Le devoir, 28 octobre 1989, Cahier D
Mi ËM IS HU mk S3 § le plaisir des ivres Librairie Champlgny 4474.rue St-Oenl» Montréal (Québec) 844-2587 Montréal, samedi 28 octobre 1989 «Si je n’écris pas je suis nulle part» — Robert Lalonde ffj T I 'I MM mm « D'autre part, poursuit le romancier, quelle connaissance peut-on avoir de soi-même au point de penser qu’une histoire d’amour risque de ressembler à la précédente ?On pourrait être en présence d’une personne qui est neuve et qui nous rend tout à fait neuf, qui nous redonne notre spontanéité.Le sens de la rencontre se perd, dans notre société : comme si on n’avait plus cette confiance dans l’autre personne au point de l’accueillir dans quelque chose qu’on ne comprend pas.» C’est en ce sens que Florent est un révélateur pour Jos et pour les autres personnages du roman de Lalonde.Quand il se met à écrire son expérience de la vie dans un cahier, le jeune homme devient aussi le poète qui prend possession du monde.« Florent ignore ce qu’il fait et jusqu’où iront ses mots mais son poème ne peut pas être autrement que visionnaire, dit Robert Lalonde.Il n'est pas contaminé par les codes, il n'a pas de raison de censurer son plaisir et son vertige d’écrire.Ainsi est-il plus proche des illuminations qu’il peut avoir.Il prend plaisir à garder son récit secret.Puis son cahier devient si précieux parce que chaque personne qui le découvre reconnaît un ton qui s’impose avant même de comprendre de quoi parle le poème.Les gens sont d'abord enchantés par l’écriture.» Robert Lalonde tient la poésie comme quelque chose de foudroyant.« Je suis d’une grande pudeur, comme auteur de poésie.La poésie est ce que j’estime le plus au monde et ce que je montre le moins facilement.J’en lis et j’en écris beaucoup.Mais elle garde pour moi un caractère secret.Je suis plus ému par un poème que par les 500 pages d’un journal intime.Il me semble entrer infiniment plus dans l’intimité des gens par la poésie que je lis d’eux que par leurs conversations.» Mais la fulgurance du poème ne remplace pas la nécessité du roman.Robert Lalonde écrit chaque jour.Par nécessité.« Autrement, avoue-t-il, je me sens nulle part et inutile.Si je n’écris pas, les choses ne s’incarnent pas.Malgré ce que je peux vivre dans la journée, mes antennes ne se déploieront pas pour les solutionner.Quand je n’écris pas, il s’installe ce que j’appelle le grand vide de l’immobilité: on dirait que tout à coup plus rien ne va se passer.C’est Giono qui disait que pour écrire il faut deux choses: une discipline et l’amour de cette discipline.C’est pourquoi je peux travailler durant cinq ans sur un roman comme Le diable en personne, en acceptant de cafouiller parfois et de jeter certaines pages ratées, pour arriver au bout avec un petit livre, qui ne fait pas 800 pages mais qui reste fidèle à la forme dans laquelle il m’est venu en l’écrivant.» JEAN ROYER Parti à la recherche d’un personnage qui semblait inconnaissable malgré sa légende, Robert Lalonde nous revient avec Le Diable en personne.Ce nouveau roman, publié aux Éditions du Seuil, est celui d’un écrivain en pleine maturité et nous donne un immense plaisir de lecture.« J’ai voulu raconter l’histoire d’un hors-la-loi, célèbre dans les Cantons de l’Est, que personne pourtant ne semble avoir vraiment connu.J’étais hanté par l’idée d’un personnage dont les traces sont plus importantes que ce qu’on connaît de lui.J’ai fait un pèlerinage géographique dans les lieux qu’il a fréquentés, Abercorn, Sainte-Anne-de-la-Rochelle, Lac-Mégantic.J’ai recueilli des documents, des témoignages contradictoires.On me l’a décrit tour à tour comme un bandit, un saint ou un fou, un sage ou un imbécile, comme quelqu’un de magique ou de médiocre.Cet homme, connu sous le nom de Morrison, m’est donc apparu plus mystérieux que ce que les autres ont vu de lui.» Ainsi est né en littérature Jos Pacôme alias Laurel Dumoulin aüas Warden Laforce, tour à tour cowboy d’Indian Stream, amant de Florent Bazinet et mari de Marie-Ange Choinière.Mais je vous en ai déjà trop dit, car le dévoilement de l’identité de Jos n’est pas si simple et Robert Lalonde a construit son roman comme un suspense - chaque tableau du livre nous faisant entrer peu à peu dans les univers qui finissent par composer la vie du personnage.Cette construction du roman est fascinante en ce qu’elle renouvelle constamment le point de vue du lecteur face à la trajectoire du personnage.Dans ses précédents romans, Le dernier été des Indiens, Une belle journée d'avance, Le fou du père, Robert Lalonde a fait oeuvre d’apprentissage: ses personnages apprenaient la vie, l’amour, la tendresse et la conquête de leur destin.Dans Le diable en personne, ces univers se rassemblent pour le pur plaisir de vivre.Des destins se croisent et s’accomplissent.Des hommes et des femmes s’aiment ou se méconnaissent jusqu’au bout de leur chemin.Après les romans de l’apprentissage voici le roman de l’identité.Des personnages émergent de cette histoire mystérieuse: Jos Pacôme, bien sûr, l’énigmatique étranger, puis Florent, avec sa jeunesse et son cahier d’écriture, Marie-Ange, l’aimée, Mathilde, l’esseulée, la lectrice du cahier mystérieux, qui part avec le romancier et nous emmène sur les traces de Jos-Laurel-Warden.Car, il faut le dire, Jos disparaît dès le début de PHOTO JACQUES GRENIER trouble chez les gens que ce qu’ils en disent.Moi, j'ai vécu des déchirements par rapport à la sexualité, à cause de mon éducation.Né à Oka, j’avais une éducation de Blanc: purement moralisatrice.Quand je franchissais la frontière du village et que j’entrais sur la réserve indienne, j’apprenais que le corps n’était pas soumis à un comportement codifié : on pouvait apprendre le plaisir sans qu’y soit rattachée la notion d’amour ou de possession.J’insiste là-dessus dans mes livres, un peu par provocation.La sexualité, c’est plus complexe qu’une grossière définition des rôles sexuels.Robert Lalonde cette histoire, juste avant les funérailles de Marie-Ange.On retrouve dans ce roman une des obsessions de l’écrivain: déjouer le tabou de la sexualité.En effet, on pourrait se surprendre des vies sexuelles successives de Jos avec Florent, puis avec Marie-Ange.« C’est ma grande désolation dans l’existence moderne, précise Robert Lalonde, ma perplexité devant la sexualité prise comme identité.Pourtant, la sexualité ne nous définit pas.L’identité sexuelle ou amoureuse est plus Les bibliothèques scolaires crient au secours FRANÇOISE LAFLEUR a bibliothèque, c’est le carrefour de tous les rêves de l’humanité», a écrit Julien Green.Malheureusement, bon nombre de rêves semblent avoir raté le rendez-vous aux rayons des bibliothèques scolaires québécoises, puisque plusieurs encyclopédies vieillottes ne mentionnent ni l’invention de la navette spatiale ni l’apparition de la micro-informatique ! D’autres livres, également recouverts de la poussière des années, apprennent aux enfants que l’homme marchera bientôt sur la lune ou que le métro de Montréal sera bien utile aux touristes lors de l'Expo 67 .Pour de nombreux élèves québécois, l’histoire se serait donc arrêtée faute d’un fonds documentaire suffisant et adéquat.Bien que les directeurs d’école reconnaissent dans une proportion de 53 % ne pas élaguer de façon régulière leurs collections, ceux-ci estiment que près de 30 % des volumes devraient être retirés des rayons en raison de leur usure physique ou de leur contenu dépasse.Ce chiffre provient des réponses de 658 directions d'école à un questionnaire qu'avait envoyé un comité d’étude chargé l'an dernier par le ministre de l’Education de faire un bilan de l’état des bibliothèques scolaires, tant du côté des ressources matérielles qu’humaines et financières.Jacqueline Beaulac, responsable de la Centrale des bibliothèques de la Commission scolaire Sainte-Croix, estime pour sa part que, dans plu- sieurs écoles, près de 50 % des volumes que l’on trouve sur les rayons sont périmés.Selon les données des Services documentaires multimédia, une entreprise privée qui a analysé en deux ans 201 fonds documentaires d’écoles primaires et secondaires, le nombre de volumes désuets se situe entre 50 % et 70 % selon les endroits.D’autre part, le fonds documentaire de l’ensemble des écoles aurait diminué de 25 % de 1982 à 1988.Après élagage, on obtient un ratio de 7 livres par élève, comparativement à 15 en Suisse, à 32 au Vermont et à 39 au Danemark.La pauvreté des collections, tant par leur quantité que par leur qualité, est déplorée par un grand nombre de gens oeuvrant dans le milieu « Il n’y a pas plus de politique d’élagage des ressources documentaires que de politique d’achat, que ce soit pour maintenir la présente collection ou mieux l’enrichir.Peu de ressources financières sont investies dans le renouvellement des collections ou dans leur entretien », explique Jacqueline Beau-lac, conseillère en matière de bibliothèques scolaires à LASTED (Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation).Certains pays ont une politique d’élagage bien définie.Le rapport Bouchard, publié en mai 1989 et intitulé Nos bibliothèques scolaires québécoises — plus que jamais., rapporte que les bibliothèques danoises retirent tout volume qui n'a pas été emprunté depuis trois ans, le retournant à une bibliothèque d’archives.Parmi les recommandations faites par divers organismes et associations ayant présenté des mémoires au comité d’étude du gouvernement québécois, la nécessité d’actualiser les collections revient souvent.Certains prétendent que l’acquisition des principaux ouvrages de référence accuse un retard de 20 ans.Bon nombre de livres ont été achetés avant les années 70.D'autres, même si encore actuels, sont tellement sales et détériorés qu’il peut être gênant dé les prêter ou délicat de les manipuler.Plusieurs s’entendent pour dire qu’un choix inadéquat par un personnel inapproprié, des budgets insuffisants et une inflation galopante du coût des livres, ont contribué à détériorer la situation.Dans les écoles primaires, on a acheté quatre fois moins de livres par élève en 1988 qu'en 1974.Non seulement affecté par la baisse des budgets d’acquisition, le renouvellement des collections est aussi tributaire des prix sans cesse croissants.Au cours des 15 dernières années, le prix du livre pour enfants a augmenté de 340 %, passant du prix moyen de $ 3 en 1975 à $ 12.50 en 1989.Le budget consacré à l’achat des volumes par l’ensemble des écoles primaires n’a augmenté que de 15 cents par élève au cours de la même période, tandis que celui des écoles secondaires a dégringolé de $ 14.40 par élève en 1974 à $ 3.66 en 1982.Il a repris un peu du poil de la bête en 1988 avec une hausse à $5.95 par élève.Pour l’année 1988-89, le ministère de l’Éducation avait accordé aux commissions scolaires une allocation supplémentaire dans le cadre du plan d’action Le français à l’école.Cette somme de $ 3.78 par élève devait servir à l’acquisition de grammaires, de dictionnaires et autres li- vres pour lesquels la somme de $ 1 sur les $ 3.78 serait réservée.Mais sans nier l’importance de l’initiative d’acheter des outils de base, on note que les fonds alloués ont été utilisés exclusivement pour acheter des dictionnaires et des grammaires.Le budget d’acquisition d’une commission scolaire ou d'une école est souvent fonction des résidus disponibles d’autres postes budgétaires.Qui détermine le montant d’argent consacré à l’achat de volumes ?Parfois, la commission scolaire, parfois l’école.Qui achète les livres ?Parfois un bibliothécaire, parfois un enseignant, parfois un directeur d’école, parfois un parent-bénévole.Composé de représentants des commissions scolaires et du ministère, le comité d’étude suggère au gouvernement d’instaurer un « ticket incitateur » amenant les commissions scolaires à affecter chaque année un montant à l’achat de nouveaux livres à même leur enveloppe budgétaire globale.Le ministère pourrait fournir jusqu’à 50 % des montants investis, à l’instar du ministère des Affaires culturelles qui a établi cette politique de redressement auprès des municipalités pour les bibliothèques publiques.Communication-Jeunesse, un organisme voué à la promotion du livre québécois pour enfants, propose qu’un budget non transférable soit attribué aux commissions scolaires ou réservé par celles-ci pour fin de développement des bibliothèques scolaires.Fixé d’après des normes gouvernementales, indexé et haussé de façon continue, ce budget garantirait le rattrapage nécessaire.Et le comité des normes devrait préciser les différents champs du budget, tels que les acquisitions, l’immobilisation, l’animation et le personnel qualifié ainsi qu’une répartition équilibrée des montants d’argent.Selon Yves Lève illé, responsable du dossier des ressources documentaires au ministère de l’Éducation, « beaucoup de commissions scolaires ont déjà commencé à réagir et à agir suite aux recommandations du rapport Bouchard sans que le gouvernement ait encore eu le temps de définir des règles précises ».Ce n’est qu’au printemps pr ochain que nous connaîtrons quelles mesures concrètes prendra le gouvernement pour contrer le danger qui mine les bibliothèques scolaires.Au cours de la dernière campagne électorale, le ministre de l’Éducation avait promis de faire de ce dossier l’une des priorités de son prochain mandat.Le milieu attend « plus que jamais » une action politique de la part des autorités ministerielles, que celle-ci soit « enchâssée dans une loi, dans une direction ou dans un règlement ».Ce qui aiderait les commissions scolaires à dresser des plans d’action mieux articulés.Évidemment, les enjeux tant économiques que pédagogiques devront être supportés par chacune des parties impliquées et les responsabilités partagées entre trois paliers : ministère, commissions scolaires et écoles.Pour réaliser le rattrapage qui s’impose quant au fonds documentaire, l’acquisition de 3.5 livres par élève, au coût moyen de $ 13.50 chacun, représenterait un investissement de $ 54 millions (calcul fait sur la base de l’effectif scolaire au 30 Voir page D - 4 : Les bibliothèques L’homme qui peignait Staline Après avoir enseigné 19 ans au collégial.France Théoret se consacre entièrement ;) son travail d'écrivaine.Dans les récits réunis dans L'homme qui peignait Staline, h-« qu'elle publie à j ^ la maison Les Herbes Rouges, elle explore les t i : / ambiguïtés de l'amour, de la vie de couple, la désespérance des femmes à tra vers les malentendus et les rapports malaisés qu’elles entretiennent avec autrui.FRANCE THÉORET Évelyne regarde la photo de l’homme qu’elle a quitte, rassemble ses énergies, fixe intensément les traits de l’homme.La jeune femme s’oblige à l'immobilité pour garder la conscience nue de sa vivante interrogation.Leur séparation n’est pas le fruit du hasard.Cet avant-midi, elle revoit l’instant décisif, ramène, dans ce qu’il fut bien appaler la pensée, l’émotion précise et les brèves paroles de ce début de soirée.Le tremblement revient, parti du ventre jusqu’au)?lèvres soudain engourdies, condense les phrases et le vide qui viendront immédiatement après.Je vais partir.Je partirai.Pars.Peut-être était-ce : Si tu veux partir, pars.Oui, il a ajouté, si tu veux partir.Il a dit autant de mots qu’elle, ni plus, ni moins.Le rythme était le même.Entre ses paroles à elle et la réponse, quelques secondes, à peine le temps d’un souffle.Il y a une douleur froide, une douleur excessive, toute sèche, elle en est la cause.Elle est au commencement d’une douleur vive.Le reste est affaire d’anecdote.Bien sûr.Évelyne a ses raisons.Elle est reconnue pour être une femme raisonnable, si raisonnable qu’elle se met à bégayer.Il doit y avoir des raisons, elle les cherche dans les traits de l’homme, elle désire des raisons objectives.Il la rappelait à l’ordre là-dessus.Trop subjective.Tu interprètes.Combien de fois dans la bibliothèque le mol est-il revenu ?Le mot est débilitant, violent à crier.L’homme, en disant le mot, touche la fibre la plus vibrante en elle.Évelyne n’a fait qu’un pari : elle entend penser sa vie, autant dire qu’elle essaie d’être cohérente.Très tôt, la déliquescence d'une raison trop raisonnable lui est apparue comme un piège.Elle se voyait rivée à des habitudes étroites, s’acommodant de servir les autres et réduisant ses désirs à l’essentiel, toujours plus proche du dépouillement.En même temps, elle ne pouvait pas ne pas savoir qu’elle exploserait de partout à la fois.Mais un goût viscéral pour le détachement la maintient au plus près de la photo.Le regard plutôt joyeux de l’homme devrait révéler l’énigme de leur séparation.Elle manipule la photo tantôt la rapprochant tantôt l’éloignant, elle la dépose sur son bureau scrutant l’oeil derrière le verre.La photo ne livre rien d’objectif.L’homme a une tête de circonstance, une tête pour l’ap-pareil-photo, poursuit-elle.La tête sur le papier glacé finit par offrir des imperfections.La peau est légèrement marquée par l’acné qui a longtemps persisté.La moustache peu abondante accentue un air juvénile.Des détails, tout juste des détails, elle fait la somme des particularités, se perd à nouveau dans l’oeil en retrait sous le verre et le pli de la lèvre détendue.Brusquement, elle dit à haute voix : il a de l’assurance cet homme-là.LOUISE BOUCHARD L’INSÉPARABLE LES HERBES ROUGES / POÉSIE .Livre éblouissant où alternent prose et poésie, souffle biblique et tristesse native, L’Inséparable témoigne de l'essentielle inquiétude, de l’instabilité qui nous caractérisent quand l’autre est le lieu de notre propre fragilité.«Une prose d’une pureté, d’une vérité bouleversantes.Pour moi, Les Images est un des plus beaux textes de prose qui se soient écrits au Québec ces dernières années.» Gilles Marcotte, L’Actualité ¦m' POÉSIE LES HERBES ROUGES TYPO où l’écriture fait la littérature RECIT Louise Bouchard Les images TYPO 4 I I y ) D-2 B Le Devoir, samedi 28 octobre 1989 Une lumière crue sur des hommes PHOTO UPI c «¦ r**- i Robert Kennedy, alors Attorney General, et son frère John Kennedy, président des États-Unis.La photo date de juillet 1963.TÉMOIGNAGE POUR L'HISTOIRE Robert Kennedy Belfond, Paris, 1989 ALBERT BRIE Il nous semble utile, pour mémoire, de rappeler que Robert Francis Kennedy, né à Boston en 1925, fut ministre de la Justice (Attorney general) durant la présidence de John Kennedy, son frère, de neuf ans son aîné.Il fut assassiné en 1968, moins de cinq ans après John, à Los Angeles, lors des élections primaires en vue de l’investiture démocrate.Dès l’assassinat du président, Robert Kennedy a compris l’intérêt qu’il y aurait à rassembler les souvenirs personnels de ceux qui avaient connu son frère et travaillé avec lui.Une campagne à la Kennedy a été lancée, en vue d’organiser des entretiens alors que les souvenirs étaient encore tout frais dans les mémoires.C’est de là que provient la précieuse collection de relations orales qui ont été déposées à la Bibliothèque Kennedy de Boston et dont la publication a été autorisée l’an dernier.Ces relations orales ont été enregistrées en majeure partie entre février 1964 et février 1965.Comme on le voit, ses entretiens ont eu lieu à un moment difficile de la vie de Robert Kennedy.Ils montrent le personnage à une époque où celui-ci essayait de recoller les morceaux de sa vie privée et publique, à la suite du terrible traumatisme que l’on sait.Dans la première partie de ce document de quatre cents pages, Robert Kennedy s’entretient séparément avec Arthur Schlesinger, éminent historien qui a exercé les fonctions de chargé de mission auprès du président Kennedy, et avec John Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Samedi 4 novembre de 14h à 16h PIERRE GOBEIL LA MORT DE MARLON BRANDO Les Édifions Tryptique Mercredi le 8 novembre de 17h à 19h RAYMOND LEBLANC CHANTS D’AMOUR ET D’ESPOIR Michel Henry Éditeur Vendredi 10 novembre de 17h à 19h SUZANNE JACOB PLAGES DU MAINE nbj Samedi le 11 novembre de 14h à 16h JEAN-ETHIER BLAIS FRAGMENTS D’UNE ENFANCE Leméac 1120, av.laurier ouest ,eqa«te' outremont, montréal tél.: 274-3669 Bartlow Martin, un journaliste remarquable dont le président avait fait son ambassadeur en République Dominicaine.Dans la seconde partie, ses entretiens se poursuivent avec Anthony Lewis, éditoriliste au New York Times, et John Francis Steward, conservateur puis administrateur de la Bibliothèque John F.Kennedy.Dans la préface de Témoignage pour l'histoire, Arthur Schlesinger tient à faire cette réserve : « Le laconisme avait toujours été dans la manière de Robert Kennedy ; mais durant ces longs mois de soucis et de tristesse, la brusquerie est devenue chez lui une façon de traiter de questions auxquelles il eût, en d’autres temps, répondu dans le détail.La douleur l’avait privé de cette forme GUY FERLAND Asticou a 15 ans LES ÉDITIONS Asticou de Hull célèbrent ce mois-ci leur quinzième saison littéraire.Dirigée et fondée par André Couture, cette petite maison d’édition a publié à ce jour plus de 90 titres et vendu près de 90,000 exemplaires.Quelque 70 auteurs ont publié de livres et 77 ont participé à la publication d’ouvrages collectifs.Pour marquer l’événement, la maison Asticou crée deux nouvelles collections, « Critiques » et « Racines amérindiennes», qui s’ajoutent aux huit autres collections existantes en plus de publier 20 nouveautés cette année.« Au départ, explique M.Couture, je voulais publier des auteurs de la région qui avaient de la difficulté à se faire connaître à Montréal.Aujourd’hui, je reçois plus de 400 manuscrits par année provenant de toutes les provinces et même de la France.» Parmi la cuvée 1989-90, il y aura des romans, des récits, des souvenirs, des témoignages, de la poésie, de l’histoire, de la psychologie populaire et même des recettes.Le best-seller de la maison, 2000 expressions françaises pratiques et utiles, est l’oeuivre du regretté Camille-H.Mailhot.La critique au colloque L’ACADÉMIE canadienne-fran-çaise, le P.E.N.Club, la Société des écrivains canadiens et l’Union des écrivains québécois organisent un colloque sur le thème Critique(s)/é-cri vains/leeteurs qui se déroulera à l’auberge Mont-Gabriel.Les travaux débuteront le samedi 5 novembre à 9 h 30 par une conférence de Jean Éthier-Blais, intitulée La mémoire d’ironie autocritique qui équilibrait d’habitude son jugement sur les personnes et les événements.Il a livré, au cours de ces longs et fatigants entretiens, des commentaires extrêmement durs, notamment sur des personnalités bien connues, dont il eût sans doute souhaité tempérer la sévérité s’il avait eu l’occasion de les reconsidérer dans le calme.Il a paru préférable de laisser ses réflexions dans leur état brut.Le lecteur comprendra le martyre que Robert Kenedy subissait en 1964 et saura faire la part entre la rudesse de ses propos et la manière qui fut toujours la sienne ».Entre autres sujets, il évoque son rôle après l’affaire de la Baie des Cochons, la campagne qu’il a menée en faveur de l’intégration des Noirs - critique.Suivront trois tables rondes : La critique face à elle-même avec Jacques Allard, André Brochu, Madeleine Ouellette-Michalska et Sherry Simon; Lecteurs/critiquefs) avec Yves Beauchemin, Paul-André Bourque, René Lapierre et Gabriel-Pierre Ouellette; et Critique et production québécoise actuelle avec Guy Cloutier, Pierre Nepveu, Jean Royer et Gilles Toupin.Pour renseignements: (514 ) 526-6653.Exposition Jean Cocteau UNE EXPOSITION sur l’oeuvre de Jean Cocteau se tient présentement jusqu’au 5 novembre à la Cinéma-tèque québécoise dans le cadre du 18e Festival international du nouveau cinéma et de la vidéo de Montréal.Rencontres littéraires À LA place aux poètes cette semaine, les invités sont Michel Bujold et Réjeane Bujold.Ces soirées de poésie ont lieu tous les mercredis à 21 h à la Butte Saint-Jacques, 50 rue Saint-Jacques, et sont animées par la poète aimante Janou Saint-Denis.POU R inaugurer la cinquième édition des Lectures Skol, dans les nouveaux locaux de la galerie Skol situés au 4060 boulevard Saint-Laurent, M.Émile Ollivier lira quelques-uns de ses textes à 13 h le 29 octobre.Professeur de sociologie à l’Université de Montréal, M.Ollivier a publié quelques essais sur la question haïtienne et s’est fait connaître surtout en tant que romancier avec, entre autres, Paysage aveugle, Mère-soli lude et La discorde aux cent voix.LA SOCIÉTÉ littéraire de Laval offre un atelier d’écriture animé par Yves Préfontaine lundi à 19 h a la OU MONDE 04CO^»'‘;l0"'O,,SDU ¦i ornons LE MONDE CHANGE.L’ÉTAT DU MONDE AUSSI! Entièrement renouvelé, incluant une nouvelle cartographie.L'État du monde 1989-1990 c'est l'actualité à votre portée! Vol.de 640 pages, relié, 19,95$ LES EDITIONS DU BORÉAL Les Éditions du Boréal, en collaboration avec Le Devoir et CIEL 98,5 MF, vous offrent la chance de gagner des exemplaires gratuits de l'ÉTAT DU MONDE.Écoutez Ciel 98,5 MF entre 9 heures et 18 heures tous les jours du 23 octobre au 5 novembre 1989 et participez au tirage quotidien de l'État du monde.politiques l’une des pièces les plus éclairantes de ce dossier -, les débuts de l’engagement des États-Unis au Vietnam.Les tableaux qu’il brosse jettent une lumière crue sur certains grands de la politique.Il nous décrit la hargne de Adlai Stevenson de ne pas avoir été choisi comme ministre des Affaires étrangères (State Department), poste qui fut adjugé à Dean Rusk.Il nous fait voir un Lyndon Johnson manoeuvrer pour la vice-présidence, et son frère s’y résoudre a la dernière minute.Avec Martin Luther King, ni Robert, ni le président n’avaient leurs coudées franches.Ils le soupçonnaient, non sans raison, semble-t-il, d’avoir des accointances avec Moscou.Toutefois, le grand intérêt de cette relation d’événements historiques réside dans la méditation à laquelle se livre Robert Kennedy sur la difficulté, l’infinie complexité de la conduite des affaires publiques et de la recherche de solutions raisonnables aux vieux problèmes comme aux situations d’urgence.Robert Kennedy n’avait pas encore quarante ans lorsqu’ont eu lieu ces entretiens.Ayant subi maintes et maintes fois l’épreuve du feu depuis 1946 et la compagne de son frère pour les élections législatives, il était devenu un administrateur expérimenté et un chef charismatique, talents qui l’ont servi durant les années critiques de son mandat à la Justice.Dans un de ces entretiens, il s’étonnera lui-même : « J’ai été mêlé à bien plus de choses que je ne croyais», finira-t-il par admettre.L’importance de ce document réside à la fois dans le récit qu’y livre un homme informé des secrets les mieux gardés et dans l’ensemble des souvenirs confiés par un militant fougueux et courageux, engagé tout entier au service de son frère et de son pays qu’il aurait voulu moralement meilleur.salle polyvalente de la Maison des Arts au 1395, boul.de la Concorde ouest à Laval.LINE MCMURRAY présente « Miss Morphose, de son petit nom Méta » demain soir à 22 heures au Quai des Brumes situé au 4481 rue Saint-Denis.Réunion d’écrivains L’ASSEMBLÉE annuelle de la Société des Écrivains Canadiens de l’Outaouais, au cours de laquelle on procédera aux élections des membres du Conseil d’administration, aura lieu lundi à partir de 16 h au Cercle universitaire d’Ottawa.Un dîner-causerie dans « les Mondes Parallèle » en compagnie de Christine Dumitriu Van Saanen suivra l’assemblée.Arts et secrets du livre UNE EXPOSITION intitulée Art et secrets du livre à travers les âges réalisée par Terry Rempel Mroz et présentée par Essence du papier se déroulera du 31 octobre au 6 novembre à la Salle Tudor chez Ogilvy aux heures d’ouverture du magasin.Prix littéraires Les écrivains sont invités à participer à la 33e édition du concours littéraire annuel pour le prix Champlain, organisé par le Conseil de la vie française en Amérique.Ce prix, doté d’une bourse de $ 1,500, est ouvert cette année aux créations littéraires.Les règlements de ce concours, qui a pour objectif d’encourager la production littéraire chez les francophones vivant à l’extérieur du Québec et d’intéresser les Québécois à écrire sur des thèmes ayant trait aux francophones hors Québec, stipule que le prix doit être remis alternativement à une oeuvre d’érudition et de fiction.Les travaux soumis doivent avoir été publiés ou faire l’objet d’un contrat d’édition.On peut se procurer tous les renseignements concernant ce concours au secrétariat du Conseil de la vie française en Amérique, 56 rue Saint-Pierre, suite 301, Québec, G.1K 4A1, (418) 692-1150.Fiction et biographies 1 Le Premier Quartier de la lune Michel Tremblay Leméac (1)* 2 Misery Stephen King Albin Michel (2) 3 Dors ma jolie Mary Higgins-Clark Albin Michel (10) 4 Sire Gaby du lac Francine Ouellete Quinze (3) 5 La Chair de pierre Jacques Folch-Ribas Robert Laffont (5) 6 Le négociateur Frederick Forsyth Albin Michel (6) 7 Juliette Pomerleau Yves Beauchemin Québec/ Amérique (4) 8 Rendez-vous Judith Krantz Belfond (-) 9 Une prière pour Owen John Irving Seuil (7) 10 Dédale Larry Collins Robert Laffont (8) Ouvrages généraux 1 Le Chemin le moins fréquenté Scott Peck Robert Laffont (1) 2 L’état du monde Collectif Boréal (-) S Père manquant, fils manqué Guy Corneau Éditions de l'Homme (5) 4 Le voyage fantastique Gründ (-) 3 Histoire du Québec contemporain Linteau et al.Boréal compact (5) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf- j fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières : Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke; Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente DÉLIR SUR ALEX-2 La famille infernale C’est sur le réseau Alex 2 qu’est revenue la nouvelle aventure de ro man interactif.Les participants et les lecteurs trouveront chaque mois dans CROC les personnages du roman sous forme de feuilleton illustré.Les aventures de nos héros et héroïnes commençaient avec les interventions suivantes.On n’avait jamais rien vu de pareil, le vieil homme au village disait que.mais il avait la réputation d’être un vieux fou et personne ne l’écoutait, mais pourtant, cette fois, il n'avait pas tort.« Pas un mot sur JoMar (les parents) mon vieux sarpan, ou j’tenvoie mes serpents ».La menace de Lamphère était à prendre au sérieux.Les premières interventions ont donné le ton: .mais le vieux répond : « Tu me fais pas peur, maudit sacripant.Dans mon jeune temps, mon chum Moïse, y changeait les serpents en bâtons .a moins que ce soit le contraire .charette-à-foin de mémoire.Le châtiment avait été décidé démocratiquement par Lamphère et ses frères à quatre contre un.Le vieux allait ravaler ses mots.Sa disparition horrible n’arrangeait rien.Il fallait vraiment être monstrueux pour forcer ce veil homme à manger deux énormes pots de Cheez-Wiz en regardant Mike Vainlou chanter La dame en rose.Les interventions de cette semaine sont les suivantes Mais Mike Vainlou s'avérera être la clé de l’énigme de la future évasion du vieux car, sans le vouloir, le vieux enregistrait dans son subconscient les messages subliminaux que Vainlou lui envoyait.DAN Prends garde aux singeries (cinq égéries) use de ta supercherie (super chérie) MARCO Chaque mot sublimement subliminal excitait, stimulait, émouslillail les neurones névrosées de l’encéphale atrophié du vieux sclérosé.Abruptement, soudainement, incroyablement, l’ancêtre se transformait.GIBRAIL Cependant, à la réunion familiale, Jo et Martine s’engueulaient discrètement, comme toujours.« Jo, as-tu vu où sont passés les flos ?» MALAPARTE « J'en ai assez de ton tataôuinage, Martine, mais tu resteras toujours ma gargouille.GIBRAIL C’est Marie Fortier qui assure le choix des interventions.MM Jtù&j 1 ta tm pane UDI*0*'" Lac Meech Trudeau parle,.Avec des textes de et de MARCEL ADAM CLAUDE MORIN (éditorialiste à La Presse) (ancien ministre du Parti Québécois) 172 pages - 25 photos — 16,95 $ loi hurtubise hmh 7360 boulevard Newman Ville Lasalle, Québec, H8N 1X2 - 364-0323 i 4 I t I Le Devoir, samedi 28 octobre 1989 M D-3 • le plaisir Jes ivres Un poids-lourd au service d’une grande cause SIRE GABY DU LAC Francine Ouellette Quinze, 856 pages Montréal, 1989 Jean-Roch BOIFIN Lettres A québécoises Avec Au nom du père et du fils, un énorme premier roman en deux tomes, Francine Ouellette faisait une entrée sans tapage en littérature et s’établissait bientôt comme un des écrivains les plus populaires de la décennie.C’était d’autant plus admirable que cela s’est fait sans le support médiatique que l'on imagine indispensable à la promotion des succès populaires.Pas étonnant donc que son nouveau roman soit dès sa sortie en bonne position dans la liste des best-sellers et il y a fort à parier que la masse de ses lecteurs fidèles l’y maintiendra longtemps.Sire Gaby du lac est probablement le plus gros roman jamais publié dans l’histoire de l’édition québécoise.C’est aussi un roman au service d’une cause.Le plus grand danger qui puisse menacer une entreprise de création est de crouler sous le faix des bonnes intentions.Francine Ouellette s’en sauve, parce qu’elle a beaucoup de talent, une technique efficace dans la construction d’une intrigue romanesque, une grande maîtrise dans la conduite de dialogues pimentésd’humouret surtout de la tendresse pour ses personnages même les moins sympathiques parce qu’elle sait les munir, tous et chacun, même les plus secondaires, d’un solide arrière-plan psychologique.Elle s’en sauve surtout parce qu’à cette cause, on n'a pas le choix de ne pas souscrire : il s’agit tout simplement de la survie de notre petite planète.Nous sommes dans « les pays d’en haut » dont l’oeuvre de Francine Ouellette refait les belles histoires.Un an dans la vie d'une petite communauté rurale, autour du Lac Huard menacé par la pollution.D’un côté, René Mantha, l’industriel sans scrupule dont l’usine de contreplaqué déverse ses déchets dans le lac et un éleveur de porcs, Andrew Falardeau, qui y rejette son purin.De l’autre, Marjolaine Taillefer, mère célibataire vivant avec son fils sur une île sans électricité et sans eau, qui se fera élire présidente du Comité des riverains et mènera une lutte courageuse et risquée.Dans une petite communauté, l’ostracisme est facile et les alliances fragiles.D’autant plus que Marjolaine est la belle-soeur de René Mantha et que le père de son fils est le frère d’Andrew Falardeau.Pendant un an, sans passer un seul jour, nous suivons le grand combat de Marjolaine avec détours obligés dans la psychologie de chacun des personnages, hommes, femmes et enfants.À ces derniers, l'auteure réserve d’ailleurs une place prépondérante dans l’aventure, comme en témoigne le titre puisque Gaby est le fils rejeté et presque muet de PHOTO LES PAPARAZZI Francine Ouellette l’odieux René Mantha.En parallèle, se développe dans des chapitres intercalaires l’odyssée d’une famille éthiopienne chassée de son lieu par une famine fabriquée de main d’homme.Ma lecture de ce roman a été sans cesse ballotée entre le ravissement et l'agacement.Ravissement devant le talent de l’auteur qui sait décrire la beauté de la nature avec une langue d’une sobre poésie, sonder les coeurs et les reins de ses personnages pour les rendre non seulement plausibles mais vivants et familiers.Qui sait leur mettre la parole en bou- che avec l’efficacité d'un dialoguiste de cinéma.Qui sait trouver les mots pour le sublime et pour l’horreur, pour la douceur et la violence brute.Mais l’agacement m’est venu de ces phrases en cascades comme celles que je viens de faire : qui sait.qui sait.etc.L'auteure use de ce procédé à pleine page, de sorte que l’efficacité s'annule et qu’on se met à faire de la lecture en diagonale en glissant sur les articulations automatiques de la narration.Les moments de tension du récit sont si soigneusement et si longuement préparés qu’on les voit venir de loin, frustré de toute faculté de lire entre les lignes.Les poèmes qui ponctuent la narration, et jusqu’à la toute dernière page, sont maladroits et polluent les moments poétiques que l’auteure sait créer ailleurs dans la trame du récit.Même les chapitres « éthiopiens », pourtant fort beaux, contribuent à l’obésité du roman en enfonçant obstinément le même clou : quelques pages où Maman Taillefer devant son téléviseur est témoin du drame de cette famine en Éthiopie nous avaient fait saisir l'ignorance crasse dans laquelle se complaisent nos sociétés d’abondance.C’est donc un roman qui a les défauts de ses qualités.Alourdi par ses intentions didactiques, il manque de confiance envers ses lecteurs et dilue son propos en voulant trop en faire.Par contraste avec les moments forts qu’il sait ménager, il en a d’autres qui paraissent cuisinés à la guimauve.Un peu plus mince et im-rimé sur du papier recyclé, il aurait mon avis mieux servi sa cause.Fantasme double LAURENCE Yves-E.Arnau Éditions Pierre Tisseyre, 1989 BENOIT PELLETIER YVES-E.ARNAUD a parfaitement atteint le but qu’il s’était fixé en écrivant ce texte : pasticher le style des grands maîtres de la littérature fantastique du XIXe siècle, celui de Maupassant, de Hawthorne, par exemple.Tout y est : la précision et la préciosité des mots, la rationalisation, tout autant excessive que vaine, du narrateur devant les phénomènes surnaturels qui le hantent, l’établissement d’une complicité entre le narrateur et le lecteur pour assurer la crédibilité du récit et la superposition des temps (ex.« Plus tard, je saurai, mais alors je ne pouvais en être sûr.»).On retrouve aussi plusieurs éléments, tels que la maison Yves E.Arnau bizarre dans un recoin d’une ville, des vieux voisins aux noms à consonance exotique et aux allures louches, des scènes de messe noire, de revenants et d’hallucinations.De même, la construction du récit s’inspire d’un des modèles éprouvés de cette littérature.On rencontre d’abord le narrateur qui, pour nous expliquer son état d’esprit présent, nous raconte les épisodes étranges qu’il vient de vivre.Puis, quand nous sommes bien à son diapason, on vit avec lui les suites de son affolante aventure jusqu’à sa conclusion.Le résumé à faire de cette histoire (tout s’articule, bien sûr, autour de l’amoureuse du narrateur, Laurence) pourrait convenir à des dizaines d’autres.Ce qui compte de dire, c’est que celle-ci est vraiment captivante, parce que l’atmosphère, les personnages sont bien campés, et que tout s’enchaîne sans faute, clairement, sans réduire l’entortillement des péripéties propres au style pastiché.Bien que l’action se passe vers la fin de la présente décennie, ce court roman procure un plaisir semblable à celui que génère un bel objet d’antiquité .Malheureusement, l’objet a un défaut : son épilogue.On y apprend que ce qu’on vient de lire est, en fait, le roman d’un écrivain, du même nom que son narrateur, Francis Leclerc.11 l’avait donné à lire à Laurence, son amoureuse, pour avoir son jugement.L'idée de montrer le degré de transposition pour en arriver à ce genre d’histoire n’est pas mauvaise, mais c’est fait maladroitement, de façon un peu narcissique.Ceci étant dit, le résultat de l’entreprise d’Arnau demeure tout à fait probant.Il reste à espérer qu’il récidive, en s’appropriant encore plus les règles du genre.JEAN ROYER NÉ EN AVRIL Gilbert Langevin Écrits des Forges, 62 pages, 1989 Gilbert Langevin poursuit sans faillir depuis trente ans et trente recueils une oeuvre unique et rebelle.Le poète explore une métaphysique du quotidien, sur un ton lapidaire et irréfutable.« L’âme oublie ses racines / et la chair de frémir», clame-t-il sans cesse.En postface à ce livre, l’éditeur a placé un hommage à Langevin par Miron qui rappelle que cette oeuvre « exorcise notre mal de vivre tant sur le plan individuel que collectif ».Né en avril soutient le ton douloureux d’une « poésie vive », portée par les éclairs de langage et le sens tragique de la vie.Langevin l’irremplaçable.AMOUR AMBULANCE Patrice Desbiens Écrits des Forges 86 pages, 1989 Il faut entendre la poésie de Patrice Desbiens comme une chanson de l’absurde.Elle se lit tout haut avec des rires rentrés, cette fable d’un quotidien impossible.« Je suis coupable comme le silence », lance en écho de son cynisme le poète des litanies de la catastrophe.« La seule métaphore/ qui marche encore/ est toi/ ou/ moi », dit-il.Dans ce dernier recueil, Desbiens semble passer de l'oral à l’écrit et de l’hyperréalisme au surréalisme de l’image.Sans perdre pourtant l’efficacité de la fable misérabiliste du Sudbury de son enfance.D’ailleurs, on retrouve, dans ce livre, Aimée, la fille de Sudbury, puisque toute vie se pose comme « une question d’amour ».JEUX ET PORTRAITS Dominique Robert Editions Trois 72 pages, 1989 Ici, le poème raconte au lieu de proclamer ou de proférer.Il se présente comme un récit en prose découpé en vers.L’effet est réussi.Le « jeu » est efficace.Dominique Robert apporte La lib rairi e I, I H bientôt au Boulevard Saint-Laurent (514) 499-2012 ISUR 2 ÉTAGES AVEC ASCENSEUR • 2 MINITELS À LA DISPOSITION DE LA CLIENTÈLE POUR CONSULTATION DE NOS TITRESx - j un ton nouveau, un imaginaire personnel où nous voyons défiler des scènes, des tableaux qui me font penser tour à tour à Bosch ou Munch, Chagall ou Dallaire.Ces contes font danser des personnages - familles, moissonneurs, contemplateurs, toréadors et femmes nues - étranges sous un regard étranger.Cette poésie très « visuelle » et scandaleusement « féérique » nous envoûte dans des récits qui prennent leur force par la richesse de la description.Étonnante nouveauté à découvrir et poète à suivre.EN VALLÉES CLOSES poèmes 1951 - 1986 Pierre Trottier l’Hexagone, coll.Rétrospectives, 352 pages, 1989 L’oeuvre de Pierre Trottier est considérable et de qualité variable.Deux thèmes fascinent principalement: le baroquisme des contraires et le mythe de l’androgynie.La réussite de Trottier réside dans des poèmes où l’individu pose la question de l’appartenance.Quant au lyrisme amoureux, non seulement se perd-il dans le mythe androgyne, mais en- core se laisse-t-il dépasser par l’image de la femme-objet - ce qui est d’un autre siècle et d’une autre poésie que celle qui correspond à l’ontologie et à la sensibilité contemporaines.ANTHOLOGIE PERSONNELLE Edouard J.Maunick Actes Sud, 192 pages, 1989 Originaire de l’île Maurice, au carrefour de l’Orient, de l’Occident et de l’Afrique, là où « la parole ne pourrit pas », Maunick cultive « la passion d’exister ».Il parle avec ses « mots-racines », avec les « palpitations de la mémoire » et un lyrisme débordant qui, contre l’économie de langage a troqué une imagerie luxuriante.Il interpelle, il provoque la danse des mots et « le sega » de sa liberté.Il chante la fraternité et poétise contre l’injustice.« À chaque livre, je montre mes papiers, dit-il, ce sont papiers de nous tous, pour franchir les frontières du réel et de l’imaginaire.» Cette poésie simple et expansive se situe de ce côté du monde où, dit Maunick, « le chai J.est toujours en retard sur la mer ».DU NOUVEAU.rue Laurier! 1005, av.Laurier — Tel: 279-6384 sefïiour© 7 jours por LIBRAIRIE CAMILO JOSE CELA PRIX NOBEL DE IA LITTÉRATURE 1989 Le prix Nobel de la littérature 1989 vient d'être décerné à Camilo José Cela Né en 1916 à Padron (Galacie), Camilo José Cela est un des plus grands écrivains de l'Espagne contemporaine.Après Cervantès, il est l'auteur le plus traduit mondialement.Il publie ses premiers romans en 1935.Révélé en 1942 par son roman La famille de Pascal ûuarle, il est aussi l'auteur de très nombreuses nouvelles et de récits de voyage.LA FAMILE DE PASCAL DUARTE CMUO-IOS*^ La famUlc n 1 de 1/ ans la prison de Badajoz, B Pascal Duarte un condamné relate longue- B ment sa vie.Le dernier acte 9 va être sanglant: c'est sur Pascal Duarte que la mort va frapper après avoir tracé autour de lui un cerde de meurtre et de croix.Nul ne peut vivre auprès de cet humble paysan d'Estrémadure.À son contact, les existences s'effritent: celles des enfants, de sa femme, de ses proches, de sa mère enfin - comme s'effrite la terre d'Espagne tuée par ie soleil et «le vent mauvais et perfide».La fatalité a marqué Pascal Duarte du signe de la mort.Comme les héros des grandes tragédies dassiques.«Voilà un modèle -un modèle qu'il ne faut pas imiter mais fuir.» (traduit de l'espagnol par Jean Viet) Diffusé en librairie par Diffusion Dimédia inc.TOREROS DE SALON Camilo José Cela de salon Toreros 11 ne faut pas confondre la Tauromachie de Salon avec la musique de chambre, le latin de cuisine, ou ' autre divertissement casanier.Il n'est pas indispensable, pour se sentir torero, d'avoir face à soi un véritable taureau.Le torero de salon v-l'inventer, au sens de «L'Invention de la Croix».C'est-à-dire qu'il creuse, pour le trouver, tout au fond de lui-même, dans les obscurités ou sommeille le mammifère primordial.(traduit de l'espagnol par Antoine Martin) 104 pages - 17,95$ Diffusé en librairie par Diffusion Dimédia inc.Verdier LE JOLI CRIME DU CARABINIER ET AUTRES ANECDOTES ï Vamilo José Cela nous entraîne, avec ces nouvelles, à travers l'Espagne.De ses multiples observations, il nous livre des portraits saisissants de petites gens vus dans leur quotidien où, à la délicatesse, aux demi-teintes et à la tendresse, amusée parfois, succède l'humour féroce et noir qui égratigne plutôt les nantis et le pouvoir.S'il sait peindre l'humain et les atmosphères, il décrit aussi merveilleusement les paysages grandioses de l'Espagne.Les textes, souvent d'allure picaresque, sont servis par une langue d'une extrême richesse et d'une grande flexibilité.(traduit de l'espagnol par Claude Bourguignon) 160 pages -23,95$ Diffusé en librairie par Médialiv \ I 7 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 28 octobre 1989 te plaisir des Quelle souveraineté?LAC MEECH TRUDEAU PARLE Montréal Hurtubise 1989, 170 p n «s * Yvan LAMONDE •\j ASociété Pierre Trudeau Au moment où est déjà amorcée la campagne au leadeship du Parti libéral du Canada, ce recueil de textes de M.Trudeau, réunis et présentés par son collègue Donald Johnston, résume la pensée et la stratégie de l’homme qui défend une vision, un rêve du Canada qu’il porte depuis son entrée en politique fédérale en 1965.On y trouvera les échanges entre M.Trudeau et MM.Marcel Adam et Claude Morin dans La Presse et surtout ses présentations devant les membres du Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des Communes le 27 août 1987 et devant le Comité sénatorial le 30 mars 1988.Parce qu’il croît depuis Cité libre à un « bien commun canadien », à un « vouloir-vivre collectif », à « une volonté nationale supérieure à la volonté des provinces », incarnée dans la Chambre des Communes, seule assemblée législative élue par tous les Canadiens et dépositaire de la seule souveraineté, la pierre d'assise de la pensée de M.Trudeau réside dans sa volonté de constitutionnaliser la souveraineté du pays sur la souveraineté populaire et non pas sur la décision de 10 premiers ministres.Il récuse donc le « huis clos » du lac Meech tout autant, on l’imagine, que celui de 1867 ou celui du rapatriement de la constitution.Il refuse donc la théorie des deux nations et de deux souverainetés possibles.Il refuse donc tout statut particulier pour le Québec dans un Canada où tous devraient être « sur un pied d’égalité et où la citoyenneté reposerait sur un ensemble de valeurs communes ».TeLs sont les fondements théoriques du centralisme de M.Trudeau, de sa vision d'un Canada fort.On voit tout de suite les irritants que comportent les accords de lac Meech pour l’ancien premier ministre qui considère que le vrai débat sur ces accords n’a pas eu lieu aux Communes — polarisées lors de la dernière élection par l’autre accord, celui du libre-échange — et qui invite le Sénat à se faire le levier, comme pour le libre-échange, d’un tel débat au niveau gouvernemental.Le présent recueil de textes offre donc les éléments de M.Trudeau à ce débat.Pour lui, le Québec est lié par le processus de rapatriement et par la Constitution de 1982; pour lui, le Québec ne « s’est pas fait rouler » en novembre 1981 et, par conséquent, les accords du lac Meech sont inutiles, inacceptables et à mettre « à la poubelle ».Inacceptables globalement parce qu’il balkanisent le Canada, réduisent la souveraineté fédérale, décentralisent à l’excès.M.Trudeau estime que le prix payé pour cette « réconciliation nationale » est un peu cher et qu’il a refusé de payer un tel prix pour le rapatriement « unanime » de la Constitution.M.Mulroney a tout donné sans rien demander, faisant ainsi, à ses yeux, piètre figure de négociateur.Ponctuellement, ces accords sont tout autant inacceptables.Les modalités nouvelles de nomination au Sénat et à la Cour suprême risquent de bloquer les pouvoirs législatif et judiciaire.Fn matière d’immigration, les nouveaux pouvoirs du Québec risquent de faire de ces nouveaux arrivants des immigrants provinciaux plus que canadiens parce qu’on leur aura enseigné « la théorie de la souveraineté des provinces » M.Trudeau refuse une formule d’amendement où 100,000 Canadiens pourraient refuser à 25 millions d’autres d’aller dans telle direction.Mais surtout, l’article sur la société distincte, on le conçoit, fait l’objet d’un refus global.D’abord, parce que M.Trudeau estime qu’il a déjà reconnu cette société « sociologiquement » distincte.Mais distincte au sens où cette qualification est sans effet constitutionnel.La qualification a toute la signification.qu’elle ne doit pas avoir.Une distinction vide de signification, d’effet.M.Trudeau n’aurait-il qu’une recommandation à faire, au Sénat, ce serait celle-ci : « Je recommande que le Sénat adopte des amendements qui corrigeront la résolution de telle sorte qu’elle voudra dire (.) que la disposition relative à la société distincte est sans effet sur la Charte ou sur la distribution des pouvoirs.» C’est-à-dire le contraire de ce que pense et espère M.Bourassa, à savoir que « toute la Constitution, y compris la Charte, sera interprétée à la lumière de cet article sur la société distincte.» Si la position du futur chef du Parti libéral du Canada était celle de M.Trudeau, où en serions-nous ?Dans quel « fédéralisme renouvelé » nous retrouverions-nous sans malentendu ?L’appartenance « légale » du Québec au Canada suffit-elle à M.Trudeau ?Quel souci se fait-il de son appartenance « morale » ?Tout admirables que soient la cohérence et la continuité de la pensée politique de M.Trudeau, sa vision d’un Canada bilingue aura-t-elle pu être ébranlée par les positions post-rapatriement du Manitoba et de la Saskatchewan à propos des droits du français, positions qui, hier et aujourd'hui, invitent à relativiser la seule responsabilité du Québec dans la mise en place d’une dualité au Canada.e LES ECRITS DES FORGES INC.C.P.335 Trois-Rivières, Québec G9A 5G4 BEAUCHAMP LOUISE BOISVERT YVES BROSSARD NICOLE BROSSARD NICOLE BUIN YVES CARDUCCI LISA CLANCIER GEORGES-EMMANUEL CHOLETTE MARIO COHEN ANNIE et GAGNON MADELEINE DARGIS DANIEL DESBIENS PATRICE FRÉCHETTE LOUIS FRENETTE CHRISTIANE LE GOUIC GÉRARD GUIMOND DANIEL LACHAPELL E CÔME LANGEVIN GILBERT LEDUC ANDRÉ MALHERBE ALAIN MAUFETTE GUY MÉLIK ROUBEN PELIEU CLAUDE PERRON JEAN POZIER BERNARD TREMBLAY YVAN VIGNEAULT FRANÇOIS COLLECTIF COLLECTIF COLLECTIF COLLECTIF COLLECTIF COLLECTIF 5,00$ (Prix Jovette-Bernier 1989) Les amateurs de sentiments (Co-édition Le Dé Bleu) Installations GRAND PRIX DE LA POÉSIE DE LA FONDATION LES FORGES — 1989 Amantes (Cassette audio) (Co-édition Aralect) Fou-l'Art-NoIr (Co-édition Le Castor Astral) La dernière lois Tentative d'un cadastre amoureux Radium Les mots ont le temps de venir (co-édition la table Rase) Au coeur de sentiments neufs Amour Ambulance La Légende d'un peuple Cérémonie Mémoire Fermé pour cause de poésie Ne jamais rien dire La réplique du doute Né en avril Une barque sur la lune Diwan du pliéton (Co-édition Le Dré Bleu Le soir qui penche Ce peu d'espace entre les mots (Co-édition Europe-Poésie) La rue est un rêve Un scintillement de guitare Un navire oublier dans un port (Co-édition Europe Poésie) L’Espace Heureux (Prix de poésie OCTAVE-CRÉMAZIE 1989 Salon international du Livre de Québec Croquis pour un sourire Des Forges * 28 (Sous la direction de Lucie Joubert) Choisir la poésie en France (Sous la direction de Bernard Rozier) La poésie mexicaine (Sous la direction de Claude Beausoleil) Québec Kérouac Blues Les passions s'avalent (co-édition galerie Daniel) Parle 101 8,00$ 8,00$ 10,00$ 10,00$ 5,00$ 10,00$ 5,00$ 8,00$ 8,00$ 8,00$ 10,00$ 5,00$ 10,00$ 5,00$ 5,00$ 8,00$ 5,00$ 10,00$ 8,00$ 10,00$ 10,00$ 5,00$ 8,00$ 5,00$ 5,00$ 5,00$ 12,00$ 10,00$ 10,00$ 5,00$ 8,00$ (Co-édition Conseil Central de Trois-Rivières CSN) e Distribution en librairies: PROLOGUE (514) 332-5860 Autres: DIFFUSION COLLECTIVE RADISSON (819) 379-9813 LES ÉCRITS DES FORGES INC.C.P.335 Trois-Rivières, Québec * G9A 5G4 Le parricide du caporal Lortie PHOTO JACQUES GRENIER HEINZ WEINMANN Pierre Legendre est venu au Québec pour présenter son dernier ouvrage qui ne manquera pas de faire sensation ici : Le crime du caporal Lortie, traité sur le père, ( Fayard, 1989,172 pages ).Vivement sollicité par les médias, il nous a accordé une entrevue d’une heure au cours de laquelle nous avons tenté de situer ce dernier ouvrage de Pierre Legendre dans une oeuvre complexe, buissonnante qui réfléchit sur les fondements du droit, sur le principe généalogique en Occident, sur la psychanalyse, sur l’image et le cinéma, et j’en passe.Oeuvre exigeante qui ne fait aucune concession aux « discours » à la mode.Comment oublier l’état de choc-dans lequel le Québec a été plongé ce 8 mai 1984, lorsqu’un jeune caporal de l’armée canadienne a fait irruption dans l’Assemblée nationale, tirant au hasard des rafales avec son arme automatique ?Heureusement, ce jour-là, l’asemblée ne siégeait pas.Le pire, un bain de sang avait été évité.Grâce aussi au courage et sang-froid de René Jalbert, ancien officier, sergent d’armes de l’Assemblée qui, sans armes, a réussi à « raisonner » Lortie.Ce dernier, dans un moment de délire, avait voulu tuer le gouvernement du Québec.Kn fin de compte, Lortie a tué trois passants innocents.Déjà, son procès, en janvier 1987 avait révélé le caractère exceptionnel du crime du caporal Lortie.Kn effet, tous ses agissements, son acting out de Rambo délirant avait été enregistré live par les caméras-témoin de l’Assemblée.Pas de reconstitution laborieuse du crime.L’identité de l’assassin, les circonstances du crime étant évidentes, il allait solliciter la cour par son inquiétante étrangeté (Freud), par ses mobiles profonds, bref sa généalogie.Plus que d’autres crimes aussi, il interpelait non seulement les juges et les avocats, mais la société québécoise toute entière, puisque, dans son délire, ce crime visait les représentants du peuple québécois.Lorsque Pierre Legendre a eu connaissance du cas Lortie, il a su aussitôt qu’il allait lui consacrer son prochain livre (son 13e).Un bref regard sur son oeuvre explique la fascination qu’a exercée sur Pierre Legendre le crime de Lortie.Fascination qui n’a d’égale que celle que les surréalistes eurent pour le parricide de Violette No-zière, que Michel Foucault eut pour Pierre Rivière, que Freud, enfin, eut pour les délires du président Sehreber.Professeur de droit à l’Université de Paris 1, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (V e section, sciences religieuses), psychanalyste, le professeur Legendre est l’auteur d’une oeuvre imposante qui, de façon transdisciplinaire, s’est élaborée à la croisée des chemins entre le droit, l’anthropologie et la psychanalyse.Une question inquiète, modulée de différentes manières, la traverse de bout en bout : comment l’homme, de génération en génération, accède-t-il à son statut d’homme, c’est-à-dire à son humanité ?Quel est le rapport entre l’individu et l’espèce humaine ?Le dé- Le professeur Pierre Legendre sastre du régime nazi a cruellement montré que « l’humanité » n’est pas un acquis définitif de l’homme.Si l’anthropologie s’interroge sur l’hominisation de l’espèce homo, Pierre Legendre ausculte le processus d'humanisation des individus.Or cette humanisation, ce n’est pas l’individu, par une autofondation narcissique qui peut l’opérer.Pour y parvenir, il a besoin de lois, de la Loi, du droit.Ce qu’on appelle le ‘droit ’ chez les Occidentaux, n’est pas une accumulation de règles qui seraient arbitraires, elles ont une fonction radicale qui touche à l’humanisation de chaque individu qui passe.Nous sommes des passants.La naissance, la vie et la mort sont les grands enjeux du droit ».On comprend dès lors que la généalogie, la transmission (voir L’inestimable objet de la transmission, 1985), la filiation sont au centre de cette oeuvre foisonnante.« La généalogie, c’est le principe structural, je pourrais dire architectural qui fait tenir l’humanité, qui fait que l’humanité peut se reproduire.Nul ne se fonde lui-même.Se pose ici la question fondamentale de la spécificité de l’espèce humaine ».L’homme comme « animal politique » au sens où Aristote l’entendait.•< Car ce qui est spécifique pour l’espèce humaine, c’est que les humains parlent.Généalogie ici signifie : comment se reproduit l'animal parlant.» Par un renversement hardi qui s’inscrit en faux non contre les pratiques mais contre l’« esprit » qui préside à la procréation dite assistée, réduisant la reproduction humaine à la reproduction bestiale, Pierre Legendre affirme le primat de l’artifice, de la Loi, de la Culture, de ce qu’il appelle aussi la Référence.« L’exigence de la reproduction dans l’espèce humaine, c’est qu’au fond, il ne suffit pas de reproduire de la viande au sens boucher du terme, mais qu’il faut produire de l’institutionnel, des artifices juridiques et politiques qui font que le père et la mère ne sont pas seulement des reproducteurs au sens ‘bétaillier’ du terme, mais des représentants de la Référence.Nous sommes d’abord les enfants de la culture, c’est-à-dire d’un discours indisponible ; en un second temps seulement, nous sommes les enfants de nos parents».Le père joue un rôle primordial dans ce processus de transmission, de filiation, seul concept universel de l’humanité, selon Legendre.Non le père biologique, mais « mythique », « au nom duquel » les pères et les mères parlent.Pas de ségrégation sexiste puisque « fils », suivant le droit romain, signifie l’un et l’autre sexe.« Filles et garçons sont ‘fils’ au même titre.Nous sommes tous égaux devant la représentation de la Loi, qui fait loi dans l’espèce humaine».Au lieu de ressasser les lieux-communs d’une psychanalyse « en proie à sa propre dogmatisation », ayant cessé d’être une « pensée vivante», Pierre Legendre repense de fond en comble, notamment dans son dernier livre, le rapport entre père et fils à travers la notion de filiation.Le père a pour fonction spécifique, concernant l’espèce humaine, de poser la limite, l’interdit qui permettront à l'individu de s’identifier, c’est-à-dire de se différencier des géniteurs.« Le père est une représentation pour remplir une fonction au nom de l’espèce.Le père a pour office de sortir l’enfant des jupes de maman».Devenir père, au sens non biologique mais « généalogique » est une des choses les plus difficiles qui soit.« On ne peut être un père utilement pour un être humain si soi-même on n’est pas en règle avec ses propre parents.Être en règle, cela veut dire qu’on a été mis par ses propres parents à sa propre place d’enfants, c’est-â-dire si on n’a pas été traité, comme c’est hélas la tendance générale aujourd’hui, comme un adulte miniature.Le premier droit des enfants, c’est le droit à leur enfance ».Selon le professeur Legendre, le problème du suicide des jeunes, des crimes et de la drogue vient en grande partie du rapport de filiation perturbé.On comprend dès lors ce qui fascine Legendre dans le cas Lortie : il devient en effet un cas, un exem-plum du dérèglement des mécanismes de filiation.« Lortie, par son acte fou, meurtrier, a mis en acte, je crois, la terreur moderne, la terreur d’exister, la terreur d’entrer dans l’existance.Pour lui, la difficulté, c’est qu’il a vécu sous la botte d’un père terroriste.Dans ces conditions, à l’époque des grands holocaustes, au siècle des dictatures, de l’arbitraire, c’est un crime exemplaire.Lortie a rencontré la fascination du suicide, il a rencontré l’imparlable.Puis, finalement, n’ayant pu supporter ses images, ses fantasmes, il les a mis en acte de cette façon terrible.Ce crime est fascinant parce que Lortie s’est attaqué à des innocents, alors qu’il voulait s’attaquer à l’État lui-même, à la référence fondatrice.Les Anciens appelaient cela ‘le parricide de la république’ ».Pierre Legendre prend bien soin de marquer la différence entre « parricide » et « acte terroriste ».« Le crime de Lortie reste un crime privé.Un terroriste agit au nom d’une organisation politique.Ce sont les circonstances de sa vie privée qui l’ont mis sur cette voie ».Chose étonnante, l’hypothèse freudienne de « père originel », tyran violent, arbitraire de la « horde primitive » qu’on croyait une simple vue de l’esprit, s’incarne en chair et en os dans le père de Denis Lortie.Knfin, le crime de Lortie est exemplaire, parce qu’il pose évidemment la question de la faute, de la culpabilité dans nos sociétés sécularisées assurées tout risque, et de la responsabilité ou de l’irresponsabilité d’un sujet criminel délirant, aliéné, comme Lortie l’a été.De plus, le procès nous interroge sur la place de plus en plus prépondérante que prennent les « experts psy «dans le processus judiciaire.« Le psychanalyste devient un juge occulte ».Déviation que Pierre Legendre combat avec la passion qu’on lui connaît.L’enseignement qu'on doit tirer du « cas » Lortie ?« Les crimes ne peuvent pas être abandonnés aux criminels.Ils sont notre affaire à tous.La fonction de la presse, c’est de parler de ce crime, de la remettre dans le circuit de la parole humaine et d’essayer d’en tirer quelques leçons notamment aider le Québec à affronter sa propre difficulté à penser l’idée de père, l’institution du père».A Bout PORTANT Correspondance de Gaston Miron à Claude Haeffely /1954-1965 Gaston Miron, «onthro-poète», n'a jamais fini de nous surprendre.À travers 52 lettres écrites entre 1954 et 1965, on le voit écartelé dons ses appartenances, confronté à so difficulté d'être et à un destin de poète malgré lui, tandis que se précise à la même époque, à travers les poèmes de la Vie agonique et de La Marche à l'amour, l'Homme Rapaillé.Documents singuliers, ces lettres émouvantes font revivre une époque, à travers les aléas de la vie du poêle éditeur ogilateur et surtout de l'homme, celui qui de sa voix forte o défoncé les portes de noire alliénotion el foi! connaître noire culture à l'étranger.A BOUT PORTANT Correspondance de Gaston Miron a Claude Haeffely 1954-1965 Photo GIORGHOUIll LEMEAC dite u r 4 Les bibliothèques septembre 1987).Le rapport Bouchard propose donc un plan triennal de développement des collections pour lequel le ministère injecterait des fonds annuels supplémentaires de $ 6 millions et les commissions scolaires tout autant, soit un effort supplémentaire global annuel de $ 12 millions pour atteindre un ratio de 12 livres par élève, qui représenterait le seuil minimal d’un fonds documentaire convenable selon les diverses instances consultées.Côté ressources humaines, les bi- bliothèques scolaires ressemblent à une véritable tour de Babel.Pour éviter aux futures générations un bilan aussi gênant, il faudrait que les commissions scolaires engagent plus de personnel compétent en bibliothéconomie afin d’assurer le maintien de la collection de base et une meilleure sélection de la documentation.Par exemple, le guide Lire et aimer lire au secondaire n’est utilisé qu’à 13 % par les gens oeuvrant dans le milieu scolaire.La bibliothèque de l’école ne doit-elle pas avoir aussi pour rôle de développer le goût et l’habitude de la lecture chez les jeunes ?ÉTUDES LITTÉRAIRES Volume 22, no.1 MALLARMÉ MAR GES FOISONNEMENT VINGTIÈME ANNIVERSAIRE ¦ Littératures d’ici et d’ailleurs ¦ Théâtre d’hier et d’aujourd’hui ¦ Cinéma des origines et de maintenant - -:-:-fl-U- Prochains numéros Abonnement annuel ¦ L’AUTRE (3 numéros).20 S ¦ PEREC le numéro .8 S ¦ L’ART POETIQUE , ¦ FERRON I I I l)l S Lin KRAIRES ’ Département des littératures/Faculté des lettres Université Laval, Québec G1K 7P4 (418) 656-7844 1 I 769 Le Devoir, samedi 28 octobre 1989 M D-5 • le plaisir des mes La vérité sur Arthur Fontaubert du hameau de Montcigoux RENDEZ-VOUS SUR LA TERRE Bertrand Visage Le Seuil Paris, 1989, 207 pages Tout commence par une tentative de « villégiature prometteuse » dans un petit village du Quercy pour un ferronnier d’art parisien, Cyprien Donge, sa femme Nicole et leur fils.Un premier trio de personnages qui n’est pas le vrai, si l’on peut dire, puisque le véritable sujet de Rendez-vous sur la terre concerne un autre trio dont ne survit qu’un solitaire, un vieil homme édenté et bourru, réfugié dans une masure aux confins du domaine que le Parisien avait obtenue dans une vente aux enchères pour en faire son lieu de repos et d’inspiration.La femme et l'enfant étant repartis, effrayés par la sauvagerie du lieu, Cyprien Donge entreprend d’apprivoiser, non seulement son voisin, qui fut déjà propriétaire du domaine, mais' également la rude campagne qui l’entoure, le cerne de toutes parts.« Dix heures du matin en été : assis en équilibre sur l’appui d’une des fenêtres basses, oisif comme un seigneur et chatouillé par le soleil, le ferronnier d’art en vacances Cyprien Donge observe.» Il ne sera pas oisif longtemps ce Parisien.Le goût de la nature, la vie champêtre céderont devant la curiosité, l’envie de percer le mystère qui entoure le passé d’Arthur Fontaubert, son très mystérieux voisin.La découverte d’ossements dans sa cave, en effectuant le creusage d’un puits, incite le Parisien à pousser plus avant ses recherches.Jusqu’au cimetière où reposent le père et la mère d’Arthur, mais non pas le frère et la soeur, également disparus mais dans des circonstances que tout le monde, au village, semble vouloir oublier.Bertrand Visage aurait sans doute pu écrire un polar.Tous les éléments en étaient réunis, à partir d’un fait divers que l’éditeur affirme authentique, s’étant produit à la fin du siècle dernier.Le frère aîné, amoureux de sa soeur, le cadet jaloux des deux, sa sombre vengeance au retour de Céline, absente, pendant huit ans, à la recherche de Janvier, chercheur d’or au Brésil.Mais le romancier, autrefois, d’intrigues siciliennes ( Tous les soleils (1984), Angelica (1988), et habile à décrire les beautés de cette île, haute en couleurs, n’est pas moins inspiré quand il s’attache à ce coin perdu d’une province dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’offre pas les séductions de la Côte d’Azur.Le romancier s’est visiblement pris d’amour pour cette campagne.Il la décrit avec une grande précision, raconte le beau temps comme le mauvais temps, mais surtout l’accal- Bertrand Visage mie après la tempête alors qu’« un soleil ocre et mouillé encore, qui semblait ressuscité des enfers, chauffait doucement les parterres de dahlias, dorait les tiges des sentiers, et rien n’était plus troublant à regarder que cette lumière convalescente, dont la vigueur retrouvée immensi-fiait soudain les arbres en élaguant l’azur autour de leur manteau ».Citation qui donne une idée, bien modeste, de l’art avec lequel Bertrand Visage décrit ce petit pays.Quand, dans le chapitre intitule Le bal du silence, Cyprien entreprend de percer le mystère Fontaubert, c’est le même appétit des mots, pour montrer les arbres, les plantes, le soin des animaux; il y a là, notamment, le récit de la naissance et de la mort d’une portée de lévrauts qui en dit plus long sur le caractère taciturne du cadet Arthur, devenu l’ermite de Montcigoux, que tout ce que ce même Arthur finira par raconter, en une nuit, après plusieurs rasades de ratafia, cette liqueur concoctée avec des pétales de roses par un vieux villageois, peintre à ses heures, que l’artiste ferronnier ne peut qu’admirer.On aura compris que les personnages et le drame, qui firent du dernier des Fontaubert un meurtrier, ont moins d’importance, dans Rendez-vous sur la terre., que la terre, justement, ce domaine du Quercy que l’auteur décrit, qu’il s’agisse des « fleurs récentes de la Toussaint » — l’automne est la saison de ce roman — des buis, des ifs, et jusqu’aux corneilles qu’il ne tient pas pour des oiseaux de malheur.Les nostalgiques de «doulce France » apprécieront l’histoire de la Reine Pédauque, telle qu’on la racontait aux enfants du Quercy, autrefois, et la description, appuyée sur un sa- vant ouvrage, du (linkgo Riloba, l’arbre qui a vaincu le temps, et qui a même survécu au bombardement nucléaire d’Hiroshima.Bertrand Visage, soucieux de présenter le vrai -.visage du Quercy, a même fouillé, par curé de village interposé, le passé des cagots, une « race maudite », selon les historiens qui en ont retracé le uassé et les malheurs.Retour sur la terre se termine « aux Dories de la dernière décennie du siecle », l’auteur annonçant « qu’un trait de plume » anéantira les vieilles frontières internes de l’Europe, « rendant plus cousines que jamais 12 nations, une dizaine de langues et trois centaines et demie de millions d’individus, la plupart mieux portants et mieux vêtus que la moyenne planétaire».11 faut vous laisser découvrir la suite, qui recense le nombre de communes en France, avant de considérer Cyprien Donge, refusant de vendre son domaine à un Anglais, à un Allemand ou à un Hollandais.11 faut donc lire le romande Bertrand Visage comme un hymne à la petite patrie, aux servitudes et même aux drames qu’elle peut aussi engendrer chez des paysans butés, tout en gardant, aux yeux d’un écrivain de tout temps séduit par les champs et les bois, les ruisseaux et les ravins, le charme rustique de la vraie campagne.La cité moderne et ancienne dans l’harmonie ESPACES D’UNE VIE Ricardo Bofill avec la col.de Jean-Louis André Éd.Odile Jacob, 1989, 254 pages Alice R4RIZEAU WlL • M Lettres Hlv4!ii ?étrangères Plonger dans un livre de plus de 200 pages sur l’architecture quand on ne connaît presque rien en cette discipline, c’est affronter plusieurs risques, dont l’ennui et la confirmation éclatante de sa propre ignorance.Or, Espaces d'une vie est un ouvrage vraiment intéressant et très valable pour certaines raisons parmi lesquelles la constatation, que l’architecture moderne est une profession malade, n’est pas la moindre ! Là où il s’agit de loger les gens, on discute en effet du pouvoir, d’argent, du grand art et de son pouvoir de survivre pendant les siècles à venir.Mes derniers contacts avec l’architecture datent des années où je croyais que le travail social peut transformer le monde à condition qu’il soit exercé d’une façon intelligente et gratuite.Sous la férule du maire Jean Drapeau, les autorités municipales s’apprêtaient à construire un quartier comme ça à neuf et à y reloger des familles pauvres.La Petite Bourgogne devait à l’origine comprendre une série de HLM semblables aux constructions de Le Corbusier, cet architecte de génie qui enferma des milliers de gens dans les alvéoles d’un poulailler géant et tout ça dans leur propre intérêt, il va sans dire, pour qu’ils puissent mieux capter le soleil.Fort heureusement, à Montréal, il neigeait justement à ce moment-là et les adeptes de Le Corbusier n’étaient pas nombreux dans le groupe pour la bonne raison que, l’ignorance aidant, la majorité ne savait même pas de qui il s’agissait ! Dans Espaces d'une vie, Ricardo Bofill parle de Le Corbusier avec estime.Entre collègues, il n’est plus à la mode, semble-t-il, de se dénigrer comme à l’époque de la Renaissance, mais il le classe parmi les architectes dépassés et c’est certainement une vue juste d’une réalité sociale.Nous, dans nos réunions à Montréal qui se prolongeaient tard le soir et jusqu’au milieu de la nuit, nous regardions les photos des dessins faits par un architecte québécois en herbe.Il n’était ni ambitieux, ni rêveur, mais tenait fermement à offrir aux futurs locataires des maisons pas très élevées, de deux étages au maximum, avec des entrées et des sorties aussi indépendantes les unes des autres que celles des manoirs de Westmount.Bref, l’individualisme et la liberté à la portée de toutes les bourses et tant pis pour les objectifs d’originalité ! Quand on lit les confidences de Ricardo Bofill, on se rend compte à quel point le jeune architecte était primaire et dépourvu de compréhension face à l’art, mais, et c’est là une réalité incontestable, la Petite Bourgogne est désormais un quartier pas trop laid dont les habitants profitent de jolis balcons.Ma deuxième rencontre avec les architectes se situait à un autre niveau, celui d’un bâtiment universitaire qui devait justement surgir de terre.Les réunions avaient lieu non pas le soir, mais le jour, nous discutions avec passion dans des termes choisis et les architectes nous présentaient des dessins et des maquettes prestigieuses dont la principale caractéristique résidait dans la difficulté de les décoder.Silencieux, respectueux, nous les écoutions jusqu’au moment où j’ai posé la plus stupide des questions : mais où se trouvent les fenêtres messieurs ?Horrifiés par mon ignorance, ils nous ont parlé alors longuement du sens d’un immeuble vraiment moderne, des bureaux sans fenêtres, qui favorisent la réflexion, des surfaces « non trouées par des ouvertures sans intérêt artistique», etc.En lisant avec beaucoup d’intérêt, soulignons-le, l’ouvrage de Ricardo Bofill, j’ai retrouvé le souffle des grandes idées sur la façon harmonieuse selon laquelle la cité doit se développer, à la fois moderne et ancienne, fonctionnelle et artistiquement irréprochable.D’un grand projet à l’autre, on voit comment ont été créés certains quartiers de Chicago, ou de Toronto, et comment on a gâché certains beaux quartiers de Rome, de Barcelone et surtout de Paris, pour mieux démontrer que les perspectives conçues par Hausman ne doivent pas résister à la mégalomanie des hommes au pouvoir.En passant, on découvre les dessous des combines politiques et financières, les difficultés que doivent surmonter les architectes pour ne pas abandonner en route les orientations premières de leurs projets et on leur pardonne presque toutes leurs bavures que nous sommes obligés, nous pauvres citadins, de supporter par la suite indéfiniment.Aux États-Unis, comme au Canada, note Bofill, on a encore des chances de démolir et de recommencer.Certains promoteurs peuvent trouver avantageuse la méthode qui consiste justement à utiliser de deux façons différentes le même terrain situé en plein centre ville, mais pas en France.La pyramide, justifiée surtout par la maladie de grandeur socialiste et non pas par le souci de faciliter au public l’entrée au musée Les escaliers de Chambord Il faut lire.Pascal Quignard LES ESCALIERS DE CHAMBORD Ce roman que vient de signer Pascal Quignard témoigne d’une rare puissance.Il faut parler, ici, d’oeuvre d’art.Anne-Marie Voisard, Le Soleil Ce roman, le meilleur que j’aie lu cette année.Jacques Folch-Ribas, La Presse Grâce à la magie, il faut même oser le mot féérie, d’un style raffiné, d’une composition tout à fait digne d’un maître du contrepoint, le lecteur n’aura pu s'arracher à cette passionnante plongée dans le monde des «choses inanimées».Lisette Morin, Le Devoir GALLIMARD Et lorsque le mot «fin» est apparu, j'ai ressenti comme une espèce de bien-être d'amir lu ce roman.Carmen Montessuit, Le Journal de Montréal du Louvre, ne disparaîtra pas ! Inutile de se leurrer, en Algérie, comme à Moscou, c’est de la même façon que les choses se passent et seules les motivations officielles changent ! Quand le prince Charles déclare sur les tribunes que l’architecture moderne est une profession malade, bien faite pour défigurer des villes, on ne peut que l’applaudir.La lecture des Espaces d’une vie permet de se rendre compte des causes et de l’importance de la maladie et donne le vertige.Car, comment se défendre ?Il semble bien que, pour préserver nos maisons, nos quartiers et nos parcs, en Europe surtout, mais même en Amérique du Nord, nous devons refuser comme en Californie de payer les taxes et les impôts.En affamant le Pouvoir, nous éliminons une partie des projets grandioses et cela est aussi vrai en URSS qu’en France.En ce qui concerne l’entreprise privée, les choses se compli quent cependant et les frères Reit-man de Toronto sont toujours prêts, comme le précise Ricardo Bofill, de financer un projet de construction à prestige et de le mener jusqu’au bout.Voilà donc un double danger et une double menace ! D'une part, la mégalomanie du pouvoir et, de l'autre, la recherche pure el simple du profit.Comment se défendre ?Le dernier rempart qui reste, ce sont les manifestations pacifiques des écologistes.Le livre de Ricardo Bofill, un grand architecte de notre temps, inspire d’ailleurs le goût de la révolte.Car les êtres humains n’ont pas nécessairement envie d’évoluer dans des cages en verre et de ressembler ainsi à ces poissons rouges enfermés dans un bocal où on peut observer leurs comportements tout en influençant leurs goûts, leur propension à consommer el leurs réactions sexuelles.Sans aucun doute, c’est là une architecture de « l’ouverture sur l’extérieur », mais il n’est pas du tout certain qu’elle connaîtra la longévité, ce qui, pour des multitudes, est déjà une très grande consolation .F rank démarre très fort.* Autant que vous le sachiez tout de suite : j'écris ce livre pour l'argent.» Le genre de première phrase qui donne envie de continuer.On ne s'arrêtera pas avant la dernière.Eric Neuhoff / Madame Figaro LIVRES LOGIQUES 118p.reliure spirale 12,95$ SIM PI MS-DOS SIMPLIFIÉ par Sylvie Roy, UQAM «Le guide de l’essentiel!» - Yves Leclerc, La Presse Le best-seller de l’informatique.Bientôt 20 000 exemplaires vendus! 179 p.reliure •pirale 18,95$ aussi disponible pour version 4.2 16,95$ WordPerfect 5.0 simi*i.i*: \ k M’im I \ « ( I DI Wt IRDI’I Kilt I 3 WORDPERFECT 5.0 SIMPLE & RAPIDE par Marie-Claude LcBlane, BPRS La clé de WordPerfect 5.0! Ce guide vous mène, leçon par leçon, des bases du traitement de texte jusqu’à ses fonctions les plus puissantes.I innunui llr l lui.MACINTOSH SIMPLIFIÉ ( OMMI NI SI I OUI I N \MI 0 MACINTOSH SIMPLIFIÉ par Emmanuelle Clément, CIAMM «Ce livre, écrit dans un français impeccable et abondamment illustré, résume très bien le fonctionnement du MAC.» Pierre Cadieu, Direction Informatique 176 p.reliure ¦pirale 19,95$ PageMaker.SIMPLIFIÉ VI RS I SUAI AMI (.1 II Mil »
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.