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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1992-05-30, Collections de BAnQ.

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• le plaisir des ivres .-Oampigny- Venez rencontrer Gilles Vigneault BOIS DE MARÉE le samedi, 30 mai de 14h à 16h 4380 St-Denis, Mtl, Oc H2J 2L1 Tel.844-2587 Le Devoir, samedi 30 mai 1992 ' • ?.j.- ¦* .• v •«5 ‘ -At Un pataphysicien nommé Prévert JACQUES PRÉVERT Oeuvres complètes, tome 1.Bibliothèque de la Pléiade, 1992.Serge Truffaut A GRANDE histoire des Belles familles qui ont gouverné la France est une histoire d’autant plus simplette qu’elle ne fut jamais rayonnante même si l’un de ses membres se prenait pour le soleil alors qu’il avait la cervelle pleine d’éclipses.Ouf ! Qu’on en juge : « Louis I, Louis II, Louis III, Louis IV, Louis V, Louis VI, Louis VII, Louis VIII, Louis IX, Louis X (dit le Mutin), Louis XI, Louis XII, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Louis XVII, Louis XVIII et plus personne plus rien.Qu’est-ce que c’est que ces gens-là qui ne sont pas foutus de compter jusqu’à vingt ?» Ces gens-là ?Mais c’étaient des.des aristos et des branquignolles, des bien-nourris et des empaffés, des méchants, des pas bons, des demi-sels, parfois des cuistres, souvent des nabots qui, s’ils savaient danser le menuet, n’ont jamais été invités à danser la carmagnole.Car ces gens-là, il faut leur donner ça, avaient l’esprit de classe, donc de caste.Bref, toujours hautains, ces gens-là et tout ce qu’ils personnifient ont constitué l’un des sujets de prédilection de celui qui, le 11 mai 1953, fut « tenu ad pertuam rei memoriam » pour Satrape du collège de Pataphy-sique parce qu’il était « fabricant des Petits Plats dans les Grands et autres».On a nommé Jacques André Marie Prévert, né le 4 février 1900 à Paris, France, fils cadet de André Prévert, homme de lettres, et de Suzanne Prévert qui ne l’était pas, homme de lettres.La Suzanne, dixit son fiston, était une fée.Alors, les lettres .Bon.Demain, c’est-à-dire le 31 mai 1992, donc demain le 31 mai à 14 heu- Jacques Prévert entre dans La Pléiade.Pour célébrer l’événement, en musique, en paroles et en gestes, l’Académie québécoise de Patapbysique invite les « prévertiens » à la librairie Gallimard, dimanche, à 14 heures.res, ces pataphysiciens dont le mot d’ordre, pardon !, de désobéissance est Moi jmégris du bout des douas/ Seskilya dplus distinglé, vont chanter des bouts de gras à l’ami Prévert au lieu dit de la Librairie Gallimard, sise au 3 700 du boulevard Saint-Laurent, correspondant toponymique du « boul’mich », pour souligner tout bonnemment, tout simplement, tout bêtement, la publication dans La Pléaide — Oui ! Mossieu ! — des oeuvres de Prévert.Qui plus est ou avis à la population : tout quidam qui fera l’acquisition de trois volumes de La Pléiade dont le rendement historique est supérieur à celui de Bell Canada, ce qui n’est pas rien, aura droit au dividende suivant : l’album Prévert conçu par les éditions en question pour accompagner le tome 1 des oeuvres de Prévert et souligner la Quinzaine de la Pléiade.Ave ! Où kon nez-là ?Dans la pataphy-sique.Ah Oui ! La pataphysique qui est l’exact contraire de la patachi-mique qui n’a rien à voir avec la pa-tachou sera au centre, évidemment, du programme élaboré par les commandeurs Québécois de la chose qu’il ne faut pas confondre avec les petites morts freudiennes.En conséquence de quoi, le programme en question propose : ¦ Ouverture de la Chaire s’honore et présentation de l’Hymne de l’Académie.Chef d’orchestre : Claude Frascadore.¦ un discours de Sa Luminescence (Line Mc Murray) intitulé : Prévert, Pataphysique et Paradigme.¦ Présentation des travaux de la Chaire des virtualités spatiales.Autrement dit, Prévert et les arts visuels par Yvon Cozic.¦ Présentation des travaux de la Chaire d’effeuillage.Soit la littérature de Prévert par Paul Zumthor.¦ Exercices collectifs à la Prévert sous la direction de la Chaire d’apo-phatisme, soit Étienne Tiffou.¦ Présentation de la Carte du ciel de l’Académie par la Chaire des vaticinations.| ¦ Annonces faites au public parila Chaire de la distillation de la iu-mière.Après quoi, c’est rideau.Tout l’inonde s’en va, avec son Prévert au bout des douas histoire de prouver à Voir page D-2 : Prévert % tw\4j Dessin de Daullé.Nabokov, les : années européennes i Page D-5 • i Barcelo, 30 ans de nouvelles Page D-3 Monique Proulx -Mrs Écrivains à demeure Stéphane Baillargeon N -L.' AÏM KATTAN est un écrivain heureux.Depuis le début de l’année, on le paie pour écrire et pour parler de lui, de son oeuvre et de ce qui le passionne par dessus tout : la littérature.En plus, il le fait dans un milieu bourré de gens qui lui sont tout autant dévoués, dévorent les livres et en redemandent : un département d’études littéraires, celui de l’UQAM, où il est maintenant « écrivain en résidence».Le Conseil des Arts du Canada gère ce programme original.L’idée est toute simple : les departements de médecine invitent des chirurgiens renommés à donner des conférences, les politologues en herbe reçoivent des diplomates et des journalistes, alors pourquoi les étudiants et les professeurs en lettres n’accueilleraient pas un écrivain dans leur dé partement, pendant une ou deux sessions, pour l’examiner tout leur soûl ?Les demandes d’accueil sont soumises au Conseil par les universités et sélectionnées par un jury d’écrivains.L’organisme fédéral assume la moitié des 24 000 $ du traitement annuel habituel.Le reste des frais est à la charge de l’établissement scolaire, qui doit aussi mettre un bureau à la disposition de l’« oeuvrant ».Celui de Nairn Kattan tient un peu de la cellule de moine, d’où on voit d’ailleurs un des anciens clochers de NaTm Kattan l’Église St-Jacques, maintenant intégrés au bric-à-brac architectural de l’UQAM.Quelques livres, une grande table, aucun ordinateur.« J’écris encore à la plume », avoue-t-il.En fait, Kattan goutte à sa propre médecine.C’est cet infatigable combattant des lettres qui a instauré le programme au Conseil des Arts à la fin des années 60.« Une autre époque, se rappelle-t-il.La société se transformait à un rythme fou et tout semblait possible ».Il a abouti au cénacle fédéral du Conseil en 1967, après une participation à la Commission royale d’enquête sur le biculturalisme.« Le service des lettres et de l’édition a vieilli avec moi, dit Nairn Kattan.Chaque année j’ajoutais un nouveau programme : l’aide Jacques Godbout tendu deux décennies avant de se décider.En 1985-86, l’UQAM a reçu Madeleine Gagnon, puis Paul Chamber-land, Monique Proulx et Raymond Plante, Arlette Cousture, l’automne dernier, Kattan maintenant.Dès son arrivée, en janvier, l’auteur de Adieu Babylone et de La mémoire et la promesse a écrit une petite lettre à ses nouveaux collègues-spécialistes pour s’offrir en pâture.« Il faut jouer le jeu, aller au-devant des autres, sinon l’écrivain en résidence s’enferme dans un isolement égoïste et stérile ».Les offres d’interventions ont vite suivi : une conférence par-ci, un séminaire de création par-là.Il a même découvert que le professeur Simon llarel donnait un Voir page D-2 : Écrivains Raymond Plante à l’édition, l’aide aux périodiques, les prix littéraires, etc.».Tout a donc débuté avec ce programme d’écrivains en résidence, qui a ses équivalents dans les pays nordiques et germaniques.Mais c’est d’abord et avant tout une idée des États-Unis, dont Kattan admire la littérature.« Je me suis rendu compte que les grands noms des lettres américaines, comme Saiil Bellow par exemple, étaient souvent rattachés à des universités ».C’est une autre façon de la faire vivre.En France, la littérature vit dans les cafés et même à la télévision.En Amérique, les écrivains et ceux qui veulent le devenir échangent et se forment souvent en milieu universitaire.« Beaucoup de gens talentueux j sont sortis de là ou y ont fait des rencontres décisives.J’ai donc adapté : cette excellente idée au Canada ».Les universités anglophones connaissaient les habitudes de leurs grandes soeurs du Sud et elles ont vite ouvert leurs portes.Dès la première année, le Montréalais Mor-decai Richler s’est retrouvé à Sir George William (maintenant l’Université Concordia).Puis, ce fut le tour d’Alden Nowlen, Morley Calla-gan, Margaret Laurence, en fait tout ce qui compte dans les lettres canadiennes anglaises.Au total, plus de 217 écrivains anglophones en 25 ans.Gaston Miron a été le premier boursier francophone, en 1971, à l’Université d’Ottawa.Mais les universités unilingues françaises ont at- En 25 ans, 250 écrivains ont installé leurs pénates dans les universités canadiennes LA CHUTE DU CORPS Roman Hélène Le Beau Au commencement étaient le chaos et les ténèbres Boréal ^ D-2 ¦ Le Devoir, samedi 30 mai 1992 • te plaisir des ivres La vraie vie est ailleurs z: 5 S =z S !âi fil I\Ii 1 niji n Ui ?i Dv'.'T Odile Tremblay L~ a Entre Æk les lignes Certains romans sont chargés de symboles, pour ne pas dire de songes comme le veut le titre du dernier Anne Hébert, voguant avec elle en eaux de plus en plus profondes, dans un univers humide ou flottent les thèmes miroirs de l’écrivain : Mer du rivière assassine qui avale ses Victimes, amours idéales fracassées âtme réalité maléfique, enfance iribonnière de son orbite, comme ans l’univers de Réjean Ducharme $ù-le monde adulte est une concession au médiocre et un pas quç les héros cramponnés à la pureté, à l’absolu des premiers âges Infusent de franchir.La vraie vie pour elle, pour eux, est ailleurs, lïême si souvent, elle sera chargée de violence et meurtrière.Anne Hébert se veut une sorte de ftiystique sans foi, et c’est cette ûête d’au-delà, cette fréquentation iriiilière du surnaturel qui teinte et mpagne son oeuvre de mystère, etrouver Anne Hébert, c’est (çtrouver une épure, une économie de mots.Elle travaille comme un Sculpteur, retranchant, sacrifiant Tinutile, le superflu, livrant l’essence.Son écriture est un concentré où Chaque mot compte.Est-ce pour ^éla que sa lecture commande une ANNE HEBERT L’ENFANT CHARGÉ DE SONGES ROMAN SEUIL attention, presque un recueillement de croyant ?Ce dernier roman, admirable de concision et de poésie, obéit à la logique implacable, à la mécanique d’absolu et de mort régissant les tragédies grecques.L’enfant chargé de songes raconte l’enfance éternelle de Julien et d’Hélène.Elle, bientôt emportée par la mort, lui, prisonnier à jamais de son passé et de la main d’une mère ogresse et surprotectrice qui l’empêchera de devenir un homme, même par-delà du tombeau, même quadragénaire, exilé à Paris, adulte apparamment, jamais sevré en fait.À Duchesnay, dans la chaleur de la 3-, ri.= Serge Truffaut IL Y A deux mois à peine, le ipagazine Lire avait consacré tout qn dossier au plagiat.Dossier qui qvait fait passablement.de bruit au Spin de la République des lettres.Voilà qu’aujourd’hui, l’hebdomadaire fy’idiot international mus apprend Îue le Jenny Marx de Françoise rtroud « emprunte » bien des passages à la biographie que H.-F Ççters avait écrit sur la femme de fcarl Marx.*;CJne preuve ?« En sa qualité de Seul membre de la famille présent, il lui faut s’occuper de la succession.Çéqui signifie entrer en pourparlers 1- avec son demi-frère Ferdinand ».Ça c’est de Peters.La version Giroud ?« Seul membre de la famille présent à Trêves, il lui faut s’occuper de la succession.C’est-à-dire prendre contact avec Ferdinand ».Écrits du Canada français AU SOMMAIRE! du dernier numéro de la revue Écrits du Canada français, on nous propose : Le chevalier de l’épée par Lise Morin; La relève et l’essai par Madeleine LeBlanc ; Teilhard de Chardin — Ignace de Loyola par Élise Bonnette; AdèleSansfaçon ou l’anse au berceau par Julie Plourde; Superstition de Karen Nicholson; Le sens de l'histoire dans la pensée * Rouer Poupart ui j L.•PELOUSES ¦BLUES , .I fJlTIOV» Pif HHI IINMYKI LITTERATURE JEUNESSE PELOUSES BLUES Roger Poupart Éditions Pierre Tisseyre, 1992 LA BOUTEILLE VIDE Daniel Laverdure Éditions Pierre Tisseyre, 1992 Yolande Lavigueur PELOUSES BLUES raconte l’été banal d'un adolescent de banlieue à l'emploi d’un pépiniériste italien.Il plante arbres et arbustes identiques pour agrémenter les pelouses uniformément traitées.Le héros, orphelin Prévert Sdi, et non aux autres, qu’on est « dis-ttûglé ».Car.! -Car comme le remarqua Monsieur Prévert, ami du peuple et de Pi- casso, « C’est drôle, l'homme distingué.Mais l’homme vulgaire, qui devient ce qu'il est commun d’appeler un héros de guerre devient distingué.Il se distingue dans une guerre .C’est comme ça, il y a dans le monde 41?4 À -• g •* » II Librairie L I M De la couleur dans La Pléiade: L'Académie québécoise de Pataphysique diffuse ses feux splendides sur Jacques Prévert Le dimanche 31 mai à 14 heures, l'Académie québécoise de Pataphysique fera résonner la Librairie Gallimard en musique, en paroles et en gestes pour célébrer Jacques Prévert.L'occasion en est donnée par la Quinzaine de la Pléiade consacrée, cette année aux Oeuvres de Préverl et à la parution d'un Alhum Préverl.Les deux volumes seront largement illustrés en couleur, une première dans I.a Pléiade.f ZT.3700, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 ;Tél.: (514) 499-2012 • Téléc.: (514)499-1535 maison de Pauline, les enfants apprennent à confier leurs pensées les plus secrètes à cette mère qui exige d’eux leur esprit et leur âme.Un jeu d’abord anodin, mais qui, aux portes de l’adolescence, se brisera à l’apparition d’une figure belle, rebelle, maléfique, fatale, celle de Lydie, jeune fille que le village éberlué, affolé, émerveillé, verra apparaître sur la grand-rue hissée sur son cheval volé, comme une démone.Elntre autre symbolique où puise largement Anne Hébert, il y a cet univers des légendes québécoises où diables et lutins montent les chevaux la nuit venue, eux qu’on retrouve au matin, écume aux lèvres, crinière tressée, fourbus d’avoir trop couru.Ou encore ce diable beau danseur qui vient séduire les filles au pas trop léger, trop bondissant, et prennent leur vie en otage et la paix du village en prime.Lydie est cette figure féminine de l’ange des ténèbres faisant subir des épreuves aux deux jeunes gens qui cherchent à s’affranchir du joug de leur mère pour entrer dans le sillage de cet être double, scintillant qui prétend les initier aux secrets du monde.Il y aura donc double rite de passage, l’un avec Julien qui croit découvrir l’amour au cours d’une nuit mauvaise et fatale, l’autre avec Hélène que l’initiatrice entraîne en canot dans une remontée des rapides de la rivière Duchesnay en crue réclamant sa victime comme une sirène.D’autres mourront, d’amour, de chagrin.On ne survit pas aux maléfices d’Anne Hébert, si ce n’est mutilé d’une part vitale de soi-même.« Julien a rendez-vous avec Lydie .dans la ville morte, à l'heure où seuls les fantômes se promènent en toute liberté ».Ainsi, la belle amazone, désormais surréelle, désincarnée, ne quittera plus le jeune homme, même dans sa recherche d’un amour rassurant, domestique, sans mystères que lui offre cette Aline touchante et éprise pourtant.Mais Juliemi’a cure de cette victoire facile.« Les malades, les estropiés, les humiliés, les offensés, les vieillards, les prisonniers, l’enfant qu’on bat, la femme qu’on outrage, tous sont là, sous sa fenêtre, qui l’assurent qu’un chagrin d’amour, ce n’est rien dans l’océan de douleur du monde.» Mais qui pourrait consoler Aline ?N’eut été un dénouement en queue de poisson qui vient réconcilier le héros avec le quotidien d’une vie d’adulte ordinaire, à laquelle tout à coup, il se rend, sans vraiment nous convaincre, L’enfant chargé de songes constitue une oeuvre de haute valeur littéraire, d’une beauté pure et dépouillée, un roman de forage traversant des couches d’apparence, de camouflage, de conventions, pour débusquer le rite, le mythe au-delà des frontières de l’inconscient où Anne Hébert a le courage de descendre.?L’enfant chargé de songes, Anne Hébert, Paris; Editions du Seuil, 1992, 159 p.russe par Andrius Valévicius; Guy Roberge, un mandarin éclairé par Jean-Louis Gagnon en plus de chroniques habituelles.Les interurbaines d’Arcade LE no 24 d’Arcade, la revue littéraire au féminin, se penche sur les émois de l’âme et surtout du corps par le biais du poème et de la chronique.Page 12, on a retenu ceci : « Le ciel pâlit.Une teinte de bleu froid transparaît du noir.Elle éteint la lampe de chevet et son double s’efface.Elle attend très patiemment le premier fil tendu sur l’horizon.On dirait une fête au loin, une grande foire crépusculaire qui se prépare sous l’immense chapiteau de la voûte céleste ».Exposition de livres d’art L’INSTITUT culturel italien organise une exposition de livres d’art qui se poursuivra du 18 juin au 7 juillet à la Librairie Gallimard située au 3700 boulevard Saint-Laurent.Le choix des 70 volumes qui seront présentés ont été publiés par.les banques italiennes.Les prix G.Roy L’ASSOCIATION des littératures canadiennes et québécoises a décerné le prix Gabrielle Roy pour le meilleur critique à Robert Major pour Jean Rivard, ou l'art de réussir, et à Patricia Smart pour Writing in the Father’s House.La littérature à Cinq CINQ FM, la radio communautaire du centre-vüle de Montréal propose une nouvelle émission littéraire ayant pour nom Trois p'titspages et puis s’en vont.L’objectif ?« Faire rêver avec des romans qui viennent d’être publiés ».Vert sur verre de mère, s’ennuie vaguement du temps où Saint-Gérard avait encore des coins sauvages pour jouer et rêver.Seule intrigue : des vols d’arbres soigneusement déracinés et., transplantés dans des lieux plus propices à leur épanouissement.Qui est coupable ?Le lecteur devine dès le début.Pas très crédible ce libre penseur à la longue mèche verte comme une plume et qui joue le Robin des Bois de l’environnement avec le triporteur de l’épicier.Le narrateur a un style intéressant; il jette un regard froid, accablant mais passif sur tant de médiocrité uniformisée.Même s’il est conscient qu’il n’y a pas de justice, ce n’est pas lui qui va emprunter un fusil de chasse pour tirer sur les adultes.le héros, entre les piscines et les B.B.Q., continue de se poser des questions sur la vie et les gens, se demande même s’il ne va pas voler la blonde de son meilleur ami.Les petits milieux engendrent des héros bien petits, tellement qu’ils finissent par s’incruster au fond de notre mémoire.C’est ce qu’il y a de fort mais aussi d’agaçant dans ce roman.Le héros de Daniel Laverdure, dans La bouteille vide est autrement plus cocasse et amusant.Il n’arrête pas de pirouetter du rêve à la réalité pour se retrouver de l’autre côté de l’action, dans le pétrin, comme une espèce de funambule de l’intrigue.L’imaginaire luxuriant de l’auteur déborde des pages et de la bouteille, jamais vide, pour nous désaltérer de son intelligente folie.Un roman dans lequel on se surprend à rire haut et fort avec cet espèce de personnage lunatique.Les pitreries et les jeux de mots de l’auteur atteignent leur paroxysme dans l’épilogue, à la salle un immense mépris pour le peuple.Tandis que les bourgeois se traitent de bourgeois, et c’est merveilleux, toute critique de nos jours est faite dans des journaux bourgeois qui se moquent des bourgeois.Les ouvriers ne se traitent jamais d’ouvriers.On prend tout au peuple.On lui a fauché Luna Park, on lui a fauché la Marne, elle est empoisonnée, on lui a fauché les fêtes foraines, on lui a fauché les bateaux mouches, on lui a tout fauché.Même les bals musette, c’est pour les touristes.Elt alors, c’est le peuple qui avait toujours raison.C’est pour ça qu’on veut lui faire entendre raison, mais une autre raison, une raison raisonnante.Il avait raison, simplement».Il avait raison, simplement.Le peuple comme Jacques Prévert, puisqu’il demeura toujours dans le peuple.Et comment, a-t-il illustré cette raison qui était simple comme elle était fine ?Comment a-t-il traduit la beauté de la simplicité ?Souvenez-vous des Enfants du Paradis.Rappelez-vous cette scène où un flic interpelle la splendide Arletty ainsi : Comment que tu t’appelles ?de mande le flic.Et Arletty de lui répondre : Je m’appelles jamais ! Et le « flicailloux » devient « flicouillon ».Un autre exemple de la raison simple ?Prenez Michèle Morgan et le regard qui la distingue.Prenez Jean Gabin et son accent montmar- la où vous risquez LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titra sur tous les sujets 1246 rue St-Denis trois.Prenez Michèle Morgan et Jean Gabin dans Quai des brumes.Et alors ?Elt alors ! À Morgan, Gabin ne pouvait pas dire autre chose que ceci : « T’as de beaux yeux, tu sais ».C’est après, c’est seulement après qu’il pouvait lui dire tout qu’il avait à lui dire.Ce qui nous amène à l’introduction écrite par Danièle Gasiglia-Laster.Une introduction si savante, une introduction du genre tellement « raison raisonnante », qu’on a le sentiment que l’oeuvre de Prévert était autre chose que c’est qu’il voulait qu’elle soit.C’est-à-dire ?Une oeuvre qui se distingue par sa simpücité.Après tout, comme Prévert le souligna : « Le mot mot est un mot ».Point.+ Écrivains cours complet sur son oeuvre ! « Cela va bien au-delà de la vanité.Ce rapport avec un public attentif est un moyen de réfléchir sur mon oeuvre, en m’aidant à progresser».L’écrivain-essayiste Jacques God-bout a passé la dernière année à l’Université de Montréal.En plus de multiplier les interventions dans les cours, dont certains portaient aussi sur son oeuvre, il a organisé des rencontres mensuelles en se faisant aider de trois étudiants.De 30 à 70 personnes ont participé à ces ateliers où l’on proposait de discuter de l’intellectuel (« Qui va le mettre à sa place ?»), de la langue du Québec « Peut-on parler comme on crit ?»), de l’écrivain et de la technologie (« Lequel mangera l’autre ?»).Rien n’oblige le cobaye-écrivain à enseigner.Il doit surtout demeurer accessible à ceux et celles qui désirent le consulter et échanger avec lui.Une affaire d’une ou deux journées par semaine.Juste assez pour que des auteurs reconnus, endurcis, ARRIÈRE-PENSÉES D’UN PARESSEUX Jerome K.Jerome Êd.Arléa, 255 pages Jerome K.Jerome, c’est chose connue, est l’auteur de Trois hommes dans un bateau.Il est également, c’est chose — hélas ! — moins connue, l’auteur de plusieurs recueils où l’humour, l’humour à l’anglaise, est le sujet principal.Son Arrière-pensées d’un paresseux est aussi suave et fondamental que le Livre des snobs de William Thackeray.Page 151 : « Les chanteurs de Noël m’horripilent et je meurs d’envie d’ouvrir tout grand la fenêtre et de les bombarder de charbon — je l’ai d’ailleurs fait un jour depuis une fenêtre d’un étage élevé à Chelsea*.LE CONCOMBRE FUGITIF Octave Mirbeau Éd.Arléa, 353 pages Octave Mirbeau se fit une réputation de pamphlétaire redoutable avant de se lancer en littérature.Il était royaliste et antisémite puis il fut a.Tchiste et dreyfusard.À ses heures, il pouvait être rigolo ainsi qu’en témoigne son Concombre fugitif.Page 14 : « Le concombre fugitif a fait du chemin — c’est bien le cas de le dire avec et sans image — depuis le jour où je l’aperçus qui se ‘trottait’ dans les jardins du père Hortus.Il a disparu et n’a plus donné de ses nouvelles».L’HOMME QUI PARLAIT D’OCTAVIA DE CADIX Alfredo Bryce-EIchenique Éd.Le Seuil.Coll.Points, 460 pages Né à Lima en 1939, Bryce-Echenique enseigne la littérature à l’Université de Montpellier.Lauréat du prix du meilleur livre étranger en 1974, Bryce-Echenique nous propose aujourd’hui l’histoire d’une profonde dépression.Celle de Martin Romania.Page 97 : « Un baiser, je voulus lui donner un baiser, mais Octavia prit une de mes mains dans les siennes, la caressa trois fois, très légèrement, avec ses joues, et me le rendit avec un baiser au creux de la paume, que j’ai toujours, là, et ça saigne ».LES NAVAJOS Gerald Hausman Éd.Le Mail, 167 pages Gerald Hausman a étudié l’histoire, la culture des Indiens d’Amérique sous la tutelle de sa mère.Puis, il a fait des études d’anthropologie à l’Université du Nouveau-Mexique.Dans ce livre, l’auteur, nous indique-t-on sur le quatrième de couverture, « nous introduit au coeur de leur spiritualité et de leur manière de vivre et de penser en restituant pour nous l’esprit des chants qui président à la fois aux cérémonies sociales et aux cérémonies religieuses».La même maison d’édition nous propose un livre sur les Hopis, écrit par Robert Boissière, et Les Sioux Lakota de Paul Steinmetz.LA NUIT DU TEMPS Timothy Ferris Éd.Hachette, 500 pages La nuit du temps, c’est l’histoire du cosmos de l’Antiquité au Big Bang.Rien de moins.Dans sa préface, Pierre Léna, de l’Académie des Sciences, observe : « La surprise vient toujours du ciel : depuis l’oeil attentif des bergers chaldéens jusqu’à celui de nos modernes et puissants télescopes, c’est en recueillant cette obscure clarté qui tombe des étoiles, en interrogeant cette lumière, en lui faisant rendre raison de son origine, de sa couleur, de ses changements, que nous savons tout ce que nous savons du monde ».LA FIN D’UN MONDE Julien Green Éd.du Seuil, 117 pages « Je suis à Lisbonne depuis quelques jours, j’écris ces mots dans une chambre assez pauvre qui donne sur un vaste marché ouvert; au-delà, des maisons jaunes s’étagent parallèlement jusqu’au sommet d’une colline que couronne le château Saint-Georges.» C’est ainsi que s’amorce le journal tenu par Julien Green après la débâcle des armées françaises en 1939.Il commence donc après la défaite et se poursuit jusqu’en 1946.— S.T.d’urgence où une voix que l’on devine monocorde demande périodiquement au micro différents docteurs dans différentes salles : le docteur Frank Einstein en chirurgie esthétique, le docteur Bethune au stationnement .Ces phrases ponctuent une caricature « mourante » de, la salle d’urgence dans laquelle tout Québécois ne peut que se retrouver.L’auteur compare la vie à une bouteille vide, d’où le titre.« Après l’avoir remplie de tout ce qui te fait plaisir, tu profites de ce que tu as mis dedans et tu recommences.Si tu savais tout ce que j’ai pu mettre dans ma bouteille.La plupart des gens se contentent d’y coller une jolie étiquette et de mettre le bouchon définitivement ».EInfant de naissance et de coeur, il en est à son premier roman.C’est donc son meilleur; il le dit et je serais portée à le croire ! LA BOUTEILLE vidOHMI Daniel Laverdure Collection Conquêtes EDITIONS HIF.RKI IISSI YRI d’un certain âge, prennent le pouls de la génération montante.Godbout eut le choc de découvrir des jeunes matures et brillants, ayant balayé bien des traditions.Par exemple, « le retour d’EIurope ».Pour les Québécois de 40 ans et plus, la formation transfigurante passait obligatoirement par Paris, Londres ou à la rigueur Berlin.« Ils allaient découvrir l’art, la culture, la vraie vie et la sexualité.Les jeunes se passent de cette voie d’initiation.L’idée d’aller en Elurope pour se former ne leur traverse même pas l’esprit (.) Ils sont certainement plus autonomes qu’on l’était, moins infantiles peut-être.Mais ils manquent de folie aussi.Ils sont diablement sérieux ».L’auteur de romans pour la jeunesse, Raymond Plante, qui a précédé Kattan de deux ans à l’UQAM, a plutôt trouvé les étudiants « très occupés ».« Finalement, je n’ai développé des liens privilégiés qu’avec quelques personnes.C’est le côté un peu décevant de l’expérience : le manque de suivi ».Sans parler des relations un peu « faussées» amorcées avec quelques écrivains en herbe venus lui soumettre des manuscrits.Il faut dire qu’il dirigeait alors les Éditions Boréal.Quand il ne rencontre pas d’étudiants, l’écrivain fait ce qu’il sait le mieux faire : il écrit.Parce que le programme est aussi un peu une bourse déguisée.Durant son séjour métro Berri, Plante a écrit un roman pour adultes, maintenant publié (Avec Tété).Godbout, lui, a commencé un autre essai décapant sur les médias.Lors d’une précédente participation à un programme du genre, a Berkeley, en Californie, il avait écrit un roman.Kattan, originaire de la communauté juive d’Irak, qui a débarqué ici en 1954, ébauche un projet de livre sur la rencontre des cultures.« Comme immigrant, je suis venu avec mon bagage.Je me suis intégré, j’ai choisi de m’exprimer en français, mais je parle de moi, de mes origines, de l’Irak et du Canada, de ma vie ici, de la société et des gens d’ici.Vu de l’extérieur, j’ai de multiples facettes, je forme un être hybride.Pour moi, cela constitue un tout, s’unifie dans et par l’écriture : je suis un écrivain juif, mais aussi irakien, québécois et francophone qui parle du monde, des mondes».Jacques Godbout rappelle que l’écrivain en résidence brise aussi un mythe.« E’orcément, quand on étudie en lettres, on déifie ceux qui écrivent.Cela relève presque de la religion.Je voulais dire aux étudiants que j’étais un écrivain dans le monde ».Pour l’instant, le programme du Conseil des arts n’est effectivement ouvert qu’aux « écrivains dans le monde » reconnus d’abord et avant tout pour leur oeuvre de fiction.L’an prochain, les 132 000 $ vont servir à inviter 16 écrivains et écrivaines en résidence, dont Marcel-Marc Bouchard à Ottawa, Suzanne Jacob à l’Ude M.Daniel Gagnon à l’UQAM.Kt pour la première fois, à l'automne, une bibliothèque (Éva-Sé-nécal de Sherbrooke) va accueillir un auteur, Michel Garneau.« On voudrait bien étendre le programme, dit Katharine Benzekri, la directrice du service des lettres et de l’édition du Conseil.L’étendre à d’autres formes de littérature, à d’autres institutions.Manque de fonds.Pour l’instant, on répond à la demande, sans chercher à l’augmenter ».Des écrivains, elle voudrait bien en placer un peu partout.Mme Benzekri rappelle d’ailleurs en riant qu'un récent projet britannique proposait même d'en installer en résidence sur les plates-formes de forage de la Mer du Nord.r I Le Devoir, samedi 30 mai 1992 ¦ D-3 fi FRANÇOIS BARCELO / Du rire au grincement PHOTO JACQUES NADEAU »; \CO*t r » »f 0»*l 0 IfVf OCTOBER 15-25 1981 "jtdiq crrv/*i music hau HL François Barcelo Odile Tremblay IL A ses fans bien à lui, ceux qui, comme des hérauts, annoncent le Barcelo nouveau quand ils le voient poindre en librairie, ceux qui l’ont découvert et adopté en 81 alors que son premier roman Agénor, Agénor, Agénor et Agénor étonnait le Québec avec une histoire d'extraterrestres curieux de comprendre comment diable peut-on être Québécois.Depuis, ses lecteurs le suivent sans peine car François Barcelo publie bon an, mal an.Hier des romans, aujourd’hui des nouvelles chez Libre-Expression, Longues histoires courtes, qui le rattrapent et le révèlent d’âge en âge.Un certain regard flottant entre le détachement, la compassion et le rire.Et un refus rafraîchissant de se prendre au sérieux en ces temps de grand tordage du ça et du moi.Il existe un ton Barcelo, à la frontière de la bande-dessinée, de l’humour, de la satire et du fantastique, avec flirt poussé du côté de la science-fiction, dans la fréquentation de robots, de planètes mystérieuses, d’extraterrestres plus humains que les humains.Sans parler du voyageur, de l’observateur, du conteur, du philosophe qui se bousculent en l’auteur.Autant de Barcelo emboîtés comme des poupées russes, selon les époques : celle où il voulait réinventer le monde, celle où il cherchait juste à explorer un petit coin de terre, celle qui débute a peine où il repart en quête du sens et de l’essence.À 50 ans.Tous ces Barcelo-là et quelques autres sont réunis dans Longues histoires courtes, anthologie couvrant trente années de production de nouvelles, la plupart publiées en leur temps dans des magazines, (Châtelaine, souvent), que l’écrivain a eu envie de réunir en grappe à l’aube de son demi siècle, sans attendre comme tant d’autres, me précise-t-il, son décès pour le faire.« Etant presque toujours en grave crise d’intros-ection face à mon métier d’écrivain me demander d’où viens-je ?Où vais-je ?avec ce recueil, j’ai au moins répondu à la première question.» D’où vient donc François Barcelo ?De nouvelle en nouvelle, se dessine la trajectoire d’un écrivain d’abord fasciné par la science-fiction, puis par la satire et de plus en plus tourné vers railleurs des voyages où un personnage de narrateur vaguement perplexe cherche un sens à la comédie noire de la vie.« Aujourd’hui, je décris surtout le monde qui m’entoure, résume-t-il.À vingt ans j’étais la seule partie du monde qui m'intéressait.» Cela dit, l’écrivain ne renie aucune page de cette anthologie, même pas Une histoire de marde pour en finir avec des histoires de merde, récit hautement scatologique commis autrefois pour une revue de science-fiction française et ressorti bravement par refus de l’auto censure.François Barcelo m’aligne plusieurs raisons pour avoir réuni ces vingt nouvelles, d’inégales valeurs, longueurs.« Afin de me célébrer et de me retrouver moi-même, afin d’éclairer les quelque mille admirateurs de mon oeuvre qui veulent en comprendre plus à mon sujet.Je sais, je sais, soupire-t-il, mes récits de jeunesse ont un intérêt à peine historique.» Sa préférée : l'homme qui faisait arrêter les trains, conte fantastique doux-amer, grinçant, mélancolique, à l’écriture achevée, légère, pessimiste aussi.Il ne parle pas beaucoup, plus sérieux que ses oeuvres, un air qui ne Humour sur amour LONGUES HISTOIRES COURTES François Barcelo Montréal, Libre Expression 1992, 18,95$ Jacques Allard IL TOMBA dans les bras de la fille qui n’était pas là.Continuez le récit, ajoutait froidement Ernest Gagnon, en s’adressant à la petite dizaine d’étudiants qu’il avait devant lui.Il les avait acceptés après examen de leurs manuscrits, au moment de l’inscription en licence, à la faculté des Lettres.C’était au début des années 60, à l’Université de Montréal.Le maître était l’un de ces jésuites auquels il faudrait rendre l’hommage superbe que Jean Éthier-Blais réserve à ceux de Sudbury dans son récent ouvrage, Le seuil des vingt ans (Léméae, 1992).Gagnon était l'auteur très estimé de L'homme d’ici (1952), essai dans lequel il donnait une subtile réponse au déracinement proposé dans le Refus global (Borduas et autres, 1948).Quel privilège c’était d’avoir été accepté à son séminaire pratique d’écriture ! F.Barcelo fut des élus avec Ly-siane Gagnon, Denys Arcand et An-tonine Maillet, comme il le rappelle dans ces Longues histoires courtes par lesquelles il veut fêter l’arrivée de la cinquantaine.Est-ce là qu’il y a 30 ans, Barcelo a appris à écrire ?(Car il fallait souvent le faire sur commande.Et à partir d’une mise en situation provocante.Bien sûr, tomber dans les bras d’une fille absente (sois belle et ailleurs ! ) pouvait être le fantasme d’un religieux, surtout s’il approchait la soixantaine, ajouterait une mauvaise langue).Quoiqu’il en soit, les Longues histoires.de Barcelo aurait pu faire l’objet d’un recueil plus court, tant l'intérêt est inégal.Cependant, l’aspect ludique de récriture que vous vend l’é-diteur (sous une couverture « gomme balloune » et « Life savers») ne se dément pas.Dans ce bouquet d’anniversaire symbolique que se compose l’auteur, se trouvent quatre groupes de récits brefs (qu’on peut souvent appeler nouvelles).Assortis d'une brève présentation.POUR OBTENIR DES iNDIDAT(E)S DE QUALITÉ UTILISEZ LES PRIÈRES ET PROFESSIONS DU DEVOIR 842-9645 ils sont donnés dans un ordre chronologique qui devient typologique.Les Nouvelles anciennes sont de 1960-1962, au temps des études littéraires à l’Université de Montréal et, auparavant, de l’École des Beaux-Arts.Elles témoignent plus d’un apprentissage que d’une maîtrise ou d'une vision.La dernière, Au fond des yeux, renvoie précisément au motif de la fille absente, dans le discours frileux du désir.À cette époque où le discours amoureux commence à changer dans le récit contemporain (particulièrement au Québec), c’est justement le rapport à l’Autre qui s’affiche chez Barcelo.Cela paraît se maintenir comme un des ressorts de l’oeuvre qui devait venir.Entre 1963 et 1980, l’écrivain répondra à un autre genre de commande, en entreprenant une carrière de rédacteur publicitaire.Ce n’est donc qu’au début des années 80 qu’il se fera connaître comme romancier (Agénor, Agénor, Agénor, Agénor, 1981 : La Tribu, 1981).Et quand il revient au récit bref, c’est à l’invitation de revues.Viennent donc les Nouvelles étranges (1981-1983) où il se livre très librement au récit fantastique et de science-fiction.Le dernier texte de cette deuxième série est très réussie : L’homme qui faisait arrêter les trains, parait s’écrire au plus près des préoccupations du « joggeur » émérite que fut aussi notre auteur (Courir à Montréal et en banlieue, 1983).Comme en d’autres récits, il transforme une idée du temps (modifier la matière par la simple volonté, comme Uri Geller et ses cuillers) en argument narratif très efficace.Gonzague Gagnon, le coureur obsédé par la mesure de l’espace-temps parcouru ne saura que trop tard que c’est le décompte même de sa vie qui s’accomplit dans la course.On comprend que cette nouvelle ait été traduite en plusieurs langues.Mais aussi que la course ratée de l’amour devient un thème important de cette oeuvre humoristique.Dans la série suivante, Les nouvelles noires, la première et la dernière semblent aussi remarquables.Ce sont Tous des imbéciles, caricature des professeurs d’université et de la recherche (l’intelligence tue), et Le héros de Bougainville, où la police (des beignes) et les employes des centres d’accueil sont épinglés.Sur ce thème souterrain de la danse de mort, on songera alors aux trop rares récits de Jacques Benoit, en particulier à ses fous et obsédés de Gisèle et le serpent (1981) dont on retrouve ici la verve, en plus sardonique.Dans la dernière série, Les nouvelles fraîches (1991), ton et style changent.S’estompe le saugrenu, comme si l’exotisme de l’Inde et du Népal compensait.S’adoucit donc le tour humoristique et s’accuse le témoignage de l’écrivain devenu globe-trotter, séjournant aussi bien en Floride que sur les flancs de l’Ilimalaya.Le thème oriental, encore bien mince dans notre histoire littéraire, s’enrichit ici d'un point de vue intimiste mais moins bien documenté que chez Jean-Claude Dussault.Barcelo se livre enfin au plaisir de raconter à travers une expérience plus directe du monde le plus lointain.Mais curieusement, le narrateur se jette encore dans les bras d’une fille (Barbara) qui n’est pas là.Il y a là, décidément, comme une proposition tenace : faisons ici humour sur amour.LIBRAIRIE HERMES 362 jours par année 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 sait pas trop à quel râtelier mange la journaliste, et oui dans le doute reste sur son quant-à-soi.Réservé, donc.Pourquoi écrivez-vous ?Il réfléchit : « Dans l’espoir de sortir un jour le roman du siècle.Il faut viser haut, sinon, ça ne vaut pas le coup.» Une action rapide, des rebondissements fréquents, jamais de descriptions.L’écriture de François Barcelo a quelque chose de cinématographique, comme un oeil qui embrasse la scène d'un seul coup.Issu d’un milieu lettré et artiste, neveu du peintre Marc-Aurèle Fortin, il a commencé à écrire dès l’enfance, trois fois primé au Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada, avec à 20 ans deux romans parvenus en finale du concours du Cercle du livre de France.Puis, à 23 ans, cette longue éclipse littéraire.Barcelo n’avait pas lâché son stylo, mais le mettait au service d’un monde d'illusion et de flash, celui de la publicité, « écrivant comme une tranche de fromage Kraft écrirait si elle pouvait écrire ».Le jeu l'amusa longtemps, au point d’en faire son métier.Mais à 35 ans, il composa son Agénor., reprenant du coup goût au roman.Sept autres ont suivi, les premiers plutôt fantastiques, les derniers racontant des errances en caravane, avec des héros nomades happés par l’Amérique.« Mes premières oeuvres étaient tellement ambitieuses, me dit-il.J’essayais de réinventer le monde.En vieillissant, nos projets deviennent plus modestes.Je voyage beaucoup, essaie de traduire ce que je vois.Et ce que je vois me fait peur, cette violence de l’Amérique, par exemple.La démocratie fout le camp.» À cinquante ans, François Barcelo, retraité de la pub, peut se per- Le nouveau roman d’Anne Hébert EDITIONS DU SEUIL L’Enfant chargé de songes // a suffi qu’une fille superbe et malfaisante surgisse, montée sur Un cheval gris pommelé, et disparaisse dans un claquement de sabots, pour que le cœur de Julien s’emplisse à ras bord de larmes et de songes.Il a suffi d’une voleuse de chevaux pour que rien ne soit plus pareil après cet automne-là, au bord de la rivière Duchesnay.Anne Hébert dédicacera son nouveau roman L’Enfant chargé de songes le samedi 30 mai de 14h à 15h30 À la librairie FLAMMARION 371, avenue Laurier Ouest — 277-9912 162 pages -19,95$ «La réussite est telle que Mme Hébert devra sans doute se résigner à lire ou à entendre dire que L’Enfant chargé de songes est un chef d’oeuvre.» Réginald Martel La Presse mettre, insigne privilège, de se concentrer sur son écriture, entre son appartement de Montréal et sa résidence de la vallée du Richelieu, entre deux voyages aussi, aux États-Unis, en Orient.« C’est à l’étranger qu'on comprend mieux ce qui est chez soi », précise-t-il, avant d’ajouter qu'il a bien envie d’engueuler le Québec pour son refus de poursuivre une quête d’excellence.« On va de» venir une nation, oui, mais si c’était une nation de tartes ?» La question flotte entre nous, puis reste en suspens.MANGEZ LOGIQUE land I ctoq LOG'QUI HI \ Si) LA CUISINE DES WEEK-ENDS Le bonheur dans votre assiette Andrée cl Fernand Leeoq Photographies couleurs Reliure spirale 113 p 18,95$ LA CUISINE DE TOUS LES JOURS Les bons plats au quotidien Andrée et Fernand Leeoq Photographies couleurs Reliure spirale 149 p.- 18,95$ CUISINE LOGIQUES I I \IMk» CyiSINE SEDUCTION Photographies couleurs Reliure spirale Les livres des Éditions LOGIQUES sont distribues par LOG I DISQUE C.P.10, suce.D -Montréal (Québec) H3K 3B9 Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 r D-4 ¦ Le Devoir, samedi 30 mai 1992 leplûisirdes Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 37 ÉCRIRE MES MÉMOIRES ne m’a jamais tenté.Je préfère enrichir mes oeuvres d’imagination en y insérant selon la marche et l'allure d’un roman des faits réels, des moments vécus, des choses vues.Me semble heureux alors le mélange du vrai, et du fictif.Mais l’essentiel quand j’écris est d’écrire ce qui m’amuse, et ce qui m’intéresse, au premier chef.?DES BEAUX-FILS GAGNÉS PAR LE BEAU MONDE.Le joli prénom de ma mère s’était rapidement transmué en Coriace.Présenté par Mme Pérodeau, leur Bonne-Maman, celui de « Jolie-Mère » avait été ridiculisé et décrié par mes demi-frères.(À ce qu’on me dit), Coryandre imagina donc d’immoler de tçmps à autre sur l’autel de la conciliation, son amusement préféré de loin à tous les autres : le samedi avec les Copains.Les premières fois en cbmpagnie de mon père; les prerhières années, un samedi par deux mois.Et les Copains, par affection pour elle et compassion envers deux petits diables qui se voulaient en deuil de leur mère jusqu’à la fin des Temps, y mirent de la bonne volonté.Ernest Cormier exagéra sa lippe, y colla un mégot latéral, manie qu’il allait conserver, inclina dangereusement son béret, chanta Hop-la-Boum c'est le chéri de ses dames] Louis Bourgouing fit la tête de cochon — une serviette blanche pour les oreilles, un verre d’eau drapé de blanc servant de groin, son propre regard et ses grognements propres pour parfaire la ressemblance.Monsieur Paulez — un Français aussi — imita Valentino dansant le Tango à l’aide d’un long coussin 1924; Léo-Paul Morin joua une pièce de Mozart où une certaine note ne peut se jouer qu’avec le nez.Mes frères se plurent alors dans cette grande bohème de la Province que par dérision les bourgeois bien pensants désignaient par « ce beau monde ».Déjà, quand Maxence eut dix ans, ma mère les amena chez Léo-Pol Morin en leur dévolant le secret d’une chose dont ils seraient témoins, un jour que deux musiciens de passage étaient attendus au studio de « Popol ».Sans se faire trop prier, M.Morin joua quelques morceaux.Puis il annonça qu’un nouveau compositeur, auquel, mon Dieu, il reconnaissait une originalité réelle, lui avait laissé, là, quelque part.Ah ! sur le piano, justement, une ou deux pièces que.Un certain James Callihou.« Si vous êtes curieux d’entendre.» Tout le monde insista, évidemment.J’étais bien petite, et je n’avais d’yeux que pour mes frères qui se poussaient du coude, plissaient les yeux, la main sur la bouche.Mais, tout était MON MONTRÉAL À MOI La Corporation des Célébrations du 350* anniversaire de Montréal et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois vous invitent à participer au concours "Man Montréal à moi".30 ouvrages rendant hommage à Montréal ont été sélectionnés dans différentes catégories par un jury formé à cet effet.Ces 30 ouvrages, dont six seront primés par le jury, constituent la PéTITE BIBLIOTHÈQUE DU PARFAIT MONTRÉALAIS”.Un septième ouvrage sera primé par le public.Nous vous invitons donc à voter pour le livre de la "PETITE BIBLIOTHÈQUE” que vous préférez.Le titre qui recueillera le plus de voix s’ajoutera aux six ouvrages couronnés par un prix et pour lesquels les auteurs recevront une bourse de 2,000$ lors de la cérémonie officielle de remise des prix en septembre 1992.En votant, courez la chance de remporter le premier prix offert par LE DEVOIR, soit "LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DU PARFAIT MONTRÉALAIS”, constituée par les 30 ouvrages sélectionnés par le jury ou l'un des 20 lots des sept livres primés.Les noms des gagnants seront tirés au sort pn septembre au moment de la remise des prix.Les coupons de participation seront publiés dans Le Devoir, les lundi, mercredi et samedi.FICTION (PROSE, POESIE ET THÉÂTRE Le* Selles-Soeurs Michel Tremblav, Leméoc Éditeur Bonheur d’occasion Gabrieli* Roy, Les éditions internationales Alain Stortké Une certaine fin de siècle Claude Beausoleil, Éditions du Noroît/Castor Astral Ces spectres agités Louis Hamelin, XYZ éditeur Les Fridollnades (tome 1 ) Gratien Gélinas, les Quinze, éditeur La grosse femme d'à càté est enceinte Michel Tremblay, Leméoc Éditeur La Jument des Mongols Jean Basile, Éditions de I Hexogone Maryse Francine Noël, VLB Éditeur Le Matou Yves Beauchemin, Éditions Québec/Amérique Le Nez qui voque Ré|ean Ducharme, Éditions Gallimard La petite patrie Claude Jasmin, Éditions La Presse The Apprenticeship of Duddy Kravitz Mordecal Rlchler, McClelland & Stewart The Other Language: English Poetry of Montreal Anthologie présentée par Indre Farfcas The Muses Co ./La compagnie des muses Two Solitudes Hugh MocLennon, Macmillan of Canada Zone, Marcel Dubé, leméoc Éditeur LITTÉRATURE JEUNESSE Ahl ball* clt4l/A beautiful city Stéphane Poulin, Les livres Toundra Alfred dans le métro Cécile Gagnon, les Éditions Héritage Les catastrophes de Rosalie Ginette Anfousse, les éditions de la courte échelle Un serrurier en Nouvelle-France Danielle Pigeon et Hélène ChaHebols-Dumals, Éditions du Méridien Le visiteur du soir Robert Soulières, Éditions Pierre Tisseyre ESSAI, OUVRAGE HISTORIQUE ET ALBUM D'ART ET DE PHOTOS L’architecture de Montréal Sous la direction de Raymonde Gauthier Éditions Libre Expression/ Ordre des orchitectes du Québec Guide des styles et des bâtiments: l'architecture de Montréal François Robillard et Brian Merrett, Éditions du Méridien Marie GéHn-La|oie, de mère en fille, la cause des femmes Hélène Pelletier-Baillargeon, Éditons du Boréal Montréal Michoel Drummond et Michel Tremblay, Éditions Hurtubise HMH Montréal en prose Anthologie présentée par Nathalie Fredette, Éditions de I Hexogone Montréal, esquisse de géographie urbaine Raoul Blanchard, /LBÉd Heur Montréal, son histoire, »on architecture (tome 1 ) Ouy Pinard, Éditions lo Presse Promonades littéraires dans Montréal Monique La Rue et Jeon-Frarçois Chassay, Éditions Québec/Amérique 3 5 0 A N S L'ouvrage que je préfère parmi les 30 titres de la r» La petite est le suivant: Titre: bibliothèque Auteur: Éditeur: Voici mes coordonnées: Nom: Adresse: Ville: Code postal: Téléphone: Vouf pouvn dtpoMr vofro coupon do participation dam l'uno dot bibliolbèquo, ou Hbralriat ci-do,tout ou lo pottor di roc ta mont 0 l'Union dot écrivain*, o» écrivoln» québécolt, C.P.94, Suceur-tala C, Montréal, (Québoc) H214J7.SIMairlo C0.C., Slbllotbéquo Control*, libllotMquo Fronton».SIMiotMqut Ooorpo«-Vonlor, bbllotbéquo Moltonnouvt, libUoItléquo Morio-Uquoy, bbüotfcéquo Morclor.UbDotbéquo Nationolo du Québoc, SIMIotbéquo Hatoou Mont-loyal, Ubroirl# Agonc, du Ihrro, Ubrairio Chotnpljny, Ubroirio Daman, UbroWot Domarc, Ubroirio du Squoro, Ubroirio Flammarion St-Dont,, Ubroirio Flammarion-Scorpion Angrtgnon, Ubroirio OoWmard, Ubroirio Hortné,, Ubroirio toFftn, Ubroirio Konoud-lroy, Ubroirio Zono Ubro.UNION des écrivaines et écrivains quebecoi* MONTRÉAL ï; jtit LE DEVOIR bizarre dans ce qu’ils faisaient.Léo-Pol Morin joua donc du James Callihou avec entrain, un plaisir évident.Il n’avait pas plutôt plaqué le dernier accord que, morts de rire, leurs petites jambes battant l’air, mes frères applaudissaient, criant bravo ! bravo ! Encore ! Sourire un S (U démonté de Léo-Pol Morin — terrogation muette à ma mère : « Ils sont sincères, Popol ! Quelqu’un leur a dit que James Callihou, c’était toi, ton nom de plume.Alors, ils sont fous d’enthousiasme, tu penses bien !» — « Je vois bien ça ! » grinça Léo-Pol Morin sans quitter l’aimable sourire comme peint sur son visage, tandis que Maxence et Arthur se bourraient de coups de poing en criant : « C’est génial ! C’est génial ! » Anecdote que devait raconter pendant dix ans Alfred Laliberté, dont Léo-Pol (Morin) disait : « C’est celui qui joue du piano » pour le distinguer d’un sculpteur du même nom.Maman ne traîna plus jamais ses beaux-fils chez Popol.Eux, en revanche (si je puis dire) adoptèrent le surnom « Jolie-Mère ».Et bien rarement après ce concert entendit-on « Coriace ».( Les Princes de Sang II, roman en préparation) ¦fo & TÎT DISTINGUER du sculpteur Alfred Laliberté le pianiste et professeur de piano Alfred Laliberté par « Le second est celui qui joue du piano » était une phrase qui se voulait assassine.« Popol » promouvait les compositeurs français.« Mon oncle » avait introduit Wagner aux Montréalais mais aussi le Debussy de Pelléaset les maîtres du Scola Cantorum.Revenu au pays après dix années d’Europe (Berlin et Paris), ami de Scriabine qui lui avait dédié sa 5e Sonate — la plus belle —, et de Marcel Dupré qui lui avait écrit de très beaux préludes pour le piano, cet Alfred Laliberté-là, surnommé par lui-même « Mon oncle », fondateur de l’Ecole Vincent d’Indy de Montréal méritait une autre définition.Leur haine réciproque amusait la galerie et bon nombre d’esprits bienveillants l’attisaient à qui mieux mieux.?Le mystérieux ne réside que dans les arts parce que le mystère, le mystérieux prend toute sa signification dans l’art.— (La mer de la Fertilité, YUKIO MISHIMA).L’érotisme de Mishima, d’expression délicate, légère, discrète : toute la précision, la finesse des plus belles estampes.La description d’un joli sein, celui d’une jeune fille : minutie d'un botaniste, d’un entomologiste, Fabre, par exemple.Et par ses dialogues, son portrait de la maisonnée du marquis (argent neuf, ambition), de celle du comte ( vieille noblesse très liée avec la Cour, désargentée, mais où la comtesse pour aller saluer ses voisins, à deux pas, se fait accompagner de trois de ses femmes (entendez : suivantes, plus que servantes.) Et celle du baron; lui, laconique; la baronne, volubile.Ces passages sont très proustiens, c’est vrai.Les discussions entre étudiants font songer à Musil, à Evelyn Waugh.Mishima a su prendre à Balzac, au cinéma.(Balzac est le plus grand écrivain de cinéma qui fut jamais.Qui sera jamais.Il n’a pas toujours su par quoi ni comment ni à quel point toujours, mais il se savait un GÉNIE, Balzac) ! Mishima est devenu fou.S’il croyait le Japon perdu, il fallait vivre pour le sauver ! le réchapper, comme on dit chez nous.(Et de quelle tendresse humaine se charge cette expression ! ).Il y a eu au Japon un extraordinaire pouvoir de créer le Japon, de devenir ce qu’il est.Composé de tribus Aïnous et de peuplades mélangées, colonisé par la Chine vers l’an 600 AD, le Japon était devenu totalement lui-même en l’an 900 AD (Anno Dominri, et sa langue vernaculaire déjà fixée à la fin du 10e siècle par des femmes : poétesses, romancières, journalistes, camétistes.Je crois que les Esprits de l’Archipel y sont pour beaucoup.Je suis déiste (mais je ne sais pas dire cela au pluriel).?GEORGES BERNARD SHAW légua sa considérable fortune à la réforme de l’orthographe anglais — Ear haine de ses ennemis éréditaires, bien entendu.Or, les meilleurs écrivains anglais sont Irlandais comme Shaw.Us aiment la langue qu’ils écrivent mieux que leurs adversaires.Us se sont opposés à cette réforme.Les gens de bon sens et les artistes font de même en France.Lévi-Strauss, Hélène Carrère d’Encausse et Jacqueline de Romily — trois académiciens de poids et de réputation conséquente s’opposent à ces réformes et même à toutes tentatives infantiles, irréfléchies de cette espèce.« Je ne veux pas qu’on m’abîme mes mots » disait Colette, car cette question revient sur le tapis tous les cinq ou dix ans — c’est une obsession d’iconoclastes ! On espère que la sotte idée moisira pour de bon : elle repousse sur sa pourriture telle une algue nauséabonde comme pour assaisonner les conversations.S’il faut rhabiller les mots, les dépouiller de leur héritage étymologique, il sera aussi logique de vêtir Maisonneuve en complet veston, refaire des bras à la Vénus qui perdit les siens, il y a tout de meme quelques temps, et à la Victoire, lui trouver une tôle.Supprimer son chapeau à nos cimes, à mon abîme, à ma chlamyde brunâtre sa fibule à tête de flèche, son couvercle à mon brûle-parfum, dépourvoir « aussitôt » de son ô long ?Que tout cela est mesquin ! Vivant dans des baraques bien carrées nous écrirons phonétiquement ?Eh bien ! Savez-vous ?moi je ne crois pas voir cela jamais.Vous ne le verrez pas non ANNA À LA LETTRE C Larry Tremblay, Montréal, Les Herbes Rouges, 1992, 56 pages.Pierre Salducci VOICI un court récit qui prépare tout à fait aux chaleurs de l’été.En effet, si par hasard vous les avez oubliées, Anna à la lettre C va vous confronter à nouveau dès les premières lignes et sur toute la durée de ses quelques pages, à ces sensations de vêtements collés à la peau par la transpiration et à ces fins d’après-midi humides pendant lesquels on se demande si oui ou non il y aura un orage.En quelques scènes, Larry Tremblay parvient très efficacement à « poser son décor » et à y faire intervenir ses personnages, facilité qui étonne d’autant moins lorsqu’on apprend que l’auteur est également nomme de théâtre.Il a écrit plusieurs pièces (dont La leçon d'anatomie qui sera présentée lors de la prochaine saison du Théâtre d’Au-jourd’hui), a joué maintes fois sur Huis clos scène et enseigne actuellement la comédie à l’UQAM.D’ailleurs, à sa façon, Anna à la lettre C reste très pro che du théâtre, ne serait-ce que parla grande importance accordée aux mouvements, le réalisme des dialogues et la tension entre les personnages.Ici deux individus se croisent pour vivre ce qui semble être la seule scène qui les réunira dans toute leur vie.Anna, une jeune fille, et un vieil homme.Hasard?Volonté?Un peu des deux.Ils sont enfermés dans un appartement et, là encore, la référence au huis-clos renvoie directement au théâtre.Dès le début, le récit nous incite à interroger les sentiments qui existent ou qui n’existent pas entre eux.Vont-ils s’aimer ou se détester ?Se rapprocher ou s’éloigner ?Elle a l’air bien trop jeune pour lui.Il a l’air trop vieux pour elle et il sent « la mort, les bretelles, les vieux pantalons ».Pourtant, peu à peu, « la tendresse s’insinue entre eux ».Tous les scénarios deviennent possibles.Larry Tremblay mène son récit avec une grande précision dans l’é- :«nw LARRY TREMBLAY ANNA À LA LETTRE C UES HERBES ROUGES / RÉCIT criture, parvenant à dire le plus avec le moins.Il procède par phrases courtes, usant de mots simples et d’images proches de la poésie (que l’auteur pratique aussi par ailleurs).Le style minimaliste de Anna à la lettre C constitue d’ailleurs indéniablement la grande réussite de ce roman et renforce le sentiment d’intimité qui s’établit entre les deux personnages.Cependant, il convient d’autant plus d’apprécier l’écriture et le climat de ce premier récit de Larry Tremblay que là réside sans doute l’intérêt principal de cette fiction.Difficile en effet de se sentir véritablement emporté par l’intrigue de Anna à la lettre C, et c’est dommage.D’emblée elliptique, la situation ne se précise pas par la suite et lorsque, dans les dernières pages, Larry Tremblay fait intervenir toute une série de mots en C, la narration devient de plus en plus confuse.On ne comprend pas bien le rôle de cette fameuse lettre, ni son rapport avec Anna et encore moins sa présence dans le titre du livre.Ainsi le lecteur quitte ce texte avec un regrettable sentiment de frustration.Cette histoire courte, par ailleurs parfaitement maîtrisée, aurait pu facilement s’offrir le luxe d’être un peu plus longue et plus fournie.Empreintes du temps Du bruit Y PARAIT QUE Claude Robert Varennes, Éditions de Varennes, 1992, 158 pages Pierre Salducci ANCIEN vice-président à Radio-Québec, Claude Robert rêvait depuis toujours de mettre sa retraite à profit pour se lancer en littérature.Voici qui est chose faite avec la parution de Y parait que, son premier roman.Y parait que est le récit d’une journée dans la vie d’un petit village québécois, Saint-Sévère, qui se veut la représentation du village québécois type dans les années cinquante.L’objectif de Claude Robert est ici de traquer — et de dénoncer — la futilité et l’inconséquence de deux plaies soi-disant villageoises : la rumeur et la calomnie, la seconde découlant souvent de la première.À Saint-Sévère, c’est la pauvre Antoinette qui, parce qu’elle est nouvelle dans le village, se voit la proie de toutes les accusations et soupçonnée des pires complots.Claude Robert partage son roman en presque autant de chapitres qu’il y a de sources à la calomnie.La vie d’Antoinette est observée à partir de différents lieux, donnant à chaque nouveau témoin la possibilité et le loisir de relancer, et donc de déformer, la fameuse rumeur.Comme il se doit, les malentendus iront croissant jusqu’à ce que la vérité éclate, que les méchants se révèlent des bons, et vice versa, que la morale soit sauve et même qu’un des protagonistes — impressionné par le cours des événements que le village vient de vivre — décide d’en faire un roman qui s'intitulera, bien évidemment : Y parait que.Plein de bonne volonté et « désireux de rejoindre le grand public », l’auteur se vante d’avoir corrigé son roman plus de trente fois afin de respecter les commentaires d'un comité de lecture vaste et diversifié.Là est sans doute l’erreur expliquant que l’univers de Claude Robert, tout au long du roman, demeure celui de la facilité et du cliché, tandis que son niveau d’expression rappelle à s’y méprendre les meilleures pages d’un pour rien étudiant de collégial racontant ses souvenirs de vacances.Ni la maigre intrigue policière ni les quelques allusions grivoises ne parviennent à changer quoi que ce soit en donnant un peu d’ampleur à une narration aussi élémentaire.Là où Claude Robert aurait pu composer un petit conte tranquille plein de surprises et de rebondissements, il livre une oeuvre tout à fait gentillette mais totalement dénuée d’intérêt.La littérature québécoise nous a déjà donné cent fois l’occasion d’aller fureter dans les racontars villageois, sous prétexte de disséquer la vie de nos campagnes jusqu’à encore récemment, et cent fois avec plus de talent, de verve (peut-être même de cruauté) et d’originalité.Par ailleurs, Claude Robert passe complètement à côté de son premier objectif qui était d’observer le processus de la rumeur et de la calomnie, et d’en analyser les causes, les étapes ou les aboutissants.Ainsi, trop maladroitement exploité, le phénomène de la rumeur dans Y arait que se révèle être bien plus un ruit pour rien qu’un bruit qui court.Quant à ceux qui tiennent vraiment à se plonger dans les affres d’une chronique villageoise, ils peuvent toujours relire Saint-Pépin, P.Q.de Bertrand Vac, c’est plus sûr et, au moins, c’est drôle.PLAQUES SENSIBLES Bilan de la saison photographique 1990-1991 Édition Les Herbes Rouges Numéro conçu et réalisé sous la direction de Sylvain Campeau 117 pages Marie-Michèle Cron TELLES des plaques tectoniques qui viendraient se heurter et se réverbérer sur la trame sensible de plaques photographiques, ce numéro de Herbes Rouges consacré à l’impact de la photographie et de ses effets au sein des pratiques artistiques contemporaines d’ici et d’ailleurs, réunit les textes denses et riches de divers intervenants du milieu montréalais, les critiques Claire Gravel, Pascale Beaudet, Jean Dumont, le sociologue de l’art Guy Bellevance, Alain La-framboise tour à tour artiste et professeur d’histoire de l’art et Jean-Pierre Denis issu des études littéraires.Conçu et réalisé sous la direction de Sylvain Campeau, ce bilan de la saison photographique 1990-1991 émaillé de reproductions des oeuvres citées et de la section « portfo-glio » fait le focus sur les travaux de Michel Campeau.Plaques sensibles s’adresse à tous ceux qui veulent raffiner leur savoir et circonscrire un médium complexe à l’affût de ces traces propices à reconstruire les jardins vastes de la mémoire.Dans l’introduction signée de Michel Campeau, celui-ci introduit habilement notre corps dans l’installation qui accueille « une mise en être » et le processus photographique qui est une « mise en acte de l’image ».Jean Dumont, quant à lui, plonge au coeur de cet affrontement entre le réel et la réalité pour analyser les empreintes du temps dans la production de Ginette Bouchard.Il le fait d'ailleurs avec concision, ramenant alors soudainement à la surface, cette fascination trouble que l’on porte aux objets.porteurs de men- songes.Si Pascale Beaudet perce avec acuité le pouvôir de Marie-Jeanne Musiol (Seize trous dans la mémoire d'Hadrien, la Centrale, printemps 91) qui, telle une aveugle, photographie l’invisible et les images gigognes de Roberto Pellegrinuzzi orchestrées autour de la monumentalité du macroscopique, Claire Gravel étudie brièvement et magistralement, en passant de Luc Béland à Dominique Blain, les oeuvres fortes qui questionnent les enjeux socio-politiques actuels.Comment ne pas être sidéré nous aussi par l’image crue et dure de ce noir pendu et torturé où l’au-teure vient apporter sa propre définition du racisme qui n’est pas, d’après elle, « le début de l’humanité » mais bien la marque de sa finalité.La photographie a le dernier mot conclue-t-elle.Et l’on pense subitement au vidéo d’un certain amateur californien qui filmait ce noir sauvagement battu par des policiers blancs.Alors qu’Alain Laframboise prélève dans la dixième saison de Da-zibao des expositions-phares qui ont marqué ce centre consacré à la diffusion de la photographie actuelle, Guy Bellavance s’ingénie à brosser un portrait inusité et inédit de Nicole Jolicoeur, cette artiste qui explore depuis longtemps déjà, la médecine expérimentale de Charcot sur l’hystérie féminine.Et puis il y a ce texte de Jean-Pierre Denis, Le corps absent et le temps photographique.Un texte éblouissant sur la puissance de la photographie qui a réussi à construire un langage qui lui est sien, à amplifier vertigineusement notre distance au monde criblé d’une prolifération d’images, à se commettre avec d'autres médiums cherchant inlassablement dans la sculpture, à se doter d’un corps qui lui manque.On lit Jean-Pierre Denis avec une avidité curieuse et insatiable.Ses propos restent ancrés dans notre esprit comme une photo redécouverte dans un album de souvenirs tamisés par l’exubérance de la vie. • le plaisir des mes Le Devoir, samedi 30 mai 1992 ¦ D-5 , , ." ¦ ¦¦ i i ¦' ' é 1 Changement de temps Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies NOSTALGIE DE LA MORT Xavier Villaurrutia traduit de l’espagnol et préfacé par Claude Beausoleil Écrits des Forges, 1992 LE CORPS TOMBE PLUS TARD Michel Pleau Écrits des Forges, 1992 IL EXISTE un traducteur qui, confondant les mots espagnols oreja et orilla, traduit « les rives » par « les oreilles » sans s’apercevoir que son choix est risible.Il traduit aussi « les Gémeaux» par «les Jumeaux»,* Le corps d’un mort » par « le corps d'un cadavre », « à côte » par « odorante », « tronc d’arbre » par « corps », .< serrer la plume » entre ses doigts par « opprimer la plume », des « recoins » par des « coudes », « un moment donné » par « un moment de doute ».Il écrit « la distance chaque froid plus froide », « je m’approprie de toi » et d’autres incongruités qui doivent faire se retourner dans sa tombe le poète qu’il traduit, Xavier Villaurrutia.Comme je ne trouve aucune justification à ces fantaisies, il est difficile de ne pas conclure à des balourdises.L’annonce de la parution d’une traduction québécoise de poésie étrangère est pourtant, en soi, une excellente nouvelle.Encore faut-il que le résultat soit concluant.En août 1991 paraissait chez José Corti une édition bilingue de Nostalgie de la mort de Xavier Villaurrutia (traduction de Jacques Ancet, préface d’Octavio Paz).J’ai eu l’occasion d’évoquer ce livre cet hiver.La traduction du même ouvrage par Claude Beausoleil est parue aux Forges en mars 1992.La version de Jacques Ancet présente 26 poèmes; celle de Beausoleil, 19.Je suppose qu’Ancet s’est servi d’une édition augmentée ou définitive, et il aurait été poli, dans l’édition des Forges, de signaler l’existence de cette version plus considérable.On aurait pu noter aussi que le dernier poème du livre existe dans une version de 10 dizains, alors que Beausoleil, peut-être appelé par une autre urgence et obligé de couper court, n’en présente que cinq.Autre politesse dont le lecteur est prive : le texte espagnol.Dans un sens, il était peut-être prudent de l’escamoter : il aurait jeté sur la traduction une lumière gênante.Quant à la préface, le moins que je puisse en dire est qu’elle me laisse perplexe.Villaurrutia y est moins présenté que convoqué à titre de précurseur mexicain de la « modernité » de Beausoleil, puis en tant qu’infirmier, préposé à l’improbable réanimation de cette « modernité » moribonde.Beausoleil appelle Villaurrutia « au centre d’une modernité à recommencer ».Va-t-il, sous l’égide du poète mexicain, recommencer à zéro ses oeuvres complètes ?La préface fait peser cette menace sur l’avenir.Pour le moment, voilà un ajout à l’interminable liste des ouvrages bâclés de Beausoleil.Dans Le corps tombe plus tard, de Michel Pleau, prix Octave Crémazie 1992, on change de temps.Il n’est pas question de recommencer la « modernité ».L’inspiration se place dans le sillage de Marie Uguay, citée en exergue.La poésie de Marie Uguay était bien loin de la « modernité » de Beausoleil.Sans effets extraordinaires, elle cherchait l’expression juste de la sensation.C’est du moins ce que j’en ai retenu.Né à Québec en 1964, Michel Pleau a mérité le prix Alphonse-Piché 1991 pour une suite poétique intitulée Nous passons sous silence, que je n’ai pas lue.Le corps tombe plus tard présente une cinquantaine de poèmes assez courts, sans grande individualité propre, mais qui, tous ensemble, composent un tableau significatif.J’éclairerais peut-être la physionomie du recueil en évoquant un hologramme.Certains poèmes, mieux que d’autres, traduisent une symbiose des sentiments, des actes, des souvenirs, des éléments, de l’espace, du temps, une libre circulation entre le dedans et le dehors, la proximité, la simultanéité de tout cela, une fois la distance et la succession abolies : le temps est de passage / derrière la fenêtre / à construire des statues / le travail d’un arbre à devenir ombre / la nuit nous sommes une île / les feux de la peur / l'ivresse de la neige / sommeillent dans nos corps / nous promenons nos lèvres sur des fruits / une orange prend feu dans ma bouche / il pleut des cendres de lumière.Le monde de ces poèmes n’est pas sans analogie avec celui de la poésie de José Acquelin ou d'Hélène Dorion.« Le poème est un arbre étrange », lit-on à la première page, et à la dernière : « Nous entassons des poèmes sur eux-mêmes ».L’entredeux semble n’avoir ni commencement ni fin.D’autres poèmes, en quantité indéfinie, pourraient devancer le recueil, le prolonger, le grossir de l’intérieur.Ils ressembleraient à ceux qu’on lit : ce seraient des aTbres étranges, auxquels tout est suspendu, et qui se multiplient pour tenir perpétuellement la même note.Un os VLADIMIR NABOKOV 1.Les années russes Brian Boyd Gallimard, 1992, 658 pages.RIRE DANS LA NUIT Vladimir Nabokov Grasset, 1992, 250 pages.Francine Bordeleau INDIVIDUALISTE forcené, extraordinairement prétentieux (« Je pense comme un génie», écrit-il au début d’Intransigeances, un recueil d’interviews) Nabokov, de son vivant, n'était pas de ceux qui forcent la sympathie.Des États-Unis, où il vécut à partir de 1940, puis du palace suisse de Montreux acheté grâce aux droits de Lolita et où il finit ses jours en 1977, parvinrent lés plus folles rumeurs.Parmi les moindres, il y eût celles établissant des correspondances directes entre la vie même de Nabokov et ses héros Humbert (l’homme mûr de Lolita), Kinbote ou Hermann, tous déviants sexuels.Celui qui lira cette première grande biographie de l’écrivain russe en espérant savoir le fin mot de l’his-loire tombera, comme on dit, sur un os.D’abord parce que ce premier tome s’arrête au seuil de la carrière américaine de Nabokov, donc bien avant le scandale de Lolita (si scandale il y eut, C’est peut-être que les Américains ne lui ont jamais pardonné d’avoir si bien exposé les dessous de l’âme masculine).Les « années russes » — qui sont d’ailleurs plutôt les « années européennes durant lesquelles Vladimir écrit en russe — partent en effet de la naissance de l’écrivain, en 1899 (aîné choyé de cinq enfants), s’étendent sur son enfance et son adolescence dorées (gouvernantes françaises et précepteurs anglais et russes pour la progéniture de cette « vieille famille noble d’une prodigieuse richesse »), relatent les études à l'Université de Cambridge, en Angleterre, reconstituent son existence de Russe blanc exilé à Berlin avec sa famille puis, de l!i:i7 à 1940, à Paris.Ensuite parce que Boyd a voulu faire une « biographie intellectuelle ».Le processus de création, voire une analyse de l’oeuvre, s’éclairent ainsi d’être mis en rapport avec la vie de l’écrivain.L’entreprise ne manque pas d'intérêt puisque nous assistons, au fil de la lecture, à la naissance de «Sirine» (le pseudonyme qu’il utilise, en alternance avec « Nabokoff-Sirine», pour signer ses livres écrits en Europe), à la transformation d’un jeune dandy en poète et romancier.Chez Nabokov, nous enseigne Brian Boyd, l’écriture s’appuie sur « la puissance de la conscience humaine» mais cette conscience est cependant toujours confrontée à « l’absurdité de ses limites » que sont la mort, la solitude, notre exclusion de notre propre passé même.Éminemment didactique, cette biographie a le bon goût d’être assez enlevante.Au passage on remerciera Boyd de s’attarder à la vie intellectuelle des Russes blancs en exil, juste après la révolution.« Ce qui fait de l’émigration russe un phénomène unique dans l’histoire, c’est l’exode massif des intellectuels — artistes, écrivains, professeurs — qui, entre la fin de 1921 et le début de 1924, s'entassèrent littéralement dans le sud-ouest de Berlin », remarque-t-il par exemple.Et pourquoi Berlin ?Parce que le coût de la vie y est quatre fois moins cher qu’à Paris.Mieux encore, poursuit Boyd, en 1922 et 1923, « il n’est pas un écrivain russe de marque, émigré ou non, qui ne soit passé a Berlin, ne fût-ce que brièvement ».Gorki, Biély, Maïa-kovski, Chklovski, Bounine (premier écrivain russe à obtenir le Nobel de littérature), Pilniak, Alexeî Tolstoï, Khodassévitch évidemment, alors compagnon de Nina Berbérova (elle-même évoque ces années dans son autobiographie C'est moi qui souligne), tout ce beau linge se rencontre à Berlin, gravite autour des maisons d’éditions russes (Berlin n’en compte pas moins de 86 en 1924, c’est colossal) et des journaux dont Roui, fondé par Nabokov père.Ce « luxe intellectuel », bien qu'il s’accompagne d’une «indigence matérielle», comme l’écrit Nabokov dans Autres rivages, son autobiographie publiée en 1961, favorisera l'émergence des voix de l’émigration.Dont celle de Vladimir Nabokov, qui publie poèmes, traductions et romans.Sur La défense Loujine, paru en 1930, Berbérova écrira dans C’est moi qui souligne : « Un grand écrivain russe, tel le phénix, était né du feu et des cendres de la révolution et de l'exil.Notre existence prenait dorénavant un sens.Toute ma génération s’en est trouvée comme justifiée ».Puis il y aura Le don, une sorte En coulisse du Monde Lisette ÆORIN A.Le feuilleton LA VIE RETROUVÉE Yvonne Baby Paris 1991, Éditions de l’Olivier, 416 pages SI VOUS Y mettez le temps, et beaucoup de ténacité, vous finirez par tout apprendre de l’enfance, l’adolescence, la jeunesse et bien entendu la vie professionnelle d’Yvonne Baby.Pour les inconditionnels du quotidien parisien Le Monde, les choses seront plus faciles.Surtout s’ils sont sexagénaires et qu’ils ont été et sont peut-être encore, trois ans après sa mort, et bien des années après son départ du journal qu’il avait fondé en 1944, de fervents admirateurs de Hubert Beuve-Méry.Pour les lecteurs du Québec, qui, dans le cas présent, seront sans doute plutôt des lectrices, il y a de fortes chances pour que l’auteur de La vie retrouvée ait été, jusqu’à la parution de cette fluviale autobiographie, une grande inconnue.Si l’on est, par ailleurs, des boulimiques des prix littéraires, on se souviendra qu’Yvonne.Baby obtint le prix Interallié, en 1967, avec un roman intitulé Oui, l'espoir, paru chez Grasset, qui fut suivi, en 1974, de Le Jour et la Nuit, toujours chez Grasset, et, en 1980, de Kilroy, publié cette fois au Mercure de France.Ceci pour la bibliographie.L’intérêt du dernier livre d’Yvonne Baby se situe en marge de la production romanesque, aux antipodes des « nouveautés » littéraires.Par son style, en tout premier lieu, dont certains diront qu’il est original, d’autres qu’il convient au format de cette longue confession, livrée dans le désordre, sans aucun respect pour la chronologie.Une seule constante : son appartenance, on pourrait dire sans exagérer corps et âme, au journal de la rue des Italiens.Sans préparation, autre qu’un goût presque immodéré pour la vie des arts et des lettres, elle y était entrée à 30 ans, après quelques années d’apprentissage à une publication d’allégeance féministe et communiste qui s’appelait Femmes de France.C’était en 1957.Elle y travaillera, des faits divers dits culturels, appelés « les lignes », jusqu’à la direction du service culturel, qu’elle occupa de 1971 à 1985, avant d’en être chassée, écrira Hervé Guibert l’un de ses protégés et admirateurs, pour cause « d’élitisme ».Outre sa passion pour Le Monde, c’est une vaste fresque du Paris des idées et de la littérature, sur plus de quarante ans, que brosse Yvonne Yvonne Baby Baby.Fresque bigarrée, brouillonne diront les lecteurs épris de clarté et de style plus conventionnel, mais extrêmement colorée, sorte de patchwork où s’agencent et se désaccordent, selon l’humeur de la rédacrice, les portraits de tout son « monde », familial et social, à l’écart quelquefois du journal Le Monde.Elle aura rencontré, fréquenté — souvent grâce à ses parents et à.leurs amis — des gens de toutes sortes dont le coeur, trop souvent, pour reprendre un vers d’Apollinaire, bougeait comme leur porte.Sans fausse pudeur, elle raconte sa vie intime, ses maris, ses déboires avec les successeurs de Beuve-Méry, de Jacques Fauvet, qui l’a longtemps protégée, avec André Fontaine, qu’elle ne ménage pas, lui attribuant plusieurs des crises qui ont secoué le journal jusqu’à son déménagement rue Falguière.Les férus de la « petite » histoire littéraire du siècle en apprendront de bonnes sur le couple Eisa Triolet-Louis Aragon, sur les penseurs communistes de l’époque, mais seront tout simplement abasourdis par le nombre et l’importance des familiers de la famille d’Yvonne Baby.Au demeurant c’est une femme généreuse, amie du théâtre, du cinéma, de la musique et de la littérature, et qui s’y connaît; c’est aussi une bonne mère pour ses deux fils, une véritable égérie pour le petit Guibert, qu’elle poussa à maîtriser l’art du photographe en lui offrant une tribune dans son « supplément » (création très éphémère, au Monde, et qui accéléra sans doute son départ), et une amie reconnaissante envers Claude Sarraute, la billettiste toujours en poste, elle, fille de Nathalie et femme de Jean-François Rével : bref, c’est une vraie femme et une très bonne journaliste qu'Yvonne Baby.Qui n'a la dent dure que pour ceux qui l’ont évincée d’un quotidien qui était toute sa vie.Par une curiosité, sans doute pas si légitime que ça, j’ai tenté de retrouver dans la monumentale biographie que Laurent Greilsamer* a consacrée à Hubert Beuve-Méry (chez Fayard, 1990) quelque allusion, même fugitive, à Yvonne Baby et à son travail pendant près de quinze ans, à la direction du service culturel.Une seule mention, à la page 526, relatant que Sirius avait accepté d’être le témoin d’Alain Jacob, jeune rédacteur, alors au service étranger, qui épousait Yvonne Baby, « journaliste au service « culturel ».Pas davantage de précisions, dans Le Portrait du Monde, ce « roman » qu’écrivit Bernard Noël (chez POL en 1988).Il faut dire que ce livre n’était pas une histoire d’un grand journal, mais une suite d’instantanés, le résultat d’une enquête chez les travailleurs du Monde.« Pas de visages, mais des gestes, des voix, des lieux, des activités, des relations », précisait l’auteur.On ne s’étonnera cependant pas, après avoir lu Yvonne Baby, si peu de « visages » de femme ne s’y trouvent reliés à « l’activité » qui passionna la directrice du service culturel.De quoi renforcer l’accusation de misogynie du Monde dont l’accablent plusieurs lectrices.Quelques noms, • dont Clàude'Sarraute déjà nommée, Jacqueline Piatier qui a succédé à Pierre-Henri Simon à la direction du appelé N abokov d’Ulysse russe, en tout cas ce qu’on estime être le plus grand « roman russe » de Nabokov.Son dernier roman russe, c’est Rire dans la nuit, qui paraît chez Grasset en même temps que la biographie de Boyd chez Gallimard.Une version russe en a été publiée à Paris et à Berlin, en 1932 et 1933, sous le titre de Kamera Obskura; puis une version française l’année suivante; et pour finir une version anglaise.Mécontent de cette dernière traduction, Nabokov a lui-même repris son texte et réécrit en grande partie ce qui allait devenir Laughter in the Dark.Rire dans la nuit est donc, d’une certaine façon, un inédit en français.Ça n’est pas Lolita ou Le don, mais c’est on ne peut plus significatif de la manière et des thèmes chers à Nabokov.Rire dans la nuit est une cruelle variation sur l’adultère et Nabokov exploite jusqu’au Cynisme et jusqu’à l’amertume cette assertion voulant que l’amour soit aveugle.À moins que vous ne vouliez attendre la publication des oeuvres de Nabokov en Pléiade.C’est actuellement en préparation même si Gallimard semblé incapable, pour l’instant, de préciser une date de parution.Mais ça ne tardera sûrement pas car le second topie de la biographie de Boyd devrait paraître en même temps que le premier volume de la Pléiade.Il y aura donc une opération Nabokov d’envergure.Cela incitera peut-être l’éditeur à surveiller d’un peu plus près la suite de cette biographie « intellectuelle » dont le premier tome n’est pas exempt de coquilles et de néologismes bizarres.Malheureusement, il ne nous dira pas jusqu’à quel point les « ayant droit » de Nabokov, a commencer par sa veuve et son fils (dûment consultés et Boyd, du reste, nous en avertit), sont intervenus.On lira donc cette biographie — remarquable analyse de l’oeuvre mais peut-être outrancière t* AROÉ \; ¦ ri LE DICTIONNAIRE PRATIQUE DE L’EDITIQUE Paul Pupier et Aline Gagnon 170 p.- bilingue reliure rigide - 24,95$ WORDPERFECT POUR WINDOWS SIMPLIFIE I WordPerfect jj| pour Windows SB SIMPLIFIÉ ¦ mu k li.nKiihni le'le LOGIQUES OKIUNYIMKS Patrick et Didier Mendes 128 p.- couverture spirale 18,95$ U *» I SOLITUDE H-DES AUTRES ; w " ' " 1 «11 % K, I LOGIQUES I ( Ol I A | SOLITUDE DES AUTRES collectif sous la direction de Norma Lopez-Therrien 70 p.- 14,95$ Les livres des Editions LOGIQUES sont distribués par LOGIDISQUE C.P.10, suce.«D» 1 Montréal (Québec) H3K 3B9 Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 30 mai 1992 • le plu isir des ivres Robert SALETTI Essais Québécois DANS LA MAISON DES LITTÉRATURES Jean Royer, L'Hexagone, 126 pages.OUVRIR LE LIVRE Laurent Mailhot, L'Hexagone, « Essais littéraires », 351 pages PENSÉES, PASSIONS ET PROSES Jean Marcel, L’Hexagone, « Essais littéraires », 399 pages.L'HEURE LITTÉRAIRE est aux bilans.Bilans personnels autant qu’institutionnels.Et les éditions de l’Hexagone donnent le ton dans la conduite de cette opération qui consiste à mesurer le temps passé pour en faire ressortir la substance.La venue de Jean Royer, un passionné de littérature québécoise s'il en est, à L’Hexagone y est vraisemblablement pour quelque chose.Les rêves esquissés, les plans réalisés, la maison construite, le moment est arrivé pour les artisans de la littérature québécoise d’habiter leur espace.Dans la maison des littératures est un bilan des 20 ans de la Rencontre québécoise internationales des écrivains, dont le journaliste Jean Royer s’était souvent fait l’écho quand il écrivait dans ces pages.Mais cette rencontre a des origines • i ni \ \iiD\i V .plus anciennes car, avant d’être québécoise et internationale, elle s’est appelée, de 1957 à 1961, Rencontre des poètes canadiens, puis, de 1968 à 1971, Rencontre des écrivains.Ce n’est qu’à partir de 1972 qu’elle acquit le nom — et la notoriété, toute relative — que l’on sait.( L’auteur est pratiquement muet sur l’absence de Rencontres entre 1961 et 1968.La Révolution tranquille s’était-elle chargée de parler au nom des écrivains ?) En fait le mot « bilan », appliqué à Dans la maison des littératures, est un peu lourd, car il s’agit davantage d’un sommaire de ces 20 dernières Rencontres.Une section « Documents » énumère les thèmes de ces rencontres et donne la liste des nombreux écrivains qui y furent invités.La section centrale, la plus Autour du livre longue, rapporte les principaux commentaires des participants.Or, sans nier l’importance humaine et historique de ces rendez-vous annuels qui permettent à nos écrivains d’échanger entre eux et avec d'autres, en faire le compte rendu sans froisser personne, en essayant d’être fidèle à tout ce qui s’est dit, reste un exercice somme toute peu attrayant.Peut-être est-ce pour cela que Royer, qui n’est pas reconnu pour son esprit polémique, a préféré donner la parole à Réginald Martel et Madeleine Gagnon pour relater la Rencontre de 1975, mémorable à cause de l’esclandre qu’y firent des féministes ?Depuis ce temps-là, les Rencontres, rappelons-le, se tiennent à huis clos.Dans la maison des littératures est avant tout un hommage aux écrivains et à l’homme clé derrière ces rencontres, Jean-Guy Pilon.Dirigée par Marie-Andrée Beaudet, la collection « Essais littéraires» des éditions de l’Hexagone poursuit visiblement une politique des grosses pointures.Après Joseph Bonenfant — auteur de Passions poétiques, commenté ici-même —, voici les livres — bilans de deux autres critiques et professeurs respectés, et qui ont aussi commencé leur carrière dans les années 60 si je ne m’abuse.Jean Marcel et Laurent Mailhot ont chacun une feuille de route bien garnie mais leur oeuvre critique était éparse.Pensées, passions, proses et Ouvrir le livre viennent combler cette lacune.Parler de ces ouvrages dans une seule chronique, qui, de plus, n’est réservée qu’occasionnellement, à la littérature, tient sans doute de l’impudence, voire de l’affront.Le LAURENT MAILHOT ESSAIS LITTÉRAIRES l'HEXAGONE # chroniqueur s’en excuse à l’avance.Laurent Mailhot est un maître ès anthologies, en particulier dans les domaines de la poésie et de l’essai.Le professeur de l’Université de Montréal est sans doute le cartographe par excellence de la littérature québécoise.Étant celui qui s’intéresse à ses frontières, qui découpe son espace et se charge de lui donner un sens, il allait de soi qu'Ouvrir le livre débute avec un texte sur la matérialité du livre, texte qui donne son titre au recueil.« Objet non objectif, non objectivable, avec une multitude de sujets», le livre peut faire peur.Qu’on songe au premier roman canadien-français écrit par Philippe Aubert de Gaspé fils, L'influence d'un livre, paru l’année de la Rébellion (matée) des patriotes, et retitré Le chercheur de trésors par un clergé suspicieux.Mais le livre peut aussi émerveiller et surtout scander la mémoire d’un peuple.D’où l’intérêt, comme le fait Mailhot (bien avant Pivot) dans un autre de ses textes, de jouer au jeu de la bibliothèque idéale canadienne-française ou québécoise.Mais il ne s’agit pas de se leurrer sur la nature ou l’importance de la littérature d’ici, car avant 1960, une seule oeuvre, Maria Chapdelaine, a eu un rayonnement international.D’autre part, il est vrai que, comme le montre Mailhot, quand les Européens nous découvrent par exemple, c’est souvent sans passion, mais avec l’attendrissement de ceux qui se nourrissent d’exotisme.C’est toujours dans le cadre d’un numéro spécial, à grand renfort panoramique.Rarement les écrivains québécois sont-ils l’objet d’analyses particulières, de regards personnels.Homme de classement — le milieu littéraire attend avec impatience l’Histoire littéraire du Québec qu’il est à rédiger — et homme d’analyse, Laurent Mailhot partage avec Jean Marcel une passion (le mot est à la mode) pour l’essai littéraire qui, au Québec, a une importance particulière, étant donné que c’est un genre dont la principale caractéristique est de lier une aventure individuelle (d’écriture) à un projet collectif (social ou politique).Philologue de formation et lui-même brillant essayiste — les plus vieux se souviendront de son Jouai de Troie — Jean Marcel a une carrière plus diversifiée que celle de son collègue de l’Université de Montréal.Il publiait d’ailleurs il y a trois ans un roman, Uypatie ou la fin JEAN MARCEL Pensées, passions et proses ESSAIS LITTÉRAIRES l'HEXAGONE # des dieux, qui n’est pas passé inaperçu.Tout un chapitre de Pensées, passions et proses est consacré au cinéma et à l’opéra.L’espace me manque pour rendre compte de la pensée de Jean Marcel — « J’appelle pensée, écrit-il, ce qui n’a pas encore atteint le statut fixe de l’idée, un passage plutôt qu’un but, un voyage plutôt qu’un état » —, et plusieurs réflexions sur la langue, le nationalisme et l’identité mériteraient d’être citées in extenso.J’en choisis une, presque au hasard : « Il faut toujours oser croire qu’un «service national» ne sera que provisoire.Car le but ultime de la littérature ne saurait être la nation, ni même la beauté pour elle-même, mais bien plutôt l’humanité dans sa singulière et énigmatique diversité ».L’heure chroniqueuse est à l’encensement.Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes THE ELEPHANT WOMAN : c’est ainsi que Marie Cardinal, lorsque Françoise Verny fit l’événement de la rentrée parisienne en septembre 90 avec la publication du Plus beau métier du monde, avait décrit, ici dans le Plaisir des livres, la célèbre « ogresse » de l’édition française.Cardinal nous prévenait que la bombe attendue (ses mémoires) était un pétard mouillé.En effet, la star de l’ombre, dans le monde de l’édition, n’égratignait que les égratignés., les autres, les « réputations », elle les protégeait comme une vraie soeur portière.Adorée, détestée, crainte, « la » Verny, qui a fait et défait des carrières d’écrivain depuis 40 ans, chez Grasset d’abord, chez Gallimard ensuite, chez Flammarion maintenant, avec un sens formidable du « succès », un appétit de réussite Verny sans Verny et un art de patronne, récidive comme auteur en 1992 avec, et j’ai presqu'envie de le dire franchement.un livre de trop.Dieu existe je l'ai toujours trahi est un manuscrit qui aurait pu (ou dû) être refusé par une Verny.Mais devant Verny peut-il y avoir une autre Verny ?J’aurai peu l’occasion de signer des massacres, dans ce bloc-notes, pour la bonne raison que parmi les livres qui paraissent, dans le champ de l’histoire littéraire, le choix est si grand qu’au moment d’écrire l’on va naturellement au meilleur.En laissant de côté les livres moins importants, les sujets moins fouillés, les travaux inutiles.Mais dans le cas de Verny, une personnalité d’exception, maîtresse femme de l’histoire de l’édition qui traîne avec elle une aura de légende, d’avatars et racontars, et que Mathieu Galey nommait la Raspoutine, il me semble que la médecine qu’elle a tant servi à plusieurs ( coupez ! reprenez ! réécrivez ! ça c’est de la redite, etc.) aurait pu lui être administré avec Françoise Verny existe je l’ai toujour trahi OUVERORBAN profit.L’écriture, généralement de bonne syntaxe et de bonne tenue, est pourtant si peu claire, parfois, qu’il faut relire pour démêler qui a fait quoi dans les histoires de famille que Verny vous relate à satiété.On Dénatalité, vieillissement de la population, récession, chômage, violence.Vous en avez assez?Alors lisez le dernier rapport du Conseil des affaires sociales.Conjeil de* affaires sociales Contt il det «ffiirct tou*let Df l \(Jl FHH II\ss i.N Rapport tur le drt rloppemrnt social et démographique WH* .v’vi 25 $ Un Québec solidaire propose l'établissement d’un nouveau pacte social dont le but ultime est l’amélioration des conditions de vie des citoyens et des citoyennes du Québec.I—ni—îguëtan murin Gouvernement I__Il_Irdiieur Itâldu Québec Conseil des affaires sociales 17$ Deux Québec dans un propose une nouvelle vision du développement global, axée sur la croissance démographique, sociale et économique, sans création d'inégalités.UN QUÉBEC SOLIDAIRE Rapport sur le développement AGIR ENSEMBLE Rapport sur le développement T~~If-|K»tlian morln I__Il__j éditeur 25 $ - Agir ensemble suggère des pistes de solutions, des actions à entreprendre afin de relancer l'ensemble du Québec sur la voie du développement.La série est offerte à un prix spécial de 53,60 $ En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur Gaëtan Morin Éditeur, C.P.180, Boucherville (Québec), J4B 5E6 Tel.: (514) 449-7886 Téléc.: (514) 449-1096 pardonne.Mais là où c’est embêtant c’est que le livre-confession de Mme Verny, ce plaidoyer pour sa mollesse de croyante, pour ses errements de chrétienne, est d’une sincérité sans doute, mais d’une faiblesse de pensée un peu rare.comme si, à défaut d’avoir l’habileté à analyser le noeud on se contente de papoter autour, et de mettre les rieurs de son côté d’un tour de ragot.Fille l'avoue, elle est « réfractaire à la vie intérieure, au receuillement ».Simpliste, la Verny repentante.Fit dans le doute, elle ne s’abstient pas, la Verny, elle fonce aveuglément vers des conclusions commodes, citant Malraux qui prédit que le 21e siècle sera religieux, faisant, se prenant pour Pascal, son propre pari : où Dieu existe et je le trahis donc, ou Dieu n’existe pas et je ne m’en porte pas mieux ni pire.À la sincérité qui filtre tout de même, nécessaire au type d'ouvrage qu’écrit l’éditrice, il faut hélas voir aussi passer un tas de confidences anecdotiques qui ne sont pas du plus pur intérêt.Dans Le plus beau métier du monde, où Françoise Verny avait pour la première fois pris la plume d’écrivain, la critique avait relevé beaucoup d’inutilités et de banalités pour le trop peu de franchise et de vérités (revélations-choc, vraies visites des sous-sols de l’édition, vieux complots, etc.) qui pouvaient se dégager des 454 pages de ces mémoires les plus attendus.À la place, Françoise Verny s’était contenté de raconter ce qui se raconte, de rappeller ce qui se rappelle, en ne jouant pas, dans l’écrit, le rôle qu’elle joue si bien dans la vie avec une verve et un esprit remarquables, avant que l’alcool la saississe et l’assomme avant que le soleil se couche.Dans Dieu existe je l’ai toujours trahi il y a toute une part, pratiquement 100 des 220 pages, qui n’est que la répétition de choses déjà écrites dans les mémoires de 1990.Les chapitres « Entre Jésus et Marx », « l’engagement algérien », « Charles Verny », dans Le plus beau métier du monde, se retrouvent à peu de phrases près dans ce nouveau titre.Pour ceux qui ont lu le premier, le second n’offrira rien de neuf, sinon le flou, ce ronronnement, ce mea culpa (« j’apparais chaleureuse, et je ne suis que sécheresse de coeur » ) de la femme qui fait la foi buissonnière et passe son carême en vacances, et qui pour une fois (Chapeau!) parle de son alcoolisme (fortes pages 184 et 185) et de ses descentes nocturnes en cuisine pour faire un mauvais sort aux pires et meilleurs fromages.Sympathique parfois, la confession de Verny, mais il y a dans l’ensemble des odeurs vieillies, un peu de gâtisme, et, telle Françoise et les vieillards, la pénitente convoque autour d’elle les grands âgés, un trio de la sagesse qui lui a servi d’influence, le romancier Julien Green qui a 92 ans, un Dominicain le père Chenu qui meurt à 96 ans, et Malraux qui mourut à 76 ans.Tous les trois l’ont impressionné, l’ont ébranlé, l’ont influencé.Fille n’aura pas connu l’éclair de la foi comme Claudel au cinquième pilier de gauche à Notre-Dame-de-Paris; mais ses trois mages dans la nuit tiennent pour elle des lumignons le long d’une route qu’elle espère encore longue.et bornée de bistrots.?•fr Dieu existe je l’ai toujours trahi, Françoise Verny, Éditions Olivier Orban.Le noir, ] qui fait TRUFO A MISTO EN CALIFORNIE, les femmes aiment bien le noir.Qu’elles portent le short, la jupe, la robe ou ce morceau de tissu au nom barbare qui moule les muscles des deux jambes et non les chevilles, le noir est souvent choisi pour recouvrir les parties blanches.À cette affection pour la teinte du drame, à ce penchant pour la couleur des ténèbres, il y a naturellement une raison ou une justification.Entres autres.Entre autres qualités, le noir en effet fait.maigrir ! Or en Californie, dites-vous bien les amis que soustraire le poids des calories du poids du corps est l’équation quotidienne pour un nombre sans cesse croissant de femmes plus sensibles aux menuets funky de Jane F’onda qu’aux cris du coeur de Germaine Greer.Ça fait qu’en Californie, les pauvres femmes se font tous les jours suer à courir, sauter, virevolter, déhancher afin que le maillot une fois mis, pas une once de cellulite n’apparaisse aux yeux de ces enfoirés de bonshommes qui, eux, étalent les tonnes de fric qu’ils ont à leur disposition histoire de marier ces corps féminins qui frisent la perfection pour ensuite les exposer comme ils exposent leurs BMW et leurs costumes Armani.Cette obsession des femmes pour le mince comme un fil à coudre est d’autant plus vive que la Californie est le royaume de la jeunesse éternelle.Là-bas, on n’aime pas les vieux, parce que là-bas l’apologie de la jeunesse est LA loi; les dix commandements ramassés en un seul.C’est dans le comté d’Orange, dans la vaste région de Los Angeles, que sont concentrés les experts du « fitness », les chirurgiens de la peau, les esthéticiennes du coup d’oeil, bref toutes les industries périphériques à la beauté remodelée.Car c’est dans le comté d’Orange que l’on trouve le plus grand nombre de « richards-ringards» au pied carré en Amérique du Nord.C’est en tout cas ce que Joseph Wambaugh nous raconte dans son Golden Orange paru aux Presses de la Cité.Tess Binder habite ce comté.Fille est riche.Elle est immensément riche sans l’être véritablement.On s’explique.Son père est décédé.Davantage soucieux de l’avenir que du présent de sa fille volage, le vieux Binder a spécifié dans son testament qu’elle toucherait le paquet une fois que Warner Stillwell, le compagnon du père Binder, aurait passé l’arme à fauche.Le hic, pour Tess videmment, c’est que le Warner, il a beau avoir les 70 ans bien sonnés il est en pleine forme.Et comme Tess tient mordicus à toucher les 20 millions $ d’héritage, elle élabore un mic mac pour l'application duquel elle séduit Winston Farlowe.Un ex-flic alcoolo qui, pour la vodka polonaise, a toutes les affections du monde.Fille le rencontre au Spoon's Landing, le bar où se rencontrent tous les poivrots du « Orange County ».Elle lui fait des risettes.Il les reçoit cinq sur cinq.Et le voilà embarqué dans les dédales du crime revu et corrigé par les cyniques de la richesse outranciere.C’est alors.C’est alors qu’apparaît le « truc » a couleur maigrir de ce nouveau roman de Wambaugh : est-ce que Winston Farlowe sera le dindon de la farce élaborée et menée par Tess Binder ?Là est toute la question de ce récit où l’ironie occupe autant de place que Tess dans le coeur de Winston.La phrase du livre ?Page 134 : « Platoon, c’est vraiment un livre sur votre guerre.L’ennemi, c’est nous.Quelle connerie ! L’ennemi, c’est ces enfoirés de types de gauche qui ont causé ce merdier.Toujours facile de distinguer les bons G.I.des mauvais, dans ces films socialo.Les bons fument de l’herbe, les mauvais boivent de la bière ».Qu’on se le tienne pour dit ! La meilleure, à propos de Wambaugh, on Ta trouvée dans le numéro, l’extraordinaire numéro spécial, que la revue Polar a consacré à James Ellroy.François Guérif, le « patron » de la collection Rivages-Noir, et son copain Jean-Pierre Deloux font la causette avec Ellroy.À la toute fin, ils demandent à l’auteur du quartet de Los Angeles : « Quels sont les écrivains que vous préférez dans le roman noir ?» Réponse.« Beaucoup m’ont influencé : Ross MacDonald, Chandler, Hammett.Je crois que Hammett est le plus important.L’écrivain le plus important de ces trente dernières années est sans doute Joseph Wambaugh parce qu’il a transféré l’icône du dur à cuire du détective privé sur le flic.Il a rendu le réalisme au roman noir.C’est ce qui fait la faiblesse de Chandler.Son personnage est trop idéalisé.Les privés existent plus dans la fiction que dans la vie réelle.Wambaugh m’a influencé dans le sens où j'ai choisi des flics comme personnages ».Avis aux amateurs de Flllroy, l’acquisition de ce numéro de Polar est une obligation socialo-culturelle.Rien de moins.Nom dé Diou ! La fin de semaine dernière, quelques heures avant que les Bulls de Chicago ne se vengent de l’affront qui leur avait été infligé deux jours auparavant par les Cavaliers de Cleveland, l’équipe des « Born Again Christian » de la NBA, on lit ce commentaire de Flllroy : « Brutal, bouleversant.ce livre exige votre âme et la cloue au mur ».Wow ! Mon âme sur un p’tit mur ?C’est à voir.Ça fait qu’on a lu le bouquin-qui-cloue Tâme-au-mur.Il fait 436 pages.Il s’intitule Le fleuve des ténèbres.James Grady en est l’auteur comme il fut l'auteur des Trois jours du Condor.Pis ?Ben c’est l’histoire d’un type qui a participé à tous les coups tordus qu’a concoctés la CIA en Iran, au Vietnam, au Chili, au Moyen-Orient, en plus de tremper dans le Watergate.Le nom de ce drôle de zigoto ?J ud Stuart.Fit alors ?Ben comme les morphales de la CIA se roulent les pouces depuis la chute du mur de Berlin, ils cherchent des poux dans la tonsure des rares, des très rares agents qui.savent.Point ! Conclusion ?Notre âme a pris la poudre d’escampette.Depuis, on n’a pas dépensé une once d’énergie pour la récupérer.Non ! On attend juste le prochain Grady en se croisant les doigts pour que ce ne soit pas dans une dizaine d’années.Parce que le Grady a beau être talentueux, il n’en est pas moins paresseux.?Golden Orange de Joseph Warn baugh.Presses de la Cité Polar.Special James Ullroy.Éditions Rivages.Le fleuve des ténèbres de James Grady.Éditions Rivages.
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