Le devoir, 24 juin 2000, Cahier C
I.K l> K V O I K .L K S S A M K I) t 2 4 K T I) I M A X l H K » LE DEVOIR «— J r I X 2 t* 0 O S angers Sex mob CORY WELLS BRAUN Don Bvron Paul Bley CHRONIQUE Godzilla ! Page C 2 JOANN SAVIO Dave Douglas UN IJEU, UN CRÉATEUR: Claude Lamothe Page C 3 FORMES Stark Page C 7 JARDINS Le bon grain et Vivraie Page C 8 Cinéma Page C 4 Disques Page C 5 Vous serez prêts: c’est le 29 juin que s’ouvre la 21e édition du Festival international de jazz de Montréal.Elle filera un train d’enfer jusqu’au 9 juillet Nous serons là tous les jours, il va sans dire.Cette année encore, le Festival entraînera son lot de découvertes, dont voici un aperçu.Petite incursion dans l’avant-garde du jazz.John Zorn SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Cy est une histoire dont les premiers balbutiements furent bégayés dans un bar qui ne s’appelait pas le Bateau ivre mais bien La Crête de la colline.En langue beatlema-niaque, soit en langue pop, cette crête de la colline à la hauteur inconnue s’appelle The Hillcrest.On précise cela non pas parce qu’on est farfelu mais précisionniste.The Hillcrest était, car il n’est plus, un club de Los Angeles dans les années 50.Des rumeurs veulent que Raymond Chandler, l’auteur divin du Grand sommeil, ait siroté son liquide favori, le dry-martini, en ce lieu.À l’époque, Chandler présent ou pas, Paul Bley était le pianiste à résidence.Tous les soirs de l'an 1957, il dirigeait, très librement il est vrai, un trio composé de Hal Gaylor à la contrebasse et Lennie McBrowne à la batterie.Succès aidant, il ajouta un quatrième lascar .à sa troupe: le vibraphoniste Dave Pike.VOIR PAGE C 2: JAZZ X I.K I» h V U I K .I.K S S A M K IM 2 1 K I l> I M A \ ( Il K '> J V I X 2 (Ml 0 (' 2 ?Le Godzilla des arts Tokyo — C’est à l'aube que ça se passe.Du moins, quand la ville mastodonte s’éveille, on croit sentir son pouls battre en même temps que le nôtre.Après, tout ira trop vite, et le rythme effréné nous engloutira.Matinaux, qu’ils sont, ces Japonais.Moi aussi.Le décalage horaire aidant, en panne de sommeil, je me lève à 5h, tourne le dos vite fait à mon grand hôtel, trop pareil à tous les grands hôtels du monde.A moi, me dis-je un brin candidement, le vrai Tokyo! Mais y a-t-il un vraj Tokyo?A première vue, la ville apparait moderne jusqu’au vertige.De bombardements de guerre en tremblements de terre, de décombres en reconstructions devait fleurir cette cacophonie architecturale incongrue, en pointes, en rondeurs, en tours, en soucoupes, tous styles confondus, le temple écrasé sous l’énorme building voisin.Cacophonie urbaine, donc baroque et époustouflante, baptisée Tokyo.Cette Métropolis sera-t-elle anéantie par un séisme ou un Godzilla?Pas avant demain, j’espère.Aujourd’hui, la saison des pluies fait trêve.J'implore le monstre et l’échelle de Richter de me laisser savourer à l'aube, tranquillement, mon thé vert au Marché des poissons.Au royaume des poulpes géants et des thons énormes, la foule nippone semble retrouver soudain ses sources.Sans doute suffisait-il de gratter la surface des néons pour que l’Orient reprenne tous ses droits.L'Empire du Soleil levant ne se savoure si bien qu'au soleil levant.Dans une petite échoppe transformée en café ouvert sur une ruelle du dédale, je regarde s'agiter ces poissonniers à grands tabliers, ces femmes pressées qui magasinent le repas du jour, ce paysan émergeant de sa rizière avec son chapeau conique.Pourquoi la propriétaire du café, rieuse, gentille, en un élan subit, m’offre-t-elle un porte-bon- Odile 'J Tremblay heur?Allez savoir, mais son geste ensoleillera ma journée.Et d’accrocher une ravissante petite feuille de tissu piquée d’une clochette à mon sac à main.À chacun de mes pas tintera désormais le grigri.Je remercie la dame d’un «arigato!» ravi.C'est bête, mais, du coup, je me sens presque chez moi.Bon, me voici à Tokyo, aspirée dans un voyage de presse tricoté serre pour les journalistes culturels.La Japan Foundation a invité, avant le sommet du G8 en juillet à Okinawa, 24 d’entre nous, petite grappe internationale, afin de dérouler devant nos yeux son éventail culturel.S’entassent à bord de cette galère des reporters du Monde, de la BBC, de Variety, de La Re-pubblka.Russes, Allemands, Néerlandais, Portugais, trois Canadiens (je suis la seule Québécoise), sans compter les autres.Vous dire le nombre d’activités qu’on s’enfile ici tambour battant.Ça roule d’un fascinant spectacle de kabuki à une exposition du génial designer Issey Miyake, en passant par des visites de studios d’animation.Par ici le théâtre contemporain, le cinéma indépendant, les rencontres avec des directeurs de musées.Kyoto, Hiroshima et Okinawa seront même servis en poussesrafé.Ouf! D'où quand même ce bonheur volé du marché des poissons à l'aube, avant l'appel du groupe.Aurons-nous saisi quelque chose de l'âme japonaise après ces deux semaines trépidantes?Bien prétentieux qui pourrait le croire.Il faudrait parler la langue, s’amarrer ici durant des lunes, faire le vide, devenir zen, un coup parti.Vaste programme qui n’est point le nôtre.L'autobus nous charge, nous décharge.Hop, on arrive au musée! Et suivez le guide! N’empêche.On aura au retour la tête farcie de données disparates à mettre en ordre, de discours de langue de bois à éliminer, de réalités à décoder.Et puisqu’il est question de culture japonaise à travers cette folle tournée, aussi bien le préciser dare-dare: celle-ci, malgré les talents étalés, apparait à vue de nez assez mal en point merci.Mais non, allez! Ce n’est pas demain la veille que s’écrouleront les arts traditionnels, si vivaces.L'Etat posera encore sa main protectrice sur les vénérables tètes du nô, du kabuki, de la poterie, des musées historiques.Cela dit le Japon d'aujourd’hui s’enfonce à deux pieds dans sa crise économique, et la culture vacille avec elle.L'archipel d'avant-guerre misait sur son armée; celui d’après le chaos fit ses courbettes au veau d’or de l'économie.Depuis, crise des banques, faillites.Ouille! Envolée, l’époque pourtant récente où les dirigeants des grosses entreprises s’offraient, chic du chic, un beau Van Gogh à prix d'or.Au cours des prospères aimées 80 et début 90, les grandes entreprises ont financé et administré toutes sortes de musées qui ont poussé ici comme des champignons, sans contrôle ni études de marché.Ils ferment à la queue leu leu, arts contemporains en tète de liste.Ai-je dit qu’il n’existe au Japon ni ministère de la Culture, ni même de loi-cadre en ce domaine, mais des subdivisions de ministère gérant des morceaux du puzzle?Non?En tout cas, tel est le tableau que les dramaturges et les conservateurs de musées nous tracent, la mine sombre.Sans le mécénat prive, ça s’écroule.C’est la patte de Godzilla qui écrabouillé le superflu, les arts en l'occurrence.Prenez le Musée d’art contemporain de Tokyo.Privé cette année du quart de son budget, le pauvre ne peut pas orchestrer d’expositions internationales ni acquérir quoi que ce soit.Bonjour la disette! Même topo au Centre d’intercommunication ICC, consacré aux nouveaux médias et aux œuvres d'avant-garde.Celui-ci roulait avec les fonds d’une grosse compagnie de téléphone.Cette dernière n’a plus le cœur ni le portefeuille, placés à gauche côté mécénat.Dès l’automne prochain, les locaux du musée tiendront dans un garde-robe, ou presque.Ensuite?Ça.C’est qu'ils gémissent, les amoureux des arts.Le conservateur Fumio Nanjo, qui prépare la grosse Triennale d’art contemporain de Yokohama en 2001 (même Yoko Ono sçra du bal), espère que l'événement sensibilisera l’Etat à la cause.Ailleurs, d’autres voix protestent «Mieux vaudrait financer des projets permanents que de tout engloutir dans une triennale gloutonne.- Qui parle culture ici finit par soupirer de désespoir.Quant aux stratégies communes, elles manquent à l'appel.Dur! Nul besoin d'antennes pour comprendre très vite que la modernité des arts ne titille guère la fibre collective sur les tatamis.Le pays roule encore sur le culte du dieu qui l’a si bien trahi; les affaires, les affaires, les affaires.«Après la militaire, la financière, le Japon s’offrira une révolution culturelle-, prédit un jeune dramaturge optimiste.Et d'écarter l'ombre de Godzilla broyant l'art en sa demeure.On attend le retour de l’aube dans l'Empire du Soleil levant.otrem blayèfi ledevoir.com JAZZ Paul Bley et John Zorn sont les deux faces d’un même visage John Zorn m rlm’t tàôulfwe l ù Des forfaits-hébergement à partir de 19.95$ (par pers occ.double) • (coucher d’éjeuner et .accès au site) / Visitez agggsite ^ , .wvmsaint eanportioli.com ou téléphonez au 41 “ B Association touristique Chaudière Appalaches 1 888 831 4411 Pour des vacances gui bougent.{¦’est l'nleal.Québec! www.chaudapp.qc.ca SUITE DE LA PAGE C 1 Au bout de quelques mois, Gay-lor décida d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs.Comme Bley avait imposé la politique consistant à ce que celui qui met les bouts, trouve un remplaçant, Gaylor lui souffla le nom d’un jeune contrebassiste inconnu: Charlie Haden.Celui-ci était alors si petit budget, il était si fauché, qu’il arriva pieds nus à l'audition.Qu’importe! Ses notes étaient si rondes qu'il fut engagé sur-le-champ.Peu après, Billy Higgins, batteur alors méconnu, intégra le groupe de Bley.Le Hillcrest était situé sur Washington Boulevard au beau milieu du ghetto noir de Los Angeles.Souvent Charles Mingus et Dexter Gordon, deux enfants de la cité des anges, se joignaient à eux.Un soir, Higgins demanda à Bley si un trompettiste et un saxophoniste de sa connaissance pouvaient monter sur la scène.Bley donna son OK ou, si on préfère, son aval comme son accord sans en avoir négocié au préalable certains principes.Comment s’appelait le saxophoniste?On ne le sait pas et on veut le savoir illico.Allez quoi, faites un effort.On donne sa langue au minou?Il s’appelait Omette Coleman.Le trompettiste.on l’a deviné.se nommait Don Cherry.L'un et l’autre venaient de débarquer à Los Angeles.Personne ne les avait entendus.Toujours est-il que lors de cette première rencontre, il se passa plusieurs choses simultanément.Lors du morceau d’ouverture, se souvient Paul Bley dans son autobiographie justement baptisée Paul Bley And The Transformation of Jazz.Coleman aligna ses notes de manière si désordonnée, du moins pour ceux et celles que sécurise une certaine logique esthétique.que tout un chacun fut saisi.La deuxième chose qui se passa fut la suivante: les gens sortirent avec leurs verres sur le frottoir.Nullement décontenancé, au contraire, Paul Bley décida d'engager Coleman et Cherry et de virer Pike.En moins de deux, il se retrouva à la tète d'un groupe formé de Don Cherry à la trompette, Omette Coleman au saxophone, Charlie Haden à la contrebasse et Billy Higgins à la batterie.Dans les jours qui suivirent, ils jouèrent.Comme ils venaient de comprendre les mille et une manières propices à favoriser l’éclatement de cadres jugés contraignants, ils ne cessèrent pas d’en user au grand dam de l’aubergiste.Celui-ci ayant réalisé que lorsque ses clients étaient sur le frottoir, cela signifiait que les musiciens étaient sur la scène, il mis un terme à leur engagement.C’était trop tard, le mal était fait.En Coleman.Bley trouva un frère d’armes.Un alter ego.Un musicien qui, comme lui.voulait faire bouger les choses.Un ;ir liste qui estimait que dix ans après l’éclosion du bebop, il était temps d'initier et d’animer une révolution propre à élargir les horizons d’un jazz jugé trop satisfait de lui-même.En 1958, Bley produisit un album de ce groupe, soit bien avant que Coleman ne signe un contrat avec Atlantic.Aujourd'hui, on le sait trop peu, il n’y aurait probablement pas de John Zorn, Dave Douglas, Medes-ki, Martin, Wood, Steve Bernstein, Bill Frisell, Don Byron et Bobo Stenson, si un soir de 1957, Bley n’avait pas décidé d’engager des musiciens qui poussaient les gens dehors.En fait, tous ces musiciens qui se produiront dans le cadre du Festival, ne seraient pas tout à fait ce qu'ils sont, si Paul Bley n’avait pas été à l’origine du remous qui leur permet aujourd’hui de décaper autant qu’ils le veulent les notes noires ou bleues.Mieux, les Zorn et consort ont été influencés, directement ou indirectement par autre chose que la musique.Par une espèce d’attitude ou de philosophie que Bley s’appliqua d’avancer et de défendre dès le début des années 50 alors qu'il était à Montréal.Paul Bley fut le fondateur de la première coopérative de musiciens en Amérique du Nord, le Jazz Workshop de Montréal.Dans les années 60, il anima la October Revolution, la Jazz Composer’s Guild et autres organisations vouées à défendre farouchement la liberté esthétique des artistes.Qui plus est, il s’est toujours refusé à signer un contrat en exclusivi- té.Faire cela, dit-il fréquemment, c'est abandonner sa liberté.C’est devenir l’esclave des desiderata de producteurs obsédés par une chose çt une seule: le rendement.A bien des égards, John Zorn, probablement le musicien le plus passionnant de ce début de siècle, ressemble beaucoup à Bley.Comme Bley, il est curieux des musiques lointaines ou étranges.Comme lui, il tient farouchement à préserver son indépendance.Comme lui, il tient à faire constamment éclater les frontières, les balises.Comme lui, il a horreur des carcans.Comme lui, U est prolifique.lœs artisans de la programmation de cette 21' édition du Festival international de jazz de Montréal ont sans le savoir, peut-être, respecté la chronologie de certains événements de l’histoire du jazz.Le 5 juillet, Paul Bley se produira en compagnie de l’immense contrebassiste Gary Peacock.Le lendemain, le pianiste suédois Bobo Stenson occupera à son tour la scène du Gesù.Et alors?Stenson doit tout ou presque tout au pianiste montréalais.Bley a formé Stenson, Keith Jarrett, un peu Brad Meldhau, beaucoup de musiciens associés à l’étiquette ECM.Comme lui, Zorn a formé bien des artistes présents cette année.Le pianiste John Me-deski du trio-qu’il-faut-voir-cette-année, le trompettiste Dave Douglas, le trompettiste Steve Bernstein, leader du bien nommé Sex Mob.et, dans une moindre mesure, le clarinettiste Don Byron, ont grandi dans le monde de Zorn.Dans les années 50, le jazz a évité l'asphyxie que n'aurait pas manqué de produire la répétition ad nauseum des pièces écrites par Bird, Dizzy, Monk et les autres.Et cela, grâce en bonne partie à Paul Bley.Dans les années 80-90, il a évité de justesse un séjour à la morgue n'eùt été des travaux iconoclastes de Zorn qui, cette année, nous revient à la tète de Masada.Paul Bley et John Zorn sont les deux faces d’un même visage.Celui du jazz qui refuse sa mise à mort en prenant tous les risques.Bley, Zorn, Douglas, Medeski et les autres, c’est le jazz de tous les dangers.Il est de retour.L’HomoGaspillus ne pouvant résister à l’envie de consommer de l’eau embouteillée coûteuse, ne penserait jamais à boire l’eau potable de sa municipalité.Saviez-vous que l’eau potable de la plupart des municipalités du Québec répond à des normes très strictes de qualité ?Sécuritaire, fiable et bonne au goût, elle est filtrée, purifiée, testée et retestée avant d’être livrée à votre domicile.Gaspiller l'eau potable, c'est jeter l'argent à l'eau RESEAU environnement Gouvernement du Québec Ministère de l’Environnement 4 % 0 à à LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET D 1 M A N (' Il E 2 5 J l' I X 2 O O O LIEU, UN CRÉATEUR Le violoncelle selon Claude Lamothe Musique, peinture, danse, littérature, théâtre: sans lieu qui permette à I esprit créateur de s'épanouir, ces mots demeurent des catégories, sans doute commodes pour le classement, mais qui attendent d'être habités par les œuvres.Elles ne tardent pas à venir, tant le génie du lieu renvoie aussi à ce que deux ou trois Grecs rêveurs ont appelé l'inspiration.A compter de ce samedi et pour tout l’été, nous vous invitons à entrer dans les coulisses de la création en visitant l'atelier, la chambre, le loft ou le studio de quelques artistes du Québec choisis parmi différentes disciplines.Soyons modernes: ces lieux sont éclatés, tout à la fois espace mental et cadre physique.On les trouvera aussi bien dans la rue, dans tel café où l'on a ses habitudes et, pour les plus fous comme le musicien Claude Lamothe, qui amorce cette série, il arrive que le lieu de création se confonde avec l'instrument même dont il tire des sons inouïs.Le son qui s’échappe de l’instrument frôle le miaulement, la plainte, le cri, parfois même le rire, puis il se ravise, plonge dans la douceur grave, y reste un instant et remonte à la surface: caresse de l’archet sur les cordes tendues du violoncelle.Claude Lamothe, interprète virtuose toutes tendances confondues, du rock à la musique classique en passant par le folklore, est vraiment un violoncelliste unique en son genre.Sous ses doigts, l’instrument, trop souvent réduit à un rôle accompagnateur malgré ses 300 ans d’âge, flambe comme la passion, gémit comme la tristesse, berce comme l’amour.Bref, il donne tout ce qu’il faut pour rendre un homme heureux.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR CA est dans les * chambres d’hôtel que Claude Lamothe préfère composer.Seul, en transit, le monde au bout des doigts.Sur le caisson de son violoncelle, l’artiste, qui a depuis cinq ans un peu délaissé le répertoire classique pour enregistrer deux disques avec des musiques de son cru, a d’ailleurs apposé des autocollants des villes qu’il a visitées lors de tournées: Liège, Amsterdam, Paris, Bruges.Tous ne sont pas là.parce qu’en tournée, il y a des endroits où l'on passe tellement vite qu’on n’a pas le temps de s'y arrêter, ne serait-ce que pour se procurer un autocollant.Qu’importe, c’est par l'archet tendu de crins que Lamothe voyage, qu’il compose ses pièces.«Je ne sais fias si c'est le fait d'être sur la route, pas chez vous.J’ai toujours aimé être sur la route, je ne sais pas pourquoi, je me suis senti à l'aise, H faut dire que je n'ai ni femme ni enfants.Mais le fait d'être en transit, on dirait que cela m'inspire», dit-il, reconnaissant toutefois qu’une fois son violoncelle à la main, «il pourrait y avoir un rat à côté de moi, ou un bel oiseau, à partir du moment où je joue, je suis dans ce pays-là, je suis au pays du violoncelle».Il faut dire que la passion qui lie Claude Lamothe au violoncelle remonte à sa découverte de l'instrument, lors de son admission au cégep.Auparavant, Lamothe, originaire du village de Saint-Louis-de-France, situé près de Trois-Rivières, avait joué de la basse, dès l’âge de quinze ans, «pour gagner des sous» dans «des bands de troisième ordre».Alors le violoncelle le séduit et c’est en solo que 1 amodie veut en jouer, pour exploiter toutes ses possibilités, transgresser ses limites.Apprenant d’abord le répertoire classique, il vibre au Concerto pour violoncelle de Dvorak, aux Suites pour violoncelle seul de Bach.Elève de Yuli Turovsky, il fut l’un des membres fondateurs et le violoncelle solo de l’ensemble I Musici.Puis, intégrant les éclats du rock’n’roll, qui.comme le répertoire classique, a formé son oreille, il produit ses propres compositions, que l’on retrouve sur ses deux albums, Nu et Cru, produits en 1995 et 1999.H Mail «libérer le fauve», a-t-on dit à son sujet, le surnommant même le «Jimi Hendrix du violoncelle».«J’aime les choses qui sont romantiques.Quand je fais des choses plus rock, c'est parce que j’ai toujours trouvé qu’il y avait des choses très romantiques dans le rock, quelque chose de lamenta-toire», dit-il.Sur la pochette de Nu, son avant-dernier disque, Claude Lamothe tient son violoncelle amoureusement, les yeux fermés.Où est-Ü, où voyage-t-il?«Quand j'ai composé la pièce Cavale, j'étais dans un local de répétition, dans un sous-sol, pas de fenêtre, pas loin de Parthe-nais.J'ai composé une pièce pour m'évader», dit-il, avant d’ajouter que c’est seulement une fois la pièce composée qu’on peut faire le lien entre celle-ci et le lieu qui l’a inspirée.Sur son disque Nu, un court texte de Lamothe fait référence à ses origines, aux trois rivières qui l’ont fait ce qull est «De la première roucoulent encore les musiques populaires et folkloriques de mes années d’enfance.La musique classique découle de la seconde, et la troisième, elle coule ici, maintenant».écrivait-il.Né d'une mère irlandaise, Lamothe se souvient des longues veillées du jour de l'An passées avec ses oncles violoneux.«La musique qu’il y avait dans ma famille, c'est à travers les oncles de la famille de ma mère.Ma mère, c'est une Irlandaise, une Larkin.Ce sont des gens de descendance irlandaise.Il y avait mon oncle Patrick.Ils étaient quatorze chez eux.Eux autres, c’était des fiddlers, des violoneux.Ce sont les premières premières musiques que j’ai entendues “live'’.Cette énergie-là, cela m'est toujours resté, cela fait partie de moi.[.] Le grand répertoire romantique aussi, c’est quelque chose qui m’a chamboulé.Et puis, j’ai toujours eu un petit côté rock’n’roll.Ça, j’ai pas besoin de me forcer pour ça», dit-il en soudant.Sur chacun de ses deux disques, une pièce fait référence à Bach.«Je ne suis pas un grand formaliste, mais j’aime bien qu’il y ait un cadre», dit-il, réitérant son admiration pour le génie de Bach.Artiste électrifiant, passionné, amateur avoué de sensations fortes, c’est dans les villes qu’il vit aujourd'hui.Et l’artiste reconnaît avoir un faible pour New York, Manhattan, la ville des villes, le summum de la ville.«Je voyais des trucs que je n’avais jamais vus», raconte-t-il au sujet de ses nombreux voyages à New York.Ce sont les scènes les plus baroques, les plus inusitées qu’il y observe: celle d’un guitariste au doigté extraordinaire qui joue en plein air, au milieu de Central Park (à Montréal, il serait en studio).Ou une Rolls Royce rose, conduite par une star, suivie, vingt mètres plus loin, d'un homme pauvre et blessé au bras, poussant un chariot de supermarché.«La misère humaine qui côtoie le trop-plein», résume-t-il.De Paris, il aime le romantisme.«Des grandes capitales que j’ai vues, c'est vraiment la plus belle.Le genre de ville où tu vou- JACQUES GRENIER LE DEVOIR «J’aime les choses qui sont romantiques.Quand je fais des choses plus rock, c’est parce que j'ai toujours trouvé qu’il y avait des choses très romantiques dans le rock, quelque chose de lamentatoire», dit le violoncelliste Claude Lamothe.drais te perdre.À la différence de New York, où tu espères surtout ne pas te perdre», ajoute-t-il avec ironie.Quant au répertoire romantique.il n’a pas fait de croix dessus, affirme être tenté d'enregistrer certaines sonates qu’il a beaucoup aimé jouer.«J’aime les émotions fortes, je ne m en cache pas.Mais quand même, je vais avoir 43 ans cette année, alors, c’est sûr que, là, peut-ètrè que, dans les prochaines années, cela va être un petit peu moins de rock’n'roll et un peu plus romantique, je ne sais pas.et peut-être pas non plus, fai fait le fou en masse dans ma vie, et de ce temps-là, j’ai envie de me calmer», confie-t-il.Mais ce n'est pas demain la veille pourtant que Claude Lamothe retournera vivre à la campagne d’où il rient lui qui dit réserver ce plaisir pour ses «vieux jours».«Je ne sais pas ce que cela ferait à ma musique d’aller vivre à la campagne pendant un an, cela aurait sûrement un effet.Je pense que tout ce qu'on vit finit par nous influencer, finit par laisser des traces en nous et va finir par ressortir sous une forme quelconque.[.] On est fait de tout ce qu’on a vécu, donc cela va ressortir.», constate-t-il.Pour l’instant, c'est dans son local du boulevard Saint-Laurent qu'il travaille et que nous l’avons rencontré, un local encombré qu’il partage avec le bassiste Jacques Roy.qui a aussi réalisé son dernier disque.Cru.C’est là qu'il répète et compose depuis bientôt quatre ans.de préférence le soir, quand il JACQUES GRENIER LE DEVOIR C’est dans son local du boulevard Saint-Laurent que Claude Lamothe travaille, un local encombré qu’il partage avec le bassiste Jacques Roy.n’y a plus personne.«Quand tu joues, si tu n’es pas tout à la musique, il n’y a pas de musique», dit-il au sujet de la concentration.Parmi les endroits qu’il sou- haiterait visiter, il y a aussi Hong-Kong, une ville intense, électrifiante.Ça, bien sûr, ce sera sans doute avant de se calmer.Si l’avenir le veut.«.Le film français le plus dnftle depuis Le dîner de cens.» Le derrière Un liluj Us Valgis LsuisjuIsx A L'AFFICHE I i CINÉPLEX OOÉON——.| CIHEPLEX OOCON i IQUARTIER LATIN H BROSSARP ] PRODUCTION EPIQUE ADNiRABl LMi-Ny | ILmEI 24 juin 27 Août Un drame poignant et lumineux.» Time Magazine % «4 un film d'AmcG mo\orui i*i« ¦ m ¦ ¦¦¦ ¦¦ des C INEMA p v r p n t I i l kl*MIlraHllll PAR AL L 3 L E exCentiis v o hébraïque s t a o hébraïque stf Œuvres de leclair, Tl Ensemble Arion J Claire Guimond.flûte tmm %u^uin Chantal Rémillard, violon 20 h 30 Hank KnOX, clavecin 25 $ Betsy /MacMillan viole de gambe ELEMANN, BACH, VILLENEUVE et RAMEAU Une soirée Beethoven J* jfjU ' Emmanuel Strosser \Jfjuin et Claire Désert, pianos jq ^ 30 25$ Hydro VjÇ Québec a Richard Gagnon Claire Désert, pu Emmanuel stno.Des œuvres entre aut Les Bois en fête «| Ransom Wilson, flûte f juillet David Walter hautbois 20 h 30 Philippe Cuper clarinette 25 $ Christopher Millard, basson esirilons 1, basson “ ino îSer, piano res de DEBUSSY.EMMANUEL.SCHMITT et MARTJNU Un après-midi « Porte ouverte » "‘jpunandf Les Petits Chanteurs mm juillet de charlesbourg 14 h 30 GRATUIT VIA* VIA Rail Onril us Brunches-Musique Thus les dimanches de Tl h à 14 h 25 juin Cool jazz, Daniel Marcoux, contrebas^.Alain BoiêS, saxophone et Michel Boivln, batterie 2 juillet TOmas Musique latino Télé-Québec Réservotkws : (418) 452-3535 poste 872 ou (sans frais) 1-888-DfORCFr poste 172 visitez notre site : www.domainefor9et.com l'Empereur et l'Assassin —£ un film de Chen kaige LÈSSÇiîcnos iPi'-ÎPUHWîaxojre- f-TTl I CINlf'lEX OOCOH-.I-ClMtPVi* OOéON —1 13 1 QUARTIER LATIN ?| [ ATWATER ?1 I I « > "V.¦>'«>¦< 4 I I *' M' \l III X » NISI |•»•>«* «Retour triomphal de Zhang Yimou.Comédie.ironie.» h-an Philippe Uravrl.ICI! ««Surpasse les brillants récits ayant l’école comme cadre du Premier tu nitre d’Andrci Konchalovsky jusqu'au Cercle ries poètes disparus,.Renversant.» lu, Pcrrcat.il.I \ PRISM «.une rare qualité d'émotion qui contribue à forger un agréable climat de fable contemporaine.» Marii» Bilodeau.I I DEVOIR ^ % éS ' f ^ Pas I'n ^ DE &M0INS NOl ONI | I ss r rcal.vili ur tie I |Htti\e\ «l eoiitiihint, i, /king Yimou i BUckn.iliti ».o.*n mandarin avac aous-tttraa ft Q e^Xentris SKN .M SKMiM (S1«)M7-Zm 13f>30 • 16B30 • 17h3Q - 19h30 GAGNANT OSCAR MllllfUR HIM URANIilR TOIT SUR Mil MERE £ Black witch A L’AFFICHE I TouaHaioura • iflMS- VtRSION FRANÇAIS* -CINÉFVOt OOÉON' 13M5 • 16M5 • 18M5 • 21M0 , I-ciNfPvrx ooéon—, 1 QUARTIER LATIN! ««« siiftiittic; cia s A150A I.E I) E V 0 I R .I E S SAMEDI 24 ET DI M A X CHE 2 5 J I' | X 2 0 0 0 CINÉMA Chicken Run est une comédie de basse-cour mais de haut vol qui s’inscrit dans la tradition de Babe.Les chemins de la liberté DREAMWORKS libres sont les papillons CHICKEN RUN Film d’animation de Peter Lord et Nick Park.Voix: Mel Gibson, Julia Sawalha, Jane Horrocks.Miranda Richardson.Tony Hay-garth.Scénario: Karev Kirkpatrick.Image: Dave Alex Riddett.Montage: Mark Solomon.Musique: John Powell.Harry Gregson-WJlliams.GrandeBre-tagne-Etats-Unis, 2(XX), 85 minutes.MARTIN BILODEAU Après le succès, en 1995, de A Close Shave, troisième et dernier épisode de la trilogie Wallace & Gromit consacrée au vieux garçon anglais et à son compagnon à quatre pattes, il était écrit dans le ciel, et dans nos rêves, que Nick Park passerait au long métrage grand écran.Restait à savoir quand, et surtout comment, celui-ci adapterait son savoir-faire minimaliste à l’échelle du grand écran, et à celle du commerce sauvage des majors hollywoodiens.Chicken Run, qui prenait l’affiche partout en Amérique du Nord hier, fait la preuve qu’il valait la peine d’attendre et qu’on n’avait pas à craindre que soit dilué le plaisir raffiné et intelligent auquel cet artisan minutieux et singulier prête son talent depuis 20 ans.Park signe en tandem avec son partenaire Peter Lord la réalisation de cette comédie de basse-cour mais de haut vol qui s’inscrit dans la tradition de Babe et qui a pour théâtre une sinistre ferme avicole du nord de Londres, propriété de la fielleuse Mrs.Tweety, qui sert au dîner toute poule qui n’a pas pondu pour le petit déjeuner.Ginger, une poulette engagée qui n’a pas froid aux yeux, entend diriger ses compagnes d’infortune sur le chemin de la liberté, lequel se trouve, bien évidemment, de l’autre côté de la clôture qui ceinture le poulailler, quelque part dans les près fleuris quelle aperçoit du toit de sa prison.la* moral est au désenchantement dans le baraquement numéro 17, quartier général d’où Ginger mijote ses plans d’évasion, lorsque tombe du ciel un coq américain sachant supposément voler.L’espoir qu’il inspire, l’imposture qu’il maintient sous silence causeront bien des tourments.la* secret de Nick Park consiste en trois choses.D’abord, à ne pas arrêter la psychologie de ses personnages à deux ou trois caractéristiques, mais plutôt à la mettre à l’épreuve et à exploiter ses contradictions.Puis, à travailler l’expression des personnages au moyen de mouvements minimaux, exécutés sur des visages et des silhouettes amples, qui offrent des possibilités infinies.Ici, les figurines de pâte à modeler, enveloppées dans du latex partiellement greffé de silico ne, révèlent des poules extrême- ment expressives et surtout craquantes, auxquelles les voix d’une myriade d’acteurs de théâtre anglais prêtent vie.I^i direction artistique, avec ses décors et ses costumes inventifs, traduisent par ailleurs le cynisme anglais, comme cette robe pied-de-poule de Mrs.Tweety, ou encore ces tours de miradors postées aux quatre coins du poulailler, dont les lignes, les baraquements de clins de bois et les fils barbelés rappellent les camps de concentration nazis.Car à l’instar de Babe, Pig in the City.Chicken Run ne fuit pas la nuit, ni la mort.Or le char- me qu'inspirent les personnages et l’humour dont font preuve Park et Lord dans l’élaboration des scénarios d’évasion — dont la séquence d’ouverture, hilarante.ne constitue qu’un bref aperçu — compensent astucieusement ces concessions à la réalité Disney et maquillent du même coup les quelques faiblesses et raccourcis abrupts du scenario.Nonobstant quoi, et à l’instar de Babe et Wallace & Gromit, cet adorable Chicken Run a de quoi nourrir l’imaginaire des grands comme des petits, qui ne se feront pas prier pour le voir.Et le revoir.Et le revoir.BUTTERFLY Realisation: José Luis Cuerda.Scénario: Rafael Azcona.Avec Manuel Rivas, Fernando Fernan Gomez, Manuel Lozano, Uxia Blanco.Image: Javier Salmones.Montage: Nacho Ruiz Capillas.Musique: Alejandro Amenabar.Espagne, 1996,96 minutes.Cinéplex Odéon.ANDRÉ LAVOIE Lorsqu'un distributeur américain, Miramax par exemple, s'entiche d’un film étranger, il y a fort à parier qu’on y trouvera un petit garçon à la bouille sympathique.un adulte parfois grincheux mais avec un grand cœur doublé du sens de l'humour, et comme toile de fond, sans être obligatoire, un contexte historique tumultueux où la liberté finira par triompher.Cinéma Pa-radiso.Gare centrale ou La vie est belle répondaient à ces critères et ont obtenu un traitement royal que bien des cinéastes québécois n'osent pas imaginer pour leur film.Butterfly de José Luis Cuerda s’ajoute à cette liste de candidats potentiels pour gagner le cœur du public le plus xénophobe et le plus paresseux du monde, ayant toutes les caractéristiques pour l’émouvoir tout en lui donnant une image exotique et pas trop sanguinolente de l’Espagne des années 30.Et il s'en trouvera sûrement quelques-uns pour croire que rien n'a vraiment changé depuis.Dans ce mélodrame où les horreurs de la guerre civile sont tenues à distance, la vie s'écoule paisiblement dans le village de Galicia.Le petit Moncho (Manuel Lozano, qui fera craquer toutes les mères), terrorisé à l'idée d’être sur les bancs d'école, aura la chance de se retrouver sous l'aile protectrice d’un professeur aux allures de vieux sage, Don Gregorio (Fernando Fern Gomez, solide et convaincant), esprit libre qui préfère les idées marxistes aux discours ronflants du clergé et de la petite-bourgeoisie.Il s'attire ainsi la sympathie du père de Moncho, Ramon (Gonzalez Uriarte), un tailleur aux convictions républicaines mais n'ayant pas réussi à gagner son épouse Rosa (Uxia Blanco) à sa cause, préférant les curés aux communistes.Pendant que Moncho et Don Gregorio ratissent la forêt à la recherche de magnifiques papillons, les fascistes s'organisent et Galicia ne pourra rester longtemps à l’écart de l’Histoire.Pour leurs idées progressistes.certains le paieront au prix de leur vie, sous le regard médusé du petit garçon.Charmant et pétri de bons sentiments d’un bout à l’autre, Butterfly n’est rien de plus qu'une vision aseptisée de la guerre civile espagnole, vue à hauteur d’enfant.plus récit d'apprentissage que film historique et encore moins politique, même si on y fait un éloge flou de la liberté en taisant les subtilités de la thèse marxiste.Tout repose sur la relation fraternelle entre Moncho et Don Gregorio, qui n'est pas sans rappeler celle du vieux projectionniste et de Toto dans Cinéma Paradiso de Giuseppe Torna-tore.Cuerda présente lui aussi l’enfance comme une succession de découvertes et de drames, allant du bonheur de la lecture à la curiosité sur la sexualité et, bien sûr, l’hypocrisie des adultes pour sauver leur peau.Bien sous tous rapports mais sans véritable originalité et optant pour un humanisme bon chic bon genre, difficile d’être profondément agacé par cette production espagnole qui se retrouvera sans doute en nomination pour l'Oscar du meilleur film étranger, prix qui récompense la production qui ne joue pas trop dans les plates-bandes des majors.Le spectateur ne saura finalement pas grand-chose sur les véritables tenants et aboutissants de cette autre sale guerre et les quelques discours vibrants se contenteront de défiler banalités et évidences.Rien à voir avec le poignant Land and Freedom de Ken Loach (qui.on s'en doute, n'a pas obtenu les faveurs des bonzes d'Hollywood.) où cet épisode sanglant de l’histoire de l'Espagne, traité avec plus de nuances, propose des personnages véritablement émouvants parce que traversés de doutes et de contradictions.Si c’est raté pour la leçon d'histoire, Cuerda aura au moins rete nu la recette du bon mélodrame, celui des métaphores appuyées baignées dans une douce lumière, accompagné d’une musique de circonstance arrivant toujours au bon moment et où les romances idylliques se terminent trop souvent dans les larmes.Avec* Butterfly, préparez vos mouchoirs et rangez le Capital.DREAMWORKS £5* , W ^ \ A - ¦ Jr Les figurines de pâte à modeler, enveloppées dans du latex partiellement greffe de silicone.Freak-show ODEON FILMS La comédienne Cathy Moriarty avec le réalisateur Allan Movie sur le plateau de New Waterford Girl La mer, l’eau bénite et le folklore NEW WATERFORD GIRL D'Allan Moyle.Avec Liane Bala-ban, Tara Spencer-Naim, Nicholas Campbell.Mary Walsh, Andrew McCarthy, Cathy Moriarty.Scénario: Tricia Fish.Image: Derek Rogers.Canada, 2000, 97 minutes.MARTIN BILODEAU Jamais je ne me sens plus québécois que devant un film canadien.Et jamais je ne me sens plus mal à l'aise que devant un film canadien qui nous arrive porté par la rumeur enthousiaste de nos voisins.Car la plupart du temps, j'ai beau chercher, m’auto-psychanalyser et interroger ma «distinction*, je comprends rarement les raisons de cet engouement.que je finis par attribuer, le plus souvent, aux médias canadiens, souvent complaisants au moment de goûter les fruit des provinces.Dans New Waterford Girl, du cinéaste d’origine québécoise AL lan Moyle (Pump Up the Volume), je cadre est celui de la Nouvelle-Écosse, plus précisément un village isolé de l'ile du Cap-Breton.Iz* contexte, celui d'une pauvreté et d'un ennui endémiques, caressés par le vent du large et apaisés par l'amour supposé du petit Jésus et de la Vierge Marie.la forme épouse celle de la chronique, centrée sur une jeune outsider de quinze ans (Liane Balaban) qui rêve d'ailleurs.Or ses parents (Nicholas Campbell.Mary Walsh) s’opposent à l’idée de la voir quitter la maison, bien qu’elle vienne de recevoir une bourse lui permettant d'aller étudier à New York.La froideur soudaine de son professeur et mentor (Andrew McCarthy), qu’on devine amoureux d'elle, jumelée à l’arrivée d'une voisine délurée venue de la Grosse Pomme (Tara Spen-cer-Nairn), l’incite à modifier sa stratégie.Moyle n’éprouve aucune difficulté à nous faire respirer le parfum d’eau bénite qui se melange à celui de la mer toute proche, ni à nous faire saisir, à travers une galerie vivante de personnages dessinés à la craie, l'étendue du désert intellectuel dans lequel s’enlise son héroïne.Hélas, le scénario de Tricia Fish (elle-même une fille de New Waterford) nous convainc à moitié de sa révolte, qui se manifeste à travers une série d'incidents cherchant à calquer, avec force détails et allusions insistantes, le parcours de Marie-Madeleine et autres épisodes folklorico-reli-gieux.Iz* petit numéro de violoneux d'Ashley Melsaac, le temps d’une scène de fête, ne fait qu'ajouter à l'aspect trafiqué de l’affaire.En 1990, htmp Up the Volume.avec Christian Slater, traduisait la détresse et l’isolement des adolescents, grâce surtout à un scénario intelligent, aux modulations subtiles.C'est d'ailleurs ce film qui a propulsé Moyle, un gars de Shawinigan, dans les ligues hollywoodiennes, où ses subséquents The Gun in Betty Ijou's Handbag et Empire Records n'ont pas fait de vagues.Ce retour au bercail, que marque New Waterford Girl, n’est guère plus convaincant.ME, MYSELF AND IRENE De Bobby et Peter Farrelly.Avec Jim Carrey, Renée Zellweger, Chris Cooper, Robert Forster.Scénario: Bobby et Peter FarreL ly.Mike Cerrone.Image: Mark Irwin.Montage: Christopher Greenbury.Musique: Peter Yorn, I ce Scott.Etats-Unis, 2000, 110 minutes.MARTIN BILODEAU Depuis le succès mondial de There's Something About Mary, Peter et Bobby Farrelly sont devenus, c’est maintenant officiel, les gardiens de piste d'un humour folichon, absurde et franchement vulgaire, que personne, depuis Jerry Lewis, n’ose défendre ou promouvoir.Et si Me, Myself and Irene, pour lequel ils ont renoué avec leur vedette de Dumb and Dumber, Jim Carrey, donne l'impression que les deux frères du Rhodes Island ont déjà commencé à s'enfermer dans la routine, la mécanique qu'ils mettent en marche, huilée au quart de tour, continue d’agir sur le public avec l’efficacité du papier-mouche.Partant du thème du double, on ne peut plus universel et populaire au cinéma depuis Dr.Jec-kyl et Mister Hyde (et relayé par Mask, avec Carrey), les frères ont tricoté une trame-prétexte mettant en scène un policier du Rhode Island (Carrey) qui, à force de ravaler chaque jour son ressentiment et de fermer les yeux sur les humiliations que son ex-épouse, ses voisins et concitoyens lui font subir, a laissé grandir en lui une bête qui ne demande qu’à sortir.C'est bientôt la guerre intérieure entre le conciliant Charlie, et le redoutable Hank, prisonniers du même corps chaque jour plus ec-chymosé par la faute de l'autre.Lequel apprivoisera l’autre, et jusqu’à quel point une jeune mannequin (Renée Zellweger), assaillie par la mafia policière et protégée par Charlie, pourra-t-elle arbitrer le match qui les oppose sans se laisser prendre à leurs pièges?Que dire de cette entreprise vouée à la bêtise admise et à l'humour en bas de la ceinture sinon qu'elle chatouille là où ça fait rire bien plus qu'elle ne frappe là où ça fait mal.Avec les permissions qu'offre un scénario large, qui ne cherche pas la vraisemblance, le répertoire de grimaces, apparemment inépuisable, de Jim Carrey, les soubresauts érotiques inspirés par sa partenaire, ainsi qu'un filmage anonyme, la consistance et la constance, c'est le moins qu’on puisse dire, ne sont pas à l'ordre du jour.Mais qu’importe, puisque ce freak-show (nains, albinos, handicapés, obèses, bref, tout ce qui fait rire les enfants).double d'un feu d’artifice de gags, d’insultes et de gros mots, ne demande qu’à se frayer un chemin, de l’écran à notre hémisphère le plus paresseux.#¦ Jim Carrey et Renée Zellweger dans Mc, Myself and Irene.rWKN I IETH CENTURY FOX i 9 I f- » E V 0 I R .I.E S S A M EDI >1 E T D I M A \ ( il E 2 5 .1 I I \ 2 (t (I 0 N É M A Noire banlieue JUDY BERLIN Realisation, scénario et montage: Eric Mendelsohn.Avec Barbara Barrie, Bob Dishy, Edie Falco, Carlin Glynn, Madeleine Kalm.Image: Jeffrey Seckendorf.Musique: Michael Nicholas.États-Unis, 1999,96 minutes.Cinéma du Parc ANDRÉ LAVOIE On dit des années 50 quelles dirent prospères mais ennuyeuses et qu'en .Amérique du Nord, particulièrement dans les banlieues, on consommait quantité de tranqqillisants pour sortir de sa torpeur.A en juger par le portrait dressé par plusieurs cinéastes sur la banlieue d’hier et d'aujourd'hui, deTodd Solondz (Happiness) à Sam Mondes (American Beauty) en passant par Gary Ross (Plea-santville), les pharmaciens ne risquent pas de faire banqueroute.Eric Mendelsohn poursuit, dans Judy Berlin, cette exploration névrotique d'un milieu que l'on dit paisible et sécuritaire, portrait en noir et blanc de la petite ville de Babylon, située pas très loin de New York.Longtemps à l'emploi de Woody Allen pour les costumes de ses films, Mendelsohn passe maintenant derrière la caméra et retourne sur les lieux de son enfance mais, contrairement qu réalisateur de Manhattan, le regard n'a rien d'admiratif et le propos se veut grinçant plutôt qu'attendrissant.En l'espace de 24 heures et le temps d’une très longue éclipse solaire, l'existence morne de quelques banlieusards sera un peu bouleversée, et lias seulement [tarée que l’insouciante et pas très talentueuse Judy Berlin (Edie Falco) a déridé d’aller faire carrière à Hollywood.Son ami d'enfance David (Aaron Harnick), prétendument réalisateur, ne s’est pas tout à fait remis de son passage là-bas et pleurniche beaucoup depuis, coincé entre sa mère Alice (Madeline Kahn), qui n'a pas toute sa tète, et son père Arthur (Bob Dishy), un directeur d’école qui préfère se réfugier dans ses mots croisés.Loin d'ètre enthousiaste devant le déliant de sa fille Judy, Sue (Barbara), enseignante dévouée, aura aussi un peu de mal à traverser cette obscure journée, se réfugiant, un trop bref instant, dans les bras de son patron, le taciturne Arthur.Seul personnage à déployer un minimum d'énergie et d'enthousiasme, Judy Berlin ne se démarque des autres que par son manque de lucidité (elle joue à la paysanne dans un village historique et fait de la pub pour un magasin de meubles).incapable de prendre conscience de son aliénation.Tous ceux qui gravitent autour d'elle ressemblent à des zombies ou semblent sortis d'un film de science-fiction des années 50 (pendant l’éclipse, Alice et sa bonne se prennent pour des explorateurs de l'espace!), rêvant de s'extirper d'une existence insatisfaisante mais totalement effrayées par le changement.D'ailleurs, que les pelouses soient impeccables et les maisons toutes plus proprettes les unes que les autres ne rend visiblement pas le malheur de tous ces personnages plus confortable.Le regai'd posé par Mendelsohn démolit une fois de plus les quelques mythes qui survivent tant bien que mal autour de la banlieue.H a également opté pour cette manière si typique à Allen ou encore à Robert Atman d’entrecroiser personnages et intrigues (plutôt minimalistes), faisant vaguement régner sur la ville une atmosphère de fin du monde.Tableau d'ensemble plus ou moins fidèle de nos névroses contemporaines, joué avec une grande justesse de ton et tout en nuances par les acteurs vétérans (tout particulièrement Barbara Barrie et Bob Dishy), un peu moins par les plus jeunes (Edie Falco cabotine à souhait),/«rfy Berlin possri de la fraicheur naïve des premières œuvres et un parfum de déjà vu.Maigre ses mérites, le film souffre de quelques longueurs et de bien des invraisemblances (jamais au cinéma a-t-on assisté à une aussi longue éclipse), adoptant quelques tics du cinéma indépendant américain.dont ce misérabilisme devenu trop souvent incontournable.Ce n'est sûrement pas une chose que lui a enseignée Woody Allen.r m n il n CHANSON Étienne Daho à nu VITRINE DU DISQUE Festin de rois Avec sa belle voix d’un dimanche matin à Saint-Lunaire, son âme tourmentée d’amoureux des bords de Seine, Etienne Daho se livre (dans) Corps et armes, un bel album aux couleurs chaudes de l’été.MARTIN BILODEAU Son dernier disque, Éden.s'etait vendu chez nous comme des cages à lion.Trop conceptuel, trop complexe, bref, pas assez radio.Beaucoup de fans d’Etienne Daho.du coup, ont raté le rendez-vous.Sorti il y a trois semaines.Corps et armes, son septième album aux formes d'un conciliabule amoureux, marque le retour (dans la continuité et la maturité) d’un Daho inspiré et guilleret.chez qui la farniente amoureuse, les voyages intérieurs et la peur du vide remplacent désormais les week-end à Rome et les ‘•night-clubs où le jazz est prisé».Son dernier passage chez nous date d’avril 1993.Une tempête-surprise venait d’ensevelir le Quebec, mais qu’importe, c'est beau la neige.Puis, pendant son vol de retour, en liaison New York-Tokyo, une autre tempête, de pluie, celle là, a tellement secoué le petit avion à hélices à bord duquel il était monté, qu'une fois au sol.Étienne Daho est resté cloué par la phobie des vols longs-courriers.Prolongement C'est Londres, tout près, et désonnais reliée par le train, qui s'est offerte en terrain d’exil et de res-sourcement, et d'où il a concocté Eden, album qui.aux oreilles des dahomanes, constitue son plus haut sommet.“Je n'ai pas fait Corps et armes en réaction à Eden», précise Etienne Daho, joint par téléphone, cette semaine, au siège parisien de Virgin.«L’album emprunte un chemin plus paisible, qui évoque des choses de ma rie qui sont très belles.Du reste, c'est, bien d'avoir un OVNI comme Éden dans sa discographie, réalisé dans les méandres de la recherche, avec scs hauteurs et ses atterrissages forcés».Corps et armes s’inscrira donc dans le prolongement de cet album incompris: «La perfection pure n 'a souvent pas de prix / La rechercher me détruit / Buis je reviens à la vie / I bis tout au fond de moi / Ce brasier qui ne s’éteint pas», chante-t-il en guise d'explication dans le premier extrait de l'album, Le Brasier, qui cantonne dans les palmarès français et indique son haut niveau de température.La chaleur caniculaire, mais aussi l'eau, de la mer, de la pluie, de la sueur, imprègnent cet .album Étienne Daho aux couleurs d’un été sans fin, qui ondule doucement, porté par les mélodies patientes d'une pop éternelle — parce qu’éminemment personnelle —, défendue par un chanteur qui, sur le plan de la voix et des textes, ne compte plus les risques: «A la sortie de l’album, en avril, je trouvais que ça évoquait ma vie de façon trop précise, trop intime, que je m étais confié d’une façon honteusement impudique».Car chez Daho.expérience et inspiration tiennent du même élan.«J'attends simplement que ça vienne, que je trouve les bons partenaires, et la muse».A qui, presque toujours, Daho s’adresse, faisant de nous les complices de cette intimité amoureuse qu'il répand de plage en plage: «Tu mets en lumière toutes mes zones d’ombre/À l'intérieur de moi il faisait froid et sombre», lâche-t-il à l'être aimé en déposant «corps et armes».«Je n'ai jamais fait de fiction, peut-être parce que je n’ai pas vraiment d'imagination.Toutes mes chansons évoquent quelque chose de très précis dans ma vie», confie-t-il en se rappelant la sortie en 1981 de Mythomane, qui suivait de près sa sortie de la fac, et portait les traces de ses inquiétudes de débutant.de ses espoirs de jeunesse, de son amour pour EOi Medeiros, sa première complice du milieu du show-business.Depuis, Daho a roulé sa bosse et dessiné en public sa généalogie musicale, laquelle comporte les noms de Leonard Cohen, Serge Gainsbourg, mais aussi Françoise Hardy, mère spirituelle avec laquelle il est très lié, et qui lui a souvent «remonté les bretelles».Et à qui, en retour, il a redonné le goût du disque, pour ne pas dire du Danger.«Il hiackwatch dans Judv C’EST UN FILM FABULEUX ! aoara rut ht ente ago sum riMrs « TITAN N’EST PAS DE CE MONDE.UNE AVENTURE STUPÉFIANTE POUR TOUTE LA FAMILLE.» - srcwwtM »Fm/at«MO iaumch « UN FILM D’ANIMATION COMME VOUS N’EN AVEZ JAMAIS VU.» - riMM MWMCR S#*tM M4GA»MF « .< TITAN APRÈS LA tERRE EST AUX FILMS D’ANIMATION CE OU’A ÉTÉ - LA GUERRE DES ÉTOILES - AUX .; FILMS D’ACTION.» - cums com rnt mfw movnt snow tvrm cunts aottt ) VHt « LE FILM QUE LES FANS DE XW - LA GUERRE DES ÉTOILES > ATTENDAIENT.DES IMAGES SPECTACULAIRES.UNE m HISTOIRE FANTASTIQUE.,V < TITAN APRÈS LA TERRE » EST LE FILM’OE L ÈTÉ » ’ M ninm su aMAnj mou » iwofl mit s 1 v A L’AFFICHEI [^A^ER'LAiÿHTI f~LAN Q È U E R oTH F PARADIS^ ~1 p—-ÇINÉIXM OOiON-—^ l 'CINEMA -1 r— LES CINÉMAS OUTTO —V r—LES CINEMAS 00770 .IST-BRUNO ?11ST-EUSTACHE ?! 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arrière.Car pour Étienne Daho, la crainte de se répéter est plus importante que la peur du vide.C'est d'ailleurs ce qui explique les longues années qui s’écoulent entre chaque nouvel opus: «Je fais des breaks assez longs entre chaque disque, pour me purifier, vivre, me ressourcer.Je ne vais pas passer à côté de ma vie parce que je vends des disques.Du reste, quand ça se passe bien dans ma vie, je ne fois pas de disque».CORPS ET ARMES Étienne Daho Virgin B L IJ K S RIDING WITH THE KINGS Eric Clapton et B.B.King euestion à la cantonade: à quoi renvoient les initiales B.B.de .King?De «Beale Street Blues Boy», surnom donne par le publiciste d'une station de radio de Memphis, Teimessee, au jeune Riley King à la fin des années 40: on réduisit rapidement le sobriquet à Blues Boy, puis simplement à B.B.Au delà du bienfaisant sentiment de justifier la tonne de livres de référence et d'histoire du rock'n'roll que je m’apprête à transférer du sous-sol parental à un sept et demi rue Delorimier, je donne l’information dans un but simple: montrer que B.B.King n'est pas né de la dernière pluie diluvienne du Sud mais bien en 1925 à Itta Buena, au fin fond du boueux Mississippi.Et qu'il devint B.B.dès 1949.C'est-à-dire, si mes quatre sessions de calcul différentiel et integral ne me font pas défaut, il y a tout juste 51 ans.Et puisque Eric Clapton a tout juste célébré ses 55 printemps en mars, par simple équation à une inconnue, il résulte que le futur dieu de la britannique guitare était en 1949 un tout young lad de quatre ans.C'est dire.Dire quoi?Que la vie est longue et pleine de rencontres pas ordinaires.Imaginez Eric Clapton prépubère revenant de l'école primaire à Ripley, dans le Surrey, s'écorchant les doigts sur les cordes à touche vertigineuse d'une guitare à une livre trois shillings.Imaginez au même moment B.B.King triomphant au Savoy Ballroom à Hollywood, au même programme que Johnny Otis et les Platters, fabuleuse Gibson en main.Mesurez la distance.Et constatez ceci: voilà que paraît en l’an 2000 un disque où Eric Clapton et B.B.King partagent leur passion du blues avec la même évidente complicité que s'ils avaient troqué des billes après l’école.C'est dire.Dire quoi?Que ce disque est un réjouissant court-circuit de temps, d'espace et de musique.Qu'il y a dans ces échanges de notes et de refrains une très sai- ne dose d’admiration mutuelle.Mais qu'aucun des compères n'ignore sa place respective dans l’histoire du blues et du rock.Ce qui nous ramène au calcul de départ: c’est Clapton qui vénère B.B.King depuis l'enfance, pas le contraire.Remarquez la position relative de chacun sur la photo qui orne le livret de Riding With The Kings: Clapton est au volant de l'auto, B.B.confortablement installé à l’arrière.Entendez: chacun est d'égale stature au Rock’n’Roll Hall of Fame, mais toute l'œuvre de Clapton s’efface devant la suprême note blues du roi des rois.Ce vibrato intouchable.Clapton a la fluidité, mais B.B.détient la vérité.C’est pourquoi Clapton conduit B.B.là où B.B.veut aller: heureusement, c’est au même endroit.Sur la route du blues.Ce n’est pas leur première rencontre.Dans le livret, on voit B.B.et Clapton au temps de Cream (en 1967), assis sur des amplis Fender Twin Reverb, penchés sur leurs guitares.Appliqués.Sérieux.Le maître et l’apprenti au travail.Trois décennies et des dizaines de chemins croisés plus tard, voyez la photo centrale: ce sont de vieux amis qu’on retrouve, deux légendes vivantes de générations différentes qui se paient un album commun le sourire aux lèvres.Ils jouent pour le plaisir, cela s’entend.Les nouvelles lectures des Key to the Highway, Hold On I'm Coming et autres Help the Poor sont enjouées, senties, agréables.Mais pas remuantes.C’est livré en parfaite souplesse avec les meilleurs accompagnateurs (Steve Gadd.quel extraordinaire batteur!), ça déménage quand il faut (Days of VOIR PAGE C 6: FESTIN “ UN MORCEAU DE COMÉDIE DISSIPEE TOMBE DU CIEL.JIM CARREY PLUS LES FRÈRES FARRELLY DONNENT.UNE COMEDIE EXPLOSIVE.» ___ - Peter Travers, ROLLING STONE « UN AUTRE TOUR DE FORCE CONIQUE DE JIN CARREY,» «LES FARRELLY SORT DE VRAIS VISIONNAIRES DE IA (OHEDIE -Jeanne Wolf.JEANNE WOLE’S HOLLYWOOD - David BKim.GEORGE « lis HIMQDES COMIQUES DE JIH CARREY SONT TOUT SIMPLEMENT « A LA FOIS BRILLANT ET 6RIY0IS.VOUS SERIEZ FOIS DE NANMER CE FILM.» - Stephen lervohoo, LAUNCH «NOLMOMÛME ET IRENE EST LE RAFFINEMENT DES COMEDIES TORDANTES.» Patty Spitfer.CBS-TV, INDIANAPOLIS rVYi'l .c f^\i r J J /.JM J jM J r ,1} ?SON DIGITAL A L'AFFICHE! ¦ND VERSION FRANÇAISE -1 ITT CINÉO*-1 I-LES CINÉMAS- r— LES CINEMAS GUZZO 1 r— MÊQA-PLEX ' QU2ZO .[QUARTIER LATIN ?11 LASALLE IPIace) ?| [ LANGEUER 6 ?] | PARADIS ?[ [TASCHEREAU 18 s] f— MËOA.PIEX- QUZZO —, r-—CINÊPI.EX OOtON-.|-CINÉPIEX ooeon-1 I-CINÊPLEX OOEON- -CINÉMA- | JACQUES CARTIER 14 ?11 LAVAL (Carrefour) ?] [ ST-BRUNO ?| [BOUCHERVILLE ?! [sT-EUSTACHE i [pONT-vÎaU *1*6°v] l~PLA2A DELSON~tê~\ «QURDoSSoi^l FÉrrSnE B 71 [i^-TH^IsE ^ «UOiMYr^REPENTiQNY~71 r^LLEYFIELD^ | ST-BAsYlE8»^ I rST-^^RQME I-—CAPITOL ¦ ¦ i r GALERIES ST-MYACINTHE |-CINÉ PARC-, i—CINÉ-PARC OOÉON —» | ST-JEAN ?1 [ST-HYACINTHE ?] I LAVAL ) [bOUCHERVILLeI l— ’CINÉ-PARC-1 1— CINÉ-PARC- i-CINÉ-PARC- IchATEAUQUAY | [ ST-EUSTACHE 11 ST-HILAIRE LAISSEZ-PASSER REFUSES VERSION ORIGINALE ANGLAISE [faubourg! ?1 f^æiRKua^ [LaCORD^ReIT^ [ipHERETECHIA^l n^BALLEtSTl f^ÔTE-^NEIGEsVl [TaC^SC^uTI Fa^H^A?.Ta°J] r^l&m-Tl [i^US^CI^I TO'IpIu-VI rCHATEAUQUAV J~\ FESTIN C (» SUITE DE LA PAGE C 5 Old, fameux shuffle), ça baigne même dans le good ol’ Mississippi le temps de l’acoustique Worried Life Blues, mais la teneur joyeuse de l’album expurge inévitablement le blues de sa douleur.On ne rouvre pas ici de vieilles plaies pour gratter dedans.Un album essentiel de blues aurait été trop demander: la plus sympathique rencontre au sommet des dernières années suffira.Accordons aux vieux combattants cet ultime répit: chacun a déjà beaucoup donné, rayon souffrance.Sylvain Cormier JAZZ INCREDIBLE! Joey DeFrancesco With Special Guest Jimmy Smith Concord Jazz C’est entendu, Joey DeFrancesco est l’as moderne de l’orgue Hammond B-3.Un instrumentiste prodigieux.Le digne héritier de l’intraitable champion Jimmy Smith.On le constata au FIJM il y a quelques années, alors qu’il officiait en première partie de Barbara Dennerlein: non seulement a-t-il les doigts plus lestes qu’un informaticien sur le crack, mais il a du swing et du soul.Pourquoi alors n’ai-je qu’une tolérance limitée pour les prouesses dont il a farci cet album enregistré en octobre 1999 au San Francisco Jazz Festival?Peut-être réagirais-je différemment si j’avais été dans la salle: par moments, sur disque, DeFrancesco m’épuise.Trop de notes trop vite enfilées trop longtemps.Pour qui n’est pas musicien de jazz ou aficionado fini, ça tourne à la bête démonstration de virtuosité.Cela me semble plus réussi quand Jimmy Smith et lui se renvoient la balle le temps de deux medleys (surtout The Skeezer/St.Thomas)-, le crescendo d’intensité est himalayen, mais le jeu constamment juteux.On aurait bien aimé quelque chose comme ce match-là en ville la semaine prochaine.S.C.URBAIN WHITE PEPPER Ween (Elektra/Warner Music) Qui pouvait s’attendre à un album sérieux de la part des frères Ween?Après avoir parodié le country et le rock progressif, Ween ne cherche plus simplement à rire sur son huitième disque intitulé White Pepper.La réalisation de Chris Shaw est même convenable.On dirait même que ces Américains amorcent une étape charnière.Est-ce conventionnel pour autant?Bien sûr que non, puisqu’on passe du lounge au punk, du calypso à la chanson pop célébrant les vertus de l’amour.A l’occasion, certaines pièces rappellent les débuts des Beatles, l'innocence des Hollies ou des Zombies sans pour autant tomber dans la nostalgie ou le ridicule de l’exercice.Par contre, est-ce que cela fait de Ween un groupe qui peut compter prendre place dans les ligues majeures de la musique populaire américaine?Probablement pas, car on sent toujours la moquerie quelque part.Un disque qui plaira aux amateurs du groupe-culte et quelques autres.Amusant.David Cantin QUALITY CONTROL Jurassic 5 (Interscope) On pourrait presque parier que le premier album de Jurassic 5 deviendra un classique du hip-hop.Rares sont les disques qui possèdent cette énergie, ce sentiment de nouveauté sans toutefois trahir la «vieille école» du genre.Ce collectif de la côte ouest suit les pas de Pharcyde, Freestyle Fellowship et Quannum.D’ailleurs, il n’est pas rare de retrouver Cut Chemist aux côtés de DJ Shadow.C’est ainsi que l’innovation se mêle à la tradition.Les sons et les rimes témoignent d’un désir de ne rien sacrifier au profit du succès.Sur Quality Control, les textes sont intelligents, sans toutefois être raccoleurs, et les rythmes surprennent à plusieurs égards.Contrairement aux récentes parutions de Del The Funky Homosapien ou Dilated Peoples, l’album du Jurassic 5 ne souffre pas de certaines longueurs qui viendraient atténuer son impact.D’une chanson à l’autre, le collectif gagne en assurance, en habileté et en originalité.C’est peut-être cette raison qui a motivé la chanteuse Fiona Apple à les inviter en première partie de ses spectacles.Il se fait trop peu d’albums comme Quality Control.Une histoire à suivre.D.C.LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET D 1 M A \ < Il E 2 5 .1 U I X 2 O 0 0 Coup d’envoi, Festival international de Lanaudière coup d’éclat, coup Le Festival international de Lanaudière, qui a lieu du 26 juin au 30 juillet, amorce avec brio ses concerts à l’Amphithéâtre de Lanaudière en proposant de jeunes artistes européens et des orchestres d’ici reconnus internationalement.FRANÇOIS TOUSIGNANT Petit poisson deviendra grand, pourvu que Dieu lui prête vie, dit la fable.On peut donc sans pérorer affirmer que l’alevin lancé dans les flots musicaux par le père Fernand Lindsay, csv, fut tendrement et amoureusement béni puisque le Festival international de Lanaudière (FIL) entre dans sa vingt-troisième saison.La magie du succès semble simple a posteriori, mais elle demande du doigté.Pour s’ancrer dans la région de Lanaudière, des récitals et des concerts de musique de chambre sont offerts en début de semaine dans bien des églises des villages du coin.C’est le volet plus intime du FIL.Pour attirer les foules, on a fait construire un magnifique amphithéâtre en plein air, à l’acoustique miraculeuse.Par un beau soir de fin de semaine d’été, il n’est pas rare d’y voir affluer de quatre à six mille personnes, qui sur un fauteuil loué, qui sur une couverture étendue sur la pelouse se délectent des manifestations éclatantes qu’on y propose.En plus, le FIL sait fàire un dosage subtil entre artistes d’ici et d’autres venus de l’étranger, entre découvertes plus que prometteuses et musiciens déjà bien établis dans la carrière.La semaine qui commence sonne le début de l’actuelle édition et est tout à fait fidèle à cette image.Découvertes D’abord, lundi 26 juin, la pianiste outaouaise Angela Hewitt jouera le premier livre du Clavier bien tempéré de Bach (salle Rolland-Brunelle, à Joliette).Et c’est dans la fin de semaine qui suivra que le coup d’envoi des festivités grand public va être donné sur les lieux de l’Amphithéâtre à ciel ouvert de Lanaudière.Un début fracassant! Vendredi, en effet, le 30 juin, les Violons du Roy, sous la baguette de leur fondateur et chef attitré Bernard Labadie, se présenteront sur scène; on les connaît, soit, mais leur invitée fait bien jaser un peu partout.Il s’agit de la jeune mezzo-soprano tchèque Magdalena Kosenâ, que l’Europe acclame déjà.Il faut ajouter aussi que l’art lyrique est fort bien coté au FIL, et les chanteurs SOURCE FESTIVAL DE LANAUDIÈRE Le corniste anglais David Pyatt attirent toujours un auditoire aussi féru qu’imposant.Des grands noms, des artistes reconnus, cela coûte cher; comment s’en sortir pour boucler le budget sans que le prix des places n’effraie?En bons pisteurs, les membres de l’organisation du FIL maîtrisent avec brio l’art de flairer le talent avant qu’il n'explose — comme le montant des cachets exigés par les artistes au sommet de la gloire.Cela permet aux festivaliers de se maintenir au fait des nouvelles personnalités de la scène musicale et de faire de bien belles découvertes un peu avant tout le monde.Le samedi 1" juillet, la même recette revient: jeune artiste britannique et formation respectée d’ici.Il y a environ trois ans, un jeune corniste anglais, David Pyatt, renversait ,1a scène musicale internationale.A quatorze ans, il remportait le prestigieux concours de la BBC pour ensuite voir son premier enregistrement des concertos pour cor de Mozart se faire couronner par la critique et de se voir décerner le tant convoité titre d’artiste de l’année par le célèbre magazine Grammophone.Le pedigree est, à moins de vingt plus qu’exceptionnel, surtout pour un instrument réputé si difficile — ce qui est tout à fait vrai dans les faits.Accompagné de l’OSM, il présente le concerto pour cor de Ro-setti.Œuvre peu connue du grand public, qui pourra alors la découvrir, il s’agit d’un des chevaux de bataille des cornistes, sollicités tant par les exigences musicales que les demandes techniques.L’occasion de la découverte ne s’arrête pas là.Charles Dutoit a également programmé la formidable et gigantesque Turangalîla-symphonie d’Olivier Messiaen.Premier chef-d’œuvre de ce compositeur dans le genre symphonique démesuré et spectaculaire, la symphonie se veut une réplique de cœur à l’opéra Tristan und Isolde de Wagner.Les irrésistibles rythmes exotiques débordent de vie et de passion, les mélodies d’érotisme et de contemplation.On y parle de danse, de chant de joie, de sang des étoiles.L’amphithéâtre extérieur s’avère donc un cadre idéal pour une telle symphonie bucolique où les astres de la nuit évoqués par la partition pourront eux aussi entendre la musique qu’ils ont inspirée à Messiaen.Aux couleurs du crépuscule s’ajouteront donc les couleurs de l'orchestration si rutilante du plus célébré des compositeurs français du XX" siècle.Alors que nous nagerons dans ces extases sensuelles, je parie que Messiaen lui-même, depuis sa place au paradis — car le bon saint Pierre ne lui en a sûrement pas interdit la porte —, penchera son oreille mystique pour participer à cette manifestation.Les élans d’ondes Martenot, les envolées de piano, les fanfares vibrantes et les plages mystiques des cordes s’envoleront dans l’air du soir, parfumés des odeurs des sous-bois environnants.Le cadeau du FIL, c’est que nous puissions les recueillir.Le soir du 1" juillet se propose donc d’être l’occasion d’un événement unique qui reflète bien les missions que s’est imposées le FIL.Pour un coup d’envoi, on prédit un coup de maître.DISQUES CLASSIQUES Encore et toujours condamné à (re)découvrir KOZEN - LOVE SONGS Antonin Dvorak: Pisné milostné {Chansons d’amour), op.83; Ctvero pîsm (quatre mélodies) op.2; V nârodnim tônu {Dans le mode populaire), op.73.Bohuslav Martinu: Novy Spalicek (Nouvelles miniatures); Mélodies pour une amie de mon pays-, Ukolé-bavkâ {Berceuse)-, Pîsnicky ne jednu stranku {Mélodies sur me page)-, Nové slovenské pîsne {Nouvelles chansons slaves).Leos Janâcek: sept mélodies tirées des Moravskâ lidovâ poesie v pisnich {Poésies moraves mises en musique).Magdalena Kozenâ, mezzo-soprano; Graham Johnson, piano.Durée: 67 min.30.DGG 463 472-2 La nouvelle star tchèque du chant fait beaucoup de bruit en Europe où on se l’arrache.Au disque, on l’a entendu dans du Bach entre autre — demandez-vous pourquoi! La voici ici qui nous présente un récital de mélodies de son terroir natal.J’admire ce type fidélité artistique: en général, les cantatrices s'attachent à ce répertoire plus «ethnique» alors que, fortes de leur expérience, elles n’osent s’attaquer aux monstres du répertoire qu’avec prudence, craignant la comparaison.D’entrée de jeu, la jeune artiste ci-présente tient à s’imposer avec des pièces moins connues et qui, à prime abord, attirent moins le public amateur d’art lyrique.Néanmoins prudente, elle s’adjoint les services d’un accompagnateur-musicien des plus chevronné: Graham Johnson.C’est à lui que l’on doit l’intégrale des lieder de Schubert sur Hy-périon, et qui vient de commencer une intégrale des productions de Schumann dans ce médium.La référence est, disons, pesante et force un respect certain; si ce pianiste décide de s’engager dans une entreprise comme celle proposée ici, il y a certainement plus qu’affaire de marketing (oui, marketing il y a quand même — la belle blonde bouclée aux yeux bleus crève la pochette —, c’est la nouvelle loi de la jungle des voix qui veulent percer au disque, mais, on le comprendra plus tard, c’est ici secondaire).Trois périodes de la création sur le mode tchécoslovaque sont proposées.Le romantico-tradi-tionnaliste Dvorâk, le moderniste Janâcek et le néo-classique Martinu.L’éventail est donc intéressant pour évaluer la maîtrise des styles.Kozenâ «passe le test» sans aucune difficulté.Ma parole, avec une voix comme celle-là, dotée d’une telle souplesse, c’est vrai que tout peut sortir d’un même gosier sans heurts.Bien des mélodies étant rares ou méconnues — voire inconnues —, on embarque très rapidement sur les mers que Kozenâ veut nous (aire explorer.La voix est suprêmement belle de jeunesse, d’intentions et de projection.Ce n’est pas une grosse voix, non plus qu’un instrument versé dans toutes les subtilités d’émission qui s’apprennent avec le métier; cela n’enlève rien à sa pureté naiVe, à cette couleur séduisante servie par une technique qui, à en juger par cet enregistrement, est irréprochable.* La mezzo-soprano Magdalena Kozenâ DAVID KRAUSS Ce bon point se double d’une compréhension remarquable des intentions des textes poétiques et musicaux flisez les traductions! Ici leur importance est flagrante).Est-ce l’intuition ou l’intelligence, peu m’en chaut.Ainsi, on lui sait gré de chanter comme seule une jeune fille sait magnifiquement chanter.Vous savez, l’honnêteté et l’intégrité, cela s’entend aussi en musique.Que ceux qui en doutent osent se livrer à une écoute.Ils en sortiront., ravis.Un seul petit reproche concernant le choix des pièces: cela participe de la même esthétique nostalgique qui, à la longue donne une impression (seulement une impression) de grisaille.Pour le reste, on écoute! SCHUBERT -FANTAISIES Franz Schubert Fantaisie pour piano en do majeur, D.760 Wanderer, Fantaisie pour violon et piano en do majeur, D.934.Yuuko Shiokawa, violon; Andrâs Schiff, piano.Durée: 50 min.12.ECM New Series ECM 1696 464 320-2.Dans tout l’œuvre instrumental de Schubert il existe trois étranges et curieux sommets.Ce sont les trois Fantaisies, dont la solitude est aussi grande que leur pouvoir d'attraction.1st plus connue des mélomanes est sans conteste aucun la Fantaisie en fa mineur, D.940, pour piano à quatre mains (vous vous souvenez ce thème initial entêtant.) On entend de plus en plus souvent la «Wande-rerfantasie» ou Fantaisie Wanderer— qui tire son titre du lied utilisé par Schubert pour l'édifier; c'est que les pianistes ont de plus en plus de moyens techniques — l’œuvre est d’une redoutable difficulté — et qu’ils ont de moins en moins peur de passer pour mièvres en jouant ce compositeur.Et il y a l’inconnue Fantaisie pour violon et piano, qui n’a rien à voir avec ce que Schubert a commis dans le genre dans sa jeunesse.Ce disque propose un jumelage de celle-ci et de la Wanderer comme on délimite les territoires d’une vie.La Wanderer, œuvre d’un jeune à l’avenir plein de promesses en 1822.Puis arrive le drame de la syphilis fulgurante avec son cortège de plaies purulentes et de perte de cheveux.Son avenir en ruine, Schubert ne cultivera désormais que presque la musique de chambre intimiste, ne pouvant trop sortir dans le monde: c'est l’univers des dernières sonates pour piano et de la fantaisie pour violon, qui date de décembre 1827.Le propos ne se veut pas vaseusement historique: le lien a aussi une signification musicale: les deux œuvres sont en do majeur, que théoriquement on croit «simples» (mais c’est la tonalité de La Création, de Haydn, comme celle de la Jupiter de Mozart).En plus, le propos de l’éditeur de Schubert, Cappi & Diabelli, alors qu’il inscrit l’œuvre à son catalogue de publications — c’est une forme de publicité pour la Wanderer— montre à quel point le titre Fantaisie était important pour Schubert et son époque: «La Fantaisie est connue depuis toujours comme le type de composition qui permet au compositeur, libéré des contraintes de la forme, de montrer le plus clairement ce qu’il est et de prouver ce qu’il vaut.Dans cet œuvre [la Wanderer/, monsieur Schubert révèle toute sa maîtrise: il montre non seulement ses dons de créativité, mais aussi son entendement à développer dans la logique de l’art des thèmes bien choisis.La présente Fantaisie est digne d’être en tout point comparée à des œuvres similaires de compositeur du passé et devrait donc, à tout point de vue, retenir l’attention des artistes et des amateurs d’art».On le voit, le respect est aussi grand que la commande est lourde pour les compositions à venir.C’est dans cette optique qu’An-drâs Schiff aborde le clavier.Sa Wanderer, il la fait avec un sérieux et une passion assez exceptionnels.Il n’est pas le seul, mais, ce qui le singularise face aux modèles anciens et à ses camarades pianistes actuels, c’est son approche du son.Oui, la première chose qui frappe, ce pour quoi il faudrait se procurer cet enregistrement, c’est son originalité sonore.Il joue sur un vieux Bôsendorfer qui apporte autant de particularité à la palette sonore que ce que tirait Alain Planés de son Bech-stein en interprétant Debussy — un disque dont je vous parlais il y a peu.L’aigu présente donc un peu de minceur; ce qu’on perd en force, on le gagne en perlé.L’articulation est mise au défi de la limpidité extrême; en ces circonstances — et dans une incroyable prise de son (audiophiles, à vos postes!) — Schiff s’avère maître de tous les pièges de la partition.Un peu aux dépends du tempo: on a entendu plus agité, mais guère plus juste et aussi précis.Donc, le rythme obstiné montre toutes ses facettes au développement, les mélodies chantent et les plans sonores sont idéalement dosés.On s’étonne de la curiosité des trémolos; l’instrument se fait autre, un peu électroacoustique, fantomatique, mais d’une irrésistible force gravitationnelle pour l’attention.Cela marque d’emblée la Fantaisie pour violon et piano D.934.Non seulement la curiosité du son du piano nous plonge dans un monde moderne d’émotion, mais en plus, le violon fait de même.Il se passe une bonne minute avant que le jeu blanc ne se nourrisse d’un peu de vibrato pour détendre l’atmosphère.Admettons le tout de suite: Yuuko Shiokawa n’est pas violoniste à «avoir du gros son».Celui entendu sur cet enregistrement est assez mince, voire fragile.Un défaut pour le concerto de Tchaikovski qui se mue en qualité dans ce répertoire.Le violon doit chanter, il le fait, sans dominer; il doit se fondre, il n’éprouve aucun problème.Dans une combinaison sonore souvent considérée comme gauche par les musiciens — sauf lorsque le violon ne se fait que cantatrice déguisée —, on assiste ici à une sorte de découverte de la quadrature du cercle tant l’unité non pas seulement musicale mais également acoustique.Après deux ou trois minutes pour s’habituer à cette musique aussi étrange que la manière dont elle est faite, le miracle Schubert opère à fond.Quelle profondeur et désolation dans ce do majeur-là.Sous l’archet comme sous l'ivoire, la joie voudrait affleurer et on se retrouve devant un écho des célèbres vers du Pont Mirabeau.C’est aussi angoissant que c’est beau.Le pianiste Andrâs Schiff.ROBERTO MASOTTI » L K I) K V 01 K .L K S S A M KD! 21 K T D I M A X ( Il K 2 5 .1 I I X 2 0 (I O De lui, on a dit mille et une choses: que la plupart de ses créations tirent leurs étranges noms des romans de Philip K.Dick, qu’il a une moto dans chaque grande ville d’Europe, toutes mues par une seule et même clé qui ne le quitte jamais, qu’il est narcissique, mégalomane et plus préoccupé de son image que des objets qu’il conçoit.Et, surtout, que c’est à sa petite mais très efficace équipe, sise à Paris, qu’il doit son phénoménal succès.Les éditions Taschen viennent de lui consacrer un album à l’iconographie aussi riche qu’éloquente.Portrait de Philippe Starck, designer.MARIE CLAUDE MI RAN DETTE essaie d’ouvrir une voie vers des objets honnêtes, des objets pour des non-confommateurs, des “rebelles modernes”.Regardez: il y a déjà des millions d’excellentes chaises confortables, des lampes qui éclairent, et ainsi de suite.Faut-il en créer de nouvelles?La seule question est celle
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