Le devoir, 10 mai 1917, jeudi 10 mai 1917
VOLUME VIII—No 109 MONTREAL, JEUDI 10 MAI 1917 DEUX SOUS LE NUMERO 4, Abonnements par la poste : Edition quotidienne CANADA ET ETATS-UNIS.$5 00 UNION POSTALE.8 00 Édition hebdomadaire CANADA.82 00 ETATS-UNIS.8 50 UNION POSTALE .*.3 00 v-.iv Rédaction et administration : 43, RUE SAINT-VINCENT MONTRÉAL.TELEPHONES:' ADMINISTRATION: Main 7461 RÉDACTION: .Main 7460 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! L’INTERVENTION AMERICAINE IV Torpillage du “Lusitania”: démission de M.Bryan — Derniers efforts pour la paix: message du président aux belligérants, son programme de paix.En mai 1915, Te Lusitania était torpillé.L’émotion fut intense.D’aucuns affirment qu’à ce moment, l’opinion publique eût accueilli avec faveur une déclaration de guerre.Ce n’est pas si sûr que cela.La démission immédiate de M.Bryan, dont la popularité et l’influence, quoi qu’on en dise, restent.considérables, aurait certainement provoqué une forte opposition.Les arguments convaincants dont il se servit, quelques jours plus tard, pour justifier son attitude contribuèrent d’autant plus à calmer l’indignation populaire qu’il fut bientôt connu qu’après la démission du secrétaire d’Etat, la note de protestation de son successeur, M.Lansing, avait subi de notables adoucissements.L’incertitude générale sur ta nature de la cargaison du Lusitania, l’affirmation des Allemands qu’elle se composait en partie de contrebande de guerre et de plus, que le vaisseau était armé, Ta promesse conditionnelle du gouvernement allemand de ne plus couler de navires sans avis et de veiller au sauvetage des voyageurs et des équipages — tout cela apparut, aux yeux d’un grand nombre, comme de suffisantes atténuations du crime.De tous les Américains avec qui j’ai causé, celui qui m’a affirmé avec Te plus d’assurance qu’au moment du désastre, l’opinion était mûre pour la guerre, reconnaissait avec la môme franchise qu’à peu de jours de là.la réaction était suffi santé pour empêcher l’action du président.Ceci n’indique pas un sentiment très profond.La réaction fut d’autant plus marquée que, d’une part, les Allemands observèrent, quelque temps, Tes garanties condition nelles données au président et que, d’autre part, les Anglais multiplièrent les recherches et les saisies maritimes et se mirent à intercepter les malles américaines afin d’y chercher la trace des intrigues aiiemandes aux Etats-Unis.A un certain moment, l’opinion américaine, exclusivement américaine, eût accueilli aussi favorablement une rupture de relations avec l’Angleterre qu’une prise d’armes contre l’Allemagne.Ceci pour l’opinion agressive.Quant aux pacifistes, ils étaient généralement disposés, comme leur chef virtuel, AL Bryan, à considérer les opérations anglaises et allemandes comme également vexatoires, comme une double conséquence de l’état de guerre, qu’il valait mieux accepter en patience plutôt que d’accroître le cataclysme en s’y précipitant.Tel était l’état général des esprits au moment de l’élection présidentielle de novembre.J’en ai analysé sommairement, pour les lecteurs du Devoir, le caractère et la portée: inutile d’y revenir1.On ne saurait trop répéter, cependant, que la réélection du président fut, de l’aveu de tous les hommes sincères et avertis, un éclatant et péremptoire témoignage du désir du peuple américain d’éviter Jes dangers et le fardeau de >a guerre.Un détail curieux de cette élection, c’est le désarroi momentané pfelle a causé dans la propagande dos journaux affiliés à la junte de Wall Street, autant que dans la presse anglophobe ou germanophile^ La manoeuvre prudente de M.Wilson et la tactique plus grossière mais non moins déconcertante de M.Hughes, déroutèrent également partisans et adversaires de l’intervention.* * * L’élection faite, la presse anglophile reprit son aplomb et sa campagne.Conduite par une direction unique et un dessein arrêté, de plus favorisée par les circonstances, elle montra infiniment plus de force et d’habileté que la presse anti-interventionniste, tiraillée en tous sens par les irlandais anglophobes (eux-mêmes fractionnés en plusieurs groupes), les germanophiles et les pacifistes outraneiers.Une solution devenait urgente.Pierpont Morgan et ses associés avaient souscrit, à titre ^underwriters, pour des centaines de millions valant de valeurs anglaises, françaises, etc.Mais ils n’avaient réussi à en placer qu’une fraction.Le reste leur restait sur les bras.Le bureau de contrôlé des banques fédérales avaient même interdit l'achat, par ces institutions, d’une trop forte proportion de valeurs étrangères.Seule une déclaration de guerre, immédiatement suivie de la levée de l’embargo sur les valeurs étrangères, de provenance ententiste, puis d’une émission considérable de papier d’Etat, qu'il serait possible de substituer ou d’ajouter, comme garantie, aux titres d’emprunt des gouvernements de l’Entente, pouvait sauver de la banqueroute plusieurs des underwriters, peut-être même 'la puissante maison Morgan.La répercussion sur le marché de Londres aurait été formidable.En résumé, pour le maintien de la puissance économique de l’An-, gletorre, il fallait que les Etats-Unis déclarent ta guerre.Qu’on ne perde pas de vue cet aspect de la .situation: il domine tous les autres.M.Lansing y pensait-il lorsqu’il déclarait, au lendemain de l’invite à la paix formulée par Je président: “Jamais nous n’avons été aussi près de la guerre’’ ?Cette déclaration du secrétaire d’Etat, du principal aviseur du président, parut extraordinaire, folle meme, aux yeux d’une foule de gens habitués à tout juger sans rien connaître.La suite des événements a démontré qu’au contraire cette brève note d’alarme était éminemment opportune, Avec une remarquable intelligence de ses propres intérêts, et aussi de l’opinion américaine, le groupe de financiers anglo-américains, intéressé à précipiter les Etats-Unis dans le conflit, s'attacha presque exclusivement à la campagne sous-marine, celle des opérations de guerre de l’Allemagne qui menace le plus directement l’Angleterre.Pour combattre la réaction dont j’ai parlé il y a un instant, elle s’employa constamment à rejeter dans l’ombre les inconvénients du blocus anglais et les tracasseries de T Amirauté britannique, et à mettre en pleine lumière l'aspect odieux des torpillages allemands.Presque chaque jour, elle évoquait les spectres flottants des noyés du Lusitania.Elle trouva même le moyen de répandre l’impression que l’interception des correspondances américaines parles autorités anglaises, qui avait si fort indigné les Américains, au début, constituait en réalité une mesure de protection pour les Etats-Unis: elle .avait permis, au gouvernement américain de découvrir les complots allemands contre la république.Cette tactique avait l’immense avantage de placer la discussion sur un terrain qui en appelait à Ta fois à l’intérêt et à la sentimentalité des Américains.La reprise accentuée des opérations sous-marines et le torpillage de quelques navires américains apportèrent un regain do succès à cette piopagande.* # # faire triompher les uns et d’atteindre les autres, par les armes d’abord, puis dans la négociation des traites.Rarement, jamais peut-être, un chef d’Etat a montré un tel souci de scs responsabilités, une prévision st grande des conséquences de ses actes.C’est un acte de haute politique, marqué au coin de la plus parfaite loyauté.Henri BOURASSA.BILLET DU SOIR LE SEUL Les hommes reprochent souvent leur vanité aux femmes.Celles-ci auraient beau jeu de leur répondre, — de quoi elles ne se privent pas toujours, — que sur ce point comme sur celui de la langue, beaucoup d’hommes sont femmes, ainsi que Va dit le fabuliste.Nos politiciens, moins encore que qui que ce soit, ne sauraient faire de la vanité l’apanage exclusif de leurs soeurs.A ce sujet, le juge Longley rapporte dans un court volume sur sir Charles Tapper cette anecdote amusante, de nature à montrer jusqu’à quel point sir John Macdonald savait exploiter, pour l’avantage de son parti, jusqu’aux faibles de ses gens.Un jour, il se produit une vacance au sénat.Le nouveau sénateur doit être de la Nouvelle- Ecosse.Un politicien conserva- 0 rn0^e ma^ Dprr' leur de la région, victorieux par une faible majorité dans un comté peu sûr, aux récentes élections fédérales, ambitionne le poste à la Chambre Haute.Ami intime de sir Charles Tapper, U va lui annoncer sa candidature, lui disant: “J’aurai j,___.v *- no/re appui?” Sir Charles, couvain-: ,.e,s^acc cn i e., a ma,son et la rue.que d’ennuis on se fut évité.Si on l’avait adopté il y a cinq ou six ans seulement, quand nous le réclamions, on eut conjuré une foule de complications qui se présentent aujourd'hui.Il nous paraît difficile de donner un effet rétroactif à la loi bien que ce serait notre plus cher désir qu’il en fut ainsi, mais que le comité de législation se.range au moins à l’avis de M.Chaussée, pour l’avenir.Qu’on statue que toutes les maisons nouvelles et toutes celles qui seront remodelées bannissent ces terribles casse-cous.Est-il besoin d’insister sur la laideur de cette architecture des tribiis lacustres.Elle n’est pas d’ailleurs condamnable au seul point de vue esthétique.D’un entretien difficile, exposant les occupants des étages supérieurs à des chutes graves, ces escaliers qui “tirbouchonnent” quelques fois jusqu’au 3ième, assombrissent le rez-de-chaussée et l’hygiène s’en acéré leur cara-casse, les déchets s’accumulent à l’aise, dérobés à l’oeil du public, la neige s’entasse, l’humidité séjourne.Au reste, la loi qui les autorisait était baroque.Elle avait pour but d’élargir le trottoir, de laisser plus Ira qu’un tel choix serait malheu reux, dit an bonhomme: “Retournez chez vous, mon ami.Je ne puis me rendre à votre désir”.L'autre part, faisant claquer tes portes.Il re rend chez le premier ministre, sir John Macdonald.Dès que celui-ci le voit arriver, il lui tend la main, souriant, empressé: “Tiens, tiens, comme ça se trouve! Vous êtes justement l’homme que je veux voir! Il y a vacance nu sénat, vous êtes tout indiqué pour la remplir.Personne, dans toute la Nouvelle-Ecosse, ne ferait un meilleur sénateur que vous.Je Vous voudrais déjà installé.Mais tout le monde me dit cependant dans te pays que vous êtes le peut homme capable de remporter une élection dans le comté de Or en permettant la construction des escaliers en saillie elle annulait son effet.Qu’on regarde dans certaines rues et c’est à peine s’il reste derrière la ligne homologuée quelques pieds de terrain libre.Nous espérons donc encore une fois que le comité de législation donnera la plus sérieuse attention au projet de M.Chaussé.Remédier au passé peut offrir de grandes difficultés mais il n’en va pas de même de l’avenir et la recommandation le conseil de l’architecte municipal doit être accepté au moins pour ce temps.Mais nous permettra-t-on de le redire une centième fois, nos commissaires comme nos échevins s’éviteraient de la peine et Tennui que les profanes éprouvent toujours d’aborder Té- Est-ce 7-r«-— ^ vrai?” L’autre, flatté vivement, tude de questions techniques s’ils .,n.s» à la page va.La malice eût été encore grande si le ministre du Trava plus A huit heures, M.Lemieux -s’est défendu d’avoir répété mot à mot, ou a peu près, son discours do I an dernier, et a insisté sur l’im-poritan.ee de la question soulevée par oui.Il demande que le gouvernement prenne syr les estimes supplémentaires les fonds nécessaires à la diffusion de l’éducation technique.Quart à sa motion, étant donné que Je gouvernement en accepte le principe, il se déclare satisfait c* accepte l’amendement Foster qui est adopté à ITinanimi-te., Les femmes dans les bureaux de l’État La motion numéro 13 était inscrite au nom de (M.*Boulay, dans les termes suivants : “ Que dans l’opinion de cette Chambre, le gouvernement devrait decider qu’à l'avenir il ne sera employé que des personnes du sexe masculin dans toutes les positions comportant un salaire de huit cents piastres ou plus, et que d& plus il sera nommé un commissaire special charge de la surveillance du travail des employés de chaque ministère ou départemant.” M.Boulay a expliqué sa motion en français.Il trouve que trop de femmes et d - jeunes filles détiennent des positions dans le service civil.Il admet bien qu’une pauvre veuve, par exemple,, y trouve les moyens de subsistance de sa famille, ma.u il n’est pas bon, trouve-¦i-ji.que tant d • jeunes filles n’aient d autre ambition dans la vie que de.toucher un salaire assuré, qu’elles emploient presque uniquement à l’achat de toilettes, poudres et parfums.C’eut une bien mauvaise préparation à l’état conjugal.dit M.Boulav.que de ne se préparer pendant des mois qu’à subir avec succès des examens pour le service civil.Il y g deux plaies a Ottawa, dit-il ; ies théâdres-einé-dans les bu-1 , ., .,, 11 eut] mas et les femme f.ce moment repris son siege, mars, remix.La femme n'est pas faite ex- j pour le rond-de-cuir, elle est (faite pour la vie conjugale et la maternité, d'î-Ü.M.Bouiay suggère donc 1 crut devoir ajouter une autre cusc à son laconisme.“Les écolesI techniques sont une chose excellen- ièvenÆT&d&nt C’,e^ aS à 3 °mie llesi diminuant les appointements qu'l M.VerviMe n’est pas content de cette phrase.En quelques phrases.H blâme l’apathie du ministre et témoigne lui aussi de la nécessité l’éducation technique, qui fait l’ouvrier un homme développé, plusi sites de l utile à lui-même, à sa famille et à! est M Boulav s'é'rve f?n.P_a>'s:.Ne 'nô?!i«ez Pas.salaires trop élevés et contre paresseux.“ Un homme gagnant quatre mi,lie piastres à meme les fonds nubiles, dit-il, et qui trouve qu’il n’en a pas assez, mérite d’être mis à la porte sans retard.Mais ce oni justement ceux-là qui tra- nnansme en Hü_____ qu’il mur offre.Pas de femmes pavées plus cher que huit cents dollars par année ; et quant aux hommes, que ceux qui sont mariés- gagnent de( toujours cent piastres par an de de.plus que les célibataires.— para-ia société.Pendant qu’il j pli* la donner aux jeunes générations, pour les reconstructions de demain, Mieux que le “ Québec & Saguenay” M.Burnham, M.MacKenzie, M.Thornton, abondent dans le même sens, en de brèves déclarations, M.Macdonald, de Piéton, y met plus qu it y contre les es .- qui vaillent le moins, s’écrie-t-il.Us arrivent à leur bureau à onze heures du matin, et croient avoir rempli leur devoir en donnant trois ou d’insistance et d'esprit combatif.H j quatre heures par jour au pays qui ote les gaiis b ki ne s que paraît avoir les paie.Il vaudrait mieux les di-mis l'Opposition pour traiter de.minuer et augmenter le maigre recette question, et sert la soupe chau-j venu des classes inférieures du do au gouvernement pendant que]-; service civil, qui peinent et sonf-ques minutes.Il est pourtant aussi i front avec des cinq cents piastres important, dit-il, de développer les] Par année.” Ici M.Boulay donne capacités précieuses de nos jeunes, lecture d’une lettre reçue d’un gens que de gaspiller des sept à huiti malheureux fonctionnaire à cinq millions de l’argent du peuple pour; cents piastres, obligé de'fairt vivre .—’ J ' parti au) là-dessus une famille et ses vieux débarrasser les amis du pouvoir de certains chemins do fer embarrassants, comme on a fait avec •le Qnébec-Saguenay à la fin de la session dernière.Par ailLeurs, continue M.Macdonald, où en serions-nous aujourd’hui pour la fabrication des munitions sans les services habiles de nos jeunes ouvriers techniciens?Il importe donc à tout point de vue de donner suite aux conclusions du rapport; et le gouvernement n’a qu'à diminuer ses dépenses, s’il trouve qu’il n’a pas assez d'argent pour donner au peuple le! bienfait qu’il réclame.Le débat a été résumé par M.Fos-I larcntx.“ Je dis qu’il y a là des: injustices criantes, dit le député, de Him ou.ski, et il est grand tempts que je gouvernement fasse quelque chose pour ces pauvres gens.Heureusement, nous avons été informés que le ministre dïs l-iauncéa s’eu est rendu cosnpte et qu’il est A étudier une mesure en ce sens.Il faut espérer que ce sera fait le plus vite possible.” M.Boulay suggère ensuite la nomination d’une sorte d’inspecteur dans chaque département, afin de (Suite à la le me page) V OL.Vin—No 109 •A LE DEVOIR.MONTREAL, JEUDI 10 MAI 1917 LETTRES AU “DEVOIR” ' /ft CHOMES MUNICIPALE» —________ —( 'r’A'y&wn Mohii np ptiblionfi /|«* lettre» nien#e«, oa de» communiration» ae eompapnée» d'une lettre aign^e.arec »drea»e authentique.I.e» eorreapondnnt» anonyme» a‘é porgnernient du papier, de l'encre, un timhre-pOBte.et.h noua une perte le tern p», a’Ils voulaient bien en prendre note définitivement.SOUVENIRS DE 1911 Nous recevons de l'un de nos Iro-hurs des Cantons de l’Est la note sulvantt* : "./c nous adrennp un cxciniitulre
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