Le devoir, 24 octobre 1992, Cahier D
3635 rue Saint-Denis, angle Cherrier 843-4308 Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 MARIE LABERGE A l’école de la passion Paule des Rivières Ail ANS, Marie Laberge écrit déjà des contes dans la cave chez elle.En secret.Seule sa soeur Francine, à peine plus âgée qu’elle, est dans le coup.Francine dévoré la prose de Marie, lui arrache les pages encore fraîches, en redemande.La lectrice a une seule objection, toujours la même, les fins de roman de Marie, trop raides.Mais pourquoi, nom de Dieu, faut-il que Marie fasse mourir le beau cavalier, ou qu’il s’enfuie avec une autre ?« Je lui disais : ‘S’il restait, y croirais-tu ?’.Elle s’écriait : ‘Oui, oui’.Et moi je lui répondais : ‘Que t’es donc niaiseuse’ ».« J’ai toujours eu, poursuit Marie Laberge, un sens des réalités, les réalités dures ».Écrivain du noir, incontestablement, il y a, dans les pièces de Marie Laberge, la prison de la solitude, de l’incommunicabilité et, souvent, la mort au bout du tunnel.Pourtant, Marie Laberge n’est pas triste.Rieuse, espiègle presque.Elle est toute contente parce que le double allongé qu’elle a commandé ce matin-là est exquis.J’aurais bien voulu la rencontrer chez elle, parmi ses objets et ses désordres, mais me suis heurtée à un refus sans appel.L’auteur préserve son sanctuaire.Ceci dit, il n’y a pas beaucoup de sujets tabous avec Marie Laberge.Demandez et l’on vous répondra, avec sérieux et application.Marie Laberge parle beaucoup mais ne dit pas n’importe quoi.Elle est aussi articulée que les personnages de ses piè- Marie Laberge ces ou ceux de son second roman, Quelques adieux, qui n’échappe pas à l’univers Laberge tout en étant bourré de plaisir et de poésie.Quelques adieux met en scène trois per- sonnages, Elizabeth, François et Anne, enferrés dans l’éternel triangle amoureux.« C’est une des choses les plus terribles que d’aimer deux êtres à la fois, d’un amour aussi fort, et de s’y déchirer.Rien ne permet cela, au niveau conjugal.La déchirure est inscrite au coeur de cette dialectique.Pourtant, comme le fait remarquer SOMMAIRE PHOTO JACQUES GRENIER François dans le roman, il n’y a pas de mal à aimer deux enfants à la fois, de manière différente mais aussi fort l’un que l’autre ».Voir page D-2 : Laberge Les folles aventures de Dirty Flotte Julie Doucet est un phénomène dans l’univers de la bande dessinée.Elle est femme (il y en a peu), elle est Québécoise, et elle fait un malheur à New York (où elle habite désormais) avec les aventures ineffables d’une héroïne qui répond au joli nom de Dirty Flotte.Pierre Lefebvre l’a rencontrée au 7e Festival International de la BD de Montréal.Page D-4 Parole de Québécois ! En cette veille de référendum, l’entente de Charlottetown, à défaut de susciter l’enthousiasme des foules, fait couler de l’encre chez les constitutionnalistes, observateurs et politicologues de tous poils.Robert Saletti a extrait d’ouvrages récents sur la question, moult citations ayant trait à notre hypothétique indépendance.Ex: « Le Canada est un État qui se cherche une nation et le Québec une nation qui se cherche un État ».Signé Raymond Barbeau.Page D-6 Michael Ondaatje, vous connaissez?LA SEMAINE DERNIÈRE, un écrivain canadien-anglais d’origine sri lankaise raflait à Londres le prestigieux Booker Prize.Le Québec s’est montré un peu ahuri à l’annonce de la nouvelle.Ici, on connaît mal Michael Ondaatje, comme on méconnaît la plupart des auteurs de l’autre solitude.Le romancier Daniel Poliquin (et traducteur de Richler) est parti avant nous sur les traces de l’écrivain du Blues de Buddy Bolden.Daniel Poliquin MAI 1988.Remise du prix Trillium, première distinction littéraire de l’Ontario, sous la présidence du patricien David Peter-son, gouvernant provincial du temps.ICaché derrière une plante, moi-'même, finaliste à la bouche en coeur et à l’absurde candeur.L’enveloppe est déchirée, le nom du gagnant sort : c’est Michael Ondaatje ! Le beau monde applaudit d’un air entendu : bien sûr que ce serait lui, qui d’autre ?.Un membre du jury, consolant, me souffle que je n’ai manqué le prix que d’une voix, Ondaatje était trop fort, la prochaine fois.Ayant repris mes esprits, je lui demande : « Vous pouvez me dire qui c’est, Michael Ondaatje ?» Commence alors mon long voyage au bout du roman canadien-anglais, qui n’avait été pour moi auparavant qu’une terre inconnue sans intérêt, et Dieu sait que j’étais richement entouré dans mon dédain ignorant.Après tout, feuilleter John Irving dans le texte tout en méconnaissant volontiers une Mavis Gallant, c’était assurer un sentiment de supériorité à peu de frais.À la décharge de tous, on n’entre pas dans le roman du Canada anglais comme on fait l’obligatoire passage par le roman russe ou la rituelle lecture extasiée du roman sud-américain.Pour ma part, cent cinquante livres plus tard, je ne compte plus les belles découvertes qui ne doivent rien au ridicule devoir d’unité nationale.Non seulement Alice Munro, Matt Cohen, Margaret Lawrence, mais aussi quelques noms moins connus qui gagneraient à l’être.Si la même aventure vous intéresse, je conseille de commencer par Ondaatje.Tout le monde connaîtra un jour Michael Ondaatje, ce beau brahmane torontois au nom vaguement hollandais, grand avaleur de prix littéraires.Le Gouverneur général, rien que deux fois ; le Trillium, qui n’a volé à personne, j’en suis témoin ; et tout récemment, avec L’Homme flambé qui paraîtra cet hiver en français, la moitié du Booker Prize : la récompense littéraire britannique la plus convoitée qui soit, et pour laquelle certains de ses contemporains canadiens se sont livrés à des bassesses qui font encore ricaner.Une seule distinction lui a échappé de justesse : le Ritz Hemingway Hotel Award, le Nobel du roman d’expression anglaise en 1988, que le jury ne parvint pas à attribuer cette année-la, et où Ondaatje se trouvait en compétition avec nulle autre que Nadine Gordimer.Tout ça, sans jamais faire jouer de relations, ni même se fendre d’un déjeuner en ville, d’un ragot, d’une petite trahison aisément oubliable.Non, rien de tout cela.Que du talent, et que de talent ! Comme si ce n’était pas assez, c’est aussi un monsieur très gentil.Honnête au point de vous dire sans rougir qu’il ne lit pas le français, alors que ses concurrents torontois vous assomment de lieux communs : « Le français, j’aimerais tellement le parler, j’arrive à le lire, mais c’est si dur, et puis, vous parlez si bien l’anglais que.» Non, Ondaatje est ri goureusement lui-même et tout à fait charmant en toute circonstance : vous ne le surprendrez jamais à jouer dans les salons la comédie de l’albatros que ses ailes de géant empêchent de marcher.Un dernier mot avant la canonisation en règle.Il n’y a rien en lui de la hargne revancharde de ces écrivains d’Asie qui reconquièrent les métropoles anglo-saxonnes et qui rappellent, par leur domination de la langue coloniale, ces orateurs gaulois qui se firent maîtres de latin à Rome cent ans après la mort de Vercingétorix.Cet homme a-t-il un défaut ?Si je le connaissais assez, je vous dirais tout de suite lequel.Ce sera pour une autre fois.Bien sûr, il y a eu autrefois le prix Trillium, mais ça.Moi, j’ai cessé de lui en vouloir tout à fait le jour où j’ai entrepris de le lire.J’ai pardonné tout ce qu’on voudra depuis.Son oeuvre est un vaste poème où la moindre phrase est un vers, un chapitre une nouvelle parfaite.Cet homme sait tout faire.Un roman sur le jazz de Buddy Bolden dont la maîtrise du sujet aurait exigé une vie ou deux d’un moins doué que lui ; Dans la peau d'un lion, récit façonné dans la plus pure tradition du thème canadien-anglais de la ville qui s’élève, où il bat tous les maîtres du genre sur leur propre terrain ; et le meilleur, Un air de famille, voyage sentimental dans son Sri Lanka natal écrit dans une langue étincelante.Je n’ai pas lu son dernier roman, mais ça viendra.» » ¦» Michael Ondaatje PHOTO RONN RONCK h ut rus is i - HMH S 174 PAGES 14,95$ EDMOND ORBAN r Super état fédéral?Association d'états souverains?LE FEDERALISME ?EDMOND ORBAN Un livre actuel pour un débat ponctuel : celui du référendum.Un livre de réflexion sur un système politique mal connu : le fédéralisme.Le Fédéralisme ?Une lecture utile.Une lecture nécessaire.Par l'auteur de Un modèle de souveraineté-association ?Le Conseil nordique.EDMOND ORBAN FEDERALISM! Super état fédéral?Association d'états souverains?En vente chez votre libraire 6949 U Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 • leplaisirdes Odile Tremblay Bw.^ f a Entre les lignes J’AIME le fait divers.Il me semble que la folie humaine n’est jamais plus présente que dans ces quelques lignes d’un journal où s’étalent le meurtre d’un père, d’une mère, d’une enfant, d’une épouse.Comment ?Pourquoi ?En quelles circonstances des personnes en arrivent-elles à prendre un fusil, un couteau pour assassiner des intimes qu’elles aimaient, souvent ?Derrière tout drame familial, il y a des liens qui mettent des années à se tisser «’à l’étouffement, jusqu’à osion, avec leur charge de frustrations, d’humiliations, de rages, de jalousies, d’incompréhensions, de rancunes, de silences.Rien de tel qu’un bon fait divers pour nourrir l’imagination.On part de l’effet, on remonte à la cause, aux causes enchevêtrées plutôt.Remontée vertigineuse.Combien d’écrivains, de Dostoïevski à Simenon, en passant par Genet, se sont laissé inspirer par ces trous noirs dans lesquels l’univers de quelqu’un soudain bascule ?J’aime aussi Marcel Proust, qui est, loin devant, mon écrivain préféré.Nul mieux que lui n’a eu le courage de creuser en lui-même, pour chercher le crime dans son propre inconscient et se voir laboratoire de tous les monstres que tant d’autres se plaisent à renvoyer dans le miroir de l’autre.Le Mal, avec un grand M fascinait Proust.Au début du siècle, dans sa famille Au-delà du fait divers \( O.M I SSIÜ\ !>’t M 11 CM HI i I puritaine quoique libérale, fort de sa culpabilisante éducation judéo-chrétienne au sens strict du terme (puisqu’il est né d'une mère juive et d’un père catholique), il se torturait avec des faiblesses qu’il noircissait à dessein, se voyant, se voulant criminel.Proust à ses propres yeux, était un matricide.Ou du moins un profanateur de mère, comme il le laissait entendre dans la Recherche.Toute sa vie, il cacha à la sienne son homosexualité qu’il vivait comme une tare honteuse.Lui qui n’aimait personne autant que sa mère, ne pouvait trouver de plaisir sensuel qu’en la bafouant, en crachant sur sa photo, et peupla même le bordel masculin qu’il fréquentait avec les meubles maternels, en qui il croyait voir des juges muets et sans merci.Le fait divers, le drame familial sanglant ne pouvaient être pour Proust qu’une façon de pénétrer plus profondément en lui-meme pour mieux se retrouver dans le meurtrier « son semblable, son frère ».Étudiant, il avait d’ailleurs imaginé dans une nouvelle un brin naïve intitulée Confessions d'une jeune fille la mort d’une mère suffoquée au spectacle de sa fille en extase dans les bras de son fiancé.Celle-ci vient d’être rééditée au Castor Astral.On lui a adjoint Confessions d’un parricide, texte qui aborde onze ans plus tard un sujet similiaire avec beaucoup plus de maturité.Le 1er février 1907, Proust publiait dans le journal Le Figaro « Sentiments filiaux d’un parricide », une chronique brillante et stupéfiante, tirant son origine d’un fait divers.Un jeune homme de bonne famille, Henri van Blarenberghe, venait de poignarder sa mère, avant de retourner l’arme du crime contre lui.Or, Proust connaissait l’assassin pour l’avoir déjà fréquenté dans les salons et les dîners.Qui plus est, le jeune homme lui avait envoyé des missives fort touchantes à la mort du père de Proust.Ce texte magnifique est un chant d’humanité et de tolérance.Dans l’acte de folie meurtrière qui s’est emparé du jeune homme, Proust voit presque un geste d’amour, remonte aux sources des tragédies antiques, trascende le crime en l’apparentant à ceux d’Oedipe et d’Ajax.« J’ai voulu montrer dans quelle pure, dans quelle religieuse atmosphère de beauté morale eut lieu cette explosion de folie et de sang qui Stéphane Baillargeon BISBILLE dans le monde du livre.La librairie Champigny de Montréal a officiellement déposé une plainte auprès de Consommation et Corporations Canada, à l’endroit d’une de ses concurrentes, la librairie Renaud-Bray.Le litige porte sur une prétendue publicité mensongère parue dans La Presse le samedi 5 septembre dernier.La publicité comparait les prix de certains dictionnaires demandés par différentes librairies montréalaises (Guérin, Pilon, mais aussi Club Price.) en tentant de démontrer que Renaud-Bray offrait les meilleures aubaines.Champigny soutient que dans le cas de deux ouvrages, le Harrap's Shorter et le Robert & Collins, on a haussé ces prix de 3 $ à 9 $.L’affaire est à suivre parce que la publicité comparative fut très rarement utilisée auparavant dans ce secteur commercial extrêmement vulnérable, plus habitué à la concurrence fraternelle qu’à une telle guerre de prix.L’union fait la force CETTE FIN de semaine, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois demeure incontournable avec son Assemblée générale des membres et son Congrès d’orientation de l’Uneq.Cette réunion, la première du genre en 15 ans d’existence, se veut l’occasion de réfléchir sur les futures fonctions de l’Uneq: doit-elle élargir ou restreindre son membership, défendre les écrivains ou promouvoir la littérature, demeurer neutre ou s’engager socialement ?On y débattra aussi de questions littéraires (Montréal souffre-t-elle de régionalisme ?) et financières (comment l’Union doit-elle gérer le droit de reprographie ?) Le Congrès ouvert hier à Montréal au Holiday Inn Crown Plaza, se termine demain dimanche, à 15h30.Juste avant cette clôture, L’Assemblée générale annuelle élira les membres du conseil d’administration de l’Union.Ces gens participeront notamment à l’élaboration d’une politique de gestion de la toute nouvelle Maison des écrivains, officiellement inaugurée hier soir.Ce véritable quartier général de la littérature québécoise, avec bibliothèque, centre de documentation et salles de réunion, est situé au 3492, avenue Laval, en face du Carré Saint-Louis.Prix en sciences sociales LE PRIX Jean-Charles Falardeau de la Fédération canadienne des sciences sociales (FCSS) est attribué cette année à André Cellard du département de criminologie de l’Université d’Ottawa pour son livre Histoire de la folie au Québec (Boréal).Le jury a accordé une mention honorable à l’ouvrage À la recherche d’un monde oublie ( Le Jour), de Nicole Laurin, Danielle Juteau et Lorraine Duchesne du département de sociologie de l’Université de Montréal.Par ailleurs, le prix Harold Adams Innis est accordé à Joy Parr de l’Université Simon Fraser pour son livre Breadwinners : woman, Men and Change in Two Industrial Towns, 1880-1950(UTP).Cesdeux prix récompensent les meilleurs ouvrages savants en sciences sociales parus au Canada en français et en anglais.Nino Ricci à Montréal LEJEUNE écrivain canadien Nino us mutais a u situ MMIM! RECHERCHE US NOYAUX DCS GALAXIES LOINTAINES • LES RIIOZYMES LtTHNOiOGIi PRfHtSTOtIQUC • PSYCHANALYSE ET NCWOSaOKB La deuxième grande enquête sur les attitudes et les comportements des Français face au sida fait apparaître une progression de la tolerance et de la solidarité à l'égard des malades.également au sommaire: L'OPTIQUE ATOMIQUE L'ETHNOLOGIE PRÉHISTORIQUE LES QUASARS LA VIE SOCIALE DES RATS-TAUPES EN KIOSQUE • 5,95 $ OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT — UN AN: 55,00 $ + (TPS) + (TVQ) Je souscris à un abonnement d'un an (11 nos) au prix de 55,00$ + 7% (TPS) 8% (TVQ) = 63,56 $ Nom_____________________________________________________________________________________ Adresse_________________________________________________________________________________ Ville.- Code postal____________________________________ A retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, boul.Lebeau, Ville Saint-Laurent H4N 1S2 « Un délai de 6 à 12 semaines interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la reception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour un an à compter du premier numéro reçu » l’éclabousse sans parvenir à la souiller, écrit-il.J’ai voulu aérer la chambre du crime d’un souffle qui vint du ciel, montrer que ce fait divers était exactement un de ces drames grecs dont la représentation était presque une cérémonie religieuse, et que le pauvre parricide n’était pas une brute criminelle, un être en dehors de l’humanité, mais un noble exemplaire d’humanité, un homme d’esprit éclairé, un fils tendre et pieux, que la plus inéluctable fatalité -disons pathologique pour parler comme tout le monde- a jeté -le plus malheureux des mortels -dans un crime et une expiation dignes de demeurer illustres.» Sentiments filiaux d’un parricide a été composé dans la fièvre par le célèbre noctambule, entre 3 et 8 heures du matin, sans brouillon, ce qui n’empêche pas cette envolée lyrique d’être admirable de style et d’audace.Proust s’est défendu d’y avoir fait l’apologie du crime ( on le lui a pourtant reproché).Il a surtout cherché à montrer, comme dans toute son oeuvre, qu’un être humain ne constitue pas un tout homogène, mais une série de moi qui se connaissent à peine entre eux, que le coeur et la raison ont leurs intermittences, qu’ils sont parfois balayés par des forces occultes, supérieures, et que seul un esprit étroit, mesquin, peut se satisfaire de poser un jugement sans remonter à la source d’un crime pour le comprendre.?La confession d’une jeune fille, Marcel Proust, édition présentée par Patricia Iacopinelli, Le Castor Astral, 1992, 80 p.Nino Ricci Ricci sera à l’Université de Montréal pour une lecture publique le mardi 27 octobre à 16h30, au 3200 rue Jean-Brillant, dans la salle B-4290.Le récipiendaire du prix de Gouverneur Général en 1990 lira des extraits de son roman Les Yeux bleus et le serpent.On se renseigne au 343-7926.L Un EMC U Fit A»TJ «* J ROBERT LAFFONT QUID Robert Laffont/2028 pages Cette encyclopédie pas comme les autres a la prétention de tout savoir.Des exemples ?Il y a 415 barnabites dans le monde et 450 000 porcs en Ouganda.La Bulgarie produit 130 000 lave-vaisselle par an.Le métro de Dnepropetrovsk a 9 stations.À Paris, les frais de ramassage d’un mort sur la voie publique sont de 870 francs le jour, un peu plus la nuit.La Turquie a déclaré la guerre à la Roumanie le 30 août 1916.Le Quid donne aussi la liste des prix Nobel, la cote des cartes postales anciennes, l’histoire du char à voile, les chiffres de l’agriculture au Surinam, la liste des médaillés olympiques modernes, la température moyenne en janvier à Québec, le nombre de diplômés du 3e cycle au Gabon.20 collaborateurs, 3500 informateurs et 10 000 correspondants participent à la mise à jour annuelle de l’ouvrage qui en est à sa 30e édition.L’index frôle les 100 000 mots.Plus qu’indispensable : utile.VEILLEURS DE NUIT 4 Les herbes rouges/302 pages.Une quatrième édition grand format, abondamment illustrée, pour Veilleurs de nuit.Le bilan de la dernière saison théâtrale au Québec par une quarantaine de collaborateurs de tous horizons critiques.L’ouvrage passe en revue l’activité scénique de chacun des grands centres (Montréal, Québec, Ottawa-Hull) et des régions, en plus de s’attarder à certains spectacles-clés, présentés comme des coups de sondes.Une section est consacrée aux festivals, une autre soulève quelques questions autour du prix des billets ou de la place du spectateur, une autre encore met en perspective les courants de pensée sur la place de l’art, du théâtre et de la culture en cette fin de siècle.Plus qu’utile : indispensable.L’IMPOSSIBLE Les Éditions Balzac/150 pages Le premier numéro d’une revue littéraire qui paraîtra trois fois l’an, si Dieu le veut.Une impressionnante + Laberge L’auteur ne porte aucun jugement moral sur son triangle, elle ne cherche pas à le détruire, convaincue que la densité qu’il dégage, même si elle contient sa propre mort, transporte avec elle un souffle vital.La passion quoi.Ce mot déclenche chez Marie Laberge un flot.passionné de paroles.Elle en parle avec respect et un brin de circonspection, comme d’une chose qu’il vaudrait mieux ne pas s’aliéner.« Je ne la recherche pas mais ne peux l’éviter si elle passe.On y échappe difficilement.J’ai du composer avec elle dans le passé.Mais je ne nie pas ses qualités.Elle vient rappeler que la vie est brève et tient à peu de choses.Nous avons tous une étonnante faculté à oublier que nous allons mourir.La passion n’est jamais autre chose qu’être en instance de se terminer.Elle réveille la vie ».« Moi-même, je ne suis ni neutre, ni tranquille.Petite, j’avais une grande capacité de révolte.Je me disais, ‘Comment peuvent-ils se plier à tout cela, ne pas dire non ?’ Mais ma révolte était intérieure.J’ai laissé sortir tout ça à l’adolescence.C’est peut-être ce qui m’a conduit à l’écriture.» Outre qu’au collège, elle aimait bien la gang qui faisait du théâtre, le coup décisif est venu d’un professeur à l’Université Laval où elle étudiait le journalisme mais passait beaucoup de temps à faire du théâtre.INVITATION Les journées l’Hexagone Quinze VLB Éditeur jusqu’au 31 octobre 1992 à la Librairie OampIgiQ' 4380, rue Saint-Denis Rencontres, débats, lancements Samedi, 24 octobre à 14 h: Débat animé par Jean Daunais: Les secrets du polar.Avec les écrivains Roger Delisle, Richard Lachaîne, Guy Lavigne, André Smith.Dimanche, 25 octobre à 14 h: Débat animé par Robert Comeau: Le Québec et ses revendications: un combat bien engagé.Avec les essayistes Alain-G.Gagnon, Daniel Latouche, Claude-V.Marsolais, Robin Philpot, François Rocher, Rodrigue Tremblay.Mardi, 27 octobre 1992 à 19 h: Débat animé par Jacques Pelletier: De la critique à la fiction.Avec les professeurs, écrivains et critiques André Brochu, Philippe Haeck, Jean Marcel, Lori Saint-Martin, Michel van Schendel.Mercredi, 28 octobre 1992 à 18 h: Lancements de Montréal est une ville de poèmes vous savez, anthologie de Claude Beausoleil publiée à l’Hexagone, et du collectif Nouvelles de Montréal, publié sous la direction de Micheline La France dans la collection de poche TYPO.À la libraire Champigny 4380, rue Saint-Denis • l’HEXAGONE Quinze vlb éditeur première brochette de collaborateurs, Paul Zumthor, Esther Delisle, Mordecai Richler.Des essais de style libre, vifs et incisifs.Des thèmes pour déranger les mots et les idées reçus : Sade, l’appropriation culturelle, l’antisémitisme, la boxe et la littérature, et l’incontournable référendum.En prime, des textes de Ernest Hemingway et Jack Kerouac.Vivement le prochain ! FRENCH FUN Steve Timmins/165 pages Le livre d’un Anglo amoureux de la langue des Francos.Un recueil des expressions les plus courantes de la langue québécoise, ou de ce qui en tient lieu dans le langage populaire d’ici.Le livre fournit d’abord une traduction mot à mot.Par Exemple, Fou comme un balai donne crazy like a broom.Timmins fournit ensuite un exemple d’utilisation de l’expression avec une nouvelle traduction sensée.L’ouvrage est publié à compte d’auteur.Amusant.t|0ta« Québécois fncnd^ind netffeoun /An aatns mit toi 1 ms \ Steve Timmins mm BRÈVE HISTOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC John A.Dickinson et Brian Young Septentrion/382 pages Cette histoire du territoire québécois, depuis les premières occupations par les peuples autochtones jusqu’à nos jour, privilégie la perspective socioéconomique, sans pour autant négliger les aspects politiques et culturels.C’est déjà original.Ce qui l’est peut-être encore davantage, c’est de souligner l’expérience de personnes souvent invisibles dans les synthèses traditionnelles, et notamment le rôle des femmes, examiné à travers les comportements démographiques, le travail, la famille et les rapports sociaux.Les auteurs enseignent l’histoire à l’Université de Montréal et à l’Université McGill.— S.B.« Ce prof, dont j’oublie le nom, m’a dit que je devrais penser à m’inscrire au Conservatoire.L’idée ne m’étais jamais venue ».Vingt ans plus tard, l’étudiante exaltée est devenue Tune des écrivains les plus prolifiques du Québec et les mieux connus à l’étranger, principalement pour ses pièces de théâtre.L’homme gris, notamment, est devenue la première pièce québécoise à dépasser les 100 représentations à Paris.Elle a été traduite en anglais, en néerlandais, en allemand, en italien et en russe.Pour écrire son second roman, Marie Laberge a puisé dans ses souvenirs d’étudiante.Ses souvenirs de fille de Québec aussi, où elle a passé son enfance et sa jeunesse, avec ses parents, son frère et ses cinq soeurs.« Quand j’étais petite, j’écrivais des histoires pour éviter de penser à ce qui ne me convenait pas.Elle passe rapidement sur ses parents mais ses yeux pétillent à l’heure d’évoquer ses soeurs, ses chères soeurs.« Elles sont toutes très fortes dans leur sphère et représentent un bon échantillon du public ».À n’en point douter, la famille est le creuset dans lequel Marie Laberge recueille le matériau de son travail.Il lui arrive de faire sien le « Familles, je vous hais », de Gide.En même temps, Marie revient toujours à son premier noyau.« L’apprentissage de Tamoul- s’y fait, sous condition.La cellule familiale peut détruire les gens ou les faire grandir.La famille est peut être faite pour éjecter ses membres.Dans Quelques adieux, Anne se demande si toutes les amours ne sont pas l’écho du premier abandon.Nous sommes de petits koalas vrillés parfois à un autre.Il est difficile d’etre adulte.On garde toujours l’espoir forcené d’être plus fort ».Et la force, chez cette femme, qui, à 40 ans, a 20 pièces de théâtre à son actif, ne passe ni par le cynisme, ni par l’humour.Non, Marie Laberge ne chante pas ces airs a la mode.Plutôt, elle écoute sa voix propre, implorant que Ton s’arrête, un instant ou deux, sur la gravité de la vie.LA OÙ VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis I I Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 ¦ D-3 • le plaisir des L’espace de l’amour fou QUELQUES ADIEUX Marie Laberge Roman, Montréal, Boréal, 1992 397 pages Jacques Allard DANS ce roman de passions dévorantes, tout commence dans l’échange littéraire : un homme marié, François Bélanger, trente neuf ans, professeur de littérature à l’université Laval et Anne Morissette, une étudiante célibataire de vingt et un ans, se découvrent un amour fou.Le terrain de l’envol : un cours où est analysée l’oeuvre des soeurs Brontë, particulièrement les tribulations de l’orpheline Jane Eyre et les tourments de Wuthering Heights ( Les Hauts de Hurlevent).Viendront d’autres mentions : à Salinger (pour sa thématique de l’enfance) et Miller (la libération du plaisir) qui sont tout aussi significatives, sans être pour autant (et c’est sans doute heureux) l’objet de développements pédagogiques.Nous n’avons pas là de roman au second degré comme dans Le Semestre de Gerard Bessette (Québec/Amérique 1979), fiction fondée sur une théorie et une pratique de la critique littéraire.Nous sommes plutôt ici dans un roman-roman et la référence littéraire se fait indicielle, se contentant d’annoncer l’histoire et le registre à venir.Et comme d’habitude, les amours sont racontées dans leur rapport à la mort : roman, amour et mort sont dans notre culture française des termes intimement mariés, tout à la fois par les échos de leurs consonances et le développement même du genre romanesque.De la fin amors des troubadours à l’instinctuel plaisir sadien, le roman s’est développé pour une bonne part en tenant un discours amoureux.Dans cette perspective.le copieux livre de Marie Laberge s’inscrirait plutôt sous la passion noble du premier type, dans une version actuelle de l’amour idéalisé : les corps y chantent (et bellement) mais c’est pour étreindre l’âme.Jusqu’à la mort, du moins celle de la figure paternelle par la fatalité automobile.Ou le cancer (ne serait-ce pas la maladie du corps trop aimant ?).Les amours de François et d’Anne occupent une première partie avec des chapitres sous-titres : « le désir », « le refus », « la reddition » au- tant de marques d'un découpage soigneux de l’action qui se déroule en 1972.Le talent de l’auteure dramaturge s’affirme encore dans la justesse des nombreux dialogues et un sens du détail signifiant.L'importance donnée par exemple à certains aspects de la vie quotidienne des femmes confirme ce choix d'un point de vue réaliste, même si l’essentiel de la narration est consacré aux mouvements intimes de la conscience et du coeur.Le sujet de départ : comment un homme équilibré peut-il aimer vraiment deux femmes ?et parallèlement : comment une jeune femme libre peut-elle se laisser emporter par le sentiment ?Passion pure, loi irréfragable de la chute des corps ?Ou carences lointaines à combler ?l’amant n’a, jusque-là, pas voulu d'enfant et sa maîtresse a, de son côté, perdu son père (et ses souliers rouges) à l’âge de sept ans.Une deuxième partie (1983) devient nécessaire pour chercher (trouver ?) la réponse à ces questions.Après le roman des amants s’a-joute donc celui d'Élisabeth, la femme de François : elle connaît la « déchirure » (la révélation de la longue liaison de son mari) et entreprend une « quête » (en fait : une enquête), autant de chapitres qui conduiront à la « fin » où l’amour est plus fort que la mort, comme l’indiquent les deux maternités, celles d’Elisabeth (à quarante-trois ans) et d’Anne.Mais attention : le père n’est pas François, ni dans un cas ni dans l’autre.Et cette histoire d’un trio met en scène parallèle un autre couple et quelques intervenants supplémentaires.Quelques adieux (à l’amour idéal.au souvenir, à la passion même) est donc un titre un peu modeste pour un' roman assez élaboré, très bien* monté (en dépit des longueurs de lai première partie).Son discours coule* en une langue directe et généralement aisée, si l’on accepte une affection curieuse pour les hiatus de la langue parlée (« la autobus » d’un > personnage, mais aussi, dans la nar-ration neutre : « à avant » « sa Anne »).Notons aussi que s’y illustre une proposition féminine de liberté, mais c’est pour indiquer un retour au cocon, ce que dit à sa manière la relation entre l’espace provincial de • Québec opposé à l’éclatement montréalais.Ainsi se dessine maintenant l’espace de la passion selon Marie Laberge, après une douzaine de pièces (dont L'Homme gris VLB 1986) et son premier roman (Juillet Boréal 1989).Dans les coulisses de l’Affaire Morin du bref BRÈVES LITTÉRAIRES (numéro d’été 1992) 5495 boul.Saint-Martin ouest Laval (Québec), H7W 3S6 ï Pierre Salducci NÉE de la transformation du Bulletin littéraire de Laval, la revue la-valoise Brèves littéraires (à ne pas confondre avec la revue française Brèves) a atteint aujourd’hui, après deux ans d’existence, une maturité qu’il convient de souligner.De facture sobre et élégante, ce trimestriel publie des textes courts, de tous genres, sous la direction de Patrick Cop-pens, Jacqueline Déry Mochon et Dominique Fédrizzi.La dernière livraison de la revue (été 1992, volume 7, numéros 3 et 4) présente une remarquable homogénéité et se lit avec plaisir.On pourra notamment découvrir dans ce numéro une excellente nouvelle de Carole Allamand, « Je ne compte pas », qui évoque avec style et élégance ce sentiment confus qu’on a parfois de ne pas exister vraiment.Autre grande réussite, la nouvelle policière de Pierre Drolet qui parvient dans « Belle-maman » à adopter un ton à la fois intrigant et humoristique.Sur le mode du conte maintenant, on retiendra également les belles productions de Marie Cliche (« La robe blanche»), un conte fantastique bien écrit et sensible), de Gilberte Cohen (« La révolte des mots » un conte humoristique, comme un clin d’oeil aux difficultés ortographiques des jeunes) et de Pierre Desruisseaux (« Le théâtre de la corneille », un conte philosophique sur la vie et les rapports entre les êtres).Trait d’union entre le conte et la poésie, Marie-Christine Mouranche ouvre les portes du rêve et de la légende dans son poème « Shéhérazade».Toujours en poésie, Yvon Blanchard propose une hymne émouvant à Haïti (« Haïti») tandis que Marie-Soeurette Mathieu (« Fantaisie») et Louis-Gilles Molyneux (« Aux raisons d’aimer les Hommes») s’ouvrent à une poésie plus joyeuse et humaniste.Enfin, dans un domaine critique et plus théorique, Lisa Carducci a fait parvenir de Pékin une lecture attentive de l’oeuvre poétique de Sylvain Rivière.Tous les textes présentent un grand intérêt, même si le poème « Socialité » de Lucie Lacroix et l’article « Un mot sur l’essai : écrit du soir » de Jean-Louis Le Scouarec paraissent plutôt hermétiques.Par ailleurs, on regrettera l’absence d’un glossaire bio-bibliographique des auteurs.Il n’en demeure pas moins que la revue Brèves littéraires qui n’hésite pas à ouvrir largement ses pages aux auteurs débutants ou peu connus (qu’ils soient de Laval ou non) est en passe de devenir le véritable lieu de la relève littéraire dans le domaine du texte court.STRATÈGE Loraine Lagacé, Stanké, Montréal, 1992, 315 p.Pierre Salducci POUR CEUX qui l’auraient oublié, Loraine Lagacé est cette ancienne attachée politique, proche du Parti québécois, que l’affaire Claude Morin a récemment placée sous les feux de l’actualité.C’est elle en effet qui avait informé René Lévesque des liens qui s’étaient établis entre son ministre et la GRC.Aujourd’hui, en s’inspirant de ces événements, elle signe un premier roman qui, s’il n’est pas un reflet fidèle de la réalité, s’en approche beaucoup.Stratège nous replonge exactement à la même époque et dans le même contexte que l’affaire Morin.Le Canada vit à nouveau à l’heure de la campagne référendaire sur la souveraineté du Québec qui oppose les deux premiers ministres René Leclerc et Thibault.Au beau milieu de cette agitation, Laurence Larrivée, en poste à Ottawa, découvre tout à coup que Charles Martin, ministre en place, mène un double jeu.Profitant de son influence au sein du Parti québécois, celui-ci conduit volontairement le gouvernement de René Leclerc à la défaite, en lui imposant subrepticement une stratégie suicidaire dictée par Ottawa.C’est lui le « stratège » annoncé dans le titre du roman.Menacée par l’étendue des pouvoirs de celui qu’elle veut dénoncer, discréditée, espionnée en permanence, Laurence Larrivée aura toutes les peines du monde à réussir à sauver à la fois sa mission et sa peau dans un monde masculin sans pitié.Même si personne n’est assez naïf pour concevoir le monde politique comme rose et innocent, on reste décontenancé devant l’importance des complots et de la corruption pratiquée par le camp d’Ottawa.Meurtres, chantages, espionnages, échanges d’informations, les pires méthodes sont utilisées au nom de l’unité canadienne et coûtent la forte somme au contribuable.À cela s’ajoute l’intervention des États-Unis qui, elle aussi, provoque des sueurs froides.Tout est d’autant plus inquiétant que, même si Stratège se dissimule derrière la fiction, on sent bien que la réalité n’est jamais loin, comme Loraine Lagacé le rappelle très clairement dans sa préface.Transposée dans le roman, l’affaire Morin reçoit ici un nouvel éclairage.Les agissements du ministre sont exposés en détail, relativisés, au point que l’homme politique finit par bénéficier d’une certaine indulgence car, si sa faute est prouvée, sa culpabilité en revanche n’est pas totalement établie.Bien que située au coeur de l’action, l’affaire Morin n’est pas le seul sujet du roman.Lorraine Lagacé l’utilise comme un point de départ, voire un prétexte.En effet, Stratège vise également (et peut-être même plus) à dénoncer un système et à livrer de nouvelles données sur le rapport de force Québec-Canada.Rédigé sans détour, comme un vrai polar, décomposé en 50 chapitres qui constituent autant d’étapes dans une course infernale contre la montre, Stratège détient un pouvoir de conscientisation d’une redoutable efficacité, tout en se révélant d’un bout à l’autre fort divertissant.Monwoi IARTIER •MMES CHRONIQUES DU METRO TRIPTYQUE C.P.5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL.: (514) 524-5900 ou 525-5957 LK l’ROCLS GUIRORI) rinlerpicuiliuii des restes tt lripl)i|iH- Louise Champagne CHRONIQUES DU MÉTRO (nouvelles) 134 p., 14,95 $ Quelques-uns de ces récits sont réels, d'autres totalement tictits, alors que certains, issus de l’imaginaire collectif des voyageurs souterrains, ont dû être écrits de toute urgence pour éviter qu'ils ne se produisent réellement.Chose certaine, quand vous refermerez ce livre, le métro de Montréal n’aura plus jamais le même visage pour vous.Robert Hébert LE PROCÈS GUIBORD ou L'interprétation des restes (essai) 196 p., 18,95 S Cette plaidoirie est un texte fondamental dans l'histoire des idées et de la liberté au Québec; une véritable déconstruction de l'ultramontanisme catholique, local et international, une leçon de courage.Pierre Manseau QUARTIER DES HOMMES 207 p., 15,95 $ (roman) Sous couvert d'une enquête policière et d'un décor de voyous déterminés, l’auteur laisse libre cours à un imaginaire nourri de blessures profondes et de désirs tout aussi impossibles.Une écriture exceptionnelle au Québec.Réflexions sur une enfant martyre LA CAGE, Henri Martin-Laval, Montréal, Libre expression, 1992, 153 pages Pierre Salducci Dès la préface, Henri Martin-Laval donne le ton.Il n’est pas romancier, il est psychologue.Sa passion ?L’écriture.C’est donc comme un témoignage qu’il convient d’aborder son récit, un témoignage bien structuré et impressionnant sur l’enfance martyrisée.La Cage raconte l’histoire de Marie, née dans un milieu défavorisé et enfermée dès ses premiers jours dans une cage en bois abandonnée au sous-sol.Alors qu’elle est laissée quasiment sans soins ni éducation, parfois sujette à de mauvais traitements, la situation de la petite Marie n’attirera l’attention de ses voisins que plusieurs années plus tard.Le CLSC est prévenu, puis les services de la protection de la jeunesse.La petite fille est-elle tirée d’affaire pour autant ?Hélas non, et Henri Martin-Laval va évoquer avec minutie le lent cheminement qui d’é- tape en étape conduira Marie d’abord vers un mieux-être puis, vers une autre déchéance, mouvement que Henri Martin-Laval résume avec beaucoup de justesse dans le titre des deux parties « Une cage s'ouvre » et «Une cage se ferme».Étrangement, dans les deux cas, il ne s’agira pas de la même cage.La première qualité du livre de Henri Martin-Laval est d’avoir su éviter le pathos.La Cage n’est pas une nouvelle version de la petite Aurore, l’enfant martyre.Ni les êtres ni les situations ne sont caricaturés.L’auteur ne sombre jamais dans le misérabilisme.Il n’en rajoute pas, il n’essaie pas d’émouvoir ou de faire pleurer aux dépens de la crédibilité de ses personnages et de son histoire.Au contraire, Henri Martin-Laval prend soin de relativiser en permanence.Il campe bien les différents contextes, et n’hésite pas, par exemple,à commencer l’histoire de Marie avant même sa naissance, en nous présentant le quotidien de sa famille.Henri Martin-Laval s’explique beaucoup et on sent en lui le psychologue.Ses personnages ne sont ni des bons ni des méchants, ils font ce qu’ils peuvent et certains commettent les pires erreurs, convaincus d’agir pour le mieux.Le récit d’Henri Martin-Laval, c’est là sa seconde qualité, donne à réfléchir.L’auteur ne juge pas mais dénonce de façon très intelligente sur deux plans à la fois.Dénonciation non seulement de la misère d’une so ciété qui met au monde des victimes comme Marie, mais, surtout, des aberrations d'un système incapable ; de s’unir et d’harnioniser ses efforts ; pour sauver l’enfant.La Cage est le ; théâtre de l’éternel conflit entre les ; psychiatres et les psychologues, les premiers voulant soigner des « ma- ; ladies mentales » à partir de traite- ; ments médicaux, tandis que les se- ; conds s’adressent à l'esprit et à l’é- ; motivité par le biais de stimulations, ; d’apprentissages et de rééducations.La Cage est un récit sobre qui at- 1 teint parfaitement ses objectifs et ! saura intéresser tant les parents, les ' professionnels de l’éducation que tous ceux qu’intéresse le sort dû genre humain.Ils touveront là un ins1 trument de réflexion clair, précis et impitoyable.Une révélation! «Autant le dire d’entrée de jeu, ce premier roman de la directrice du Devoir contentera tous les vrais amateurs.» Jacques Allard, Le Devoir «Le premier roman de cette journaliste qui jongle depuis vingt ans avec les idées porte les marques distinctives d’une œuvre achevée.Ce livre-là fera son chemin dans l’imaginaire.Il s’offrira aux Fêtes et aux anniversaires.Il gagnera des cœurs et des prix, c'est certain.» Marie-Claude Fortin,Voir «Ici, l’auteur fait véritablement œuvre de poète, par le vocabulaire et surtout par l’écriture incantatoire quelle pratique.» André Gaudreault, Le Nouvelliste «Avec Marie suivait l’été, Mme Use 8issonnette nous donne plus qu’un livre; elle nous donne une œuvre, c’est-à-dire la rencontre heureuse d’un style et d'un propos.» Réginald Martel, La Presse ((.Marie suivait l’été est à lire autant pour la précision, la justesse, la beauté de la langue — rien n'est laissé au hasard — que pour l’histoire elle-même.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil Un récit qui mènera l’innocence jusqu’à ses dernières frontières.ses aernie LJ Boréal 128 pages - 15,75$ D-4 ¦ Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 • leplaisirdes ivres Une histoire de coeur f ^ Gilles PJ ARCHAMBAULT A LIVRES W S éM A JAUNIS CHANGER LA VIE Jean Guéhenno Lausanne, la Guilde du livre, 1962 LA PLUPART des écrivains québécois de ma génération sont nés dans des milieux modestes.Leur père était ouvrier, petit fonctionnaire ou employé manuel.Pour eux, l’accession à la culture ne s’est pas faite toute seule.Il a fallu y mettre l’effort.Jean Guéhenno nous parle toutefois d’une bataille autrement plus ardue.Né en 1890 dans une famille ouvrière du nord de la France, à Fougères, il connaîtra la misère dans toute son atrocité.Changer la vie nous montre comment, alors qu’on est issu d’une famille sans livres, on peut parvenir aux plus hautes fonctions intellectuelles.Il ne s’agit pas d’un monument que l’auteur s’érigerait, d’un hymne à la réussite.Bien au contraire.Guéhenno est sévère pur l’adolescent qu’il a été.À cette époque de sa vie, il lui a fallu être courageux, mais aussi implacable.Sa mère craignait que son fils, devenu lycéen, n’abandonne les siens.On n’obtient jamais rien sans laisser quelque chose derrière soi.Son père est à l’hôpital depuis plusieurs mois.Il mourra bientôt et le sait.Le jeune homme lui rend visite régulièrement.Il ressort bouleversé de ces rencontres.« C’était de ces choses — chacun de nous en a dans ses souvenirs — qui font penser qu’on ne pourrait pas vivre si on avait tout le coeur qu’il faut.On ne vit que parce qu’on est dur.» Celui qui allait devenir un des grands penseurs de son temps, pacifiste, directeur de la revue Europe, ami de Romain Rolland, n’a eu que de ces duretés qui viennent aux êtres trop sensibles.On se durcit pour ne pas s’effondrer.Son livre est un vibrant hommage à ses parents et à la classe ouvrière.Il n’insiste pas, bannit tout pathos, se contentant de décrire l’humiliation des petites gens.Humiliation dont il ne cessa jamais de souffrir.Un exemple.Alors qu’il est jeune Normalien, un riche industriel lui demande d’expliquer à son fils ce que suppose une vie de privations.Guéhenno n’accepte cette tâche que parce qu’il a besoin d’argent, mais il sait que la pauvreté ne s’enseigne pas.Il n’y eut qu’une seule leçon.Inutile.Les nantis ne peuvent tout posséder.Ce qui fascine dans ce livre d’une grande richesse, c’est que la révolte, exprimée ou non, débouche toujours sur une haute idée de l’homme.Ce fils de coordonnier à qui rien n’a été donné gravit les échelons du savoir avec application.Voire avec acharnement.Il sait qu’il ne sera jamais un esthète.Son destin est celui d’un bûcheur.Avant d’entrer au lycée, il travaille en usine.Ce devait être pour la vie.Mais il a en tête de préparer son bachot.Ses compagnons de travail ne comprennent pas qu’il songe à les abandonner.Le récit de la grève qui affecte les fabriques de chaussures d’une petite ville en 1906 est remarquable.On y vérifie l’existence du chantage odieux des patrons pour obtenir la reddition des ouvriers.Fougères est alors une bourgade assiégée, peuplée de travailleurs affamés, bientôt prêts à accepter un honteux retour au travail.De ses expériences, Guéhenno a retenu qu’« on ne change pas sa vie à soi seul.Il faut pour la changer, changer aussi la vie des autres ».Il ne croit pas qu’on puisse y parvenir sans l’esprit.L’auteur de Changer la vie s’y appliquera tout au long de sa vie.Il était dans sa quatre-vingtaine lorsque j’eus la chance de le rencontrer dans son domicile parisien.J’avais devant moi un vieillard d’une étonnante jeunesse qui me parla avec émotion de la grandeur du logos, de la chance qu’il avait eue de vivre une vie d’intellectuel.Il est des rencontres qui vous marquent.HfyîBRiGiTTE?i «apatawwgj fe P*: flf* Persister et se maintenir ?Poésie POUR LES AMANTS François Charron Les Herbes rouges, 1992, 99 pages François Dumont SUJET, verbe, complément.Tel est, depuis un certain temps déjà, le parti pris syntaxique de François Charron.Dans Pour les amants, le procédé est vraiment systématique, dès le début du recueil : « Je relève la tête, le jour est nu » ; « Mes yeux se remplissent d’une joie soudaine.Je me souviens du plus simple ».Comment expliquer ce voeu de pauvreté ?Est-ce cela le « retour à la lisibilité » de la poésie québécoise contemporaine ?ou s’agit-il plutôt d’un nouvel avatar de l’« amour du pauvre » ?Les lecteurs qui connaissent un peu l’oeuvre de Charron se demanderont sans doute plus brutalement : comment en est-il arrivé là ?Car plus que tout autre poète québécois de sa génération, Charron a dessiné un itméaire dont on ne peut faire abstraction au moment de la parution d’un nouveau recueil.François Charron est entré en poésie par la voie de l’assaut contre la génération précédente, avec des pastiches féroces d’Anne Hébert, de Rina Lasnier, de Jean-Guy Pilon.D’abord propagandiste marxiste, il est devenu quasi mystique, par des détours parfois étonnants, parfois prévisibles, dont témoignent maintenant une trentaine de recueils et de plaquettes parus pour la plupart chez l'éditeur les Herbes rouges.La critique a souvent parlé de lui comme de l’un des poètes les plus doués de sa génération.On s’en convaincra aisément, à mon avis, en lisant par exemple Blessures (1978) ou La vie n’a pas de sens (1985).Son itinéraire a ceci de particulier que dans la plupart des cas, le nouveau recueil répond en quelque sorte à une question posée par le recueil Erécédent.Or, maintenant, il ne sem-le plus y avoir de question, mais une seule réponse envahissante : « J’essaie de ne pas penser ».Ne pas penser, en l’occurrence, cela ne signifie pas qu’il faut dépasser la raison à la manière surréaliste.Non; s’il semble bien y avoir ici écriture automatique, ce n’est pas dans la vitesse et la révolte, mais dans son contraire exact : la lenteur et l’acceptation.C’est ainsi qu’on peut lire, disséminées par tout le recueil, un certain nombre de maximes du type « Nous pouvons dire je sans but ni projet », « Mon travail est d’oublier », « Je dis tout ce qui me passe par la tête », « Je dis les choses comme ça, en passant, sans insister».Le poème d’où est tirée cette dernière phrase a pour titre La liberté est difficile.Comment admettre que la facilité se présente comme le plus exigeant des défis ?Passe encore que tel ou tel cliché surgisse dans la lenteur de l’écriture, comme « La poésie habite l’univers», « Nous étions faits pour nous rencontrer », « C’est toujours le moment de vivre », « Les jours sont plus courts.Les nuits sont plus longues.Une autre saison va passer ».On peut toujours se dire que le pari de la simplicité est difficile à tenir et qu’un poète a bien le droit de consentir au monde et au sens commun.Mais consentir au monde est une chose; présenter les problèmes comme de simples illusions en est une autre.Quand Charron écrit que son écriture est « fille de vent » et que « Le vent qui se lève est plus intelligent que les nombreux savoirs », je me dis que cela reste à démontrer, que la poésie ne peut pas prétendre dépasser ce qu’elle évite, « comme ça, en passant, sans insister » ; que « la sagesse insensée du silence » est un paradoxe élégant mais insuffisant dans un poème où à propos d’une femme aimée on peut lire : « Sa mort à l’intérieur de moi ne devient la mort de personne ».L’éloge de la mort et du vide, des verdicts comme « tout est bien » ou « tout est pardonné » ne peuvent que poser problème à qui cherche dans la poésie une véritable tension créatrice.Malgré le contentement paisible qu’il affiche, Pour les amants sera-t-il la source de nouvelles confrontations ?À partir d’un recueil où des questions se posent en dépit de la volonté de l’auteur de les ignorer, l’itinéraire de Charron retrouvera peut-être sa dynamique et son intérêt, c’est-à-dire l’exigeant programme qu’il avait lui-même défini dans ces termes en 1974 : Persister et se maintenir dans les vertiges de la terre qui demeurent sans fin.La verdeur d’Amado LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE PAR LES TURCS Jorge Amado Traduit du portugais par Jean Orecchioni Paris, Stock, 1992, 112 pages Hervé Guay EN CETTE ANNÉE du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, Jorge Amado émet l’hypothèse farfelue que finalement ce sont les Turcs qui ont découvert le nouveau monde.Encore que ses Turcs à lui soient arabes, syriens ou libanais, que cette découverte se soit passée «411 ans après l’épopée des caravelles de Co- lomb» et que le continent en question s’avère au bout du compte n’être autre que la sempiternelle région de Bahia qu’investigue encore et toujours à 80 ans le grand maître de la littérature brésilienne.Son monde n’a pas changé, ne change pas : plus truculent que jamais.Et, son dernier mini-roman ne fait pas exception à la règle qui raconte une invraisemblable histoire de fiançailles.Voilà donc la conquête dont il s’agit.Et, comme de coutume chez Amado, « la vertu est triste et despotique».Ce qui complique justement le mariage de la vertueuse Adma, qui non seulement est sans charme et acariâtre mais encore trop mûre pour trouver mari.En fait, le seul argument en sa faveur, et c’est celui qui finira par pré- valoir, c’est sa dot.Elle vaut le coup puisque son père est prêt à tout pour se débarrasser de sa fille.Enfin, tout ce qui lui reste du moins.Ce qui veut dire en clair que le vieux est prêt à céder la reprise de son commerce qui, de toute façon, s’en va à vau-l’eau.En dépit de la situation, l’enjeu suffit pour allécher deux prétendants.Comme dit l’un d’eux, jeune serveur et arriviste : « Une femme qui a du fric, elle peut jamais être si moche ».Et, le temps gue le second se convainque de la meme chose, le premier le prend de cours, se réjouissant de surcroît d’avoir mis la main sur le commerce et Adma.Adma qui recelait — sans qu’il n’y paraisse — « ce mystère qui rend irrésistibles quelques très rares fem- Académie des lettres du Québec 10e Colloque des écrivains le samedi 31 octobre 1992 Hôtel Le Chantecler, Sainte-Adèle (Sortie 67 - Autoroute des Laurentides) (514)393-8884 Les nouvelles générations littéraires au Québec Animateur: M.Jacques Folch-Ribas 9 h 30 Allocution inaugurale: Mme Claudine Bertrand 11 h Où, quand, comment écrivez-vous?Pourquoi avoir choisi telle forme plutôt que telle autre?Participants: Mme Francine d’Amour - M.Jean Pierre Girard - Mme Nadine Lta'if 14 h Seul ou au sein d’un groupe, vous sentez-vous en continuité ou en rupture avec la littérature québécoise actuelle?Participants: M.Emmanuel Aquin - Mme Carole David - M.Stanley Péan 16 h Éditeur ou directeur de revue, quels risques, quelle gageure voyez-vous à publier tel ou tel jeune écrivain?Quelle littérature québécoise envisagez-vous pour la fin au siècle?Participants: M.Antonio D’Alfonso - M.Gilles Pellerin Ce colloque est ouvert à tous les écrivains ainsi qu’au grand public (Aucun frais d’inscription) Transport gratuit par autocar Connaisseur 8 h Montréal-Sainte-Adèle: départ en face du 1600, rue Berri 8 h 15 Arrêt au Métro Villa-Maria 22 h 30 Retour à Montréal Renseignements et réservations pour l'autocar.(514) 488-5883 mes, jolies ou non».Tout est bien qui finit bien.Amado réusit encore une fois à boucler son récit à la satisfaction de tous.La donzelle a trouvé la « belle bistou-quette » dont elle avait besoin (de l’avis d’une professionnelle, la pute Glo-rinha Cul d’Or).Rachid, quant à lui, a trouvé chez son laideron plus qu’il n’en attendait.Le papa d’Adma peut de nouveau aller chez les putes sans que sa fille ne l’aille poursuivre de ses hauts cris.Même, le second prétendant se réjouit qu’Allah au lieu d’Adma lui ait réservé un ami et un béguin de plus en la personne de la soeur de la fiancée.Quant au lecteur, il s’en tire à nouveau amusé et pantois devant la verdeur d’Amado, au propre comme au figuré.Une verdeur qui verse parfois dans le stéréotype, en ce qui concerne les femmes mais qui, pour l’essentiel, regorge de vitalité irrévérencieuse et communicative.Une Québécoise à New York Julie Doucet au 7e Festival international de la BD de Montréal BANDES DESSINEES Pierre Lefebvre JULIE DOUCET est un phénomène.À 25 ans, cette fille originaire de la Rive-sud de Montréal est devenue une figure de proue de la BD alternative américaine.Dirty Plotte, son « comic book » est un journal intime à demi-fictif dans lequel elle relate ses rêves, ses rêveries et phantasmes, de même que ses impressions sur la vie quotidienne.Toute la force et l’originalité de son travail tient de cette interpénétration du quotidien et de la fantaisie, voire même du fantastique.Peu de BD ont su présenter la sexualité et l’imaginaire féminins avec autant d’acuité.Lire Dirty Plotte c’est d’abord et avant tout entrer dans l’univers intime d’une femme.Julie Doucet est plutôt timide.Bien qu’elle soit le sujet principal, ou plutôt la matière de ses BD, elle n’aime guère parler d’elle-même.« Ma mère mangeait littéralement de la BD, se souvient-elle.J’ai grandi avec Tintin et Lucky Luke, mais aussi avec La Rubrique-à-Brac et le Concombre Masqué.Douée pour le dessin, très jeune, vers 16 ou 17 ans, j’ai créé, pour mon seul plaisir, quelques BD.La découverte du Génie des Alpages fut déterminante pour moi.Il n’était pas nécessaire, F’Murr me le prouvait, de raconter des histoires.Je pouvais au contraire me laisser aller à mon inspiration, à mon délire.» « Puis, à l’université, étudiante en art, j’ai rencontré des gens qui participaient à la revue Chize (édité par Yves Millet des éditions du Phylactères).Ils m’ont encouragée à publier mes planches.Mais les magazines de BD ont la vie fragile à Montréal .De fil en aiguille, j’ai arrêté de travailler pour eux, j’ai abandonné mes cours, avant de m’ins- crire au bien-être social pour pouvoir dessiner à temps plein.Un jour, je me suis publiée moi-même.Dirty Ploite était né.C’était ce qu’on appelle dans notre jargon un « mini-comic ».Le format variait d’un numéro à l’autre.J’assemblais et brochais moi-même des photocopies à distribuer aux libraires ou disquaires alternatifs.» « Après quelques mois de ce régime, Marc Tessier (de Mac Tin Tac) m’a proposé d’envoyer mes bandes à Weirdo (défunt magazine américain dirigé par Robert Crumb et Aline Kominsky).Alice a été conquise par mes trucs.Weirdo, une des publications les plus importantes de la BD underground, fut pour moi une plate-forme extraordinaire.J’ai commencé à être publiée un peu partout aux États-Unis et à recevoir un imposant courrier de lecteurs.« LA BD américaine, je l’ai découverte en lisant les revues qui me publiaient.Mon travail ne détonnait pas avec le reste, comme s’il avait trouvé là sa niche naturelle.» Julie avait une seule idée en tête : produire son propre « comic book ».Peu de temps après, Chris Oliveros de Drawn and Quaterly (magazine de BD anglo-montréalais) devint son éditeur.» « Au bout de trois numéros, j’ai déménagé mes pénates à New York.Un vieux rêve.Les débouchés ici sont nuis, on le sait bien.Là-bas, je recevais tellement d’encouragements du milieu, et ici, tellement peu,que la chose me semblait aller de soi.» Sa plus grande surprise : avoir découvert sur place, qu’à New York, elle était un nom, « quelqu’un ».Ses publications l’avaient précédée.« Très vite, j’ai rencontré des gens, obtenu des contrats, avec le Village Voice par exemple.» Le rêve était devenu réalité.?Julie Doucet sera présente aujourd’hui de 14 h à 15 h à la librairie Né-bula (1452 rue Saint-Mathieu, métro Guy) dans le cadre du 7e Festival international de BI) de Montréal.Le cas Maxwell LA CHUTE DE MAXWELL Roy Greenslade Traduit de l’anglais par Marie-Claude Elsen et Franz Straschitz Payot, 1992, 414 pages Francine Bordeleau UN PERSONNAGE comme Robert Maxwell ne peut mourir de mort naturelle.Éliminés, l’accident bête ou la crise cardiaque qui, le 5 novembre dernier, auraient pu le faire tomber de son bateau le Lady Ghislaine.Il y a eu des rumeurs d’assassinat politique — l’homme, après tout, ne courtisait-il pas trop de râteliers, à gauche comme à droite ?— et de suicide.L’hypothèse du suicide, c’est celle que Roy Greenslade, qui fut directeur de la rédaction du Daily Mirror, un quotidien de l’empire Maxwell, de février 1990 à mars 1991, tient pour la plus, voire la seule vraisemblable.En 1991, soutient Greenslade, l’em- Eire Maxwell était au bord de la fail-te et tous le savaient.De plus, les soupçons — de fraudes, de malversations — s’accumulaient sur la tête du magnat et de sérieuses enquêtes étaient en cours.Criblé de dettes, unanimement discrédité, sans appuis ni amis, il aurait donc décidé de laisser ses fils Kevin et Ian se débattre ¦ il a.Vii / % ?Robert Maxwell avec les ennuis.Pour montrer comment Maxwell en est arrivé là, Greenslade nous livre un portrait — plutôt qu’une véritable biographie — de l’homme d’affaires.Et quel portrait ! Maxwell est ici présenté comme un être mégalomane, plus roué que rusé, fourbe, calculateur, despotique, colérique et j’en passe.Il avait aussi, apparemment, la détestable manie d’intervenir, dans chacun de ses journaux, tant à la rédaction qu’au marketing, mais il était, selon Greenslade, tellement dépourvu d’intuition, de raison et de logiuue que chacune de ses décisions générait des catastrophes.Pour tout dire, Maxwell apparaît ici comme un caractériel et un demeuré.Et, on finit par trouver que trop c’est trop.Que tous les gens d’affaires ne soient pas d’une intelligence supérieure, je veux bien, mais Maxwell vu par Greenslade a l’air d’un tel crétin que ce livre ressemble drôlement à un règlement de comptes.Qui plus est, c’est rapidement et platement écrit, dans un style « journalistique » bâclé, et tout aussi rapidement traduit (l’achevé d’imprimer date de mai 1992, c’est tout dire).Payot a pourtant l’habitude de publier des « documents » plus sérieux et étoffés. Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 M D-5 • le plaisir des ivres Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes PAGE 239, Frédéric Vitoux commence ainsi le sixième chapitre de la quatrième partie de son roman Charles et Camille : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi et d’apprendre au monde non seulement que César et Alexandre avaient un successeur mais que.», etc.Cette phrase, si vous ajoutez une virgule après Lodi, et qu’en enlevant « non seulement » vous mettez le point final après « successeur », c’est la première phrase de La Chartreuse de Parme.Frédéric Vitoux le sait, cette citation enfouie c’est sa coquetterie, et si, avec Charles et Camille, le roman le plus somptueux de la rentrée, il fait ce clin d’oeil au chef-d’oeuvre de Stendhal, c’est que, toute modestie gardée, U ose se colleter au La goutte de cire monde du maître.Il le fait en connaissance de cause, avec du culot (il en faut pour la tâche), mais avec un talent sûr et, ce qui sauve l’entreprise, sans prétention aucune.Il ne donne ni dans le pastiche, ni dans l’imitation, ni dans le « à la manière de », non, Frédéric Vitoux écrit aujourd’hui un roman d’amour, de diplomatie, de guerre et de fin du 18e siècle.Une fresque qui enferme I dans sa largeur historique l’époque de La Chartreuse, et dans sa matière romanesque les ressorts du genre : exil, lettres, guerres, blessures, figures patriciennes, le rouge et le noir des fêtes et chagrins, la prétention au bonheur.Avec Charles et Camille, Frédéric Vitoux remonte quatre ans avant le début de La Chartreuse.Sa fresque s’ouvre le 10 août 1792, lorsque les émeutes du jour, aux Tuileries, poussent le jeune officier Charles Castier, blessé, aux portes d’un hôtel particulier qui se trouve être l’ambassade de Venise à Paris.L’ambassadeur Lisati, qui vit sous verrous avec sa famille, en attente de jours meilleurs, va lui ouvrir.On le porte dans une chambre.Sa FREDERIC Vitoux Charles Camille roman Seuil convalescence va se passer sous les yeux de Camille, la gouvernante des enfants de l’ambassadeur; Camille de Saint-Cergue, 18 ans, un visage de porcelaine.Les Lisati vont fermer l’ambassade et retourner à Venise.Charles Castier, guéri, rejoint sa garnison.Le roi va devoir fuir Paris.Ce sera le Directoire.Le jeune Bonaparte va aller étendre le pouvoir de la France par le pont de Lodi, le pont d’Arcole, dans l’Italie du Nord qui sera le théâtre d’affrontements guerriers entre les Français et les Autrichiens.On passe autour de Venise engourdie, Venise « neutre », la République Sérénissime que seuls les carnavals remuent, où Camille de Saint-Cergue rencontre à la Fenice Leonardo Moretto, puis retrouve Charles Castier arrivé avec les troupes de Bonaparte et qui la cherche éperdument ; Léonardo le patricien négocie pour Venise, Charles pour le Directoire; Leonardo est romantique et triste, Charles beau et volontaire.Camille aime l’un et l’autre.Dans la tourmente de cette fin de siècle, Venise s’enfonce dans une moiteur de perte d’influence, c’est un peuple endormi (cela est très stendhalien) qui joue au pharaon et à la bassetta au casino de la procuratesse Dandolo, où Camille de Saint-Cergue, passée de préceptrice à entraîneuse, brille de ses yeux vifs et inquiets et demeure fidèle au souvenir du blessé d’août 1792 à Paris.On n’écrit pas comme Stendhal.Et ce n’est pas le projet de Vitoux.Comment pourrait-on arriver à cette écriture qui représenta un sommet de la grande époque du roman français ?Pour écrire comme Stendhal, il faut vivre dans un monde sans électricité, sans télévision, sans téléphone, il faut avoir vécu avant ces inventions de la vitesse, avant la cacophonie de masse, là où, à la chandelle, dans les livres et les encyclopédies, et dans des pièces mal chauffées, sous de vieilles laines, le monde pouvait s'enfler sous votre plume.Frédéric Vitoux écrit comme Frédéric Vitoux.C’est beaucoup.11 écrit avec une connaissance de Venise, de la Sérénissime à la fin du 18e siècle, où l'on vient de construire la Fenice et dans les loges de laquelle l’aristocratie se donne en théâtre.Le lecteur, s’il veut faire l’exercice, avec des cartes ou des tableaux de Canaletto et de Pietro Longhi, retrouvera et les places et les salons, les canaux et les palais, les types, le monde décrit par Vitoux, les costumes, les coutumes, jusqu’aux ouvrages créés à l'opéra ; tout cela vit dans ce remarquable ouvrage, même cette goutte de cire, brûlante, qui parfois, d’un lustre du casino, vous tombe sur la main au moment d’avancer vos pièces en jouant très tard la nuit a la bassetta.On connait deux passions à Frédéric Vitoux, des passions pas si contraires; celle qu’il voue à Venise et celle qu’il voue a Louis-Ferdinand Céline.A la lagune et à l’ermite de Meudon.À la plus belle ville du monde, qui sombre dans la mer.À l'écrivain le plus immense du 20e siècle, qui sombra dans l’ignominie.Mais ne nous perdons pas.Avec Charles et Camille, Frédéric Vitoux livre avec un luxe de détails, une souplesse de plume et une ivresse de culture, une histoire romanesque conventionnelle qui dépasse le simple ouvrage caméléonesque pour atteindre à la qualité fervente des hommages sentis.Hommage à Venise, son eau d’encre, ses ors et ses brumes; à Stendhal, et à ces couleurs indécises entre le rose soir et le vert nuit, à un art de vivre les yeux mi-clos dans le crépuscule d'uii siècle, où seul l’amour ouvre des brèches de lumière.?Charles et Camille, Frédéric Vi toux, Seuil, 1992, 381 pages.:> 'i » (ri : V) uï Quand la Provence rime avec silence Lisette ÆORIN ?Le feuilleton LES PORTS DU SILENCE Christiane Baroche Paris, 1992, Grasset 277 pages REVENIR au feuilleton, après un mois d’absence, et trouver Christiane Baroche sur sa table, c’est un cadeau du Ciel!.Je pratique l’auteur depuis qu’un recueil de nouvelles — Chambres avec vue sur le passé — qui n’était pas son premier et ne fut pas et ne sera pas son dernier, m’avait enthousiasmée.Il y eut ensuite, sous le titre de L'Hiver de beauté, un roman qui imaginait la vieillesse et la fin de La Merteuil, cette héroïne sulfureuse des Liaisons de Laclos, que Baroche ne se fit pas faute de défigurer et d’exiler.Et puis, encore des nouvelles : «.Et il ventait devant ma porte » (1989).Et, cette fois, un deuxième roman — superbe — qui avoue sans remords sa filiation avec Giono.Attention ! gionesque, sans doute, que Les Ports du silence, mais Christiane Baroche n’est pas un Giono en jupons.Elle est d’abord et avant tout une romancière éprise de la partie secrète de la Provence, et d’un personnage silencieux, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui hérite d’un mas que sa mère adoptive lui réservait sans doute depuis son enfance de petit juif orphelin, ayant remplacé le fils mort-né d’Adeline, puissante figure féminine comme ne nous en offre pas très souvent les romans d’aujourd’hui.Un homme revenu dans ce pays de soleil et de mistral, après l’avoir quitté et presque oublié ; une grande maison, la Mérindole, et des personnages qui gravitent tout autour, dont un notaire véreux, appelé Tournure et qui rappelle le Dromiols (version honnête cette fois du tabellion de province) de « Malicroix ».Le roman de Henri Bosco est d’ailleurs évoqué à deux reprises, dans le roman, et l’ombre tutélaire de l’auteur du « Mas Théotime » est au moins aussi bénéfique à l’auteur que celle de Jean Giono.J’aime (à prononcer à la française) entreprend, d’abord avec une sorte de fatalisme, puis avec conviction, non seulement d’habiter l’héritage d’Adeline mais d’y faire pousser, en serres, des orchidées.Mais comment une petite ville provençale peut-elle se désintéresser d’un enfant revenu au pays ?Les Gitans — on est tout près des Saintes-Maries-de-la-Mer — hantent les lieux, et, en particulier un certain José Rojas, qu’aima et protégea la très dominatrice Adeline, et dont la mort est racontée avec une extraordinaire couleur locale (Baroche excelle dans ces morceaux de vie.ou de mort).Les femmes qui vécurent avec la propriétaire de la Mérindole et dans un domaine voisin, parentes ou ennemies, révèlent peu à peu à Jaime leur douceur rugueuse ou leur vraie méchanceté.Dominée de très haut par une impérieuse métisse — mi-gitane mi-provençale — qui officie dans le dispensaire, ayant fait des études de médecine, mais libre comme les montures qu’elle adore dresser, et libre aussi du corps qu’elle prête, sans jamais le soumettre, au gré de ses appétits, à des hommes de rencontre.Comment finira par s’accommoder l’être, toujours silencieux dans un pays où l’on bavarde souvent sans fin, l’héritier, le fils d’Adeline plus vrai et plus aimé que celui qu’elle perdit (le récit de cette naissance malheureuse est admirablement conté) avant même de le connaître.Et la sépulture du baron, en centaines de morceaux, la réunion post mortem des os et l’éparpillement des cendres, tout cela est non seulement de la bonne littérature mais c’est la Provence comme on croyait qu’elle ne pouvait plus exister hors des « classiques » d’autrefois, Arène, Mistral, Daudet, et celui de notre siècle, le Giono des premiers romans, celui qui préfère visiblement Christiane Baroche puisqu’elle fait juger, toujours par Adeline, l’autre Giono qui « entre les murs de ses prisons a perdu cette verve expansive qui trouvait des réponses à tout et n’interrogeait que pour les fournir ».L’auteur des Ports du silence FRANCINE NOEL NOUS AVONS TOUS DÉCOUVERT L’AMÉRIQUE tÊÊÊÊm Un grand roman qui nous plonge dans la lourmente du couple, de la langue et du pays, tous incertains! Une nouvelle version de Babel prise deux et une occasion de redécouvrir un grand succès! Coédition Leméac/Actes Sud 324 p„ 25,95$ mm possède, et maîtrise de mieux en mieux, une langue savoureuse, qui ne s’interdit aucune expression dite populaire et même argotique quand cela convient au rythme du récit.Les images sont belles et paraissent spontanées.Ainsi de Jaime que l’on voit « au moment de la mort d’Adeline, à l’annonce de cet héritage auquel il n’avait jamais pensé », perdre « son boulot »(.) tombé de lui, tombé de lui comme une sangsue gorgée de trop vieux sang».Jaime, toujours, désirant la fière Elodie, « le désir d’elle, autre chose aussi qui s’accroupissait en lui depuis toujours, et que la mort du Gitan avait réveillé ».Elodie — toujours elle — qui, enceinte « ne s’exhibait guère, ne faisait ni la fière ni la timide, elle attendait famille avec une simplicité d’oeuf ».On ne peut oublier, dans Les Ports du silence, la présence du chat.Silence.Très « considéré » par son maître, qui, ne l’ayant pas désiré, finit par le regarder avec respect et même une affection.quasi fraternelle.Dans le codicille du testament, imaginé par l’auteur puisqu’on ne l’aura jamais retrouvé, Adeline, parlant de Jaime, lui avoue que très vite, elle s’était attachée à lui.« Je ne fus sans doute pas une parente expansive, j’ai pour les êtres un respect qui me cantonne à distance.Je suis comme les chats, vois-tu, si j’aime, je ne m’impose pas».Si la famille toute-puissante qui régit les moeurs littéraires à la période automnale négligeait les jeunes loups, pour une fois, c’est Christiane Baroche qui mériterait, sans l’ombre d’un doute, la couronne des dames du Femina.Mais, pour reprendre le titre d’une télémission française, « Faut pas rêver » ! Trois fois hélas ! L’avenir est ailleurs RETOUR À CASAQUEMADA Neil Bissoondath Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Ricard Paris, Phébus, 1992 428 pages Hervé Guay ORIGINAIRE de Trinidad, Neil Bissoondath vit actuellement à Montréal.Son premier roman est enfin traduit en français, chez Phébus, peu après la sortie de la version allemande.Il faut dire que la critique américaine a salué le livre de telle sorte que l’auteur quitte vivement l’anonymat.C’est parfaitement justifié.Retour à Casaquemada fait partie de ces premiers romans éblouissants qu’on aurait plus facilement imaginés au milieu d’une carrière aboutie.En fait, l’auteur parvient à une telle maturité d’écriture, à une telle maestria dans la conduite de l’intrigue qu’on s’attend d’ores et déjà à ce que d’autres récits d’importance suivent.Du premier roman, Casaquemada respire en revanche le fort parfum autobiographique.Que de souvenirs sont distilles avec diligence dans ce portrait de Raj et de ses proches.Encore qu’il s’agisse clairement de réminiscences transposées car, d’une part, on a affaire à un roman très construit; d’autre part, les itinéraires de Bissoondath et de son héros se recoupent certes mais ils diffèrent également.Peu importe, d’ailleurs, puisque la réussite de ce roman repose sur toute autre chose que sur l’agencement de recoupements biographiques.Bissoondath se distingue en particulier par la vivacité des des- m 1 m criptions des cultures dans lesquelles évoluent ses personnages.Il en fait la synthèse sans les réduire.Ce que Raj dit du Canada, où il séjourne comme étudiant, illustre bien l’acuité et la concision qui caractérisent l’écrivain en ce qui a trait à sa vision des différentes sociétés.« Le Canada doit être un des pays les plus naïfs du monde », écrit-il.Et il le fait, raisonnement à l’appui.S’il saisit certains aspects du Canada en un tournemain, il saisit doublement ceux de la petite communauté hindi transplantée aux Antilles et dont est issu le protagoniste de l’ouvrage.Cela se comprend dans la mesure où il s’agit de la partie la plus développée du livre.Encore là, Bissoondath va à l’essentiel.Même enfant, son narrateur chemine dans la lucidité.« J’allais découvrir que toutes les conduites des gens, dans notre petite île, étaient dictées par une certaine idée de la hiérarchie des races.» À ce sens du tout, s’ajoute chez le romancier une aptitude à mettre en scène des personnages ambigus dont les motivations révèlent les contra-dictions de leur milieu.Les exemples seraient légion.Mais, je pense à des ; types aussi différents que Madera, !î l’écolier cruel devenu policier sur le tard, Kayso, le cousin avocat défen- • seur des droits de l’homme ou Asha, l’ésotérique amie de la femme de •( Raj.Tous font écho, au-delà de leur .propre individualité, aux heurts et ; aux antagonismes dont regorge 111e ‘ fictive de Casaquemada.Mais, par-dessus tout, c’est sa composition qui porte le roman à un t t tel degré d’accomplissement.Je • : veux dire son ancrage dans cette -5 idée de retour à la fois littérale et1 abstraite que traduit judicieusement ' * le titre cartésien donné à la version française.Par contre, le titre anglais ’ (A Casual Brutality) évoquait mieux la finale bouleversante du récit, par quoi il prend tout son sens.Casaquemada parle d’un être dé-, chiré entre ses origines et la découverte d’un ailleurs davantage por- ’ 1 ' leur d’avenir.En filigrane, c’est la .double question de l’émigration et de l’exil qui est posée dans toute la corn-1 ' ' plexite qu’elle mérite, sujet brûlant i d'actualité s’il en est.Bissoondath' sait de quoi il parle et tranche en fa- fn veur du droit de l’individu de se « bâ- : tir quelque chose à partir de rien,-loin de la brutalité ordinaire des choses.» Et, c’est la moindre qualité de ce roman inspiré de convaincre du caractère inaliénable de ce droit.Passion faussement vénéneuse LA PART DU DIABLE Daniel Rondeau Grasset, 1992, 264 pages Francine Bordeleau EN AFRIQUE DU NORD, un Français rencontre un compatriote taciturne qu’on appellera Jérôme Ga-raud-Daverdoing.Et si ledit compatriote est à ce point taciturne, c’est qu’il est miné par un « secret » qu’il (nous) dévoilera en envoyant à cet homme rencontré fortuitement, plusieurs mois plus tard, le manuscrit contenant le récit de son histoire.La fameuse histoire, c’est celle d’une passion.Fondé de pouvoir d’une grande banque française aux ramifications internationales, Ga-raud-Daverdoing est envoyé en poste à T., un pays en guerre dans lequel on n’aura aucun mal à reconnaître le Liban.Il y devient l’intime, voire l’ami de Camille B., un homme à l’obésité monstrueuse mais doté d’un charme dangereux qui est une sorte de potentat informel, l’un des hommes les plus puissants de T.Et il tombe amoureux de Shermine, la femme de Camille; celle-ci le lui rend bien.Oui, et après ?Il semble bien que ce que nous appelons passion fasse longtemps encore l’objet de fictions.Mais était-elle un prétexte bien utile à ce roman de Daniel Rondeau, qui est aussi le fondateur des éditions Quai Voltaire et qui, si l’on s’en réfère seulement à La part du diable, se montre meilleur éditeur que romancier ?Il y avait assez à faire avec l’inquiétant Camille, homme cynique pour qui la vie est le jeu (et non pas un jeu), mais qui conçoit aussi que le jeu conduit à la mort.Personnage fascinant en vérité et incroyablement dense, il domine le récit et Rondeau, apparemment, ne parvient pas à lui trou- ver d’interlocuteurs valables.C’est' peut-être pour cette raison que la passion entre Jérôme et Shermine, cette guerre intérieure qui devrait provoquer les mêmes ravages que la guerre du dehors, semble plutôt insignifiante.Il y avait assez à faire, aussi, avec la guerre.Rondeau intéresse bien davantage lorsqu’il s’attarde aux trafics qu’elle engendre et aux profits qu’en retirent ceux qui la contrôlent.Certains moments l’auteur en rend même, avec une louable économie de moyens (Rondeau excelle dans l’art de la suggestion), l’atmosphère, le danger et l’urgence, et ce sont là les passages les plus réussis d’un roman qu’édulcore la description d’une passion censée être vénéneuse.La fin est désarçonnante à souhait, mais ne rachète pas ce récit inégal.j ! Let littérature y nA/fc a p d'aujourd'hui LJ^.MrLAL> Félicitations à Joseph Bonenfant Son essai Passions du poétique vient de lui mériter deux prix: Le prix de l’essai Alphonse-Desjardins Le Grand Prix littéraire de la Ville de Sherbrooke JOSHIMIBONENFANI Passions du poétique fiswwmi'r Dans Passions du poétique, l'essayiste rencontre les oeuvres de Crémazie et Nelligan, Grandbois et Lasnier, Saint-Denys-Garneau et Miron, Pilon et Gatien Lapointe, Monique Bosco et Michel Beaulieu.Une réflexion critique où l’on voit que le poème, condensation de parole et de temps, est avant tout un langage construit.Coll.Essais littéraires 234 page» 19,95 $ l’Hexagone lieu distinctif de l'édition littéraire mmmwm PLANTE?«Je n’ai pas le temps de lire des centaines de pages!» rAvec les Incontournables, vous ne restez plus planté là.Vous maîtrisez les logiciels les plus populaires en quelques minutes seulement.Vous disposez d’un aide-mémoire facile à consulter.Disponibles: l’Incontoumable MS-DOS 5, lTncontour-nable WordPerfect 5.1, l’incontournable Windows 3.1.Les Editions LOGIQUES Les Incontournables • reliure spirale, support de lecture intégré 24 pages chacun - 9,95$ Distribution exclusive: LOGIDISQUE inc., C.P.10, suce.«D», Montréal (Québec) H3K3B9 Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 I , ._ .- D-6 ¦ Le Devoir, samedi 24 octobre 1992 • leplaisirdes Marie-Claire BLAIS Parcours d'un écrivain Carnet 6 EN CES SOIRÉES d’automne où l’air est encore tiède, les délinquants noirs traînent dans les rues de Cambridge, les mains dans les poches, la casquette rabattue sur leurs yeux fonceurs.Ils sursautent pourtant au moindre bruit, dans cette oisiveté de la peur qui les mène vers les malodorantes pénombres des ruelles du ghetto, autour des poubelles que grapillent les rats.Ils échangent ces drogues dures, la mescaline, l’héroïne, dont à l’âge de 13 ans, ils ont déjà une habitude lasse, un peu désabusée.La poignante agonie de leur âme se lit parfois dans leur regard, mais ils sont jeunes aussi, ils aiment jouer, se battre, déambuler le soir par gangs le long de ces magasins encagés dans leurs grilles et leurs murailles de fer forgé; c’est là que les plus grands de ces adolescents s’arrêtent pour voir apparaître sur l’écran bleu d’une télévision, leurs pacifiques il i v àü ' f-r l 4 * * .|g$£> « i 9£$ vCS-A leaders et frères (bien que pour ces enfants qui ont connu tôt la violente oppression des Blancs, l’idéologie de la non-violence ne leur plaise pas) qui recommandent aux gouvernants politiques, une action non-violente, urgente, immédiate pour l’intégration des Noirs dans la vie sociale américaine.Rue Broadway, ces adolescents aux devantures des magasins, suspendus à ces éloquentes figures ui s’adressent à eux d’un distant cran de télévision bleu, écoutent et regardent avec une intensité au bord du désenchantement, ce doux prêcheur qu’est Martin Luther King, dont la parole, comme celle d’un poète, déborde d’images, de métaphores, de conseils de prudence et aussi d’une inaltérable tendresse, car un jour tous les peuples seront frères, entendent-ils, et l’intégration des Noirs se fera dans la paix, la nonviolence et le renouvellement des lois.Les jeunes gens voient aussi l’ascétique Malcom X, son sobre visage d’intellectuel sous les petites lunettes, ils verront aussi bientôt l’écrivain James Baldwin, tous réclameront pour eux l’héritage africain qui a été assailli, volé, tous réclameront au prix de leur sang parfois, leur liberté, l’innocence de cette liberté qui a été trahie de siècle en siècle.Eux qui sont traqués par la police, qui ont déjà pillé les rues de leur ville, qui seront mis à l’écart dans des pénitenciers pour trafic de drogues, eux écoutent et regardent, et leurs yeux sont agrandis par l’espoir.Serait-ce vrai ?Y aurait-il pour eux un avenir meilleur ?Dans les jardins de Harvard, comme sur les rives de la Rivière Charles où, pour son malheur, mon ami Jack poursuit ses expériences avec les drogues hallucinogènes, le message évangélique de Martin Luther King est entendu aussi, à travers les émeutes la sagesse de ce message est écoutée, entendue, comme la vague d’un océan qui se calme.Beaucoup d’étudiants, comme Jack, participent à la Marche sur Washington et partagent l’idéalisme, l’humanisme du grand pasteur Baptiste, délaissant momentanément l’acide et le LSD.Je suis, moi aussi, en cet automne 1963, parmi ces spectateurs de l’écran bleu aux devantures des magasins, lorsque je sors le soir, (la simplicité de mes moyens ne me permettant pas d’acquérir une télévision).Les visages de Martin Luther King, de Malcom X ont envahi le silence de ma chambre, de même que la force de leurs paroles.Sur ma table de travail, le roman ou l’étude romancée sur les rapports délicats entre l’homme et la femme est oubliée pour quelque temps, je note avec un intérêt fervent tout ce qui se passe autour de moi, dans mon quartier, dans cette communauté noire parmi laquelle je vis, et dans cette cellule de travail où personne n’est encore venu, ma solitude prend un sens.Je tente d’écrire bien maladroitement encore dans un roman sur les différences sociales, ce que je pourrais avoir vu de comparable à la situation des Noirs, dans la société québécoise, c’est cela qui me perturbe, même à l’étranger, le monde des usines où j’ai vu tant de jeunes vies s’étioler, s’éteindre pour toujours.(Ce livre qui prendra beaucoup de temps et où il sera quesiton du monde des ouvriers deviendra d’année en année et en plusieurs volumes, Les Manuscrits de Pauline Archange.) Mais ses bases sont là, dans ces piles de cahiers, sur la table à carte apportée à Cambridge mais je ne sais pas encore quelle forme prendra l’écriture.De vertigineux sentiments d’impuissance m’envahissent et je fuis souvent la table de travail, l’inconfort de ma chaise, de mes amis étudiants.Il est difficile de croire, avec le besoin que j’ai de m’en distraire, que je serai un jour captive de cet art, l’écriture, qui est celui de l’illumination dans le chaos.Les mots qui me viennent pour décrire l’abaissement d’une classe sociale par une autre, (à la fin des années 50, au Québec, où une classe est nettement prédominante sur l’autre, celle des patrons sur les ouvriers que rien ne protège, qu’un despote qui gouverne avilit même davantage) sont ternes, ils ont le ton même de la douleur renfrognée que je ressens.Je me demande ce que sont devenus toutes ces petites filles tous ces hommes si jeunes de 15 ans, 16 ans, dont les heures de travail dans de grises usines aux effluves empoisonnées, sont de huit heures le matin à huit heures le soir.Dans le métro où je vois le dos d’un Noir courbé vers les chaussures d’un Blanc qu’il cire, c’est à eux tous que je pense, ces petites filles, ces jeunes garçons d’une race d’esclaves, chez nous, dans mon pays.Parole d’honneur ! Flic et super flic Robert SALETTI A Essais Québécois LES GRANDS TEXTES INDÉPENDANTISTES Andrée Ferretti et Gaston Miron L’Hexagone, 494 pages RÉPLIQUES AUX DÉTRACTEURS DE LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC Sous la direction de Alain-G.Gagnon et François Rocher VLB, «Études québécoises», 500 p.SI L’ENTENTE de Charlottetown ne passera pas à l’histoire pour l’enthousiasme plébéien qu’elle aura suscité, les analystes et les éditeurs en ont fait, par contre, leurs choux gras depuis quelques semaines.Que de pages noircies sur les rapports Québec-Canada ! Les « briques » se succèdent et tout ce que la province contient de constitutionnalistes et de politicologues cherche à se manifester.À la lecture de ces opinions éclairées, on voit bien que le véritable enjeu, quoi qu’en dise la gent politique, demeure l’indépendance du Québec.Les grands textes indépendantistes et Répliques aux détracteurs de la souveraineté du Québec en sont deux bons exemples.Le premier est une compilation, par Andrée Ferretti et Gaston Miron, des « écrits, discours et manifestes québécois de 1774 à 1992 » prônant l’indépendance, et le second un ouvrage collectif visant à répliquer aux principaux arguments fédéralistes.Plutôt que d’en faire une analyse en bonne et due forme, j’ai préféré laisser la parole à ceux qui, depuis toujours ou dans le cadre de la conjoncture actuelle, y croient.Puisque le référendum de lundi prochain se présente de plus en plus comme un « anti-climax » de choix (la plupart des politiciens pense déjà à l’interprétation qu’il faudra donner au NON) et que la vraie question est autre de toute évidence, je vous livre en pâture quelques citations jugées Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aqloord'hnl 24 octobre de 13b à 15h Marie Laberge Quelques Adieux BORÉAL Vendredi 30 octobre de 17h à 19h Jean-François Chassay Le Jeu des coïncidences dan* La Vie mode d’emploi de Georges Perec HMH Samedi 31 octobre de 14h à 16h David Hamel IL PLEUT DES RATS Actes Sud/Lemeac 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Mit )•'»'- Ferretti Gaston Mirou écrits, discours et manifestes québécois I774-IW2 l’HEXAGONB révélatrices, glanées dans ces deux ouvrages.Regardons d’abord du côté du grand livre de l’Indépendance.Au chapitre intitulé « Le match », je souligne les remarques d’Albert Camus et de Victor-Lévy Beaulieu données en exergue.Le premier a déjà dit que « le préalable de l’indépendance n’est rien d’autre que le refus de toute négociation » ; quand à Beaulieu, ceci : « Il n’y a pas un peuple au monde qui mérite l’indépendance.Il y a trois étapes pour arriver à l’indépendance : premièrement on la veut; deuxièmement on la fait; troisièmement, on l’assume ».C’est clair et c’est ainsi qu’on comprend que nous n’en sommes qu’à la première période du match qui nous oppose à nous-mêmes.Au chapitre « L’enjeu », retenons ce que disait Pierre Bourgault (1965), que l’indépendance n’est pas une fin en soi mais plutôt un instrument pour se donner les moyens d’être ce que nous voulons être, et qu’une des conséquences d’un statut particulier pour le Québec serait de consacrer une « réserve québécoise au sein du Canada », ce qui n’est en aucun cas souhaitable.Être différent, est-ce demander aux autres de nous dire que nous le sommes ?Dans le même chapitre, section « Phrases-chocs », je trouve ce commentaire de Raymond Barbeau (1958) : « Le Canada est un État qui se cherche une nation et le Québec une nation qui se cherche un j Etat ».Un peu plus loin, au chapitre « Excès de confiance », je retiens cette phrase de Lise Payette (1982) : « Quand l’indépendance se fera, car elle se fera, même ceux qui s’y opposent savent que ce n’est toujours qu’une question de temps, il s’en trouvera pour se demander si Pierre Elliott Trudeau ne l’aura pas davantage favorisée que René Lévesque.Ce sera la revanche de l’Histoire ».Au chapitre des « Pronostics », un texte de Paul Chamberland (1990) intitulé de manière provocatrice.« L’indépendance est pour 1993 » tire son épingle du jeu.Les minutes s’égrènent toutefois et une question devient imminente : jouera-t-on les prolongations ?Ensuite, au chapitre « Les gradins », je relève cet appel au peuple lancé par Pierre Graveline ([1991) : « L’indépendance a beau etre une aspiration légitime, une nécessité politique et économique dans le contexte actuel de recomposition des grands ensembles (.), il faut aussi que le peuple soit mobilisé réellement pour manifester aux yeux de tous son désir de liberté, et au besoin, pour défendre ses institutions démocratiques et le territoire de son pays ».À quand la « vague » dans une assemblée nationaliste ?Enfin, un chapitre un peu spécial que nous intitulerons « La ligue des poètes », avec Pierre Perreault dans le rôle principal : « Et nous discutons avec des mots délavés.Avec le mot société distincte.Pour rendre acceptable-notre désir secret de pays.Autrement dit, on s’acharne à repeindre les boiseries mais il n’y a pas de maison.Nous vivons dans le carton-pâle des chimères des autres.Dans le cinéma.Dans le trompe-l’oeil.Dans l’attrape-nigaud.Pour ne pas faire peur au monde».Allons maintenant du côté du grand livre de la Défense de la souveraineté, où il y a moins de perles, moins de passion, mais plus de raison.et de raisons.Il y a en effet les raisons de croire que « devant le désir de liberté de peuples, le Droit n’a jamais constitué un obstacle décisif », selon Daniel Turp.Les raisons de penser, aussi, qu’un Québec souverain ne serait pas moins démocratique que ce qu’il est aujourd’hui, selon José Woehrling.Les raisons d’estimer que le jour où les Québécois « auront solidement décidé de disposer d’eux-mêmes » (sic), ils obtiendront sans problème la reconnaissance de la communauté internationale, disent Louise Beaudoin et Jacques Vallée.Et les raisons de croire que s’inquiéter de l’avenir de la culture dans la perspective de l’indépendance, c’est poser la question à l’envers, car « la vie culturelle des Québécois et Québécoises est plutôt menacée par l’absence de souveraineté», soutiennent Jean-Paul L’Allier et Denis Vaugeois.Les raisons de penser, finalement, que « le party de l'indépendance devrait être limité à une seule nuit », selon Pierre Fortin, et qu’il ne faut pas minimiser l’ampleur de la tâche et des sacrifices qui attendent les Québécois après une déclaration d’indépendance.Mais la vraie raison peut-être de croire en l’indépendance, elle ne se trouve dans aucun des ouvrages que j’ai lus jusqu’ici.Je l’ai découverte par inadvertance l’autre soir en regardant les informations télévisées.Y apparaissait Jean Chrétien à qui on avait demandé de commenter quelque chose dont je ne me souviens pas, sans doute le référendum mais peu importe au fond.Sa réponse, textuelle, valait mille discussions : « (Le Canada est) un pays dont les gens sont confortables à l’intérieur ».Parole de Québécois futur premier ministre du Canada.TRUFO A MISTO EN 1963, à Birmingham en Alabama, il y avait un peu plus de 550 000 habitants.Une minorité de la majorité blanche dominait, on s’en doute, toutes ces sphères d’activités où se côtoyaient, où s’affrontaient les bipèdes.La volonté de puissance si chère à Nietzsche était alors l’étalon, le dénominateur, le code, la loi passe-partout qui encourageait les p’tits blancs à donner la bastonnade aux Noirs qui vivaient à Bearmatch.Bearmatch ?C’était, et c’est toujours, le ghetto.C’est là, en ce lieu où la cabane en bois était la dominante architecturale, que Martin Luther King officiait.Ainsi que nous le précise Thomas Cook dans son Les rues de feu, no 2299 de la Série Noire, ses sermons, ses discours contre la violence, King les prononçait à l’Église Baptiste sise sur la 16e rue.À chaque fois qu’il précisait son point de vue en public, la flicaille, c’était un ordre, devait être présente, écouter, prendre des notes et faire rapport.Pour remplir cette fonction, l’état-major de la police a fait appel à Ben Wellman, un inspecteur qui n’est ni blanc ni noir.Un inspecteur qui est gris.Wellman, il se veut ainsi, n’est pas un idéologue mais bien un flic pour lequel faire correctement son boulot est, tout simplement, la seule façon de faire.Il est flic.Point.Alors qu’il se rend à une autre surveillance, une autre corvée, des activités de King, il entend sur sa radio un appel émanant du central.Un appel qui mentionne qu’un individu a signalé la présence d’un cadavre à la lisière du terrain de sports de Bearmatch.Ben se rend sur les lieux.Thomas Cook nous raconte qu’il « se demanda l’espace d’un instant si ce n’était pas une blague, un coup de fil bidon, ou encore un vieil alcoolo à qui son imagination jouait des tours; mais comme il progressait sur le terrain parsemé d’ordures, ses yeux se mirent à accomoder lentement sur une espèce de petite boule noire qui se détachait sur la terre rouge et nue au pied du poteau de but.Il continua à s’approcher, et la boule devint un petit poing brandi hors de la boue, les doigts repliés sur la paume comme pour saisir un objet invisible suspendu au-dessus du sol.» Le qui et le pourquoi, le quand et le comment vont alors se bousculer.Le flic qui veut savoir va prendre le dessus sur le rôle du pion dans lequel la hiérarchie l’a cantonné.On insiste, il veut savoir.Il souhaite la vérité.Non par orgueil ou pour sauver l’honneur ou la réputation de sa profession.De cela, Ben s’en fout.Il est trop placide pour être un mystique.Ce n’est pas missionnaire, c’est un travailleur.Il va découvrir que « cette petite boule noire » appartenait à une jeune fille de 12 ans.Une sourde.Puis, il va découvrir le corps mutilé d’un simple d’esprit.Puis ce sera le corps d’un flic qui se distinguait par sa discrétion.Puis il se demandera pourquoi un autre de ses collègues a été lynché.Peu à peu il va comprendre que dans ses meurtres, certains membres de sa corporation sont mêlés.Comme il va réaliser que ces meurtres font l’affaire d’une certaine mafia Noire.Petit à petit, Ben l’obstiné, Wellman le flegmatique, va se confronter aux forces de l’immobilisme.La pire tare sociale qui soit.Il ira jusqu’au bout.Cette histoire de Thomas H.Cook, c’est la traduction littéraire du Strange Fruit de Billie Holiday.Ces Rues de feu, c’est le roman des Droits civiques.C’est beaucoup.C’est énorme.Saluons M.Cook.Saluons surtout son courage.Bonne fête le Turc !, de Jakob Arjouni aux éditions Fayard, c’est également une histoire de ghetto.Celui de Francfort.Celui des Turcs qui y habitent.Celui du racisme.C’est l’histoire de Itsel Hamul qui demande à Kemal Kayankaya, un privé, d’enquêter sur la mort de son mari Ahmed Hamul parce qu’elle a rapidement réalisé que la police ne cherche pas à connaître l’identité de celui ou celle qui a zigouillé d’un coup de poignard ce « métèque.» Ce privé, ce Kayankaya, on le suit dans les rues de Francfort que fréquentent ceux que la bourgeoisie appelle les paumés, comme on le suit dans les couloirs du siège social qu’occupe la flicaille.On le suit, mais sans conviction.Si cette histoire a une valeur sociologique évidente, elle manque par contre d’entrain.À cause de quoi ?De qui ?De ce Kayankaya que son auteur a transformé en caricature.Et comme il n’a pas la verve, la langue d’un San Antonio, on se surprend à soupirer.On est aux portes de l’ennui.Alors.?Les rues de feu de Thomas Cook.No 2299 de la Série Noire.437 pages Bonne fête, le Turc ! de J.Arjouni.Fayard.205 pages.Le siècle de l’Europe LA MAISON EUROPE Lester Thurow Éditions Calmann-Lévy, 1992,293 p.Jocelyn Coulon L’EUROPE va dominer le prochain siècle et c’est un Américain qui l’écrit.Lester Thurow, professeur au célèbre MIT de Boston et conseiller économique très recherché pense que les Européens ne doivent pas hésiter une seconde à faire l’unification européenne car le XX le siècle leur appartient.« Les Japonais ont le dynamisme de leur côté.Les Américains ont leur souplesse, et un talent sans égal pour s’organiser lorsqu’on les met directement au défi.Au départ, ils s’alignent avec plus de richesse et de puissance que quiconque.Mais les Européens ont pour eux leur situation stratégique.C’est à eux, le plus vraisemblablement, que reviendra l’honneur de donner son nom au XXIe siècle», écrit l’auteur en conclusion de son livre.Avant d’en arriver là, Thurow ou- vre son livre par une description fort brillante des changements politiques mais surtout économiques et technologiques qui bouleversent présentement un monde issu de grands accords signés à la fin des années 40.« Les règles du jeu économique international — le système de Bretton Woods et du GATT — ont été fixées après la Seconde Guerre mondiale sur la base des réalités d’alors », écrit-il.Et c’est l’Amérique qui dictait le jeu.Aujourd’hui ce n’est plus le cas.Le Japon et l’Europe sont devenus des forces économiques aussi puissantes que les États-Unis et leurs succès ne semblent pas devoir se tarir.Thurow explique en deux longs chapitres ce qui fait la force de ces nouveaux géants.En contrepartie, l’Amérique, satisfaite par un demi-siècle de domination, recule.S’il rejette la thèse du déclin, l’auteur parle toutefois de « quelques retards » qui vont en s’accentuant et qui minent sérieusement le leadership américain.Pour Thurow, « c’est une vieille leçon de l’histoire que les règles du commerce sont fixées par ceux qui contrôlent l'accès au marché le plus vaste».Et ce marché, c’est la grande Europe qui le deviendra au XXIe siècle : intégration dès le 1er janvier 1993 des économies de la CEE ; adhésions prochaines de plusieurs pays industrialisés (Suède, Suisse, Autriche, etc.) ; et formules d’association avec les anciens pays de l’Est.Résultat, un bassin de 850 millions de consommateurs.La première économie du monde.Thurow ne fait pas preuve d’un optimisme béat sur le destin de l’Europe.Il reconnaît l’ampleur des problèmes liés à l’unification et à l’ouverture à l’Est.Il écrit aussi que le leadership du monde occidental devra être laissé aux États-Unis — puissance militaire sans égale — et que le monde a tout intérêt à ce que son économie demeure prospère.Il en va de la sécurité de l'ensemble du système.Les Britanniques ont dominé le siècle précédent, les Américains celui-ci.C’est maintenant au tour des Européens de façonner l’avenir de la planète.L’ULTIME REBELLION LE FÉDÉRALISME CONTRE LES ABUS DES POLITICIENS Jean-Pierre Dandurand Une vue d’ensemble des effets du fédéralisme sur la politique, l’économie, la culture et la paix.En vente chez votre libraire LE FEDERALISME CONTRE LE8 ABUS DES POLITICIENS JEAN-PIERRE DANDURAND 192 pages 17,95$ wjimiia ÉDITIONS DU TRÉCARRÉ Diffusion Diffulivre (Douze ans a » te uCsCornvca“ naison tou&c "bord de m* y/,/.mcc ne initiation XXY fPri?c !A[fred-DesrJ(o chers 1992 Hugues Corriveau La maison rouae du bord de mer u roman 815, rue Ontario Est, bureau 201, Montréal (Québec) H2L1P1 Téléphone : (514) 525-2170 • Télécopieur : (514) 523-9401
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