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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1987-06-20, Collections de BAnQ.

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il a.y GUP HORN Si mmm Hfe TXV " ' ~*%.4$3fe^£ fit dit' ¦J» W» iiuvWJMMJix.«*< ' -^wri*"***^ •* ¦¦ •’•••• -, bavure.IÉÉÉH ODILE TREMBLAY A PREMIÈRE vue, bien subtil qui découvrirait le moindre lien de parenté entre Goethe, Socrate, Jean Genet, Benjamin Franklin, Thomas Edison et Maxime Gorki.Dans l’océan de leur diversité, une similitude surnage pourtant : ces illustres ont tous été, en leurs temps respectifs, de remarquables autodidactes.Le mot fait sourire aujourd’hui et, malgré que cette forme peu orthodoxe d’apprentissage soit encore de nos jours fort respectée par le public dans les disciplines où elle s’impose (qui oserait prétendre que c’est la fréquentation des cam- Jacques Marchand Le Premier Mouvement Romàn pus qui crée les poètes, les mystiques, les écrivains ?), halte là ! lorsque ces sans-papiers entendent s’approprier des connaissances dans des domaines qui s’enseignent bel et bien, en refusant mordicus de suivre la filière habituelle.Pour les mordus du diplôme, le dilettante dégage une fort suspecte odeur de soufre.Cette attitude condescendante est pourtant à l’aube de se modifier.Pourquoi ?Parce qu’à l’heure où les contenus d’enseignement deviennent si rapidement périmés, chacun doit se résoudre à développer des techniques personnelles de recyclage.Or les autodidactes, les sans-maître, se révèlent, ironie du sort, des guides inespérés en cette matière.Par ailleurs, on commence à peine à décou- vrir l’immense ampleur du phénomène de l’apprentissage en solitaire.Tels des aulnes dans un terrain en friche, les autodidactes croissent sous toutes les latitudes, chevauchant les époques les plus diverses, sexes et âges confondus, et la démocratisation de renseignement n’a nullement contribué à clairsemer leurs rangs.Un sondage réalisé au Québec en 1982 par la commission d’étude sur la formation des adultes mettait le doigt sur une réalité surprenante : 23 % des adultes ayant été engagés dans un processus d’apprentissage quelconque au cours des deux années précédentes avaient boudé les salles de cours pour privilégier des activités de type autodidactique.Dans la jungle haut de gamme qu’elle habite à Montréal, Gisèle La-ramée fait son miel de l’orchidophi-lie.C’est par centaines que ces nobles fleurs parsèment les pièces de son appartement où elle les cultive avec amour.Sa passion est née il y a huit ans, quand ses enfants ont quitté le nid; elle est aujourd’hui secrétaire de l’Association des orchidophiles de Montréal et, à force de lire, de consulter, de hanter les conférences internationales sur la question, Gisèle Laramée est devenue, mine de rien, une spécialiste.« Au jardin botanique, on me réfère souvent ceux qui désirent des renseignements sur la culture des orchidées », explique en riant cette pétulante autodidacte.« Curieux, très motivés, débrouil- lards, capables d autocritique, les autodidactes possèdent des traits de caractère bien précis», affirme Claudia Danis.Professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, tout comme sa collègue Nicole Tremblay, Claudia Danis dirige avec elle, depuis 1982, le « Groupe de recherche sur les apprentissages autodidactiques en milieux éducatifs ».Avec une dizaine d’étudiants des 2e et 3e cycles, elles se penchent sur l’étude de ces « outsiders» du sa voir à qui l’on demande, d’ailleurs, de rencontrer un certain nombre de critères.Les autodidactes observés ne peuvent avoir acquis leurs connaissances à l’intérieur du réseau institutionnel; ils se doivent d’être des experts reconnus comme tels par leurs pairs et d’oeuvrer dans le même champ d’activités depuis plusieurs années.En outre, le groupe s’est penché principalement sur les autodidactes faiblement scolarisés car, bien que rien n’empêche un professeur de biologie d’être archéologue en autodidacte, il risque d’avoir été en quelque sorte contaminé par les méthodes d’apprentissage traditionnelles.Religion, sexologie, littérature, histoire, horticulture, minéralogie, musique, astronomie et même, depuis quelque temps, micro-informatique : les autodidactes se concentreraient, nous dit-on, surtout là où l’enseignement formel fait défaut, Suite à la page 0-6 JACQUES MARCHAND LE PREMIER MOUVEMENT iPB ! de l’oeuvre à venir.» mnl'; iïtlf ¦NHH ROMAN l’Hexagone lieu distinctif ri UI IC collection FICTIONS lieu distinctif d'édition littéraire québécoise L’Escale, pour revivifier l’histoire maritime du Saint-Laurent LE PLAISIR) s]pç LE PLLÏStë UCÔ.LE PL vres « Pourquoi tous les adultes ne sont-ils pas des artistes?» Margaret Atwood entre les ténèbres de Vinconscient et les lumières de la raison Nos collaborateurs ont lu .?L Autre Rivage (The Other Shore), d’Antonio D’Alfonso/D-2 ?La Cavée.de Guy Cloutier/D-3 ?L'Obsédante Obèse et autres agressions, de Gilles Archambault, et le « spécial Québec » de la revue française Brèves/D-S ?Le \ageur d'un seul amour, de Georges Schehadé.premier Prix de la francophonie/D-4 ?Terminus Floride, de Russel Banks/D-t ?Échec à la Reine, de Bryan Forbes/D-5 ?En Orient, de William Cliff/D-5 ?Prince et Léonardours, de Mathieu Lindon/ D-5 ?L ’.Art d'Alfred Hitchcock.50 ans de films, de Donald Spoto/D-6 ?After the Fact, de Hélène Holden/D-6D Cuisiner avec les champignons sauvages du Québec, de Claire Legendre-Leclerc/D-6 ?Un marché, deux sociétés : I- Libre-échange et autonomie politique, sous la direction de Christian DeBlock et Maurice Couture; II- Libre-échange : aspects socio-économiques, sous la direction de Pierre-J Hamel, et The Free Trade Papers, colligés par Duncan Cameron/D-7 ?The Reckoning, de David Halberstam/D-7 ?Les Médias, ces grands conteurs, de Jacqueline Ascah/D-7 ?Bernard Valiquetie, de Louis Chantigny/D-8 Montréal, samedi 20 juin 1987 JEAN ROYER MARGARET ATWOOD a le regard bleu perçant et sa voix prend le ton aimable de qui veut se faire connaître.L’écrivain le plus connu du Canada anglais — 24 livres traduits en une quinzaine de langues — n’a qu’un succès d’estime au Québec.Pourtant, cette oeuvre mériterait l’intérêt d’un large public.Margaret Atwood a d’ailleurs tenu à ce que ses livres soient d’abord traduits au Québec : ses romans Les Danseuses, La Femme comestible et • Marquée au corps sont publiés aux Quinze; Lady Oracle a paru à L’Étincelle et L’Oeuf de Barbe-Bleue à Libre Expression.Aujourd’hui, voici que les éditions féministes du Remue-Ménage lancent, dans une traduction d’Hélène Filion, son recueil Meurtre dans la nuit (Murder in the Dark), qui réunit des poèmes en prose et des courtes nouvelles.Ce livre envoûtant se présente en quelque sorte comme le noyau de l’oeuvre de Margaret Atwood : à la frontière de la poésie et du roman, l’ouvrage réunit la matière brute de l’écrivain menant sa quête d’expression entre les ténèbres de l’inconscient et les lumières de la raison.C’est pour nous parler de ce petit livre qu’elle affectionne particulièrement que Margaret Atwood est venue à Montréal, quittant pour deux jours Toronto, ou elle vit avec son mari, l’écrivain Graeme Gibson (qui publie chez Gallimard), et leur fille de 11 ans.Celle qui incarne le nationalisme canadien et qui a milité pour la reconnaissance de sa propre littérature contre l’envahissement de l’Angleterre puis des États-Unis est bien placée pour comprendre la résistance culturelle du Québec.Le Canada a besoin de vous, dit-elle, pour se distinguer des États-Unis.Tout comme vous avez besoin du Canada comme rempart contre l’ogre amé- ricain.Elle ajoute : « C’est plus difficile pour nous que pour vous, je crois, de résister a l’influence américaine.» Femme de petite taille au teint de porcelaine, Margaret Atwood a plutôt l’air calme et volontaire.Elle tient à répondre en français à mes questions.Sur un ton réfléchi qui ne rate cependant jamais sa pointe d’humour.Dans ses romans, des femmes et des hommes se retrouvent aux prises avec l’enyironnement quotidien, avec les effets de la technologie ou avec leurs fantasmes et leurs rêves.Margaret Atwood élabore une oeuvre qui s'attache à l’éthique des êtres dans une vision sociale du monde.Cette littérature s’intéresse particulièrement à la réalité politique de la société contemporaine, sans oublier la vie et la culture des femmes.Mais le féminisme est un bien grand mot, pour Margaret Atwood.Il faut, en tout cas, le définir avant d'en discuter le détail.« S’il s’agit de dé- cider si les femmes sont des êtres humains ou non, je voterai oui.Mais s’il fallait pour cela exclure tous les hommes, je dirais non.Tant du côté des militantes que du côté des adversaires du féminisme, il y a une façon de penser qui écrit Femme avec un grand F et Homme avec un grand H.Or l’Homme coupable de tous les viols n’existe pas.Ni la Femme idéale : je n’ai jamais connu d’ange, de harpie, de sorcière ou de Mère-Terre.Comme romancière, je cherche des personnages de la vie réelle.D’ailleurs, je n’écris pas toujours Suite à la page D-8 MARGARET ATWOOD : « Les poètes sont normaux.Qu’est-ce qui est arrivé avec les autres ?Peut-être veulent-ils jouer mais il ne savent pas comment le faire .» Photo Louise Lemieux de quelque 9,000 exemplaires aux deux mois, et 2,000 abonnés recrutés tant du côté de la « marine » que chez le simple terrien qui, d’après le courrier reçu, semble se délecter de ces informations inusitées sur la pêche, la faune maritime, l’environnement et les gens de mer du Québec avec, en prime, des reportages concernant soit la vie portuaire de Hambourg et de la Martinique, soit la pêche au Sénégal, soit la catastrophe du traver-sier Zeebrugge.Dans ses bureaux du 20, rue des Navigateurs (!) à Québec, la petite équipe travaille d’arrache-pied pour toujours améliorer son produit dont le mérite lui revient exclusivement puisque le médium ne bénéficie d’aucune subvention.Ici, Jean Gagné fulmine : « Le ministère des Affaires culturelles a refusé de faire suite à notre demande, prétextant qu’elle relève plutôt du ministère des Transports puisque nous traitons de transport maritime, et ce dernier lui renvoie la balle car, selon son expertise, notre contenu demeure essentiellement culturel.Ce qui est aussi mon avis.Nous parlons Suite à la page D-8* À Yécole des autodidactes Faut-il fréquenter l’université pour tout savoir sur les orchidées?JULIE STANTON collaboration spéciale QUÉBEC — Ne cherchez pas le dernier numéro de L’Escale, il est déjà épuisé ! Dommage.En plus de lier connaissance avec le jeune opérateur de radio du Titanic, John George Phillips, dont la ténacité et la foi en ses instruments sauvèrent la vie des quelque 700 réchap-pés du prétendu insubmersible paquebot de la White Star Line, vous auriez pu suivre également les déjà renommées péripéties de John Hughes, officier de la marine marchande, canadienne qui a forcé l’admiration de tous les connaisseurs et, sans doute, écrit une page de l’histoire de la voile lorsqu’il a passé, le 20 mars dernier, le cap Horne sous grément de fortune.Mais, avant tout, le plaisir de parcourir L’Escale réside dans la découverte d’un riche patrimoine maritime.Sous forme de témoignages, chroniques et entrevues, des histoires sorties des mémoires et des archives viennent, en effet, nous rappeler le légendaire trop souvent mé- connu du Saint-Laurent auquel se rattachent aujourd’hui les noms, entre autres, des Desgagné, Bernier, Harvey et Ménard, capitaines de notre navigation fluviale.Pour Jean Gagné, rédacteur en chef de cette unique revue maritime et de langue française éditée de ce côté-ci de l’Atlantique, « chaque année, il y a plus de 10,000 mouvements de bateaux sur le fleuve, donc une importante vie maritime et commerciale.Malheureusement, avec la disparition de nos grands paquebots de croisière, peu de gens fréquentent le fleuve à titre de passagers.J’y vois le signe d’une triste désertion.Le fleuve ne nous appartient plus : qui le connaît vraiment ?Sa littérature, son histoire ?Entre 1696 et 1796, plus de 2,000 navires ont été construits sur les rives du Saint-Laurent et, en 1830 à Québec, le Royal William, premier navire à vapeur qui traversera l’Atlantique en août 1833.Qui sait cela ?Mis à part quelques écrivains et cinéastes comme Pierre Perrault, peu de monde parle actuellement de notre fleuve.Et pourtant ! J’ai découvert chez les professionnels de la mer des individus remplis d’admira- tion qui peuvent non seulement en identifier chaque remous, mais aussi en remonter les maillons de l’amitié et de la complicité.Par exemple, Jean Pelletier, aujourd’hui directeur de L’Escale.Il a connu le capitaine Bernier, n’ignore rien de cet épisode du Royal William et sait encore nombre de choses reliées à notre histoire maritime.» Si Jean Gagné se montre aussi passionné par la réalité de cette presque mer qu’est notre Saint-Laurent, cela lui vient de la passion de son propre père qui, rêvant de mou-.rir pêcheur à Barachois, n’en finissait plus de raconter à ses jumeaux .des histoires de corsaires et de pirates.Et les jumeaux alors de se transformer eux-mêmes en illustre Jean Bar, ou encore de réinventer le personnage du grand Surcouf.vouant leur épée de bois à un quelconque roi imaginaire, quelque part de l’autre côté du port de Montreal dont ils sautaient allègrement les clôtures.En route pour l’aventure ! Aujourd’hui, l’aventure s’appelle L’Escale.Depuis maintenant cinq ans, une revue qui ne cesse de prendre du poil de la bête avec un tirage D-2 ¦ Le Devoir, samedi 20 juin 1987 LE PLAISIR ///a LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR 'es J • livres loto R.Poïtras/Quatre loto R.LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Un portrait de Pierre Perrault PIERRE PERRAULT n'est pas seulement le cinéaste de Pour la suite du monde, il est aussi un poète épique, auteur de Gélivures.C’est un portrait de l’homme, du poète et du cinéaste que nous .propose, aux Beaux Dimanches, Jean-Daniel Lafond dans son film Les Traces du rêve, réalisé à l’ONF.De l’oeuvre cinématographique de Pierre Perrault, le critique Louis Marcorelles du journal Le Monde a dit qu’elle constituait « une quête sans équivalent dans le cinéma moderne ».Le film de Lafond a connu récemment un grand rayonnement en France, dans le cadre du 9e Festival international de films ethnographiques et sociologiques.Par ailleurs, la trame sonore a été diffusée sur les ondes de Radio-France/France-Culture.Pour le réalisateur Jean-Daniel Lafond, dans Les Ttaces du rêve, « c’est bien l’aventure réelle et fragile d’un créateur et d’un pays tout autant que l’écriture cinématographique qui sont interrogées, quand les traces du rêve sont confrontées au choc du réel ».En plus des personnages de l’univers cinématographique de Perrault, le film réunit des intervenants comme le philosophe français Michel Serres et le poète québécois Gaston Miron.Dans un rythme endiablé, Lafond nous fait découvrir les visages d’un poète dont l’oeuvre est une véritable épopée du langage.Projets pour la francophonie LE PROCHAIN sommet de la francophonie donne lieu à divers projets devant « relier » les cultures et ¦ littératures de langue française.Ainsi prévoit-on la création d’une « pré-collection de poche de la francophonie ».Les éditeurs ont été invités à soumettre des titres pour cette collection : qui sera diffusée à travers le monde francophone et dont chaque titre sera tiré à 20,000 exemplaires.Par ailleurs, un projet de l’association Les Parvis poétiques de France prépare, à l’occasion du sommet de Québec, une exposition intitulée « Tonalités » et qui doit réunir un « annuaire téléphonique des auteurs français contemporains ».Le poète et critique Marc Delouze est venu réaliser des enregistrements à Montréal avec les écrivains Yves Beauchemin, Nicole Brossard, Lucien Francoeur, Jacques Godbout, Michèle Lalonde, Gaston Miron et Michel Tremblay.Cette exposition sonore doit réunir en tout une quarantaine d’écrivains francophones, dont Anne Hébert, Andrée Chédid, Michel Deguy, Édouard Glissant, Eugène Ionesco, Abdellatif Laabi, Antonine Maillet, Alain Robbe-Grillet, Eugène Savitzkaya, Léopold Senghor, Jean Vautrin, Élie Wiesel.Une nuit de la poésie à Hull Une nuit de la poésie sera présentée le 24 juin à l’agora de la Maison du citoyen de Hull.Ce spectacle d’une durée d’au moins cinq heures réunira, à compter de 21 h 30 le 24 juin, des jeunes créateurs de la région de Hull auxquels se joindront trois écrivains de Montréal : Nicole Brossard, Denise Desautels et Michel Savard.Le 24 juin de « Place aux poètes » LA DERNIÈRE soirée de la saison présentée par Janou Saint-Denis à La Chaconne, rue Ontario, aura lieu le mercredi 24 juin à 21 h.À cette occasion, l’animatrice recevra ce qu’elle appelle « l’âme de Place aux poètes », soit ceux et celles qui ont le plus souvent fréquenté la scène de La Chaconne : Anne-Marie Gélinas, Danya Maisonneuve, Catherine Larivain, Mordax, Francine Sénéchal et François Miville-Dechêne.Il se pourrait que l’an prochain, « Place aux poètes » déménage.En effet, le local de La Chaconne a été vendu et ses nouveaux propriétaires rêveraient de faire de l’esprit des beux.une pizzeria.On en saura plus à l’automne.Souvenirs d’enfance et de jeunesse à la radio MF de Radio-Canada UNE NOUVELLE série mettant à contribution des écrivains sera entendue durant les mois de juillet, août et septembre au réseau MF de Radio-Canada : « Souvenirs d’enfance et de jeunesse » sera réalisé par André Major et présentera des textes de Wilfrid Lemoine, Suzanne Jacob, Jean-Marie Poupart, Madeleine Gagnon, Marco Micone, Marie José Thériault, Daniel Gagnon, France Théoret, Suzanne Lamy, Roch Carrier, Claire de Lamirande et Alexis Lefrançois.Parmi les lecteurs, on entendra les comédiens Jean Marchand, Ronald France, Dyne Mousso et France Desjarlais.Les émissions seront entendues le vendredi soir de 22 h à 22 h 30, du 3 juillet au 25 septembre.Nouvelle adresse ON EST prié de noter que l’Association des éditeurs canadiens (AÉC) a une nouvelle adresse depuis le 12 juin : 4230, rue Hogan, bureau 220, Montréal, H2H 2N3.Le numéro de téléphone reste inchangé : (514) 521-6729.Saisons Aux Dimanches de Clémence, demain soir à Quatre Saisons : de gauche à droite, Pâquerette Villeneuve, Véra Pollak, Réjean Bonenfant, l'animatrice Clémence Desrochers et l'invitée spéciale Andréanne Lafond.LES ONDES LITTÉRAIRES  la télévision de Radio-Canada, dimanche à 13 h, l'invité de Marcel Brisebois à Rencontres est le théologien Guy Durand, qui a publié ses oeuvres chez Fides et Leméac.Au réseau de Télé-Métropole, dimanche entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Dimanche, la chronique des livres par Christiane Cha-rette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À CIBL-FM (104,5), dimanche à 19 h, Yves Boisvert lit des pages d’un poète à son émission Textes.Au réseau Quatre Saisons, dimanche à 22 h 30, Les Dimanches de Clémence a pour thème « l’exil ».L’animatrice Clémence Desrochers reçoit Réjean Bonenfant (Les Trains d’exil, l'Hexagone), Véra Pollack (Rose rouge, Quinze) et Andréanne Lafond comme invitée spéciale.À noter qu’il n’y aura pas d’émission le 28juin etque le dimanche 5 juillet, on verra en reprise, l'après-midi, l’émission « Visions de voyages » avec Claude Charron, Robert Baillie, Guy Deshaies et Monique LaRue.Le soir du 5 juillet, à 22 h 30, on présentera l'émission sous le thème « Les vacances ».À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h 30, Apostrophes a pour thème « L'Acadienne et les académiciens ».L'émission met en vedette Antonine Maillet; Bernard Pivot reçoit, en plus de l’auteur du Huitième Jour, les académiciens Jean d’Or-messon, Michel Déon, Jean Dutourd, Edgar Faure et Henri Troyat.(Reprise le dimanche suivant à 14 h 30.) À la radio MF de Radio-Canada, mardi à 21 h 30, Réjane Bougé anime En toutes lettres, le magazine d'actualité de la littérature québécoise réalisé par Raymond Fafard.Photo Jacques Grenier ANTONINE MAILLET est parmi les écrivains canadiens représentés à l’exposition « Tonalités », à l’occasion du sommet de la francophonie à Québec.Lectures de vacances Vous lisez aujourd’hui le dernier cahier PLAISIR DES LIVRES de la saison.Cet été, nos pages Uttéraires, forcément moins nombreuses, seront intégrées au CAHIER DU SAMEDI.Nous vous avons préparé des suggestions de lectures de vacances.Les huit pages du PLAISIR DES LIVRES vous reviendront en septembre.D’autre part, votre chroniqueur de la vie littéraire part en vacances pour l’été.J’emporte avec moi quelques bvres dont je n’ai pu encore vous parler : des livres de poésie de Robert Sabatier, Edmond Jabès, Claude Roy et Michel van Schendel, des romans et récits comme Renaissance en Paganie, d’Andrée Ferretti, avec Hubert Aquin comme personnage, et Les Amours blessées, de Jeanne Bourin, relatant les amours de Cassandre et Ronsard, des essais tels L’Amour de la carte postale, de Madeleine OueUette-Michalska, et La Défaite de la pensée, de Finkielkraut, et, pour les rebre, Les Deux Royaumes, de Pierre Vadeboncoeur, ainsi que Les Mots, de Jean-Paul Sartre, et le récit autobiographique d’Hector Bianciotti intitulé Le 'Traité des saisons.Voilà ! Vous savez tout de mes plaisirs littéraires de l’été.Bonnes vacances à tous et à toutes et bonnes lectures ! Antonio D’Alfonso ou «l’érotisme des mots» L’autoportrait d’un poète italo-québécois L’AUTRE RIVAGE Antonio D’Alfonso VLB éditeur, 1987, 180 pages THE OTHER SHORE Antonio D'Alfonso Guernica, 1986, 158 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN ROYER UN AN après sa publication en anglais chez Guemica, la maison d’édition qu’il anime à Montréal, Antonio D’Alfonso nous offre la traduction de l’essentiel de ses écrits sous le titre L’Autre Rivage, chez VLB éditeur.Voici un livre magnifique d’émotion et de pensée sur la question de l’identité.Italien éduqué chez les anglophones, D’Alfonso s’est vite converti à la culture québécoise francophone.Il veut faire connaître cette culture au Canada anglais.Il traduit nos poètes et les publie en anglais chez Guernica.Avec L’Autre Rivage, c’est de son propre cheminement qu’il s’agit.Cependant, quand l’éditeur nous présente ce livre sous l’étiquette « poésie », il n’a raison qu’en partie.Car L’Autre Rivage m’apparaît plutôt comme une journal intime nourri par le récit d’enfance.Certes, ces proses sont parfois « poétiques », en ce qu'elles interrogent l’être.Mais les chapitres du livre qui s’intitulent « Guglionesi » et « Le Nouveau Baroque » appartiennent plus à l’écriture d’un journal intime et intellectuel.Quant au chapitre intitulé « Au-delà de ses limites », il se tient plus près du récit que du poème.D’autre part, la partie baptisée « De l’autocritique » rassemble exclusivement des notes sur l’écriture.Je ne donne pas ces précisions pour enlever à D’Alfonso ses prétentions de poète.Loin de là.Mais il me semble que son livre gagnerait à être lu comme un essai personnel.L’ouvrage réunit des suites de proses toujours vibrantes, qui participent parfois de la poésie et parfois du cahier de notes.L’auteur définit d’ailleurs très bien son essai comme étant celui d’un « livre de vers brisés, de pensées brisées, à propos de sentiments brisés.[.] Un cahier sans début ni fin, rien qu’un courant menant à l’être, au devenir .» DANS LES Il TYPO LES MEILLEURS OUQUINS li Laurent Mailhot Pierre Nepveu r.âWXHOlOGIE Laurent Mailhot Pierre Nepveu La Poésie québécoise anthologie.656 p.— 14,95$ «Qu’on imagine la fin d’une anthologie poétique québécoise et ce sera la fin d’un peuple, d’une culture nationale.» Gilles Hénault TYPO POCHE l’HEXAGONE Photo Jacques Grenier ANTONIO D’ALFONSO Cela étant précisé, il faut dire que L’Autre Rivage est un livre d’une grande intensité, où l’émotion af- fleure à chaque page, où la pensée cherche ses balises de l’autre côté des frontières du quotidien.Antonio D’Alfonso a réussi là un récit exceptionnel de son apprentissage émotif, affectif, intellectuel et culturel.Il fait son « portrait d’un Italien », comme il le dit, et il retrace l’itinéraire de « l’homme seul » à travers l’enfance, l’intelligence de la vie, la passion d’aimer et de savoir qui il est.Malgré un langage parfois trop flou, qui pourrait être dû à certains écarts de traduction, et malgré certains lieux communs, l’écriture d’An-tonio D’Alfonso reste celle d’un poète qui possède une voix bien personnelle.À chaque page de L’Autre Rivage, Antonio D’Alfonso atteint vraiment à « l’érotisme des mots ».Son écriture réussit à faire le pont entre l’émotion et la pensée.Ses récits retrouvent le sens du sacré où la vie se joue dès l’enfance.Ses notes fixent de façon lapidaire ou discursive les questions de l’art et de l’écriture.En somme, Antonio D’Alfonso, par son parcours exemplaire et le livre d’émotions qu’il nous en donne, nous apprend à vivre et à continuer de nous poser la question de l’identité.Ainsi, D’Alfonso écrit, en page 82 : « Les miens sont plus nombreux à Montréal qu’à Guglionesi.Ça fait mal.Il ne reste que peu de choses à Guglionesi.Et le peu qu’il y reste va bientôt disparaître si on n’y retourne pas.Y retourner ?Il n’y a plus de retour.Il n’y a qu’un revenir à soi, un aller vers.Pas de linéarité de l’expérience ou de l’identité.Qu’une conscience.Plus je regarde devant moi, plus je regarde en moi.Ceci, ma géographie.» RECHERCHE 57.HUE DE SEINE 75280 IMIS ŒDE» 06 III r « SI 37 U NUMERO SPECIAL 3mr¥?J\/MV N° 188 MAI 1987 5,50* LES VACCINS DU FUTUR par C.Bona LA MANIPULATION DES PLANTES par J.Tempé et J.Schell LA BIOCONVERSION DE L'ÉNERGIE SOLAIRE par P.Tapie et A.Vermiglio LE GÉNIE GÉNÉTIQUE par J.Davies LES RÉACTEURS BIOLOGIQUES par M.R.Willemot et G.Durand ENZYMES ET CHIMIE FINE par S.Sicsic LES ANIMAUX TRANSGÉNIQUES par t.M.Houdeb/ne LES BIOTECHNOLOGIES ET LA BIO-INDUSTRIE par A.Sasson LA LEVURE par C.Gaillardin et H.Heslot LA CULTURE DES CELLULES VÉGÉTALES par Y Pétiard et A.Bariaud-Fontanel LES NOUVEAUX DIAGNOSTICS BIOLOGIQUES par B.Dodet DES BACTÉRIES POUR EXTRAIRE DES MÉTAUX par J.Berthelin LA BIOTECHNOLOGIE DES ADDITIFS ALIMENTAIRES par R Langley-Danysz LA PRODUCTION INDUSTRIELLE DE L'HORMONE DE CROISSANCE par W.Roslcam OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT • Un an: 36,00s ! Je souscris un abonnement d'un an (11 nos), à LA RECHERCHE, au prix de 36,00$.Veuillez payer par chèque établi à l’ordre de Diffusion Dimédia Inc.Nom- Profession.Adresse-Ville___ Code Postal.À retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, Boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2.«Un délai, d'au moins 8 semaines, interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la réception du premier numéro.L’abonné(e) le sera pour un an, à compter du premier numéro reçu.» REVUE DÉCRITURE ET D'ÉRUDITION TROIS prépare pour avril 1988 son numéro anniversaire sur le TROIS.SOMMAIRE Nicole Dubreuil-Blondin Les métaphores de la critique d'art: le «sale» et le «malade» à l'époque de l’impressionisme François Quiviger // dolce inganno: art d'aimer et art de peindre au temps de la Renaissance Normand de Bellefeuille Tenir le pas gagné Claide Varin Clarice Lispector et l'esprit des langues LE CABINET DES MERVEILLES Guido Bailo Alphabets du soleil ORPHEUM Isabelle Panneton Secondes __ Lise Harrou Parcours piégés Sunltl Namjoshi the Blue Donkey ïrp Monique Brunet Tchernobâle Island _L.Michel De Celles La perruche et le poisson rouge __ UT PICTURA POESIS Claude Beausoleil, Geneviève Letarte, Gall Scott J 1 , 2, u Ü0 3 En vente chez votre libraire Diffusion Parallèle TRIADE, TRIAIRE, TRIANGLE, TRIAS, TRI-BAQUE, TRICÉPHALE, TRICEPS, TRICHROMIE, TRICOLORE, TRICORNE, TRICYCLE, TRIDACTYLE, TRIDENT, TRI-DUUM, TRIÈDRE, TRIENNAL, TRIÈRE, TRIFIDE.TRIFOLIOLE.TRIGÉMELLAIRE, TRICLYPHE, TRIGONE, TRIGONOCÉ-PHALE, TRIGONOMÉTRIE, TRILINGUE, TRILITÈRE TRILOBÉ, TRILOBITE, TRILOCULAIRE, TRILOGIE,TRIMESTRE, TRIMÊTRE, TRIMOTEUR, TRINITÉ, TRINÔME, TRIO, TRIODE, TRIOLET, TRIONIX, TRIPARTITE, TRIPARTITION, TRIPHASÉ, TRIPHTON-GUE, TRIPLACE, TRIPLAN, TRIPLE, TRIPLÉMENT, TRIPLÉS, TRIPLETS, TRI-PLETTE, TRIPLEX, TRIPLICATA, TRIPLURE, TRIPODE, TRIPORTEUR.TRIPTYQUE, TRIRÈGNE, TRIRÈME, TRISAÏEUL, TRISANNUEL, TRISECTION, TRI-SOC.TRISYLLABE, TRITIUM.TRITON, TRIUMVIR, TRIVALENT, TRIVIAL, TROÏKA, TROIS, TROISIÈME, TROIS-MATS, TROIS-POINTS, TROIS-PONTS, TROIS-QUARTS, TROIS-SIX, Revue TROIS, 2033, avenue Jeesop, Laval, Québec, Canada H7S 1X3 Tél: 663-4028 Avez-vous des textes à nous proposer?(d'ici décembre 1987) /î> < ¦I mm (ïlllll VAV.V.' X;XvX Vivre c'est durer le, temps de*» extases Notre coeur explose dans le noir mis sommes les ténèbres d’où surfissent les falaxies I4.9SS incluant 2S de frais de port et de manutention.Krtvoxe/ mandai ou cheque ( V IABRANCm.N5 Bowen Nord, 4 pp.MH) Sherbrooke, PQ J1F 3H5 Pour la première fois tout sur I.A GUERRE A L’EST dans un livre de W.Kosyk L’Allemagne National-Socialiste et rUkraine 665 pages, dont 185 de documents en vente chez votre libraire Une vie de Pasternak MOSCOU (Reuter) — Une biographie de Boris Pasternak, mort dans la disgrâce après avoir publié Le Docteur Jivago, pour lequel il reçut le prix Nobel, sera prochainement publiée par une maison d’édition de Moscou.L’auteur en est son fils Ev-guéni Pasternak, âgé de 63 ans.Il a passé 25 ans à la préparation de l’ouvrage, qui comprend des extraits des lettres de son père à l’écrivain Maxime Gorky et à la poétesse Anna Akhmatova, ainsi que plus de 150 illustrations.Le Docteur Jivago, qui n’est désormais plus vilipendé en U RSS, y sera publié l’an prochain.Georges Schehadé: l’Orient Portrait du premier Prix de la francophonie LETTRES^ ETRANGERES NAÏM KATTAN JE LE VOIS encore.Expo 67, la Rencontre internationale de poésie ! Il était venu de Beyrouth, représentant le Liban.La démarche légère, quasi fuyante, silhouette fragile et puis, subitement, il se met à parler.Il est présent.Il ne s’installe pas, il n’ins- talle pas un monde.Il fait miroiter, il révèle.La poésie est là, don et invitation.Dans ma mémoire, une autre figure remonte à la surface : le comédien J.-R.Chauffard qui, en 1951, joua M.Bob’le à Paris, à la compagnie Georges-Vitaly.C’était la révélation.Subitement, le tout-Paris culturel célèbre sa découverte.Georges Schehadé, né en 1910 à Alexandrie, avait publié à partir de 1938 plusieurs recueils de poésie ( Poésie 1,1938, Poésie II, 1948, Poésie III, 1949).Li- GEORGES SCHEHADÉ Chez lui, ce sont les enfants qui pensent.banais, il était, à Beyrouth, le secrétaire de l’École supérieure des lettres.Plusieurs écrivains français ont, dans les années 30 et 40, enseigné dans cette école : Gabriel Bounoure, Jean Gaulmier, Pierre Robin.Ils ont connu le jeune poète qui, bien que connaissant l’arabe, a choisi le français comme langue d’expression.Il est vrai que nombre d’autres Libanais étaient des écrivains francophones.Le choix délibéré du français n’éloignait pas Schehadé ni les autres écrivains francophones du Liban, leur terre natale.Schehadé ne vivait pas dans un exil intérieur, il regardait sa terre et la poésie lui procurait cette distance qui lui permettait de la révéler.Le français ne faisait que confirmer et accentuer cette distance poétique.Ce qu’a écrit André Breton à son propos le précise ; « C’est pitié de songer au peu qu’on savait des arbres avant lui : de son fait on a l’impression qu’on les “tient”, que l’on communie enfin avec eux.» Schehadé était proche des surréalistes, mais il suivait sa propre voie.Dans sa poésie, chaque mot a une innocence, une pureté naturelle.Il demeure proche de l’enfance et, chez lui, ce sont les enfants qui pensent.Les images naissent des mots, de l’association des mots, loin du symbolisme : « À ceux qui partent pour oublier leur maison/ Et le mur familier aux ombres/ J’annonce la plaine et les eaux rouillées/ Et la grande Bible de pierres.» Je reviens à Monsieur Bob’le.Dans son village, cet homme fait vivre tous les habitants de son flux.Il est chef de tribu mais il n’est pas là.On l’attend.Il est poète et bouffon et il ne suscite pas de mythe, il fait découvrir un monde.Ici, l’Orient vit, éclate mais ce n’est pas l’exotisme.On est dans une présence palpable et pourtant on est ailleurs, dans le lointain.L’Orient est second dans cette pièce comme dans les autres qui ont suivi.Les personnages de Georges Schehadé vivent le réel dans ses excès et ses manques mais plus nous nous en approchons, plus nous sentons et le reel et les personnages, insaisissables, Il invente le réel et il convie le spectateur et le lecteur à inventer le monde qui se déroule devant lui.Saint-John Perse, qui a connu et aimé Schehadé, l’a bien dit : « Venu de ces contrées où toute de l’âme architecture s’ordonne simple et pure, autour d’une chambre très poreuse, infiniment vacante et une.Issu de ces familles humaines où l’on ne sait des roses que l’essence, de la perle que l’Orient.» En effet, l’Orient de Georges Schehadé n’est pas géographique.C’est l’Orient de l’âme.Après Monsieur Bob’le, les pièces de Georges Schehadé se sont succédé : Soirée des proverbes, jouée au théâtre Marigny en 1954, Histoire de Vasco, jouée au théâtre Sarah-Bernardt en 1957, puis ce fut Le Voyage à l’Odéon en 1961, ensuite Les Violettes et L’Émigré de Brisbane en 1967 à la Comédie-Française.Pendant plusieurs années, ce fut le silence.En 1985, paraît son dernier recueil de poésie, Le Nageur d’un seul amour (chez Gallimard).Schehadé n’a rien perdu de sa force.Il suggère et ne déclame pas.Mais l’enfant a grandi, le poète a acquis une sérénité qui le rend moins énigmatique.Le monde, auparavant lointain, est devenu accessible mais c’est la peur de le perdre qui fait maintenant surface.Schehadé est au bord de l’exil.Il accepte la terre nouvelle et il garde présent, dans la mémoire, le pays d’origine.Cela ne se fait pas sans un regret, qui frise le désespoir, parce qu’il évite la nostalgie.« Une source pleurait Elle racontait/ Quand tu quitteras le pays des lampes/ Une nuit comme un enfant du froid/ Peut-être qu’un ange/ T’apportera de l’encre/ Pour écrire ce que tu vois : / L’eau vive qui devient une ombre/ L’arbre qui perd son chemin.» Si le monde semble échapper, la terre s’éloigner, la poésie reste.Ce n’est pas un refuge.C’est une dimension d’un même univers.La vie prend un tournant mais l’espace se renouvelle et reste fidèle à un temps auquel le poète obéit tout en inventant chaque instant.« Ce n’est pas des mots pour rien ce poème/ Ce n’est pas un chant pour personne cette mélancolie/ Voici l’automne et ses froides étoiles/ Il reste assez de vent pour s’enfuir/ L’oiseau d’Afrique demande l’heure/ Mais la mer est loin comme un voyage/ Et les pays se perdent dans les pays/ Écoute à travers les ramures/ Le bruit doré d’un arbre qui meurt.» Québec, Haïti: même Floride TERMINUS FLORIDE Russel Banks traduit par Marc Chênetier Acropole, 346 pages LETTRES AMERICAINES MONIQUE LARUE UN INSTINCT millénaire pousse les humains vers d’illusoires terres promises.La Dérive des continents, titre original d’un roman qui n’est pas sans rappeler Les Raisins de la colère de Steinbeck, indique à quelle échelle son auteur se place, pour considérer le sort de ceux qui s’arrachent, par choix ou par nécessité, à leur sol natal : « Tout se passe comme si les créatures qui résident sur cette planète en ces années-ci, les créatures humaines qui, par millions, voyagent seules ou en familles, en clans et en tribus, voyagent parfois par nations entières, constituaient un sous-système à l’intérieur du système plus large des courants et des marées, des vents et des climats, des continents à la dérive.» On le voit, Russel Banks ne craint pas d’utiliser le vocabulaire et le point de vue de Dieu le Père.Guidé par sa houlette éclairée, le lecteur suit deux récits qui convergent ine- xorablement.Un soir de cafard, Robert Raymond Dubois, col bleu travaillant dans une usine à Catamount, New Hampshire, décide de déménager en Floride.Son frère n’y a-t-il pas apparemment réalisé le rêve américain ?Perdant né, Dubois est aussi •amateur de pêche, attaché à sa famille, nostalgique du jeu de hockey de son enfance.Un grand naïf, dont le nom m’a frappée.Il n’a certainement pas été choisi au hasard : à quelques reprises, allusion sera faite à la présence des Québécois à l’est des Etats-Unis.Dubois ne ferait ainsi que poursuivre la trajectoire amorcée par ses ascendants.Il partagera symboliquement quelques mots de français avec des Haïtiens qu’il entrecroisera, en de dramatiques circonstances.En sens inverse, leur trajet rejoindra alors le premier aussi fatalement qu’Oedipe son père et sa mère.Une jeune femme flanquée de son bébé quitte précipitamment son village haïtien.Elle vient de voler, sous l’impulsion de la faim, un « jambon américain ».Dès lors, elle fuit l’illégalité, sur les mers et dans les îles, pour rejoindre son frère à Miami.Violée par d’innombrables hommes, elle reste inviolée dans son âme, car profondément fidèle aux mythes et rituels africains conservés par son peuple.CO c O pâquerette Villeneuve RETOUR II: journal d'émotions SEANCE DE SIGNATURE pâquerette Villeneuve Samedi le 20 juin 14h à 16h, Librairie HERMÈS, 1120 ouest, avenue Laurier, Outremont «L’auteur regarde la vie en championne de l'égotisme, avec une volupté qui fait envie de lui donner raison.Chez Pâquerette Villeneuve, ni tics ni maladresses pour dissimuler la niaiserie en la faisant passer pour spontanéité Bienheureuse écriture, et celle qui la manie!» Jacques FOLCH-RIBAS Collection roman québécois 19,95$ L’uWïlSI EDITEUR r5111 .avenue Durocher Outremont, QC H2V 3X7 tel : 273 1150 En Floride, « pour la première fois de leur existence Bob et Elaine Dubois voient de nombreux gens de couleur.Des centaines, des milliers !» Si le destin de la jeune Va-nise est d’échapper aux Blancs, celui de Dubois est « noir ».Il prend une maîtresse noire.Attaqué dans le débit d’alcool dont il est gérant, il tue à bout portant un jeune voleur noir.La violence est au tournant.Mais cet homme entend encore la voix de sa conscience.Il refuse l'engrenage.Il devient capitaine d’un bateau de pêche pour touristes.Dans une caravane exiguë, famille nucléaire et amour conjugal se décomposent.« Il s’est rassis, a fumé quelques cigarettes, fini tout ce qui restait de bière dans le réfrigérateur, a lu deux fois la revue People jusqu’à ce que, dégoûté, il la jette par terre.Tous ces gens heureux et beaux.ce ne sont pas des gens, se disait-il, furieux, ce ne sont que des photos.» Mais quand il se réveille du rêve américain, il est trop tard.Le réalisme se nourrit de véridi- cité, et s’épanouit dans les régions visitées par l’Histoire.La Floride en est une.La boucle qui noue les deux trajectoires est plus cauchemardesques qu’un cauchemar, parce qu’elle est la réalité de notre epoque et de notre continent.On ne lit plus les journaux de la même façon après avoir vécu en cinérama les risques encourus par les émigrants qui aboutissent à nos frontières.On ne les croise plus de la même façon dans la rue.Rivalisant de dignité et d’élévation avec celle de Steinbeck, cette épopée des laissés-pour-compte de l’Amérique se termine par un solennel point d’orgue : « Se réjouir ou se lamenter sur des vies qui ne sont pas la nôtre .prive le monde tel qu’il est d’un peu de l’avidité dont il a besoin pour continuer d’être lui-même.Le sabotage et la subversion sont, par conséquent, les desseins de ce livre.Va, mon livre, va contribuer à la destruction du monde tel qu’il est.» Si Suite à la page D-5 /t:iw ch*.«roUR fftêssr jkVJviN Üc5!8“ •ssass*»— ES inititutionnot : 25,00 ) de toution : 25,00 $ I# numéro6,00$ Revue Pouiblei, B.P.114, Sucrunole Côte-dei-Neigei, Montréal, Québec H3S 2S4 ADRESSE.VIUE____ PROVINCE____ OCCUPATION „ Cl-JOINT -COOE POSTAI.TELEPHONE __ » MANDAT-POSTE AU MONTANT 0115.001 POUR UN AIONNEMENT .A QUATRE NUMEROS A COMPTER OU NUMERO . Le Devoir, samedi 20 juin 1987 U D-5 LE PLAISE ,/A LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres L’art de survivre dans un labyrinthe ÉCHEC A LA REINE Bryan Forbes Flammarion, 404 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN TOUT CELA est complexe.Presque autant que les intrigues d’iris Murdoch.Vous avez lu ses romans ?questionne l’un des personnages de Bryan Forbes.J’adore ses livres [.] les rapports qui se tissent entre les personnages font penser à un ballet composé par un chorégraphe de génie.Évidemment, admet celui qui parle, je ne prétends pas lui arriver à la cheville ; disons que j’ai une certaine aptitude à vivre dans le labyrinthe.» Pour apprécier ce type d’ouvrage, que l’on classe peut-être trop facilement dans le rayon des romans d’espionnage, il faut, autant que l’auteur, « survivre » pendant des heures en retenant souvent son souffle.C’est toujours le plaisir de lire.mais un plaisir mêlé d’an goisse.« Attendez-vous au pire, prévient un autre personnage d’Échec à la Reine, et vous verrez que le moindre événement est une vraie bénédiction.» Comme dans tout murder qui se respecte, tout commence par un assassinat : celui d’une pauvre femme, dans une clinique destinée, comme on les qualifie ici, « aux soins prolongés ».La victime de ce meurtre, par injection, s’appelle Caroline Oates et reçut un jour la médaille de Saint-Georges.On peut deviner pour quelle sorte de bons et loyaux services envers la Reine, le roman se déroulant dans le milieu des agents secrets, agents doubles, taupes, et autres serviteurs de l’Ombre, dont tous les pays se doivent dorénavant de recruter leur contingent.Qui a tué Caroline et pourquoi ?C’est un vieux compagnon de « travail», et de surcroît son amant, Alec Hillsden, qui entreprend de le découvrir.Et qui, naturellement, ne le découvrira qu’aux dernières pages, après d’incroyables aventures, que tout amateur de suspense ne demande pas mieux que de croire.Bryan Forbes, dont je n’ai pas lu les précédents romans, est indiscutablement un spécialiste du genre.Il ne possède peut-être pas le génie quasi machiavélique d’un John LeCarré, ni même du Canadien Anthony Hyde (Red Fox), mais son roman est assez habilement tissé pour que, de Londres à Bruxelles, de la France à la Suisse, de l’Allemagne jusqu’en URSS, on suive les' inquiétants compagnons de cette « partie à finir » entre complices, anciens ou nouveaux de « la firme », comme ils appellent leur service secret.Hillsden, le héros et principal acteur de ce roman, qui s’appelait en anglais The Endless Game, titre plus approprié, il me semble, que ce banal Echec à la Reine que lui a collé l’éditeur parisien, Hillsden est véritablement l’être énigmatique, que l’on croit fourbe et vénal, mais qui se révèle bientôt un pauvre type, bourrelé de remords, qui n’aspire plus qu’à une chose : retrouver et punir l’assassin de Caroline Oates, le grand amour de sa vie.Entre-temps, tout le milieu trouble des agents, qui servent deux, et même souvent trois causes à la fois, est dépeint avec exactitude et compétence.Bryan Forbes ne craint même pas d’y aller de réflexions sagaces sur lès turpitudes de la politique nationale (en Grande-Bretagne) et internationale.On en apprend de belles, si l’on demeure, après tant d’années, un incurable lecteur crédule, sur les dessous des ministères, du monde diplomats que, sans parler des milieux de la finance et de l’escroquerie.L’auteur d'Échec à la Reine est un écrivain intelligent et cultivé.Son livre est farci de citations, d’allusions aux grands livres de la littérature d’hier et d’aujourd’hui.Un de ses maîtres pourrait être Evelyn Waugh dont il nous offre un éloge .nuancé : « Je l’ai rencon tré une ou deux fois, au club, se souvient Sir Charles, l’un des “patrons” d’Alec Hillsden.Plutôt déplaisant.Et ennuyeux, avec ce foutu côté catholique .» On s’amusera, si l’on est comme moi de durables amateurs de thril- lers â saveur politique, de cet aveu de Jock, l’un des personnages clés de l’histoire, dans un moment de grande lucidité : « Pourquoi ces crétins de romanciers, s’écrie-t-il, nous décrivent-ils toujours comme d’incurables idéalistes, qui se battent pour que le monde reste aux mains d’IBM ou de la General Motors ?— Sans doute, lui répond Alec, parce que c’est leur métier d’inventer des histoires.— Ignorent-ils, reprend Jock, ce que nous sommes réellement ?Un ramassis de criminels reconnus d’utilité publique, à qui l’on demande de commettre les pires atrocités au nom de la patrie.» Question d’atrocités, le lecteur A'Echec à la Reine sera bien servi, entre le premier chapitre, où l’on assiste au meurtre de Caroline, et — pour la bonne mesure et par k meme meurtrier — à celui d’une pauvre petite pute dans un salon de massage londonien, jusqu’à la « punition » de Calder, alias Miller, alias Müller, avant l’épilogue où Hillsden, passé à l’Est, lit son Times, dans la coquette villa qu’on lui a attribuée au bord de la mer Noire.Photo Granada TV g Æ BRYAN FORBES .Et question d’hygiène, pour lectrice un peu surmenée, j’ai maintenant ma ration d’intrigues tordues, de cynisme politique pour l’année.Ouf ! L’Orient selon William Cliff EN ORIENT William Cliff poèmes, éditions Gallimard 1986, 111 pages LETTRES^ ETRANGERES CLAUDE BEAUSOLEIL QUE SAIT-ON de la poésie belge ?Collée sur la France qui publie souvent ses poètes les plus représenta- tifs, cette poésie qu’une anthologie nous présentait sous le titre de Terre d’écarts, publiée par la ministère de la Communauté française de Belgique à l’occasion d’une exposition montrée à Québec et à Montréal à la Galerie de l’UQAM en 1980, est à la fois vivante et singulière.Des poètes comme Francis Dannemark, Jean-Pierre Verheggen et Eugène Savitz-kava, sans revendiquer le statut de poètes belges, ont marqué la poésie de langue française telle qu’elle s’est déployée pendant les années 70.William Cliff, qui a fait paraître quatre titres de poésie aux éditions Gallimard depuis 1976, appartient à part entière a ce groupe de solitaires.Il est né à Brabant en 1940 et ses livres témoignent d’une volonté de nommer la réalité d’un homme de sa génération aux prises avec les paysages actuels tissés entre la quotidienneté et un regard la déjouant avec une certaine désinvolture.Depuis Ecrasez-les (1976), William Cliff fait l’inventaire d’une vie qui traverse préjugés et lieux avec le désir de dire ce qui reste d’un individu quand il a fait l’épreuve du monde.Il me semble y avoir toujours deux propositions dans la poésie de Cliff : la forme qui se veut classique et le contenu affichant l’homosexualité.Dans America (1983), l’auteur poussait ces deux aspects iusqu’à l’agacement, nous donnant a lire une poésie un peu à raz de sol avec tout ce que cela comprend de petits désordres.Il faut dire que l’Amérique est souvent, dans la poésie européenne, décrite d’une manière qui nous laisse ou indifférents ou songeurs devant le cumul des clichés que les auteurs utilisent pour décrire le neuf mythique La nature du petit Un livre qui a scandalisé la France PRINCE ET LÉONARDOURS Mathieu Lindon illustrations de Gérard Bitton P.O.L., 1987, 110 pages GUY FERLAND POUR MATHIEU LINDON, la sexualité ne fait pas problème.Dans son premier roman, Le Livre de Jim Courage, et dans son second, Prince et Léonardours, le sexe occupe la lace centrale de tous les rapports umains.Rien là que de très normal, direz-vous.Mais là où le bât blesse, c’est que tous ces rapports humains ne sont, en fait, que des rapports entre hommes, entre adolescents, devrais-je dire.Dans un langage d’une verdeur à épouvanter les enfants et les puritains, Mathieu Lindon décrit dans les moindres détails les relations sexuelles les plus osées.Certains qualifieraient cette écriture de pornographique, mais sa blancheur et sa neutralité la font ressembler davantage à une écriture de contes pour enfants.C’est de ce jeu entre innocence (naïveté) et érotisme (pornographie) que les livres de Mathieu Lindon tirent toute leur force subversive.Prince et Léonardours sont deux jeunes hommes, presque des enfants.Ils s’en vont à la guerre comme on va acheter son pain le matin; sans appréhension, sans angoisse, sans désir de tuer, mais par une nécessité aveugle.Ils s’aiment, c’est-à-dire qu’ils aiment le corps de l’autre.Sans arrière-pensée.D’ailleurs, dans les deux livres de Mathieu Lindon, il n’y a jamais d’arrière-monde.Tout est là, comme allant de soi.Pendant la guerre (contre-partie de l’amour ?), Prince et Léonardours se séparent pour ne pas périr; ils rencontrent d’autres garçons qu’ils aiment; ils se font torturer, abuser de leur corps; et puis, finalement, après mille aventures, ils se retrouvent et se sauvent de l’enfer de la guerre qui n’était décidément pas fait pour eux.Nos deux jeunes héros auront vu beaucoup de paysages, beaucoup de postérieurs, beaucoup de membres épars, beaucoup de corps ouverts et offerts.La crudité du langage n’a d’égal, dans ce roman, que la crudité des relations entre les jeunes gar- Québec, Haïti.,.Suite de la page D-4 l’existence, dont l’errance est une figure universelle, est absurde du point de vue individuel, le non-sens n’entache manifestement pas la con- i.e CESSAI —"pou?.\e cioiï®- fiance de l’auteur envers le langage qu’il utilise.D’aucuns s’acharnent à parachever la mort du roman, dénonçant la bonne conscience dont sa forme serait l’écho.D’autres produisent des briques d’une écriture imperméable aux doutes qui torturent le genre et le style, mais qui n’en marque pas moins la mémoire.De là à réouvrir la question des rapports entre la forme, le pouvoir et la subversion, il n’y a qu’un pas.Je me garderai bien de le franchir.Comme toute oeuvre qui réveille les consciences, celle-ci rappelle à sa manière que l’éthique et l’esthétique sont toujours deux faces de la fiction.— Monique LaRue CORRESPONDANCE Henry James et Robert Louis Stevenson Dix années d’amitié, de débats passionnés que Graham Greene et Faulkner devaient saluer comme la plus riche des correspondances ; Correspondance et textes présentés par Michel Le Bris traduits par Malika Durif 312 p 29.95S VERDIER prince çons.Toute l’action se passe ainsi à la queue leu leu .On n’en sort pas.Et, pour pimenter encore la sauce, le texte de Mathieu Lindon est illustré par des dessins ingénus et impudiques de Gérard Bitton (ce qui a d’ailleurs failli entraîner la censure du livre).La grande réussite d’un roman comme celui-ci, c’est d’avoir littéralement donné un corps au texte.En mêlant adroitement innocence, écriture simple, dessins provocants et sujets tabous, en allant droit au but, Mathieu Lindon nous donne à lire et à regarder l’amour homosexuel dans son plus simple appareil.Le texte et les illustrations nous touchent comme un corps étranger.Et, comme on ne sait pas ce que peut un corps (Spinoza), toutes les réactions sont à prévoir.Un roman de François Gravel l’auteur de La note de passage.«Avec Benito, le talent de François Martel s’affirme [.] Un climat extraordinairement lumineux.» (Reginald Martel, La Pressé) «Un roman extraordinaire.Un très grand livre.» (Jean Roch-Boivin, Le Devoir) BORÉAL «Un bon roman plein de tendresse et d’humour.» (Anne-Marie Voisard, Le Soleil) «Àlire absolument.» (J.-F.Crépeau, Le Canadafrançais) 216 pages— 14,95$ que semble recouvrir l’évocation de ce continent que nous percevons tout autrement puisque nous l’habitons.C’est avec plaisir, cependant, que j’ai suivi William Cliff jusqu’En Orient, titre de son dernier recueil.Après les répétitions et les faiblesses du livre précédent, l’auteur semble avoir fait une synthèse de ses moyens.L’écriture et les thèmes s’affirment avec moins d’insistance et laissent davantage le langage errer dans le territoire de la page et de la lecture que nous pouvons en faire.Encore une fois la réalité, encore une fois le voyage et un corps sexué, mais un souffle plus large laisse passer un amour des lieux décrits comme autant de haltes remplies d’un désarroi, attentives à tout ce qui passe.Images, personnages, brèves scènes cernent l’ambiance d’un Orient présenté sans complaisance, avec comme aveu que « la tristesse est écrite».Divisé en trois parties, le recueil nomme des villes qui ne sont pas là par exotisme mais comme tableau d’où émanera le sens.Lahore, Béna-rès, Belgrade, les plages d’Alexandrie sont des toiles de fond où s’écrit une vision sans euphorie, à l’écoute des poussières du temps, des échos du réel.Ici, William Cliff a intégré ses clins d’oeil à la forme classique en donnant à ses vers des rythmes qui ne sont pas que nostalgie des règles anciennes mais redécouverte des pouvoirs d’une métrique.Ainsi, dans le poème qui ferme la seconde section, la parole prend toute la place, tout son élan .« Heureux les courageux qui n’ont pas craint de s’embarquer/ un jour de famine et d’angoisse/ le pont de bois des voiliers qui traversent l’océan/ ils ont conquis de voir l’astre plonger/ dans une tranquille terre très douce au corps des morts.» William Cliff manipule la forme avec encore certains accents poseurs, disant la « ville qui jadis fut splendide mais/ toujours dut vivre sous dure férule » mais, en même temps, déborde des gangues qu’il s’impose poùr nous permettre de lire de très beaux poèmes nous entraînant « au bruit des roues d’autos et des klaxons trouant la nuit », parfois vers la maison où est mort le poète Cavafis, parfois vers le désert ou vers la solitude.Aptien Écii* Lotiste IWriR>5.te fp°c D-6 B Le Devoir, samedi 20 juin 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR «**'¦ "A -XÀ.Photo AP ALFRED HITCHCOCK posant, en 1956, pour un message publicitaire sur son émission hebdomadaire de suspense à la télévision américaine.Après la guerre Un livre qui a Fair d’une esquisse de scénario AFTER THE FACT Hélène Holden Oberon Press, Toronto, 1986 LETTRES CANADIENNES GEORGE TOMBS COMMENT SERAIT le Québec, après une guerre, une révolution ou quelque autre grand bouleversement ?Voilà la question que se pose l’auteur et libraire montréalaise Hélène Holden dans ce roman perturbant, qui met en contrepoint les expériences d’une jeune francophone, Marie-Ange Lachapelle, et d’une anglophone d’âge moyen, Catherine Le-moyne ou Monk (on découvre petit à petit sa vraie identité dans ces pages).C’est un Québec sombre, où un choc majeur est survenu, balayant la bonté, le bon voisinage, le sens de la communauté, la communication, pour les remplacer par la suspicion, la haine, la jalousie, et un règne de violence où les plus vicieux font toujours la loi.Bien qu’habitant un village au bord du Saint-Laurent, les gens ne se voient plus à l’église ; on en chasse plutôt les prêtres qui restent.Il n’y a plus de sens civique, non plus : des bandes de malfaiteurs boivent pour trouver le courage qui leur fait tant défaut, afin de faire leurs mauvais coups, jeter des ordures sur les jardins de gens qu’ils méprisent et.bien pire.Mais je ne dévoilerai rien.Cela n’est guère encourageant ! Même le Saint-Laurent, ce fleuve au coeur de l’Histoire et de la communauté québécoises, fleuve évidemment apprécié aussi de Holden, auteur d’origine franco-grecque, n’est plus qu’un endroit où se noient ou essaient de se noyer de pauvres gens.Plus de passage de navires, plus de commerce.Plus rien dans les magasins.Juste des coupons de rationnement et le trafic que des gens désespérés, affamés en font pour survivre.Et la peur.Comment en est-on arrivé là ?L’auteur n’en dit mot.Dans les notes biographiques, l’éditeur nous propose une catastrophe : guerre, révolution ou libération du Québec.Ou peut-être tout à la fois.Curieusement, il m’a semblé que le déroulement de ce roman évoquait les cauchemars d’une minorité d’anglophones entre 1976 et 1980; visions sordides de pillage de propriétés privées « anglo » convoitées par quelques sans-culotte francophones, ou fêtes de la Saint-Jean qui tournent mal.Dans ce sens, After the Fact semble refléter un point de vue particulier ; ce qu’aurait pu devenir le Québec déchiré entre, d’une part, un groupe de militants francophones pour qui le fait de constituer un groupe demeure la valeur primordiale (et tant pis pour ceux qui n’en font pas partie) et, d’autre part, certains individus anglophones plutôt passifs qui ne se sentent jamais chez eux et qui, dans un exil intérieur, se doivent de conserver dans la solitude de leur mémoire quelques idéaux culturels abstraits et probablement irréalisables.Tous les romans sont fondés sur un contexte.Celui-ci, s’il ne jette pas forcément de lumière sur une situation spécifiquement québécoise, a le mérite d’explorer l’abîme, de nous lancer la question : « et si ?» Et si tout fichait le camp, qu’est-ce qu’on deviendrait ?Et si le mensonge prenait les devants sur la vérité, la mort sur l’amour ?Et si les pièges (un des personnages anglophones en met dans son jardin pour se défendre) que font les gens les piégeaient à leur tour ?Le langage ici est sec, les personnages n’ont pas le temps d’avoir des contours, le roman sombre dans des voies sans issue.D’ailleurs, la fuite de Catherine Monk et de son amant est fatale, pathétique, trop courte pour être tragique.Ce livre a l’air d’une esquisse de scénario, mais qui le produira ?Il représente, en tout cas, l’oeuvre d’un auteur montréalais estimé, bien branché sur la littérature canadienne-anglaise, et qui donne à son travail une expérience culturelle assez riche.NÜ"T Antonine Maillet £!*A/>
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