Le devoir, 1 novembre 1997, Cahier D
?LE DEVOIR ?Le roman québécois Page D 3 Im chronique de Robert Lalonde Page D 4 Le feuilleton Page D 5 ?George Segal Page D 7 \.E I) E V O I U , I, E S S A M EDI I ' " E T D I M A X (' Il E 2 X O V E M 15 15 E I il !) 7 ESSAIS Les grands prêtres de la révolte L'intellectuel est cet écrivain, ce savant, cet artiste qui sort de son champ clos pour intervenir dans les affaires de la société LE SIÈCLE DES INTELLECTUELS Michel Winock Seuil, Pîiris, 1997,696 pages ROCH CÔTÉ Le 6 février 1934, une foule furieuse se précipite aux portes dp pa-Uiis Bourbon, à Paris.Au cri de «À bas les voleurs», elle veut s’en prendre aux parlementaires dont l’affaire Stavisky vient de mettre au jour la corruption.La manifestation vire à l’émeute, la police tire et fait 15 morts ainsi qu’une centaine de blessés.Celui qui a allumé la colère populaire, Charles Maurras, leader de la droite monarchiste, xénophobe et antiparlementaire, se tient loin de l’action.Dans son bureau du quotidien L’Action française, il rédige son papier du lendemain puis, dans la nuit, se met à l’écriture d’un poème.Théoricien du «coup de force», Maurras, qui n’hésite pas à l’occasion à appeler au meurtre de ses adversaires, n’a jamais osé donner le signal de la mise à mort de la république.Trente-cinq ans plus tard, Jean-Paul Sartre, commentant la situation des étudiants après mai 68, affirme que ceux-ci, devant «l’horreur de la société que nous leur avons faite», ont trois choix: se pendre, se vendre ou foutre le régime en l’air.Au suivant! Dniis Aragon, lui, n’appelle pas au meurtre ni au suicide dans son pays mais se réjouit, dans un poème à la gloire de la police de Staline, de ce qu’on exécute là-bas des ingénieurs et des médecins.«Mort ata saboteurs du plan quinquennal», proclame-t-il dans un vers de dix pieds aujourd’hui oublié des anthologies.Les intellectuels français, heureusement, n’ont jamais eu les moyens de leurs mots, ou encore ont su manifester cette retenue dans l’action (ou l’inaction) qui a empêché la France moderne de sombrer dans l’extrémisme politique.Une monumentale histoire Voilà un fait qui ressort de la monumentale histoire des intellectuels français de Michel Winock, celui qui avait signé l’an dernier avec Jacques Jul-liard un Dictionnaire de ces mêmes intellectuels.Cette fois, nous sommes loin du genre encyclopédique.Le Siècle des intellectuels, c’est du roman, du portrait, des histoires tragiques ou cocasses, c’est le théâtre perpétuellement renouvelé du grand jeu des gens d’esprit sur la scène publique.Le siècle embrassé par l’auteur commence par l’affaire Dreyfus, il y a cent ans, et s’achève avec la disparition de Sartre et de Raymond Aron dans la décennie de 1980.Ces quelque cent ans d’histoire ne sont pas seulement traversés par l’éternelle opposition gauche-droite.Des destins s'y jouent, dans la gloire ou la déchéance, les revirements, les conversions, les égarements, les bouderies et les bons retours, les suicides et une couple d’exécutions.VOIR PAGE I) 2: WINOCK Qui a peur de LA LITTÉRATURE Les petits Américains ne sont plus les seuls à pouvoir frissonner, un livre de poche à la main.Après le Québec, la vague de littérature d’horreur vient de gagner la France et se répand plus vite qu’une flaque de sang sur le plancher d’une librairie.our certains parents, c’est un véritable fléau de bibliothèque contre lequel ils sont aussi impuissants qu’un vampire devant un crucifix.Pour d’autres, il s’agit là d’une véritable bénédiction puisque, grâce à ces petits bouquins, la télé et le nintendo ont enfin cessé d'être les seules activités envisageables par leur progéniture.Une chose est sûre, pour les enfants du primaire, les mots «chair de poule» évoquent autre chose que les grumeaux de l’épiderme après la baignade.Il est vrai que cette collection de récits d’horreur traduits de l’américain, imprimés sur du papier journal, suscite un engouement qui laisse perplexes parents et enseignants, mais qui ravit les libraires de plus d’un pays.D’abord aux Etats-Unis, où les ventes de cette série ont atteint les 200 millions d’exemplaires depuis son lancement en 1992.Maintenant que la machine à épouvante roule à fond, certaines nouveautés sont tirées à un million d’exemplaires.Du jamais vu en littérature jeunesse.Au Québec, la vague démente a rapidement été interceptée et intégrée par les éditions Héritage.Dès 1993, les premiers «Chair de poule» francophones ont fait un malheur.Les Citrouilles attaquent, le dernier-né, est le 47' titre de la collection à terroriser les 8-12 ans.VOIR PAGE D 2: HORREUR "«MM PHOTOTHÈQUE LE DEVOIR 0 0 CONSULTEZ NOTRE CATALOGUE INSERE DANS CETTE EDITION DU DEVOIR Qui nous lit nous aime I E GROUPE VILLE-MARIE IJTTÉRATURE • l’HEXAGONE vlb éditeur iiTYPO ,/a ha X to ft c/e /a /tf/éra tare 1 GRAND'" T CONCOURS AU SECOURS, JE SUIS INVISIBLE ! FlIlOlMC Rcoom ma me T ont NATHAN L'histoire DU-JOURNAL ENSORCELE I .n I __ J1 Brad et Barbara Strickland POESIE Hii.i Momi.tik i piAisiRr, rr paysage* yitscm NX page 9.95 S TRÉCARRÉ Un monde a apprivoiser ! Nicole Goyer INTERNET TdîlïtFIM 1998 Ûukut lovt Is diitttiia d« Jcai loiondç mtwwh le 3000e fclb est né! Pour fêter la naissance du 3000e folio, votre libraire vous offre un répertoire annoté par Pennac et illustré par Tardi, avec l’achat de deux folio.(Dans la limite des stocks disponibles.) contre Contes du cimetière après la pluie, de Yak Rivais, non plus que pourrir/ secours, je suis invisible! de Gudule.C’est bien écrit, bien présenté, mais c’est tellement gentil que c’en est effrayant.Iras Français sont peut-être prêts à avoir peur, mais pour ce qui est de terroriser, ils ont encore des croûtes à manger.Pour les consoler, il leur reste toujours la littérature.Ce qui, au fond, n’est pas plus mal.LE BOUQUINISTE PIERRE CHAPUS Livres anciens et d’occasion Gravures Philo - Littérature - Histoire Arts -Canadians Les choix d'un libraire Aci IAT ET Vl-.N I E 2065, SAINT-DENIS i M< JNTRÊAL 842-9204 WINOCK HORREUR Un certain Robert Lawrence Stine Barrés, Gide, Sartre SUITE DE LA PAGE I) 1 L’ouvrage s’adresse au grand public, il est dépourvu de tout jargon, ne .développe aucune théorie particuliè-.re, mais pourrait dérouter ceux qui •connaissent peu l’histoire de France ¦et celle de sa littérature.Sur les presque 700 pages de son récit, commodément divisé en 62 parties, l’historien change subrepticement sa manière, de sorte que les chapitres sur l’histoire récente contiennent plus de raccourcis, sont plus bousculés que ne l’est la première partie.Comme quoi la distance est sans doute le premier ingrédient qui entre dans la fabrication de l’histoire, celle que l’on écrit.Mais la clarté ne fait jamais défaut ni le souci de guider le lecteur, comme en font foi les 35 pages de chronologies et les deux index qui bouclent l’ouvrage.Trois figures dominent ce siècle des intellectuels: Maurice Barrés, André Gide et Jean-Paul Sartre.Les années Barrés sont d’abord celles de, l’affaire Dreyfus et de la figure d’Emile Zola.C’est de cette époque que date l’emploi du mot «intellectuel» pour désigner l’écrivain, le savant, l’artiste qui sort de son champ clos pour intervenir dans les affaires de la société.L’affaire Dreyfus va dresser la France en deux camps et poser de façon dramatique le dilemme de l’autonomie de l’individu face aux impératifs de la cohésion sociale.La droite défend les valeurs collectives tandis que la gauche, qui entend encore les échos de 1789, se porte au secours de l’individu menacé dans ses droits.11 faudra attendre un demi-siècle pour voir la gauche, dans une étrange dérive, soutenir le totalitarisme contre la démocratie et les droits de l’homme.C’est la figure d’André Gide, plus que celle de Jean-Paul Sartre, qui émerge comme la plus attachante des trois personnalités-symboles choisies par Michel Winock.L’auteur des Nourritures terrestres est un être déchiré et ambivalent, velléitaire et courageux, jouisseur et lucide, tolérant et «inapte à la conviction».Bien qu’il n’ait pas une tête de philosophe, il verra clair dès 1936 quant à la nature de l’URSS là où, selon Sartre, «la liberté de critique est totale».Cet oracle sartrien proclamé en 1954 symbolise les années d’orthodoxie, de la raison occultée au profit d’un engagement qui prend, la plupart du temps, la forme d’une adhésion de type religieux au communisme.L’intellectuel s’investit alors d’une fonction sacerdotale.La plus grande tare de l’intellectuel pendant les 25 années qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, c’est d'être convaincu d’anticommunisme, c’est-à-dire de fascisme.Cette peur de l’inquisition bien-pensante, on la verra pesamment à l’œuvre en France au moment de la sortie de L'Archipel du Goulag.Des esprits timorés, domestiqués, «normalisés» n’oseront pas applaudir à cette publication p;u- crainte de passer pour anticommunistes.Ce manichéisme tue l’esprit et, pour l’avoir intelligemment combattu, Raymond Aron subira l’ostracisme de ses pairs pendant presque toute son existence.Gide serait plus à l’aise en cette fin de siècle dominée par le désenchantement, le relativisme, l’effondrement des utopies meurtrières.«Liberté limitée, égalité approximative, fraternité intermittente», résume Winock à propos de notre époque.L’intellectuel ne fait plus partie d’un clergé chargé d’annoncer la parousie, il a retrouvé sa solitude mais aussi sa liberté de penser.11 a cessé de vivre un «nous-autres illusoire» pour retrouver son vrai rôle de gardien de l'esprit critique dans un monde qu’il n’a plus la prétention de guider vers son salut.Éditions duTrécarré, 817, rue McCaffrey, Saint-Laurent (Québec) H4T IN3 Tél.: (514) 738-2911.Télec.: (514) 738-8512, Adresse électronique: diffulivre@interlink.net SUITE DE LA PAGE I) 1 Le tirage initial de chaque titre — entre 8000 et 10 000 — représente grosso modo le double de celui d’un roman jeunesse québécois sans tombeau ni squelette.Au total, la collection frôle gentiment le million d’exemplaires vendus en quatre ans.Le grand frisson a atteint l’Hexagone en 1995.Là aussi, les chiffres sont ahurissants.L’éditeur français Bayard, qui diffuse ses propres traductions de Goosebumps, «limitent» le tirage initial à 60 000.Ce qui correspond à environ cinq ou six fois les ventes d’un bon roman jeunesse.Le plus étonnant, c’est que l’ensemble des titres de la collection sont écrits d’une seule et même main.Robert Lawrence Stine, un quinquagénaire originaire de l’Ohio, en produit deux par mois depuis huit ans.Quinze pages avant le dîner, cinq après, et ce six jours par semaine, rapporte L'Express.Celui qu’on surnomme le Stephen King des jeunes a écrit maintenant plus de 100 livres, traduits en 18 langues.Ses ventes dépassent .même celles du maître es horreur.A lui seul, Stine a fait grimper de 60 % les ventes de Scholastic, son éditeur américain.Si les enfants en raffolent, le phénomène donne des cauchemars à certains bibliothécaires consciencieux qui cherchent à propager les vertus de la littérature dans les cerveaux en pleine croissance.Est-ce que la description d’un fantôme qui suce le sang par une nuit humide a quelque chose à voir avec la littérature?Sur cette question, deux positions s’affrontent: les optimistes à la Pennac qui croient que tous les moyens sont bons pour attirer les enfants vers la lecture — surtout que la collection a l’exceptionnel mérite d’attirer les garçons; et les purs et durs qui considèrent que cette écriture ne peut que leur salir la tête.Si certains bibliothécaires d’ici se posent encore des questions, les éditeurs français, eux, ont tranché, calculatrice en main.Ira vague glauque et cie a essaimé le Vieux Continent.Au cours de la dernière année, pas moins de cinq collections d’horreur ont éclos à Paris, chez des éditeurs dont on brandissait autrefois les livres pour faire échec au monstrueux envahisseur.La Ville lumière offre donc maintenant «Vertige cauchemar» (Hachette), «Peur bleue» G’ai lu), «Vallée Fantôme» (Bayard), «Lune noire», une sous-catégorie de la très belle collection «Pleine Lune» (Nathan) et «Fais-moi peur!», une catégorie de «Folio Junior», du décidément très polyvalent et prêt à tout Gallimard jeunesse.Disons-le sans ambages, même à Paris, l’horreur commence sur la couverture.Si J’ai lu, Nathan et Hachette savent rester sobres, Folio Junior et Bayard poche, par contre, rivalisent de mauvais goût.Bayard s’offre une typo ridiculement tremblotante dans une maquette aux couleurs criardes, le tout complété d’illustrations à vomir.Gallimard a opté pour des photos d’enfants sup-posément terrorisés, croqués sous un éclairage vert lime et orangé.Un phylactère en dents de scie, digne d’un mauvais Batman, nous révèle l’horrible drame qui se joue à l’intérieur.Côté esthétique, donc, l’Amérique est battue à plate couture.Côté écriture, les représentants de l’Oncle Sam n’ont même pas à lutter pour garder leur suprématie dans le genre, puisque la majorité des textes parus en Folio et chez Bayard sont des traductions de l’américain.Et majorité ne signifie pas cinquante plus un, mais bien pratiquement 100 % de la production.Bayard, en plus d’avoir racheté les droits de plus d’une trentaine de «Chair de poule», a traduit «Phantom Valley», une autre collection d’histoires morbides.Dans les deux cas, on ne se prend pas les pieds dans les fleurs de la poésie.Ira prose n’est qu’un véhicule pour raconter des horreurs dosées juste ce qu’il faut pour faire frissonner sans traumatiser («safe scares», comme les appelle Stine), invraisemblances et personnages équarris à la hache en prime.«Fais-moi peur!» de Folio Junior est de la même eau.Des phrases simples, des chapitres courts, des rebondissements.Le seul critère de style semble être l’efficacité à rendre le scénario sans trop de temps mort jusqu’à la fin.La collection «Peur bleue», de J’ai lu, propose des ouvrages de type semblable, mais pour des lecteurs légèrement plus âgés.On retrouve même certains titres de l’inépui- sable Stine lui-même.Au menu: du sang, des meurtres, des tombes qui bougent, des détraqués et des médiums qui entrent en communication avec les cadavres.On quitte l’univers bon enfant des fantômes et des monstres pour celui plus angoissant et plus glauque des films d’horreur de série B.Chez Hachette, l’écurie d’ef-frayeurs publics est plus européenne.Un anglais, John Peel, a concocté trois des sept bouquins déjà inscrits au catalogue.Le principe est le même pour les trois titres, une dérive vers la terreur à partir d’un jeu d’enfant.La Maison aux six cercueils essaie d’avaler six jeunes qui y jouent à cache-cache.lui Malédiction du pendu renouvelle le jeu du même nom en y faisant participer le fantôme d’un assassin.Dans L'Enfant des ténèbres, un «jeune» fantôme s’empare de l’esprit d’un enfant au moment où celui-ci joue au chat et à la souris avec ses cousins dans un jardin abandonné.Sinistre à souhait.Dans la même collection, on trouve aussi un Néerlandais, Paul van Loon.Si ses livres sont farcis de vampires et de morts-vivants, ils sont quand même conçus pour faire rigoler avant tout.Tout savoir sur les vampires, les monstres, etc.est un dictionnaire semi-sérieux de tout ce qui compose l’univers de l’horreur.Sorcières, loups-garous, zombie, sont décrits, expliqués et mis en contexte.On donne des exemples de ces vilaines créatures au cinéma et dans la littérature: c’est parfois Donald Duck qui rencontre un zombie, un exorciste qui se bat contre le diable, ou Ulysse qui affronte le Cyclope.Ne mordez jamais vos voisins quitte le documentaire et le sérieux pour plonger à pieds joints dans l’humour et dans la fiction.Une famille de monstres (un fils momie, son frère vampire et leur mère morte-vivante) est harcelée par un voisin humain, trop humain, qui cherche à les faire déménager pour nettoyer le quartier.Quelque chose comme la famille Adams revisitée par la C.E.Chez Nathan, les livres de la collection «Lune noire» sont tout simplement magnifiques, couverture plastifiée, beau papier, illustrations de qualité.Hélas, on ne convaincra jamais un adepte de «Chair de poule» de troquer son Sang de monstre II Pour les utilisateurs de PC et Mac Édition revue et augmentée Nouvelle section en couleurs 29,95$ Boréal félicite les finalistes des prix £ > t Hélène Monette Plaisirs et Paysages kitsch contes et poèmes « Une voix audacieuse qui gagne 'sa course contre le sens convenu et l’hypocrisie sociale.» David (’antin.Ir Devoir 204 pages • 19,95 $ JEUNESSE ^ Jciccfues Godbout Une leçon de chasse F illustrations : Pierre Pratt « Plus que les enfants, ce sont les grandes .personnes qui auront du plaisir à renouer avec l’auteur de Salut Galarneau! I.’humour pince-sans-rire est (jdlc»t" toujours présent.» Icèhib Aimu-Mii v Voiiard, / r Soleil Jséprt ÇoJL üff kç&ic t®*, TRADUCTION (DE L’ANGLAIS) Marie José Thériault Arracher les montagnes .• de Neil Bissoondath y - ¦ yr n0uveil es Des personnages d’une profonde ! vérité, aux prises pF avec des forces qui ¦s-T?-;.les dépassent.K ¦ 504 pages • 24,95 s ' w ' ' S I' , ! t i -J L ¦ .T : 1 Bor| Qui m'ai 11 I.K I) K V (Il It .L K S S A M K I) I I ‘ " V.T D I M A X < Il K X 0 V K M It It K I !l ! -*¦ L 1 LITTÉRATURE JEUNESSE LE ROMAN QUÉBÉCOIS I) 3 Frissons québécois GISÈLE DESROCHES \ Al’Halloween, il y a encore des enfants qui se déguisent en bergères, en Tintin ou en Petites Sirènes inoffensives.Cependant, la fête étant associée de près à la peur et à la mort, il est plus fréquent d’apercevoir des personnages.disons.plus costauds, plus inquiétants, voire plus agressifs.Si bien pue la terreur et la célèbre fête vont de pair.En littérature jeunesse, l’engouement pour les histoires d’horreur trouve, en cette période faste, un prétexte incomparable pour s’étaler et s’afficher.Les histoires de peur, de squelettes, de sorcières, de loups-garous, de monstres de tout acabit sont mises à l’honneur sur les tablettes des librairies.L’HORRIBLE MONSTRE Rémy Simard (texte et illustrations) Les 400 coups, coll.Bonhomme sept-heures 32 pages, 1997 A tout seigneur tout honneur, l’album L’Horrible Monstre de Rémy Simard surprend par son audace esthétique.L’auteur et illustrateur possède un style bien à lui, à la fois dépouillé et caricatural, à l’effet «techno» quasi cybernétique.La question, lancée dès le départ: Qui est le plus horrible de tous les monstres?est prétexte à l’énumération au fil des pages de tous les fantasmes de monstres imaginables.Or ces créatures aux textures lisses et métalliques, malgré leurs crocs aiguisés et leur regard menaçant, et bien que présentés en hypergros plans, ne sont pas plus inquiétants qu’il faut.La réponse coquine de la dernière page confirme le ton faussement effrayant.C’est juste pour rire! A lire dès trois ans, de préférence juste avant d’aller au lit ECOUTE-MOI BIEN ! Linette Comissiong (texte) et Marie Lafrance ( ill.) Traduction de l’anglais , par Michelle Asselin Ed.Annick, 32 pages, 1997 Autre album, Écoute-moi bien!, produit un effet plus troublant.Le décor: les Caraïbes.Les héros: deux enfants, frère et sœur.Leur drame: malgré les interdictions, ils franchissent le pont et tombent entre les mains d’une vieille femme qui les retient prisonniers.La vieille s’avère être une cocoya, version créole de la sorcière apparentée au vampire.L’exotisme et les teintes sombres des illustrations contribuent au dépaysement ressenti à la lecture d’un texte de facture folklorique semé d’extraits en langue créole.L’ambiance angoissante est superbement rendue et se prolonge sur plusieurs pages.Dommage que la morale d’obéissance se fasse si explicite et insistante! Dès 5 ans.DU LAIT POUR LES SQUELETTES Philippe Chauveau (texte) et Rémy Simard (ill.) Boréal Maboul, 54 pages, 1997 LE CADEAU ENSORCELE Danielle Simard (texte) et Doris Barrette (PL) Dominique et cie, coll.Carrousel, 44 pages, 1997 Du côté des mini-romans (pour les 6 à 10 ans), on a plutôt choisi l’humour pour parler squelettes comme dans Du lait pour les squelettes ou sorcières comme dans Le Cadeau ensorcelé.Dans le premier, le rire fuse à toutes les pages.Vraiment aucun sérieux, ces auteurs! L’énorme ChaHetf« Guértue Que le diable l’emporte ! Bobo (qui est à Billy Bob ce qu’Obélix est à Astérix) s’est mis au régime.de bananes.Son copain et lui se baladent dans un cimetière hanté où ils font la connaissance d’une petite fille qui a perdu son chien.Alors que Bobo est enlevé par des squelettes en maraude qui se montent et se démontent à volonté, les deux autres (Billy Bob et la petite fille) volent à son secours en plongeant dans un caveau hanté.Rigolo et délirant.Tout à fait indiqué pour l’Halloween.Dans le second, Léda reçoit pour son huitième anniversaire, un cadeau embarrassant de sa sorcière de tante: un miroir dont le reflet (Adèl) est aussi colérique et vilain que Léda est douce et gentille.L’idée astucieuse qui sous-tend cette histoire de Carabos-se moderne est au service de la psychologie enfantine (victime contre bourreau) et de la pane, car Iœda trouvera finalement un moyen de régler son pire problème: Léon.UNE TERRIFIANTE HALLOWEEN Maryse Rouy Québec/Amérique coll.Gulliver, 116 pages, 1997 Maryse Rouy, l’auteure de Azalaïs ou la Vie courtoise, a préparé pour les 10 ans et plus Une terrifiante Halloween.C’est l’histoire de Blondine que sa mère juge assez vieille à 10 ans pour rester seule lorsqu’elle s’absente le soir.Une histoire familiale assez triste finalement (bon terreau pour la terreur!), qui se dégrade jusqu’à la séparation des parents.Leur refus de garder la chienne Patou aura raison des hésitations de Blondine.Elle acceptera l’offre de ce magicien qui lui téléphone chaque fois qu’elle est seule à la maison.Habilement orchestré pour une montée graduelle de l’angoisse, le texte est cependant un peu lent à démarrer.Tout ce qui assurait la sécurité de Blondine s’effrite chapitre après chapitre, laissant les menaces s’accumuler avec l’intensité dont raffolent les jeunes.QUAND LA BETE DEVIENT HUMAINE Stanley Péan La Courte Échelle, coll.Roman +, 154 pages Stanley Péan y va lui aussi de son roman d’horreur avec Quand la bête est humaine, à l’intention des adolescents et adolescentes.Une jeune Haïtienne montréalaise de 16 ans est suivie, un soir de pleine lune, par une bête poilue et écumante qui s’effondre au moment de l’atteindre et reprend forme humaine.Contre toute attente, la jeune fille l’invite chez elle et, on le devine aisément, les ennuis commencent.Tous les clichés de l’horreur se sont donné rendez-vous dans ce thriller vite fait et mal assis qui a pourtant le mérite de mettre en vedette une héroïne haïtienne ainsi que, par ricochet, des pans de cette culture sous-représentée en littérature québécoise.QUE LE DIABLE L’EMPORTE! Contes réunis par Charlotte Guérette Hurtubise HMH, coll.Atout 142 pages, 1997 Le diable aussi est sous-représefité en littérature actuelle.S’il fut un temps où il était le principal acteur de toutes les terreurs, les jeunes d’aujourd’hui ne le craignent plus guère.Aussi, l’intention de Charlotte Guérette en réunissant ces huit contes de tradition orale dans Que le diable l'emporte!, n’était pas de susciter des frissons bon marché.Ces contes ont l’avantage de faire apparaître le malin au beau milieu d’une époque où il était si présent dans les esprits qu’on ne doutait guère de lui, quelle que fut son apparence.Qu’on le déjoue ou qu’on subisse son emprise, qu’on l’évite ou qu’on pactise avec lui, le diable s’avère un personnage fascinant et l’auteure a eu raison de le remettre en circulation.La folie : ça va ?TOMBEAU Marie Auger xyz éditeur Montréal, 1997,186 pages Drôle de nom, Maurice, pour une fille.Un vrai blasphème.C’est comme si on avait ajouté un «eu» dans le très saint nom de Marie.Un gros cul.Plein de boursouflures.Un chou-fleur tout saignant dans un chaudron-pression.Le genre de derrière qui souffre dans les passages, laisse-moi te dire.Le mieux, évidemment, ce serait de te retenir.Mais là ça gonfle, et puis bientôt t’as un gros ventre.Au bout de six mois, faut que ça pète, tu comprends?C’est ce que j’attends.Parce que ce jour-là, ça fera une superpeinture sur les murs de la chambre.Du caca, du sang.Qu’est-ce que les autres fous vont rigoler! Sullivan — c’est ma psy, celle qui parle tout le temps —, elle dira que c’est un beau bébé que je leur ai fait là, tiens.Si vous vous êtes rendu jusqu’ici, c’est que vous avez de bonnes chances de suivre la folie qui traverse Tombeau, le dernier-né de Mario G.(pour Girard), signé comme l’était le précédent (Le Ventre en tête) du nom de plume de Marie Auger.Le Ventre en tête dévoilait le délire de Marie — les incroyables barbaries qu’elle s’infligeait dans le dessein d’avoir un enfant —; Tombeau donne la parole à une autre femme folle: cette Maurice, qui n’est sans doute qu’une autre face de Marie, l’effet miroir étant indéniable entre leurs histoires.Alors que Marie expliquait en ouverture à son premier épanchement autobiographique qu’elle aurait voulu «être mère à douze ans», voilà Maurice qui pleure quant à elle une enfant qu’elle aurait bel et bien mise au monde, à douze ans justement, et perdue à jamais.Les élucubrations scatologiques lancées en première page de Tombeau (timidement para- phrasées ici en gage de portrait, mais aussi de mise en garde aux lecteurs proprets) ne sont donc pas gratuites: si Maurice n’a «pas chié depuis six mois» et qu’elle «compacte la matière fécale dans [ses] tubes jusqu’à fendre», c’est que la mémoire de cette enfant qu’elle'a portée vit, littéralement, dans son corps.Internée à l’hôpital psychiatrique — sa «colonie de vacances de merde» — depuis la naissance de sa petite Ga-brielle, Maurice s'étourdit à chercher comment aurait pu disparaître son enfant, fruit d’une «violence» collective: «je dis “violenter" parce que quand le sujet du verbe c'est “ils”, il faut bien mettre “e-n-t ” quelque part».Serait-elle morte noyée.Serait-elle au ciel.Aurait-elle été placée au couvent dès sa naissance.Maurice l’au-rait-elle étranglée de ses propres mains?Peu importe: cela ne nous fait que pleurer davantage — et rire sans vergogne — sur le sort de Maurice, elle-même assassinée à répétition.C’eût été suffisant de naître de la rencontre accidentelle d’un salaud et d’une tarée, sitôt marquée de «deux fragments de mort» — l’asthme et un kyste pilonidal (délicat problème expliqué dans le glossaire médical intégré au roman) —, il fallait en plus qu’on l’affuble d’un prénom débile et douloureux: «c’est lui qui est en lambeaux, tout délabré, c’est lui qui est passé aux ciseaux émoussés, c’est lui qui a été découpé à la va-comme-j’te-pousse et que ma mère a collé sur moi avec du ruban gommé».Un délire d’associations Le discours de Maurice, livré en morse à une machine (on n’évite pas le rapprochement avec Jean-Dominique Bauby dictant de son œil gauche Le Scaphandre et le Papillon, publié chez Robert Laffont en 1997), tient du délire d’associations: une chaîne qui semble couler de source, qui suit la logique des mots et des sonorités, et donc parfaitement lisible si non rationnelle: «Je ne connais rien aux ma- thématiques, rien à la langue française.Pour moi, A + B = C.J’additionne simplement les lettres et ça donne ce que ça donne», dit Maurice.Ce n’est donc pas la crainte de perdre le fil qui nous pourchasse autant que l’espoir que ce discours de la folie débouche sur autre chose quelle, la folie.Et c’est peut-être là que se situe le plaisir de ce genre de lectures: dans le rêve que la démence se tarisse à force de s’expliquer, quelle puisse saisir d’elle-même les clefs de son apaisement, pour défoncer le tombeau, et sortir.Les journées de Maurice couleront dans leur non-sens de routine: enfermée dans un mutisme absolu, et fondue à sa chaise roulante (caprice de la folle, qui pourrait marcher mais qui s’est jurée de ne jamais fouler de ses pieds le sol d’un hôpital psychiatrique), elle fumera comme une cheminée, fera pousser de la menthe, dessinera sur les murs, en grattera la peinture, ou fera de la poésie qui «rime à tout bout de champ, mais jamais en bout de ligne».Entre les pipes faites à l’infirmier qui la fournit en cigarettes, la course de chaises roulantes avec les vieux «Alzh Angels», la fabrication d’auréoles en papier mâché et la collection de pépins de pommes (a coups de milliers, ils constitueraient apparemment une mini-dose de poison), Maurice visite régulièrement les toilettes, où elle ne fait pas du tout ce que vous pensez.Bien que l’état de la malade, conjugué au fantôme d’Hubert Aquin qui traverse le roman (Mario G.livrant quelques cinglants passages extraits d’un journal tenu par le romancier lors de son internement à l’Institut Albert-Prévost), semble l’acheminer tout droit vers la mort, la folle n’y va pas pour disparaître.La tète dans la cuvette de la toilette, appelant sa «petite poupée qui est tombée au fond de l’eau», elle hurlera, que quelqu’un entende l’écho de sa peine jaillissant vers l’extérieur.Si l’histoire finit bien?Ce serait insensé, voyons.Post-scriptum: ce texte est ma dernière contribution à cette chronique consacrée au roman québécois.Merci aux lecteurs et lectrices, et à ceux qui m’ont communiqué leurs bons mots, depuis un an et demi.Au plai- da I i e S e r g c a t ?Les élucubrations scatologiques lancées ne sont pas gratuites iôtmM Bufff tl ta sot'W ! (.«ebKW» w »’ S!**' Gï>j'sC, sïWË LA COLLECTION «L’HISTOIRE AO PRESENT» 1 LANCTÔT LA PETITE MAISON # ÉDITEUR,DE LA GRANDE LITTÉRATURE DONALD GUAY ROBERT LAHAISE LIBÉRALISME SANS LIBERTÉ 1830-1860 LA CONQUÊTE DU SPORT Le sport et la société québécoise au XIX' siècle du Gouverneur général 1997 ROM ANS ETUDES ET Rohmcl Viau Enfants du néant et mangeurs d’âmes NOUVELLES I Pierre Morency n La Vie entière ESSAIS François Ricard Gahrielle Roy (Jne vie Bissonnette Quittes et Doubles SCI NI.s 1)1.lU.CII’KOCI I I sont dm « Les temps et ne disposent pas sonnent à écouter le chant des oiseaux.I.e poète en est conscient.Mais ça ne E empêche pas de continuer à observer le monde /.J Heureusement pointions tpii pouvons le lire.» IKOOI'OISU ANCIENNE « Une biographie qui se lit comme nu roman.» «7out Idans Quittes et Doubles/ concourt à faire de chaque nouvelle un brillant exercice décriture et une œuvre d'art achevée.» «J'ai lu avec passion l’ouvrage de Roland Vian.Il s’agit d’une contribution majeure à l'histoire et èi l’anthropologie des Iroquoiens.» «François Ricard a écrit une biographie colossale, faisant revivre dans le moindre détail la vie de ('.ahrielle Roy dont on découvre la compléxité et la richesse.» I )imi>'n I Vlâgc.aurait /.» piéf,u Infants du néant el manjeuts dames ( iillcs I hulon.Qm M lhut(iii.< La Vie entière Amu'-M.iric V«m.iriL / «• Sole »mi|Ue *1 lisloircs naturelles du Nouveau Monde 1 OS pages • 17,ys s O.pS page .120 pages 47 I.K l> V.V 0 I K .I.K S S A M K I) I I K T |) | M .\ \ ( || K X U Y E M li I! K I !» !» 7 D mur LIVRES -WA LA CHRONIQUE En l’air avec Miller Nous survolons la forêt, où le vert-noir des sapins et le bleu ardoise des lacs dominent à présent.L’avion entre et sort d’une nuée rousse extraordinairement lumineuse et, parfois, le croissant d’une plage brille, tout en bas, comme un joyau tombé entre les chicots blancs des bouleaux.Durant l’heure de vol, je lis, entre ciel et terre, entre exultation et frousse, le petit livre qu’on a fait de la correspondance de Henry Miller avec Larry Durrel et Alfred Perlés.J’y retrouve le ton de cette révolte passionnée, de ces coups de gueule rimbaldiens qui ont secoué mon adolescence étriquée.Ici, dans les limbes où nous paraissons planer paresseusement, comme un goéland qui se laisse aller sur les courants, très éloigné de la légende du jour le jour sur la terre, prise, comme l’écrit Joffman, le préfacier de ce ivre brûlant, dans le bourrer d’une incroyable «cécité libérale», je m’abandonne à une étrange incursion dans «cette contrée sauvage que Miller a entrepris d'explorer d'une seule main».A vingt ans, cet écrivain-là me bardassait sur un temps rare.Il me tarabuste encore aujourd’hui, me taraude, me tance, tracasse toujours quelques-unes de mes «certitudes exagérées», et me fait revoir à quel point «le mystère au cœur d'un tempérament créatif ne peut jamais être totalement circonscrit».Je me souviens d’avoir, à 22 ans, puiser dans ses textes féroces et désaliénants la force d'opposer des fefus à quelques fallacieuses proposi- tions, qui auraient pu m’entraîner à entrer dans «les ordres de l'oubli et de la trahison de moi-même».Ce Villon américain, ce I.ao Tseu de la Californie, a tout appris des «méchants, des faux, des débraillés, des pervers, des inadaptés».Alors, il sait ce qu’il dit quand il écrit: «Quand on parle d’une personne qui est arrivée à se connaître, à s'accepter telle qu’elle est, on ne veut pas seulement dire qu'elle admet et reconnaît ses faiblesses, mais qu'elle a aussi découvert que celles-ci ont été importantes pour sa propre évolution».Et, pour un écrivain, qui veut «non pas représenter mais imiter la vie», le vagabondage en zones troubles n’est rien de moins que nécessaire.«Qu’on l’admette ou non, nous sommes continuellement à deux doigts de nous endormir.Une véritable connaissance de soi ne peut s'acquérir que par soi-même, seulement s'acquérir et non être communiquée aux autres: parce que l'énigme qui fonde notre personnalité reste toujours voilée, secrète.», écrit Perlés.L’avion entre dans un nuage qui ne me secoue pas autant que ces exclamations farouches de l’écrivain, alors je pense à tous ces «gens tristes, ces bigots — j’ajoute ces beaux parleurs à la langue de bois — qui prennent la vie au sérieux, alors qu'elle est simplement tragique».Je pense aussi à ce beau livre de Russell Banks, De beaux lendemains, au film d’Egoyan, vu hier soir, et qui disent bien cela: la vie est tragique et parfois heureuse, c’est à prendre ou à laisser! Et Perlés, tâ- Robert L a I o il E V OIK.L E S S A M EDI I tB E T I) I M A X ( Il E 2 X (I V E M II R E I !» «I 7 —- LIVRES -— LE FEUILLETON Le ressentiment de ceux qui vieillissent mal LES VOLEURS DE BEAUTÉ Pascal Bruckner Grasset, Paris, 1997,292 pages Voilà un auteur qui a l’art de nous troubler et de nous piéger avec des histoires qui nous hérissent au plus haut point! Imaginez simplement le malaise du lecteur à suivre un récit dont il sent bien la valeur métaphorique (ou encore allégorique), mais qui le rebute dès qu’il se trouve en présence de ses personnages et de leurs actions.C’est un peu l’état dans lequel je me suis trouvé tout au long de cette lecture: incapable de lâcher, désespérant quasiment à chaque page d’y parvenir, mais incapable aussi d’adhérer pleinement, comme si la cruauté décrite y dépassait les bornes pour tomber dans le cliché et l’exagération.Est-ce cela le malaise de la littérature?Pascal Bruckner a de la sexualité une vision que je ne partage pas, même s’il m’arrive souvent d’y trouver quelque vérité que je préfère, un peu comme tout le monde, ne pas voir de trop près.J’ai encore l’insigne naïveté de croire au possible et à la générosité dans ce domaine.Et pourquoi pas aux amours qui marchent, même si elles boitent! Ce qui n’exclut d’ailleurs nullement la tragédie.C’est d’autant plus surprenant de la part de cet auteur qu’il vous certifiera sans doute ne pas être un écrivain du ressentiment, du dépit, hanté par un désir aussi sauvage qu’inavoué de venge,ance.Alors, pourquoi un tel récit?Et pour qui?Evidemment, on ne fait pas de bons récits avec de belles histoires.C’est là qu’il nous faut peut-être comprendre que Bruckner, sous couvert d’une sordide histoire de sexe et de vieillissement mal digéré, nous parle en fait d’une chose beaucoup plus générale qui est peut-être le malaise de notre civilisation — comme il l’avait fait avec Finkielkraut dans Le Nouveau Désordre amoureux —: celui de vouloir rester éternellement jeune, de ne pas accepter les marques de la décrépitude et de la mort.Derrière le romancier, il y a toujours chez lui l’essayiste, le dépeceur des états limites, l’explorateur des frontières poreuses, le conteur de récits inavouables.Mais a-t-il réussi son pari dans Les Voleurs de beauté?I.a beauté comme insulte Benjamin, un jeune homme dans la trentaine qui a toujours eu l’air vieux, arrive un jour à la consultation d’urgence de l’Hôtel-Dieu à Paris.I! a été ramassé par les policiers qui lui trouvaient un comportement bizarre.Masqué d’une sorte de cagoule qui lui cache entièrement le visage, il va confier le récit de son histoire à une jeune interne de garde en psychiatrie, Mathilde.Son histoire, mais aussi celle d’un couple vieillissant qui, dans une ferme du Jura, qui se trouve sur la frontière de la Suisse et qu’ils appellent le «Fanoir», séquestrent des jeunes Tilles très belles pour leur voler à tout jamais leur beauté; jeunes filles qu’ils s’empressent ensuite de relâcher dans la nature dès qu’ils sentent qu’elles sont mûres, ce qui prend en général entre un an et demi et deux ans.«Si elle avait été jeune, il n’en restait rien: celle qui vagissait devant nous était une vieille femme hagarde, à la bouche affaissée, aux membres décharnés.Toute trace d'intelligence l’avait abandonnée.Elle émettait une sorte de bourdonnement continu à mi-chemin du sanglot et du soupir.» Cette beauté, une offense à la face médiocre du monde, une conspiration contre l'humanité, il faut la neutraliser, l’éradiquer, car elle est source de malheur pour la majorité aussi bien que pour ceux qui l’incarnent — telle est la théorie de ces anciens beaux qui, après de belles années, dépités par leur vieillissement, savent bien qu’on peut «acheter le consentement, mais non l’élan, non la passion».Ainsi, la beauté est pour eux un désastre, non une promesse.Elle suscite division, jalousie, envie, malheur et renvoie chacun à sa médiocrité.«Jj>s musulmans ont bien raison de voiler leurs femmes, de les claquemurer», concluent les ravisseurs (piste intéressante.).Ai-je pour autant été touché par cette désespérance que Bruckner aurait pu tout aussi bien appliquer aux grosses gens malheureux, aux pauvres ou aux infirmes qui refusent leur condition et développent un ressentiment qu’ils n’arrivent pas à surmonter?Trois défauts Le récit ne manque pourtant pas de rigueur dans la construction, il sait multiplier les rebondissements, ménager les mystères, analyser la fragilité des alliances perverses, mais il pèche essentiellement par trois défauts impardonnables sous la plume d’un écrivain qui a par ailleurs du talent: l’exagération, le cliché et l’essayisme au cœur du romanesque.L’exagération, on la sent partout tant les personnages sont peu crédibles et servent davantage à illustrer une théorie qu’un état d’être.Le cliché, c’est ce thème ressassé de la beauté maudite qui heurte autant le sentiment du bonheur possible et de la transcendance chez ceux qui n’en ont pas les moyens, qu'il suscite l’envie, la jalousie et, parfois, le désespoir quand le ressentiment s’en mêle.Est-ce que la beauté serait devenue aujourd’hui une insulte à la démocratie et au nivellement?Telle semble être l’hypothèse de Bruckner.«Si j’étais au pouvoir — nous confie le ravisseur Jérôme Steiner —J’instituerais le vitriol pour tous dès le berceau.Egalité absolue!» Je préfère encore la leçon du sportif et drolatique roman de Boris Vian, Et on tuera tous les affreux — contrepartie qui illustre de manière bien plus intéressante le problème de la beauté dans une société qui en est obsédée et qui a aujourd’hui de plus en plus les moyens d’y parvenir, que ce soit par manipulation génétique ou grâce aux soins esthétiques.Quant au défaut d’essayisme, cela tue l’écriture de fiction et gâte la lecture en substituant l’intelligence de l’auteur à celle du lecteur, un défaut commun à bien des romanciers aujourd’hui.«En réalité, nous dit le jeune Benjamin, ces profanateurs étaient des adorateurs déçus: ils stigmatisaient des grâces et des atours qui les enivraient.» On a là l’exemple d’une narration qui ne peut appartenir à Benjamin, qui ne fait que raconter à voix haute son aventure à Mathilde.Et quand on tombe sur une formule comme celle-ci, ça devient plus évident encore: «Le miracle de l’amour, c’est de resserrer le monde autour d’un être qui vous enchante, l'horreur de l'amour, c’est de resserrer le monde autour d’un être qui vous enchaîne», écrit Mathilde, qui tient une sorte de journal de ce qui lui arrive.Jolie formule, j’en conviens, mais qui sent l’artifice et la rhétorique universitaire très stylisée dont sont friands les Français.Enfin, quand Mathilde, qui écoute l'histoire de Benjamin, avoue qu’il est des récits «qui vous divertissent, d'autres qui déchirent votre vie en deux», on a un peu envie de rigoler.Comme j’ai dit jusqu’à maintenant beaucoup de mal de ce livre, il serait injuste de vous laisser sur cette seule note, car ce récit ne manque pas d’intelligence ni d'habileté.Il est même par certains côtés brillant.Toute la première partie où nous sont racontées les tentatives de Benjamin pour devenir écrivain, par exemple, est extrêmement intéressante du point de vue de la culture postmoderne dans laquelle, paraît-il, nous baignons.Benjamin, être minable, médiocre, sans envergure, mais qui a fait ses lettres, construit un roman dont chacun des éléments — mots, phrases, formules — est entièrement emprunté aux grands auteurs.Il sait si bien brouiller les pistes, changeant ici un mot, là une phrase, que même la critique parisienne n’y voit que du feu et salue son talent.Cette histoire de plagiat à une époque où chacun a le sentiment que tout a déjà été dit, et en mieux, aurait pu être l’objet même du récit de Bruckner.11 en aurait sans doute gagné en intérêt.(le il isjp@mli nk.net Jean - Pierre Den is ?Derrière le romancier, il y a toujours chez Bruckner l’essayiste Pascal Bruckner ÉCONOMIE Heureuse mondialisation Pour façonner la prochaine grande civilisation humaine et planétaire MALAISE DANS IA MONDIALISATION Entretien avec Philippe Petit Zaki Laïdi Textuel, Paris, 1997,125 pages FRANÇOIS N O R M A N I) LE DEVOIR Les uns la clouent au pilori, l’accusant de tous les maux de la terre, les autres l’encensent aveuglément comme une idole, comme certains milieux d’affaires; la mondialisation ne laisse décidément personne indifférent.Une voix mitoyenne commence heureusement à faire son bonhomme de chemin.La mondialisation n’est pas prédéterminée et, a fortiori, il ne faut pas la subir bêtement comme une calamité.Bref, la mondialisation prendra la forme que les sociétés voudront bien lui donner.C'est l’idée que défend le Français Zaki Laïdi, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CNRS) et professeur à Sciences-Po, dans son dernier cru, Malaise dans la mondialisation.Ce que l’on nomme communément mondialisation, livre-t-il, comprend en fait cinq mondialisations qui sont à l’œuvre depuis le milieu des années 80: ¦ la mondialisation des marchés, qui nous fait basculer de la compétition entre sociétés; ¦ la mondialisation des communications qui, à travers la révolution de l’information, crée des conditions inédites de communication sociale; ¦ la mondialisation culturelle qui, à travers l'irruption des sociétés ci- viles, accroît considérablement le nombre d’acteurs dans le jeu mondial; ¦ la mondialisation idéologique, marquée par la radicalisation du libéralisme et de ses prétentions; ¦ la mondialisation politique, qui se traduit par la fin de la rente séculaire de l’Occident sur le reste du monde.Et cette mondialisation, prise dans son ensemble, remet de plus en plus en question le rôle ou la pertinence de l’Etat-nation, fruit de la révolution industrielle, indique Zaki Laïdi.Di nationalisation des marchés, aux XIX' et XX' siècles, avait entraîné la nationalisation des programmes sociaux, des services, des syndicats, et ce après de chaudes et de âpres luttes.Aujourd’hui, fait-il observer, la mondialisation à laquelle nous faisons face, et plus particulièrement celle des marchés, n’a justement lias de dispositifs représentatifs comme les mécanismes de redistribution, qui continuent à être organisés sur une base strictement nationale.«Il y a donc un risque assez grand de voir s’accentuer cet écart entre une demande sociale structurée sur des bases mondiales et une offre politique qui continuera à s'exprimer sur une base nationale, et cela tant que Ton disposera d'institutions supranationales ou de mécanismes de redistribution supranationaux», livre l’auteur, qui nous invite à voir la mondialisation comme une promesse, une source de créativité, et non comme une fatalité.Syndicats internationaux, humanisation des conditions de travail à l’ensemble de la planète, éducation pour tous, voilà quelques promesses de la mondialisation.Mais pour ce faire, les hommes et les femmes du mon- \ 'Iwf f conve r demain de entier devront se mobiliser pour façonner, durant le prochain siècle, la grande civilisation humaine et planétaire, si chère au généticien et philosophe français Albert Jacquard.Mais d’ores et déjà, le monde tel que nous l’avons connu est voué à disparaître, et rien ne sera plus comme avant.D’où la peur et le dégoût qu’inspire encore la mondialisation chçz plusieurs d’entre nous.Ecrit sous forme de questions-réponses, Malaise dans la mondialisation est un bon livre, tant pour ceux qui connaissent le sujet que pour ceux qui désirent s’y initier, et ce même si après sa lecture on demeure malheureusement sur son appétit, le texte de l’ouvrage ne faisant que 131 pages.mm 9®.- .A tous les lecteurs de Michel Tremblay Marcel, Thérèse, la Grosse Femme, Édouard (la Duchesse de Langeais), Albertine, Marie-Lou, Hosanna: vous les connaissez bien.Vous les côtoyez dans les livres, au théâtre, dans la vie.Ils sont nés de l'imagination du plus important dramaturge et romancier québécois.Ils sont inoubliables.La littérature leur a conféré une incontestable grandeur.Ils pourraient être vos voisins.Le 12 novembre prochain, votre libraire recevra le nouveau roman de Michel Tremblay.Il s’agit du 6e tome des Chroniques du Plateau Mont-Royal, au titre à lui seul évocateur: Un objet de beauté Pour l’occasion, écrivez une lettre à Michel Tremblay.Dites-lui ce que vous aimez dans ses livres.Quels sont vos personnages préférés.Et pourquoi.Faites-le maintenant.Vous serez peut-être parmi les cent cinquante lecteurs privilégiés à être invités au lancement d’Un objet de beauté, qui aura lieu le lundi 17 novembre, à Montréal, en présence de l’auteur, de ses amis, des libraires, de quelques journalistes et de vous, lecteurs passionnés.£crivez-lui dès maintenant.Adressez votre courrier à : MICHEL TREMBLAY Aux bons soins de l’Association des libraires du Québec 1306, rue Logan Montréal (Québec) H2L 1X1 N’oubliez pas d’inscrire votre adresse dans le coin supérieur gauche de l’enveloppe.Sur réception de votre lettre, l’Association des libraires du Québec votas adressera une invitation officielle vous précisant l’endroit et l’heure du lancement.Seuls les auteurs des cent cinquante premières lettres reçues seront invités au lancement à’un objet ne beauté.Serez-vous du nombre ?Une collaboration de Leméac Éditeur et de l’Association des libraires du Québec Un livre, un libraire, un lecteur : le nouveau triangle» e C-7B I.K I) K V 0 1 U .1.K S S A M K II I I • " K T I) I M \ \ ( || K X (I V K M H lî K I il !» 7 I) (I LIVRES- LITTÉRATURE FRANÇAISE Rage à trente ans C’est dans la vie qu’on apprend à vivre, pas dans les livres LES PAPAS ET LES MAMANS Diastème Editions de l'Olivier, Paris, 1977,139 pages GUYLAI NE M^SSOUTRE Le défi, pour un jeune auteur qui lance un roman sur la place publique, est d’éviter à la fois les clichés et la prétention.Prenons, par exemple, l’idée que c’est toujours mieux chez les autres.Eh bien, Diastème, dont la signature sans prénom fait penser à Reiser et à Cavanna, s’est donné comme point de départ cette conviction qui hante les adolescents et, de cette fraîche immaturité, il tire un ouvrage drôle, plein de pochades bon enfant et de clins d’œil irrévérencieux à la morale publique.N’y cherchez pas de quoi changer le monde.Mais c’est quand même un pavé sympathique dans cette saison littéraire, en marge des grandes publications.Somme toute, il existe une littérature populaire qui, sans mépris, se tient ioin des exercices cérébraux et des dissections en pleine irréalité.Les Papas et les Mamans est un ouvrage fragmenté, non pas un roman mais un recueil de dix-sept nouvelles sulfureuses, dont la dernière donne le titre au livre, et d;uis lesquelles un narrateur se rince l’œil pour pas cher dans le logis des copains.Réservoir d’argot et de langue familière, orale, voire d’un goût douteux, cette chronique des milieux populaires se rattache à l’univers du polar.L’écriture y adopte un style que Maurice Dantec a nommé «sub-réaliste» — entendons par là plus vrai que vrai, au fond des ruelles.«Quand il ne passait pas son temps à ruiner mon tarbouif avec son manche de basse, Victor était un type très bien.» Mais ici, pas d’énigme ni de détective.On plonge dans le quotidien comme au creux d’une jungle ou des égouts d’une grande ville.Il vous faudra balader votre torche sur des boulevards mal éclairés, dans des chambres closes de banlieue et passer par-dessus quelques tas d’immondices.En chemin, la vie fera irruption avec truculence, avec son bagage de rêves, d’émotions, de sexe et de figures mal dégrossies, sorties un peu au hasard de la mégapole parisienne, surtout de sa périphérie.Chaque chapitre comporte un exergue amusant sur les relations familiales.Milivog Slavicek, Euripide, Steinbeck, Muslah-al-Din Saadi, Hugo, Pierre Louys, Stendhal, Michel Audiard — le maître de Diastème, en fait —, Salinger, Moravia, Collodi, Woody Allen, Richard Brautigan, G.C.Lichtenberg., l’éclectisme sert moins la leçon que le plaisir des trouvailles.Un jeu de lectur» s’instaure alors.Jacques Brassard L’Oiseau de feu J.1rs année* d’cnancc LEMEAC PIERRE SAMSON Un garçon de compagnie PIERRE SAMSON UN GARÇON DE COMPAGNIE LES HERBES ROUGES I ROMAN «Quelle est la célèbre phrase de Cocteau à Diaghilev ?Étonne-moi ! Eh bien, cela est le cas avec Samson.» Jean Fugère, chroniqueur littéraire 250 p-, 16,95 S D’abord, vous buterez sur le rébus qu’est la citation, avant d’être happé par une anecdote cocasse.Puis vous achopperez sur des dialogues syncopés, sur le jeu des capitales et des italiques, sur les nombreux points de suspension, d’exclamation, d’interrogation et maintes expressions salées, et vous entendrez des voix s’égosiller à travers les pages, s’interpeller dans la bonne humeur et se lancer des sottises.Esprit sérieux, s’abstenir, sous peine de devoir répondre à la question suivante: de qui se moque-t-on?lin bécot sec et rapide Patrick, musicien rocker, rôde nonchalamment avec ses potes autour de jolies filles pour leur voler un baiser.C’est le fil conducteur de l’ouvrage.Les parents se plantent immanquablement dans le décor.Surprise! Voici l’insolent Romain et son père au volant, assez distrait ]x>ur faire un carton mortel sous ses yeux; Sylvie, la racoleuse des copains de sa fille; Gérard, l’alcoolique au gros rouge; Edwige la pécheresse huppée, tout aussi imbibée que le vulgaire Gérard; le père d’Antoine, ce professeur d’université exhibition-n' œ; Guthrun, qui fait de si bons si dwichs avant les matchs de rugby dt garçons; Vie, la délurée de seize ans; Caria et son père le mafieux; il y a aussi cette fille à portée de mains — pas le temps de dire son nom tellement elle est excitante, quand on a quatorze ans et qu’on est sûr de son çoup sans savoir s’y prendre.Revoici Eric, le fils de Gérard, le jour de son mariage, qui retrouve sa mère disparue deux ans auparavant Et encore, il faut entendre Romain parler de son père, que la maladie a achevé en un tournemain, et voir ensuite le même ostrogoth étaler sa cochonnerie chez Alice.Quant à Victor, il sait tout de la vie sexuelle de sa mère, y compris ce qui s’est passé quand elle a découvert l’homosexualité de son mari.Heureusement, certains récits sont plus délicats.Telle femme laisse le souvenir d’un véritable parfum, et tel copain de classe, mort subitement, donne le goût d’oublier la frime.L’âge adulte finit par arriver.C’est le sourire divin d’une femme, une mère divorcée, qui marquera la fin d’une éjxique.N’allgz pas croire que l’âge a tout effacé.A trente ans, ce sont encore les mêmes obsédés.Mais la naïveté s’est émoussée et, pour la voir renaître, il est temps de faire des bébés.Branché, le style «grande gueule» de Diastème offre quelques bonnes pages d’humour décapant.Racoleur aussi, il a ceci de sympathique que le narrateur ne se prend jamais au sérieux.«J’ai l'air cynique, comme ça.C'est un style.Pour faire celui qui en a.Ou qui veut s’en donner.Imaginez: vous demandez un truc à un type et le type fond en larmes.Pas très sérieux, tout ça.» La gouaille y est plus influencée par les dialogues du cinéma français actuel que par le rire rabelaisien ou p;u-le libertinage scandaleux des épicuriens du Grand Siècle.Pourtant, l’outrance langagière demeure libertaire.Mais Diastème n’est pas Laclos; il est difficile de dégager ce livre d’une nouvelle mondanité, car les rapports sociaux, même déréglés, n’évitent pas les techniques convenues de la séduction.Oublions un moment le véritable exercice de sape qui irait chatouiller la censure.Diastème demeure raisonnablement polisson.Si la veine grivoise nous rappelle que la trivialité est le plaisir premier de la jouissance populaire, une certaine façon de mordre dans la vie, et que le dévergondage, dans un récit, nie le sentimentalisme et les bienséances, cet auteur un rien bohème singe le ridicule d'existences éphémères, débitant avec esprit des bagatelles obscènes et des mots gentils.POÉSIE Écrire l’effroi LE EROID COUPANT DU DEHORS GÉOGRAMMES 3 Paul Chamberlain!, L’Hexagone, coll.«Itinéraires» Montréal, 1997,98 pages LES VENTS DE L’AUBE France Boisvert, VLB Editeur, coll.«Poésie» Montréal, 1997,69 pages DAVID CANTIN La poésie peut-elle servir d’intermédiaire pour l’analyse des grands problèmes sociaux du monde actuel?En puisant à travers de multiples registres, c’est un peu ce dilemme fragile que Paul Chamberland met en relief dans son projet des «géogrammes» entamé au début de la décennie 80.Après deux tomes volumineux, il termine maintenant ce triptyque avec un recueil plus condensé et unificateur qui couvre la période de 1992 à 1996, Le Froid coupant du dehors.Mais au fait, comment définir la fonction ainsi que le rôle du «géogramme» dans la poésie québécoise contemporaine?Parallèlement au poème, le «géogramme» cherche à créer un lieu d’expérimentation du langage qui coïncide avec le tumulte des conflits mondiaux.Grâce à un rythme effréné, une prose volontairement exploratoire tente de définir la situation de l’homme dans son lien difficile au réel en cette fin de siècle.De façon globale, il s’agit d’une forme de laboratoire du poème où l’on cherche à repousser les limites même du genre ainsi que du langage.Depuis Le Multiple Evénement terrestre, Géogrammes 1 (l'Hexagone, 1991), cette forme que peaufine Chamberland trouve sa véritable expression dans le dernier volet qu’il lui consacre.Avec sa part d’excès.Im Froid coupant du dehors met en jeu une critique impitoyable d’une société enfouie dans sa lente catastrophe.«Une ville.Pareille à des centaines d'autres.D’interminables parcours sous un ciel vide.De partout l'enfilade des rues mène aux chantiers gigantesques et jamais achevés [.] Des somnambules y circulent dans le délabrement ou, prostrés des heures dans des renfoncements, ruminent de ternes rancunes.Les regards, accrochés au passage, filtrent un venin discret mais sûr le voyageur égaré dans ces labyrinthes ne s’en échappera ja- mais.Il n’entendra plus les chants.Im Terre est morte.» Au delà des informations et des anecdotes effroyables, Paul Chamberland donne à sa vision une portée universelle qui déstabilise en conciliant la verve lyrique dims un cadre éthique.Loin d’un débordement syntaxique gratuit, le poème se rapproche plutôt de l’essai polémique capable de passer de la détresse immédiate à l’ironie la plus grinçante.Dans la dernière partie du recueil, le «géogramme» va jusqu’à retrouver la structure du vers libre très expansif.En évitant le piège des leçons de morale, Paul Chamberland réussit à guider l’essor d’une réflexion poétique et philosophique où le passé se mesure au présent.Explorer une forme littéraire Pour France Boisvert, chaque livre s’ouvre sur l’exploration d’une forme littéraire qui permet ainsi de mieux comprendre le motif de l’identité québécoise, du conte ou-Üpien Li Tsing-tao (l'Hexagone, 1989) au poème-manifeste Massawippi (l'Hexagone, 1992).Avec Les Vents de l’aube, il est curieux de voir à quel point ce recueil en prose cherche à correspondre avec la «géopoétique» de Chamberland.On retrouve d’ailleurs certaines analogies précises (les références à IBM et Benetton) dans la dénonciation radicale de ces projets.Par contre, le souffle de Boisvert ne rend pas cette démesure enivrante qui donne au texte de Chamberland toute sa conviction.En lisant ce troisième livre de poèmes de Boisvert, on croit traverser deux recueils qui se recoupent en alternance.D’une part, un ton intimiste qui accumule les fragments du quotidien suivi d’une parole beaucoup moins sereine, où se condense l’effroi devant le tourbillon planétaire: «Je tue le temps avec ma plume, pistolet à plombs d’anamnèse scandé d'une marche militaire.Une fête de forains domine la ville et depuis le spectacle de son cirque, je recherche la clé qui mène aux chants disparus.Une, deux, feu le temps, je ressuscite.» Je ne crois pas que de tels effets puissent créer une impression convaincante des vertiges émotionnels et des craintes mondiales.Peut-être qu’une structure formelle différente aurait produit un tout autre climat poétique?Malheureusement, Les Vents de l'aube me laisse avec le sentiment que cette œuvre n’a pas encore trouvé sa plénitude.LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Il y a deux siècles LA CHRONIQUE DE TRAVNIK Ivo Andric Nouvelle traduction du serbe par Pascale Delpech Belfond, Paris 1997,511 pages TITANIC ET AUTRES CONTES JUIFS Ivo Andric Postface de Radivoje Konstantinovic Traduction du serbe par Jean Descat Belfond, Paris 1997,154 pages NAIM KATTAN Ivo Andric obtint le prix Nobel en 1961, alors qu’il était ce qu’on appelait encore un écrivain yougoslave, et c’est une excellente entreprise que de publier une nouvelle traduction de son grand roman La Chronique de Travnik.Plus que nombre d’ouvrages historiques et politiques, cette chronique dresse pour nous l’arrière-plan de la tragédie que vit depuis plusieurs années la Bosnie.Andric est né en 1892 dans la ville bosniaque Travnik et est mort en 1975 à Belgrade.Avant la Deuxième Guerre mondiale il prit part à la lutte nationale yougoslave et fut pendant de nombreuses années diplomate.La Yougoslavie occupée, Andric passe les années de la tourmente à réfléchir sur le sort et l’histoire de son pays et plus particulièrement sur ceux de sa Bosnie natale.Deux ouvrages, deux monuments littéraires, en résultent: Le Pont sur la Drina, paru à Paris en une nouvelle traduction voici quelques années, et Im Chronique de Travnik.Andric effectue un retour en arrière.L’action de ce livre se déroule entre 1806 et 1814, années du séjour à Travnik de Jean Daville, consul de Napoléon.Cet ouvrage n’est pas, à proprement parler, un roman historique.Il s’agit, tel que le titre l’indique, d’une chronique quasi quotidienne de la vie d’une ville, Travnik.Nous sommes à l’époque où l’Empire ottoman règne sur la région.Comme c’est le cas dans la Bosnie actuelle, la population de Travnik se partage entre trois communautés religieuses qui se confondent ou cherchent à se confondre avec des ethnies: les musulmans turcs, les orthodoxes serbes et les catholiques croates.En plus de constituer la majorité, les musulmans bénéficient de la protection de l’Empire, du lointain sultan et de son délégué, le vizir.Obéissant à la pratique de l’administration ottomane, la ville est divisée en millets, en communautés autonomes.Les étrangers sont, quant à eux, les protégés de leurs pays d’origine, par l’entremise des représentants diplomatiques.Une bourgade perdue Andric ne fait point une description idyllique de sa ville natale.Travnik est une bourgade perdue, aux prises avec les tempêtes de neige l’hiver et la chaleur torride l’été.Elle ne reçoit qu’après coup, et d’une façon atténuée, les échos des événements qui se déroulent dans les capitales.Ainsi, par le rappel du vizir et de son remplacement, la population apprend qu’à Constantinople le sérail est déchiré par lçs intrigues et secoué par un coup d’Etat.Le consul de France reçoit successivement des nouvelles des victoires et de la défaite de Napoléon.Le consul d’Autriche, von Mitterer, apprend, tour à tour, le rai> prochement et le conflit entre son pays et la France.Dans la vie quotidienne, la ville est plongée dans l’ennui et les seuls incidents qui surviennent entre communautés.Calme relatif, précaire, et paix fragile.Il suffit d’un relâchement de l’autorité pour que les fanatismes se déchaînent et qu’aventuriers et voyous LES HERBES ROUGES / ROMAN Le Monde dans tous ses étals L’ETAT DU MONDE Le seul annuaire économique et géopolitique mondial Un bilan de l'année dei MMS YALE Ull l‘HIH\ l«< yt I t.HOIMS 1*01 Ml *V*w l»v»« f.l*lk>V M.AM POP Ml.IIOIMS —i.i (HUiAr M I poi mi s choisis 1 % à 22h Linnee 362 jours p 1 120, ave.laurier ouest ou t re mon t, mo n t réa I tel.: 27*1-3669 • téléc.: 27*1-3660 j o h n s a u I la civilisation inconsciente essais payot Les Éditions LOGIQUES Éditions du Noroît Michel Beaulieu Indicatif présent 96 pages illustré La Vie de château Jacqueline Bellot 80 pages illustré Les Vacances Jacqueline Bellot Marie Uguay Poèmes Sairtt-Denys Garneau Poèmes choisis COURRIER Retour au Proche-Orient Votre collaborateur, Jocelyn Cou-Ion, dans un compte rendu de mon ouvrage Le Proche-Orient éclaté-II ((U’ Devoir, 19 juillet 1997), dont je n’ai eu connaissance que récemment, m’a paru fort contrarié, au point d’employer des termes désobligeants.¦ Pour ceux de vos lecteurs qui connaissent mes ouvrages, ces accusations auront paru, bien sûr, sans fondement.Mais pour ceux qui n’ont pas lu le tome I du Proche-Orient éclaté, qui porte sur la période 1956-1990, les affirmations de l'auteur du compte rendu doivent être redressées.1.Sur le processus de paix, tout comme votre collaborateur, j’aurais été bien plus heureux, en particulier en tant que Libanais, de voir la paix régner au Proche-Orient et la violence supprimée en Palestine et au sud du Liban.Par ailleurs, contrairement à son affirmation, les dérapages sont décrits de façon égale qu’il s’agisse des violences israéliennes (colons et armée) ou de celles des groupes palestiniens armés.On ne peut tricher, ici, les faits étant signalés chaque fois par la grande presse internationale que je cite de façon rigoureuse.Par ailleurs, il est du devoir d’un homme de paix et de l’historien attentif que j’essaye d’être d’expliquer pourquoi les accords d’Oslo ne pouvaient donner de résultats, en raison des fondements, plus clinquants que mûrement réfléchis, sur lesquels ils ont été bâtis.2.Pour ce qui est de Saddam Hussein, il est aussi du devoir de tout historien consciencieux de montrer les souffrances aiguës que supporte la société irakienne du fait du maintien de l’embargo économique contre l’Irak, six ans auprès de la presse occidentale et des rapports des organismes internationaux dont la Croix-Rouge suisse.La logique suivant laquelle la souffrance des Irakiens (de toutes ethnies ou confessions) est justifiée par la nature du dictateur irakien ne me paraît pas acceptable, en conscience.Par ailleurs, on ne peut imputer, toute objectivité, à Saddam Hussein les violences qui se déroulent en Algérie ou au Soudan ou l’occupation du Liban par la Syrie et Israël.En tout état de cause, les ouvrages décrivant les horreurs de la dictature irakienne sont clairement cités en page 50 de mon livre.3.Enfin, pour ce qui est du Liban, les pages 174 à 183 sont consacrées à une analyse de ce que j’appelle «la déchéance du Liban», titre on ne peut plus éloquent du statut diminué de mon pays, notamment du fait de la présence politique et militaire syrienne qui est dénoncée tout au long de l’ouvrage, de son introduction à sa conclusion.Je ne pouvais pas, évidemment, en tant qu’historien, faire abstraction des conditions de l’occupation israélienne du sud du Liban et des deux grandes opérations meurtrières menées par l’armée israélienne contre cette région du pays, d’abord en 1993, au moment même oii le processus de paix est censé déboucher, puis à nouveau en 1996.Quant aux agissements dits «pervers» des Palestiniens et autres groupes libanais ayant entraîné «la destruction du Liban», ces agissements se sont déroulés durant la période 1975-1990 qui ne fait pas l’objet de cet ouvrage portant sur la période 1990-1996.Un compte rendu honnête n’aurait même pas eu l’idée de reprocher à l’auteur de ne pas couvrir des événements qui se sont déroulés hors de la période étudiée.Un compte rendu tant soit peu informé aurait indiqué au lecteur, sur cette question, que ces agissements palestiniens ont été largement décrits dans le tome I du Proche-Orient éclaté.Par ailleurs, un de mes ouvrages est consacré à cette question; il s’agit de Liban: les guerres de l'Europe et de l'Orient (Folio/actuel); un autre ouvrage, L'Europe et l’Orient, de la balkanisation à la liba-nisation, histoire d’une modernité inaccomplie (lui Découverte, 1989), rend aussi très largement compte des dérapages violents et inacceptables de la coalition dite à l’époque «palestino-progressiste» au Liban.Georges Conn Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd’hui 1cr novembre de 15 h à 17 h.Lise Gauvin A une enfant d’un autre diècle LEMÉAC Distribution exclusive LOGIDISQUE 1225, rue de Condé Tel.: 933-2225 Fax : 933-2182 logique@cam org htlp/Awww.logique.com Serge Legagneur Poèmes choisis 1961-1997 XYZ éditeur 1781, tue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3ZT Téléphone : 525.21.70 • Télécopieur : 525.75.37 Michel Beaulieu Poèmes choisis Jacques Brault Poèmes choisis 1965-1990 Poèmes inédits Ensemble disque compact et livre j Tous les titres de la collection sont disponibles en cassettes audio.C'est un monde d'enfants! Émile Nelligan Poèmes choisis Geneviève Amyot Je t'écrirai encore AUTOUR DU TEMPS ANTHOLOGIE DE POÈTES QUÉBÉCOIS CONTEMPORAINS ESSAIS QUEBECOIS Lecture obligatoire Marie Auger Tombeau cditcur 72 pages illustré La Ferme laitière Jacquelline Bellot 24 pages album couleur Zoé en automobile Isabelle Richard et Bruno Rouyèrc 24 pages album couleur Zoé à la garderie Isabelle Richard et Bruno Rouyèrc en est l’ultime illustration.Nous vivons donc dans une civilisation aveuglée par les mécanismes du profit et de la technologie.Une civilisation inconsciente du fait que le doute, la compassion, le travail de la mémoire et le bien public définissent davantage l’humanité des hommes que la certitude, le cynisme, la peur du temps qui passe et l’intérêt personnel.L’adjectif «inconscient» renvoie aussi, ici, à la psychanalyse dont le succès* au XX' siècle — succès quand même assez limité, ajouterions-nous — décrit bien, selon l’auteur, la manière hystérique avec laquelle l’homme scrute sa conscience personnelle.L’écriturç de John Saul est claire et éclairante.A lire Im Civilisation inconsciente, on se sent tout d’un coup intelligent.C’est dire la force évocatrice des rapprochements suggérés par l’auteur.De prime abord, les idées de John Saul ne paraissent pas particulièrement originales.Nombreux sont les auteurs qui aujourd'hui dénoncent la technocratisation des sociétés modernes et l’arbitraire de l’idéologie néolibérale.La différence se trouve dans l’approfondissement de ces idées et dans la manière de montrer leurs ramifications dans l’histoire, la littérature et la philosophie.Plus accessible que Les Bâtards de Voltaire, 1m Civilisation inconsciente en est de fait un condensé.Un condensé très d’actualité.Au rythme où vont les choses, bientôt ce sera toute l’œuvre de M.Saul qu’on devra rendre obligatoire chez les dirigeants d’entreprise et dans les écoles.Y compris les écoles de gestion, avant que celles-ci, selon le souhait même de l’écrivain canadien-anglais, ne disparaissent, dernières des divinités à devoir un jour se faner.rosal@videotron.ca Vous avez lu Le ventre en tête ?Alors, vous connaissez le talent époustouflant de Marie Auger.Tombeau ; une écriture forte qu'ot reçoit comme un coup de poing ! 24 pages album couleur Zoé à l’hôpital Isabelle Richard et Bruno Rouyère IA CIVILISATION INCONSCIENTE John Saul Payot, Paris, 1997,220 pages Il faudrait rendre cet ouvrage obligatoire dans les écoles de gestion et les officines du pouvoir de même qu’à tous les niveaux de l’éducation dite supérieure, avions-nous affirmé à la parution de Le Compagnon du doute, l’ouvrage précédent de John Saul.Permettez que nous renchérissions sur les qualités intellectuelles de cet écrivain natif d’Ottawa à l’occasion de la parution de La Civilisation inconsciente, version expressément française de 7he Unconscious Civilization (Free Press, 1995).Ici, John Saul reprend, affine, affûte, synthétise les thèses qu’il défendait déjà avec force érudition dans les quelque six cents pages de Us Bâtards de Voltaire — à savoir, principalement, que nous vivons dans une fausse démocratie et que nos élites ont une vision technocratique de la réalité —, tout en leur donnant un tour un peu plus économique.Détournement de démocratie Comme d’habitude, la réflexion de M.Saul surgit au détour de questions dont les termes constituent déjà un programme.Pourquoi l’élite la plus nombreuse et la mieux éduquée de l’histoire insiste-t-elle tant pour remettre le pouvoir — gagné par nous, les citoyens, et que nous leur avons confié — dans les mains de technologues et de bureaucrates déguisés en banquiers et en économistes?Pourquoi ces managers du pouvoir jouissent-ils d’une si grande popularité (comme le montre la couverture médiatique des bouleversements boursiers à travers le monde)?Est-ce vraiment la révolution industrielle qui a élevé notre niveau de Vie et nous a apporté une prospérité d’une envergure sans précédent?Les réponses à ces questions ne sont pas simples.Mais en bon écrivain et philosophe, John Saul a compris que l’enjeu est d’abord terminologique.Son travail est un peu celui d’un lexicologue des idéologies.Pour distinguer les idées, il lui faut donc dissocier des termes qui, pour nos oreilles sans cesse rebattues par les diktats à la mode, sont devenus redondants, voire synonymes.Ainsi, pour le dire succinctement, l’économie ne se résume pas aux marchés monétaires.Le capitalisme ne doit pas être confondu avec le management.Iœ libre marché n’est pas la démocratie.Et une dette publique n'est pas un péché capital.Di confusion entre libre marché et démocratie, en particulier, est très révélatrice de l’organisation corporatiste de la société moderne.Par corporatisme, Jolfti Saul désigne ce qui mine la représentativité des gouvernements, à savoir le fait que les individus sont aujourd’hui considérés de moins en moins comme des citoyens appelés à voter et à conférer une légitimité aux institutions et de plus en plus comme des représentants de groupes d’experts et d’associations professionnelles de toutes sortes.D’où la désaffection des populations pour le processus électoral (n’est-ce pas le poète et musicien Richard Desjardins qui disait dans un de ses monologues que, maintenant que les femmes et les autochtones ont obtenu le droit de vote et que nous vivons dans une démocratie totale, il ne nous reste plus qu’une chose à régler: avoir le choix quand nous allons voter?).L’effet de cette bifurcation du sens de lq démocratie est que les Etats sont maintenant gérés au moyen de négociations constantes entre ces intérêts divers, par l’intermédiaire de consensus (le débat actuel sur la laïcisation des structures scolaires du Québec en est un exemple patent).Pour John Saul, la démocratie est la forme suprême du désintéressement, elle n’a rien à voir avec les intérêts de chacun.Une approche biblique • de la dette publique John Saul ne fait pas que définir et dénoncer.Il remonte dans le temps pour montrer que la démocratie et la prospérité ne sont pas nées avec la révolution industrielle, que si l’on retourne à l’Antiquité, on constate que Socrate fut plus démocrate que Platon parce que moins élitiste, et qu’Adam Smith et David Hume ont été très mal lus, s’ils le furent jamais, par les chantres actuels du néolibéralisme.Contrairement aux prétentions des économistes mercantilistes issus de l’école de Chicago, les deux philosophes anglais n’ont jamais suggéré que le-système démocratique était un dérivé de la libre entreprise.La main invisible n’explique pas tout.Mais les économistes, dans une société managériale, ont la cote, ce qui leur permet d’expliquer l’inexplicable (par exemple: comment peut-on dire en même temps que.le pays fait faillite et qu’il connaît une croissance réelle?), comme le faisaient le catholicisme médiéval et l’Inquisition (Dieu est essentiellement bon et généreux, c’est pourquoi nous devons vous torturer), c’est-à-dire par une entourloupette plutôt douloureuse.A l’instar des scolastiques médiévaux, les économistes et les managers sont les serviteurs d’un dieu.Mais leur dieu se nomme Ecu.C’est ce que M.Saul appelle la dévotion religieuse au marché ou encore l’approche biblique de la dette publique.Qu’on se comprenne bien.John Saul n’en a pas contre le commerce lui-même.Le commerce, comme tout autre mécanisme économique, peut être extrêmement utile, au m'ornent opportun.Mais il ne peut de lui-même, ni par lui-même, résoudre les problèmes de société.La prépondérance acquise par des marchés monétaires carburant à la spéculation, en dehors de tout rationalité commerciale véritable.Robert Sa I e 11 i Comment peut-on dire en même temps que le pays fait faillite et qu’il connaît une croissance réelle ? L K I) K V I) I II , 1.E S S A M EDI I E T I) I M A N C II E 2 NO V E M II li E I !» ! I) (S E H R E S - - L I V T R U F O MIST O L’esprit potache DICTIONNAIRE DE PENSÉES POLITIQUEMENT TORDUES Daniel Mativat et Louis Vachon Editions Tryptique, 316 pages Il y a une quinzaine de jours, on vous avait signalé que deux esprits ma-, lins aux entournures avaient composé un hilarant Bêtisier des philosophes.Aujourd’hui, voilà que la maison d’édition Tryptique nous propose un bouquin tout aussi sain, tout aussi tonique que celui nommé.Il s’agit du Dictionnaire de pensées politiquement tordues.Concocté par deux profs de Montréal heureusement animés par l’esprit potache, par l’ironie, ce dictionnaire est une.obligation! D’autant plus que même l’avant-propos est coulé dans le tonique.Le moins que l’on puisse dire, c’est que Daniel Mativat et Louis Vachon ont de l'esprit.Bref, ils ont ce qui fait cruellement défaut à cette époque, qui se distingue peut-être par ceci: accélérer le rythme de l’histoire en l’emmaillotant dans la mollesse langagière.Dans leur avant-propos, les auteurs présentent leur aventure jouissive à tous égards ainsi: «Imposée par les groupes de pression et les leaders d’opinion les plus idéologiquement suspects, cautionnée lâchement par les médias, codifiée et institutionnalisée par le ministère de l’Education, la rectitude politique n 'est plus simplement un phénomène de mode, mais apparaît bel et bien comme un autre avatar menaçant de la bonne vieille pensée totalitaire.» Et vlan! Le pire, c’est qu’ils ont mille fois raison.Ça continue.Ça continue ainsi: «Qu’elle [la rectitude politique] vienne à triompher en bâillonnant les derniers hurluberlus qui osent lui résister et il n’y aura bientôt plus qu’une seule manière de s’exprimer, sorte de langue de bois universelle ou de novlangue orwellienne, parfaitement neutre et sans relief, anodine et rassurante, bannissant bien et bien entendu toute raillerie, tout humour décapant, toute verdeur et toute provocation, bref, tout ce qui fait la vie de l'esprit.» Ce dictionnaire «est avant tout un cri de protestation qui veut rappeler à tous les nouveaux puritains et à tous les défenseurs des bébés phoques ou des minorités opprimées de la Mongolie intérieure que la liberté d’expression, c’est aussi le droit de dire des choses choquantes, des méchancetés, des horreurs et même des conneries hénaurmes».Allons-y avec des exemples.Et puisque nous sommes dans le cahier des Livres de votre journal, amorçons le tout avec les vacheries d’écrivains sur d’autres écrivains.Vacheries d’écrivains A propos de Claudel, on a retenu l’observation suivante de Camus: «Claudel.Ce vieillard se ruant à la Table Sainte pour y bâfrer des honneurs.Misère!» Et celle de Jouvet: «Claudel ne comprend rien à son propre théâtre.» A propos de Chateaubriand, voici ce qu’en pensait Flaubert: «Connu surtout pour le beefsteak qui porte son nom.» Et celle, délicieuse, de Talleyrand: «Monsieur de Chateaubriand croit qu’il devient sourd lorsqu'il n'entend plus rien.» En voilà une qui plaira aux américa-nophobes.Elle est de Boris Vian.«Le ridicule ne tue nulle part mais, aux USA, il enrichit drôlement.» Sur le nationalisme?«Le nationalisme est une maladie infantile, c’est la rougeole de l'humanité», selon Einstein.Il y a aussi celle d’Alain Pontaut: «U nationalisme ne mène nulle part, qu’aux culs-de-sac de l’histoire.» Allons vers l’argent, le fric, le capitalisme.«Le capitalisme, c’est l'exploitation de l’homme par l’homme; le communisme, c’est l’inverse», d’après Arthur Koestler.Sur l’argent: «Il faut prendre l’argent là où il est: chez les pauvres», d’Alphonse Allais.«Il faut mépriser l’argent, surtout la petite monnaie», selon Cavanna.«Il existe un excellent moyen de gagner de l'argent: c'est d’acheter les gens au prix qu'ils valent et de les revendre au prix qu’ils estiment», dixit Jean L Morgan.A l’article «fric», on a repéré celle-ci: «Si j'ai bien lu Freud, les hommes auraient deux problèmes sur terre, le cul et le fric.Sachant que tout le monde a un cul, occupons-nous du fric.» C’est de qui?Coluche.Expert en petites méchancetés, voici ce que Marcel Achard disait à propos du calcul: «La femme a la passion du calcul: elle divise son âge par deux, double le prix de ses robes, triple les appointements de son mari et ajoute cinq ans à l’âge de sa meilleure amie.» Soyons équilibriste, passons au bonhomme.«Les femmes le savent bien que les hommes ne sont pas si bêtes qu 'on croit, qu ’ils le sont davantage», dixit Paul-Jean Toulet.«Je suis heureuse de ne pas être un homme, car, si cela était, je serais obligée d’épouser une femme», selon Mme de Staël.Et selon Pierre Desproges?«Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien.Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne.» Pour terminer?«Je préfère l’incinération à l’enterrement, et les deux à un week-end avec ma famille», de Woody Allen.LIVRE DE POCHE T Eloge du dico MARCEL JEAN Pour apprécier les dictionnaires, il n’y a rien de tel que d’en écrire un! Vous pouvez en croire mon expérience, puisqu’il y a une dizaine d’années j’ai eu le privilège de codiriger la rédaction du Dictionnaire du cinéma québécois (publié chez Boréal).Depuis cette époque, j’ai tout naturellement gardé une affection particulière pour les ouvrages dits de référence; je demeure solidaire de ces auteurs qui prennent le risque d’offrir au lecteur une telle masse d’informations en ne s’accordant pratiquement aucun droit à l’erreur.Cette semaine, donc, une tournée des dictionnaires et autres ouvrages généraux qui font l’actualité du livre de format compact.L’AVENTURE DES LANGUES EN OCCIDENT Henriette Walter, Le Livre de poche Paris, 1997,596 pages LE FRANÇAIS DANS TOUS LES SENS Henriette Walter Le Livre de poche, Paris 1997,416 pages Universitaire de renom et auteure de plusieurs ouvrages savants et de vulgarisation sur la langue et son histoire, Henriette Walter a vu plusieurs de ses livres couronnés de prix prestigieux.Le Français dans tous les sens, par exemple, a reçu le Grand Prix de l’Académie française, tandis que L’Aventure des langues en Occident s’est vu attribuer le prix spécial du jury de la Société des gens de lettres.La publication en format de poche des deux ouvrages déjà nommés de vrait vous inciter à y jeter un oeil attentif.En effet,* Mme Walter a le don précieux d’éviter toute lourdeur dans ses démonstrations qui sont souvent teintées d’humour.On prendra pour exemple les sept pages de L'Aventure des langues en Occident que Mme Walter consacre à la dénomination des pâtes en Italie, ceci pour illustrer l’abondance du lexique.Dans le même ouvrage, l’auteure consacre plus de deux pages au français au Canada, dont elle fait une description fort juste, ce qui est de bon augure pour les parties du texte que nous ne sommes pas en mesure de juger.Dans Le Français dans tous les sens, c’est huit pages qu’Henriette Walter consacre au Canada, toujours avec la même justesse.Cet ouvrage est d'ailleurs un merveilleux moyen d’apprendre à mieux connaître et aimer notre langue, dont l’histoire nous est racontée dans un style vif et précis.GRAND LIVRE DES CITATIONS EXPLIQUÉES Paul Désalmand, Philippe Forest Marabout, Alleur (Belgique) 1997,1148 pages Voici un livre qui, en fait, en regroupe trois, déjà publiés en format de poche chez Marabout: 100 Grandes Citations expliquées, 100 Grandes Phrases historiques expliquées et 100 Grandes Citations littéraires expliquées.Dans chaque cas, la citation est longuement commentée, selon une démarche qui s’articule en trois temps: situer la phrase dans l’œuvre d’où elle est tirée, l’analyser en fonction de ce contexte, puis l’envisager dans sa perspective actuelle.Une table des matières élaborée et un index riche facilite l’usage de ce gros ouvrage rédigé avec clarté et sérieux.LES GRANDES FIGURES DES MYTHOLOGIES Fernand Comte Larousse, Paris, 1997,430 pages Voici, divisée en approximativement 250 entrées, une initiation aux principaux panthéons et aux héros légendaires des mythologies grecque, romaine, mésopotamienne, égyptienne, nordique, etc.L’auteur, Fernand Comte, a notamment collaboré à 1 ’Encyclopedia Universalis.Son ouvrage est intéressant et bien fait, si vous ne désirez pas consacrer plus d’une douzaine de dollars au sujet.Si vous voulez investir davantage, le même édi- teur offre, pour une cinquantaine de dollars, dans la collection «In Extenso», Mythes et Mythologie, de Félix Guirand et Joël Schmidt, un dictionnaire et une histoire des mythologies comptant environ 900 pages et 1300 entrées.C’est, bien évidemment, beaucoup plus complet.Au lecteur, donc, d’évaluer ses ressources ainsi que ses besoins, car si vous cherchez seulement un bref commentaire se rapportant à un dieu comme Brahma, ou encore aux héros grecs Castor et Pollux, le livre de Comte devrait satisfaire vos exigences et prendra moins de place dans votre bibliothèque.DICTIONNAIRE DES DICTONS Agnès Pierron, Marabout, Alleur (Belgique), 1997,482 pages Agnès Pierron, une sommité dans le domaine des dictons, des proverbes et de la sagesse populaire (elle a signé de nombreux textes sur le sujet), offre ici un bien curieux dictionnaire, qui dans sa majeure partie énumère les fêtes religieuses et les dictons s'y rapportant.On y apprendra, par exemple, «qu’à Saint-Victor, moissonneur ne dort» (21 juillet) et que «Noël dans l'obscurité, la truie maigre va s’augmenter».Après avoir passé en revue les jours de l’année, Mme Pierron cite ensuite les dictons se rapportant à la faune, la flore et la météorologie.L’ouvrage intéressera donc ceux qui se passionnent pour la vie quotidienne et la pensée de nos ancêtres.Académie des lettres du Québec \9 Colloque des écf\\>aliA6 Organisé avec la collaboration du Centre québécois du PEN international de la Fondation Lionel-Groulx de l’Université McGill et du DEVOIR du 5 au 8 novembre 1997 ETHIER-BLAIS: Dictionnaire de lui-même Mercredi 5 novembre Bibliothèque nationale 1700, rue Saint-Denis 18 heures 30 Lancement d’un recueil d’hommages (Hurtubisc HMH) Cocktail, buffet 20 heures Table ronde: L’héritage intellectuel et culturel de Jean Éthier-Blais Jeudi 6 novembre 10 heures 14 heures Vendredi 7 novembre 10 heures 1 I 14 heures Samedi 8 novembre 10 heures Salle du Gesù (Auteuil) 1200, rue de Blcury Influences et confluences: France, Italie, Tunisie L’essayiste et le critique Salle du Gesù (Auteuil) 1200, rue de Bleury Le mémorialiste, le poète, le nouvelliste, le romancier Mystères de l’écriture Salle du Gesù (grande salle) 1200, rue de Bleury Profils d’Éthier-Blais, témoignages Renseignements: (514) 398-6881 CREL Q CENTRE DE «w RECHERCHE EN ¦ W LITTÉRATURE ?QUÉBÉCOISE BOURSE POSTDOCTORALE DU CRELIQ Le conseil de direction du Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l’Université Laval annonce la création d’une nouvelle bourse destinée à celles et à ceux qui ont terminé leurs études de 3e cycle en littérature.Cette bourse, au montant de 20 000 $, sera offerte à une personne répondant aux exigences suivantes : Exigences • Avoir terminé des études de 3e cycle dans une université autre que l’Université Laval ; • avoir procédé au dépôt pour soutenance de sa thèse de doctorat ; • s’engager à participer activement aux activités scientifiques d’un des trois axes de recherche du CRELIQ.Presentation du dossier • La candidate ou le candidat remplira un formulaire de demande de bourse en utilisant le modèle imposé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada (parties A, E et F) - soit en se servant de celui qui se trouve sur le site web du CRSH, soit en s’en procurant une copie au secrétariat du CRELIQ - ; • elle ou il joindra à sa demande un article publié dans une revue avec comité de lecture ou un chapitre de sa thèse.Le montant accordé est de 20 000 $.La personne sélectionnée obtiendra également une charge de cours rémunérée selon les tarifs en vigueur au Département des littératures de l’Université Laval.La bourse est offerte pour une durée de 12 mois à compter du 1er janvier 1998.Date limite pour le dépôt des demandes : 1er décembre 1997 Les dossiers devront être envoyés ou déposés, à l'adresse suivante : CRELIQ, bureau 7191, Pav.Charles-De Koninck, Faculté des lettres, Université Laval, Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4.Pour information, tél, : (418) 656-5373, télécopieur : (418) 656-7701, courrier électronique : creliq@creliq.ulaval.ca.Le jury sera composé des membres du comité exécutif du CRELIQ.li rendra sa décision avant le 15 décembre 1997.LA VIE LITTÉRAIRE Ecrire.hors Québec Là où ils sont, c'est dans une iner de littérature anglophone qu'ils baignent.Ici, où ils ne sont pas, c'est la littérature québécoise que l'on voit d'abord, et ils peinent pour s'y faufiler.Qui sont-ils donc?MARIE- A N I) R É E CH O 111 NARD LE DEVOIR Ils sont écrivains mais n'ont pas de chaumière au Québec.Us écrivent en français, pourtant, et sont semés un peu partout sur un territoire gigantesque.Ce sont tous ces écrivains que représente le Regroupement des éditeurs canadiens-français, lequel milite pour une reconnaissance plus facile en sol québécois.Au sein du regroupement, treize maisons d'édition, actives dans le secteur de la littérature générale mais surtout dans le secteur scolaire, qui constitue 80 % de son chiffre d'affaires.Le regroupement calcule que moins du tiers de son chiffre d'affaires (littérature générale) est attribuable à une percée au Québec, ce qui signifie que «ce secteur de l'édition canadienne-française compte pour 0,5 % du chiffre d'affaires de l’édition québécoise, lequel s'élève à environ 300 millions de dollars».En plus d’avoir de la difficulté à rejoindre le lectorat local, il est de surcroît difficile de pénétrer le marché québécois, constate le Regroupement des éditeurs canadiens-français, qui estime que le Québec est «une cible souhaitable et nécessaire» pour sa propre survie «même si le développement des ressources de diffusion du livre dans le reste du Canada reste leur premier objectif-.Pourtant, contre toute attente, le chef du Bloc québécois Gilles Ducep-pe faisait une sortie il y a moins d'un mois concernant la nécessité pour les artistes francophones de se réfugier au Québec pour être en mesure de vivre de leur art.Voilà que les acteurs du Québec nous encouragent à venir s’établir chez eux mais l’accueil qu’on nous y réserve, si l’on se fie à la popularité actuelle de nos livres, n’est pas extrêment chaud, dit le Regroupement.Dans une entrevue au Telegraph Journal de Fredericton, M.Duceppe avait déclaré que les artistes acadiens, donc désireux de travailler en français, devraient s’établir au Québec s’ils voulaient vivre de leur art et échapper aux affres de l’assimilation.M.Duceppe décrivait le phénomène d’assimilation des francophones hors Québec et démontrait l'incapacité du fédéral à mettre un frein à ce phénomène.«Ces créateurs sont extraordinaires, disait alors le politicien.Mais 90 % d’entre eux gagnent leur vie au Québec.Ils sont eux-mêmes la preuve que ça ne fonctionne pas à l’extérieur du Québec.» Citant le cas de l’Acadienne An-tonine Maillet, M.Duceppe s’est attiré les foudres de l’auteure de* Im Sa-gouine.«En réalité, j'ai l’impression — et il faudrait qu’on me prouve le contraire — que ces Québécois qui parlent comme ça ne croient pas réellement à la survie de l’Acadie», expliquait-elle en ces pages.A partir de ces données et dans un contexte tel que celui-ci, le Regroupement des éditeurs canadiens-français lance la réflexion autour de deux interrogations: en quoi l’existence des Canadiens français sert-elle ou dessert-elle la cause du Québec et du fait français au Québec?Et en quoi le Québec sert-il ou non les intérêts de la minorité canadienne-française à l’extérieur de son territoire?I^a Foire du livre de Brive via Internet ! Que faites-vous donc les 8 et 9 novembre prochains?Un saut à Brive-la-Gaillarde, ça vous dirait?Pour tous ceux et celles qui ont accès à InterneL l’aventure est possible.Pour une première année, le cégep de Joliette-Dè Lanaudière a organisé pour ses étudiants en création littéraire la possibilité de converser par écrit avec des auteurs et aussi des étudiants français participant à la Foire du livre de Brive (célèbre pour son train gastronomique).Pour en savoir davantage sur cette expérience inédite et y participer, il faut consulter le site Web du cégep Joliette-De Lanaudière: http://col-lanaud.qc.ca 1 L’adolescence de Nuit blanche Le magazine littéraire Nuit blanche fête ses quinze ans, et pour souligner ce passage, un numéro spécial re-groupant les meilleures entrevues publiées depuis ses débuts, en 1982, sera disponible en librairie le 17 novembre prochain.Dans cette édition-anniversaire de Nuit blanche, magazine couvrant la littérature écrite ou traduite en français (au Québec et'à l’étranger), figurent des entretiens avec une quarantaine d’écrivains dont Nicole Brassard, Julio Cortazar, Yolande Villemaire, Michel Tournier, David Homel et d’autres encore.Nouvelle revue en vue Un nouveau venu dans l’univers des revues littéraires est annoncé pour la semaine prochaine: en effet, l’Association des éditeurs anglophones du Québec lance le mRb (Montreal Review of Books) qui promet «un nouveau regard sur les livres de langue anglaise au Québec».Le mandat principal de ce dernier-né côté revues littéraires sera d’informer les lecteurs sur les volumes écrits et publiés en anglais au Québec.L’édition de jeudi du Mirror contiendra donc le mRb et une dizaine de milliers d’exemplaires seront distribués par l’entremise des librairies, et cela, à travers la province et dans quelques villes canadiennes.La publication bisannuelle — une édition automnale, une autre printiinière — fait notamment la critique du dernier livre de Mordecai Richler (Barney’s Version) et d’un autre de I.ouis-Bernard Robitaille (And God Created the French).Mille et un plaisirs Plaisir du vendredi, plaisir du vin allié à celui de l’astrologie — sur le ton de l’humour, et pourquoi pas?De quoi s’agit-il donc?D’un petit mot, en passant, pour souligner deux récentes publications au contenu épicurien et dont les auteurs, soit dit en passant, prêtent tous deux leur plume au Devoir.Plaisirs singuliers, de Josée Blanchette, est un recueil composé des petits bonheurs que l’auteure évoque chaque vendredi matin en ces pages.Dans un tout autre ordre d’idées, mais toujours dans la gamme des plaisirs, Us Vins et votre signe astrologique, de Véronique Dhuit, avec-la collaboration de Jean Aubry (chroniqueur de vins pour Le Devoir) et Claudette Gagné.«Dis-moi quel est ton signe, je te dirai quel vin te ressemble!» Voilà certes une façon originale, amusante, de choisir non seulement les invités, mais ce qui se dégustera à table! US VISAGES DI André Lussier LES VISAGES DE L’INTOLÉRANCE AU Textes J'hier et d’aujourd'hui f» 248 pages, 19,95$ Les grands débats qui ont mené à la révolution tranquille vus par un psychanalyste.Textes d'hier et “ ; ” -, SEPTENTRION 1300, avenue Maguire, Sillery (Québec) GIT 1Z3 • Télécopieur: (418) 527-4978 462 5 969 I.K I) K V I It .I.K S S A M K II I I K T I) I M A X < Il K 2 X (I V K M H It K I !l !l 7 B A N 1) K S DESSINÉES Les profondeurs de Pâme Deux Québécois publient en terre américaine THE THEATRE OF CRUELTY Marc Tessier et Alexandre Lafleur Fantagraphics Books Seattle, 1997,80 pages DENIS LORD La bande dessinée est-elle condamnée à n’être qu’un art mineur, superficiel et sans conséquence?Ses IHissibilités d’expression sont-elles inférieures à celles de la littérature ou du cinéma?Marc Tessier et Alexandre Lafleur font le pari contraire.Im bédé est pour eux susceptible d’exprimer les profondeurs de l’âme humaine, ses espérances eschatologiques, tout autant que de porter un regard critique sur la société.Pari tenu?77te Theatre of Cruelty, «livre sacré», va-t-il, comme le prétendent ses auteurs, «marquer au fer rouge le paysage de la bande dessinée québécoise»?.Au début des années 90, en compagnie de son alter ego Stéphane Olivier, le photographe et scénariste Tessier a puissamment contribué à l’essor de la bande dessinée alternative québécoise avec Mac Tin Tac, un roman graphique lorgnant le marché anglophone, dont chaque chapitre était dessiné par un artiste différent.Passionné et perfectionniste, animé d’ambitions littéraires, un tant soit peu dogmatique, Tessier a, par ses prises de position, poussé plusieurs bédéistes à dévelo|> per une réflexion sur leur travail et à en repousser les limites.les quatre récits que Tessier et son dessinateur et coscénariste Alexandre Lafleur présentent aujourd’hui ont été réalisés sur une période de cinq ans, dans un cheminement où le mysticisme hindou se greffe graduellement au surréalisme et aux accents de contes philosophiques des oeuvres proposées.Iœs auteurs tentent de circonscrire les champs essentiels de l’expérience humaine; naissance, mort, identité et amour se rejoignent dans un ballet de symboles (squelettes, serpents, ventre-tiroirs, vagins dentés, cœurs, fœtus et lotus) qui feront possiblement sourciller les plus blasés.Avec The Theatre of Cruelty, les auteurs s’approprient le manifeste d’Antonin Artaud, plaidant pour un art qui «pousse les hommes à se voir tels qu'ils sont [.], révèle aux collectivités leur puissance sombre, leur force cachée».L’histoire la plus longue, To Chandra from Surya, inspirée d’un voyage en Inde, prend des allures de récit initiatique quand Surya, avant de retrouver son élue, doit traverser un cycle d’épreuves qui lui feront comprendre le sens véritable de l’amour.Une réussite graphique La part graphique dé l’œuvre est une réussite, un régal.Lafleur est un artiste accompli, impressionnant de précision.Une nette aversion pour le vide l’emmène à emplir tout espace vacant de masses de noir, d’une luxuriance de motifs, d’ornementations tirant souvent vers les mandatas.L’audace et l’originalité d’une telle démarche en bédé, où Occident et Orient se rencontrent, où la religion se mêle à l’art et à la littérature, sont difficiles à nier et admirables.Cependant, à mon sens, les œuvres atteignent un point de déséquilibre entre une imagerie foisonminte, somptueuse et percutante, et les prétentions didactiques des auteurs.Iœs dialogues soulignent parfois inutilement un symbolisme déjà très contrôlé, appuyé.Il y a comme un manque de masques, de dérapages dans le mystère et l’inconscient, en particulier dans The Lovers et To Chandra from Surya.Tout de même, Vie Vieatre of Cruelty surprendra fortement ceux qui pataugent dans les préjugés sur la bande dessinée, et il faudra surveiller ses auteurs, qui pourraient tout aussi bien évoluer dans un registre fort différent.Le lecteur alerte l’aura remarqué, tout cela se passe en anglais.Après Henriette Valium, voilà que Tessier et Lafleur font eux aussi leur entrée chez Fantagraphics, un des plus prestigieux éditeurs américains de la scène alternative.Un jour peut-être, il n’est pas interdit d’espérer, se trouve-ra-t-il un éditeur québécois — pas nécessairement de bande dessinée — assez clairvoyant pour prêter une oreille attentive à ce type de projet hors normes.LIVRES Michel Arsenault Une passion commune Quand l’histoire est trop extraordinaire, le roman devient une biographie MARIE-ANDRÉE Cil O 1)1 NARD LE DEVOIR r Etait-ce un rêve qu’il mijotait lui-même, le rêve de sa vie?Trois années durant, passer le plus clair de son temps à écouter d’abord deux personnages raconter les moindres détails de leur parcours unique et puis, ensuite, ordonner ces bribes d’histoire et en faire un livre.Ce n’était peut-être pas le sien, mais au terme de cette aventure, le journaliste Michel Arseneault tenait entre ses mains Un rêve pour la vie, la biographie de Lucille Teasdale et de Piero Corti.Qui n’a pas encore entendu la petite histoire de cette brique de 400 pages?Alors qu’en Italie, terre natale de Piero Corti, le train-train des deux médecins et la renommée de l’hôpital ougandais auquel ils ont donné leur âme, le St.Mary’s Lacor, ne sont plus à faire, au Canada, au Québec, à Montréal, le nom de Lucille Teasdale ne suscite pas grande émotion.Pas encore, du moins.C’est en feuilletant un exemplaire du Reader's Digest que Michel Arseneault, journaliste pigiste pour quotidiens et magazines français et québécois, s’étonne devant un article relatant la vie de cette missionnaire québécoise, chirurgienne de surcroît, partie panser des blessures et manier le bistouri en Afrique centrale.«Comment une femme de cette trempe pouvait-elle avoir échappé aux médias de notre pays?» Quelques coups de fil plus tard, il était convaincu: il fallait parler de cette femme ordinaire devenue, par passion et conviction, une femme extraordinaire.Et il fallait en parler rapidement Doublée à l’intérêt l’urgence d’agir à cause de cette maladie terrible, le sida, legs malheureux d’un travail acharné et qui ronge déjà, en 1994, l’énergie de Mme Teasdale.Des reportages permettent à Michel Arseneault de rencontrer pour une toute première fois le couple Corti-Teasdale et de se familiariser avec les grandes lignes de leur vie.Dans cet ouvrage volumineux, l’enfance des deux médecins liés par bien plus que l’amour, par cette vocation qui les conduira à Gulu, dans un pays bousculé par l’histoire.Rencontre des Teasdale et Corti, décision de voler jusqu’en Afrique, débuts difficiles, lutte acharnée contre des mentalités locales meurtrières, amour consacré par un mariage, naissance d’une petite blonde passionnée par les safaris, travail acharné et dévouement entier pour la médecine et, surtout, les patients.Pendant quelques semaines, lors de différents séjours en Afrique centrale, le journaliste suit les deux médecins à havers l’hôpital, écoute Lucille, déjà fort affaiblie par la maladie, lui faire le récit de leur épopée par bribes avec lesquelles il doit, quel défi, faire une histoire qui se tient.I^ors du premier passage de Michel Arseneault à Gulu, la chirurgienne, franche, directe comme à l’habitude, l’avait salué, quelques minutes avant le départ, en lui disant: «Bon, tu dois en avoir assez, là, je dois bien t’en avoir dit assez pour écrire un livre!» Elle ne croyait pas si bien dire: après la publication et la diffusion de reportages à l’émission Le Point, notamment, et aussi dans le magazine L’actualité, un éditeur interpelle Michel Arseneault: et pourquoi pas un livre?Si l’idée de départ de Michel Arseneault était de concevoir un roman inspiré de la vie du couple missionnaire, en cours de route, le roman s’est transformé en biographie suivant de près, inévitablement, l’histoire de l’Ouganda.Midicl \rv iit'*alt Où ail lOSlili HI ANUIM.I I I 101 restos i(n mc’IflcHiit'i Inl lpi tW Monlr^oi ons-nous dîner, my love Josée Blanchette ¦ îoi restos Les meilleures tables de iïlontréal Ce guide bilingue n’a qu’un seul but: assouvir vos différents appétits pour la nouveauté, la volupté, le plaisir des sens.Destiné aux épicuriens de tout poil, 101 restos — Les meilleures tables Je Montréal célèbre Montréal jusque dans ses entrailles et sépare le bon grain .de l’ivraie.Journaliste, Josée Blanchette écume depuis quatorze ans les restaurants de Montréal pour le plus grand bonheur des lecteurs du Devoir.Montréalaise de souche et dans l aine, elle n’ignore rien des moeurs île ses cocitadins et des endroits où ils font ripaille.DEVOIR iEIUEUR || enatti Radio Canada TfP cor 690 Boréal Qui m'aime me lise.En plus de se trouver tout à coup en possession d’une «mine d'or» d’information (lettres, journal personnel, documents, etc.), l’auteur a soudainement réalisé que s’il écrivait cette histoire sous la forme d’un roman, personne ne le croirait.«Leur histoire est tellement incroyable que les lecteurs ne l'auraient pas trouvée assez plausible.Il fallait que j’en fasse une biographie.» Piero et Lucille se livrent au journaliste, lui permettent une incursion complète dans leur quotidien.Si le Québécois est fasciné par ces deux oiseaux rares, ceux-ci profitent de son passage pour se replonger dans l’univers «américain».«Il m'a fallu un peu de temps pour mettre à l'aise ces deux personnes qui, foncièrement, n’ont pas vu de télévision depuis 35 ans!» Curieuse, Lucille demande à Michel ce que sont cette Radio-Québec, dont elle a eu vent, ou encore cette Céline Dion qui semble faire tout un tabac.«Ce sont des choses qui vous en disent très long sur son travail en Ouganda et l’acharnement de Lucille pour l’hôpital.» Voyage à travers le monde La vie de Lucille Teasdale et de Piero Corti permet au lecteur un voyage à travers le monde — de Montréal à Milan, en s’arrêtant longuement sur le Gulu de l’Ouganda et tous ses soubresauts — et a imposé au journaliste Michel Arseneault un véritable boulot d’historien.De bénédictin également.Non seulement doit-il faire de l’ordre dans les propos de l’un et de l’autre, mais après le décès de Iricille s’ajoute aux instruments de départ une pile de documents précieux: toute la correspondance de la grande dame, ses iettres d’amour à Piero Corti, d’autres écrites à des amies jusqu’à quelques mois avant son décès et depuis le tout début de son adolescence.Il faut donc mettre de l’ordre dans la vie de deux personnages qui ont passé le plus clair de leur vie au SL Mary’s Lacor mais qui, avant d’y arriver, ont voyagé d’un continent à l’autre.«Cette question de l’ordre m’a causé le plus de diffi- mm Michel Arsenault cultés, mais c’est aussi celle qui faisait le plus hurler Lucille.Je lui demandais: “Oui, mais quand est-ce arrivé exactement?" Et elle hurlait, littéralement: Tu me mets en croix avec tes questions!” C’est vrai qu’elle avait alors déjà 66 ans, qu'elle combattait le sida depuis plus de dix ans, qu’elle continuait de travailler, et je lui demandais en plus si son voyage à Montréal où elle s’est fait opéré pour le cancer du sein était avant ou après la naissance de Dominique.C'était un exercice qui, ne serait-ce qu’au niveau chronologique, était assez difficile.» Parfois d’ailleurs, des imprécisions de Lucille ont donné lieu à des découvertes pour le moins cocasses lorsque le journaliste est passé à l’étape de la vérification des faits.Évoquant un médecin rencontré plusieurs années auparavant, elle précise qu’il s'agit du docteur Debaki, sans plus.Une recherche sur Internet — un outil de travail des plus précieux pour le journaliste — permet de cerner le personnage.Du statut d’illustre inconnu, ce médecin devint le docteur De Bakey, actuel cardiologue de Boris Eltsine! Femme de tête, un peu brusque, froide en apparence, Lucille Teasdale a accepté avec le journaliste Michel Arseneault de raconter les joies et les JACQUES GRENIER 1.E DEVOIR tourments de son pendant émotif.«C’est un exercice auquel elle s'est tout de même prêtée de bonne grâce, principalement pour que la Fondation [Lucille Teasdale et Piero Corti) soit connue et que l’hôpital puisse donc survivre.Elle ne racontait pas l’histoire de sa vie pour le plaisir de le faire mais avec la conviction qu’en le racontant, Ihôpital en bénéficierait.» A l’été 1996, alors que Lucille est de plus en plus habitée par la maladie, celle-là même quelle a si souvent côtoyée et vue dans les yeux de ses propres patients, parents et amis usent de mille et un stratagèmes pour la convaincre de s’accrocher encore un peu.Michel Arseneault lui réserve une petite surprise.«J'ai commencé à lui envoyer les brouillons de mes premiers chapitres, un peu comme si c’était le feuilleton de sa propre vie, où l’essentiel en ce qui concerne sa vie personnelle était dit.Elle a été fort enthousiasmée.» UN REVE POUR LA VIE Une biographie de Lucille Teasdale et Piero Corti Michel Arseneault, libre Expression Montréal, 1997,404 pages ran Lyv COLLECTION DE POCHE Hubert Aquin Prochain épitode Michel Tremblay Michel Tremblay La cité dans l’œuf Alfred DesRochers À l’ombre de l'Orford k Francine Noël Lise Tremblay l'hiver de pluie Pierre DesRuisseaux Le petit proverbier Philippe Aubert de Gaspé Germaine Cuèvrernont Le Survenant Jean Provencher ^Chronologie du Québec Emile Nellip.ai Honoré Beaugrarid La chasse-galerie Gilles Vigneaul Félix Leclerc Allegro Félix-Antoine Savard Jacques Ferron Contes Catalogue complet : www.livres-bq.com LES BONS LIVRES EN FORMAT DE POCHE I) K) I- E l> E V 0 I II .L K S S A M EDI I ,B E T DI M A N C II E 2 N (I V E M H II E I !l !l 7 EXPOSITIONS La Suède hors contexte Une présentation des diverses facettes, anciennes et modernes, d’un art populaire JOLIMENT SUEDOIS Vitalité d'une tradition Musée de la Civilisation 85, rue Dalhousie, Québec Jusqu’au 23 août 1998 REMY CHAREST correspondant DU DEVOIR A QUEBEC Bien qu’elle évolue dans un contexte et un environnement qui ne sont pas sans ressemblance avec le nôtre, la culture suédoise nous est largement inconnue.Ce ne sont certes pas quelques films de Berg- man ou la popularité (renouvelée) d’Abba, ou encore quelques idées plus ou moins précises sur la social-démocratie Scandinave, qui auront percé le secret d’un style de vie aux riches traditions ou, dans le cas qui nous intéresse, d'un art populaire aux formes multiples.En ce sens, l’exposition Joliment suédois qu'accueille pour presque un an le Musée de la Civilisation est une occasion en or d’aller à la rencontre de cette culture et de jouer par moments le jeu du «pareil, pas pareil» avec la nôtre.Comme l’indique succinctement le panneau d’accueil de l'exposition, le but de l’opération est de présenter les diverses facettes, anciennes et Découvrez l’œuvre d'un pionnier de la sculpture contemporaine québécoise et de l’art intégré à l'architecture.Plus de 190 peintures, sculptures, dessins, gouaches, gravures, objets d’art décoratif, marionnettes et maquettes pour des projets d’art public.Des œuvres réalisées par Charles Daudelin entre 1940 et aujourd’hui.Petits bronzes créés par Charles Daudelin en vente exclusivement à la Boutique du Musée.Procurez-vous le livre Daudelin à la Boutique du Musée.Également distribué en librairie par Les Publications du Québec.Charles Daudelin.Femme Ktrcvfue 1947 Pierre 59167 *37 cm Co'i Musée oes beaux arts du Canada Du 24 septembre 1997 au 15 lévrier 1998 MUSÉE DU QUÉBEC Parc des Champs-de-Batailie.Québec Cette exposition est présentée grâce à une contribution financière du ministère du Patrimoine canadien (Programme d’aide aux musées).Heures d’ouverture: Du mardi au dimanche de 11 h à 17 h 45; le mercredi de 11 h à 20 h 45.Droits d’entrée: 5,75$ (aîné: 4,75$; étudiant: 2,75$; moins de 16 ans: gratuit) Renseignements 643.2150 http://www.mdq.org le Musée du Québec est subventionné par le rr,m.stère de la Culture et des Communications du Québec modernes, de l’art populaire suédois, du travail du bois à la broderie en passant par la vannerie et le mobilier.Des œuvres traditionnelles tirées des collections du Nordiska Museet de Stockholm ou du Musée de Dalarna, l’une des régions suédoises les plus riches en arts et traditions populaires, côtoient des réinterprétations modernes de formes d’art traditionnelles par des artistes d’aujourd’hui, exposant un rapport à l’artisanat ancien qui n’est pas loin de celui d’ici, tel qu’illustré par une bonne part des échoppes de nos salons des métiers d’art.Coup de chapeau La variété des objets présentés mérite en soi un coup de chapeau: horloges, paniers, costumes, catalogues, armoires, tentures peintes, chaises à trois pattes, boîtes en bois de bouleau, porcelaine, croix de fer forgé, etc.Il y a même une corde de bois circulaire, retravaillée en œuvre d’art par Sven Andersson.Au total, on est fort loin de la vision Ikea du design suédois, à l’exception de trois ou quatre pièces de mobilier provenant, justement, d’Ikea, et qui viennent souligner ce que le célèbre magasin (qui quittait Québec l’année dernière) doit aux traditions du mobilier de ce pays nordique.Si certaines pièces sont sublimes — en particulier certaines œuvres textiles récentes comme ces cardigans signés Britt-Marie Christoffers-son, le magnifique fauteuil d’aluminium et écorce de bouleau de Mats Theselius ou les céramiques de Tomas Anagrius —, d’autres sont pour le moins quelconques et d’autres encore d’un kitsch innommable — on pense en particulier à ces figures en COLLECTION DODERHULTARMUSEET L'Enterrement, sculpture de bois du début du 20' siècle d’Axel Peterson, dit Doderhultarn papier mâché représentant up orignal ou la reine suédoise Sylvia.A ce chapitre, l’absence de catégories entre les diverses formes d’art présentées est un peu étonnante: s’il s’agit d’une illustration de l’égalitarisme suédois, on en verrait ici quelques excès.Aussi et surtout, on regrettera l’absence d’une mise en contexte plus approfondie de cet art populaire aux multiples facettes.Les présentations sont nettement trop courtes et épurées, transformant l’exposition en une succession de vignettes et d’œuvres de monsieur ou madame Untel, auxquelles il manque des lignes directrices et des précisions importantes.L'ATELIER CIRCULAIRE et LA MAISON DE LA CULTURE NOTRE-DAME-DE-GRÂCE présentent m "Le même et la différence" Expo-éxchange d'estampes entre le "Graphie Art Society" de Taipei et l'Atelier Circulaire de Montréal Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce 3755, rue Botrel, Montréal Tél.: 872-2157 jusqu’au 16 novembre Atelier Circulaire 40, rue Molière Est # 401, Montréal Tél.: 272-8874 jusqu’au 8 novembre Le style suédois Par exemple, on donne en passant un paragraphe sur Cari et Karin Lars-son, deux artistes dont le rôle a été déterminant dans l’élaboration d’applications modernes des styles traditionnels et dans la naissance du «style suédois» d’aménagement intérieur, tel qu’on le connaît aujourd’hui.Or, le rôle des Larsson a été suffisamment important pour que le Victoria and Albert Museum de Londres leur consacre une exposition entière, aussi vaste que celle du Musée de la Civilisation, exposition qui permet de bien cerner les interactions complexes entre tradition et modernité dans les arts décoratifs Scandinaves.On aimerait bien en dire autant de Joliment suédois: sans trop s’étendre sur tel ou tel sujet, n’aurait-il pas été possible de fournir quelques exemples CHAGALL DUFY MATISSE AQUARELLES.DESSINS.HUILES, BRONZES JUSQU’AU 15 NOVEMBRE WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H3G 1K4 Tél.: 847-1112 Fax : 847- /113 Du mercredi au samedi de 10 li à 17 11 Un cédérom avec passion FERRE D E S| ¦HUIT ijii îîdjîiilf il it du monde EDIROM Le cédérom le plus complet jamais produit sur les Inuit.Un véritable guide pratique de la vie dans l’Arctique : la chasse, la pêche, les déplacements en traîneau, la construction de l’iglou.Le récit historique d'une célèbre expédition à la recherche du Passage du Nord-Ouest, disparue à tout jamais dans l’Arctique.Un chaman et son précieux enseignement.De nombreux défis sous forme de jeux.Une prodigieuse encyclopédie ludo-éducative interactive sur le mode de vie, les traditions et la culture des peuples inuit.Plusieurs dizaines d’heures de détente en famille.Entièrement conçu et réalisé au Québec.Plus de 220 fiches encyclopédiques équivalant à un ouvrage de 300 pages Plus de 450 photos et illustrations Des objets en 3D Des extraits de films Des effets sonores Des mots en inuktituk De la narration Une masique originale Une coédition d’Édirom et du Musée canadien des civilisations Une réalisation de Socom Technologies Édirom Inc., 384 avenue Laurier Ouest, Montréal H2V 2K7 (514) 272-4.36.3 Distribution : Diffusion Prologue plus éclairants?Les visites guidées pallient-elles ces manques?Au total, ce sont probablement les enfants qui auront le mieux accès à lp culture populaire et à la vie quotidienne suédoises, grâce au Iœkstugan fia salle de jeu) aménagé en bout d’exposition.Travaux de la ferme, préparation des repas, soins des enfants et une touche de légende et de magie y sont au rendez-vous, dans un espace évocateur.Bref, dans un contexte qui manque trop au reste de l’exposition.La France du réalisme poétique Au delà des expositions, le Musée de la Civilisation est également un lieu d’accueil régulier pour le cinéma de répertoire, en particulier grâce à une association avec l’organisme Antitube.Dès mercredi prochain.Antitube lance, en collaboration avec le Consulat général de France à Québec, une programmation consacrée au réalisme poétique de la grande époque du cinéma français.Premier film au programme: L'Atalante de Jean Vigo, véritable film-culte qui bénéficiait récemment d’une restauration fort bienvenue.Viendront ensuj-te Pépé le Moko (12 novembre), L’Etrange M.Victor (19 novembre), Quai des Brumes de Marcel Carné (26 novembre), La Bête humaine de Jean Renoir (3 décembre) et Le Jour se lève de Carné (10 décembre).Les projections ont lieu à 19h30, on réserve sa place (qui coûte la somme symbolique de 1 $) au (418) 643-2158, et on s’attend à une petite mise en contexte de chaque fflm par les animateurs d’Antitube.A quand le programme Bergman?U Ne manquez pas notre cahier spécial O " \ r n r C r ' r'j V.r r.y jf; r~ cr r rj, r\il : ¦ ^^ U i/ ^ * • • • • • » • « publié le 15 novembre prochain! LE DEVOIR JKÊMÊÊÊÊÊIKtHÊÊÊÊÊÊÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊItÊÊIKÊÊtÊÊÊlÊÊlKÊÊM I.K I) K V 0 I R , I.Y S S A NI K I) I I ' " K T 1) I M A X < Il K 2 N 0 V K M R II K I S) » 7 DM * E X P O S I T I O N S L’art flambant nu La naissance d’une nouvelle discipline artistique L’ART DU NU AU XIX1 SIÈCLE ' • • Bibliothèque* François-Mitterrand Quai François-Mauriac, Paris 13' Jusqu’au 18 janvier 1998 CHRISTIAN RIOUX |; CORRESPONDANT ;;; DU DEVOIR A PARIS I » • Il est rare qu’on ait le sentiment d’assister à la naissance d’un art.(Subrepticement, l’œil rivé au trou de la serrure, on a soudain le sentiment de voir les modèles prendre leurs aises, les visages s’illuminer et les corps prendre vie.Bref, de voir ce qui n’était qu’un simple travail de technicien devenir un travail d’artiste à part entière.C’est cette surprenante impression que provoque chez le visiteur la magnifique exposition de photographies présentées à la Bibliothèque nationale de France depuis quelques jours.Entre les quatre tours de verre de la bibliothèque François-Mitterrand (qui abrite la plus riche collection de photographies au monde), L’Art du nu au XlX' siècle nous fait littéralement assister à la naissance d’une nouvelle discipline artistique.Un peu comme ces peintures rupestres qui préfigurent le dessin et la peinture.Peut-on imaginer aujourd’hui que le nu photographique n’ait été considéré à ses débuts que comme une technique sans grande valeur artistique, un instrument livré aux pornocrates ou aux peintres qui l’utilisaient pour des raisons d’économie et d’efficacité?Tous deux faisant d’ailleurs parfois bon mé.nage.À partir de 1851-52, années où la photographie sur papier se répand, la plupart des peintres l’ont utilisée pour peindre des nus.Celle-ci leur évitait les longues séances de pose tout en offrant un regard immuable, précis, consultable à l’infini.Elle permet enfin de mettre la tête d’une courtisane sur les jambes d’une amante et le pubis d’une femme de chambre.Bonnard, Courbet, Rodin utilisaient amplement les photographies d’hommes ou de femmes nus pour réaliser leurs œuvres.Delacroix fut le premier à utiliser la photographie comme instrument de travail courant, allant jusqu’à diriger les séances de pose des modèles de son photographe, Durieu.Degas, Carabin, Munch, Bonnard franchirent la frontière et devinrent eux-mêmes photographes.L’Origine du monde, la fameuse toile de Courbet représentant un sexe féminin — et qui est récemment entrée au musée —, aurait elle-même été peinte d’après des épreuves photographiques.Celles-ci circulaient à l’époque sous le manteau et pouvaient valoir à leur auteur plusieurs mois de prison et de fortes amendes.L’exposition en présente quelques exemplaires.L’intruse dans l’atelier Le visiteur est frappé de voir les artistes forcer leurs modèles à imiter les œuvres de l’antiquité.Loin de vouloir l’exploiter pour lui-même, le photographe abandonne l’art du nu au peintre et se concentre sur les détails exigés par celui-ci.Les modèles posent devant des miroirs, à côté de colonnes ioniques ou sur des divans moelleux.Quelques rares originaux, comme Rodin, imposent à leurs modèles les poses les plus acrobatiques.Ce dernier va jusqu’à faire photographier des squelettes.Les artistes de l’époque se sont longtemps déchirés sur la nature de cette intruse dans l’atelier du peintre.Entrée par la porte de service, la photographie permettait pour la première fois d’approcher le secret de l’artiste, d’entrer dans son atelier pour essayer de saisir la magie de la création.Mais cela n’en faisait pas pour autant un art.La photographie, disait Charles Blanc, «est une invention merveilleuse sans être un art.C’est justement parce que dans son indifférence elle imite tout et n'exprime rien.Or, là où il n'y a pas de choix, il n'y a pas d'âme».Baudelaire renchérissait en voyant même dans la photographie et sa capacité d’être reproduite à l’infini ni plus ni moins que la mort de l’art.Pourtant, il faut parcourir les 350 pièces accrochées à la BNF pour voir progressivement les corps allongés, parfois masqués, aux yeux absents, se muer, de simples outils de travail, en œuvres à part entière.C’est parfois l’affaire d’un regard, d’un rayon de lumière, d’un vêtement.On en vient même à préférer la simplicité du modèle croqué dans la lumière crue de l’atelier aux nus dégoulinants chargés d’académisme qui sont suspendus à leur côté.Des artistes comme Voland, Guil-mer ou Bonnard donnent à la photographie une vie propre.Une vie qui n’est plus subordonnée ni à la peinture ni à la pornographie.Car, explique Philippe Comar dans le très beau catalogue accompagnant l’exposition, «l’image qui enferme le spectateur dans son propre désir est pornographique, mais celle (peut-être la même, mais regardée d’une manière plus oblique) qui laisse pressentir le désir de l'autre est sans doute une œuvre d’art».Images canadiennes LES ATOURS DU CANADA UN MONDE DE MERVEILLES UNE TRADITION CANADIENNE Musée canadien des civilisations 100, rue Laurier, Hull ANDRÉE POULIN Hull — la feuille d’érable est à l’honneur dans les trois nouvelles expositions inaugurées ce mois-ci au Musée canadien des civilisations, à Hull.Les plus spectaculaires paysages canadiens sont mis en valeur dans Un monde de merveilles, tandis que Une tradition canadienne souligne la contribution au développement international.Sur une note plus légère, Les Atours du Canada illustre comment les élites du siècle dernier s’amusaient à faire revivre l’histoire du pays.Si, pour courir les soirées d’Halloween ce week-end, nombreux sont ceux qui se déguiseront avec quelques fringues démodées, un peu de rembourrage par-ci, un |X‘u de maquillage par-là, leurs costumes improvisés à la dernière minute n’ont rien à voir avec les préparatifs élaborés et coûteux auxquels se livrait l’élite canadienne lorsqu’elle se rendait à un bal costumé au siècle dernier.Iœs Atours du Canada raconte trois bals costumés organisés par lord et lady Aberdeen, où on se préparait longtemps d’avance pour ces soirées mémorables.Les costumes étaient fabriqués par des couturiers, on embauchait des instructeurs pour apprendre les danses reliées au thème de la soirée, et un photographe officiel immortalisait le costume sur pellicule.Devant tant de fla-fla, il ne faut pas s’étonner que le bal à l’hôtel Windsor de Montréal ait fait la manchette du journal La Patrie, en 1898, avec un titre en grosses lettres: «Un événement social sans précédent.» Malgré son envergure modeste, une quinzaine de costumes au total, cette exposition recrée bien l’atmosphère et l’éclat de ces galas d’antan.Remarquablement préservés, les costumes originaux témoignent de la richesse de l’époque: les robes de bal aux manches bouffantes et à longues traînes sont en taffetas chiné, en satin ou en soie moirée.Ni trop longs ni trop savants, les textes d'accompagnement mettent l’accent sur l’anecdote, le détail coloré qui piquent l’intérêt du visiteur.Le tout est complété par une série de fascinantes photos d’archives, révélatrices des divertissements luxueux et de la vie dorée de cette élite de la fin de l’époque victorienne.Spectaculaires paysages Parmi les quelque 500 merveilles naturelles et culturelles inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, douze sont situées au Canada.L’artiste Bernard Pelletier a peint ces douze sites, regroupés dans l’ex- position Un monde de merveilles conçue par Parcs Canada.Outre les sites déjà célèbres, tels les parcs nationaux des montagnes Rocheuses ou Dinosaur dans les badlands de l'Alberta, la série d’acryliques présentent d’autres sites moins connus: le précipice à bisons de Head-Smashed-In en Alberta, le parc Wood Buffalo, un habitat pour les espèces rares ou encore le parc Kluane au Yukon, où se trouve le champ de glace non polaire le plus vaste au monde.Parmi les sites culturels sélectionnés par l’UNESCO figurent bien sur la ville de Québec et ses fortifications, ainsi que les colonnes mortuaires des Haïda de Pile Anthony en Colombie-Britannique et la très ancienne et pittoresque ville de hmenburg, en Nouvelle-Ecosse.Originaire du Cap-de-la-Madeleine et concepteur d’expositions à Parcs Canada, Bernard Pelletier explore le mystère de chaque site afin de «faire sentir toute la force et la fragilité, la douceur et l'authenticité de nos natures».Par la touche très précise et le pinceau méticuleux, ses tableaux se rapprochent parfois de la photo.Ses paysages aux lignes dépouillées dégagent une impression souvent associée à nos «quelques arpents de neige»', impression de solitude et de silence au cœur de vastes espaces vierges.Projets accrocheurs À l’heure où le Canada occupe le devant de la scène internationale avec son combat pour l’interdiction des mines antipersonnel, une nouvelle exposition multimédia vient souligner la contribution des Canadiens à la coopération internationale.Tout un défi que de parler de la misère sans tomber dans le misérabilisme, de traiter de la pauvreté avec originalité.üi Fondation Aga Khan, l’organisme à but non lucratif qui a conçu Une tradition canadienne, a fait un vaillant effort pour présenter de façon vivante des thèmes complexes et souvent arides: irrigation, reboisement, immunisation, éducation, sida.Projections multiples à neuf écrans, présentations audiovisuelles, jeux-questionnaires et stands interactifs invitent à découvrir différents projets réalisés dans les pays en voie de développement.L’exposition met l’accent sur les réussites au Sud et on a manifestement choisi les projets les plus accrocheurs: transformation du brouillard en eau potable, fabrication de jouets éducatifs à partir de matériaux recyclés en Afrique, élimination de la rougeole dims les Caraïbes.Quelques ar-téfacts — un pousse-pousse du Bangladesh, un réfrigérateur à gaz pour entreposer les vaccins — attirent l’attention et donnent de la couleur à cette exposition au ton un tantinet promotionnel.Cependant, à cause de la circulation et du bruit qui règne dans l’ère ouverte du salon Marius-Barbeau, l’emplacement de l’exposition ne favorise guère la lecture des textes ou le visionnement des projections.Ces nouvelles expositions temporaires, qui s’ajoutent aux expositions permanentes du Musée, seront à l’affiche jusqu’en octobre 1998, à l’exception de Un monde de merveilles, qui se termine en avril 1998.Peintures et dessins sur papier 1953-1989 Jusqu'au 22 novembre ___________Conférence le samedi à 11 h.Entrée gratuite__ 4521, rue Clark Montréal H2T 2T3 514.849,1165 Ouvert du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 30 GALERIE SIMON BLAIS LANDSCAPE AND MEMORY : ENTRE CHIEN ET LOUP Rencontre avec l’artiste les samedi et dimanche 1“ et 2 novembre de 1 Ah à 17h 1367, AVENUE GREENE, WESTMOUNT, TÉL.: (514) 933-4406 lundi au samedi 10h00 - I8h00 dimanche 12h30- 17h30 GALERIE DE BELLEFEUILLE ¦ A4 © .LES.PARADIS .DU.MONDE/ L’ART POPULAIRE DU QUÉBEC du 23 octôbre 1997 au 1er mars 1998 Venez faire connaissance avec l'artiste Recycleur inventif Florent Veilleux et ses créations surprenantes.Ce DIMANCHE de 13 h à 16 h rtfg-xij.qcn ' i e j Vtf * MÛ Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest.Métro McGill, autobus 24 Information : (514) 398-7100 le devoir Mtltll CAMAD1IM CuuinMunuw mi civnuAnom or civuiiaiiom Cette exposition a été réalisée par te Musée canadien des civilisations avec l'appui de.la Compagnie Ford du Canada Limitée | LA COLLECTION D'ŒUVRES D'ART DU MUSÉE DU QUÉBEC Les artistes professionnels qui résident au Québec depuis plus d’un an sont invités à soumettre leurs œuvres au comité d’acquisition de la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée du Québec.La collection a pour but premier de s’intéresser à la relève, c'est-à-dire à la jeune création.Les œuvres présentées doivent appartenir aux disciplines des arts visuels: peinture, sculpture, estampe, design, photographie, dessin, arts décoratifs et techniques mixtes.La diffusion des œuvres de la CPOA est assurée par un programme de location aux ministères, sociétés d'État et délégations du Québec à l'étranger.Des expositions thématiques tirées de la collection Prêt d’œuvres d'art sont aussi présentées en milieu scolaire.Enfin, plusieurs œuvres de cette collection sont régulièrement incluses dans des expositions organisées par différents musées, galeries ou autres lieux de diffusion de l'art actuel.Les créateurs peuvent se procurer le formulaire d’inscription auprès des institutions suivantes: • Au Musée du Québec (à Québec) : • dans les Maisons de la culture (à Montréal); • aux bureaux des regroupements d’artistes; • dans les directions régionales du ministère de la Culture et des Communications.La période d’inscription se termine le vendredi 19 décembre 1997 à 17h.La forme masculine utilisée occasionnellement pour plus de commodité dans ce texte désigne tant les femmes que les hommes.MUSÉE DU QUÉBEC Le Musée du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.Pour tout renseignement: Collection Prêt d'œuvres d’art Musée du Québec Parc des Champs-de-Bataille Québec (Québec) CIR 5H3 Tél.: (418) 644-1810 (418) 643-6845 RETROSPECTIVE GEORGE SEGAL Le fifftitoe /ef efiofef orfi/wf/ef Plus de 70 oeuvres réalisées au cours des 40 dernières années: peintures, pastels, reliefs, dessins, et une vingtaine de ces impressionnantes sculptures en plâtre qui ont rendu l'artiste célèbre.JUSQU'AU 11 JANVIER 1998 Ouvert du mardi au dimanche de 11 h o 18 h (jusqu'à 21 It le metuedi) Pavillon Jean-Noël Desmotais, 1380 tue Sherbrooke Ouest.Information: (514) 285-2000 www.mbam.qc ca NOUVEAU! Lecture de textes choisis autour des oeuvres de Segal, avec des comédiens de l'Ecole nationale de théâtre.Les mercredis et dimanches, du 15 octobre au 9 novembre.MUSEE DES IIEAUX-ARTS DE MONTREAL I) 12 I.K l> K V Oil!, I, K S S A M K I) I I K T I) I M A X < Il K 2 X 0 V K M I! I! K I il !) 7 V.I( Un art existentialiste La production de Segal est atypique par rapport au mouvement pop RÉTROSPECTIVE GEORGE SEGAL Sculptures, peintures et dessins Musée des beaux-arts de Montréal Pavillon Jean-Noël Desmarais 1380, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 11 janvier BERNARD LAMARCHE Supposons que, une fois rendus au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), par un heureux hasard, vous ayez bifurqué, avant de visiter les salles consacrées à la rétrospective de George Segal, vers l’escalier menant au sous-sol (!), vers les salles d’art contemporain (dont la moitié, pour l'instant, laisse place à une exposition des très ordinaires dessins du photographe Henri Cartier-Bresson).Rendus là, à différents degrés, l’ensemble vous apparaît résolument figuratif, que cela se nomme peinture, sculpture ou installation (une seule, troublante, de Pierre Ayot).Non pas que ces œuvres soient inintéressantes.Au contraire, les Goodwin, Tansey, Grandie et compagnie représentent admirablement les pratiques récentes de l’art.Il semblerait par contre que l’éclectisme de la production du XX' siècle et plus spécialement des vingt dernières années n’ait fait qu’effleurer le MBAM.Cette salle confirme ce que la suite des expositions consacrées aux Tansey, Colville, Fafard, Lichtenstein, Balkenhol et autres laissait entendre, soit que le MBAM est peu friand de ce qui sort des sentiers de l’art figuratif.Or, ce constat ne possède de grave que sa réciproque voulant qu’on laisse peu de place au spectre complet des pratiques contemporaines.L’exposition de George Segal, un des temps forts de la programmation du MBAM cette saison, indépendamment de considérations qualitatives, malgré l’impact majeur de cet artiste américain pour ce qui est de l’art contemporain aujourd’hui, n’a rien pour corriger le tir.Avant de remonter vers les salles des plâtres fantomatiques de Segal, vous n’aurez pas manqué de remarquer que, dans l’une des salles, deux Segal sont accrochés, qu’on n’aura pas jugé bon, bien qu’ils fassent partie de la collection du MBAM, d’aligner auprès de leurs semblables, pourtant mis sur la sellette.Un choix de conservation qui, comme quelques autres dans le cas de l’exposition qui nous occupe, sera à mettre au compte des mystères de la pensée humaine., .Une premiere nord-amencaine C’est la première rétrospective à se pencher sur le travail de Segal depuis l’exposition itinérante du Walker Art Center de Minneapolis, en 1978-79; presque vingt ans d’attente avant de voir réunies près de soixante-dix œuvres de l’artiste.Autre proposition louable, le conservateur de l’exposition, Marco Livingstone, spécialiste du pop art, aussi responsable des expositions de 1992, Pop Art, et de celle de Duane Hanson inaugurée en 1994, a inséré dans sa sélection des œuvres moins connues de Segal, dont des natures mortes (dessin) et une série récente de larges portraits au crayon d’amis vieillissants, isolée, fermant le parcours de l’exposition.Soixante-dix œuvres, donc, quarante années de pratique (1957-1997), qu’on a classées en fonction du médium: «sculptures, peintures et dessins».Un découpage qui n’a rien de rassurant, quand on pense qu’il reconduit des catégories modernistes basées sur la pureté des médiums.Bien qu’elle soit bien servie par certains choix d’accrochages éloquents — on a mis à profit les perspectives de l’enfilade des salles, d’où des effets dramatiques réussis, entre autres pour Cinéma (1963) —, on sent que la production de Segal ne sera pas traitée selon un point de vue singulier, comme c’était le cas pour les vaches de Fafard.A l’opposé d’une relecture, ou du moins d’un questionnement de cette pratique, la monographie linéaire, de type «l’homme et l’œuvre» avec tout ce quelle a de conventionnel, sert de toile de fond à la rétrospective.En ce sens, on recule face aux choix du commissaire de l’exposition Magritte, Didier Ottinger, qui avançait en audace, brisant la clôture du genre monographique en rythmant le parcours d’œuvres d’art contemporain influencées par le travail de Magritte.L’exposition Segal s’occupe plutôt d’afficher «la grande diversité de médias utilisés par cet artiste américain» («peintures, pastels, reliefs, natures mortes sculptées /sic/, dessins et sculptures»).Le point le plus fort de l’exposition, et le plus réussi, à défaut d’une ouverture à des propositions plus contemporaines (on cite dans les communiqués les noms de Robert Gober et de Kiki Smith, mais on n’y revient pas dans les salles), demeure d’avoir valorisé ce en quoi la production de Segal est atypique par rapport au mouvement pop en général.On a misé, tout au long du parcours, sur des œuvres empreintes d’une lourdeur de sentiment et d’une gravité moins présentes chez les artistes pop.N’ont pas été nécessairement retenues les œuvres les plus spectaculaires de Segal, mais plutôt les œuvres plus proprement théâtrales, où l’isolement des personnages moulés de plâtres et les affects résultants atteignent certains sommets.Œuvres de jeunesse L’exposition permet de voir des œuvres de début de carrière où la peinture gestuelle est à l’honneur.Moins diffusées, ces œuvres, où la figuration l’emportait déjà malgré des relents d’expressionnisme, informent certes beaucoup sur l’histoire de l’art de cette période (fin des années 50, début des années 60).Très tôt, comme dans La Légende de Lot (1958), présentée dans la première salle, Segal couple les plâtres grandeur nature avec la peinture en arrière-plan.On aurait pu faire de cette rencontre le leitmotiv de l’exposition.En effet, comme c’était le cas avec les œuvres de Fafard, Segal prend plaisir à citer les grands peintres modernes qui ont marqué l’histoire: Cézanne, Mondrian, Picasso, Braque, etc.Moins mordant, il fera également des portraits sculpturaux de ses amis, comme celui de Sidney Janis regardant un tableau de Mondrian (1967), son galeriste depuis toujours.Si les scénographies de Segal sont des constats troublants sur la condition humaine, elles présentent souvent une réflexion sur les mythes d’artistes et l’histoire de la peinture en général.Par exemple, à la lumière de l’œuvre La Légende de Lot, où l’on voit sortir du tableau un personnage blanc, on pourrait lire le large panneau rouge en arrière-plan de Dîner (1964-1966) comme la citation d’un monochrome.Segal a souvent déclaré que son art s’érigeait comme une réaction à la fermeture de la peinture devant laquelle sa génération se trouvait.Quand on voit le degré de sobriété qu’il a su donner à certains fonds, par exemple dans La Boucherie (1965), dont la neutralité alimente le sentiment d’aliénation qui atteint le personnage féminin à la tâche, on se dit que le fond rouge de Diner n’a rien d’un hasard (ainsi que l’intégration d’immenses photographies dans Quartier chinois, de 1994).De fait, les retours sur la peinture constituent la galerie d'art Stewart Hall ¦ Centre culturel de Pointe-Claire 17G, Bord du Lac, Pointe-Claire, 630-1254 Du Ier au 30 novembre La nouvelle collection du Service de Prêt et Vente d’œuvres d’art Stewart Hall Vous êtes invités à rencontrer les artistes au vernissage le dimanche 2 novembre, de 14h à 16h .r
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