Le devoir, 26 octobre 1996, Cahier E
I- K I) E V 0 1 H , I, E S S A M EDI 2 (i E T I) 1 M A N C II E 27 0 C T 0 B R E I D D (i PI faire réseau partout sur le territoire.- .ts ëmm mm- jscjl Læt sA V4* » m m v».¦ ¦8&S*.'ti||l""!i!!l!Kiia«; HliiiMHjj!, jiii ! «U Le village de Cap-Santé, aux environs de Québec Les axes historiques Le Saint-Laurent n’est pas un cours d’eau ordinaire, il est le cours de notre histoire SOPHIE GIRONNAY Le premier combat livré et gagné au nom du paysage l’a été sur les bords du fleuve, entre Lotbinière et Grondines.Pas étonnant.Le Saint-Laurent n’est pas un cours d’eau ordinaire, il est le cours de notre histoire.Depuis, les Amis de la vallée du Saint-Laurent qui avaient mené cette bataille (il s’agissait de faire passer sous l’eau la ligne d’Hydro) proposent de classer site historique l’ensemble dç ses rives au grand complet.Aux Etats généraux du paysage de 1995, l’idée était appuyée, en plénière, par la corporation des urbanistes.Ce réflexe de protection trahit de profondes inquiétudes.«À travel's les arcanes de la promotion immobilière, des montages financiers et des forces politiques, il est devenu pratiquement impossible de désigner les vrais responsables des changements qui affectent notre cadre de vie, qu’ils soient bénéfiques ou préjudiciables.En matière d’aménagement, plus l’enjeu d’une décision est important, plus la décision a des chances d’être prise par quelqu’un qui ignore pratiquement tout des prin- cipes fondamentaux sur lesquels celle-ci devrait s’appuyer», bougonnait avec justesse Pierre Larochelle, un professeur agrégé de l’Université Laval, qui se consacre à des recherches sur la morphologie et la syntaxe des paysages.M.Larochelle est mécontent de ce qui s’est fait sur l’île d’Orléans.Malgré un classement comme arrondissement historique et un PILA (plan d’implantation et d’intégration architectural) idoine, des incohérences ont été commises, par méconnaissance du paysage — c’est-à-dire de tous les facteurs qui composent l’ensemble d’une trame historique et de la manière dont elle s’inscrit dans le site naturel.On a reproduit avec application certains détails traditionnels comme la pente du toit, les matériaux, les ouvertures, écrit-il dans son étude.Mais lorsqu’il s’agit «du mode d’implantation de la maison sur la parcelle, de la manière de résoudre la rencontre du bâtiment avec le sol, du mode de délimitation de la propriété, du choix et du mode de distribution des éléments de la végétation et de l'orientation de la ligne de faîtière de la toitu- Le patrimoine batl On peut détruire en rénovant mal, tout autant qu'en ne rénovant pas! YVES LAFRAMBOISE re, on constate une apparente indifférence aux règles qui ont gouverné l’organisation du milieu bâti sur l’île depuis plus de trois siècles.La même rupture de la continuité historique s’observe aussi dans l’insertion de constructions récentes dans la structure existante des villages.».Ce qui prouve qu’il ne suffit pas d’imposer un type de toiture ou de revêtement.Il faut voir et comprendre plus large: «Un plan d’aménagement territorial du paysage, écrit M.Larochelle, pourrait constituer un instrument de contrôle apte à assurer l’inscription de l’ensemble des transformations du milieu bâti dans la continuité historique des lieux.» En attendant de mettre le fleuve en bouteille, certains préconisent plutôt (comme dans l’expérience-pilote de Verchères) d’utiliser la science de l’aménagement paysager pour rassembler les populations autour d’un projet de plantations capable de traduire, sous forme de végétaux et de dessin paysager à l’échelle d’un village entier, l’histoire et l’esprit des lieux.La continuité historique partirait alors des racines, pour s’élever jusqu’aux nuages.Et que ça pousse! SOPHIE GIRONNAY Après vingt ans de militantisme patrimonial, une loi sur les monuments et sites, des centaines de sociétés historiques et autres Association des amis et propriétaires des maisons anciennes, on croyait le patrimoine bâti sorti du trou.C’était chanter trop tôt victoire.La Presse résumait bien la chose l’an dernier déjà: «Le patrimoine s’en va chez le diable!» Les outils réglementaires valables ne manquent pourtant pas.Ainsi, l’architecte Jean-Claude Gauthier juge avoir réussi à sauver le site du plus ancien port de pêche des îles de la Madeleine, à Havre-Aubert.Il a mis au point, simplement, à la demande des élus et des proprios, le réglementaire Plan d’implantation et d’intégration architectural.«Dommage que les municipalités ne se servent pas plus du PUA, dit-il.C’est le seul outil efficace qui leur permettrait, par exemple, d’imposer le respect d’un alignement pour préserver l’esprit d’une place, ou d’empêcher qu’une bâtisse de quatre étages pousse à côté d’une église.» Le pire ennemi n’est pas toujours la mauvaise volonté des maires, mais, souvent, la méconnaissance.On détruit en rénovant mal, tout autant qu’en ne rénovant pas.Le cas des églises et des écoles en est un exemple.Abandonnées par les fidèles, les églises dont les jolis clochers ponctuent nos paysages ont du mal à rester debout, mais au moins leur reconnaît-on une valeur patrimoniale.Des fonds, substantiels quoiqu’insuffi-sants, ont été débloqués l’an dernier.Certaines cathédrales se restaurent et l’expertise se développe.En revanche, les écoles sont encore utiles et utilisées.Mais comme elles datent bien souvent du baby-boom des années 50 et 60, elles appartiennent au dit patrimoine moderne, un cheptel fort riche au Québec et fort mal connu.Arrivé à l’âge vénérable où s’imposent des rénovations, ce patrimoine-là est en ce moment même en train de se faire ratiboiser dans la plus totale bonne conscience.Avec leurs lignes horizontales simplifiées, leur ancrage au sol étudié, les groupes scolaires modernistes composaient, avec les églises, des en-, semblés bâtis solides, sensés, et sympathiques, en parfaite correspondance avec le paysage naturel du Québec.Ce n’est pas telle façade en particulier qui raconte l’histoire sociale québécoise, c’est l’ancrage des clochers dans l’horizon et leur espacement ou encore le rapport des volumes et les distances entre les bâtisses.Ce qui parle, c’est le nombre de pas que faisait monsieur le curé pour rendre visite aux écoliers, le nombre d’arpents sur lesquels brillait, tel un phare dans une mer de nature hostile, l’argenté de ce clocher-ci, avant que cet autre clocher-là ne prenne le relais.C’est le jeu du silence et des sons qui fait la musique, pas les sons tout seqls.A partir du moment où l’on inverse la lorgnette, et où l’on se met à élargir son champ de vision pour embrasser le paysage dans son entièreté, toute l’importance d’en bichonner les composantes patrimoniales saute aux yeux, avec une force renouvelée et une meilleure compréhension, aussi, de ce qui détruit, de ce qui est urgent et de ce qui l’est moins.Les amoureux de vieilles pierres ont donc tout à gagner en grossissant les rangs des défenseurs de paysages.«Des villes, des paysages, sans autre contour que celui du temps, comme les fragments (rime même histoire.» —HÉLÈNE DORION Un visage appuyé contre le monde YVES LAFRAMBOISE Pas facile d’intégrer aux villages d’autrefois de nouvelles constructions qui respectent l’esprit des lieux.YVES I.AFRAMBOISE L’église de Saint-Antoine-sur-Richelieu L’église méthodiste de Knowlton YVES LAFRAMBOISE PIERRE LAHOU Le Quebec recèle de nombreux villages au charme prenant Place d’église à l’île d’Orléans 5252 I, E I) E V 0 I It , I.E S S A M EDI 2 (I E T I) I M A N (' Il E 27 II 11 T 0 It It E I !) !) (i E 7 UN LIED DIT QUEBEC Le contexte La période de récession que nous traversons est-elle favorable à l’avancement d’un projet collectif de paysage?Plus que jamais! répondent les professionnels et chercheurs qui ont contribué à la rédaction des textes qui suivent, observateurs privilégiés de la scène paysagère.À la question de savoir si notre société a les moyens de se payer le luxe d’un aménagement intelligent et respectueux, ils répondent, chiffres, analyses et preuves à l’appui, que notre société, au contraire, n’a plus les moyens d’ignorer les richesses multiples et fabuleuses de son héritage, et que c’est la qualité, désormais, qui devient payante.Vive l’austérité, mère de l’invention, surtout à un moment de notre histoire où le patrimoine au sens large regagne le cœur des Québécois.Nul besoin de rester passéiste, d’ailleurs.Même dans l’architecture d’ici la plus novatrice, la mémoire et l’esprit du lieu sont les sources premières d’inspiration.Mais à la campagne comme en ville, les paysages du Québec sont avant tout des lieux multiples de cohabitation bigarrée.Tandis que l’État se désengage, les intérêts divergents se font la bagarre sur le terrain.Coup de chance et marque distinctive: l’occupation des espaces que nous a léguée l’ère industrielle est plus diversifiée et humanisée ici que partout ailleurs en Amérique du Nord.Le terreau est riche, la saison, parfaite: profitons-en.H* i-S .*•' K mm JEAN-CLAUDE MARSAN L’invention qui vient d’ici Il faut savoir donner place à un travail d'intervention créative ", * *>'*>*« ' sspsisjgi >¦ g »i* 4 * rjr.mm ser place à l’invention, et l’invention peut venir d’ici.Sans nécessairement accepter de laisser raser systématiquement quelque maison ancestrale ou boisé, ni de construire Las Vegas dans Charlevoix, il faut savoir aussi donner encore un peu de place à un travail d’intervention créatif qui nous évitera peut-être la banalité d’un futur préfabriqué disponible par catalogue.Ce travail est en cours, en chantier.On en trouve les traces dans les villes et en région.Est-il influencé par ce qui se fait ailleurs?Sans doute.Mais il est surtout fondamentalement ancré dans la compréhension du territoire.L’écho du mot «mémoire» ou mieux, de l’expression «esprit du lieu», si souvent répétés depuis le début des années soixante qu’ils en sont presque devenus des clichés, est présent dans les projets les plus contemporains et se manifeste à travers l’interprétation des lieux et la façon dont leurs transformations sont imaginées.Des exemples?L’esquisse d’aménagement du monument du Grand coup d’eau à des fins touristiques en est un.Cette étude préparée en août 96 par les historiens Luc Noppen et Lucie K Morisset en collaboration avec l’architecte du paysage Claude Cormier est fondée sur l’histoire et la configuration physique du secteur du Bassin à Chicoutimi qui a été gravement endommagé par l’eau le 20 juillet dernier.Elle propose un réaménagement spectaculaire, contemporain et sensible du site où une masse de granit fie cran rouge) lavé de son couvert végétal ramène le sol du parc du bassin à sa préhistoire.Ce cran rocheux est le point d’ancrage de l’intervention.Des éléments qui ont résisté au Grand coup d’eau s’y greffent.Ces éléments encore en place (dont la très médiatisée petite maison blanche du 441, rue Gédéon) n’y sont pas muséifiés dans l’optique d’une JEAN-CLAUDE MARSAN impossible reconstitution nostalgique de l’ensemble; des rôles leur sont plutôt assignés (maisons-jardins, mai-sons-piscines, lit de la rue Taché, îlot sacré) en prévision d’un aménagement récréo-touristique cohérent planifié à l’échelle du quartier et de la ville.On peut aussi citer l’aménagement du Vieux-Port de Montréal, réalisé sous la direction de l’architecte et urbaniste Aurèle Cardinal, qui comporte les structures ludiques et évocatrices du pavillon Jacques-Cartier que des mâts-colonnes prolongent loin sur le quai, de la Maison des éclusiers qui apostrophe les silos à grain, du pavillon des patineurs qui salue de son dôme le marché Bonsecours.Aussi, en bordure du port, le musée de Pointe-à-Callière où l’architecte Dan Hanganu a déposé sur des vestiges archéologiques un bâtiment dq maçonnerie les révélant.A la fois indépendant et solidaire dç son environnement, l’«Eperon» n’est ni un pastiche ni un bâtiment servile, il affirme sa contemporanéité.Plus à l’est, à Pabos Mills, en Gas-pésie, l’atelier d’architecte dont je fais partie a réalisé un centre d’interprétation historique et archéologique qui relève davantage de l’installation in situ que de la boîte noire à laquelle nous avons été traditionnellement habitués.Musée de site, centre d’interprétation, parc commémoratif sont issus d’un patrimoine collectif et pourraient être destinés à y appartenir.Dans de tels programmes, la «mémoire» et l’«esprit du lieu» sont omniprésents.Révélant l’histoire à laquelle ils sont liés (l’aménagement est réalisé pour parler du lieu), ils peuvent aussi donner place à l’invention et contribuer à son interprétation.D’autres aménagements qui ont des rapports d’usages moins directs avec l’histoire du site sur lequel ils sont implantés témoignent de l’enrichissement programmatique qu’apporte l’interprétation du rapport au lieu.Ainsi, lors d’un concours organisé par la municipalité de Rosemère, des architectes, paysagers et autres aménagistes, loin d’une recomposition disneyenne de banlieues pastel, ont fondé leurs propositions pour une nouvelle cité-jardin peuplée de travailleurs autonomes et informatisés sur les étonnantes caractéristiques d’un terrain marqué par le tracé d’anciennes fermes, par la présence d’une autoroute et celle d’un ruisseau.A Drummondville, la joyeuse architecture d’une caisse populaire (mais oui!) que son auteur, Louis-Paul Lemieux, qualifie de pop-moderne, est installée le long de la très commerciale artère conçue pour l’automobile qui relie l’autoroute 20 au centre de la ville.Participant sereinement au désordre du boulevard Saint-Joseph, la caisse pop affirme la présence d’un trésor à la fois accessible et bien gardé au cœur d’un volume bleu et arrondi qui s’adresse autant à l’artère commerciale qu’aux quartiers habités situés en retrait qu’elle tente d’apprivoiser.Le bâtiment-échasse de Pierre Thibault à Upton Valley, le théâtre de la Dame de Cœur dont la structure jaillit au milieu du paysage; l’école technique d’ABCH à Saint-Hyacinthe, une grande barre de pans de verre brisés qui strie un champ; le bâtiment de l’Université du Québec à Rouyn- II faut éviter la banalité d’un futur préfabriqué disponible par catalogue MICHEL LAVERDIERE Le centre d’interprétation du Bourg de Pabos ANNE CORMIER Architecte Atelier Big City Le Québec s’inscrit physiquement sur son territoire et le transforme.Tant les rangs tracés perpendiculairement au fleuve Saint-Laurent à l’époque de la Nouvelle-France que les barrages gigantesques des complexes hydro-éclectriques en sont témoins.Depuis quelques décennies, non sans raison, des efforts considérables ont été déployés pour que soit reconnu un patrimoine ancien, fragilisé par la spéculation foncière, la rationalisation de la gestion de l’aménagement et, simplement, le manque d’intérêt — il y a moins de quarante ans, la construction d’une autoroute élevée coupant le Vieux-Montréal du fleuve a été évitée de justesse.Plus récemment, grâce au travail de Docomomo Québec (ex-Montréal Moderne) qui documente les bâtiments issus du mouvement moderne, on redécouvrait in extremis la valeur de constructions tombées en défaveur au cours des années 70, au moment où, justement, les vieilles pierres acquéraient leurs lettres de noblesse.Patrimoine ancien, patrimoine moderne, indéniablement influencés par d’autres façons de faire (quel champ d’activité scientifique, industriel ou culturel bénéficierait d’un repli total?), de la maison d’origine normande adaptée aux conditions locales, aux églises modernes qui illustrent le renouveau de l’art sacré vers la fin des années 50, ces structures, infrastructures et autres aménagements sont tous d’ici et pourraient porter l’étiquette «qualité Québec».Quoi de neuf?Il est possible de 1ms- Le Vieux-Port de Montréal Noranda qui donne une nouvelle dimension à la ville, et bien d’autres encore, sont autant de projets qui témoignent de l’énergie présente aujourd’hui et de la qualité du travail d’invention qui vient d’ici.Le temps du projet Un travail d’aménagement à la fois innovateur et ancré dans son contexte requiert cependant quelques prémisses.Il implique l’étude du lieu où s’implante un projet et l’interprétation d’un programme, c’est-à-dire la définition d’un usage; qu’est-ce que cet usage veut dire aujourd’hui, là où l’on construit?Ce travail de conception fait partie de ce qu’un ami appelle le «temps du projet».Il permet de découvrir pleinement le potentiel d’un lieu et celui d’un programme.Il faut comprendre (et les étudiants en design et aménagement sont rapidement confrontés à cette réalité, leur temps libre s’évanouissant dès l’entrée à l’université) qu’en amont du projet construit et de la production de plans et devis, un sérieux travail de conception et de mise en question s’impose.Ce travail, parfois compris par des maîtres d’ouvrage éclairés, est souvent quasi escamoté dans la pratique courante au profit d’esquisses purement fonctionnelles, c’est-à-dire à l’agencement à peu près pratique de mètres carrés à construire, auxquels on plaque des façades répondant au goût du jour (pignons et tourelles ou encore boîte rationnelle-fonctionnel-le).Le travail de conception sur lequel repose la qualité d’un projet (les détails constructifs d’un ouvrage ont beau être parfaits, ils ne constituent pas à eux seuls un cadre de vie) est souvent réduit au minimum dans une recherche économique étroite de «services essentiels» de l’aménagement.Sans proposer d’y recourir systématiquement, il faut souligner que les concours qui ne constituent qu’une infime fraction de la commande publique au Québec, présentent un moyen de mettre en relief et de valoriser ce travail de conception, puisque le choix du projet se fait à l’étape de l’esquisse, de la présentation des idées (quelle forme prendra ce projet et pourquoi?comment s’inscrit-il dans son environnement?).De plus, parce qu’ils permettent de juger de plus d’une proposition pour le même programme, les concours permettent également de juger plus largement de la façon dont nous voulons modifier notre environnement.Peu de projets publics, à l’heure actuelle, sont attribués par voie de concours.Ils le sont plutôt par voie d’appels d’offres (parfois limités), lors desquels les candidats sont principalement évalués selon la quantité de mètres carrés construits.La constitution d’un patrimoine construit durable n’est pas tant liée à une stricte fabrication locale qu’à l’aménagement sensible d’un territoire.Par voie de concours ou autrement, l’aménagement «qualité Québec» est possible.Il réside dans le temps du projet «êl es- vo h s de ces êtres qui h’ont jamais mis une graine en sol?» — PIERRE MORENCY Les paroles qui marchent dans la nuit — -r— —^ mi rnrtrâT K £Mfomm 1 LES ENSEIGNANTES ET LES ENSEIGNANTS DES SYNDICATS MEMBRES DE LA FÉDÉRATION AUTONOME DU COLLÉGIAL 1259, rue Berri • Bureau 400 • Montréal (Qc) H2L 4C7 Tél.: (514) 848-9977 - Télécopieur : (5141848-0166 I, V.I) E V 0 I R , L E S S A M E I) I 2 (i E T I) I M A N C II H 2 7 0 (' T 0 B li K I D I» •> J + APPAREILS ÉLECTRIQUES ?uri-uifnm-ui ri'nr hi yXv* a ¦ CÊàtè*MS UN LIED PIT QUEBEC L’austérité et l’imagination Toutes les périodes de crise ont été des creusets d’idées nouvelles ANNICK GERMAIN Professeur-chercheur INRS-Urbanisation L) époque est morose.La conjonctu-i re économique semble miner notre pouvoir d’action, nous entraînant vçrs toujours plus d’immobilisme.L’Etat, qui nous avait habitués à de grands projets et à des lendemains qui chantent, se dérobe et nous laisse seuls devant un gâteau qui rétrécit à vue d’œil et n’est même plus appétissant.Même nos idéaux et nos valeurs en prennent un coup, accentuant notre désorientation.Et puis cette crise qui dure épuise nos bonnes volontés, gruge nos espoirs.N’eut été de la catastrophe du Saguenay, nous aurions peut-être aussi perdu confiance dans notre aptitude à la solidarité.Mais comme cure de mobilisation collective, c’est un peu cher payer! Cette époque n’est-elle donc porteuse d’aucune promesse, faut-il donc simplement attendre qu’elle passe, en espérant retrouver au plus vite nos moyens et nos habitudes de croissance?L’histoire de l’aménagement fournit en la matière des enseignements précieux.On y apprend notamment que toutes les périodes de crise furent aussi des creusets d’idées nouvelles.Les architectes et urbanistes théoriquement condamnés à l’inaction pendant les deux guerres mondiales ou paralysés par la crise économique des années trente vont réinventer l’aménagement.Certains devront s’exiler.Ce sont eux qui seront par la suite les plus inventifs.Ces périodes difficiles n’engendrent pas seulement des idées.Il arrive aussi qu’elles donnent lieu à des projets intéressants arqorcés pour contrer la conjoncture.A Montréal, nous«devons» à la crise des années trente des travaux publics qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine: le lac aux Castors sur le mont Royal, l’amorce d’un plan d’aménagement du parc de l’île Sainte-Hélène par E Todd, les premières étapes du Chemin de croix de l’Oratoire Saint-Joseph, en plus des édifices majeurs que sont la gare Centrale, le marché Atwater et le pavillon administratif du Jardin botanique.Mieux encore, les composantes mêmes des situations de crise et d’austérité peuvent inspirer un chan- par la croissance économique des années d’après-guerre sont souvent celles qui ont le mieux préservé l’intégrité de leur tissu urbain.La croissance économique les a en quelque sorte avec son cœur urbain.C’est à l’ensemble de l’agglomération qu’il faut désormais étendre cette réappropria- tion.épargnées! Restauration de l’ancien Rossy à Buckingham RUES PRINCIPALES gement profond dans notre rapport à l’aménagement de nos villes.C’est que l’urbanisme moderne nous a habitués à associer aménagement et croissance, planification et développement urbain.En d’autres termes, nous avons pris pour acquis que l’amélioration de notre environnement urbain passait nécessairement par la construction de nouveaux équipements, de nouveaux ensembles résidentiels, par l’aménagement de nouveaux parcs.C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les planificateurs ont toujours eu tendance à se montrer excessivement optimistes dans les composantes prospectives de leurs schémas d’aménagement! Or les habitants de Bologne (ville historique en Emilie-Romagne au nord de l’Italie) nous ont donné une belle leçon en décidant, en plein cœur des trente glorieuses, que la croissance zéro était peut-être une des conditions de base d’un aménagement urbain intelligent.Renonçant à la fuite en avant que représentait un mégaprojet de nouveau centre-ville en périphérie de la ville, ils ont plutôt misé sur le centre historique où se love, entre autres, une des plus vieilles universités d’Europe.Il s’agissait bien sûr de restaurer les monuments anciens et de réhabiliter l’habitat populaire mais également de repenser les politiques d’équipements collectifs (les transports en commun par exemple) et les stratégies de développement économique en fonction de ce pari initial pour l’existant.Notre contexte économique est évidemment très différent de celui dans lequel ont travaillé les Bolognais.Mais précisémment, l’austérité à laquelle nous astreint l’état de notre économie et de nos finances publiques rend la leçon de Bologne des plus pertinentes.Elle nous oblige en effet à faire le tour de notre jardin en priorité avant de penser à des développements nouveaux.Pourquoi construire de nouveaux bâtiments si des édifices de valeur attendent une nouvelle vocation?Pourquoi démolir une structure ancienne si l’on n’a pas au préalable épuisé tous les scénarios de reconversion?Cette attitude économe ne doit pas être pour autant associée à un refus des constructions nouvelles ni être interprétée comme une méfiance exprimée à l’égard de l’architecture contemporaine, loin de là.Elle peut aussi inspirer de nouvelles manières de faire.Ainsi, au marché Bonse-cours, dans le Vieux-Montréal, les budgets ne permettant pas d’envisager la construction d’un grand escalier monumental dans des matériaux dignes de ce superbe édifice, on a opté pour un concept discret et réversible qui ne préjuge en rien de l’avenir.Il serait facile de démontrer que les villes qui ont été laissées pour compte Mais il y a plus qu’un plaidoyer pour le recyclage ou la reconversion.En période d’austérité, l’aménagement du paysage urbain ou rural devient l’affaire de tous, car il cesse d’être porté en exclusivité par les promoteurs immobiliers et les professionnels de l’aménagement.Notre regard cesse d’être attiré vers les productions nouvelles et peut se porter sur le patrimoine (au sens large) qui nous entoure.Le transfert d’intérêt n’est cependant pas automatique.Il suppose une certaine mobilisation collective.Un autre exemple étranger (mais il y en aurait mille au Québec!) viendra illustrer cette idée.Paralysée par une désindustrialisation significative, la région de la Franche-Comté, en France, a fait du patrimoine un instrument de reprise en main de la collectivité par ses habitants et ses élus.En stimulant dès les années 1980 une réflexion sur l’identité de cette région, le patrimoine a favorisé l’octroi pour certains lieux d’une nouvelle vocation de tourisme culturel.Ces stratégies nous sont désormais familières, mais il faut insister sur leur impact symbolique.Quand nos municipalités revitalisent leur «rue principale», c’est en fin de compte toute la collectivité qui renoue Le sentiment de faire partie d’un paysage qui doit avoir sa cohérence est une attitude relativement nouvelle au Québec.L’incidence de l’aménagement des jardins, des cours et des entrées de garage sur la qualité du paysage urbain est pourtant bien réelle.Le caractère d’une ville ne dépend-il pas autant de l’ambiance de ses quartiers que de l’envergure de ses édifices publics?On pourrait faire l’hypothèse que des décennies passées à découvrir les possibilités associées au fait de pouvoir se déplacer facilement d’un coin à l’autre de nos territoires nous ont fait perdre de vue l’ensemble auquel nous appartenons même temporairement —ville, village, quartier.Tout se passe comme s’il nous fallait réapprendre à lire les paysages qui nous entourent pour mieux nous y inscrire.L’austérité n’est-elle pas propice à cette lecture et en fin de compte à cette réappropriation?— CLAUDE GAUVREAU Œuvres créatrices complètes RUES PRINCIPALES Rénovation d’un restaurant au centre-ville de Hull L’économie immobilière Les coûts cachés d’un certain type de développement immobilier JEAN PICHETTE LE DEVOIR Depuis un demi-siècle, les municipalités ont fait du développement immobilier la voie royale d’accroissement de leurs revenus.Aujourd’hui, en des temps économiques difficiles, la concurrence inter-municipale semble justifier aux yeux de plusieurs élus une diminution des contraintes susceptibles de rebuter les développeurs.Mais de plus en plus de voix demandent maintenant la prise en compte des coûts cachés d’un type de développement qui s’avère de plus en plus dispendieux pour la collectivité québécoise.«On dit depuis longtemps que, quand ça va dans la construction, tout va, remarque David Belgue, président des Etats généraux du paysage québécois et urbaniste au ministère des Affaires municipales.Mais je serais maintenant porté à penser le contraire.Quand la construction va dans les banlieues, ça ne va plus.» L’étalement urbain date surtout de l’après-guerre, alors que le baby-boom appelait le développement d’un parc immobilier important.A une époque où l’accession à la propriété apparaît comme la meilleure façon d’accumuler un patrimoine familial, les terrains situés à la périphérie des villes, beaucoup moins chers, sont pris d’assaut par les promoteurs immobiliers.Commence alors un déve- loppement en saute-moutons — par-delà routes et ponts — qui connaîtra ses heures de gloire dans les années 60 et 70, et qui consacrera le rêve du bungalow de banlieue.«Je me suis toujours élevé contre une réaction émotive ou esthétique face à l’étalement urbain, note François Des Rosiers, professeur de gestion urbaine et immobilière à l’Université Laval.Mais il faut bien voir que ce phénomène n’a été possible que parce qu’on n’a pas inclus les coûts sociaux à long terme dans les coûts financiers.» L’importance accordée par les municipalités à la construction immobilière se comprend aisément quand on sait que 80 % de leurs revenus proviennent des taxes foncières.Une fiscalité qui suscite une compétition féroce entre elles pour attirer résidences, immeubles à bureaux et autres industries, et qui tend à dissimuler dans le grand trou noir des finances publiques des coûts qui commencent maintenant à se dévoiler: construction d’écoles et d’hôpitaux à la périphérie pendant qu’on en ferme dans les villes-centres, développement du réseau routier, comme par exemple dans la région de Québec, qui compte trois fois plus de kilomètres d’autoroute per capita que Montréal ou Toronto.La consommation d’espace qu’entraîne l’étalement urbain est bien visible dans la région métropolitaine de Montréal, dont la superficie s’est ac- Boutique rénovée dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec RUES PRINCIPALES iipale Nouveau commerce dans le Vieux Lévis crue de 31 % entre 1971 et 1991, alors que sa population ne progressait que de 14 %.Durant la même période, le poids démographique de la ville de Montréal est passé de 46 % à 33 % par rapport à la population totale de la région métropolitaine.Si l’étalement urbain est moins marqué que dans les grandes années d’expansion des banlieues, le développement des zones périphériques est maintenant plus important que celui de la démographie, ce qui se traduit par une diminution de la densité de population sur le territoire.«On n’aura pas besoin d’autant de maisons dans les prochaines décennies que pour les trente ou quarante dernières années, remarque Serge Fi-lion, président de l’Ordre des urbanistes du Québec (OUQ).En fait, le développement urbain actuel peut déjà répondre à la demande réelle en nouveaux espaces.En continuant à aller de l’avant, alors qu’il n'y a plus de croissance démographique, l’industrie du développement urbain est en train d’en devenir une des déménagements.» Il est difficile d’évaluer précisément les coûts sociaux d’un tel type de développement.Mais ces coûts, bien réels, exigent à court terme des mesures de redressement, selon l’OUQ, qui lançait récemment un cri d’alarme dans un mémoire présenté à la Commission sur la fiscalité et le financement des services publics.«Nous sommes maintenant confrontés au fait que nous ne pouvons plus collectivement nous payer un modèle d’urbanisation qui encourage le gaspillage du sol et la dégradation de l’environnement ainsi que le dédoublement continuel d’équipements et qui augmente la charge fiscale de tous les contribuables québécois, particulièrement celle des résidants du cœur de l’agglomération.» L’internalisation des coûts assumés par l’ensemble des citoyens d’une municipalité ou d’une région (ex: un aréna municipal) ou par le gouvernement (ex: une école, une autoroute) permettrait selon l’OUQ d’atténuer le phénomène de l’étalement urbain, le prix payé par l’acheteur d’un immeuble étant haussé pour le rapprocher du coût total réel lié au développement Un meilleur partage de l’assiette fiscale au sein d’une grande agglomération permettrait de contrer l’étalement urbain et de modérer le maraudage inter-municipal.La construction de nouveaux complexes immobiliers s’en trouverait ralentie, ce qui ne serait pas nécessairement mauvais d’un point de vue purement esthétique.«À cause de la concurrence accrue entre les municipalités, certaines d’entre elles se montrent plus laxistes afin d'attirer chez elles les développeurs», note à cet égard David Belgue.«Et si on continue à construire des maisons dont on n’a pas besoin, on se trouve à inciter les gens à ne pas entretenir leurs maisons existantes, parce qu’elles vont de toutes façons perdre leur valeur, précise Serge Filion.Les gens vont plutôt être tentés d’acheter des maisons neuves, dans un environnement neuf, dans un nouveau paysage, sans être conscients que, si on est 10 OOO à faire ça, le paysage n’existera plus à la fin.» Déjà, remarque Léonce Naud, conseiller au Secrétariat à la mise en valeur du Saint-Laurent, l’extension des grandes surfaces à la périphérie des villes est en train de tuer de nombreux centres-villes.«Pourtant, la beauté peut être très payante.Ça coûte cher d’être laid, comme on le voit dans certains quartiers populaires, là où il y a le plus de béton et de métal.» La corrélation entre concurrence inter-municipale et enlaidissement du territoire n’est certes pas parfaite, puisque la qualité du milieu urbain peut également devenir un critère de vente ini|X)rtant.«A priori, il n'y a aucun intérêt pour un entrepreneur privé d'aménager un bel environnement, note Pierre-J.Hamel, de l’INRS-Urba-nisation.Il faut être bien naif pour se fier au libre marché pour protéger l’environnement.Mais si ça peut devenir payant pour l’entrepreneur, parce que la demande est là, pourquoi ne le ferait-il pas?» I K I) K \' 0 I I! , I.K S S A M K I) I 2 (i K T I) I M A X C II K 0 (' T 0 B R !• I !) 9 (I *31 *33 39 «3; nvHfflaniiB *»;• ¦ 7.; o'-FX.»WIHI hhhi Boomn iwive T—STT!.- 7-, .,,n-: W JM '^w&'iPn CRI , t* w!«Iï*i'al!ï|« *11 îMB Fis æjHfii .7-.I I , *i*0B*X% ê, .*«.• **V vif.r S *«* -T»* ‘W-> **>'«*, m:Æ mm S* J *4» r - ¦ 7 7.* 7» 7 Histoire de styles Depuis quelques années, une évolution de première importance commence à réconcilier patrimoine et histoire Le musée McCord, à Montréal.ARCHIVES LE DEVOIR ARCHIVES LE DEVOIR Le Château Frontenac, à Québec.02 1S SS SS 31 33 3?0*3 13 1*7 22 26 a9» 30 Les États généraux du paysage québécois Si la mue en valeur des paysages du Québec vous préoccupe, communiquez avec nous pour en savoir plus sur nos activités.Secrétariat 3, rue Vallière, bureau 112 Québec (Québec) Téléphone: (*118) 692-2607 G1K6S9 Télécopieur: (*118) 692-13*10 UN ATOUT POUR L'ÉCONOMIE DU QUÉBEC 11,7 millions $ versés au Fonds d'aide à l'action communautaire 100 millions $ payés en taxes de vente aux gouvernements 216 millions $ remis à 15 700 détaillants de loteries et de loteries vidéo 337 millions $ consacrés à l'achat de biens et services 761 millions $ attribués aux gagnants de loteries 860 millions $ versés en dividendes à l'État et surtout.5 100 Québécoises et Québécois, fiers de contribuer.au développement du Québec d'aujourd'hui et de demain.Prévisions budgétaires 1996-1997.y) loto-québec CYRIL SIMARI) Président de la Commission des biens culturels du Québec Dans le climat général de changements qui anime le Québec d’après la Première Guerre mondiale, des voix s’élèvent pour dénoncer la disparition des «reliques du passé».Sous l’impulsion du secrétaire de la province, Louis-Athanase David, le gouvernement se rend à leurs arguments et il décide de créer une commission pour la conservation des monuments ayant un intérêt historique ou artistique.Calquée sur la loi française de 1913, la loi québécoise de 1922 veut préserver nos monuments historiques.La Commission des monuments historiques qui est chargée de cette mission commence par recenser les styles des 1?' et 181' siècles, ce qu’on nommait alors l’architecture traditionnelle canadienne-française, considérant le reste comme de l’inculte ou du trop nouveau.Quelqu’un avait déjà dit que nous étions un peuple sans histoire.Nos premiers chevaliers du patrimoine ont suivi.En se limitant aux traces du Régime français, ils ont développé le complexe de la petite histoire.Sur ce point, la réussite a été telle qu’on a même essayé de rallonger ce passé glorieux en créant, avec la place Royale à Québec, un monument commémoratif des 17e et 181' siècles, détruisant du même coup toutes les traces d’occupation successive sur ces lieux.Cette opération annonçait d’une certaine façon les «modernes» qui, par la suite, ont éventré le cœur de nos villes et de nos villages.Nous venons d’ailleurs tout juste de guérir une de ces attaques du Cœur en administrant un pontage au centre de la ville de Québec, là où l’ingénierie des années 1970 avait appliqué un cataplasme de béton et d’asphalte pour faire une capitale à la mode, civiliséç, digne de la tour du ministère de l’E-duçation! A ce complexe de la petite histoire, trop petite nous semblait-il pour nous donner de grands monuments ou de grands boulevards comme dans les vieux pays, se superposera avec le temps le sentiment de la gêne, la gêne d’être nous-mêmes.Ce que nous avions de plus sacré est devenu du «folklore».Nous allions expertiser le folklore des autres tout en rejetant celui d’ici.L’intérêt pour l’ethnologie locale devenait objet de dérision et toute étude sur le scapulaire ou la ceinture fléchée était traitée de «qué-taine».Y a-t-il un peuple qui méprise autant ses origines et les traces qu’elles ont laissées qu’on doive lui rappeler d’être au moins poli à l’égard de son passé?Mais faut-il se surprendre d’avoir une mémoire aussi courte, jusqu’à ne plus reconnaître ses propres ancêtres, quand on voit comment l’enseignement de l’histoire a été évacué au profit d’intérêts plus pratiques! Depuis quelques années, cependant, une évolution de première importance commence à réconcilier patrimoine et histoire.Ce processus a suivi l’élargissement, sur le plan international, de la notion de patrimoine.Ce dernier n’est plus une affaire de style architectural à préserver.Ce sont les traces laissées par chacune des phases de notre histoire qui trouvent place dans un héritage reçu, à enrichir et à transmettre à notre tour.Ce patrimoine, il se transmet d’abord par la famille et c’est la famille qui décide ce qu’elle conserve.Si, dans certains cas, on y trouve encore un manoir ancestral, on y trouve aussi des savoir-faire, des objets familiers et, bientôt, des cassettes vidéo et des cédéroms.Ainsi, ce petit piano que j’ai reçu en étrennes à cinq ans, et qui occupe maintenant une place de choix sur ma table de travail, représente à mes yeux un patrimoine familial que j’entends conserver et léguer.C’est un peu à cause de lui que je peux maintenant vous jouer ma sonate pathétique! Il aura réussi mieux que d’autres objets plus précieux ou plus artistiques à me faire partager les joies de la culture universelle.Ce patrimoine, il se transmet également par la grande famille de la société.C’est elle qui est maintenant appelée à faire des choix qui ne peuvent plus être, comme auparavant, uniquement le choix de spécialistes, architectes ou historiens d'art.Car si nous voulons que le patrimoine transmis continue à vivre, il faut qu’il soit approprié.Appropriation, voilà le grand mot.C’est là le nouveau chantier à explorer.Pour ce faire, il faut sans doute une législation appropriée.Il faut également la contribution des universités et des corporations professionnelles, mais il faut surtout trouver un écho sur le terrain pour faire les bons choix.Car si une société ne se reconnaît pas dans ses choix, elle n’aura ni le cœur ni la fierté de développer des outils conservant et son image et ses rêves.Quels styles faut-il conserver?Tous et aucun à la fois.Ce qu’il faut conserver, ce sont les traces de ce qui fait notre spécificité, car on n’apprivoise jamais l’avenir par le déni du passé.Un joui; sur le cap aux Corbeaux, en free de Kle aux Coudres, mon père dit au jeune architecte que j’étais: «Si tu ne veux pas qu’on ait l’air dépaysé dans cinquante ans, promène-toi dans la rue, parle avec le monde, construis avec les mains de ton, pie.» Je venais de recevoir ma premit i leçon de patrimoine.Mon père avait du style! La maison Godin, à Outremont.FRANÇOIS RÉMILLARD Cl-L- mmMi mm mmm ’-'-¦V lMMi BS» $ ic&i* :7*’, n W?’' > V •' ;, tàtiiSA.;••' ¦' ¦ ¦ NSiS SI* '' : “ HR wffè r^HrE*- • V ;* • 1!>> jr- UN LIEU DIT QUEBEC Vivre en milieu urbain L’équilibre entre la ville et les banlieues passe par un réinvestissement de l’habitat dans les quartiers centraux «Il v avail aussi L ‘ é l o n ii a n I espace minéral dos villes» - ALAIN GRAND B OIS L’étoile pourpre DENYS MARCHAND Professeur agrégé à l’Ecole d’architecture Université de Montréal Face à l’industrie de l’immobilier, un immense conglomérat multiforme qui s’est mis en place depuis le début du siècle, puis qui s’est consolidé après la Seconde Guerre mondiale, la notion d’habiter a perdu son sens pour faire place à la commercialisation des espaces construits organisés en un vaste système d’incitation à la consommation.Les opérations d’acquisition et de parcellisation des terres, la construction d’infrastructures et d’équipements, les entreprises de construction et de matériaux, les prêteurs hypothécaires, compagnies d’assurances et professionnels ont tous été englobés dans une logique de commercialisation dont la finalité dernière consiste essentiellement dans la production du capital, pour utiliser un terme qui, pour ne plus être à la mode, ne traduit pas moins la réalité.Bref, on construit des maisons essentiellement pour faire de l’argent; les autres préoccupations telles que la création d’un milieu de vie sociale valable et épanouissante et la préservation de l’environnement ne constituent que des considérations accessoires et, à l’occasion, des arguments de vente.C’est ainsi que l’on se doit de comprendre l’éparpillement urbain et la mort des quartiers centraux, car il est éminemment plus facile de réaliser les opérations immobilières en dehors des milieux construits en essayant d’échapper le plus possible aux contraintes réglementaires.Cette perspective doit aussi nous éclairer quand nous abordons la question de la crise dans l’industrie de la construction.Cette industrie s’est mise en place dans un contexte de croissance continue et d’exploitation débridée de l’énergie et des ressources.Mais le contexte a changé, les conditions qui ont donné naissance au système ne sont plus les mêmes.L’achat d’une maison ne constitue plus un placement sûr pour l’avenir (il suffit d’en parler aux centaines de personnes qui doivent vendre à rabais leur «pension de vieillesse»).La croissance démographique tout comme la croissance économique sont en stagnation.L’énergie, allègrement consommée pour maintenir les milliers de bungalows étalés dans la plaine ou pour assurer les déplacements obligatoires imposés par l’éparpillement, coûte de plus en plus cher.Les dépotoirs débordants de déchets de construction se font de plus en plus difficiles d’accès.L’industrie de la construction est malade d’elle-même, et ce n’est pas en offrant des salles de bain de plus en plus grandes et clinquantes ou en construisant autour de terrains de golf aménagés pour attirer la clientèle (mais qui épuisent les nappes phréatiques) que l’industrie de la construction va revivre telle qu’elle a vécu ces quarante dernières années.Pour une rare fois, les contraintes de l’économie et celles de l’écologie semblent pouvoir se conjuguer pour nous inciter à chercher de nouvelles formules.Mais, pour une bonne part, celles-ci peuvent se trouver dans les leçons du passé.Nos quartiers anciens offrent des exemples de réussites intéressantes: compacts, ils économisent l’espace et l’énergie et sont accessibles par transport en commun; structurés socialement, ils présentaient des cas de mixité sociale, de petits milieux commerciaux et professionnels identifiés à un noyau paroissial.Retenir le plus intéressant Il ne s’agit certes pas de reproduire un modèle social dépassé, mais de retenir, comme le font les planificateurs néo-traditionnalistes, les éléments les plus intéressants de ces milieux: une plus grande densité, mais en assurant un juste équilibre entre l’intimité et l’ouverture à l’espace public; un contrôle social par l’aménagement d’entrées, de porches et de balcons donnant sur des rues au pavage plus étroit qui restreint la circulation automobile; une disposition favorisant la circulation des piétons et l’accès aux services dans des distances de marche raisonnables et sans obstacles majeurs.Plusieurs exemples d’unç telle planification existent déjà aux Etats-Unis.Toutefois, s’adressant à une clientèle aisée, ils ne permettent pas de mixité sociale.D’autres expériences du même type se basent sur les points d’arrêt du transport en commun (stations de métro, trains de banlieue ou autobus express) pour développer ou reconstituer des noyaux denses de commerces et d’habitat autour desquels s’aménage un quartier accessible à pied.Des tentatives sem- !» (I UN LIEU PIT QUEBEC Mlillii «Willi! IwiWWlS lliWlil ¦Wltflil Simwww aWilHai ja*ww»««w,‘N :fsss iüü MSSpR > itUKU • i'^iiLU.- .^iS3ESkg| I »WW 1 * I jlH>4l1i.l I?nwi-^ * ' • i ¦ V ^awwa&liiiiilwiw»'.mm rmEiaii Wim $m:m JEAN-CLAUDE MARSAN Le Québec est une société urbanisée à quatre-vingt-cinq pour cent.WILLIAMS ASSELIN ACKAOUI ET ASSOCIES Le parc de la plage, à l’île Notre-Dame ai ¦ !.-¦f rSK JEAN-CLAUDE MARSAN WILLIAMS ASSELIN ACKAOUI ET ASSOCIÉS Rue Laval, à Montréal Place Saint-Roch, à Québec ¦* •’¦T, v h* T.i*d ,Vfev: )¦ 'iïimmn fujïïim '.î|* A H»-S» '£-'±+- .Jr .r » «1 1 W ta •« n II U ,t Le Corticelli, près du canal de Lachine JEAN-CLAUDE MARSAN Modes de vie et occupation des lieux Montréal et Québec englobent à elles seules près de 60 % de la population québécoise JEAN-CLAUDE MARSAN O.C.Professeur titulaire responsable du programme de Maîtrise en conservation de l’environnement bâti Ecole d’architecture Université de Montréal Le Québec est une société urbanisée à 85 %.C’est dire que l’occupation des lieux et les modes de vie ont principalement pour cadre des agglomérations urbaines, plus précisément des régions urbanisées.Deux régions prédominent: celles de Montréal et de Québec.Elles englobent à elles seules près de 60 % de la population québécoise.Ces régions urbanisées présentent, par leurs infrastructures de transport et de communication, une matrice d’organisation spatiale où se répartissent les lieux de travail, d’échange, de gestion, de résidence et de loisir, donc où se manifestent et s’expriment les modes et les styles de vie.Au Québec, comme dans tout l’Occident, cette matrice s’est formée à partir de celle de la ville industrielle.Le modèle d’organisation spatiale de la ville industrielle, comme nous le rappellent le port, le canal de Lachine et les anciens quartiers ouvriers montréalais, était un modèle rigide, façonné par les transports lourds par voies d’eau et par chemins de fer.Dans ce cadre, les modes de vie étaient conditionnés principalement par les revenus: seuls ceux qui avaient des revenus élevés pouvaient échapper à la contrainte de vivre à proximité des lieux d’emplois et profiter des avantages d’un environnement bâti et naturel de qualité.Ce modèle a changé avec l’apparition des véhicules à combustion interne, du téléphone, de la radio, de la télévision, etc.Cette révolution technologique a permis l’émergence d’une nouvelle matrice d’organisation spatiale qui a pour caractéristique d’être, en théorie, assez maniable pour atténuer les ségrégations d’occupations propres à la ville industrielle.Chaque pays a ses particularités Même si cette matrice est identique dans toutes les régions urbanisées d’Occident, elle ne produit pas le même type d’organisation spatiale ni n’engendre les mêmes modes de vie.Chaque continent, voire chaque pays, a ses particularités.En France, par exemple, ce sont les classes pauvres et les groupes ethniques qui se retrouvent en banlieue, le plus souvent dans de grands ensembles immobiliers; leurs modes de vie n’ont rien de comparable à ceux qui prévalent de l’autre côté de l’Atlantique où ce sont les classes moyennes blanches qui,monopolisent la périphérie.Aux Etats-Unis, pour diverses raisons dont les problèmes raciaux et le fait que l’administration des programmes sociaux soit du ressort des municipalités, la ville traditionnelle, avec son centre-ville et ses quartiers centraux, est moribonde un peu partout.Le mode de vie dominant est celui de la banlieue pavillonnaire, royaume de l’individualisme, de l’automobile et du centre commercial.Au Canada, des villes traditionnelles telles qu’Halifax, Québec, Montréal, Toronto, Winnipeg ou Vancouver ont échappé en partie à ce lessivage.Il y a heureusement encore des centres-villes actifs et animés, surtout des quartiers traditionnels où la vie copimunautaire est réelle et féconde.A Montréal comme à Québec, tous les styles de vie sont possibles: celui du nouvel urbain installé dans un arrondissement historique ou au centre-ville, celui de l’habitant du quartier traditionnel, le style banlieue évidemment (qui commence cependant à se diversifier), voire même le refuge dans une périphérie restée encore à l’état naturel à plusieurs endroits.Ce choix possible entre divers types d’habitat reflète une culture distincte, au même titre que la langue.Dans ce sens, le modèle d’occupation des lieux dont nous avons hérité dans nos régions urbanisées est précieux, car il permet une liberté d’expression de styles de vie à nulle autre pareille sur ce continent, lequel tend plutôt vers l’uniformisation et la stérilisation de l’habitat.Il permet d’ailleurs la conservation et la mise en valeur de la diversité des paysages urbains comme durant aucune autre période de l’histoire du Québec.Conserver les témoins du passé Au cours des siècles passés, dans des milieux dynamiques comme Montréal, chaque période de développement tendait à araser impitoyablement les paysages urbains de la période précédente à cause de la rigidité de la matrice d’organisation spatiale.Ainsi, il ne reste guère plus, dans le Vieux-Montréal, qu'une demi-douzaine de structures datant du Régime français.Aujourd’hui, l’agglomération peut être organisée de façon à conserver les témoins du passé.Rien n’empêche la conservation du Vieux-Québec; la coexistence de l’arrondissement historique du Vieux-Montréal et du nouveau centre-ville fournit une autre preuve des possibilités qu’offre le modèle actuel, tant du point de vue de la sauvegarde des paysages que de celui des supports aux styles de vie.Encore mieux, ce modèle actuel permet de réintroduire la nature dans la ville.Au siècle dernier, ici comme ailleurs, la nature reculait au fur et à mesure que se développait l’agglomération, et le port qui a élevé un mur de Pékin devant le Vieux- «Lr cœur s'égare sur les toils des villes Son péri metre reste i ni possible à imaginer.» — FRANÇOIS CHARRON La vie n’a pas de sens Montréal nous a fourni un bon exemple de ce processus.Maintenant on peut se permettre de retrouver le fleuve au pied de la rue de la Commune, de faire pénétrer la nature le long du canal de Lachine, de mettre de l’avant des projets comme le Parc de l’archipel ou le Montréal bleu.Maintenant, tous, pauvres ou riches, peuvent espérer avoir accès à l’environnement naturel dans le cadre urbain même.Mais l’environnement urbain équilibré, la conservation et la mise en valeur de la variété des modes de vie et des paysages nécessitent deux conditions principales pour se réaliser et se maintenir.Comme nous l’enseignent toutes les villes qui ont atteint une très bonne qualité d’environnement, que ce soit Edimbourg ou Stockholm, la première et essentielle condition est la présence d’une culture urbaine chez l’habitant.Malgré des progrès sensibles accomplis dans cette direction au Québec depuis trois décennies, il est loin d’être évident, notamment lorsque l’on observe certains de nos paysages urbains et péri-urbains, que cette culture ait atteint un début de maturité.La seconde condition est la volonté politique d’assurer un certain contrôle dans l’organisation des milieux de vie.Trop souvent la liberté des uns brime celle des autres et aujourd’hui l’étalement pavillonnaire à la périphérie menace la survie des quartiers centraux.Au cours des dernières décennies, des mesures ont été prises dans ce sens par les gouvernements, mesures parfois efficaces comme le zonage vert, souvent mortes-nées comme l’option préférable d’aménagement et le Parc-national de l’archipel.On observe, cependant, que la volonté politique de promouvoir la société distincte passe avant tout par la protection de la langue, comme si la langue constituait le tout de la culture.Dangereuse illusion! Une ville comme Calgary, par exemple, aurait beau être unilingue française qu’elle resterait fondamentalement dans ses formes et ses modes de vie une ville américaine.Il faut se rendre à l’évidence que les virus du type Calgary sont lovés dans toutes nos agglomérations urbaines.Montréal : Sans frais w.fue le futur nous tient à soeur.aussi en pensant à eux ious investissons IiE votre entreprise.[514) 383-8383 1 800 361-5017 f: ¦ t! SI f >v&*ï; IH HI mmm A CELA, POUR LAVENIR —;—rr- fti 12 I XI H,(IBI fill mm%, w 1 » I » « 11 I I KEPT wrnmmm *La • / / oo.ciete.v , immobilière dllQuébec V PARTENAIRE DE VOS PROJETS • projets clés en main • gestion d'appels d'offres • scénarios de rationalisation • diagnostics techniques • analyses de la valeur • contrôle des coûts • études d'avant-projet • sélection de professionnels • programmation architecturale • maintenance informatisée • gérance des travaux • location de locaux Pour en savoir plus sur les façons dont nous pouvons contribuer à la réussite de vos projets immobiliers, il suffit de composer le (418) 646-1766, poste 3454.La Société immobilière du Québec celles qui viennent de l’intérieur de l’appareil d’Etat.«Oui, c’est ce qui manque, dit M.Filion.Et ce serait d’autant plus important que le paysage appartient à tout le monde.C’est un bien collectif.Et collectivement, on ne devrait plus permettre à quelques-uns de le massacrer.» Pour arriver là, le président Filion pense qu’il faut d’abord estimer les besoins réels et ainsi bien identifier les actions prioritaires.Et il est clair pour lui qu’une de ces pistes prioritaires doit concerner l’étalement urbain.«On ne peut pas continuer à laisser la trame urbaine s’étendre en saute-mouton alors que les villes déjà existantes sont pleines de trous», dit-il.Et qui devrait diriger ce genre d’initiatives?Quel structures pourrait assumer le leadership politique?Plusieurs instances peuvent y prétendre.Le ministère de la Culture vient par exemple de créer une direction du cadre bâti et se présente dans le document déjà cité (D’hier à demain) comme le maître d’œuvre tout désigné: «Alors que l’action du ministère et celle du gouvernement sont extrêmement compartimentées et peu adaptées à l'ouverture des pratiques et au croisement des disciplines, un virage s’impose et il paraît tout à fait indiqué que ce soit le ministère qui l’amorce.» Il est aussi souvent question du ministère des Affaires municipales pour diriger le mouvement, même s’il devrait alors composer avec la jalouse autonomie des villes québécoises «Ce ministère est bien placé pour faire l’arrimage entre les voisins gonflables, si vous me permettez l’expression, commente cette fois M.Filion.Mais finalement, peu importe qui va jouer ce rôle, il faudra cesser les luttes fratricides entre les villes.Au Québec, il y a tellement peu de développement que les 1600 villes s’arrachent les projets.On est rendu à une industrie du déménagement urbain plutôt que de l'aménagement urbain.» De beaux exemples s’offrent pourtant au Québec.En 1993 et 1994, le gouvernement français a fait adopter des lois et des décrets sur la protection du paysage.Ces cadres légaux donnent à l’État le pouvoir de définir, en concertation avec les collectivités territoriales concernées, les territoires remarquables à protéger.Ces directives sont obligatoires et demandent à toutes les interventions d’être conformes et compatibles.Et il n’est pas besoin d’aller jusqu’en Europe pour tirer des leçons.Boston est en train de complètement transformer son réseau routier central, notamment pour détourner la circulation du cœur historique de la ville.Ce projet est évplué à sept milliards de dollars.L’État du Vermont possède une loi générale sur la protection du paysage depuis une vingtaine d’années.Il s’agit en fait d’une charte qui prévoit des consultations avec les communautés locales dans le cas de projets qui ont des incidence sur le paysage.Cette charte s’ouvre même sur un préambule affirmant la valeur patrimoniale et économique de cet héritage.Il y est affirmé que l’État du Vermont est beau et qu’il faut le préserver ainsi.Le Québec, lui, n’est plus la Belle Province qu’il était C’est un de ses drames.Mais il n’est jamais trop tard pour se prendre en main.Le paysage comme patrimoine vivant MARIO CLOUTIER DE NOTRE,BUREAU DE QUEBEC Le ministère de la Culture et des Communications est prêt à assumer le leadership de la réflexion gouvernementale sur le paysage québécois.Un paysage qu’on voit comme étant le patrimoine vivant du Québec.Avant même les États généraux du paysage, on travaillait déjà à une notion de patrimoine élargi, un paysage culturel.Les directions générales ont déjà intégré cette notion dans leur plan d’intervention, c’est-à-dire de considérer le patrimoine comme une entité vivante.La problématique étant récente, la réflexion du ministère a donc suivi les actions des directions générales jusqu’à maintenant.A l’avenir, sans être sur le point de déposer une politique, on élaborera un plan de travail qui tiendra compte des partenaires gouvernementaux — autres ministères impliqués — et des intervenants aux États généraux du paysage.Le ministère se voit comme le rassembleur qui fait présentement défaut dans le «paysage» du paysage, celui qui concerte, qui réunit les intérêts privés et gouvernementaux afin de mettre fin à la compartimentation.Des projets-pilotes sont déjà en cours.Le ministère pilote des concours d’excellence en architecture qui intègrent la notion de paysage culturel.Le Musée régional de Rimouski a gagné un de ces prix et le Centre d’interprétation des Basques de Trois-Pistoles est en lice pour un autre.Également, une catastrophe naturelle comme les pluies diluviennes du Saguenay l’été dernier auront tout de même fait ouvrir une fenêtre sur l’aménagement du territoire.Reconstruire veut aussi dire réaménager.On est encore loin d’une supra-législation qui nous indiquerait où va la préséance des lois déjà existantes (aménagement et urbanisme, environnement, terres agricoles et biens patrimoniaux) et l’accent est donc mis pour l’instant sur ces projets-pilotes.Mise en valeur Depuis son retour au pouvoir, le Parti québécois a fait prendre un virage au bâti québécois en passant du développement tous azimuts à la rénovation et à la revitalisation.«On a pris le virage rénovation, indique le ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, parce qu’on s’est rendu compte socialement que ça coûtait trop cher de s'étendre dans toutes sortes de directions à la fois.On a compris qu’il Le Théâtre Centaur, à Montréal.fallait revaloriser le vieux bâti qui possède une richesse certaine.» Mais le ministre croit qu’il faut aller encore plus loin dans la mise en valeur du bâti.Pour ce faire, il parle davantage de collectivités locales que de municipalités, un reflet de notre histoire et de notre devenir, selon lui.«Il s’agit de découvrir quelques clés avec les secteurs privés et locaux qui nous permettent de mettre en marche des projets dans la lignée de ceux que nous avons depuis deux ans: achat-rénovation et revitaliation des vieux quartiers.» Dans le premier cas, il s’agit de transformer, avec la collaboration de coopératives d’habitation, de vieux bâtiments en logements, dont une partie est réservée au logement social.Dans le deuxième cas, on s’attaque à la revitalisation de vieux quartiers en gardant 15 % des investissements pour la valorisation visuelle du bâti.«Il faut aller plus loin, avoue M.Trudel.On dit à toutes les campagnes, municipalités et partenaires en milieu urbain qu’on veut revaloriser, donner plus d’ampleur et redéployer ce qui existe.» Le ministre se dit agréablement surpris de l’enthousiasme des municipalités face aux programmes existants.Elles développent des projets et demandent encore plus d’argent pour la revitalisation architecturale.«Je ne crois pas qu’il faut légiférer, dit M.Trudel, mais aller vers une orientation bien déterminée de la part du gouvernement en l’incrustant dans des programmes adaptables et ajustables aux réalités locales.Quand on l'inscrit dans une législation, c’est toujours plus rigide.» Son ministère privilégie plutôt la sensibilisation, l’animation et la mise en place de balises plus strictes dans les programmes.Les réponses sont positives jusqu’à maintenant, le message a été compris au niveau local.ARCHIVES LE DEVOIR I.!'• I> !•: V II I II .I.K S S A M !•: I) I 2 (i K T I) I M A X < Il K 2 7 (I < T (I 15 lî K I II II II E Il « U li U I) IT UI! E II li C Un projet collectif A première vue, les retombées économiques d’un projet collectif de paysage semblent évidentes: les paysages les plus jolis attirent plus de touristes, les lieux qui contiennent le plus de musées et d’auberges stimulent plus d’échanges de devises, le patrimoine historique est plus payant lorsqu’il est mis en valeur que laissé à l’abandon.Cependant, dans chacun des domaines abordés ici, le tourisme, les régions, l’urbanisme, une analyse plus fine s’impose.Faute d’une bonne connaissance des enjeux particuliers que pose l’exploitation paysagère, faute d’une attitude responsable et respectueuse, «l’industrie» du beau paysage est parfaitement capable de se tirer dans le pied.Pourquoi ne pas mettre en valeur ce qui exis- te déjà, plutôt que de détruire pour construire à neuf?Pouquoi ne pas miser sur les populations locales, leur savoir-faire et leur mémoire, plutôt que de parachuter d’en haut des projets socioculturels étouffants, et développer chez le promeneur la connaissance de l’histoire et du façonnement des paysages, plutôt que de gonfler des équipements récréo-touristiques à la Disney?Et enfin, pourquoi ne pas cesser de considérer les régions éloignées comme des lieux de production qu’on vide et qu’on ferme le jour où elles ne sont plus rentables, mais bien plutôt y préserver la vie authentique et la dynamique humaine existantes?Telles sont les nouvelles attitudes, économiquement rentables, que nous allons devoir apprendre à développer.En gestionnaires avisés de nos paysages, ou en bons pères de famille.tour 6 t rtiti SS —IIIJ-iwimmii YVES LAFRAMBOISE L’implication des communautés locales Quand des propriétaires d'entreprises deviennent des agents de transmission du patrimoine HÉLÈNE DESLAURIERS Directrice générale Fondation des économusées du Québec Disons d’entrée de jeu que le patrimoine au Québec se définit depuis toujours — et encore beaucoup trop! — par l’architecture et l’environ- nement bâti.Les organismes œuvrant dans les domaines plus ethnologiques ou plus intangibles du patrimoine le savent bien.Et pourtant, lorsqu’on questionne les gens, les simples citoyens, on trouve dans leur héritage du passé bien d’autres choses: des histoires de leurs familles, des objets, des événements, des contes et des chan- ¦i spu JEAN-PIERRE VACHON L’économusée de la pomme, à Mont-Saint-Hilaire sons, des savoir-faire, des métiers.Par exemple, sommes-nous nombreux à connaître l’existence de l’entreprise Les Bateaux Leclerc à Saint-Jean-Port-Joli, gardienne de la tradition des bateaux miniatures d’Eugène Leclerc (1885-1968), chez qui le président américain Roosevelt venait déjeuner au moins une fois l’an?Les artisans de cette entreprise, propriété des petits-enfants Leclerc et considérée parmi les meilleures au monde, exportent pourtant 60 % de leur production aux Etats-Unis.Il faut donc, pour assurer la perpétuité de ces autres patrimoines, des lieux et des moyens.L’impact social de leur préservation, nous le verrons plus loin, n’est pas à négliger.La conservation: un discours de spécialistes Malgré les efforts faits et le chemin parcouru, la préservation du patrimoine au Québec, qu’il soit architectural ou autre, ne peut être considérée comme un succès.Nos villes et nos campagnes se banalisent encore, bien que les mesures de contrôle et les réglementations se multiplient.Les batailles entre les tenants du progrès et ceux de la conservation — qui dégénèrent souvent en un discours de spécialistes sur le «beau» et le «vieux» — constituent encore le gros des informations que les médias véhiculent sur le sujet.La sensibilisation des citoyens ne semble pas progresser de façon générale.Et nos jeunes ne connaissent toujours pas l’histoire de leur pays! Les spécialistes de la conservation devraient peut-être comprendre qu’ils ne sont pas assez nombreux pour y arriver seuls et que, sans une prise en charge par les citoyens de leur propre patrimoine, les résultats resteront mitigés.Cela implique donc que les intervenants doivent davantage jouer un rôle de sensibilisation qu’un rôle de législation et de contrôle.Dans le domaine de la transmission des traditions et de l’histoire, mises à part certaines publications ou quelques initiatives ponctuelles, tout semble devoir se faire à travers les musées, ou les centres d’interprétation qu’on implante en quantité, alors que la clientèle n’augmente pas.Nous semblons prendre pour acquis au Québec que la culture, et les musées plus spécifiquement, seront inévitablement déficitaires et dépendants de l’Etat providence.C’est le prix à payer — ai-je entendu dire récemment — pour être un peuple d’incultes! Et pourtant, oui, la culture et même la conservation du patrimoine peuvent s’autosuffire et être rentables.Je prendrai pour exemple les économusées — à ne pas confondre avec les écomusées —, ces entreprises fia plupart à but lucratif) qui utilisent pour leur production une technique ou un savoir-faire traditionnel et qui ouvrent leurs portes aux visiteurs.La Fondation des économusées s’est donné comme buts de participer à la conservation et à la mise en valeur de métiers et de savoir-faire qui ont fait et font toujours partie de notre tradition, de permettre une diffusion de l’histoire des édifices, des sites, des localités ou des régions où cette tradition se manifeste, et ce à travers un réseau d’entreprises financièrement indépendantes et rentables.Ce réseau connaît un succès certain (23 entreprises sélectionnées au Québec, un projet-pilote au Nouveau-Brunswick) parce qu’il propose, de façon structurée et dans un circuit, un produit culturel et historique différent: • les gens pénètrent dans une véritable entreprise en production; • ils entrent en contact avec de véritables artisans-producteurs par qui l’essentiel des informations historiques et techniques sont transmises; • ils peuvent compléter leurs connaissances par des informations et de la documentation; • ils ont accès à des produits de qualité, fabriqués parfois sous leurs yeux, par des gens d’ici.Ce que les visiteurs apprécient, c’est la simplicité de la rencontre et l’authenticité de l’échange.Les demandes nombreuses proviennent d’entreprises, de municipalités ou d’organismes qui reconnaissent bien les impacts économiques d’un tel projet: l’implantation ou la consolidation d’emplois, l’accroissement de l’achalandage touristique (et aussi commercial) et l’augmentation des chiffres d’affaires.Les retombées sociales Mais au-delà des impacts économiques liés à un projet d’économu-sée, il faut regarder davantage, à plus long terme, les retombées sociales.Aux dires des gens qui nous en font la demande, ce qu’ils recherchent dans un tel projet est d’abord et avant tout la reconnaissance que procure la sélection de leur projet.Qu’elle soit individuelle (un artisan face à ses concurrents) ou collective (une façon pour une municipalité de se démarquer), cette reconnaissance est un élément de fierté.Et ceux qui travaillent sur le terrain au développement des collectivités savent à quel point la fierté constitue un puissant moteur de créativité, de prise en charge et d’entrepreneurship.Plusieurs initiatives du même genre ont vu le jour et prouvé leur efficacité dans la sensibilisation des citoyens à leur patrimoine.Elles doivent cependant lutter pour survivre parce qu’elles dérangent les systèmes établis, qu’elles ne s’insèrent pas dans les normes et les programmes réguliers et qu’elles remettent en question les expertises des spécialistes.Elles méritent pourtant qu’on s’y attarde et qu’on les encourage parce qu’elles permettent de croire que nous serons de plus en plus nombreux à assurer la conservation et la mise en valeur de nos milieux: plus nombreux à nous impliquer, plus nombreux à investir.Il faut cependant que ceux qui ont la responsabilité d’assurer l’épanouissement de notre culture et la préservation de notre patrimoine s’ouvrent à ces idées nouvelles, reconnaissent la capacité de non-spécialistes d’avoir des compétences et acceptent de se départir de leur pouvoir pour permettre une meilleure prise en charge des citoyens dans ce domaine.C’est à ce prix seulement que nous nous assurerons au Québec d’un environnement bâti harmonieux, d’une culture riche, forte et originale et d’un intérêt profond des citoyens pour leur histoire et leur patrimoine.«Le il os lin des âmes croise parfois celui dos fleuves.» — DENISE DESAUTELS Le saut de Fange Conjuguer économie avec esthétique RUES PRINCIPALES Rénovation au centre-ville de Drummondville SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Plutôt que de capitaliser sur la richesse immobilière existante, à Montréal on a la fâcheuse habitude de détruire.On met à bas sans se poser de question pour mieux bâtir de l’éphémère.Au moment où l’avenir de Montréal est le sujet de bien des débats, peut-être qu’il y aurait lieu de tirer des enseignements de trois viUes américaines qui ont décidé de conjuguer économie avec.esthétique.David Hanna est professeur de géographie urbaine.Il est également président de Héritage Montréal.Selon ses confrères, il est le spécialiste des questions ayant trait à la dynamique économie-esthétique.À son avis, les mesures prises par les autorités municipales de Baltimore, dans le Maryland, Scranton, en Pennsylvanie, et surtout Lowell, dans le Massachussets, devraient inspirer les acteurs du développement urbain.Baltimore Dans les années 70.cette ville plus populeuse que Lowell et Scranton était en pleine déchéance.Aussi bien économique que sociale et culturelle.Baltimore souffrait alors de ce dont souffre aujourd'hui Montréal: le «trou de beigne».Les gens avaient fui le centre pour la banlieue, d’autres avaient déclaré faillite.De sorte que la municipalité s’est retrouvée à la tête, pour ainsi dire, d’un inventaire important d’unités résidentielles.Au sein de cet inventaire, il faut le souligner, il y avait des unités barricadées.Au tournant des années 80, les autorités de Baltimore ont convenu tout d’abord de ne pas détruire ces unités et de ne pas les donner ou vendre aux promoteurs, aux compagnies privées.Qu’ont-elles décidé?De donner ces unités résidentielles en exigeant deux choses: les restaurer, et non les rénover, et d’investir environ 20 000 $ US sur trois ans.Résultat: des membres de la communauté noire ont accédé au statut de propriétaire pour la première fois; des gens ont quitté la banlieue pour réintégrer les quartiers du centre.Mais surtout.Baltimore a stoppé du coup l'hémorragie qui se poursuivait depuis des années.Scranton À Scranton, les autorités municipales sont allées beaucoup plus loin qu’à Baltimore.Comment cela?Elles ont décidé de centrer l’activité économique de cette ville en misant sur son histoire.«Après des recherches, rappelle David Hanna, les autorités ont appris qu’une fondation privée, baptisée Steamtown, était propriétaire d’une riche collection de locomotives et divers outils liés aux chemins de fer.Cette col- lection était alors au Vermont.La municipalité de Scranton a mis sur pied un consortium pour restaurer la gare centrale, les ateliers et le siège social de la Lackawanna.Ces infrastrutures ont été transformées en un vaste musée consacré ata chemins de fer.Un musée qui propose en permanence la collection autrefois située dans le Vermont.» Conséquemment à cette restauration tous azimuts de Scranton, un hôtel Hilton comprenant un centre de congrès s’est installé dans une partie de l’ancienne gare.Une autre portion de la gare a été tranformée en une galerie marchande respectant les caractères architecturaux d’origine.Et la ville «connaît depuis lors une renaissance».Lowell Cette ville comparable par la taille et la population à Saint-Jérome fut un des premiers centres industriels des Etats-Unis.«Dès 1830, Lowell était un centre important du textile.C’était une ville mono-industrielle qui a connu toutes les vagues importantes de l’immigration.Dans les années d’après-guerre, le textile est tombé au profit du tiers-monde.Ce faisant, Lowell est devenue une ville qu’on fuyait.» Lowell s’est vidée jusqu’à ce qu’on décide, dans les années 70, de miser «sur l’esthétique».C’est alors que le maire de l’époque a opté pour une renaissance urbaine qui se ferait presque exclusivement «à partir du patrimoine industriel et résidentiel de Lowell.Dans ce cas-ci, il faut préciser que l'un des éléments clés a été la collaboration intergouvemementale.Le fédéral a décidé de classer le canal et a investi de fait les sommes nécessaires à sa restauration.L’État du Massachussetts a collaboré afin d'attirer des entre- prises de haute technologie.La Ville a fait le reste.» Aujourd’hui.Lowell est devenue un point de chute.«Les résultats sont incontestables, insiste M.Hanna.Contrairement par exemple à Detroit, Lowell est désormais une ville qui attire de nouveaux résidants.» E 20 I, E I) E V O I If , L E S S A M E I) I 2 (i E T D I M A N C 11 E 2 7 0 C T 0 B B E I 9 9 (i •UN LIEU PIT QUEBEC- De la beauté des sites Un paysage en soi n’a pas de valeur économique, sauf s’il devient un agent d’attraction touristique NORMAND CAZELAIS e mouvement est irréversible: on .se souvient, dans les années 60, des études et des constats du Bureau c 'aménagement de l’est du Québec (BAEQ), des fermetures subséquentes de certains villages jugés sans avenir et de la relocalisation de leurs habitants dans des agglomérations plus peuplées, des opérations Dignité et autres formes de résistance qui ont germé dans la Matapédia, dans le Témiscouata et ailleurs en Gaspésie.Mouvement irréversible tout de même: on ne compte plus, dans les régions dites éloignées, les fermetures de bureaux de poste et d’écoles, le nombre de kilomètres de rails arrachés de leurs dormants, les quais publics abandonnés.La raison invoquée reste toujours la même: il n’est pas rentable de continuer d’assurer de tels services.Et le cercle s’amplifie: moins de services parce que moins de population, moins de population parce que moins de services.Tout cela a d’évidentes répercussions sur le paysage québécois.Des pans de villages entiers deviennent plus ou moins fantômes; des terres autrefois agricoles, défrichées, essouchées et travaillées à grand peine par des générations d’hommes et de femmes retournent à la friche.Des maisons se vident, s’écroulent, disparaissent.Des paysages s’évanouissent, meurent Une mémoire s’en va.Personne ne la retient.Elle n’entrera jamais dans les musées, les paysages sont trop vastes pour tenir dans des salles, sauf à l’état de maquettes et de reproductions photographiques.Un paysage en soi n’a pas de valeur économique, sauf s’il devient un agent d’attraction touristique, sauf si ses caractéristiques et ses qualités sont telles que des gens d’ailleurs dé- «Quelle opii lenee lerreti ii 1ernir lus c o r ii i c li e s ilu Dan le.à pétrifier 1 e paradis.» — FERNAND OUELLETTE A découvert ¦ " - lliiiSsI ¦¦—m « wÊmm mm ¦ : La promenade des Capitaines, à Matane PLURAM tés traditionnelles telles que l’élevage et la transhumance, l’agriculture en altitude, et faire revenir des gens dans leurs villages d’origine, en attirer d’autres, en intégrant dans son concept initial la préservation du cadre naturel et la permanence de la présence humaine, afin notamment d’assurer une pérennité aux paysages de l’île.Sans ses habitants et les traces de leur occupation, la Corse ne serait plus elle-même.Les exemples pourraient être multipliés à l’infini, la conclusion serait la même.Si le Québec veut prétendre attirer des touristes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, il doit prendre grand soin de ses paysages.Et non seulement de ses paysages dits naturels, mais surtout de ses paysages humanisés qui s’enlaidissent.Qui reculent et rétrécissent aussi, ce qui est tragique.Peut-être faudra-t-il, comme en certains pays, en arriver à payer des gens pour entretenir des champs en culture, pour les empêcher de devenir des royaumes de fardoche, pour garder, même dans un semblant de vie artificielle, des paysages en état?Peut-être y aurait-il d’autres solutions?l I i cident d’aller l’apprécier sur place.Pour les résidants, un paysage peut fournir un cadre de vie agréable, avoir une fonction culturelle, les inciter à être dynamiques et entreprenants, mais c’est le tourisme, en transformant le paysage en attrait, qui lui donne sa valeur économique.Le paysage devient ainsi un bien monnayable, un produit de consommation au même titre qu’une chambre d’hôtel, qu’une plage en bord de mer, qu’une pente de ski, qu’un bon repas dans une ambiance, qu’un climat.Tout comme ils sont prêts à débourser des deniers pour profiter d'un temps chaud sous le soleil des Tropiques, les touristes vont ouvrir leurs bourses pour découvrir les paysages de la Pampa argentine, de la Ville-Lumière ou de la campagne du Vietnam.Encore faut-il que ces paysages présentent à leurs yeux un réel intérêt Et, disons-le, ce qui ajoute une plus-value à tous les paysages est l’empreinte de l’homme — quand celle-ci, bien sûr, n’est pas source de gâchis et d’enlaidissement à outrance.Multiples visages de la Terre et de ses habitants, les paysages sont le ré- sultat de l’évolution propre de cette planète, de ses constituants biophysiques, et des effets des activités des hommes.Le plus beau paysage du monde n’offrira que des images de désolation, de mort et de ruine après une éruption volcanique, une tornade, un raz-de-marée: son harmonie inhérente aura disparu au profit d’un désordre où les lois d’un nouvel agencement ne sont pas encore manifestes.De même, qu’en était-il du paysage habité du Saguenay au lendemain des pluies torrentielles et des inondations dévastatrices de l’été dernier?A partir de Bergen en Norvège, des agences proposent un forfait qui remporte un grand succès: il s’agit d’un circuit d’un jour, Norway in a nutshell, qui allie une excursion en train dans les montagnes, y compris une descente vertigineuse dans la vallée de Flam, une croisière de quelques heures en des fjords spectaculaires et le retour au point de départ successivement en bus et en chemin de fer.Peuvent s’y greffer, pour qui le désire, des randonnées pédestres avec hébergement en refuges de montagne ou chez l’habi- tant.Même en des milieux aussi difficiles, tant en raison du relief que du climat, la Norvège reste habitée en permanence: et, si les voyageurs lèvent des yeux admiratifs sur la majesté de tels paysages naturels, ils y relèvent constamment, dans leurs observations, les traces de la présence humaine (pâturages, ports de pêche, villages et hameaux, cheminée d’une ferme qui fume, seule, sur une corniche, routes et sentiers, etc.).Malgré les troubles politiques qui l’affligent, la Corse reste une destination touristique populaire, surtout sur son pourtour balisé de magnifiques plages.De plus en plus de ses visiteurs ont toutefois appris, avec les années, qu’une autre Corse, peut-être plus «vraie» encore, vit à l’intérieur de l’île, dans la muntagna abrupte, couverte de forêts de chênes-verts et de châtaigniers, parsemée de villages où s’est forgée l’âme de ces insulaires décidément, différents du reste des Français.À l’inverse des parcs nationaux en Amérique du Nord qui dès leur création évacuent les résidants de leurs limites, le Parc naturel de la Corse a voulu faire revivre des activi- GRENON HOGUE ET ASSOCIÉS \mmt - TT*L.: -1' U Halte routière à Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières Paysages et attraits touristiques Admirer de nouveaux paysages est Vun des plus puissants incitatifs au voyage NORMAND CAZELAIS Les experts s’accordent là-dessus, les gens voyagent pour trois raisons principales: rencontrer le reste du genre humain, participer à des événements (foires, expositions, festivals, etc.) ou exercer des activités (sports, loisirs, travail, etc.), et apprécier des paysages.L’industrie de la carte postale, si intimement liée dans son développement à celle du voyage, atteste de la puissance d’attraction des paysages: «Voyez! j’y suis allé, j’ai aimé et je vous en fournis la preuve m la signant.» Tous les paysages, y compris les déserts, portent des messages.Ils sont, pour parler comme ceux qui savent, «signifiants»: ils expriment, dans leur apparence et leur agencement, un ensemble d’effets et d’interrelations, des états, des fonctions.Les paysages naturels sont montagneux, maritimes, de plaine ou de forêt, tropicaux ou polaires, secs ou arrosés; les paysages humanisés sont agricoles, urbains, industriels, résidentiels, commerciaux, reflétant l’extrême diversité des activités humaines.Paysages naturels et humanisés se jouxtent, ce compénètrent: la mer et les côtes alternent caps et havres, falaises et plages où les hommes ont établi des villages de pêche, des ports et des villes, des stations balnéaires; de toujours, le contact et le contraste entre la mouvance incessante de la mer et la trompeuse solidité de la terre ferme ont fasciné, émerveillé même, le regard humain.De toujours, point de convergence et de rupture, le littoral a attiré les voyageurs.Malheureusement on constate trop souvent que le paysage touristique a engendré, dans sa structure et son organisation propres, non seulement l’appauvrissement mais la négation de ce qui était le matériau d’intérêt originel, au point où celui-ci est à peine discernable: l’animal sera parqué dans un zoo ou une réserve, la fleur ou l’arbre dans un enclos, quand il n’aura pas été gommé au profit d’autres espèces importées par les touristes.Les résidants eux-mêmes, dans ce type de paysage touristique, deviennent subordonnés à la présence et au nombre des visiteurs qui, s'ils leur déversent parfois leur argent, leur imposent surtout leurs valeurs, leurs genres de vie qui reproduisent en ce «nouveau» milieu d’accueil ce qu’ils ont quitté chez eux.Au-dela des détails, rien ne ressemble plus, quel que soit l’endroit au monde, à un site touristique qu’un autre site touristique.A bien des égards, les paysages du Club Med et de Disney sont considérés comme les paysages touristiques les plus achevés, car les plus pensés par le cerveau humain; ce n’est donc pas pour rien qu’ils ont fait si largement école.Les paysages ont donc des retombées touristiques importantes, les sites et destinations touristiques ont même leurs propres paysages.Plus encore, avec le tourisme de masse, ils sont devenus des objets de consommation pouvant être «achetés» temporairement par ces itinérants qui vont d’un lieu à l’autre, d’un paysage à l’autre, qui n’ont pas de relations identitaires avec ces lieux et ces paysages mais qui sont prêts à ouvrir leurs bourses pour les enregistrer — tout aussi temporairement — dans leur mémoire et le plus souvent sur leurs pellicules photographiques.Entre les paysages peu marqués par la venue des touristes et ceux qui en sont imbibés (depuis les stations à l’organisation laide et anarchique jusqu’aux sites ultraplanifiés des Club Med et de Disney), que propose-t-on en fait à la compréhension des visiteurs?Peu de choses, vraiment.Rarement, sinon jamais, explique-t-on à ces visiteurs comment sont constitués et changent les paysages avec lesquels ils sont mis en contact Montagnes, forêts, villes, plateaux sont pris tels quels; les guides sont bourrés de pages sur l’histoire, les «merveilles» archéologiques ou architecturales, les lieux à découvrir, les activités à exercer, à peine quelques lignes sont-elles parfois esquissées pour décrire, dans une perspective dynamique, ces paysages.Pourquoi une forteresse, des vignobles, une route sont-ils apparus à tel ou tel endroit?Comment ont-ils contribué à l’élaboration des paysages qui s’étalent sous nos yeux?Savoir lire ou comprendre un paysage n’est plus une discipline à la mode.Pourtant, il n’est pas dit loin de là, que les touristes de tout horizon n’apprécieraient pas qu’on leur accorde ainsi un surcroît de compréhension des destinations qu’ils visitent Au Québec, la qualité des paysages, surtout humanisés, n’est pas des plus reluisantes.Des initiatives comme les Villages fleuris sont à la fois peu nombreuses et limitées dans leurs actions.Les interventions des municipalités et des paliers supérieurs de l’administra- tion publique dans l’amélioration des paysages ne dépassent guère les balbutiements.L’éducation au paysage, quant à elle, se révèle particulièrement faible.S’il se trouve des aires d’interprétation du paysage, elles sont le plus souvent incorporées à une interprétation écologique qui relègue derrière l’analyse des écosystèmes l’approche paysagère.L’interprétation des paysages humanisés, pour sa part, est carrément ignorée.Il y aurait pourtant là matière à employer bien des gens, et peut-être à redonner à l'ensemble des Québécois une nouvelle conscience du pays.ri » -:v.o o'/J PIERRE LAHOUD Sports nautiques sur le lac Massawippi, dans les Cantons de l’Est m m mmmsm ¦ mm- PIF.RRF.LAHOUD La baie de Tadoussac, au Saguenay À la suite des inondations de juillet dernier, tout le pays a pu constater avec émotion que la population du Saguenay sait se tenir debout.Spontanément, ils se sont tous donné la main afin de reconstruire vite et préparer des jours meilleurs.Au Saguenay, on apprend vite à se relever.Parce qu’il y a des gens, comme ça, qui ont la conviction profonde que l’avenir leur appartient.Les employés d’Alcan aussi ont démontré leur ténacité et leur débrouillardise en réussissant à maintenir l’exploitation de l’entreprise dans des situations souvent difficiles, tout en prêtant main-d’oeuvre et équipement aux communautés éprouvées.Et comme on ne freine pas l’élan des gens fiers, leurs efforts ne devaient pas s’arrêter là.Ils ont donc mis sur pied, en collaboration avec la Croix-Rouge, un fonds spécial pour venir en aide aux sinistrés.Dès cet instant, de partout dans le monde, les employés d’Alcan, les retraités, les syndicats et des amis de l’entreprise ont fait affluer les dons.Alcan a aussi voulu faire sa part en s’engageant à verser un dollar au Fonds spécial pour chaque contribution d’un dollar.C’est ainsi qu’un montant excédant I 335 000 $ a été versé à la Croix-Rouge le Ier octobre.En espérant que cela donnera un coup de pouce à des gens qui bâtissent pour demain.Alcan croit que la solidarité est garante de l’avenir.L’AVENIR EST SI PROCHE Jj§ÉH 'ALCAN *r il lit ii >¦ ii »« ¦ ¦ II it ii ».! !»* ii ¦ ¦ II il ii • I ill in ll il II ft fl i: 1» ill II It II i'< 0' Cl II [¦» ii t* KM !! H KM ¦ B ¦«] $*$*$&*?'***”**'*' W"&fîSHSt - WSSSJ3 jà .',-L as® «wx:! •V y-j.•y~ >w .«¦•" y: { Ej*S@Ki3J» sMWl Jt/AK Une grande corvée nécessaire Un effort collectif important s’impose pour la sauvegarde du patrimoine sies.Li création de «Villes et villages fleuris», l’émulation entre municipalités et dans les municipalités mêmes, la mise en place d’un commerce d’espèces végétales par la multiplication rapide des centres-jardins, l’apparition de périodiques et la diffusion d’émissions sur le sujet dans les grands réseaux de télévision à heure de grande cote d’écoute ont favorisé ce développement heureux de l’aménagement paysager domestique.C’est parti et cela va continuer.Tous ces efforts sont conjugués pour embellir sa maison, sa rue, son village, sa ville.Par contre, le logement lui-même est loin d’être l’objet de la même attention.Pourtant, le besoin est bien là.Une statistique récente indique qu’un bon pourcentage du financement de PBS Vermont vient du Québec et que l’émission la plus écoutée de cette station reçue par câble en est une traitant de rénovation et de restauration architecturale intitulée This Old House.Pour satisfaire la demande et rencontrer un idéal de conservation et de mise en valeur du paysage bâti national, dans le cadre du présent sommet économique, nous proposons que le Québec, de concert avec tous les intervenants concernés, devienne un vaste chantier de rénovation et de restaura- «L;i lcrrc vit (le toute sa hauteur Emue de ii’êlrc que la terre.» — FERNAND DUMONT Parler de septembre lion, afin de redonner à nos agglomérations le sens et le caractère qu’elles ont jadis connus, en affirmant une fierté d’être et d’avancer.Pour ce faire, identifier et nommer les différents types de maisons qui composent notre paysage bâti, donner leurs caractères dominants, les situer dans l’histoire architecturale.Ce travail typologique déjà presque complété sera assumé par un groupe de recherche universitaire.Ensuite, préparer rapidement, de concert avec l’une ou l’autre des grandes surfaces de quincaillerie au Québec, des brochures de quatre pages savamment conçues, attrayantes et accessibles à un large public, distribuées gratuitement dans ces commerces.Le propriétaire, après avoir identifié son type de maison, en apprend l’histoire, toutes les caractéristiques, le sens et est efficacement initié à une approche idéale de conservation, selon ses capacités financières.Ce volet est développé en partenariat avec l’Ordre des architectes, le ministère de la Culture et des communications, les Affaires municipales, l’Union des municipalités, et les centrales syndicales liées à la construction résidentielle.Pour épauler le projet, nous demandons à Télé-Québec de mettre en chantier une série scientifiquement documentée et populaire sur le sujet, avec diffusion de cassettes vidéo dans les commerces concernés et que le réseau des hebdos locaux soit également mis à contribution dans la diffusion des brochures, en puisant cette fois les exemples dans la région concernée par l’imprimé.Afin de rencontrer les besoins en matériaux et accessoires divers des propriétaires restaurateurs, nous demandons aux quincailleries de grande surface de réserver un espace du plancher à la rénovation en offrant les éléments nécessaires de remplacement et, donc, de faire appel à des moulins à scie et à différentes industries du Québec pour produire à coût acceptable tout ce qui est nécessaire à une telle corvée de revitalisation du paysage bâti.Ainsi, celui qui veut ramener sa maison à son époque d’origine (1950, 1940,1930, 1910, 1880,1860,1820.) pourra trouver dans ces espaces commerciaux l’essentiel utile à son projet Et qu’on crée un grand concours entre les municipalités pour récompenser annuellement celles qui auront le mieux réussi à nous rendre heureux en «marchant» dans leur rue principale.Ceci est l’offre de service, tout à fait gracieuse, d’un universitaire.YVES LAFRAMBOISE Alignement de maisons québécoises néo-classiques «à la chinoise», dans le village de Saint-Jean, île d’Orléans MICHEL LESSARI) Historien UQAM Le grand chantier Celui qui a voyagé cet été à travers le pays a pu noter à quel point en dix ans, l’horticulture a conquis nos concitoyens.Partout les entrées et façades de maisons sont bordées de fleurs, d’arbustes, de compositions végétales souvent recherchées et réus- Un village d’autrefois s’articulait d’abord autour de l’église et du cimetière paroissial.n’a conçu et stylisé l’agglomération comme on l’a fait, une heureuse contribution au nord du continent.Nos villages sont caractérisés par une église, véritable édifice signal dominant par sa flèche la vaste campagne et annonçant à tous, de loin, par la croix et le coq, qu’en ce lieu vivait (et vit toujours) une communauté d’humains, en contact avec le Dieu des catholiques.Ce monument loge dans chaque paroisse un véritable musée, regroupant les trésors artistiques des croyants accumulés à coup de dix sous sur huit ou dix générations.Toute l’histoire de la communauté locale passe entre ces murs.Nos églises sont nos mémoires.Autour, on trouve «la place», jadis lieu de réunion publique après la messe et les offices religieux.C’est aussi un espace architectural, pour donner au temple toute la perspective dont il a besoin pour affirmer sa monumentalité sacrée au cœur du village.Agrémentant ce lieu, s’étale l’enclos paroissial ou le cimetière-jardin, partout le premier parc naturel où souvent nos prédécesseurs ont été initiés à l’aménagement paysager et à l’horticulture.Dans le voisinage, le presbytère et les écoles complètent le noyau institutionnel.Notons que la résidence du curé et des prêtres suit ordinairement YVES UFRAMBOISF On peut se l’avouer entre nous, rien n’est plus éprouvant pour l’âme éveillée à l’architecture et à l’aménagement du territoire que de traverser la majorité des villes et des villages du Québec d’aujourd’hui.Même s’il faut saluer certains efforts individuels ou publics, depuis une quarantaine d’années, l’unité, la diversité «authentique» des styles, l’intégration qui caractérisaient jadis la moindre agglomération, sont autant de qualités du bâti et des ensembles qui, en quelques décennies, ont été sacrifiées sur une vision bien pauvre du progrès.Cette dégénérescence est devenue si criante pour certains, qu’on préfère «voyager de nuit pour ne plus voir», comme me le signalait il y a quelque temps un collègue d’Ottawa tenant feu dans Charlevoix.Tous vantent hautement le miracle économique des Beaucerons — bravo! —, mais on ne parle jamais de ce qu’il est advenu des beaux villages de la Chaudière que je traversais chaque semaine, dans mon enfance et mon adolescence, pour rendre visite à la famille restée au pays des ancêtres — Sainte-Marie, Vallée-Jonction, Saint-Joseph, Beauceville, Saint-Frédéric, Saint-Jules.Au cours de l’été de 1996, j’ai refait le tour du lac Saint-Jean.Depuis trente ans, je parcours assidûment et minutieusement le Québec en tous sens, pour mon métier, à photographier, filmer, noter sur la culture matérielle et les paysages culturels et naturels, sur le patrimoine.En moins de cinq ans, Hébertville, Saint-Prime, Lac-à-la-Croix, Saint-Félicien avaient grandement perdu des éléments du bâti qui faisaient leur charme.Partout, des chantiers douteux se continuaient Tel constat n’est pas propre aux seules régions nommées.De façon générale, les «campagnes», les villages et les villes du Québec, malgré certains élans d’organismes nationaux, régionaux et locaux sensibles, ont grandement souffert d’interventions malheureuses.Aujourd’hui, il faut faire de grands efforts pour retrouver une trame respectueuse de l’histoire des formes et des systèmes d’architecture qui ont modelé notre paysage culturel.Le sens du patrimoine bâti Bien sûr, l’originalité du Québec moderne tient d’abord à sa langue.Mais si le français est à la source de l’identité collective, le pays physique et son aménagement original demeurent aux fondements patrimoniaux.La ville ou le viUage québécois offrent un genre unique au monde.Personne YVES LAFRAMBOISE Le moulin de la Chevrotière, à Deschambault PIERRE LAHOUD Dans son ouvrage intitulé Villages pittoresques du Québec, Yves Laframboise montre bien qu’il existe encore de beaux ensembles et d’éloquents spécimens témoignant de l’évolution de notre architecture domestique.Les centaines d’images de l’ouvrage rendent compte de l’originalité de l’aménagement des paysages culturels du Québec.Ici, Les Eboulements dans Charlevoix.les grands mouvements esthétiques d’architecture; ces «hôtels particuliers» étaient souvent une «privilégié».Bien des curés vont ainsi renouveler le bâti en région, initier de nouvelles formes, presque la modernité.Des modèles répétés par des artisans locaux, par la suite, et souvent simplifiés.La trame serrée des villages et des villes du Québec s’est principalement constituée au XIX' et au XXe siècles.Nos agglomérations alignent ensuite, à partir du noyau institutionnel, résidences bourgeoises, retraités de village, commerces et ateliers divers, la société, quoi.«Marcher» un village ou une petite ville, c’est avancer dans un grand livre d’histoire où l’écrit est remplacé par des formes architecturales.De chaque côté de la rue, les œuvres parlent de niveau social, d’état technologique, de réseaux d’influences — la France, l’Angleterre, les Etats-Unis — d’organisation et de distribution des fonctions dans la communauté, de la richesse d’un milieu, des lignes de force culturelles qui ont modelé une région.Le bâti révèle également un sens permanent de l’adaptation au milieu, d’intégration originale des modes et des courants, d’amalgame des tendances qui ont forgé et défini l’originalité du pays.Le paysage bâti foisonne aussi de beaux spécimens vernaculaires, la maison néo-classique «à la chinoise» propre à la vallée du Saint-Laurent, le modèle québécois.Dans les parcours de village ou de ville, on peut lire un renouvellement de la maison à chaque génération.Formes, plans, matériaux, décors, textures, couleurs, aménagement paysager, clôtures, barrières sont plus ou moins discrètement réinventés au gré des modes, des catalogues de modèles, des lignes de forces culturelles qui traversent l’histoire.L’assaut des paysages Depuis une quarantaine d’années donc, de façon générale, ce riche patrimoine identitaire du pays ne reçoit plus l’attention méritée.Dans le noyau institutionnel, bien des cimetières ont perdu leur portail et leur clôture de fonte; le jardin funéraire a été nivelé pour le passage efficace de la tondeuse à gazon.Plusieurs écoles centenaires ont été malencontreusement déguisées sous un costume de carnaval.Pire, de nombreuses places de ville ou de village ont vu apparaître des constructions hirsutes, soit des additions non harmonisées aux bâtiments en place, soit des bâtiments neufs, tout à fait incompatibles avec le cœur ancien.Plutôt que de recycler certaines œuvres passées comme l’ont fait des municipalités, le nouvel hôtel de ville, le nouveau foyer pour personnes âgées détonnent dans la proximité de l’église.L’ordre et la sensibilité municipale ne semblent pas avoir été assez aiguisés.Dans ces ensembles, de façon presque systématique, la nouvelle Caisse populaire et le bureau de Poste Canada, qui auraient dû jouer des rôles de «déclencheurs» dans le processus d’intégration architecturale, jurent dans les compositions.Dans le cas de Desjardins, les communautés locales laissées libres dans leur choix auraient dû bénéficier d’une assistance au siège social et d’une équipe de professionnels sensibles et aguerris en matière de construction, comme on l’a fait pour le côté financier, de façon à mieux harmoniser les «temples de l’argent» à la trame existante, et non enclencher le dérapage à l’inverse.Présentement, les presbytères, ces petits «hôtels particuliers» qui racontent éloquemment l’histoire du bâti domestique au Québec et qui dominaient la place à côté de l’église, sont largués, sans qu’on se soucie trop des suites: les fabriques sont pauvres, ces constructions somptueuses nécessitent de bons investissements et la présence permanente d’un prêtre résidant est de plus en plus aléatoire.Du côté de l’architecture domestique, du parc de maisons individuelles qui composent l’essentiel de l’agglomération et faisaient le charme des campagnes et de l’urbanisme québécois, la situation reste loin d’être heureuse.Ce qui faisait la force des styles d’une époque est systématiquement sacrifié lors de rénovations «économiques».On va au plus vite et au moins cher.Portails, perrons-galeries, garde-soleil, moulures, détails décoratifs, fenestration, revêtements subissent les nouvelles règles du marché.D n’est pas nécessaire d’élaborer longuement, de disserter sur le sujet Une bonne marche dans une rue de ville ou de village parle par elle-même, avec douleur.Il faut ici saluer les efforts d’inventaire, de réglementation des quartiers anciens et d’assistance aux propriétaires de certaines municipalités comme Lévis, par exemple, une prise de conscience qu’il urge d’élargir. ; M4 ¦-WÏX- ' V?V ¦ .«¦ ¦\v\ *“ m «s MglgSS - : • • .¦ BBSi ~~—~~ WSÊïï .10&3 r MS4p ''.:‘-:-U-'l jSg .$y •„-.' • Vfeo- muni aSilMas ¦ ; BÉMSÜiîi ,• Êsfflüpsss - .¦ i-;':^ d'\:JÏ y ; r •¦¦¦" >'*¦*’• *> • «k V- «Jts , fill : .:.V WH» î-V^’ïSfSSsfSSSafiSHHK fl & " ssM SÎ4SJ8& IIS® i !': }Wm*m iMÊè^mÉMSiÊ^mÊÆ ¦ ¦ ¦: ¦•'.Wl .- ¦¦.• , ¦; ¦ • ¦• ' HHEH WÊBî y '¦ ¥.'* .VX¦-¦¦ .-.«atMnBS mfi c-ySSamSBMBMS f,*s ' » ai?’ ¦ ¦ .Vi.S." ¦ I -.:.¦,5«s%.%^i.^aSaga8gBBE : '.•'•• ¦ ?#'#:< ;.,f f.j^-y ?$;?¦.&?& ¦H j -^iffll ' .’ ,^AM'yiby\ WMMÊifeliiSi 'iÊÊËÊm - 4 v 1 “ gSffiSgSrajp®®1^ ‘0p m Chez Air Canada, nous avons pour mission de bâtir une compagnie aérienne nationale qui non seulement transporte les Canadiens de par le pays mais qui leur offre également un réseau vaste, efficace et en constante expansion.Une compagnie aérienne dont tous sont fiers.Une compagnie aérienne créatrice d'emplois pour des milliers de Canadiens.Une compagnie aérienne rentable et une entreprise commerciale qui répond aux besoins d'un marché en constante évolution.Et en tant que chef de file des transporteurs au Canada, notre parc aérien se classe parmi les plus modernes et les plus économes en carburant.Nous recherchons constamment des moyens pour rendre nos horaires encore plus efficaces et toujours adaptés à vos besoins.En plus d'améliorer notre service à la clientèle, nous avons inauguré plus de 34 nouvelles lignes régulières sur les États-Unis.Et grâce à nos alliances globales avec United Airlines, Continental, Swissair, Korean Air, All Nippon Airways et maintenant Lufthansa, nous sommes en mesure de transporter les Canadiens vers plus de 540 destinations dans plus de 110 pays.Une situation des plus enviables.Voilà tout ce qu'il faut pour être le transporteur numéro un au Canada.Voilà tout ce qu'ii faut pour être la compagnie aérienne qui connaît la croissance la plus rapide d'ici vers le monde.Voilà comment les progrès d'aujourd'hui nous permettront de rester à l'avant-garde dans l'avenir.AIR CANADA employes; dont pharmacien.' et pharmacie Le Groupe Jean Coutu (PJC) Inc.au service des forces vives de chez nous
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