Le devoir, 21 décembre 1991, Cahier D
- JOYEUX -, NOËL! Champigny à compter de 13h 4380 St-Denis, Mtl, Qc H 2,1 2L1 (514) 844-2587 Montréal, samedi 21 décembre 1991 • le plaisir des ivres EMILE NELLIGAN L’écho d’un naufrage Le jugement dernier Odile Tremblay L5 A U TR K MATIN, à bord de l’autobus 80, j’étais plongée dans la lecture de Nelligan amoureux, de Pierre II.Lemieux, quand un inconnu est venu m’entretenir d’étrange façon.Il avait en sa possession, m’assurait-il, des carnets de Nelligan donnés par le poète à sa mère internée avec lui à Saint-Jean-de-Dieu.J’ai parlementé avec l’inconnu, insistant pour jeter ne serait-ce qu’un coup d’oeil à ces reliques.Des carnets du célèbre interné avaient disparu.Ceux-là, peut-être .Mais mon vis-à-vis s’est mis à dérailler en douceur, fuyant mes questions comme autant de pièges, évoquant la démence et la poésie du disparu avec l’affection, la pénétration, la familiarité d’un vieux compagnon d’armes.« La prochaine fois que nous nous rencontrerons par hasard, j’aurai ce que vous voulez dans mon sac », me jeta-t-il finalement comme un secret.Kt à travers ses propos envolés, on aurait dit que Nelligan vivait encore parmi nous.Cinquante ans après sa mort, qui dissipera le brouillard du mystère Émile Nelligan ?Ses exégètes creusent, questionnent, interprètent et, à défaut de savoir, font parler ses oeuvres comme des boules de cristal.Dans sa récente étude, au demeurant fort intéressante, Pierre H.Lemieux croit trouver les clés de l’univers du poète dans ses amours.D’autres remettent en question le verdict médical qui le mit à l’ombre durant 42 ans.Nelligan n'était pas fou !, assure Bernard Courteau dans un texte dont on peut interroger la rigueur.On cause.On cause.Tant la matière est ténue.Plusieurs des carnets que, du fond de son asile, Nelligan noircit de ses vieux poèmes et de ceux de ses maîtres, sont envolés.Les 3/4 de ses oeuvres demeurent non datées, et combien de ses manuscrits ont disparu sans laisser l’empreinte noire de sa belle écriture cursive ?Louis Dantin, —1—* 1 — 1 v 1 I - 1 1 1 1 f ' 1 1 i .- w l • •• V* vft le premier biographe du grand Émile, affirmait qu’il y avait encore des miettes à glaner à son gâteau posthume, des propos repris par Luc Lacourcière, son second exégète.Où sont passés les poèmes Tristia, Cari Vohnder est mourant.Fantômes, La danse des Gypsies dont on a conservé le titre mais non la trace ?Louis Dantin reconnaît avoir mis de côté certains textes de Nelligan qui lui parurent indignes de l’adolescent de génie.Ou trop obscènes.Que sont devenues ces ébauches et ces privautés ?Allez savoir.À ce jour, on n’a rescapé que 170 poèmes du naufrage, tous conçus entre 1896 et 1899 par un inspiré qui n’avait pas 20 ans.Composera-t-il plus tard des inédits d’asile ?Des rumeurs circulent .Mais le fantôme du poète hante toujours la ville.On peut sentir son souffle au Carré Saint-Louis où l'ami des muses allait méditer par grand vent ; il habite les tours du Chateau de Ramezay qui virent un Émile transfiguré réciter son admirable j Romance du vin devant ses confié- j res, éblouis, de l’École littéraire de j Montréal; il flotte dans la Basilique Notre-Dame qui a clos ses portes sur j le jeune homme enferme toute la J nuit pour s’emplir jusqu’à l’halluci- j nation du bleu de ses vitraux.Kt le pélérinage serait-il complet sans une longue escale en un Saint-Jean-de-Dieu rebaptisé mais toujours sinistre où le matricule 188136, contre des friandises parfois ou quelques sous, tel un ours au zoo devant qui des classes d'écoliers défilaient, réci- j taient docilement ses propres poè- | mes ou ceux de Victor Hugo, de Mus- I set.de Lamartine, tous tirés des tréfonds de sa mémoire prodigieuse ?L’image est insoutenable, comme le fut le destin du poète foudroyé, lui que sa mère tant aimée, tant célébrée, ne devait visiter qu’une seule fois dans sa retraite, abandonnant le reclus au grand froid intérieur de sa tragédie muette, à peine soigné, enterré vif.Fou ?Pas fou, Nelligan ?Son neveu, Gilles Corbeil, est persuadé qu'il a choisi délibérément de « sombrer dans l’abîme du rêve », en autant que le choix de la schizophrénie soit vraiment possible.« Je mourrai fou, comme Baudelaire », avait-il prédit à ses amis.Une chose est certaine, les veilles, l'alcool, la surchauffe créatrice l’ont aspiré dans le tourbillon d'un cycle hallucinatoire et visionnaire : le jour d’août 189!) quand, à la demande de son père qui ne le revit jamais, Émile a mis les pieds à l’Asile Saint-Benoît, il est mort au monde 42 ans avant son décès effectif, livrant, de son vivant, une oeuvre posthume.Kt sa voix s’est cassée.« Laissez-le s’en aller: c’est un rêveur qui passe », implorait-il autrefois dans sa poésie ardente.Voir page D-4 : Nelligan ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES André I'ieyre de Mandiargues wè Le dernier des symbolistes Francine Bordeleau AVKC LA MORT d’André Pieyre de Mandiargues, le 13 décembre dernier — un vendredi 13, comme n’auraient sûrement pas manqué de le souligner ses amis surréalistes —, c’est une grande époque de la littérature française qui prend fin.L’écrivain est né à Paris le 14 mars 1909, sous le signe des Poissons, signe que l’astrologie associe au Rêve.Mandiargues devait être sensible à ce genre de symboles car ne lit-on pas dans Marbre, publié en 1953, que le menton de son héros Fer-réol Buq « n’est qu’ébauché, comme il se voit assez souvent chez ceux qui sont nés sous le signe des Poissons » ?Un peu comme ces écrivains qui lui ressemblent, Michel Leiris, Francis Ponge ou le Henri Michaux d’E-cuador et de Voyage en grande Ga-rabagne à qui il a consacré un essai (Aimer Michaux, 1983), Mandiargues était devenu ici une sorte de monument littéraire dont l’oeuvre, faute d’avoir été vraiment lue, demeure méconnue.S’il fut associé au surréalisme, un mouvement avec lequel il s’est toujours senti des affinités spirituelles, Mandiargues se définissait plutôt, au départ, comme un héritier des Romantiques allemands et des écrivains libertins du XVlile siècle.Kt il est vrai que ses ors, ses fastes, ses grands symboles, son Merveilleux, son érotisme exaltant le corps féminin et la beauté ont pu être, après 1960, quelque peu rédhibitoires.Cet écrivain extraordinairement prolifique, dont l’oeuvre se divise en poèmes (12 recueils), récits, romans, essais sur l’art et la littérature, nouvelles (Mascarets, 1971; Sous la lame, 1976), théâtre et même traductions (d’Octavio Paz, de Yeats, du théâtre de Mishima) remportera tout de même, en 1967, le prix Concourt pour La Marge.Comme dans le cas de Marguerite Duras qui reçut le prix en principe pour L’amant, ce Concourt consacre l’ensemble d’une oeuvre importante mais peu populaire plutôt qu’un roman seul.Si certains écrivains sont d’abord et avant tout des conteurs d'histoires, Mandiargues, tout au long d'une oeuvre qui traverse le siècle, se veut surtout un « créateur de climats».Son écriture baroque, que n’est pas sans rappeler, parfois, celle du « jeune » et excessif Patrick Grain-ville, renouvelle, dès le tout début, le fantastique.Sous la plume de Mandiargues, le fantastique se mêle en effet étroitement au quotidien, se mâtine d’érotisme.Avec des clins d’oeil à Kdgar Allan Poe, comme en témoigne cette citation tirée de la nouvelle Melzengerslein en exergue de La motocyclette (roman adapté au cinéma), ou à FA es-vous fous ?de René Crevel.Il s’agit peut-être, dans le cas de Crevel, d’un hasard, mais Marbre, un roman fantastique, loufoque et satirique, est d’évidence proche parent d’Etes-vous fous ?.C’est toutefois par la poésie, en 1943, qu’André Pieyre de Mandiargues aborde son état d’écrivain.Dans les années sordides, un recueil de poèmes en prose, est inspiré par la guerre; Mandiargues ne reviendra qu'une seule fois au poème en prose, avec Astyanax, publié en 1956.Ses autres recueils, plus «classiques», révèlent les obsessions de l’écri- vain : l’amour, la mort, le jeu constant — et éternel — entre les deux.Fou d'archéologie, Mandiargues s'intéresse très tôt à la civilisation étrusque, visite l'Europe et l'Orient méditerranéen.Passionné aussi très tôt d’art ancien et moderne, l’écrivain signe des essais sur Leonor Fini, Max Krnst, Chagall, Bona, Arcim-boldo, ces peintres qu’il admire entre tous et qui fondent son esthétique.Plusieurs de ces textes sont regroupés dans trois Belvédère (1958, 1962 et 1971).Kn 1947, Mandiargues rencontre André Breton.Déjà le Rêve et le Merveilleux sont des thèmes qui ne quitteront jamais son oeuvre, et sa rencontre avec celui qui écrivait dans le premier Manifeste du surréalisme, dès 1924, que «le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a que le merveilleux qui soit beau», ne pourra qu’être fructueuse.Sans faire acte d’allégeance, Mandiargues participe aux activités du groupe surréaliste.Il est désormais associé au clan.Mais l’oeuvre de Mandiargues, qui a abordé tous les genres, est plutôt de [ l’ordre de l'insolite et, finalement, de l'étrange.Il publiera en 1987 un dernier roman.Tout disparaîtra, sorte d’allégorie de l’impuissance et de la vieillesse.Mais au lieu de ce roman qui est un peu comme un chant du cygne, on retiendra plutôt, de l’oeuvre d’André Pieyre de Mandiargues, les premiers livres.Sans faire de Mandiargues l’un des plus grands écrivains de son temps, ils auront réussi à inscrire la marque tout à fait singulière de celui qu’on pourra définir comme le dernier des symbolistes.CITATIONS & JUGEMENTS Personnages et lieux célèbres évoqués par les grands auteurs Dictionnaire Robert 1313 pages, 1991 Robert Lévesque LES AMATEURS de citations, friands d'éloges ou d’insultes célèbres, de bons mots ou de grandes phrases, ceux qui cherchent du renfort pour faire l'apologie ou le massacre d’un auteur ou d’une ville, d’un peintre ou d'un paysage, seront servis à souhait en feuilletant les 1313 pages du dictionnaire « Citations & Jugements», la nouveauté de la maison des dictionnaires Robert.On connaissait les dictionnaires de citations habituels où les sujets, sentiments, métiers, notions, faisaient l’objet d’une multitude de commentaires d'auteurs, citations en tous genres comme pour « lâcheté » par exemple : « Peu de gens ont le courage d’être lâches devant témoins » — Théophile Gautier dans Le Capitaine Fracasse.La nouveauté de la maison Robert est d’étendre maintenant la pratique des citations d’auteurs aux personnes, aux noms propres, et d’entrer dans l’univers trouble et parfois terrifiant des « jugements ».Certains sont justes, d’autres injustes; les batailles sont ouvertes.étant donné, bien sûr, qu'un jugement juste pour l’un est peut-être injuste pour l'autre.Voici, pigées au hasard, quelques exemples de jugements pas piqués des vers : Jean Renoir était « un assez mauvais metteur en scène » 4 dixit Jean Dutourd.Là, tout le monde s’entend pour crier à l’injustice, comme dans ce cas suivant d’ailleurs, malgré la qualité du signataire ; « Montpellier est une des plus laides villes que je connaisse » — Stendhal 1 Regardons chez nous ; en sus du Canada français et du Canada anglais, le romancier Paul Morand qui vint dans les parages en décelait un autre, « plus grand et plus moderne, troisième du nom, le Canada américain ».C’est assez juste, non ?Un jugement sur Jean-Paul Sartre ?Une «satanée petite saloperie gavée de merde » — Louis-Ferdinand Céline, en 1948.Céline, c’est Céline! Que pensait Umberto Eco du Procès de Kafka ?« Ce petit ouvrage n’est pas mauvais.Genre policier, avec des moments à la Hitchcock : par exemple le meurtre de la fin, qui aura son public ».Dégueulasse, là, non ?« C’est un lieu commun de considérer Cent ans de solitude de Garcia Marquez comme un chef-d’oeuvre.Cela me parait ridicule.Il s’agit du roman d’un décorateur ou d’un costumier » — Pier Paolo Pasolini.Là, y’aura des batailles, mais moi je suis pour Pasolini.en cette matière.« Il est grave que l’on prenne Sacha Guitry pour Molière, mais ce qui est encore plus grave, c’est que ses contemporains prenaient Molière pour Sacha Guitry » — Jean Cocteau.Adorable et brillant Cocteau ! Au sujet de Céline : « Menteur, mythomane, peut-être fou, cela le disposait à la littérature » — Jacques Ferron.Soulignons la présence d’un auteur québécois dans la liste, avec cette belle observation.qui n’est pas si anti-Céline qu’il pourrait y pa-raitre.De Gabriele D’Annunzio : « Triste écrivain et méprisable individu.Mussolini et lui, c’est Polichinelle et Arlequin » — Paul Claudel.Bravo.Des Beatles : « I Want to Hold your Hand, on peut comprendre; Let it Be, on peut comprendre aussi.Et presque tout ce qui est entre les deux est en dessous, enseveli sous des monceaux d’immondices, d’immondices instrumentales» — Glenn Gould.Waow! Au sujet d’Oscar Wilde, deux citations pour conclure sur l’étrangeté de ce dictionnaire qui secoue.La première est courte et fort injuste, la seconde est remarquable : « Oscar Wilde ?Facile » — Eugène Ionesco.«.il était grand, gras et blême, une masse d'une sensibilité anormale, une figure d’homme obèse et nocturne touchée par la lueur divine de la poésie » — Pierre Mac Orlan.A vous de jouer.vlb éditeur DELA grande littérature PRIX DE POÉSIE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL Madeleine Gagnon CHANT POUR UN QUÉBEC LOINTAIN Un livre dense qui s'écrit entre la mémoire et l’histoire, la pensée et la musique, dans cette patrie lointaine qu’est la poésie vive.103 pages — 14,95 $ D-2 ¦ Le Devoir, samedi 21 décembre 1991 jnn^nQ • le plaisir des ivres Le joueur de cricket Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes ON CONNAÎT de l'Angleterre de la fin du 19e siècle et du début du 20e — royalement parlant ça va de la vieille Victoria au jeune George VI, avec le passage d’Edouard VII qui ne règne que 10 ans mais donne son nom à l’époque — deux dramaturges : Oscar Wilde qui meurt en 1900, George Bernard Shaw qui triomphe avec Pygmalion en 1914.On connaît beaucoup moins James Matthew Barrie, le plus « édouardien » qui soit, qui a pris ombrage des autres une fois au cimetière.Et pourtant, quel personnage ! Barrie ne rencontra jamais l’esthète Wilde, il fut snobé par le suffisant Shaw, mais cet Écossais de Londres fut l’une des plus étonnantes personnalités de la galerie anglaise du théâtre au début du siècle; il était joué dans tous les théâtres et plusieurs à la fois, du I lay market au Duke of York, au Wyndham, faisant l’événement des saisons, étant fait baronnet à Buckingham Palace, mais sans cesse discret, pâle, un 9» Prov,nch, «noires de Nesfor Jean-Robert Sansfaçon DERNIER THÉÂTRE Que se passe-t-il quand un homme désire une femme sans que celle-ci le sache et qu’en plus, cet homme, d’une autre époque peut-être, cultive l’ambiguïté comme la galanterie?Un roman attachant et pétillant comme un vin fou.193 pages — 16,95 $ Dany Laferrière L’ODEUR DU CAFÉ L'auteur du célèbre Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer nous fait revivre, cette fois-ci, cet été particulier où un enfant de dix ans fait l’apprentissage de la vie aux côtés de sa grand-mère dans un petit village du bout du monde.200 pages — 15,95 $ Pierre Blais LOUP SOLITAIRE Un mercenaire québécois pleure le Vietnam Un voyage unique et troublant à travers l’empire américain de la guerre^ Ce Québécois nous raconte T'entraînement militaire, les patrouilles dans la jungle, les pièges auxquels il échappe de justesse, les compagnons déchiquetés, les assassinats et les massacres.389 pages — 24,95 $ Michel Dorais TOUS LES HOMMES LE FONT Un parcours de la sexualité masculine Comment fonctionne l’érotisme masculin?Comment les hommes construisent-ils leurs fantasmes?De quelle façon choisissent-ils leurs partenaires?Une enquête inédite chez les hommes de toutes conditions.247 pages — 18,95 $ Pierre Day UNE HISTOIRE DE LA BOLDUC Qui n’a pas entendu parler de La Bolduc, dont les chansons ont accompagné et agrémenté nos soirées et nos fêtes de famille?Voici donc l’histoire de ce personnage presque légendaire, racontée comme un beau roman d’amour.132 pages — 15,95 $ Gilles Baril TU NE SERAS PLUS JAMAIS SEUL Le récit bouleversant d’une descente aux enfers de la drogue et de l’alcool.L’ex-député nous parle, avec beaucoup de courage et de générosité, de son drame personnel et de sa réhabilitation, cause à laquelle il se consacre toujours.201 pages — 15,95 $ vlb éditeur DE LA gfu&ide littérature 1695$ Véritable revue gourmande annuelle format “poche", le DEBEUR est le guide desgens"in"en gastronomie., pour ceux qui ne veulent rien manquer.En plus, ce guide contient la fameuse liste des meilleurs restaurants étoilés du Québec.s elect uni 1992 _Cj Fold o » Irerry *>» H> JP 1395$ Un choix des meilleurs rapports qualité-prix de vins disponibles au Québec, plus un guide pratique sur le service du vin.125 bouteilles y sont commentées dont 23 à moins de 10$.4 ((y,v.vV r '-truyrtr ?1895$ Agenda gastronomique des affaires.Le seul agenda qui comporte la fameuse liste des restaurants étoilés du Québec.DISPONIBLES EN LIBRAIRIE Plus d’information: (514) 465-1700 D-4 B Le Devoir, samedi 21 décembre 1991 HH • le plaisir des ivres Retour vers le futur Robert SALETTI ?Essais Québécois LE MYTHE DE LA MODERNISATION DU QUÉBEC Des années 1930 à la Révolution tranquille Claude Couture Éditions du Méridien, 152 pages LA RÉVOLUTION tranquille est certainement, avec la Conquête de 1760, le moment le plus commenté de l’histoire du Québec.Et le plus surévalué.Pour beaucoup de gens de ma génération, le Québec moderne est né quelque part entre la nationalisation de l’électricité et l’Osstidchode Charlebois, entre le métro de Montréal et les danseuses africaines aux seins nus.C’est dire avec quelle assurance le Québec d’avant 1960 a été refoulé dans l’antichambre du progrès.Étions-nous, avant la création de Télé-Métropole et de l’Office de la langue française, si en retard sur le reste du monde occidental ?Ceux-ci montrent au contraire l’existence d’une bourgeoisie d’affaires francophone et adhérant au libéralisme le plus classique.La rupture idéologique supposée par l’avènement de la Révolution tranquille n’a pas eu lieu en somme.L’ouvrage de Claude Couture est clair, le Mythe de la modernisation du Québec est en cause.Entendons par là non que le Québec n’a jamais été moderne, mais qu’au contraire il l’a été bien avant Lesage et le rapport Parent.Le premier élément qui saute aux yeux dans l'analyse que fait Couture de la presse à grand tirage des années 30 (essentiellement La Presse, Le Canada et Le Soleil), c’est une certaine similarité avec aujourd'hui.Il faut lire certains des éditoriaux de l’époque qui, dans le contexte de la Crise et des New Claude Couture LE MYTHE DE LA MODERNISATION DU QUÉBEC DES ANNÉES 1930 À LA RÉVOLUTION TRANQUILLE Aürtdien Deals américain et canadien, critiquaient l’interventionnisme de l’État et défendaient sans réserve le.libre-échange.Quand le gouvernement Bennett vota en 1935 la loi sur l’assurance-chômage et la loi sur les salaires minima, les journaux libéraux y virent surtout une entrave au commerce et un obstacle au fonctionnement naturel des lois économiques.Comme on le voit, le débat de la place de l’État sur l’échiquier économique ne date pas d’hier.La seule chose qui ait changé, c’est que dans les années 30 les journaux, à l’encontre du gouvernement fédéral, considéraient la crise comme conjoncturelle, alors que de nos jours, c’est plutôt l’inverse, c’est le gouvernement qui prend la crise avec un grain de sel en autant que les mesures concrètes d’aide aux chômeurs et aux travailleurs et d’assainissement des finances publiques sont concernées.Évidemment, et l’auteur du Mythe de la modernisation du Québec le laisse entendre, cette similarité n’est pas à prendre au pied de la lettre.Il n’est pas question de comparer deux NOUVEAUTES La Société des Dix CAHIER DES DIX NO.46 264 pages Format 6V< X 9 ISBN: 2-89084-946-5 Prix: 35,00 S Vous lirez dans le "Cahier des Dix” numéro 46 (1991) des textes d’historiens chevronnés, qui par leurs recherches nous permettent d’établir des contacts intimes avec nos ancêtres.Les auteurs, dans l’étude de documents d’archives nous font découvrir la richesse de l’historiographie canadienne et québécoise.r 4 Jean Desy LA RÊVERIE DU FROID 156 pages Format 5'/i X 8'/i ISBN: 2-89084-072-7 Prix: 19,95 $ Cet auteur québécois, qui a exercé la médecine dans le grand Nord, nous parle ici, avec érudition et sensibilité, du rôle des rêves du sommeil ou éveillés sur les processus de la création artistique.Cet essai poursuit également, dans la lignée des livres de Bachelard sur les éléments, une recherche inédite et imagée sur la rêverie du froid £ Denis Gênais CARNET D’ITALIE 180 pages Format 4 X 6V4 ISBN: 2-89084-071-9 Prix: 9,95 $ Rodrigue Gignac présente ainsi l’ouvrage de Denis Gervais: “Nul doute que la lecture de CARNET D’ITALIE soit profitable à tout lecteur qui veuille repenser son existence sédentaire à la lueur même de notes, d’observations, de documents, plutôt qu’avec des idées toutes faites." ill |lf 1 III 1-1111 René Ouellet LE CHEMIN DU PRINTEMPS 194 pages Format 5'/i X 8'/z ISBN: 2-89084-069-7 Prix: 14,95 S Après une catastrophe aerienne dans le nord du Québec, Margo, Paul et Kevin devront puiser en eux-mêmes la force d’aller au bout de leur tragédie.Un récit rehaussé de suspense où l'aventure intérieure sollicite tout autant le lecteur que la lutte contre les éléments.déjâparu£ ¦ IKÉiINCF.S A Redis cl Y, «inet doles If ' , , J.** François Dallaire OKA I-a hache de guerre 138 pages Format 5V4 X 7'/i ISBN: 2-89084-068-9 Prix: 14,95 $ L'auteur conteste le droit des premiers occupants à disposer du territoire en propriétaire, louant sur la culpabilité du blanc colonisateur et défricheur.Il s'interroge aussi sur la légitimité des droits coloniaux.L’histoire des Indiens du Canada comme on ne vous l'a pas racontée â l'école! ft m j en vente chez votre libraire LES EDITIONS LA LIBERTE inc 3020 Chemin Sainte-Foy, Sainte-Foy, Québec, Canada, G1X 3V6 Téléphone et télécopieur: (418) 658-3763 crises dont l’une est déjà ignominieusement passée à l’Histoire.C’est que la Crise des années 30, en conduisant à la Seconde Guerre mondiale, fut le dernier épisode du capitalisme industriel et pava la voie à un nouveau capitalisme « dominé par une socio-économie de l’information, de la communication, des services et de la consommation de masse».Or, si la Grande Noirceur duplessiste a eu les effets néfastes que l’on sait, sur le monde des arts en particulier, elle ne se réduit pas au « traditionnalisme monolithique » dont on l’a presque toujours affublée.Reprenant une idée qu’avaient mise de l’avant Gilles Bourque et Jules Duschatel dans un livre sur le discours duplessiste, intitulé Restons traditionnels et progressifs, Couture insiste sur le fait que le duplessisme fut simplement une version conservatrice du libéralisme classique, et donc en filiation avec les périodes précédentes.Bref, Duplessis fut d’abord un capitaliste et ensuite un catholique victime d’un anachronisme.Il ne fut d’ailleurs pas le seul cas du genre au Canada.Fidèle à son optique, qui consiste à décloisonner les périodes historiques, l’auteur montre également comment le Conseil du patronat du Québec, produit oublié de la Révolution tranquille, a perpétué l’idéologie libérale.En ce sens, les valeurs défendues par les patrons québécois francophones dans les années 60 et 70 sont fondamentalement les mêmes que celles défendues dans les années 30 par la presse libérale : le gouvernement et, en particulier, les secteurs sociaux doivent être gérés comme des entreprises privées.Voyez comme les choses évoluent, aujourd'hui c’est le gouvernement lui-même qui tient ce discours ! Le mythe de la modernisation du Québec est un petit livre percutant.En 100 et quelques pages bien remplies d’informations et de références, l’auteur nous livre des idées qui bouleversent certains acquis historiques.Et cela, simplement en faisant valoir l’idéologie sous-jacente à la variable économique et en soulignant les liens de la presse des années 30 à cette idéologie et aux entrepreneurs francophones.Ainsi, si l’on se fie aux principes de la doctrine libérale, le Québec était moderne bien avant la Révolution tranquille.Les Bernard Lamarre, Paul Desmarais et Pierre Péladeau n’ont pas inventé l’entrepreneurship québécois.En affaires comme ailleurs, la modernité n’est pas si simple.Renée Rowan JAMAIS CELA NE M’ARRIVERA ! Claudia Black, PhD, MSW Collection « L’arbre de vie » Éditions Ganesha, 195 pages.CE LIVRE, qui a connu un grand succès aux États-Unis, explique concrètement ce qui peut être fait pour prévenir ou résoudre les problèmes que rencontrent quotidiennement les enfants d’alcooliques.Il s’adresse aux enfants adultes d’alcooliques et à leur entourage ainsi qu’a toute personne issue de foyer plus ou moins dysfonctionnel et qui veut réapprendre à vivre en harmonie avec elle-même et avec le monde.L’auteur émaillé ses propos d’exemples concrets bases sur des cas réels.En guise d’aide mémoire, il y a à la fin de chaque chapitre un résumé des principaux points à retenir et, à la fin du livre, quelques références utiles sur les ressources disponibles au Québec.TRAVAILLER AVEC PASSION Nancy Anderson Éditions du Roseau, 321 pages.Cet ouvrage qui traite du développement personnel a pour objectif d’aider le lecteur à découvrir la carrière oui lui convient le mieux, celle qui répond à ses besoins intimes et qui devrait l’inciter à travailler avec passion.Voilà le mot clé ! Présenté à la sauce américaine, ce livre met l’accent sur le « comment faire ».La recette n’est pas garantie, mais peut fournir des pistes de réflexions.LORSQUE MANGER REMPLACE AIMER Geneen Roth Collection Parcours Stanké, 232 pages.« C’est dans notre cerveau qu’avant tout les choses se passent », constate Josette Ghedin Stanké qui écrit la préface.Ce livre est un témoignage personnel de l’auteur qui est convaincue que la façon dont nous mangeons réfléchit non seulement celle dont nous vivons, mais surtout celle dont nous aimons.Toute sa théorie peut ainsi se résumer : quand on n’est pas aimé, quand on ne s’aime pas, quand on n’aime pas, alors, pour compenser, on mange.Geneen Roth anime des ateliers sur la manière dont on peut se libérer de la boulimie : « Que ce soit d’alcool, de sucreries, de drogues ou de relations amoureuses, la dépendance fait le même ravage et le parcours de guérison oblige aux mêmes confrontations de soi.» LE GUIDE VERT DES CONSOMMATEURS Les ami(e)s de la Terre de Québec Libre Expression, 284 pages.Il s’agit d’une adaptation du Canadian Green Consumer’s Guide, préfacée par Serge Mongeau.En 10 chapitres, ce guide répond à la question « comment s’y prendre pour changer nos habitudes si on veut préserver notre environnement et notre qualité de vie ?» On y trouve une foule de suggestions concrètes et pratiques, à partir de produits de nettoyage qui ne polluent pas l’atmosphère en passant par des façons de réduire et de recycler les déchets domestiques, jusqu’à des propositions pour le choix des vêtements, des produits de toilette ou de beauté.On y trouve aussi des secrets pour le jardinier écologique ainsi que des trucs pour économiser l’énergie.LA VIE DES INSECTES SOCIAUX Daniel Lebrun LA VIE DES ÉTOILES Pierre Kohler À la découverte de l’univers Éditions Ouest-France Chaque livre, 158 pages.Le professeur Daniel Lebrun analyse sous ses différentes formes la vie sociale exceptionnelle des abeilles, des fourmis et des termites.Cette existence communautaire s’exprime sur tous les plans : travail, protection, armée, nourriture, loisirs, amour et survie de l’espèce.La matière ne manque pas d’intérêt, mais est présentée de façon conventionenlle à la manière d’un cour.Quand au deuxième ouvrage, il est écrit avec la rigueur et la précision d’un chroniqueur scientifique qui sait vulgariser.De façon claire et facile à comprendre, l’auteur explique la naissance, la vie et la mort des étoiles.4 Nelligan Tant a été dit sur Nelligan que chacun sait aujourd’hui qu’il fut écartelé entre deux cultures, celle de son père frustre, Irlandais, anglophone, celle de sa mère, douce pianiste dont il choisit la langue et l’univers plus sensible, plus raffiné.Émile Nelligan est né le 24 décembre 1879 à Montréal, plus tard il a été élevé rue Laval, cancre à l’école, se consumant dans la poésie, seule maîtresse qu’on lui connut, se voulant bohème révolté.Par la suite, ombre parmi les ombres écrouées, il fut 26 ans l’hôte de l’Asile Saint-Benoît, puis 16 ans celui de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu.Son Vaisseau d'or nous prédisait son naufrage.Lorsqu’il mourut en 1941, les jeunes rimailleurs jetèrent comme des fleurs leurs vers sur sa tombe.Il est facile de déceler dans la poésie de Nelligan l’influence de tant de ses maîtres européens : Rimbaud, Verlaine, Baudelaire bien sûr, dont les voix s’immiscent à travers la musique du jeune Montréalais.Cet adolescent fut, ne l’oublions pas, le premier écho canadien de ces géants de la poésie.Mais l’éphèbe à l’épaisse chevelure eut aussi des éclairs de vrai génie, à lui propres.Il y a de ces accents proprement nelliganiens dans Soirs d'hiver où la neige n’en finit plus de neiger, dans La Vierge Noire dont on frémit à lire qu’elle est la chair des corbeaux, dans La Romance du Vin où les poètes ne sont à jamais compris « que par le clair de lune et les grands soirs d’orage ».La douleur, cette compagne des Roman- Écrire la danse JEAN-PIERRE PERRAULT, CHORÉGRAPHE sous la direction d’Aline Gélinas Les Herbes rouges/Essais 1991, 111 pages DANSER À MONTRÉAL Iro Tembeck Presses de l’Université du Québec 1991, 335 pages Mathieu Albert EXCEPTION faite de La danse au défi, publié en 1987 par les Éditions Parachute, et qui sTntéressait à la nouvelle danse en tant que phénomène occidental, aucun ouvrage n’a été publié jusqu’à présent au Québec sur la chorégraphie créée par les artistes d’ici.Cette absence se faisait ressentir depuis quelques années compte tenu de l’augmentation des créations et de la diversification des vocabulaires employés par les chorégraphes montréalais.La danse, telle une matière insaisissable, passait devant notre oeil sans que la parole puisse en retenir une parcelle de la fugacité.Le corps arlait, mais son discours, condamné l’ineffable, demeurait étranger à toute gymnastique de l’entendement.Voila que cet automne, non pas un, mais deux livres sur la danse sont publiés à Montréal.Le premier est consacré à l’oeuvre de Jean-Pierre Perreault; le second, à l’histoire de la pratique chorégraphique au Québec depuis ses origines populaires au 19e siècle jusqu’à la décennie récente des années 80.Le premier ouvrage, écrit par un collectif de 18 auteurs dirigé par Aline Gélinas (qui fut critique de danse au journal La Presse et à l’hebdomadaire Voir), se présente comme un rassemblement de textes qui multiplient les points de vue autour du travail de Jean-Pierre Perreault.L’intérêt du livre provient du fait que les textes sont signés non seulement par des professionnels du stylo (Michèle Febvre, Josette Fé-ral, René-Daniel Dubois, Robert La-londe et Claude des Landes) mais également par des témoins privilégiés de l’oeuvre du chorégraphe (Betty Goodwin, Paul-André Fortier, et Richard Purdy), ainsi que par ses collaborateurs les plus assidus.À ce titre, on retrouve les signatures excellentes des danseurs Daniel Souliè-res et Sylviane Martineau; de l’éclai-ragiste Jean Gervais, du compositeur Michel Gonneville, ainsi que celles de Vincent Warren et de Jeanne Renaud (la fondatrice du Groupe de la Place Royale en 1966, où Perreault a commencé sa carrière).À travers la multiplicité des éclairages, des commentaires, et des réflexions (le texte de Claude des Landes est à cet égard un bijou d’intelligence et de perspicacité) on découvre Jean-Pierre Perreault dans ses rapports (parfois tendus) avec ses collaborateurs, avec la aanse, l’espace, et la musique.On le découvre comme un personnage atteint par l’inquiétude et la solitude; comme un chorégraphe curieux, naïf, presque candide par moment, ennemi de toutes les complaisances.Perreault émerge comme une figure légèrement magnifiée, certes, par tous ces discours qui mêlent l’analyse à l’éloge, mais aussi comme une figure dont l’oeuvre, contrairement à celle de plusieurs, appelle la pensée, et offre une matière suffisamment étoffée pour susciter une pratique discursive qui ne soit pas un pur exercice de description.Si la présentation visuelle de l’ouvrage aurait pu bénéficier d’un meilleur traitement, il n’en reste pas moins que cette première tentative littéraire est parfaitement concluante, et annonce, on l’espère, d’autres livres à venir.Le second ouvrage, rédigé par Iro Tembeck (professeur d’histoire de la danse au département de danse de JEAN-PIERRE PERREAULT, CHORÉGRAPHE LES HERBES ROUGES ; ESSAIS l’Université du Québec) se présente comme un vaste travelling panoramique sur les figures qui ont joué un rôle déterminant dans l’évolution de la chorégraphie au Québec depuis le siècle dernier.Tel un carrousel, Tembeck fait défiler la galerie de ses personnages, en commençant par Adélard Laçasse qui ouvre un premier studio de danse sur le boulevard Saint-Laurent en 1895, jusqu’à Édouard Lock, Marie Chouinard et Ginette Laurin.Entre les extrémités, l’auteur présente tout le peuple ancestral (de Gérald Cre-vier à Birouté Nagys) dont les espoirs et le labeur forment, selon elle, les épisodes successifs de cette histoire du corps au Québec.Le Refus global figure en bonne place (un peu trop peut-être), Jean-Pierre Perreault est égratigné au passage (sa pièce Stella en 1985 aurait « trahi certains relents machistes et fascistes »), et Marie Chouinard est présentée comme « l’enfant terrible de la danse montréalaise».Si le livre présente des qualités au niveau des repères historiques qu’il installe et des chronologies qu’il met en relief, l’analyse à laquelle l’auteur procède, cependant, est handicapée par l’absence d’une assise méthodologie solide.À cet égard, Iro Tembeck signale en introduction qu’elle travaille, en partie, selon la méthode élaborée par Michel Foucault dans L’archéologie du savoir.Pourtant, on a beau scruter l’oeuvre dans tous les sens, il n’y a rien ici qui puisse revendiquer quelque parenté avec Foucault.Aucun des concepts de base élaborés par le philosophe ne sont présents, ni dans la démarche empruntée par l’auteur, ni dans la structure du livre.Il n’y a ni « système de dispersion », ni « positivité », ni « série », ni « formation discursive », et surtout, pour l’essentiel, aucune mise en suspens de l’unité disciplinaire que constitue la chorégraphie.Si Tembeck avait réellement suivi Foucault, elle aurait commencé par faire éclater la danse pour retrouver non pas des systèmes de filiations et d’influences entre les chorégraphes et les générations, mais plutôt pour retrouver, comme le dit Foucault, « une population d’événements dans l’espace du discours en général ».En bref, elle aurait essayé de définir un objet pour la danse qui puLsse s’apparenter à celui de « l’énoncé » qui apparaît chez le philosophe-historien.Ainsi, sur le plan méthodologique, le livre d'Iro Tembeck souffre d’une déficience au niveau de sa cohérence interne.L’ouvrage contredit quelque peu ce que l’historienne annonce vouloir faire.Mais ceci dit, il s’agit d’une mise en place intéressante du problème particulier que pose l’écriture de l’histoire de la danse.Et dans son ensemble, le livre constitue, pour le lecteur néophyte, une source d’information fiable sur les principaux évé-nemenLs qui scandent la trajectoire de la chorégraphie au Québec.tiques, fut constamment juchée sur l’épaule de son oeuvre, noire, précocement désespérée, comme si elle eut pressenti la suite de l’histoire.Au Québec, d’autres poètes ont passé.Nelligan nous est resté.On lui grave une plaque sur son ancienne demeure rue Laval, on publie des éditions de luxe avec son oeuvre, on place une sculpture sur sa tombe, on fait dç.s films avec sa vie, un opéra même, on lui rend hommage à l’Assemblée Nationale, Paul Wyczynski lui consacre une importante biographie.Il vit, il vit toujours.Son destin de poète maudit nous parle autant que ses vers.Voici d’ailleurs que dans la queue du cinquantenaire de sa mort, Fides publie un coffret de ses oeuvres complètes.Et tout un tome est consacré aux poèmes et textes d’asile, avec les car- nets sur lesquels le patient Emile Nelligan transcrivait sans fin ses propres vers entremêlés à ceux de La Fontaine, de Musset, de Sully Prudhomme, de Victor Hugo dont il s’attribuait parfois la paternité.Au-delà de la tombe, ces pages nous disent non seulement la grandeur de la poésie, mais l'absurdité de ces sociétés cruelles qui siècle après siècle et sous tous les horizons tuent Mozart et Nelligan.Nelligan amoureux, Pierre 11.Lemieux, Fides, 1991.Nelligan n’était pas fou, Bernard Courteau, Louise Courteau éditrice, 1986.Nelligan, poésies complètes (coffret), édition critique établie par Réjean Robidoux et Paul Wyczynski, Fides, 1991.ROBERT BATEMAN PEINTRE NATURALISTE 64,95 L’UNIVERS DE ROBERT BATEMAN 54,95 $ 'mkhui -r ** * ROBERT BATEMAN PEINTRE NATURALISTE / Rick ARCHBOID a.Ce livre nous offre les splendeurs intactes du monde naturel dans des tableaux stupéfiants où se conjugent la connaissance profonde de la ¦¦ nature et la technique picturale éblouissante de Batemon L’UNIVERS DE R.BATEMAN / Ramsay DERPY Les peintures reproduites dans ce livre d’art illustrent les nombreux voyages, les intérêts et le talent magnifique de Bateman.L’ARCTIQUE CIRCUMPOLAIRE Fred BRUEMMER Le récit fascinant de l’adaptation de l'homme, des plantes et des animaux à l’environnement arctique, conté par six spécialistes internationaux des régions boréales.64,95 3 19,95 $ V LE LOUP Candace SAVAGE le texte pénétrant de cet ouvrage, sos documents et ses photographies spectaculaires constituent une véritable apologie du loup et nous rappellent à juste titro que la réalité ost bien plus fascinante que le mythe.Des oeuvres qui immortalisent la naturo sauvage ot la noblesse do cotto splendide créature Le Devoir, samedi 21 décembre 1991 ¦ D-5 !c plaisir des mes Dans la géographie de Faulkner Lisette MORIN ?Le feui-eton TROIS GARDIENNES Catherine Lépront Gallimard, 166 pages.C'EST UNE VALEUR sûre que cet écrivain, dont on avait parlé pour les prix, il y a deux ans, à propos de La veuve Lucas s'est assise, et qui évoqua d’une façon très émouvante son grand-père, dans Le passeur de Loire, l’autre année.Elle me paraît néanmoins au meilleur de sa forme, Catherine Lépront, quand elle signe des nouvelles.Courtes, quelquefois, plus souvent longues comme dans les trois récits qui forment son dernier recueil.Avec les auteurs de nouvelles, c’est presque inévitable : on est souvent accroché, puis retenu, par l’une d'entre elles, sans pour autant négliger les autres.Ici, dans Trois gardiennes, c’est le premier récit, qui m’a non seulement séduite mais subjuguée.Et pas tellement grâce au cerceau de la crinoline de Miss Molly Mollibrown, qui donne son titre à la nouvelle, mais bien parce que cette histoire, envoûtante, nous entraîne dans le pays de William Faulkner, du côté de sa ville natale, Oxford, et partout où il a situé ses grands romans, en particulier Lumière d'août.Mais c’est pourtant en juin qu’un vieux professeur noir, à la retraite, alors qu’il se promène sur « la transversale qui relie Oxford à la route 55 », rencontre une jeune Française désireuse d’« arpenter la géographie de Faulkner ».On est donc en juin et il pleut.La description de cette pluie ne ressemble sans doute pas à celle de la Loire Atlantique qui baigne le roman de .Jean Rouaud, et qu’on a tant vantée quand Les champs d’honneur a remporté le Concourt, l’an dernier.« 'Pout le monde le dirait, affirme le promeneur : * m La maison-musée de William Faulkner, Rouan Oak, qui a visiblement inspire Catherine Lépront pour Le cerceau de crinoline.la pluie d’ici.Le vent pousse les nuages depuis le grand fleuve, le Vieux père des eaux (Old Man River.), et ceux-là viennent buter contre la ligne pointillée qui sépare, sur les cartes, le comté Lafayette et les deux comtés, Union et Pontotac, (pii lui sont mitoyens.» Donc, selon les gens de ce sud américain, « il n’y a que dans ce pays qu’il pleut ainsi, comme si c’était notre propre sang, dit le narrateur, qui avait été aspiré par le ciel, puis nous était restitué ».Cette pluie ne semble pourtant pas le moins du monde incommoder la jeune femme, pourtant ruisselante, quand elle rencontre le vieil homme.El qu’elle lui intime l’ordre, « sans adopter ni forme ni ton interrogatif », de lui faire visiter les lieux.Celui-ci comprend qu’il ne pourra plus «s’en dépêtrer».L’auteur ne nous apprendra ni les noms ni les prénoms : il faudra s’arranger des onomatopées qui personnalisent les deux personnages, c’est-à-dire Mister Mo et Miss Annalee, qui débouchent bientôt devant la petite barrière blanche, « typiquement faulknérienne », de la maison de Molly Mollibrown, une gardienne du passé qui n’a jamais admis la défaite du général Lee.Et qui vit de ses souvenirs.Grâce à l’étrangère blanche, le vieil Oxfordien noir pénétrera pour la première fois chez la vieille ségrégationniste.Et entendra le récit, cent fois entendu par les visiteurs, rares, qui hantent — c’est vraiment le mot qui convient — le magasin de la vieille sudiste.La suite ne se raconte pas, surtout pas la lin, tragique, mais se lit, que dis-je, se dévore dans le ravissement le plus complet.Ce retour au pays de Faulkner est ce que j’ai lu de plus saisissant depuis Sanctuaire et Le bruit et la fureur.Se retrouver, grâce à une Française, dans le Yoknapatawpha, et même dans le voisinage de Royan Oak, la maison devenue musée de Faulkner; et lire une merveilleuse histoire inspirée par la guerre de Sécession, sans le panache devenu artificiel de la Scarlett de Margaret Mitchell, c’est une double aubaine.La seconde des « gardiennes » du livre de Catherine Lépront est tout aussi singulière, mais avec un parfum d’exotisme qui imprègne l’étrange destin, soumis à un puits maléfique et à la pénurie d’eau, de Lemtoûna, « la femme d’Essendilène », à la frontière du désert.On préférera sans doute, parce que plus européenne, donc plus accessible aux Occidentaux, l’histoire de « La boutique du drapier 11 uîs » et de celle qui s’institue, non pas vraiment sa gardienne, mais la « voyeuse » de sa restauration.Car il s’agit ici d’un tableau, qu’un artiste Mon anthologie de Noël Jean-Pierre ISSENHUTH À Poésies J’ATTENDAIS Noël pour faire le point sur les nouvelles publications québécoises que j’ai aimées.Depuis quatre mois, qu’ai-je lu avec intérêt ?Entre les fleuves de Nadine l.taif, Lueur sur la montagne de Pierre Morency, Rumeurs et saillies de Guy Ducharme, Andromède attendra de Gilles Cyr, Effacement de René Lapierre, Néant fraternel d’Alphonse Piché.Six nouveaux recueils intéressants en quelques mois, c’est énorme.Ai-je été indulgent ou complaisant, pour apprécier tant de choses ?Je ne crois pas.À propos de ces recueils, tout en indiquant les limites que je percevais, j’ai essayé d’expliquer ce qui me plaisait : une promesse, une direction personnelle, un accomplissement particulier.En même temps, avec un amusement mêlé d’affliction, j’ai fait la chasse à ce qui, à mon sens, fausse ou compromet tout accomplissement : l’esprit et les procédés de groupe, la logomachie, la logorrhée, l’amphigouri, l’abstraction, les généralités.Voilà, sommairement, les écueils que je crois les plus répandus et les plus fâcheux.La poésie qui leur échappe a déjà une chance de sonner juste et de durer.Cela ne suffit pas, mais c’est un début de bon aloi.J’attendais aussi Noël pour remonter plus loin.Ce qui compte, c’est ce à quoi on peut revenir en tout temps avec intérêt.Dans la poésie québécoise récente, en plus clés noms cités plus haut, je reviendrais volontiers à des poèmes des derniers livres de Itina Lasnier; de Let très de Pierre Desruisseaux ( L’Hexagone, 1976); de L’Équation sensible de Denys Néron (L’Hexagone, 1979); de Poèmes de Marie Uguay (Noroît, 1986); de Moments fragiles de Jacques Brault (Noroît, 1984); de Mahler et autres matières de Pierre Nepveu (Noroît, 1984); de Peinture aveugle de Robert Melançon (VLB, 1979 et Signal Éditions, 1985); de La sagesse esl assise à l'orée de Jean-Marc Fréchette (Triptyque, 1988); d’aucun recueil de Charlotte Melançon, puisqu’il n’y en a pas, à ma connaissance, mais de quelques revues où elle a publié, surtout Estuaire, numéro 27; de Lac noir de François Hébert (du Beffroi, 1990).Si j’y pensais plus longtemps ou si j’avais lu tout ce qu’on publie, la liste s’allongerait sans doute un peu, mais n’est-elle pas déjà très longue ?Le « bruissement d’insectes en marge de l’histoire », dont parle Blanchot, me vient de cette liste.Pendant que les fadaises du rapport au corps, de l’intime, du texte, du réel et de la fiction théorique battaient leur plein et encombraient le chemin, la poésie a continué à se manifester de loin en loin.Elle a donné des poèmes qui perçoivent comme nous percevons (un court segment des phénomènes, une petite bande dérisoire) et qui pourtant semblent voir, suggérer, pressentir davantage.C’est le cas, pour moi, de ce poème de Pierre Desruisseaux : Dans le crépuscule du soir un enfant joue aux billes la brise du nord se lève crève noire rêverie, nous sommes assis sur la berge regardant les bateaux passer gros oeil fouisseur de la lune sur les buildings ahuris.D’où vient le pouvoir de ce poème si simple en apparence ?Je me pose la question depuis longtemps.Des explications d’ordre arithmétique, géométrique et mimétique me sont venues.Elles m’ont étonné, mais bien moins que le plaisir inchangé, toujours nouveau, de me réciter le poème.11 en va de même, sur un tout autre mode, de ce début de page de Denys Néron : Tout ce qui tombe n’est point sans ailes et de ce qui vole au matin nous pressentons le poids.L'amour non ne saurait nous aimer sans pesanteur, car il n’y aurait point tant de grâce à voler, tant d’ivresse et tant de soif à s’élever, sans tant de poids.Tout ce que tu portes t'allège ainsi, et ce qui sans poids te supporte, aussi t’alourdit.Sur un autre mode encore, chez Robert Melançon, le charme et le secret : L'ÉTÉ Le soleil fait ployer le lilas que remue le vent : chaque feuille soutient tout le ciel.Une fauvette, fruit bref, l'ébranle, fait crouler le bleu.Pour Noël, si j’avais un cadeau à faire en poésie, je fabriquerais une anthologie des 15 poètes que j’ai nommés.Ce serait une anthologie légère de la poésie québécoise récente, à l’usage de ceux qui cherchent dans les poèmes ce que j’aime y trouver.LIBRAIRIE de 9h.K HERMES 23h30 1 1120, av.laurier ouest oulremont, montréal H2V 2L4 362 jours tél.: 274-3669 par année ¦ en restauration s’efforce de faire ce que Catherine Lépront nous renaître, dans sa beauté originelle.apprend, dans ce récit tout à fait On est dans un musée privé des surprenant, récit d’un envoûtement Pays-Bas, et la narratrice est tout par l’art et un tableau de maître en simplement une gardienne, affectée particulier, à quelques salles, en particulier à la De livre en livre, 1 .épront affirme salle XI, où l’on travaille à rendre sa une maîtrise qui doit beaucoup à beauté à La boutique du drapier l'originalité des sujets, mais surtout lluis.Pourquoi un directeur à la variété du traitement hargneux lui défend dorénavant ce romanesque.J’attends déjà avec premier travail de surveillante; et impatience le prochain livre — sera comment l’admiratrice du tableau ce un roman ou un recueil de s'arrange pour suivre de près toutes nouvelles ?— de celle admirable les étapes de la restauration : c’est conteuse.I l DKTIONNAIKK PRATIQUE DI S K.XI’RKSSIONS QUÉBÉCOISES I I I K SM, MS N F HI U HI M LOGIQUI LE DICTIONNAIRE PRATIQUE DES EXPRESSIONS QUÉBÉCOISES André Dugas et Bernard Soucy 320 p.- couverture rigide 34,95 $ , Z Al.A DF.mm ZOÉ À LA GARDERIE par Isabelle Richard et Bruno Rouyère 24 p.- grand format 9,95 $ ' iMxILmq Ïa iu.r4hïrKuür IOGK3I**'' LA CUISINE DES WEEK-ENDS Andrée et Fernand Lecoq 136 p.- reliure spirale 18,95 $ Aussi disponible: LA CUISINE DE TOUS LES JOURS 18.95$ Wl» I P MS-DOS" SIMPLIFIE II PETIT IJ' RI KOI GE IH MVHOS MS-DOS SIMPLIFIE Version 5 Sylvie Roy 141 pages - reliure spirale 14,95$ Les éditions LOGIQUES C.P.10, suce.«D» Montréal QC H3K3B9 Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 æJ O »•'*#$ LES SAISONS DU PHOQUE Fred Bruemmer & HKIANI.WII5 KhH 39,95 $ fri.*.J, - H* 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livres récemment parus; autant de suggestions de cadeaux en ces jours de magasinage et de festivités.Des livres, des cadeaux Les yeux de Rimbaud LES VOYAGES DE RIMBAUD Claude Jeancolas Paris, Balland, 1991, 320 pages André Girard L’IRIS est bleu clair, un anneau plus foncé couleur de pervenche l’entoure : les yeux de Rimbaud.Le regard : rêvant de péninsules et d’archipels oubliés, recherchant « l’inconnu par le dérèglement de tous les sens », atteint Stockholm et les forets de Java, le roc d’Aden, les villages de Chypre, Londres encombré et Ilarar solitaire, les déserts somaliens et les palais romains.L’espace de la vie de Rimbaud.Terminus : Marseille, le 10 novembre 1891.Dans sa dernière lettre, écrite la veille au directeur des Messageries maritimes, il sollicite un autre voyage : « Je suis complètement paralysé : donc je désire me trouver de bonne heure à bord.Dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord.» Pour plusieurs, Rimbaud ne fut qu’un poète visionnaire, ensuite un aventurier matérialiste et chercheur d’or.Pour Claude Jeancolas, cette césure reste une « petite histoire (passionnant) certains lettrés»; car les voyages aussi symbolisent « la liberté de l'homme par les frontières repoussées et son immensité».Il a réuni dans Les Voyages de Rimbaud un impressionnant ensemble de photographies montrant les lieux traversés ou habités.Beaucoup sont inédites, découvertes dans la poussière et l'oubli.Photographies d'amateurs, de militaires, d'explorateurs, de missionnaires, témoignant du temps de la vie de Rimbaud, à Aden ou en Abyssinie, les 11 dernières années, ou de noms reconnus qui développèrent, à Londres, Paris ou Bruxelles, ce nouveau médium.Les Voyages de Rimbaud est aussi une histoire de la photographie de 1854 à 1891, le temps de sa vie; vie ue le mouvement seul put tenir en quilibre, entre l’euphorie de la fuite et l’enfouissement dans des paysages inconnus, repoussant toujours les limites de l’immédiatement visible.« Où sont les courses à travers les monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ! » (Une lettre du 10 juillet 1891.) Bfii Les grands ciels de Strindberg Un siècle d’art PEINTURES ET DESSINS D’ÉCRIVAINS Serge Fauchereau Belfond, 1991, 223 pages Robert Lévesque LE PLUS ANCIEN dessin brossé par la main d’un écrivain est un pay- sage avec maison, fait à la plume vers 1327, attribué à Pétrarque, encore que l’on ne soit pas tout à fait sûr qu'il soit de la main de ce poète de la Renaissance, qui était entre autres chercheur de manuscrits anciens .Serge Fauchereau, pour les éditions Belfond, a rassemblé le groupe ; de la plupart des écrivains qui sont ' passés du crayon au pinceau.Il propose un étominant voyage pictural m cm! i : w - ¦.texte INEDIT tU ,PI ï L’indispensable ^n L’actualité internationale à votre portée 640 pages 22,95 $ Boréal en collaboration avec LE DEVOIR ^^"Uborté ^ CC^Jmü où l’on va de surprise en étonnement, tant, parfois, le lavis, l’huile, le dessin proposés ressemblent ou ne ressemblent pas à l’oeuvre de tel et tel écrivain ou poète.Généralement, la correspondance dessin-écriture est toutefois claire, évidente.Mais il y a des découvertes, les grands ciels d’Au-gust Strindberg, les personnages raides et simples d’Alfred de Musset, les griffonnages anarchistes de Balzac .D’Alphonse Allais à Stanislaw Wyspianski, 183 écrivains « qui ont dessinés », soit professionnellement soit par passe-temps, talentueux, dilettantes, sont recensés par Fauchereau.On ne remonte pas au-delà de la fin du 18e siècle, parce qu’il semble que l’écrivain ait peu pratiqué le dessin avant l’Allemand Goethe et l’Anglais William Blake.Voltaire, Rousseau, Diderot, ça ne dessinait pas.Mais au 19e et au 20e siècle, ce qu’on s’est rattrapé! C’est à croire que tout écrivain, après Victor Hugo (qui fut peintre, et impressionnant), a cru le passage obligé vers le tableau.De Malakovski qui dessinait des affiches pour la lutte contre les poux, jusqu’à Roland Barthes qui signait des encres, tous les écrivains ou presque, lorsqu’on feuillette ce bel album, ont cédé au dessin, à la toile, au tableau.Que ce soit Max Jacob ou Mac Orlan qui vendaient des dessins aux terrasses des cafés pour se payer la baguette et le brie, que ce soit Rudyard Kipling ou Paul Morand ou Apollinaire qui ont de réels talents d’illustrateurs ou d’aquarellistes, que ce soit Tadeusz Kantor qui ARCHIVES BELFOND nm ">£« nrrrr nn:,;œA Un dessin de Rudyard Kipling, Le chat qui s'en va tout seul.affirme que « deux ou trois de mes tableaux me rapportent plus que toutes mes pièces! », ou les enfants Brontë qui dessinent d’abord avant d’écrire, ou Victor Hugo qui mélange de la cendre de cigare et du marc de café à ses encres « indéfinissables», ou Malraux qui signe en esquissant en chat, l’écrivain, au 19e et au 20e, est un dessinateur, un peintre.Dans L’Empire des signes, Barthes s’interrogeait justement sur la frontière où commence l’écriture, où commence la peinture.Plein d’écrivains ont vécu à la frontière.L’ART DU XXe SIÈCLE Dictionnaire de peinture et de sculpture, sous la direction de Jean-Philippe Breuille Larousse, 896 p., 400 photos couleur.Jean Dumont ABAKANOWICZ (Magdalena) -Z wart (Piet), Abstraction-Création (Association) — Zero (Groupe), Am-brozic (Katarina) — Zumthor (Bernard) .De la grande artiste polonaise qui, de la tapisserie à la sculpture, a su dire les malheurs de son pays, au ’graphiste néerlandais, inventeur de la typographie moderne, ,de l’association qui réunissait, dans les années 30, les non-figuratifs Arp, Kupka, Gleizes et les autres, au groupe artistique allemand, créé en 1957 par H.Mack et Otto Piene autour de l’utilisation de la lumière, des ressources des matériaux et des technologies modernes, l’art du XXe siècle vous est offert dans ce beau livre, de A à Z, par 87 spécialistes recrutés dans le monde entier, de la conservatrice du Musée national de Belgrade, au conservateur du patrimoine architectural de la ville de Genève.Les dictionnaires eux-mêmes ne peuvent échapper à un certain parti-pris, on désigne alors ce choix du nom de politique éditoriale.Dans celui-ci ceite politique est favorable à ceux dont l’intérêt pour les arts visuels dépasse la simple curiosité.Elle leur évite de relire pour la centième fois des remarques élémentaires sur Monet ou Cézanne ou Rodin, La botte d’asperges de Manet À TABLE AVEC LES IMPRESSIONNISTES Jocelyn Hackforth-Jones Adam Biro, 160 pages Marie Laurier QUI N’A PAS imaginé un iour de recréer l’atmosphère du célèbre Déjeuner sur l’herbe de Paul Cézanne ?bu celui de Monet ?De déguster Les Fraises d’Édouard Manet ou celles de Renoir dont la femme Aline avait la réputation d’être une cuisinière hors pair ?Qui n’a pas ressenti la mélancolie devant Labsinthe d’Edgar Degas, désiré savourer un gâteau à La Pâtisserie Gloppe de Jean Béraud ?Qui n’a pas eu le goût d’entrer dans La Petite poissonnerie de Ronfleur d’Eugène Boudin, d’aller à la Cueillette des pommes avec Pissarro ou celle des cerises en compagnie de Berthe Morisot?De dîner dans Le Jardin de Monet à Giverny ?D’admirer ce « déploiement éblouissant » de Fruits à l’étalage de Gustave Caillebotte, d’acheter Une botte d’asperges de Manet ?Et d’aller en pèlerinage à Arles dans î Â'fABLE IMPRESSION Le Restaurant Carrel où Van Gogh prenait ses repas et qu’il a immortalisé avant de s'installer dans la célèbre maison jaune ?Autant de goûts et de fantaisies que les peintres impressionnistes nous font partager dans leurs oeuvres inspirées de leur génie de saisir les moindres détails de leur vie so- ciale et familiale.Ceux de la bonne chère et de l’art culinaire n’étant pas les moindres, eux qui fréquentaient les cafés, les estaminets, les cabarets de Paris, et étemels errants, les auberges, les restaurants, les gîtes de la Provence, de la Bretagne et de la Normandie.Car en plus d’admirer les illustrations des tableaux, selon cette thématique du bien boire et du bien manger, cet ouvrage de Jocelyn Hackforth-Jones offre cet autre avantage de nous faire voyager dans la Doulce France, en nous proposant, relais charmants, des recettes de ces coins de pays que ces hédonistes savaient apprécier, imités en cela par de nombreux écrivains aussi célèbres.Voilà donc la peinture, la littérature et l’art culinaire, la Vie quoi, réunis dans cet album.Rien ne nous empêche de nous mettre à nos fourneaux, le bel album posé sur un lutrin pour faire les petites madeleines si appréciées de Marcel Proust, le poulet en cocotte Père Lathuille, les poires Bourda-loue, le brochet au beurre blanc dont parle Zola dans Le Ventre de Paris.Dans les chemins du savoir ENCYCLOPÉDIE LAROUSSE DES JEUNES nouvelle édition 1991 Paul Cauchon POUR UN ENFANT de 10 ans qu’est-ce qui est essentiel dans le domaine du savoir et de la culture ?Défi redoutable auquel s’attaque le Larousse des jeunes.L’échantillon demeure bien pensé ; conçu autour de 1000 mots «essentiels», le Larousse promène l’enfant sur les chemins du savoir — pays, nations et grandes civilisations (Byzance, la Chine, etc.), hauts faits historiques, sciences, biologie, astronomie, physique, botanique, zoologie, phénomènes naturels, grands créateurs en musique, en littérature, en peinture, histoire des objets ou des produits (le savon, la bière, le papier, etc.), données de base sur quelques grandes idées comme la démocratie, le communisme, l’anarchisme.1000 entrées redoublées par un index de 10 000 autres mots, 3350 illustrations, 2900 photographies, 310 cartes.On notera la clarté des définitions, une présentation aérée sans être d’avant-garde, et un bon travail de mise en page.Quant au contenu, rien ne vaut les articles « délicats » pour juger de la qualité d'une encyclopédie.encyclopedic usse ta.V fejLniwç Deux exemples : au mot « sexe ».on trouve 4 pages intitulées « l’information sexuelle ».C’est franc, clair, axé sur l’amour et la communication.On remarquera toutefois l’absence du mot sida, et le paragraphe sur la contraception indique que la pilule demeure le moyen absolu d’éviter la grossesse, ce que n’apprécieront pas les responsables des campagnes de prévention axées sur le condom.À l’article « femmes», on lit que « la femme doit son état de sujétion à un mythe solidement organisé et construit au long des siècles : celui de la supériorité des hommes », et on explique longuement la notion de « travail égal salaire égal » ainsi que les luttes féministes, en concluant «qu’un pas décisif sera franchi le jour où des aménagements d’horaires et des équipements sociaux collectifs seront prévus pour permettre aux femmes ae mener de front carrière et vie familiale ».Est-ce la seule encyclopédie de base à acheter ?Tout dépend de vos besoins; on note que dans cette nouvelle édition de 1991 certains articles datent.Si on fait état des problèmes du monde communiste (les mentions politiques les plus récentes datent de la fin de 1989), en littérature on mentionne un dernier Nobel attribué.en 1982 à Garcia Marquez, de même qu’en cinéma le film le plus récent c’est La guerre du feu.On ne trouve aucune entrée à « rock », plutôt quelques paragraphes à « pop music », qui finissent aux Beatles, aux Stones et à Pink Floyd, ce qui est en-dessous de ce qu’un adolescent peut s’attendre.L’article « Québec » fait pitié : on note quelques cinéastes comme Brault, Carie, Perrault, Jutra, mais pas Arcand, et la chanson s’arrête à Leclerc, Vigneault et Charlebois.On peut multiplier de tels exemples.Mais ce Larousse, porteur d'une certaine qualité traditionnelle, continue à bien se «positionner», comme disent les Parisiens.dtetionnolie de peinture et do sculpt)»» l’art du XXe siècle i/'t* mais leur permet de découvrir, à la place, des novateurs peu connus, August Macke (mort en 1916) par exemple, ou Gaudier-Brzeska (disparu en 1915, à 24 ans).Les « génies » et les « maîtres » sont peut-être monnaie courante dans les textes, c’est le prix à payer à l’académisme des dictionnaires, mais on sent, à leur ton parfois critique, que les rubriques ont été écrites par des êtres de chairs et de sang : ce n’est pas si courant.1400 artistes et mouvements artistiques; il s’agit-là d’une contribution importante à la compréhension d'un siècle d’évolution de l’art de ce temps.Et.oui, on y trouve des rubriques sur Molinari, Riopelle, Bor-duas, et quelques autres.ARCHIVES HAZAN Un dessin de Matisse illustrant un poème des Fleurs du malic Baudelaire.Des fleurs expédiées LES FLEURS DU MAL Charles Baudelaire illustrées par Henri Matisse Hazan, 1991,168 pages Odile Tremblay IL Y A de ces rencontres entre poètes et peintres qui produisent des étoiles.Je me rappelle une certaine édition du Bestiaire de Guillaume Appolinaire illustrée par Raoul Dufy, ou le dessin rehaussait, glorifiait le vers et vice versa.Je me rappelle chaque trait du chat passant parmi les livres et de l’écrevisse à reculons, et de la méduse à chevelure violette.Il y a de ces rencontres d’artistes qui sont des mariages en majesté .alors que d’autres hélas tiennent du rendez-vous manqué.Les fleurs du Mal de Baudelaire illustrées par Matisse sont de celles-là, décevantes, non par les vers immortels du poète gravés ici sur beau papier texturé, mais par le crayon du maître qui expédie son bouquet de fleurs maladives.J’ignore si Matisse a vraiment cherché à illustrer ici l'univers sulfureux du poète maudit.On dirait plutôt qu’il a gribouillé à la va-vite quelques visages de femmes à peine dessinés.Baudelaire méritait mieux.Et quand on voit une simple ébauche de traits illustrer « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre » ou quatre coups de crayons rendre si maladroitement la chevelure profonde de la belle indolente baudelairienne, on soupire auprès du génie de Matisse endormi sous une arche l’espace d’un album. Le Devoir, samedi 21 décembre 1991 ¦ D-7 • le plaisir Jes ivres Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 14 LA MAISEAU CHAPLEAU -Premier hiver à Sainte-Thérèse.Premier vrai Noël.Premières stupéfactions éblouies devant les éclats de rire du soleil se dardant sur tout.Ses rayons balaient tout; glace, glaçons, neige, congères : au lieu de fondre, tout se durcit, l’affronte dans un corps à corps ironique.Le froid gagnera longtemps.Cette lutte enchanteresse à laquelle nous participons, conscrits, tous, contre le gel; repos de la nature qui devient, sans prévenir, la mort de l’homme s’il ne s’affaire à déjouer le froid.(Il y prend plaisir).Nous y avons tous pris plaisir, à vaincre l’hiver en nous d’abord.Relever ses défis nous donna la passion du risque, développa notre imagination, notre musculature, notre obstination, accrut notre imaginaire, notre langage poétique.Le génie artistique des Canadiens-français, si original, d’une expression unique et spécifique dans tous les domaines, y puisera éternellement.Tout le temps de l’Avent, auréolé d’or, embué d’un mystère bleu révélé peu à peu aux enfants, tant sous la solaire enrobée de grisailles, que dans de piètres jonchées où la boue des herbes jaunasses buvaient avidement les premières neiges, que sous ce haut plafond nocturne où les constellations réarrangeait le mystère, y ajoutaient et le dissimulaient encore parmi la voie lactée, et les étoiles, celles qui ont des noms de déesses, de fées, de reines, d’animaux héraldiques, et les constellations.(Comment les Anglo-saxons ont-ils bien pu traduire la charmante Petite Ourse par Casserole passe l’entendement).J’ai toujours adoré ce chant profond qui ne se chante que pendant l’Avent.Vierge Marie / Le divin soleil en vous caché / s'apprête à resplendir.Il vient du Second Moyen-Âge (1).J’ai appris sa version la plus récente.Cent préparatifs amènent à l’apex de la plus grande fête de la Chrétienté : la Nativité.Pour l'univers qui dort / Quel doux réveil / Quels chants d'amour / vont bientôt retentir!.Le choix en forêt, puis la décoration de l’arbre, les illuminations dans chaque foyer, les étrennes, le réveillon.Mais d’abord la crèche à l’intérieur de l'église.Puis la messe de minuit et ses cantiques venus des Vieux Pays qui composent la France de ces régions et de ces peuples, si divers de dialectes et de patois; et à quelques grandes langues structurées telles le basque et le breton, gardées par leurs génies tutélaires : leur poésie, leurs chants folkloriques.Les chants des pays d’Oc certainement, dont je ne sais identifier qu’un seul dialecte : l'auvergnat.Ainsi donc, pemier Noël à la Maison Chapleau.Elle était située en dehors du village et cependant en bordure de la rue principale, la rue Saint-Charles, mais en allant vers la campagne, les rangs, de l’autre côté du viaduc, où passait un train en hurlant sa belle phrase symphonique, puissante et large voix dans les soirs d’hiver.Ses deux notes aux harmoniques innombrables tant dans l’aigii (ou le moins grave) que dans le gravissime passionné, des gammes entières d'harmoniques, longues, amples, majestueuses dans la nuit.Celle qui réussissait à se glisser avant l’autre dans la niche de pierre d’une extraordinaire profondeur : deux pieds et demi (notre père disait plus de trois pieds) — ce qui donnait la réelle épaisseur des murs de cette vieille demeure ancienne et historique, — appuyait son front contre la vitre intérieure, et l’autre, un peu en retrait (« sentait moins le froid », disait-elle).Contemplatives émerveillées de cette bête interminable, annelée, lumineuse, scintillante, d’un or chaud qui coulait et roulait, incrusté ça et là d’un feu de rubis, d’un feu d’émeraude : le train d’Ottawa, train du soir dont, comblées par la chance, nous entendions le cri annonciateur en dégivrant la vitre à toute hâte.Nous ne manquâmes jamais son arrivée, son passage.Il évoquait vraiment la reptation d’un dragon d’ambre, de topaze et d’or.Et nous, assises aux premières loges ! Pourtant, elles étaient censées dormir, tout au moins somnoler, tout habillées sous leurs édredons, les petites filles.L’une d’elles portait mon nom.Au bout du passage fumait le poêle portatif, chauffant a l’huile de lampe (son âpre odeur épandue par une fine main de bise qui trouvait toujours quelqu’interstice au bas des châssis doubles de la salle DAN FRANCK Un voyou désabusé Serge Truffaut de bain, et à s’immiscer chez nous).À LA MANIÈRE DE SÉI SHÔNAGON : Choses charmantes à regarder : Les écureuils enterrant dans les parcs et les jardins glands, faines et noix rondes.L’arrivée des geais bleus et des mésanges à ventre orange.Picorant dans la même mangeoire, maintenant et tout l’hiver; c’est adorable à voir.Les ornements de Noël qui sont encore intacts.?À la Foire de Saint-Janvier mon père avait eu la main heureuse; et pour trois chansons a acheté une partie des équipes de Lord Shaughnessy : une carriole à six places, plus le banc du cocher, un traîneau aussi large, (pour deux chevaux) : coussins bleu de Prusse broché or, peaux d’ours noirs doublées de feutre vert.Et, destinée à ses filles, une Sainte-Catherine.Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais vu sa pareille.Jamais vu Sainte-Catherine aussi belle, aussi rouge, mieux que vernie : laquée ! (l’eut-on juré) ; ni aussi haute sur ses très hauts patins de laiton étincelant comme de l’or, d’une courbure des plus fines, du plus beau sinueux, non plus que de la vague ondulée, la plus gracieuse du monde, de sa nacelle profonde et spacieuse, garnie aussi de peaux d’ours noirs à poils fournis.Je pense toujours que la Sainte-Catherine est le traîneau, pour un cheval unique, le plus joli qui soit.Sortant par la grande barrière, la nôtre guettait un intervalle entre les barlots (j’écris le mot tel que tout le monde le prononçait).Elle rentrait dans le défilé des bons et solides berlots de bois épais, rouge sauvage, vert sapin, brun doux de noix, (ou de ce bleu prussien tiré je ne sais de quoi, qu’on retrouvait sur les armoires et les berçantes).Traîneaux d’habitants tout bondés d’enfants entuqués jusqu’aux yeux, de femmes portant couvertes en pointe sur leurs manteaux, d’hommes à tuques beiges ou grises et ceintures fléchées.Et dans ce concert de grelots de cuivre travaillés en creux, de clochettes de fer cousus aux traits et aux attelages d’où s’élançaient les Joyeux Noël ! Joyeux Noël !, entre les parois de neige impeccablement tassées par des mains fortes et de vrais bras d’hommes allongés de pelles — bras de géants ! Cortège hérolaue aux allures de cavalcade ! Et a l’appel des cloches pour la première messe, la Sainte-Catherine, haute, légère, attelée au gris, menée par Michaël (qui, comme sa femme ne parlait qu’allemand) sortait du rang et presqu’aérienne prenait la tete, menant sous le regard maternel et fier d’une Gretchen, paysanne du Wurtemberg et chez nous, cuisinière, — deux petites Canadiennes-françaises qui chantaient à tue-tête l’/ldesfe Fideles (Michaël et Gretchen, catholiques, eux aussi) — afin d’enchanter et d’endormir la nostalgie des jeunes immigrants, et leur donner un avant-goût de notre messe de minuit.(1) Second Moyen-Age : l’expression est de Marc Bloch — Il désigne l’époque d’après les grandes invasions qui est aussi celle de l’institution de la Société féodale au début du lie siècle, ou à tout le moins de sa structuration en système cohérant établi dans toute la chrétienté.LA SEMAINE de 40 heures est arrimée au « Front popu » de Léon Blum comme la guerre civile espagnole à George Orwell.L’esthétisme froid et terne de la cinéaste « nazil-larde » Leni Riefensthal est un assassinat culturel qu’encouragea l’Action française de Charles Maurras à l’époque où Blèmia Borowicz photographia le mariage de Chariot avec Paulette Godard.Blèmia, Boro pour les copines et les copains, fut le maître du cliché noir et blanc des années trente, cette décennie grise d’un siècle sombre.Ses témoignages sur cette époque, ses aventures, ont fait l’objet de deux bouquins remarquables : La dame de Berlin et Le temps des cerises chez Fayard.Il y a une semaine, on a rencontré l’alter-ego de Boro.En fait, on a vu l’un de ses créateurs.Son identité ?Dan Franck.Avec sa moustache, sa casquette de « prolo » qu’il visse sur sa tête à la manière des voyous que Francis Carco décrivait dans ses romans, sa canadienne en cuir noir, son chandail noir, son pantalon noir et ses chaussures toutes aussi noires, Dan Franck est autant le miroir physique de Boro, l’amoureux de La dame de Berlin, l’aventurier de Le temps des cerises, qu’il est l’auteur sensible de La séparation qui lui a valu le Renaudot 1991.Sur Boro, il est expansif.Sur La séparation, paru au Seuil, il est discret.Il est d’autant plus discret que par pudeur on s’est abstenu de le harceler de questions afin de déterminer avec exactitude si le « il » de ce drame sentimental qu’est La séparation était Dan Franck « lui-même en personne ».De toute façon, l’autopsie que signe cet auteur aux bords de la quarantaine sur l’éloignement progressif de deux êtres qui se sont aimés est d’un tel réalisme que.Alors, pourquoi il est né Boro ?« De mon ras-le-bol des pavés de plage.Tous ces best-sellers qu’on sort à la veille de l’été ne sont que des merdes.Pendant des années, j’ai été nègre.Cela m’a permis de bien connaître le monde de l’édition et ses coutumes.C’est dans ce contexte que j’ai eu l’idée de Boro.À ce moment-là, je ne connaissais pas Vautrin.Je pensais m’associer à un autre de mes amis écrivains » Comment Vautrin est-il arrivé dans le portrait ?« Dans un salon du livre.Nous nous sommes rencontrés à la faveur de séances de signatures.On a sympathisé.On s’est fait un party whisky-Pauillac qui nous a permis de constater que nous aimions tous les deux les années 30 et que notre regard sur le monde n’était pas différent.Lui et moi, c’est fondamental, nous avons beaucoup d’affection pour les petites gens.Bref, c’est là que nous avons décidé de faire quelque chose ensemble ».Mais Boro, comment avez-vous brossé son portrait ?« On s’est choisi un éditeur, Balland, puis, une demi-heure avant de le rencontrer, Vautrin et moi nous sommes retrouvés dans un bistrot.Et là on a construit, on a créé Boro.Nous sommes allés voir Balland.Et on est ressorti de son bureau avec un contrat en poche.Puis il y a une entente avec Fayard, l’éditeur de Jean ».Et entre vous quelle entente avez-vous établie ?Quelle division du travail avez-vous arrêtée ?« D’abord, tout le monde s’est mis d’accord pour que nos livres respectifs ne sortent pas en même temps.Puis nous avons fait un découpage en cinq tomes des aventures de Boro.Le premier (La dame de Berlin), c’est la montée des ü Dan Franck périls, surtout du nazisme, mais c’est également cette époque joyeuse que fut le I* ront populaire.Le tome 2, c’est la guerre civile espagnole.Lorsqu’on étudie cette guerre, on constate que toute l’histoire de l’Europe y est contenue.Le prochain tome commencera alors que Boro est prisonnier en Espagne.Il se terminera en mai 40 à Paris ».Comment vous et Vautrin travaillez ?Qui fait quoi ?« Si dans notre aventure, l’histoire est très importante on fait attention de ne pas tomber dans la thèse.On se documente, c’est sûr.Mais.En fait, on travaille beaucoup avec les photos.On étudie les clichés d’époque.Ce qui nous importe c’est davantage la vie quotidienne des gens qui ont vécu celte époque que l’Histoire ».« Maintenant, pour ce qui est du qui-fait-quoi on fonctionne très simplement.On progresse l’un après l’autre.On évolue par escalier.Lorsque, par exemple, c’est moi qui écris, je fais autant de chapitres que je veux jusqu’à ce que j’en ai marre.Puis j’envoie mon manuscrit à Vautrin qui prend le relais et ainsi de suite ».Et le style ?« Nous avons des écritures très différentes.Jean a un style ample.J’ai un style plus serré.Ramasse.Résultat : il ajoute à mon texte et je coupe dans le sien.Chose étonnante, on s’est pas engueulé une fois.Nous n’avons jamais eu de confrontation ».Pourquoi un laps de temps si long entre les deux premiers tomes ?Le premier a connu un immense succès, vous auriez pu sortir le deuxième beaucoup plus rapidement ?« On a conçu ce travail comme un travail de très longue haleine.En tout, Boro va prendre 10 ans de notre vie.Et comme nous ne voulons pas saboter l’histoire, on ne se presse pas.Et puis, il faut dire que chacun de notre côté nous avons nos propres bouquins.Dès que je rentre à Paris, je vais me remettre à Boro.C’est amusant, parce qu’on va commencer le troisième tome simultanément à la diffusion télé de l’adaptation, en feuilleton, des aventures de Boro ».Qui campe Boro ?« Robin Renucci ».Boro après La séparation, c’est un changement radical ?« L’idée de me replonger dans les aventures de Boro après La séparation est très apaisante.D’autant que de La séparation on a vendu plus de 150 000 exemplaires jusqu’à présent.Cela est angoissant.Se retrouver tout à coup avec un lectorat si important, cela me fait peur ».Dans La séparation, pour intensifier l’impact dramatique, pour marquer au maximum le lecteur, vous égratignez ici et là les gens de votre génération en posant sur eux un regard extrêmement désabusé.Pourquoi un tel détachement, pourquoi tant d’ironie ?« D’abord, il faut dire que ce regard désabusé je leur porte autant sur mes copains que sur moi.Cela dit, je crois que ce sentiment découle d’une certaine impuissance politique.Je ne vois pas, comme mes amis ne voient pas, ce que nous pour- PHOTO JACQUES NADEAU rions faire politiquement.Ceux qui étaient cadres dans les groupes gauchistes, aujourd’hui sonl cadres tout court.Ma part politique, elle passe désormais par Boro.Je vois pas ce que je peux faire d’autre ».« C’est à cause de tout cela.Que le PS applique des politiques de droite, il y a de quoi être désabusé.Non ! C’est pour cela que dans La séparation, j’ai égratigné ces gens.Pour moi, ce qui compte désormais c’est de respecter l’engagement minimum consistant à être cohérent avec soi et à ne pas être.indigne »., c vtois>è«'c U obéissant % &*»!*»* SP®1 ^rSa**"*/^ Vf, U duSeuù 39, ?fcdT°,i,s REVUES LIVRES DISQUES Oiampigny 4380, SAINT-DENIS, MONTREAL, QC H2J2L1 TEL: (514)844-2587 ©MONT-ROYAL FAX: (514)848-0169 DONNEZ-LUI UN PAYS! ETRANGERS! roman André Montamhaiilt 291 pages 18,95$ Kn vente dans toutes les librairies.LOGIQUES C.P.10, suce.«D».Montréal (Québec) Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 Xavière Sénéchal ,.ti>> un j°uï’ Vaüïoïc Xavrerc UN JOUR, L’AURORE Premier ouvrage de Xavière Sénéchal, Un jour, l’aurore — roman sur l’adolescence, le suicide et la folie — est d’autant plus troublant que l’auteur y révèle un irrépressible goût de vivre.On aura rarement abordé des sujets aussi graves avec une pareille sensibilité et une telle justesse.160 pages — 16,95 $ LA VIE A MORT Le suicide est l’expression suraiguë d’un inconfort général qui va s’accroissant, la recherche désespérée d’un principe de vie.Et si le suicide n’était qu’une maladie de l’âme?Dans, ce «|oumal d’une suicidaire», deuxième ouvrage de Xavière Sénéchal, celle-ci postule pour un droit de parole ouvert aux suicidaires.160 pages — 16,95 $ Qyinzç> APRÈS GEORGES BRASSENS, FÉLIX LECLERC, VOICI GILLES VIGNEAULT.À cet homme exceptionnel, magicien du verbe et du rythme, Jean-Paul Sermonte consacre l’album le plus authentique.Une étude exhaustive de l’oeuvre et de la vie du poète.Plus de 150 photos, une discographie complète et enfin, sous forme de témoignages, les regards tendres et complices de Yves Duteil, Léo Ferré, Michel Rivard, et plusieurs autres.UN VOYAGE À TRAVERS NOS RACINES! 185 pages — 59,95$ Éditions du Rocher Édition de luxe sous coffret, à tirage limité et numéroté — 125,00$ D-8 ¦ Le Devoir, samedi 21 décembre 1991 • le plaisir des ivres Le Noël du bédéiste BANDES DESSINEES SILENCE Didier Comes Éditions Casterman THE COMPLETE COLOR POLLY AND HER PALS Cliff Sterrett Éditions Kitchen Sink Pierre Lefebvre QUOI DK MIEUX à offrir à un amateur de bande dessinée que de super- bes éditions se rapprochant du livre d’art.A ce chapitre laissez-moi vous suggérer deux rééditions parues en 1991.Tout d’abord Silence, de Didier Cornes, un récit de sorcellerie paru aux éditions Casterman en 1979.Sa façon de jouer avec le noir et blanc, l'un servant constamment de repoussoir à l’autre et vice-versa, confère à son dessin une tension interne, une vivacité souterraine, tout à fail en accord avec l’atmosphère trouble de cette histoire de vengeance et de magie noire.Il s’agit là non seulement de la première grande oeuvre de Cornes, mais de sa plus accomplie, n’ayant pas su encore, depuis, remplir toutes les promesses qu’elle contient.La présente édition est fort belle, couverture cartonnée, papier- glacée, et contient des aquarelles inédites de l’auteur.Dans un autre registre, les éditions Kitchen Sink ont entrepris la réédition complète des Sunday pages de Polly and her Pals de Cliff Sterrett, dont le tome 1 est désormais disponible.Polly and her Pals est de la foulée de cette grande période de la BD américaine que sont les années 1920-30, et qui nous donna, entre aubes, Little Nemo de MeCay et Krazy Kat de llerriman.Comme beaucoup d'oeuvres de cette époque, Polly and her Puisest avant tout une oeuvre de composition.Dans une dynamique se rapprochant énormément des cartoons hollywoodiens du moment, Polly and her Pals relatent les déboires d’une famille et de leurs amis.Bien que la période couverte dans ce volume ne contienne pas les formidables moments surréalistes de celte oeuvre, vous serez fasciné par cette inventivité que l'on retrouve trop rarement dans les productions contemporaines.RESE % .Süÿ f w L’ALPHABET î/.eau INI i IMMI DINOSAURES jiiNPW «Îî ¦J'i ¦ marnée
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