour le théâtre plus que la théorie du penseur, et laissons-le avec ce texte de janvier 1985, paru dans la Gazette du Français, où il regarde Richard Fontana le soir de la dernière A’Hamlet, depuis le fond d'une trappe sous la scène, et qu’il voit « la mort du rôle en lui », « les adieux de l’homme vivant à la créature imaginaire ».Je pense à Vilar qui écrivait « couvrez donc le visage du comédien mort».?Le théâtre des idées, Antoine Vitez, Gallimard, 1991.rs” s D A II) Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS jeudi le 24 octobre de 18h à 20h PIERRE TURGEON EN ACCÉLÉRÉ 1,KM K AC Vendredi 8 novembre de 18h à 20h JEAN ROYER LA MAIN CACHÉE • l’Hexagone 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Serge Truffaut Chantre de la culture et de la langue yiddish, l'écrivain Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature en 1978, est le sujet d’une lecture publique et d'une dramatisation intitulée Souvenirs d’Isaac Bashevis Singer.Cet événement se déroulera le 21 octobre au théâtre du Centre Saidye Bronfman à compter de 21h.La portée universelle de l'oeuvre de Bashevis Singer ne faisant aucun doute, le programme sera trilingue : yiddish, français et anglais.Dora VVas-serman du Théâtre yiddish.Maurice Podbrey et Pierre Anctil, professeur à l’Université McGill, seront les principaux animateurs de cette soirée.Spécialiste de la littérature yiddish, Esther Franck signera une mise en contexte de l'oeuvre de Singer.Une médaille à Reginald Martel Responsable de la critique du roman québécois au quotidien La Presse depuis 25 ans, M.Réginald Martel recevra le 2 novembre prochain la médaille de l’Académie ca-nadienne-française.Cette académie a justifié son choix en soulignant « la haute teneur littéraire de ses articles, la qualité de ses jugements nuancés et pertinents portés sur la littérature québécoise ainsi que sa grande exigence envers la langue française et l’édition ».En 1990, la médaille avait été remise à M.Gaston Miron.Michel Serres à Montréal Le 29 octobre prochain, le philosophe Michel Serres prononcera une conférence intitulée Trajectoire.Cet exposé sera donné dans l’enceinte du Pavillon situé au 3200 de la rue Jean-Brillant.Les frais d’inscription sont de 15 S par personne.Pour réserver, il suffit d’appeler au (514) 343-6090.L’édition, le Québec et la France La Librairie Gallimard et le Groupe de recherche sur l’édition littéraire organisent un table ronde autour du theme : les rapports entre la France et le Québec dans l’édition entre 1940 et 1950.Les participants ?Mario Parent, Yvan Cloutier, Jacques Michon et Pierre Tisseyre.L’animateur ?Georges Leroux.Cet événement se tiendra le 20 octobre à 14 heures au 3700 boulevard Saint-Laurent.Racisme au quotidien Mordecai Richler écrit dans le Ne-wyorker.Le lendemain, dans les journaux comme au sein des radios, tout le monde se met à parler de racisme à l’envers, à l’endroit, en haut comme en bas.Bref, le lendemain et le surlendemain on a eu droit à un débat de sophistes.Sur cette question, celle du racisme, le professeur André Jacob du département de travail social de l’Université du Québec à Montréal a écrit un livre qui s'intitule tout simplement Le racisme au quotidien aux Presses de l’Université du Québec.Le lancement de cet ouvrage se fera le 17 octobre prochain à la salle A-3025 du Pavillon Hubert-Aquin à compter de 17h.Au même endroit et à la même heure, on lancera également Théories et pratiques en organisation communautaire aux Éditions CIDIHCA.Prix Renaudot Voici la deuxième sélection du Renaudot qui sera accordé le 4 novembre : Eau de caféAe Raphaël Confiant chez Grasset; Marguerite devant les pourceaux de Claude Du-neton chez Grasset; La séparation de Dan Franck au Seuil; Le troisième mensonge d’Agota Kristof au Seuil; En douceur Ae Jean-Marie La-clavetine chez Gallimard; Sven de Jean Lods chez Calmann-Lévy; Une peine à vivre de Rachid Mimouni chez Stock ; Les larmes de pierre de Eugène Nicole chez François Bourin; Le tournesol déchiré Ae Boris Schreiber chez François Bourin, et Le romand du linceul Ae René Swe-nen chez Gallimard.Boréal et le Seuil A la suite d’une entente signée récemment, tous les ouvrages publiés par les Éditions du Boréal sont distribués en Europe par les Éditions du Seuil.Glucksmann COMMANDEMENT l-lammuriim LE Xle COMMANDEMENT André Glucksmann Flammarion, 335 pages « Le onzième commandement — que rien de ce qui est inhumain ne te de-meure étranger — n’exige pas : fais ! mais fais voir !.le mal ».Le nouvel essai de Glucksman, ce philosophe qu’il serait malséant de quai-fier de « nouveau philosophe », s’attarde au mal.Aujourd’hui, le mal absolu, cette négation de la vie, est en effet le sujet de son dernier ouvrage qui, à l’instar de ses livres antérieurs, appuie son propos sur la passion et la fièvre.La fièvre stylistique.On a relevé notamment ces quelques mots ; « l’idée d'humanité, en la seule acception qui demeure, pour moi, sans ridicule recevable, désigne un ensemble biodégradable composé d'êtres capables de se suicider, en gros ou en détail, réciproquement ou chacun pour soi.La communauté des convaincus doit, au fondement de l’éthique, céder le pas devant une plus modeste solidarité des ébranlés».LE DÉCHIROS Pierre Merle Col.Point-Virgule, Seuil, 275 p.Auteur du Dictionnaire du français branché, de Blues de l'argot et du Yaourt mode d'emploi, Pierre Merle amorce l’automne littéraire avec un roman sculpté dans la langue des faubourgs.C’est « populo », mais pas à la sauce Pierre Mac Orlan; à la mode des années 60.Il y a d'ailleurs plein de références musicales, de clins d’oeil à John Lennon et compagnie.Qui plus est, ça commence très bien.À preuve : « Guillerette, la môme a poussé la porte du trottoir, et puis elle est allée se poser au bar.Elle a commandé une orange-press et s’est juchée sur un tabouret comme elle a pu, c'est-à-dire en tortillant presque gracieusement».MÉMOIRES DE L’ENFANT B.Jean-Pierre Eseande, Arléa, 314 p.« Dans un Paris embrasé par l’émeute de Mai 68, un aventurier irlandais de passage retrouve par hasard son vieil ami Louis Bermann, assistant dans une université de province».L'Irlandais, soit Mortimer-Édouard Purefoy, doit se rendre à Florence.Le « prof », soit Bermann, doit retourner à Bordeaux.Le premier est immobilisé à cause d’une sciatique; le deuxième à cause de la grève des transports.Au cours des 25 journées qu’ils vont passer ensemble, le « prof » et l’Irlandais vont se raconter sur fond de barricades et de slogans.Le style ?« Plus de métro, grilles fermées à la station Luxembourg, plus de bus, pas de taxis.Des foules piétonnes à l’oeil mauvais ; des prolétaires de la RATP refu saient de transporter.Bermann hésita à peine sur le trajet : la rue Soufflot, le Panthéon, le Jardin des Plantes, Austerlitz.».SI MES CHATS ÉTAIENT CONTÉS.Ina Makarewicz, Stanké, 112 p.Ils s’appellent Lucyfon, Loulou, Tasha, Minouche, Blanche et Patrick.Ils sont chats ou chattes.Ils et elles ont partagé, et continuent de partager, la quotidienneté de Ina Makarewicz.Aujourd’hui, Ina raconte leur vie respective.« Autant Lucyfon aimait les moteurs et Blanche les tâches ménagères, autant Minouche est intellectuelle.Lecture, écriture, papiers de toutes sortes, feuilles volantes, feuilles froissées, journaux épars font ses délices.Pas une lettre écrite sans sa participation, sans ses tentativesrépélees pour arrêter le cours du stylo sur le papier, sans sa patte qui s’allonge sur la feuille devant soi ».Si mes chats étaient a contés.i lllsluircs miu-s île trills ( buis COUPS DE FIL Jean-Pierre Boucher Libre-Expression, 183 pages Coups de fil se compose de 10 nouvelles liées entre elles par le téléphone.Dans ce recueil, Jean-Pierre Boucher, professeur à McGill, conjugue l’humour avec le policier, la tragédie avec le romantisme.Page 121 : « et clac ! Dans une heure, je vais le rappeler.En déguisant ma voix autrement.Je vais noter son adresse en lui promettant de passer chez lui cet après-midi.Il devra garder la maison.Ça tombe bien, il fait un de ses soleils ! Avant de placer une autre annonce dans le journal, il va y réfléchir.Il cherchera peut-être à se venger.Il fera alors comme moi.U ne réaction en chaîne.Les appels importuns ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir».DIX NEUF HOMMES CONTRE LA MER C.Nordhoff et J.N.Hall Phébus, 222 pages Voici, enfin en français, le deuxième tome de la trilogie que Nordhoff et Hall consacrèrent au siècle dernier à la mutinerie du Bounty.Dix-neuf hommes contre la mer, c’est l’his» toire — authentique — de ceux qui décidèrent de suivre le capitaine Bligh contre lequel la majorité des matelots du Bounty se révoltèrent.DÉCRITS DES / FOROIS 9 POÉSIE- éditeur de poésie depuis 1971 1497 Laviolette, C.P.335, Trois-Rivières G9A 5G4 Tél.: (819) 379-9813 ___Télec: (819) 376-0774 Atwood Margaret et Villemaire Yolande Beaulieu Germaine Beaulieu Germaine Beausoleil Claude Blouin Louise Bonenfant Réjean et Gaudet Gérald Cadet Maurice Charron François Chiasson Herménégilde Cliche Mireille Daoust Jean-Paul Dargis Daniel Dobzynski Charles Frenette Christiane Guillevic Lambersy Werner Laederacn Monique et Duval Jean Lalonde Robert Martin Yves Paquin Louise Picné Alphonse Pozier Bernard Renaud Thérèse Richer Luc Sabate-Berian Hélios Venaille Franck Collectif Lèvres urbaines — 20 6,00$ Réelle distante Voie lactée Le dormeur Des mots pour rêver (coédition Éditions Pierre Tisseyre) Dictionnaire des écrivains de la Mauricie Haute dissidence L'intraduisible amour (Coéditions Le Dé Bleu et l'Arbre à Paroles) Existences Jours de cratère PRIX DE POÉSIE OCTAVE-CRÉMAZIE Les cendres bleues PRIX DE POÉSIE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL Déchirures ^ Les heures de Moscou w Le ciel s’arrête quelque part Lyriques Géographies et mobiliers Lèvres urbaines « 21 Baie de feu La mort est méconnaissable PRIX APOLLINAIRE-1991 Éclats de la cité Néant fraternel (coédition CEC Koudhia) Les poètes chanteront ce but Jardin d’éclats Stanley Regard Tendres chairs Le sultan d’Istambul (coédition Salvy) La poésie au Québec-1990 (coédition Collège de Joliette) 10,00$ 10,00 $ 10,00$ 7,95$ 1 5,00 $ 6,00$ 1 5,00 $ 10,00 $ 6,00$ 10,00$ 10,00 $ 1 2,00 $ 6,00$ 1 2,00 $ 15.00 $ 6,00$ 6,00$ 12,00$ 6,00$ 10.00 $ 10,00$ 6,00 $ 1 2,00 $ 6,00$ 15,00 $ 15,00$ LA JEUNE POÉSIE Beauchamp Louise Pièges 6,00 $ Collectif Des Forges # 32 6*00 $ Cholette Mario La nuit tourne sur elle-même 6,00 $ Duval Jean Un théâtre obscur 6,00 $ Guimond Daniel Continuum 6,00 $ Monette Hélène Lettres insolites 6,00 $ Perron Jean Ce qui bat plus fort que la peur 6,00 $ LA POÉSIE CASSETTE ET LE POÈME-AFFICHE Beausoleil Claude Ville concrète (Cassette audio) 10,00$ Brossard Nicole Amantes (cassette audio) 10,00$ Kurapel Alberto Confidencial/Urgent (cassette audio) 10,00$ Micone Marco Speak what (affiche) 5,00 $ RECHERCh.LES PREMIERS FEUX DE FORÊT • L'ÉLECTRONIQUE DANS L'ESPACE LA CICATRISATION DES BLESSURES • L'INTELLIGENCE DES BÉBÉS LA GÉNÉTIQUll L'ORIGINE DE L' RECHERCHE PUBLIE DANS SON NUMÉRO D'OCTOBRE UN DOSSIER SUR: LA GÉNÉTIQUE ET L'ORIGINE DE L'HOMME ÉGALEMENT AU SOMMAIRE: • L'intelligence des bébés.• L'électronique dans l'espace.• La cicatrisation des blessures.• Les premiers feux de forêts.• Le tiers monde malade du tabac américain.N° 236-OCTOBRE 1991 6.55$ EN VENTE EN KIOSQUE OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT — UN AN : 49,00 $ I (TPS) | Je souscris un abonnement d’un an (1 1 nos), à LA RECHERCHE au prix de 49,00 $ + 7 % (TPS) 52,43 $ Veuillez payer par chèque établi à l'ordre de Diffusion Dimédia Inc.Nom____________________________________________________________________ I ' - I Adresse_________________________________________________ I Ville-—-Code postal________________ I A retourner accompagné de votre règlement à : Diffusion Dimédia, 539, boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2 I « Un délai de 6 à 12 semaines interviendra entre la date de la demande d'abonnoment et la réception du premier numéro.L'abonné(o) le sera pour un an à compter du premier numéro reçu. Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 ¦ D-3 • le plaisir des ivres JEAN O'NEIL L’île au centre du monde La plume de Basile PHOTO JACQUES NADEAU Odile Tremblay LKS PORTES, on ne les interviewe pas.On attend que le courant passe et que les mots viennent : des bribes de vie, d’images qui finissent par crever ici et là comme des bulles l’espace sonore.Rencontrer Jean O’Neil, c’est mettre de côté l'entrevue pour jeter un coup d’oeil sur son épaule aux cartes du Québec tapissant le bureau, compulser avec lui ses photos anciennes, visiter sa terrasse à la vue urbaine dont l’esthétique lui rappelle tant New York.Timide et fragile, mon hôte, qui se prend à envier l’in visibilité de l)u-charme, déteste « le service après vente » alors que l’écriture est oeuvre de solitude et d’intériorité.« Il y a trop de livres», dit-il.Il y a aussi trop de mots.O'Neil fréquente le silence.C’est pourquoi il n'écrit que l’essentiel.Nombreux sommes-nous à voir en lui un des meilleurs écrivains du Québec.Et voici que Libre Expression réédite au bout de 10 ans son Cap-aux-oies, patchwork d’instants de vie dérobés au quotidien d’un petit monde charlevoisien, qu’on découvre aussi bouleversant de poésie que celui chantant et savoureux d’Alphonse Daudet.Voici aussi que Jean O’Neil publie L'ile aux grues, récit de son passage dans ce lieu à peine peuplé, où les oies bavardes font escale deux fois l’an.« J’ai la passion de mon pays, chuchote-t-il.Je n’ai jamais parlé que de ça ».Pour lui.l’île aux grues habite le coeur de notre univers.« Elle est là au confluent de tout ce qui se passe : du continent qui se vide, de l’océan qui veut rentrer, de la fertilité la plus totale.Hors du monde, en même temps.Mais la vérité, soupire le poète, c’est que nous passons tous à côté de l’île aux grues ».L’île aux grues, il a su l’arpenter de long en large.Ses parents à leur retraite ont décidé de quitter Sherbrooke et de s'installer dans cette ile perdue à la hauteur de Montmagny.L île aux grues raconte la grande épinettequi lui tient lieu d’observatoire, il parle de la mère de l’auteur, du bruit de rouet que fait la bécassine avec ses ailes au moment de décoller, de l’arrivée du traversier, des visites de monsieur Painchaud à la voix tonitruante, de tout et de rien.Mais avec une plume pointilliste dont les accents rappellent ceux de Gabrielle Roy.L’an dernier, son épouse lui a demandé : « Pourquoi n’as-tu jamais écrit sur l’île aux grues ?» Jean O’Neil a alors sorti les quelques pages griffonnées en 72 lors d’un séjour à la maison de ses parents.« Sans le savoir, le livre habitait ma tête depuis si longtemps que je l’ai écrit en quatre semaines.C’était au fond bête comme chou ».« Je me suis promené avec les paysans de mon pays, évoque le poète.Et ils ne sont pas différents des éditeurs de mon pays.Les uns n’arrivent pas à vendre leur lait, les autres, leurs livres.Les uns et les autres vivent des subventions de l’État.Et moi, au milieu de tout ça, j’écris comme un vieux fou qui se promène sur les terres de son pays.Mon uni- Jean O’Neil vers est extrêmement petit, vous savez.Mais je l’explore avec un grand amour et un immense respect poulies gens que je côtoie ».Jean O’Neil est né à Sherbrooke en 1936.Son père était journaliste à La Tribune.Mais, lui, trouvait ce métier tellement bête qu’il s’est solennellement juré de ne jamais écrire.Tout le monde à l’école avait beau vanter sa plume, il résistait.Plus tard, à l’université Laval, ses choix l’ont porté tour à tour sur la géogra- phie, la pédagogie, le droit.Il s’est retrouvé novice quelques mois à l’Abbaye bénédictine de St-Benoit.Ça n’allait pas non plus.Si bien que Jean O'Neil dut se résigner à exploiter son talent.D’abord journaliste en 58 à La Presse, il a finalement basculé dans récriture, alternant romans ( Les Hirondelles, entre autres), théâtre ( Les Balançoires), plusieurs récits (Cap-aux-Oies, Promenades et tombeaux), préférant à toute fiction le parfum de la réalité.Longtemps, Jean O’Neil fut, pour des raisons alimentaires, fonctionnaire.Aujourd'hui, il est rédacteur pigiste.Mais combien d’écrivains peuvent vivre vraiment de leurs plumes au Québec ?« En 811, je suis allé me promener du côté d’Oka.Et tout le potentiel explosif du lieu m’est sauté au visage.Alors j'ai décidé de soulever le voile de ce mystère-là ».Venait pour lui de commencer une longue recherche en archives qui allait conduire à la rédaction d’un roman historique, Oku, dont personne ne voulait et que l’auteur se résigna à publier à son compte en 1987.Les exemplaires du livre (52 caisses) s’empilaient dans son garage.Sauf que .trois ans plus tard résonnaient les tam-tams de l’été indien.*< Le garage s’est vidé en 29 heures », se souvient-il.Oka devait se vendre comme des petits pains chauds, paraître en feuilleton dans La Presse.L’écrivain, on le reconnaissait enfin, avait trouvé la dynamite avant tout le monde.« Pas facile de vivre des années d’avance sui-les autres », soupire-t-il aujourd’hui.Jean O’Neil n’est pas pressé.Il publie peu et seulement quand un sujet s’impose à lui.« J'ai horreur de la gloriole », me dit celui qui se définit avant tout comme un homme de savoir et de devoir.Pour l’instant, Jean O’Neil n'a devant lui aucun projet d’écriture.Il n'y pense d’ailleurs pas, occupé à me réciter un extrait de Cap-aux-oies, celui où un Van Gogh arrivé on ne sait d'où fait de ses pinceaux « fleurir le verger », près de la maison des Fontaine.Arles et Cap-aux-oies soudainement s’y confondent.L’assaut de la nature CAP AUX OIES Jean O’neil Libre Expression 295 pages, 2e édition.L’ÎLE AUX GRUES Jean O’neil Libre Expression 190 pages, 1991.Louis Cornellier LORS de son récent passage à l’émission L'Envers de la médaille, ( 5 octobre ), Jean O’Neil déclarait aimer les gens « vrais ».Ceux, disait-il, qui n’ont pas besoin de grands mots et de discours pour justifier leur existence.La parution de son nouveau livre, L’ile aux grues, et la réédition de Cap-aux-oies ( 1980 ) nous en offrent une belle démonstration.Or la vérité, pour cet auteur, adopte un visage plutôt problématique.C'est par l’entremise d’intermi- nables listes de noms d’oiseaux et surtout de fleurs, de même que par des descriptions dépouillées de personnages pittoresques en diable ( ses parents, les cultivateurs du rang, leurs femmes, etc.) que Jean O’Neil entend mener la recherche qui mène à l’authenticité.Ainsi, au fil des tableaux succints qui se bousculent dans les deux oeuvres, le lecteur subit l’assaut incessant des charmes de la nature.Parfois, le ton est juste et réussit à toucher : « Et puis, même si les habitants n’en ont pas vu depuis cinquante ans, quand le vent se met à brailler dans la porte comme un enfant malade, instinctivement, on pense aux loups ».Aussi, face au piège de l’interrogation, l’esquive frôle la beauté : « Puisque vous appréciez tellement la création, pourquoi ne venez-vous pas à l’église le dimanche pour remercier avec nous le créateur ?Que lui répondre ?Que les hommes, comme les utriculaires APRÈS SCARLETT, VOICI LÉA! J Décidément les héritiers de Margaret Mitchell manquent d'humour: pourquoi avoir accusé Régine Deforges et sa Bicyclette bleue d'avoir Ïjlagié Autant en emporte e vent et ne pas lui avoir demandé d'écrire Scarletf?Régine Deforges a fart mieux: elle a écrit Noir Tango.Après Scarlett, voici Léa! Ramsay/Denoël, 373p., 24,95$ et les bihoreaux, ont des façons différentes de tous faire la même chose?».(Cap-aux-oies).Pourtant, le propos agace.Car que nous dit Jean O’Neil dans ces deux livres ?À quelle source son élégie pastorale s’abreuve-t-elle ?Aux détours des champs de vaches, d’une tourtière préparée par Marie-Anna, des étoiles, du fleuve et des marmottes, ce chantre de la nature accepte de lever pudiquement le voile sur les intentions qui l’animent.Et ce n’est pas toujours très réjouissant.L’obsession de la pureté champêtre amène inévitablement O’Neil sur le chemin du mépris de la civilisation et de ce qui l’accompagne : la pensée : « On ne se parle à peu près jamais, comme si, de toute éternité, on savait que ce ne sera jamais nécessaire.» ( L’île aux grues).Pour être certain d’être bien compris, l’auteur se fait plus explicite : — « Vous êtes un intellectuel, hein ?» Et lui de répondre : « Si tu sors tes grands mots, je me sauve et tu ne me reverras plus jamais dans ton garage ».; — « À quoi tu penses ?— Je pense trop.— Si tu penses trop, couche-toi.On va dormir un peu.» ( Cap-aux-oies).En clair, on aura ainsi saisi que les gens « authentiques » ne pensent pas.Édifiant.Cap-aux-oies et L’ile aux grues baignent dans cette logique misérabiliste qui se donne pour mission de nous laver du péché de réflexion.C’est pour fuir le mensonge urbain et la tourmente diabolique des villes que l’auteur va se réfugier dans ces coins de terre isolés qui ont su, grâce à Dieu probablement, préserver leur virginité organique.Dans le fumier jusqu’aux genoux, que la vie est belle et vraie ! Toutefois, extatique, le « vrai » homme n’en reste pas moins hautain :.comme je n’oublie pas ces gens monstrueusement vides qui inventent des théories sociales pour se masquer leur propre néant ».(L’ile aux grues).Morale de l’his- toire : du fumier comme préalable à la plénitude.Dans sa « Critique de la raison bucolique » ( La Règle du jeu, no 9, mai 1991), le philosophe français Michel Onfray résumait en une seule phrase la trivialité d’une telle vision du monde : « Les fanatiques de la raison bucolique ne cesseront de s’appuyer sur cette logique : excellence de la nature qui donne bonheur, vérité, plaisir et satisfactions quand la civilisation ne génère que malheurs, douleurs et afflictions.» Est-il vraiment nécessaire d’ajouter que j’ai la ferme conviction que les Québécois aimeront à la folie ces deux livres ?Confondant depuis toujours sincérité et vérité, il leur serait difficile de faire autrement.Surtout qu’il s’agit ici de « faits vécus» Aussi, aux entêtés, un seul conseil : relire en parallèle, pour le sang-froid et la lucidité, L'Invention de la mort d’Hubert Aquin.EMOUVANT! Agota Kristof LE TROISIÈME MENSONGE roman n livre d'une brièveté efficace, implacable, émouvante.» Lucie Côté, La Presse «D'où nous vient l'étrange sortilège qui nous tient captifs, nous ses lecteurs, dans les romans d'Agota Kristof?» Lisette Morin, Le Devoir «Peu à peu, comme un paysage émane lentement du brouillard, le lecteur découvre l'ampleur de la tragédie familiale et l'omniprésence du mensonge.» Marie-Andrée Lamontagne, L'Actualité «Un jour prochain, probablement, par un renversement de calembour, un revers de jeu sur les noms, on se souviendra plus du nom d'Agota Kristof que de celui d'Agatha Christie.» Michel Braudeau, Le Monde Par l'auteur de Le Grand Cahier (1986) et de La Preuve (1988) SEUIL l92pog*i, 19,95$ NOT R E CHRONIQUEUR aux lettres québécoises, le réputé Jean Basile, vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer du poumon.M’étant entretenu avec lui, cette semaine, il m’a confié son désir de ne pas abandonner sa relation avec les lecteurs du DEVOIR et d’ici peu, la semaine prochaine sans doute, il reprendra sa chronique en page :i du cahier littéraire.On retrouvera avec plaisir la plume de Basile qui occasionnellement, le plus souvent possible, signera des chroniques comme à l’habitude, avec toute l’attention et la perspicacité que son esprit critique porte jusqu’à vous, ses lecteurs.Toutes nos pensées d’encouragement et nos saints le rejoignent ce matin.— Robert Lévesque Oy GUÉRIN Téditeur qui édite RICHARD RAYMOND A DROLES DE SECRETS RICHARD ?GUERIN Montréal, Guérin, 1991 175 pages 15,3 cm x 22,8 cm 9,95$ C’est par le truchement des mots justes cl injustes, des tournures de phrases inattendues, des intrigues palpitantes, des personnages fascinants que Richard Raymond vous invite à un festin de la parole.Les bons auteurs finissent toujours par séduire les bons lecteurs et ils peuvent le faire de diverses façons: 1) en misant sur l’originalité; 2) par la profondeur et la portée des propos, par la subtilité; 3) grâce à un recours astucieux à la complexité ou à la simplicité.Richard Raymond réussit à séduire à tous ces niveaux et, parfois, à l’intérieur du meme texte, «Faut le faire!», comme dirait le jeune spccuitcur, ébahi que les ballons multicolores soient si bien équilibrés sur le nez du phoque.Tous les moyens sont bons, et surtout les plus ensorceleurs.Imagcsbicn rendues, visages bien vendus.Voilà ce que vous propose l’auteur de Drôles de secrets, virtuose de l’inattendu, jongleur de phrases de toutes les couleurs, maître du dél i rc et d u dé 1 i ran t.U n rcc uci 1 pour toutes les saisons, pour toutes les bonnes raisons.Paul Savoie Distributeur exclusif: ADP 523-1182 Gérard Étienne La pacotille La rentrée romanesque à l’Hexagone .-N O La Pacotille un roman de Gérard Étienne Jamais le mal haïtien n'a été décrit avec autant de force et de lucidité.Un livre-choc sur la rencontre des cultures haïtienne et québécoise.La Main cachée un récit de Jean Royer Un livre impudique mais tendre.“La nécessité dont elles viennent, ces pages, est toute noblesse.” Réginald Martel.La Presse 258 pages - 116 pages - 18,95 $ i nexaqone 14,95 $ lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise JEAN ROYER Im Main cachée «ICCir • I HEXAGONE D-4 ¦ Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 L’indispensable L’actualité internationale à votre portée 640 pages 22,95 $ Boréal En collaboration avec: LE DEVOIR - «^Liberté À bon entendeur, salut! Robert SALETTI ?Essais Québécois L’AMOUR DU PAUVRE Jean Larose Boréal « Papiers collés », 254 pages.J KAN LAROSE, l’auteur de la Polite Noirceur, son précédent essai (auréolé à juste titre du prix du Gouverneur général), revient pour ainsi dire à la charge avec l'Amour du pauvre.Je dis cela parce que non seulement on retrouve dans ce nouveau recueil de textes la teneur polémique du premier — que répercute jusqu’à un certain point la faveur médiatique dont jouit Larose depuis la sortie qu’il a faite au congrès des professeurs de français des collèges du Québec en mai dernier — mais aussi son refus du conformisme ambiant en matière culturelle et littéraire.En clair, Larose ne joue pas la carte du tendre.Pour lui, un mépris quasi généralisé du savoir et un infantilisme linguistique caractérisent le Québec, la franche camaraderie et le cabotinage y tenant lieu de réflexion critique.Comme pour lui donner raison, j’entendais l’autre soir un annonceur sportif déclarer en parlant de telle équipe qu’elle s’était re-vanchée, et de tel joueur qu’il picos-sait devant le but adverse ! Voilà le genre de babil auquel le Babel des communications nous réduit trop souvent.Les textes de l’Amour du pauvre pourraient grosso modo être divisés en deux : ceux publiés dans la revue Liberté qui ont pour interrogation la littérature et, à traves elle, l’identité québécoise, et ceux inédits qui traitent de l’enseignement de la littérature, du rôle que celle-ci devrait jouer dans l’éducation.Il ressort des premiers que les créateurs et les écrivains d’ici — puisque le contexte historique, en affaiblissant la figure paternelle, barre l’accès au symbolique — ont toutes les difficultés du monde à s’accepter comme tels.À J cet égard, Larose dissèque admirablement bien les cas d’Octave Cré-mazie et de Saint-Denys Garneau, chacun à la fois pauvre face au poids des modèles (français) de leur époque mais riche de la conscience de i leur position précaire.Quant aux seconds textes, on aurait à prime abord envie de les inscrire dans le courant « révisionniste » de la cul ture moderne.Comme pour Alan Bloom, aux États-Unis, ou Alain Fin-kelkraut, en France, on sent chez Larose une certaine frustration devant Jean I i-i• / S r i WM i; hi r\i \ in KHr.unrT4nr>jr.iJi ixktiit < i l’état de la culture qu’on enseigne et qui est souvent celle du plus petit dénominateur commun.Comme eux également, il y a chez lui cette idée que la jeune génération serait mieux servie si on lui apprenait à dépasser le cadre réflexif du « vécu » ou de l’expérience immédiate.Pour contrer la fascination exercée par la culture de masse d’une part et pallier les effets négatifs de la pédagogie québécoise (visibles aussi bien dans la multiplication des objectifs de tous ordres — on passe plus de temps dans les classes à expliquer ce qu'on veut évaluer qu’à enseigner — que dans la fétichi-salion du « québécois » — il n’est pas rare que le cursus d’un collégien ne contienne que des auteurs autochtones), Larose propose que l’on revienne à un enseignement plus humaniste et que soit redoré le blason de la littérature.« Champ de bataille des libertés contre l’intolérance», celle-ci est foncièrement « intempestive » : elle éduque par la distanciation qui la fonde et qui lui permet d'intimer le lecteur.Toujours discordante, l'oeuvre littéraire est formatrice, au sens fort, puisqu’elle enseigne « la force réalisatrice des formes elles-mêmes, en elles-mêmes, par elles-mêmes ».La littérature, on le sent, manque au Québec, comme on dit d’un chanteur que la voix lui manque.Aphone, le Québec le sera toujours s’il persiste à endosser tous les compromis médiatiques, à se draper dans un nationalisme très familier, très familial, à s’illusionner dans un irrespect (très normatif) de la norme et de l’autorité, irrespect qui va jusqu’à nier à la langue sa capacité à dire et penser l’Autre.Jean Larose est professeur de lit térature à l’université.( >n peut comprendre son exaspération.Et puisque j’enseigne actuellement au cégep, cette exaspération, qui est fondée, m’interpelle, comme on dit.Les jeunes d’aujourd’hui semblent lire [ peu et quand ils le font, leurs chdix sont jieu structurés.Il est vrai qu’ils vivent dans une certaine immédia-teté (du plaisir, de la réussite, du marché du travail) dont ils ne saut que très partiellement responsables et qui ne les prédispose que très peu à la patiente sensibilité qu’exige'la lecture littéraire.Il est aussi vrai que, délestés de l'autorité naturelle qu’ils avaient autrefois, les profs s’en remettent souvent à toute une panoplie d'outils pédagogiques qui don nenl à leur relation avec les élu (liants un caractère exagérément didactique.Je crois qu’il faut dénoncer la langue de bois des fonctionnaires et déplorer le déni de culture que suppose la vénération de l’expérience quotidienne et du « monde ordinaire ».J'abonde ainsi dans le sens de l’auteur de l'Amour du pauvre, d’autant plus que la littérature a été pour moi, après la musique, la plus grande source d'éveil et de révolte de ma jeunesse.Pour toutes ces raisons, et quelques autres, je trouve la « croisade » (le Jean Larose essentielle.Pourtant, quelque part, je n’adhère pas tout à lait à la tonalité nostalgique qu’emprunte son discours.Pour que le Québec puisse sedéssaisir de ce nationalisme étroit qu'entraînent la peur et la honte, pourquoi est-ce nécessaire de «donnerà la littérature une position hégémonique» ?Si je m'accorde à dire que la littéral lire, à l’ère moderne, est par essence démocratique (opposée en cela au moins au cinéma dont les moyens sont industriels) et que tous peuvent y aspirer, c’est moins à cause de la résonance humaniste qu’elle a déjà eue (quand seule une caste y avait accès) que parce qu’elle est « impure » et que carre four de discours hétérogènes, elle se mêle de ce qui ne la regarde pas et on la retrouve où on s’y attend le moins.Y compris dans un slogan pii blicil ai re.un monologue humôris tique ou un roman policier.La définition que Larose donne de la littérature me semble par moments bien unitaire pour quelqu’un ()iii se réfère aussi allègrement à la vision d'un Derrida, qui n’est pas pré cisémenl humaniste, lui pour qui l'écriture (plusque la littérature) est un décent renient continu et ne peut être ramenée à un sujet fixe.Contre les défauts de la post modernité (Larose donne l'exemple A’Un zdoila nuit) qui fait de la mémoire un exercice éblouissant plutôt qu’une expérience intérieure, la littérature a fériés son mot à dire.Que ce mot soit une clameur, je n'en vois pas l’urgence.Qu'il force l’entendement, toutefois, me parait absolument nécessaire, si le Québec veut sortir de sa pauvreté intellectuelle.Et cela, Jean Larose le démontre plus intelligemment que quiconque.Des peuples sans archives LES ENFANTS D’AATAENTSIC L’histoire du peuple huron Bruce Trigger Éditions Libre Expression 1991, 972 pages.Marcel Fournier DES AMÉRINDIENS et de leur histoire, nous savons peu de choses.Et j ce que nous savons a été écrit par des explorateurs et des missionnai-i res européens qui avec leur culture et leur préjugés n’ont pas toujours été en mesure de comprendre les peuples qu’ils « découvraient ».Comment écrire l’histoire des peuples qui n’ont pas d’archives écrites ?Professeur d’anthropologie à l’Université de Montréal, Bruce Trigger relève le défi en empruntant une voie originale : il tente d’« analyser les événements selon le point de vue des Murons et non celui des Français et des Hollandais, comme c’est habituellement le cas ».Certes Trigger relit attentivement les diverses archives existentes écrites — les Relations des Jésuites, etc.—, mais en plus il utilise des sources que négli-gent habituellement les historiens, à ; savoir l’archéologie, l’ethnologie et j l’ethnohistoire.L’archéologie fournit : de nouvelles données; l’étude des | moeurs et de la tradition orale per-j mettent d’interpréter les faits déjà connus.La perspective bascule : l’histoire de la Nouvelle-France n’est pas celle de quelques courageux aventuriers qui ont affronté tous les dangers pour apporter ici la civilisation et la Bonne Parole mais celle d’une véritable colonisation avec toutes les conséquences qu’elle entraîne : commerces, alliances, guerres, épidémies, destruction des systèmes sociaux, politiques et moraux traditionnels.Les mauvais ne sont pas toujours les Indiens ! Même le fondateur de Québec, Samuel de Champlain, est pris à partie : celui-ci semble en effet avoir été un « homme extrêmement ethnocentrique et inflexible (.); il fit preuve de moins de compréhension des moeurs amérin diennes, et de moins de sympathie que ne le rapportent la majorité des historiens ».Et que dire des missionnaires ?Certains historiens ont reproché à Trigger son « agressivité antijésuite ».L’évaluation qu’il fait de l’action des jésuites est très sévère : il leur reproche non seulement de n’a voir rien compris aux croyances et aux pratiques huronnes mais aussi et surtout d’avoir utilisé tous les moyens pour obtenir des conver sions : droit des missionnaires de vi vre en pays huron comme condition préalable à toute alliance commerciale franco-huronne; privilège accordé aux chrétiens de payer moins cher que les non-chrétiens pour les marchandises européennes; possibi lité pour les seuls convertis d’obtenir des armes à feu.Pour l’auteur, une conclusion s’impose : « Lorsque les Iroquois lancé rent leurs attaques finales contre les Murons, la politique des jésuites avait privé les Murons des armes dont ils avaient besoin pour leur propre défense et avait sérieusement af faibli leur volonté de résister à l’ennemi ».De tels liens de cause à effet ne sont jamais aussi simples.L’on peut reprocher à Bruce Trigger d’avoir avancé plusieurs hypothèses audacieuses, d’avoir utilisé fréquemment les « 11 semble que .»,« Il est fort possible que .»,« On peut conce voir que.» et d’avoir tiré des con elusions même lorsque les « preuves » sont fragiles.Il n’est évidemment pas facile de comprendre ce que des individus et des peuples ont pu penser à tel ou tel moment de leur histoire.Force est cependant de reconnût Ire que l’effort de vouloir écrire l'Histoire « selon le point de vue des Amérindiens» entraîne une profonde réévaluation de toute l’histoire de la Nouvelle-France.Il ne faut donc pas s’étonner que Bruce Trigger ait été accueilli en janvier 1990 par le clan de la Grande Tortue de la confédé ration des Wendats (Murons) comme membre adoptif : son nom de Nyema (Nyenmean) veut dire « la Tortue qui sait comment » ou « Celui qui trouve les moyens ».Plus prudent, le gouvernement du Québec a attendu les jours derniers pour lui décerner le prix Léon Gérin et reconnaître l’excellence de ses travaux.+ Larose j cent mètres en dix secondes.il suffit de placer le cent mètres à 50 mè très .» Jean Larose admet que le niveau de connaissance s’améliore I lentement.« Je constate qu’aujour-; d’hui les étudiants ont plus lu qu’il y a quelques années.La préoccupation pour la langue remonte, mais elle est aux prises avec une idéologie très forte, qui dit que c’est une préoccu-I pation élitiste ».Jean Larose explique également dans /,’amour du pauvre qu’il faut re-! connaître la littérature française comme étant la nôtre.« Une part importante de nous peut être comprise par l’étude de la littérature française, c’est notre héritage.Même la façon dont le Parti québécois conçoit l’indépendance, par exemple, corres-! pond a la tradition des Lumières.Si on peut comprendre ça il n’y a pas de raison de se sentir attaqué.Et en plus cela n’enlève rien à la httéra ture québécoise.Mais on a beaucoup de difficulté à sortir la littérature québécoise du ‘rayon séparé’ et de la juger comme n’importe quelle autre oeuvre ».Autre cheval de bataille : les intellectuels ne font pas leur travail.« ( )n ne les voit pas.Il me semble que tout espèce de professeur d’université de vrait se considérer comme un intel leetuel.Mais c’est vu comme une in suite.Les intellectuels ne font pas leur travail parce qu’on vit chacun pour soi, et puis aussi à cause du con texte idéologique, puisqu’ils sont perçus comme des gens qui veulent se mettre au-dessus des autres.Moi on me perçoit comme prétentieux et arrogant.Bon, c’est vrai que si on arrive et qu’on dit aux gens ‘ce que vous faites n’est pas bien, je vais vous critiquer’, alors là on est renvoyé du coté de l’élitisme.Mais on voudrait ainsi interdire ultimement toute pensée critique, alors que la spécialité de l'intellectuel devrait être la pensée critique ».« Il y a une résistance au travail de l’intellectuel, car le contexte général de la culture de masse nous pousse au conformisme.Et c'est un confor misme absolument terrible puisque c’est un conformisme de la différence.On nous dit constamment ‘soyez différents, portez, un jean différent, buvez une bière différente’, il s'agit de la forme la plus parfaite d’idéologie conformiste puisqu’elle pré che continuellement la différence.Comment intervenir contre un sÿs tème qui prône la différence ?» Jean Larose ne répond pas directement à la question.Mais le mélange actuel d'intérêt, de fascination et de contestation envers ses propos semble bien illustrer un certain toc soin d’exigence. Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 ¦ D-5 • le plaisir des ivres Une enfance mauriacienne Lisette /HORIN ?Le MARIMÉ Anne Wiazemsky Gallimard, 286 pages COM M ENT pourrait-on dissocier dans ce dernier ouvrage de la petite-fille de François Mauriac Malagar de Mu rimé ?L’auteur n'a même pas tenté de brouiller les pistes.Le fait que le domaine girondin et mauriacien ait été cédé à la région Aquitaine, en 1985, et soit devenu un musée ; et que la maison délabrée qui donne son titre au roman soit située en Bretagne ne changent rien à l’histoire mélancolique que nous raconte, avec tout le charme des souvenirs d’enfance, Anne Wiazemsky.Les cinéphiles qui sont souvent — l'un n’empeche pas l’autre — des lecteurs incorrigibles de romans, n’ont pas oublie la très jeune interprète qu’avait choisie Bresson pour Au hasard,.Balthazar et encore moins la comédienne de La Chinoise, de Godard, et de Théorème, de Pasolini.Ils ont peut-être également, ce qui n’est pas mon cas, lu Le beau navire, l’autre année, et avant, le recueil de nouvelles intitulé Des filles bien élevées, avec lequel Wiazemsky entamait sa carrière d'écrivain.En rendant compte, il y a deux ans, des Nouvelles lettres d'une vie, de François Mauriac, recueillies et annotées par sa belle-fille Caroline, en même temps que du dernier ouvrage de Claude Mauriac, je titrais mon feuilleton : Mauriac, le père, le fils et.l’esprit de famille.Si l’on ajoute à la tribu Régine Desforges, femme du frère d’Anne Wiazemsky, on peut penser que l’écriture est vraiment « leur affaire », aux Mauriac.Ou que bon sang ne peut mentir.D’où, sans aucun doute, la somme de travail et même le beau courage qu’il faut, quand on est de la troisième génération, pour tirer son épingle de cette pelote bien enroulée.Que l’auteur de Marimé y parvienne, il y a là plus qu’une question de gènes ou d’environnement littéraire.Il y faut un talent personnel, et un bon sujet.Car, si la maison de famille, que dédaignent les héritiers, cette maison quasi abandonnée que Anne Wiazemsky «notre» Victor-Lévy Beaulieu appellerait, comme dans sa dernière pièce, « la maison cassée », occupe l’espace physique du roman, elle n’en est que le cadre, les personnages étant un trio de femmes — l’héritière potentielle, photographe de son état, une comédienne encore très jeune, qui transite d'Avignon à Paris, et une célèbre galeriste d’art, — échouées là sans doute pour la dernière fois.Car il y a l’oncle de Catherine, l’héritier, qui a résolu de céder la maison de Bretagne à la municipalité, au grand dam de celle qui refuse encore d’abdiquer, menaçant même l’intrus de sa carabine 7,65, une arme bricolée qui apparaît dès les premières pages du roman.Quant à Annie, bouleversée par une grossesse inattendue; à Florence, une perfectionniste dont, malgré une sérénité apparente et une grande efficacité de femme d’intérieur, on soupçonne, en poursuivant la lecture du roman, l’angoisse cachée, elles profitent de la grande maison, de son jardin en friche mais encore fleuri en septembre, de la plage et des bains de mer, se retrouvant le soir devant de très grands crus, que la grand-mère Manon conservait précieusement, et même avec un attachement qui touchait l’avarice, dans sa cave.Catherine a vécu là des vacances heureuses, mais tout n’était pas sans nuages en ce temps de l'enfance familiale.On retrouve dans les chambres les chansons d’autrefois, sur des disques 45 tours, qu’on fait tourner sur le petit électrophone des cousins et cousines ( Piaf revit avec toute la nostalgie voulue — je rédige ce feuilleton le 11 octobre, date anniversaire de sa mort survenue en 19615 ), on caresse la belle chatte comiquement baptisée « La Mouffette », on lutte, dans le vieux poulailler où quelques poules pondent encore quelques oeufs, avec un coq batailleur que Catherine finira par tuer, d'un coup de sa redoutable carabine.Le roman est écrit d’une encre très légère, ce qui n’exclut pas la relation de conversations sérieuses : Annie doit-elle garder l’enfant que vient de lui faire l’amant qu’elle vient.de quitter ?Catherine finira-t-elle par convaincre l’oncle Gaétan de ne pas céder la maison familiale ?Et Florence, qui doit retrouver bientôt à Paris son mari et ses enfants, image parfaite mais surfaite, comme le lecteur finit par le soupçonner, du bonheur bourgeois et familial, pourquoi s’attarde-t-elle avec Catherine et Annie ?Anne Wiazemsky raconte bien la terre armoricaine, souvent si douce dans l’arrière-saison, l’atmosphère surannée mais envoûtante des salons et des chambres, des meubles anciens, des verres monogrammés, des tasses de fine porcelaine.Mais le ton feutré peu à peu se déchire, l’atmosphère se gate comme le temps à l’extérieur, et les volets qui claquent sous le vent mauvais sont annonciateurs d’un drame.Mais, déjà rompue aux secrets du suspense, l’auteur de Marimé ne révélera qu’aux dernières pages ce qu’annonçait la première : pourquoi Catherine était-elle retenue chez les gendarmes, et quelle était la victime de la fameuse carabine « bricolée à partir d’un pistolet de l’armée allemande » ?On n’échappe décidément pas à son hérédité.littéraire, et cette romancière est bien mauriacienne, par le talent et par la qualité de l’écriture.Un bon livre d’automne ! La décadence de l’Empire IMAGES I)E L’EMPIRE Michel Host Ramsay/de Cortanze 1991, 217 pages Francine Bordcleau EN CETTE FIN DE SIÈCLE, beaucoup d’écrivains célèbrent, à leur manière, l’apocalypse.Il y a celle de Dominique Nogûez (Les derniers jours du monde, Robert Laffont), dont on dit du bien.Il y a aussi, dans un tout autre registre, celle de Michel Host, Concourt 1986 avec Valet de nuit, qui dédie justement l’une des .parties de son Images de l’Empire à Noguez.Sur la fin de l'homme et du monde, Host a déjà beaucoup écrit.L’auteur continue ici de creuser ce qu’il faut bien appeler, sinon l’une de ses obsessions, du moins l’un de ses thèmes de prédilection.Récit étrange que Images de l’Empire.On y entre par « cette gare d’une ville de nom illisible, aux con- fins de l’Empire».Une gare, un train, un clown, puis l’explosion d’un wagon rempli de boîtes d’allumettes : première évocation de la fin du monde.Mort de la littérature : deux quidams font l’analyse dithyrambique d'une insignifiante harlequinade.Ce qui n’empêche pas une fillette, plus loin, de préférer un poème à son sinistre devoir d’allemand.Auparavant le lecteur aura pu croiser, étonné, les figures de Pierre Perreault, Gaston Miron, Claude Beausoleil.Toutes ces évocations hétéroclites formeraient les différentes nouvelles d’un recueil si elles n’étaient reliées par le chroniqueur de l’empire, dont les notes sont à lire comme les multiples pièces d’un puzzle.« L’Empire est sans limites », prévient Host, c’est notre monde où toutes les époques et tous les pays se confondent.Les repères que constituent les dates et les lieux ont disparu.Le chroniqueur est une sorte de voyageur sans frontière spatiale ou temporelle, qui relate les manifestations de la fin.Le lecteur reconnaîtra ainsi, au passage, des allusions à la Venise du XVIe siècle, à la Deuxième Guerre mondiale, au Vietnam .Mais rien n’est nommé.Récit désarçonnant dans sa construction, Images de l’Empire surprend aussi par son écriture.Se côtoient, de façon plus ou moins réussie, le rêve, la fable baroque, la description froide de l’oeil d’un cadavre, les visions grandioses et sublimes.Tout cela, il est vrai, est tempéré par le ton volontairement neutre, voire clinique, du chroniqueur.Notre temps a une odeur de fin de siècle et de fin de règne (de tous les règnes).Host nous donne à voir les multiples visages de la décadence.Voilà une préoccupation fort à propos.Le traitement qu’a choisi Host demande cependant au lecteur une forte dose de patience.Peut-être à cause de sa trame trop incohérente, voilà un livre qui, d’emblée, ne séduit guère.BO ULEVERSANT!.Suzanne Jacob L’OBÉISSANCE roman n attendait avec impatience son dernier roman.Avec L'Obéissante, Suzanne Jacob s'attelle à la cause des enfants battus par leurs pires amis : leurs parents.Et signe un terrible et magnifique conte de la folie ordinaire.» Mark-Claude Fortin, Voir «Un roman acide et drôle sur un sujet qui ne prête pas, a priori, à des développements comiques.» Gèrald Meudal, Libération «Dans ce roman riche de formes et de contenus (.) on redécouvre avec émotion que l'art et la morale ne sont pas des valeurs incompatibles.» Réginald Martel La Presse «L'Obéissante est ce que Suzanne Jacob a écrit de plus audacieux, et de plus dérangeant.» Ariane Êmond, Elle Québec «Un ouvrage vraiment vraiment bouleversant et dérangeant.A lire absolument.» Marie-Frante Bauo, Et quoi entorel/Radlo-Canada «Ce roman de Suzanne Jacob est écrit avec une sensibilité déchirante.(.) Un livre majeur.» Monique Roy, Châtelaine «Un livre fort, troublant, un des plus convaincants que Suzanne Jacob ait écrits.» Gilles Martoite, L'Attuolitè SEUIL .-obéis"""* 256 pog m, 19,95$ D-6 ¦ Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 Un dictateur se regarde LETTRES FRANCOPHONES .?UNE PEINE À VIVRE Rachid Mimouni Stock, 1991, 277 pages Lise Gauvin 'C’EST IJN LIVRE troublant que ce dernier roman de Rachid Mimouni, qui suit d’un an les magnifiques nouvelles de La ceinture de l’ogresse (Seghers, 1990).Un dictateur fait sa propre autopsie quelques minutes avant de mourir.Les minutes s’étendent sur plus de 200 pages et racontent l’accession au pouvoir de celui pp qu’on appelle le Maréchalissime.1 Étape par étape, saison par saison, «et homme qui est sur le point d’être •exécuté revoit l’enchaînement des ' IJiits qui l’ont conduit aux.plus hautes i tondions.Un enchaînement fatal, imtf 3 ; ' .i L S; r * De la poésie à la marche « f ANDRE GIRARD Thierry Guinhut LE RECOURS AUX MONTS DU CANTAL et autre* iwi’.s en Massif (.'entra* LE RECOURS AUX MONTS DU CANTAL "Thierry Guinhut Actes Sud coll.Terres d’aventure 1991, 103 pages André Girard OTiL' N’EST PAS rare qu’un écrivain-voyageur confesse une dette envers ¦d'dules Verne ou quelqu’autre auteur de contes épiques et de romans d’aventures.Ces lectures d’enfance, souvent à plat ventre, avec comme oreiller une encyclopédie géographique, sont propres à animer la ligne d’horizon.L’infini s’avère turbulent.Thierry Guinhut n’échappe pas à cette constante, ayant de plus, à l’adolescence, pratiqué la poésie sous la forme obligée, dit-il, de l’alexandrin et du quatrin.Mode d’entrée dans le paysage, elle lui permit d’investir un bosquet de feuillus et les ondulations du relief d’une lumière mystique et d’un poids érotique dignes d’une quête du Graal mais, ajoute-t-il, empreinte toutefois d’un « habillage carnavalesque et abscons».L’âge adulte advenu, la marche a pris le dessus sur la poésie.Et, ne voulant pas en rester aux mots parce ' qu'il préfère maintenant se déssdler, « voir beaucoup plus lentement », Thierry Guinhut arpente les édifices 'Volcaniques alignes le long de cassures du Massif Central.L’alignement des pas mesure l’ascèse, « l'aiguisement et l’expansion de soi que les monts du Cantal se promettaient ».Voilà donc l’excursion commencée, après ingurgitation d’un café (« huile lustrale pour allumer la mèche de son ardeur pédestre »).Et la montagne devient étalement aisée d’une théorie courbe de pics débonnaires.Autant dire un paysage originel ou plus simplement l’éden, retrouvé.Une première nuit dans un abri rustique, ardeur au lever et précipitation à la fenêtre; le brouillard enveloppe tout.Compact et indifférencié.Qu’importe, il y a les chaussures à graisser, le sol à balayer, le -Jeu à remuer.Les cartes seront autant de panoramas disponibles à l’i- N LE DF-Y^né Seivice ^842-9645 magination.Le lendemain, l’espoir est neuf, la pluie aussi : lente et poisseuse, avec la patience et l’assiduité d’une vieille tortue.Il en sera ainsi jusqu’au recul du jour.Penaud, Thierry Guinhut s’interroge : « Il me vint à l’esprit qu’en moi il s’agissait trop de moi, de mes sensations minimes, et pas assez des monts du Cantal.» Peut-être devrait-il mener une vie de philosophe antique, d’anachorète presque nu ou de fou lyrique; n’être que « fétu d’air effacé au moindre souffle du vivant » ?Fin de la première randonnée ! Les suivantes seront du même esprit.Thierry Guinhut persévère et veut convaincre.À ceux qu’il rencontre — excursionnistes, fermier ou autre pèlerin semblable à lui — il n’a de cesse de répéter ses motivations, libérées dit-il, des déf roques de l’absolu et de la métaphysique.Entendez ici « nostalgie de l’origine, fiction de l’essence et de l’Un ».Il est plutôt question, pour lui, de « dire une forme d’espace, une forme et un élan du moi », « d’investir les points d’une rupture et d’un élargissement dans les nuées et la vision ».Le recours aux monts du Cantal, Suivalant à la pratique d’un hors-iti-raire absolu pour Thierry Guinhut, s’avère imprégné d’un dilettantisme au sens pas trop frêle et allégorique.L’accumulation de termes et de concepts ésotérisant en vient à amoindrir, voire annuler ce divers infini du monde dans l’atteinte duquel il est tendu.Le « mouvementé calme et altier du paysage » requiert plus de silence.«AUTANT EN EMPORTE LEVENT» enfin la suite.o Z O ü- _J LU CO ÉDIPRESSE Diffusion - Distribution exclusive 945, au- Beaumont H3N 1W3 Montréal (Québec) Tél.: (514) 273-6141 D'ALEXANDRA RIPLEY «en vente partout» puisque d’un poste à un autre, d’un statut au suivant, il ne s’agissait que d’assurer en tout premier lieu sa survie.Ce fils de bohémien devenu chef de la Sécurité se retrouve chef de l’État, après avoir usurpé la place de son prédécesseur et ami.Pourtant ce Caligula n'assassine pas par vengeance ou par méchanceté, moins encore par une sorte de cynisme philosophique, mais par simple instinct de conservation.L’instinct un jour l’abandonne lorsque la femme qu’il aime refuse ses avances et décide qu’elle n’a rien à faire de son pouvoir.Pour lui plaire, il convoque alors des élections générales et tente de modifier le régime politique de son pays, en donnant l'exemple de sa propre démission.Mais on ne change pas impunément le cours des choses et un autre tyran s’empresse d’annuler les effets de ses nouvelles dispositions.Ce nouveau despote n’aura plus qu'à faire paraître un texte qui, comme les prédécents, aura pour effet de « promettre en rassurant » ou vice versa.Voici un aperçu de ce texte exemplaire : « Le texte commençait par dénoncer tous les méfaits de l’usurpateur et annonçait qu’un courageux patriote avait décidé d’assumer ses responsabilités devant l’Histoire et le peuple afin de mettre un terme au règne de despotisme, de l’injustice et de la corruption.Le second paragraphe, qui s’adressait aux masses, leur affirmait que désormais tout allait changer, que l’eau des fleuves se transformerait en miel et celle de la pluie en lait, que pour le bonheur des paysans les chèvres mettraient bas quatre fois par an et les femmes tout autant, que le soleil se montrerait plus chaleureux en hiver et moins ardent en été, que tous les hommes verraient se dissiper leurs soucis car le nouveau régime leur garantissait la fidélité de leurs femmes et la fécondité de leurs terres.Le passage suivant était destiné à rassurer les nantis et les privilégiés du pays.Il leur certifiait que rien n’allait changer.» Le Maréchalissime est un etre simple, grossier, voire ubuesque, qui ne s’embarrasse pas de scrupules ni de réflexions profondes.Le fait qu’il raconte sa vie à la première personne accentue encore l’impression d’étrangeté que ressent le lecteur.L’intensité de l’horreur n’en devient que plus irréelle, fantasmagorique, puisque présentée avec un tel détachement.Les premiers chapitres n’offrent ainsi aucune éclaircie, aucune faille de tendresse ou d’humanité.L’horreur en devient quasi monotone à force d'excès : ceux du tyran et de ses acolytes, dont la veulerie et la flagornerie sont sans limites.On se prend à souhaiter un peu plus d’ambivalence.Mais malgré tout le monstre n’est pas heureux.Et c’est là que le charme de sa confession opère, dans cet aveu d’une fra- gilité et d’une faiblesse extrêmes, que rien ne peut compenser.Le tyran amoureux en oublie ses ennemis et renonce à sa tyrannie.Car l'amour, pas plus que le soleil n’obéit aux ordres.Une peine à vivre est une interrogation sur les maux et les mélaits du pouvoir — quel qu’il soit, et même s'il se déguise en « redressement révolutionnaire » -, une charge contre le despotisme et un hommage à l’amour.Au-delà de la fable, c’est une mise en question de la nature humaine, mise en question qui s’appuie sur une phrase de Camus proposée en exergue : « Nous portons tous en nous nos bagnes, nos crimes et nos ravages.Mais notre tâche n'est pas de les déchaîner à travers le monde.Elle est de les combattre en nous-mêmes et dans les autres».Rachid Mimouni a réussi à donner à son personnage la cohérence de la bêtise sur fond d’angoisse existentielle.Toutes directions CHRONIQUE DE LA NOUVELLE VENISE Edgardo Rodriguez Julia Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu Paris, Belfond, 1991.421 pages Hervé Guay ON ME L’A souvent dit de me méfier des inconnus, des apparences, des résumés, des raccourcis — encore que prendre le contre-pied du conseil ne vaut guère mieux, mais passons.La jaquette était belle, la présentation tentante : « Dans la géographie imaginaire de l’Amérique, la Nouvelle-Venise, cité lacustre établie sur les terres marécageuses de l’ile de Porto Rico, a été le témoin d’événements extraordinaires et terrifiants.A-t-elle réellement existé, cette ville disparue de l’historio-gra-phie officielle comme de la mémoire collective ?» Voilà ma curiosité piquée.La lecture commence.Dans le prologue, des historiens, sources à l’appui, argumentent au sujet de l'existence de la ville.Comme on peut s’y attendre, certains la mettent en doute qualifiant d’apocryphes les écrits qui s’y réfèrent, d’autres jugent ces documents indiscutables.La chronique commence.Après quelques mises au point, on comprend que celle-ci traitera surtout des derniers jours de la cité.Dès lors, deux narrateurs, l’un auprès de l’évêque guerrier, Trespalacios, l’autre dans le camp d’Obatal, chefs des esclaves noirs rebelles, décriront les préparatifs, les batailles et — part importante — la purification de la cité perverse.Ces chroniqueurs sont très typés.Le lecteur a droit, d’une part, à la voracité sans borne de Don Pepe alias Don José alias Don Évêque alias Trepalacios, d’autre part, aux aventures de couchette de Renégat, observateur créole des moeurs nègres dont il se fait complice.Ces détails se mêlent à une suite d’événements déjà touffue, dans un faux langage fleuri d’époque, aux relents étrangement scatologiques.mmr de la Nouvelle ¦ .-«-(r .• Le récit de la lutte engagée pour le contrôle de la cité devient ainsi prétexte à tous les fantasmes, les cauchemars, les superstitions, les débordements, les déviations, avec ce que cela comporte de lourdeurs, d’enflures, d’esbroufe, de toutes parts.L'exotisme est de rigueur : ziggourat.escabèche, corossol, icaquiers, gé-nipa, vesou, yagruma .Quel hour vari (sic ! ) La fin, de surcroît, sombre dans une chasse aux démons à n’en plus finir.À signaler également, la profusion d’expressions paillardes de tout acabit.Pour vous donner une idée : « Une tunique lui couvrait la poitrine et le ventre; mais sa très secrète chose était à l’air, ce qui fit que le pieu de ma virilité devint mouvant et dur.Auprès d’elle, une femme très noire, la tête rasée, faisait ses ablu lions, lavait ses parties cachées.» Mais ne vous y fiez pas puisqu’il ne s’agit là que d’un 1res court extrait d’un roman qui va dans bien des directions.Foliothèque : le commentaire en poche Christian Allègre « FOLIOTH ÉQUE ».Tel est le nom d’une nouvelle collection de monographies littéraires au format de poche lancée chez Gallimard au printemps dernier, et destinée de toute évidence à consolider la grande collection de poche de la maison, Folio.Elle a le même format, entre 180 et 240 pages selon les volumes, mais le papier, blanc mat couché, est de meilleure qualité.Chaque volume « commente » une oeuvre importante de la modernité devenue un classique.Les neuf premiers parus sont Un amour de Swann, Voyage au bout de la nuit, Les faux-monnayeurs, La peste, La métamorphose, La cantatrice chauve avec La leçon, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Le vieil homme et la mer, et Les fleurs bleues.Aucune de ces oeuvres ne nécessite qu’on en mentionne l’auteur; c’est ce que j’entendais par classique.Kafka et Hemingway sont lus comme s'ils appartenaient au patrimoine français.Sont annoncés pour le mois d’octobre, La symphonie pastorale avec La porte étroite, La condition humaine, Les mains sales, Alcools et L'or (de Cendrars).Toujours des classiques, des noms qui ont fait la gloire de la littérature française du XXe siècle et qui reflètent surtout la conception de la littérature qu’on s’est faite depuis 70 ans chez Gallimard et autour de la NRF.Les deux se confondent assez souvent.Les auteurs de ces monographies sont pour la plupart de jeunes universitaires ou des professeurs de lettres.Ils proposent pour chaque oeuvre une première partie sous la forme d’un essai qui présente l’oeuvre, ses enjeux, et l’explique en profondeur en jouant sur les divers plans de la biographie et de l’histoire du texte.Ce n’est donc plus l’approche ancienne, teinte de psychologisme, où l’on commençait par la vie de l’auteur, puis analysait la place de l’oeuvre parmi les autres oeuvres de l’auteur, l’imaginaire de l’auteur, les influences, pour finir par le style.L’interprétation comme l’explication est moderne, fondée qu'elle est sur les plus récentes découvertes, la correspondance, les variantes, les inédits, les lois désormais.La seconde partie est un dossier comprenant une biographie succincte et une bibliographie à jour, et selon l’auteur, un raccourci d’étude de genèse, des portions d’études célèbres sur le texte, quelques témoignages, quelques variantes significatives, des textes critiques importants ou négligés auparavant, des documents préparatoires de l’oeuvre, l’accueil de la critique et des écrivains, etc.Tout cela en abrégé, ou du moins en s’en tenant aux points cruciaux.Ici aussi on a fait preuve d’esprit no- vateur.Thierry Laget, par exemple, dans son dossier de réception critique de Un amour de Swann (rappelons qu'il s’agit de la 2e partie de Du côté de chez Swann), a réuni un ensemble de textes qui sort des sentiers battus : cela va d’un extrait du rapport de lecture de Jacques Normand, le premier lecteur de Proust, en 1912, jusqu’au livre d’Antoine Compagnon, Proust entre deux siècles, paru il y a peu, ou aux recherches de Jean Bellemin-Noël sur l’inconscient du texte, en passant par ce curieux article de Jean Giraudoux qui, en juin 1919, avait tant réjoui Proust parce que, en parlant dù roman qu’il aimerait lire, Giraudoux avait fait le portrait-robot de La recherche.Les mêmes remarques valent pour le Vendredi d’Arlette Bou-loumié, qui est peut-être le plus réussi de ces petits volumes.De ce conte philosophique et mythologique, elle a tiré le maximum.Le dossier, qui fait presque 100 pages, est l’un des plus complets et intéressants à lire.Mais le Queneau de Jean-Yves Pouilloux est également une lecture passionnante — Queneau y apparaît comme l’un des très grands écrivains du siècle — ainsi que le Céline de Henri Godard (qui est responsable de l’édition dans la Pléiade).On a beau connaître Le voyage comme sa poche, on redécouvre toujours des détails de l’histoire de l’oeuvre.Le Gide aussi, de Pierre Chartier, m'a longuement accroché.Les temps ont bien changé, dieu merci, la vision gidienne de l’homosexualité y est largement commentée.En fin de compte, à qui s’adresse cette nouvelle collection fort bien faite ?Ceux qui regrettent la disparition de la collection écrivains de toujours au Seuil, qui avait publié quelques grands classiques de la cri tique — pensez par exemple au superbe Saint-Simon de François-Régis Bastide —, y trouveront un remplacement, mais ni la présentation ni l’iconographie ne les séduira, on les sent faites plutôt pour les étudiants que pour le grand public cultivé, et c’est dommage.Pourquoi une seule cible quand, avec le même texte, on aurait pu en rejoindre deux ?Sans doute a-t-on voulu donner seulement l’essentiel, afin de ne pas effaroucher le public étudiant.Mais dans ce cas, 200 pages, n’est-ce pas beaucoup.?Il est clair, d’autre part, que la colled ion veut s’emparer, pour la littérature du XXe siècle, du marché qu’occupe, pour la littérature classique, l’excellente collection G F-Flammarion, qui de son côté ne chôme pas, alors que l'édition française esl en pleine crise, avec 15 nouveaux titres cet automne, dont l)e la Littéral lire de Mme de Staël, qui est la seule édition courante de ce texte fondateur.4 Toussaint Fort heureusement pour sa santé mentale, le narrateur, six pages plus loin, finit par comprendre ce dont nous nous doutions depuis belle lurette.Car d’énigme, nenni.Ce qui laisse à notre esprit tout loisir, toute vacance, pour vagabonder, folâtrer, comme vagabonde celui de notre petit paranoïaque, et regarder ses hy- pothèses abracadabrantes se métamorphoser à la vitesse du son en conclusions aberrantes, auxquelles il semble pourtant tenir mordicus, comme son fils à son petit phoque bleu en peluche.Quartier libre nous est de même laissé pour nous imprégner de la charmante fatigue, de l’indolence courtoise, de l’écriture de Jean-Philippe Toussaint, faite de pichenettes désinvoltes et délectables.Une écriture qui vient nous rappe- L’UNIVERS DES DISCOURS Le conflit des énonciations Traduction et discours rapporté 474 pages/ 45,00$ rmê D«tw* h'Uuft Où la traduction est envisagée comme un dire tout autant qu’un re-dire, et débouche enfin sur la problématique d’une traduction authentiquement créatrice.Cette tentative de décapage, menée à partir d’un corpus-objet qui va du texte technique au poème, du conte médiéval à l’oeuvre d’un Butor ou d’une Duras, est illustrée par des approches critiques variées: théorie de l’énonciation, théorie de la réception, sémiotique, ecdotiquc, philosophie du langage.Un ouvrage indispensable de Barbara Folkart dans la fameuse collection «L’Univers des discours».LES ÉDITIONS BALZAC 22, rue Balzac - Candiac, Québec - J5R 2A7 1er que, hep, ne vous y fiez pas, ceci n’est pas une carte postale, ceci est un roman, un vrai, un beau, la phrase coule au rythme que veut bien lui donner le maître de céans, la facilité et la nonchalance ne sont qu’apparentes, même la désinvolture ne se promène pas toute nue ; tenez, je les ai comptées, comme d’autres comptent les moutons : 105 fois, ce qui n’est pas rien en quelque 150 pages, Toussaint décale ses subordonnées, exemple : « la cabine téléphonique était tout à fait isolée en face de moi sur la place du village, dans laquelle j’apercevais la silhouette de l’homme».Ou, un double : « Et l’homme cria très fort alors, qui me fit sursauter, jeta le chiffon qu'il avait à la main dans sa direction, qui alla atterrir mollement sur la jetée ».105 signatures.105 clins d’oeil.105 pichenettes.105 raisons de saluer Jean-Philippe Toussaint.C.P.5247, Suce.C, Montréal, Qué.H2X 3M4 Petites âmes sous ultimatum 114 p.15,95$ CLAIRE DÉ Chiens divers (et autres faits écrasés) 120 p.14.95$ DES ÉCRITURES / 'éblouissement t: ü E ?J (U 'S> o -3 O o JZ CL JUMELLES: du scalpel ANNE DANDURAND Le Devoir, samedi 19 octobre 1991 ¦ D-7 • le plaisir des ivres Les lamentations de Trois-Rivières Jean-Pierre ISSENHUTH A, Poésies LE VENDR EDI4 octobre, trouvant ma vie trop pauvre en rodéo, j’ai pris la roule de la capitale mondiale de la poésie.Une manifestation importante du festival international de Trois-Rivières m’attendait : le colloque Poésie et médias, au local 20R9 du Pavillon Ringuetdel’UQTR.U ne centaine d’étudiants s’étaient massés dans la classe.Un dignitaire de l’université, qui présentait l'événement, s’étonna que la poésie fût si populaire un vendredi après-midi, et vit dans ce phénomène le signe d’un changement de mentalité.À sa suite, M.Gérald Gaudet, maître de cérémonie, dit un mot d’introduction d'où émergeait cette phrase répétée d’un ton pénétré : « Les poètes ont des mots responsables ».Je me demandais de quoi ces mots pouvaient bien être responsables quand la première intervenante, Mme Louise Blouin, animatrice culturelle, lut un exposé où elle tentait d’établir une distinction entre poésie et chanson.Elle trouva entre elles « certains frôlements » qui ne devaient pas nous induire en erreur, la différence de nature étant flagrante et la chanson, imitatrice.Alors arriva ce qui devait être le rayon de soleil de l’après-midi.Mme Hélène Thibaux, professeur et critique, se présenta comme >< amatrice de poèmes ».Elle se demanda si le malaise et la désaffection qui entourent la poésie ne viendraient pas en partie des poètes eux-mêmes, du moins de ceux qui se contentent de « jeter des images en vrac et à tout venant ».Puis elle lut et commenta des poèmes qu’elle aimait, et ce fut merveilleux.Oui, quel rayon de soleil inespéré que cette communication hors sujet, dans une grisaille qui s’épaississait déjà ! M.Charles Dobzynski brossa un tableau de l'inexistence de la poésie dans les médias de France.Ceux qui voient un peu au delà des frontières connaissent déjà ce tableau, mais M.Dobzynski montra, dans son vocabulaire, des élégances charmantes.La première partie du colloque prenait fin.L’animateur souhaita qu’il se vende beaucoup de poésie à Trois-Rivières, pendant que le maître de cérémonie branchait la cafetière.Les •< mots responsables » avaient-ils un rapport avec la responsabilité du café ?.Après la pause, la moitié des étudiants avaient déserté Pour la table ronde qui commençait, trois professeurs de cégep, M.Claude Beausoleil et Mmes Carole David et Denise Desautels, avaient pris place autour de M.Gaudet, cette fois animateur.Le programme du colloque prévoyait que M.Beausoleil allait poser cette question : « Les poètes formalistes auraient-ils exagéré l’importance de la forme » Avec une pertinence égale, un jardinier aurait pu se demander si ses carottes avaient exagéré la forme carotte.Mais M.Beausoleil ne posa pas la question.Il annonça qu’il voulait citer Bachelard, mais qu’il avait oublié la citation dans sa chambre.Peu importait : il était d’accord avec Bachelard ! Il lança ensuite qu’au fond, la poésie n’a rien à voir avec les médias, ce qui sabordait un colloque déjà mal en point, puis il rappela son fameux projet de poésie dans les autobus.Il répéta ensuite que la poésie est dangeureuse et reste irrécupérable, ce qui était évidemment faux, puisque les poètes finissent dans les manuels.S’ensuivit un dialogue au micro entre M.Beausoleil et Mme Brossard, à propos d’une éclatante victoire de la poésie : un texte affiché dans la vitrine d’une boutique de mode.La parole vint alors à Mme Desautels, qui gémit : « Pourquoi n’ai-je pas plus de diffusion ?» Elle répondit par une trouvaille qui impressionna tout le monde : les pages qu'elle écrit exigent un ralentissement qui laisse les lecteurs à l’état de légumes.Mme David, qui devait tenter du vol de la poésie par les médias, retomba vite dans les jérémiades communes : le silence s’est établi sur la production poétique ! Il y a des gens qui écrivent et dont on ne parle pas ! M.Gaudet, qui connaît les fantasmes secrets du peuple, remarqua : « Les gens ont plus besoin de poésie qu’ils ne le pensent.» Mme Brossard dit son désir de lire des poèmes dans les journaux et conclut : « On a toujours besoin d’une bonne poésie pour écrire de la poésie ».Moi, je crois que j’aurais eu besoin d’un bon colloque pour assister à un colloque.« La poésie n'a-t-elle pas fait tout de même des gains ?», reprit M.Gaudet, remenant le débat sur le terrain du commerce.Mme Desautels exprima l’urgence du contact entre créateurs : « J’aime voir des créateurs, dit-elle.Devant un poulet, à la rôtisserie, quand on est en face d’un créateur, l’essentiel vient immédiatement sur la table ».M.Beausoleil, encourageant, observa qu’en cette fin de millénaire, la solitude étant plus grande que jamais, les clients allaient revenir en foule à la poésie.("est alors que M.Jean Royer se présenta au micro.Après avoir félicité Denise, Carole et Claude pour leurs propos admirables, et glissé un mot charmant à Nicole sur le lancement de son anthologie des femmes, il mit l'assistance en garde contre la complaisance éhontée qui sévit dans certaines chapelles littéraires.11 s’en prit ensuite à son successeur au DEVOIR, disant : « La situation est très grave.M.Issenhuth est contre les poètes et la poésie.Il y a là du mépris et une espèce de frustration.» Un froid tomba sur la salle, ou bien elle se chargea d'électricité, je ne sais pas.J’entendis encore M.Dobzynski, étonné et inquiet, murmurer à l’oreille de sa voisine : « Qui est ce M.Issenhuth ?» J'en avais assez entendu.Une censure unanime s’annonçait.Je dois reconnaître que M.Royer avait vu juste : je suis sorti frustré de ce colloque improvisé, heureusement sauvé d’une insignifiance complète FRANÇOIS GRAVEL Les contes d’un menteur professionnel ÉtîW- » SEBASTIEN JAPRISOT CHANSON QUÉBÉCOISE Otroui CtMtmci SÉBASTIEN APRISOT SERA U QUÉBEC DU 9 OCTOBRE AU 5 NOVEMBRE 1991 L’écharpe d’iris roman de Daniel Guénette :»00 p.19,95 $ J.Desrapes a connu une couverture de presse très surprenante pour un premier roman.L'écharpe d'iris étonnera encore davantage.Une éducation sentimentale tragico comique.C'est toute une génération de Québécois de la classe cultivée qui s’y retrouve.ET LES ANNEES mMtKM mXSl&tM* tfwvon J mttxvet O miPTYoui ^MTRIPTYQUE^M C.P.5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 Tel.: (514) 524-5900 ou 525-5957 • Éditions Denoël, : 367p., 24,95$ Francine Bordeleau A 40 ANS, François Gravel a tout pour être un écrivain heureux.Amorcée avec La note de passage, publié en 1985, la carrière littéraire de ce prof d’économie au cégep de Saint-J ean-sur-Richelieu se déroule merveilleusement bien.Benito, « un conte de fées sans références précises à l’espace, qui obéit aux lois et aux contraintes du genre », a été traduit en anglais.Le même sort attend Bonheur fou et peut-être ( pourquoi pas ?) son dernier roman, Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants.Pendant longtemps toutefois, François Gravel a été un écrivain in-sécure, « me sentant obligé d’écrire un roman presque chaque année pour que l’on ne m’oublie pas ».Mais cinq romans et trois livres écrits pour les jeunes lui ont mont ré qu'il avail sa place dans le paysage littéraire québécois.Cette place, c’est celle d’un raconteur d’histoires.Il l’a du reste souvent dit.Même qu’une fois, il est allé jusqu’à se définir comme un « écrivain mineur ».
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.