Le devoir, 21 octobre 2000, Cahier D
LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET D I M A N ( HE 2 2 0 C T 0 B R E 2 0 0 (I LE DEVOIR Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Antoine Volodine Page D 5 Suzan Sontag Page D 7 Marcel Dzama Page D 9 Am VISUELS 4 I «Aus Quebec» Le mois dernier, alors qu’il débarquait à Montréal, Petr Kylousek, professeur de littérature à l’université Masaryk, à Brno, en République tchèque, était au mitan de son premier voyage en Amérique.Pourtant, Petr Kylousek, qui séjournait ici pour mettre sur pied un cours de littérature québécoise à l’intention de ses étudiants, enseignait le théâtre de Michel Tremblay dans ses classes depuis déjà plus d’un an.CAROLINE M ONTPETIT LE DEVOIR Le phénomène n’est pas isolé.Le Québec, et la littérature québécoise en particulier, suscite un intérêt croissant partout dans le monde.Au cours d’une conférence qu’il donnait récemment à l’université de I^a Sarre, en Allemagne, Ingo Kolboom, président de l’Association internationale des études québécoises, recensait plus de 2000 _____________ chercheurs spécia- Anders schreibendes Amerika lÜfgS.Usés dans l’étude du Québec, dispersés ou isolés dans 65 pays et 40 disciplines différentes.«La plupart d’entre eux ne se connaissent même pas», affirmait M.Kolboom à La Sarre.De Bologne à Vienne en passant Jyvaskyla, en Finlande, ou Kinshasa, au Congo, on étudie le Québec, notarqment sa langue et son histoire politique.A lui seul, le site Internet de l’AlEQ recense 30 centres d’études québécoises dans le monde, 61 centres d’études canadiennes ayant un intérêt pour le Québec et 26 universités ou centres ayant un intérêt en émergence pour le Québec.Pour sa part, Petr Kylousek a fait la connaissance du Québec à travers l’Institut des langues et littératures romanes, qu’il dirige à Brno, ville située à quelque 200 kilomètres de Prague et de Vienne.Le département de littérature avait déjà commencé à s'ouvrir aux Français «moins fiançais que d’autres», ou moins parisiens que les autres, tels Your-cenar ou Le Clézio, puis à l’ensemble de la francophonie, à travers notamment la littérature belge, raconte M.Kylousek, attablé à un café de la rue Saint-Denis, à Montréal.Un collègue du département d’anglais de l’université, d’origine canadienne, a ensuite suscité un intérêt pour la dualité linguistique canadienne, puis pour la société québécoise et, enfin, pour sa littérature, notamment à travers son théâtre.C’est ainsi que les élèves de l’université Masaryk ont pu s’inscrire à un cours facultatif sur les rapports entre théâtre et société avec, au programme, l'étude des pièces de Louis Fréchette, Marcel Dubé, Jacques Perron ou Michel Tremblay.Or la langue, dans le cas de ce dernier auteur, présente un défi important pour les élèves qui n’ont jamais fréquenté le VOIR PAGE D 2: AUS QUEBEC Patiemment, méthodiquement, Norbert Spehner a recensé tout ce qui s'est écrit en français en matière de roman policier au Québec, de 1837 à nos jours.Avec une verve critique, sans inhibition, il dresse dans Le Roman policier en Amérique française, publié récemment chez Alire, une bibliographie exhaustive du genre tel que pratiqué au Québec.Enquête, suspense, roman noir ou thriller, du médiocre au génial en passant par le roman en fascicule, aucun titre, ou presque, n’a été ignoré.CAROLINE M ONTP ETIT LE DEVOIR Et pourtant, s’il est un lecteur assidu, constant, fidèle, Robert Spehner est d’une sévérité sans concession.On sent que pour les fins de cette bibliographie commentée, il s’est imposé la lecture des pires navets, et n’hésite pas à les qualifier de tels.«Si je devais porter m jugement global, et sans nuances subtilement diplomatiques (exercice périlleux, j’en conviens.),je dirais spontanément que cette production est assez médiocre et hétéroclite, au moins jusqu'en 1998.Médiocre, au sens étymologique de “médius”, qui est au milieu.Hétéroclite par la force des choses, par sa variété, à cause de ses niveaux très inégaux, la multiplicité des thèmes, ses sources éditoriales fort nombreuses, etc.», écrit Spehner.En plus d’être de qualité inégale, le roman policier québécois est très mal connu de son public naturel.Pourtant, il existe, ce public.C’est celui qui dévore, depuis nombre d’années, les fériés du genre qui proviennent des Etats-Unis ou d’outre-mer, qu’elles soient signées Mary Higgins Clark, Agatha Christie ou Georges Simenon.C’est ce public qui ignore pourtant jusqu’à l’existence du polar québécois.«Le roman policier québécois est en train de se trouver une légitimité parce qu’on en publie beaucoup, on met l’étiquette “polar”, ce qu’on négligeait souvent de faire, et visiblement on cherche à rejoindre un public», reconnaît cependant Spehner en entrevue, à Montréal, dans son bureau du cégep Edouard-Montpetit, où il enseigne la littérature.Trop souvent, les polars québécois, même les meilleurs, sont mal identifiés, mal titrés, et finissent, sur les étagères des librairies, aux côtés de la littérature québécoise générale, soutient-il.«Dans les années 70,80, confirme-t-il, on ne perdait pas son temps avec les littérature de genre ou les paralittéra-tures ou les littératures populaires.La seule forme de ces littératures qui était un peu structurée, qui avait ses réseaux de distribution, c'est la science-fiction, qui avait ses revues.» L’une de ces revues, Solaris, qui s’appelait auparavant Requiem, a été fondée par Spehner lui-même.Mais dans le domaine du roman policier, rien.Et puis, c’est connu, les littératures de genre souffrent ici comme ailleurs du snobisme de milieux plus intellectuels.Les plus grands éditeurs québécois ignorent pour l’instant le roman policier.Pourtant, la bibliographie signée Spehner regroupe plus de 600 romans pour adultes et 350 romans pour la jeunesse, qui se font attribuer diverses cotes par le bibliographe.Alors qu’un roman de Sam Lafritte est qualifié de «nullissime» ou d’«incident éditorial plutôt navrant qui, notonsde bien, a tout de même trouvé un patenteux de livres qui a dû en vendre quelques-uns aux pensionnaires du zoo local», le dernier-né de Lionel Noël est comparé positivement à «de la pure dynamite!» et Chrys-tine Brouillet est désignée comme «une personnalité majeure du polar québécois, l’une sinon la meilleure au Québec, et l’une des rares représentantes du genre à être publiée outrefiontière».VOIR PAGE D 2: POLARS ! ’"‘.M vj T' k-A.' * * Ali PHOTO: JACQUES G RENIE R/ PHOTO M ONTAG E: LE DEVOIR Pierre Vadeboncoeur ^ L’humanité improvisée Vadeboncoeur persiste et signe! Le postmodernisme au banc des accusés.BELLARMIN • L'essentiel 19,95$.192 Pages Fl DES F I.K I) K V It I R , L E S S A M EDI 21 E T I) I M A X C HE 22 I) < T O B R E 2 II 0 I «Ans Quebec» De collective, la littérature québécoise est devenue plus universelle R E S SUITE DE LA PAGE DI Québec.M.Kylousek ajoute d’ailleurs que Tremblay ne peut être traduit qu’à travers des transpositions élaborées en dialectes populaires d’autres langues.«C’est une façon d'affirmer l'identité et la particularité d’un territoire, et de hausser à m niveau littéraire quelque chose qui appartient à un territoire», dit M.Kylousek au sujet du jouai.Pour les quelque dix millions de Tchèques qui peuplent la République tchèque, la langue française peut incarner une taçon d’échapper à l’encerclement allemand et de s’ouvrir au monde.«Dès que je fais 70 kilomètres, je suis en Autriche», explique M.Kylousek.Pourtant, «le français recule» devant l’anglais, en République tchèque comme ailleurs.M.Kylousek n’en a pas moins séjourné au Québec grâce à une bourse du gouvernement fédéral accordée afin de concevoir un cours de littérature québécoise.Dans la foulée, il travaille à la confection d’un dictionnaire des auteurs de langue française, qui sélectionnera environ 1700 noms, parmi lesquels on pourrait trouver une soixantaine d’auteurs québécois.«Ce sera une espèce de manuel à l’usage des étudiants du secondaire», dit-il.On y trouve tant Dany Lafer-rière qu’Antonine Maillet, Michel Carneau qu’Octave Crémazie.L’exemple allemand Tout à côté de la République tchèque, l’Allemagne a également témoigné récemment d’un intérêt soutenu pour les lettres québé- En République tchèque, le français recule devant l’anglais coises.Depuis un an, au moins deux anthologies de littérature québécoise ont été publiées par des maisons d’édition allemandes.L’une d’elles, Anders schreibendes Amerika - IJte-raturaus Quebec, dirigée conjointement par Lothar Baier et Pierre Fi-lion, publiée chez l’éditeur Wunde-rhorn, est dédiée à Gaston Miron et regroupe une sélection de prose, de poésie, de théâtre et d’essais d’une quarantaine d’auteurs québécois traduits en allemand.Ija seconde, littérature québécoise - Une anthologie, 1960-2000, qui a conservé les textes originaux en français et est accompagnée de textes de présentation en allemand, est publiée chez Syn-chron.Elle est destinée à un public d’étudiants de niveau universitaire qui parlent déjà le français, précise Ingo Kolboom, qui a dirigé cette édition.Récemment de passage à Montréal, M.Kolboom est intarissable sur le Québec, un pays dont il affirme èfre tombé amoureux.Egalement président du Haut Conseil culturel franco-allemand, M.Kolboom, qui relève de l’université de Dresde, est arrivé au Québec par le truchement de la langue française.Il est d’ailleurs question qu’il collabore à une revue littéraire virtuelle récemment mise sur pied par l’écrivaine Ying Chen, Québécoise d’adoption établie dans les Canteamle-l’Est.Pour M.Kolboom, la littérature québécoise s’est passablement modifiée au cours des dernières années.De collective, elle est devenue plus universelle.Y perdant en particularismes, elle gagne en accessibilité.Mais le principal problème de GROUPE Renaud- Bray * Librairie ?—©arneau—w— PALMARES HEBDOMADAIRE Ventes du 11 au 17 octobre 2000 PRATIQUE Le guide de l'auto 2001 2 Duval & Duquel L'Homme HUMOUR Les chrétienneries P.Beausoleil Intouchables 2 ROMAN 99 francs 4 F.Belgbsder Grasset 4 PSYCHO.La synergoloqie 22 Philippe Turchet L'Homme 5 JEUNESSE Chansons drôles, chansons folles (Livre & PC) » 5 Henriette Major Fides J3 ROMAN Q.Black - Les chaînes de Corée 4 Paul Ohl Libre Exprès.7 JEUNESSE Benjamin fête l'Halloween 3 Bourgeois/Clark Scholastic JL ROMAN Métaphysique des tubes 6 A.Nothomb Albin Michel 9 SPIRITU.L’art du bonheur » 85 : Dalaï-Lama R.Laffont 10 CUISINE Les sélections du sommelier 2001 4 François Chartier Stanké H BIOGRAPH.The Beatles : Anthology 2 The Beatles Seuil 12 ROMAN Le périple de Baldassare « 22 Amin Maalouf Grasset 13 PSYCHO.Les manipulateurs et l'amour 3 1.Nazare-Aga L'Homme 14 PSYCHO.Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même 9 Lise Bourbeau E.T.C.15 ROMAN Q.Pauline Pinchaud, servante 6 Denis Monette Logiques 16 B.D.Achille Talon n" 44 - Tout va bienl 2 WMentocherfBrett Dargaud 17 PSYCHO.La séduction : vérités et mensonges S Richard Fleet Libre Exprès.18 POLAR Le concile de pierre 2 Jean-C.Grangé Albin Michel II ROMAN Q.Courir à sa perte « 6 G.Archambault Boréal 20 SEXUALITÉ Le pénis illustré « 30 Joseph Cohen Kônemann JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 58 Henriette Major Fides 22 GESTION 2 Collectif Septembre 23 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 155 1.Nazare-Aga L'Homme 24 ROMAN Fille du destin * 20 Isabel Allende Grasset 25 BIOGRAPH.Trudeau le québécois 2 ! Michel Vaste) L'Homme 26 PSYCHO.À chacun sa mission 47 Monbourquette Novalis 27 ROMAN Et si c'était vrai.39 Marc Lévy R.Laffont 28 HUMOUR Penser, c'est mourir un peu 5 G.Taschereau Intouchables 29 CUISINE Sushis faciles 20 Collectif Marabout 30 JEUNESSE Avec des yeux d'enfant * 7 Henriette Major l'Hexagone 31 B.D.Album Spirou n’ 255 3 ; Tome & Janry Dupuis 32 PSYCHO.La guérison du cœur 37 i Guy Corneau L'Homme 33 ESSAI Q.4 M.Gagnon VLB éd.34 B.D.Buck Danny n' 49 -La nuit du serpent 2 Bergese Dupuis 35 ROMAN Soie « 195 1 |A.Baricco | Albin Michel 36 ESSAI Q.Daniel Poliquin Boréal 37 ROMAN Q.Alice court avec René —1 ‘ 4 Bruno Hébert ; Boréal 38 ROMAN Le fantôme d'Anil * 6 M.Ondaatje Boréal 39 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 1 ! 54 P.J.D'Adamo du Roseau 23 John Grisham R.Laffont 40 POLAR Le testament Livres -format poche 1 JEUNESSE Harry Potter : volumes 1,2 et 3 44 J K .Rowling Folio Junior 23 Arthur Golcton Conversations avec Dieu, tome 1 e te Neaie ?.waitch Un tour sur le bolld' [ 2 Stephen King atooRAPH La prisonnière e : Coup de cœur RB IMi 1*™ eememe eur notre H«te N.B.: Sont exclu» le» dictionnaire» et le» titra» à l'étude in Oufklr & Fttouaei î_l Livre da poche Livre d» pocha Livre da pocha NOMBRE DE .SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION Pour commander à distance ® (5H) 342-2815 www.renaud-bray.com PASCALE SIMARD Ingo Kolboom la littérature québécoise à l’étranger demeure sa non-disponibilité.«On ne trouve même pas de littérature québécoise en France!», s’exclame-t-il, cherchant des stratégies pour stimuler le rayonnement de cette littérature.«Il faut que les éditeurs québécois sortent de leur nombrilisme et de leur bilatéralisme québéco-français, et ils doivent essayer d’être présents encore davantage sur le marché germanophone, par exemple.D’un autre côté, il faut envisager une stratégie de traduction», dit-ü.Ingo Kolboom présente son anthologie en ces termes: «S’en dégage non seulement une image vibrante de ce qu’est le Québec d’aujourd’hui, mais surtout la genèse d’une société devenue plurielle, intégrant les cultures venues d’ailleurs tout en préservant sa propre identité.» On y trouve entre autres Réjean Ducharme, Jean Larose, René-Daniel Dubois et Jacques Poulin.Mais en entrevue, M.Kolboom insiste sur l’apport des nouveaux arrivants à la culture québécoise.«Les gens qui viennent ici viennent librement, ils viennent avec une curiosité, ils ont fait un choix, dit-il.Ils se disent: “bon, je vais vivre dans me province canadienne francophone”, et il faut le faire.Us se disent: “je ne vais pas en Colombie-Britannique", par exemple, qui est peut-être plus belle, plus chaude, plus riche.» Selon M.Kolboom, il y a un multiculturalisme anglophone d’un côté et un multiculturalisme francophone de l’autre.C’est de ce tissu qu’est fait le Québec moderne, selon lui.Aux éditeurs et aux enseignants de le faire connaître désormais à l’étranger.Polars ! Tour d’horizon d’un genre encore loin de son âge d’or SUITE DE LA PAGE DI Qu’est-ce qui fait donc que la qualité du roman policier québécois laisse souvent à désirer?Au premier chef, Spehner accuse les éditeurs, à travers une charge assez violente contre une machine éditoriale complaisante, qui permet à n’importe quel auteur de publier.«Pour diverses raisons inhérentes à la nmehine éditoriale (dont un système de subventions qui fausse parfois la donne), n’importe quel manuscrit, même médiocre ou carrément impubliable, a toutes les chances de se trouver une niche», écrit-il.Lui qui a déjà été éditeur au JYé-ambule affirme n’avoir jamais reçu de manuscrit susceptible d’être publié sans retouches.Or trop d’éditeurs ppblient les manuscrits tels quels.A l’appui de ses dires, il en résulte d’ailleurs un florilège de citations douteuses, qu’il reproduit dans son livre.M.Spehner ne se gêne d’ailleurs pas pour attaquer le franglobécois, une langue bâtarde, qui n’est pas celle de la rue mais bien celle, mal maîtrisée et souvent utilisée à tort et à travers, de plusieurs auteurs de polars québécois.Histoire du polar Pourtant, le roman policier a déjà une belle feuille,de route.Le genre est né aux Etats-Unis sous l’impulsion géniale d’Edgar Allan Poe, au XIX‘ siècle, qui voyait dans la déduction logique, selon Spehner, une façon de combattre sa folie.«Il sentait être gagné par la folie, et là, il voulait jouer avec la logique, avec la raison.C’est m jeu», dit-il.Mais le roman policier, qui tourne toujours autour du crime, qui en est l’élément central, a les formes les plus variées.A titre d’exemple, Spehner fait référence au meurtre d’Abel par Gain, dans la Bible, prototype du genre.«Quand Caïn a tué Abel, il a rendu service aux amateurs de polars, dit-il en blaguant.Il a instauré une sorte de trilogie.Vous avez le criminel Caïn, vous avez la victime Abel et vous avez la Loi, qui est Dieu.Selon que l’on met l’accent sur l’un ou l’autre de ces per- sonnages-là, on obtient les différents genres du polar.» Il divise ainsi le roman policier entre l’enquête, le suspense et le roman noir.«Quand on braque les feux de la rampe sur la victime, celle qui est menacée, sur laquelle on fait des attentats, c’est le suspense.Quand on fait valoir la loi, qui enquête sur le crime, c’est le roman de détection traditionnel, ou le roman de procédures policières.Et si on met les feux de la rampe sur Caïn, on trouve le roman noir, avec le monde interlope, les gangsters, etc.» La bibliographie critique de Spehner regroupe tous les aspects du polar.Elle est précédée d’un court essai qui présente les genres, l’histoire du roman policier dans le monde ainsi que cel- i DU MILLENAIRE POUR COMPRENDRE LE MONDE D’AUJOURD’HUI 7 l’état du monde wmë 704 pages • 27,95 $ • Le seul annuaire économique et géopolitique mondial • Un bilan de l’année pour les 225 pays du monde • L’état des relations internationales et de l’économie mondiale • Une réflexion sur le rôle des souverainetés nationales En collaboration avec LE DEVOIR http://www.editionsboreal.qc.ca Boréal Qui m aime me lure.le de ce type de littérature au Québec.On y découvre par exemple l’apport de l’éditeur Edouard Garant au genre, au début du siècle, ou l’impact de la série Les Aventures de IXE 13, l’as des espions canadiens, de Pierre Saurel.L’ouvrage de Spehner propose un regard sur la production québécoise.C’est le tour d’horizon d’un genre qui, loin d’avoir atteint ici son âge d’or, est enfin sorti, pour de bon on l’espère, des limbes hésitants et maladroits des débuts.Vivement la suite.LE ROMAN POLICIER EN AMERIQUE FRANÇAISE Norbert Spehner Alire Montréal, 2000,418 pages » A Tessentiel ÉLOGE POUR UNE CUISINE DE PROVINCE Guy Goffette Gallimard, collection «Poésie» Paris, 2000,285 pages On aperçoit dans le regard que Guy Goffette porte sur le monde immédiat une façon très particulière de rendre l’autre versant de l’expérience quotidienne.C’est alors qu’un simple détail ou quelques mots deviennent les parois d’une nostalgie presque secrète du passé.D’origine belge, Goffette se retrouve désormais dans la collection «Poésie» chez Gallimard.On vient tout juste de réunir en un seul volume deux de ses meilleurs livres, soit Eloge pour me cuisine de province et La Vie promise.La simplicité chez cet auteur n’est pas synonyme d’une quelconque paresse d’écrivain.Au contraire, elle semble provenir d’une grande exigence face au langage poétique.Il suffit d’entendre cette voix qui célèbre ce temps solitaire de l’enfance à la vieillesse: «L’heure vient où l’enfant refuse / de se coucher tant que le jour / rester assis dans le pommier/ muet depuis l hiver./ Lui dire que la terre a basculé / pour voler au soleil / l’eau courbe et la palette des fruits / revient à combler un fossé/qui n’existe pas.» David Cantin «Jean-Pierre Martel signe ici un roman délirant peu-d'anges, d'auteurs, 'amouis.Sans oublier ; Péladeau.[.'auteur de nos sens, s'a-les perceptions, eur de se sentir tentent funam-rnc le titre de que Ton k DC qui ‘ompagne le livre., Pierre'' Jean-Pierre Martel La trop belle mort roman, 237 p., 25 $ IH inclus musique de Philippe I educ l iberté revue littéraire Soncompagn/ André MartW Cette photo que je n’ai pas r 4 * C32A LE DEVOIR.LES SA M EDI 21 ET DI M A N C H E 2 2 O C T O B R E 2 O O O i) -4ÊV Livres KOMAN QUÉBÉCOIS Le langage des armes LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Déception Robert Chartrand STILL - TIRS GROUPÉS Pierre Quelle! L’Instant même Québec, 2000,212 pages Pierre Ouellet écrit des poèmes et des romans qui sont l’œuvre d’un homme cultivé, passionné de littérature, de musique, de peinture, féru de philosophie.Ouellet — en l’occurrence, c’est bon à savoir — est également un universitaire, spécialiste de la sémiotique, qui a développé au fil de ses recherches des propositions audacieuses qu’il n’est pas loin de présenter comme des axiomes ou des postulats.11 en a rendu compte notamment dans deux essais: Chutes, la littérature et ses fins (L’Hexagone, 1990) et Voir et savoir (Balzac, 1992), qu’on peut ramener à ceci, au risque de trahir la complexité de sa pensée: la littérature québécoise, par-delà le terroirisme, le nationalisme, les filiations françai-?se ou états-u n i e n n e qu’on lui accole à tort ou à raison, a des affinités insoupçonnées avec la culture universelle; si tout texte, si original soit-il, est un palimpseste, l’écriture particulière d’un écrivain offre une image exacte de sa perception du monde qu’il a d’abord par ses sens et son esprit.Elle serait la réplique fidèle d’un regard, d’une compréhension uniques.S’ils n’en sont pas la simple illustration ou la mise en pratique, les romans de Ouellet se ressentent de ces idées.Ils en portent la trace et sont, par là, inclassables, voire déroutants.L’Attachement, paru en 1990, racontait les rapports d’un homme et d’une femme à peine identifiés, rescapés de leur passé respectif, qui essayaient d’assurer la survie d’une ville et la leur propre en mettant en scène des poèmes d’uit auteur du XVI" siècle.Le roman posait, sans y répondre tout à fait, cette question: la littérature peut-elle sauver le monde et, avec lui, les hommes?Légende dorée (L’Instant même, 1997), tout aussi étrange, était déclaré inclassable par l’auteur lui-même dans une lettre à l’éditeur, insérée en début de volume.«Roman, théâtre, épopée, politique-fiction, thriller théologique, S.-F.psychique, BD mentale», il projetait un regard critique sur notre siècle par la plume d’un prisonnier qui prétendait écrire «le journal de dieu», celui d'une sorte de Job moderne.Nulle description ni récit linéaire, cependant.Des imprécations entremêlées de confidences intimes par lesquelles il souhaitait «détricoter l’Histoire» et la donner à comprendre dans sa part d’ombre.Ouellet écrit des romans qui jouent le jeu du genre tout en le transgressant à volonté.Ses personnages sont des déchiffreurs du SOURCE L'INSTANT MÊME Michel Bricault a réalisé les illustrations du livre de Pierre Ouellet.Ci-dessus, Homme et oiseau (deuxième version), 1989-1990, acrylique sur toile.monde qui les entoure et de leur propre passé, des observateurs souvent médusés et des écrivains d’occasion, ou plus précisément des écriveurs, poussés par les circonstances ou quelque impératif intime à se servir des mots pour tenter d’y lire la réalité.Ds seraient, si on veut, des sémioticiens amateurs.Polar et subversion Still - Tirs groupés, lui, se présente comme un polar qui semble vouloir suivre les canons du genre mais ne tardera pas à les subvertir, comme l’ont fait nombre de grands écrivains.Riche polar, qui pose d’emblée la question du sens de la mort, puis celles de la culpabilité et de la réparation.L’enquête permet toutes les quêtes possibles qui apportent, dans les meilleurs cas, plus de questions que de réponses.La solution de l’énigme, différée, peut même devenir indifférente.C’est le parcours plus que le but, souvent, qui importe.Au commencement, il y a eu cinq meurtres, déjà commis lorsque débute Still.Tous sordides, assez semblables pour que l’on croie à une série: les victimes, mutilées, ont toutes subi une décollation.Le «privé» qui enquête s’appelle Chester Head.Comme son nom l’indique, son tronc et sa tête sont encore réunis, mais il a un peu perdu cette dernière par suite d’un attentat.Head, depuis peu, n’a plus de mémoire.Il redevient, par là, un homme originel, mi-Adam, mi-Homo sapiens, qui cherche à New York, à Albuquerque, à Tucson, la clé de l’énigme que possède sans doute une femme qu’il a connue, qui serait la coupable mais peut-être également sa complice.Head essaie de reconstituer le passé, de lui donner un sens dans l’espoir ultime d’extirper le mal qui se trouve au cœur de tout homme.Le récit de Still est donné par courts fragments de quelques pages chacun.Ce sont des instants d’action, des arrêts sur image dans cette histoire qui pourrait être un film si elle n’était un roman.Il y est d’ailleurs question de cinéma, de ses procédés et de certaines de ses réalisations les moins glorieuses: des films de série B ou classés X, tournés par certaines des victimes, que Head visionne, y cherchant des indices utiles.Head, qui s’appelle peut-être Read, est un lecteur d’une réalité dont le sens lui échappe comme son propre passé.Et il est assisté par un collègue, le narrateur du récit, lui-même chroniqueur de l’enquête et lecteur des lettres de Head, anciennes et plus récentes, de même que du carnet d’une certaine Eve Beverly.Ces fragments de textes énigmatiques, ses conversations avec Head /Read l’intriguent à son tour au point où il en vient à se demander si cette aventure n’est pas également.la sienne! Elle devient, à tout le moins, ce livre que nous sommes en train de lire, qui se contentera, finalement, de «faire des histoires avec l’Histoire pour qu’elle paraisse moins insensée».Hubert Aquin n’est pas loin, lui qui s’était adonné dans Prochain épisode et dans Neige noire à un jeu analogue, mais de façon plus radicale.Selon le narrateur de Still, «toutes les histoires sont des genèses», des avatars de la Genèse première, inaugurale, sans cesse recommencée, celle d’où tout est parti, là où a commencé le mal: avec la naissance même de l’homme, et surtout dès qu’il n’a plus été seul.Les perspectives que laisse entrevoir Still, on le voit, sont vertigineuses.Où est le sens, l’essentiel?Et s’il se trouvait encore ailleurs, c’est-à-dire intercalé dans le livre, dans ces acryliques de l’artiste Michel Bricault dont on dit qu’elles auraient inspiré Ouellet?On y voit des silhouettes glauques d’hommes cravatés, des images usées, délavées, passées à la râpe par endroits, énigmes elles-mêmes où l’identité tend à s’effacer par suite de quelque mutilation.Le roman de Ouellet serait aussi cela, une lecture-déchiffrement des œuvres de Bricault, une tentative de donner à voir par les mots ce que celles-ci montrent et dissimulent tout à la fois.robert.chartrandS @sympatico.ca Romanichels Marie Au^ r l’ai froid aux yeux Quoi de plus naturel que de s’enfermer dans un frigidaire quand sa propre mère meurt ?¦ Marie Auger J'ai froid aux yeux 126 p.• 16,95'$ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert.Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone ; (514) 525.21.70 • Télécopieur : (514) 525.75-37 Courriel : xyzed@>mlink.net André Jacques Les Lions rampants ANDRÉ JACQUES i Les Lions4 rampantsi Rc-mir ftobcMw X « La mécanique, déboule, c'est une merveille.M.Jacques mène Joyeusement sa première barque.» Jocelyne Lepage, La Presse « Cest merveilleusement écrit! » Aline Apostolska, Multimédi’art, SRC « André Jacques mène son affaire avec la mime assurance compétente que son James Bond québécois dirige l’enquête.» Marie Labrecque, Voir « [.J un roman policier des plus palpitants [.] une aventure ma foi fort bien réussie.» Christophe Rodriguez, Ici L’ENVIE Hugo Roy Editions du Boréal Montréal, 2000,206 pages NICOLAS FARGUES L* Envie appartient à cette caté-' gone de romans qui, la lecture à peine achevée, vous amènent à douter sérieusement de votre perspicacité: est-ce vous qui n’avez rien compris ou n’y avait-il rien à comprendre là-dedans?Tissu de platitudes trompeuses ou vain foisonnement propre aux ambitieux qui n’ont rien à dire?Car une couverture, un titre, un beau nom d’auteur bien sobre, un nom d’éditeur hautement recommandable et deux cents pages imprimées avec soin sont autant de bonnes raisons de vous faire penser que l’essentiel vous aura échappé.Sans compter la dédicace, d’une poésie grandiose et géqéreu-se, intimidante à souhait: «A mes parents et à mon frère, ces indomptables inventeurs d’existence.» En exergue, Réjean Ducharme et Philip Roth: comment, dans de telles conditions, ne pas se laisser aller à rêver que, pour le prix d’un premier roman et en deux cents pages seulement, on aura tout Ducharme, tout Roth, plus un jeune inconnu dont vous pourrez vous flatter devant vos amis de l’avoir découvert plus tôt que tout le inonde?Aussi a-t-on bien du mal, au bout de quelques pages, à s’avouer un peu déçu.On veut bien croire que des hardiesses du type: «Il tremblait des lèvres comme une coquerelle (famille des blat-tidce, cerques pluriarticulés) surprise dans le grille-pain» (page 19) ne relèvent pas de la potacherie hasardeuse; on veut bien consentir à remettre nos espérances en jeu, page 60: «U ne faut pas confondre se prendre au sérieux et jouer le jeu sérieusement.Ce n’est pas la même chose.Ne pas se prendre au sérieux demande du sérieux, parce que douter est une chose sérieuse.» On On veut bien se forcer un peu, rien n’y fait, ça ne passe pas, vous vous ennuyez veut bien se forcer un peu, rien n’y fait, ça ne passe pas, vous vous emjuyez.A bout de patience, vous en venez aux qualificatifs méchants: gratuit, prétentieux, complaisant, mal maîtrisé.Vous finissez même par prêter à l’auteur des intentions suspectes: une intrigue à double fond, par exemple.Il faut ici évoquer brièvement le scénario: le narrateur, Claude Dufort, est un marchand d’art véreux mais génial.Louis Dugal est un écrivain génial tout court; pour les beaux yeux de Catastrophe («verts comme l’herbe sur laquelle il vient de pleuvoir»), les deux alter ego rivaliseront, trente ans durant, de coups forcément géniaux: vol de tableaux pour l’un, publication de romans pour l’autre.Louis Dugal étant présenté comme un «jeune prodige refusé à 24 ans par tous les éditeurs québécois, publié par Gallimard et fuyant toute apparition publique depuis trente ans», il n’est pas interdit de lire dans la confrontation Dufort-Dugal un match de plume Roy-Ducharme.Dans le livre, malgré tout le respect qu’il doit à son idole, c’est Dufort qui gagne.Dans l’histoire contemporaine des lettres francophones, il faut dire que Roy dispose, face à Ducharme, d’arguments non négligeables: il a trente ans de moins, enseigne les littératures au collège, ses héros vivent sur le Flateau Mont-Royal et il n’a, lui, certainement rien contre un petit passage promotionnel à la télévision.En outre, il a la franchise d’avouer ses défauts, une qualité subtile en littérature: «J’étais un envieux dont jamais l’idée du don de soi n'effleurait l’esprit et pour qui le regard des autres valait uniquement comme gage d’admiration.» Quant à Ducharme, une chose reste sûre: il n’a pas lu le roman d’Hugo Roy avant de publier son propre premier roman.Au moins ne pourra-t-il pas être accusé par les mauvaises langues d’avoir voulu faire mieux que lui.ROBERT OÔU Comment réussir IsaTschuophrente ^ • .* / QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerlque.com ’fm Tte .viit.-ir Robert Dole Avec une lucidité et un humour troublants, un schizophrène raconte sa vie dans une Amérique où triomphe le conformisme.Par fauteur du best-seller Le Cauchemar américaii\ EE! vlb éditeur www.edvlb.com t I I.K IJ K V 0 I K .L E S SAMEDI 21 ET DI M A X C HE 2 2 0 C T 0 B R E 2 0 0 0 I) 4 -^ Livres •*- ESSAIS QUÉBÉCOIS Quand Poliquin polémique LE ROMAN COLONIAL Daniel Poliquin Édition du Boréal Montréal, 2000,264 pages Charge antinationaliste plutôt brouillonne et débridée, Le Roman colonial, du Franco-Ontarien Daniel Poliquin, développe avec un eptrain maladroit un point de vue fédéraliste rebattu.À partir d’un artifice rhétorique qui lui fait mettre en scène deux personnages inventés pour les besoins de la cause, le projet vise à stigmatiser le collectivisme nationaliste et à lui opposer un individualisme apolitique de bon aloi.Cultivé, bien de sa personne, plutôt sympathique, Charles-Olivier Lesieur n’a qu’un défaut, selon Poliquin, mais majeur: il adhère au discours nationaliste québécois.Conclusion: il est bouché, aveuglé par des dogmes, aigri.Cultivé, bien de sa personne, franchement sympathique, François Labine est un homme heureux qui s’appartient.Imperméable à l’alarmisme, «cet apolitique se fout ainsi de la Constitution comme de sa première brosse» et, mieux encore, «c’est un homme libre, semblable en cela à des milliers de Québécois trop indépendants pour vouloir l’indépendance du Québec».Lui sait, comme Poliquin, que «le nationalisme qui se dit ouvert et moderne est une imposture».Qui donc a écrit que les nationalistes québécois pratiquaient le «cartounesque», c’est-à-dire une «vision du monde au dessin grossier qui véhicule des idéologies en termes simplistes et polarisés»! Eh oui, c’est ce Poliquin lui-même qui souscrit pourtant généreusement à ce qu’il dénonce.Me croiriez-vous si je vous disais que cet homme peut écrire sans rire que la «classe ouvrière [.} n'a jamais existé au Québec»! Il ne s’agit là, pourtant, que d’un hors-d’œuvre.Appréciez la suite.Qu’ont donc en commun Pierre Bourgault, Michel Seymour, Gérard Bouchard, Pierre Falardeau, Jean Larose, Yves Beauchemin et Michel Venne?Ces gens-là seraient, selon Poliquin, des représentants de la «bourgeoisie intellectuelle du Québec» qui défendent «avec âpreté le droit sacré qu’a le gouvernement du Québec de tricher» en organisant des référendums sur la souveraineté.Obsédée par sa volonté d’imposer «ses fantasmes au peuple qu’elle prétend servir, alors que, dans le fond, elle ne rêve que de l’asservir», cette «cléricature», qui aurait l’oreille attentive des «quinze cent trente-deux lecteurs de la Page éditoriale du Devoir», mépriserait une population composée pour l’essentiel de gens libres qui résistent à l’endoctrinement parce qu’ils savent, eux, que le Québec n’a été victime que de ses élites manipulatrices.Pire encore, cette «bourgeoisie de la parole» serait un repère de «demi-colonisés» qui, après avoir fait «l’erreur de plaquer une réalité étrangère sur la situation québécoise» en s’inspirant d’Albert Mem-mi dans les années 60, ramperait aujourd’hui devant les grandeurs françaises ou américaines.Héritière d’une tradition antisémite, cette «classe scolarisée» aurait au surplus «le dénigrement facile quand il s’agit des Canadiens français d’ailleurs».Grandeur du peuple?Il refuse de suivre: «C’est ce que les militants du oui refusent de comprendre: qu’il se trouve au sein de la population québécoise des millions d'hommes et de femmes imperméables aux diktats de la nation paternelle.Imperméables parce que libres.» Qui a dit cartounesque?Mettons que la cour est pleine.Un procédé douteux Tant de mauvaise foi assomme.Comment, en effet, réfuter une caricature?Par où commencer?Peut-être en disant que l’amalgame est un procédé plus que douteux.«Le Canada anglais n’existe pas», écrit Poliquin pour dénoncer une certaine critique monolithique adressée au ROC.Or, si le nationalisme québécois, lui, existe bel et bien, rien ne justifie qu’on gomme la pluralité de ses manifestations.Seymour n’est pas Falardeau, et le discours nuancé de Michel Venne n’a que peu à voir avec les convictions bétonnées de Pierre Bourgault.Affirmer que «le» nationalisme, c’est ceci ou cela, c’est dire n’importe quoi.Il faut aussi répliquer à Poliquin, qui accuse les souverainistes de mépriser les Canadiens français hors Québec.Indécrottable individualiste, le pamphlétaire défend le droit individuel à l’assimilation, qu’il considère comme «un droit fondamental qui mérite le respect».Tant mieux pour lui! Mais peut-on, cela dit, plaider à l’inverse pour le droit collectif de vivre et de perdurer dans sa langue sans se faire traiter de cryptofasciste?Les nationalistes québécois ne méprisent pas les Franco-Ontariens; ils constatent les difficultés qu’ils éprouvent, malgré eux, à vivre en français, à transmettre ce patrimoine, et ils s’en désolent.La compassion serait-elle devenue un crime?Que penser encore de cette manie qui affecte Poliquin, qui consiste à décrier du même souffle le dogmatisme des indépendantistes et la volonté de certains d’entre eux de nuancer leur projet?Il faudrait donc honnir Lévesque sous prétexte qu’il se serait employé «sa vie durant à pervertir l’idéal indépendantiste»! Logique schizophrène que celle de Poliquin: radical, le nationalisme serait un aveuglement idéologique à dénoncer.mais légitime; nuancé, il relèverait de l’imposture.Il s’agit là d’une rhétorique de la concession malhonnête.Ainsi par exemple, pour Claude Ficher, du journal La Presse, les syndicats étaient nécessaires «dans le temps», mais aujourd’hui, ils auraient trop de pouvoir.Pour Poliquin, le nationalisme des années 60 était nécessaire, mais aujourd’hui, il serait nuisible.Belle manière de faire passer du matraquage idéologique pour de l’ouverture d’esprit L’élite nationaliste québécoise a ses défauts et Poliquin a raison de souligner que ses passions pour les relais français et américain, érigées sur le mépris d’une possible amitié canadienne, ressortissent trop souvent d’une sorte d'autocolonisation débilitante.Les élites du ROC, ajoute-t-il, obnubilées par l’oncle Sam et la Grande-Bretagne, ne méritent pas non plus de félicitations à cet égard.Pour le reste, cependant, son Roman colonial se défend mal.Son populisme apolitique, surtout, ne passe pas la rampe.N’est-ce pas mépriser ce bon peuple, qu’on dit libre presque par nature, que d’affirmer qu’il est si fragile et corruptible qu’il faut le prémunir contre les prêtres nationalistes parce que le manœuvre qui vote OUI ne saurait le faire librement?Intellectuel fatigué de se battre, Poliquin souhaite voir descendre sur lui «l’indifférence nécessaire au bonheur».Que Dieu et la vie me préservent de ce triste sort.louiscornellieriaparroinfo.net Louis Cor nellier ART DE VIVRE Bières, fromages et autres régals RENÉE ROWAN les beaux livres de cuisine, de re- faire le plein d’idées nouvelles Quand vient l’automne, l’envie pour les rencontres entre amis, nous reprend de feuilleter de recettes différentes pour ra- Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Vendredi 19hj0 • Rediffusions : dimanche 13h30 et lundi 13h30 Cette semaine à CENT TITRES DIMANCHE, 13 h 30, Danielle Laurin rencontre Howard Buten pour son roman Quand est-ce qu’on arrive?Celui qui a écrit l’inoubliable Quand j'avais cinq ans, je m’ai tué décrit l’Amérique, vue par une femme.D.Kimm a lu Actions d'Herménégilde Chiasson et Yvon Lachance, L'Odalisque, un roman de Dominique Sampiero inspiré de la vie de Matisse.Le livre de la semaine de Danielle Laurin : L’Envol des anges, de Michael Connelly.• Vendredi, 19 h 30, une entrevue avec Marcel Dubé pour la parution de Yoko ou Le retour à Melbourne, un court roman qui raconte l’histoire d'un solitaire.Télé-Québec pix*22 LE DEVOIR Jean-Sébasl Larou' DACNOMANIE ratoire de feux d’artiSfices ofriie .jeunes pujiks, véritables fauves * V des villes, tentent d^suscitena cltute des gouvernements I M A N C II E 2 2 0 C T 0 B R E 2 0 0 () D SQUES CI.ASSIQUES Mystique, profane et machiniste FRANÇOIS TOUSIGNANT OLIVIER MESSIAEN: VINGT REGARDS SUR L’ENFANT-JÉSUS Louise Bessette, piano.AtmaACD 2 2219/20.Enregistrer le «cycle» des Vingt Regards sur l’Enfant-Jé-sus tient aujourd’hui encore de la gageure.D’abord sur le plan technique, ensuite en ce qui concerne le souffle et, plus difficile encore, la pensée (religieuse comme musicale) et l’inspiration.En plus, il existe les inévitables références.Celles-ci s’avèrent pourtant trompeuses: si bien des pianistes jouent quelques-uns de ces Regards au concert ou en gravent quelques extraits, rarissimes sont ceux du lot des interprètes qui osent s’attaquer à tout I’ensqjttile.Voici donc un disque-événement déjà pour cela.Ce qui marque l’interprétation de Louise Bessette, ce n’est pas le respect du texte.La musicienne l’a trop tait sien pour n’en servir qu’en reddition fidèle.On peut être catholique d’obédience stricte ou encore croyant qui agit.La pianiste est de cette seconde catégorie, un peu comme si la main de Dieu guidait les siennes et que Son souffle s’incarnait en son jeu.La prise de son est un peu ouatée, le piano semble loin et n’est pas toujours bien accordé, mais tout est là, et cela permet d’entendre ce que Messiaen a si soigneusement noté: ceci clôt le chapitre «réserves» et permet d’avouer avec une admiration sans bornes la grande force de cette version, à savoir que Louise Bessette connaît bien le répertoire pianistique du XXe siècle.Donc, sa vision se fait historique.On entend comment Stockhausen a été influencé par ces Regards pour bien de ses propres Klavierstüc-ken, comment Boulez a mordu à certaines sonorités, cours condensé d'une certaine écriture pianis- tique et d’une certaine manière de concevoir l’harmonie en fonction du piano.Rien n’est pourtant ostentatoi-rement «pédagogique».A l’instar du maître Messiaen, Louise Bessette est d’abord une oreille qui se plaît de la sensualité des sons, adore la joie, médite avec ferveur, et qui, surtout, s’étonne toujours de la beauté de ces créations.Suivre cet itinéraire sur deux disques devient alors plus qu’une \ èùb IftÉir expérience enrichissante, bien davantage un cheminement spirituel.L’effort demandé se transmute en grâces accordées.Que vous ayez la foi ou non, impossible de résister à cette vision.J.-S.BACH: CANTATE DU CAFÉ ET DES PAYSANS Suzie LeBianc, Nils Brown, Brett Polegato, Tafelmusik (Jeanne La-mon), Analekta fleur de lys FL 2 3136.Court chapitre du feuilleton Bach cette semaine.C’est que, il faut bien l’avouer, même si les deux cantates profanes présentées ici sont assez populaires, il vaudra mieux vous en procurer une autre version.Le ton «petit opéra de chambre» est assez idoine au sujet, vrai, mais tout y est sinon affecté, du moins maniéré.Le plus décevant est la prestation de Suzie LeBianc.La voix est si petite qu’on a l’impression que, malgré son joli timbre, elle s’excuse de chanter et porte toutes ses pauvres énergies à faire de l’affect et à penser comment produire bellement ses notes aiguës (qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours belles).C’est un peu mieux chez les hommes.Brett Polegato surtout, qui projette bien, mais c’est aussi celui qui force le plus le ton, frôlant parfois le grossier.Il y a bien d’autres interprétations plus réussies dans le même genre et on se prend à se demander si la production de cet enregistrement était vraiment nécessaire.Même l’ensemble Tafelmusik est plus concentré sur le «style» que sur la musique.Comme si les arbres cachaient la forêt, on s’attarde tellement au détail qu’on perd de vue — et d’oreille surtout — la ligne directrice de cette musique.Quand on l’écoute ainsi faite, l’ennui pointe du nez et on court à la cuisine.se faire une vraie tasse de café, ce breuvage énergisant dont auraient dû goûter les interprètes.MAGNUS LINDBERG: AURA (BBC Symphony Orchestra) ; Engine (London Sinfonietta).Dir.: Oliver Knussen.DGG 20/21463 184-2.Cela aussi devient un «discoroman», cette fameuse collection 20/21 de la DGG.Cette fois, Magnus Lindberg, un des chefs de file du postmodernisme, nous «parle» de ses réflexions sur la mort du grand compositeur polonais Witold Lu-toslawski.La pièce s’appelle Aura et est typique de cette musique qui, sans renier l’ancienne avant-garde, recherche néanmoins une directivité, des centres de gravité.Ici, ce sont les accords de l’harmonie traditionnelle.Orchestration superbe, interprétation soignée, un beau moment, éclipsé cependant par ce qui suit, Engine.Quatorze minutes de concentré du vocabulaire contemporain pour orchestre où passe le souffle du génie.Les moments motoristiques alternent avec les plages de souffle d’exténuation ou de repos.Il n'est en effet pas difficile de se construire son propre scénario sur ce canevas sonore: le titre, Engine, dirige superbement la perception au premier degré et procure le premier et immédiat plaisir.Ensuite, deuxième étape (et deuxième écoute), on passe par-dessus la simple force de la plume pour écouter l’imagination des combinaisons sonores et des plans harmoniques imaginés par Lindberg.La sûreté du métier d’orchestrateur laisse pantois! Il n’existe guère de maîtres de cette trempe aujourd’hui.Il arrive à concilier une esthétique qui sort du sous-sol parisien de l’IRCAM avec celle, plus germanique, de l’euphonie wagnérienne.Cela crée une pâte sonore qui rappelle sou- vent les angles de Varèse, mais, j’y reviens encore, avec un souffle et une vision bien personnels.Engine pourrait aussi être décrit comme un concerto pour piano camouflé, et la grille d’opposition beethovénienne entre soliste et tutti de cette conception romantique s’applique fort bien, même si le piano ne «domine» jamais comme autrefois.Les sensibilités, comme les temps, changent.C’est dire que la place faite aux cuivres — et aux percussions — sort directement de l’expressionnisme et qu’une certaine technique de plages d’accords vient de Ligeti.Vous croyez entendre la liste des ingrédients d’une recette?C’est tout à fait cela! Par contre, on peut réussir ou rater la meilleure recette.Pour le plat qui nous intéresse, la sauce a pris, le soufflé a monté, et quand on passe à fable, on se régale les oreilles, comme les papilles chez Bocuse.VITRINE DU DISQUE Paquebot rime avec Nougaro EMBARQUEMENT IMMEDIAT Claude Nougaro EMI Batteries à plat?Flaccidité des chairs?Guibolles flageolantes?Mou dans le gras du bide?Grisaille devant?Novembre dans le collimateur?J’ai l’article idoine, exactement ce qu’il faut pour terrasser le spleen de saison: une séance de shadow-boxing avec ce vieux jeune homme de Claude Nougaro.Salutaire bol d’air, le dernier album du Toulousain.Passé septuagénaire, le «pygmée occitan» (l’expression est de lui) continue d’oxygéner la planète chanson de ses rimes-chocs et de ses phonèmes uppercuts.Voyez, rien qu’à parler de ce disque formidablement revigorant, peut-être le plus vivifiant du chanteur poids lourd depuis Nou-gayork (1986), je me mets à faire du sous-Nougaro à la noix.Rabattez-vous plutôt sur la mesure-étalon: dès le morceau de bravoure d’intro, Jet Set, cet Embarquement immédiat vous happe la houppe, et hop, ça ne vous lâche plus.Le big-band d’accueil est ma^jt c’est presque du Michel IvegrSK aux hormones, en tout cas certaine ment le retour de la chanson-swing chère à Nougaro, celle qui assène les syllabes sans quartier: «Il n’est jamais trop star pour bien faire / On presse / Et puis l’on jette /Jet-Set.» Certes, il y a de la redite.Monsieur Claude a ses marottes.La Chienne ressemble de toute évidence à l’une des immortelles de Nougaro: on peut chanter dessus Les Don Juan.Pas grave: c’est la verve qui compte, et le «jazzman de la phrase» a les gammes déliées: «Toujouts partante / Et sans remords / Elle te mord / Et puis te plante [.]/ Cette chienne de vie.» Jouissif de reparties qui cinglent et de répliques sans appel, Nougaro revisite sans gêne ses terres d’élection, les rythmes latins dans Les Bas, le jazz de cocktail lounge dans Im Vie en noir, les guitares tsiganes dans Ma cheminée est un théâtre, les musiques africaines dans Mozambo et Ixingue de bois (génial texte: «Faut-il que l’homme soit macabre / Pour blasphémer la langue d’arbre»).Tout n’est pas d’égale valeur, quelques musiques passent sans laisser de souvenir {Chiffre deux, nombre d’or, L'tle d'Hélène), mais le phrasé de Nougaro justifie toutes les escales dans sa grande mer de mots, maniant consonnes et voyelles comme un pianiste de jazz les noires et blanches.«Des branches aux racines /Delà base à la cime / Je chante ma langue de bois / Perché sur du Racine.» Si c’est pas de la musique, ça, je n’entends plus rien à la poésie.Sylvain Cormier R A t I N K S YOU WIN AGAIN Van Morrison & Linda Gail Lewis Exile - Point Blank (Virgin) Van The Man, on connaît C’est notre rondelet farfadet d'irlandais favori, le plus crédible bluesman roux des vertes collines.Linda Gail I^ewis, on connaît moins.Du moins le prénom.In gloire, le talent fou, les affres et les rafistolages d’organes du frérot rock’n’rolleur Jerry Lee l’ont tenue dans l’ombre depuis plus de quatre décennies.Si l'on se souvient d’elle ailleurs que dans les causerie de fadas de rockabilly première époque, c’est parce que ce mécréant de Jerry Lee a eu un jour besoin d’une chanteuse pour un duo country’n’western et a réquisitionné sœurette: en 1968, Van Morrison Linda Gail Lewis YOU WIN AGAIN leur Don’t Let Me Cross Over se hissa au top 10.Heureusement, on la revoit depuis quelques années dans les jamborees de rockabilly et autres réunions de musiques de racines: sa légende s’enrichit à chaque nouvelle apparition.C’est qu’elle a du chien, une sacrée voix à la June Carter et des doigts dégourdis, la frangine.Gènes familiaux ne mentent pas: écoutez-la tapocher sur le piano tout au long de ce disque.Cela s'entend: Jerry Lee et elle ont dû marteler souvent les noires et blanches à quatre mains.Aubaine pour Van, qui cherchait en quelque sorte à donner une suite rockabilly à son album skiffle de l'an dernier avec Lonnie Done-gan et Chris Barber: enregistrer avec Linda Gail, c’est un peu comme avec Jerry Lee, mais sans les pistolets brandis à tout hasard et les crises de foie.Et puis, Linda Gail Ijewis, jeune cinquantenaire (elle avait dix ans à la sortie de Whole iMtta Shakin ' Coin’ On), est quand même d’abord plus agréable.L'album est famçusement bon, en doutiez-vous?A deux tout le temps, chantant la plupart du temps à l’unisson, en prise directe, le gars de I lublin et la fille de Memphis revisitent avec entrain, fraîcheur et la plus saine approximation un choix de standards des plus nourrissants: du Hank Williams en masse (You Win Again, Jambalaya, Why Don’t You Ij>ve Me), du Bo Diddley (Cadillac), du John D-e Hooker (Boogie Chilien), des b-gies bondissants de jukejoints misr sissippiens (Let's Talk About Us, Real Gone Lover), du blues électrique de Beale Street (Think Twice Before You Go), un country-shuffle de champs de coton (No Way Pedro), etc.Tout simplement, c’est de la musique américaine originelle jouée comme à l’origine: d’instinct Trois quarts d’heure de bonne musique du diable pour se secouer les puces, voilà tout Et au passage, un joli pied-de-nez au frérot.S.C.A K C II I V G S HERITAGE Willie Lamothe et fils Avanti-TVA (DEP) A priori, l’opération ne m’est pas antipathique.Si quelqu’un a le plus strict droit de reprendre les succès de Willie Lamothe, c’est bien son fils Michel, dit «Willie», bassiste émérite, ancien d’Offen-bach, Corbeau et Corbach.Qu’il lui revienne de signer un disque-souvenir de la minisérie mettant en vedette le plus célèbre de nos cow-boys chantants va de soi.C'est aussi la réalisation d’un vieux rêve de papa Willie: son petit Michel chantent du country.Indéniable légitimité.C’est au chapitre du contenu que je tique un peu.De ce disque double moitié père moitié fils, c’est la part de Michel qui est la plus justifiée: le grand six-pieds d’Offenbach rend fort honorablement les immortelles du paternel, de Je chante à cheval à Mon voyage en Louisiane, entouré d'amis de la famille et de comédiens de la série, de Patrick Norman à Pierre Harel à JusMn Boulet et Joëlle Bizier.Ixi chanson-thème, la biographique Héritage, créée exprès par Harel, est particulièrement touchante.Le disque consacré aux enregistrements originaux de Willie Lamothe est nettement moins satisfaisant: les titres majeurs du répertoire y font presque tous défaut, sinon Oh! Ma chérie, Je suis un cowboy fantaisiste et une fascinante curiosité, L’Ère atomique (rimant avec Spoutnik, comme de raison).Fiston s’est gardé les essentielles, comprend-on.Ce qui est bel et bien, à la condition que l’acheteur de ce splendide objet (avec boîtier cartonné en relief) sache qu’il n’obtiendra pas un volume de grands succès.Cet Héritage n'est pas une compilation mais un hommage personnel.Avec cette limite, le geste est admirable.S.C.R O C K RELATIONSHIP OF COMMAND At the Drive-In (Grand Royal) On sait depuis fort longtemps que le rock américain est en perte de vitesse.A part quelques exceptions, dont Queens of the Stone Age, tous ces groupes de nu-metal se ressemblent sans jamais atteindre la cible.C’est prévisible, sage et propre à souhait.Publié sur l’étiquette Grand Royal des Beastie Boys, un petit groupe originaire d’El Paso, au Texas, tente de remédier à la situation.Avec l’aide du duo de réalisateurs Robinson-Wallace, At the Drive-In devait tout rafler sur son passage grâce à l’excellent Relationship of Command.Comme le MC5 (avec ses énormes afros) à la fin des années 60, la rumeur fait de cette formation l’une des plus imprévisibles qui soient sur scène.Sur ce troisième album, on perd sûrement en intensité mais jamais en émotion.Les comparaisons avec Rage Against The Machine semblent inévitables, surtout lorsqu’on compare la voix de Zack de la Rocha à celle de Cedric Bixler.Toutefois, on a affaire à quelque chose de chaotique et drôlement robuste.Même le légendaire Iggy Pop fait une courte apparition sur le disque.S’il conserve cette intégrité et cette fureur, At the Drive-In devrait bientôt prendre d’assaut le monde entier.En concert au Club Soda le 23 octobre.David Cantin TRIPOTAGES Les Batinses Mille-Pattes (EMI) Depuis la parution de Charivari en 1997, on savait que Les Batinses aimaient bien creuser le métissage des genres et des traditions.Le deuxième disque du groupe de Québec n’hésite pas, encore une fois, à prendre certaines distances avec les racines pures et dures du folklore traditionnel québécois.Loin de l’attitude des puristes, les influences celtiques, appala-chiennes et manouches donnent du coffre à Tripotages.Après maintes recherches dans les archives musicales de l’Uni-versité Laval, ces chansons d’amour et de trahison prennent des tournures davantage bordéliques.Toutefois, avec l'apport financier des Productions Mille-Pattes (la Bottine Souriante) de même que le travail commun des six musiciens, on a affaire à un album beaucoup plus solide et cohérent que Charivari.Il reste que l'ouverture d’esprit ne cède en rien à cette mixture sonore plutôt sympathique.On pourra d'ailleurs voir ce que donneront ces nouvelles pièces sur scène dans un tout nouveau spectacle (sous la direction musicale de Rick Haworth).Au D’Auteuil, à Québec, le 27 octobre et le 8 novembre; à la Maison de la culture Frontenac, à Montréal, dans le cadre des Coups de cœur francophones.D.C.O T: ^ V ,r -I i-S V* I ü * Héritage I
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