Le devoir, 27 décembre 1994, Page(s) complémentaire(s)
[" v' F ONDE EN l 9 1 O ?LE DEVOII Vol.L X X X V - N o 2 9\t?M 0 N T R E A L .I.E M A R Dl 2 7 I) U (' E M R R E I !» !» (i 5 o + T I* S + T V Q / T o r o n Io\t8 5 c Stéphane Baillargeon ?PERSPECTIVES Un Noël noir Les fous de Dieu ne craignent aucun courroux Le détournement d\u2019un avion d\u2019Air France, achevé hier dans le sang, marque une nouvelle escalade dans la guerre sainte que livrent les groupes islamistes radicaux à la France et au gouvernement algérien.Mais des sommets encore plus horribles sont peut-être à craindre de la montée mondiale de l\u2019intégrisme.Les fous de Dieu d\u2019Algérie ont choisi Noël pour frapper.La prise d\u2019otages a débuté samedi, à l\u2019aéroport Houari-Boumedienne d\u2019Alger, et s\u2019est terminée 54 heures plus tard, hier, en fin d\u2019après-midi, à l\u2019aéroport de Marseille-Provence, après l\u2019assaut donné par le commando spécial de la gendarmerie nationale française.Le sang a engendré le sang.Les pirates de l\u2019air ont tué trois des quelque 170 passagers pendant leur opération suicide et l\u2019assaut de l\u2019Airbus a finalement coûté la vie aux quatre terroristes, en plus de faire une quinzaine de blessés parmi les passagers et les policiers d\u2019élite.La prise d\u2019otages a été revendiquée par le Groupe islamique armé (GLA), la faction la plus radicale de la rébellion islamiste en Algérie, qui est aussi la plus hostile aux étrangers.Ainsi, les membres du commando terroriste auraient forcé les passagères de l\u2019Airbus à porter le hidjab, le foulard islamique.Le GIA est soupçonné de l\u2019assassinat de la majorité des 70 étrangers tués en Algérie depuis le 21 septembre 1993, alors que deux géomètres français étaient enlevés puis égorgés.Un des dirigeants du GIA justifiait récemment ces attaques en décrivant l\u2019«étranger» comme un «ennemi de Dieu» et «un espion au service des athées en terre d\u2019Islam».Les Français sont particulièrement honnis pour leur «politique coloniale» (la vraie, autrefois, et la «nouvelle», qui prendrait la forme d\u2019un «soutien» au gouvernement algérien en place).Les ressortissants de l\u2019Hexagone comptent pour plus du tiers des victimes (23) de la campagne d\u2019assassinats; environ 6000 d\u2019entre eux ont fui l\u2019Algérie depuis l\u2019année dernière et l\u2019ambassade d\u2019Alger est devenue une véritable forteresse.On appréhendait donc la tragédie planifiée et parfaitement exécutée qui vient de se produire.Avec ce coup, les intégristes algériens ont frappé un symbole important (Air France) de ce qui reste de présence française sur «leur» territoire.Ils ont aussi porté leur lutte jusque sur le sol français en utilisant les sales méthodes pratiquées dans les années soixante-dix, notamment par les terroristes palestiniens.L\u2019attentat sur-D\u2019autres v*en*^ d\u2019ailleurs quelques jours avant le déclenchement d\u2019une campagne horreurs de boycottage de tous les produits venus de France.sont à En même temps, les islamistes radicaux ont voulu prouver que le gou-craindre vernement algérien ne viendra pas à bout de leur détermination acharnée de prendre le pouvoir, ravi au Front islamique du salut (FIS) par un coup d\u2019Etat «blanc» et l\u2019imposition de l\u2019état d\u2019urgence, il y a deux ans.Les affrontements ont fait plus de 10 000 morts et plus de 2 milliards $ de dégâts entre février 1992 et décembre 1993.Di lutte antiterroriste, qui s\u2019est récemment intensifiée, fait maintenant jusqu\u2019à 800 victimes par semaine dans les deux camps et parmi les civils, selon certaines sources diplomatiques d\u2019Alger (voir autre article dans cette page).Il n\u2019y a pas de plancher à l\u2019enfer dans un tel contexte de guerre civile.Le pire pourrait même encore survenir puisque les révolutionnaires religieux vont certainement chercher à ternir l\u2019image du gouvernement algérien (la «junte militaire impie») qui doit négocier d\u2019importants emprunts avec des bailleurs de fonds occidentaux dans quelques mois et qui a promis d\u2019organiser une élection présidentielle en 1996.Et l\u2019Algérie n\u2019est pas seule.Les modèles de «réussite» intégriste viennent de l\u2019Iran chiite et de l\u2019Arabie Saoudite sunnite, et dans une moindre mesure du Soudan, là où on applique la loi islamique à la lettre.Dimanche encore, à Jérusalem, un kamikaze du groupe Hamas a blessé 12 personnes lors d\u2019une opération suicide.En Egypte, au moins trois organisations fondamentalistes menacent et frappent le régime, dont la crédibilité est aussi malmenée par tout un réseau d\u2019associations, d\u2019imams et de mosquées.Là aussi, des «étrangers», voire de simples touristes, sont assassinés au nom d\u2019Allah.Et la chute du communisme laisse maintenant le champ libre à l\u2019expansion de l\u2019absolutisme religieux, notamment dans les républiques d\u2019Asie centrale, autour de la mer Caspienne.Il y a là le signe d\u2019un échec.Dans tous ces pays, l\u2019intégrisme musulman devient le véhicule de mécontentements profonds par rapport à l\u2019occidentalisation qui n\u2019a pas tenu ses promesses de prospérité.Le retour à l\u2019assurance de la loi religieuse vient compenser pour le progressisme douteux qui a par exemple transformé Le Caire en mégalopole, où la densité de la population pourrait se calculer au centimètre carré.Mais il y a surtout là le signe d\u2019un mal monstrueux, d\u2019un fanatisme immonde qui utilise l\u2019islam pour tenter d\u2019imposer un régime totalitaire.Les événements du week-end de Noël montrent que les fous de Dieu ne craignent aucun courroux.La guerre sera longue et d\u2019autres horreurs sont à craindre.INDEX MÉTÉO .Agenda\t Avis publics., Classées\t\t,.B8 .B4 .Bl Culture\t\t.RIO Économie\t\t.B3 Éditorial\t\t.AS Le monde\t\t,.B6 Mots croisés.,\t,.B4 Les sports.\t.A7 Montréal Nuageux avec éclaircies.30% de possibilité de flocons.Max: 2 Québec Ennuagement le matin.40% de possibilité d\u2019averses de neige.Max:-2 Détails en B 4 L\u2019ENTREVUE Gustave Nicolas Fischer, psychologue du «ressort invisible» PAGE B 1 L\u2019ÉDITORIAL La paix impossible, par François Brousseau PAGE A 8 LES ACTUALITÉS Des cadres de Bourque préfèrent la banlieue PAGE A 6 Eltsine fait marche arrière Le président russe Boris Eltsine a proposé hier de suspendre les opérations de l\u2019armée en Tchétchénie, tout en réaffirmant sa détermination à faire rentrer la république sécessionniste dans le giron de la Russie.Le chef de l\u2019Etat, quelque peu triomphant, a déclaré qu\u2019il était désormais «possible de mettre un terme à la participation des militaires» en Tchétchénie, seize jours après l\u2019entrée des forces; russes, selon l\u2019agence Interfax.Notre correspondante, qui rentre de la capitale tchétchène, nous décrit ci-dessous ce qu\u2019il faut bien appeler le fiasco russe dan» cette petite république du Caucase.(Autres informations en page B 6) «Ce n\u2019est pas une vie» P A U L E ROB1TAILLE CORRESPONDANTE DU DEVOIR À MOSCOU Nazran (Russie) \u2014 Ici, en pleine zone de guerre, plusieurs se demandent si, avec sa belle assurance, Boris Eltsine ne serait pas tombé sur la tête.Vue de Tchétchénie, l\u2019intervention dans la république rebelle a davan- tage l\u2019allure d\u2019un fiasco que d\u2019une victoire.En moins d\u2019une semaine, l\u2019état-major russe a congédié une demi-douzaine de hauts gradés.le ministre de la Défense, Pavel Gravtchev, avait lancé que l\u2019intervention ne durerait que deux jours.Pourtant, la guerre en Tchétchénie ne vient plus à bout de finir.Et la prise de la capitale tchétchène n\u2019a jamais eu lieu.C\u2019est David contre Goliath.Les bombardements sur Grozny n\u2019ont atteint prati- quement aucun point stratégique ennemi, mais ils ont tué des centaines de personnes en plus de faire des dizaines de milliers de réfugiés.\t! Si, à la télévision d\u2019Etat, l\u2019armée russe s\u2019est vantée dimanche soir d\u2019avoir abattu 1000 «bandits» tchétchènes, d\u2019autres rendent compte de faits troublants.Selon des Tchétchènes, à Argun, l\u2019année brûlerait les; VOIR PAGE A 10: ELTSINE Boxer Day?JS K PHOTO JACQUES NADEAU RIEN N\u2019AURAIT PU ARRETER hier les mordus du disque compact ou de la cassette de profiter des traditionnels spéciaux du lendemain de Noël, le fameux «Boxing Day».Tous les marchands de disques du centre-ville de Montréal ont été envahis.Pendant que Natacha Reynolds faisait la queue avec son boxer nommé Chico, à la porte de Sam The Record Man, d\u2019autres avaient trouvé le meilleur moyen de passer le temps: jouer aux échecs.Plus d\u2019informations en page A 2.Massacres à huis clos en Algérie Le pouvoir et les islamistes sont engagés dans une bataille sanglante, à l\u2019abri du regard des médias CATHERINE SIMON LE MONDE « O n est entrés dans une période nouvelle: celle des massacres à grande échelle.et à huis clos.Œil pour œil, dent pour dent, et silence dans les rangs!», ironise, le sourire amer, un fonctionnaire algérois.De passage à Paris pour seulement quatre jours \u2014 «Mais c\u2019est à cela qu\u2019on reconnaît les vrais pistonnés!», plaisante-t-il en montrant son passeport muni d\u2019un visa «à plusieurs entrées» \u2014, il ne cache pas son anxiété à l\u2019idée de retrouver Alger.Depuis le début de l\u2019automne, dans l\u2019immeuble résidentiel qu\u2019il habite, sur les hauteurs de la capitale, les appartements se vident l\u2019un après l\u2019autre.«Sur mon palier, il n\u2019y a plus que nous, dit-il.Tous nos voisins d\u2019étage ont mis la clé sous la porte.» Lui-même songe à installer sa famille sous un ciel plus serein \u2014 «en France, si possible, sinon en Tunisie».VOIR PAGE A 10: MASSACRES La piraterie contre l\u2019Airbus d\u2019Air France > -?- Un assaut\tI \u2022j audacieux met\tj fin à la prise\ti d\u2019otages\tj Le commando islamiste\t; périt dans l\u2019opération \u2022 « Paris (Reuter) \u2014 Le dramatique détournement d\u2019un\u2019 Airbus A-300 d\u2019Air France par un commando islamisi te algérien s\u2019est achevé hier sur l\u2019aéroport de Marseille par la mort des quatre pirates de l\u2019air et la libération des' quelque 170 otages encore entre leurs mains.Certains de ces ex-otages sont arrivés ce matin à bord de deux Airbus à Paris-Orly.Le ministre de la Défense, François Léotard, les accompagnait, ainsi qu\u2019une quarantaine de membres du Groupement d\u2019intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) qui ont participé à l\u2019assaut.Ces derniers ont été ovationnés à leur arrivée par 200 parents et amis des ex-otages, venus accueillir les leurs.La presse française unanime salue l\u2019exploit des «supergendarmes» qui ont réussi en une vingtaine de minutes à neutraliser les pirates de l\u2019air.Ces derniers, qui avaient abattu trois otages, dont un Français, samedi et dimanche sur l\u2019aéroport d\u2019Alger, se réclamaient du Groupe islamique armé (GIA), le plus radical des mouvements islamistes algériens.L\u2019assaut du GIGN, qui a mis fin à 54 heures d\u2019angoisse, a fait neuf blessés dans les rangs des gendarmes, dont l\u2019un a eu la main arrachée.Il y a trois blessés parmi les membres de l\u2019équipage, dont le commandant de bord.Treize passagers ont été contusionnés.VOIR PAGE A 10: ASSAUT Parizeau, l\u2019homme de l\u2019année.au Canada donald mckenzie PRESSE CANADIENNE Jacques Parizeau a été choisi personnalité publique de l\u2019année 1994 au Canada par les dirigeants des médias membres de la Presse Canadienne à travers le pays.Il est en effet devenu premier ministre du Québec en septembre et il conduit maintenant sa province vers un référendum sur la souveraineté.Après avoir ravi le titre à Jean Chrétien et à Sue Rodriguez cette année, Jacques Parizeau sera aus: un candidat à surveiller en 1995 s\u2019il réussit à convaim les Québécois de dire au revoir au Canada et de pou: suivre leur route seuls.11 a devancé d\u2019un vote son rival politique, Jean Chi _ tien, ainsi que Sue Rodriguez, dont le suicide assista s\u2019est retrouvé au cœur du débat national sur l\u2019euthanasie; Lucien Bouchard est arrivé en quatrième place, avi quatre votes en moins.La plupart des bulletins de vot< ont toutefois été reçus avant l'amputation de sa jam\u2019 gauche le 1er décembre dernier, à la suite d\u2019une inf tion par la bactérie dite «mangeuse de chair».Mais pourquoi Jacques Parizeau, âgé de 64 ans, est-il un personnage si fascinant parmi ceux qui font l'actualitéa «Il a rendu le séparatisme raisonnable et crédible», a indi» qué David Judd, du journal ontarien Brantford Expositor.j John Best, de la station CHCH-TV de Hamilton, a resh tué la contribution de M.Parizeau dans le contexte natiof nal: «(II) a de meilleures chances d\u2019influencer l'avenir dii Canada que n\u2019importe qui défrayant les manchettes au» jourdTiui.» Le PQ a commencé l'année du côté de l\u2019opposition $ Québec, mais il a surveillé, jubilant les sondages qui indü quaient que Daniel Johnson et le Parti libéral, fatigué e{ VOIR PAGE A 10: PARIZEAU I t 4 A 10 1.E I) E V 0 I »., I.E M A R I) I Ü 7 I) E C E M B R E 1 9 9 4 LE DEVOIR ACTUALITES ELTSINE Camoufler le désastre SUITE DE LA PAGE 1 cadavres de soldats empilés les uns sur les autres afin de camoufler le désastre.Un journaliste à l\u2019aéroport de Vladikavkaz, la base principale de l\u2019armée russe pour cette intervention, a vu la triste parade de dizaines de blessés fraîchement arrivés du front Les 50 000 hommes débarqués en Tchétchénie depuis deux semaines répondent à trois armées différentes: le ministère de la Défense, le ministère de l\u2019Intérieur et celui des services secrets, l\u2019ancien KGB.Elles se battent toutes pour le pouvoir et font chacune à leur tête.Devant une telle confusion, le moral des troupes est à son plus bas.Ici, sur la frontière tchétchène, les soldats grelottants creusent des tranchées et se préparent à un Nouvel An misérable.Après leur dure besogne, ces soldats retournent à leur camp de misère, un amas de tentes plantées dans la boue et la neige, en plein milieu des champs de blé.Ils s\u2019entassent parfois à 15 dans chacun de ces abris de fortune qui ressemblent à des yourtes mongoles.Ils se chauffent au charbon, à l\u2019aide d\u2019un petit poêle installé dans le milieu de la seule pièce, et ils vont chercher de l\u2019eau au puits.Ils ménagent les minces provisions envoyées de Vladikavkaz.Chez Albert, un jeune officier qui refuse de donner son nom de famille, les conscrits doivent payer le pain et les biscuits de leur propre poche, malgré leur salaire d\u2019environ 20 $ par mois.Les jeunes soldats ont parfois tellement faim qu\u2019ils abattent des chiens qu\u2019ils font griller sur un petit feu de bois dans la neige.«C\u2019est pas une vie», chuchote Vo-lodia, un soldat de 39 ans des troupes d\u2019élite du ministère de l\u2019Intérieur.Volodia, comme la majorité des soldats qui campent dans les environs du village de Slitpsovsk, n\u2019a pas quitté son campement depuis deux semaines.Il n\u2019a pas regardé la télévision ni lu les journaux.Et lorsqu\u2019on lui décrit les dè gâts des bombardements sur Grozny, il hoche la tête d\u2019un air dégoûté.«Si j\u2019avais le choix, je ne serais pas ici, avoue-t-il tristement.J\u2019obéis aux ordres.» Volodia et ses collègues Dima et Victor déclarent tous sans hésitation qu\u2019ils détestent le commandant suprême de leur armée, Boris Eltsine, ils s\u2019en moquent.Ils avouent aussi qu\u2019ils n\u2019en peuvent plus.Parce qu\u2019en plus de leur condition infecte, les soldats russes doivent aussi se méfier d\u2019une population lo- cale qui les méprise.Sur la route entre Nazran et Grozny, les passants se moquent des jeunes conscrits qui tentent désespérément de sortir leur camion d\u2019un fossé.Les deux pieds dans la boue, ils poussent de toutes leurs forces, mais l\u2019entreprise semble vaine et personne ne les aidera.«Soldiers kill», peut-on lire, écrit en blanc, sur un arbre le long du chemin.En Ingouchie, près de la frontière tchétchène, les habitants n\u2019ont aucune compassion pour la misère des soldats russes.L\u2019armée russe contrôle les routes et les hauteurs, mais dans le village la résistance tçhétchène est maîtresse des lieux.A Cemovosk, un petit village de 2500 habitants, ils seraient 500 à 600 volontaires.«Le jour, nous allons aux champs, mais la nuit nous déposons notre faucille et nous prenons nos fusils», lance Ruslan, le commandant en chef de la résistance du village, qui cite un vieil adage des rebelles afghans.Ainsi, le soir venu, les petits campements de l\u2019armée russe, en plein milieu des champs, deviennent les proies faciles de la résistance.«Parfois, ils tirent, raconte Genia, 18 ans.J\u2019ai peur, mais qu\u2019est-ce que je peux faire?» Genia, comme plusieurs, n\u2019a qu\u2019une envie: partir de cet endroit maudit.MASSACRES Information incomplète SUITE DE LA PAGE 1 Officiellement, l\u2019Algérie n\u2019est pourtant pas en guerre, mais «en lutte» pour «éradiquer le terrorisme».La formule est plus noble.Elle permet de comprendre pourquoi les présumés «massacres», évoqués en coulisse, ne font l\u2019objet d\u2019aucune dépêche.Ou pourquoi le récent rapport d\u2019Am-nesty International, dénonçant les atrocités des terroristes islamistes mais aussi les exactions des forces de sécurité, a été froidement accueilli.Seuls des extraits choisis ont été publiés dans la presse.Très soigneusement sélectionnées, les informations d\u2019ordre sécuritaire, que diffuse l\u2019agence officielle APS \u2014 unique source, dans ce domaine, où les journalistes algériens sont autorisés à puiser \u2014, n\u2019offrent qu\u2019une vision partielle de la situation.Une même logique re^trictiye prévaut à la télévision d\u2019Etat.A cette anémie des médias publics, les éditoriaux, souvent courageux, de la presse privée n\u2019offrent qu\u2019un maigre contrepoids.«Le commentaire, c\u2019est le dernier carré de \u2018liberté\u201d qui nous reste, et j\u2019insiste sur les guillemets!», soupire un confrère algérois.Parmi les principales entraves au métier d\u2019informer, figure, au premier CAZAVAN, MARCEL À l'Hôtel-Dieu de Montréal, le vendredi 23 décembre 1994, à l'âge de 75 ans, est décédé Marcel Cazavan, F.C.A.Époux bien-aimé de Francine Lavigne.Il était le père de Michèle (décédée en 1974), Robert, Pierre et Jean (Esther Lessard).Il laisse également dans le deuil ses petits-enfants Philippe, Sophie, Sarah et Anne, ses beaux-frères et belles-sœurs; le père Gérard Lavigne, Huguette Lavigne et Léopold Nadeau.Exposé mercredi le 28 décembre de 14h00 à 17h00 et de 19h00 à 22h00.Les funérailles auront lieu jeudi le 29 courant.Le convoi funèbre partira du salon Alfred Dallaire Inc., 1111 Laurier Ouest, Outremont, pour se rendre à l\u2019église Saint-Viateur, 183 Bloomfield, Outremont, où le service sera célébré à 11h00 et de là, au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Montréal.Des dons à la Fondation du cœur ou à la Fondation canadienne du rein seraient appréciés.CARON, CHARLES-EUGENE À l\u2019Hôpital Laval, le 23 décembre 1994, à l'âge de 74 ans, est décédé entouré de l'amour des siens M.Charies-Eugè-ne Caron, commerçant retraité.Époux de Dame Suzanne Bordeleau, il demeurait à Sainte-Foy.Une liturgie de la parole fut célébrée dans l'intimité le lundi 26 décembre 1994 à 15h00 en la chapelle du Parc commémoratif la Souvenance.Il laisse dans le deuil ses enfants, et ses belles-filles Marie, Jean-Pierre, Daniel (Huguette Martel), Claude (Rachel Godin), Patrice (Sylvie Bouchard), François (Anne-Sophie Jolin), Christian (Véronique Côté), ses petits-enfants; Frédéric.Laurence, Francis et Catherine ainsi que ses parents et amis(es).Que toute marque de sympathie se traduise par un don à la Fondation de l'Hôpital Laval, 2725 chemin Sainte-Foy, Québec, CIV 4C5 chef, la menace terroriste.Se déplacer, enquêter sur le terrain ou vérifier une, information relève de la gageure.Ecrire, tout simplement, devient un acte de bravoure.Chacun garde à l\u2019esprit l\u2019avertissement, lancé par les extrémistes du Groupe islamique armé (GIA): ceux qui combattent «par la plume» périront «par le glajve».A chaque nouvel assassinat de journaliste \u2014 vingt-quatre ont été tués depuis mai 1993, dont dix-huit pour la seule année 1994 \u2014 la plupart des rédactions voient fondre un peu plus leurs effectifs.Ainsi, sur la quarantaine de journalistes encore présents il y a un an, au siège algérois du quotidien francophone El Watan, il n\u2019en reste aujourd\u2019hui qu\u2019une petite vingtaine.Les représentants de la presse étrangère, doublement vulnérables, se comptent sur les doigts de la main.Le bureau de l\u2019agence Reuter a déménagé à Tunis.Radio France Internationale (RFI) n\u2019a plus de correspondant permanent.L\u2019insécurité grandissante et les difficultés d\u2019obtention de visa expliquent l\u2019absence d\u2019envoyés spéciaux, notamment des télévisions.Le dernier séjour de journalistes de France 2 remonte au mois de juin.Celui de leurs confrères de TF1, au mois de mars.Les seules images disponibles sont celles de la télévision algérienne ou celles, «techniquement meilleures», d\u2019une société privée de production locale.Pour tous, journalistes algériens ou étrangers, la marge de manœuvre se fait de plus en plus étroite: «La plume, la valise ou le cercueil», résumait récemment l\u2019hebdomadaire La Nation.Mais le danger n\u2019explique pas tout Cible privilégiée des tueurs islamistes, le journaliste demeure aussi, face au pouvoir, ce gêneur potentiel, «ce témoin qui doit ravaler ce qu\u2019il sait, ce citoyen nu et désemparé» auquel rendait hommage, dans son dernier billet, publié le matin même de son assassinat, le 3 décembre, le directeur du quotidien Le Matin, Saïd Mekbel.Spectateurs impuissants \u2014 sinon résignés \u2014 d\u2019une dérive meurtrière, où forces de sécurité et groupes islamistes se donnent la réplique, les journalistes sont tenus de se taire.ou de se complaire.Ne leur reste, en guise d\u2019«os à ronger», que des informations tronquées ou savamment manipulées, chacun des protagonistes du conflit s\u2019ingéniant à rendre plus opaque la réalité du pays.C\u2019est ainsi qu\u2019on a vu circuler, à la mi-décembre, un texte virulent, attribué au chef du GIA, annonçant le «ralliement» des troupes de l\u2019Armée islamique du salut (AIS), aile militaire officielle de l\u2019ex-Front islamique du salut (FIS).Ce texte \u2014 comme beaucoup d\u2019autres \u2014 n\u2019était qu\u2019un faux.Rafles et exécutions Le black-out de l\u2019information n\u2019a fait que se durcir, au fil des derniers mois.Chaque camp brandit ses «martyrs», en taisant soigneusement les exactions dont il se rend lui-même coupable.Les dirigeants islamistes se sont ainsi bien gardés de dénoncer les meurtres d\u2019intellectuels ou de militants politiques, de même qu\u2019ils n\u2019ont jamais condamné les enlèvements et les viols perpétrés par leurs troupes, se contentant de dénoncer «l\u2019atteinte portée à l\u2019honneur des familles».De même, la censure quasi totale, imposée par le pouvoir, permet de laisser dans l\u2019ombre les «dérapages inacceptables» dont s\u2019est ému, début décembre, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).Les excès de la répression militaire, contre lesquels le Front des forces socialistes (FFS) et le FLN (ancien parti unique) s\u2019étaient déjà élevés, sont en effet légion.Si les Algériens ne sont pas près d\u2019oublier le mitraillage du lycée de Boufarik par un commando islamiste, qui avait fait, début décembre, les gros titres des journaux, en revanche, personne n\u2019est censé connaître les représailles qui ont suivi cet attentat: rafles et exécutions sommaires ont fait pourtant des dizaines de victimes, essentiellement des jeunes.Censurés également, les «à-côtés» de l\u2019affaire de Mostaganem.Chacun se rappelle les images télévisées des jeunes scouts musulmans, victimes de l\u2019explosion d\u2019une bombe déposée dans le cimetière où était prévue la cérémonie officielle du 1er novembre.Mais les suites de ce drame ont été, elles, sciemment occultées.Les poseurs de bombes, pas plus que les forces de sécurité, n\u2019avaient intérêt, il est vrai, à trop de publicité.Selon plusieurs témoignages, au lendemain de l\u2019attentat, des «émissaires» des islamistes seraient allés présenter «leurs excuses» aux familles endeuillées, offrant à chacune de l\u2019argent «en guise de compensation»: les enfants étaient morts «par erreur», à la place des officiels.Les forces de sécurité ont-elles eu vent de cette visite?A-t-on voulu punir une seconde fois le village-martyr \u2014 qui avait eu le tort, il est vrai, en 1990 et en 1991, de donner une majorité de ses voix aux candidats (ju Front islamique du salut (FIS)?A en croire les mêmes témoignages, la réponse, en tout cas, ne se serait pas fait attendre: «trente-six habitants, dont une femme» auraient été arrêtés, fusillés «en pleine rue», et jetés dans «une fosse commune».Ces méthodes «à la chilienne» n\u2019épargnent aucune région du nord de l\u2019Algérie.Des opérations «d\u2019envergure» ont ainsi été menées, en silence, durant le mois de novembre, dans les environs de Sidi Bel Abbes, de Tissemsilt et de Chief.Dans l\u2019Algérois, près de Bli-da, cinquante-neuf cadavres ont été exposés, il y a moins de trois semaines, sur la route nationale, ce macabre spectacle étant sans doute censé servir d\u2019avertissement à la population, tenue pour favorable aux maquis islamistes.La situation de violence inouïe dans laquelle a sombré le pays semble pour le moment sans issue.Au grand dam des partis d\u2019opposition, dont les critiques, même les plus feutrées, pas plus que les appels à une solution politique, ne sont pris en compte par les autorités.wmmfr:.^ \u2022MM\t.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.