Le devoir, 29 septembre 1993, Cahier A
Vol.I.\ X X I V X o 2 2 fi T I' S ?T V Q T o r o ii I o 8 .1 c E DEVOI P E R S P E C T I V E S D’un Johnson à l’autre Il y a 25 ans cette semaine — fin septembre 1968 — le premier ministre Daniel Johnson mourait au petit matin du jour de l’inauguration du barrage Manie 5 qui, depuis, porte son nom.La veille de ce fatidique jeudi 26 septembre, il avait donné une conférence de presse télévisée, dans le but de rassurer tout le monde après trois mois d’absence à cause de problèmes cardiaques.Il se disait dangereusement en forme.Le lendemain, sa dépouille était ramenée à l’Assemblée législative pour y être .exposée en chapelle ardente, avant les funérailles d’Etat, suivies de l’inhumation a Saint-Pie, dans son comté de Bagot, devenu depuis celui de Johnson.En trois ans, depuis le congrès dit du renouveau de l’Union Nationale — où il avai,t lancé son célèbre livre et slogan Egalité oh indépendance — en 1965, le Danny Boy des caricaturistes était devenu un chef de gouvernement respectable et respecté.En septembre 1968, le père a 53 ans, son fils aîné Daniel, 23, le cadet, 22.Celui-ci, Pierre-Marc, tire une conclusion majeure de la pensée politique de son père: il s’était donné le mandat de préparer la voie à l’indépendance, de façon à permettre à une autre génération — probablement la sienne — de la réaliser, de se créer une patrie, si tel devait être son vœu.Daniel Johnson L’aîné conteste celte interprétation.«L’indépendance n’est qu’un moyen d’atteindre l’égalité», répète-t-il.Aussi, depuis 20 ans, un cliché tenace veut que chacun des deux fils ait retenu celui des deux termes de l’alternative qui correspondait le mieux à ses affinités et aspirations.Avec autant de vraisemblance l’un que l’autre, d’ailleurs.Tel un Hamlet angoissé, paradoxal et ambivalent, Daniel Johnson aura laissé aux Québécois un testament politique à son image, c'est-à-dire susceptible d’interprétations diamétralement opposées, ainsi que le rappelle Pierre Godin, dans son chapitre Requiem pour un premier ministre traqué (dans Im difficile recherche de légalité).Wliat’s in a name?Sacha Guitry disait qu’il avait un nom de famille, et qu’il lui restait à se faire un prénom.D’une certaine manière, il en fut de même pour les deux frères Johnson, du moins quant à leur carrière politique.Pierre-Marc fut le premier, il y a déjà 20 ans, à suivre les traces de son père, mais sous la férule de René Iœyesque et la bannière de la souveraineté-association.Elu député d'Anjou en novembre 1976, vite promu ministre, sa notoriété et son envergure incontestable lui ont aussi valu de solides inimitiés, tempérées par l’autorité toute puissante du père fondateur.Celui-ci faiblissant et trébuchant, il était écrit dans le ciel que le brillant et ambitieux ministre serait tenu responsable jusqu'à la fin de ses jours de cette pénible déchéance.Il l’a payé très cher, victime d’un putsch des «purs et durs», une semaine après le décès de M.Lévesque, en novembre 1987.Député de Vaudreuil-Soulanges depuis avril 1981, Daniel fils bénéficie aussi de la notoriété de son nom de famille lorsqu’il tente de bloquer le retour triomphal de Robert Bourassa à la tête du PLQ, en octobre 1983.Cela ne l’empêche pas de terminer troisième — avec 12% et 343 votes — derrière Pierre Paradis, tous deux loin derrière l’ancien et futur premier ministre.Celui-ci, tout comme M.Iœvesque, n’en a pas moins confié des ministères importants à l’aîné Johnson, amené en politique active par M.Claude Ryan, successeur et prédécesseur de M.Bourassa.Ce qui le rendait doublement suspect aux yeux des Rouges teints, par son nom de Bleu, et par ses accointances notoires avec l’ex-directeur du journal LE DEVOIR.La notoriété est une arme à double tranchant L’histoire se répète.Tant que M.Bourassa était solidement en selle, l’animosité larvée restait discrète, quoique le rôle de gendarme que joue le président du Conseil du Trésor lui attire peu de sympathie parmi ses collègues.lx* rassembleur quittant, les vieux démons refont surface.Mûri par l’expérience désastreuse de 1983, M.Johnson prend les devants, pour couper l’herbe sous le pied des autres aspirants et tenter de prendre une avance insurmontable.Attention, préviennent les sondeurs: est-ce le nom Johnson qui est resté populaire au fil des décennies, ou celui du ministre actuel?Avec encore plus de vigueur qu’en 1983 — Marc-Yvan Côté prétendait que l’apparente popularité de Daniel ne tenait qu’à son patronyme — les vrais ministres et députés libéraux ne veulent pour rien au monde d’un troisième Johnson.D’où cette étrange coalition, à défaut d’un outsider, autour du ministre Gérald Tremblay.Ça ressemble fort à ce que les anglophones appellent un mouvement ABJ (Anybody but Johnson).La notoriété est une arme à double tranchant.Ixs deux Johnson ont pu en bénéficier pour faire de la politique, chacun à sa manière et à son rythme.Toutefois, au moment d’arriver au sommet, le renom familial semble se retourner contre eux.Ce n’est |>as la seule raison des déboires de Pierre-Marc, mais son ambivalence de Johnson était intolérable pour les orthodoxes.De la même manière, ceux pour qui comptent uniquement les Rouges mur à mur ne sauraient tolérer un transfuge comme chef.Il est marqué au fer.rouge.Comme dirait le fabuliste, il est coupable: si ce n’est lui, c’est son frère.Ix> mot est cruel.Ce qu’il y a de bien avec les Johnson (a écrit Michel David, l’attribuant à un péquiste), c’est qu’ils ne durent pas longtemps: deux ans pour le père, deux mois pour Pierre-Marc, deux semaines pour Daniel.I N Ixh Actualités.A2 Agenda culturel .BH Alumna's classées.152 Avis publics.lit» Culture.MO Découvertes.M (ù'onmnic.ICI E X lùlitorial.AH Idées.A5> lx Monde.AO Montréal.A3 Mots croisés.112 Politique.A5 Ixs Sports.117 Météo Nuageux Max.: 10 1 létails en B6 M D N T lî E A I., I.E M E 11 < Il E I) I 2 9 S E P T K M 11 11 E L'ÉCONOMIE Bell évite les licenciements PAGE B 3 !) 9 Il ,) C LE MONDE Tsahal se retirera (te Gaza te 13 décembre PAGE A 7 POLITIQUE Bourassa juge précipité te geste de l'Ontario PAGE A 4 CULTURE La nouvelle danse fait ses premiers pas PAGE AB 10 Campbell Pas de programme secret, jure-t-elle JEAN DION LE DEVOIR Toronto — Pressée de se défendre, Kim Campbell affirme ne disposer d’aucun «programme secret» en matière de programmes sociaux et, pour le prouver, elle est finalement entrée dans le vif du sujet, hier, question d’alléger la pression qui pesait sur elle depuis plusieurs jours.C’est toutefois un plan de «modernisation» dépourvu de données précises et limité à un engagement envers de vagues principes que la première ministre a dévoilé dans un discours très attendu prononcé devant quelque 300 gens d’affaires progressistes-conservateurs de la région de Toronto.Réitérant que son approche «ne coupe pas dans les programmes sociaux, mais les ajuste» et «ne coupe pas dans la sécurité de la vieillesse, l’assu-rance-chômage, les pensions et allocations des handicapés et des anciens combattants, les soins de santé, l’éducation ou VOIR PAGE A 8: SECRET se défend Et voici le vrai programme PIERRE O ’ N EILL LE DEVOIR Les conservateurs s’engagent à créer des emplois stables, supprimer le déficit et renforcer le filet de sécurité sociale, sans augmenter les impôts, ni créer de nouvelles taxes.Divulgué simultanément hier à Toronto par Mme Kim Campbell et à Montréal par le ministre Pierre Blais, le programme conservateur repose sur trois principes fondamentaux: ¦ relancer l’emploi dans une économie forte et donner à la population les outils nécessaires pour y prendre part; ¦ maintenir la qualité de vie des Canadiens et en préserver les avantages pour tous; ¦ remettre le gouvernement au service de tous les Canadiens.Coprésident national de la campagne du PC, Pierre Blais y voit un contraste avec «l’absence» de programme du Bloc québécois.Et un constrate avec le programme des libéraux «qui aurait pour effet d’endetter davantage les nouvelles générations».VOIR PAGE A K: PROGRAMME Les esprits s’échauffent à Moscou •-h PHOTO AFP DES HEURTS de plus en plus nombreux se produisent devant la Maison-Blanche de Moscou, où se sont barricadés les députés hostiles à Boris Eltsine.Ce dernier a donné hier 24 heures aux parlementaires pour quitter les lieux.Nos informations en page A 6.Steven Cohen, agent secret de la paix MARTINE TURENNE LE DEVOIR A Washington, tandis que Yasser Arafat et Yitzhak Rabin échangeaient une poignée de main historique, scellant un accord de paix devant marquer le début de nouvelles relations entre leur peuple respectif, un homme présent dans la petite foule réunie savourait ce moment avec une émotion particulière.Après tout, il en était, un peu, le responsable.Car parmi les dignitaires, où l’on pouvait apercevoir ça et là d’ex-présidents américains et plusieurs dirigeants prestigieux, se trouvait un psychologue juif montréalais au destin exceptionnel: Steven Philip Cohen, «cet universitaire canadien, rapportait la semaine dernière un magazine français, à qui Rabin aurait confié le soin de faire la navette entre lui et Arafat afin de trouver une fonnule qui permette enfin d’entamer ces négociations.» Mission accomplie pour cet homme d’une cinquantaine d’années, qui dirige toujours depuis Montréal, son lieu de résidence, un petit Institut pour la Paix au Moyen-Orient, situé dans l’ancien hôtel Windsor, rue Peel.Un homme qui fraye depuis deux décennies avec tout ce que le Moyen-Orient compte de dirigeants, d’intellectuels, de gens de pouvoir.Un diplomate sans titre officiel, qui rapproche ceux qui, il n’y a pas si longtemps, paraissaient irrémédia- l’MOTO ARCHIVES Steven Cohen, universitaire et psychologue montréalais Un véritable diplomate sans titre officiel blement irréconciliables.«C'est une exagération de dire que Rabin m’a demandé d'aller rencontrer Yasser Arafat, dit-il au cours d'une rencontre dans son bureau montréalais.Vous savez, les leaders ne demandent jamais de l’aide.Simplement, ils exposent le problème.Et quand j’ai rencontré Rabin au VOIR PAGE A 8: COHEN Bleu comme l’automne à Montréal Cet automne, les bluesmen de Chicago et de la Californie vont envahir Montréal comme jamais ils ne l’ont fait auparavant Entre le Festival Blues 93 et la programmation du G-Sharp, on pourra entendre les artistes phares du genre musical le plus terre-à-terre qui soit.SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Ancien plongeur, de la vaiselle et non de la mer, ex-videur-chauffeur de taxi, le guitariste et chanteur Eddy Clearwater s’apprête à débarquer à Montréal après Pine-top Perkins, le pianiste robuste des sentimerfts rapides, après Buddy Guy-John Mayall, le duo des mineurs qui creusent des sentiments identiques à ceux de Perkins, et après.«Petit Anthony et les locomotives».Qui plus est, les pressions inflationnistes imprimant plus que jamais leur influence sur le front du blues, les consommateurs de cette chose musicale plus affriolante que la musique post-moderne pourront se nourrir des notes couvées par Eddy Kirkland.Un coquin qui signe de bonnes productions sur étiquette Evidence, un guitariste qui a joué dans le fin fond de la Norvège mais jamais à Montréal.Les 12 et 13 novembre, Kirkland sera au G-Sharp.VOIR PAGE A 8: BLEU Karl Kelley (à gauche) et Little Anthony seront à Montréal cet automne Les francophones s’attaquent aux contre-vérités du Reform Parly MARTINETURENNE LE DEVOIR Les francophones hors Québec ont décidé de s’attaquer aux contre-vérités et aux faussetés véhiculées depuis le début de la campagne électorale par le Reform Party.«Pour gagner des votes, les candidats du Reform colportent des mensonges et gonflent des chiffres», dit Mme Claire Dm teigne, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada.lx Reform Party déclare par exemple que les francophones veulent imposer le bilinguisme intégralement au Canada, ce qui est absurde, selon Mme Lanteigne.«Nous demandons simplement que l’on respecte les articles 41 et 42 de la loi sur les langues officielles, qui stipule que le gouvernement a la responsabilité de faire la promotion et d’appuyer le développement des communal ' ¦ glophones à travel's le pays.» rs séries de «préoccupations», VOIR PAGE A 8: FRANCOPHONES 220465 A 2 I.E I) K V 0 I li I.K M E H (' It EDI 2 !) S K 1‘ T K M 15 H E I !) !) 3 ES ACTUALITES he maire de Québec ; donne à son tour 1 son appui au programme libéral Québec (PC) — Tout comme son homologue de Montréal, le maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, accueille bien le programme d’investissement dans les infrastructures propo-sé par le chef libéral Jean Chrétien dans lequel le gouvernement fédéral consacrerait deux milliards de dollars.Mais M.L’Allier a mis des bémols sur ses commentaires en expliquant que des données inconnues, comme le résultat des élections du 25 octobre ef.la réponse des partenaires (provinces et municipalités), l’obligeaient à modérer son enthousiasme.Le maire de Québec a tenu ces propos hier midi après une rencontre avec le candidat libéral dans la circonscription de Québec, Jean Pelletier, prédécesseur de M.L’Allier à la mairie de la Vieille Capitale.• l
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