Le devoir, 23 décembre 2000, Cahier C
LE DEVOIR.LES S A M E l> I 2 3 ET DI M A X I HE 21 I» K < E M B R E 2 O O O ?LE DEVOIR * S ï TW CHRONIQUE Fantômes de Noël Page C 2 ARTS VISUELS Jeunesse picturale Page C 9 La réalité métaphorique de Métaforia FORMES C’EST HÉNAURME: TROIS ÉTAQES DE FILS, D’ESCALIERS, DE COULOIRS LA' MICHEL BÉLAIR LE DEVOIR el que.Bon.Tout ça, quoi.Et puis c’est parti.Ma cabane en bois rond Page CIO Cinéma Page C 3 Disques Page C 7 BYRINTHIQUES, DE PROJECTEURS NUMÉRIQUES ET D'AUTOMATES PROGRAMMABLES INTELLIGENTS.C'EST HÉNAURME EN SOUS AUSSI! 32,5 MILLIONS DE DOLLARS INVESTIS JUSQU'ICI.ÇA TIENT TOUT A LA FOIS DU PARC D'ATTRACTION HIGH TECH, DE L’UNIVERS VIRTUEL ET DU CINÉMA NUMÉRIQUE COMPLÈTEMENT PÉTÉ, Et C'EST li, EN PLEIN CŒUR OU CENTRE- VILLE! voila que le centre Métaforia ouvre enfin ses portes avec OCtmA, UNE EXPÉRIENCE VIRTUELLE SUR FOND DE CIVILISATION DISPARUE SOUS DES KILOMÈTRES D'EAU SALÉE ET D'ARROGANCE.PETITE PLONGÉE DANS LE FUTUR ANTÉRIEUR.La rumeur courait en ville depuis des mois: Métaforia est un projet complètement sauté.Et Stéphane Le Bouyonnec, son concepteur, un illuminé.Il faut avoir vécu l'expérience d'Océania, qui s’installe ces jours-ci dans l’ancien cinéma Palace avec des mois et des mois de retard, pour réaliser à quel point la rumeur était.vraie.Mercredi dernier, trois jours après l’annulation de la première médiatique qui devait accueillir tous les scri-bouilleurs et les montreurs d’images de Montréal, Le Bouyonnec nous recevait avec deux collègues du Globe and Mail et de la Gazette: nous allions être les premiers à vivre l’expérience à'Océania.On nous a fourni des vestes garnies d’un petit émetteur dernier cri et un casque audio dernier chic en nous expliquant que les ultimes fignolages n’étaient pas encore au point, mais que ça y était presque EVPAE Comment décrire Océania?C’est du cinéma?Du multimédia?Du Disney World à saveur archéologique?Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’aventure inaugure un tout nouveau type de spectacle: l'expérience virtuelle programmée pour auditoire élargi (EVPAE).Les images qu’on nous sert ici sont les images du futur.Les images telles qu’on les fera demain, entièrement numérisées, entièrement créées par ordinateur avec la seule exception de quelques comédiens bien réels encore qui jouent devant un écran neutre sur lequel on met ensuite tout ce qu’on veut Des images saisissantes de réalisme, bien sûr, beaucoup plus impressionnantes que celles qu’on a l’habitude de voir au cinéma ou à la télé.Des images parfaitement contrôlées.VOIR PAGE C 2: MÉTAFORIA N(iii\/(!;iii siifiulacle miilliinf;ili;i (In Poinlfi-ii Callitin; s.Montréal m'ri.ni conlé.Wm.Le passé plus actuel que jamais I a plus capliuaiili: tics u x p il r i e n r, e s iP a r c h b (i I u t) 11* t;l [l’Iiisloiri! |iréstînlt;i: a Munir»!.il 1 r i r i r i r i I.K i) K V OIK.IKS S A M EDI 2 IJ K T I) I M A X I HE 21 OKIE M K K E 2 0 0 0 C 2 Fantômes de Noël Bon, vous en avez peut-être soupé de l’imagerie de Noël qui rappelle au^c vieux enfants leurs souvenirs d’hier.A cause du disque rayé, entonnant sans relâche la même toune, en général mal orchestrée, quand revient le temps des Fêtes.Tannés?Gavés de vieillard à hotte et de petits rennes au nez rouge?Affolés devant la cohue des magasineurs de dernière minute au Club Price ou chez Winners?Prêts à hurler devant une consommation lâchée comme un fauve sur un troupeau de gazelles au son de Jingle Bells?Stop! Vous n’êtes pas les seuls, mais comment revoir, pour ainsi dire, un concept au§si solidement éprouvé?A croire que Noël fut tissé par la fée des Étoiles elle-même avec des fils de conservatisme et de nostalgie.De là à penser que la fête est condamnée à répéter son look et sa ritournelle sans fin, changement de millénaire ou pas, sans nulle perspective de régénération, il n’y a qu’un pas, vite franchi.Les fatalistes ne s’y risquent même plus.Voyons voir d’un peu plus près.On n’est plus massivement très religieux par chez nous, admet-tons-le, même si les églises reprennent un peu de vogue à la messe de minuit.Les caqtiques, c’est bien joli, mais ils perdent du terrain.A force d’être laïcisées, la Nativité et sa symbolique sont désormais livrées pieds et poings liés aux rennes avinés et au faux houx, sur une esthétique venue en droite ligne des années 60.Alerte au goût douteux! Sommes-nous condamnés à voir clignoter, bon an Od ile % v Tremblay mal an, les lumières dans la barbe du père Noël sans rien faire pour poétiser le solstice glacé?Tradition à tout prix, y en a marre! disent pourtant quelques esprits rebelles en se grattant la tête pour modifier la formule.Comment, se demandent-ils, renouveler l'inrenouvelable, moderniser un tant soit peu la ménagerie noëllienne si conventionnelle à travers une formule un brin originale?Chimérique entreprise?Trêve de résignation! Une lumière luit au bout du tunnel.Marchant à Montréal ses cadeaux sous le bras ou roulant pare-choc contre pare-choc, même qu’on l’aperçoit briller au loin.Précisons que la mutation s’opère surtout la nuit, mais comme cette dernière s’abat de bonne heure sur nos villes frileuses, on a amplement le temps d’observer le nouveau phénomène.De quoi s’agit-il?Des grandes artères urbaines (en tout cas de plusieurs d’entre elles) qui, défiant la grogne des traditionalistes, avec un coup de pou- ce des associations de marchands et de la Ville de Montréal, renouvellent bravement leurs décorations de Noël.Ça pousse ici et là, sur l’avenue du Mont-Royal, rue Saint-Denis (où, dans le Quartier latin, les lampadaires ressemblent cette année à des lanternes chinoises).Pas mal du tout.Et puis, ça fait changement Enfin! Qu’on se le dise: le temps des Fêtes semble muer d’abord par ses lumières.Par la suite des choses, on verra.Le fin du fin, cette année, en matière de lueur excentrique, passe par le boulevard Saint-Laurent.Déambulez entre les segments Sherbrooke et Mont-Royal, vous verrez surgir des deux côtés de la rue plusieurs formes étranges.Tiens donc! Des lampadaires et des grands arbres sont enveloppés de voiles de couleur.A croire que des fantômes peinturlurés et mystérieux hantent la Main dans le noir au milieu d’arbres entortillés çomme des momiqs lumineuses dans leurs gaines.Étrange concept! Évidemment, les avis sont partagés après coup d’œil.Moi, je trouve ça plutôt magique.D’autres crient à la profanation des traditions.Faut pas rechercher l’unanimité dans la vie.On n’essaierait jamais rien.De deux choses l’une: soit vous vous êtes promenés dans ce coin-là et savez de quoi je parle, soit ma petite description vous apparaît franchement ésotérique.Reste alors à aller juger de la chose par vous-même.Renouveler les décorations de Noël: vaste programme! A la firme Invado, qui a réalisé le concept lumineux sur demande de la Société de développement de Saint-Laurent, on vous dira que rien n’a été simple.Des voue protestaient au Service d'horticulture de la Ville, craignant (semble-t-il à tort) pour la santé des arbres.Et puis, l’expérimentation, ça vient au monde après force tâtonnements, essais, erreurs et heures supplémentaires.Trois semaines pour installer le tout, m’explique François Joncas, un des patrons d’invado.Sans compter le temps passé à offrir le service après vente.Décembre a brassé la cage des fantômes de couleur: vent à écorner les bœufs, neige, pluie.Ne manque en somme, pour tester complètement le concept, qu’une bonne petite crise du verglas.Seulement deux voiles de lycra ignifugé ont jusqu’ici flanché sous la bourrasque.Pour l’heure, ça tient bon, ça n’explose pas, ça ne pette pas au frette.Ouf! De plus, ce qui n’est pas rien, l’expérience a permis aux marchands du boulevard Saint-Laurent de sacrifier les traditionnels sapins.Vous aimez ça, les sapins?D'autres aussi, hélas! Partout dans les rues, les conifères du temps des Fêtes se sont fait voler à tire-larigot ces dernières années en plus des cordons de lumière.D’où le ras-le-bol des marchands.Innovation?Yes Sir! Emmenez-en des voiles sur les lampadaires.Faut dire qu’il y a un certain esprit de Noël, ni catho ni kascher, la main dans le sac du sapin enneigé, qui réclamait vraiment quelques changements, en beauté qui plus est, sur notre Main en folie.otremblay@ledevoir.com MÉTAFORIA La visite se poursuit pendant près d'une heure autour des trois blocs principaux que sont le voyage en navette, l'évacuation en sous-marin et la découverte de la civilisation disparue SUITE DE LA PAGE C 1 Léchées.Toujours en 3D comme dans la vraie vie.Des images stéréoscopiques aussi, qui sortent littéralement de l’écran et qui viennent vous toucher; corridors de gouttes de cristal, gueule de serpent de mer, fœtus dérivant autour de vous dans une mer de liquide amniotique.Alors, tout le monde a son petit casque design, sa veste et son émetteur?Bien.L’expérience commence alors que l’on pénètre SOURCE MÉTAFORIA Vue partielle de la cité engloutie.OCTOBRE 1997 / IVIAI 2000 t UNE PUBLICATION OU Nouveau Théâtre Expérimental TÉL (814) 821-4199 COURRIEL theotreOnte.qc.ca SITE WEB www.nta.qo.oa Le XI* cahier du Nouveau Théâtre Expérimental est enfin arrivé.Dernier d’une série de onze réunis dans un album-coffret, ce cahier sera disponible à Espace Libre au 1045 Fullum à Montréal et dans les "Draines suivantes : Renaud-Bray Hermes Gallimard Olivieri L’Aparté et au Théâtre d’Aujourd’hui XI* cahier : lOS Album-coffret : 80S LE DEVOIR u ‘ ’ t'Æ' dans la salle d’attente de la navette qui va nous amener sur le site même de la cité engloutie administrée par les archéologues et les spécialistes de la Société Archëo-ipar.Décor de théâtre, clos.Écrans incrustés dans les murs.Mots de bienvenue du commandant de la navette.Ouverture du sas.On s’assoit.et tout se met à bouger au moment où l’appareil quitte la plate-forme Archëomar avec sa quarantaine de passagers pour s’enfoncer dans la mer.Devant, sur les côtés, tout l’espace est occupé par le ciel, les bâtiments de la plate-forme qui s’estompent et l’océan: on est au beau milieu de l’image! L’environnement global est saisissant: on dirait du Imax surmultiplié! Et on descend, littéralement, avec la navette.Et l’on est dans l’eau.Et l’on s’enfonce vertigineusement.Et tout cela est vrai: les bruits de moteur, l’accélération, le freinage subit pour éviter une sonde, les premiers vestiges de la ville engloutie, les virages brusques.Et la descente toujours.Puis soudain, tout se gâte: des secousses sismiques importantes viennent compromettre la vie des passagers.C’est l’arrivée en catastrophe à la base sous-marine et l’évacuation rapide vers des petits sous-marins de poche.Couloirs.Odeurs.Bruits.Escapade sur fond de visite touristique de la cité perdue.Et tout cela se poursuit pendant près d’une heure autour des trois blocs principaux que sont le voyage en navette, l’évacuation en sous-marin et la découverte de la civilisation disparue lors d’une hallucinante séance de cinéma stéréoscopique.Avec des séquences où l’on monte et d’autres où l’on descend dans des corridors éclairés par la seule lampe de son casque.Avec des surprises partout: épave mystérieuse, animal mythique, murs qui suintent, plafond qui respire.Constamment sollicités.Constamment virtuellement impliqués dans l’aventure.Le syndrome de lisbonne Malgré les retards «inhérents à ce genre de projets», Stéphane Le Bouyonnec est assez fier de lui et du travail de son équipe et il a bien raison: Océania est une réussite qui fera courir les foules.Au moment d’écrire ces lignes, il n’est pas encore tout à fait certain que le Centre Métaforia sera opérationnel le 22 décembre comme prévu.«Mais ce n’est qu'une question de jours, de détails, de derniers réglages des systèmes de gestion, explique Le Bouyonnec.Nous y sommes presque.C’est le syndrome de Lisbonne qui nous préoccupe.Dès la première journée à Lisbonne avec la première version du spectacle, nous avons connu des taux d’occupation de 99,8 % sans interruption.Et c’est à cela que nous ne pouvons pas encore faire face.Pour nous, le problème qui se pose maintenant est clair: ou nous limitons le nombre d’entrées en n’autorisant qu’une expédition complète à la fois au lieu d’un nouveau départ à toutes les six minutes, ou nous attendons d’être complètement prêts.A ce stade-ci, c’est cette dernière hypothèse que nous privilégions.Et c’est ce qui explique la série de retards que nous avons connue.» Les problèmes qu’a connus Métaforia tiennent à la complexité de la gestion des différentes séquences de l’aventure: on peut la présenter à quelques journalistes ou aux notables et aux financiers, comme on l’a fait jeudi dernier, mais pas encore à des centaines de personnes toutes les heures.Et comme tout s’arrête si une porte s’ouvre au mauvais moment ou si un projecteur oublie de démarrer, Le Bouyonnec et son équipe préfèrent y mettre le temps.Une chose est certaine cependant: lorsque les portes ouvriront, ce sera la cohue.Retour vers le futur Métaforia, avec ses jeux électroniques high tech, ses bars, sa paroi d'escalade et ses zones réservées aux enfants comme aux jeunes cadres dynamiques, n'attend plus que ses premiers visiteurs On entend parler de Métaforia pour la première fois en 1998; les «fils de presse» de toutes les agences du monde racontent alors que le clou de l’exposition universelle de Lisbonne est une aventure virtuelle produite par une équipe québécoise dirigée par Stéphane Le Bouyonnec.Iœ succès est tel — les télés européennes et américaines se précipitent, le Times et les grands magazines envoient leur reporter vivre l'aventure — que Le Bouyonnec cherche du financement pour implanter son aventure virtuelle à Montréal puis, éventuellement, un peu partout à travers le monde.Au fil des mois, on a aussi appris que la Société générale de financement (SGF-) est embarquée dans l’af- faire, tout comme Desjardins et Investissement Québec.On parle ici d’un financement par investissements en équité des actionnaires.En janvier 2000, Métaforia Divertissements prenait possession de l’ancien cinéma Palace et entamait une série de travaux qui, étant donné la nature du projet, se sont heurtés à toute une série de tracasseries administratives — le Service de prévention des incendies, par exemple, n’a pas l’habitude de permettre que l’on procède à l’explosion d'une boule de gaz devant un public.Et c’est ainsi que l’ouverture prévue pour l’été fut reportée à l’automne, puis à la période du temps des Fêtes, les techniciens n’ayant finalement qu’un ridicule délai de quelques semaines pour tout installer.Quand on sait qu’il faut trois niveaux hiérarchiques d’ordinateurs en série pour piloter le séquençage sons-images-effets spéciaux d’Océania, on comprend aussi qu’il ait pu se glisser des délais techniques dans l’échéancier de la production.Mais tout le reste est prêt: le Centre Métaforia, avec ses jeux électroniques high tech, ses bars, sa paroi d’escalade et ses zones réservées aux enfants comme aux jeunes cadres dynamiques, n’attend plus que ses premiers visiteurs.Ne reste plus à régler que les détails de l’aventure.Mais Stéphane Le Bouyonnec est confiant: «Tout va bien marcher.» M.B.SOURCE METAFORIA l-a reine Éladora V i 4 I i LE DEVOIR.LES SAMED 2 S E T I) I M A N < ME 2 1 I) E ( E M B R E 2 (I O O C 3 Déjà-vu MALENA Réalisation: Giuseppe Tornatore.Scénario: Giuseppe Tornatore d’après une nouvelle de Luciano Vincenzoni.Avec Monica Belluc-ci, Giuseppe Sulfaro, Luciano Federico, Matilde Piana, Pietro No-tarianni, Gaetano Aronica.Image: Lajos Koltai.Musique: Ennio Morricone.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Décidément, Tornatore n’a plus réalisé de grand coup depuis des lunes.Les créateurs s’essoufflent parfois, certains d’entre eux un peu trop tôt dans leur carrière.Tel semble être le cas du réalisateur de Cinéma Pa-radiso, qui s’est pourtant fait dresser un pont d’or.L’an dernier, The Legend of 1900, avec Tim Roth à la proue d’un douteux Titanic, ne défonçait pas grand-chose, malgré le grand bond vers l’anglais et les canons tonnants de la grosse distribution internationale.Voici qu’il retourne à l’italien, mais toujours porté par la loco-ipotive Miramax, diffusé aux États-Unis avec sous-titres anglais.Nul doute, la maison de distribution essaie de refaire le coup d'// Postino en tentant d’entraîner dans le lit des Oscars un film italien de facture indépendante.L’ennui, c’est que Malèna sent le déjà-vu à plein nez, du moins pour ceux qui ont déjà fréquenté le cinéma italien.Les ornières de Malèna furent empruntées par SOURCE ALLIANCE ATLANTIS Monica Belluci dans le rôle de Malèna.tout un chacun, dont Fellini à travers Amarcord.Tout est au poste (sans le génie), à commencer par le petit village frileux où chacun fantasme sur la beauté de la place qui déambule en des robes affolantes, une fraîche épousée déposée là par son mari parti guerroyer pour la gloire de Mussolini.Que l’action se déroule en pleine guerre à travers le regard d’un adolescent bavant de concupiscence ne saurait étonner.Clichés là aussi.Le village sicilien se déchaînera contre la belle (Monica Belluc-ci), coupable d’attiser le désir des hommes et la jalousie des épouses.On le lui fera bien voir.Ce ne sera pas la lapidation d’Irène Papas, comme dans Zorba le Grec, mais guère moins.En ces époques troublées, dans des sociétés méditerranéennes fermées sur elles-mêmes (voire aujourd’hui et partout), être une femme désirable constitue parfois un crime inexpiable ouvrant la porte aux pires calomnies et faisant rouler la machine à ragots et à vacheries, toute vapeur dehors.L’ennui, c’est que Tornatore n’a pas su trouver le ton juste pour aborder l’archaïsme de la société décrite: ni farce ni tragédie, mais une espèce de brouillard entre les deux qui ne déclenche ni rires ni larmes.Quant à la guerre, elle se réduit à un décor flou, jamais développé, sauf pour faire disparaître un personnage indésirable, le mari de Malèna par exemple.II faut dire que Monica Belluc-ci, dans la peau de l’héroïne, hérite d’un rôle presque muet, procédé dramatique lui permettant de devenir un pur objet de fantasme, reflet du désir et de la hargne, mais ne dynamisant guère un film lourd autant que prérisible.D’autant moins que le jeune acteur principal, Giuseppe Sulfaro, qui fait à l’écran ses premières armes, possède une unique expression à son registre: l’hébétude.Quant à la famille du héros (père hurleur à la main leste, maman hystérique), dans son agitation perpétuelle, elle n’invente rien de très nouveau non plus sur la société sicilienne.En une mise en scène conventionnelle, à travers un sujet rabattu, Malèna pèche par une absence de vrai point de vue, d’originalité et de fraîcheur, mais aussi par une panne de personnages assez forts pour que le spectateur puisse s’y identifier.Faute de quoi un film suscite les bâillements.Comme ici.Le Théâtre de la BE FA N sorcière de Noël Texte et inteiprêlHlion SyEiBeleau Mise en scène Gerardo Sanchez Théâtre pour les enfants de 5 à 10 ans SomÉB PYJAMA ET CHOCOLAT CHAUD du 27 au 30 décembre à 19h et 30 décembre à 14h Théâtre de l'Esquisse 1650, Marie-Anne Est Info: 514-527-5197 CINÉMA FRANÇOIS DUHAMEL/DREAMWORKS PICTURES Tom Hanks est un grand acteur, et il ne fait aucun doute que sa performance dans Cast Away, subtile et raffinée, lui fera arpenter bien des tapis rouges d’ici le printemps.Paradis de fortune CAST AWAY (SEUL AU MONDE) De Robert Zemeckis.Avec Torn Hanks, Helen Hunt, Nick Searcy, Chris Noth.Scénario: William Boyles, Jr.Image: Don Burgess.Montage: Arthur SchjmidL Musique: Alan Silvesfri.États-Unis, 2000,140 minutes.MARTIN BILODEAU L> an 2000 aura été chargé pour f le cinéaste américain Robert Zemeckis.Cinq mois après la sortie de What Ues Beneath, exercice à la Hitchcock avec Harrison Ford et Michelle Pfeiffer, voilà que le réalisateur de Who Framed Roger Rabbit et de Forrest Gump nous propose Cast Away, un film à l’envers du précédent, c’est-à-dire étonnamment subtil et, en vertu des normes hollywoodiennes, passablement audacieux.Cast Away a été en majeure partie tourné sur une île déserte de l’archipel des Fiji, où ira échouer un employé pressé de Federal Express (Tom Hanks), après que l'arion qui le transportait se fat abîmé dans l’océan.Ce soldat asservi par le chrono se retrouve seul dans un paradis de fortune, forcé de reprendre contact avec ses instincts — dont celui de survivre — et de regarder, impuissant, s’écouler les heures, les jours, les mois, et les années.Quatre années passeront, et combien de bateaux au large, avant que Chuck Noland ne reprenne la mer, triomphant du ressac violent qui l’a jusque-là maintenu sur l’île, et regagne la civilisation, où le temps n’a pas ralenti la cadence et où, transformé par l’expérience, il se découvrira plus seul que sur son île.Plutôt que de faire alterner les images des deux univers renvoyés dos à dos de monde civilisé et Î’île déserte) et de répéter ainsi le procédé qui a fait la fortune à'Apollo 13, du même scénariste (William Boyles, Jr), Zemeckis nous installe avec son Robinson des temps modernes, nous isole avec lui sur cette île sans Vendredi ni lagon bleu, et nous fait faire partager son expérience de temps ralenti.Certes, le cinéaste de Contact cède au confort de l’ellipse, organise la rie de son héros par épisodes, et non en continu, mais l’impact, sur le spectateur accoutumé à la vitesse, se fait néanmoins sentir.De sorte qu’en comparaison, la première et la dernière partie du film, qui ont pour théâtre la ville, la vie pressée de Chuck (toujours entre deux avions) et sa relation épisodique avec sa fiancée (Helen Hunt, sympathique), semblent tenir du feuilleton.Comme si Zemeckis les avait réalisés en sachant que son film, et son pari, était ailleurs.Ce pari, Zemeckis l’a relevé en tandem avec Tom Hanks, vraiment extraordinaire dans ce lôle d’employé du mois et de fiancé modèle qui, pendant quatre ans, sera le seul témoin du miracle de sa survivance.L’acteur a dû jouer en solo pendant plusieurs mois, appuyant sa performance sur son rapport avec le ciel, les arbres, les rochers, et les paquets de Federal Express que l’avion transportaitet qui ont échoué avec lui sur l’île.Parmi ceux-ci se trouve un ballon de volleyball de marque Wilson (l'épouse de Hanks, incidemment, s’appelle Rita Wilson), lequel deviendra son compagnon d’infortu- ne, son totem, son dernier lien avec le monde civilisé, qui l'abandonnera juste avant qu'il n’atteigne son but, au terme d’une sublime scène d'adieux.Bien qu’on lui reproche (avec raison) de toujours jouer les héros modèles et moralement irréprochables, Tom Hanks n’en est pas moins un grand acteur, et il ne fait aucun doute que sa performance dans Cast Away, subtile et raffinée, lui fera arpenter bien des tapis rouges d’ici le printemps.Un rêve que caresse aussi Robert Zemeckis, qui apporte ici la preuve qu’un cinéaste n'est jamais que le messager d’un bon scénario, d’une envie de communiquer, en des mots simples et des images évocatrices, une idée de cinéma capable d’interpréter son époque.Et rien n’est plus d’actualité que la célèbre phrase de Sartre «L'enfer, c’est les autres», qui pourrait être la devise du film.lÂRBONE 14 présente rsufiu de Anne-Marie Théroux SOURCE ALLIANCE ATLANTIS Une scène du film Malèna, de Giuseppe Tornatore, avec Monica Bellucci.«Une production remarquable qui touche le cœur des enfants,, et des parents ! » Michel Beiair.LeDevoir «Les enfants sont conquis le chroniqueur aussi ! » Marc Cassivi.La Presse quis, | pr- #ilt A a l’affiche des mardi du 26 déc.au6janv.à15h usine: 0 Enfants 10$ / Adultes 15$ / Infos et reservations 521.4493 / Admission 790.1245 ^ REPRISE EXCEPTIONNELLE DU 12 DÉCEMBRE AU 6 JANVIER Conception ot mise on scène: Louise Forestier Direction musicale et arrangements: Jean-François Groulx Avec Louise Forestier, Jacaues Godin, Kathleen Fortin, Lynda Jonnson, Héfèno Major, Louis Gagné at Sorgo Postigo Assistance i la mise en scène el régit: Manon Bouchard Musiciens: Jeon-Fronfoh Groulx il Jmo Bertrand Corbou Concepteurs: (laudi Goyotto, François Barbeau, Michel Beaulieu et Edward Freedman (514)844-1793 www.rideouvett.qc.ca 4664, Saint Dénis - métro lavrlor Sotvict éf florétfli Its sonwlis »t dimançhes m matinw, sur réservation seulement.théâtre du rideau vert b Hydro L Québec t t r •y t / »•' v" *' (', 4 L K I) K V 0 I R .LES S A M K I) I 2 3 E T I) I M A N C II E 2 » I) É ( E M B R E 2 0 0 0 CINÉMA La fraîcheur des nostalgies SOURCE ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILM Les Beatles dans A Hard Day's Night de Richard Lester «M *6 tfgjsr mm iteK A HARD DAY’S NIGHT Realisation: Richard Lester.Scénario: Alun Owen.Avec John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr, Wilfrid Brambell, Norman Rossington, John Junkin.Musique: John I^n-non, Paul McCartney, George Martin.Image: Gilbert Taylor.Noir et blanc.1964.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Deux fois en nomination pour les Oscars en 1964, versant scénario et direction musicale, A Hard Day's Night de Richard Lester, premiers pas des célèbres Beatles au cinéma, a-t-il bien vieilli?Là est la question.A cela, je vous répondrais: pas trop trop, mais qu’importe?En 2000, la beatlemania bat son plein comme jamais au milieu des lancements d’ouvrages et de coffrets que l’on sait.A Hard Day's Night ressort avec une pellicule restaurée, une trame sonore re-vampée.Gageons que le film tourné par les quatre garçons dans le vent fera un second début digne de ce nom.Cette œuvre-culte témoigne d’un groupe-culte dans une époque-culte.Ce qui est, on en conviendra, déjà beaucoup.On va voir ou revoir A Hard Day’s Night pour les moments d’anthologie de leurs performances sur scène devant les caméras de télé et les fans en transe.Parce que les Beatles sont jeunes et beaux, en pleine ascension, mais pas encore «plus populaires que Jésus-Christ», comme dira î^nnon, en- core verts tels des bourgeons.Parce que tout baigne dans une époque d’insouciance, de jeu, d’abondance, sur fond de léger humour britannique.Bon! Avec le recul des ans, on constate qu’ils ne sont pas très forts comme acteurs, que le scénario, qui semblait jadis si souple avec sa facture de faux documentaire, n’a pas grand chair sur l’os à livrer.Faiblarde, cette histoire de tournée musicale aux côtés d’un faux grand-père, de journalistes stupides, de policiers bébêtes et de fans en folie, alors que le quatuor n’affiche qu’une envie: en faire à sa tête en envoyant valser les conventions.Si jeunes, si charmants qu’ils sont, les Beatles.Le film a la fraîcheur des nostalgies.Ils ne connaissent pas encore quel avenir leur pend au bout du nez.On est au courant à leur place: la gloire universelle, l’assassinat de Lennon.Tout cela défile en filigrane devant nos yeux.Aucun groupe, plus de trente-cinq ans plus tard, n’a su les dépasser en popularité.John a le visage le plus mobile, le plus sensible du lot, Ringo le plus cabotin; les regarder tous quatre sur scène est un poème.Can’t Buy Me Love, A Hard Day’s Night, And I Love Her.On se demande encore où ils trouvaient un tel sens mélodique.Dans leur folie, leur jeunesse, leur talent sans doute, dans cette époque folle où les filles devenaient hystériques à la vue des idoles, dans un avenir dont ils ne détenaient pas les clés.Nous si, donc.C’est ce qui nous rend tout chose comme on remonte le temps à leurs côtés.De la pure magie COMME VOUS N'EN AVEZ JAMAIS VUE ! MEILLEUR FILM DE L’ANNÉE 1 LOS ANGELES FILM CRITICS ASSOCIATION g «UN RUSH QU’ON RESSENT PLUS SOUVENT AU CIRQUE DU SOLEIL.» m m ,4 «UN MELANGE DE JAMES BOND.• DE PETER PAN ET DE ZORRO.» , Valérie l.etaru CI SI RII N MFIII MIR I F MATIN SRC.>FANTASTIQUE.SUBTIL.PASSIONNANT.ÉMOUVANT.DU GRAND ART.» -Chtidc rwiuius MON I KF Al CE SOIR SRC ’IrttwSWhi KHIKVtl III (jui n* MtUiRmpL HOUR «?» «?" I’m! Hum < naki il KHIRNAI DF MOVTRIAI.«?" John (aiRui THÊ.CAZKfTE «?" Noraud I'mvimhu.LE MHEIL GAGNANT î?PRIX DU PUBLIC Vi » ll'OIVU ISIlkWIIONM fs > -1 ii ms di 11>k\iii y?CHOW YUN FAT MICHELLE YEOH -Pfgre&Dragon UN FILM df.Anc Lee SOM m i l TIE'S CIASSK S crouching tii*er.com i VERSION FRANÇAISE ¦ I-CINÉPLEX ODÉON-1 i-CINÉPLEX ODÉON-1 i—MÉGA-PLEX “ QUZZO-1 i—CINEPLEX ODEON-1 IQUARTIER LATIN ?! 1 BROSSARD ?11TASCHEREAU 18 ?11 UVAL (Carrefour)?| V.ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS e x Ce n t ris 3536.bout SKaurent V.ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES ANGLAIS -FAMOUS PLAYERS-1 |—FAMOUS PLAYERS- Laurent I-FAMOUS PLAYERS-1 i FAMOUS PLAYERS-1 S47 22M [PARAMOUNT ?[ I COLOSSUS LAVAL ?1 Voyez le film que la critique salue comme: «LE MEILLEUR FILM DE L'ANNÉE !» — Toronto Star — Toronto Sun Vancouver Sun — New York Times — Chicago Sun — Times Rolling Slone —— Boston Globe —— San Francisco Chronicle — Maclean's Magazine — Time Magazine «Intelligent, subtil !» — Juliette Ruer, VOIR «?Porté par de magnifiques prestations.émouvant.» — Marc-André Lussier, LA PRESSE «Un film admirable de justesse.un beau film humain et prenant !» — Denis Côté, ICI vm I O A M laura linney • mark ruffalo TUU UHIl rory culkin • matthew broderick COUNT ON ME un film de Kenneth lonergan yk UT m ¦hooting gallery 111 r 111 * r 11 ¦ À L’AFFICHE .—cinéplexodéon-, VERSION ORIGINALE EN EXCLUSIVITÉ I FAUBOURG ?| ANGLAISE „son diüiml «Charmant.humour et sensibilité.laisse dans son sillage une fine nostalgie! » Odile Tremblay, LE DEVOIR «?PURIFIANT!- - Luc Perreault.LA PRESSE %| «Tendre.une fable actuelle sympathique.» ¦ / «L -Denis côté.ICI > v';' Un film de Zhang Yang SOW PICTURES CLASSICS' / o avec sous-titres français ¦fc!____________________________________ I c i m é ma » « fentris * [CINÉMA DU PARC) À L’AFFICHE* IL™1*11-* L g y e * l c n I » I > mmm |>U)M7 gw I 3675 Ou Pan, ggl 1900 ?| r: sous-titres anglais GAGNANT Meilleur film Meilleur second rôle masculin Joaquin Phoenix National Board of Review La Plume et le Sang’ triomphe ! » Mike Clark, USA TODAY « un des meilleurs films de l’année.» Louise Blanchard, LE JOURNAL DE MONTRÉAL m' ¦+¦ * u.*•» *>.\ \ V »ïii L’installation de BGL dans le grand hall du Musée du Québec.Au loin, à l’extérieur de l’institution du parc des Champs-de-Bataiîle, l’effet est visuellement aussi insolite qu’incroyable.ABONDANCE DIFFICILE À REGARDER Une installation de BGL dans le grand hall du Musée du Québec Parc des Champ-de-Bataille Québec Jusqu’au 11 février 2001 DAVID CANTIN Pour une deuxième année consécutive, le Musée du Québec accueille une œuvre originale du lauréat du prix Videre dans son grand hall pour la période des Fêtes.Cette mention.remise lors du gala des Prix d’excellence des arts et de la culture de Québec, témoigne de la vitalité d’une relève artistique très en vue.On se souviendra de l’imposant lustre fait de verres par Claudie Gagnon, qui en avait surpris plus d’un en décembre 1999.C’est désormais au tour de BGL, avec une installation qui a pour titre Abondance difficile à regarder, de déconcerter les nombreux visiteurs qui franchiront les portes de l’institution du parc des Champs-de-Bataille au cours des prochaines semaines.On connaît l’esthétique accrocheuse de ce trio composé de Jasmin Bilodeau, Sébastien Gi-guère et Nicolas Laverdière.Le collectif de Québec ne manque jamais de surprendre tout en s’appliquant à faire réfléchir sur certains comportements sociaux.Ce sont eux qui, à la fin 1997, avaient suspendu au plafond du café L’Abraham Martin des cellulaires en bois avec prix et étiquette BGL Mobilité.On se souviendra également de cette reconstitution d’une cour arrière de banlieue, avec piscine et Mercedes décapotable en bois, à La Chambre Blanche l’année suivante.Œuvre des plus ludiques, voilà que le lanterneau du hall principal prend l’apparence d’un énorme vitrail recyclé.Au loin, à l’extérieur de l’institution du parc des Champs-de-Bataille, l’effet est visuellement aussi insolite qu’incroyable.On croit que des contrastes lumineux raffinés proviennent des immenses pans de vitre.Cependant, une fois à l’intérieur, on se rend compte qu’il s'agit bel et bien d’une accumulation de contenants de plastique récupérés.I,a proposition est pour le moins ludique dans son désir de remettre en question une surconsommation aveugle.Cette métamorphose interpelle dans son souci de rappeler le gaspillage que l’acte quotidien ne cesse de banaliser.Comme on pouvait s'y attendre avec BGL, la dérision n’est jamais gratuite car le contenant retrouve une fonction des plus édifiantes: remettre en cause le réflexe prévisible face à l’inutilisable, au déchet, au syndrome de la surconsommation.Il y avait aussi les contraintes à respecter par rapport à Vin situ.Aucun objet ne devait encombrer l'espace circulaire de l’entrée.C’est donc avec ce souci en tête que les trois artistes ont eu pour intention de travailler la forme, le volume et le reflet lumineux du lanterneau.Cette recherche se place en parfaite continuité avec l’action Im pollution comme décoration, présentée plus tôt cet automne dans le cadre de la Mani- festation internationale d’art de Québec.L’aspect décoratif, en plus de susciter un revirement ironique, annonce un tout autre dilemme.Le discours chez BGL réside surtout dans ce principe du jeu qui sollicite une impression immédiate.Plutôt que de simplement provoquer, le collectif préfère remettre en question certaines grandes valeurs sociales.Le déchet retrouve ainsi une autre fonction, celle d’émouvoir et de surprendre quiconque passera autour de cette zone urbaine.Avec Abondance difficile à regarder, BGL ne pouvait résister au clin d’œil devant les nombreuses décorations de toute sorte qui envahissent les arbres ain- si que les demeures en cette période de Noël.Outre cette installation étourdissante, on suggère de ne pas tarder pour les expositions d’Henri Hébert et Ulysse Comtois, qui se prennent fin le 7 janvier 2001.Du coup, pourquoi ne pas revoir Espaces de bonheur, qui trace un portrait fascinant de l’inclassable Madeleine Arbour?Ce parcours hétéroclite restera longtemps en mémoire comme l’une des initiatives les plus originales du Musée du Québec au cours des dernières saisons.A souligner, les heures d’ouverture durant la période des Fêtes demeurent les mêmes que durant l’année.JEAN-GUY KÉROUAC.MUSÉE DU QUÉBEC (Euvre des plus ludiques, le lanterneau du hall principal prend l'apparence d’un énorme vitrail recyclé.En fait, il s’agit bel et bien d’une accumulation de contenants de plastique récupérés. I K l> K V 0 I R , I.K S S A M K IM 1 3 E T I) I M A N l II E Z I DK» K M B H K Z 0 » (I ?(' il ARTS VISUELS Jeux et tempête sur estampe On appréciera tout le côté candide et sans scrupules de ces images aussi fragiles, singulières et fraîches que la jeunesse S’ENTRETENIR D’AMÉNAGEMENT POÉTIQUE Elmyna Bouchard Jusqu’au 14 janvier Maison de la culture Côte-des-Neiges 5290, chemin de la Côte-des-Neiges Fermé du 22 décembre au 2 janvier 2001 TURBULENCE Anne Ashton et Laura Millard Jusqu’au 7 janvier SONIA PELLETIER Originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Elmyna Bouchard travaille essentiellement l’estampe.Elle est notamment lauréate 2000 du Concours d’estampes Loto-QuA bec dans la catégorie «artiste professionnel».Depuis 1988, elle a réalisé plusieurs expositions individuelles dont Des dames causantes, à la Galerie Madeleine Lacerte, à Québec, en 1999, Schéma de marelle, à l’espace 414 de l’édifice Belgo, à Montréal, et Espace de jeu à la galerie-atelier d'estampes Sagamie, à Alma, en 1997.Plusieurs de ces œuvres font également partie de collections publiques au Québec.En plus de l’exposition en cours à la Maison de la culture Côte-des-Neiges, le public aura l’occasion de la revoir au printemps prochain lors d’une exposition de groupe dont le commissaire est Louis-Pierre Bougie et qui aura lieu à la galerie Madeleine Lacerte à Québec.Une quinzaine d’eaux-fortes (1999-2000) sont ici regroupées en trois séries et intitulées à la main, directement sur le mur, ce qui ajoute pertinemment à l’univers de l’enfance et au caractère ludique dont se réclame le travail de Bouchard.En effet.Les Balançoires, La fête eu lieu proche du jardin et Son manège près de la jbntaine nous montrent des images très rafraîchissantes, presque nonchalantes et dynamiques, qui se situent bien en dehors de l’iconographie plus sobre, souvent associée à la technique de l’eau-forte.lieux imaginaires L’artiste récupère plusieurs fois sa plaque de gravure initiale, ce qui permet d’inscrire plusieurs lieux imaginaires et graphiques dans un même espace.En plus des plages très colorées — phénomène plutôt rare en eau-forte — s’ajoutent des traits presque infantiles qui donnent une qualité de dessin remarquable à ces gravures.Chacune de celles-ci contient une trame narrative dont la lecture s’articule autour de plusieurs éléments pouvant être des fragments de motifs ornementaux, des mécaniques (roues, engrenages) de jeux rencontrées dans les parcs pour enfants ou simplement et naïvement des espaces connotés sexuellement.Mais toute cette polysémie se rattache principalement à l’enfance.A noter également que dans cet accrochage, l’artiste n’a pas encadré ses œuvres; cet aspect nous révèle, d’une part, une très grande maîtrise technique et, d’autre part, toute la qualité du grain du papier et des textures graphiques assez réjouissantes.Candide et sans scrupules Le spectateur appréciera sans doute tout le côté candide et sans scrupules de ces images aussi fragiles, singulières et fraîches que la jeunesse, exécutées avec beaucoup d’habileté.Avec ces compositions, Elmyna Bouchard nous convie à un véritable amusement dont le rythme est poétique.La gravure se porte très bien! Par ailleurs, dans la salle au-dessus, le visiteur pourra également voir l’exposition en duo des peintures d’Anne Ashton et de Laura Millard.Réunis sous le titre Turbulence, ce sont deux univers ici qui s’opposent et se complètent à la fois.lœ premier montre à voir des paysages auxquels Anne Ashton nous avait habitués avec sa très grande maîtrise de l’huile sur bois et ses cadres décoratifs.Plusieurs tableaux (environ une trentaine des années 1996,1999 et 2000) offrent le spectacle déchaîné de la tornade.Ces représentations sont baignées d’une lumière saisissante qui donne une dimension plus réaliste à ce phénomène météorologique catastrophique.Ashton procède par superposition de couleurs translucides afin d’obtenir ce fini.Sur ces cadres, un peu comme si on avait voulu apaiser l’aspect plus menaçant de la tempête, ce sont des motifs végétaux que l’on retrouve.On se rappellera qu’il s’agissait plutôt d’«insectes» lors de son exposition à la galerie Trois Points en 1997.L’artiste a conservé ce lien entre l’image et le cadre.Une vision microscopique de la tempête Pareille à une vision microscopique de la tempête, Laura Mil-lard nous présente quant à elle 25 grands tableaux de grand format (1999-2000) montrant plutôt les éléments en gros plan.Il s’agit de paysages moléculaires dans lesquels on peut entrevoir des configurations de cristaux de givre réalisés à l’aide de pochoirs.C’est un travail d’organisation qui démontre les principes structurants des systèmes de la tempête.D’une tout autre facture que les tableaux d’Ashton, ceux de Millard sont peints avec des pigments de terre secs, de l'acrylique et de l'huile.Ces matières évoquent aussi le paysage par leur couleur (terre, neige, poussière).Ces deux artistes auront été réunies pour illustrer un dialogue visuel «dont les travaux se réclament de la théorie du chaos et qui mettent de l’avant une perception éclatée de la nature [.].Cette magnifique furie de systèmes météorologiques suscite des visions allant du microscopique au macroscopique et est la source d’inspiration de cette exposition.» On trouvera ici des images presque nonchalantes et dynamiques qui se situent bien en dehors de l’iconographie plus sobre, souvent associée à la technique de l’eau-forte.KI.MYNA BOUCHARD Les Balançoires d’Elmyna Bouchard: «L’artiste récupère plusieurs fois sa plaque de gravure initiale, ce qui permet d’inscrire plusieurs lieux imaginaires et graphiques dans un même espace.» SOURCE MAISON DE IA CULTURE FRONTENAC «Ses traits de couleurs vives (comme des phares s’allongeant, la nuit, sur le papier photographique), en rehaut, en hiatus avec le rendu «photographique» des compositions, se détachent avec mordant des surfaces lisses des toiles.» « « 'A:, Jeunesse picturale En ce temps du temps des Fêtes, celui où, je le sais — ne trichez pas —, vous n’avez pas nécessairement la tête à spéculer sur la valeur esthétique des productions artistiques qui se présentent à votre jugement de goût pour voir si elles s’accordent avec ce dernier, j’ai pensé aller voir du côté de la jeune jeunesse, celle dont on dit qu’elle pourrait, éventuellement, un jour, se voir accorder le titre d’artiste émergent.À moins que ce titre ne soit acquis.Côté jugement, justement, qu’on me pardonne ici ce que d’aucuns qualifieraient de jugement à ÉVE K.TREMBLAY La Reine des Aulnes de la série L’Éducation sentimentale ¦ l’emporte-pièce.BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR SONDES Maison de la culture Frontenac 2550, rue Ontario Est Jusqu’au 14 janvier Du côté de la Maison de la culture Frontenac, on présente les œuvres d’un trio de jeunes peintres dont je vous ai déjà dit du bien de deux d’entre eux, du troisième aussi peut-être, lors d’une ancienne édition du .Symposium de Baie-Saint-Paul.A propos de Martin Bureau, je vous ai déjà parlé à quelques reprises de sa manière forte de retourner à la peinture hyperréaliste des aimées soixante, sans faire dans la redite.Sa peinture léchée, proche des effets de la photographie, continue d’explorer les éléments de la peinture — la grille, le feuilleté du tableau, la perspective — sans lasser.Son mur de téléviseurs peints montre une capacité, renouvelée depuis les derniers essais, à brouiller avec brio les repères spatiaux de la peinture.D’autres tableaux, plus anciens, permettent de voir les diverses avenues de ce travail.Rafael Sottolichio a toujours privilégié une imagerie, faite de nuages incommensurables, de grands espaces américains et de bougés empruntés à la photographie, dont la séduction facile entretient depuis un temps mes doutes.Cela dit, il montre un travail qui pose ici des questions plus substantielles.Sans renoncer à l’iconographie qu'il affectionne habituellement, Sottolichio présente des toiles qui s’engagent un peu plus que précédemment dans les voies de l’abstraction.Ses traits de couleurs vives (comme des phares s'allongeant, la nuit, sur le papier photographique), en rehaut, en hiatus avec le rendu «photographique» des compositions, se détachent avec mordant des surfaces lisses des toiles.Cette interruption de la facture photographique, qui passe par le traitement de la surface, ajoute du piquant à cette production.Comparativement aux premiers, bien qu’il traite avec assez de pertinence de la question de l’artificialité — des loisirs, de la fabrication des paysages (il rejoint là les autres par la thématique, et plus particulièrement Bureau, dans le commentaire social) —, Phil Irish fait preuve de moins de précision.Celle-ci n’est pas picturale mais concerne l'enrobage de ses tableaux.Pour appuyer l’ironie qu’il manipule plutôt bien — sa série est inspirée d’un salon nautique tenu à Toronto, et les divers points de vue des toiles montrent le côté artificiel de l’événe- ment, avec son vent factice —, Irish propose une série de toiles à plus d’un panneau, qui s’entêtent à faire éclater le cadre du tableau.Mais outre le fait de confronter des points de vue, la manière, systématique, tirée de l’éclatement du tableau annoncée depuis les années soixante-dix, demeure un maniérisme.ÉDUCATION SENTIMENTALE Ève Tremblay RÉFLEXIONS John Londono Galerie Occurrence Jusqu’au 30 décembre A Occurrence, deux artistes peu expérimentés, si on tient compte de leur carrière, présentent des travaux encore aux prises avec des modèles bien connus, mais qui ont la qualité de maîtriser véritablement le vçca-bulaire qu’ils manient.Avec Education sentimentale.Tremblay revient sur les drames de l’adolescence, à l'aide de portraits de jeunes filles en fleur, sujet récurrent en photographie, qui est le médium que privilégie justement la jeune artiste.Rares sont les scènes que croque Tremblay (toute sa photographie est mise en scène) qui se traduisent par des images attendues.L’ambitieux théâtre juvénile de Tremblay fonctionne dans la mesure où plusieurs de ces «tableaux» mettent l’accent sur une narration — ces images racontent — pour laquelle peu de repères sont donnés.En cela, les situations sont comme suspendues dans le temps.Si bien que, de ces lieux communs de l’adolescence, Tremblay parvient à amplifier le caractère insolite, comme si, de ces lieux déjà visités de l’identité en formation, elle parvenait à isoler l'ingratitude.De l’autre côté d’une cimaise, John londono propose une pho-tographie noir et blanc séduisante, faite de nocturnes, d’autoportraits, de reflets traités adroitement et d’effets de transparence bien rendus.En cela, Londono évolue sur des plates-bandes connues.On pensera, en ce qui concerné cette plastique dont Londono tire bien les ficelles, à la photographie de Serge Clément, photographe ici incontournable.Londono use de la superposition des espaces que permettent les vitrines.Du lot, une image ressort, terriblement trouble, magistrale, et qui vaut à elle seule le déplacement.Surgie de nulle part, dans un paysage de Nevado del Ruiz, en Colombie (1998), qui paraît immensément loin et pourtant tout proche à la fois, de la brume et des surfaces mouillées des lunettes d’une voiture, une Sainte Face, impossible à situer dans cet espace pour lequel Londono a saisi des détails d’une grande justesse.AUX PRISES AVEC David Lafrance Galerie Les Modernes 372, Sainte-Catherine Ouest, local 424 Jusqu’au 13 janvier À la galerie Les Modernes est accroché un groupe considérable de toiles de David Lafrance, très jeune artiste qui en est à sa première exposition solo d’importance.Le moins qu’on puisse dire, c’est que, pour arriver à ce digne héritage de la bad painting des années quatre-vingt, Lafrance a dû se frotter à beaucoup de peinture, au propre comme au figuré.Lafrance affiche une habileté certaine à jouer avec la matière picturale dans ces toiles, le plus souvent saturées de pigment.Il sait visiblement aménager des espaces qui ne se donnent pas toujours à lire facilement, ce qui, déjà, est stimulant.Les références fusent dans cette peinture: les madones de la proto-renaissance, la peinture de Bas-quiat (la plus évidente!), comme celle de Gustave Moreau, peut-être même celle de Klimt et de quelques autres affleurent dans ces empâtements triturés.Ces références ne sont pas toujours bien digérées et font parfois écran aux lutteurs, gladiateurs et autres chimères que représente Lafrance telles des icônes contemporaines.Mais au moins un tableau sur cinq est très, très bien, c’est déjà beaucoup.Catherine Tremblay Au-delà des apparences Orfèvrerie et objets de plaisir Petits formats de Marcelle Perron et des artistes de la galerie La galerie sera fermée du 24 décembre au 15 janvier inclusivement.cinéma Pour l’horaire complet, consultez GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montreal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9 h ÎO a 17 h 30 elle samedi lOhà 17h C 10 I, K I) E V 0 I R .L E S S A M E l> I 2 :î E T I) I M A \ C HE 2 1 I) É (' E M B K E 2 0 0 0 LE DEVOIR Dans une édition du dictionnaire encyclopédique Larousse du début du XX' siècle, une planche de 32 croquis illustre le thème de l’iiabitation à travers le monde et les âges.S’y retrouvent la maison fortifiée française du XIII' siècle, le chalet suisse, les maisons chinoise et japonaise, la paillotte annamite, la tente des nomades africains, l’isba russe, la «hutte d’hiver des Esquimaux», la tente des «Indiens des réserves du Canada».Et la «hutte de trappeur canadien».NORMAND CAZELAIS FORME w On y voit, devant une dense forêt de conifères chargés de neige, un bâtiment rectangulaire, percé d’une seule porte et sans fenêtre, surmonté d’une petite cheminée qui fume au-dessus d’un toit plat, assemblage de troncs d’arbres coupés en longues billes, posés les uns sur les autres et entrecroisés aux quatre coins.Telle était, dans ce sérieux ouvrage que consultaient les écoliers et adultes désireux de s’instruire, l’image de la cabane au Canada.Des décennies plus tard, la chanteuse line Renaud fredonnait sur les ondes radiophoniques un air devenu célèbre chantant la beauté tranquille de la cabane au fond des bois, l’immensité de l’espace, d’un rêve de liberté et de paix à partager avec l’être aimé.Dans l’introduction de Ma cabane au Québec (Trécarré), un livre que j’ai écrit sur ce thème il y a quelques années, une amie bretonne — Geneviève Corfa, pour la nommer — établie ici depuis longtemps évoque le souvenir d’une adolescente venue de l’autre côté de l’Atlantique, qui débarqua un jour au pensionnat: «Chaque soir, on se retrouvait dans sa chambre pour écouter ses histoires d'Amérique.Elle pariait de randonnées dans les bois pour repérer les huttes et les barrages de castors, ses déplacements en hydravion.Et, au centre de cet univers, on imaginait la cabane en rondins avec une grande galerie en avant.» Pour nous aussi, la cabane en bois rond fait partie de ces ailleurs décrits par Baudelaire, où «là tout n’est qu’ordre et beauté / luxe, calme et volupté», à la fois éloignés et tout proches.Un petit abri donc, rustique et parfois même inconfortable, dans les bois, loin de la foule et de la pollution, des problèmes et de la monotonie des jours.Cette image a été déclinée à de multiples exemplaires et continue de l’être.Au cœur de Disney World par exemple, où le Wilderness Lodge, une immense construction de quelques centaines de chambres, a certes supplanté le Château Montebello au chapitre de la plus grande construction en bois rond du monde.L’automne dernier, le groupe Resort One International, constitué d’intérêts belges, français, américains et québécois, annonçait un investissement de plus de 200 millions de dollars dans un projet de villégiature de luxe sur les rives du réservoir Baskatong entre Mont-Laurier et l’Abitibi.«Situé dans un cadre naturel unique, a souligné son président André Verdier, le projet Win-digo est le premier développement grande nature de la région et correspond également aux nouvelles tendances et à un mode de vie des années 2000.» Sa phase initiale comprendra l’aménagement d’un hôtel de 63 suites-résidences, d’une valeur de 15 millions.Détail à retenir «Son imposante structure de bois, conçue pour s’harmoniser avec le paysage, offrira une ambiance rustique et de grand confort comparable aux grands hôtçls internationaux.» A Saint-Roch-de-Mékinac, en Mauri-cie, Michel Béland a construit de ses mains, et tout seul, le bâtiment principal de sa pourvoirie Hosanna.En bois rond, bien sûr.Sur un mur à l’entrée, des instantanés ont croqué l’évolution des travaux et les trésors d’ingéniosité que cet «amant de la nature» a dû déployer pour ériger les longues et lourdes poutres.Chaque fois, l’étonnement se lit sur le visage des visiteurs, qui n’en finissent plus par la suite de se faire expliquer le tout par le menu.Au-delà de Saint-Michel-des-Saints, une toute nouvelle route mène à l’Auberge Autrefois camp du gardien du club La Roche dans les années trente, cette propriété fait maintenant partie du parc des Grands-Jardins, sur les hauteurs du massif des I^urentides, derrière la côte de Charlevoix.Le Château Montebello, hôtel de luxe du Canadien Pacifique du lac Taureau installée au bord du réservoir éponyme.Là encore, un édifice de grandes dimensions en bois rond-.Impressionnant Sa construction fut assurée par une entreprise de Lac-Saguay dans les Laurentides, Maison en bois rond Sâgâ, fondée en 1981 par Louis Julien et spécialisée dans la production artisanale de structures de troncs assemblées à la Scandinave classique.A la différence de la technique de nos aïeux qui emboîtait les billots seulement dans les coins en colmatant les interstices d’étoupe, celle-ci utilise le bouvetage latéral pour compenser l’affaissement causé par leur séchage au cours des ans.«Elevée dans des maisons à ossature, dit André Julien, ma génération avait oublié la façon de travailler avec des matériaux qui ne sont pas préusinés.L’emploi massif du produit standard avait lentement endormi notre ingéniosité et le goût de faire beau.» Le prélude à la vraie maison À la fin du XVÏÏI' siècle, la plupart des bonnes terres de la vallée du Saint-Laurent sont occupées et les colons doivent amorcer leur vie d’«habitants» en pleine forêt, dans les Laurentides, sur les plateaux de l’arrière-pays ou les amples crêts appalachiens: ce fut l’époque des grands défrichements.Avec des outils souvent rudimentaires, ils abattaient des arbres, essouchaient et défrichaient la terre parmi les nuées de moustiques voraces, pour d’abord bâtir des abris provisoires, des cabanes en bois rond.Le procédé est désarmant de simplicité.Il terrain préalablement dégagé et aplani, de tracer un rectangle ou un carré où seront empilées, les unes sur les autres, des billes de six à quinze centimètres, le plus souvent d’épinette ou de sapin, écorcées et équarries à la hache sur deux faces.L’assemblage des coins se fait, à mi-bois, en enclave ou à biseau.Une seule pièce: pas de chambre ni de cuisine, encore moins de salon; seulement des lits contre les murs nus où parfois est collée une image pieuse.Temporaire, destinée à disparaître dès qu’était bâtie la «vraie» maison, telle était la cabane en bois rond.Mais la technique a perduré.Le Château Montebello Une colossale cheminée à six âtres s’élève au milieu du hall d’entrée hexagonal du Château Montebello; elle monte jusqu’au toit pour réunir les chevrons qui en traversent le faîte de tous côtés.De ce hall surplombé de galeries de bois partent quatre ailes où logent les chambres sur deux étages; au rez-de-chaussée se répartissent salons, vivoirs, saües de lecture et de jeux, salles à manger et bars.Hôtel de luxe depuis 1970, le Château Montebello fut, des décennies durant, le Seigniory Club, le plus grand et le plus fashionnable club privé au Canada.Au lendemain du krach financier de 1929, où sombrèrent SOURCE: EDITIONS DU TRECARRE canadiens et américains s’était en effet porté acquéreur, dans l’ancien territoire de la Petite-Nation, du domaine Louis-Joseph Papineau, ex-chef des Patriotes de 1837, qui l’avait lui-même acheté du Séminaire de Québec.Le site fut choisi pour ses accès à de nombreux lacs dans le massif laurentien tout proche et pour sa longue façade sur l’Outaouais.Les journaux de l’époque qualifièrent l’édifice de «cabane en bois rond», alors qu’il n’en était qu’à l’état de projet.Le tout fut construit en quatre mois à peine.Ce qui était alors un exploit.Et encore aujourd’hui.Durant le chantier, on érigea 15 bâtiments temporaires pour servir d’ateliers, entreposer les matériaux transportés par 1200 wagons, nourrir et héberger les 3500 ouvriers.Les menuisiers et charpentiers venaient de partout au Québec.Certains étaient des artisans du nord de l’Europe, connaissant bien les constructions en bois rond.Les toits, à eux seuls, nécessitèrent 17 déchargements et 500 000 bardeaux de cèdre fendus à la main, «la plus grosse commande expédiée à travers le continent pour une seule construction», raconte Henri-Paul Gar-ceau dans sa Chronique de l’hospitalité hôtelière du Québec.L’inauguration du Seigniory Club eut lieu le 1er juillet 1930, en présence du premier ministre du Québec Alexandre Taschereau et de nombreuses personnalités.Pendant plus de 25 ans n’y pé nétrèrent que ses membres (dont 40 % d’Américains), après avoir déboursé entre deux et trois mille dollars par année, une jolie somme en ces temps-*¦ i rwgV là.Pas mal pour une ; Hftîv «cabane en bois rond».Bourlamaque au pays des mines L’arrivée du chemin de fer en Abitibi attisa l’exploration minière.En 1911, un prospecteur du nom de Jos Sullivan découvrit de l’or sur les bords du lac Dubuisson, révélant la présence de la grande faille géologique de Cadillac, riche d’or, de cuivre et de divers minerais.S’y développa une Val-lée-de-l’Or, véritable Klondyke québé cois, dans les années 30, en pleine crise économique, alors qu’ouvraient plusieurs mines.Contrôlée par des intérêts américains, la Lamaque Gold Mines mit les bouchées doubles: premières prospections en 1923, début de l’exploitation dix ans plus tard et coulage du premier lingot en avril 1935.Près de 26 millions de tonnes de minerai seront extraites de la mine, qui cessera ses exploitations en juin 1985, après 50 ans d’existence.Dans un document non daté, l’historien Benoît-Beaudry Gourd raconte: «Les compagnies minières sont vite confrontées au problème de l’organisation urbaine avec toute cette population qui s’installe au petit bonheur sur les terres publiques à proximité des mines, et souvent même sur les terrains miniers.[Ce qui) oblige la compagnie à loger des centaines de travailleurs sur le site même de la future mine, dans de vastes dortoirs ou bunk houses.Elle aménage également une cuisine, une salle à manger et plusieurs cabanes en bois rond.» Armand Beaudoin, pionnier du journalisme en Abitibi, les a ainsi dé crites dans la revue Habitat «Elles ont pour matériau de base des billes d’épi-nettes blanches et grises dépouillées de leur écorce, d’un diamètre d’au moins douze pouces.Elles reposent sur des lisses couchées à plat sur le sol et formées de billes rondes ou équarries.Celles des côtés se superposent les unes aux autres jusqu’à une hauteur d’à peu près dix pieds.Elles s’aboutent à chaque coin et sont maintenues en place au moyen de colonnes verticales dans lesquelles est pratiquée une coulisse en “V”.Des entures en biseau permettent de joindre bout à bout les billes plus courtes que la longueur du bâtiment.Quant aux interstices des billes, ils ont été calfeutrés d’étoupe sèche ou goudronnée, voire de simple mousse naturelle.» Ce seront les seules habitations que la compagnie Lamaque édifiera de la sorte.Les autres, nombreuses, le seront avec du bois de construction.Qu’elles soient encore intactes aujourd’hui est un fait exceptionnel.«Dans ces villes champignons, note Gourd, les cabanes de billots ont vite disparu.La mine iMmaque, contrairement à toute attente, veillera à la conservation de ses maisons.Nulle part ailleurs dans la région minière de l’Abitibi, un tel ensemble architectural n’a mieux résisté aux assauts du temps et du progrès.» In ville de Bourlamaque a pris la relève de la mine en 1965 et le village minier de Bourlamaque fût décrété site historique en 1979.L’arrondissement reconnu comprend deux entités: les maisons en rondins et les résidences de la direction de la mine.de grandes fortunes, un groupe d’investisseurs » K* ID Pensez originalité et qualité.Pensez Design! Pour des cadeaux de dernière minute .courez vite à la Galerie de l’IDM ! Institut de Design Montréal 390.rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours (niveau 31 Montréal (Québec) Canada H2V1H2 Téléphone 1514)B66-2436 Télécopieur ; (5141866-0881 Courriel idm@idmqcca Site Web : http.//www idm gc.ca Il ne vous reste plus que quelques heures pour effectuer vos achats de Noël Pas de panique I Rendez-vous à la Galerie de l’Institut de Design Montréal Vous y trouverez une vaste «élection de cadeaux originaux, alliant esthétisme et fonctionnalité, recherçhe/et (JOalité, bref DESIGN.’’BOXING WEEK" Du 76 au 31 décembre, la Galerie vous offre dïm-portanh rabais surprises sur une série d’articles pour la maison, le bureau, etc.N’oubliez pas qu'avec la carte des Amis de la Galerie, vous bénéficiez en tout temps de 10% d’escompte.OÙ NOUS TROUVER?Au Marché Bonsecours, Vieux-Montréal.390, rue Saint-Paul Est (Niveau 2) Montréal Pour information (514) 866-2436, poste 21 ¦M OBJETS DESIGN.POUR VOUS! 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