Le devoir, 27 décembre 1910, mardi 27 décembre 1910
PREMIERE ANNEE—No.296 ABONNEMENTS : Edition Quotidienne : CANADA ET ETATS-UNIS.$3.00 UNION POSTALE.$0,00 Edition Hebdomadaire : CANADA.$1.00 ETATS-UNIS.$1.50 UNION POSTALE.$*>’oO MONTREAL, MARDI 27 DECEMBRE, 1910 LE DEVOIR UN SOÜ Lt v;mero • V -:-—- fl*.;- Rédadion et AdminiétkV^n : 7la RUE SA1NT-JACQUL\ MONTREAL ^ TELEPHONES : REDACTION : Main 7460 ADMINISTRATION: Main 7461 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! CREVEZ DE FAIM ! BILLET DU SOIR UN MOT VIF LA CAMPAGNE DE ST-JEAN ETES-VOUS PROPRIETAIRE.?Crevez de faim! C'est rultimatum que le Canada, moniteur offi-?iel du cabinet Gouin, adressait ce matin aux vieilles institutrices.Crevez de faim ! La science administrative et les grands principes veulent que les pensions de retraite, "à quelque degré de l’échelle sociale qu’appartienne le retraité,” soient basées sur ‘‘le traitement que recevait le retraité pendant qu’il était en activité de service.” —Mais ce traitement a été tellement minime qu’il ne nous a pas permis d’économiser un sou ; il a été tellement minime que la pension, basée sur ce traitement, nous laisse dans la misère noire.Crevez de faim! Car—et nous citons textuellement le Canada do ce matin—‘‘il est simplement sentimental, mais absolument contraire à tout principe de bonne administration qu’un employé, qui a consenti pendant qu’il pouvait se rendre utile, à travailler pour un salaire ou un traitement minime, puisse recevoir un salaire ou un traitement égal ou V-périeur lorsqu’il ne peut plus travailler.” —Mais la faim nous talonne, nous ne pouvons plus retenir les services du médecin ou acheter les médicaments qui adouciraient peut-être quelque peu nos derniers jours.Ne pourriez-vous pas—vous qui avez le coeur si large—nous donner au moins un minimum de pension qui éloignerait de quelques jours ou de quelques semaines peut-être la mort prochaine?Nous avons donné notre vie au peuple, ne pourriez-vous pas laisser tomber sur nous un peu de ectte manne dont vous êtes si prodigues pour vos amis?Crevez de faim, répond l’organe officiel du cabinet; ear—et nous citons de nouveau textuellement: ‘'Ce ne serait plus de l’administration: ce serait de la eharifé.Or, quand il s’agit de l’Etat, qui n’est que l’administrateur des fonds qui lui sont confiés pour un objet défini, il ne peut être, question de charité.” Il ne peut être question de charité?Quel est l’exotique qui a écrit cela?Mais la province de Québec—Dieu en soit loué!—a tout un budget spécialement affecté à la charité, et les journalistes importés n’auraient qu’à ouvrir les comptes publics pour le constater.Et s’il est quelqu'un qui mérite que l’Etat se penche sur sa détresse, n’est-ee pas la pauvre femme qui a épuisé sa vie à apprendre à lire aux enfants du peuple?La saine administration, l’orthodoxie économique, les grands principes, quelle sanglante et féroce ironie dégagent ces paroles, lorsqu’on les compare à la réalité que tout le monde connaît ! Les principes d’une sage administration veulent que les richesses nationales soient administrées au point de vue exclusif des intérêts de Ig nation.Ils veulent qu’on n’en dispose que suivant les besoins du pays et dans les conditions qui lui assurent le maximum de rendement.M.Gouin et son ancien chef, M.Parent ont sacrifié nos forêts et certaines de nos forces hydrauliques clans des conditions (pii éloignaient toute concurrence sérieuse, qui assuraient à quelques spéculateurs des bénéfices énormes.Le bon sens et la saine administration veulent que le gouvernement fasse appel à la plus large concurrence, qu'il donne par soumissions tons ses gros contrats.Et l’on a supprimé toute concurrence, on a renoncé au principe des soumissions pour assurer au Soleil et au Canada les contrats qui les font vivre.Et c’est en présence de ces faits que les bénéficiaires d’un pareil régime viennent invoquer l’orthodoxie économique et les principes de sage administration pour refuser aux vieilles institutrices un morceau de pain! Eu refus brutal, couché dans le langage le plus grossier, eût été moins insultant, dans la réalité des choses, que cette ignoble et doucereuse dissertation politico-économique qui aboutit au même résultat.Le Canada écrit: “Et puisqu’on nous parle encore des pensions de retraite des instituteurs et des institutrices." Lui et ses maîtres peuvent être assurés qu’ils en entendront encore et de plus en plus parler.ils valait rien; ils vivotaient, nY-taicnt ps's pfopriétaire.s, n’avaient guère de colliers -de perles: a meltro au cou do leurs femmes, dune, d’après Al.Brodeur—-celui de Kainl-Césnire ils étaient quantité négligeable, tout comme les nationalistes d'aujourd'hui.Le pouvoir h-s a ronippés, les a embourgeoises, les a rentés, leur a donné des maisons, des équipages, «les automobiles avec des chauffeurs en livrée, des actions de banques, et, du coup, pjutl.Les voilà importants ils ont des idées géniales, l'acide de la critique ne saurait mordre sur leurs desseins, ils sont devenus infaillibles.Sans le pouvoir, sans For, ils in' le fussent point.G'est M.Brodeur «pii le dit.Kst-1-ii propriétaire, rentier, millionnaire et marié?—Non, je* suis journaliste d’opposition.Alors, vieux, ton opinion me semblait intéressante.Mais si tu ne paies pas de taxes foncières, si lu n'as seulement pas de femme et d’enfants, cours eu ennuyer d’autres.Al.Brodeur Fa.dit, seuls les propriétaires et les gens mariés ont le droit d’avoir des opinions .sinisées.—Lui, ça n ’y paraît pas, qu’il soil propriétaire et père «le famille! ANDRE VERlaOIS.En parlera-t-il ?M.Tiisihervaii.miuistrf’ ili-.- Iruvanx publias à QiuMipo.v.-i aller an feu, «laie «Sailli-Jean.M.Taschereau y pnrlera-i-il de la marine de guerre ! A Toronto, l’an deniier, i! ne s'est pas fait faute de dire que tous les Canadiens de Québec étaient prêts à prendre pari à toutes les guerres de l'U.in-pirc.M.Taschereau parlait comme ministre.sous l'œil paterne «le sir Lomer Gouin.A Saint-Jean.M.Taschereau parlera encore en sa qualité de ministre.Abordera-t-il lo sujet do la marine ?Tarions «pic non.M.Gouin a dit lo endenassor.do oo efité-là.! Et pourquoi Al.Taschereau n'en parlerait-il pas ?Est-ce parce quo lo co«| de Dnimmond-Arthabnska a chanté qu’il va renier ses paroles «le Toronto?ERRATUM Dans mon article do lundi il s'est glissé une erreur quo jo tiens à rectifii’i immédiatement.Sous l’empire de la loi actuelle les retenues sont obligatoirement prélevée» sur le traitement dos institutrices.Le fonctionnement mémo de la loi empêche celles-ci de laisser uc-eumuler des arrérages.— 0.H.L’interview de M.Bourassa Nous publions on deuxième page ht texte do la première interview de M.Bourassa à ln Libre Parole, de Paris.JULIEN MAUBERT. O LE DEVOT!?, Mardi, 27 D'wmbro, 1910.UN CONFLIT AU CANADA TroischevauxasPhv»“ TRIBUNE LIBRE Langue anglaise ou langue française SUR CE GRAVE SUJET UN HOMME D’ETAT CANADIEN, M.HENRI BOURASSA, DONNE SON AVISA UN REDACTEUR DE “LA LI BRE PAROLE \ Nous extrayons dr la Libre Faroln de Paris, ijudum-o du I I décembre 1010, le texte et les titres de l’interview suivante : M.Henri Poura~-it, I mminent homme d Etat canadien, est de passage à Paris.Le rôle considérable qu’il joue dans son pays en fait une personnalité de premier plan.Récemment, au cou» du Congrès Kucha ris tique de Montréal, M.P»oura s;l eut J’oec/isioii de prendre, avec une chaleureuse éloquence, la défense de la langue française è Kor’casion d’un discours de Mgr Bourne, archevêque de Westminster , le vénérable primai d Angleterre recommandait l’usage de la langue anglaise pour la propagande du catholicisme en Amérique.M.Bou-rassa, avec tout le tact et la déférence due à un prince de l’Eglise, mais avec non moins de fermeté, montra les défauts de Cette thèse eu ce qui concerne le Canada, au moins.Ce discours, qui produisit grande impression, fit l’admiration des pré bit s français présents à lft cérémonie ; on se souvient que Mgr Touche!.évêque d’Orléans, s’en fit l’écho dans une revue parisienne.Nous avons été demander à M.Bou-l'assa de vouloir bien nous exposer, pour les lecteurs de "La Libre Pamle”, l’origine et Létal de ce conflit palpi tant qui intéresse tout particulière ment la Franco.Le conflit, nous a t il dit.n’est, pas nouveau.Dès la conquête, en I7LH, L Vngleterre comprit que |.v-: (jO.O(K) Lrnncais du Canada ne seraient assimiles que par La langue.Les autorités anglaises s effoicèo nt d’imiioser aux Canadiens français l’u-age exclusif de l'anglais, la mentalité anglaise.Crnce à leur foi, à leur endurance et à Faction de leur clergé, les Canadiens résistèrent.I j révolution américaine nous sauva.Le gouvernement an gin is comprit q ue, pour conserver à la t i ramie Bretagne la moitié de 1 \mé.rique du Nord aussi étendue que IT.u-rope il fallait donner aux f'amulien-im régime plus généreux que |:, non ^ elle ci\ ilisatuon américaine.La paix (‘onehu» eut le l’Aughdene et Li liépu bli que Airiéricaine.les buieaUerates anglais firent de nouveau he-er leur joug sur les Canadiens français.La lut le re commença.I .es Canadiens fils de Ndi nmnds, fie Picards, de Poitevins ei d’Angevins, du dix septième i 'cle prépares par leur atavome au réu i me t anglo-normand, réclainèreni Li plénilu de de leurs droits de citoyens britamii fpies.Ils 1 l'on\èrent de alliés naturels chez les Colons d'oriame anglais» .Vprès des conflits jirolongés et parfoi-sanglants |)iison, échafainl.exil ils obtinrent à pou près ce qu'ils réclamaient.I ne nouvelle école naquit en Angleterre celle qui reconnut aux minorités le droit à |,, liberté »>t au '¦fair phu ” britannique, et aux colonies le droit an "self-government’’.Cet-te longue histoire, que j’abrège, et que la Fiance a trop ignoré, , vous fera comprendre pourquoi cous somme a la fois, si profondément catholiques, h rançais et Britanii'.ques.( L ari' à 1 Angleterre, nous avons subi la perd ration qui fortifie n a outrance fie* catholiques de toute origine ethnique.Au Canada, eettr ecole a ses disciples, et L éminent archevêque de Westminster, Mgr Bour cc - en est lait , ms le savoir absolument peut être.Binterprète et le protagoniste au Congrès eucharistique de Mont real < et te ecole a ses tenants à Rome.I .lle y fait valoir la thèse que les mitions lat mes persécutant et abandonnant l’Eglise, il faut se rapprocher «les nations saxonnes.Je ne veilx p«s discuter aujourd hui la these generale, mais au Canada -et pat tout et» serait, une erreur profonde de lier le sort de l’Eglise mi prestige OU a la puissance matérielle et polit i que d une race ou d’une nation.Nous m' demandons pas que le catholicisme, en Vmerique, soit français plutôt qu anglais .mais nous réclamons rexpfieiueusement de l’EgLse.comnie mais avons conquis de l’Etat, le droit 'de vivre et de laisser vivre”.De [Jus, nous croyons pouvoir affirmer, sans chauvinisme, que la province de Qimbcc eottstitm», par son organisation propres, par ses traditions, par ses «mivrcs d'enseignement el de bi entai-i sanee, un fo\ (»r intense, sans égal.d’ac-! 1 ion eut ludique, et qu’en éteignant ou .en affaiblissant ee lover, on affaiblira ! le catliol icisme en \méii»jue.h.nfin.trois cents ans de péjoui, di» ! luttes et
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