Le devoir, 18 octobre 1997, Cahier D
sap*, •*v-x f vti * mè,U ROBERT •*M»f i f J t «G i *t- :ï '-•¦*,.*¦ L" .: Jean-Christophk HOSHI Portr DUN LH 1STO Jean-Christophe Rufin, à 45 ans, a une feuille de route impressionnante.Il a une double formation, de médecin et de diplomate; il a été chef de CLINIQUE DES HÔPITAUX DE PARIS; IL A FAIT, DEPUIS 1977, DE NOMBREUSES MISSIONS COMME MEMBRE DE MÉDECINS SANS FRONTIÈRES, DONT IL EST LE VICE-PRÉSIDENT DEPUIS 1990; IL A ÉTÉ ATTACHÉ CULTUREL AU BRÉSIL, EST INTERVENU POUR LE COMPTE DE LA FRANCE DANS LES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX AU Rwanda et en ex-Yougoslavie et est actuellement directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques.Et Rufin a publié, seul ou en collaboration, des essais sur la violence politique dans le MONDE CONTEMPORAIN, AINSI QUE L’AVENTURE HUMANITAIRE, CHEZ DÉCOUVERTES Gallimard.«J’ai une vie un peu occupée», échappe-t-il, modestement.* •rat* >•¦ s CHARTRAND fNfcgMj JACQUES GRENIER I.E DEVOIR e tous les pays qu’il a visités, Jean-Chris-I tophe Rufin a un attachement particulier pour l’Ethiopie, où il a séjourné il y a dix ans jors de la famine que l’on sait; et il a épousé une Éthiopienne dont il a eu deux filles.Rien d’étonnant donc qu’il soit question de l’ancienne Abyssinie dans son premier roman.Au début de L’Abyssin, nous sommes au Caire, en 1699.La ville, où ont cours mille trafics, est sous le joug ottoman.Jean-Baptiste Poncet, le héros du roman, y exerce illégalement la médecine, et avec succès; c’est un herboriste passionné et un fin observateur.Là-dessus, selon son auteur, il est très en avance sur les médecins de l’époque.«Il travaille avec l’expérimentation et l’intuition, ce qui ne se faisait pas chez la plupart des médecins de l’époque, qui étaient des gens de l’immobilisme.» VOIR PAGE D 2 : RUFFIN LL 17LVUUY Im chronique de Robert Lalonde Page D 4 Le feu illeton Page D 5 Irit Batsry Page DIO Formes Page D 12 É D I T I O N La 49e Foire de Francfort Le grand rendez-vous mondial de l’édition, la Foire du livre de Francfort, en Allemagne, est bien entamé, avec le Portugal à l’honneur.Depuis mardi et encore jusqu’à lundi, les éditeurs du globe entier fourmillent sur le plancher et se serrent la pince, en échangeant les promesses de contrats.Sous la bannière du Québec, 31 exposants font connaître nos auteurs au monde entier cette année.AGENCE FRANCE-PRESSE Francfort — üi 49’ Foire du livre de Francfort, grand rendez-vous mondial de l’édition, a été inaugurée mardi soir par Jorge Sampaio, président du Portugal, dont le pays est l’invité d’honneur de la Foire, et Jacques Santer, président de la Commission européenne.Qualifiant cette manifestation de «jeux olympiques du livre», Jorge Sampaio a rendu hommage au livre «qui sera toujours un lieu de rencontre, de communication, de dialogue».«Des écrivains, à cause de leurs écrits, ont enduré censure, prison, exil, torture, mort et privations, a souligné le président portugais.Et malgré cela, ils ont eu le courage de continuera écrire».La Foire du livre de Francfort, qui bat son plein jusqu’à lundi encore, accueille sur un plancher de 180 000 m-un chiffre record d’exposants avec près de 9600 éditeurs de 107 pays, j dont 31 tout droit sortis du Québec.Le pavillon portugais Tel un lourd monolithe, le pavillon du Portugal, gris et dépourvu d’ou-| verture, semble tombé du ciel, au milieu de la vaste place qu’encadrent les pavillons de la Foire du livre de Francfort.Le Portugal, invité d’honneur de la 49" Foire, a choisi le dépouillement et la rigueur, aux antipodes de l’image ensoleillée attachée à ce pays.L’architecture de ce pavillon fait songer à un monolithe, à un blockhaus.Pour les organisateurs, il s’agissait de «créer un objet mystérieux, très fermé sur l’extérieur, et très différent à l’intérieur, chaleureux, explique à I l’AFP Antonio de Campos Rosada, commissaire du pavillon portugais.Le pavillon évoque également le conteneur d’un cargo, la boîte noire d’un avion, car il contient les données essentielles de la littérature».Pour cette année du SOC anniversaire de la découverte de la route des Indes, par Vasco de Gama, et un an avant l’Exposition mondiale de Lisbonne, prévue en 1998, le Portugal veut s’affirmer comme un «lieu de rencontre et une plateforme pour la diffusion de plusieurs cultures».Cette présence à la foire annonce le thème d’Expo 98, «Les océans, un héritage pour le futur».Le visiteur pénètre dans ce pavillon par une entrée obscure comme dans la cale d’un bateau.A l’intérieur, le contraste est grand; lumineux et plus chaleureux.Au rez-de-chaussée, se trouvent quelque mille titres d’auteurs portugais publiés par trois cents éditeurs de vingt-quatre pays.Au premier étage, une exposition montre trois moments de l’histoire et de la culture portugaise, des découvertes à l’Exposition mondiale où les figures tutélaires des écrivains Luis de Ca-moes ou Fernando Pessoa sont en bonne place.VOIR PAGE D 2: FRANCFORT L’exposition se poursuit jusqu'au 16 novembre 1997 Jeunes créateurs en metiers d’art FINALISTES Diane Canuel Danielle Carignan et Pascale Glrardin Cynthia Champagne Francis Coupai Eva Ferenczy Relchmann André Floyd Marie-Claude Gagnon Kino Guérin Sylvie Juteau Nathalie Khayat Karine Laramée Stanislas Lauzon Nathalie Tremblay Ouvert tous les jours de 10 h a 18 h Les dimanches, fermeture à 17 h Vernissage de l’exposition des oeuvres des finalistes avec remise d’une bourse de 3 000 $ au lauréat GALERIE DES METIERS D’ART DU QUÉBEC Marché Bonsecours 350, rue Saint-Paul Est, Montréal «é Le mardi 28 octobre à 17 h 30 à la galerie des métiers d’art du Québec VILLE DE MONTRÉAL CONSEIL DES MÉTIERS D'ART DU QUÉBEC ville de Montréal CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR L K I) E V 0 I II .I.E S S A M E I) I IK E T I) I M A N ('¦ Il E I !» 0 C T 0 li li E I !) !) 7 - LIVRES- RUFFIN Son Poucet est l’homme de toutes les libertés SUITE DE LA PAGE I) 1 Or, il se trouve que la France veut évangéliser l’Abyssinie, cent ans après l’échec des Jésuites.Mission délicate, voire périlleuse, que le consul de France au Caire, M.de Maillet, décide de confier à Poncet.Le Négus est gravement malade; peut-être le jeune apothicaire pour-ra-t-il le guérir?Poncet accepte de partir en expédition, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la raison d’Etat; il espère, au retour, rendre compte de sa mission à Louis XIV en personne et se faire anoblir par le roi: Poncet serait alors jugé digne d’épouser la fille du consul du Caire, Alix, dont il est amoureux.Et il entend bien faire échec aux velléités d’évangélisation des Jésuites et des Capucins qui l’accompagnent.Rusé, plein de ressources, le Poncet de Jean-Christophe Rufin est assez différent du personnage historique dont il s’est inspiré.«Voilà pourquoi j'ai sciemment donné un autre prénom à mon personnage.Le vrai Poncet, qui se prénommait Charles, était un homme assez soumis; il est bien allé en Abyssinie, mais n’a pas rencontré Louis XIV à son retour; et surtout, il a été l’otage des Jésuites, qu'il a secondés dans leur entreprise de colonialisme idéologique.Et il a fini sa vie assez misérablement, ce qui n’est pas le cas de mon personnage.» Le Poncet de Rufin est l’homme de toutes les libertés.11 se dresse contre toutes les normes, toutes les contraintes: celles de la norme médicale, de la raison d’Etat ou de l’intégrisme religieux.11 a d’ailleurs dans L'Abyssin des passages délicieux de fine ironie sur les diplomates, comme M.Maillet, le consul du Caire, qui est très occupé à.ne rien faire: «Ce rien, il parvenait alors à l'élever à la dignité d'une grâce d’Etat, nimbée comme il se doit de secret et parfumée de mépris à l’endroit de tous ceux qui auraient eu l’audace de lui demander des comptes sur l’emploi de son temps.» Le vrai Poncet Jean-Christophe Rufin avoue qu’il a caricaturé ce personnage qui, comme Poncet, a réellement existé.«C’était en fait un fin lettré, qui a traduit des ouvrages turcs et persans; quinze ans après sa mort, on a publié en Hollande un traité tout à fait novateur, audacieux, qui jetait presque les bases de la théorie de l’évolution.On est donc loin du barbon ridicule que j’ai décrit ainsi dans mon livre pour des raisons de pure commodité romanesque.D’ailleurs, tout au long, j’ai privilégié le moteur romanesque, littéraire à la vérité historique.C'est clair.» Le Poncet du roman de Rufin est, à bien des égards, un personnage moderne.Ses manœuvres habiles pour contrer les visées des fanatiques de tous bords rejoignent d’ailleurs les préoccupations très actuelles de son créateur.«S’il y a une chose que je déteste au monde, c'est ce transfert des convictions personnelles dans la sphère du politique.C'est une plaie encore très vivace, de nos jours, où on a tendance à ne voir l’intégrisme — chez les musulmans, par exemple — que chez l’autre.On s’en dédouane un peu facilement en en faisant un élément étranger.» Par ailleurs, dans ce roman plein de rebondissements, mené à la manière d’un feuilleton, dans ce monde où les apparences sont déterminantes, où chacun essaie de se faire valoir, de bien paraître, Poncet le héros se trouve très à l’aise.«Poncet est un personnage du XVIII' siècle, cette époque où l'effraction de la surface des choses n 'a pas encore eu lieu: qu’on pense aux textes de Diderot, ou à ceux de Casanova.Poncet explore le monde en surface.On n 'est pas encore passé, comme le disait Michel Foucault dans Les Mots et les choses, d'une épistémé de la surface à une de la profondeur.Poncet n ’en est pas encore là.Et puis, d’un point de vue littéraire, je pense que la littérature française récente s’est trop engagée dans la profondeur et l'introspection.J’ai voulu que, dans mon livre, on glisse, on surfe, ce qui, me semble-t-il, n’est pas désagréable.Après tout, la surface, ce n'est peut-être pas une mauvaise manière de connaître les gens.» La peau des personnages Surface des apparences, enveloppe des corps: la peau des personnages — celle du Négus d’Abyssinie, celle de Roi-Soleil — est, à bien des égards, révélatrice.«J’ai sans doute voulu monter par là que le pouvoir était attaqué par une sorte de lèpre.Et puis, c’est le privilège du médecin, pour qui il ne peut y avoir d'idole vivante.On a beau tenter de présenter les souverains comme des demi-dieux dont l'image serait inoxydable — comme leur effigie frappée sur des pièces de monnaie—; le médecin, lui, ne peut y croire: il a trop présente à l’esprit la corruption inéluctable des corps.» Pour Poncet, les souverains, malgré tout l’apparat dont ils sont entourés, sont des mortels comme tout un chacun.L'Abyssin a connu en France un succès considérable.Il a remporté le Goncourt du premier roman et a été pendant quinze semaines sur la liste des best-sellers.Iœs personnages sont savoureux, l’écriture est élégante, et l’exotisme y est: le livre avait donc tout pour plaire et son auteur, manifestement, l’a voulu ainsi.«Je vais vers la littérature pour être heureux et rendre les autres heureux, si possible.Au reste, je serais incapable de faire une littérature d’intros: pection, pesante, dramatique.À l’époque où j’écrivais L’Abyssin, une personne qui est très proche de moi était en train de mourir.Or, j'aurais été tout à fait incapable d’écrire là-dessus.Quant au succès du livre, auquel je ne m'attendais pas du tout, j’avoue qu’il m'a un peu embêté.Je sais qu’on m’attend pour le prochain.» Entre-temps, L’Abyssin va son chemin; Jean-Christophe Rufin a manifestement pris plaisir à l’écrire.S’il s’est abstenu d’y insérer de lourds messages, il a tout de même voulu nous présenter un personnage, médecin et diplomate romanesque, «pour qui sa mission diplomatique était un instrument de découverte d’un pays et de préservation de son intégrité.et non l'occasion d’une conquête politique ou idéologique.» L’ABYSSIN Jean-Christophe Rufin Gallimard, Paris, 1997,580 pages Rober Racine L’histoire d’un^ rencontre.Le ciel et la terre.L’amour et l’amitié.Là-bas, tout près.Roman RI #THEXÀGONE VjUE-MARir .| UTrtKATUE /> / • // /•,, / ./(/ n(iA\S(()/i (te fa /(t fera tare JCSOUimC,,t c,,,‘ ta mrvWrti't/i mv l’un habit WÊÊBr l'une ntiltiplicitldu kJVi j:c .1 JAs V/ ^ ¦es êcrivaili.lit wentire rA'intlmi: •r» «r*n« nïï î’irf5 mh\Joi'MC OÙ limites g ^ C ¦ .d’autres assurance témoigne t avec la uiltiplicitl.lii kiwi ;c ilj.ylit »/ \ Wcur JelcofaBile |iôtlpnbieui;> de es écrivuilnj lit WéraMte /¦AuJhurjmnStrti JÎL'lmhilKal S’Iest vrai que ul n'est pmpnèic en son nays, pe ui-etrejppyftîctlt - i I aux quenécoiS tie découvrir la voix uiltiplc de cette « autre solitude » qui parle notre langue.Pour souligner la mise en place d'un fonds permanent de la poésie canadienne-française contemporaine LA LIBRAIRIE GALLIMARD vous invite à une lecture de poésie animée par Claude Beausoleil avec Patrice Desbiens Robbert Fortin J.R.Léveillé Rino Morin-Rossignol Stefan Psenak lundi 20 octobre à compter de 18h 3700, boul.Saint-Laurent Montréal Renseignements: Patrice Dansereau, (514) 272-4636.Regroupement des éditeurs canadiens-français Sergio art du m: XYZ éditeur Une excursion dans le monde très étrange de la contrefaçon, de la séduction et de la tromperie humaine.Un livre courageux, duquel on sort bouleversé, mais souriant.Sergio Kokis L'art du maquillage XYZ éditeur 1781, rue.Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: 525.21.70 • Télécopieur: 525.75.37 FRANCFORT SUITE DE I.A PAGE D 1 Une quarantaine d’écrivains viennent à Francfort comme les romanciers José Saramago, souvent pressenti pour le Nobel, Jose Cardoso Pires, Agustina Bessa-Luis, Almeida Faria, Lidia Jorge, Mario de Carvalho et l’essayiste Eduardo Lourenço.Sans oublier Mario Soares, président portugais de 1986 à 1996, et un tout jeune auteur de 15 ans, Joao Rosas, dont le premier livre de nouvelles a été un best-seller dans son pays.Le portugais est parlé par deux cents millions de personnes dans le monde (mais le marché du livre portugais reste très limité); quelque sept mille titres ont été publiés en 1995 par 884 éditeurs dont une vingtaine sont, cette année, à Francfort.Plus de la moitié de la population ne lit jamais, mais le Portugal est le seul pays qui ait pris comme symbole un poète, Ca-moes.Au programme des manifestations: des expositions, notamment sur la Lisbonne de Pessoa, un cycle sur le cinéma portugais et de nombreuses lectures d’écrivains.Cette présence permettra de mieux faire connaître cette littérature aux Allemands qui ne disposaient, jusqu’alors, que de soixante-cinq titres traduits d’écrivains portugais.Cependant, quarante l’ont été cette année, probablement sous l’impulsion de cette présence portugaise à Francfort.Le marché du livre: inégal d’un pays à l’autre D’un pays à l’autre, le marché des livres n’offre pas le même portrait.Dans les principaux pays du livre, deux situations tranchées: certains des pays ayant surmonté,récession et chômage — comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne — affichent des taux de croissance satisfaisants, à l’opposé d’autres comme la France, l’Italie et l’Allemagne qui doivent faire face à des problèmes économiques.Roland Ulmer, président du Conseil de la foire du livre de Francfort (ouest), a présenté ce constat lors de la 49" foire de Francfort, tout en reconnaissant n’avoir pu que rarement obtenir des chiffres véritablement comparables.Il n’existe pas pour le livre de, statistiques uniformisées.Les Etats-Unis dominent à nouveau le marché avec une augmentation de 4,4 % des ventes en 1996 et ils prévoient une augmentation de 5 % en 1997.Les ventes avec information on line ont augmenté deux fois plus que les ventes de livres.Malgré ce phénomène, les études de marché prévoient une augmentation moyenne de plus de 5 % au moins jusqu’en 2001.Les principaux bénéficiaires sont les livres scolaires et les livres de poche, tandis que la fiction et les sciences doivent se contenter d’un maigre 1 %.Après un chiffre négatif de 2,4 % en 1996, l’Espagne enregistre une augmentation de 3,2 %.La Grande-Bretagne augmente ses ventes de 4,8 % après plusieurs années de baisse.Cette année, on s’attend à une croissance zéro.La France: 1997 est décevant Depuis 1994, la France a perdu près de 4 % de ses ventes; l’année dernière elle accusait encore un recul de 0,3 %.Iœs six premiers mois de 1997 ont été décevants, comme dans d’autres pays.Les ventes ont diminué de 3 %.(Autre texte en page D 8.) L’Italie a fait, en 1995 — 0,8 %; les Pays-Bas, 1,4 % en 1996; et la Suède —, 4,3 %.L’Allemagne, avec un montant total des ventes de 17,2 milliards de marks en 1996, a réalisé une croissance de 4,2 %, mais cette année s’annonce médiocre, selon le magazine Buchmarkt, qui s’attend à des résultats de -0,9 %.En Grande-Bretagne, le nombre de titres a augmenté constamment: il était de 3,9 % en 1994 et, en 1996, il est de 12,1 % et a dépassé 100 000 titres.«La Grande-Bretagne est bien placée pour dépasser la Cltine», souligne M.Ulmer.En 1996, en Allemagne, sont parus 71 500 titres; en Espagne, 50 000 (3,4 % de plus qu’en 1995); et en France, plus de 46 (XX) (une augmentation de 2,6 %).Au cours de la première moitié de l’année, «le nombre de titres a fait un bond de 16 %, manifestement dans l’espoir de contrer la baisse de ventes», indique l’étude.Succès des grandes surfaces Les pays affichant des résultats positifs sont «aussi ceux où ont lie,u les plus fortes concentrations».Aux Etats-Unis, les ventes des chaînes de magasins (y compris les supermarchés) ont atteint 46,6 %, celles des petites et moyennes librairies traditionnelles ne représentant plus que 18,6 %.Les supermarchés montent à l’assaut en appliquant un marketing dynamique, avec des rabais allant jusqu’à 77 %.En Grande-Bretagne, les chaînes de magasins poursuivent leur extension.Après la levée du prix unique, les supermarchés ont conquis une plus grande part.Pour un spécialiste, , Plisoll, 54 % des librairies et 48 % des maisons sont en danger.Les invendus sont en augmentation, surtout dans les pays dotés d’un système de distribution par l’intermédiaire de grossistes.Chez les distributeurs parisiens, ils atteignaient en moyenne 24,% pour le premier trimestre, aux Etats-Unis, cela irait jusqu’à 48 % chez quelques éditeurs et en Italie, jusqu’à 75 %.M K I U I.K II R K S V E N T E S Toutes catégories Des femmes d’honneur Use Payette, Ubre Expression Romans étrangers 1- Messieurs les enfants Daniel Pennac, Gallimard 2- Le Zubial Alexandre Jardin, Gallimard 3- Memnoch le démon Anne Rice, Plon Romans québécois 1- L’Art du maquillage Sergio Kokis, Boréal 2- Projections privées Raymond Plante, La Courte Echelle 3- La Passion de Jeanne Michèle Tisseyre, Robert Laffont Essais, documents 1- Des femmes d’honneur Use Payette, Ubre Expression 2- 1m Maison Windsor Kitty Kelley, Presses de la cité 3- Yvon Deschamps, un aventurier fragile Claude Paquette, Québec-Amérique Formats poche 1- L’Alchimiste Paolo Coelho, J’ai lu 2- La Méthode Montignac - Spécial femme Michel Montignac, J’ai lu 3- Je mange, donc je maigris! Michel Montignac, J’ai lu Jeunesse 1- Super Saiyen - Dragon Bail # 27 Akira Toriyama, Glénat 2- Une vie en éclats Maryse Pelletier, La Courte Échelle 3- Im Nouveau Venu RL Stine, Héritage Relevé mensuel de l’Association des libraires du Québec LAURÉAT PRIX GASTON-GOUll\l de l’Association des auteurs des Cantons de l’Est Par un matin ensoleillé du mois de mai, le petit Jonas, âgé de quatre ans, part se promener en compagnie de son chat dans un terrain vague derrière chez lui.Au même moment, une adolescente décide de s’enlever la vie.L’enfant assiste au suicide.Il devient le principal témoin de l’affaire.Pendant ce temps, son père s’affaire à créer un espace - le jardin - près duquel il pourrait vivre en paix avec ses deux fils.Il découvre alors que fa tâche est plus difficile qu'il.ne l'avait imaginé.En quête d'un édén tranquille, il se trouve entraîné, bien malgré lui, dans le courant débridé d'une existence où la mort guette ceux qu'il aime.>;» yt Robert Daneau LE JARDIN • ¦ 160 p, 18$ Aux Éditions Tripiyque / V 1 USE DOUBLES VI lAgCTAT CDlfriljl *w n» ¦tfW* CliHIMlANIt 1 III M l |’t ill IllillJlIt retrouvez ¦ 18,SO s 152 page: 6.95 * M2 page 1U NI MOURRAS PAS ROMAN QUEBECOIS À la conquête d’une vie bien nette Au cœur foudroyant du réel DOUBLES VIES Lise Demers Lanctôt éditeur Montréal, 1997,179 pages ettre de l’ordre dans sa vie, ou dans le monde.L’illusion est belle — la maisonnée est contente! — que l’on puisse y arriver, une fois la semaine comme chez le psy, en chassant la poussière qui s’amasse dans chaque recoin de la maison.(Quoi?Vous payez pour le ménage et pour le psy?Aie!) Revoyez La Femme furieuse de Madeleine Monette (Boréal, 1996), la tête dans le fourneau de la cuisinière, à pulvériser la moindre trace de crasse avant que sa mère ne franchisse le seuil de son appartement Qui n’a jamais fait le coup soudain du réaménagement complet de la maison, de la nouvelle coupe de cheveux, du tri maniaque dans le tiroir à cossins?Pour une caricature extrême de l’artiste en réaménagement, il y aura désor- * mais M.Pouchkine, l’un des personnages les plus savoureux du deuxième roman de Lise Demers, Doubles vies.Obsessionnel comme il y en a peu, M.Pouchkine loue une chambre dans une pension où il épluche des milliers de documents (coupures de journaux, photos, articles d’encyclopédie) rapportant les f;iits historiques et les découvertes de l'humain depuis que le monde est monde.Encombrante pa|>erasse qu’il amasse de son chef depuis 20 ans et qu’il décide enfin de classer—selon un système de couleurs qui nous laisse imaginer l’énorme mosaïque — comme s’il pouvait ainsi en finir avec «le maelstrom de l'humanité»: car «un jour, osait-il espérer, il n’y aurait plus de maelstrom.Que des certitudes et des faits, répertoriés à tout jamais».(L’auteu-re se serait-elle légèrement inspirée ici de la vie d’Alex;uidre Pouchkine?On sait que l’écrivain russe,a travaillé aux archives de l’Etat, à Saint-Pétersbourg, dans le but d’écrire un essai historique qui devait finalement voir le jour sous une forme romanesque avec lxi Fille du capitaine, en 1836.) Que l’humanité soit figée comme une fresque sur un mur, qu’on puisse parler de n’importe quoi avec certitude, que le doute, l’esprit critique, la possibilité même de l'interprétation n’existent plus: de quelle terreur faut-il être habité pour faire ce ménage, ce rêve-là! On ne le saura pas mais on pourra s’acharner à l’imaginer, ce qui n’enlève évidemment rien au plaisir de la lecture, le rôle de M.Pouchkine étant plus ./ 11 I i e S e rge 111 Un univers disparaît avant que l’on puisse en apprécier les multiples saveurs vraisemblablement celui d’un éclaireur l’illustration démesurée du projet que se font les autres personnages de tirer au clair les zones nébuleuses de leur passé, et de faire, si nécessaire, table rase.Un talent sûr On se souviendra ])eut-être que Use Deniers avait montré un talent sûr avec son premier titre, Im Ijeçon de botanique (binctôt éditeur, 1996), le récit des agressions sexuelles perpétrées par une religieuse d’un couvent de Québec, à la fin des ;umées 50, sur une petite fille de 11 ans: écho d’une réalité à laquelle l’auteure apportait toute l’horreur en peu de mots, avec quelques scènes-chocs.Doubles vies, qui a autant sinon plus que le précédent des qualités cinématographiques (on imagine vite l’excellent film qui pourrait en être tiré), met en scène cette fois toute une famille, dont le passé n’est pas moins atypique que celui d’Anne, la petite écorchée vive du couvent de Sainte-Majorique.Ije roman s’ouvre à Montréal au milieu des années 60.Tapie dans sa cuisine, à cinq heures du matin, une femme dans la quarantaine profite de quelques moments de liberté avant que son mari — qui s’est couché ivre et plein de l’odeur d’une autre femme — et ses enfants adolescents n’envahissent son espace.Bobonne à la maison, parfaitement, et elle y tient.Mais ce portrait, terriblement ordinaire, cache une histoire qui ne l’est pas du tout et qui revient par bribes à Lucienne ce matin-là.Benjamine d’une famille de quatre filles, Incienne tenait dans son enfance le rôle de «passeur» officiel de la marchandise du père, distillateur d’alcool clandestin.«Quand, à cinq ans, on a été passeur d’alcool frelaté, il n’y a pas de place pour le rêve et la morale.La peur collée aux bottines, la nuit, occupe tout l'espace.Avec exaltation.» Mais ce bonheur fébrile sera crevé un soir, alors que Lucien-11e, sortie par le soupirail, voit les policiers se diriger en trombe chez elle.lorsqu’elle va crier pour avertir son père du danger, elle est retenue, bâillonnée par un individu qui l’empêche ainsi de jouer le grand rôle de sa vie et de sauver son |)ère de l’emprisonnement.Saurait-elle ce qui s’est véritablement passé cette nuit-là, et de quel crime odieux le père s’est rendu coupable, toute la vie de Lucienne en aurait sans doute été autre.Des années amères Mais elle ignore tout, des causes de La passion d’un artiste pour l’art et la littérature Rober Racine l’arrestation comme de la main qui l’a forcée au silence.Elle n’a que ce souvenir, qui lui fait horreur autant que l’alcool, de son clan cruellement désintégré, le souvenir amer des années qui ont alors suivi, alors que la mère prendrait les commandes du commerce illicite et de leurs vies à toutes.Des années d’errances, d’un taudis à l’autre, à ne jamais recevoir d’amis chez soi — c’eût été trop dangereux —, à ne jamais s’entourer de jolies choses — c’eût été crève-cœur de les laisser derrière soi —, à se sauver toujours plus loin du père honni de toutes, sauf de Lucienne.Harcelée par le souvenir de ce clan perdu et par la crainte que les incartades extraconjugales de son mari amènent le clan, qu’elle a bâti avec l’énergie de ses frayeurs, à s’effondrer à son tour, Lucienne s’attaque donc aux grands chambardements.Pendant qu’elle s’efforcera de réparer le passé — nous donnant l’occasion de voir les très beaux ])ersonnages que sont la mère (aussi brave que tyrannique), le père (séducteur et immonde), l’oncle (un charmant avocat véreux) —, son mari, Alfred, en fera de même de sa propre vie, nous entraînant quant à lui sur les traces de son amante (elle-même subitement adepte du grand ménage de sa vie) et de l’énigmatique M.Pouchkine, grand manitou de l’ordre.De ces êtres savoureux, on n’aura pas toute l’épaisseur, Doubles vies étant décidément trop vite mené, son univers disparu avant que l’on puisse en apprécier les multiples saveurs.Ainsi des relations, complexes il va sans dire, entre tous ces êtres à double face qui traversent l’histoire.Ainsi de l’alambic Xjui suit la famille partout, dont on voudrait comprendre le fonctionnement; ainsi des départs forcés, ainsi des tractations, dont on aimerait avoir les détails.Et jouir plus longtemps de voir Lucienne, la femme qui cherchait l’ordre, s’enliser dans le genre de boue dont on ne revient pas.Roman LA-BAS, TOUT PRES Rober Racine L’Hexagone, Montréal, 1997,154 pages ROBERT Cil A K TR A NI) Rober Racine, bien connu dans le milieu des arts visuels pour ses performances et ses installations, a toujours été fasciné par la littérature et plus particulièrement par l’écriture comme matériau visuel et sonore.C’est ainsi qu'en 1980, pour souligner le centième anniversaire de la mort de Gustave Flaubert, Racine — après avoir recopié toute l’œuvre de l’écrivain pour mieux s’en imprégner — a lu en public le roman Salammbô en descendant un escalier dont les marches, de taille variable, représentaient les divers chapitres du célèbre roman.Buis, Racine a rêvé de réaliser un Parc de la langue française, une installation où le public circulerait parmi les milliers de mots du dictionnaire et leurs définitions.Puis en 1992, il avait publié — également chez l’Hexagone — un roman grave et drôle à la fois, très riche en jeux de mots, Le Mal de Vienne, sorte de pied-de-nez à la psychanalyse, dans lequel un géographe racontait l’étrange destin d’un ami qui se prenait — notamment — pour l’écrivain autrichien Thomas Bernhardt ou pour un personnage de Samuel Beckett.Moins spectaculaire que ses performances, plus dépouillé que son premier roman, Là-bas, tout près est un roman d’artiste qui rend hommage par le biais de la fiction à l’installation d’un autre artiste, Walter de Maria, dont, le Lightning Field se trouve dans un champ désert de l’Etat du Nouveau-Mexique.Dans ce récit où sont confrontés le proche et le lointain, l’intime et le cosmique, les préoccupations des personnages sont d’ordre topologique; le «qui suis-je?» est ici remplacé par «où suis-je?» et «pourquoi y suis-je?».' Une femme, Odile, va rejoindre une amie de longue date, Marie, qu’elle n’a pas vue depuis trois ans.Odile est astronome, Marie est géologue.Celle-ci a donné rendez-vous à Odile au Nouveau-Mexique, dans un immense champ où se trouve précisément l’installation de Walter de Maria; Lightning Fields — dont une photo se trouve à la fin du volume —, ce sont 400 tiges métalliques équidistantes, plantées à la verticale, disposées sur seize rangées.Des visi- R()her teurs, trois ou quatre à la fois, s’y rendent et doivent y demeurer vingt-quatre heures s’ils veulent voir comment ces tiges «captent et renvoient toutes les nuances, les fines vibrations lumineuses du jour».Odile se rend donc comme convenu à l’endroit où se dresse cet exemplaire de «land art» — qu’un des personnages apparente aux fameuses sculptures-emballages de Christo — ; elle y restera quarante-huit heures, en compagnie notamment d’un couple d'islandais.Mais Marie, elle, n’est pas au rendez-vous.Là-bas, tout près • I HEXAGONE La quête d’harmonie Odile l’attend, et à la faveur de ce lieu singulier, elle s’interroge aussi sur sa situation dans la vie.11 y a son passé récent, douloureux: une fausse couche à cause d’une chute, où elle a perdu une enfant qui se serait appelée Isée; le départ de Simon, son compagnon qui l’a quittée pour un homme.Pourra-t-elle se recentrer, retrouver dans ce lieu où se mêlent la rigueur géométrique et l’immensité sauvage la sérénité, l’harmonie intérieure auxquelles elle aspire?Marie se rendra aussi sans un village où habitent des Indiens pueblos, puis dans un observatoire.Elle croisera d’autres personnages: ce Descop, un chauffeur qui vit dans un taudis — avec un perroquet qui, détail amusant, s’appelle Nixon.— ; la fille de celui-ci.Yola, mi-folle mi-voyante, pour qui tout est don de soi, y compris les images de l’actualité quelle collectionne dans un album.Et puis, il y a Philip Murnoz, mécanicien de son métier, qui aurait été frappé plusieurs fois déjà par la foudre: au cours d’une nuit orageuse, il se rend au Lightning Field, et là, parmi les éclairs, alors qu’il croit être «aux premières loges de la fin du monde», Marie apparaît, s’approche de lui.Dans une sorte de noce fantastique, Marie jouit alors que Murnoz meurt, à la fois foudroyé et envoûté.Mais est-ce ainsi que les choses se sont vraiment passées?Marie n’était-elle pas plutôt sur cette motocyclette que Murnoz, cet homme autour de qui la mort a toujours rôdé, un jour a frappée de plein fouet?Odile 11e pourra pas offrir à Marie un petit livre.Luciole d'amour condamnée à l’unité du ciel, des légendes amérindiennes de feu et d’errance, qui avait attiré son regard dans une boutique.Elle n’ose le déballer et le lire.Elle ne prend connaissance que de cette seule phrase, qui se trouve à l'endos: «Contes d'Amérique où l’éclair transforme le don de soi en désir divin.» Or — on reconnaît bien là la passion de Rober Racine pour la matérialité de l’écriture —, ce petit livre à la couverture indigo, ce cadeau intact, ce livre-objet avec lequel Odile se caresse contient la clé de toutes les énigmes du récit.Le tenant dans ses mains, Odile, à la fin, qui «se sent dans les courbes de la peau du monde», aura l’impression d’y tenir Marie elle-même, son amie, sa sœur spirituelle.Odile l’astronome renaît au monde; les retrouvailles apparemment ratées avec son amie la géologue lui ont permis de renouer avec la terre: elle se réconcilie avec les formes, les couleurs, la vie tout entière à laquelle elle consent.Sources Recherche éperdue de correspondances Racine entre les lieux, les personnes, les formes et les couleurs, lA-bas, tout près est le roman d’un artiste.Rober Racine, dans une note en fin de volume, identifie ses sources: textes, phrases et, bien sûr, cette installation de l’artiste Walter de Maria qui se trouve près du village de Quemado, au Nouveau-Mexique.Objets, titres, lieux, dispersés çà et là existent réellement; c’est aux personnages imaginaires qu’il appartient de trouver entre eux une parenté secrète et, si possible, de s’y situer pour être présent, viscéralement, au monde qui les entoure.Car l’étrange, semble nous dire Rober Racine, se trouve moins dans certains coïncidences surprenantes, ou dans quelque mystère indéchiffrable du monde, que dans notre propre étrangeté au réel que nous avons tant de mal à voir et à entendre.LAcquittement roman « Un roman tout en violences et en douceurs, un tableau vibrant et hurlant où la moindre nuance ; trouve pourtant a s’exprimer.» - Reginald MARTEL, La Presse « Un lim e sur la vie, vue à la lumière de la mort.» Jean FUGÈRE, Radio-Canada « Un ouvrage qui doit tout à la liberté de l’imagination et du verbe, à la rigueur de la structure narrative.» Pascale NAVARRO.Voir «Petit bijou d’une netteté cristalline, qui vous laisse pourtant dans un trouble entêtant comme un parfum, à vous y faire replonger en finissant.» Raymond BERLIN, La Presse «Avec la beauté de sa littérature [.] Gaétan Soucy est prestement pardonné d’avoir tout enveloppé d’un parfum énigmatique.» Marie-Andrée CHOU IN AIL I), 128 pages • 16.95 S Boré Qui m'aime me.81 11 Esther Croft Christiane Frenette La Terre ferme mne mourras pas g| nouvelles «WI -f «Quel recueil! Quelle écrivaine ! Quelqu 'un pourrait-il rester indifférent à l’une ou l’autre des six nouvelles?Impossible à imaginer.Il faudrait, en tout cas, avoir le cœur bien dur.» Anne-Marie VOLSARI), Le Soleil « C'est superbe././ Très beau, très intériorisé, lucide et bellement écrit.» Laurent LAPLANTE, Indicatif présent I.li I) K V OIK, I.K S S A M EDI IS E I) I M A X (' Il E I il O (' ï O K K E I il!) 7 Ws LIVRES POÉSIE Révoltes et prières Patrick Lafontaine signe l’un des recueils les plus fascinants de cette année L’AMBITION DU VIDE Patrick Lafontaine Editions du Noroît, collection «Initiale», Montréal, 1997,70 pages L’ÉCUEIL DES JOURS Penise Brassard Écrits des Forges Trois-Rivières, 1997,76 pages DAVID CANTIN Il est toujours intéressant de découvrir de nouvelles voix qui émergent en poésie québécoise.Avec sa part de doute et d’excès, l’œuvre fondatrice annonce intuitivement sa quête éminente, son apprentissage face à un monde qui lui échappe sans cesse.Les premiers recueils de Patrick Lafontaine et Denise Brassard cherchent ainsi à reconnaître les lieux cachés d’une urgence intérieure, pour mieux comprendre l’horizon incertain du temps.Avec L’Ambition du vide, Patrick Lafontaine signe l’un des recueils les plus fascinants que j’ai pu lire au cours de cette année.S’agit-il d’un poème, d’une prière fiévreuse, d’un commentaire philosophique sur le célèbre Mémorial de Pascal?En fait, ce livre inclassable mérite une attention bien particulière, car il est plutôt rare que l’œuvre d’un jeune poète possède, à la fois, une structure et un ton aussi dense.S’inspirant de la ferveur des hérétiques, une voix s’efface pour mieux questionner l’absence de Dieu ainsi que ses implications à travers l’éveil de l'homme au monde qui l’entoure: «Effacer, renoncer, ne laisser que l’ombre des traces, la vérité est anonyme et Dieu n 'a pas de nom.seuls comptent les os, comme autant de marques sur la terre, qui donnent à voir la création — la genèse de Dieu, on ne peut pas perdre le pari de la charité.Dieu n’existe peut-être pas.mais son vide, de même pour mon père, mon père naît de chaque pierre qui touche l’étang, le pari se gagne ici.dans l’église de tous les vides.» Il existe un mouvement incantatoire dans la prose orageuse et volontairement répétitive de Lafontaine qui entraîne le propos vers son désir d'absolu.Illustration de François-Xavier Marange pour L'Ambition du vide De manière étourdissante, cette quête de vérité nous conduit aux nuance paradoxales du corps jusqu’au vide envahissant auquel il doit se soumettre.C’est alors une forme de combat que l’être livre au temps afin de répondre à son secret, l’énigme enfouie de sa naissance.Par certains côtés, L’Ambition du vide de Patrick Lafontaine se rapproche du renoncement presque mystique de Ruptures sans mobiles de Nicole Richard (autre recueil dans la collection «Initiale» du Noroît).On devra surveiller le prolongement de ces œuvres véritablement audacieuses.Il y a là une façon unique d’éclairer le drame de l’existence, ses parois ou notre devenir.Le désarroi d’une génération Codirectrice de la revue montréalaise Exit, Denise Brassard choisit une tout autre direction littéraire et créatrice.Dans un élan similaire aux poètes de la relève aux Écrits des Forges (Cynthia Girard, Nancy R.Lange et Tony Tremblay), L’Ecueil des jours cherche à transmettre le désarroi d’une génération approximative «en prise directe sur son époque».Un projet aussi ambitieux génère donc son lot de pièges et de lieux communs que Brassard n’évite pas toujours.Divisé en deux parties EDITIONS DU NOROIT (l’écueil des jours suivi de les prisons), le recueil passe constamment d’une parole contemplative à un registre beaucoup plus revendicateur.A partir d’une forme d’expression très lapidaire, le désir amoureux entraîne une prise de conscience du désordre social immédiat où «rongé par la désolation [.] l’œil mijote un plan de mort».On enterre alors dans un univers poétique qui tente de cerner son état d’exclusion face à un monde courant à sa perte: «La rue répand son défilé d’enfants trop calmes / les petites morts de la mémoire / je pars / je prends le large à bras-le-corps / pour secouer les arbres aveugles / qui nous ressemblent / racines et sommeil / jusque dans l’éveil des gestes.» Derrière des élans un peu faciles, on s’aperçoit qu’un lyrisme cherche à se détacher de l’esthétique du tape-à-l’œil.Dans la première suite du livre, certaines proses créent un atmosphère beaucoup plus nuancée que les images faciles et sans grandes conséquences.J’ai l’impression que c’est dans un registre moins impétueux que Denise Brassard en arrive à rendre cette «parole singulière», dont parle le quatrième de couverture.Il faudra toutefois attendre pour connaître quelle direction cette écriture choisira d’explorer.S DESCLEE DE.BROUWER EUGEN DREWERMANN POUR LA PREMIERE FOIS AU QUEBEC «Drewermann représente un espace de liberté pour tous les croyants autant que pour les non-croyants.Il touche du doigt le fossé culturel entre l’Église officielle et la société.Il ne s'agit pas de canoniser Drewermann, mais simplement de l’écouter, car il a des choses à dire».MKr Jacques Caillot, Le monde diplomatique LA PAROLE ET L'ANGOISSE Commentaire de l'Évangile de Marc De ce livre se dégage peu à peu une figure de Jésus inédite, plus apaisante, plus sensible à la souffrance de l'homme.Eutfcn Drewermann La parole et l’angoisse mm® 460 PAGES 75.95 $ APPROCHE PSYCHANALYTIQUE DU RÉCIT YAHVISTE DES ORIGINES, T.2 674 PAGES r> 101,95 S APPROCHE PHILOSOPHIQUE DU RÉCIT YAHVISTE DES ORIGINES, T.3 672 PAGES 109.95 S LA CHRONIQUE Que la joie demeure Des clameurs, des bouts de chansons nous parviennent du verger d’à côté, où s’effectue la cueillette, au gros soleil.Ces éclats de voix qui traversent le champ me serrent le cœur: ils me rappellent les pique-niques sur la commune de mon enfance, les expéditions de pêche à trois chaloupes, chargées de cousins et de cousines, les cris et les rires sur le lac, qu’on entendait jusqu’au village d’en face.Nous ne formions pas une famille, alors, mais un clan, une tribu, une tragique et joyeuse compagnie, lâchée «lousse» dans la baie et dans les sentiers de la pinède.Aussitôt, j’ouvre — encore! — Giono, qui sait me redonner, par ses phrases pleines d’exclamations dans le vent, cette vie à ciel ouvert qu’évoque le beau temps d’aujourd’hui et les chants dans le verger.Cet après-midi, c’est Que ma joie demeure que je relis.«La jeunesse, c’est la joie.Ce n’est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse, comme tu disais: c’est la passion pour l’inutile.» lui passion pour la lumière dorée, les cris dans les branches, le bleu de porcelaine du ciel.La passion pour les mots, écrits par ces «maçons d’ombres», les écrivains, «qui ne se soucient pas de bâtir des maisons, mais qui construisent de grands pays mieux que le monde».Le sage Bobi est un de ces hommes «qui n’ont pas été faits pour s’engraisser à l’auge, mais pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes; s’çn aller dans sa curiosité, connaître».A 18 ans, ce Bobi-là m’a emmené loin, au fond des champs, derrière chez nous, «trouver tout seul mon propre contentement».Pour la première fois, je saisissais que «ce qu ’on veut est sur la terre et qu’on peut marcher tout autour et le prendre sans se noyer».Appels du sang, appels de joie, longues marches d’une solitude surpeuplée: je découvrais l’ivresse de perdre mon temps, de gagner un peu d’éternité, en découvrant que tout «comprenait» autour de moi, «depuis la plus petite plante jusqu’au gros chêne, et les bêtes, et les astres même, sans doute, tout comprenait et était sensible», et que, seul, j’étais — j’avais été, jusqu’alors — dur, imperméable, enfermé.Je me roulais dans l’herbe, parlais aux étourneaux, dévalais la côte en poussant un feulement de lynx, et revenais à la maison saupoudré de sable, avec de longues égratignures, comme si je m’étais battu avec un «Bobcat» dans la savane.Robert Lato n cl e ?commence a écrire pour pour faire aux autres le cadeau de mes étonnements et de mes joies, inexplicables et poignants L’enfance sauvage Chez nous, on s’inquiétait de l’enfance sauvage qui me venait, un peu tard: à dix-huit ans, je me suis incarné.Il était temps! Et Bobi y fut pour beaucoup qui disait: «On a dans tout son corps des désirs, et on souffre.On ne sait pas et on sait.Si laisser faire par son sang, se laisser battre, fouler, se laisser emporter par le galop de son propre sang.» Je me laissais emporter, enfin, je me sauvais, je me trouvais, je dansais, je faisais ce que mon corps désirait depuis toujours.Et je me suis aperçu, alors, comme Bobi, «que lorsqu’on prend cette habitude de parler au reste du monde, on a une voix un tout petit peu incompréhensible».Si bien que je me suis mis à parler sur du papier.C’est aussi fou et aussi simple que ça: j’ai commencé à écrire pour donner ce que je ne comprenais pas, pour faire aux autres le cadeau de mes joies et de mes étonnements, inexplicables et poignants.Et alors, «là où tu es, là où tu restes, là où tu demeures immobile, le monde est pareil à celui que tu désires».Bobi fut, pour moi, un bon professeur de désir et d’espérance.Meilleur que les prêcheurs du dimanche qui, eux, m’enjoignaient d’attendre et d’endurer, bouche close et le corps fermé comme une statue.Et puis, à l’instar de Bobi — on m’appelait alors Bobi, moi aussi —, j’ai vite compris que si l’on donne, c’est parce qu’on a soi-même grand besoin.Grand besoin de sentir et de connaître, un tout petit peu de comprendre.Et j’ai vu que les hommes ne savent pas très exactement ce qu’ils font.«Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d’une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier.Et c’est la bâtisse d’ombre qui compte.» La bâtisse d’ombre, on la voyait dans les livres.J’en lisais, j’allais en écrire.Tranquille unique- ment lorsque quelque chose m’emportait, j’allais «vouloir pour tout le monde», moi aussi, même si c’était bien de l’ouvrage.D’ailleurs, je n’avais pas le choix: j’avais la tête pleine de «cet esprit de phosphore», qui veut qu’on mette du romanesque dans le vrai, pour faire briller la vie.Peut-être la joie est-elle «au-dessus des chemins de la terre comme un arc-en-ciel, et les enjambe-t-elle tous, et quand on ne la voit pas, c’est seulement parce qu’on est mal placé, et alors il suffit de marcher pour arriver à l’endroit où l’on sera dans la pluie, sous la pluie luisante de la joie.».J’ai marché, je me suis déplacé, me déplace encore souvent, sûr qu’en me remuant comme ça, je verrai, enfin, que j’y serai, que je saurai montrer aux autres ce que je ne fais qu’entrapercevoir et, «sans jamais expliquer, car ils sont plus contents, les autres, dit Bobi, quand ils trouvent tout seuls».Un clairvoyant embrouillé Bobi est un sage inquiet, un clairvoyant embrouillé, un héros comme je les aime, fier et incertain, la tête folle et le cœur à la bonne place.C’est un homme qui sait sans savoir.«Comment voulez-vous qu’on puisse parler, on dit: oui, non, du pain, pousse-toi, attention.Le vent est dans l’herbe comme un chat.Il faudrait chanter.Il n’y aurait que ça.Une grande chanson de tristesse.ou bien des gestes.On en a assez enfin! Le sang a raison, somme toute.» Bobi est amer et joyeux, comme une musique sortant d’un roseau mouillé encore.Il est l’étranger familier, le pareil éblouissant, l’autre, le soi-même libre et tout seul, et qui s’en va sans tapage réveiller les oiseaux, dans les jardins d’alentour.Un coup tout le monde levé, Bobi parle, parce qu’il est fait pour ça, même s’il ne sait pas: «J’ai toujours été tout seul et c’est toujours moi qui me suis soucié des autres.C’est toujours moi qui ai essayé de sécher les cheveux des autres, vous comprenez?Quand ma tête était mouillée, je savais que ça ne donnait de souci à personne, vous comprenez?Et c’était amer, vous comprenez?» Vers la fin de sa vie, Giono, se confiant à Jean Amrouche, avoue regretter d’avoir donné à son roman «un côté trop volontairement féerique».Et, parlant de Bobi, qu’il n’est plus sûr d’aimer à cause de son «égoïsme jouis-sif», il finit par dire: «Iœ généreux est un homme qui cherche son bonheur par le moyen de la générosité.» Ce n’est ni François d’Assise, extasié de donner, ni Bobi, égoïste entravé dans sa «chasse au bonheur», mais Giono lui-même, «un homme de parole, plus important que les symboles, plus important que les mystiques, mais moins important que les hommes eux-mêmes.» «Il y a peut-être un héroïsme qui permet précisément de lutter sans mourir.» C’est, à mon avis, la phrase capitale de Giono, le romancier.Celle qui lui a permis d’inventer le Bobi de Que ma joie demeure, l’Antonio du Chant du monde, et l’Angelo du Hussard sur le toit.Celle qui lui a permis de durer dans le beau combat d’écrire.«Au début, avoue Giono, j’étais très torturé pour mes premiers livres, ce désespoir, ce manque de route, cette partie de la navigation qu’il faut faire à la boussole et à l’estime.Maintenant, je m’y habitue, je suis toujours aussi désespéré, mais je sais que, très probablement, du haut de l’horizon, si je continue ma route avec constance, je verrai surgir des terres nouvelles, et des terres où je veux aborder.Alors, je ne me fais plus beaucoup de mauvais sang, je continue.» Sage Giono, sage Bobi, qui avancent en hommes capables de lutter sans mourir.Ce que je sais de meilleur, et de plus ardent, me vient de vous.La noirceur est tombée.Vite, je sors replacer le banc au bord du sentier, au cas où l’on reverrait le ciel se remplir de dansantes aurores boréales, comme hier soir.«Le vieux corps ne sait peut-être plus, mais le jeune sang qu’on vient de faire sait.» QUE MA JOIE DEMEURE Jean Giono livre de poche n° 493 ENTRETIENS Jean Giono Gallimard, 1990 I) I S T R I fi U T I O N F I D E S CONFÉRENCES PUBLIQUES LES 21 ET 22 OCTOBRE 1997 Renseignements : 745-4290 r T • Un drôle de numéro est en route.consultez votre libraire! ¦1 I, E I) E V OIK.I.E S S A M EDI I 8 E T I) I M A N C II E I !l 0 (' T 0 15 II E I !) !» 7 i) r> - LIVRES - LE FEUILLETON N’entre pas sans désir.LE JARDIN DES PLANTES .Claude Simon Editions de Minuit Paris, 1997,378 pages Aujourd’hui âgé de 83 ans, Claude Simon a attendu huit ans après son dernier roman, L'Acacia, avant de nous offrir ce livre qui pourrait bien être, s’il continue à ce rythme, son dernier.Livre de souvenirs, essentiellement autobiographiques, le récit qu’il nous propose peut paraître à première vue incohérent.Il constitue en réalité, selon ses dires, «un tout pratiquement homogène».Faut-il le rappeler?On n’entre pas chez Claude Simon, émule du nouveau roman, sans faire un effort.Autrement, il est préférable de s’abstenir.Comme pour mieux rebuter son lecteur et s’assurer de sa persévérance — en d’autres mots, de son désir —, dès la première page Claude Simon dispose son récit selon plusieurs blocs (dans le sens vertical, en diagonale ou en emboîtage) qui se donnent à lire de manière simultanée.Ecriture en mosaïque qui, selon lui, correspond au fonctionnement réel de la mémoire.«Il est impossible à qui que ce soit de raconter ou de décrire quoi que ce soit d'une façon objective, sauf dans des traités scientifiques comme par exemple d'anatomie ou de mécanique ou de botanique (encore que ce serait à discuter)», écrit cet auteur qui ne croit pas au romancier-dieu qui observe impassiblement le monde pour mieux en rendre compte.On accepte cette condition de passage ou pas.Lors d’un entretien avec Philippe Sollers l’été dernier, Simon confiait qu’à partir du moment où «on ne considère plus le roman comme un enseignement, comme Balzac, un enseignement social, un texte didactique, on ar- rive [.] aux moyens de composition qui sont ceux de la peinture, de la musique ou de l'architecture: répétition d’un même élément, variantes, associations, oppositions, contrastes, etc.Ou, comme en mathématiques: arrangements, permutations, combinaisons».Sautant d’un récit à un autre, on comprend heureusement assez vite que chacun de ces fils narratifs trouvera sa suite un peu plus loin, qu’il n’est donc jamais fortuit pas plus qu’il n’est isolé.La mémoire comme labyrinthe et comme obsession (soit dit en passant, ce «procédé» visuel est assez vite abandonné dans le récit).«Ceux qui lisent un livre pour savoir si la baronne épousera le comte seront dupés», écrivait Flaubert, que cite Simon.Ceux qui lisent ce récit autobiographique pour connaître la vie de l’auteur le seront aussi! Dieu merci, l’auteur a trop le sens de l’organisation, du bâti, de la construction littéraire pour se laisser aller au jeu chaotique d’une mémoire qu’il aurait entièrement débridée.Ce visiteur du Jardin des plantes, à Paris, a compris depuis longtemps que l’homme, devant la nature, doit s’efforcer de la domestiquer, «contrariant son exubérance et sa démesure pour la plier à une volonté d’ordre et de domination, de même que les règles du théâtre classique - ajou-te-t-il - enferment le langage dans une forme elle aussi artificielle, à l’opposé de la façon désordonnée dont s'extériorisent naturellement les passions».Guerres et voyages Fidèle à cette leçon de rigueur, il a donc choisi de ne retenir qu’une vingtaine d’épisodes-clés de sa vie qu’il a patiemment agencés pour en faire un tout.Quelques souvenirs d’enfance, dont la mort de sa mère; la guerre d’Espagne à laquelle il a participé comme trafiquant d’armes pour les Jean-Pierre Denis Représentant du nouveau roman, Simon n’a jamais été un romancier strictement formaliste et n’avait cure des théories appliquées CHANTAI.KEYSER Claude Simon, photographié ici en 1988, vient de publier un livre de souvenirs intitulé Le Jardin des plantes.républicains; celle de 40, en France, qui ne dure pour lui que huit jours avant qu’il soit fait prisonnier, et où il frôle la mort; la maladie (tuberculose) pour laquelle il a été soigné et dont il garde encore aujourd’hui des séquelles; Paris sous l’Occupation; un bordel d’avant-guerre.Mais aussi beaucoup de voyages, en Asie soviétique, en Inde, au Japon, aux Etats-Unis, en Israël, à Rome, Moscou; puis des rencontres avec Picasso, Dora Maar, Roger Caillois, Joseph Brodsky qui avait fait la Sibérie avant de s’exiler.Sans oublier ses amitiés de prédilection pour les auteurs qui ont compté pour lui: Proust, Dostoïevski, Flaubert, Montaigne.Un événement, toutefois, revient sans cesse hanter le récit, comme la marque d’un destin: cette fameuse heure pendant laquelle il a suivi son colonel «vraisemblablement devenu fou, sur la route de Solre-le-Château à Avenues, le 17 mai 1940, avec la certitude d’être tué dans la seconde qui allait suivre».C’est le moment où les Allemands lancent une vaste offensive dans les Ardennes: 33 divisions dont sept blindés, appuyées par l’artillerie et l’aviation, alors que l’état-major français ne peut leur opposer que neuf divisions dont la moitié est composée de régiments de cavalerie légère, où l’on retrouve Claude Simon.C’est évidemment la catastrophe! Sauf la peur qui le tenaille, il fait penser à ce Fabrice del Dongo, dans Ixi Chartreuse de Parme de Stendhal, qui traverse les champs de Waterloo en ne comprenant pas très bien ce qui lui arrive, et pourquoi des mottes de terre dansent autour de lui.*[.] une sorte d’indignation scandalisée mais sapristi on cherche pour de bon à me tuer», écrira Simon en se rappelant ce moment.Ces souvenirs ne sont toutefois pas que personnels (ou subjectifs) car, en romancier consciencieux, il a pris soin de feuilleter les carnets du maréchal allemand Rommel qui, après de multiples victoires, a fini par croquer une pastille de cyanure, en 1944.«Très chère Lu — Tout est merveilleux jusqu'à présent.J'ai pris une avance sur mes voisins.Je suis complètement enroué à force de donner des ordres et de crier.J'ai tout juste eu trois heures de sommeil et un repas de temps en temps.A part cela, en pleine forme.» La guerre n’est décidément pas la même pour ceux qui sont du côté de la défaite.L’écriture comme cinématographie?J’ai dit plus tôt que ce récit, autobiographique, n’empruntait pas les voix communes de la narration.Il faut peut-être rappeler que, dans sa jeunesse, Claude Simon voulait être peintre et qu’il a pratiqué assez abondamment, au cours de sa vie, la photographie.Ce n’est peut-être pas pour rien qu’il reproduit dans Ix Jardin des plantes des extraits du colloque de Ce-risy des années 70 où on l’accusa, lui le représentant du Nouveau roman, de céder au «naturalisme vulgaire» parce qu’il intégrait dans ses récits des éléments de réalité (documents, lettres, archives, photographies et même billets de banque).Si cette petite guéguerre peut paraître absurde aujourd’hui, elle prouve cependant que Simon n’a jamais été un romancier strictement formaliste, qu’il n’avait cure des théories a|> pliquées, c’est-à-dire plaquées.Elle nous rappelle aussi que cet écrivain, pour qui la sensation est primordiale dans le travail de l’écriture et de la remémoration, a longtemps cherché le meilleur moyen de traduire la complexité de la vie, de l’expérience humaine.Aussi, quand vers la fin de son récit il nous propose un projet d’adaptation cinématographique de l’un de ses fragments, procédant plan par plan, ce qu’il nous dit (sans le dire), c’est que l’écriture n’est pas nécessairement le meilleur moyen de traduire cette complexité, et que le cinéma correspond peut-être mieux à son projet de déployer dans l’espace et le temps la diversité des événements, de cerner l’épaisseur du souvenir, de rendre compte de la réalité et de son mouvement.On sait bien que le cinéma a rarement atteint à la plénitude d’une écriture et que les adaptations cinématographiques de romans sont le plus souvent manquées.Stendhal, pourtant, ne dédaignait pas, dans ses manuscrits, ajouter de petits dessins de ses personnages, des plans visuels des lieux, de tracer des parcours, comme s’il sentait la nécessité de compléter ce que l’écriture n’arrivait pas à représenter, à faire voir.Cela dit, le récit de Claude Simon est sans doute ce qu’il a produit de mieux dans sa vie d’écrivain.Une autre façon de dire qu’il nous offre là une magistrale leçon d’écriture.denisjp@mlink.net EUGEN DREWERMANN POUR LA PREMIERE FOIS AU QUEBEC «Qui est donc Eugen Drewermann?C’est un homme de foi, un prêtre, un penseur brillant et original, un érudit en théologie, en philosophie, en psychanalyse et en critique littéraire.Sa critique de l’Église n’est pas qu’une simple réaction de colère contre les conditions contemporaines mais bien le résultat de son interprétation originale du message chrétien».Gregory Baum, Relations LA PAROLE QUI GUÉRIT Ce premier texte de Drewermann traduit en français permet d'entrevoir les différentes facettes de l'œuvre du théologien pour qui la Bonne Nouvelle ne peut s'imposer sous la forme d'une parole d'autorité.L'ESSENTIEL EST INVISIBLE Une lecture psychanalytique du Petit Prince Des millions de gens ont lu et relu ce conte qui mène à la frontière de l'expérience intime et du monde moderne.Drewermann donne ici une interprétation totalement nouvelle du Retit Prince.Eugen Drewermann La parole qui guérit J 334 PAGES 37.95 s LE MENSONGE ET LE SUICIDE, T.3 136 PAGES
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