Le devoir, 11 octobre 1986, Cahier C
LE DEVOIR CULTUREL =„„C ___ _ Montréal, samedi 11 octobre 1986 JEAN-PIERRE PERREAULT ?Huit danseurs en quête d’une foule Photo Anne Gardon Jean-Pierre Perreault meute.» Je suis passé de la masse à la MATHIEU ALBERT JFJAN-PIERRE PERREAULT n’a répondu à aucune de mes questions.Il a parlé pendant trois heures sans arrêt, comme quelqu’un qui cherche à se vider le coeur.Non pas sur le ton ému de la confidence, ni sur celui, fabriqué, qu’empruntent les fats pour vidanger en public le désarroi de leur âme, mais sur celui de la rigueur implacable de la réflexion.Au fil de l’entrevue, constats, commentaires et diagnostics sur la danse tombent un à un avec le poids irréductible d’un verdict.Dans sa bouche, les mots s’entrechoquent.Les idées déferlent comme une pluie battante, à travers des enchaînements parfaits, sans faille, formulés selon une logique où perce le souci permanent de trouver une raison d’être à toutes les choses qui l’entourent.L’hy-per-lucidité est sa denrée.Ses pires ennemis : tout ce qui se rapproche de près ou de loin de la complaisance, de la divagation, du faux-fuyant.Le chorégraphe est intransigeant.Mais l’intransigeance n’est pas synonyme, chez lui, de caprice ou de sectarisme querelleur, mais correspond plutôt au seul idéal admissible pour la danse : la perfection.Une perfection vue en termes d’authenticité à découvrir et de fidélité absolue à conserver envers soi.Une vision de la danse, chez Perreault, qui table sur le rejet catégorique de toute forme de commerce avec le compromis.« Si on ne peut pas faire les choses bien, vaut mieux ne pas les faire », dit-il.Sortant de la bouche de quelqu’un d’autre, la remarque pourrait ¦M paraître insignifiante.Mais, prononcée par Perreault, la phrase se colore immédiatement d’une résonance particulière.Ceci, parce que, contrairement à l’usage répandu chez ses pairs, le chorégraphe a pris le parti de toujours s’engager en solitaire dans le dédale de ses créations.Nul collaborateur (à quelques rares exceptions près) n’est sollicité pour y participer à la gestation.Depuis l’époque de Joe, en 1983 (et probablement bien avant), en passant par Stella, au Festival in- 1 ternational de la nouvelle danse, l’année dernière, jusqu’à Nuit, qui prend l’affiche du théâtre Marie-Gérin-Lajoie de l’UQAM dès jeudi prochain, le chorégraphe se métamorphose à chaque fois en démiurge intraitable, sorte d’homme-orchestre qui ne sait faire confiance qu’à lui-même.Perreault réalise ainsi, non seulement la chorégraphie de chacune de ses pièces, mais en conçoit tous les éclairages, les décors, la musique, les costumes, la scénographie, jusqu’au communiqué de presse, dont la rédaction représente à ses yeux un exercice de style qui lui permet de clarifier ses idées.En somme, le chorégraphe préfère aux louvoiements éternels du laxisme, condenser tous les pouvoirs autour d’une autorité souveraine, exclusive, une autorité exercée sous le régime plus expéditif qu’est celui de l’autosuffisance.Ses oeuvres lui appartiennent en propre, à l’image de progénitures dont l’existence reste rivée aux seuls diktats de sa volonté.Ses pièces lui collent à la peau, comme des doubles de lui-même.Le chorégraphe fait monopole de son art.Par contre, il ne faut nullement se méprendre sur le tempérament du personnage.Jean-Pierre Perreault n’est pas l’idole de Jean-Pierre Perreault.Il n’y a aucune trace de narcissisme en lui.Son despotisme n’est, en fait, que purement accessoire.« Si je travaille de cette manière, explique-t-il, c’est uniquement parce que je sais toujours exactement ce que je veux.Je ne suis pas contre la collaboration, mais seulement lorsqu’on en éprouve le besoin.Dans le cas contraire, on finit par installer un climat de frustration qui devient néfaste pour tout le monde.« Prenons les éclairages.Chez la plupart des chorégraphes, c’est à l’éclairagiste que revient la respon-sabilité de les concevoir.Je suis incapable de fonctionner ainsi.Car la lumière, sur scène, correspond à l’espace, et l’espace est à moi.Ce n'est pas le show de l’éclairagiste.Même chose pour les décors.Ceux-ci constituent l’espace dans lequel la chorégraphie prend vie, et c’est à moi qu’il appartient de la faire vivre.» Sa phobie du compromis ne s’ar-rête pas là.Jean-Pierre Perreault Suite à la page D-8 JEAN ROYER AVANT de devenir député de Mercier, puis ministre responsable de la loi 101, Gérald Godin était poète.Il l’est resté.Depuis son célèbre recueil Les Can-touques, publié à Parti-Pris il y a vingt ans déjà, le poète a élaboré une oeuvre singulière qui est passée du « jouai » à la langue familière et du sentiment national au sentiment personnel.Son dernier recueil, Soirs sans atout, qui vient de paraître aux Écrits des Forges de Trois-Rivières, est en voie de devenir un best-seller de la poésie et sera publié par les éditions La Table rase à Paris, le printemps prochain.Poète, Gérald Godin a délaissé la « langue verte » des « cantouques » (poèmes qui trimballent des sentiments.nommés d’après un outil qui sert à trimballer des billots dans les chantiers) mais il est resté fidèle à la langue populaire, dans ses derniers livres comme Libertés surveillées, Sarzèneset Soirs sans atout.Député réélu pour l’opposition péquiste, Gérald Godin tente de faire « une poésie familière et simple que tout le monde peut lire, ’ y inclus les gens du comte de Mercier ».Il y a 16 ans, Gérald Godin était un poète, prisonnier politique de la Loi des mesures de guerre demandée par Bourassa à Trudeau.Au- Ijourd’hui, poète libre et député d’opposition, il reste un optimiste « forcené » quant à l'avenir du Québec et il parle avec fougue et simplicité, dans ses livres, de son appétit de vivre.Soirs sans atout est un recueil où la poésie témoigne d'un vécu difficile.Opéré pour une tumeur au cerveau, Godin a ressenti en lui le chaos du monde.Dans son livre, le poète raconte avec une émotion contenue sa douleur de convalescent et son désir de vivre.Il se rapproche, dans ces poèmes, de sa propre parole et de la nôtre.Lisez : « je vous écrivais de loin/ comme on s'éloigne d’un brasier/ je tenais ma plume brü- Slante/ avec des mitaines d’amiante/ tellement m’allumaient/ vos beaux yeux d’amante/ c'était l’époque où l'âge/n’avait aucune prise sur nous.» IDans un entretien exclusif au DEVOIR, Gérald Godin nous raconte comment et pourquoi la poésie l’occupe autant que la politique, en 1986.« La politique me ramène à la poésie pour deux raisons, dit-il : elle ne nourrit pas son homme au plan de l’esprit et le métier de député me ramène à l’humanité à chaque heure du jour.Je n’ai jamais autant écrit que depuis que je suis politicien.D’autre part, à défaut de substance, en politique, on se retourne vers autre chose.Pour d’autres, c’est la boisson ou la finance.Pour moi, c’est la poésie.» GÉRALD SODIN ?Le bel octobre du poète Gérald Godin : « À défaut de substance, en politique, on se retourne vers autre chose.Pour moi, c'est la poésie.» Au Québec comme ailleurs, il y a deux poésies : celle qui veut garder ses distances et celle qui s'écrit avec les mots du peuple.Gérald Godin se situe dans ce dernier courant.dont la généalogie réunit, entre autres, Jean Narrache et Alfred Desrochers, avant la grande explosion du « jouai ».Ces poètes québécois font partie d'une grande famille universelle où entre, par exemple, une idole de Gérald Godin, le Tchèque Jaroslav Seifert, prix Nobel de littérature 1984.« Pour moi, deux choses sont importantes en poésie : le vécu et le rythme.Un peu comme du jazz, le rythme du poème t'amène à poursuivre la lecture du poème.Dans le roman, le maître de cette manière serait Réjean Ducharme.En poésie, je pense surtout à Verlaine, Pound, que j’ai beaucoup lu à l’époque, Martin Lubeck, Tristan Suite à la page C-4 Lfi fOUE En f nee ANGËLE DAGENAIS LOGÉ depuis le printemps dernier dans une maison historique du Vieux-Québec, sa troisième adresse en sept ans, l’Institut québécois de recherche sur la culture semble, cette fois, installé à demeure.La culture, à Québec, a de la classe.Foyers de marbre, planchers en pin, tentures de velours bleu frangées d’or, meubles de style, rien ne semble laissé au hasard dans cette résidence cossue à deux pas de la porte Saint-Louis.Les micro-ordinateurs, tables à dessin et rayonnages de dossiers trahissent, par contre, l’activité fré-bile et bien contemporaine qui habite ce lieu.Le « rapport Gobeil », qui a fait craindre pour la survie de l’Institut québécois de recherche sur la culture et de quelques autres organismes de recherche au Québec, n’impressionne guère le ministre des Affaires culturelles, Mme Lise Bacon.Le gouvernement a sans doute, depuis l’été, fouillé quelque peu dans les archives nationales pour se rendre compte que l’IQRC n’était pas une « creature » du ministre Laurin (Camille de son prénom) mais bien un concept que l’on retrouve dans un ancien livre blanc portant la signature du libéral Pierre Laporte, repris onze ans plus tard par un autre libéral, Jean-Paul L’Allier, dans son célèbre li- vre vert de 1976 sur la culture.Au cabinet de Mme Bacon, on affirme que l’institut ne subira aucun chambardement majeur à court terme, si ce n’est une modification à sa structure de financement qui oblige le gouvernement à majorer automatiquement de 10 % par année le montant de la subvention globale qu’il lui accorde annuellement.Le président de l’institut, le sociologue Fernand Dumont (Laval), ne s’en plaindra pas.Avec ses $ 2.25 millions de budget, il estime qu’il ne manque pas d’argent.« C’est bizarre à dire, mais il ne faut pas qu’un centre de recherche soit trop gros, pour que les chercheurs qui y travaillent continuent de se connaître, de discuter et de collaborer ensemble.» L’IQRC, ce sont deux lieux physiques, à Québec et à Montréal, trois chercheurs permanents — Fernand Harvey (Québec), Gary Caldwell et Denise Lemieux (Montréal) — une quinzaine de chercheurs associes contractuels, et, bientôt, un chercheur régulier — un senior — choisi par voie de concours par un jury formé de gens de l’extérieur et du directeur scientifique (Fernand Dumont).Cherche-t-on, à l’institut, à reproduire la hiérarchie universitaire ?Pas vraiment, réplique M.Dumont, « mais on ne peut pas s’éloigner dé mesurément des conditions de travail offertes aux chercheurs ailleurs ».Fernand Dumont explique que l’institut est né des lacunes criantes du système québécois de recherche en ce qui regarde certains dossiers culturels : conditions féminine et masculine, famille, jeunes, personnes âgées, communautés culturelles, histoire régionale, statistiques culturelles, etc.La recherche au Québec, poursuit M.Dumont, s'appuie sur un postulat de base « erroné » : elle doit être assumée exclusivement par les professeurs d’université, alors que la réalité est tout autre.« Je connais d’excellents pédagogues qui se tiennent à la fine pointe des découvertes dans leur secteur, dirigent des thèses, font de l’administration, gravissent les échelons de la hiérarchie universitaire mais ne font aucune recherche et ne publient jamais une ligne.Personne ne s’en inquiète dans le système universitaire.Forcer ces gens-là à publier, alors qu’ils n’en ont pas le talent, le temps ou l’envie, s’ils excellent dans leur tâche professorale, est ridicule.» Par contre, si l’on veut vraiment qu’il se fasse de la recherche au Québec, poursuit-il, il faudra cesser de faire l’autruche et créer des lieux où elle puisse se développer pleinement, a l’intérieur ou à l’extérieur des cadres existants, mais où elle constituera la première préoccupation de ceux qui en sont responsables.L’IQRC dépend directement du ministère des Affaires culturelles mais il n’est pas exclu qu’il soit « affilié » à une université éventuelle- ment, tout en préservant son autonomie, comme l’Institut national de recherche scientifique (INRS) relève structurellement de l’Univer-sité du Québec.Au cabinet de Mme Bacon, on confirme que deux universités ont déjà manifesté leur in- , térêt à s'affilier 1TQRC.À suivre.Je demande à Fernand Dumont, à brûle-pourpoint, pourquoi il ne convoque pas immédiatement une conférence de presse pour révéler le contenu « explosif » d'une publication récente de 1TQRC — intitulée Une société des jeunes ?— afin d’apporter un éclairage neuf et frais dans le débat qui oppose le ministre de l’Éducation aux étudiants sur la hausse des frais de scolarité.Son intervention pourrait peut-être sortir le débat de la spirale redondante et dangereuse dans laquelle il évolue.Mal à l'aise, M.Dumont me laisse entendre qu’il n'est pas un « politique », mais bien le président d’un centre de recherche.Il ne conçoit visiblement pas comme étant de son ressort de prendre le micro pour clamer haut et fort le fruit du travail de ses chercheurs.Dommage, lui rétorquai-je, les scientifiques seraient mieux « branchés » s’ils étaient moins modestes, ou timides .Il n’en reste pas moins que les données compilées dans l’étude en question démontrent clairement que le montant des frais de scola- Suite à la page C-10 250 pages / 18,95 $ COLLECTION «RÉPONSES» La terreur que sa folie inspire au fou et celle qu’elle inspire à son thérapeute Le récit de cinq psychanalyses.ÉDITIONS ROBERT LAFFONT En vente chez votre libraire Le sociologue Fernand Dumont, président de l’Institut québécois d< recherche sur la culture.IDR JULIEN BIGRAS Vient de paraître LA FOLIE EN FACE FERNAND DUMONT et 1TQRC ?Sept ans de réflexions, un avenir incertain C-2 ¦ Le Devoir, samedi 11 octobre 1986 FRANCE HUSER La chambre ouverte Roman 9.50$ Ê "L’invitation qu'il renferme à la détente, au plaisir certain d'une lecture facile, soutenue par une écriture tout à fait remarquable." Lisette Morin, - Le Devoir ahurissant, drôle, pétillant et à lire de toute urgence si l'on veut passer quelques heures passionnantes.Ce roman est le cauchemar le plus drôle de l'année." Jacquet Folch-Rlba», - La Presse "On sort de la lecture de ce livre étourdi, séduit, ébloui, envoûté." Louiee Blanchard Journal de Montréal FRANCE HUSER "(.) un roman délicieux, un peu triste, léger, cruel, mélancolique, vivant, oh oui!, vivant surtout.” Jean-François Josselin Le Nouvel Observateur “(.) rédigées avec une grande justesse de ton, les pages les plus nouvelles, les plus étonnamment belles de la littérature dite féminine des dernières années.Une grande réussite (.)" Lisette Morin - Le Devoir DIDIER VAN CAUWELAERT < 22.95$ Les vacances du fantôme LE DEVOIR CULTUREL LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Le retour de la poésie — Un intérêt renouvelé pour la poésie se manifeste depuis quelque temps au Québec.Cette attitude du public coïncide, d’ailleurs, avec le fait que plusieurs poètes actuels ont quitté le laboratoire des formes pour le lyrisme du poème.L’avant-garde s’est repliée sur elle-même pendant que des « voix » émergeaient de la rumeur formaliste et idéologique pour distinguer leur poésie de la théorie ambiante.Ainsi, cette semaine est marquée par deux importantes soirées de poésie.Mardi dernier, à Québec, un public de plus de 1,000 spectateurs applaudissait une trentaine de poètes et comédiens qui ont présenté « Le Bel Octobre » à la salle Albert-Rousseau du cégep de Sainte-Foy.Ce soir.‘Inbuilt’ Juive JORGE-LUIS BORGES ¦ «lasK .WV' wol't •sggas» ¦ ss*"»®5*" tascinat'00 rte Ssss— BO» eooûtû?ïïS'SSft» , a larvée ’ QuePfe camp M,N A au Centre culturel de'Trois-Rivières, le public accueille une cinquantaine de poètes pour un autre récital, dans le cadre du second Festival national de poésie, organisé par la Fondation des Forges.La soirée de mardi, à Québec, était organisée par Françoise Cantin, Michèle Pelletier et Gérard Viau, dans une mise en scène de Lise Cas-tonguay et une scénographie d’Hélène Martineau.Des comédiens et des musiciens assuraient ce récital avec une vingtaine de poètes présents.La qualité scénique de la soirée s’alliait à la qualité des textes et des poètes choisis parmi les diverses tendances et générations, présentés par l’animateur Richard Joubert.On n’oubliera pas les textes de Gaston Miron chantés par Roger Bellemarre, ni les voix de France Théoret et François Charron, ni les voix de Michel Gay et Paul Chanel Malenfant, ni celles d’Alexis Lefran-çois et Renaud Lonchamps, ni celles, plus nouvelles, de Christiane Fre-nette et Hélène Dorion.La poésie a été portée très haut aussi par la mise en scène des poèmes de Roland Gi-guère et Jean-Guy Pilon.Enfin, soulignons l’hommage magnifique qu’a rendu Guy Cloutier au regretté Michel Beaulieu.« Le Bel Octobre » restera une des plus belles soirées de poésie des dernières années au Québec.?Prix des Forges — Le prix de poésie de la Fondation des Forges pour 1986, d’une valeur de $ 5,000, a été attribué, cette semaine, à un texte de Normand de Bellefeuille.Le manuscrit primé s’intitule Catégoriques/un deux trois.Un autre manuscrit et 21 livres publiés ces derniers mois avaient été soumis au jury, qui a choisi « à l’unanimité » le texte du théoricien de la nbj en louant son « lyrisme », sa « chorégraphie » el son « unité ».Voici, d’ailleurs, ce qu’en dit le jury.Ginette Michaud y voit un « livre très fin de siècle, c’est-à-dire élégant et moderne, à l’architecture savamment chiffrée ».Paul Chamberland est ravi que cette oeuvre « accomplisse, comme en un saut, lés mots dont étaient formés les travaux antérieurs ».Enfin, le président du jury, Joseph Bonenfant, écrit que cette oeuvre trouve son unité dans «le chiffre exact de l’émotion».* Narcisse, Borges et les autres — À noter l’excellent dossier que le magazine Nuit blanche consacre à la 14e Rencontre des écrivains, qui avait lieu à Québec sous le thème de « La tentation autobiographique ».De son côté, le magazine La Tribune juive est une des rares publications à faire un (excellent) dossier sur Borges après la mort du grand écrivain.Voilà un autre numéro réussi.Notons que cette revue culturelle juive n’est plus bilingue désormais, mais entièrement en français.La revue accueille aussi, dans son plus récent numéro, l’écrivain Yves Beauchemin, qui parle en faveur du maintien de la loi 101.?Gagnez un voyage à Paris — À l’occasion de leur présence au Salon du livre de Montreal, les éditions La Table rase lancent un concours dont le lauréat gagnera un billet d’avion pour Paris.Ce concours est ouvert à tous les poètes québécois auteurs d’un recueil inédit n’excédant pas 30 pages.Les manuscrits devront être déposés au stand de La Table rase pendant le Salon du livre.Les recueils retenus pour la délibération finale seront publiés dans la revue Levée d’encre, de la même maison d’édition.?Ateliers d’écriture — L’Association de création littéraire lavalloise reprend ses activités le mardi 14 octobre à 19 h 30.On peut s’inscrire à des ateliers de création littéraire, le mardi, et d’écriture théâtrale, le vendredi, en communiquant au numéro de téléphone : 627-4644.?Les ondes littéraires — Le dimanche, c’est la fête des livres à la télévision, où l’on peut voir trois émissions en reprise.Le réseau Vidéotron propose, à 13 h à la position 9, l’émission Le Plaisir de lire, avec Ghila-B.Shroka, qui reçoit cette semaine le romancier Émile Ollivier.Le réseau Quatre Saisons propose, à 14 h à la position 35, la reprise de son émission du dimanche précédent.Demain, Claude Jasmin reçoit Antonine Maillet, Michel Garneau, René-Daniel Dubois et Janine Sutto, dans une émission qui se regarde et s’écoute assez bien.Enfin, à la même heure à TVFQ 99, position 30, Bernard Pivot présente, en reprise, son émission Apostrophes.LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND SOCIÉTÉ Jacques Vallin, La Population mondiale, éditions La Découverte, coil.« Repères », 128 pages.En 1950, il y avait 2.5 milliards d êtres humains sur la terre.En 1980, il y en avait cinq milliards Avec un taux de croissance annuelle de 2 %, la population mondiale doublera en 35 ans.Quelles sont les conséquences de ce taux d'augmentation ?Et peut-on contrôler les naissances à l'échelle planétaire ?L'auteur tente de répondre à ces ques-tions.Agnès Chevalier, Le Pétrole, éditions La Découverte, coll.« Repères », 125 pages.D'abord quelques chiffres.En 1980, l'Opep exportait à peine plus de pétrole qu'en 1970, mais, dans l’intervalle, ses revenus étaient multipliés par 40 .Ses actifs financiers accumulés atteignaient $ 400 milliards.Mais, en 1985, l'Opep produit deux fois moins de pétrole brut qu'en 1977.Depuis 1982, elle enregistre des déficits courants.Les années 70, pour les pays de l'Opep, auront-elles été une parenthèse trop tôt fermée ?POLITIQUE Raymond Boudon, L'Idéologie.L'origine des Idées reçues, Fayard, coll.« Idées-forces », 330 pages.Cette histoire critique du concept d'idéologie met en rapport Marx, Aron, Foucault et Popper.L'auteur montre, à travers ces cas, que certaines idéologies peuvent s'appuyer sur des théories scientifiques, mais dont on a mal perçu les limites de validité.Raymond Boudon veut également mettre un terme à la distinction manichéenne entre science et idéologie, et faire apparaître les mécanismes par lesquels les idées reçues peuvent être crédibles.NAPOLÉON Antonio Spinosa, Pauline Borghèse née Bonaparte, Tallandier, coll.« Bibliothèque napoléonienne », 294 pages.L'auteur brosse un portrait ironique et impertinent de Pauline Borghèse, soeur de Napoléon, couturière, artiste et collectionneuse d’amants.François Coliaveri, Napoléon, empereur franc-maçon, Tallandier, coll.« Bibliothèque napoléonienne », 216 pages.Napoléon était-il franc-maçon ?C'est à cette question que répond l'auteur à travers un grand nombre de documents (pour la plupart inédits).Il tente de prouver, hors de tout doute, que l’initiation maçonnique de Napoléon n'est pas une légende.BIOGRAPHIE Francine Mallet, Molière, Grasset, 474 pages.La disparition de tous ses dossiers, ses manuscrits et sa bibliothèque entoure Molière de mystère.Cette biographie est construite en quatre parties.Dans la première, la biographe s'attache à la vie de Molière; dans la seconde, elle traite des jugements de Molière à travers son oeuvre; dans la troisième, elle dévoile les influences qu'a subies l'auteur du Tartuffe-, finalement, dans la quatrième, elle expose les innovations littéraires de l'auteur du Malade imaginaire.LITTÉRATURE Christian Giudicelli, Station balnéaire, Gallimard, 192 pages.La dépense improductive a toujours une limite.C'est ce que nous rappelle ce roman incisif, d'une écriture moderne, qui raconte la folle idylle de José et Marie.Les plates nécessités de la vie vont malheureusement reprendre le dessus.Station balnéaire est en compétition pour les prix littéraires français.FmncimMdet VOYEUR ! GUY FERLAND ?Alberto Moravia, L’Homme qui regarde, Flammarion, coll.« Lettres étrangères », 1986, 202 pages.LE NARRATEUR, un professeur de littérature française, ne sait plus quoi faire ni penser.C’est qu'il a perdu sa femme.Pourtant, elle dit l'aimer encore, mais elle ne veut plus vivre avec lui, pour le moment du moins.D’un autre côté, son père, blessé aux jambes dans un accident, semble tirer profit de la situation.Maintenant, son fils doit le servir.Il n’aurait jamais pensé faire ça un jour.Lui qui conteste tout ce que son père représente : bourgeoi- sie encroûtée, insouciante de la menace nucléaire qui plane sur la planète, machisme sauvage, pouvoir de l’argent, traditions, etc.Fin plus, il sent qu'il y a un lien entre le départ de sa femme et la rivalité naissante avec son père.Fit il voit bien que son père le nargue, sans en avoir l’air, avec sa puissance et son sexe immense.Voilà, en gros, l’intrigue.Mais l’essentiel du livre est ailleurs.Il est dans la relation qu’entretient Moravia avec la littérature; entre autres, avec un poème de Mallarmé, une scène de Crime et châtiment, Proust et L'Apocalypse.Le fils, FIdoardo, élabore à un certain moment une théorie littéraire qui s’applique magnifiquement aux livres de TRADUCTION LITTÉRAIRE & IDENTITÉ LITTÉRAIRE congrès international sur les littératures canadiennes vendredi et samedi 17-18 octobre de 9h à 18h frais d'inscription : 15$ (étudiants : 10$) Holiday Inn Richelieu 505 est, rue Sherbrooke Association des traducteurs littéraires 1030, rue Cherrler, bureau 510 Montréal H2L1H9 Canada (514) 526-6663 LA LANGUE AU CHAT MARC MORIN Nés de langue inconnue LE DEVOIR CULTUREL est dirige par Robert Lévesque Moravia.L’écrivain et le lecteur seraient des voyeurs, car ils veulent décomposer le mouvement et percer (pénétrer ?) le mystère de la vie; c’est-à-dire qu’ils veulent voir (ou montrer) ce qu’on ne peut et ne doit pas voir.C’est pourquoi les scènes de relations sexuelles, au cinéma ou dans un roman, sont tellement troublantes.Fit c’est aussi la raison pour laquelle Moravia les privilégie.La lutte principale, dans L ’Homme qui regarde, se joue entre deux conceptions du monde, représentées par le père et le fils.Il faut dire, tout d’abord, que Moravia, député au Parlement européen chargé du programme antinucléaire, est très préoccupé par la menace des bombes atomiques.Dans son roman, le fils représente l’homme conscient de la possibilité de la fin du monde.Le père illustre l’insouciant face au danger qui pèse sur la Terre.La rivalité entre le père et le fils n’est qu’une métaphore du dilemme qui déchire présentement l’être humain : doit-on penser ou oublier ?agir ou non ?Ce dilemme se retrouve à divers niveaux.Le fils prône une idéologie communiste, le père, individualiste.Le fils spiritualise ses rapports amoureux, le père les abêtit.Qui a raison ?Qui gagne ?Pour l’auteur de L’Homme qui regarde, il ne fait aucun doute que ces deux tendances cohabitent à l’intérieur du même homme et se livrent une lutte sans fin.C’est ce qu’il nous dit, avec style, dans ce très beau roman.f ' LIVRES ï ¦ , RÉCENT ET ANCIENS 1 ¦ Achat et vente ¦ la plut grande librairie 251 Ste-Catherine E.L’HÔPITAL de la Miséricorde était jadis synonyme de naissances « illégitimes », d’enfants de l’Assistance nés, comme on disait, « de père inconnu ».La notion d’illégitimité associée à la naissance ayant progressivement disparu au gré de la libéralisation des moeurs québécoises, le mot « bâtard » n’est plus guère employé que comme juron et, vu la dégringolade démographique du Québec, on n’oserait plus taxer d’« illégitimité » l’exercice de cet instinct fondamental qui a pris un sérieux coup de .vieux.L’Assemblée nationale a adopté à la vapeur, entre deux récréations de fin de session, une loi visant à réhabiliter les « illégaux » de l’éducation, ces chers petits que leurs parents avalent « illégalement » inscrits à l’école anglaise.Étrange amnistie cousue de fil rouge où l’on serait bien aise de déceler un soupçon de condescendance à l’endroit d’une députation anglophone surreprésentée, eu égard au véritable poids démographique de la minorité officielle.Mais qu’importe, puisqu’il fallait bien un jour légitimer le statut de ces écoliers dont le seul tort, au fond, avait été de naître au mauvais moment, à l’endroit inopportun et, surtout, de parents allophones.La loi de réhabilitation n’en est pas moins absurde : ces « enfants », pour la plupart, sont sans doute déjà inscrits à McGill.Mais, dans ce pays, en matière de langue, on pèche rarement par excès de logique : à preuve, ce récent jugement de la Cour suprême confirmant au justiciable le droit d’être entendu dans sa langue officielle mais, pour le juge, le droit concomitant de n’y rien comprendre.On savait la Justice aveugle; la voilà encore sourde et muette ! Fin mai dernier, pendant une récréation (la période des questions), l’opposition péquiste s’est demandé tout haut si ces « illégaux » avaient au moins une connaissance « vérifiable et vérifiée » de la langue officielle.Sur quoi le premier ministre a promis (je cite textuellement une dépêche de la Presse canadienne) : « Toutes ces questions seront répondues (sic) à l’occasion du débat sur le projet de loi.» Ces questions, pour paraphraser M.Bourassa, n’ont toujours pas été « répondues ».Notamment, et fondamentalement : Que faut-il donc faire pour persuader nos allophones d’apprendre la langue majoritaire, de s’intégrer à la collectivité dont ils sont venus partager l’affluence ?Et encore — et surtout : Tous ces ex-« illégaux », tout ces réhabilités de la langue sont-ils condamnés à joindre, à Toronto, les rangs des ex-Montréalais qui n’en finissent plus de mâcher l’amer pépin de leur nostalgie, faute de réalisme et d’ouverture d’esprit lorsqu’ils étaient des nôtres ?Il y a 20 ans, « exilé » volontaire en Ontario, j’ai connu une brave Franco-Ontarienne, mademoiselle Thérèse Saint-Jean, qui, aux environs de Georgetown, en banlieue torontoise, exploitait une ferme avec l’aide des orphelins qu’elle accueillait.Question d’accroître le poids démographique de la francophonie ontarienne, ce coeur généreux insistait pour n’adopter que de petits anglophones.Si les offices, hauts comités et autres bureaucraties de la langue avaient alors décerné un prix de la francophonie, cette brave demoiselle Saint-Jean y eût été la candidate rêvée.(Je la salue chaleureusement, où qu’elle soit aujourd’hui.) Que n’imitons-nous ici le geste valeureux de mademoiselle Saint-Jean en créant une agence d’adoption pour les « illégaux » réhabilités ?Comme les enfants qu’on disait jadis « illégitimes », ces jeunes anglicisés, nés de langue inconnue, ne méritent-ils pas toute notre sollicitude ?Adop-tons-les : avec beaucoup d’amour et un brin de vocabulaire, Us échapperont peut-être au sort, marginal entre tous, de devoir faire, en anglais, la cueillette des ordures ménagères dans le West Island.La Poursuite récit de Dominique Blondeau 110 pages - 12,95$ Dominique Blondeau, lauréate du Prix France-Québec ,|can-llumclinl9K6 pour son roman Un homme foudroyé , nous propose pour la rentrée d'automne; un récit dont le propos porte sur le suicide des jeunes.Il s’appelle Frank.Elle, Marie.Mais il y a Lynx et Guépard.Chimère noire aussi.Ils sont adolescents.Devant eux, rien sinon le grand vide de la Ville.Ils vivent d’amours artificiels, de rapines, de haschich qu’ils tètent et
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