Le devoir, 12 septembre 1992, Cahier C
• le plaisir des ivres 3635 rue Saint-Denis, angle Cherrier 843-4308 Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 ZOOM sur la rentrée i3 l.'C rS> /¦> MK?’Y U jt'lKJl» O Vf Lûf-V .V- i.sail ’fff >/• t-f 'p-f If ?» • -^r=r—|, !*•.••• •/ ./ -< ;¦ '.JT Stéphane Balllargeon AUTOMNE : saison où les feuilles se ramassent à la pelle.Cette année, les_ éditeurs ont dévasté des bouts de forêt pour une rentrée littéraire plutôt sage, prévisible même, à une ou deux exceptions près, ici comme ailleurs.Côté contenant, les grands éditeurs québécois (Boréal, Québec-Amérique, Hexagone et VLB) annoncent une fournée à peine moins fournie que l’année dernière.Côté contenu, le merveilleux monde de l’édition est toujours aussi fort en thèmes : après le bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’année Mozart en 1991, le voyage de Colomb et la fondation de Montréal cette année, la crise politico-constitutionnelle offre maintenant un prétexte tout trouvé pour justifier un déluge de parutions, souvent jusqu’à plus soif.Pierre Bourgeault, grand zélateur de la cause nationaliste, signe un pamphlet de plus intitulé Legrand Bluff (VLB), et en novembre, un premier roman.Le Départ de Jérôme suivi d’un recueil de maximes (Stanké).Gaston Miron et Andrée Ferretti proposent une anthologie, Les Grands textes indépendantistes (Hexagone).Juste avant le référendum pan-canadien, Boréal fera paraître La Rupture tranquille de Christian Dufour et La souveraineté nationale est-elle une notion dépassée ?de la péquiste Anne Legaré.Chez VLB, on aura droit à une Histoire du nationalisme québécois et à un Bilan du fédéralisme.On annonce aussi Écrits et entretiens I — Parti pris pour un Québec, une collection de textes du député-poète Gérald Godin, une biographie de son chef Jacques Parizeau (Les Éditions de l’Homme) par Laurence Richard et un témoignage-fiction de Lorraine Lagacé sur le cas Claude Morin dans Stratège (Stanké).On observe aussi une prédilection pour les thèmes de l’identité, voire des racines personnelles et collectives.Chez Boréal la question frise l’obsession.Réjane Bougé, animatrice au FM de Radio-Canada y signe L’Amour cannibale une histoire d’enfance.Lise Bissonnette, une autre journaliste, a déjà lancé son premier roman Marie suivait l'été, l’histoire d’une femme de 20 ans, en Abitibi.Dans Des mondes peu habités, Pierre Nepveu, parle de la réunion d’un père et de sa fille, après vingt ans de séparation et dans Le figuier Enchanté, Marco Micône propose une réflexion sur la douleur de l’immigration.Chez VLB, en novembre, Danv Laferrière passe' de l’enfance à l’adolescence et de L’Odeur du café au Goût des jeunes filles.Mentionnons encore, un récit autobiographique de Claude Jasmin, Comme un fou (Hexagone) et le quatrième tome de Ma vie comme rivière de Simonne Monet-Chartrand (Remue-Ménage).La rentrée de l’automne vit aussi des derniers soubresauts de 1642.On a déjà droit à Montréal est une ville de poèmes vous savez (Hexagone), une anthologie de 110 textes colligés par Claude Beausoleil.On lancera bientôt Montréal imaginaire (Vides), sous la direction de Pierre Nepveu et Gilles Marcotte et des Nouvelles de Montréal (Hexagone), un recueil signé par Jean-François Chassay, André Major et plusieurs autres.Les conséquences de la découverte de l’Amérique et de ses autochtones marquent encore davantage.Guanahani (Boréal), le second roman de Louis Lefebvre, parle d’un Amérindien traîné dans l’Espagne de Ferdinand et d’Isabelle, au temps de Christophe Colomb.Louis Hamelin, auteur de Ces spectres agités, arrive avec Cow-boy (X YZ), un des titres les plus attendus, l’histoire d’un Indien assassiné.Dans L’eau Blanche (Québec-Amérique 1 de Noël Audet, un autre cowboy, ingénieur de son metier, enquiquine les Cris avec son projet de harnacher une rivière.Le même éditeur publie Le Retour de Sawinne, de Roger Fournier, réalisateur de la bande des six, qui transpose l’histoire d’Oedipe chez les Amérindiens.En novembre, L’Indien Généreux (Boréal), rappellera ce que le monde doit aux Amériques.L’Hexagone rééditera même Des Sauvages de Samuel de Champlain.L’Amérique rouge, depuis l’été Indien, ne cesse d’etre à la mode.Et puis un tas d’inclassables, naturellement.Deux biographies, celle d’une femme exceptionnelle, Judith Jasmin (Boréal) de Colette Beauchamp, et celle d’un homme d’action, « Ti-Louis » Laberge, ancien président de la FTQ, par Louis Fournier, Le syndicalisme, c’est l'histoire de ma vie.Des recueils de poésie à l’Hexagone, Le dernier nom de la terre, du prolifique Gilbert Langevin, Commencements de Fernand Ouellette, et Le Phénix de neige, de Michel Garneau, poète silencieux Voir page D-4 : Zoom 'I ?:;*.£*** -, w ¦ ww'.", ~ : t> ¦ PHOTO JACQUES NADEAU Antonine Maillet ANTONINE MAILLET Lettre d’une religieuse acadienne Véronique Robert Excusez le désordre », prévient Antonine Maillet en faisant passer au salon la journaliste mère de famille qui, justement, s’extasiait intérieurement sur l’ordre et la beauté des lieux.« Je n’ai pas eu le temps de souffler depuis mon retour ! » Retour d’Acadie, bien sûr, où Antonine Maillet passe tous ses étés.Habituellement, elle s’y repose ; dans son « phare », la belle maison toute blanche qu’elle a fait construire au bord de la mer en 1976.Elle l’appelle son « phare » à cause de la partie centrale vitrée et surélevée ou elle n’a qu’à lever les yeux de sa table de travail pour apercevoir l’horizon au bout de la mer.Mais cet été, en Acadie non plus elle n’a pas beaucoup soufflé.Il y a d’abord eu l’inauguration du Pays de la Sagouine.« Un projet touristique devenu un projet culturel », dit-elle, précisant que cela n’a rien à voir avec le Village acadien de Caraquet, qui est une reconstitution historique.« Ici, on a bâti au contraire l’univers imaginaire de la Sagouine ».Dans une île déserte de la baie de Bouctou-che, l’architecte Elide Albert — l’auteur de son « phare » — a construit la maison de la Sagouine (d’où l’on voit la maison natale de l’écrivain), le hangar de Gapi, la maison de la sainte, le phare.Tout y est.Des animateurs y présentent les personnages, et Viola Léger, fidèle au poste après 20 ans de Sagouine, y joue tous les jours des extraits de sa plus célèbre incarnation.« J’ai été éblouie, dit Antonine Maillet.Le Village va au-delà de mes espérances ».Pas les journaux francophones du Québec cependant, qui n’en ont soufflé mot.Elle a du mal à cacher son amertume.« Pourtant le Globe and Mail y a consacré deux pages ! » Elle a eu de quoi se consoler.Ce fut l’été des monuments élevés à ses personnages : le 26 août dernier, on lançait son dernier roman, Les confessions de Jeanne de Valois, au Pavillon Jeanne-de-Valois de l’Université de Moncton, « ainsi baptisé pour les mêmes raisons qui m’ont fait écrire le livre».Car Jeanne de Valois existe, et sous ce nom.Cette religieuse, ex-générale de la Congrégation Notre-Dame d’Acadie, a bel et bien 93 ans, comme l’héroïne d’Antonine Maillet.Comme la mère Jeanne du roman, elle est asthmatique — une crise d’asthme l’a empêchée d’assister au lancement, mais toute sa comunauté y était.Pille avait appris quatre jours plus tôt que son ancienne élève de littérature publiait son « autobiographie ».Voir page D-4 : Maillet IJ- (il-NOME tLU/WUllvc.1 Sous la direction de Marcel J.Mélançon et Raymond D.Lambert Le génome humain Une responsabilité scientifique et sociale Dix-huitspécialistes(généticiens, philosophes, juristes, sociologuesetcommunicateurs) discutent des enjeux du projet international HUGO (Human Genome Organization).La controverse s'articule autour des retombées scientifiques incalculables et, par ailleurs, des risques de récupération de ces connaissances à des fins non médicales.xxii-184 pages, 24,95$ Cité universitaire Sainte-Foy, Québec Canada G1K7P4 Tél.(418) 656 5106 Téléc.(418) 656 3476 UN LIVRE À DÉCOUVRIR.En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL C-2 ¦ Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 le plaisir des De la confusion des genres Odile Tremblay ?Entre les lignes PEU d’écrivains furent aussi versatiles que Colette, elle qui, à l’instar de son ami Cocteau, refusait de s’installer dans un style, un rôle ou une image, qui se partagea entre la littérature, la danse, le cabaret, le jardinage, qui vendit des produits de beauté, qui fut également à ses heures, il n’y a pas de sot métier, dit-on.critique.De musique notamment, pour un quotidien parisien à la mode, le Gil Bias, fonction qu’elle partageait en 1903 avec nul autre que Claude Debussy, qui lui, se réservait les commentaires savants, alors que Colette dans ses Claudine au concert s’amusait à mêler allègrement tous les genres.Ces 23 chroniques, pour la première fois réunies aujourd’hui, chez Castor Astral, sont tout à la fois des tribunes d’humeurs, des croquis de la faune parisienne, des appréciations musicales enfin.Heureux mélanges, puisqu’ils LA RENTRÉE AUX ÉDITIONS TROIS 3 Chansons illustrées 16,95 $ — 109 pages Sylvie Tremblay Fictions Nicole Brossard 16,95 $ — 64 pages Anne-Marie Alonzo Un conte 19,95 $ — 109 pages Patrick Coppens Pjiritk Coppen' I \/\KI._________-________3_ Préface de Jacques Brault 16,95 $ — 104 pages en vente chez votre libraire dès le 20 septembre Diffusion Prologue laissent Colette libre d’effectuer du Colette, et qu’après tout, c’est ce qu’elle sait faire le mieux.Elle a trente ans, et à force d’écrire pour le compte de son mari Willy la série des Claudine, Colette a acquis la maîtrise de son écriture.Cet art déjà consommé doublé d’une fraîcheur descriptive, elle le met au service du G il Bias.Une chose est certaine, quoiqu’écrivain elle-même, donc menaçée (même sous le nom de Willy) par les commentaires négatifs, elle prend sa fonction de critique fort au sérieux, lui reconnaît un rôle indispensable de chien de garde.Elle savait bien cette Colette-là que vouloir museler la critique, c’est accepter d’ouvrir la porte à la médiocrité, à l’à-peu-près, de perdre ses vigiles qui appellent les créateurs à l’excellence.Du reste, dans sa propre production littéraire, forte de son talent, elle était capable de tenir tête à tous les critiques du monde.Vigile, Colette le sera donc elle-même.Et debout encore.« J’apporterai, du moins, à cette critique à côté (très à côté) la bonne foi et la mauvaise éducation qui m’ont déjà fait tant d’ennemis dont j’espère bien qu’un jour grossira le tas.Devant une vaste cantatrice cotonneuse ou une symphonie surengorgée, crevant de belles intentions pas réalisées, je décréterai, avec la belle sérénité des vrais instinctifs : c’est de la tripaille ».Colette aimait et connaissait la musique.« Si j’avais composé avant d’écrire, j’aurais pris en dédain ce que je fais depuis quarante ans, devait-elle confier plus tard dans Mes apprentissages.Car le mot est Colette rebattu, et l’arabesque de musique éternellement vierge.» Cette familiarité avec le plus éthéré des arts lui autorise les exécutions lapidaires qu’elle sert encore chaudes à ses lecteurs : « Salle Humbert de Romans, la vicomtesse de Trédern a chanté Eve de son mieux.Ce mieux est l’ennemi du bien.» devant une page de Wagner, Colette pointe une clarinette molle, accuse le hautbois « joliet et timide, oiseau peureux et sans accent ».Ailleurs, elle sort ses violons, devient lyrique : « sa voix somptueuse aux larges ondes, émeut physiquement comme le toucher d’un profond velours ».Le charme de ces chroniques tient à la vie qui circule en elles comme le sang dans une veine.Colette excelle à camper les ridicules d’un pianiste ou d’une diva, à traduire l’effervescence d’une salle élégante qui échange les malveillances d’une loge à l’autre, se visite, s’observe, à défaut d’écouter le concert.La chroniqueuse affiche un côté vadrouilleuse et potinière façon belle époque qui rit d’iine aigrette, admire une robe ou la courbe d’un nez, répète un ragot, note qui parmi les têtes du Tout-Paris dit ou fait quoi.Ces descriptions sont entrecoupées de retours en arrière, assaisonnées de souvenirs d’enfance, évocations d’un paysage disparu, sur fond d’humeurs, de critiques et des portraits croqués sur le vif de Fauré, de Strauss et d’Indy.Comme quoi les meilleures chroniques fleurissent toujours dans la confusion des genres.«.Au concert, hélas ! quand le printemps éclate comme une cosse mûre, quand passe au-dessus de nos têtes tant de splendeurs indifférentes, tant de lumière cruelle aux laideurs humaines, quand vogue là-haut un ciel si léger et si lointain, qu’arrêtée dans la rue, le cou levé, je me dis : Comme il doit faire bon, dehors !.» ?Au concert, Colette, édition établie et présentée par Alain Galliari, Paris, Le Castor Astral, 155 pages.Colette AU CONCERT edition établie et pretentée par Alain Calhan & Le Castor Astral ECRITS DES FORGES POESIE Ë FORGES 1497, Laviolette, C.P.335, Trois-Rivières (Québec) G9A 5G4 p 0 E s i 1 Téléphone: (819) 379-9813 — Télécopieur: (819) 376-0774 NOUVEAUTÉS AFOUTOU J.-M.-A.Certitudes 12.00$ BEAUSOLEIL CLAUDE Fureur de Mexico 12,00$ BOISVERT YVES Voleurs de cause 10,00$ CADET MAURICE Itinéraires d'un enchantement 10,00$ DE CORNIÈRE FRANÇOIS Tout cela 12.00$ (PRIX APOLLINAIRE - 1992) COLLECTIF Galien Lapointe tout simplement 10,00$ DESGENT JEAN-MARC On croit trop que rien ne meurt 10,00$ DORION HÉLÈNE Les corridors du temps (réimp.) 8,00$ DOYON PAULE 48 poses 10.00$ FRANCOEUR LUCIEN Exit pour nomades (réimp.) 10,00$ GAUTHIER JACQUES La joie blessée 10,00$ GUILLEVIC Elles 12,00$ JEAN HONORÉ Aria 10,00$ KURAPEL ALBERTO Berri-Uqam 10,00$ LABRIE CHANTAL L'air des voyages 10,00$ LAMBERSY WERNER Volto subito 12,00$ LÉGER DYANE Les anges en transit 10,00$ LE GOUIC GÉRARD Trois poèmes pour trois âges.12,00$ LEMIEUX GILLES Eau lourde 10,00$ MIJANGO MÂRMOL J.R.Des traces de pleurs et de chants 10.00$ MESSAGIER MATTHIEU Une rêverie objective 12,00$ MONGRAIN SERGE Le calcul des heures 10,00$ MOORHEAD ANDREA Le silence nous entoure 12.00$ NELLIGAN ÉMILE Le récital des anges 10,00$ PONTBRIAND JEAN-N.II était une voix.12,00$ POZIER BERNARD et Lèvres urbaines # 22 6,00$ VENAILLE FRANCK ROY BRUNO Peuple d’occasion 10,00$ ROYER JEAN Le lien de la terre 10,00$ SAÏD AMINA Nul autre lieu 12,00$ THIBODEAU SERGE P.Le passage des glaces 10,00$ VENAILLE FRANCK Le sultan d’Istamboul 15,00$ VILLAURRUTIA XAVIER Nostalgie de la mort 10,00$ (Traduction Claude Beausoleil) LA JEUNE POÉSIE DUREPOS FERNAND Mémoires d’un tueur de temps 10,00$ HUOT JEAN-SÉBASTIEN Chasseur de primes 10,00$ MONETTE HÉLÈNE Le diable est aux vaches 10,00$ PLEAU MICHEL Le corps tombe plus tard 10,00$ ' mier titre sympathique qui réjouir^ particulièrement les cinéphiles puis,-,* qu’il est parcouru de réferences au cinéma qui composent autant dq clins d’oeil.Facile à suivre et dér pourvu de scènes violentes, il préf; sente l’avantage d’être accessible à tout public.En ce sens, Silence .on tue ! est un polar plus rose que noir, mais pourquoi pas ?+ Maillet ¦ « J’en avais informé la générale, explique l’écrivaine, mais pas mère Jeanne, voulant conserver toute ma liberté d’écriture ».Elle ne s’inquiète bas de la réaction : la générale s’é-tâit montrée enchantée du manuscrit, et mère Jeanne est un des per-sènnages les plus attachants de tout son oeuvre.' L’histoire, véridique, de mère (Jeanne, est ni plus ni moins celle du Sauvetage de la culture française en ffcadie.Jeanne de Valois, née avec le siècle, fut parmi les religieuses francophones a suivre mère Marie-Anne ljui, « s’arc-boutant sur l’Histoire », iompit avec les Sisters of Charity irlandaises en 1924 pour fonder une congrégation francophone de reli-' ieuses enseignantes.Mère Marie-Anne était alors âgée e 75 ans.Elle et la future mere eanne sont de cette race de femmes ortes qui ont consacré leur vie à sortir du bois » et à former un peu- ple sur le point de perdre sa langue et sa mémoire.Et de cette race de religieuses « qui ont entendu l’appel du pays avant l’appel de Dieu ».Ce fut aussi le cas d’Antonine Maillet.Peu de Québécois savent qu’elle fut religieuse pendant 12 ans, dans cette même congrégation de Notre-Dame d’Acadie.Mère Jeanne, dont elle est toujours restée proche, fut sa générale après avoir été son professeur.«Je ne parle jamais de cet épisode, non parce que j’ai quelque chose à cacher, mais parce que l'idée que les Québécois se font de la nonne de cette époque ne correspond pas du tout à la réalité acadienne.Au Québec, l’éducation était dirigée par l’Église.Mais l’Acadie était un pays bilingue et non confessionnel, de sorte que le climat des couvents y était beaucoup plus libre ».Il n’y a chez mère Jeanne aucune place pour la niaiserie ou les bondieuseries, bien que son couvent recèle inévitablement quelques gre- nouilles de bénitier à l’esprit étroit, comme celle que l’écrivain baptise soeur Bénite.« Rendez-vous compte ! Jeanne de Valois enseignait Villon et Rabelais dans les années 1940 et 1950 quand leurs livres étaient à l’Index ! Grâce à elle et à plusieurs autres, j’ai baigné tôt dans la grande littérature ».C’est mère Jeanne qui, en 1950, s’étant mise en devoir de fonder un collège moderne, prend un pic et une pelle et s’en va au jardin, en compagnie d’une comparse, enterrer un tas de statues dont d’autres couvents acadiens lui avaient fait cadeau.C’est elle encore qu’on retrouve à Paris, où on l’a envoyée poursuivre ses études, traînant ses consoeurs à la Comédie-française, au nom de la culture ! Les Confessions fourmillent d’anecdotes de ce type, passées ou récentes.Jeanne de Valois amorçant ses mémoires à 90 ans, on y trouve la Guerre du Golfe aussi bien que la tête de cochon expédiée au maire de Moncton .Sans doute parce que c’est en partie Antonine Maillet qui parle à travers mère Jeanne, sûrement parce que la lutte des Acadiens est le sujet le plus cher à son coeur, l’auteure s’est particulièrment identifiée à ce personnage.« Quand j’ai écrit Les confessions, j’avais 90 ans.J’ai rédigé les 100 premières pages au crayon.Une femme de 90 ans n’est pas rapide et, de fait, j’ai mis deux fois plus de temps à écrire ce livre que les autres.J’étais devenue mère Jeanne au point de n’avoir pas faim après une séance de travail.Habituellement, écrire m’ouvre l’appétit ! » Les Confessions occupent un créneau particulier dans son oeuvre.« C’est la première fois depuis La Sa-gouine que je parle à la première personne.Pour donner à Jeanne de Valois sa langue, j’ai dû plier la mienne, la mettre dans sa bouche ».La survie de la langue française, mère Jeanne la croit-elle assurée en 1992 ?« Elle répondrait, je crois, que le gros de la lutte, nous l’avons derrière nous.Moi, j’ai étudié le français dans des manuels anglais.Aujourd’hui, en Acadie, on peut aller de la maternelle au doctorat en français ».Elle corrige.« Aussi longtemps que l’Acadie lutte, elle a gagné.Comme le Québec, d’ailleurs.Trop de peuples sont disparus pour s’être assis sur leurs lauriers.Nous, on est assis sur rien.L’Acadien est un saumon qui remonte constamment le courant.Mais le saumon, c’est meilleur que du barbot! » Mère Jeanne et ses fidèles ont été des saumons à plusieurs titres.« Elles se sont battues contre les hommes (du clergé notamment), qui n’admettaient pas que les filles fassent des études avancées; contre les Anglais, qui avaient dit en plein Parlement : « Keep them in ignorance and poverty »; et contre nos propres soeurs qui se demandaient parfois s’il ne valait pas mieux préparer des femmes au foyer et des religieuses au couvent ».Antonine Maillet dit avoir toujours porté ce livre.Mais l’élément déclencheur fut une petite phrase dè Jeanne de Valois : « J’ai fait la gai geure de voir trois siècles ».Elle est née en mai 1899.il Et pourquoi ne pas avoir fait sa biographie, tout simplement ?« Parce que je suis romancière et non historienne.Mais aussi parce que la réalité n’est jamais aussi bien servie qu’avec la littérature.Plus on invente, plus on se rapproche de la réalité.Si j’avais écrit la biographie de mère Jeanne, j’en aurais dit seulement la moitié».Pour les mêmes raisons, Antonine Maillet a peu vu son ancien professeur pendant la rédaction du roman.-« J’avais besoin de distance pour ne pas tomber dans la photographie »j Elle a écrit Les confessions dei Jeanne de Valois dans son « phare » d’Outremont, son cher grenier.Lui aussi est percé de fenêtres.C’est de là qu’elle aperçoit le plus clairement l’horizon mouvant du pays acadien.rt revue possibles automne 1992 NUMÉRO 4 AUTOMNE 199 VOLUME 16 ÊÊKêl êmmk formations professionnelles Au cœu.du -oppo-' CO"j”" ^„X ,« u *ou.J culturel, lo lotmation •” £|1(J rodu„ paient et °ve».t p.0,.1 de développe"»* 'd, p.olonde.mutation, la ^ÏdT^^tau, iur la qualité de, -unou.cn huma,».opp» °''’ pius œ^a^'CL cXu de cet.» (armoéao P"*—"*’ Oui doit en relever le défi ?Formations professionnelle WM «SAIS ET ANALYSIS Oe la formation de.adulte, o I*adaptation de la main-d'œuvre PIERRE PAQUET Un bel oiteau qui bat de l'aile «ERRE lOUSIGNANt Au delà de la reform» Bourbeau IMPIE NICaE L'HEUREUX le.beau* programme, et le vrai monde ANDRE THIBAULT La formation.profe.ion nolle atlleur.modèle, ou boli.e» CHRISTIAN PAYEUR l'enieianement profe.nonnel au collegial LYNE 80 TER La formation dan.I».•ntrepri.: réalité.* défi.DIANE GABRIELLE TREMBLAY Le pouvoir de »'alphobéfl»»r ) t AUBIN ET N LACHAPELLE image Main-d'œuvre RÉAL CALDER POÉSIE ET FICTION Voyage 6 l'étoile ALAIN BERTRAND Diffère en direet SUZANNE JACOB P.-S.ANNE DANDURAND PÉfLEXION Le »n.de.mot.dan.la nuit d'un analphabète DANIEL GAGNON SUR lis CHEMINS DE L'AUTOGESTION formation et vie a.wxiotive YVAN COMEAU chroniques i politiau» lion .octale ?Ver.une | d'exclueion i JE AN MARC fONTAN Si le.décrocheur.«valent rtiifton.OABRIEI GAGNON Vit qyotldlifltt# WAN COMEAU Le.médaille, de Po«.iM«« UBAlD H NATTIER COURTEPOINTES Bulletin d’abonnement Abonnement institutionnel: 35,00 $ Abonnement de soutien: 35,00 $ t le numéro: 7,00 $ Revue Possibles, l B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec H3S 2S4 NOM.ADRESSE VILLE.PROVINCE OCCUPATION.CI-JOINT MANDAT-POSTE AU MONTANT DE 21,00 ) POUR UN ABONNEMENT A QUATRE NUMÉROS A COMPTER DU NUMÉRO.CODE POSTAL TÉLÉPHONE 4 Zoom depuis une quinzaine d’années.Et puis un nouveau roman d’André Vanasse, Rue de Lorimier (X YZ), à première vue, une histoire à la Woody Allen, la passion d’un professeur pour une de ses étudiantes.La dramaturge Marie Laberge fait aussi dans le passionnel avec son roman Quelques adieux (Boréal).Enfin, en prime, une nouvelle aventure de François Barcelo, Pas tout à fait la Californie ( Libre Expression).En France, c’est plutôt la crise économique qui donne le ton.Le milieu est en deuil de quelques maisons d’éditions ( Ramsay, Régine Deforges.) et les rumeurs veulent que d’autres soient en sérieuses difficultés.Mais aucun critique n’a déploré la diminution des parutions d’automne (de 220 titres en 1990 à 190) et du nombre des premiers romans (d’environ 50 à 37).La palme des restrictions rigoureuses revient aux Éditions de Minuit, qui ne lancent aucun nouveau poulain.L’austère maison a reçu plus de 2000 manuscrits et n’a retenu que Le feu d’artifice, troisième roman de Patrick Deville et surtout Nous trois, cinquième ouvrage de Jean Echenoz, chéri de la critique française, depuis le Méridien de Greenwich (1979) et Cherokee, prix Médicis en 1983.Par contre, le jeune Alexandre Jardin se fait encore faucher, cette fois pour Le Petit Sauvage (Gallimard), un roman « illustré », parsemé de calligrammes et de jeux de caractères.Le Monde l’a tout simplement haché menu en traitant la chose de « sottise prétentieuse », de « livre-clip » se prenant pour un texte littéraire.Rien à redire des autres choix de Gallimard pour sa collection « Blanche », la plus prestigieuse de France.Certains accordent même déjà le Concourt à Texaco, de Patrick Chamoiseau, un Martiniquais qui en est à son quatrième i roman.On peut aussi souligner la parution des énièmes Patrick Modiano ( Un cirque Passe) et Le Clézio ( Étoile Errante).Le Seuil, l’autre grande maison française, propose ce qui constitue probablement la rentrée la plus attirante, avec un florilège d’auteurs établis : l’essayiste et romancier Pascal Bruckner envoie Le divin enfant, Michel Rio un roman et un essai, Tlacuilo et Rêve de logique.Essais critiques.Et puis La Colline rouge, de la journaliste du Nouvel observateur France IIuser, toujours populaire pour ses histoires un peu salées, t La publication de journalistes-écrivains est un peu la marotte de Grasset, la dernière du triumvirat des grands éditeurs français, qui publie La Part du Diable, de Daniel Rondeau, du Nouvel Ohs, et L'Affreux, de Franz-Olivier Giesbert, directeur du Figaro.Grasset publie aussi Le Gardien des ruines, de François Nourissier et La démence du Boxeur, de François Weyergans, un habitué de Montréal.Par contre, nos cousins éditeurs n’accueillent à peu près pas de titres québécois cette saison : Francine Noël va chez Actes Sud avec Nous avons tous découvert l’Amérique, en compagnie de David Homel, un Montréalais d’origine américaine qui fera paraître la traduction d’un deuxième roman, L’Arbre aux Rats.Neil Bissoondath, un autre Montréalais d’origine indienne celui-là, publie en traduction Retour à Casaquemada chez Phébus.De toute façon, cette année les éditions « locales » ! partent gagnantes sur au moins un point : le prix de vente.Evidemment, les livres ne sont pas interchangeables Un Échenoz, c’est un Échenoz.Mais le.taux de change fait tout de même en sorte que les livres , français se vendent maintenant trois ou quatre fois le prix d’un ouvrage québécois.Cela compte aussi.Surtout, qu’un Louis Hamelin, c’est un Louis Hamelin.PROGRAMMES DE CULTURE CANADIENNE VOLET LITTÉRAIRE VOLET HISTOIRE DE L’ART VOLET ARCHITECTURE LUNDI, 21 SEPTEMBRE 13H30 ALEX COLVILLE LUNDI, 14 SEPTEMBRE 13H30 TIMOTHY FINDLEY • L'un des meilleurs conteurs du monde • selon le Globe and Mail Lauréat de nombreux prix littéraires Lecture, commentaires, discussions DE SES OEUVRES PRIMÉES - MÉTRO PLACE DES ARTS à ENTRÉE 5 S (taxe* comprit*») Artiste de renommée internationale Un nouvel apport à la peinture canadienne Conférence avec diapositives sur SON OEUVRE, SES PROCÉDÉS TECHNIQUES ET SA VISION Interprétation simultanée en français CINQUIÈME SALLE BILLETS EN VENTE A LA PUCE DES ART8 MARDI, 29 SEPTEMBRE 13H30 DAN HANGANU Premier prix d'excellence en architecture Nouvelles réalisations dans le Vieux-Montréal Conférence avec diapositives sur sa NOUVELLE APPROCHE DE L’ARCHITECTURE L'ACCENT SERA MIS SUR MONTRÉAL PLACE DES ARTS Réservations: 842-2112 ou 937-7937 Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 ¦ C-S le plaisir des ivres Les Grecs anciens sont parmi nous PHOTO INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY ;'//////"> TIMÉE ET CRITIAS Platon, traduction de Luc Brisson Garnier-Flammarion, 1992,438 pages LES MYTHES PLATONICIENS Çeneviève Droz Seuil, Points, 1992, 216 pages LA NATURE ET LES GRECS Érwin Schrôdinger Seuil, 1992, 221 pages LA SAGESSE GRECQUE, to-mes I et II Giorgio Colli Ç’Éclat, Paris, 1990, 1991 Heinz Weinmann MALGRÉ les deux mille ans qui nous en séparent, la Grèce antique n’a cessé de demeurer parmi nous, à jamais notre contemporaine « intempestive ».Occidentaux, que serions-nous sans elle ?Sa conception de la polis a façonné notre politique, sa gestion de Voikos notre économie; son idée de l’égalité des voix du demos est devenue la base de notre démocratie; sa philosophie, à l’origine de la « pensée occidentale » est restée la nôtre, indépassable, aussi vivante qu’à ses débuts.- Enfin, actuellement Le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine est en train de nous donner une preuve éblouissante, irréfutable que le théâtre grec vit toujours parmi nous, que les voix d’Iphigénie, d’Electre, d’O-reste nous apostrophent de façon pathétique et vibrante comme si c’était la première fois., Pourtant, face à cette recréation libre des Atrides, nous nous rendons ^gaiement compte de la perte irréparable qu’a subie notre théâtre sous lé coup du logos, règne exclusif du discours, de la parole.Comme Nietzsche l’a constaté le premier, no-tpe théâtre a perdu ce qui précisément l’a fait naître chez les Grecs : le mélos, le rythme, la danse délirante, la mania dionysiaque.De plus, notre théâtre a cessé d’être cet « acte liturgique » au sens premier de « service public » qu’il avait été chez les Grecs où, dans une seule représentation théâtrale, toutes les activités essentielles de la vie de la polis — politique, théologie, justice, éthique, pédagogie, etc.— ont été engagées dans un dialogue complexe, interminable.„ Le flambeau de la Grèce antique nous est parvenu grâce aux nombreux relais des philologues, des hellénistes qui, depuis la Renaissance, ont arraché à l’oubli les moindres fragments de texte, d’épigraphes.Luc Brisson fait partie de ces porte-flambeaux.Après nous avoir étonné, l’année derniere, avec son Inventer l'Univers, où il a montré les avancées toutes modernes de la cosmologie du Timée de Platon, il nous livre aujourd’hui une traduction contemporaine de ce Timée et du Cri-lias.Une introduction fouillée, une traduction limpide, généreusement annotée, nous donnent directement accès à cette oeuvre difficile qui fait la synthèse des sciences et des techniques de l’époque.Ayant déjà consacré une entrevue avec Luc Brisson au Timée, j’insisterai davantage sur l’intérêt particulier que revêt pour nous aujourd’hui le Critias.Dialogue des plus actuels, puisqu’il contient le fameux mythe de l’Atlantide qui n’a cessé de hanter notre imaginaire occidental.Fable inventée de toute pièce par Platon ou affabulation dérivée d’un événement historique ?La question reste posée.Des archéologues se sont mis en quête de l’énigmatique Atlantide disparue dans les eaux.En effet, les hellénistes ont toujours trouvé mystérieuse la disparition brutale de la civilisation minonienne en Crète au 15e siècle av.J.-C., alors à son apogée.Des archéologues grecs ont justement trouvé sur une île non loin de Crète des établissements minoniens ensevelis sous de la lave datée du début du 15e siècle avant notre ère.Donc là pourrait se situer l’épicentre du violent tremblement de terre et du raz de marée évoqués par Platon, engloutissant « en l’espace d’un jour et d’une nuit funestes » la civilisation minonienne.Pourtant, cette hypothèse a des failles.D’abord, les dates ne coïncident pas précisément : 30 à 50 ans séparant ce cataclysme de la disparition de la civilisation minonienne.Et puis, comment Platon aurait-il été instruit d’un événement plongé dans la préhistoire de la Grèce ?Ces questions demeurant sans réponses, Brisson opte plutôt pour l’hypothèse de l’« allégorie politique ».En effet, le mythe de l’Atlantide développe l’antagonisme guerrier entre une Athènes primitive, agraire et une Atlantide marine, « atlantique », marchande, ouverte, trop ouverte au monde.Platon, lui-même, pour dire le moins, politiquement « conservateur », met en garde ses compatriotes devant le déclin imminent de l’« empire athnénien ».Athènes, devenue marchande, riche, ayant perdu la « vertu » de ses origines, sera engloutie dans les eaux de l’oubli à l’instar de l’Atlantide si les Athéniens ne se ressourcent pas dans leur passé mythique.* Le temps n’est plus où les positivistes à la Couturat et Brunschvicg Considéraient la présence des my-Ihes à l’intérieur des dialogues pla- Îoniciens comme les « folles du lo-;is » d’une maison bâtie selon les lans rigoureux du seul logos.Certes, i Platon n’a pas manqué de recueillir dans le logos les anciennes acceptions du mythos et de Vépos, il n’en démarque pas moins nettement leurs sens dorénavant opposés : my- Platon thos signifiant un discours invérifiable, un récit, alors que logos un discours vérifiable, argumentatif.Pourtant, dans beaucoup de dialogues platoniciens, à des moments clefs, le mythe relaie le discours argumentatif du logos.Ce dernier ayant atteint ses limites, la complexité, la polyvalence chatoyante du mythe doit alors prendre la relève.Geneviève Droz a eu l’excellente idée de réunir dans un petit volume la plupart des grands mythes platoniciens, de les situer dans le contexte d’où ils ont été extraits, de les expliquer.On pourrait certes chicaner l’auteure sur le classement de ces mythes l’obligeant à rejeter en appendice le « mythe des cigales » du Phèdre, le mythe platonicien probablement le plus « personnel».Sa-chons-lui plutôt gré de son sens de la clarté, de la concision qui imposeront ce livre comme vade-mecum de tout cours de philosophie qui se respecte.Erwin Schrôdinger, prix Nobel pour ses travaux en théorie quantique (1933), dans La nature et les Grecs fait le bilan de la science contemporaine suite à l’effondrement de la physique traditionnelle avec l’avènement justement de la physique quantique.Bilan peu reluisant selon lui.À côté de ses avancées incontestables, la science affiche de graves déficiences.Le chemin de la science, très long depuis le « miracle grec », s’est de nos jours considérablement rétréci.C’est devenu un sentier étriqué qui ne donne plus accès à l’essentiel.« Le tableau scientifique du monde ne contient aucune valeur éthique, aucune valeur esthétique, aucun mot sur notre but ultime ou notre destin.» Comme d’autres avant lui, Schrôdinger se tourne alors vers les Anciens, les présocratiques, vers Par-ménide, Démocrite, Héraclite qui ont marché sur une vaste allée où se trouvent rassemblées dans un seul chemin l’ensemble de leurs connaissances sur la nature (physis).Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Jeudi 24 septembre de 17hà 19h La revue Liberté : « Le Québec des écrivains » 558 écrivains se prononcent sur l’indépendance À auivre cet automne Cfirystine Brouillet Jean-François Chassay Ying Chen André Dagenais David Homel if Antonine Maillet Yves Sioui-Durand 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Enfin, Giorgio Colli, professeur de philosophie à Pise, auteur avec Mon-tinari d’une édition critique exemplaire de Nietzsche, a commencé une réorganisation des présocratiques, figés depuis l’édition Diels-Kranz dans un corpus rigide.Hélas sa mort prématurée en 1979 a laissé en chantier ce vaste projet de 11 volumes.Il en a terminé trois.Le premier Sagesse grecque I comprend en une édition bilingue superbement présentée l’ensemble des témoigna- ges du côté « irrationnel» (Dodds) de la Grèce, classés selon leurs origines dionysiaques, apolliniennes et orphiques.Le deuxième volume contient à côté des penseurs présocratiques « célèbres » comme Thalès et Anaximandre, un Êpiminide, un Ono-macrite qui gagnent à être connus.Le troisième volume, un Héraclite sortira sous peu en traduction française.Preuve, s’il en fallait encore, que la Grèce antique vit toujours parmi nous.Oampigny vous invite à rencontrer ANTONINE LES CONFESSIONS DE JEANNE DE VALOIS MALLE le samedi, 12 septembre de 14h à 16h à l'occasion de la parution de son tout dernier roman LES CONFESSIONS DE JEANNE DE VALOIS OFFRE VALABLE DU 12 AU 18 SEPTEMBRE 1992 ¦ revues LIVRES DISQUES ¦ 0 MT-ROYAL fjiaiiipigirv 4380 ST-DENIS, MONTREAL QC H2J 2L1 (514)844-2587 H F R A N C E USER BP A S C A L RUCKNER G ANNE-MARIE ARAT iss Rentrée Seuil 224 p.29,95$ L histoire d un été où Julia apprendra à Emilie, sa nièce, que les chemins de l'amour sont souvent jalonnés par l’écueil enivrant des liaisons dangereuses.244 29 95$ v-royez-vous qu'un seul bébé accepterait de naître si on lui représentait ce qui l’attend?Naître ou ne pas naître?Voilà la question à laquelle, Louis et Céline, foetus auront à répondre.236 p.29,95$ CJn homme découvre à 45 ans “qu’il a atrocement mal et qu'il oublie chaque jour de s’en souvenir”.Un livre d’une pénétration et d'une force singulières sur la condition contemporaine.200 p.24,95$ (J n roman d’aventures, mais d’aventures selon Rio.i mmm m C-6 ¦ Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 le plaisir des Vx Planche tirée de Le Canard fermier.Dominique Demers LE CANARD FERMIER, Texte de Martin Waddell, illustré par Helen Oxenbury, Éditions Ouest-France, 1992 U n véritable conte moderne dont la puissance allégorique invite à des interprétations multiples.Pour libérer leur ami canard opprimé par urr gros fermier paresseux, les anjmaux de la ferme font la réyplution — rien de moins — mais avpc les moyens du bord.Le ton est franchement drôle, les images délicieusement caricaturales et la leçon séduisante.Oxenbury livre de iSupërbes aquarelles soulignées au «traÿon gras et joue avec la lumière pour construire ses atmosphères.Un très bel album.(À partir de quatre 5ns) CHRYSANTHÈME, Texte et images de Kevin Henkes, Éditions Kaléidoscope, 1992 Oq dirait une histoire banale.Il faut redevenir enfant pendant cinq minutes pour apprécier la force de cet album.L'héroïne souris affligée d’iln prénom trop original rappelle la charmante Célestine de Gabrielle Vincent, tant la représentation anthropomorphique est iconvaincante.L’auteur-illustrateur nous propose un récit efficace, illuminé par ce minuscule personnage armé de tendresse et de joie pour affronter les sarcasmes.Une ode aux petites et grandes ¦souris qui osent afficher Joyeusement leur différence.(À partir de quatre ans) LE CHAT QUI VOULAIT ALLER À SAINT-MALO Texte de Daniel Rocher, illustré par Christophe Besse, Éditions Ouest-France, 1992 Un album vidéo clip avec des illustrations drôles, drôles, drôles sur un texte livré en capsules dans une mise en pages éclatée et truffée de çlbis d’oeil humoristiques.C’est l’histoire de Frédéric, quatre ans et JTÎilippe huit ans.Le premier a quatre pattes et miaule, le deuxième dptpc et parle.Et, le premier Xait bien partir avec l’autre en ces à Saint-Malo.Frédéric est espiègle, gâté, frondeur, audacieux etattachant comme tant d’enfants et PHUippe aimant et compréhensif .* •il comme bien des parents.La peinture est aussi éloquente que tordante.Et, bien sûr, le chat-enfant obtient tout ce qu’il réclame.(À partir de quatre ans) UNE DEVINETTE, ÇA TROMPE, ÇA TROMPE.Texte de André Jobin, illustré par Kito, Éditions du Seuil, Collection Petit Point, 1992,89 pages Le plaisir de lire, ça ne s’apprivoise pas avec L'Assommoir de Zola.Le répertoire de devinettes d’André Jobin, scénariste de Yakari, appartient à la catégorie des livres irrésistibles auxquels les non-lecteurs les plus irréductibles succombent.L’auteur enseigne aux jeunes à rouler leurs amis, parents et grands-parents dans la farine à grands coups de pièges homonymiques ou métaphoriques et de calembours bouffons.Pourquoi les éléphants sont-ils ridés ?Réponse page 26.(À partir de sept ans) CE SOIR À LA PATINOIRE De Nicolas Walker, Éditions Flammarion, Collection Castor Poche, 177 p.Une bonne histoire bien racontée.L’auteur ne réinvente rien mais on s’en fiche.Romantisme, héroïsme et magie : une potion revigorante à l’heure où trop de récits s’enfoncent dans un réalisme statistique écrasant.Le héros est un joueur de rugby recruté pour une épreuve de danse sur glace avec partenaire pimbêche.Le pire, c’est qu’il accepte.Une finale Harlequin que les adolescents dévoreront.(Pour les 12 ans et plus) RETOUR À ITHAQUE De Jean-Paul Nozière, Éditions Gallimard, Collection Page Blanche, 125 p.Maxime, 18 ans, amnésique, retourne au pays de son enfance, à l’époque où il lisait l’Odyssée et craignait Zeus, le Dieu des ciels d’orage.Pour colmater sa vie, il redeviendra Ulysse, un enfant trop seul trompant l’ennui en mettant cap sur Ithaque comme d’autres vont à la plage.Par-delà l’appel des sirènes, l’adolescent découvrira des vérités peut-être plus horribles que l’oubli.Un thriller poétique, dur et envoûtant, où l’écriture parfois laborieuse réserve des moments bénis qui frôlent l’enchantement.(À partir de 13 ans) 10 (AGENCE DU LIVRE 10 T; Pfpm - •.* .- - * i.Voisin de la Bibliothèque Nationale LIBRAIRIE AGRÉÉE 1710, rue St-Denis Montréal (Québec) H2X 3K8 (514) 844-6896 Cinéma - Théâtre - Poésie - Musique - Beaux-Arts Littérature - Éducation - Sciences humaines Santé - Spiritualité - Alimentation - Guides pratiques Bandes dessinées - Documentaires jeunesse - Voyages Étudiants, étudiantes, nous pensons à vous! Nous vous offrons des remises de 10 % à 20 % sur LES MANUELS SCOLAIRES de niveau collégial et universitaire.BONNE RENTRÉE SCOLAIRE! 25,000 TITRES DISPONIBLES Toutes les collections de poche en librairie.Quand la bd sort du Québec BANDES DESSINEES RED KETCHUP CONTRE RED KETCHUP Réal Godbout et Pierre Fournier Édition Croc Pierre Lefebvre AINSI le psychopathe du FBI est de retour.Après une mission accomplie en Antarctique, le voici maintenant à sa propre poursuite, un savant fou ayant lancé à l’assaut du globe une armée de clones tirée d’un morceau de sa fesse droite.Je me souviens que lors de la parution de Kamarade Ultra, le premier album de la série, on s’était extasié sur sa qualité.Enfin une BD québécoise avec un héros, enfin une BD québécoise en couleurs avec une couverture rigide, enfin une BD québécoise qui ressemble à une BD.De fait, le Red Ketchup de Réal Godbout et Pierre Fournier est sans doute la bande dessinée produite ici la plus proche de ce qui peut se faire en France ou en Belgique.Le dessin de Godbout s’apparente à la ligne claire, et la mise en couleurs (surtout celle du dernier album) y est impeccable.Les scénarios de Fournier et Godbout sont bien ficelés et mêlent adroitement aventure et humour.Le personnage principal est clairement reconnaissable, possède une psychologie plutôt sommaire et porte invariablement le même costume, à l’instar par exemple de Lucky Luke, ou de Spirou.Godbout et Fournier connaissent à coup sûr leur métier.En témoignent le bond qualitatif (autant du point de vue dessin, composition et couleurs, qu’au niveau scénario) effectué entre le premier et le deuxième album.Si on tient compte du fait que ce deuxième épisode date déjà de quelques années, on comprend que leur savoir-faire ait pu allécher les éditions Dargaud (Astérix, Achile Talon, La Rubrique-à-brac).Celles-ci sont donc entré en contact avec Jacques Hurtubise, éditeur de Croc, et ont acheté les droits de Ketchup pour l’Europe.Une première dont il faut se réjouir.Le problème de la bande dessinée québécoise en étant d’abord un d’édition et de distribution, un Red Ketchup tiré à 20 000 exemplaires, imprimé en France par un imprimeur qualifié pour ce type de travail et distribué en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg constitue à coup sûr un événement.Plus encore : un formidable espoir.Pourtant, quelque chose me gêne chez Red Ketchup, du côté non pas du « phénomène » mais de l’oeuvre.Michel Risque, des mêmes auteurs, dont procède Ketchup, (mais qui malheureusement ne connaît pas son succès) m’est apparu une oeuvre beaucoup plus intéressante.Elle est bien sûr moins « grand public », mais en revanche, c’est un petit joyau.À mon avis, ce que Godbout et Fournier ont gagné en « internationalisme » avec Ketchup, a été perdu en saveur.Et je n’entends pas ici en saveur locale mais bien en sapidité.Bien sûr Michel Risque est typiquement québécois, tout autant que Robert Bidochon est français.Et il représente un de ces anti-héros dont nous avons le secret, mais son personnage reste plus riche et complexe que Red.La truculence des Aventures de Michel Risque réside avant tout dans un regard critique et légèrement sarcastique porté à la fois sur la BD d’aventure, et sur l’homo québécus, mais surtout, au-delà de Coupe,Adam.Mais.QU'EST-CE QU'IL FAIT?!?m V* Tiré de Red Ketchup contre Red Ketchup.ce dernier, sur la bêtise humaine, qui, elle, ne connaît nulles frontières.C’est de ce regard dont je m’ennuie à la lecture de Red Ketchup.Bien que la parodie des films d’actions américains soit une des bases de la série, elle se montre ici à la fois trop évidente et trop facile.Sa force d’impact s’en ressent, au point où l’album peut pratiquement se lire au premier degré, comme une simple BD d’aventure.Je sais bien que Ketchup est un monstre, que son anticommunisme primaire, sa toxicomanie et son ultra-violence ne peu- vent être prises au sérieux.Mais cela fait partie des attributs du personnage, comme la puissance chez Obé-lix.On n’y pense même plus.Ce monolithisme, pour amusant qu’il soit dans un rôle de soutien, devient quelque peu limitatif à l’heure de définir un personnage principal.Quant aux scénarios, tout occupés qu’ils sont à nous tenir en haleine (ce qu’ils font d’ailleurs très bien), ils se permettent du même coup moins d’ironie et de clins d’oeil et ne s’attardent plus à commenter le monde, la vie et tout le reste.Red Ketchup demeure pourtant une « bonne » bande dessinée, tout à fait comparable aux publications de Dupuis, du calibre de(Spirou) ou des Passagers du vents) de Glénat.C’est une de ces séries efficaces, en acier inoxydable, qui n’offre, à l’instar par exemple des Tuniques bleues, ni grandes déceptions ni vraies surprises.Si Red Ketchup n’a rien à envier à la moyenne des BD européennes, la moyenne des BD européennes n’ont rien non plus à envier à Red Ketchup.J’y vois là quand à moi son talon d’Achile.Que c’est bon, nom de nom ! Université de Montréal Faculté des arts et des sciences ft r a a iorez votre français écrit Cours sur mesure à la maison, au bureau, en vacances.Date limite d'inscription: 30 septembre 1992 Pour recevoir le dépliant d information, appeler au (514) 343-7393 ou remplir la formule suivante et la retourner à: Cours autodidactique de français écrit (CAFÉ) Université de Montréal, C.P.6128, succursale A, Montréal (Québec), H3C 3J7 Nom et prénom Adresse Ville Code postal LITTERATURE JEUNESSE NOM DE NOM ! Texte : Pierrette Dubé Illustrations : Dominique Jolin Les éditions du Raton Laveur, 1992 C’EST PAS JUSTE ! Texte et illustrations : Dominique Jolin Les éditions du Raton Laveur, 1992 Yolande Lavlgueur MARIE-SOLEIL LAMONTAGNE LAFLEUR, c’est un nom qui chante comme une comptine et qui est tout lumineux.Fin plus, si on n’a que trois ans et qu’on arrive à le dire d’un seul souffle, il y a de quoi être fière ! Évidemment quand les nouveaux amis veulent le retenir et qu’arrivée à l’école, on essaie de le faire entrer dans un petit espace ou sur un casier, les choses se compliquent.L’idée de ce petit drame tout à fait actuel, est traitée de façon spirituelle et coquine.Racontée à la façon d’une petite dramatique par l’auteur, l’histoire est reprise avec brio et une finesse d’observation peu commune par l’illustratrice, ce qui double le plaisir.L’expression des visages vaut à elle seule la lecture du livre.Petits et grands se retrouvent aussi dans un second album du même éditeur et qui a pour titre C’est pas juste ! Dominique Jolin y fait une véritable petite satire socio-enfantine, illustrant le sentiment que les autres sont toujours bien plus gâtés et que c’est pas juste ! Étant ici à la fois auteure et illustratrice, elle avait toute liberté de créer un contraste entre les propos de la fillette narratrice et les illustrations, paradoxe qu’elle réussit avec art et subtilité ! Le lecteur n'en finit plus de trouver des détails savoureux et de s’amuser devant les drôles de binettes tour à tour vertes de jalousie, bleues de colère ou rouges de plaisir qui peuplent allègrement ces deux albums.Pierrette Dubé a la plume « conteuse ».Elle avait eu l’idée originale de ce roi un peu fat qui ne voulait pas se donner la peine d’apprendre le nom des choses et des gens.C’était le Roi Gédéon, grâce à qui elle gagna un des concours littéraires de la revue Lurelu et qui fut édité une première fois au Raton Laveur.Toujours sous le thème du « nom », quoique très différente, l’histoire de Marie-Soleil Lamontagne Lafleur fait mouche encore une fois.Dominique Jolin est une toute jeune illustratrice née à Chibou-gamau et qui a fait des études en littérature de jeunesse à l’UQAM.Le travail admirable de l’éditeur contribue aussi à mettre en valeur son talent plein d’humour et d’enfantaisie.Elle me confie que ce sont ses petits voisins qui lui servent de modèles.Elle est, de toute évidence, de la lignée des Babette Cole, une grande illustratrice qui fait école depuis l’Angleterre.Après La machine à beauté (seconde édition) de Raymond Plante, elle illustre deux romans de Carole Tremblay (auteur de La revanche de madame Thibo deau, Gallimard, 1992), soit : Mission à l'eau et La nuit d'ilalloween, à venir, chez Boréal.I 8 Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 ¦ C-7 I ' • le plaisir des mvres Entre laconisme Poésie GARE À L’AUBE, Larry Tremblay, Le Noroît, 1992, 98 pages, coll.« Initiale » Lucie Bourassa À L’H EU RE où le repli sur soi et le petit sentiment lénifiant envahissent la poésie québécoise; à l’heure où l’indigence langagière est souvent confondue avec l’authenticité, la banalité avec le miracle, le narcissisme avec la singularité; à l’heure, bref, de l’écriture confortable, un recueil comme Gare à l'aube paraîtra roboratif au lecteur lassé de fadeurs sentimentales.Larry Tremblay ne tombe pas pour autant dans les travers du « syndrome de la rue Sainte-Catherine », de la pseudo-révolte qui prend son bad writing de pacotille, ses suites bariolées de mots anglais, de noms de marques de commerce et de métaphores kitsch, pour la plus haute provocation.Non que ce second recueil d’un nouveau poète soit exempt de tout défaut.Si les titres des trois grandes parties (Le train.L’amour assassin; Quai 1, Quai 2, etc ; Gare à l'aube) laissent voir un ferme souci de composition autour du motif du train, l’organisation interne des sections manque parfois de constance.Tremblay, qui est d’abord homme de théâtre avant d’être poète et romancier (1), privilégie une pluralité de langages plutôt que la continuité formelle.Ça se défend, puisque chaque section du livre a son écriture : « Le train » offre de courtes proses quasi-narrratives; les « Quais » juxtaposent des strophes où alternent l’aphorisme, l’envolée, et la notation « scénique » ; Gare à l’aube lance un monologue versifié ininterrompu.Mais tout n’est pas également réussi; la parole cherche encore un peu sa voix propre.Par rapport au recueil précédent (La place des yeux (2)) qui explorait une relation de domination dans un langage trop appuyé et explicite, Gare à l'aube marque néanmoins un net progrès vers la densité, et parvient dans ses moments les plus forts à une belle tension entre dureté et lyrisme.La meilleure partie est à cet égard la première.Sans vraiment raconter, elle laisse percer en bribes l’argument suivant : un homme, après avoir tué (symboliquement ?) son amant, fuit dans le train.L’ambiguïté du propos crée une atmosphère angoissante : on ne sait pas si l’homme va vers la mort ou la fuit; s’il va au bout de lui-même ou cherche à s’oublier; ou si le meurtre et la fuite ne sont pas une quête paradoxale pour atteindre le disparu ; « Bientôt, le train m’aura consommé.Le regard ne sera plus qu’une chose à côté de l’oeil, bagage scandaleux.Qui, sinon l’ultime, et épanchement entrera alors en gare ?Qui, sinon toi, débarquera ?» La forme de cette partie — proses aux phrases brèves, qui courtisent la narration en l’esquivant — ne déroutera pas le lecteur rompu à la poésie québécoise récente, qui l’a abondamment pratiquée, pour le meilleur et pour le pire.Tremblay maîtrise les valeurs lapidaires et allusives communément attribuées à ce style, que d’autres n’atteignent pas : le couperet des phrases tombe juste pour marquer la dureté et remuer tout un halo de non-dit.Les figures de style s’intégrent à des réseaux de sens étroitement tissés, pour nous faire éprouver « physiquement » le morcellement et la dépossession du fuyard : des parties du corps, des morceaux de vêtements semblent agir comme détachés de celui qui parle : « Mes épaules déraillent » ; « mes vetements ne suffisent plus à raconter la saleté, la fuite, la fixité.» La seconde partie est moins homogène, plus discontinue, et le lecteur aura à recoller lui-même les morceaux.Il devrait pourtant être ébranlé par la lucidité cruelle de certains aphorismes où chair et pensée se conjuguent : « l’odeur de la bouche / devance la mort » ; « on ne m’a pas appris ceci / l’intimité de l’objet / demeure la planète la plus éloignée / l’agonie l’aperçoit ».Et il se laissera sans doute atteindre par le lyrisme des quelques strophes qui s’agencent autour de leitmotives, comme celui du baiser, qui « ne se forge pas ».Quand l’écriture renonce à son style ramassé, on a droit à telle métaphore hasardeuse : « à observer le match de l’opaque • ou à tel cliché de notre poésie nationale récente : « la certitude dévaste l’intime ».On trouve aussi de longues accumulations de « flashes » (images, ou notations à syntaxe identique, juxtaposées) : ce procédé, qu’aimaient les surréalistes, donne un effet lyrique de litanie ou de martèlement, mais sa sur-utilisation par nos poètes en a fait une forme rhétorique un peu facile.Les quelque cent vers qui composent le finale Gare à l’aube sont tous forgés sur ce principe, et cèdent au déversement : la tension y est perdue au profit de la monotonie engendrée par la répétition des structures et l’éclectisme sans nécessité des notations.Un tel monologue passerait sans doute mieux à l'oral, au théâtre par exemple.Bien qu’inégale, la poésie de Tremblay a pour qualité de se fonder sur une véritable nécessité, que ces vers résument : « pour m’être / j’ai besoin du besoin / je ne le pardonne pas / à Ce qui me sert de monde ».Un excuse aisément quelques faiblesses à qui ne se contente pas de séduire par les bons sentiments mais ose en affronter la part sombre et douloureuse, sans pathos ou exhibitionnisme outranciers.(1) Il a récemment publié un récit, Anna à la lettre C, Montréal, les Herbes Rouges, 1992.(2) Laval, Éditions Trois, 1989.L’indicible mystère du désir LE MYRTE ET LA ROSE Annie Messina Traduit de l’italien par Jocelyne Sephord et René Marx Viviane Hamy, 1992, 181 pages Francine Bordeleau DES MYSTIFICATIONS, la littérature en offre (et en permet) de toutes sortes.Ainsi Annie Messina, publiant en 1982 Le myrte et la rose, son premier roman, et craignant qu’on ne lui reproche de miser sur le nom d’un écrivain célèbre en Italie (celui de sa tante Maria Messina), se rebaptisait « Gamila Ghâli».Le pseudonyme, exotique à souhait, collait si bien au récit que d’aucuns affirmèrent qu’on avait retrouvé là un conte inédit des Mille et Une Nuitsei d’autres, qu’il s’agissait d’un grand classique de la littérature arabe.L’éditeur entretint le mystère et laissa les Italiens se jeter sur ce roman qui les envoyait se promener quelque part dans l’empire islamique, à la fin du Ville siècle.Pour Ghâli/Messina, auteure friande de symboles, le myrte représente le très beau et très mâle prince Hamid el-Ghâzi, qui règne sur un petit état des montagnes; la rose c’est Shahin, un esclave révolté, magnifique et à peine pubère que découvrira Hamid chez le marchand Boutros.Dès qu'ils s’aperçoivent dans la sordide arrière-boutique du marchand d’esclaves, Hamid et Shahin se reconnaissent mutuellement comme étant l’un pour l’autre le parfait objet du désir.Chacun vient de trouver, c’est transparent, son Autre, celui que Freud et Lacan nous condamnent à chercher sans trêve et sans espoir jusqu’à la mort.Messina s’attaque à gros en bafouant l’un des principes les moins réfutables de la psychanalyse avec, qui plus est, le thème de l’homme mûr séduit par la beauté d’un adolescent.Apparaissant dans la mythologie (l’épisode de Zeus fou d’amour enlevant Ganymède pour en faire son échanson a même été immortalisé dans un tableau célèbre : Le rapt de Ganymède) et — abondamment — dans la littérature, le thème est presque usé.De toute évidence cela ne gêne nullement Messina qui ajoute à la difficulté en situant son récit dans une époque vers laquelle peu d’auteurs contemporains ont osé se tourner.Du reste Le myrte et la rose est presque une fiction du type « à la manière de » tellement tout — les fastes, les harems, la licence sexuelle, la barbarie, jusqu’à l’écriture de Messina — y rappelle l’univers si caractéristique des Mille et Les aventures d’un duo folichon LES FAINÉANTS Marco Lodoli, Paris, P.O.L., 1992, 100 pages Hervé Guay MARCO LODOLI enseigne dans un lycée de la banlieue de Rome.Si ses cours ressemblent le moindrement à ses livres, ses étudiants ne doivent as s’ennuyer.Car, il a de la fantaisie revendre, le tout agrémenté d’une nostalgie tenace aussi bien qu’aérienne.Après Chronique d'un siècle qui s'enfuit, il nous sert un autre beau livre, de ceux qui consolent des pires étés.S'y retrouve Lorenzo Marchese qui porte bien ses 70 ans et à qui on donne de temps en temps du « monsieur le marquis », vus son patronyme et son allure, et tant les restes sont encore agréables.Or, Marchese tente de chasser l’ennui et la routine, lesquels le gagnent peu à peu depuis le décès de sa femme Caterina, une gigantesque basketteuse.Sa route croise alors celle de Ga-bèn, un Africain baratineur qui nourrit mille projets plus insensés les uns que les autres.Et hop ! finie la morosité.Le veuf accompagne dès lors le grand Noir dans ses desseins les plus téméraires jusqu’à ce qu’il revoie son épouse Caterina au terme d’un mémorable périple en car.En 100 pages, le duo, qui apparaît bancal de prime abord, loin de se disloquer, en arrive grâce à de faux billets à mener la vie de pachas, dans une boîte de nuit de dernière catégorie, admettons-le.Mais là, coqueluches admirées des fainéants qui y traînent, ils pourront au moins aller jusqu’au bout de leurs rêves, faisant fi des assommantes contingences matérielles.Le talent de Lodoli consiste à faire glisser lentement son intrigue vers le merveilleux, pour ainsi dire, au compte-gouttes.Une petite surprise ici, un détail insolite là et ça y est.Il n’y a plus rien à l’épreuve de Lorenzo et de Gabèn.Le lecteur cède et lui aussi entre dans la fête et se prend au jeu.Peu lui importe que les coupures brandies par Gabèn arborent des petits éléphants rouges et bleus ou des cigognes jaunes et blanches, Lodoli a déjà gagné la partie.Tout lui est permis.Gabèn peut bien répondre au patron qui lui demande si ses faux billets de banque sont valables cette répartie évasive : « Voilà mon costume, voilà mes amis et voilà mon argent ».Notre hâbleur en a vu d’autres, et le meilleur est encore à venir.Le meilleur, c’est cette finale digne d’un film de René Clair.Encore là, Lodoli amène finement le grand départ de Lorenzo, au sein d’un songe empreint d’une douce mélancolie.Il s’agit pourtant d’un trajet de car, mais si léger, si innocent que ce passage vers l’au-delà se laisse traverser avec le sourire.Beau point final à des aventures déjà bien sympathiques.Montréal sourit aux touristes, pni Gouvernement du Québec Dites-leur BonjourI M du Tourisme Une Nuits.Mais l'époque n’est que prétexte.Ce dont parle ici Messina, c’est de l’amour absolu, cet amour qui, malgré le désir que peuvent éprouver les deux protagonistes, se situe bien au-delà de la satisfaction sexuelle.Même que pour madame Messina, le « passage à l’acte » ne saurait que dépraver (et pire : détruire) cet amour extraordinaire.Le myrte et la rose relève davantage du questionnement métaphysique que de la fiction stricte.Le propos de Messina est grave et son récit, déconcertant.Mais pas sans défaut.C’est que rien n’est plus difficile à écrire que l’indicible entre les êtres.Messina s’y risque et c’est méritoire; elle s’y brûle un peu, aussi.Mais au bout du compte, nous avons là une conception si peu banale de l’amour qu’il faut aller y voir.MONTRÉAL Photographies de Michael Drummond Présentation de Michel Tremblay Album photographique 133 planches couleurs 28 cm x 30,5 cm L'écrivain et le photographe, unis dans une aventure commune, révèlent au Montréalais, prisonnier de son regard, une ville c/u 'il avait oubliée.148 pages/29,95$ En vente chez votre libraire En vente chez votre libraire au François Dollier de Casson Nouvelle édition critique annotée de Marcel Trudel et Marie Baboyant Cahiers du Québec/ Documents d'histoire n» 99 Les 30 premières années de la fondation de Montréal racontées par un historien de l'époque.346 pages / 28,50 $ À PARAÎTRE Montréal 1642-1992 ouvrage collectif dirigé par Jean-Pierre Duquette ( laitiers dit Québec / Album n" 104 21,5 cm x 28 cm De 1.1 fondation de Ville-Marie jusqu'à aujourd’hui, cet ouvrage, très largement illustré en noir et blanc retrace les grandes étapes de l’évolution de la Métropole 3 travers les 350 ans de son histoire.À PARAÎTRE Montréal et ses peintres Kstlier Trépanier et I .atiricr l.acrnix (laitiers du Québec / Album n» 105 21,5 cm x 28 cm En plusieurs brefs segments, cet ouvrage s'attache, à l'appui d’une riche iconographie en couleurs, à relier l'histoire de Montréal à celle des peintres qui l’ont célébrée dans leurs oeuvres.Prochainement chez votre libraire suut.i mmi l.'lnpniilismr JARDIN A LA PORTEE DE TOUS NIMIER ¦ POING MORT de Nina Bouraoui Pour fuir la vie trop débordante de rires, une femme a choisi de devenir gardienne de cimetière.Un roman noir et violent écrit par l’auteur de La Voyeuse interdite.102 p„ 19,95$ LE SCULPTEUR DE FEMMES de Lisa Bresner C’est dans la Chine du XVIIe siècle que nous transporte ce premier livre d'une jeune romancière française de vingt et un ans, digne héritière de Georges Bataille.77 p„ 16,95$ lllplr III L'OFFRANDE DES YEUX L’HYPNOTISME de Marie Nimier Pour la jeune Cora, le grand jeu consiste à hypnotiser tout ce qui bouge autour d’elle.Seulement les jeux d’enfants deviennoiit moins innocents lorsqu’on a dix-huit ans.275 p„ 27,95$ * TEXACO de Patrick Chamoiseau Voici enfin, écrit dans une DANS IA VILLE I langue magique ' au rythme savoureux, le grand livre des espoirs et des désespoirs du peuple antillais du temps des chaînes à celui du développement moderne.433 p., 34,95$ LE PETIT SAUVAGE d’Alexandre Jardin Un livre qui ne pouvait être écrit que par l’auteur du Zèbre.Jamais Alexandre Jardin n’était pourtant allé aussi loin.Il signe ici certainement sa création la plus originale.228 p., 24,95$ LA RENTREE ROMANESQUE ( III IK Hill s\ III 111 11(1 UN CIRQUE PASSE de Patrick Modiano À travers une série d’énigmes qui s’entrecroisent, une histoire d’amour se dessine empreinte d’un charme qui hante le lecteur pendant très longtemps.153 p., 24,95$ I \ I Mini nxxi L’arrivée d’une étrangère vient troubler la vie paisible des habitants d’un petit village des landes du Yorkshire.Personne ne sera épargné dans cette histoire digne des sœurs Brontë! 153 p., 24,95$ CHERCHER SA DEMEURE de Sylvie Doixelet C-8 ¦ Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 IftallKliff mu ni * Hiirlcvenl LIRE INCHALLAH d’Oriana Fallaci Trois mois d’enfer vécus par une garnison italienne dans Beyrouth assiégé.Est-ce vraiment la mort qui l’emporte sur la vie?éditions Gallimard, 638 p., 32,95$ Oriana Fallaci ii mn Mit «a: ALEXANDRE JARDIN LE PETIT SAUVAGE d’Alexandre Jardin Un livre qui ne pouvait être écrit que par l’auteur du Zèbre.Jamais Alexandre Jardin n’était pourtant allé aussi loin.Il signe ici certainement sa création la plus originale.éditions Gallimard, 228 p., 24,95$ hollo rmmlt LE CLEZIO ETOILE ERRANTE de J.M.G.Le Clézlo Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne n’auront échangé qu’un seul regard et leurs noms.Séparées par la guerre, elles ne cesseront plus de penser l’une à l’autre, éditions Gallimard, 340 p., 29,95$ UN CIRQUE PASSE de Patrick Modiano À travers une série d’énigmes qui s’entrecroisent, une histoire d’amour se dessine empreinte d’un charme qui hante le lecteur pendant très longtemps.éditions Gallimard, 153 p., 24,95$ CANDY STORY de Marie Redonnet Roman policier, roman de mœurs, mais surtout roman d’amour, Marie Redonnet a une manière toute à elle de raconter les désastres.éditions P.O.L., I38 p., 22,95$ l \ i.HIOlI pissi: Candy Story REDONNET RÉPLIQUES de Françoise Sagan Françoise Sagan évoque l’amour, l’amitié, l'argent, l’écriture, les êtres et la vie.Un certain regard, le sien, lucide, sincère, attachant.éditions Quai Voltaire, 126 p., 22,95$ UtAN«,OISF.SAGAN Répliques H de Un Haire-Sargeant Depuis plus d’un siècle une question n’a cessé de hanter les lecteurs des Hauts de Hurlevent: où donc Heathcliff a-t-il disparu pendant trois ans?Lui seul pouvait nous livrer son secret, éditions Pygmalion, 305 p., 29,95$ LIRE 'SS “V .W îljï M LOIS È , • le plaisir des ivres Diable amoureux LETTRES FRANCOPHONES L’HOMME AU BÂTON, roman, Ernest Pépin Gallimard, 1992, 161 pages Lise Gauvin L’ALLÉGRESSE du style, la vivacité, l’humour, telles sont les qualités de cet étrange récit, le premier d’Ernest Pépin, auteur guadeloupien qui s’est mérité en 1990 le prix Casa de las Americas pour son recueil de poésie Boucan de mots libres.Le titre déjà, L’Homme au bâton, est tout un programme.Ce personnage légendaire qui hante les rues et les maisons, engrosse les filles après leur avoir procuré un intense plaisir, ou parfois attaque sauvagement les femmes et les tue, qui est-il ?Un psy-copathe, un fantasme, un alibi, un exutoire, un diable amoureux ?À moins que ce ne soit simplement l’archétype du macho car, comme le dit une sage grand-mère : « Tous les hommes sont des hommes au bâton.» Les apparitions soudaines de cet homme et la peur qu’il génère sont l’occasion pour le romancier de se lancer à sa poursuite dans le secret des alcôves et les intrigues les plus rocambolesques.Telle celle de l’inspecteur de police qui, pour mieux appâter le séducteur, décide de se transformer en travesti.L’occasion aussi — et c’est là le véritable sujet du livre — de donner libre cours à une enquête sur les moeurs et coutumes de la Guadeloupe d’une certaine époque.La perspective ethnographique n’est pas absente de ce roman qui livre en vrac, grâce au prétexte fourni par le mystérieux personnage, des renseignements sur les lieux, les rites, les croyances en même temps qu’une vaste galerie de portraits hauts-en-couleur.On y apprend ainsi qu’un curieux commerce existe entre le monde des morts et celui des vivants et que les premiers ont mille espiègleries dans leur sac : « De temps à autre, lassés d’être sans forme, désireux de goûter à nouveau aux plaisirs de la chair, ils se réincarnent.Us choisissent un ventre de femme qu’ils arrondissent neuf mois durant avant de passer une tête étonnée par la fenêtre de la vie.Ils refont le parcours, descendent à nouveau le fleuve du temps, éblouissant au passage leurs contemporains de leurs éclats de vie.» On y apprend aussi que les Canadiennes ont une réputation toute spéciale en Guadeloupe car dans les rituels de certaines danses, elles « s’abandonnent gaillardement en répondant coups de rein par coups de rein jusqu’au moment du charroi ».À quelle époque exactement situer ce récit ?S’agit-il d’un passé révolu, All B ATON ressuscité par la seule magie du conte entendu au pied du gohavier : « Le cyclone a bien essayé d’arracher notre arbre-à-rêves mais il a dû reconnaître sa défaite et aujourd’hui encore, alors qu’on a tout oublié de l’Homme au Bâton, le goyavier est là pour recueillir nos rêves.» Ne s’agit-il pas plutôt d’un moment de transition culturelle, une sorte d’époque charnière entre l’ancien et le nouveau, la campagne et la ville, la tradition et le modernisme, l’oral et l’écrit ?Moment de transition que pourrait symboliser la Place de la Victoire de Pointe-à-Pitre, point d’observation privilégié et lieu de palabres par excellence : « Mais nous n’aimions pas l'écrit.L’écrit demeurait affaire de loi, d’église et d’école.Nous préférions le bouche-à-oreille, la radio bois-patate et les grandes palabres sur la place de la Victoire.Le ti-banc du conteur nous asseyait sur le dos du songe et nous naviguions dans la parole, marins perdus cherchant la formule magique du salut.» C’est d’ailleurs grâce au rêve, à l’exagération, à l’outrance amusée, au renversement ludique qu’Ernest Pépin évite le piège de l’inventaire et du pittoresque.Romancier antillais publié chez Gallimard et adepte, comme les Chamoiseau et Confiant, du métissage des cultures et de la créolité, il doit négocier sa langue au plus près s’il ne veut devenir un « nègre à grand français » comme on en trouve dans son récit.Le résultat est parfois étonnant, puisque certains mots, expressions ou phrases entières écrits en créole sont expliqués en notes au bas de la page et d’autres pas.Les procédés sont multiples, suscitant la collaboration active du lecteur.Mais l’appareil explicatif comme tel reste léger et ne détruit pas le véritable plaisir que l’on prend au tournoi de paroles et au rythme endiablé des scènes de ce récit qui, en dépit de l’attente créée par le titre, a remplacé le registre de l’horreur par celui du rêve et de la joyeu-seté.L’auberge espagnole de 1492 1492 « L’année admirable » Bernard Vincent Aubier, 1991, 225 pages 1492 Les aventures de Juan Cabezon de Castille Homero Aridjis Seuil, colL « Points Roman », 1992, 367 p.1492 Mémoires du Nouveau Monde Homero Aridjis Seuil, 1992, 482 pages Francine Bordeleau EN 1892, année du 400e, c’était clair : don Cristobal Colon était encore un héros.Puis il est devenu un salaud mégalomane, puis une sorte de demeuré exploite par ses Majestés très catholiques Isabelle et Ferdinand, puis encore un héros, mais romantique cette fois, un homme aux rêves trop grands parti sur la route des épices chercher de l’or et qui s’adresse à Dieu lui-même pendant que tanguent sur l’Atlantique ses caravelles Collection CIRCONSTANCES RETOUR » «ni'- Constantin STOICIU LE ROMAN DU RETOUR Le Printemps européen II (Roumanie) 196 pages 15,95$ Sylvain RIVIERE LES PALABRES DU ul —If Jt*!¦• ' .V-j »wm.VIEUX PROCULE A DESIRE (III) 82 pages 12,95$ Caroline Bayard, Pierre Bertrand, Bogdan Cugu, Alberto Kurapel, Axel Maugey, Gina Stoiciu EXIL ET FICTION Série Humanitas littéraire 4(27) 136 pages 14,95$ 5780, avenue Detelles, Montréal, Québec, Canad«i H35 2C7 Commandes téléphoniques acceptées (514) 737-1332 Christophe Colomb (disons).Maintenant que nous sommes en pleine commémoration, à chacun de donner un sens aux voyages de Colomb.Et à chacun son interprétation de l’année 1492.Celle de Bernard Vincent n’est pas inintéressante.Vincent est un spécialiste de haut niveau de l’histoire de l’Espagne musulmane et de la Reconquête, ce qui est évident dans l’essai qu’il nous livre ici.En 1492, analyse l’historien d’en- trée de jeu, le centre de l’Europe (le nombril du monde, littéralement), c’est l’Espagne.Le temps glorieux de l’Italie est révolu, celui de la France et de l’Angleterre n’est pas encore advenu : l’histoire se fait dans la péninsule ibérique.Que Colomb soit parti cette année-là pour le Nouveau Monde n’a rien d’un hasard : une foule d’événements signifiants convergent en 1492, et le voyage de Colomb n’aura été que le plus spectaculaire.Pour Isabelle et Ferdinand, que l'ensemble de la chrétienté appelle les Rois Catholiques, 1492 commence le 2 janvier, date à laquelle l’émir Boadbil signe, après 10 années de guerre, la reddition de Grenade, capitale du dernier État musulman d’Espagne.Les vainqueurs se montrent magnanimes : les vaincus conservent leurs biens et leur dignité.et sont diplomatiquement invités à vider les lieux.En même temps les Juifs sont expulsés d’Espagne; l’Inquisition persécute ceux qui restent et les conversos, ceux qui se sont convertis au catholicisme.En 1492, l’Espagne des trois religions a fait son temps.Autre événement signifiant cette même année, qui montre bien, selon Vincent, que l’Espagne s’est irrémédiablement engagée sur la voie de l’impérialisme : le linguiste Ne-brija présente au couple royal sa grammaire castillane, la première grammaire écrite dans une langue vernaculaire.Au XVe siècle, c’est une véritable révolution puisque les grammaires n’étaient écrites qu’en latin, la langue de l’Empire.En Espagne, l’air du temps est au mouvement : à cause de l’émigration obligée des Juifs (mais l’Europe tout entière semble saisie d’une frénésie migratoire : le Génois Christophe Colomb, qui débarque un beau jour en Espagne, en est le premier exemple), de la volonté d’expansion de la religion catholique.L’Europe est trop petite et se tourne, Colomb en tête, vers l’Atlantique.C’est ce moment que reconstitue Les aventures de Juan Cabezon de Castille, la fiction historique de l’écrivain mexicain Homero Aridjis.D’abord paru en français en 1990, puis réédité cette année dans la collection « Points », ce roman relate les péripéties vécues depuis sa naissance par Juan, le héros et narrateur, dans la très catholique Espagne du XVe siècle.Des dialogues sentencieux et étourdissants viennent parfois gâcher le plaisir mais le récit, qui fait par moments penser au Cent ans de solitude de Marquez, a de ces envolées ! Cette Espagne où pullulent les enfants illégitimes, les bandits de grands chemins, les bordels comiquement sordides, les moines illuminés de l’Inquisition est en vérité fascinante à lire.Récapitulation de la saga de l’expulsion des Juifs d’Espagne, Les aventures de Juan Cabezon de Castille s’achève le 3 août 1492 alors que le héros, qui vient de retrouver sa femme juive après l’avoir cherchée pendant des années, embarque sur la Santa Maria aux côtés de Colomb.Les Mémoires du Nouveau Monde s’ouvrent sur la conquête de l’Amérique.Juan reste au Mexique.Témoin plutôt qu’acteur, il assiste à la rencontre de Cortés et de Moctezuma, à la destruction de l’empire aztèque, à la sauvagerie de ses pairs en quête de trésors.Dans ce récit qui prend valeur d’épopée, on retrouvera Cortés et Colomb bien sûr, mais aussi les protagonistes, réels et imaginaires, de la Conquête, des ascètes fous de Dieu, des chefs « indiens » aussi sanguinaires que les Espagnols.Juan rêve d’un Mexique métis; il devient la mémoire vivante, le chroniqueur du Nouveau Monde.Comme le fait un peu tout le monde depuis quelques temps, Aridjis nous montre la Conquête avec un regard sympathique aux Aztèques.Cette vision et ce thème se rapprochent de ceux de Le Clézio qui, en 1988, nous avait donné Le rêve mexicain ou la pensée interrompue (Gallimard), un essai quasiment lyrique, parfois d’un manichéisme agaçant mais généralement passionnant.Aridjis évite heureusement la mièvrerie et la démonstration didactique et nous livre ici, sur la baroque folie du monde, une fiction débridée et grave où ça bouge comme on aime.•» * \ V * » \ * * \ IÏRFRTF Æmmtm A.A-J J§> v ML.MLmJk Alexis l.efratiçois Marilu Mallet Elisabeth Voiüirburg (lilies Cyr Imi Suint-Martin Jean Pierre Girard Oah Chang Nicolae Popescu Flora Balzano Pierre Milol 202 I 8872 3 Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 ¦ C-9 • le plaisir des ivres Le vrai roman de Jacques Copeau Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes d’adresse.N’aura jamais sa station de métro.IL Y A des noms qui, malgré l’ampleur du rôle joué par ceux qui les portent, dans la litterati les portent, dans la littérature, dans le théâtre, demeurent inconnus du grand public.Jacques Copeau est un de ceux-là, qui dort au service des écartés de la gloire, parmi ceux qui se sont trop occupés des autres pour avoir trouver le temps d’écrire son passeport pour la gloire, ne serait-ce qu’un roman de 100 pages.Copeau, Jacques, 1879-1949, parti sans laisser Dans les conversations des gens de théâtre, les plus âgés, on parle parfois de Copeau et du théâtre du Vieux-Colombier.Le nom de ce théâtre parisien, que l’on s’apprête d’ailleurs à réouvrir après restauration, a laissé la trace d’un grand respect, d’une espèce de piété théâtrale.Le père Legault l’avait fréquenté, Guy Provost l’a connu.Mnouchkine poursuit le travail de ce pionnier du théâtre civique.Chez les vieux liseurs, on sait que c’est Copeau qui a fondé la NRF, mais on aime mieux dire que c’est André Gide.C’est que Copeau n’a pas inscrit son nom dans l’or des lettres ou le cuivre des académies, même s’il a été le fondateur de ces deux grandes institutions du siècle, NRF et Vieux-Colombier; il était critique dans des feuilles théâtrales et avait du nerf en écrivant que Chanteelerc d’Edmond Rostand était « une misérable chose » ; il bossait dans une galerie où passaient le vieux Monet, « avec un visage cuit par le grand air », et le vieux Degas, « qui a un sourire qui circule sous sa peau » ; c’était le grand ami d’André Gide et il fut l’un des trois agues à signer les papiers de fondation de la Nouvelle Revue Française en 1908; il devint metteur en scène parce qu’il lisait Shakespeare et eut l’idée en 1913 d’ouvrir un théâtre dans la salle paroissiale Athénée-Saint-Germain, rue du Vieux-Colombier; il mit sous Un Modiano des dimanches soir Lisette /WORIN ?(Le feuilleton UN CIRQUE PASSE Patrick Modiano, Paris, 1992, Gallimard, 152 pages.PARCE qu’il a été longtemps en pension, parce que sa mère était comédienne, et qu’il la rejoignait après le spectacle, le héros du dernier Modiano est hanté par les dimanches soir.« Je me suis rappelé, peut-on lire à la page 87, ces dimanches soir ou je traversais Paris à pied, de la Rive Gauche à Pigalle, et l’enseigne lumineuse au bout de la rue Notre-Dame-de-Lorette, rouge, puis verte, puis bleue ».De dimanche soir à ce « samedi soir » où « dehors, l’air était aussi tiède qu’un samedi soir du printemps », on ne peut compter toutes ces allusions à cette heure de la fin du jour où le garçon de 18 ans, un peu paumé, abandonné par un père réfugié en Suisse et une mère en tournée théâtrale en Espagne, se sentirait seul sans la compagne que le hasard lui a donnée : une certaine Gisèle (ou Suzanne), plus âgée et sans aucun doute plus avertie et qu’elle présente comme son frère à des amis, ou protecteurs, plutôt inquiétants.« Nous formions un drôle de couple, avoue le narrateur, et nous devions avoir l’air suspect tous les deux ».On n’étonnera évidemment pas les inconditionnels de Modiano en répétant que l’atmosphère du dernier roman est trouble, que les lieux où ils se retrouvent, restaurants, appartements vidés de leurs meübles, et les interminables déambulations qui les entraînent du 5e arrondissement au 16e, du Bois de Boulogne jusqu’à la rue Desaix, vers les années 60, ressemblent fort aux errements des précédents romans, ceux qui parlaient plutôt des années 50.Patrick Modiano le Louvre.En face, la pointe de l’île iVei de Cité et le jardin du Vert galant ».Entre deux promenades, entre deux rencontres avec les « amis » de Gisèle, le couple fréquente les cinémas des quartiers, voit les films de l’époque, bien entendu américains.Il y a aussi des allusions au précédent locataire de l’appartement, un certain Maurice Sachs, innommé mais dont on parle toujours allusivement de « La chasse à courre ».De même, puisqu’il a fait des études de lettres, le jeune héros, presque encore un adolescent, évoque, toujours très imprécis, de stendhaliennes « Âmes sensibles ».Mais on ne retiendra guère ces repères, pourtant indispensables à l’art du récit modianesque, en étant, une fois de plus, j’aurais le goût d’écrire englué dans les rets indémaillables de la prose de Patrick Modiano.Que n’a-t-on dit, ou écrit, sur la magie de ce style, en apparence, si lisse, si facile, d’une lisibilité si complète qu’on ouvre un Modiano, pourquoi pas un dimanche soir ?et qu’on le referme, déçue que la magie fut si courte, avant même que la nuit soit totalement tombée ?Toujours extrêmement pudique, Modiano s’arrange pour que, gisant côte à côte sur le lit de l’appartement paternel, qu’il quittera bientôt, ni le garçon ni la jeune femme ne se livrent aux ébats pourtant si normaux de deux êtres jeunes.Elle quitte souvent sa jupe et son pull, elle est souvent nue mais rien n’indiquera au lecteur que le garçon est en proie au trouble amoureux.Il s’attache à sa compagne, la croyant menacée (on saura vers la fin qu’elle a goûté à la prison, pour des délits imprécis) et il lui propose même de l’accompagner à Rome où un antiquaire de ses amis lui a trouvé un travail dans une librairie.En attendant, ils vont d’un quartier à l’autre, elle récupérant un manteau de fourrure « consigné » chez une amie, ou un chien qu'ils traîneront à leur suite, lui continuant d’être fidèle à un certain Grabley, ami de son père en de plus heureuses saisons, et qui entretient une strip-teaseuse de très mauvais poil (le jeu de mots était trop facile.).Une voiture leur est prêtée, qu’ils utilisent pour les plus longues courses à travers Paris et dans la proche banlieue, pour se rendre notamment à Saint-Leu-la-Forêt où la jeune fille parle constamment d’aller retrouver ses biens; ceux qu’elle n’a pu emporter dans les deux valises désormais enfouies dans un cagibi de l’appartement qui donne sur « l’extrémité du pont des Arts et îeziM .LA RENTRÉE LITTÉRAIRE chez XYZ jAndré Vanassc, Avenue De Lorimier, 210 p., 17,95 Claude Belcourt, L’amour-macjuls, 174 p., 17,95 $J , Anne Elaine Olài^Ledésirdu roman, 216 p., 19,95 $) ¦ Frandne Picard, Silence.on tue!, 168 p., 14,95 $ Louis Hamelin,Cipm-% 430 p., 25,95$ j Lori Saint-Martin, L’autre lecture, 216 p., 19,95 $ Smmlhï^Uétrwiger dais toiis ses états, 192 p, 19,95$ contrat, au nez, Charles Dullin comme acteur, Louis Jouvet comme régisseur, des gens qui seraient beaucoup plus connus que lui plus tard, et aujourd’hui.Il a fait l’acteur dans des utilités, sur la scène de ce théâtre en demi sous-sol entre la rue de Rennes et le Bon Marché.On jouait Scapin sur un tréteau nu.Les frères Karamazov dans son adaptation.Mais c’est comme acteur de son époque que Copeau est important.Acteur et observateur, animateur, penseur.Un homme qui en cinq ans trouve le moyen de fonder la plus grande revue littéraire de son époque et, sans en avoir fait, de renouveler de fond en comble la mise en scène, dépouillant la scène des artifices.faisant passer le texte au premier plan, rompant avec le rea’ ealisme restrictif d’André Antoine.C’est pourquoi, aujourd’hui, la publication de son journal, 43 ans après sa mort, est de grand intérêt.Copeau a laissé un roman, une pièce de théâtre, c’est tout, oeuvres mineures qui ne font pas un écrivain.On connait « les Régistres du Vieux-Colombier», notes de la vie d’un théâtre.Mais voilà son journal personnel, Copeau mis à nu par lui-même.Vaste placard de ses pensées, de ses hantises, de ses amours, notées au jour le jour, scrutées, analysées, le miroir de son moi, grand autoportrait d’une vie d’homme.Inspiré et orgueuilleux, franc, angoissé et parfois trop sûr de lui.Toujours seul.La voilà l’oeuvre de Copeau, celle qu’il aurait voulu écrire sous forme de roman, qu’il reportait au lendemain et qui était là en train de se faire, sur sa table de travail, dans un train, un hôtel se formant petit à petit de jour en jour.Ün y trouve l’amour d’une femme, et l’attirance des femmes, les amitiés avec Gide, Ghéon, Jacques Rivière, le théâtre, la guerre 14-18, les bordels, les lectures, les enfants, les angoisses de mort, les voyages, les découragements, les petites trahisons, les confidences de Gide, Agnès Thomsen, sa compagne.Né dans le Faubourg Saint-Denis en 1879, à l’étage du magasin de boucles et agrafes de son père.Copeau vit une adolescence solitaire dans le Paris de Zola, il s’enfuit de son milieu; il sera autodidacte, et puis bel homme, beaucoup d’entregent et d’assurance, les hommes l’aiment; chaud lapin, il est insatiable de maîtresses (quatre à la fois, c’est courant, sans compter le bordel) mais il demeurera, union de toute une vie, l’époux infidèle et amoureux d’une seule et même femme, Agnès, sa Danoise.Dans ce Journal, que Copeau entreprend à 22 ans, le portrait d’Agnès est au premier plan, sa figure pathétique traverse l’ouvrage.Copeau a rencontré Agnès Thomsen en 18%.Il a 17 ans, elle en a sept de plus.Il lui écrit, elle lui écrit, il recopie ces lettres dans son journal, et nous suivons la progression de la plus incroyable entreprise de séduction, et d’amour sincère, jusque dans la crise et le désespoir, entre un homme et une femme.Copeau écrit : « Je ne serai vraiment seul et libre qu’uni avec toi ».Dans ce Journal on trouve un magistral profil d’André Gide.En novembre 1901, Copeau lit Les Nourritures terrestres, paru en 1897.« Douceur d’une inquiète fraternité reconnue », écrit-il.Us seront amis dès l’instant où ils se voient.Copeau note leurs conversations, les lettres de Gide, la tendresse de celui-ci pour la cousine Madeleine qu’il a épousée, et l’amour des garçons, les virées de G ide dans les établissements de bains, puis la vie à Cuverville dans, l’ordonnance d'un foyer entre ; J Madeleine et écriture, tartes aux ‘ ; fraises et rames de papier.! î ^ Copeau est bien placé pour nous; parler de Gide.Hétérosexuel, il ne Je juge pas, il l’aime.Il le conseille, ét.?on doit à Copeau une part des Cayçs du Vatican.On voit Gide surgir, ; ; repartir.Le romancier de La porte étroite est une queue de veau, qui court l’inconnu, qui accorde sa voix insinuante autour d’un détail avec • • une immense culture.Vif et fuyanlj Gide.Mais on ne trouve rien sur 1$; * fondation de la NRF.Lundi 19 ; ; octobre 1908, Copeau écrit que Gitife ; a rasé sa moustache.Il ajoute,', comme si c’était un détail : « nous ’ **.fondons La Nouvelle Revue • ' Française ».Même chose pour le Vieux-Colombier.On en apprend plus sur les actrices, ses maîtresses,-que sur sa conception de la mise en scène.Nous retournons aux Registres pour cela.Dans ce Journal, la vie de Copeau ; est devenue le vrai roman qu'il ; ; : * désespérait d’écrire.?Journal 1901-1948, Jacques Copéâû, 2 tomes, 1561 pages, collection « Pdur Mémoire», Seghers.Ubrcfft Eqxüshrr MW m ILdz a.- /• ELL iVA.Un roman historique de Louise Simard Le cirque passe — le titre lui aussi est sibyllin, puisqu’on ne verra décidément pas défiler cette parade foraine, mais qu’on apprendra que la troublante héroïne, aux deux sens du terme, fut mariée à un travailleur du Cirque d’hiver — ne se raconte pas.On arrête le commentaire, si laudatif soit-il, pour inviter à lire.Et à s’enchanter une fois de plus, en regrettant de n’avoir pu percer le secret de cette oeuvre, la plus mystérieuse mais en même temps la plus véritablement limpide de la littérature d’aujourd’hui.Nom: Louise de Ramezay Surnom: La Très Noble Demoiselle Origine: fille du gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay Existence: 1705-1776 Etat civil: célibataire, par choix Passion: la liberté Bilan: aucun regret Héritage: un pays à aimer.UNROMAN HISTORIQUE DE MEILLEUR CRU R .our découvrir une femme exemplaire de notre histoire Jour céder au charme du XVIIIe siècle lour tout oublier, le temps d’un roman sensuel et séduisant ! La Très Noble Demoiselle, do Louise Simard, Éditions LIBRE EXPRESSION 200 pages, 19,95$.IGNT Le romancier François Barcelo nous offre son douzième livre! Après Nulle part au Texas et Ailleurs en Arizona, Pas tout à fait en Californie est son troisième roman consacré aux mésaventures de BENJAMIN TARDIF aux États-Unis: un récit souvent loufoque, toujours vif et léger, avec une pointe de tendresse — et autant de méchanceté — envers cette Amérique à mi-chemin entre l’apogée et la décadence.Le nouveau périple de Benjamin Tardif pourrait être tout à fait merveilleux mais.Soutinelle deviendra-t-elle une star du grand écran?BENJAMIN écrira-t-il le scénario original que lui commande un producteur de remakes?Justin Case pour-ra-t-il sauver Benjamin du traquenard où l’a entraîné une superbe mais non moins dangereuse Marilyn Monroe?.luite et fin dans le tout nouveau roman de François 'Barcelo.Pas tout à fait en Californie de François Barcelo, paraîtra le 28 septembre prochain aux Éditions Libre Expression.Éditions Libre Expression 2016, rue Saint-Hubert Montréal H2L 3Z5 Sous la direction de Pierre Nepveu et de Gilles Marcotte Textes de: Michel Biron Jean-François Chassay Simon Harel Gilles Marcotte Ginette Michaud Pierre Nepveu Pierre Popovic ratin'- MONTRÉAL IMAGINAIRE Ville et littérature En librairie dès le 18 septembre Volume de 432 pages, 24,95$ 34fldêS .-• C-10 ¦ Le Devoir, samedi 12 septembre 1992 • leplaisirdes mes Divorce à la québécoise Robert SALETTI ?Essais Québécois MÉTAMORPHOSES D’UNE UTOPIE Textes recueillis par Jean-Michel Lacroix et Fulvio Caccia, Presses de la Sorbonne Nouvelle et Éditions Triptyque, 324 pages L’ÉTRANGER DANS TOUS SES ÉTATS Sous la direction de Simon Harel, X YZ, « Théorie et littérature », 186 p.LA CULTURE INVENTÉE Sous la direction de Pierre Lanthier et Guildo Rousseau, Institut québécois de recherche sur la culture, 360 p.COMME se le demandent avec beaucoup d’à-propos Jean-Michel Lacroix et Fulvio Caccia dans leur introduction à Métamorphoses d'une utopie, n’y a-t-il pas coïncidence historique dans le fait qu’un demi-millénaire après la découverte d’un continent qui fut longtemps son miroir et sa projection idéalisée, l’Europe cherche à toutes fins utiles à se « continentaliser »?La nation, dans le contexte actuel, est-elle encore pensable sans une forme quelconque de méta-nation ?Que faire des notions d’ethnie et de peuple quand les manifestations de xénophobie et de racisme se multiplient, en ex-Yougoslavie comme ailleurs ?Avec les frontières nationales soumises à rude épreuve économique, par la globalisation des marchés, et morale, par la pression des populations tiers-mondistes, la MÉTAMORPHOSES D’UNE UTOPIE ii question de la place réservée à l’étranger gagne chaque jour en pertinence.Exactement à la même époque l’an dernier, en levée de rideau, je recensais un ouvrage de Fernand Ouellet sur l'Éducation interculturelle.Un an plus tard, le même questionnement portant sur l’accueil de l’Autre peut reprendre de plus belle, sous des appellations différentes.Plutôt que d’interculturalisme, on parle cette fois, qui de pluralisme ethnique, qui de plurilinguisme, qui de transculture.Mais la réflexion est dans le fond la même : se dégager d’une vision ethnocentriste de la culture.Les trois ouvrages dont il est question aujourd’hui sont issus de colloques universitaires et les trois livrent le même constat, bien que chacun à sa manière : la culture et l’identité se réinventent sans arrêt et il serait prétentieux, voire dangereux, d’en réifier les caractéristiques ethniques ou linguistiques.Ainsi, pour sa part, La culture inventée propose un examen des « stratégies culturelles québécoises » qui ont eu cours aux XIXe et XXe siècles.Qu’il soit question d’institution littéraire, de sports, de l'école, des caisses populaires ou de publicité, la culture est ici dépeinte moins comme un héritage que comme une genèse.Qu’on parle maintenant de « stratégies » identitaires, sociales et économiques pour évoquer des réalités qu’on aurait appelées simplement « dimensions » il y a à peine 10 ans, est en soi significatif.En réalité, nonobstant la valeur intrinsèque de chaque article, l’ensemble est un peu disparate, comme c’est souvent le cas des recueils publiés par l'Institut québécois de recherche sur la culture.Je retiens néanmoins la perspective de départ qui suppose que la culture (québécoise, dans ce cas-ci) n’a pas « l'homogénéité, la permanence, ni même l’évolution linéaire que beaucoup lui attribuent ».Qu’une telle affirmation soit parrainée par le Centre d’études québécoises de l’Université de Québec à Trois-Rivières montre le chemin parcouru depuis les beaux jours de la « québécitude » et de la « québécité ».J’avoue par ailleurs qu’un ouvrage sur la culture québécoise qui commence avec une citation de Nietzsche flattent mes dispositions critiques.Qu’on en juge : « Être n’est qu’un avoir été ininterrompu, une chose qui se vit de se nier et de se consumer, de se contredire elle-même ».Il s’agit du même philosophe qui avait déclaré, en pensant aux politiciens sans doute, « Homme, ton destin n’est pas d’être un tue-mouche ! » La culture et l’identité ne sont donc pas des blocs homogènes, foi L'étranger dans tous ses états Enjeux culturels et littéraires tous la direction de Simon Hard d’universitaire.L’étrangeté, aurait dit Freud, n’est toujours que ce qui nous apparaît étrange.Deuxième titre au programme, L'étranger dans tous ses états représente, pour l’essentiel, les retombées d’un colloque au cours duquel il s’agissait de saisir les caractéristiques de cette « introjection de l’étranger » qui est au fondement même du processus identitaire.On le constate, l’approche est nettement psychanalytique.Pour Simon Harel, directeur de cette publication et auteur d’un essai remarqué ( Voleur de parcours) sur « l’identité et le cosmopolitisme dans la littérature québécoise contemporaine», l’étranger a une fonction de révélateur.Excentrique au sens littéral du terme, il est celui qui donne un sens à notre identité, qui l’altère, pour empêcher la familiarité complaisante.Grâce à lui, l’inquiétante étrangeté de l’autre fonde notre habileté à etre, au sens nietzschéen du verbe.Quant l’étranger « survient », comme dans le célèbre roman de Germaine Guèvremont, l’identité surgit.Hors d’elle-même, elle jaillit en quelque sorte.Dans un vocabulaire souvent marqué par la psychanalyse, L'étranger dans tous ses éta ts, qui se donne comme sous-titre « Enjeux culturels et littéraires », offre matière à réflexion, en particulier sur la question de la langue.Y est défendue, par exemple, sous la plume de Sherry Simon, la notion de plurilinguisme pour décrire le fait que la langue n’est jamais tout à fait une, que la langue est un passage, une suite d’énoncés toujours en instance d’être traduits (en une autre langue mais aussi en « autre chose »), que toute langue renvoie à une pluralité d’énonciateurs, de locuteurs, toujours quelque part étrangers l’un à l’autre et que d’avoir une langue commune, le franco-québécois disons, n’assure pas pour autant l’existence d’une communauté de valeurs.Fruit d’un colloque organisé par le Centre d’études canadiennes de Paris III et parrainé par le magazine québécois Vice Versa, Métamorphoses d'une utopie est, quant à lui, un recueil co-edité dans lequel on trouvera de nombreux textes traitant de culture, d’acculturation et, surtout, de transculture, ce concept créé par l’anthropologue cubain Fernando Ortiz dans les années 40 et relancé il y a quelques années par Vice Versa.Processus de transition d’une culture à une autre, impliquant une « déculturation » et une « néo-culturation », la transculture est, selon ses propagateurs, la base même de tout apprentissage de type culturel.En dépit, parfois, d’un certain ethnocentrisme critique qui consiste AUILT1BE à faire du Québec, perversement dirais-je, le paradigme de toutes les expériences culturelles ou politiques modernes, l’ensemble des contributions est de haute tenue.L’impression qui s’en dégage est que les rapports de la culture et de l’ethnicité, quelle que soit la manière de les aborder, devront de plus en plus tenir compte de deux phénomènes qui n’ont pas obtenu beaucoup de publicité durant les récentes négociations constitutionnelles et qui sont résolument liés l’un à l’autre : l’urbanisation et l’immigration.Quand on sait que l’accord de Charlottetown ne prévoit rien de précis pour l’immigration et que la ville est le parent pauvre de nos gouvernements, on peut se demander s’il n’y a pas là quelque chose qui ressemble à un divorce de la sphère politique d’avec la sphère culturelle ?Andrée MAILLET Achoses écrites Carnet 52 ON CROIT généralement que les fonds des écrivains du Québec déposés à la Bibliothèque Nationale y sont en parfaite sécurité.Il devrait en être ainsi pour répondre honorablement à la confiance que nous mettons dans la compétence de nos institutions culturelles.La Bibliothèque Nationale ne devrait .tolérer aucun manquement, aucune négligence.Les écrivains du Québec sont de bonne foi.Ils vendent leurs manuscrits, à l’occasion, ou ils les Quand il s’agit de dictionnaires à bien meilleur prix T le Petit Larousse I 1.I V s I K F.EN COULEURS MÎOOOrtciM 3M0«utframn» auwMMu Larousse IMMIJ nous I* »VYlnni#|H LT Prix ord.: 54,95$ Le Parchemin SS,955 DES MOTS AUX IDÉES DES IDÉES AUX MOTS Le livre indispensable À LA CRÉATION ET À L’EXPRESSION Prix ord.: 78,95$ Le Parchemin 58, S DICTIONNAIRE UEMumamsiiE I.WAV.Ii.FKAV AM » A •.: iiftn.iUiiiIi* French-English Anglais-Français HIM à H DICnONAlY/DICTtOHIUUtf ownuoe^NiWMMN rufcmn
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