Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 1992-06-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
MJLEVMfl a ioi-¦> n HtfKé, T 'JO'IOVb.J am ÔOlO^f COPx£ i^ony^c W®j 'Tu A>*»*¦> ¦ I A***.»I J irv '»« f» OT« (U MerWi b a«,,«runr*r .tu r» U t Jùr K.nlt I I» (mur* l'eut tit (uni a.O* « »vl *>.pe-b |r wrthr Jr *•“ ** “* >»>*n* itr- n»ni» »»m* Jr »< '4*ra*ru Jr I eut»* m»»W I ruttai fVtm-W «r eon Mn ka trtl* .pJ* «yrtyttri 1* * rvirmer* b «t (O nlmtelr Du VT eu «%* midi, b UfieuW rntumtruM.tn ItatM* •* »t> Ler*r« J .u t mutur Jjru l >»»r»un .W b #dutn*i Jr b Vann* or fcrupt** I.VANttltl ,u An but ».MJ, m moimfir u ¦ • 4 («* f«t»tr J,, *i Ai pur II "‘vt* ! J’aime les Bouquins.leurs prix aussi! hA LEGENDE .pTHURIENNE : % D X MJ S ,vaI U ‘VJUtS ( * il.i,KTI t* it.ui njttttW^.llltAt TUVWPA CAAAL UC*AAinum ** UlrvUttlICAHAUi iioirviuir* mf m sMi.L.A!*vktS»UI AU m- u i uw rouuii.1 UJC40» utHAlir»!» K*TU.V Il VAUNtlpu w iKtVAi.** MIW l A FHJSl 1280 pages 24,95 $ BOUQUINS Tout sur le Graal et la Table ronde en un seul «Bouquins» léger, souple et solide.Autres titres de LA COLLECTION LITTÉRATURE: • Émile Zola • Alexandre Dumas • L ovecraft • Paul Verlaine • Mille et cent ans de poésie française ROBERT LAFFONT V,v T.æefj r 4".Prévert en prose, en vers et en couleurs dans La Pléiade.slaipîPv?*.' Enchanteur! K Conçu et réalisé spécialement à l’occasion de la Quinzaine de la Pléiade 1992,l’Album Prévert ms est gracieusement offert par votre libraire pour tout achat de trois volumes de la Pléiade ATTENTION! LE TIRAGE DE L’ALBUM DE LA PLEIADE EST LIMITÉ "7TW'î, «*'vî ,v>» 4*1'>30 4 WjjiJOitMÜtL JWM 5V£ IM wwf ¦rÉÔRATION POSTURALE ne thérapie qui met les mains fl à la chair Les feux de Lahontan PHOTO JACQUES GRENIER Réal Ouellet, professeur de littérature à l’Université Laval.Heinz Weinmann ON LES CROIT nées sous les lustres des cours princières et dans les grandes villes « policées » d’Europe.Mais si les Lumières avaient vu le jour dans les forêts sombres d’Amérique du Nord ?Si elles étaient issues de l’oeuvre que le baron de Lahontan a composée au cours d’un séjour de 10 ans en Nouvelle-France (1683-1693), révélée entre 1702 et 1703 par trois livres d’un style et d’une tonalité différents.J’ai nommé Nouveaux voyages dans l'Amérique Septentrionale, sous forme épistolaire, Mémoires de l’Amérique Septentrionale, un exposé des connaissances sur l’Amérique au début du 18ème siècle, et la Suite du voyage de l'Amérique, contenant le célèbre dialogue avec le Huron Adario.A force de n’avoir eu — d’yeux que pour les « cent watts » éblouissants, les Voltaire, Diderot, Leibniz et Kant, l’histoire n’a pas voulu voir la chandelle vacillante de Lahontan aux aurores des Lumières.Car toutes les idées de force qui illumineront le 18ème siècle se trouvent formulés chez cet éclaireur — dans les deux sens du mot — des Lumières : lp; propriété privée comme source de .„tRlis les maux, la critique de la mo-;,'ijarchie de droit divin, la religion na-_tupelle, le bonheur, le « bon sauvage » j’en passe.•• ;;Venu trop tôt dans son siècle, La-“Itjontan sème ce que d’autres récolteront.À la fin, les idées de Lahontan .tBl un caméléon auront pris telle-ûient la couleur de leur temps qu’on - .flôiles voit plus : ce siècle sera de-Vénu « Lahontanien » sans le savoir.Partout présent, Lahontan n’est visible nulle part, son oeuvre est pillée, i AINSI, jamais de Mémoires, d’autobiographie ?Jamais.Dans toute ma fiction (sauf dans les -Contes de Fées que je qualifie d’oeuvres archétypiques parce qu’elles en sont n’est-ce pas ?ainsi que tout récit fabuleux), dans tout ce que j’écris : poèmes, romans, il y a peut-être entre 20 et 40 pour 100 d’éléments autobiographiques.Quels sont-ils ?Ces mystères passionnaient Jean Basile dont l’oeuvre d’essayiste se compose en bonne partie d’un dialogue entre lui et!-le Sphinx ou la Sphvnge constituant l’éfre dans l’être des écrivains.'Nous ne résolvions point l’énigme deProust de la même façon.Proust, sélon moi, était une femme follement éprise, jouant les séductrices, toutes languides, dont l’amant qu’elle confrontait en rêve plagiée à force d’être entrée dans le domaine public.Il revient à Réal Ouellet, professeur de bttérature à l’Université Laval, fondateur en 1968 de la revue Études littéraires, co-auteur d’un stimulant L'univers du roman (Puf), éclaireur du récit de voyages, d’avoir constaté le trou noir autour de Lahontan, qui n’a plus été réédité de 1741 jusqu’au début de notre siècle.Depuis plus de 15 ans, Réal Ouellet est l’âme et le directeur d’une édition critique des oeuvres complètes en deux volumes, publiée dans la « Bibliothèque du Nouveau Monde» (PUM).Parce que l’oeuvre de Lahontan est tellement rayonnante qu’elle englobe des domaines comme l’histoire, l’ethnologie, la botanique, etc.devenus des spécialités universitaires, Réal Ouellet a réuni une équipe multidisciplinaire pour mener a bien ce travail exigeant.Il a été particulièrement assisté d’un jeune historien, féru dans l’histoire de la Nouvelle France, Alain Beau-lieu.Plus qu’une présentation matérielle sans faille de l’oeuvre, minutieusement annotée, expliquée dans une Introduction de plus de 200 pages rutilante d’érudition, cette édition de Lahontan par un Québécois constitue un véritable acte de réparation.Elle rend justice enfin à une oeuvre conspuée et ostracisée par l’historiographie canadienne-française à cause de son anticléricalisme virulent.J’ai rencontré Réal Ouellet et Alain Beaulieu au Musée McCord.Quel meilleur lieu pour éveiller les mânes de Lahontan ?À trois, le dialogue s’est vite mué en tri-logue.D’emblée, Réal Ouellet qualifie son travail préparatoire de « long était le beau, le sur-mâle adorant : Bertrand de Salignac-Fénelon (alias Robert de Saint-Loup) auquel il faisait des scènes de jalousie homologuées (par des témoins) telles des victoires aériennes.Et Proust ne fut C.ilberte que tout jeune.Le plus clair de sa vie, il se partagea entre (Mette et la duchesse de Guermantes — celle-ci, amoureuse, au fond, d'un neveu de son âge, jouant les dures et les indifférentes à l’égard d’un demi-dieu de trop près son parent.Pit Odette lui donna sa fille — et se fit entretenir par son gendre (entretenir dans les diamants et rubis) comme une maîtresse impérieuse, c’est-à-dire tout charme, intrigues et manigances.Cela est la thèse même de Flora Camaraire, veuve de Charles Huguenin.Pille l’expose à chaque réunion de son cercle (d'Études et de Conférences) cherchant à y gagner les dames cercleuses, sans en convaincre beaucoup.( La raison que je sais : peu de ces dames ont lu À la Recherche du Temps Perdu; elles se fient aux exégètes officiels.) Mais, bon sang ! il y en a six mille ! 6000.(aux dernières nouvelles.On a écrit, depuis le relevé de ces chiffres, encore plus de thèses sur Proust.L’auteur moderne, la voyage initiatique ».« Replaçons-nous dans le contexte du temps.J’étais un des premiers professeurs québécois à enseigner régulièrement la littérature dans une université locale.Avant, à Laval, il fallait venir de l’étranger ou (de préférence) être chanoine.Et comme j’enseignais la littérature du 18ème siècle et que lahontan fut un précurseur très malmené par la pensée canadienne-française réactionnaire, le sujet m’a attiré.Mais au-delà de cette attirance anecdotique, j’ai vite découvert l’écrivain important, le penseur carrefour au début du 18ème siècle ».Pourquoi cette hostilité viscérale de toute l’historiographie canadienne française à l’égard de Lahontan ?Réal Ouellet constate d’abord avec étonnement à quel point Lahontan est absent de la toponymie qué-bécoise, alors que même nos voisins du Sud ont donné son nom à un de leurs barrages.« L’historiographie canadienne-française du 19ème siècle nait à la suite du dernier sursaut de liberté que constituent les Révoltes de 1837-38.À partir de ce moment, le clergé gagne un large pouvoir.Ce sont les clercs proches des prêtres qui écrivent l’histoire.Le regard ironique de Lahontan choquait ces clercs, puisqu’il critiquait le gouverneur Denon-ville, proche des Jésuites, tout en valorisant Frontenac, leur ennemi juré ».« Lahontan est un historien qui ne croit pas en l’histoire traditionnelle.Cette dernière est constituée de grands événements enchaînés les uns aux autres, mûs par les moteurs qu’en sont les grands hommes».Alain Beaulieu précise : « Lahontan montre les Français se faire battre MODERNITE, selon les universitaires littéraires patentés du monde entier, c’est Marcel Proust.La collection Bouquins-Laffont vous en offre la preuve).Mes Mémoires ?Encore un coup, jamais.Des souvenirs ?'D ès volontiers.Qu’est-ce qui les provoque à remonter des Eaux Troubles, eux, qui, au contraire des années, du corps, des amours, (et du reste) ne font jamais naufrage, mais demeurent, impérissables comme les joyaux des galions, les doublons des pirates, la Victoire (dont je ne sais si elle a une tôle mais qui n’a plus de tête) — de Samothrace, celle qui ne se transformera jamais en défaite ni en « une » à la Pyrrhus.Les souvenirs ainsi revenus à la surface de la Mémoire y sont rapportés par mille choses : un objet, une voix ou des yeux; très souvent par des photographies.Par exemple, la photo qui accompagne fréquemment mon carnet.Ce fut.Oh ! non : c’est moi, car vieillir c'est avoir tous les âges a écrit Jean Guitton.C’est bien moi : 28 ans, avec Mistigns II ; assise sur le pas d’une porte-fenêtre qui avoisine de face le lac DaumesnU, à l’entrée du Zoo de Vincennes.À Paris, donc, puisque, de Saint-Mandé où je me trouve, il n’y a que la rue à par les Iroquois.On n’en écrit pas tant dans les autres relations où l’expédition de Denonville (1787) est présentée comme glorieuse alors quelle fut un échec».Les deux pages sur les « filles du roi » présentées comme des « filles de joie » ont particulièrement provoqué l’ire du Canada français qui ne badinait pas avec la pureté angélique de sa race.« Il ne pouvait y avoir de « putains » chez les mères fondatrices de la race canadienne-française», précise Alain Beaulieu.Parmi les sujets passionnants abordés dans cette entrevue — les raisons de la brouille de Lahontan avec la France menant à son banis-sement à vie, sa rencontre avec lA'ibniz et la fascination de ce dernier pour ses idées — nous retiendrons surtout Lahontan comme cris-tallisateur du mythe du « bon sauvage ».L’image frontispice des Nouveaux voyages, reprise dans cette édition.franchir jusqu’à la Porte Dorée, le Musée des Colonies : Paris.Les éléphants barissent, de grands fauves feulent.Mon voisin est Amable Massis, ami de Marcel Dupré que j’appelais Parrain à sa demande.Sa femme était la soeur de madame llaardt dont le mari ingénieur a préparé et fait la Croisière Jaune d’André Citroën avec Teilhard de Chardin.Elle avait avec le père une correspondance haute comme ça.Teilhard a prophétisé le découpage du mode en petites nations — et dit pourquoi.Et notre voisine d’en haut, elle nous avait adoptés illico ; Germaine Tillion, ethnologue, chef du réseau du Musée de l’Homme, et donc chef de guerre avec le grade de commandant; Croix de guerre (etc.); Compagne (Compagnon (!)) de la Libération.Elle a écrit un chef-d’oeuvre impérissable ; Ravensbruck.Elle demeure Kouri pour ses soeurs et frères d’armes, Kouri pour nous aussi.À jamais.Elle adopta Misti qui mérite sa petite célébrité d’entre nous.Ainsi : une seule photo; et dix fois plus de souvenirs que je viens d’en évoquer.?SI MICHEL BRUNET les appelait les Canadians, et dénonçait leur haine à notre égard, si François-Albert Angers parlait de leur hargne et de leur haine et dit qu’elles montent à notre endroit, c’est pour signaler l'urgence (qu’il y avait aussi du vivant de Brunet) qui persiste de plus en plus, â nous affirmer ce que nous sommes.Angers le dit où un sauvage mué en « philosophe nu », arc et flèche en mains, foule des pieds le sceptre et le livre des lois, en dit long sur les intentions profondes de Lahontan.Comme l’a si bien vu Michelet, « c’est le vif coup d’archet qui 20 ans avant les Lettres persanes, ouvre le dix huitième ».« Lahontan n’a pas été l’inventeur du mythe du « bon sauvage » mais a cristallisé un certain nombre d’éléments déjà inscrits dans la sensibilité du temps, explique Réal Ouellet.Ce mythe émerge au 16ème siècle, on en trouve même déjà des éléments chez Colomb.Enfin, les missionnaires ont rassemblé un ensemble de trails physiques et moraux des Amérindiens pour faire la leçon aux Européens.Réunissez ces traits-là tout en faisant abstraction de leurs défauts, contrebalançés largement dans les écrits des missionnaires, vous parviendrez vite à une valorisation de l’Amérindien.Quand les missionnaires disent, « ces pauvres clairement partout où se regroupent les nationalistes.« Il est urgent dit-il que nous ytosions mieux notre volonté d'indépendance sur ses véritables bases pour forcer nos adversaires à reconnaître notre bon droit — au risque pour eux de perdre la face aux yeux du monde entier.» Les Nations unies reconnaissent les bons droits historiques.Les Français les premiers ont apporté la civilisation au Canada.Je ne suis pas seule, au contraire, à rappeler que des peuplades disparates vivant à l’Âge de pierre ne font PAS une civilisation.Des civilisations, il y en a eu en Amérique.Au Mexique, au Yucatan, au Guataméla, au Pérou, en Colombie.Le sieur Ovide Mercredi non plus qu’aucun de ses cousins d’ici ne sont des descendants de Montézuma.(Ancien orthographe).?LA CHAMBRE VERTE -Qu’irais-je faire en la mémoire de ma mère où mon présent n’existe guère ?En sa chambre au tapis vert chiné, qu’allai-je faire ?me blesser ?/ L’image d’une enfance noire et grise, le miroir me la jetait en plein visage, et toute chose portait pointe, même l’espoir./ D’un coq vert, rouge et doré me fait présent; me tend la fleur par la corolle tige devant./ Il est comme une impossibilité de dire.Il est comme un obstacle à vivre.Il n’est que bras fermés face au repentir.Il n’est d’yeux ni d’oreilles que les miens en cette chambre où je scrutais mon devenir./ Et la campagne sauvages sont plus charitables, il n’y a pas de chamaille chez eux, ils n’ont pas besoin de juges», ils critiquent aussi la société européenne.Dans la main des libertaires, ces traits deviennent une arme pour remettre en question les orthodoxies régnantes.» Arme à double tranchant.Chez Lahontan, l’Amérindien cesse d’être un animal instinctif pour devenir un être humain doué de raison.Il affirme ses « droits inhérents ».« Au lieu de s’indigner de ce que les Iroquois attaquent constamment la colonie, Lahontan s’interroge, commente Alain Beaulieu.Pourquoi les Français vont ils déranger les Iroquois chez eux ?».Le cri lancinant de l’Amérindien de Richard Desjardins l’autre samedi dans LE DEVOIR, Lahontan l’a fait entendre le premier.Écou tons-le et lisons Lahontan qui est à nous grâce à cette belle édition pour que le « chien de Français» ne tourne pas en « chien de Québécois ».étourdissante — colibris et frelons murmurant à la rose — imprègne encore l’enfant perplexe, qui, dans la chambre aux vertes épines./ attend, près de la sienne, une impalpable joue.( La Maison Chapleau, souvenirs.En préparation).?UNE PHOTO, un mot d’enfant, un voyage ramènent à la conscience un souvenir doux; un souvenir âpre.Parfois on préférerait que ce qui a une fois brisé le coeur n’ait pas eu lieu.Et l’artiste ne peut pas vivre avec ces choses qui la rendent indifférente — un état funeste pour l’âme, incompatibles avec le pouvoir de perception.Il vaut mieux avoir mal, le savoir et le dire.Il en nait un poème, une oeuvre, en tout cas.J’étais turbulente.J’avais fatigué, ennuyé ma mère.— Je ferai attention, maman; pardonne-moi ! — Tu m’énerves ! Tu es harassante ! Laisse-moi ! Et la petite fille laissée à sa réflexion devant un miroir ancien qui lui renvoie comme en surimpression le visage aimant d’une vieille dame, cette enfant de neuf ans se dit qu’un jour, elle écrira tout cela.Elle sait d’instinct que le chagrin doit être partagé tout autant que la joie, (les émotions sont des fruils qui parfois ont besoin de longuement mûrir avant d’atteindre — forme, couleur et goût — à la sensation par tous reconnaissable et assimilable.Se reconnaître dans un chant, un récit, c’est communier à ce qui existe : le travail de l’artiste est un acte religieux.[Andrée •«MAILLET ; Achoses écrites Carnet 38 CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIME D-4 ¦ Le Devoir, samedi 6 juin 1992 Disponible en kiosque ou sur abonnement: (514) 923-9381, 1-800-665-765J L’Anglais qui voulait écrire des romans Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies CHURCH GOING Philip Larkin Solin, 1991 IL ÉTAIT une fois un Anglais qui voulait écrire des romans.Il en publia un (Jill), puis un autre (A Girl in Winter).Il en commença même un troisième.Tout semblait en bonne voie quand survint la panne dont cet Anglais ne devait jamais se consoler.En cinq ans d’efforts, impossible de terminer le troisième roman ! Alors il se rabattit sur les poèmes, ou plutôt les laissa venir.Désencombré des projels de romans, l’horizon intérieur leur livra passage.L’Anglais écrivit beaucoup de poèmes, dont personne ne voulait.À la fin de sa vie seulement, on le reconnut, on le célébra.Puis il mourut.Du vivant de l’Anglais, plus de la moitié de ses poèmes étaient restés inédits.Après sa mort, on publia tout, et l’Angleterre s’en émut.C’est peu dire : elle en fut bouleversée.La seule année 1988 vit quatre réimpressions successives du livre.Eri 1989, deux autres, sans compter la reprise en collection de poche et l’édition américaine.Ce petit conte résume plus ou moins la destinée de Philip Larkin (1922 1985), poète indépendant, bibliothécaire de son métier, qui trouvait on ne peut plus nuisible la collusion entre la littérature, l’enseignement de la littérature, l’université et l’État.Donner dans cette collusion, disait il, lui aurait laissé la désagréable impression « d’aller et venir en faisant semblant d’être lui ».Voilà pour la vie.Pour ce qui est de la poésie, il écrivait : « Comme tout art, elle est inextricablement liée au fait de donner du plaisir, il a perdu la seule audience qui vaille ».Church going, édition bilingue, traduite et préfacée par Guy I-e Gaufey, présente 65 poèmes de Larkin et se termine par un entretien de l’Observer avec lui.Dans ces poèmes, une seule grande préoccupation : la perte sous toutes ses formes, que ce soit celle, tout extérieure, d’une affiche barbouillée, lacérée et remplacée, ou celle, profonde, de la névrose dans les esprits « raidis par la rouille », « comme des machines à sous n’acceptant que des pièces tordues ».Larkin disait à ce sujet : « La perte est pour moi ce que les jonquilles étaient pour Wordsworth ».Au nombre des pertes, il faut inclure celle du roman.Iæ ton des poèmes rappelle un peu celui de Laforgue.Infatigable, le diagnostic de défaite va partout, jusqu'à ce qu’il ne reste plus qu'à se tenir debout daas une église vide, muet, « creux, inculte », sans savoir ce qu’on y fait.C’est ce que montre Church going, le plus long poème du recueil.A lire Larkin, on se demande si tout ce qui meuble et occupe communément la vie a la moindre valeur, y compris les livres.Il écrit : Picole /1aïs livres sont un tas de merde II semble que personne n’ait pris au sérieux cette sentence, puisque, dit-on, • les vers de larkin sont la propriété commune de quiconque en Angleterre lit un tant soit peu », phénomène qu’on n’avait plus vu depuis Tennyson, c’est-à-dire depuis un siècle.lÆspoèmesde Larkin renvoient ils à I’epoquo une image d’elle même assez juste pour la tenir rivée devant le miroir ?Je m’explique surtout l’engouement qu’ils suscitent par l’effet d’une sensibilité désarmante, qui sonne vrai.Le poète cerne parfaitement les contours de ce qu'il évoque, si bien que chaque poème, au sujet bien délimité, a une personnalité unique.Larkin, lui, explique son succès par révocation du malheur, dans lequel il voit le loi de presque tout le monde.L’évocation du malheur n’exclut pas la variété.Elle laisse place à l’humour, à l’ironie, à des appels à la cordialité, à la compassion, a une tendresse discrète.Le poème qui suit montre que la poésie de Larkin n’est pas aussi unilatérale qu’il aimait le laisser entendre avec désinvolture : Ma mère, qui déteste les orages, / Soulève chaque jour d'été et le secoue / A vec méfiance, de pi‘ur que des e.ssaims / lie lourds nuages noirs ne restent menaçants; / Mais quand le temps d'août se gâte / Kl que viennent les pluies et la gelée cassante / Qui aiquise l'air abandonné[uir les oiseaux, / Son allure inquiète de l'été s’en va./ Et moi, son fils, quoique né en été / FA amoureux de l’été, cependant / Me sens mieux quand les feuilles sont fuirties; / Trop souvent les jours d'été ont l'air / D'emblèmes d'un bonheur pirfait /Auxquels je ne peux faire face; je dois attendre / Un temps moins assuré, moins riche, moins clair : / Un automne plus opportun.L’entretien qui termine le livre montre Larkin tourné vers ce qui compte : le poème lui-même.Quant aux divagations sur la poésie et sa genèse, qui occupent tout un pel il monde parasitaire et stérile, il lui suffisait de constater qu'un poème « vient ».Parfois, c'est instantané.Parfois, c’est l’affaire de longs mois.Voilà tout ce que l’expérience lui avait appris • le plais l'nies ivres —_—,———————- Le Devoir, samedi 6 juin 1992 ¦ D-5 twiJNI v» «4^ ,//w ' ^ * -! ' ‘ • .Enchanteur! Ï-H.* - ' V aRs^'-’Wffe ROBERT LAFFONT BOUQUINS Préve en prose, en vers et en couleurs dans La Pléiade.Conçu et réalisé spécialement à l’occasion de la Quinzaine de la Pléiade 1992, l’MumPtèvertms est gracieusement offert par votre libraire pour tout achat de trois volumes de la Pléiade.ATTENTION! LE TIRAGE DE L’ALBUM DE LA PLÉIADE EST LIMITÉ.Baisers ardents au clair de lune LE VIEUX QUI LISAIT DES ROMANS IVAMOUR Luis Sepulveda Traduit du Chilien François Maspero Éditions A.M.Métailié, 132 pages.Marie-Claire Girard LA GRANDE, littérature est une bénédiction trop rare, on devrait s’offrir ce luxe dès qu’il montre le bout de son nez et avec Le vieux qui lisait des romans d'amour on ne risque pas de se tromper; François Maspero, en traduisant le roman de Luis Sepulveda nous sert sur un plateau d’argent quelque chose unique, plein de sève, de vie et de tendresse et dont la tristesse retenue continue de nous hanter longtemps après que le livre soit refermé.C’est l’histoire du vieux, ami des indiens Shuars d’Amazonie, habitant un bled perdu sur les bords du grand fleuve; le vieux a appris à vivre et à chasser avec les indigènes et il sait respecter les créatures composant l’univers complexe de la forêt.Après avoir réalisé, à un âge assez avancé, qu’il savait lire, le vieux (qui n’en revient d’ailleurs pas) se prend d’un intérêt forcené pour les romans d’amour.Pour lui le plaisir de la lecture est indéfectiblement lié à des descriptions romantiques et à un sentimentalisme sirupeux où les protagonistes doivent souffrir terriblement avant de triompher de tous les obstacles pour enfin vivre leur grande passion.C’est le dentiste du patelin (qui d’ailleurs mériterait davantage le titre d’arracheur de dents) qui lui fournit des romans d’amour achetés lors de ses périples en ville, et le vieux n’a de cesse que de lire des paragraphes vantant les mérites des baisers ardents donnés au clair de lune dans une gondole à Ve- nise.Mais dans la jungle amazonienne, il n’y a pas que des romans d’amour : une femelle ocelot, dont un gringo a tué les petits et blessé le mâle, se venge en attaquant hommes et bêtes.Le vieux, qui connaît la forêt et les animaux comme personne, fera partie de l’expédition punitive en compagnie d’un groupe de villageois dirigés par un maire adipeux et suant méprisé de tous.Le vieux qui lisait des romans d'amour est un roman sur l’écologie, sur l’alphabétisme, sur la destruction de la forêt amazonienne, sur le pouvoir détenu par des idiots et sur l’opposition entre nature et culture, tous thèmes chers à notre monde moderne et occidental.Sauf qu’il n’y parait pas une seconde : sous le couvert de l’humour, de l’affection porté aux personnages, d’une observation fine et d’un humanisme songeur.Luis Sepulveda fait passer bien plus que toute la littérature pamphlétaire pro-en- vironnementale du monde entier.D’un monde où la violence et la sub-| tilité se côtoient constamment l’écri-! vain tire une morale de l’homme debout : alors que le vieux pourrait simplement être celui qui est débar-! qué dans ce monde par inadvertance, il fait au contraire figure d’emblème et devient le personnage | singulier et attachant qui refuse de j rêver en silence, partageant à la fois ses connaissances de la forêt vierge I et ses réflexions sur Venise qui semble être une ville bien étrange avec ; des rues où se promènent des es-; pèces de pirogues.Ce roman est un magnifique exemple du talent que peut manifester un écrivain intelligent, un écrivain I qui a su allier la vertu du rire et l’im-i pact de l’émotion avec une toute petite note de désespoir qui rend Le vieux qui lisait des romans d'amour I absolument inoubliable.Ennuyeux comme un bibelot SONATINE POUR UN PETIT CADAVRE i Marie Rouanet Climats, Castelnau-le-Lez, 1992, 77 pages Hervé Guay DU POLAR, Sonatine pour un petit cadavre de Marie Rouanet, n’a que le titre et un petit côté puzzle.Quant au reste, le ludique et l’action en sont évacués.Remplacés par des descriptions rigides qui se jouxtent les unes aux autres.Breloques et brocante se disputent ces pages, où la marchandise règne et ou même les personnages semblent de faïence.La poussière, l'usure, le passé régissent une famille pétrifiée dont les activités se répètent uniformes.Mère, soeur, frère, mari font partie du magasin d’antiquités dont ils dépendent.Jusqu'aux parties de leur corps qui deviennent une extension du lieu.« Son cou, ses oreilles, ses doigts, ses revers, ses poignets ne sont que des présentoirs.Tout est à vendre sur elle, même sa pochette brodée et quand l’affaire est faite, elle tend à l’acheteur un pendentif, un collier, encore tièdes.» En fait, les personnages se fondent tellement au décor qu’il est quasi-impossible de les en extraire.Si immobiles, mesquins, au milieu du marchandage environnant, qu’un mannequin soutiendrait leurs habits et leur histoire avec la même vraisemblance.Quand les larmes surviennent, inopinées, à cause du cadavre, ce pourrait être indifféremment quelques gouttes de pluie qui tombent dans une carafe tant ceci et cela s’égalent dans cet univers de bibelots.Le détail a beau faire figurer précisément j chaque accessoire, il ne s’y rattache j qu’un prix, impersonnel, c’est peine perdue, trop peu, trop tard.Cette famille provençale, moins différenciée que les nombreux brimborions près desquels elle vit, laisse indifférent, ennuie à ce compte.A quoi bon énumérer et détailler tant { d’objets — étrangers même à ceux qu’ils entourent — quand nul d’entre eux, de près ou de loin, ne suscite le j moindre émoi.Pourquoi s’attarder.[ donc, à un décor poussiéreux où cha-j que chose est usée avant terme, prête à enterrer.La mort arrive ici en terrain connu.Il n’est pas surprenant que sa répercussion soit limitée.Et pour coiffer ce récit où.volon-j tairement, « il ne se passe rien », il fallait en outre une finale d’occasion.A savoir une voiture d’enfant déglinguée « à l’arrêt comme une barque morte».Marie Rouanet fuit l’action et épie l’ordinaire en vain.Elle n’en Bouquins.leurs prix aussi! Tout sur le Graal et la Table ronde en un seul «Bouquins» léger, souple et solide.Autres titres de LA COLLECTION LITTÉRATURE: • Émile Zola • Alexandre Dumas • L ovecraft • Paul Verlaine • Mille et eent ans de poésie française saisit que le commun tandis qu’erra-tique, son petit monde se referme ’ sur lui-même.J'aime les LA LEGENDE AgTHURlENNE WJ Q y y w ùj 3 5 m I 280 pages 24.95 $ LIBRAIRIE HERMES „9h.22h 362 jours par annee 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 • h’plu i sir des ivres Amoureuses flammes Lisette ¦MORIN A æ feuilleton dialogues du désir Pascal Lainé Paris 1992, Robert Laffont, 280 pages POUR, JE LE CRAINS, un grand nombre de lecteurs et un plus grand nombre encore de cinéphiles, Pascal Lainé est l’auteur d’un roman qui s’appelle La Dentellière et Claude Goretta, le réalisateur suisse du film du même nom, tourné en 1977.Pour qui a le goût, ou l’obligation professionnelle, de suivre plus attentivement la production romanesque et cinématographique, Lainé et Goretta sont des complices fort efficaces : ils ont récidivé, en 1980, avec La Provinciale et s’apprêtent à nous offrir bientôt Diner d'adieu, le romancier et le cinéaste ne se lassant pas, comme l’écrivait récemment (le magazine Lire, mai 1992) Claude Goretta, de « poser de l’ombre sur la pellicule » ou, comme Lainé, « sur le papier ».Oublions les üvres qui deviennent des films pour reconnaître l’extrême diversité de l’oeuvre de Pascal Lainé.Au Dictionnaire de Jérôme Garcin, récusant l’opinion de la critique qui croit ne voir en lui qu’un romancier « spécifiquement français, illustrant la veine réaliste, voire sociale et didactique du roman populiste », cet écrivain, né en 1924, préfère s’affirmer comme « la réincarnation de Robert Musil (mort la même année) en s’employant à poursuivre l’oeuvre commencée au début du siècle ».Lainé croit même poursuivre la carrière de l’élève Tdrless, devenant professeur dans L'Irrévolution (1971).Comme on ne peut pas tout lire, tant s’en faut, de la presque vingtaine d’ouvrages de ce prolifique romancier, je n’ai de souvenirs persistants, depuis B.comme Barabbas, L'Irrévolution, La Dentellière, que Jeanne du bon plaisir ou les Hasards de la fidélité (1984) et Les relites égarées ( 1988).J’en veux même un peu à Pascal Lainé de ne pas encore nous avoir donné la suite de ces « petites égarées », après nous l’avoir néanmoins annoncé.Mais j'allais i oublier cet essai autobiographique, rempli de charmeuse nostalgie, dans ; la collection Le Chemin, de chez ’ Gallimard (1978), intitulé Si on [ partait, et du début du chapitre 3, qui i commence ainsi : « Longtemps je me suis levé de bonne heure.L’Ecole i communale était à trois sections de l’autobus no 43 de chez nous et ma mère ne voulait pas que j’aille si loin j tout seul ».Ce n’est pas une si tendre enfance, le retour au chemin des écoliers, qui | nourrit le dernier roman de Lainé : Dialogues du désir.Le vert paradis, ici, s’est un peu fané, et, se retrouvant pour des vacances de ressourcement dans un village du nord de la Pologne, les trois artistes j parisiens sont au mitan de la vie.Ce ! qu’ils se racontent, par la voix d’un seul narrateur qui laisse néanmoins s’exprimer les deux autres par la grâce des guillemets, a trait à leurs ! premières amours que viendront « actualiser » deux flambées de passion pour le peintre Ronsac, et pour le narrateur lui-même, qui j pourrait fort ressembler à Goretta, puisqu’il est metteur en scène.1 ,a petite Polonaise, prénommée Renia, Pascal Lainé servira de modèle sans pourtant devenir une émème conquête du tombeur que fut ce vieux galopin.Quant à Gaby, l’écrivain qui a choisi cette maison et ce pauvre village, on ne saura qu'à la fin la raison profonde de ce choix.Qu’il faut bien se garder de vous révéler, le roman de Lamé étant malgré tout fertile en rebondissements et en épisodes divers, tous reliés aux amours et aux troubles amoureux des trois anus Lainé, qui sait y faire, a même glissé dans une histoire, qui pourrait être plutôt fleur bleue, un interlude ! brûlant, entre le narrateur et une ! « châtelaine » tout ce qu’il y a de plus torride, autrefois respectueuse qui ; aura profité de son mari, sorte de policier et d’indicateur très | « possible » en régime communiste, pour accumuler dans ce palais délabré d’innombrables possessions mobilières et vestimentaires Autre idylle tout à fait amusante l’infirmière de la maison de retraite, prénommée Tatiana, qui s’ennuiera un peu moins d’avoir rencontré.— il j y a longtemps, un jeune Français en | séjour d’apprentissage chez les I jeunes communistes.Ces trois Français, en Pologne i redevenue libre, mais encore mal 1 dégagée du carcan communiste, se j racontent l’histoire de leur premier ! baiser en palabrant longuement.( >n se croirait dans un fini de Rohmer, s’il n’y avait — pour alimenter les conversations — un curé alcoolo, le père Adas, qui discourt à sa façon sur l’( Undent pervers.« Ce monde-ci n’est pas plus vrai que l’autre ! s'indigne le vieil homme.Vos Disneyland et leurs créatures de carton pâte ou vos filles à poil ne sont pas plus réels qu’autrefois le défile des travailleurs sur la place Rouge ' » \ quoi, en fin de compte, aura sen i ce séjour en terre lointaine et misérable pour les trois amis ?« ( "est dans un étrange pays, en vérité, se dit le narrateur, que Gaby nous a fait venir Dieu doit s’y être retiré comme nous pour réfléchir à la Création, et de temps à autre on voit (iti’il a corrigé dans la nuit son ; oeuvre.» Dialoguesdu désir se lit sans ennui, et même avec suffisamment d’intérêt pour ne pasquitter ce trio de Français prolixes avant la dernière page.Rest indiscutable que Pascal Lainé a suivi le conseil que lpj donnait sa mère : « Si tu n’apprends , pas à écrire, tu cassera des cailloux au bord des routes.» II écrit donc fort bien, mais quelquefois un peu trop longuement.Un retour à la presque sécheresse de La Dentellière me semble indiqué. D-6 ¦ Le Devoir, samedi 6 juin 1992 le plaisir des ivres Ce que parler veut dire Robert SALETTI Essais Québécois LA PAROLE EN PUBLIC (Savoir être, savoir faire), Sous la direction de Jacques Vermette et Richard Cloutier, Presses de l’Université Laval, 203 p.QU’ONT EN COMMUN le politicien, le professeur, le lecteur de nouvelles et le comédien ?Ils font de la parole en public un métier et, parfois, un art.Et ce n’est pas si facile.Des sondages font état de ce que la peur de parler en public, chez beaucoup de gens, devance la peur de la maladie ou celle des difficultés financières par exemple.Qui d’entre nous, en effet, ne se souvient des affres des premiers exposés à l’école, quand le trac nous tenaillait, que nous ne dormions pas, et que nous fixions l'horloge en débitant un texte bêtement appris par coeur ?Combien de fois avons-nous prié pour que l’instituteur ne nous MON MONTRÉAL À MOI La Corporation des Célébrations du 350* anniversaire de Montréal et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois vous invitent à participer au concours “Mon Montréal à moi”.30 ouvrages rendant hommage à Montréal ont été sélectionnés dans différentes catégories par un jury formé à cet effet.Ces 30 ouvrages, dont six seront primés par le jury, constituent la PETITE BIBLIOTHEQUE DU PARFAIT MONTREALAIS".Un septième ouvrage sera primé par le public.Nous vous invitons donc à voter pour le livre de la “PETITE BIBLIOTHEQUE” que vous préférez.Le titre qui recueillera le plus de voix s'ajoutera aux six ouvrages couronnés par un prix et pour lesquels les auteurs recevront une bourse de 2,000$ lors de la cérémonie officielle de remise des prix en septembre 1992.En votant, courez la chance de remporter le premier prix offert par LE DEVOIR, soit “LA PETITE BIBLIOTHEQUE DU PARFAIT MONTREALAIS", constituée par les 30 ouvrages sélectionnés par le jury ou l'un des 20 lots des sept livres primés.Les noms des gagnants seront tirés au sort en septembre au moment de la remise des prix.Les coupons de participation seront publiés dans Le Devoir, les lundi, mercredi et samedi.FICTION (PROSE, POÉSIE ET THEATRE Le» Belles-Soeur» Michel Tremblay, leméac Éditeur Bonheur d’occasion Gabrielle Roy, les éditions internationales Alain Stanké Une certaine fin de siècle Claude Beausoleil, Éditions du Noroît/Castor Astral Ces spectres agités Louis Hamelin, XYZ éditeur Les Fridolinades (tome 1 ) Gratien Gèlinas, les Quinze, éditeur La grosse femme d'à côté est enceinte Michel Tremblay, leméac Éditeur La Jument des Mongols Jean Basile, Éditions de l'Hexagone Maryse Francine Noel, VLB Éditeur Le Matou Yves Beauchemin, Éditions Québec/Amérique Le Nez qui voque Ré|ean Ducharme, Éditions Gallimard La petite patrie Claude Jasmin, Éditions La Presse The Apprenticeship of Duddy Kravitz Mordecai Richier, McClelland & Stewart The Other Language: English Poetry of Montreal Anthologie présentée par Endre Farfcas The Muses Co./la compagnie des muses Two Solitudes Hugh MacLennan, Macmillan of Canada Zone, Marcel Dubé, leméac Éditeur LITTÉRATURE JEUNESSE Ahl belle citél/A beautiful city Stéphane Poulin, les Livres Toundra Alfred dans le métro Cécile Gagnon, les Éditions Héritage Les catastrophes de Rosalie Ginette Anfousse, les éditions de la courte échelle Un serrurier en Nouvelle-France Danielle Pigeon et Héléne Charlebois-Dumais, Éditions du Méridien Le visiteur du soir Robert Souliéres, Éditions Pierre Tisseyre ESSAI, OUVRAGE HISTORIQUE ET ALBUM D'ART ET DE PHOTOS L’architecture de Montréal Sous la direction de Raymonde Gauthier Éditions libre Expression/ Ordre des architectes du Québec Guide des styles et des bâtiments: l'architecture de Montréal François Robillard et Brian Merrett, Éditions du Méridien Histoire de Montréal dapuis la confédération Paul-André Linteau Éditions du Boréal Maria Gérin-La(oie, de mère en fille, la cause des femmes Hélène Pelletier-Baillargeon, Éditions du Boréal Montréal Michael Drummond et Michel Tremblay, Éditions Hurtubise HMH Montréal an pros# Anthologie présentée par Nathalie Fredette, Éditons de C Hexagone Montréal, esquisse de géographie urbaine Rooul Blanchard, /IB Éditeur Montréal, son histoire, son architecture (tome 1) Guy Pinard, Éditions la Presse cMontréal, une esquisse du futur Jaan-Claude Marsan, I Q R C Promenades littéraires dans Montréal Monique La Ru* et Jean-François Chassay, Éditions Québec / Amérique L’ouvrage que je préfère parmi les 30 titres de la La petite bibliothèque est le suivant: Titre: Auteur: Éditeur: Voici mes coordonnées: Nom: Adresse: Ville: Code postal: Téléphone: Vous pouvez dépoter votre coupon do participation dont l'uno dot bibliothèques ou librairies ci-dessous ou la poster directement a l'Union dos écrivaines et écrivains québécois, C.P.96, Succursale C, Montréal, (Québec) HÎL 4J7.SibMrie C.G.C., bibliothèque Centrale, liblMbéque Frontenoc, bibliothèque Georjes-Vonler, bibliothèque Maisonneuve, bibliothèque Marie-Upuay, bibliothèque Mercier, bibliothèque Nationale du Québec, bibliothèque Ploteou Mont-Royal, librairie Agence du livre, Librairie Champigny, librairies Demon (Duvemay, floury, Complexe Desjardins), librairies Demon, librairie du Squore, Librairie Flammarion (Laurier), librairie flommorion (Angrignon), librairie Gallimard, Librairie Hermès, Librairie laffln, librairie tenoud-bray, Librairie Zone libre.UNION des écrivaine* et écrivain* québécois *• LE DEVOIR 3 5 0 A N S MONTRÉAL fête interroge pas, préférant le silence de l’ignorance à l’intransigeance du jugement ?Car tout est là, prendre la parole en public, c’est s’exposer à être juger, c’est découvrir ce que nous pensons que les autres pensent de nous.Codirecteur de publication avec Jacques Vermette de La parole en public, le psychologue Richard Cloutier a un nom pour décrire ce qui est en cause dans ce conflit de perceptions : l’identité sociale personnelle.La façon dont nous croyons être perçu et évalué par les autres est, selon Cloutier, a la base d’une « anxiété sociale » dont le trac et la timidité représentent la forme la plus visible.Vous sentez-vous fiévreux avant de passer une entrevue pour un emploi ?Devenez-vous maladroit quand vous savez que vous êtes filmé ?Perdez-vous vos moyens habituels si une personne du sexe opposé vous aborde par surprise ?Préférez-vous arriver tôt dans un party de manière à rencontrer les gens un à un ?Si vous avez répondu oui, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.La bonne, c’est que vous n’etes pas insensible aux autres.La mauvaise, c’est que vous ne réagissez pas aussi positivement que vous le pourriez.Alors peut-être connaissez-vous mal les enjeux personnels et situationnels dont votre image publique est l’objet ?C’est une maigre consolation, mais vous n’êtes pas seul.L’anxiété sociale étant le malaise que nous éprouvons lorsque nous croyons que notre image n’est pas celle que nous souhaitions projeter, nous mesurons l’importance de l’exercice de la parole publique pour un peuple qui se cherche.Si l’on se fie a ce que l'on entend à la radio et à la télévision, il y a de quoi être anxieux.Sans même s’arrêter aux élucubrations verbales de nos commentateurs sportifs — pour qui la glace est en bonne condition physique ou le vent, ce soir-là, immobile —, il n'y a qu’à écouter les journalistes des informations générales (à Radio-Canada comme ailleurs) quand ils doivent improviser pour se rendre compte combien l'art oratoire est en voie d’extinction.L’un des éléments qui ressortent le plus de ce recueil sur la parole en public où interviennent des spécialistes aussi différents qu’un phoniatre, un pharmacologue, un linguiste, des communicateurs et des conseillers en orientation, est justement le fait que l’art oratoire n’est pas qu’une question de connaissance de la langue.L’expression doit obéir aux circonstances bien sûr mais également à une sorte de nécessité intérieure.Il faut jusqu’à un certain point, comme le dit si joliment Denis Pelletier, « laisser le dire se faire », le locuteur devenant en quelque sorte un beu de passage par où le contenu de son discours trouve sa voix : « c’est en ce sens que la présence d’un autre nous met en état de révéler davantage à nous-mêmes ce que nous pensons intimement ».C’est le genre de grâce que l’on souhaite à nos politiciens.Au-delà des trucs et exercices proposés qui donnent au recueil un petit côté didactique parfois agaçant, La parole en public propose donc, comme son sous-titre l’indique, une philosophie du savoir-être et du iZi mxifSM lUMVtKMUMi savoir-faire.La parole, surtout sociale, n’est pas autonome.Comme l’avait remarqué le sociologue américain Erving Goffman, il ne faut pas perdre de vue que les locuteurs publics nous viennent équipés de corps, et que les corps peuvent parfois produire des effets perturbants sans rapport (apparent du moins) avec le courant du discours.Que le locuteur puisse en tirer profit pour donner à son intervention davantage de cohérence et de rythme (au sens musical), voilà le secret de l’art oratoire et d’une meilleure connaissance de soi.Amérique, quel nom étrange ! AMERIGO Récit d’une erreur historique Stefan Zweig traduit de l’allemand par Dominique Autrand Éditions Belfond, 1992, 91 p.Diane-Monique Daviau « QUEL HOMME a donné son nom à l’Amérique ?À cette question, le premier écolier venu répondra d’une voix ferme, sans avoir à réfléchir : Amerigo Vespucci.En revanche, même les adultes se montreront hésitants et perplexes si on leur pose la seconde question, à savoir : pourquoi a-t-on utilisé, pour baptiser cette partie du monde, le prénom d’Amerigo Vespucci ?Parce que Vespucci a découvert l’Amérique ?» Ainsi commence Amerigo de Stefan Zweig, récit d’une erreur historique qui allait, pour ainsi dire, changer la face du monde.Écrit en 1941 et publié en Allemagne en 1944 après la mort de Zweig, ce petit récit se ht d’un trait mais demande tout de même une bonne dose de concentra- Stefan Zweig AMERIGO R£C1T DUNL UtRLUR HISîOKIQUF Ibetfondl -.x tion, car c’est un enchevêtrement de hasards, d’erreurs et de malentendus que Zweig recrée pour nous, en démêlant un à un les fils de l’écheveau pour conduire son récit un peu à la manière d’une enquête policière.Pourquoi ce continent découvert par Christophe Colomb a-t-il été nommé d’après Amerigo Vespucci, qui n’a en rien contribué à cette magistrale découverte ni jamais revendiqué ce privilège ?Partons de ceci : si Colomb a découvert l’Amérique mais ne l’a pas reconnue, Vespucci, lui, bien qu’il ne l’ait pas découverte, l’a le premier identifiée pour ce qu’elle était : un tout nouveau continent, un « Nouveau Monde » et non pas ces Indes que Colomb prétendait/croyait avoir atteintes.Pour relater ses quatre voyages, Vespucci rédige 32 pages.Ce genre de récits de voyages étant très prisé, il devient courant que des imprimeurs astucieux réunissent en de petits volumes tous les récits qui leur tombent sous la patte.En 1507, un imprimeur de Vicence édite une petite anthologie regroupant les expéditions portugaises de Cadamosto, Vasco de Gama, Cabrai, les trois premiers voyages de Colomb et le Mun-dusnovusüe Vespucci.Premier acte de la grande comédie des méprises.Car le titre que choisit l’imprimeur, « Nouveau monde et terres récemment découvertes par le Florentin Alberico (sic ! ) Vespucci », est très ambigu et incite à croire que Vespucci n’a pas simplement donné le nom de « Nouveau Monde » à ces terres où avait accosté Colomb mais qu’il les a lui-même découvertes.Cette erreur n’aurait peut-être pas suffi à faire de Vespucci le parrain de l’Amérique, n’eut élé l’initiative à la fois naïve et audacieuse d’un petit géographe de Saint-Dié qui nommera le continent en faisant d’Amerigo Vespucci l’usurpateur des mérites d'un autre.Mais il y aura également un troisième acte, et puis un quatrième, et, comme le souligne Zweig, « lous ceux qui, avec les meilleures intentions du monde, ont touché au problème Vespucci » dans le but de démêler l’écheveau et de rendre à Colomb ce qui appartenait à Colomb n’ont fait que « provoquer un nouveau noeud qui le rendait encore plus inextricable».Mais je laisserai aux curieux le plaisir de découvrir les dessous de cette fabuleuse énigme.Si en cette époque de célébrations et de chapeaux levés à tous nos découvreurs et fondateurs, vous avez envie de savoir pourquoi l’Amérique ne s’appelle pas Colombie, le petit récit de Stefan Zweig répondra à toutes vos questions.Berlin après le mur DERNIÈRE DANSE SUR LE MUR Robert Darnton, Berlin, 1989-1990 Paris, Éditions Odile Jacob Marcel Fournier TOUT SEMBLE rentré dans l’ordre.Des élections ont été organisées, les deux Allemagnes ont été réunifiées, les Mercedes ont remplacé les Trahis, le Mur a été démoli.Tout cela s’est passé si rapidement.On oublie déjà qu’une Révolution a eu lieu en Allemagne de l’Est.Historien de réputation internationale et professeur à l’Université Princeton, Robert Darnton était à Berlin en 1989-1990; il s’est transformé en journaliste, pour ne pas dire en ethnographe, et a observe en direct le déroulement des évéve-ments historiques : les manifestations à Liepsig et à Berlin, les réfugiés à l’Ambassade de Prague, la chute du Mur le 9 novembre 1989, le sac des locaux de la Stasi, etc.Pour le chercheur qui, comme plusieurs Américains, avait toujours considéré les Allemands avec peur et haine, ce fut le choc : « La révolution tranquille de 1989 a fait plus que libérer les Allemands des derniers vestiges de plus d’un demi-siècle d’un régime dictatorial.Elle nous a libéré de ce que nous pensions d’eux» (p.21).Un tel ouvrage aurait pu n’être qu'une chronologie des événements en 1989 et 1990.Darnton est certes soucieux de bien présenter les principaux faits, mais il veut aussi comprendre comment fonctionnai! l’ancien système.État policier, censure — et surtout comment les gens ont vécu les changements.Tout l’intéresse : les conditions de vie de ses collègues universitaires, le système de troc mis en place par des mécaniciens, les histoires amusantes que l’on se raconte dans les pubs sur les Trahi, la campagne électorale dans un village, etc.Darnton laisse voir que rien n’était simple dans ce monde étrange situé de l’autre côté du Mur; il montre aussi toutes les différences qui séparaient les cultures politiques et les visions du monde (conception du travail, de l’argent) des deux Allemagnes.Lui-même surpris qu’en un an autant de changements aient pu se produire, que l’union des deux pays se soit faite sans trop de heurts, il n’hésite pas à rendre un hommage « à l’esprit d’invention infini de gens ordinaires dans des situations extraordinaires » (p.274.Comme il l’a démontré dans ses écrits même les plus savants, Darnton a l’art du récit : son ouvrage relève tout à la fois du documentaire, du témoignage et du roman.Il n’a pas voulu faire oeuvre d'historien, mais il laisse à ceux qui voudront écrire l’histoire un document d'une grande qualité et d’une grande sensibilité.Loin du monde i?ANDRE GIRARD ERMITES DANS LA TAÏGA Vassili Peskov Traduit du russe par Yves Gauthier Arles, Actes Sud, coll.Terres d’aventure, 1992, 240 p.DANS la taïga, la neige arrive en septembre et tient jusqu’au début de juin.Agafia y est née dans les années 40; elle y vit toujours, dernière de la lignée d’une famille de vieux-croyants.À l’origine des déplacements de la famille Lykov, toujours plus en amont sur la rivière Abakan, toujours plus au coeur de la Sibérie, une histoire vieille de trois siècles : le schisme résultant des réformes de l’Église mises en oeuvre par le tsar Alexis et le patriarche Nikon, en 1653.« À ce nom, ils crachent et se signent de deux doigts.» Le reniement de ces « antéchrists à visage humain » signifiait « le refus du tsar, des lois gouvernementales, de l’argent, du service militaire, des passeports et de tous les papiers officiels»; toutes choses dites séculières, par opposition à la vie religieuse, à la vie d’ermite.Et, chaque nouvelle rumeur d’un recensement prochain signifiait un nouveau départ; il fallait vivre sans contact avec le monde, à l’abri du siècle ».L’isba des Lykov figurait toutefois, en 1945, sur les cartes des géologues et des topographes; par la suite, ils vécurent retranchés de tous regards.« Ils font le feu au silex.Ils s’éclairent avec des mèches de bois.Nu-pieds l’été, chaussés d’écorces de bouleau l’hiver.» En février 1982, grâce à une note de service et au rapport d’une expédition de géologues, Vassili Peskov est informé de l’existence des Lykov.Journaliste à la Komsomolskaïa Pravda, il décide de les rencontrer, intrigué par ce qu’on lui décrit comme étant un mélange de préhistoire et de Russie d’avant Pierre le Grand.Jusqu’en 1991, il les visitera une fois l’an; la somme de ces rencontres, de ces échanges, est consignée dans son recueil Ermites dans la taïga.D’une survie dans un contexte presque primitif, le quotidien est fait d’un mélange de prières, de lecture des livres d'Église et d’une lutte véritable pour une maigre survie.L’envoûtement de ce recueil tient à l’évocation saisonnière de celle-ci : les semences, les récoltes et ce que le corps endure.Chaque nouvelle rencontre de Vassili Peskov et des Lykov commence irrémédiablement ainsi.Ensuite, sont mentionnés les événements, « aussi espacés en cette contrée que les pins rabougris qui poussaient sur les marécages » : disette de 1961, mort de la mère, construction d’une nouvelle cabane, entrée en service des bottes de cuir; enfin, « le jour de panique où l’on perdit le décompte du temps ».Car, il faut chaque matin déterminer « quel jour vivons-nous », et ce, suivant le calendrier byzantin d’avant Pierre le Grand.Les reportages publiés par Vassili Peskov éveillèrent un certain intérêt, des membres de la famille des Lykov se sont manifestés.Parce qu’elle ne connaissait le siècle qu'au travers des récits de ses aînés, Agafia surmontera les refus de son père et répondra à l’invitation de ses proches parents (« Je veux voir comment vivent les hommes.»).À la mort du père, elle tentera de vivre parmi des religieuses (.< Elis n’ont de soucis que pour le corps éphémère, mais pas une pensée pour le salut de l’âme.»).Mais, tout comme chez les membres de sa famille, des manquements à la foi et des mésententes quant à la fermeté des principes religieux la poussent à rentrer dans son ermitage, ne cherchant pas à fuir une solitude; elle ne le peut ni ne le veut.L’ETE 1992 EST ENFIN ARRIVÉ! RÉSERVATIONS PUBLICITAIRES 842-9645 Dates de tombée le 9-16 juin 1992 • le plaisir des mes Le Plaisir des Livres se prépare à prendre la route des vacances.Joignez-vous à nous pour offrir à nos lecteurs un peu de rêve et d’aventure.Le 13 juin, nos collaborateurs feront leurs suggestions de lectures d’été.Le 20 juin, ce sera au tour des libraires, d’auteurs et d’autres passionnés de littérature.PARUTIONS le 13 et 20 juin DANS LE DEVOIR
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.