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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2000-08-05, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI !> ET DIM A N (' Il E (î A O I T 2 O O O Romans québécois Page D 3 Essais étrangers Page D 5 Bleue comme une orange Page D 6 ?LE DEVOIR Stan Douglas et Detroit Page D 7 Jardins Page D 8 Balades littéraires MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Vous connaissez vos classiques, bien sûr: Maria Chap-delaine, Menaud maître-draveur, les Poésies complètes de Nelligan, Le Survenant.A califourchon sur deux siècles, tant par la chronologie que par l’esprit, ces œuvres revendiquent, à juste titre, une place de choix dans la littérature nationale.Mais leurs qualités propres n’ont-elles pas fait oublier celles qui les ont précédées?Avec leurs raccourcis inévitables, les manuels ont sans doute assimilé trop légèrement la littérature cana-dienne-française du XK1' siècle au seul terroir et à une idéologie de la survivance qui n’est plus de saison.Du feuilleton haletant, avec pirates et enlèvements à la clé, au récit de voyage, en passant par le pamphlet et le journal, à cette époque comme maintenant, les écrivains n’ont jamais accepté de se limiter à un genre.Pourquoi ne pas profiter de l’été pour (re)dé-couvrir quelques-uns d’entre eux?Pour la dernière fois cette semaine, la une du cahier Livres vous invite à une balade dans les contrées pas si lointaines de notre littérature en vous proposant de lire des textes méconnus d’auteurs connus et moins connus de notre jeune littérature.Ni curiosités ni documents, ces textes, nous les avons choisis avant tout pour leur intérêt.Au lecteur de mesurer maintenant son indulgence à l’endroit du passé.Les manuels de littérature canadienne font de Frances Brooke (1724-1789) la première romancière du Canada anglais, voire de l'Amérique du Nord.Cette Anglaise, elle-même fille de clergyman, avait épousé le révérend John Brooke et suivi à Québec, en 1763» son mari, alors représentant de l'Eglise d'Angleterre et aumônier de la garnison anglaise établie dans l'ex-colonie française, depuis peu passée sous la couronne d'Angleterre.Le couple est demeuré cinq ans à Québec, après quoi il est rentré en Angleterre.On ne sait si c'est une fois retournée là bas ou encore sur place que Frances Brooke aurait écrit (sur le motif en quelque sorte) ce roman qui se réclame de la tradition du roman épistolaire anglais.History of Emily Montague fait se croiser les lettres qu'un jeune Anglais, Ed Rivers, écrit à sa sœur restée dans la métropole, ainsi que celles qu'adresse à la même sa meilleure amie, Arabella Fer-mor, venue au Canada.Même après avoir fait la part de ce qui relève de la fiction, History of Emily Montague demeure un témoignage aussi piquant qu'instructif d'une époque peu connue de notre littérature, soit celle qui §uit immédiatement la Conquête.A en juger par les nombreux échanges franco-anglais qui servent de toile de fond au roman, on est même en droit de se demander si la célèbre expression «les deux solitudes» n'est pas tout simplement une création tardive.Emil - d il î ?§ I «Am JL 1 #' %.Montréal, 9 juillet "w/f /'S j-'i r B if M Ë Ë S % Brooke 6e lettre: Ed Rivers à Miss Rivers, Clarges Street FRANCES BROOKE Me voilà arrivé, ma chère, et enfin en sécurité, mais il m’aura fallu pour cela traverser un rideau opaque de flammes tel quç le plus infortuné des chevaliers errants n’en aura jamais connu.A chaque étape, de jeunes beautés locales m’attendaient et toutes montraient beaucoup d’esprit et de coquetterie.Elles ne connaissent pas la timidité des villageoises en Angleterre et sont habillées comme des bergères de romans.Pour peu qu’il ait le goût de l’aventure, un homme fait ainsi un fort agréable voyage jusqu a Montréal.les paysans sont ignorants, paresseux, sales et stupides comme on n’a pas idée, mais avec ça hospitaliers, respectueux et polis.De plus, chose agréable entre toutes, ils laissent à leurs épouses et à leurs filles le soin de faire les honneurs de la maison, tâche dont elles s’acquittent avec une application qui, au milieu des multiples embarras (encore que non fondés, à ce qu’on m’a dit) qui naissent de la pauvreté, ne peut que plaire à tout hôte pourvu de la moindre disposition envers le plaisir: pour ma part, j’ai été charmé, et j’ai fait honneur à cette bonne chère maison avec le même appétit que j’aurais mis à me régaler d’ortolans de roi.Leur conversation est vive et amusante.Le peu de savoir présent au Canada se trouve concentré chez les personnes du sexe, et très peu d'hommes, même parmi les seigneurs, seraient capables d’écrire leur propre nom.La route qui va de Québec à Montréal est une longue rue sans fin.Les villages sont nombreux et apparaissent à intervalles si rapprochés de chaque côté des rives du Saint-Laurent qu’il est peu d’endroits d’où l’on ne puisse apercevoir une maison, sauf quand çà et là un fleuve, une forêt ou une montagne font irruption, sans doute dans le seul dessein d’introduire quelque plaisante variété dans le paysage.Je ne me souviens pas d'avoir fait plus beau voyage.Les somptueux points de vue de la journée s'auréolant des aimables conversations du soir, j’en étais à regretter de voir approcher Montréal.L’île de Montréal, sur laquelle est bâtie la ville, est un lieu charmant, où l’agriculture règne en maître.Moins sauvage et moins grandiose qu’autour de Québec, la campagne y est riante.Les femmes, qui semblent avoir fait du plaisir leur seule occupation et que j’aperçois presque toutes en ville le matin, dans leurs calèches, accompagnées d’officiers anglais, pour y faire ce qu’elles appellent un tour de la ville *, m’ont paru dans l’ensemble plutôt jolies et elles affichent une vivacité qui me plaît au plus haut point.Il me faudra absolument faire la connaissance de chacune d’entre elles: mon séjour a beau être bref, je ne vois pas pourquoi il devrait être ennuyeux.On me dit qu’elles raffolent des petits bals champêtres hors de la ville, et j'ai bien l’intention d’en donner un dès que j’aurai présenté mes hommages en bonne et due forme.•En français dans le texte (NdT).( VOIR PAGE D 2: MONTAGUE Ms, vM 11tkm '• r/'A V \ H t M ' » ' i ' ’ ‘ t M M \ ’/ t .i M î « m ' t1 « m » 11 » * %.•/ ffiÉÉ.eV’V.VU'.O'tn -(1 ' * * :à •/'.1 * '-wrl* ’• - * » ut' «tus-x + n U < L’Angleterre de Martin Amis n’est pas celle de Retour à Bride shead ni de Tess d’Urberville.Bigarrée, elle a troqué ses préjugés de classe contre ceux de l’argent et se survit à elle-même à travers le regard admiratif des intellectuels américains ou celui, fasciné, de l’Amérique moyenne.Nulle nostalgie pour autant dans les nouvelles d’Eau lourde, dont certaines ont d’abord paru dans The New Yorker et Cranta.Au contraire: l’Angleterre, mais tout aussi bien New York ou San Francisco, est un microcosme.Ce monde transformé, entré en décadence, mourant, est planétaire et offre trop de sujets de satire pour que l’écrivain doté d’une telle tournure d’esprit se prive du plaisir d’en démonter le mécanisme paradoxal qui, même défectueux, le fait poursuivre sur sa lancée.Dans les nouvelles de ce recueil, Amis privilégie le renversement des termes, avec des résultats parfois comiques.Dans Nouvelle carrière, le sonnet d’un poète de renom, qui fait l'objet d'enjeux considérables auprès des quelques bonzes de la côte ouest américaine, est trituré, réécrit, apprêté (édité, disent les professionnels) , subissant ainsi, on le comprend peu à peu, après avoir éclaté de rire à plusieurs reprises, le même traitement qu’un scénario: «Okay.On va faire le sonnet.Bon.Don a un problème avec le deuxième quatrain, Jack et Jim ont un problème avec le troisième quatrain, et je crois qu’on a tous un problème avec le distique final.» Pendant ce temps, un aspirant scénariste envoie texte sur texte à l’éditeur d'une revue spécialisée tout aussi confidentielle que près- 17 Jhau lourde et mûres nouvelle tigieuse, qui sans doute à la légère a inclus quelques mots d’encouragement dans sa dernière lettre de refus.Dans L'Envers du placard, New York est devenue gaie.Les hétéros, qui ne représentent plus qu'une minorité militiinte de la population, vivent dans des quartiers misérables, envahis par les landaus, les supermarchés, les boutiques de couches et les appartements sans personnalité, pourvus d’une cuisine sordide et fonctionnelle, tout juste bonne à faire cuire des patates.Ils lisent leur propre littérature, qui privilégie leurs surtout du nucléaire, de la chimie, des gaz mortels»', la Food and Drug Administration, chargée de la sécurité alimentaire américaine, a «autorisé les éleveurs des Etats-Unis, sans leur imposer aucun contrôle sanitaire, à nourrir le bétail avec des fientes de poulet» avec morts d’hommes à la clé; bref, on mange, mais à nos risques et périls.Perucca et Pouradier nous laissent néanmoins sur une note d’espoir.Plus l’information circule, plus les ratés de l'industrie agroalimentaire et ses silences coupables font la manchette, plus les citoyens se rebiffent et exigent un retour au bio au nom, non pas de l’utopisme néo-baba-écolo, mais du simple respect du vivant.Que faire pour l’imposer?Les journalistes avancent une solution pragmatique: «Ecrire que, au jour le jour, ce sont les consommateurs qui font la loi, est une évidence.[.] Le pouvoir est au fond du porte-monnaie, le pouvoir d’achat est aussi le pouvoir de tout changer.» On veut bien, mais seulement dans la mesure où cette résistance du consommateur saura se doubler de l’action politique sans laquelle les «spa-rages» économiques individuels ne comptent pour rien.Fabien Perucca Gérard Pouradier I il bouffe d’égout Tout ce que vous mangez sans te savoir amours dégénérées, et ont leur propre cinéma qui veille à respecter un quota de héros positifs hétéros.Chaque jour, ils se heurtent à la réprobation plus ou moins vive de la majorité, en raison de leur mode de vie contre nature, sans voyages, sans sorties à l’opéra, sans tourte au fromage avec un verre de sauvignon en guise de repas à la bonne franquette.En raison surtout de leurs mœurs sexuelles archaïques faisant fi des plus récents progrès en matière de techniques de reproduction.On le voit: la caricature n’est pas loin.Mais s’il grossit le trait pour mieux montrer les limites d’une certaine logique militante, Martin Amis ne fait pas que cela.Le John de la nouvelle éponyme Eau lourde aurait-il compris à quelle fin désespérée conduit ce cerveau d’enfant dans un corps de quarante-deux ans qu’une mère navrée entoure de soins et promène dans la petite société grotesque d’une croisière?Le voilà qui s’apprête à lâcher l’échelle du navire, à retrouver en eaux profondes les poissons heureux aperçus à l’aquarium un peu plus tôt dans l’après-midi.C’est compter sans la vigilance d’une mère et ses biberons anesthésiants.Chez Martin Amis, on ne meurt pas.On attend son heure, entre-temps on s’agite.On fait l’amour sans avoir échangé un mot.Cela s’appelle être de son temps.Une sous-humanité L’époque Des anges mineurs, d’Antoine Volodine, a oublié jusqu'au mot littérature.Elle lui préfère ces «narrais», sorte de condensés successifs du temps long qui a succédé à la destruc- tion de l’humanité dont quelques spécimens survivent provisoirement dans les steppes d’une Asie centrale jamais nommée, mais suggérée avec insistance à travers une toponymie slavisante et l’ancienne sauvagerie qui affleure sous la nouvelle.Il faut résister à la tentation d’une lecture purement apocalyptique de ce livre terrible, même si tout y invite.Ce serait en gommer la dimension poétique, ne pas voir assez les anges rilkéens qui en rythment la lecture exigeante.Jamais l’expression mise en abyme n'aura-t-elle été aussi appropriée que dans cette série de miroirs où apparaissent, mais vite rappelés par le néant, les reflets d’un écrivain ayant survécu aux camps dont il s’est fait la spécialité et d’un homoncule créé de toutes pièces à partir d’un tas de chiffons par une gérontocratie de femmes mystérieusement immortelles, combattantes impitoyables d’un néocapitalisme réhabilité mais, comme tout le reste, en voie d’extinction.Invraisemblable?Tout est déjà sous nos yeux.Les nouveaux riches, les étreintes furtives d’inconnus, les immeubles laissés à l’abandon, la sous-humanité aux portes des villes, les sentiments naturels niés ou disparus.Mais tout comme celui qu’on égorge chez Kafka a encore le temps d’apercevoir au loin deux bras blancs à une fenêtre et d’emporter cette vision dans la nuit, celui qu’on fusille interminablement, chez Volodine, entend la «note brève, très nette, très belle» d’oiseaux aquatiques tournés vers quelque lac inaccessible de la taïga.Ce devrait être beau.C’est intolérable.Cahier SPECI7C -Tombée publicitaire 7 18 août 2000 • Parution 16 août 2000- L e Devoir e n ,t r é e LITTERAIRE I LE DE VOIR.,LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE « A O Û T 2 0 0 0 I) .") '** Livres » ESSAIS ÉTRANGERS Conversation avec un gauchiste L’individualisme, c’est aussi le refus de mourir pour de grandes idées LES ENJEUX DU XXIe SIÈCLE entretiens avec Antonio Polito prie J.Hobsbawm Editions complexes Bruxelles, 2000,200 pages Un titre ronflant, presque technocratique: Les Enjeux du XXI' siècle.Un livre d’entretiens: genre souvent paresseux, superficiel.Bref, ça s’annoijçait mal.C’était compter sans Eric Hobsbawm, réputé historien britannique du capitalisme.Chercheur émérite, octogénaire, dont le livre sur l’histoire du vingtième siècle, L’Âge des extrêmes, est considéré comme une des grandes — et originales — œuvres sur cette période historique qui vient de se clore.Selon Hobsbawm, rappelons-le, il y a déjà une décennie que, historiquement parlant, le vingtième siècle a pris fin.Ce siècle, selon lui, a été «court».Soixante-dix-sept ans en tout et pour tout II aurait pris naissance avec le début de la Première Guerre, en 1914.L’effondrement de l’URSS, en 1991, aurait signifié sa fin.Mais ce n’est pas tellement ce découpage historique qui a attiré l’attention sur ce livre — ni ses qualités — mais les présupposés de gauche, voire marxistes, de Hobsbawm.À cause de ceux-ci, les éditeurs et la classe intellectuçlle française auraient boudé L’Âge des extrêmes.Hobsbawm a dénoncé, dans sa préface en français (aux éditions Complexes de Bruxelles), le fait qu’on ait refusé plusieurs fois, en France, de traduire son livre.Il y déplorait les raisons invoquées par certains éditeurs, tel Pierre Nora de Gallimard, lequel avait invoqué, comme motif de refus, un «environnement intellectuel peu favorable».L’apparence de censure — ou de ce qui y ressemble — a déclenché, en Europe et dans l’Hexagone, une importante controverse.Les Éditions Complexes et le Monde diplomatique ont alors décidé de copublier le livre en français.Livre qui connaît, dit-on.une très belle carrière.Réussi Les Enjeux du XXL siècle veut tabler sur ce succès, bien que l’opportunisme éditorial ne soit évidemment pas ici le seul motif.Car malgré un certain éparpillement dans les premières pages du livre, la conversation s’avère dans l’ensemble très instructive et souvent stimulante.On le doit en partie aux questions informées et pertinentes d’Antonio Polito, éditorialiste au journal italien La Republica, avec qui s’entretient Hobsbawm.Hobsbawm s’est laissé prendre au jeu et se permet même plusieurs prédictions.Il est dans la nature humaine de vouloir entrevoir l’avenir, dit-il.Cela ne signifie certes pas qu’il faille s’abandonner aux sirènes de la futurologie.Et l’historien prend soin de fonder ses visions du futur sur une compréhension de phénomènes contemporains et passés.En prime, l’auteur offre quelques éclaircissements sur son œuvre.De gauche Se révèle un homme foncièrement «de gauche», pour qui cela a toujours un sens: «ceux qui affirment le contraire sont généralement de droite», tranche-t-il.Pas n’importe quelle gauche.Celle qui se fonde, en définitive, sur ce que Ernst Bloch appelait le «principe espérance».«Si les gens ne nourrissent pas Antoine Robitaille ?« un idéal de trans/bmujtion du monde, affirme Hobsbawm, ils perdent quelque chose.Si leur unique passion est la quête du bonheur indiri-duel par l’acquisition de biens matériels, l'humanité devient alors une espèce amoindrie.» Or, cette conception des choses est attaquée de toutes parts à notre époque, constate Hobsbawm.Et son déclin risque de s’aggraver dans le siècle qui commence: telle est l’inquiétude essentielle qui traverse ce livre.Hobsbawm voit avec regret l’individualisme triompher partout.On dirait que Margaret Thatcher a remporté la bataille des idées, elle qui disait que «la société», en soi, cela «n’existe pas».Aujourd’hui, même un travailliste comme Tony Blair a l’air d’un «Thatcher en pantalon» (selon l’expression de l’historien) réduisant de plus le politique à un jeu médiatique.Partout là «liberté est identifiée au choix individuel»: le nouveau souverain est le consommateur, qui recherche la satisfaction et le rendement immédiats.L’individualisme, c’est aussi le refus de mourir pour certaines grandes idées — les humains d'aujourd’hui auraient-ils les ressources morales pour repousser des nazis ?— la désaffection politique — en particulier chez la jeunesse — le retour des guerres de mercenaires.Ik'b'fmxiu Mondialisation La mondialisation n’affectant pas de la même manière tous les champs de l’activité humaine, «deux systèmes coexistent aujourd’hui: l’un pour l’économie; l'autre pour la politique».Celle-ci elle se trouve de plus prisonnière de ses limites étatiques et nationales.Pendant que l’autre, l’économique, prospè- Les habitants des pays pauvres et surpeuplés tenteront en nombre toujours plus grand de sortir de leur Tiers-Monde re sans frontières, creusant non seulement le fossé mondial des inégalités, mais aussi celui des disparités démographiques.Des problèmes migratoires sans précédent sont à prévoir au XXI' siècle, prédit Hobsbawm, puisque les habitants des pays pauvres et surpeuplés tenteront en nombre toujours plus grand de sortir de leur Tiers-Monde.À cet égard, la notion contemporaine de mondialisation doit être relativisée.Car, paradoxe: «il y a aujourd'hui dans le monde moins de liberté de circulation de la force de travail qu’avant 1914, époque où ni les Etats-Unis, ni l’Amérique du Sud ne dressaient de barrière à l’immigration».Aussi, la mondialisation n’est pas un phénomène sans obstacle et le rejet de l’AMl a démontré que le politique peut encore, parfois, entraver sa marche.De plus, «le problème du XXI' siècle sera de mesurer la force des résistances à l’uniformisation grandissante».Par ailleurs, pour l’historien, le capitalisme n’a rien d’éternel.Les «règles du marché supposent un certain type de société», comme le démontre leur application catastrophique à la Russie postsoviétique.On ne peut les dissocier d’un contexte politique.Aussi, malgré les tentatives de démocratisation (bourses publiques, etc.), le capitalisme favorise toujours la «concentration du capital», et tend vers «les monopoles».Il faut penser à des nouvelles façons de partager les richesses.Mais pour l’instant, «la seule méthode efficace que nous connaissons est Iq redistribution organisée par les États et les autorités publiques.C’est pourquoi je crois que TÉtat-nation est toujours indispensables», affirme Hobsbawm.Au reste, une crise du capitalisme international se préparerait.Comme Paul Krugman, Eric Hobsbawm estime que les secousses que l’Asie a subies en 1997-98 ont peut-être révélé une faille de San Andreas de l’économie mondiale.«Si je devais réécrire L’Age des extrêmes aujourd’hui, je serais plus prudent dans ma prévision d’une brusque expansion à l’échelle mondiale de l’économie du capitalisme dans un futur proche.» In solution est-elle encore dans la révolution?Tout n’est pas si simple.Le problème des révolutionnaires, explique Hobsbawm, «ce n’est pas de vouloir un monde meilleur, mais de croire dans l’utopie d’un monde parfait».D’où L’Âge des extrêmes, explique l’his-lorien au passage, c’est-à-dire la succession de dérapages inédits (en raison des utopies) et de réussites collectives indéniables: États-providence, amélioration sans précédent des conditions de vie.Et le XXL siècle?Tout change, conclut Hobsbawm, «le futur est bien obscur, atissi ne puis-je l’envisager avec beaucoup d’optimisme».BANDES DESSINEES Une théorie de la solitude tu T* Les HuMaNoïdes LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE L’insoutenable vérité L’INVASION Arnon L’Écho des Savanes/ Albin Michel Paris, 2000,56 pages DENIS LORD Dans la région parisienne, des soirées rave tournent au cauchemar et ont des conséquences bien après le lever du jour: cette danseuse frénétique qui arrache la langue de leur partenaire, cette amante tournant comme une derviche à une vitesse folle.Accompagné de sa jolie assistante Myra, le professeur Buzard, un anthropologue reconverti dans l’étude des phénomènes inexpliqués, se trouve plongé dans une danse mystico-pharmaceutique où les cadavres tiennent le rythme.Une jolie griffe qui rappelle le dessin du tandem Mezzo/Pirus, deux doigts d’érotisme, un soupçon d'humour et un zeste de X-Files, voilà le cocktail Arnon, tout ce qu’il y a de rafraîchissant.Côté récit néanmoins, Les Furies et Cœurs de silex, ses œuvres précédentes, me semblent plus achevées.LA THÉORIE DES GENS SEULS Dupuy et Berberian Les Humanoïdes Associés, collection «Tohu bohu» Genève, 2000,128 pages La théorie des gens seuls n'est qu'une des nombreuses idées que Félix, gaffeur impénitent, émet presque systématiquement au mauvais moment Quand il se met les pieds dans les plats — à chaque pas —, c'est toujours jusqu'au cou.Mais avec le sourire.Les Humanoïdes font depuis quelques années une belle place au duo Dupuy-Berberian dans leur catalogue, republiant entre autres les épisodes du Journal d’Henriette parus dans Fluide Glacial et la série des Monsieur Jean.La Théorie des gens seuls s'inscrit en parallèle de cette dernière, y repiquant en noir et blanc, plusieurs personnages.11 s'agit d'un recueil de courts récits intimistes au ton doux amer, mettant en scène les aléas de la vie sociale, plein de finesse et de beautés graphiques.Excellent STRIPBOOK #2 ÉricBraün Mille-Îles, collection «Zone convective» Montréal, 2000,62 pages Cherchant à rendre son œuvre la plus accessible possible, et par conséquent à lui assurer une plus grande diffusion, Éric Braün.également peintre, a conçu une série de strips où les mots sont remplacés par des pictogrammes.La sexualité, le capitalisme, la bêtise, le militarisme forcené, tous les travers de la société moderne passent au hachoir de l'auteur, qui qualifie sa démarche de «défiguration narrative».Les gags s'avèrent de valeur très inégale; en raison de sa méthode et de ses inclinations idéologiques, Braün a tendance à tomber dans des clichés primaires, très connotés par l'iconographie et le discours soixante-huitard.Avec les mêmes outils toutefois, il nous arrache occasionnellement un franc sourire.LES YEUX DANS LE BOUILLON Broquet et Rabaté Casterman Bruxelles, 2000,64 pages Dans Premières Cartouches, Rabaté (Ibicus) nous avait déjà montré son attirance pour la vie de village et les tragédies qui, vicieuses et absurdes, ravagent le quotidien.Voilà qu'il remet ça avec la talentueuse Virginie Broquet aux commandes de Limage.De passage dans un hameau de la Loire, une famille de touristes parisiens se fait raconter par un citoyen un peu «siphonné» et porté sur le vin blanc les inondations qui ont marqué le village: l'histoire de ce jardinier frustré qui volait de la terre au cimetière.celle du rentier qui, lors de la crue, eut comme unique réflexe de sauver ses meilleures bouteilles.Un album léger et ironique nanti d'un graphisme fort réussi: sur le mode esquisse, Broquet, qui œuvre également pour la jeunesse, propose un mariage de coloris au pastel comme on en voit peu en bédé, avec des dominantes de vert, de rose et d'orangé.lorddfa ca ra mail.com TRACES Ida Fink Traduit du polonais par Laurence Dyèvre Calmann-Lévy Paris, 2000,238 pages JOHANNE JARRY Sur la page couverture de ce re cueil de nouvelles, les chaises sont vides.Ceux dont parle la narratrice ne sont plus.L'histoire les a fait disparaître prématurément, la plupart à partir du mois de juillet 1941: «Cette année-là, il n’y a pas eu non plus de capucines.Nue sans ses rideaux et ses fleurs, la façade de la maison avait un air pathétique inaccoutumé.À lui seul, ce petit détail révélait l’arrivée d’une époque inhabituelle.» Cette époque est celle où les juifs de Pologne sont arrachés à leurs jardins, à leurs enfants, à l'avenir, à la vie.Le recueil d'Ida Fink conserve les «traces» des disparus et de leurs «destins particuliers».Pensons à Natalia, douée pour l'écriture, à qui son professeur recommandait dp faire des études de lettres.À Macha, qui regrette d'avoir à mourir sans avoir fait Lamour.Souvenons-nous de Julia qui, dans son délire fiévreux, réclame ses fils morts.N'oublions pas Eugénia, qui avait rêvé de «mourir dans un accident de voiture, par une belle journée ensoleillée, sur une route de montagne en lacets, grisée par la beauté de la vie et de la nature».Ni Elzbieta, contrainte par un SS à regarder l'exécution d'un adolescent, forcée d'accepter la réalité insoutenable de l'extermination (son sort).Souvenons-nous aussi de la grande et maigre Sabina, cachée avec sa fillette sous des sacs vides pour échapper à un SS ivre (qui les tuera).On repensera à Jôzef, passager clandestin d'un camion, alors qu'il se rappelle la voix apaisante de son père lorsqu'il était enfant: «Ne t’en fais pas, tu as toute la vie devant toi.» Ét à Henryk, fou d'espoir lorsqu'il prend la route après avoir reçu un télégramme lui disant où retrouver sa femme qui aurait survécu.On se souviendra aussi de cette Description d'un petit matin, alors qu'Artur et sa femme Klara sont cachés dans un grenier.Seul le fermier qui leur apporte un peu de pain à manger connaît leur existence.Artur parle sans arrêt, décrit tout ce qu'il voit grâce à une petite fente qui donne sur la cour.Klara, épuisée, réclame le silence pour se souvenir de leur petite fille.Artur réplique: «Le silence est notre ennemi.Le silence laisse les pensées nous envahir.» Mais la femme insiste: «Et c'est toujours le même rêve.Elle court sur la route et elle m'appelle: “Maman!”» Et à la fin, quand la plupart sont morts, que cette «époque inhabituelle» est révolue, un procureur réclame des preuves aux survivants pour condamner les responsables d'une tuerie (celle-là parmi tant d'autres).Hélas, aucun d'eux ne peux affirmer avoir vu Kiper tirer.As regardaient ailleurs.Zach-wacki peut donner le nombre des victimes (1300), la dimension de la fosse commune («trente mètres de long, trois mètres de large et cinq mètres de profondeur»).Quant à Grumbach, il se souvient: «C'était une journée ensoleillée, l'air était glacial.lœs rues étaient couvertes de neige.La neige était rouge.» Mais ça ne suffit pas.Ida Fink est née en Pologne, en 1921.Elle a réussi à échapper au ghetto en 1942.Elle vit en Israël depuis 1957.Son premier recueil de nouvelles, Le Jardin à la dérive, a été publié en 1990.Elle a aussi écrit un roman, Le Voyage, publié en 1993.Avec Traces, elle témoigne d'une loyauté remarquable envers celles et ceux qui ont été tués parce que juifs.Pille le fait sans geindre ni accuser.On ne peut que s'incliner devant ce travail d'écriture dont la douleur reste cachée, d'une vérité souvent insoutenable.EXOTISME L’Égypte des best-sellers LA PIERRE DE LUMIÈRE Néfer le Silencieux Christian Jacq XO éditions Pains, 2000,421 pages LA PIERRE DE LUMIERE IA VIE QUOTIDIENNE DANS LA PLACE DE VÉRITÉ Christian Jacq XO éditions Paris, 2000,62 pages Christian Jacq est un auteur bien connu des apiateurs de romans historiques.Écrivain célèbre et prolifique, ce docteur ès égyptologie a à son actif plusieurs romans, dont bon qombre ont pour toile de fond l'Égypte antique.Au cours des dernières années, la série Ramsès, fresque historique en cinq tomes, a connu un succès international, avec des ventes dépassant les onze millions d'exemplaires.Néfer le Silencieux est le premier tome d'une série de quatre récits regroupés sous le titre La Pierre de Uimière.Les deux héros de cette aventure.Silencieux et Ardent, sont deux jeunes hommes dont les destins se croisent dans un univers particulier, celui d'une cité interdite de la Haute-Égypte: la Place de Vérité.Silencieux, fils d'un artisan de la Place de Vérité, revient au village cloîtré pour y exercer le métier de son père, au terme d'une longue errance.Ardent, qui lui cherche à devenir artisan, tente par tous les moyens de pénétrer la mystérieuse cité dévolue au culte de pharaon et ainsi concrétiser sa passion pour l'art.Mais le malheur s'abat sur ce lieu sacré avec le meurtre d'un des gardes de la forteresse.Dès lors, chacun se soupçonne et s'espionne au sein de cette communauté artistique qui, depuis des générations, est chargée de creuser et de décorer les tombeaux des pharaons du Nouvel Empire.Sur fond d'intrigue où se mêlent génie artistique, pouvoir pharaonique, passion et vanité humaines, c'est toute la vie quotidienne au sein d'une communauté artistique égyptienne qui renaît sous l'élégante plume de Jacq.Les plus chanceux auront le bonheur de mettre la main sur un bel album illustré — à tirage limité et hors commerce — publié spécialement à l'occasion de la parution du premier tome de cette nouvelle saga de Jacq.Cette plaquette raconte, en images, l'histoire véridique de la «Place de Vérité» où se déroule l'essentiel de ce roman.L'iconographie, foisonnante et de belle qualité, permet de mieux visualiser certains passages du récit.Agréable lecture.Marie Claude Mirandette VINGT-QUATRE HEURES, LÉTÉ Jacques Ancet Lettres vives, collection «Terre de Poésie» Paris, 2000,60 pages Jacques Ancet a donné des traductions remarquables de Jean de la Croix, d'Antonio Gamoneda et de José Angel Valente.Il est lui aussi poète, discret mais toujours fort pertinent.Dans Vingt-quatre heures, l'été, on suit cette célébration intime du monde qui s'inspire du moindre signe visible et invisible.Comme le mentionne Ancet, «chaque heure est un poème, chaque poème une heure.Un voyage de l'infime — éclats, fils, feux, fraîcheur, moiteur des corps.Vivacité, violence, naissance et mort, un passage de l'insaisissable.La voix de ce qui se tait mais insiste.Le compte de ce qui n'ajoute pas mais recommence».On lit ces poèmes comme des traces qui accompagnent le poids du monde naturel, une ouverture à partir de ce jour qui ne cesse de luire: «Le souffle de l’éphémère / à sept heures tisse les / ombres, les détisse.Un peu / de cendre se mêle au bleu, / au présent un peu d'oubli./ lœ soir ressemble à l'eau: / on l'attend, on ne le voit pas.» David Cantin I I.K I) K V 0 I R , L E S S A M E I) I 5 ET I) I M A \ C H E
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