Le devoir, 2 mai 1992, Cahier D
• le plaisir des ivres r Çliampigny , OUVERT DE 9H À 22H MÊME LE DIMANCHE 4380 ST-DENIS, MONTRÉAL H2J2L1 TÉL.(514) 844-2587 Le Devoir, samedi 2 mai 1992 Forme-t-on des Victor Hugo sur les bancs d’école?j Stéphane Baillargeon COMMENT devient-on écrivain ?En écrivant, évidemment ! Le mythe veut que cela se fasse chez soi, en solitaire, à force de sueur, de larmes et de sang.La vie de l’écrivain est une ascèse; le culte des lettres une religion.On entend encore Flaubert : « J’aime mon travail d’un amour frénétique et perverti, comme un ascète le cilice qui li)i gratte le ventre.» De nos jours, cès vertus religieuses sont en voie de scolarisation universitaire.L’oeuvre peut se mériter comme un diplôme, le roman, la nouvelle ou le poème se mesurer en termes de crédits.Presque toutes les universités québécoises offrent des programmes de premier cycle et de maîtrise avec une concentration en écriture.L’Université de Sherbrooke forme même des sortes de « docteurs ès roman » ! L’UQAM a popularisé la chose, en 1984, en lançant son certificat en création littéraire : cinq cpurs de théorie sur la démarche créatrice, jumelés à cinq ateliers d’écriture.« En fait, l’écriture n’est pas lg raison première de notre démarche, dit le professeur Noël Audet, un dps instigateurs du programme.Notre pari est de lier ce processus à une réflexion théorique profonde sur le motif créateur.» .Cette distanciation critique distingue essentiellement le processus universitaire québécois de ce qui se fait aux États-Unis depuis deux décennies à travers les Creative Workshop et depuis longtemps, un peu partout au Québec, dans les associations professionnelles.L’Union des écrivains québécois offre des services de tu-tprat par des romanciers de renom.Le centre d’essai des auteurs dramatiques appuie le développement d’une vingtaine de textes par année, le plus souvent jusqu’aux lectures publiques de la Semaine de la dramaturgie, dont la dernière édition a été présentée à la mi-avril.Certains artistes donnent des cours privés, comme la poétesse Madeleine Gagnon et l’auteur-compositeur Sylvain Lelièvre.La Fédération du loisir littéraire, fpndée en 1961, offre pour sa part des dizaines de séminaires de création sans prétention, où un millier de membres s’initient à l’écriture d’un roman, d’un article de journal ou d’une nouvelle.« Nos étudiants peuvent aussi acquérir des techniques de base, précise le professeur Jean Larose de l’Université de Montréal.Mais on offre en plus la « possibilité » de réfléchir sur les conditions de l’é- criture : c’est à chacun de saisir l’occasion de penser profondément ses relations à la création et à la littérature.» Larose a lui-même été un des premiers « maîtres ès création » au Québec, en 1974.Rien qu’à l’UQAM, on compte maintenant une cinquantaine d’étudiants-écrivains inscrits en maîtrise.Quelques étrangers, des Français surtout, venus profiter de « l’avant-gardisme québécois » et beaucoup de gens du pays dans la vingtaine avancée, qui ont souvent bourlingué de département en département et rempli de pleins tiroirs avant de décider d’aller user leurs fonds de culotte sur les bancs d’école.« Des étudiants remarquables, bourrés de talents et disciplinés », dit fièrement René Lapierre, directeur du programme à l’UQAM.Le programme comporte six séminaires et oblige à produire un « mémoire de création ».Il y en a pour tous les goûts : romans réalistes, contes pour enfants sages, poèmes fleuves, écrits intimistes ou textes minimalistes.Mais le produit s’accompagne toujours d’une longue digression « songée » inspirée de Bakthine, Barthes, Luckas, Adorno C’est un peu l’institutionalisation de l’éternelle recette du tutorat : créer des liens privilégiés entre un jeune doué et un maître attentionné et reconnu.L’histoire de Rimbaud et de Verlaine, de Joyce et de Beckett.ou Derrida sur le pourquoi du comment de l’écriture.Le romancier Louis Hamelin est passé par là.Lise Tremblay aussi, dont la portion littéraire du mémoire, intitulée L’Hiver de pluie, publié chez XYZ Éditeur, a reçu des louanges dithyrambiques.Le critique Gilles Marcotte a écrit dans L’actualité qu’il s’agissait « d’un très beau livre, vraiment.De la vraie littérature, et de la littérature vraie.» En fait, il n’est pas étonnant que les « vrais romans » sortent de ce niveau, après l’écrémage du premier cycle, dans un cadre favorisant les relations personnelles avec des professeurs qui sont souvent romanciers I II».M \ "*•* tlicol.' l'I l.\ H « n^« iui ml .• • \ i».uut ptrLu* E»nl "des exceptions, il va sans dire — JJ Robert Lalonde, entre autres, ; Robert-Cliche 81).On profère bien ides choses dans les coulisses du livre {québécois.l Bouillon de murmures, s’il en fût.IMais voici que d’autres mots circulaient en sourdine pour décrire cette fois le quatorzième prix du 5 nom comme un livre-choc.Rumeur j grondante et persistante entretenant f( j jusqu’à tout récemment le suspense îçi autour de ce Salon du livre de ti ; Québec consacré au polar et d’où, * f J depuis 79, ce prix de la relève est j 1 issu, année après année.On £{ ! entendait dire que les éditions ÿ 1 Quinze qui prennent en charge traditionnellement le Robert-Cliche avaient hésité à publier celui-ci, Maria Chapdelaine ou le Paradis retrouvé i « because » le ton libre, les mots crus.Remous et controverse.Mais le voile s’est levé, mardi dernier, alors que le nom sortait du chapeau : celui de la Québécoise Gabrielle Gourdeau pour Maria Chapdelaine ou le paradis retrouvé.Livre-choc ?À mon avis, non.92 ne fête pas l’arrivée du Ducharme nouveau, mais le roman (un peu « joualeux », un peu « nationaleux — ce qui agace — et maniant parfois d’une main lourde le symbole) possède une force, une voix et une ampleur qui frappent.Le projet est ambitieux : Imaginez un peu.Reprendre à son point de chute le célèbre Maria Chapdelaine de Louis Ilémon, et trimballer l’héroïne jeannoise à travers le Québec et le siècle, de son camp de bûcherons à la grande ville, de son analphabétisme à la découverte passionnée de l’univers littéraire, de la grande noirceur au référendum en passant par la syndicalisation du textile, la montée du nationalisme, la « dope », le décrochage des jeunes.Scandées par des extraits de son journal, lettres imaginaires au fiancé endormi pour l’éternité dans la neige, de 1910 à 1980, ce sont soixante-dix années de révolution plus ou moins tranquille que traverse Maria en arborant comme un scapulaire sacré son amour pour François Paradis, le fiancé perdu d’autrefois.Maria Chapdelaine comme figure emblématique d’un Québec en marche ?Et pourquoi pas ?D’autant plus que Gabrielle Gourdeau défolklorise notre amoureuse nationale.Exit la jeune oie blanche confite en sa foi du charbonnier.Dans les manufactures de textiles montréalaises où elle s’active au cours des années trente, bête de somme parmi les autres ouvrières, elle apprend à sacrer.Cela donnera ensuite -de la part d’une Maria octogénaire bousculée dans la parade du Carnaval de Québec -des réparties du type : « Non mais aye, sasse-peut-tu une maudite sans-génie de même.faire geler une titefille à moelle jusse parce que c’est kioute à c’t’âge-là ! ?Qu’est-ce que vous avez entre les deux oreilles, adulte mature consciente et responsable : DU JELLO?Si c’est ça les nouveaux parents, ligature pour tout le monde ».Pour un peu, on croirait entendre en écho les imprécations de la vieille Victoire dans La grosse femme d’à côté de Tremblay.On n’a plus les Maria Chapdelaine qu’on avait.Premier roman donc que cette Maria Chapdelaine ou le Paradis retrouvé, avec les maladresses d’usage, inhérentes ici en grande partie à l’ampleur même du sujet fleuve — une allégorie du Québec du XXe siècle.Cette ambition finit par nuire un peu au récit, en l’obligeant au survol, mais la structure qui enchevêtre les genres et les époques est assez bien huilée et on sent que l’auteur gagnera du liant, de la puissance d’impact, du fini stylistique au prochain tour.Car il y aura un prochain roman.La force et l’audace de cette première oeuvre annonce des lendemains à ce Robert-Cliche-là.?Maria Chapdelaine ou le Paradis retrouvé, Gabrielle Gourdeau, les Quinze, 1992, 197 p.s s ! Si Serge Truffaut L’UNION des écrivaines et écrivains (québécois organise un colloque au ! cours duquel une soixantaine de | conférenciers disserteront sur une ! foule de sujet.Quel en est le thème ?i Développement et rayonnement de ! la littérature québécoise : un défi I pour l’an 2 000.Selon les | organisateurs de cet événement qui r< se poursuivra du 11 au 13 mai inclus, fi pour la première fois dans l’histoire rde la littérature québécoise des écrivains, éditeurs, libraires, I distributeurs, imprimeurs, [ bibliothécaires, enseignants, 1 professeurs, journalistes, critiques, j traducteurs, étudiants et lecteurs i seront regroupés ensemble afin de f « réfléchir sur l’état actuel et futur > de la littérature ».L ’ KDUCATION IM KRCLILTURKLLË De la réflexion à l'action g î \ PLURALISME ET ECOLE Jalons pour une approche critique de la formation interculturelle Fernand Olellet, dir.PLURALISME ETÉCOLE 617 pages J0 S Des chercheurs identifient ici les principaux enjeux théoriques sous-jacents aux débats sur le pluralisme ethnoculturel.Ils tentent de définir une problématique générale à la lumière des expériences en cours dans plusieurs pays occidentaux.PLURIETHNICITÉ, ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ Construire un espace commun Fernand Oi.ki.i.e i et Michel dir.PLURIETHNICITÉ, ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ 594 pa^es 30 5 Cet ouvrage précise comment se pose au Québec la question des défis du pluralisme ethnoculturel en éducation et propose des orientations pratiques de nature à faire avancer le débat Ces volumes sont disponibles dans toute bonne librairie ou chez l'éditeur INSTITUT QUÉBÉCOIS DE RECHERCHE SUR LA CULTURE 14, rue Haldimand, Québec (Québec) (iIR 4N4 I ci.: MIS) 643-4695 • Fax: (4IX> 646-3317 Dans le cadre de l’atelier intitulé spécificité de la littérature québécoise, une douzaine de conférenciers, des universitaires pour la plupart, tenteront de répondre notamment aux questions suivantes : Comment la littérature québécoise s’est-elle définie par ært à ses origines et à la tture française ?La littérature québécoise est-elle devenue un produit culturel exportable ?.Sur le thème Médiatisation et circulation de la littérature québécoise, des écrivains et des journalistes croiseront probablement le fer sur la question : La littérature québécoise reçoit-elle un traitement équitable par rapport à la littérature étrangère, française en particulier ?Paul Chamberland, Yolande Villemaire, Pauline Harvey, Émile Ollivier et Gail Scott, traiteront de la mutation de l’écrivain avant qu’une foule d’experts ou spécialistes divers étudient l’avenir de la lecture.Enfin, des conférenciers aborderont le monde du livre sous son aspect économique.On se demandera notamment quelles « sont les mesures économiques à prendre afin de favoriser ce développement ?».Pour de plus amples informations sur ce colloque qui se tiendra à l’Université de Montréal, on peut se renseigner au (514 ) 526-6653.Haro sur les critiques J’AIMERAIS réagir à deux courts articles parus dans Le Cahier littéraire, l’un par Serge Truffaut et l’autre par Odile Tremblay.Serge Truffaut et Odile Tremblay ont tous deux condamné les éditeurs québécois pour ne pas publier les romans des écrivains anglo-canadiens.Ils louangent la beauté d’un roman italo-canadien qui aurait dû être publié par un éditeur du Québec.Mais, il y a deux choses que Serge Truffaut et Odile Tremblay ne disent pas.Premièrement, ils ont tort de réprimander les éditeurs québécois d’une faute qu’ils n’ont pas commise.En tant qu’éditeur (Les Éditions Guernica), plusieurs livres d’auteurs italo-canadiens écrits en anglais ont !li Vrai ou faux ?Selon les conclusions d’une étude effectuée par le ministère fédéral des Communications, les Canadiens liraient passablement plus que ce qu’avait avancé le député conservateur Chuck Cook qui avait exigé, sous prétexte que les gens bouquinaient de moins en moins, qu’on sabre dans les subventions accordées à l’industrie du livre.D’après l’étude en question, plus de 90 % des Canadiens interrogés en 1991 ont affirmé lire pour leur plaisir.« C’est pratiquement l’exact opposé de la récente évaluation du député Chuck Cook », notent les auteurs du rapport.En effet, le député Cook avait évalué à 10 % le nombre de COURRIER vu le jour ici en traduction française faite par des Québécois.Pourtant, quel critique a osé écrire un seul mot sur ces livres dans les pages du DEVOIR ?Un paradoxe s’insinue chez les critiques littéraires du Québec : ils ne parlent que des livres sanctionnés ailleurs.Soyons clairs.Des traductions au Québec il y en a, mais personne ne daigne en parler parce qu’elles viennent justement du Québec, et non pas de Paris.Je suis convaincu que, si les romans dont on a fait de si beaux éloges avaient été publiés par Guernica, pas un critique ne leur aurait dédié une seule page dans LE DEVOIR.Par exemple, Guernica a publié la traduction de poèmes de Pier Giorgio Di Cicco, sans doute un des grands poètes du Canada, cependant pas une seule ligne n’a été écrite à son sujet dans DEVELOPPEMENT ET RAYONNEMENT -;LlnéiiflTimîouéBécoisef UN DÉFI POUR L AN 2000 - Spécificité de la littérature québécoise « Mutation de l’écrivain ¦ Avenir de la lecture « Médiatisation et circulation de la littérature québécoise ¦ Industrie et économie du livre Colloque présenté par UNION Jo nrininr* »1 » » risüin* quiKim» les 11,12 et 13 mai 1992 Université de Monlréol dans le cadre du Congrès de l'ACFAS près d'une vingtaine d'ateliers, conférences et tables rondes Information: (514) 526-6653 Comité thématique: AIQ, ANEL, AQPF, ASIEO, ATTIC, CEAD, COMMUNICATION JEUNESSE, CREIIQ, SOOEP OUVERTURE OFFICIELLE LE LUNDI 11 MAI, A 11HOO, EN PRÉSENCE DE LIZA FRULLA-HÉBERT, MINISTRE DES AFFAIRES CULTURELLES DU QUÉBEC.Canadiens qui bouquinaient pour le plaisir.Cela dit, le pourcentage des personnes ayant déclaré avoir lu pour leur détente au cours de la semaine antérieure à l’enquête était de 94 %, soit une augmentation de 6 % en plus de 10 ans.En 1978, une enquête similaire avait été réalisée.Le nombre moyen d’heures consacrées à la lecture de détente a grimpé d’environ six heures en 1978 à sept aujourd’hui.Où lit-on le plus ?En Ontario, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.Où lit-on le moins ?Au Québec.Les cent de Libération Le numéro spécial du quotidien Libération consacré aux Cent livres de l’année vient de sortir.Il y est notamment question des livres de Isaac Babel, Thomas Bernhard, Raymond Carver, Gianni Celati, Alfred Dôblin, Gustave Flaubert, Richard Ford, Peter Handke, Eisa Morante, et autres romanciers.Les essayistes, qu’on ne s’en fasse pas, n’ont pas été oubliés.Littératures actuelles La beauté est au sommaire de l’émission Littératures actuelles.Demain en effet, à compter de 14h 30, l’équipe dirigée par André Major propose une table ronde sur le thème de la beauté avec Fernande Saint-Martin, Paul Zumthor, Jean-Marc Roberts et Thierry Haumont.Au cours de la deuxième heure, Françoise Guénette recevra Gloria Escomel.LE DEVOIR ! Alors, qu’on ne nous raconte pas de boutades.Les critiques parlent bien de ce dont ils veulent bien parler.Deuxièmement, le monde de la traduction fait partie du monde des affaires.Et, lorsqu’on pense à traduire des écrivains du Canada anglais, il faut avouer à quel point les écrivains canadiens et leurs agents craignent de se voir traduits par des Québécois.Non pas à cause de la qualité des traductions — on a de magnifiques traducteurs —, mais simplement parce que se faire publier au Québec équivaut à ne pas exister, ni ici ni en France.En plus, les auteurs risquent de voir leurs livres en traduction ne vendre que 100 copies ! Les écrivains ne sont pas fous : ils vont là où on leur prêtera un peu d’attention ! Si les critiques québécois offraient plus d’espace aux traductions, peut-etre pourrions-nous, les éditeurs, convaincre les auteurs du monde entier de venir publier chez nous.Mais, avec l’état de la critique littéraire qui persiste au Québec en ce moment, qui peut blâmer le « litterary agent » s’il décourage ses auteurs de publier chez un éditeur québécois ?Finalement, ce que je garde comme triste constante dans ce que Serge Truffaut et Odile Tremblay viennent d’écrire est à quel point la littérature de ce pays est dans une condition pénible, et ce, à cause du manque de critiques littéraires des livres publiés ici.Ne soyons donc pas surpris si de plus en plus d’écrivains vont à Paris et à New York pour publier leurs oeuvres.C’est dans la logique des choses ! Antonio d’Alfonso, Écrivain et éditeur LIBRAIRIE HERMES dc9hà22h 362 jours par annee 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 T fri.fri ! f ¥1/ les yeux du cinéma HOtlfWOOO BIVD LES YEUX DU CINÉMA Collectif Gallimard, 64 pages Les yeux du cinéma est un ouvrage de vulgarisation s’adressant d’abord et avant tout aux adolescents.Les yeux du cinéma, c’est l’histoire, abondamment illustrée, du septième art.Page 60 : « Les premiers films d’horreur apparurent en Allemagne : Le cabinet du docteur Caligari y fut réalisé en 1919, et marqua l’apparition de l’expressionisme.Hollywood prit la suite dans les années 1930, produisant Dracula, un monstre qui épouvante aujourd’hui encore les spectateurs ».LE LIVRE DE JOHN Michel Braudeau Seuil, 308 pages Au quotidien Le Monde, Michel Braudeau tient le feuilleton qui, chaque semaine, paraît dans le cahier des livres.Autrement dit, sur la République des lettres Braudeau a du pouvoir.Sa dernière histoire ?Des parents aux abois confient leur fils, John, à un de leurs amis.Celui-ci promène le jeune homme à travers l’Amérique.Pendant six mois, ils roulent.A la fin de ce voyage, « IL » se demande s’il va rendre John à ses parents.Page 113 : « Je pensais souvent à lui, à cet homme sans visage, sans adresse, pourchassé.J’étais plein de compassion pour ce criminel.».COMMENT SE DÉBARRASSER DE SES PARENTS Oreste Saint-Drôme La découverte, 190 pages Après la psychanalyse, Oreste Saint-Drôme s’attaque, avec humour, aux parents.Dans l’introduction, il assure que « nous vous démontrerons que se débarrasser de ses parents, excepté pour les surdoués qui s’émancipent sans vraiment se fatiguer et les masos qui en redemandent, relève dans tous les cas d’un travail de chien.Nous vous dévoilerons en temps voulu la technique qui permet de se situer à une distance raisonnable entre le travail manuel polluant et la rumination mentale permanente.Entre crime et châtiment».NOCES DE FAÏENCE Elizabeth Taylor Rivages, 240 pages Née en 1912 à Reading, en Angleterre, Elizabeth Taylor aura publié une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles.Elle est décédée en 1975 à Londres.C’est bien après cette mise en parenthèses, que ses romans furent enfin distribués en français.Ces Noces de faïence mettent en scène trois personnages à travers lesquels Elizabeth Taylor nous « donne une vision quasi photographique de l’Angleterre du début des années 60 ».Cressy, c’est l’adolescente attardée.David a beau avoir frappé la quarantaine, il vit encore auprès de maman.Midge, la mère, est, dit-on, abusive mais sympathique.L’OPÉRA DES GUEUX Kaîto Takeshi 10/18, 312 pages Cet Opéra des gueux, qui emprunte beaucoup à L’opéra de quat’sousde Bretch, a été publié pour la première fois en 1959.Son auteur, K alto Takeshi, aura « dépensé » son adolescence durant les années de l’immédiat après-guerre « quand chacun, parmi les ruines et les décombres, doit se battre pour survivre.» De fait, son Opéra des gueux est plein de clodos et de truands qui mènent « contre la poüce un combat hérolcomique ».Page 257 : « Ah, l’argent ?.cracha-t-il, persifleur, l’oeil rempli d’une commisération non dissimulée.Belle couillonnade, oui ! ».Dans la même collection, soit Domaine étranger, on nous propose Voitures de nuit de Nagal Kafu et Volcano de Shusaku Endo.GISÈLE FREUND Portrait Entretiens avec Rauda Jamis Des femmes, 140 pages Les photos connues de Virginia Woolf, James Joyce, André Malraux, Gide, Colette et autres, c’est elle.Gisèle Freund.Sa définition de la photo ?« Révéler l’homme à l’homme, être un langage universel, accessible à tous, telle demeure, pour moi, la tâche primordiale de la photographie.» Pour la confection de cet ouvrage, Freund a accepté, pour la première fois de sa vie, de se raconter.Page 140 : « Cette photo (NDLR : Virginia Woolf de profil), je crois que c’est la meilleure qu’il m’ait été donné de faire ».— S.T.La source le sable ANDRE G1HÂRDI L’OASIS Alain Blottière Paris, Quai Voltaire, 1992,184 pages C’EST au fond d’une mer évaporée, des coquillages sont agglomérés, fossilisés dans les murs de pierre.À 300 kilomètres de désert au sud de la Méditerranée, et à 500 kilomètres de désert à l’ouest de la vallée du Nil : c’est l’oasis de Siwa, où se faisait entendre l’oracle d’Amon, le dieu caché; où Alexandre se fit reconnaître comme fils du dieu, et donc souverain d’Égypte.Sous les pieds, quelques siècles de poussière.Sous les yeux, un paysage qui fascine par sa pérennité.« Le regard n’a pas d’âge », dit Alain Blottière.Avec la complicité de l’ombre propice à la visite des ruines, celle qui adoucit, il écoute les récits qu’llérodote fit de Siwa, la Source du Soleil.Il s’y baigne, et cette eau qui dans la langue siwi se dit amam, fut célébrée par des hymnes aux sonorités associant Amon et aman.Attentif aux mots siwi, Alain Blottière constate qu’il n’en existe qu’un seul pour dire la source et l'oeil (tett).« La source est à la fois un point de vie, toujours nouvelle, éternelle image d'immortalité contrairement au fleuve image du temps qui passe, et un point de vérité, incapable de mensonge comme le miroir de l’oeil et le regard ne peuvent tromper ».Après en avoir fait le cadre d’un roman Le point d’eau, (1985) alors nue l’oasis était interdite aux etrangers, Alain Blottière s’est rendu à Siwa.Récit d’un lieu, L’oasis y parcourt sa mémoire, lui rend discrètement hommage.Évoquant son apparente éternité, Alain Blottière relit les témoignages anciens, ceux de Pline l'Ancien, de Diodore de Sicile, et recherche les traces qu’auraient laissées les voyageurs occidentaux.Mais l’oasis sait garder ses secrets : le vent du sud qui porte la poussière et le sable de l'Afrique est propre à repousser, à Alain lllutlicrr L'OASIS Siwa j §, tüji- obscurcir.Il cache et protège, et rend invisible les repères du chemin (Amon fut aussi le dieu des vents.).Depuis 1991, Siwa est relié à la route allant de Bahariya à Le Caire par une piste goudronnée.Bien que l’usage de celle-ci soit réservé à l'armée, Siwa se retrouve aujourd’hui à une demi-journée d’une mégapole de 15 millions d’habitants.Des fonctionnaires zélés ont décidé de renommer certains lieux : la Source du Soleil se nomme maintenant le « Bain de Cléopâtre » (en anglais), tandis qu’une autre source de l’oasis est affublée du pseudonyme de Fantasy Island.Attentif aux légendes anciennes concernant une roche consacrée au Vent du Sud (« y porter la main est un sacrilège : aussitôt le Vent du Sud soulève les sables en tourbillon »), Alain Blottière rêve de la toucher, avant de quitter Siwa, afin de préserver l’oasis des « agents de mort certaine mais d’apparence encore trompeuse ; technique superflue, ondes hertziennes, touristes, moderne uniformité».p AMNISTIE INTERNATIONALE (514) 766-9766 Le Devoir, samedi 2 mai 1992 ¦ D-3 m • le plaisir des JJiwes LES ÉDITIONS BEAUCHEMIN 150 ans de (presque) solitude Isabelle Paré COMBIEN de maisons d’édition peuvent se vanter d’avoir lancé un best-seller qui tienne l’affiche depuis 122 ans, d’avoir publié plus de 10000 titres, en français et en dialectes amérindiens, en portant l’auréole de la plus vieille maison d’édition de langue française en Amérique du Nord ?Cet impressionnant palmarès de records de longévité toutes catégories, c’est la maison des Éditions Beauchemin qui le détient farouchement.Et qui s’affaire, cette année encore, à en ajouter un nouveau à sa collection bien garnie en célébrant ses 150 ans.Car la vénérable maison, aujourd’hui reconnue pour son expertise dans l’édition scolaire, est passée par bien d’autres chemins que celui de la petite école avant d’éditer les incontournables bouquins que trimballent aujourd’hui des milliers d’écoliers québécois.Comme ce fameux best-seller,— cherchez-vous toujours le titre ?—, unique de son espèce à avoir traversé le tournant du siècle, les deux Grandes guerres et la révolution tranquille sans prendre une ride dans la cote d’amour des lecteurs.Nul autre que le folklorique Almanach du l’euplef ! ), publié pour la première fois en 1855, devenu par la suite la référence laïque par excellence qui brillait dans la bibliothèque familiale de tous les humbles foyers cana-diens-français, tant à la campagne, en ville que sur le bureau du Premier ministre ! Et ce, à une époque où l’édition, largement dominée par les communautés religieuses, n’avait souvent à offrir en pâture aux bibliophiles québécois que missels et autres livres pieux.« Beauchemin fut un des rares éditeurs laïcs jusqu’au début des années 60.Avant, la majorité des livres éducatifs étaient publiés par des congré- gations religieuses», explique M.Guy Frenette, l’actuel pdg des Éditions Beauchemin.Ainsi, la doyenne des maisons d’édition francophone en Amérique du Nord est née d’une série de coups d’audace et d’heureuses coïncidences.Du jour où Charles-Odilon Beau-chemin, relieur de son métier et aventurier d’esprit, quittait Nicolet à bord d’une goélette chargée de livres destinés aux Canadiens-français de Nouvelle-Angleterre, son triste sort pris des allures de bonne fortune.Sa cargaison tomba dans les flots tumultueux du fleuve lors d’une escale au Pied-du-Courant, l’obligeant du coup à oublier ses projets a saveur américaine.Trempés, ses livres étalés à l’air libre sur la rue Saint-Antoine attirèrent vite les badauds montréalais et se vendirent comme des petits pains chauds.Odilon flaira la bonne affaire et s’installa à Montréal dans l’actuelle auberge Le Vieux Saint-Gabriel pour y ouvrir une librairie et éditer lui-même des livres dès 1852.Depuis, du Petit Catéchisme à l’Almanach du Peuple — publié à 100 000 exemplaires des 1900 — la maison Beauchemin grandit avec Montréal et fit sa marque en publiant les Octave Crémazie, François-Xavier Garneau, Philippe-Aubert de Gaspé, Louis Fréchette et autres ténors de la littérature canadienne-française.Avant de mettre résolument le cap sur l’édition scolaire, la maison connut aussi ses heures de gloire en imprimant des classiques comme l’indéfectible Code Morin et les premiers titres d’écrivains tels Antonine Maillet, Roger Lemelin, Anne Hébert.Félix Leclerc et Gabrielle Roy.« A un moment donné, on couvrait tellement de secteurs qu’il a fallu faire des choix, très difficiles, et s’orienter ves le milieu scolaire.Cela, au moment où le domaine du livre éducatif était en pleine effervescence», explique Guy Frenette, un brin de nostalgie dans la voix.Où vis-je, où vais-je ?MAX OU LE SENS DE LA VIE François Jobin, Québec/Amérique, 256 p.Pierre Salducci SIGNE des temps, les romans de quête et d'apprentissage sont légion depuis quelques mois, reflétant ainsi une préoccupation majeure de notre société : la recherche de l’identité.Ainsi, après Les murs de briques de .1, Gagnon, Obsèques de Jean-François Chassay, L'écharpe d'iris de Daniel Guénette, et d’autres., voici Max ou le sens de la vie de François Jobin dont le titre dévoile le thème.D’emblée, lorsqu’on s’inscrit dans une telle série, le défi majeur réside essentiellement dans la difficulté de proposer une vision personnelle du thème qui le renouvellerait tout en lui ouvrant de nouveaux horizons.François Jobin a gagné son pari.Comme dans la plupart des romans d’apprentissage, le héros de Max ou le sens de la vie est un adolescent.Celui-ci décide un jour de quitter son village natal pour chercher le « sens se la vie » que personne dans son entourage n’est capable de lui expliquer.Des lors commence pour lui un long périple qui va le mener d’aventure en aventure.Il va cheminer non seulement psychologiquement mais aussi géographiquement puisqu’il devra remonter le cratère d’un volcan, traverser une forêt et un désert, escalader des collines, longer des fleuves et des plages.1 usque là rien de bien original et Max ou le sens de la vie fonctionne comme bien des romans initiatiques dont le héros subit chaque fois de nouvelles épreuves qui lui permettent d’atteindre le stade ultime de la connaissance.Mais le roman de François Jobin dépasse ce parcours.Sans jamais lasser ou ennuyer, l’écrivain nous donne envie de parcourir ces étapes avec lui.Il construit peu à peu un univers complexe et mystérieux, aux personnages étonnants qui suscite vraiment la curiosité.Son monde fait largement appel aux règles du merveilleux; ainsi les arbres et les roches s’animent, alors que disparaît la frontière langagière entre les hommes, les animaux ou les éléments naturels.Jamais mièvre ou infantile, cet univers magique fascine.Après de nombreuses péripéties — les dernières étant peut-être un peu trop longues et surtout un peu confuses — le dénouement arrive, imprévisible.En effet, plus que le sens de la vie, c’est son prix que le héros va finalement découvrir dans une scène étonnante de fraîcheur, d’audace et de poésie.À tout cela s’ajoute, le ton particulier de François Jobin, son plaisir évident à jouer avec les mots et son humour inégalable qui place toute l’action de Max ou le sens de la vie sous le regard amusé de Dieu en personne et d’un de ses anges.Autant d’éléments qui classent ce premier roman parmi les heureuses découvertes du printemps.LA OÙ VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis laser \ Venez rencontrer DOMINIQUE FERNANDEZ auteur de «Porfirio & Constance» publié aux Éditions Bernard Grasset le jeudi 7 mai de 18h à 19h 1—11 l A l IHMAinif • riammarion 371, avenue Laurier Ouest 277-9912 Un domaine en pleine expansion, soit, mais qui ne s’est pas laissé conquérir sans efforts.Le marché de l’édition scolaire, que se partagent aujourd’hui férocement une trentaine d’éditeurs scolaire, est à la merci des diktats du ministère de l’Éducation, des exigences de ses attestateurs et autres psychologues à la recherche des moindres stéréotypes ou failles pédagogiques des manuels proposés par les éditeurs.« Une domaine fascinant, mais épuisant », avoue sans ambages le pdg dont l’entreprise affiche quelque 315 titres actifs à son catalogue, destinés aux enfants des écoles primaires, secondaires.Fit tout récemment, les Éditions Beauchemin, concurrence oblige, faisaient une percée dans les secteurs collégial et universitaire.Car la survie, dans le petit monde de l’édition scolaire, passe par la création de nouveaux titres, avoue le patron de la boîte.À la vitesse où évoluent les méthodes d’apprentissage, la durée d’un manuel, malmené par des centaines d’écoliers, ne dépasse jamais six ou sept ans.Et, sauf exception, un titre n’est jamais publié à plus de 10 000 exemplaires.En pleine période de compressions budgétaires au ministère de l’Éducation, la tâche des éditeurs scolaires relève plus que jamais du casse-tête.Tout cela, à l’heure où le public à satisfaire est celui des enfants gavés des images léchées de La Courte Échelle et du vidéo-clip.Les auteurs se surpassent, multiplient les illustrations séduisantes, tout en essayant de maintenir les prix attrayants .Récemment, Québec décidait de faire payer par les parents le coût des cahiers d’activités — publiés par les éditeurs — accompagnant certaines matières.Autant de gestes qui éteignent à petit feu le marché déjà réduit des maisons d’éditions scolaire dont seulement 40 % sont propriétés québécoises, déplore M.Frenette.Plus triste encore, avoue le patron de la maison Beauchemin, le ministère n’a sous les mains aucune donnée sur l’argent investi dans le matériel didactique.Tout cela, alors qu’on note soigneusement les frais (le mobiliers ou de voyages des professeurs de chaque commission scolaire .Quelle époque ! Après une traversée de 150 ans, on ne prend pas pareil affront avec un grain de sel.Enfance tordue LA CHUTE DU CORPS Hélène Le beau Boréal, 1992,181 pages Louis Cornellier DE TOUS les mythes entretenus au sujet de l’être humain, celui qui veut que l’enfance soit synonyme d’insouciance et de bonheur est sûrement l’un des plus tenaces.Pourtant, après le charmant mais brutal Bouche cousue de Ninon Larochelle, voici qu’une autre jeune romancière québécoise choisit, pour son premier livre, de s’attaquer de l’intérieur (la narratrice est l’enfant) à cette idée reçue.Les dangers du procédé commencent à être connus : d’une part, les invraisemblances causées par un décalage entre l’âge du héros et le propos tenu qui est souvent celui d’un adulte et, d’autre part, la tendance à jouer sur la corde sensible qui sombre parfois dans l’affectation.Chez Larochelle (comme, précédemment, chez Sylvain Trudel), la qualité de l'intrigue et la subtilité du ton parvenaient à faire oublier ces irritants presque inévitables.Par contre, avec La chute du corps, Hélène Le beau se laisse prendre au piège.Stéphane, son héroïne s’appelle ainsi parce qu’elle est sortie fille du ventre de sa mère qui la souhaitait garçon, a beau n’avoir que trois ans, cela ne n’empêche pas d’avoir la Bible comme livre de chevet et Glenn Gould comme musicien fétiche.Il y a des limites, dirait l’autre.Hélène Le beau ne semble pas l’entendre de cette façon, elle qui insère dans son intrigue une relation sexuelle entre un jeune garçon de 10 ans et sa Stéphane maintenant rendue à sept.Cela dit, même en admettant que tout est possible et qu’il ne relève pas de ma compétence de porter un jugement sur les frontières du vraisemblable, le projet d’Hélène Le beau se défend difficilement.On a là une suite de péripéties plus ou moins reliées entre elles qui n’ont d’autre utilité que celle de permettre à la romancière d’exposer d’une manière un peu cabotine un univers enfantin relativement tordu.Le roman débute avec la venue au monde de Stéphane (qui comprend déjà beaucoup de choses avant même d’être sortie du ventre de sa mère) et se termine sur un voeu de mort de celle-ci (« Il est grand temps que je jette mon corps dans un trou » dit-elle) alors qu’elle n'a que sent ou huit ans.Entre les deux, sa petite soeur trépasse, deux autres enfants apparaissent, elle s’invente des mondes avec ses amis, sa famille est déchirée et elle rencontre l’amour.Tous les personnages sont bien campés, le style est vif et allègre, mais il manque le ciment, quelque chose comme un cadre d’ensemble qui viendrait donner à l'oeuvre un aspect plein et inéluctable.Faute d’aller dans une direction précise, le roman plafonne et vient s’ajouter à la liste interminable des exercices de style qui divertissent sans signifier.Un certain Szasz, que je connais pour avoir fréquenter le Dictionnaire du parfait cynique de Roland Jaccard, disait de l’enfance qu’elle est une « peine de 21 ans de prison à purger ».Cette seule phrase nous en apprend plus sur le sujet que les presque 200 d’Hélène Le beau.C’est triste à dire parce que dans La chute du corps, récriture est au rendez-vous.C’est le sens qui chute.Le don de voir au-delà des apparences «Le vocabulaire de Pierre Morcncy est si précis qu’il fait votre oreille de lecteur aussi fine qu’il a l’œil aigu.Buffon.Audubon.Morcncy: le trio royal, le triple des oiseaux.» Yves Berger Histoires Naturelles du Nouveau Monde 336 pages, 29,95$ PIERRE MORENCY Lumière des oiseaux Préface d’Yves Berger Illustrations de Pierre Lussier Histoires naturelles La littérature s’écrit au fiQïécil $ PHOTO JACQUES NADEAU Plusieurs générations d’écoliers se sont penchées sur les livres publiés par les Éditions Beauchemin.ECOLES LOGIQUES i -».I» aatltlmiM* I kiMim l.utmi LA FORMATION FONDAMENTALE Tête Bien faite ou tête Bien pleine?LOGIQUES l » Oll S LA FORMATION FONDAMENTALE ('ollectif sous la dirccl nui de ('hristianc ('miner J9K p.29,95$ POUR UN ENSEIGNEMENT STRATÉGIQUE I appon «Je I i p.vvclK'lov.k ç Oj.'t liUve LOGIQUES E COI.I S POUR UN ENSEIGNEMENT STRATEGIQUE par Jacques Tardif 475 p.94,95$ LA FORMATION DU JUGEMENT IVtH on appien li-: le jugenu tHV LOGIQUES L(DI I s LA FORMATION DU JUGEMENT collectif sous la direction de Michael Schleifer 268 p.- 24,95$ LALECTURE ETUÉCRTIURE 0 m es m LOGIQUES LC O LIS LA LECTURE ET L’ECRITURE collectif sous la direction de Clémence Préfontaine et Monique Lebrun 955 p.- 29,95$ , Les livres des Éditions LOGIQUES sont distribués par LOGIDISQUE C.P.10, suce."I) ¦ Montréal (Québec) H9K 3B9 Tel.: (514) 933-2229 FAX: (514) 933-2182 ¦I D-4 ¦ Le Devoir, samedi 2 mai 1992 [l;ï [d • le plaisir des ivres Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 33 Le passé de la langue conduit immédiatement l’esprit vers son avenir (1873) Littré, Préface au Grand Dictionnaire UN AMI me signale qu’à Cent-virgule-Sept, on avait déclaré que les notables de la Province achetaient LE DEVOIR du Samedi afin de lire mon Carnet et celui de Lisette Morin (une grande journaliste, selon moi) comme naguère ils lisaient celui de Jean Éthier-Blais; ils m’en voient fort honorée : j’écris pour eux et ceux qui m’aiment — je les salue.?Après ma première communion, avant mes sept ans, j’entrai à la Maison Chapleau pour la première fois de ma vie.Devant la clôture en troncs de cèdre et l’entrée de la hauteur d’une poterne, il y avait un trottoir de bois.C’était une maison canadienne en pierres des champs, à deux cheminées — l’une pour la fumée du charbon rattachée à la « chambre de la fournaise », l’autre qui desservait la salle à manger et celui, un étage plus haut, du salon, un salon qui ne servit jamais beaucoup.Ma mère se prit d’une affection folle pour la basse-cour : il lui en fallut une, et des incubateurs, installés dans la cuisine d’été.Espérant me faire partager sa passion de la volaille, elle persuada à mon père de me donner une jeune poule et un jeune coq de la race bantam — au si brillant plumage, des gallinacés parmi les plus jolis oiseaux originaires du Siam, peut-être ou de Birmanie.Je les baptisai illico — sans autre raison que mon plaisir — monsieur et madame La Prune.J’étais la seule à les nourrir et à les abreuver, avec quelle tendre assiduité ! À tel enseigne que le coq blanc, énorme, dont la crête rouge en bataille m’allait presque à l’épaule, en prit ombrage.Sitôt qu’il me voyait, il se jettait au-devant de moi, criant et battant des ailes : j’en avais une peur bleue ! Il fallut l’enfermer lorsque je soignais M.et Mme La Prune ! Et quand je longeais le grillage du poulailler, il accourait vers moi, marchait la tête haute en levant les pattes lentement, hiératique, roulant des yeux exorbités, exhibant des ergots qu’un moyen renard, je crois bien, aurait redoutés.La Maison Chapleau 1.Hommage à Proust ?APRÈS l’amour, après la compassion efficace des Saintes Femmes, de Marie-Madeleine, du Bon Samaritain, du Cyrénéen porte-croix, rien mais absolument rien n’est aussi important que la liberté de penser face à tous les Pouvoirs, la liberté d’exprimer le doute, l’ironie, la vérité sur la valeur des gens en place.Et sur quelque religion que ce soit qui fut imposée, triomphante, à un moment donné de l’Histoire.La Fontaine, Molière aussi ont ouvert les fenêtres aux LUMIÈRES.Leur efficacité tient à la suprême beauté de leur langage artistique et à la vérité de leur pensée, va sans dire.Tout comme Paul Valéry, je déplore que La Fontaine ait perdu trop de temps à pondre d’insignifiants petits contes versifiés.Une exception : Adonis aux accents raciniens, précurseur de Racine.(Incidemment, je préfère Corneille).Il faut bien le savoir et le dire : rien n’est plus nécessaire que le droit de gueuler et de se faire entendre, fut-ce d’une boîte à savon dans un parc, à Londres, et pour nous, par des lettres ouvertes et des lignes ouvertes.Il devrait même y en avoir plus.(Il y a trop longtemps qu’on a lu Léandre Fradette, Jacques Poisson et Michelle Lalonde).Dans sa dénociation de la pédophilie, de l’indulgence pour les expressions écrites / imputables à la pédophilie, le père Edmond Robillard, dominicain, met en plein dans le mille.Il n’a rien écrit de plus efficace.Il y a là un inimaginablement vaste champ de bataille où les innocents ont trop peu de défenseurs.À Denise Bombardier, au père Robillard, je souhaite à chacun de conduire une armée au secours des enfants.Lorsque la cause est bonne, les qualités guerrières font surface.?MADELEINE DANSEREAU s’est discrètement effacée de notre univers visible il y a environ un an.Artiste-joaillière, elle fonda la première école subventionnée de joaillerie au Québec.En la désignant pour créer les insignes de l’Ordre National du Québec, les hautes instances responsables, au gouvernement, ne pouvaient mieux choisir que Madeleine Dansereau.Du reste, cette oeuvre reflète son caractère.Voici ce qu’elle en a dit : « Sachant que cette décoration sera portée par des hommes et des femmes, je ne voulais pas qu'elle soit perçue comme un bijou, mais comme décoration officielle.Une parure reflétant la réalité québécoise, digne, simple, précieuse sans ostentation, représentant la richesse de notre culture et ses ressources ».Ces quelques lignes dépeignent la dignité, l’élévation d’esprit de Madeleine Dansereau, de l’artiste, de l’esthète qu’elle fut.Les renseignements fragmentaires que j’ai pu obtenir sur sa carrière ne me permettent pas vraiment d’élaborer; toutefois il est pertinent d’ajouter qu’elle fut deux fois boursière, ce qui lui facilita les contacts avec les maîtres d’un art exercé très majoritairement par des hommes.Il m’a toujours paru essentiel pour la promotion et le développement de notre Nation que les femmes, nanties de dons et de goûts bien au-delà d’une commune mesure, se déterminent à laisser une marque de leur passage.Les épouses et les mères qui pouvaient elles aussi espérer réussir une carrière dans les arts ou dans tout autre domaine, en s’inspirant peut-être de la Parabole, ont fait très bien d’écarter les boisseaux afin de laisser briller leur lampe.?LES ÉCRIVAINS entre eux.Ceci, de Lomer Gouin, au début de 1947; lui de Montréal et moi, à Paris.« Une vieille tradition veut que les écrivains se mangent entre eux.Puis-je compter sur toi ?Pourrais-tu compter sur moi dans les mêmes circonstances ?Enigme ! » (Il me conseille ensuite de m’occuper de mes livres avant de m’occuper des siens, etc.) Et à la page suivante, il me donne ses directives au sujet de la publication de son conte Le Roi qui dort.Et puis : « N’envoyez plus de câble, chère amie (.) mais gardez votre argent pour les éditeurs.Quand je pourrai penser à toute autre chose avec plus de philosophie, je parlerai de Servier».Lomer Gouin fut l’un de mes plus fidèles et dévoués amis.L’envie ne l’aura jamais effleuré.Lui et moi nous espérions dans le succès de nos albums pour enfants, pour lesquels nous avions un contrat avec Lucien Parizeau : moi, écrivant les contes, lui, les illustrant.Lorsque l’éditeur Parizeau fit une faillite fort dommageable pour nous qui débutions en littérature, Lomer Gouin me donna les illustrations de mon conte Bobilou.Ces dessins à la plume d’une exceptionnelle finesse font penser à ceux des maîtres japonais : Hiroshige, Hokusai (dont le monde entier reconnaît La Grande Vague, par exemple).Las de ne pas trouver d’éditeur pour son Roi qui dort dont il espérait qu’il ferait sa gloire posthume — « Ai-je à ce point du talent que les dieux réservent à mon conte le sort de Gaspard de la Nuit ?» — m’écrivait-il — il reprit son manuscrit, me laissant les grandes gouaches qui devaient l’illustrer ainsi que de ravissants culs-de-lampe.Lomer, hélas !.(à suivre) ?Ne touchez à rien, soyez discret (.) Soyez de la Société de Tempérance (.) Le lyrisme est capiteux.Le beau grise, le grand porte à la tête, (.) Sur ce, soyez sobre.Défense de hanter le cabaret du sublime.La Liberté est un libertinage.Se borner est bien, se châtrer est mieux.Passez votre vie à vous retenir.(.Nous aimons mieux pas assez que trop.Point d’exagération).Toutes ces citations sont de Victor Hugo.Depuis longtemps je rêve de le citer.C’est dans ce texte extrêmement drôle qu’on trouve la réponse d’un jardinier concernant les rossignols : « Pendant tout le mois de mai, ces vilaines bêtes ne font que gueuler ».(Victor Hugo in William Shakespeare).4 Bancs d’école bac franchement paresseux, quasi analphabètes, philistins dans l’âme, par exemple de ce jeune qui lui avouait un jour ne jamais lire « pour ne pas se laisser influencer».Audet regrette d’ailleurs que le programme du premier cycle ne soit pas contingenté.« Il faudrait définir un seuil d’accueil, évaluer nos can- j didats à partir d’un dossier, d’un exa- i men, de certains critères minimums.J’ai peur qu’on ne rende pas service à tout le monde en acceptant pres-ue n’importe qui.» Pour l’instant, il value qu’à peine une dizaine des cent étudiants inscrits annuellement au certificat en création vont développer ce qu’il appelle « un rapport ; particulier à l’écriture », devenir journalistes, romanciers ou rédacteurs en tous genres.Et les autres ?| « On les aide à prendre conscience de la difficulté d’ecrire et, dans tous les cas, on en fait de meilleurs lecteurs.) Trop de gens pensent qu’on crit comme on respire.C’est un my- j the et le mythe ne donne pas le talent.» Les universités non plus, même si j elles prétendent maintenant devenir les centres de la création et de la nouveauté, aussi bien scientifique qu’artistique.Pour le sociologue Fernand Dumont, lauréat d’un Prix du Québec pour l’excellence de sa poésie, c’est une illusion, un détourne- | ment de la fonction première de ces 1 institutions qui doivent d’abord diffuser le savoir, s’exercer à de patien- | tes synthèses : « L’Université n’est pas le lieu unique ni même détermi- , nant de la recherche, écrivait-il dès 1971 dans son essai L’Université qué-bécoise du proche avenir.Celle-ci se poursuit en bien d’autres lieux et, quand elle se développe à l’université même, c’est parfois par la marge et en contradiction avec une fonction I plus officielle qui est l'enseignement Quant aux romans ou aux poèmes, il est plus manifeste encore qu’Us naissent d’ordinaire en dehors de l’institution universitaire.» Noël Audet avoue qu’il y a bien une contradiction entre l’université et la création littéraire.« Michel Tremblay ou Réjean Ducharme n’ont jamais mis les pieds dans une faculté.D’autres écrivains ont fait des études de médecine ou de droit.Tout compte fait, on ne sort pas plus de chez nous avec un diplôme d’écrivain.La voix royale de l’écriture, c’est la lecture et l’écriture.La littérature se nourrit d’abord de littérature, puis de réalité.» 4 Gallant cines ».70 ans, des yeux qui brillent de trop de compréhension de la vie, une bouche rieuse, un français impeccable, un climat d’intimité qu’elle réussit à créer au milieu de la grande folie d’une tournée d’entrevues : Mavis Gallant vient se ressourcer dans sa mère-patrie à l’heure du Salon du livre de Québec.« Avez-vous remarqué ?Nulle part sur la planète, les visages sont aussi expressifs qu’ici », s’émerveille-t-elle.En dépit d’une longue carrière littéraire amorcée il y a près de quarante ans, en dépit des treize recueils de nouvelles, romans et pièces de théâtre semés derrière elle, en dépit du fait qu’elle vit en français à Paris, en dépit surtout de sa notoriété internationale, sa prose n’est traduite dans la langue de Molière que depuis quatre ans à peine.C’est pourquoi on la connaît si mal.« Un de mes amis parisien m’a demandé : « Qu’est-ce que tu attends pour la traduction ?Ta mort ?— Ça m’a secouée », évo-que-t-elle.Puis, faisant mentir ses pires craintes, quand Rue de Lille (recueil de nouvelles ayant Paris pour cadre) est paru en français, il reçut bon accueil au pied de la tour Eiffel.Les modèles se reconnurent.Du coup, les valves s’ouvrirent.Désormais donc, les traductions se bousculent : Chroniques de Mai 68, Voix perdues dans la neige, et maintenant Voyageurs en souffrance, dont elle accompagne la récente sortie dans nos parages.Disons-le tout-de-suite : aux yeux de son auteur, ce dernier livre n’est pas frais d’hier.Elle a pondu ces nouvelles entre 1960 et 1973.Mavis Gallant déambulait alors dans l’Allemagne de l’après-après-guerre, rencontrant la génération qui n’avait pas connu Hitler et sa bande de joyeux drilles, mais subissait les lendemains de l’indicible.« Une génération charnière, décrit-elle, coincée dans le temps entre les loups-garous et la bande à Baader, avec des parents muets sur le nazisme, un malaise flottant.» Son style impitoyable, sans bavures, tout en ellipses, en non-dit, grinçant souvent, explore à travers Voyageurs en souffrance les dessous de cette Allemagne entre le zist et le zest, pleine d’abcès mal re-| fermés.Il y aura un train qui rappelle celui du film Europa de Lars Von Trier, des ruines flottant au milieu de la prospérité de l’après guerre, des passés douloureux, des couples brisés, des unions absurdes, un parfum de pessimisme.Elle refuse pourtant ce dernier mot : « C’est juste la vie qui est comme ça.» Percer le marché québécois francophone, Mavis Gallant veut bien, mais.L’automne dernier, elle tenait en main des ingrédients gagnants : des nouvelles Voix perdues dans la neige toutes situées au Québec, avec en couverture la reproduction d’Orion de Jean-PAul Lemieux i (qui fut un grand ami de Mavis), le tout enfin dûment traduit en fran-I çais.« Mais voilà, (soupir) le livre ’ n’a jamais été distribue, parce que les francophones ne veulent pas de nous.La littérature québécoise est l enseignée dans le reste du Canada, Les amants de la Côte-Nord AMOR, AMOR Christine Cormier, Montréal, Guernica, 1992, 126 p.Pierre Salducci RIEN de plus méconnu que le Nord ou du Moyen-Nord québécois.Pour plusieurs d’entre nous, Sept-lles constitue encore l’ultime frontière du monde civilisé.Aussi, est-ce avec beaucoup d’intérêt qu’il convient d’accueillir les rares incursions de la littérature dans ce monde mystérieux.Après Tropiques nord, le très beau roman de Pascal Millet publié l’an dernier sur ce sujet, Christine Cormier fournit avec Amor Amor une nouvelle occasion de se pencher sur le quotidien des gens de la Côte-Nord et plus précisément du Havre-Saint-Pierre.Clichés ou réalité, qui dit Côte-Nord, songe aussitôt aux Amérindiens, à la solitude face aux grands espaces, aux problèmes de drogue et d’alcoolisme ou au risque d’une certaine folie.En ce sens, le roman de Christine Cormier ne fait pas exception à la règle et tous ces éléments coexistent dans Amor Amor.Mais ils constituent ici une toile de fond discrète et sans excès si bien que le roman ne tombe jamais dans un misérabilisme complaisant.Au-delà de la réalité sociale, Christine Cormier s’intéresse à l’observation des rela- Christine Cormier Amor Amor Roman ê# * Guernica_________________ tions amoureuses livrées à elle-même dans un cadre restreint, limité, étouffant.Havre-Saint-Pierre constitue tout naturellement le contexte idéal.En vacances pour l’été, Solange — 18 ans — quitte Montréal où elle étudie pour rejoindre toute sa famille au Havre-Saint-Pierre, notamment son frère Gratien, qui exerce sur elle a une sorte de fascination et vit en couple avec Murielle.Pendant son séjour, Solange va poser sur ce couple, comme sur ceux qui gravitent autour de lui, un regard doublement extérieur (d’une part, elle n’habite plus Havre-Saint-Pierre, d’autre part, elle ne connaît pas encore l’amour).C’est cette confrontation avec une réalité pour elle mystérieuse,qui va donner tout son sens au récit.À coups de phrases courtes et minutieusement ciselées, Christine Cormier évoque avec beaucoup de talent le parcours intérieur de Solange, témoin pendant tout un été de ces jeux amoureux traduitspar des tiraillements, des fuites et des retrouvailles.Dès son retour à Montréal — un passage important mais qui tarde à se conclure — elle envisagera ses activités sous un jour nouveau, se tournera versl’écriture (ce qu’elle n’avait pas encore osé faire), et songera peut-être à l’amour.Dans cet ensemble d’une grande cohésion et d’une grande authenticité, on s’étonne que Christine Cormier ait choisi un titre aussi latin que Amor Amor — c’est-à-dire un titre du Sud — pour un roman aussi nettement marqué par le Nord.Il y a là un décalage auquel on ne parvient pas facilement à s’habituer.Quoi qu’il en soit, Amor Amor demeure un très beau roman, d’une tenue et d’une lucidité étonnantes, dont la quête amoureuse n’est pas sans rappeler celle de la narratrice de L'Hiver de pluie de Lise Tremblay, la Côte-Nord en plus.Le verre déformant de l’attirance C’ÉTAIT UN HOMME AUX CHEVEUX ET AUX YEUX FONCÉS Alain Bernard Marchand Les Herbes Rouges, Montréal, 1992, 49 pages Hervé Guay DÈS LA page-couverture, le récit d’Alain Bernard Marchand démarre comme si, faute de longueur, la fulguration était immédiatement de mise.À la seconde phrase, les protagonistes sont face à face.Le ton donné, la narration suit sa pente.Dans une ville non nommée mais en laquelle on reconnaît Ottawa-la-morne et son armée de fonctionnaires, une attraction prend forme, plus maladive que vivifiante.Sise dans l’enceinte de bureaux mal aérés, elle débouchera sur l’enfance et son aire de prédilection, la nature.Ce sera cependant la seule issue d’une relation rythmée par la paperasse, « le froissement des pages du journal », les chiffres et les rapports, le retour à la maison.Rien de spectaculaire en somme : que l’accumulation de petits détails, lesquels, dans cet univers atrophié, trouvent davantage écho.Murmures, respirations, rapprochements de chaises, coups d’oeil, discussions de circonstance peuplent ce huis clos mieux que n’y auraient contribué des épisodes mouvementés.Le mouvement est ici tout intérieur, produit décidément par le verre déformant de l’attirance.Jusqu’aux paroles creuses qui se chargent d’intérêt dans cette orbite imparable.« Sa voix se gonflait pour évoquer les bars enfumés, la noirceur des parcs, l’heure fatidique de la sortie des boîtes de nuit, où de jeunes hommes tiraient nonchalamment sur leurs cigarettes, glissaient sur les pelouses d’un air contrit ou faisaient la ronde, comme paralysés à l’idée de se retrouver seuls.» Or, les propos de l’aimé importent moins ici que son souffle qui balaie l’ensemble de la longue nouvelle.Cet asthme, pareil au vent dans les feuil- les, exerce aussitôt son emprise sur le narrateur, davantage encore que sur le malade lui-même, sans la possibilité toutefois d’être soulagé d’une dose de ventolin.De la sorte, une voix brisée, prisée se racontera.Prendront corps pour son interlocuteur les illuminations de l’enfance, les insouciantes voluptés de la vingtaine, métamorphosées depuis en arrivisme bureaucratique.La lutte étant inégale, l’un fasciné, l’autre pas, l’attente viendra, enfiévrée — et son lot.La mutation de l’asthmatique la guérira après coup.Ainsi s’achèvera, du moins pour nous, cette histoire, brossée en tableaux concis, lapidaires, assortie d’incisions poétiques.Dès sa première fiction, Marchand livre au lecteur une part d’intimité redoutable, dans un style d’une belle sobriété.Cette plaquette laisse présager des lendemains, comme l’atteste sa prose mesurée.Les quelques dizaines de minutes que demande sa lecture valent amplement la mise.Il était difficile d’en dire autant en si peu de lignes.jamais l’inverse.On tombe dans un dossier rouge, un refus politique.» Un ange passe.Durant son enfance, Mavis Gallant fut un oiseau rare perdu dans sa génération d’anglophones anti-papistes.Née en 1922 d’un père britannique et d’une mère américaine, ses parents l’ont envoyée étudier dans un couvent catholique « pour apprendre le français ».Si bien qu’elle a su très tôt naviguer entre les deux solitudes, bilingue, passant d’un camp à un autre.Puis il y eut la mort du père, l’exil quelque temps à Toronto (une ville dont elle a détesté la froideur) une adolescence à New York; jeunesse assez malheureuse sur le compte de laquelle elle préfère ne pas s’appesantir.À 18 ans Mavis revient à Montréal, entame quelques années plus tard une carrière de journaliste au Standard Journal».Parce qu’au dehors, la guerre fait rage, les hommes manquent.On engage des femmes.C’est sa chance.Les réfugiés affluent, des Européens extraordinaires, intellectuels, artistes, grands créateurs qui inoculent à la jeune in-tervievyeuse le goût des « vieux pays ».À 28 ans, celle-ci « débarque » a Paris.L’Europe l’a adoptée.Elle ne reviendra plus.Depuis près de quarante ans, d’ou-tre-Atlantique, Mavis Gallant collabore avec le New Yorker qui publie toutes ses nouvelles.Ses portraits décapants, dérisoires d’une certaine petite bourgeoisie européenne décadente, blessée, essoufflée lui apportent bientôt une notoriété universelle.Enfin, presque.Car le Canada anglais ne commence à s’intéresser à elle qu’au début des années 80, « Il me boudait parce que j’étais publiée aux États-Unis».On met parfois longtemps avant de devenir prophète en son pays.Pourquoi le nouvelle ?« Je n’ai jamais choisi, vous savez.Les idées arrivent, avec la tête et les pieds.Quand ça dépasse, c’est un roman ».Mais Mavis Gallant a été très marquée par les grands nouvellistes que furent Tchékhov, Katherine Mansfield, en mariant leur concision au sens du dialogue d’un Hemingway.« La France a la fâcheuse tendance à considérer la nouvelle comme un fragment, un petit texte sur des petits sujets.Quelle erreur ! » Histoire de varier son menu habituel, Mavis Gallant travaille aujourd’hui à un roman qui se déroule à Montréal et à Châteauguay.Car de mouvance en mouvance, ses racines vivaces demeurent en elle pour toujours.4 Vague beau ramdam.L’avertissement en page de garde (« Le prix Robert-Cli-che 1992 est le choix exclusif du jury, dont les membres étaient : Dominique Blondeau, Paul-André Bourque (président du jury), Louise Milot, Lisette Morin et Marie Vallerand») signifie que l’éditeur (les Quinze, incarné pour la circonstance par Jacques Lanctôt), avait, lui, de sérieuses réserves.Il aurait d’abord demandé d’importantes coupures puis refusé de publier, à moins que ce ne soit l’inverse.« Pour cause de vulgarité », dit Mme Gourdeau.« Certains passages étaient carrément scatologiques, d'autres un peu trop joualisants», rétorque Lanctôt qui prévient que le lecteur n’aura pas entre les mains le manuscrit tel que présenté au jury — et ne pourra donc pas saisir la portée des objections de l’éditeur —, mais plutôt une version quelque peu améliorée.La règle veut que le Robert-Cliche alimente toujours les bruits de couloir au Salon de Québec.On aura cette fois trouvé amplement matière à conversations avec le nationalisme très « années 70 » du roman, son féminisme, et, il faut bien le dire, son emploi du « jouai » et des sacres.« Par souci de réalisme, s’empresse de souligner Mme Gourdeau.Maria, mon personnage, se tient avec des B.S., et ils ne parlent pas un français international ».Si le jouai « n’a pas disparu de notre réalité », il a cependant disparu de notre littérature, convient l’auteure, « depuis cette sorte de régression tranquille et ce nowhere politique amorces en 1980 ».C'est justement en cette année de référendum que se clôt Maria Chapde- laine ou le Paradis retrouvé, un roman qui veut faire « éclater le mythe de la Maria douce et procréatrice ».Et malgré le nowhere politique, cette souverainiste convaincue qu’est Gabrielle Gourdeau trouve que « l’air du temps se prête à la parution d’un tel roman.Peut-être y aura-t-il bientôt un retour de l’engagement politique.La problématique nationaliste, du reste, me semble être restée en latence».La lauréate du Robert-Cliche espère qu’on ne s’y trompera pas.« Maria Chapdelaine.récapitule 70 ans de l’histoire du Québec, de 1910 à 1980, mais ça n’est pas un roman du terroir.Les Québécois ont tendance à se rassurer en se tournant vers leur passé, moi j’ai plutôt voulu faire une sorte de nettoyage.Je récapitule pour mieux ouvrir sur l’avenir ».Avenir qui ne se fera pas sans les femmes.Le féminisme des Québécoises, selon Mme Gourdeau, n’a son équivalent nulle part dans le monde.« Elles ont demandé beaucoup à leurs compagnons et ils ont fait un bon bout de chemin, mais il faut bien reconnaître que l’émancipation des hommes n’est pas encore faite ».Souverainiste et féministe, Gabrielle Gourdeau a en fait nourri son premier roman de ses préoccupations en s’attaquant à Maria Chapdelaine, le grand mythe québécois.Ce personnage, elle le connaît bien puisqu’il a fait l’objet de sa thèse de doctorat en littérature.Aujourd’hui chargée de cours, notamment à l’Université Laval, Gabrielle Gourdeau veut continuer d’écrire, au rythme d’un livre par année peut-être.Et le Robert-Cliche, qui est « un tremplin extraordinaire», constitue une bonne porte d’entrée sur la scène littéraire.« En autant, bien sür, que les lecteurs s’approprient maintenant le livre».RÉSERVATIONS PUBLICITAIRES y le plaisir de mm MUSEES 842-9645 Date de tombée le 4 mai 1992 PARUTION le 9 mai DANS LE DEVOIR Le 17 mai prochain, Journée internationale des Musées, le DEVOIR soulignera encore cette année cet évènement dans un cahier spécial qui sera publié le 9 mai.En plus de la couverture habituelle des activités de la Journée Internationale des musées et de la tournée de nos musées régionaux, nous mettrons tout particulièrement l’accent sur la réouverture du Musée McCord.________________ i Le Devoir, samedi 2 mai 1992 ¦ D-5 • T • le plaisir des L mes L’Égypte au temps de la douceur de vivre Lisette /dORIN A Le feuilleton LE TARBOUCHE Robert Solé Paris, 1992, Le Seuil, 412 pages DOUCEUR de vivre ?Il faut sans doute nuancer : là, « tout n’était qu’ordre et beauté, luxe et volupté », mais pour des Cairotes très privilégiés, qui n’étaient d’ailleurs même pas des Égyptiens de souche.En racontant par le menu, depuis le début du siècle jusqu’aux années soixante, l’histoire d’une famille, Robert Solé, qui est né et a vécu 17 ans en Égypte, a voulu faire revivre toute une époque, dans l’une des deux capitales du pays, l’autre étant naturellement Alexandrie.Un pays bien concret, néanmoins, Le Tarbouche étant un roman-roman, tout à fait digne d’estime (et c’est, de surcroît un premier roman) mais fort éloigné de l’oeuvre monumentale d’un Lawrence Durrell, ce Quatuor d’Alexandrie qu’un critique, Hubert Juin, préfacier de la belle édition du Cercle du bibliophile, de Genève, considère comme « une entreprise de littérature »(.)« l’une des plus graves et des plus belles de notre époque ».Les comparaisons ont toujours quelque chose d’odieux.En particulier quand il s’agit d’une oeuvre comme celle de Durrell, un ouvrage écrit sur plusieurs plans, qui va d’un événement à un autre événement, qualifié par l’auteur lui-même de roman-sosie, sorte de labyrinthe qu’on a considéré comme « spatial ».Il est donc inutile de mettre en parallèle le roman de Robert Solé, un livre qui raconte, le plus simplement du monde, une histoire intéressante, visiblement nourrie de souvenirs personnels, de rappels de l’enfance, mais en même temps qui retrace une époque bel et bien évanouie, alors que les émigrés syriens pouvaient accéder à un statut tout à fait surprenant, et, comme Georges Batrakani, père d’une tribu respectée, devenir anobli, Georges bey Batrakani, tout fabricant de tarbouches qu’il ait été.Épuisons donc le sujet du tarbouche, ce fez égyptien dont l’auteur raconte, avec beaucoup de complaisance, l’épopée ( ! ) dans un chapitre tout à fait amusant, intitulé « Un bey de première classe ».Les divisions du roman de Robert Solé sont d’ailleurs l’un des procédés d’écriture les plus intéressants de la production romanesque de cette année : toujours brèves, numérotées et titrées, ces séquences, empruntant au style épistolaire quand il s’agit des fils et des petits-fils du patriarche, à la narration classique pour bien marquer le passage du temps, et les diverses avanies d’un groupe humain difficile à cerner, quant à son identité réelle, feront peut-être quelque jour — quel est le romancier qui n’y songe pas ?— un bon scénario de film.Journaliste, Robert Solé l’est dans certaines descriptions de lieux, d’habitations, le compte-rendu des fêtes, des dîners d’apparat et jusqu’aux habitudes vestimentaires des femmes de la famille, de la tante Maguy, qui mène une existence très libre, jusqu’à la soeur Viviane.L’amour de la France, pour ces exilés qui refuseront l’intégration jusqu’à leur départ, volontaire ou forcé, vers d’autres terres d’exil, est constamment au coeur de la vie fastueuse qu’ils mènent au Caire.Au point où quand l’un d’entre eux part pour le Canada, sa décision est ainsi saluée : « Et dire que cet abruti est allé s’enfermer dans un frigidaire au bout du monde ! Son Canada, qu'il le garde, parole d’honneur ! Je le lui laisse en cadeau.» Plus fouillé, le personnage d’André, qui devient jésuite, et qui choisira de plein gré de continuer à vivre dans l'Égypte de Nasser, après avoir connu celle des sultans et des rois Fouad et Farouk.« Vois-tu, dit-il à sa soeur Viviane, les Syriens d’Égypte se sont trompés.Ils ont cru que la réussite sociale les dispensait d’intégration.Au Liban, ne refaites pas cette erreur : soyez des Libanais à part entière.» Et à ceux qui partent pour le Canada, il aura dit de la même façon « Soyez des Canadiens (.) et faites pour le mieux avec vos enfants.» Tous les déracinés de la terre liront Le Tarbouche avec une émotion sans doute teintée de nostalgie.Ils seront sans doute d’accord avec celui qui écrit son journal, de loin en loin, ce Michel qui admet que chacun et chacune de sa famille « s'est refait un nid à sa manière ».« Étrange parcours, constate-t-il, de ceux qu’on appelait Syriens en Égypte, qui se font traiter aujourd'hui d’Égyptiens au Liban et qui se présentent comme Libanais en Europe ».Il conclura, un peu plus loin, dans les dernières pages du roman : « Nous sommes partis de notre propre gré, sur la pointe des • pieds, sans tarbouche ni trompette.» Ce récit tout en fragments, dont le\ fil conducteur est quand même l’existence dorée d’une smala qui se .croyait installée en Égypte pour > plusieurs générations, traverse, sans, que les héros y participent sinon en profitant de ses avantages pécuniaires, deux conflits et trois types de potentats régnants.U ne ‘ bonne histoire, fortement documentée, et allègrement rédigée! ROBERT SOLÉ Tarbouche roman .U t't Leçon de traduction Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies ESCARMOUCHES Emily Dickinson Choix traduit de l’anglais et présenté par Charlotte Melançon La Différence, 1992 Coll.Orphée, no 110 « Mais sa grandeur ne se trouve-t-elle pas précisément dans cette dignité qui cherche sans cesse à s’effacer ?», écrit Charlotte Melançon à propos d’Emily Dickinson, et voilà le monde à l’envers : la poésie n’est plus affaire de m’as-tu-vu; elle entre dans la clandestinité du combat pour le détachement.Dans l’introduction à Escarmouches, deux idées me frappent : l’apparition-disparition et la combativité sans spectacle.Il me suffit de rêvasser un peu pour qu’Apollinaire jette, entre ces deux idées, le pont de « l’art de l’invisibilité » qu’il a découvert dans la Grande Guerre.Dickinson a aussi « son imagerie guerrière de victoires et de défaites, d’assauts et de retraites », qui vient d’Isaïe, de saint Paul, de Shakespeare.Le déploiement de la personnalité dans le temps et dans l’espace est pour Whitman un gain naïf; la conscience aiguisée de Dickinson, qui ne connaît que « la Vitesse et la Mort », tranche dans la naïveté en disant « perte ».La vie est-elle donc le terrain d’exercice de l’art de diminuer ?Le poète écrit en 1850 : « Nous sommes très petits, Abiah — je pense que nous devenons toujours plus petits — minuscule vie d’insecte au seuil d’une autre ».Ces paroles rappellent étrangement celles de Jean-Baptiste, avec cette différence que le précurseur propose et que Dickinson constate un état de fait.Mais cessons de rêvasser : Charlotte Melançon serre son sujet de plus près, tout en respectant un « mystère » autour duquel l’interprétation est toujours un vêtement trop petit.Dans sa sympathie pour le sujet, on sent une affinité dont les ouvrages de commande ne peuvent se prévaloir.On devine aussi une de ces longues fréquentations qui donnent le temps de trouver, dans une oeuvre et dans une vie, les citations et les faits les plus éclairants.L’introduction est un siège en règle : elle fait le tour des murs et signale au lecteur les points de vue qui donnent le meilleur aperçu de la place.Suivent les traductions de 54 poèmes qui accompagnent Emily Dickinson dans son parcours entre le poème 80 et le poème 1760.À la lecture de plusieurs choix parus récemment, j’ai été frappe par une couleur que j’ai imaginée en rapport avec la personne qui choisissait.Quelle serait la couleur de ce choix-ci ?Celle d’un état de guerre qui se remarque à des ordres, des exhortations, des trêves, des provocations, des appels, des exclamations de triomphe.Tout cela n’engageant pas seulement la « tirailleuse », mais, dirait-on, comme dans Shakespeare, la nature entière.J’entendais les Feuilles — disputer; La Création était une brèche béante — / Pour me rendre visible — ; Comme Nous parfois, la Nature / Perd son Diadème.La traduction de Charlotte Melançon est naturelle, pleine de vivacité, non par l’effet de la première spontanéité, mais de la seconde, qui apparaît quand le travail a été poussé assez loin pour effacer toute trace de sueur, tout Le retour du désordre LE NOUVEAU MONDE Pierre Lellouche Éditions Grasset, 1992,532 pages Jocelyn Coulon PRODUIRE un essai global de politique internationale où l’auteur embrasse le passé, le présent et l’avenir sans paraître trop prétentieux ni tomber dans la prospective la plus spécieuse n’est pas une mince tache en cette époque troublée et incertaine.C'est pourtant ce qu’a réussi Pierre Lellouche, un spécialiste français des affaires militaires et internationales, très connu des lecteurs de l’hebdomadaire Le Point.Depuis trois ans, c’est un truisme de dire que le monde a bien changé.En fait, on a surtout assisté à l’effondrement de l’empire communiste qui fut pendant plus de 70 ans l’obsession des démocraties.Le reste, c’est-à-dire les trois quarts de l’humanité, ne prenait de l’importance que par leurs rapports face à l’Est ou à l’Ouest.Maintenant que la rivalité a disparu, les problèmes qu’elle cachait surgissent soudainement avec une violence qui nous fait regretter le temps béni où tout semblait si simple.Certes, personne ne désire retourner en arrière mais le nouveau monde qui se dévoile maintenant n’a rien de particulièrement rassurant.« Nouvel ordre.Balivernes, écrit l’auteur.Retour, plutôt, aux vieux et immenses désordres d’avant la guerre froide : désordre géopolitique d’abord, où la nation, les frontières, en un mot l’Histoire, vont retrouver pleinement leur force; désordre militaire aussi, puisque la situation stratégique n’est nullement stabilisée ni en Europe, ni dans le Golfe, ni bien sûr en Asie; désordre enfin dans nos concepts et nos politiques ».Enfin, ajouter à ces instabilités, la compétition économique entre bloc et son lot de tensions et de déséquilibres.Si Lellouche consacre plusieurs pages au nationalisme en Europe centrale, à l’éclatement de l’URSS et aux rivalités économiques entre les États-Unis, le Japon et l’Europe, ses commentaires les plus pertinents portent sur des problèmes d’une importance dont on ne semble pas encore reconnaître l’ampleur : le sous-développement, la démographie et la prolifération des armes de destruction massive.C’est « une triple révolution », pour reprendre l’expression de l’auteur, qui frappe le tiers-monde et qui menace la planète entière.Chapitre après chapitre, l’auteur démontre comment la pauvreté chronique de vastes régions, en Afrique surtout, une démographie galopante et la course effrénée de plusieurs Librairie Regardez la neige qui tombe.Impressions de Tchékhov une présentation de Roger Grenier l.o dimanche 3 mai à 14 heures, la Librairie Gallimard accueillera M.Roger Grenier qui viendra présenter son dernier livre, Regorgez lu neige ’ d'Escarmouches devrait être une leçon de traduction.DICTIONNAIRE DES AUTEURS DE LANGUE FRANÇAISE EN AMÉRIQUE DU NORD Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski Un ouvrage de référence essentiel sur plus de 1600 auteurs de langue française.Chaque article comprend une biographie de l’auteur, la bibliographie de son œuvre, ainsi que les principales études qu’elle a suscitées.Un document indispensable pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures québécoise et francophone d’Amérique.Volume de 1392 pages I I I] I BIENTÔT PROMOTION libraire A SURVEILLER échafaudage.Alors il arrive qu’ont trouve, il me semble, quelque chose d’absolument direct et rapide, comme un coup, pour rester dans l’imagerie guerrière, ou comme le geste décisif du pêcheur à la ligne, après son long travail d’attente.C’est ainsi que je m’explique la différence établie par Baudelaire entre un travail « fini » et un travail « fait » : beaucoup de travail donne un résultat « léché », et un peu plus de travail encore, un peu plus de patience et de temps, un résultat « trouvé ».C’est pourquoi le résultat « trouvé » est si rare.L’urgence de grossir la production empêche qu’on atteigne même le travail « léché ».Quiconque s’intéresse à la traduction de poésie suivra avec intérêt l’évolution du travail de Charlotte Melançon en comparant les versions des mêmes poèmes (il y en a 26) publiées dans Liberté 164 (avril 1986) et dans Escarmouches.Il remarquera qu’un mouvement du sens vers le son, dans quelques 47 ES Le Devoir, samedi 2 mai 1992 • le plaisir des ivres Montréal protéiforme Robert SALETTI ?Essais Québécois MONTRÉAL: ESQUISSE DE GÉOGRAPHIE URBAINE DE MONTRÉAL Riaoul Blanchard VLB éditeur, 275 pages Édition préparée et présentée par Gilles Sénécal.ENTRE VOISINS La société paroissiale en milieu urbain, Saint-Pierre-Apôtre de Montréal, 1848-1930 IJicia Ferretti, Boréal, 264 pages L£S ESCALIERS extérieurs, on le sait, sont une des particularités architecturales de Montréal.La revue Autrement, dans son dernier numéro sur L'Oasis du Nord, ne s’y est pas trompée, ornant sa couverture d’une photo d’un escalier vert et bleu de la rue Marquette sur le Plateau Mont-Royal, quartier emblématique d’un certain rpnouveau urbain s’il en est.À l’époque solution inélégante mais pratique à un criant problème d'espace pour la classe ouvrière des nouveaux faubourgs montréalais, 2 T P ces escaliers sont aujourd’hui source de pittoresque, quand ce n’est pas de culte.C’est ce qui s’appelle faire contre mauvaise fortune bon coeur.Mais une ville a-t-elle à être belle ?Jean Barbe l’a dit dans ce même numéro d’Autrement, Jean-Claude Marsan l’avait dit avant lui, et Raoul Blanchard encore bien avant en 1947 dans son Montréal : esqisse de géographie urbaine — que VLB a la bonne idée de rééditer dans le contexte des fêtes du 350e anniversaire —, Montréal n’est pas une belle ville.Mais, en dépit du bric-à-brac architectural qui est le sien et de l’absence de planification qui fut son lot, elle vit (plus précisément elle survit).Son coeur bat au rythme des gens qui l’habitent, et les gens, eux, vivent autant dans un quartier, dans leur communauté immédiate, que dans la grande ville.L’espace urbain est paradoxal, car s’il nivelle la vie sociale souvent réduite à ses aspects utilitaires ou récréatifs, il recrée aussi la communauté dans ce qu’elle a de plus noble, le partage des expériences humaines.L’intérêt de Montréal : esquisse de géographie urbaine est de deux ordres.Pour quelqu’un comme moi qui ne connaissais Blanchard que de nom, pour l’avoir vu cité à maintes reprises, il est de l’ordre de la découverte d’un texte profondément beau, littéraire par moments, qui raconte la destinée d’une ville — de Lucia Ferretti ENTRE VOISINS l.j soticic paroissiale en milieu urbain Samt-Pierre-Apôtre de Momicul lS-lri l‘HO Boréal ¦ ma ville —, de sa fondation à son éclatement moderne.Pour quelqu’un comme mon beau-père, qui fit ses études d’agronomie au séminaire d’Oka au tournant des années 40 et à qui on enseigna les textes de Blanchard, l’intérêt serait plutôt de l’ordre des retrouvailles d’un maître à penser, qui a fait pour la géographie du Québec ce que Marie-Victorin a fait pour la botanique et les sciences naturelles : redéfinir une discipline pour réinventer un Pas de rigolade à Tanger mule de Charles Péguy, Raoul Blanchard était français et passionné du Québec, ce qui l’amena a rédiger une série de monographies régionales sur l’est, le centre et l’ouest du Canada français (comme on disait à l’époque).Il fut en fait le premier géographe français à s’intéresser aux espaces urbains et à réaliser des monographies de villes.Selon Gilles Sénécal, auteur de l’intéressante préface qui coiffe cette réédition, Blanchard fut également le déclencheur de la géographie universitaire au Québec, tant à cause de sa formation classique qu’à cause de l’approche interdisciplinaire qu’il adopta en pratique, approche où l’histoire et l’urbanisme le disputent à la géographie au sens strict.Ayant aujourd’hui préséance, la géographie analytique a quand même gardé de la géographie française classique à fondement régional qui était celle de Blanchard la volonté de voir dans la ville un ensemble de quartiers socialement définis.La géographie sera urbaine ou ne sera pas.Dans la première partie de l’essai, dévolue aux conditions géographiques, le lecteur profane se prendra au jeu du récit de la fondation de Montréal, alors que notions, néologismes et métaphores descriptives s’entrechoquent et que d’inattendues images poétiques surgissent.Pleuvent alors les « nappes alluviales », « étiages calamitaux », « terrasses fluviatiles » et autres réalités géographiques qui naissent littéralement sous nos yeux.La seconde partie intitulée « L’évolution urbaine » décrit deux phénomènes parallèles désormais bien documentés, l’urbanisation et l’industrialisation croissante de Montréal.Dès 1760, y apprend-on, la ville s’épanche en faubourgs.Dès 1871, elle s’étiole dans le phénomène des banlieues.Troisième et dernière partie, « La ville actuelle » raconte une ville fracturée par le conflit entre anglophones et francophones (le « drame des races »), en butte au « corps étranger » que sont les Anglais.Les Canadiens français se répandent dans des faubourgs de plus en plus éloignés que la ville « enkyste » tant bien que mal.C’est la « marche centrifuge » de Montréal, un géant ayant grandi trop vite, une ville qui, comme les cités à l’anglaise, se vide en son centre le soir venu.Sous plus d’un aspect, Montréal : esquisse de géographie urbaine n’a pas vieilli.Ville mystique à ses débuts — on pense à la fiction documentaire Les Montréalistes que Denys Arcand a jadis réalisée sur le sujet —, puis ville frontière, emporium de la traite et pépinière de hardis gaillards comme le dit si joliment Blanchard, ville-forêt aussi selon l’auteur (qui ne manque pas d’enthousiasme), Montréal est protéiforme.Mais la vision du géographe reflète aussi l’histoire contemporaine d’un éclatement.L’éclatement, au profit de la promiscuité, des petites communautés, de la vie du quartier, de ce que Gilles Sénécal, dans un article de la revue Autrement justement, appelle les villages de la ville.On rangera par ailleurs la thèse de Lucia Ferretti dans la catégorie des essais qui veulent restituer ces communautés éclatées.Entre voisins étudie en effet le cas de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre, près de Radio-Canada, pour montrer que la paroisse constitua une expérience déterminante dans l’adaptation à la ville des « ruraux » qui arrivèrent à Montréal en grand nombre entre 1848 et 1930.Sans doute représentatif de cette micro-Histoire que les universitaires affectionnent de plus en plus, cet essai montre par une analyse minutieuse que la ville industrielle, c’est aussi la vie sociale paroissiale.Expulsé par la grande porte dans les années 60, le clergé revient donc par la petite.Ville aux milles clochers, Montréal a un vécu paroissial non négligeable.Peut-être assistons-nous à un retour du refoulé religieux, retour qui expliquerait enfin la grotesque façade bicéphale de l’UQAM rue St-Denis.Le blues du polaroïd Robert LÉVESQUE Le A Bloc-notes MOHAMED CHOUKRI a toujours stous le bras des bouquins, des jiaperasses; sa serviette déborde de carnets et pourtant il flâne aux terrasses des cafés.Même la nuit où tf file les filles il traîne avec lui une Chartreuse de Parme ou un Idiot.La bière éclabousse Stendhal et Dostoïevski indifféremment.Les nuits tombent, les filles aussi, seul le soleil va se relever.* On l’imagine ainsi Mohamed Choukri, oiseau des nuits de Tanger, dans le quartier du Petit Socco ou dans les brasseries des avenues, aux portes des hôtels, gueule de bois à midi, grande gueule à minuit, d’un ami l’autre; dans cette dolce vita épuisante il rencontre Jean Genet (en 1968 d’abord, en 1974 ensuite), Tennessee Williams (en 1973).Eux Eassent, lui aboie.Il les attrape dans i rue, gagne leur confiance, parle parle jase jase, note tout dès qu’ils s’esquivent.Il met ça dans sa serviette avant d’aller courir les putes.Infatigable, le Choukri.À Tanger, Paul Bowles, entre deux voyages au kif, quand il ne flotte pas trop haut dans sa villa, reçoit Choukri.Il l’aime bien son Arabe des mille et une nuits.Souvenirs de partouzes.Et il lit ces carnets de notes attrapées avec Genet, avec Williams; Morroccan connection, voilà ces notes traduites, postées à New York, éditées.L’auteur du Journal d’un voleur s’en formalise.Le 11 août 1974 (Choukri a publié les entretiens de 1968) il lui dit : « Vous avez écrit sur moi sans ma permission.Tout ce que je vous ai dit les deux dernières fois que nous nous sommes vus, c’était entre nous ».Mais ce n’est pas grave, ajoute Genet.Ils sont assis à la terrasse du Café de Paris, il est deux heures de l’après-midi en août, c’est l’Afrique du Nord.« Oublions ça », dit Genet.Choukri n’oublie pas.Il est un peu bouleversé, ce jour-là.Il croit que c’est peut-être fini.Deux séries de rencontres avec Genet, une avec Tennessee Williams, sans préméditation, sans efforts, au fil des jours, en terrasse, parfois chez Bowles ou dans une bamboula, jamais dans les chambres d’hôtel des écrivains.De ces rendez-vous fortuits, où l’on parle peu de littérature, où Genet boit du thé à la menthe, et Williams des Fernet-Branca, Choukri tira trois publications, aujourd’hui réunies au Quai Voltaire.À travers l’air du temps, les soleils, les migraines, les rires incontrôlables de Williams, la tristesse incontrôlée de Genet, apparaît derrière l’impression de temps perdu quelque chose de délicat dans les figures ambiguës de ces écrivains majeurs, la détresse digne de Genet, l’angoisse nerveuse de Williams.Et apparait Mohamed Choukri dans ses désirs, Choukri un écrivain généreux qui a raconté sa vie misérable ( Le pain nu, Seuil 1981 ), vendu par son père pour 30 pesetas à un fumeur de hachisch, jusqu’à 21 ans où, se secouant la peau, il apprend à lire et à écrire.D’où les livres sous le bras, son désir d’écrire, nuit et jour.« Je suis toujours triste.Et je sais très bien pourquoi » : Genet en 1969 est « entré au cimetière de la littérature », admet-il.Il voyage seul.En 1974 il est avec El Katrani, qu’il marie à une femme pour qu’il laisse les putes, adoptant le fils.Lui qui ne s’intéresse qu’aux marginaux, il habite les beaux hôtels : « Parce que je suis un sale chien.Je descends au mm.redécouvrir Aquin Qu'cn estlil du mythe Hubert Aquin 15 ans après sa mort?Itinéraires d Hubert Aquin brosse le portrait des vies qu'il avait l'ambition de vivre simultanément.le Journal d'Hubert Aquin rassemble des pages incendiaires qui deviennent une entrée privilégiée dans son univers mental: «Je vois ma vie comme une action et non comme un recueillement.» Itinéraires d'Hubert Aquin 1 mylainc Massoulre, 360 p , 9,9.5$ s- Journal d'Hubert Aquin ir/tr- établi par Bernard Beugnot, 410 p., 10,95$ BIBLIOTHEQUE QUEBECOISE ‘ Minzah ou au Hilton parce que j’aime voir ces élégants servir un sale chien comme moi ».Choukri : « Et pourquoi seriez-vous un sale chien ?».« C’est ce qu’ils pensent de moi », répond Genet.Il a connu l’ancien Tanger du temps, raconté dans Journal d’un voleur, où, dans des huttes de douaniers espagnols sur la côte, il rêvait de débarquer dans ce repaire de criminels dont il voit au loin les lumières.La ville est morte en 1968, en 1974 où Choukri veut savoir ce qu’il pense de Sartre (avant la guerre il n’aurait pas regarder un homme comme moi), de Camus (il écrit comme un taureau), de Tennessee Williams (il ne l’a pas lu, n’a pas envie de le faire).Genet se couche tôt et prend son Nembutal, ne boit pas, c’est un homme triste et bon, seul, ses rapports décrits par Choukri sont ceux d’un homme étrangement fruste et délicat à la fois.Tennessee Williams trouve Tanger fort laid.Il a écrit à Maria Saint-Just que ça ressemble à « Miami Beach jeté au milieu de taudis».Devant Choukri, accompagné d’un garçon beau et muet, que Choukri appelle Baxter et qui est Tom Field, un des « secrétaires » qui ont succédé à Frank Merlo mort en 1963, Williams rit à tout propos.« Je me demande pourquoi », note Tchoukri.Même ses colères se transforment en rires hystériques.Dès midi il est au Fernet-Branca, a toujours un mot sur «les beaux garçons» (où sont-ils ?), il renonce à parler littérature, tout au plus ironise-t-il sur Arthur Miller, qu’il pourfend et respecte à la fois.Choukri chaud lapin, amateur de filles, est à l’opposé de cet Américain aux vestes bleu clair.Il boit ses paroles, médisances et sincérités.Mais Williams est inattrapable.Que pense-t-il de Choukri ?Soyons curieux, allons voir dans les « lettres à Maria Saint-Just», publiées chez Laffont.Le 30 juillet 1973, seule lettre postée de Tanger ce mois-là : « Pas de grandes rigolades cet été et vraiment personne à qui parler sauf Paul Bowles qui préfère ne pas parler parce que cela le distrait de sa pipe de kif ».Zut.?Jean Genet et Tennessee Williams à Tanger, Mohamed Choukri, Quai Voltaire.TRUFO A MISTO ROBERT JOHNSON est au blues ce que la patate est à la bouffe : un passe-partout.Il est ainsi, le Johnson, parce que comme la patate il est un hybride.Un croisement entre Dieu et le Diable.Faut vous dire que ces deux zigotos, experts du je te tiens, tu me tiens par la barbichette, Johnson Robert les a renrontrés là où la 61 croise la 49 dans Coahama County, Mississippi.De cette rencontre, Johnson a tiré son Standin’At The Crossroad.Et qu’est-qu’il raconte dans ce blues où le poids des mots est coulé dans la musique la plus croque au sel qui soit ?I went down to the crossroad/ Fell down on my knees./ Asked To the Lord above ‘Have Mercy, now’,/ Save poor Bob if you please’./ Uhmmmmm.Plus tôt cette semaine, on a parlé avec l’homme qui va partir à la recherche des notes semées par Johnson mais également par tous les vioques du blues.Par tous les anges du malheur sonore.En clair, l’homme avec qui on a causé va suivre les traces de Johnson et de Willie McTell, Son House et Sleepy John Estes, Johnny Shines et Muddy Waters.Si l’homme en question n’est pas jn croisement, il ne cesse pas pour autant d’entrecroiser, dans ses romans, les blues de Canned Heat et de Hound Dog Taylor avec le présent des pauvres qui vivent dans les « hache-elle-aime » de la France profonde comme de la France superficielle.Quand il ne fait pas de croisements dans ses bouquins, il fait des croisements entre le vieux et le nouveau polar.Car.Car notre homme qui, dans le civil, s’appelle Patrick Raynal a décidé de combiner tous les mois les récentes histoires de Jean-Bernard Pouy ou Bill Pronzini avec les histoires anciennes de John D.McDonald ou de Jack Finney.Faut rappeler que le Raynal à la carrure de « linebacker » des Steelersde Pittsburgh est.le « big-boss » de la Série noire.Bon, allons-y dans l’ordre.C’est quoi cette histoire de blues dans le Delta.?« À chaque fois que Filippo S;ilv3(oru La Fresque de Mussolini Thétlltr fiuernka Filippo Salvatore La Fresque de Mussolini Théâtre 9$ Pourquoi a-t-on peint une fres-aue tic Mussolini dans l’église Notre-Dame-de-la-Défense à Montréal ?Amor Àmor Christine Cormier Amor Amor Roman 15$ Pendant le retour dans sa famille sur la Côte-Nord, une jeune fille cherche à se dire.Les éditions Guernica Distribution DMR/Socadis PHOTO JACQUES GRENIER Patrick Raynal j’ai écouté le blues Love In Vain, j’ai toujours eu envie d’en continuer l’histoire.Cette année, c’est décidé, c’est ce que je vais faire en compagnie du photographe Patrick Bard.Nous allons descendre dans le delta.On va le parcourir pendant trois semaines.Patrick, évidemment, va prendre des clichés.Et moi, je vais prendre des notes ».« Ce ne sera ni un livre d’histoire, ni un reportage.Ce que je souhaite faire, c’est raconter l’histoire du blues à travers la fiction.Parce que pour moi, le blues c’est un peu du rêve.C’est à la frontière du sordide et du mythe.Vous savez, j’ai eu la chance, l’immense chance d’avoir James Baldwin pour voisin quand il habitait à Nice.C’était un saint.En fait, c’est le seul saint que j’ai rencontré dans ma vie.Il me disait souvent que le blues c’est la négritude.Point».« C’est lui, Baldwin, qui m’a fait connaître l’oeuvre de Langston Hughes.Depuis mon entrée en fonction chez Gallimard, j’ai commandé la traduction de deux de ses livres, notamment de Mule Bone.Hughes a une écriture très musicale.On retrouve beaucoup de lui dans Chester Himes.À part Hughes, j’ai mis la main sur 16 bouquins écrits par Donald Goines.Un type extraordinaire.C’est du roman noir au ras du bitume.Ses bouquins ont un tel réalisme qu’on se dit : ‘il était là’.Il est mort dans le métro.On lui avait tiré deux balles de 11,43 dans la tête ».Mis à part votre livre sur le blues et les parutions de romans écrits par Hughes et Goines, qu’est-ce que vous avez au programme ?« Un James Crumley.C’est un des mes grands amis.Je suis amoureux de ce type.Le 15 août je vais aller à son mariage.» Encore ! « Oui.oui.Il se remarie.Toujours est-il qu’on a les droits sur son prochain roman qui paraîtra cet automne simultanément en France et aux États-Unis.Le titre ?Le canard sifHeur mexicain ».En puisant dans le vaste catalogue de la Série noire, vous avez réalisé un beau coup double en rééditant un Jack Finney et un John I).MacDonald.Qu’est-ce qui vous a mis sur la piste de En double de Finney et L’encadré de MacDonald ?« Dans le cas de Finney, soit le no 413, c’était la dernière couverture cartonnée de la Série noire.Depuis sa sortie en 1957, il n’avait jamais été réédité.Pour ce qui est de MacDonald, c’est ma mémoire qui a joué.Je connaissais bien ce roman.Le remettre dans le circuit, c’est ma manière à moi de saluer l’immense talent de MacDonald.C’est un grand du polar».Quel est votre politique éditoriale ?Comment travaillez-vous ?« Je suis associé à deux lecteurs en qui j’ai énormément confiance.Nous avons une règle bien simple : Si au bout de dix pages on s’emmerde, on abandonne.Car le polar, vous savez, c’est un polaroïd.Un bref moment de l’histoire».En double, Jack Finney, no 413 de la Série noire.L’encadré, John I).McDonald, no 1364 de la Série noire.
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