Le devoir, 17 octobre 1987, Cahier D
PLAISIR PL vres Nos collaborateurs ont lu .?Entre Moscou et Montréal, de Vladislav Trétiak/D-2 ?La Blonde d'Yvon, d’Alain Poissant/D-3 ?Extase et déchirure, de Claude Beausoleil/D-3 ?Américane, de Renaud Longchamps/D-3 ?Rita Munster, de Brigitte Kronauer/D-4 ?Si cette guerre pouvait finir !, de Diana O’Helür/D-4 ?Autopsie d'une étoile, de Didier Decoin/D-5 ?Lettres d'amour, d’Élizabeth Herrgott/D-5 ?Double Suicide villa Godin, d’Alain Sevestre/D-5 ?L'Autre par lui-même, de Jean Baudrillard/D-5 ?Francis Ponge, de Guy Lavorel, et Jean Paulhan, d’André Dhôtel/D-5 ?Le Sens de l'art, de Herbert Read, La Sculpture de Moissac, de Meyer Schapiro, L’tnvention de la liberté, de Jean Starobinski.et Claude Roussel, sculpteur/sculptor, d’Herménégilde Chiasson et Patrick Condon Laurette/D-6D Aline Desjardins s'entretient avec François Truffaut/ D-6 ?Atlas historique du Canada.I.Des origines à ISOO, sous la direction de R.Cole Harris et Louise Dechêne/D-7 ?Le Débat linguistique au Québec : la communauté italienne et la langue d’enseignement, de Donat Taddeo et Raymond Montréal, samedi 17 octobre 1987 Entre la bombe et l’orchidée, Fernand Seguin a choisi la fleur PIERRE CAYOUETTE TOUT comme les nouveaux cavaliers de l’Apocalypse, il connaît les scénarios les plus terrifiants.Les effets secondaires de la pilule Tchernobyl, la mort au compte-gouttes par l’acide des pluies, le spectre de la bombe binaire américaine, le rose et le noir du cancer et la menace de l’ozone n’ont pour lui plus de secrets.Pour avoir fréquenté l’arrière-scène de la science depuis 40 ans, il n’est plus dupe, non plus, de la « course aux honneurs » de quelques chercheurs tonitruants, et iî se méfie de l’avant-garde, « du démodé en voie de formation ».Pourtant, il faut imaginer Fernand Seguin heureux.Car, entre la bombe et l’orchidée, il a choisi la fleur.Il vieillit en paix, malgré tout ce qu’il connaît déjà du destin de l’Univers.Lucide, il sait la vanité de vouloir lutter contre les inconvénients irréversibles de la vieillesse.« Ma conception du temps évolue avec l’âge.Je sais maintenant que l’angoisse ne donne rien.Je m’efforce quand même de m’inquiéter de ce qui pourrait advenir, même si les choses les plus graves ne sont pas celles qui vont se produire de mon vivant », confesse-t-il.Calme et serein, à demi-retraité dans sa maison de Saint-Charles-sur-Richelieu, Fernand Seguin poursuit cette passionnante aventure intellectuelle qu’est pour lui la science.Encouragé par ses collègues et amis, il vient de publier La Bombe et l’orchidée, un recueil de ses chroniques hebdomadaires diffusées à l’émission Aujourd’hui la science de Radio-Canada.« Pour certains, écrire est une corvée.Pour moi, c’est un plaisir.Communiquer me procure toujours une grande excitation intellectuelle », avoue-t-il.Ce plaisir de communiquer, Fernand Seguin l’éprouve depuis le milieu des années 40.On l’oublie trop souvent.Avant que d’être le célèbre vulgarisateur scientifique qu’il est, Fernand Seguin, biologiste et biochimiste, a enseigné à la faculté des PHOTO MIA & KLAUS/ ‘ Libre Expression FERNAND SEGUIN : « Communiquer me procure toujours une grande excitation intellectuelle.» sciences de l’Université de Montréal saient.Un contact presque intime de 1945 à 1948, avant d’oeuvrer à s’établissait avec le public.Ce fut un l’Ecole de technologie médicale.Il tournant dans ma vie.Même si le fut aussi chercheur.médium est collectif, la communi- Sa carrière médiatique s’est amor- cation se fait de proche à proche.» cée à Radio-Collège, en 1947.Mais C’est un euphémisme que de dire c est avec 1 avènement de la télévi- que les Québécois ont aimé Fernand si°n, en 1952, qu elle a véritablement Seguin, le vulgarisateur scientifique pris son envol « Pour les Québécois, l’animateur du Sel de la semaine.la découverte de la télévision fut un Quand l’Unesco lui a remis le prix phénomène social massif, aussi im- Kalinga en 1977, on a dit de lui qu’il portant que la découverte du pays avait suscité plusieurs vocations par Jacques Cartier.Les Québécois -—- aimaient la télé et ceux qui en fai- Suite à la page D-8 Je suis né au dix-huitième siècle Dans son domaine, l'historien Marcel Trudel a contribué plus que tout autre à remettre en question les mythes et les idées reçues, à nous donner de notre passé une image moins héroïque, certes, mais combien plus humaine.Les éditions du Boréal lanceront le 29 octobre les Mémoires d'un autre siècle de Marcel Trudel.L'éditeur a aimablement permis au DEVOIR d'en publier des extraits.MARCEL TRUDEL QU'EST ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans ?» gémissait Bossuet.Ce que nous appelons Ancien Régime ou Régime français et qui, pour nous Canadiens, se termine en 1760, c’est à peine hier, presque aujourd’hui.Quand j’étais étudiant, les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec chantaient encore un service anniversaire pour les Cent-Associés de 1627.Nos grands-parents ont connu les petits-fils de ceux qui se sont battus sur les Hauteurs d’Abraham.Ignace Boucher de Grosbois est né du temps de Mgr de Laval; or son petit-fils est mort seulement au siècle dernier.Mieux encore : j’ai moi-même dans ma jeunesse, et en certains cas jusqu’à ces dernières années, vécu à l’intérieur d’institutions du Régime français et j’ai souvent réagi selon la mentalité propre à ce régime.Les hommes de ma génération sont, à bien des points de vue, hommes d’An-cien Régime.Nous en sommes encore physiquement.Pour le constater, il n’est pas nécessaire de nous mesurer aux squelettes que découvre l’archéologie, comme ceux des hivernants de l’île Sainte-Croix en 1604, déterrés récemment, qui ont avec nous un air de famille.Il est plus simple d’aller dans ces patelins de France d’où nos ancêtres sont partis, il y a trois petits siècles.Leurs frères y ont laissé une descendance parallèle : on est tout amusé d’y retrouver des Trudel, des Fortin, des Tremblay qui nous ressemblent comme des jumeaux; le moule ancien continue de mettre sur le marché le même produit.Il arrive que ce produit souffre des mêmes défauts : une famille du Perche était atteinte de myopathie oculaire (les paupières ne tiennent pas relevées ou, si vous préférez, les yeux ne restent pas ouverts tout seuls) ; cette famille s’est établie au Canada, le mal s’est transmis de père en fils, et nous rencontrons aujourd’hui de leurs descendants, dans le Bas-du-Fleuve, qui sont obligés de porter des « lunettes à béquilles », c’est-à-dire équipées de supports pour tenir les paupières relevées.J’ai vu un cordonnier à Kamouraska qui recourait à une technique moins savante : collé au sourcil, un diachylon gardait chaque paupière constamment ouverte, ce qui rendait son regard toujours fixe.Des survivances de l’Ancien Régime parmi nous ?Nous pourrions nous arrêter à ce folklore des chansons, des contes et des dictons qui nous sont transmis depuis les débuts de la Nouvelle-France par des personnes qui les avaient eus de la tradition orale, en dehors de tout livre.[.] ^ I Suite à la page D-8 « Nous avons connu le long règne autoritaire et arbitraire de Duplessis : ce régime a pu se maintenir sans aucune gêne parce que son paternalisme collait exactement à notre mentalité traditionnelle.» De cet ensemble disparate des survivances de l’Ancien Régime, se dégagent certains traits généraux par lesquels je reconnais dans les hommes de ma génération une mentalité des dix-septième et dix-huitième siècles.La société d’alors est construite sur une hiérarchie qu’il faut respecter, sinon on met en péril l’existence même de cette société.Il faut, par exemple, assurer à chacun le titre qui lui appartient et, par conséquent, le respect qui lui revient; plus on est élevé dans la société, plus on doit avoir de privilèges et, en même temps (car cette société est équilibrée), plus il faut donner en retour.Ce souci du classement hiérarchique, je le retrouve à l'école et au collège.Nous étions cotés selon des notes précises, au dixième de point près.Il y avait un premier; à condition, bien entendu, qu’il fût élève soumis, il recevait toute considération, il portait au revers de son veston une médaille d’or qui faisait reluire son mérite au-dessus des autres, car s’il y a mérite, il faut qu’il soit reconnu.Et puisqu’il y avait un premier, il fallait un dernier : celui-ci était proclamé comme tel en public, on l’appelait la « queue de classe », car le démérite entraînait le mépris.Même mentalité d’Ancien Régime à l’égard des professions.Pour ma génération, il y avait des professions plus dignes et des professions moins dignes.On Le Parchemin: vingt ans dans le métro La librairie francophone qui fait le plus gros chiffre d’affaires au pied carré en Amérique du Nord Æj' i ÆEr m-•* i ds# H I NNBKflff «il ff rfj FRANCE LAFUSTE LA LIBRAIRIE Le Parchemin voit passer des centaines de clients par jour.Il faut dire qu’elle est située dans un endroit stratégique, là où se croisent les destinées du métro, en plein coeur de la station Bern - de-Montigny.Ses vitrines avenantes interpellent les passants avant qu’ils ne se précipitent, dans l’enfer du métro.Cesltenips-ci, ce sont les dictionnaires Harrap’s, les sacs d’écolier et les globes terrestres qui pavoisent en devanture.Dans quelque temps, ce ser» au tour des livres d’art.JESUS VÉGA au rayon des nouveautés : son commerce fut le premier à élire domicile au métro Berri - de-Montigny.PHOTO JACQUES GRENIER À l’intérieur, s’affairent clients et employés dans un espace restreint, à peine 2,000 pieds carrés.Parmi tous ces gens, un homme d’allure jeune, genre éternel étudiant distingué et effacé.Il va, il vient, il disparaît derrière les rayons qui regorgent de crayons, de papier velin d’Anjou, de cartes routières, de livres de toutes sortes, de best-sellers.Il passe incognito; pourtant, rien ne lui échappe.Il a l'oeil du maître, et pour cause : c’est le propriétaire de céans.Cela fait 20 ans que Jesus Véga est à la tête du Parchemin.Cet amoureux fou du livre, ce mordu du commerce se rappelle les tout débuts de la librairie, à l’époque où elle occupait la moitié de l’espace réservé à la bijouterie du même nom.C’était au temps de l’Expo 67.M.Véga s’était associé avec deux de ses amis, Jean Paul Guilbeault et André Leblanc.Six ans plus tard, il déménageait dans un petit magasin, à quelques pas de la bijouterie, un mouchoir de poche d’à peine 500 pieds carrés, emplacement actuel de la librairie.« Le Parchemin fut le premier commerce à élire domicile au métro Berri - de-Montigny tout nouvellement créé, raconte M.Véga.Nous vendions, à l’époque, beaucoup de livres de poche, des magazines et des romans.Qui plus est, notre librairie a innové dans la vente à rabais, ce qui, mentionne-t-il, n’a pas manqué de susciter un peu de jalousie chez nos confrères.Le commerce a grandi très vite et il nous a fallu agrandir quatre fois.» Mais, au dire de cet homme aussi volontaire que timide, Le Parchemin est encore bien exigu et il faut, bien souvent, faire place nette, éliminer très vite tout ce qui ne se vend pas, bref, jouer au maximum avec l’espace pour que tout contienne.Tout cela, M.Véga l’a appris pendant ses 20 années de résidence au Québec.Suite à la page D-8 • l’Hexagone srh* vt/v France Boisvert Les SamouraiUes Roman É .! FRANCE BOISVERT .guerriers urbains LES SAMOURAILLES l’absurde, ont le Un Siî!» le verlt’tîÏÏSlSnL* COnnaissanCe avec des nouveaux SamouraiUes de (’après-bombe qui, parés du bouclier de humoristes de la culture médiatiqîwlc^lf'''8^V -'-U*tra ‘^;0nCertant'dUne îma8inat*on verbale sans borne qui se joue de la bande dessinée, des k m .ROMAN lHexagone lieu distlnctil d collection FICTIONS lieu distinctil d'édition littéraire québécoise f) la LES HERBES ROUGES —____.H vient alors un double inversé de lui-même qui transformera sa vie du tout au tout.La science et son impact social sont évidemment au coeur de ce premier roman du père français du bébé-éprouvette.C’est une satire grinçante et sans complaisance du milieu scientifique.Michel del Castillo, Le Démon de l’oubli.Le Seuil, 396 pages.L’AUTEUR de l.a Gloire de Dina poursuit son oeuvre de romancier en rappelant le passé toujours présent.En l’occurrence, il nous ramène ici au temps de l’occupation allemande, lorsque les intellectuels français étaient pris dans des dilemmes moraux inextricables.POÉSIE Normand de Bellefeuille, Heu reuse ment, ici il y a la guerre.Les Herbes rouges, 142 pages.VINGT POÈMES, extraits de trois ensembles écrits au début des années 70 et publiés en revues.provoquent autant de suites qui les prolongent en les transformant.Ce retour aux origines laisse des traces d’une continuité surprenante.Normand de Bellefeuille poursuit ainsi son travail de poète en créant des liens entre sa poésie passée et actuelle.DISCOURS Élie Wiesel, Discours d’Oslo, Grasset, 44 pages.CE LIVRE reprend intégralement et dans leur version originale les deux allocutions prononcées par Élie Wiesel les 10 et 11 octobre 1986, à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix.NOSTALGIE François Nourissier, En avant, calme et droit.Grasset, 271 pages.AVEC son style des plus classiques, François Nourissier, de l’Académie française, brosse un portrait nostalgique de la France d’hier.Un « homme de cheval » vit en témoin privilégié les grands bouleversements du siècle.La critique, en France, est unanime à saluer ce roman comme une grande réussite.ESSAI Denise Helly, Les Chinois à Montréal, IS77-l9.il, Institut québécois de recherche sur la culture, 315 pages.C E l)()CUMENT exceptionnel retrace les origines de l’immigration chinoise à Montréal et permet une meilleure connaissance de ce milieu fermé sur lui-même qu’on côtoie pourtant presque tous les jours.Qui est donc Rita Münster?RITA MÜNSTER Brigitte Kronauer roman traduit de l’allemand par Claire de Oliveira Flammarion, coll.« allemande » 1987, 305 pages LETTRES ALLEMANDES DIANE-MONIQUE DAVIAU RITA MÜNSTER, le deuxième roman de Brigitte Kronauer (qui a, par ailleurs, publié bien d’autres choses depuis 1974), est un livre très prenant, d’une grande intensité, qui attire et retient le lecteur de phrase en phrase et de page en page.C’est, toutefois, un livre qui n’a de sens que si le lecteur s’intéresse aux vraies questions que pose la littérature, des questions naïves mais essentielles — qu’est-ce qui est réel ?quel est lé sens de la vie ?qui suis-je donc ?— que la réponse, toujours complexe, n’épuise par contre jamais.Jusqu’à la moitié du livre, ces questions isont cachées derrière d’autres, questions voilant le visage de la nartatrige dont on n’apprendra le nom que dans la deuxième partie : qui sont les autres et pourquoi, comment vivent-ils ?i q- Dans la première et plus longue partie du roman, on voit donc défiler une grande quantité de gens qui apparaissent, disparaissent et reviennent apparemment d’une façon arbitraire, car Kronauer n’établit aucune hiérarchie dans les constellations de significations qui s’installent autour des gens et des événements happés au passage et elle n’a recours à aucune chronologie pour recouvrir le tout et lui donner une apparence de cohésion.La narratrice ne prétend pas avoir une vue d’ensemble, ni sur les autres ni, plus tard, sur elle-même et elle se concentre toujours sur une personne ou un groupe de personnes à la fois, et ce dans un contexte précis à un moment précis.L’intérêt du livre vient justement du fait que Kronauer n’emploie pas de modèle préétabli pour saisir la réalité.Sans désavouer ceux appris depuis l’enfance, elle en propose d’autres, neufs, qu’elle se contente de placer à côté de ceux qui nous sont familiers, et c’est cette opposition qui produit la tension extraordinaire qui nous retient et nous donne envie d’être là jusqu’au bout.Rita Münster, la narratrice, communique ce qu’elle sait à propos des gens et des choses, se limitant toujours à ce dont elle est certaine.Elle nous donne une foule d’informations précises sur les êtres qui l’entourent, leur âge, leur origine, leur statut social, leurs relations familiales ou amoureuses, leurs états d’âme, leurs succès et leurs défaites, leurs désirs et leurs dépendances.Elle les observe avec zèle et les décrit avec minutie, ne laissant de côté aucun geste, aucune brisure, aucune faiblesse, dévoilant sans réserve les choses les plus intimes.Elle ne se laisse, cependant, jamais prendre dans leurs histoires et tourne le dos à leurs consensus rassurants.Rita Münster se trouve dans un rapport de contradiction avec les gens dont elle parle.Contrairement aux gens qui l’entourent, elle souffre de l’indifférence.Mais cela, l’auteur ne le dit jamais; elle se contente de le montrer, de le donner à comprendre : par la façon dont Rita Münster place les autres dans la lumière, leur donne des contours nets, les extirpe de la masse grise dans laquelle ils baignent, par sa façon de montrer sans évaluer ni juger.Ce que Rita Münster nous communique et la manière dont elle nous le transmet nous renseignent généreusement sur elle-même.Nous devinons.par le biais du regard qu’elle promène sur le monde, un être intense, violent, passionné, dont l’acuité du regard vient à bout de tout et même du lecteur : à force de la voir regarder et écouter avec au- L’Amérique d’avant, avant SI CETTE GUERRE POUVAIT FINIR! Diana O’Hehir traduit de l’anglais par Mirèse Akar Gallimard coll.« Du monde entier » 1987, 267 pages LETTRES AMERICAINES MONIQUE BOSCO « DIEU que la guerre est jolie ! », s’exclamait Guillaume Apollinaire, pris dans la guerre de 14-18.Si cette guerre pouvait finir, lui, est le titre du premier roman de Diana O’Ilehir publié dans la collection « Du monde entier » chez Gallimard (traduit de l’anglais I Wish This War Were Over, par Mirèse Akar).Après avoir publié deux recueils de poèmes, Diana O’Hehir enseigne l’anglais ainsi que la création littéraire à Mills College, en Californie, et travaille à un deuxième roman.Celui-ci a, déjà, toute la fraîcheur d’une première oeuvre.Mais aussi une aisance dans le déroulement du récit qui nous rappelle que, aujourd’hui, c’est surtout du côté du monde anglo-saxon qu’on retrouve cette aisance narrative, ce plaisir de la mimesis, cet hyper-réalisme qui nous donne à voir, d’hallucinante façon, le monde perçu sous un certain angle.En l’occurrence, par une jeune fille de 19 ans qui parcourra, d’est en ouest, les États-Unis pour rescaper son ivrogne de mère.Et qui, chemin faisant, fera son apprentissage d’amoureuse et de femme.Avec humour et amour, elle accomplira cet itinéraire, de l’enfance à la maturité.Cette relation mère-fille est traitée avec une tendresse, une lucidité impitoyable qui nous changent heureusement des stéréotypes « modernes » sur le sujet.L’action se déroule surtout à Washington durant les années 40-45.Fit la nostalgie est bien ce qu’elle a toujours été.En témoigne ce retour aux sources d’une « bonne » Amérique, Amérique d’avant la Corée, le Viêt-nam et les déchirements raciaux.Voilà donc le nouvel espace Nouvelles publications en URSS de romans jusque là interdits MOSCOU (AFP) — L’hebdomadaire soviétique Ogoniok a publié récemment un court extrait du roman de Vassili Grossman Vie et Destin, dont de plus larges extraits doivent être publiés de janvier à avril prochain par le mensuel Oktiabr.Un autre mensuel, Znamia, a annoncé qu’il publierait prochainement le roman Nous autres, d’Evguéni Za-miatirie, un 19S4 soviétique écrit au début des années 20.Ces annonces font autant événement pour les lecteurs soviétiques que celles sur la publication, prévue début 1988, du Docteur Jivago de Pasternak par la revue Novy Mir, ou du poème Requiem d’Anna Akhmatova, paru cet été dans une revue et activement recopié depuis par les Moscovites.L’extrait de Vie et Destin publié par Ogoniok est accompagné de souvenirs sur l’auteur par Evguénia Ta-ratouta, fille d’un dirigeant bolchevique fusillé en 1937.Elle évoque notamment la saisie du manuscrit du roman à Moscou en 1961, un an après qu’il eut été refusé à l’édition.Vie et Destin a été publié en français en 1980 sur la base de deux textes parvenus en Occident, mais Grossman, mort en 1964 d’un cancer, ne l’aura pas su.Ce livre, qui évoque les déchirements des combattants de Stalingrad dont les pères sont dans les camps sibériens, reprend le fil d’un premier roman, Pour une juste cause, publié par Novy Mir en 1952 mais abondamment critiqué à sa sortie.Mme Taratouta rappelle, enfin, que d’autres oeuvres de Grossman attendent d’etre publiées, notamment la dernière, Notes d’Arménie, que Novy Mir avait tenté sans succès de publier.Faut 5=^-.poux le ci°lie- Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations contactez Jacqueline Avril 842-9645 mythique choisi après la Prairie perdue, avant l’apocalypse.Dans ce récit, on voit vite se nouer le triangle fatal.Selma, la mère, Helen, sa fille, rhéroïne-narratrice du livre, surnommée la Ravageuse par O’Connell — séduisant leader syndical.Il « connut » la mère avant de tomber amoureux fou de la fille, qui le lui rend bien.Voilà.Trois personnages dans le vrai sens du terme, avec leurs complexités, leurs désirs, leurs ambiguïtés.Selma, la mère, a toutes les qualités qui plaisent au théâtre, en peinture, au cinéma, mais surtout pas dans la « vraie vie ».La manière dont la romancière la décrit est tellement lumineuse qu’on croit voir flamber, devant soi, un Renoir en chair et en os, en chair pulpeuse surtout.Personnage attachant, complexe, voué à sa propre destruction et qui fascine ceux qui l’approchent, surtout sa propre fille, malgré sa déchéance.On croit voir revivre certaines des plus étonnantes héroïnes de Tennessee Williams, ou encore du Salinger de Nine Stories.L’époque coïncide.On rêverait de voir Marilyn interpréter ce rôle.Du vrai cinéma, du vrai bon roman comme on en fait peu, ces temps-ci.Pour ceux qui ne boudent pas leur plaisir, voilà un livre à lire.Et pour donner bonne conscience aux « puristes », je leur citerai cette opinion de Gérard Genette qui, dans un entretien de la Quinzaine littéraire (1er au 15 avril 87), déclarait : « J’ai, mais je sens la facilité de ce propos, le sentiment qu’on traverse aujourd’hui une phase de transition, où on tâtonne beaucoup, où on patine même .Je n’ai qu’une certitude : on ne peut plus parler de littérature “française”, la littérature est désormais mondiale.Je ne crois pas tellement aux critiques-phares.Nous aussi sommes des oiseaux de Minerve.» tant d’intensité, nous devenons curieux face à elle, nous éprouvons le besoin de la voir, de l’entendre, de la connaître.Et, comme pour réaliser ce souhait, dans la deuxième partie du roman, Rita Münster devient le personnage principal de l’histoire.Sa vie se résume d’abord en quelques phrases : « Après mon baccalauréat et après avoir interrompu mes études, j’avais gagné ma vie, sans grand succès et sans aucune pause, dans le service de publicité d’une banque et au service culturel de deux entreprises industrielles; j’avais aussi vécu avec trois hommes, presque sans interruption entre chacun, puisque j’avais commencé, une longue fois, et deux courtes fois.» Puis, elle nous révèle une histoire d’amour qui tient en deux pages, une histoire faite de hasard et d’inexplicable, un amour éphémère qui influence autant le regard qu’elle porte maintenant sur son passé que celui qu’elle pose sur l’avenir.L’homme aimé, marié, retourne au Canada presque aussitôt après leur rencontre.Fille le rejoint un peu plus tard pour quelques jours sur une île de la mer du Nord.Alors, le rythme du récit se transforme.Le passage du temps est vécu d’une autre façon.Concentrée à l’extrême sur l’événement à venir, elle fait l’expérience du temps comme quelque chose qui se condense ou se dilate selon les sentiments que l’on ressent.La rencontre future peut être vue aussi en tant que passé anticipé, et même si la relation se brise, cette expérience, cette conscience du temps apporte, elle aussi, un peu plus de clarté sur soi-même.Rita Münster recommence donc à raconter.La dernière partie du roman commence par « Par ailleurs ».La narratrice retourne loin dans le passé pour retrouver la force perdue en même temps que l’enfance, cette force d’avant l’indifférence, le souvenir d’un temps où, malgré la fragilité des choses, le monde formait un tout, et elle nous fait nous souvenir avec elle d’une possibilité oubliée.Rita Münster est le roman d’un coeur rempli à ras bord, du désespoir qui rend le regard aigu, perçant, un roman où l’attente, l’expérience amoureuse et la douleur insupportable d’une solitude jamais connue encore transforment tout à force d’intensité.+ Une Amérique .phlets : « Mon frère, regarde la misère du Nord, et sa grandeur fluette.Regarde ce qui persiste en des glaciers de patience depuis des siècles d’adhérence : une humanité de pamphlets, de journaux, de bulletins de vote, de pétitions.Nous traversons ainsi le continent, le dos au mur de papier de nos lamentations.Nantis de la dure densité de nos droits.» Les métaphores concrètes et matérielles qui traversent la prose de Longehamps donnent un poids et une présence à l’analyse.L’innovation et l’intérêt de la narration résident moins dans des thèmes bien connus et réactualisés depuis la défaite du référendum (américanité, déclin, dissolution du Québec) que dans le ton, le détachement à la fois rageur et serein du sujet qui adopte le point de vue des siècles qui le nient.Voilà sans doute une solution pour celui, qui, malgré tout, n’a pas renoncé à la grandeur.— Jacques Michon n «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras Un livre de 295 pages qui retrace l’histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu'à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire recevoir.exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR" J’inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de (rais de port et de manutention inclus dans ce prix).NOM:.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT: ?Chèque ?American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:. Le Devoir, samedi 17 octobre 1987 ¦ D-$ LE PLAISIR /L>c LE PLAISIR LE PLAISIR LE FLAISIR LE PLAISIR es T • livres Veilleur de nuit et amoureux d’une étoile AUTOPSIE D’UNE ÉTOILE Didier Decoin Le Seuil, 1987, 346 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN MOINS astucieux que Romain Gary, Didier Decoin n’a pas inventé « son » Émile Ajar.Il ne saurait donc obtenir cette année le prix Concourt, avec Autopsie d’une étoile, l’ayant déjà reçu, en 1977, pour John l’enfer.Goncourable, Decoin l’est peut-être cet automne plus encore qu’il y a 10 ans.Toujours fasciné par les États-Unis, et plus spécifiquement par Brooklyn, où il situait le roman qui le mit en orbite, en 1972 : Abraham de Brooklyn, cet écrivain inspiré par le cinéma « de papa » — et ce n’est pas un jeu de mots, puisqu’il est le fils du cinéaste Henry Decoin — s’intéresse, cette fois, à une étoile.Une vraie, si l’on peut dire, et non pas.une star de l’écran.Son héros principal, Burton Kobryn, reçoit le prix Nobel pour avoir repéré, dans le ciel de la eordillière des Andes, une étoile.Mais il n’était pas le seul Américain dans cet observatoire du Chili : un jeune collègue, David Bis-sagos, assista, lui aussi, à la nais- sance de l’étoile.Qui n’est pas, ce qu’un profane pourrait imaginer (« le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », écrivait Pascal), une naissance silencieuse : une étoile crie en naissant et ce bruit étrange, Kobryn et Bissagos l’ont très longtemps espéré, avant de l’entendre, après des nuits et des nuits de veille.Mais nous sommes au Chili, dans le roman de Didier Decoin, à une époque tragique, celle de la révolution de 1973 qui vit le suicide, ou l’assassinat, d’Allende, dans le palais de la Moneda.Les pages que le romancier consacre à la rébellion, au climat qui ne cesse de se dégrader dans Santiago, sont parmi les plus émouvantes du récit.Car il faut admettre que le romancier d’Autopsie d’une étoile maîtrise parfaitement l’art de mêler à ses fictions les événements qui font date dans l’histoire contemporaine.Avant ce tout dernier roman, c’est L’Enfant de la mer de Chine qui en fut la première et brillante illustration, avec l’histoire d’une petite fille de 14 ans, Shane, arrivant en enfer : les rivages de la mer de Chine, début 1942, au plus fort de l’offensive japonaise.Pour Autopsie d’une étoile, si Didier Decoin a choisi le Chili pour y faire vivre son héros prix Nobel, ce n’est pas uniquement pour que le chercheur y guette, haletant, avec son jeune assistant, cette naissance d’une étoile.C’est qu’apparaîtra, à la Photo Chantal Proust/' Le Seuil DIDIER DECOIN.même période, Lena, une belle et ensorcelante métisse, que Burton Kobryn arrache à la prostitution pour l’installer dans une sorte de palais, la Resideneia, qu’elle meublera, petit à petit, où elle recevra les nombreux amis que Kobryn invite à ses fêtes, mais où elle sombrera bientôt, abandonnée le jour par son mari toujours en quête de l’étoile et qui passe ses nuits dans l’observatoire de la montagne, dans une sorte de folie qui la rend, littéralement, silencieuse.Le drame de la nation chilienne, qui se joue à la même période, se double du drame personnel de Kobryn et de Lena.Qu’il ne faut pas raconter, Kobryn le faisant lui-même, toujours pendant la nuit, à son collègue d’autrefois venu le rejoindre en Normandie.Où, en compagnie d’une autre femme, Anne, le chercheur se meurt de remords et de l’angoisse d’avoir « tué » Lena.Le récit de Kobryn, qui occupe toute la partie centrale du roman, est d’abord l’histoire de Lena.Personnage assez extraordinaire, comme peu de romanciers en ont créé en cette saison romanesque si prolifique.Dans la nuit froide de l’hiver normand, David Bissagos apprend tout de la vie et de la mort de Lena.En même temps que son maître, du temps du Chili, lui fait remonter les années.Jusqu’à sa jeunesse dans une petite ville américaine, où il avait aimé Sally Nathanson, jeune fille muette.Deux récits plus courts, ceux que « signe » David Bissagos, servent de prologue et d’épilogue au roman de Didier Decoin.Mais il ne faudrait pas sous-estimer la très grande habileté du romancier.Son style haletant, la fièvre qui habite ses personnages, l’astrophysicien comme sa très belle mais étrange épouse sud-américaine.Et, dans les avatars multiples de ce séjour de deux chercheurs américains dans un Chili en pleine révolution, les lieux géographiques, admirablement décrits, sans sacrifier à la carte postale, à l’exotisme de trop de romans d’au jourd’hui.Lectrice souvent éblouie par le talent de l'auteur, je sais déjà que je relirai, dans Autopsie d'une étoile, le voyage « au bout de la nuit » de David Bissagos, jusqu'à la campagne perdue où se terre Burton Kobryn; la renconte de ce même Kobryn, à bord du bateau, qui n’a rien d'un paquebot de croisière, mais qui l’amènera à San Rafael, du couple que forment le vieil Esteban et sa compagne Lena, qui deviendra sa femme, au cours d’un mariage et d’une réception inoubliables; et, finalement, les dernières pages, la mort du chercheur, tout à fait semblable à sa vie, la lueur intense du soleil « traversant l’oeil droit rivé à l'oculaire du télescope », frappant le cerveau et le tuant net.J’ai trahi une convention, vous révélant la fin du roman dont je rends compte.Mais je n’ai rien dit du puissant intérêt de tout ce qui précède la mort, sinon la transfiguration (!) du héros de Decoin.Il vous reste à le découvrir et à regretter que ce romancier aguerri soit peut-être négligé des lecteurs professionnels qui se jettent, ces temps-ci, sur les goncou-rables et autres féminisables.Contre les barreaux de la morale traditionnelle LETTRES D’AMOUR Elizabeth Herrgott Phébus, 1987, 154 pages LETTRES FRANÇAISES ODILE TREMBLAY EN INTITULANT son recueil Lettres d'amour, Elizabeth Herrgott a dérivé plaisamment du côté de l’euphémisme.Non, ce n’est décidément pas au rendez-vous des violons, des serments éternels et des clairs de lune que nous convie ici un auteur à la sensualité multiple et frénétique, mais plutôt à des saturnales qui ne pourront que réjouir les amateurs de littérature émoùstillante et titillante.« Mes tribulations sexuelles vous conduiront à Cythère, Sodome ou Go-morrhe selon vos inclinaisons, vous laissant la liberté de mourir ou de jouir, sans masque et sans camouflage », juge-t-elle à propos d’avertir prudemment son lecteur-voyeur avant de lui livrer en pâture ses épî- L’AUTRE PAR LUI-MÊME Jean Baudrillard Habilitation/Galilée coll.« Débats », 1987, 90 pages GUY FERLAND JADIS, il y avait un sujet et un objet.Le sujet humain essayait de connaître l’objet monde.Mais aujourd’hui, cette conception est révolue.Dans notre univers de l’hypercommunica-tion, de l’hémorragie des signes, le sujet connaissant ne fait plus la différence entre le même et l’autre.Bien assis face à son téléviseur ou son ordinateur, d’une simple pression du doigt, toute information peut lui être donnée immédiatement.L’espace et le temps n'ont plus d’importance.L’être humain vit dans l’immanence absolue de l’Objet.Cette transparence, cette visibilité immédiate, cette promiscuité des objets, Jean Baudrillard l’analyse depuis près de vingt ans.Du Système des objets jusqu'à son dernier livre, L’Autre par lui-même, Baudrillard n’a de cesse de faire le tour du même questionnement : quel est le rapport entre l’objet et l’être humain ?Dans son dernier ouvrage, il tente de ramener toute son oeuvre à une théorie de l’Objet comme limite absolue de la connaissance.D'après Baudrillard, l’ère du sujet, de la représentation, du miroir, de la scène originelle, de la transcendance, de la métaphore, du refoulement, de la transgression, etc.: bref, l’ère de la polarité entre un sujet et un objet (la dialectique) laisse maintenant la place, dans la transparence absolue de l’hypercommunicabilité et de la sémiorragie, à l’ère de la séduction.La séduction est basée — on le sait intuitivement — sur l’insaisissabilité de l’objet.Tout ce qui nous échappe nous séduit.L’Objet, le monde et l’univers nous fascinent par leur indifférence à notre égard.Fatalement, l’objet use d’une stratégie pour nous échapper.L’avancement de la connaissance n’atteindra jamais le fond de cette indifférence de l'univers à notre endroit.« Telle est la figure de notre fatalité, celle d’un retounement objectif, d’une réversibilité objective du monde.» Ce que nous dit là Baudrillard est très grave.Il renverse toutes nos conceptions philosophiques traditionnelles basées sur les pôles sujet-objet.Dans la surexposition à la transparence du monde, dans la saturation de sens, seul s’impose encore le principe de réversibilité qui veut que très érotico-pornographiques.En réunissant une cinquantaine de missives adressées par elle tantôt à des hommes, tantôt à des femmes, Élizabeth Herrgott n’a pas fait oeuvre de fiction fantasmatique.Toutes les lettres de ce recueil sont authentiques et ont bel et bien été expédiées, en leur temps, à une pléthore d’amants et de maîtresses qui doivent se divertir ferme (ou s’inquiéter) de les voir aujourd’hui ainsi diffusées au grand jour.Quant à l’auteur, qui est psychanalyste, elle a tenu à jouer d’audace en refusant l’abri du pseudonyme pour signer ses salaces propos de son vrai nom.Effectivement, audace il y a, car l’épistolière est loin d’exprimer les sentiments délicats que madame de Sévigné avait, en des temps moins mouvementés, amplement élaborés dans sa propre correspondance.Avec une crudité qui rappelle plutôt, extrême violence en moins, les ébats orgiaques se déroulant dans le boudoir du divin Marquis, cette moderne Ninon de Lenclos décrit, en des termes extrêmement croustillants et tout, en dernière instance, nous échappe essentiellement.C’est l’ironie objective du monde.« Ce à quoi on n’échappe pas, ce n’est pas au désir, c’est à la présence ironique de l’objet, c’est à son indifférence et à ses enchaînements indifférents, à son défi, à sa séduction, c’est à sa désobéissance à Tordre symbolique (donc aussi à l’inconscient du sujet s’il en avait un), c’est en un mot au principe du Mal.» Bref, le réel nous Sur Ponge NOTES DE LECTURE JEAN ROYER FRANCIS PONGE Guy Lavorel Lyon, La Manufacture coll.« Qui suis-je ?» L’OEUVRE de Francis Ponge est un pari anti-humaniste, qui a poussé le poète à « prendre le parti des choses contre les hommes », a dit Sartre.Mais ce parti pris nous amène à une rêverie nouvelle devant le monde matériel et à un questionnement du langage à travers cette vision du monde.C’est cette aventure du langage que retrace ici l’étude de Livorel constituant le gros de ce petit volume.Suivent un inédit de Ponge, un entretien et la bibliographie de l’oeu- avec un bel enthousiasme, le siège de ses intimes plaisirs.Dans les postures les plus variées, s’aidant d’instruments ingénieux, avec un homme, une femme, plusieurs femmes, au creux des sous-bois, des divans profonds, des lits moelleux, dans le cahotement d’un wagon de train, chaque partenaire se voit ressusciter pour lui l’itinéraire des jouissances partagées.« Tu m’enracines dans mes entrailles, tu t’es carré en moi et tu m’enduis de ta fluviale semence, je me gargarise d’elle; tu me barres de ta barre invincible qui plombe mon ventre et s’y loge », écrit-elle, reconnaissante, à un fringuant amoureux qui l’avait comblée.On l’aura compris : ces lettres ne s’abreuvent pas aux eaux fangeuses de la jalousie ou aux sources claires des sentiments romantiques.Pourtant, au fil des épîtres, teintées de reproche ou d’éloge, se profilent des figures aimées : celles de l’amant de coeur, du mari éloigné, des femmes amies-amantes « avec lesquelles les actes sexuels ont des valeurs de représailles, de libération à l’égard du mâle devenu le spoliateur, le geô- frappe de plein fouet.Finalement, Baudrillard nous somme de ne plus « opposer la vérité à l’illusion, mais de percevoir l’illusion généralisée comme plus vrai que le vrai ».Notre seule porte de sortie est de jouer l’indifférence à l’égard du monde, dans une stratégie fatale de séduction.Ce qui est extraordinaire dans L’Autre par lui-même, c’est que Baudrillard, lui-même, nous séduit.et Paulhan vre.Enfin, quelques photos nous rendent le regard perçant du poète.?* JEAN PAULHAN André Dhôtel Lyon, La Manufacture coll.« Qui suis-je ?» L’ÉMINENCE grise de la Nouvelle Revue française était un critique redoutable mais aussi un théoricien fasciné et fascinant de la poésie.On n’oublie pas, par exemple, son étude Clef de la poésie qui permet de distinguer le faux du vrai en toute observation ou Doctrine touchant la rime, le rythme, le vers, le poète et la poésie (1944).Le présent portrait du regretté manitou des lettres françaises se compose d’un bref témoignage de l’écrivain André Dhôtel, de plusieurs photos, de quelques inédits de Paulhan et d’une série d’entretiens réalisés entre 1949 et 1966.lier ».Élizabeth Herrgott se considère, issue d’une illustre lignée d’épisto-liers amoureux tels George Sand et Musset, Antonin Artaud et Jessica, etc., vous l’aurez deviné : cette dame ne pèche pas plus par excès de modestie que de pudeur.Il faut dire que ses missives sont très finement ciselées et que leur style dépouillé appartient beaucoup plus à l’art qu’à l’expression bâclée d’une correspondance de premier jet.Ce sont de véritables bijoux érotiques qu’elle fai- La mort DOUBLE SUICIDE VILLA GODIN Alain Sevestre éditions de Minuit 1987, 140 pages ANDRÉ ROY JÉRÔME LINDON, directeur des éditions de Minuit, est reconnu pour son flair dans la découverte de nouveaux écrivains.En publiant le premier roman d’Alain Sevestre, il ne s’est pas trompé : voilà une fiction dont l’humour caché et la gravité triste ne déplairont pas.Les personnages, Paul et Gélase, habitent deux pavillons à la villa Godin, près du cimetière du Père-Lachaise — qui leur inspire, sans nul doute, leur suicide.Sans vendre la mèche, disons qu’ils le ratent tous deux.Mais on apprendra leurs obsessions, manies et angoisses; Paul laisse sur le phono, jusqu’à l’éraillement, un disque de Tenregistre- sait parvenir à ses partenaires, des messages nantis d’une mission incantatoire : celle de recréer des moments évanouis, de doubler le plaisir en le couchant sur papier, de le tripler finalement en se rendant par la suite complice du lecteur anonyme.« L’art de baiser reflète notre art de vivre et Taxe de la vie ne peut être que sexuel.Sexe, épicentre hypocentre du corps humain », conclut, en postface de ce recueil, cette épicurienne passionnée qui signe ici une éclatante diatribe contre les bar reaux de la morale traditionnelle.assumée ment du chant des baleines — cétacés qui, on le sait, se suicident — et Gélase, policier, autodidacte, compulse les dictionnaires, en espérant que sa femme revienne.Gélase sauvera Paul qui, par maladresse, ne s’est pas tué, mais contaminé en quelque sorte.Gélase tentera, lui aussi, de mettre fin à ses jours.L’été est bon, Paris est désert, mais toujours on pense à ses fins dernières, auxquelles Alain Sevestre oppose apparemment les choses de la vie par des descriptions aussi lapidaires que poétiques.Le style est sa principale préoccupation, bousculant les lieux communs avec verve, désinvolture et dérision.Une sorte d’indifférence passionnée permet à l’auteur de s’exprimer entre comédie et réalisme, en donnant dans l’aisance et la distinction.Mais la mort, figure tutélaire, est là qui rôde, et il s’agit ici de l’assumer avec un beau détachement.: IIW, OWEN fcÈPLMONIAt NOCTURNE Suspense Insolte Mystère tZzM ,v K ¦ •> SF/Fanfastique 196 titres 12,95$ eh.Edgor Rice Burroughs Miroir obscur Policier NO litres 12,95$ ch.T arzan 24 \ol.Intégrale 22.95$ Conan Doyle Intégrale 12 u»/ Reliés .12.95$ch.Ért vente chez votre libraire DIFFUSION LOUGAROU Baudrillard et le sujet d’objet Nouveautés Pic J tick Kerouac Un roman do Kerouac à découvrir Jack Kerouac 160 pages.14.95 $ Un portrait saisissant du milieu noir des années quarante, ses odeurs, ses couleurs, ses personnages truculents.La langue des Noirs est magistralement rendue par cette traduction signée Daniel Poliquin.Nouvelle de la Capitale Daniel Poliquin Neuf nouv elles à savourer allègrement NOUVELLES DE LA CAPITALE 144 pages, 14.95 $ Dans un langage parlé, simple, teinilé d’émotions familiales, Daniel Poliquin évoque des souvenirs de jeunesse, des anexdotes amusées ou amères sur des personnages aussi différents qu'intrigante Rumeurs de la Haute Maison _ Gisèle Villeneuve Un roman original et exotique Hmemi&fa HAUTE MAISON 4 U ; I il ^P, * piton L-p UJ , , u- GitèCe UiKemuie 320 pages.18.95 $ L’exotisme du sujet, les retournements de situations, la cohabitation de cultures opposées, l’incessante rêverie sur des parents absents, les caractères attachants rendent cette véritable odyssée inoubliable.QUEBEC AMERIQUI D-6 ¦ Le Devoir, samedi 17 octobre 1987 LE PLAISIR dpc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres % LA REVUE DES REVUES GUY FERLAND LITTÉRATURE Nuit blanche, « Le sport a des lettres», nc 29, octobre-novembre 1987, 88 pages, $3.50.COMME le corps humain, le magazine de l’actualité du livre fait peau neuve après sept années d’existence.Dans un format agrandi, une mise en page soignée et aérée, de nouvelles chroniques et d’abondantes informations d’actualité du monde de l’édition s’ajoutent à la somme considérable de mini-recensions qui remplissent habituellement la revue.Le dossier de ce nouveau numéro est particulièrement intéressant.Il met en lumière les liens secrets qui unissent le sport et la littérature.Machiavel, Orwell, Philip Roth et Hemingway sont de la partie.lestort Nos livres, volume 18, août-septembre 1987, revue d’analyse de l’édition nationale, 40 pages, $ 1.75.CETTE PETITE revue présente un vaste panorama des nouvelles parutions littéraires québécoises à travers de courtes recensions, 36 dans cette livraison.Un livre du mois est à l’honneur dans chaque numéro.Ici, François Gravel répond aux questions concernant son roman Rénito.Lettres québécoises, n" 47, automne 87, 72 pages, $ 3.DANS SON numéro d’automne, Lettres québécoises propose une série de critiques sur des romans de jeunes auteurs, en plus des recensions habituelles sur les livres d’auteurs renommés.Une entrevue avec François Charron poursuit l’enquête amorcée par la revue sur les moyens de subsistance des écrivains.CRÉATION Moebius, « L'utopie », n° 33,148 pages, $5.UNE ENTREVUE avec Paul Chamberland, une étude détaillée de Guv Bouchard sur « L’anarchisme et l’utopie dans l’oeuvre d'Ursula Le Guin », un texte-célébration du chaos de ; Pierre Bertrand, un requiem nostalgique de Jean-Claude Dussault, un hommage de Laurent Giroux à Pierre Vallière, ainsi qu’un magnifique texte, décousu et recousu de citations et de portraits de toutes sortes, par l’increvable Patrique Straram « le bison ravi », composent ce numéro utopique.Des textes de création alternent avec ces essais.Des critiques de livres complètent le numéro.ARTS Vice versa, « Imaginaire des techniques », magazine transculturel, n 20, 50 pages, $4.LA MAGNIFIQUE revue au look particulier, grand format et mise en pages très originale, se penche sur la «technicité».Dans ce dossier, on retourne aux grands mythes de la technique (lechnè et ars) et à l’éternel (faux) combat entre nature et culture.Les textes de Guy Ménard, Pierre Bertrand et Claude Lagadec sont à signaler.On trouve également dans le même numéro un dossier important sur le théâtre d’ailleurs et d’ici.La chronique régulière de Wladimir Krysinski est suivie d’un texte de ; Marianne Ackerman sur le théâtre polonais, un manifeste sur le théâtre expérimental québécois, et deux commentaires sur le '• dernier Festival du théâtre des 1 Amériques.Une nouvelle chroni-I que sur la musique rock voit le î jour.Une entrevue avec Paul i Chamberland complète le dos-I sier sur la technique et un entre-I tien avec Alberto Moravia, sur I Pier Paolo Pasolini, ajoute du pi-: quant à cette livraison bien gar-« nie.Signalons, en terminant, que ! cette publication est trilingue * (français, anglais et italien).THÉÂTRE Cahiers de théâtre J EL, « Théâtre et technologies », n° 44, 232 pages, $ 10.DANS un dossier volumineux dirigé par Serge Ouaknine et Diane Pavlovie, plusieurs auteurs s’interrogent sur le rôle croissant de la technique dans les représentations théâtrales.Un autre dossier important fait le tour de la représentation des Paravents de Genet, joué au Centre national des arts et au TN M et mis en scène par André Brassard.Enfin, un article choc de Pierre Lavoie met en cause le milieu théâtral pour son silence lors des disparitions successives de l’AQJT et du CQIIT.Un cri d’alarme est lancé dans le domaine des études théâtrales.SCIENCE-FICTION Imagine., n° 40,126 pages, $ 5.DES SIX numéros annuels de cette revue consacrée entièrement à la science-fiction, cinq sont attribués aux fictions et un seul aux études.Six textes composent le présent numéro : cinq nouvelles et le dernier épisode d’une fiction-feuilleton.La qualité de ces textes est vraiment surprenante pour quelqu’un qui n’est pas habitué aux nouvelles de science-fiction.Des chroniques sur le roman, la science-fiction américaine, la science-fiction jeunesse, la science-fiction en BD et sur l’actualité du monde de l’édition accompagnent agréablement le tout.SOCIÉTÉ Revue internationale d’action communautaire, « Survivance et modèles de développement », n" 17/57, 187 pages, $ 10.CETTE publication semestrielle, produite au Québec depuis 1979 (après avoir pris la relève de l'International Review of Community Development fondée en Italie en 1958), comprend une quinzaine d’articles de fond, par des chercheurs américains, européens et africains, sur les politiques et les stratégies de dé-veloppement dans le tiers monde, en particulier dans les domaines du logement, de l’urbanisation, de l’agriculture et de l’aménagement du territoire.MOEBIUS ÉCRITURES/LITTÉRATURE L’UTOPIE POÉSIE Estuaire, « Ailleurs amoureux », automne 87, n° 46, 97 pages.L’INVITATION au voyage a été prise au sérieux par les auteurs réunis dans ce volume pour évoquer des images, des ambiances, des sons, des odeurs et des souvenirs d’ailleurs inaccessibles.Une quinzaine de textes empruntent ainsi des chemins qui ne mènent nulle part qu’au coeur du sujet.D’autre part, Claude Beausoleil nous présente quelques poèmes d’auteurs mexicains contemporains à découvrir.Finalement, les chroniques sur les livres complètent cette livraison.Le Sabord, « La main : météo, lumière sur fond gris », n° 16, automne 87, 34 pages, $3.CETTE REVUE culturelle entreprend sa cinquième année de publication.Cinq textes de Cécile Cloutier, Joseph Bonenfant, Louise Cotnoir, Anne-Marie Alonzo et Huguette Bertrand célèbrent, chacun à sa façon, la main qui trace des lettres, qui pétrit, qui forge, qui touche, qui dessine et qui palpe.Des illustrations de Sean Rudman accompagnent ces oeuvres.De plus, une nouvelle inédite de Gilles Pellerin, une entrevue avec Marie Brossard du théâtre Repère de Québec, un livre majeur présenté par Antonio d’Alfonso ainsi que les recensions habituelles agrémentent le tout.L’art visuel en pages De l’escarpolette à l’échafaud '¦’NT- Photo ' 1987, Flammarion Détail d’un pilier du cloître de Moissac : saint Paul.LE SENS DE L’ART Herbert Read traduit de l’anglais par Anne-Marie Terel Paris, éd.Sylvie Messinger 1987, 250 pages LA SCULPTURE DE MOISSAC Meyer Schapiro traduit de l’américain par Antoine Jaccottet Paris, Flammarion 1987, 144 pages 157 illustrations noir et blanc L’INVENTION DE LA LIBERTÉ Jean Starobinski Genève, Skira, 1987, 220 pages 130 illustrations couleurs et noir et blanc CLAUDE ROUSSEL SCULPTEUR / SCULPTOR Herménégilde Chiasson et Patrick Condon Laurette Moncton, éd.d’Acadie 1985-1987, 106 pages illustrations couleurs et noir et blanc.CLAIRÇ GRAVEL LFI TEXTE de Herbert Read est ambitieux : il s’agit de donner au vaste public les outils nécessaires pour pouvoir comprendre puis juger des oeuvres d’art.Le livre a été publié une première fois en 1931 à Londres, l’édition a été revue et augmentée en 1968.Le texte est construit autour d’une série d’articles publiés pour une revue littéraire, The Listener, que Read a complétée et ordonnée en vue de construire un exposé théorique « raisonnablement cohérent ».La définition de l’art voisine celle de la beauté : Read pose les jalons de valeurs artistiques fondamentales, nous présente une histoire de l’art qui va des Primitifs à Henry Moore; dans les six dernières pages, il tente de répondre à sa question initiale : « Qu’est-ce que l’art ?» Il ap pert que l’authentique oeuvre d’art doit apporter la paix et la sérénité.Reid fait des distinctions raciales en art : « Le juif a toujours cette mobilité fondamentale de tempérament, cette inquiétude caractéristique de ses ancêtres; mais il est cerné, réprimé.C’est pourquoi il se met à l’art plastique sur le tard ; et l’art qu’il crée est distinctif.Cet art n’a pas le même respect de la forme que l’art aryen; il évite le défini et le statique.Il est essentiellement romantique .» (p.195).Et le sens de l’art ?Eh bien ! il est transcendance.La métaphysique vient à point résoudre les rapports art et société.À lire avec suspicion.?L’abbaye de Moissac, en Aquitaine, possède l’un des chefs-d’oeuvre du second art roman, le grand portail historié, qui apparaît au cours du dernier tiers du Xle siècle.Meyer Schapiro, spécialiste de l’art médiéval, nous entraîne de plain-pied dans son analyse descriptive extrêmement dense et fouillée, où il passe au crible chaque pilier, chaque chapiteau, chaque relief du porche.L’étude des éléments-modèles nourrit l’explication des développements stylistiques.Schapiro produit un texte d’archéologue : les descriptions pourront paraître fastidieuses, tellement le ton « objectif » de l’historien est sec.À tel point que l’analyse ne laisse aucune place à l’interprétation.Les photographies de David Finn sont remarquables et nous aident à suivre un magistral Schapiro, qui, à l’instar de son sujet, subordonne son récit à la conception architecturale.?L’invention de la liberté, c’est la réédition d’un livre épuisé depuis une vingtaine d’années, un livre adorable où l’esthéticien Jean Starobinski dépeint les multiples facettes du XVIIIe siècle, là où les idées se sont trransformées, où l’on assiste à des bouleversements sociaux qui amèneront la Révolution française.C’est le siècle des Lumières, de Fragonard et de Goya; sous la frivolité se cache la mélancolie, sous les dentelles, la mort.Car il n’y a pas loin de l’escarpolette à l’échafaud.À l’irréalité de l’art d’un Watteau, Goya apporte une issue : la destruction, peut-être même l’auto-destruction.La volupté, de jouissance lasse, recherche le piment de la douleur.Ainsi naît la sublimité, l’événement sanglant, et une autre idée de la nature : la montagne aux précipices vertigineux marquera le passage du rococo au romantisme.L’écriture de Starobinski est géniale, elle vous attire comme un aimant dans des cheminements idéologiques pourtant complexes et vous donne l’impression d’atteindre à sa grâce même.À souligner, la grande qualité des reproductions aux éditions Skira.?Voici, pour la première fois, un livre d’une maison d’édition acadienne sur un artiste acadien : Claude Roussel.Et il pourrait constituer un modèle dans le genre : d’une part, d’excellentes reproductions, qui retra- cent l’itinéraire prolifique et multiforme du sculpteur et commentées par lui ; de l’autre, deux textes, l’un d’un artiste, Herménégilde Chiasson, écrivain et cinéaste, et l’autre d’un historien et critique d’art, Patrick Condon Laurette, qui étudient le « phénomène » Roussel de deux manières se complétant à merveille.L’oeuvre nous apparaît comme foncièrement authentique; Chiasson, en la replaçant dans une perspective acadienne, fait ce constat : « On a dit que les minorités sont condamnées à la création.Peut-être parce que le territoire leur échappe et qu’il faut le réinventer sans cesse.Roussel aura donc contribué à la montée d’une conscience visuelle car ce n’est un secret pour personne que la perte de l’identité commence par la perte de la représentation » (p.15).François Truffaut, cinéaste secret ALINE DESJARDINS S’ENTRETIENT AVEC FRANÇOIS TRUFFAUT Ramsay, coll.« Poche/Cinéma », Paris, 1987 FRANCINE LAURENDEAU D’ABORD critique de cinéma, par la suite régulièrement interrogé à la sortie de chacun de ses films et reprenant volontiers la plume, à l’occasion, pour défendre ses « copains de la Nouvelle Vague » ou pour se mettre à l’écoute d’Alfred Hitchcock (Le Cinéma selon Hitchcock, Seghers, pour l’édition originale, puis Ramsay pour l’édition définitive), François Truffaut s’est abondamment exprimé sur son oeuvre et sur le cinéma.Et pourtant, lorsqu’on s’intéresse à l’auteur des Quatre Cents Coups et qu’on tente de remonter vers ses racines, on doit déplorer son extrême discrétion, pour ne pas dire son silence.C’est dans l’irremplaçable Truffaut par Truffaut (Chêne, 1985), où Dominique Rabourdin a réuni écrits et propos du cinéaste, les illustrant de photos de lui, de ses films et de documents s’y rapportant, que j’ai lu pour la première fois (à ma grande honte) des extraits d’une entrevue accordée à Montréal à Aline Desjardins, dont la parution en 1973 (parution, à vrai dire, confidentielle), m’avait échappé.Lorsque j’ai tenté de me procurer ce texte, il était déjà épuisé.Or voici qu’il resurgit en livre de poche, précédé d’une préface où l’on apprend que Truffaut tenait beaucoup à ce petit livre dont il avait pris soin de réunir lui-même l’iconographie en mettant à la disposition des éditeurs ses photos les plus personnelles.« Quand j’ai commencé à préparer avec lui le (gros) livre qui est devenu Truffaut par Truffaut, précise Dominique Labourdin, il m’en a donné un exemplaire en en précisant l’importance : “Ce que j’ai dit dans ce livre, je ne l’avais jamais dit ailleurs, et je ne le redirai pas.” » Propos d’autant plus irrévocables que le cinéaste disparaissait il y aura trois ans cette semaine, le 21 octobre 1984.Que raconte donc François Truffaut à Aline Desjardins, en ce mois de décembre 1971 ?Ses premières années dans la vie chez ses grands-mères.Les suivantes auprès d’une mère que sa seule présence dérangeait.Son enfance de petit Parisien sous l’occupation, une triste époque pour les enfants aussi, obligatoirement humbles, obligatoirement soumis parce que les parents comptaient sur eux pour amadouer les commerçants chez qui on les envoyait faire la queue pendant des heures quand on n’avait plus de tickets d’alimentation.Le tout dans une ambiance parfaitement immorale de marché noir et de combines.Les marchands (voir Le Chagrin et la Pitié) étaient les rois de Paris, des rois absolument odieux.« On était là humblement, se souvient-il, comme des mendiants, comme des petits mendigots, et après la Libération, ça a continué, surtout dans mon quar- LE PETpT DEVOIR l a.c a m ' ~ïyl « k P £ 3 t- 'Z.Un cahier spécialement conçu pour les 6 à 12 ans Un véhicule publicitaire de choix pour des publicités choisies! Réservations publicitaires (514) 842-9645 PHOTO JACQUES GRENIER FRANÇOIS TRUFFAUT.tier de Pigalle .» Les circonstances de sa découverte de la littérature et du cinéma sont curieuses.Il a commencé par dévorer en cachette les romans que lisait sa mère.Et puis, évasion plus forte, il s’est mis à fréquenter régulièrement les salles de cinéma, toujours en cachette.Si bien qu’il gardera de cette période de sa vie une grande angoisse : longtemps, pour lui, le cinéma sera lié à une angoisse, une idée de clandestinité.Très vite, il acquiert un sentiment de solidarité avec les auteurs de films dits artistiques ou difficiles.« J’étais toujours pour l’artiste mis en boîte, l’artiste qui provoque des ricanements; même quelquefois avec naïveté, même quand le film ne valait pas d’être défendu.» Ce qu’il y a de plus éloquent dans ce petit livre, ce sont les photographies de François Truffaut en prison militaire (« c’est comme artilleur, glisse-t-il au passage, que je me suis abîmé les oreilles »).Trois photos d’un jeune homme au crâne rasé.Et s’il n’a pas un mot pour son père « naturel », il se laisse abondamment interviewer sur son père spirituel, André Bazin, qui l’a littéralement sauvé, à l’époque, de ce qui ressemblait fort à un bagne.La suite est davantage connue, bien que Truffaut ait rarement parlé directement de « la femme », de ses filles (qui avaient 11 et 13 ans), de son « désengagement » politique.Et l’on salue à chaque page le tact et le flair de son interlocutrice qui a su le pousser si loin.Il est temps de rappeler ici qu’Aline Desjardins (la meme qui annonce chaque jour, à la radio agricole, le prix des grains de provende) fut, de 1966 à 1978, l’animatrice d’une émission quotidienne de télévision où défilèrent toutes les personnalités marquantes de la décennie, de Gisèle Halimi à Marguerite Yourcenar.Rappelons, enfin, que c’est Gilles Derome qui réalisait l’émission sur Truffaut. Le Devoir, samedi 17.octobre 1987 ¦ D-7 LE PLAISIR rfpc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres : j Le temps dans l’espace Un plaisir pour l’oeil et pour l’intelligence ATLAS HISTORIQUE DU CANADA I.Des origines à 1800 R.Cole Harris, directeur; Geoffrey J.Matthews, cartographe et graphiste; Louise Dechêne, directrice de l'édition française; Marcel Paré, responsable de la traduction Montréal, Presses de l'Université de Montréal 1987, XVIII, 198 pages YVAN LAMONDE IL EST plutôt rare que la science rende lyrique.Voici un cas où le lecteur est invité à un voyage dans le temps qui va de 18,000 avant Jésus-Christ à 1800, à un voyage dans un espace où la calotte glaciaire est devenue fleuve.On pense à Saint-John Perse ; « C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde.» Géographes, historiens, archéologues, paléo-botanistes, géologues, quaternaristes, cartographes et graphistes ont mis en commun savoir et technique, pour produire cet opus magnum qui est un plaisir pour l’oeil et pour l’intelligence.L’usager éventuel vivra à chaque page de l’Atlas cet étonnement gratifiant : voir d’un coup un phénomène qui l’a toujours intrigué — la distribution géographique des Amérindiens, les origines géographiques françaises de la population canadienne — et pour lequel on lui fournit en même temps une information sûre, concise.En 69 planches multichromes et six chapitres ou divisions, après une introduction générale à chaque division, des présentations et l’indication des responsables et sources documentaires pour chaque planche, l’ouvrage nous donne à voir le petit « big bang» du continent nord-américain, le réchauffement, les premières migrations dans un nouvel environnement aquatique et végétal, les chasseurs de bisons, la cosmologie amérindienne, les pêches européennes du XVIe siècle, puis la lente colonisation européenne jusque vers 1800.Un bijou de savoir et de techniques graphiques, de recours à des formes et à des couleurs qui animent presque l’image.Dans de très rares cas, les nuances de couleurs servant de symbole rendent le repérage un peu plus difficile, même si les dégradés d’une même couleur confèrent une homogénéité esthétique à telle planche.Mais retenons que la lisibilité des planches est quasi parfaite.Les six divisions de l’ouvrage pé-riodisent déjà l’exploration de l’espace : la préhistoire, l’activité première de la côte atlantique, l’expansion vers l’intérieur, la colonie du Saint-Laurent, le Nord-Ouest, puis un panorama du Canada en 1800.La mention de mes planches pré- férées donnera une idée de l’intérêt passionnant de cet Atlas historique.La planche 15 sur la cosmologie et les croyances des indigènes préhistoriques met le lecteur face à un Lascaux nord-américain.La planche 19 flèche et date les explorations de la côte atlantique depuis Cabot (1497) jusqu’à James (1632).La planche 30 localise les Acadiens et décrit les mouvements de déportation et de retour entre 1755 et 1785.La planche 43, très chargée, visualise « la Conquête » et les batailles de Québec en 1759 et en 1760.La planche 45 fait clairement voir sur la carte de la France que la population canadienne, de 1608 à 1759, vient essentiellement d’une partie de l’Hexagone comprise à l’ouest d'une ligne passant par Soissons, Paris, Bordeaux.Puis, pour l’effet saisissant, on ira voir sur la planche 9 les lunettes à neige en ivoire, mode 500 ans après Jésus-Christ ! On annonce la parution du volume II sur le XIXe siècle pour 1992 et celle du volume III sur le XXe siècle pour 1989.On notera que le même ouvrage est disponible en anglais aux Presses de l’Université de Toronto.On espère que les éditeurs tireront de ces planches des diapositives pour l'enseignement : il y va du plaisir de l’histoire, celui qui rappelle que le temps et l’espace sont bien des a priori de l’entendement humain.< AIR OCCt.VVF: >±*\ CH ,53 ) .> - ^ 'XvW?J S h V w» La planche 19 de l'Atlas historique du reproduisant une partie de la carte de Desceliers (1550)' Comment et pourquoi le Québec français a perdu les Italiens La maternité en « marge » Lutter avec la mère célibataire, c'est poser la question de la qualité des rapports entre femmes et hommes PHOTO CP Si elle est bien accompagnée dans son cheminement, la fille-mère passe « de la naissance à la connaissance, à la renaissance et à la reconnaissance ».LES FILLES-MÈRES Vivre à force de naître Blandine Asselin Fides, coll.« Cahiers d’études pastorales » Montréal, 1986, 136 pages CHANTAL BEAUREGARD LA DOCTRINE de l’Église catholique est assez rigide face aux questions de la sexualité, de la vie de couple et des rôles parentaux.D’un point de vue féministe, elle s’attache généralement à une conception traditionnelle de la femme : épouse-mère, gardienne sacrificielle du foyer.Si les préceptes moraux de l’Eglise sont clairs, la réalité quotidienne vient nous rappeler que la vie des gens dépasse largement le cadre de ce qu’on a couché sur papier, qu’il soit bible ou buvard.C’est à l’examen de ce que vivent les mères célibataires que nous convie Blandine Asselin.Qui sont ces femmes ?Quels sont leurs besoins ?Comment peut-on les aider à prendre en mains leur existence et à s’épanouir ?L’Église encourage-t-elle l’accueil de ces « marginales» ?L’étude a été menée auprès de mères célibataires de la Petite Maison, centre d’accueil du plateau Mont-Royal à Montréal, dirigé par les soeurs de la Miséricorde.Les données recueillies tendent à démontrer que la fille-mère a surtout besoin d’être reconnue comme personne.Toutefois, une sexualité largement orientée sur le court terme l’empêche de vivre des relations authentiques avec la gent masculine.Elle ne peut donc pas s’appuyer sur sa vie sexuelle afin de cerner sa véritable identité.Pour ce faire, elle doit être accompagnée dans un cheminement qui l’amène à s’éveiller à un nouvel aspect de son être.Elle passe alors « de la naissance à la connaissance, à la renaissance et à la re-connais-sance ».Cette étude critique porte non seulement sur la capacité de connaissance personnelle et sociale de la fille-mère, mais également sur sa foi religieuse et sa difficile perception de Dieu.Blandine Asselin établit clairement les blocages ecclésiaux auxquels la fille-mère fait face.Ainsi, la préparation au baptême de son enfant, qui « est à peu près le seul contact que la mère célibataire entretient avec l’Église», n’est pas adaptée à son état particulier.C’est qu’en effet, la cérémonie de baptême communautaire constitue une rude épreuve pour la mère célibataire.Quelle humiliation devant autant de couples heureux ! De telles situations font dire à l’auteur que les croyants devraient réexaminer leur notion de la personne, de la foi et de la pastorale des sacrements.Les Filles-Mères propose aussi un type d’intervention en trois temps, essentiellement fondé sur l’amour in- conditionnel du prochain.Enfin, Mme Asselin clôt son propos sur l’utopie à laquelle sa recherche l’a menée.Pour elle, lutter avec la mère célibataire, c’est poser la question du couple et de la qualité des rapports entre femmes et hommes.C’est parvenir à une libération à travers les institutions, entre autres, l’Église.NOMINATION Louise Loiselle / Alain Stanké, président directeur général des Éditions internationales Alain Stanké Ltée annonce la nomination de Louise Loiselle au poste de directrice des éditions.Madame Louise Loiselle oeuvrait au sein de la compagnie depuis six ans.Auparavant elle occupait la fonction de coordonnatrice de L’ENCYCLOPÉDIE DU CANADA.À lire ces pages, on saisit vite l’évidence que notre société n’a pas été façonnée pour la fille-mère.Ce document est facile à consulter.Tableaux, témoignages et bibliographie confirment l’objectif vulgarisateur.Une analyse fine et lucide de notre époque.LE DÉBAT LINGUISTIQUE AU QUÉBEC : La communauté italienne et la langue d’enseignement Donat Taddeo et Raymond Taras Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1987, 243 pages JEAN-PIERRE PROULX APRÈS avoir été au coeur du débat linguistique des années 1968-1976, les Italiens de Montréal sont en train de sombrer dans l’oubli.Donat Taddeo, professeur au département des communications de l’université Concordia, et Raymond Taras, politicologue à l’université Tulane de la Nouvelle-Orléans, proposent, pendant que la mémoire de cette période est encore vive, une relecture originale de ce débat puisqu’elle nous est présentée à travers le point de vue de la communauté italienne.Fils d’un immigrant italien, M.Taddeo a lui-même été intimement mêlé à cette histoire comme commissaire à la CÉCM au moment du débat des lois 22 et 101.Toute histoire est interprétation ou, comme on dit dans la profession, une « production de sens ».Le travail de MM.Taddeo et Taras n’échappe pas à la règle.Ainsi, les auteurs dénoncent, d’entrée de jeu, cette « tendance plus insidieuse » qui « consiste à voir dans le Canada la juxtaposition de deux nations — le Québec et le Canada anglais — essayant de se partager le pouvoir de façon mutuellement acceptable ».Les auteurs lèvent au passage leur chapeau à Pierre trudeau, ce « champion du bilinguisme » qui a démissionné avant de terminer son oeuvre.Comme quoi le sens des événéments surgit toujours de quelque lieu idéologique privilégié.L’interprétation des événements contemporains — ceux du débat autour des lois 63,22 et 101 — s’appuie sur une patiente recherche documentaire qui fait remonter les au- teurs au début de ce siècle.Ainsi, ils retracent minutieusement le rôle qu’a joué la religion, au sein de la CÉCM d’entre les deux guerres, dans l’intégration des immigrants.Elle a, par exemple, entraîné la CÉCM à les orienter vers ses écoles anglaises en réaction au mouvement d’apostasie auquel un nombre significatif d’immigrants, y compris chez les italo-phones, n’hésitaient pas à avoir recours pour passer à l’école anglo-protestante qui, dès cette époque, fascinait tout immigrant.Car une chose ressort avec force de l’ouvrage : l’attrait irrésistible des immigrants pour l’école anglaise remonte au début de ce siècle.En 1930, date des premières séries statistiques de la CÉCM, les communautés immigrantes catholiques d’Europe du Nord et d’Europe orientale en particulier fréquentent massivement l’école anglo-catholique de la CÉCM.Dès 1931, la majorité de tous les allophones catholiques y sont inscrits.Pourtant, la communauté italienne, de loin la plus nombreuse, se comporte différemment.Avant la guerre, la majorité de ses enfants sont à l’école française.La majorité bascule du côté de l’école anglaise en 1946.En fait, montrent les auteurs, la communauté italiennne, attirée comme les autres par l’école anglaise, souhaitait un compromis ; la mise en place d’écoles « bilingues », modèle qu’ils connaissaient, d’ailleurs, depuis longtemps dans les deux paroisses où ils s’étaient concentres.C’est, expliquent-ils, l’incapacité de la CÉCM de répondre à cette aspiration qui entraîna leur exode progressif vers l’école anglaise.De fait, l’école bilingue aurait pu, à l’époque, devenir le compromis acceptable pour les nationalistes francophones comme pour les leaders de la communauté italienne.MM.Taddeo et Taras n’hésitent pourtant pas à montrer comment l’establishment anglo-catholique de la CÉCM a contribué puissamment à en empêcher l'émergence au début ,’ des années 60, parce que ses intérêts ; étaient enjeu : ces écoles bilingues ! auraient, en effet, été sous la corn- : pétence du secteur français.On ve- | nait de préparer le terreau pour | Saint-Léonard six ans plus tard.; Les_ auteurs affirment, par contre, • honnêtement n’avoir pas réussi à I confirmer la thèse répétée plus tard : selon laquelle la CÉCM aurait déli- ' bérément orienté les Italiens vers : l’école anglaise.L’« énigme » n’est ’¦ toujours pas résolue.L’après-guerre marque la lente ; évolution du passage des préoccu- ; pations religieuses aux préoccupa- ; lions linguistiques.Le chapitre qui ; trace l’évolution du dossier jusqu'au ¦ milieu de la Révolution tranquille est • passionnant car c’est à cette époque ; que s'accélère l’immigration ita- ; lienne.Il suit de près l’histoire du co- ' mité des Néo-Canadiens qui tenta • d’articuler la politique de la CÉCM • en matière de langue d’enseigne ment.Les auteurs lui vouent une ¦ sympathie évidente mais ils consta- : tent finalement l’échec de son action • en raison de l’indifférence des instances supérieures.Le récit que les auteurs font des ; événements plus contemporains, de la crise de Saint-Léonard jusqu’à la résolution du problème des illégaux, ; se lit comme un roman, ne serait-ce ; qu’en raison des révélations qui nous ; sont faites de la vie interne de la ' communauté italienne de Montréal j et de ses réseaux d’influences.Les auteurs manifestent, à cet égard, un ; courage certain en dévoilant ainsi au ; grand jour sa vie intime.Au total, ce livre constitue sans ! contredit, dans ce champ d’analyse ; linguistique permanente auquel se 11- ! vre le Québec tout entier depuis dix ! ans, la contribution la plus originale ! et la plus importante.Paradoxe su- ! prême, on doit de le lire en français I au refus d’un éditeur ontarien de le I publier dans sa version anglaise ori- ; ginale ! FERNAND OUELLETTE LES HEURES! «.Fernand Ouellette vient ^ (le nous donner là un livre « exceptionnel.» Jean Basile l'HEXAGONE fj POÉSIE HEXAGONE/ SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL aux professionnels du livre A l’occasion de ce gale présidence d’honneur de Communications, madame les noms des dix lauréats Mesplet seront dévoilés., placé sous1: la la ministre des Flora McDonald, des prix Fleury- 60$ le couvert Tenue de ville y ÉCRITS DES FORGES C.P • 335 «m Trols-Wvlères, G9A > PARI deJeonLeduc^ -Hélène Monette_ Bernard PoVSL-—-— HH Sa5lSTOSD’INTtNsnt (poemesJVbh- 1IK,C et RE D-8 ¦ Le Devoir, samedi 17 octobre 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Robert Choquette et les Ontarois: un livre prémonitoire Jean ElfOER-BLAIS ?Les carnets MALGRÉ qu’on en ait, on n’échappe pas à l’histoire.Elle vous guette au passage, elle vous attend dans l’ombre.Une peinture qui m’a beaucoup frappé est la suivante : vers une clairière, entre chien et loup, une petite fille perdue s’avance.Elle a peur, elle est innocente.Près d’un arbre, un homme armé d’un gourdin l’attend.Ses traits sont durcis par le crime crapuleux et son pied gauche, arc-bouté dans le sol, à la façon du sabot de Satan, signifie qu’il est prêt à bondir.J’ignore de qui est ce tableau.Lorsque, dans une librairie, je tombe sur un ouvrage consacré au fantastique, je le cherche.En vain.Je me dis que c’est toujours ainsi que l’homme faible se trouve la proie de l'histoire, qui devient soudain la sienne propre.J’ai lu en un jour le dernier volet de la trilogie que M.Robert Choquette a consacrée à l’histoire intellectuelle des Franco-Ontariens, aujourd’hui Ontarois.La Foi gardienne de la langue en Ontario, 19001950 (éditions Bellarmin, Montréal, 1987) est un livre que tous les Québécois (hier Canadiens français) devraient lire, car c’est leur destin bilingue, dans une Amérique anglophone, qui s’y trouve prémonitoirement décrit.J’ai vécu ma jeunesse dans le milieu qui fait la trame de cet ouvrage.La lutte était serrée entre les tenants du bilinguisme officialisé, je devrais dire sacralisé, façon Trudeau, et ceux de la pérennité française.Nous savions tous que l’enjeu engageait l’avenir : quelles que fussent les apparences, en dépit du triomphalisme de commande, le bilinguisme mènerait d’office à la marginalisation du français.Les Franco-Ontariens sont des héros, méconnus au Québec.S’ils étaient Suisses ou Belges, ils feraient les manchettes.Mais ce sont des héros qui, par vagues successives, sont emportés par la réalité anglaise (et raciste) de l’Ontario, plus forte que les plus chers espoirs et plus dure que l’acier le mieux trempé.À l’époque du règlement XVII, un quarteron de Québécois, autour de l’abbé Groulx, l’avait compris.Une voix s’était fait entendre.Qui sait aujourd’hui, au Québec, ce que fut le règlement XVII ?C’est la loi scolaire qui vous attend dans l’avenir, chers Québécois, et nous serons quelques-uns, dans nos tombes, à ne pas être étonnés outre mesure.Toujours est-il que, formé par les jésuites de Sudbury, selon les préceptes de ce qui nous reste d’humanisme, je suis venu au Québec afin d’échapper au rêve ubuesque de devenir un esprit bilingue.Bien m’en a-t-il pris ?J’en doute souvent.Je vois se reconstituer autour de moi les décors et le scénario que décrit M.Robert Choquette, la progression lente mais invincible de l’anglais, l’ardent désir des Québécois de se retrouver bilingues, le rejet de toute solution politique volontariste, l’acceptation du mépris dans lequel nous tient l’humanité.Pendant les assises de la francophonie, je me disais que tous ces étrangers devaient joliment se moquer de nous.D’une part, les déclarations de fidélité, le ballet des réceptions, les entourloupettes sémantiques, les « réalisations » de la Belle Province (cette expression à elle seule fait rougir) ; d’autre part, la participation plus qu’active du gouvernement central, dont tout le monde sait à quel point il joue la carte de notre assimilation, servi à souhait par notre politique d’immigration.À coté de ce géant, en retrait, comme il se doit, un Québec piteux à la remorque des trusts.Je pensais à mes parents, à mes maîtres, si fiers du sang qui coulait dans leurs veines.Quel sang coule ici ?L’ouvrage de M.Robert Choquette se clôt, en forme de conclusion, sur un éloge cacochyme du bilinguisme sacralisé.Toute sa thèse, la narration des faits, l’éclat des luttes, démentent cette conclusion.Ces pages dénaturent l’histoire, car elles transforment une défaite, un retrait, en victoire idéologique.Le chant des héros devient un Ô Canada volapuk.Mais nous n’avons pas le culte des héros.Après cette lecture, j’aurais voulu pleurer, comme le vieux Priam, et j’en étais incapable.L’histoire, déesse de marbre, vous oblige à retenir vos larmes.D’autres hommes, des étrangers, pleureront sur nous.Dans ces pages, que de visages connus, que de silhouettes ! Le sujet est lui-même un personnage épique.Il s’agit de la lutte, pendant un demi-siècle, d’une minorité de paysans, d’artisans, de petits bourgeois, qui a la volonté d’accéder à la culture, à l’enseignement, dans sa langue, qui est le français.L’Ontario est en pleine expansion, dirigé par des hommes de grand talent, retors, patients, habiles à susciter les haines.Cela leur était d’autant plus facile que les Canadiens français de l’Ontario étaient de fervents catholiques, souvent soumis à l’autorité d’un évêque irlandais haineux.Les noms de Fallon, Dignan doivent être voués aux gémonies.L’évêque Dignan venait au collège de Sudbury.On voyait en chair et en os ce suppôt ; il nous parlait français; il savait sourire grassement.Nous le regardions comme une bête curieuse.Les pères étaient tout respect, mais nous savions, à la façon qu’ils avaient d’enlever et de remettre leur barrette, ce qui se passait au fond d’eux-mêmes.C’est l’histoire d’une persécution, osons le mot, raciste, larvée, enrobée de discours, faisant appel aux grands principes; raciste.Les hommes politiques ontariens et les évêques anglophones ne s’attendaient pas à forte partie; ils trouvèrent en face d’eux des chefs résolus et une population digne.M.Robert Choquette s’en tient à la démarche des hommes glorieux : les sénateurs Belcourt, Laçasse, Hurtubise, le père Charlebois; il est peu question de la piétaille.J’ai été de cette piétaille, je sais avec quelle ferveur les filles de la Sagesse, les jésuites, les curés, issus comme nous tous de la paysannerie, ont su lutter, nous conserver l’âme française à laquelle nous avions droit.À Sudbury, gloire ! Gloire à eux ! Des hommes comme les pères Guy Courteau et Lorenzo Cadieux fondent la Société historique, qui irradie sur tout le Nord-Est.L’action des jésuites de Sudbury avait une ardeur, une pureté d’intention qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans ce livre.Le moins que je puisse dire, c’est que M.Robert Choquette ne lui fait pas la part belle.Les jésuites ne se voulaient pas serviteurs du bilinguisme intégral, qu’ils traitaient en fourrier de l’assimilation progressive.À Ottawa, en revanche, les oblats de Marie-Immaculée faisaient du bilinguisme leur cheval de bataille.À la faveur de règlements administratifs ontariens, le collège de Sudbury a disparu et, avec lui, le courant irrédentiste.Les théoriciens du bilinguisme l’ont emporté et cela a donné ce que cela donne.Je renvoie à Remy de Gourmont.La semaine dernière, je jurais mes grands dieux de tourner le dos à la politique.Que voulez-vous ?Je ne vis pas au Monomotapa, mais ici, en chair et en os, porteur d’une tradition que ce livre a fait revivre intensément dans mon coeur.Et c’est aussi avec mon coeur que je pense.PHOTO JACQUES GRENIER LE PARCHEMIN Vingt ans dans le métro Suite de la page D-1 Alors qu’il était étudiant en pédagogie au Mexique, il annonçait un beau jour à ses parents et à ses huit frères et soeurs qu’il désirait vivre un an au Canada.On le dissuada.Pourquoi pas les États-Unis ?lui de-mandait-on.Après tout, Jesus Véga ne voulait-il pas apprendre l’anglais ?Arrivé au Québec, il découvrait une culture qu’il ignorait; le Québec était bien autre chose que la rigueur de l’hiver et la police montée.« J’ai tout de suite aimé le côté latin des gens d’ici, je me suis senti des affinités de comportement avec eux, j’ai tout fait pour faire mienne leur culture, pour la protéger des agressions extérieures et l’aimer jusqu'à en oublier la mienne.» La première année de son installation au Québec, Jesus Véga travailla dans une papeterie.De retour à Mexico, il fit une demande de visa d’immigrant et, installé définitivement dans notre province, il se lança dans l’aventure du Parchemin.« J’ignorais tout des rouages de la librairie mais j’avais envie de tout apprendre.» Pari tenu.Le néophyte apprenait le français en quelques semaines, s’abreuvait à toutes les sources du savoir, s’instruisait des auteurs francophones, lisait jusqu’à l’écoeurement.Aujourd’hui, Jesus Véga est heureux.Son commerce marche bien, les chiffres le démontrent.Selon une récente étude de la firme conseil Raymond Chabot et associés, Le Parchemin est, de toutes les librairies francophones d’Amérique du Nord, celle qui fait le plus gros chiffre d’affaires au pied carré.Mais son fondateur, loin de plastronner, avoue que la partie n’est jamais gagnée.Il continue de s’informer, inlassablement, méticuleusement.Il passe en revue les journaux, regarde Apostrophes et toutes les émissions littéraires.Il s’enquiert des événements politiques, culturels, rencontre les agents de voyages, les organisateurs d’expositions.Tout cela, il le fait le plus humblement du monde, sans ja- JESUS VÉGA devant sa librairie.mais se départir d’une certaine courtoisie, peut-être la marque de ses origines nobles.Il n’est pas surprenant d’apprendre que, chez lui, le client est vraiment roi.« Tous, ici, autant que nous sommes (il a sept employés), veillons à ce que le client, qu’il soit de passage ou fidèle, ne reparte pas les mains vides.Cela veut dire qu’un indice, si petit soit-il, doit suffire à identifier le bouquin demandé, et s’il faut faire venir le livre de Norvège, qu’à cela ne tienne.Le client ne paiera pas plus cher mais il sera comblé.» Notre interlocuteur maintient que le commerce n’est pas aussi rentable qu’on l’imagine et qu’il faut être animé d’une grande passion presque désintéressée pour l’exercer.M.Véga a des principes chevaleresques.Une attention toute particulière est également apportée à la présentation, différente selon les saisons.Les vitrines parlent jardinage et sports au printemps, voyages en été, retour à l’école en automne et livres d’art au temps des Fêtes.Mêmes changements à l’intérieur, pour ne pas lasser la clientèle que le libraire qualifie de très diversifiée, « à l’image du métro».Les étudiants de l’Université du Québec à Montréal pourtant toute proche ne forment pas le gros de cette clientèle.Ils ont une coopérative qui leur fait des prix réduits.M.Véga mise sur ses sept employés et sur un fort esprit d’équipe pour faire tourner son entreprise.« Ce sont des personnes motivées qui, si elles aiment la lecture, n’en sont pas moins débrouillardes et attentives aux désirs des clients.» Autre argument de vente : une musique douce, des rayons et des caissons en bois chaud, une atmosphère aréable, lénifiante, loin du tohu-bohu du métro.Sa librairie, M.Véga en a fait son credo.Peu ou pas de vie sociale; quant aux loisirs, ils sont presque inexistants.Quand il revient chez lui, il lit les catalogues qu’il n’a pas eu le temps de feuilleter la semaine.Revient-il parfois au Mexique pour retrouver ses huit frères et soeurs ?« Plus vraiment », me répond-il, sans une once de regret.Jesus Véga s’est éloigné de la mère-patrie avec les années.Seul, reste et restera probablement toujours l’accent chaud et délicieusement chantant du soleil mexicain.— France Lafuste Je suis né au Suite de la page 0-1 était estimé dans la mesure où l’on exerçait une profession plus digne, et non pas selon les honoraires qu’elle pouvait rapporter.Pourquoi les historiens francophones qui nous ont précédés ont-ils si peu étudié le commerce ou, lorsqu’ils l’ont fait, pourquoi y ont-ils montré si peu de compréhension ?C’est que, sous l’Ancien Régime comme de mon temps, un marchand n’était qu’un marchand, son commerce une opération vile.Autre trait de cette mentalité : tout part d’en haut, surtout l’autorité.Celle-ci est pourvue automatiquement de la « grâce d’état », si bien qu’une décision de l’autorité, en plus d’être indiscutable, ne peut que viser notre bien.La critique de l’autorité ne peut venir ue de « mauvaises têtes » : elle forme avec le scan-ale les deux crimes capitaux qui entraînent l’expulsion.Autorité indivise : les subalternes ne participent à aucune décision.Prendre la tête d’une délégation pour aller formuler des plaintes était, sous le gouverneur Vaudreuil, l’équivalent d’une mutinerie et on envoyait des soldats saisir le délégué; sous F’rontenac, faire signer une pétition pour appuyer une demande sans avoir d’abord demandé la permission était un crime; c’était le « chacun parle pour soi » et « personne ne parle pour tous ».J’ai connu cet état d’esprit au collège, et même à l’université lorsque, avant de nous grouper en association de professeurs, nous sommes allés bien sagement en demander la permission au recteur.Autorité, toutefois, tempérée par le paternalisme.18e siècle Celui qui détient l’autorité sous l’Ancien Régime, et de mon temps, est un père, il dirige en « bon père de famille » et, conformément au mythe que l’on se fait du père, il est « sévère mais juste ».Paternalisme à tous les échelons de la société, à partir des plus hauts (qu’ils soient ecclésiastiques ou laïques), et jusque dans les paroisses ou dans les collèges.Nous avons connu le long règne autoritaire et arbitraire de Duplessis : ce régime a pu se maintenir sans aucune fêne parce que son paternalisme collait exactement notre mentalité traditionnelle.L’homme de ma génération est donc né et a été formé dans le prolongement de l’Ancien Régime.Puis, brusquement, sans y avoir été préparé, il est passé dans un autre type de société, par une étape qu’on a appelée la Révolution tranquille et datée de 1960.Fin 1940, quand tout mon patelin s’est scandalisé de voir un pretre américain ôter sa soutane pour jouer au tennis, qui aurait pu prédire que, dans notre société, toute soutane allait soudain disparaître ?Qui aurait prévu qu’on verrait les religieuses en pantalon et même en mini-jupe ?L’homme de ma génération a dû, depuis une trentaine d’années, s’adapter rapidement a une série de mutations profondes : aucune génération ne me paraît avoir subi autant de chocs depuis celle qui est venue s’installer dans le Saint-Laurent au début de la Nouvelle-France Nous avons vécu deux mondes, celui d’aujourd’hui et celui de l’Ancien Régime.Cela explique certains de nos comportements.[.] (Tous droits réservés 1907.Boréal ) Fernand Seguin entre la bombe et l’orchidée Suite de la page D-1 scientifiques.Plus humble, il précise : « Je n’ai pas créé de vocations.J’ai plutôt allumé des étincelles.J’ai transmis ma curiosité, ma passion pour la culture scientifique.Un peu comme un professeur.D’ailleurs, si vous me permettez, c’est un peu le reproche que Ton peut faire aux enseignants d’aujourd’hui.Ils sont parfois plus préoccupés à revendiquer des avantages professionnels qu’à transmettre cette passion; passion qu’ils n’éprouvent, d’ailleurs, parfois plus.De la soixantaine de professeurs que j’ai eus, je n’en ai retenu que quatre ou cinq.Ceux qui avaient cette flamme au fond des yeux.» Lui qui a osé s’introduire à l’intérieur de cette « caverne » où se terrent les savants, comment est-il perçu dans ce milieu ?« On me voit comme un marginal, évidemment, et on me tolère ainsi.Par contre, si Ton retenait de moi que je suis un antiscientifique, on ferait erreur.La science est une des aventures intellectuelles les plus excitantes de l’esprit humain.La science est aussi partie de la culture, au même titre que la littérature, la musique ou d’autres productions intellectuelles.Trop peu de gens le comprennent.» Au coeur de la vie quotidienne, la science doit être libre et responsable, voire démocratique.« On a trop longtemps connu, en Occident, une mode qui consistait à traiter la pratique scientifique comme une pratique destinée a l’élite.Cela engen- dre une sorte d’orgueuil, de mépris condescendant à l’égard de ceux qui ne savent pas.Comme je viens d’un milieu très modeste, je suis sensible à la différence entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.C’est peut-être pourquoi j’ai eu un certain succès à transformer cette pratique en un partage et non en une domination.» Aux yeux de Fernand Seguin, la conception élitiste qu’ont les scientifiques contribue à la formation d’un certain cléricalisme.Il existe, selon lui, des chapelles scientifiques, comme il existe des chapelles littéraires.« Au bout du compte, cela engendre la conformité.Alors, la pensée scientifique n’est plus libre.» Tout au long de sa carrière de diffuseur de la pensée scientifique, Fernand Seguin a vu le Québec évoluer.Le quotient environnemental de la population s’est accru, le Québec a pris le virage technologique.La culture scientifique s’est propagée.Lentement, toutefois.« On voudrait toujours que les choses aillent plus vite.En 1960, quand je sonnais l’alerte au sujet de la détérioration de l’environnement ou de la famine du tiers monde, j’étais marginal.J’aurais aimé qu’on prenne conscience du problème plus rapidement.Cela s’est fait plus lentement et peut-être est-ce mieux ainsi.» Bien sûr, dit M.Seguin, « je me demande parfois si j’ai travaillé pour rien ».« Mais je réponds non.Il faut savoir que le temps est une chose qui s’écoule à son rythme.Toute com- munication doit compter avec le temps.Il faut accepter d’attendre.Les Québécois ne savent pas attendre.La Révolution tranquille n’a pas su attendre.Le mouvement indépendantiste, non plus.On a pris récemment le virage technologique.Trop rapidement.On a rempli les écoles de micro-ordinateurs et on a dit : débrouillez-vous.C’est une erreur.» Victimes de « l’obsession du court terme », les Québécois réinventent la roue, estime Fernand Seguin.« Et cette roue ne tourne pas toujours rond.Trop spontanés, les Québécois ne s’appuient pas suffisamment sur la continuité.Ils n’ont pas le sens de l’histoire.C’est pourtant élémentaire.Pour progresser et éviter les erreurs passées, il faut savoir ce qui s’est passé avant nous.» Pour Fernand Seguin, le traitement de la science dans les médias exprime merveilleusement l’obsession du court terme dont souffre le Québec.« De façon générale, les médias ont perdu en qualité ce qu’ils ont gagné en quantité.On oublie l’importance d’exercer un regard critique plus aigu.On n’en a plus que pour la première, la découverte.Très secondairement, on se demande si c’est utile.L’analyse a cédé le pas devant le scoop.Résultat : on insensibilise le public.C’est ce qui explique, en bout de piste, l’indifférence généralisée.» En somme, il faut, de toute urgence, d’autres Fernand Seguin.— Pierre Cayouette LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR i Date de tombée: 6 novembre 1987 Réservations publicitaires Jacqueline Avril: (514) 842-9645 du 14 novembre prochain sera consacre au SALON DU LIVRE DE MONTREAL et à tous ses participants * /tT' 4 y
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