Le devoir, 1 septembre 2001, Cahier D
LE DEVOIR.L E S S A MED! E T I) I M A \ t II E S E I’ T E M B R E > O O Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 Littérature française Page D 4 Poches Page D 5 Biennale de Venise Page D 6 Formes D 8 Gilles Ma rcotte CARREFOURS Mister N.GILLES MARCOTTE Il y a un moment particulièrement difficile à passer pour celui dont le métier est lié, de façon plus ou moins directe, à l’actualité littéraire.Ce moment, ou cette période, ou cette éternité commence le 10 août et se termine le 26 ou le 27, c’est selon.Quelques livres de la saison précédente traînent encore sur les rayons, dont on se demande s'il n’est pas trop tard pour en parler ou s’en inspirer, et ceux de la suivante ont commencé à s’annoncer, à titiller la curiosité, mais sans se donner encore à la lecture.Je pense, en particulier, à cette nouvelle traduction de la Bible dont j’entends parler depuis quelques années puisque des exégètes et des écrivains d’ici ont participé à l’aventure, et dont on m’annonce la sortie pour le 12 septembre.On ne parlera donc pas de saison morte; ça grouille, en aval et en amont Mais il est difficile de rédiger une chronique sur une idée de livre, l’annonce d’une parution, un communiqué de presse.Je vais de temps à autre a la bibliothèque de ma ville d’adoption, qui d’ailleurs disparaîtra bientôt (la ville, non pas la bibliothèque, je l’espère), avalée par M.Bourque.Il arrive que j’y cherche un livre; je suis souvent déçu.Mais les présentoirs sollicitent toujours mon intérêt.J’y vois toutes sortes de choses, des livres étonnants, incongrus, dont je me demande pour quelle raison obscure ils ont été achetés — dans certains cas, vraisemblablement, parce qu’ils ont été écrits par des écrivains municipaux; et, de temps à autre, des oeuvres intéressantes, voire importantes, que je n’aurais pas lues si elles ne s’étaient offertes à moi dans le simple appareil du présentoir, c’est-à-dire du hasard.Ainsi, l’autre jour, le journal de François Nourissier, de l’Académie Goncourt (mention nécessaire), joliment intitulé À défaut de génie.C’est un livre ancien, je dois le reconnaître; il date du tout début de notre siècle, de cette année fabuleuse 2000 qui fut marquée par tant de feux d’artifice et la peur d’un immense bogue informatique qui, hélas, n’est pas venu.On se serait amusé un peu.Monsieur Nourissier n’est pas n’importe qui.Auteur d’une douzaine de romans et d’une demi-douzaine de récits autobiographiques, il n’est pas non plus, le titre de son dernier livre le dit assez clairement, un des quelques écrivains français de ce temps qui ont sollicité et obtenu une attention fervente, dont les livres ont fait événement.Je n’ai lu qu’un de ses romans, Une histoire française, paru en 1965, et j’avais aimé cette prose nette, précise, abondante en tours originaux, cachant l’émotion sous une ironie qui sans cesse donnait le change.On pourrait lui appliquer le mot de Claudel, cité dans À défaut de génie, sur Aragon: «Aragon écrit le français comme sa langue maternelle.» Mais si j’ai arraché ce gros livre au présentoir de ma bibliothèque municipale (qui deviendra sans doute une bibliothèque de quartier, et cela n’est pas sans m’inquiéter un peu), ce n’est pas en souvenir à!Une histoire française.C’est que j'avais vu à la télévision François Nourissier, longue barbe bien taillée, diction et syntaxe impeccables, raconter avec un stoïcisme émouvant comment il avait écrit son autobiographie alors qu’il était sous l'emprise d’une maladie incurable qu’il appelle, pudiquement, «Miss P.» (née Parkinson, j'imagine).Quelques heures, chaque matin, à la machine — il ne peut plus utiliser le stylo, l’épuisement vient aussitôt.Une lutte pour l'écriture, qui est en même temps une lutte pour la vie, fondues l'une dans l’autre.J’ai pensé à Fernand Dumont — mais soutenu, lui, par sa foi —, écrivant son dernier livre jusqu’aux jours ultimes de sa vie, durant sa lutte contre le cancer.Il est vrai que l’on imagine difficilement deux êtres, deux écrivains aussi différents l’un de l’autre que François Nourissier et Fernand Dumont.Mais tous deux, ils ont aimé fortement l'écriture.Pourtant je lis à la page 168 d’À défaut de génie ce petit paragraphe discordant «Parfois je suis si fatigué des mots.Du cliquetis et du clinquant des mots, de leur effervescence contrainte et appliquée, de la VOIR PAGE D 2: MISTER N.LE DEVOIR VRIS -n L’idée d’un livre unique demeure une utopie.Qu’on songe aux Fleurs du mal de Baudelaire, à Leaves of Grass de Whitman, au Cantico de Guillen, ou encore, en sol québécois, à L’Homme ra-paillé de Miron.Avec Le Dessinateur, qui paraît ces jours-ci au Noroît, Robert Melançon complète pour sa part le cycle de poèmes qu’il entamait en 1979 avec Peinture aveugle (VLB éditeur).Rencontre avec un poète qui préfère la solitude de l’atelier aux conversations bruyantes sur la poésie.DAVID CANTIN Robert Melançon ne renvoie en rien à l'image caricaturale que se font certains du poete contemporain.Il enseigne la littérature à l’Université de Montréal, se fait plutôt discret et évite plus que tout les lectures de poésie ou autres apparitions publiques.Comme il aime bien le rappeler: «Un poète porte la cravate, va au bureau.paie ses comptes, fait ses courses, lit le journal, se comporte à tous égards comme le premier venu qu’il est.» De plus, contrairement a beaucoup d'écrivains de sa génération, il publie peu.Depuis Peinture aveugle, de longs intervalles séparent chacun de ses livres.Après L’Avant- PHOTO: JACQUES GRENIER LE DEVOIR eauMs Printemps à Montréal (VLB éditeur, 1994), Melançon adjnet que Le Dessinateur, son premier titre aux Editions du Noroît, met fin à un trajet d’écriture qu'il a entrepris au début des années 70.«Je n 'aime pas trop penser en fonction d’une œuvre, mais je crois que les poèmes du Dessinateur constituent la troisième et dernière partie de Peinture aveugle.Ce sont mes derniers poèmes de jeunesse [rires].Par contre, j’ai l’intention, un jour, de tout nettoyer pour en arriver à un choix qui formerait un ensemble portant le titre Peinture aveugle.» Ce nouveau recueil vient tout juste de paraître que déjà Melançon a l’intention d’apporter des changements, des retouches, des corrections à un manuscrit qu’d prépare depuis environ six ans.La chose n’a rien pour étonner chez un auteur qui a presque réécrit tous les poèmes de Peinture aveugle, lors de la traduction anglaise du recueil, par Philip Stratford, chez Signal édition en 1986.Le Dessinateur se distingue de la plupart des recueils de poésie qui paraissent au Québec.L’utilisation de la langue parlée, le rythme du vers, cette polyphonie où le haiku cohabite avec un ton narratif, les influences anglo-saxonnes, de même que cette voix qui oscille entre le descriptif et le méditatif en font un livre aux résonances surprenantes.On se demande comment un pareil ouvrage a pu prendre une forme aussi cohérente dans ce qui est épars?VOIR PAGE D 2: POÈMES «zéÊÈÊÊÊÊ 'mm WmmW' CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR I.E DEVOIR.L E S S A M E I) I I ' * E T 1) I M A \ ( Il E l SEPTEMBRE 1 0 O I I) 1 MISTER SUITE L)E LA PAGE D 1 douleur qu'ils installent au creux de mes os.Je ne rêve plus que sommeil, songes, images muettes, oubli.» Fatigué des mots, François Nourissier?On le conçoit difficilement, à lire ces nombreuses pages où une prose heureuse coule sans difficulté apparente.Mais il y a de la pudeur, une pudeur presque héroïque, dans cet effacement des marques du travail, même dans les quelques chapitres où l’auteur parle de Miss F, de sa présence constante, des menaces quelle fait peser sur celui qui ose parler d’elle.Il y en a sept, assez courts.Ils sont aussi légèrement écrits que les autres, sans lourdeur, sans insistance.Avec cette «gaieté» dont Nourissier dit qu’elle est «la seule défense possible: inutile de chercher une autre parade, il n’y en a pas».Mais c’est une gaieté cruelle, féroce, qui s’attaque à la pitié, à la complaisance douloureuse comme à ses plus redoutables ennemis.Les «combats minuscules» qu’il faut mener, dans les circonstances les plus ordinaires de l’existence, non pour combattre la maladie mais pour en vaincre les inconvénients, sont narrés avec la même précision que si l’on décrivait des manœuvres militaires.Il y a, oui, une certaine grandeur dans ce stoïcisme actif.Le lecteur n’en sort pas indemne.On se sent plus à l’aise pour parler du portrait extrêmement animé que François Nourissier brosse d’Aragon, dont il fut l’ami pendant de nombreuses années.On s’est plus d’une fois étonné de cette longue amitié entre un homme dit de droite — mais qui était surtout devenu indifférent, et il s’en explique, à toute action JACQUES GRENIER LE DEVOIR François Nourissier politique — et le brillant écrivain qui est resté, jusqu’à ses dernières années, aux ordres de Moscou.On comprend Nourissier; on comprend moins Aragon, qui paraît dans ce portrait plus complexe, plus déroutant que jamais.Son désespoir à la mort d’Eisa, les scènes quasi fantomatiques qui suivirent, sont décrits par Nourissier avec une précision qui devient hallucinante, à la mesure de ce qui s’est passé.Sur les années désolantes qui ont précédé la mort du grand écrivain, ses désordres, on oserait presque dire sa déchéance, le mémorialiste est discret, et pour cause: il n’était plus là, il s’était éloigné pour de bon.Il m’arrive de penser qu’il éprouve plus de pitié pour Aragon malade que pour lui-même.Sa propre maladie, il peut la nommer, la décrire, alors que celle d’Aragon se déroulait tout entière sous le signe de l’abandon.On n’écrit plus, alors.Mais, pour François Nourissier, l’écriture ne s’appel-le-t-elle pas, elle aussi, Miss P.?I Renaud-Bra Nos meilleures ventes1 du 22 au 29 août 2001 1 * Dictionnaire LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2002 COLLECTIF Larousse 8 2 Roman Qc ADÉLAIDt - Le goût du bonheur, T.2 V Mane LABERGE Boreal j 3 Roman ûc GABRIEILE - Le goût du bonheur, T.1 V Marie LABERGE Boreal 38 Fantastique HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU, T.4 y Joanne K, ROWLING Gallimard 40 Roman Qc Lise BISSONNEITE Boreal 2 6 Polar DANS LA RUE OU VIF CELLE QUE J'AIME M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 12 7 Roman EN AVANT COMME AVANT ' ¥ Michel FOLCO Seuil 14 3 PsycholORie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T D'ANSEMBOURG L'Homme 33 1 Cuisine Qc BOfTE A LUNCH EMBALLANTE ¥ BRETON / EM0ND Flammarion Qc 4 ill Roman PORTRAIT SÉPIA ¥ Isabelle ALLENDE Grasset 10 11 Roman Qc UN DIMANCHE A LA PISCINE A KIGALI ¥ Prix des libraires 2000 G.C0URTEMANCHE Boreal 44 1.’ Sc.Sociale Qc LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ¥ Serge M0NGEAU Écosociété IJ Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 4/_ 1 B.D ASTÉRIX ET LATRAVIATA Albert UOERZO Albert Rene |s Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ - Éd, compacte A.-M MACDONALD Flammarion Qc 47 16 Polar L'ENGRENAGE John GRISHAM Robert Laffont 11 1 : Essai NO LOGO ; La tyrannie des marques ¥ Naomi KLEIN Lemeac 20 M Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI ¥ Ed broche - Gill HALE Manise 123 M Roman LE MARIAGE Danielle STEEL Pr.de la Cité ! ; .’[) Psychologie A CHACUN SA MISSION ¥ J M0NB0URQUETTE Novalis ,’l Spiritualité LE POUVOIR DU M0MLNT PRÉSENT Eckhart TOLLE Ariane 49 V Roman DOLCE AG0NIA ¥ Nancy HUSTON Actes Sud ! ¦ Roman U VIE SEXUELLE DE CATHERINE M Catherine MILLET Seuil 16 .'J Cuisine LES SALADES Anne WILSON Kônemann /' Biographie LES LIENS DU SANG NICASO / LAMOTHE L’Homme 15 Arts ATLAS PRATIQUE DE U PHOTO ¥ COLLECTIF Atlas 102 .Cuisine SUSHIS FACILES ¥ COLLECTIF Marabout 65 28 Jeunesse A LA CROISÉE DES MONDES, T, 3 - Le miroir d'ambre ¥ Philip PULLMAN Gallimard 21 Roman FILLE DU DESTIN ¥ Isabel ALLENDE Grasset to JO Sc.Sociale Qc CONTES ET COMPTES DU PROF LAUZ0N Léo-Paul LAUZ0N Lanctôt : ' J! Nutrition LE RÉGIME SUR MESURE Jacques FRICKER Odile Jacob J Roman LA MUSIQUE D'UNE VIE ¥ Andrei MAKINE Seuil 33 Jeunesse HISTOIRES A CROQUER AVANI D'ALLER SE COUCHER ¥ COLLECTIF Hem ma 130 JJ Roman LE DEMON El MADEMOISELLE PRYM Paulo C0ELH0 Anne Carrière •:< Roman JE PENSAIS QUE MON PÈRE É1AIT DIEU ¥ Paul AUSTER Actes Sud 11 H* Critique litt DERNIER INVENTAIRE AVANT LIQUIDATION Frédéric BEIGBEDER Grasset J ’ Psychologie GRANDIR - Aimer, perdre et grandir J M0NB0URQUETTE Novalis ¦ 38 Maternité GUIDE PRATIQUE DE IA FEMME ENCEINTE Marie-C.DEUHAYE Marabout 39 Faune GUIDE DES OISEAUX DES L EST DE L'AMERIQUE DU NORD ¥ 0.et L STOKES Broquet 237 40 Roman Qc LE PARI ¥ Dominique OEMERS Qc Amérique i 41 Nutrition 4 GROUPES SANGUINS 4 RÉGIMES Peter J.D'ADAMO Du Roseau 100 ¦i: Psychologie LES MANIPULATEURS S0N1 PARMI NOUS ¥ 1.NAZARE-AGA L Homme 210 y Maternité C0MENT NOURRIR SON ENFANT, 3' edition L.LAMBERT-IAGACE L'Homme 108 44 Jeunesse CHANSONS DROLES.CHANSONS FOLIES ¥ (Livre A DC) Henriette MAJOR Tides 49 45 Fantastique HARRY POTTER A L'ECOLE DES SORCIERS.T.1 ¥ Joanne K.ROWLING Gallimard v Coup de coeui RB mmm N.B Hors prescrits et scolaires 1" semaine sur notre liste Nombre de semaines depuis parution I Pour commander à distance : “S (514) 342-2815 www.renaud-bray.com Ce palmarès hebdomadaire vous est offert avec la collaboration de r L SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marquis * IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke «* L I V II E s - POÈMES Comme chez le peintre, la main joue un rôle déterminant dans l’activité du poète SUITE UE LA PAGE D I «Il y a toujours une phase de rassemblement.Je recueille, dans un premier temps, des textes épars.Je sépare ce qui entre et ce qui n’entre pas.Le premier noyau du Dessinateur a suscité de deux à quatre ans.Il m'arrive aussi de publier de petits livres d'artistes, comme Air, a partir des œuvres en bois de Lucie Lambert, que j’integre ensuite dans un recueil plus vaste.Je tenais du même coup à insérer dans Le Dessinateur ces quatre parties [Quelques hafkus dans le style ancien, Douze limericks moins deux.Notes sur un jour d’hiver et Pochades en vers] qui suggèrent d’autres tons.» On mesure, en discutant avec Melançon, à quel point rien n’est laissé au hasard et qu’il préfère s’accorder tout le temps nécessaire au mûrissement d’un recueil plutôt que de le publier à la hâte.Il regrette, encore aujourd’hui, l’expérience douteuse de Territoire (VLB éditeur, 1981), qu'il juge toujours aussi sévèrement.«Je considère ne pas avoir assez pris de distance, par rapport à ce recueil, avant de le publier.En somme, maintenant, je conserverais peut-être cinq poèmes de Territoire.J’ai tout de même beaucoup appris de cette erreur.Je croyais, il y a deux ans, que Le Dessinateur était prêt: sauf que je réalise aujourd’hui que je me serais trompé de nouveau.» Poète et traducteur On connaît tout le plaisir que prend Melançon à l’art de la traduction.En 1990, il publiait sa traduction, faite avec l’aide de Charlotte Melançon, du Second Rouleau, d’A.M.Klein, chez Boréal.Dans un avenir rapproché, on pourra lire ses versions françaises d’un choix de poèmes du Canadien Parle Birney au Noroît.Pour lui, cette quête, aussi ardue que passionnante, l'accompagne même dans son propre parcours d’écrivain.«Je crois sincèrement que le désir d’entreprendre la traduction en français de poètes anglophones, tels qu Earle Birney ou David Solway, a beaucoup influencé ma poésie.D’ailleurs, j’ai comme intime conviction que la littérature québécoise est pénétrée d’influences anglo-saxonnes davantage qu’on l’imagine.On n’a qu’à relire l'œuvre entière de Michel Beaulieu dans cette optique pour s’en apercevoir.Mais il ne s'agit que d’un exemple parmi tant d’autres.Ixi lecture de la poésie de langue anglaise, de Robert Herrick à Rhilip Ijirkin, a eu sur moi un effet libérateur.Elle m a permis d’entrer dans une relation polémique avec la langue.» Melançon poursuit en disant qu’il affectionne aussi la traduction parce qu’elle n’impose pas de règles fixes et qu’elle permet à la poésie de se renouveler et de se ressourcer dans la langue même.Le Dessinateur commence: et se termine par une épître en vers au poète George Johnston, en signe d’amitié comme de reconnaissance.Au fil du recueil, Melançon rend hommage à Larkin ou encore dédie certains poèmes à Michael Harris et Eric Ormsby.Ce salut traduit un bon nombre d’affinités qui ne mentent pas.Comme chez le peintre, la main joue un rôle déterminant dans l’activité du poète.Mais pourquoi avoir choisi d’intituler un recueil de poèmes Le Dessinateur! A l’adolescence, Melançon aurait eu la ferme intention de devenir peintre.Encore aujourd’hui, il pratique l’art du dessin, de manière toutefois discrète, dans son espace d’écriture.Pour l’auteur de Peinture aveugle, «il est certain que la poésie se rapproche davantage du dessin que du roman».«J’avoue même avoir énormément de difficulté à lire des romans depuis un bon nombre d’années.]e suppose qu’un poème traduit toujours quelque chose: un rythme intérieur, une perception, un enchaînement d’images et d’idées, qu’il tente de saisir dans des mots plus ou moins inexacts», ajoute-t-il.La métaphore picturale intervient également dans une certaine image de la nature que Melançon aime nuancer ce monde en mouvement qui va de l'infime detail a une troublante justesse émotive.Simple en apparence, cette poésie se déploie à partir d’un travail du regard ou, a la fluidité de la langue, se mêlent toutes sortes d’irrégularités.Par ailleurs, «un poème s’accomplit lorsqu'il se détache de la subjectivité à l’intérieur de laquelle il s’est formé».Quel serait l’avis de Melançon sur ce qui se publie actuellement?«J’avoue être un peu moins à l’affût de ce qui sort en ce moment.Beaucoup de parutions m’échappent ou me tombent des mains.Les derniers recueils de sonnets de Robert Marteau m’emballent énormément, par contre je découvre surtout de nouveaux auteurs dans la poésie québécoise d’expression anglaise.Récemment, la lecture rf'Araby d’Eric Ormsby et de Credo de Carmine Starnino me stimule beaucoup.» On apprend aussi, lors de cet échange, que plusieurs poèmes de David Solway, traduits par Melançon, devraient paraître dans le prochain numéro de la revue Liberté, qui rendra hommage au poète Michel Beaulieu.Sans trop vouloir s’étendre sur le sujet, Melançon mentionne qu’il termine le «nettoyage» de ses carnets sur la poésie, qu’il souhaite pu- A près la fin du monde, ceux ^XA-qui entreront / Dans la pluie radioactive oublieront-ils / Qu’avant l’ejivol des oiseaux de Minerve / (O déesse casquée, tes missiles reposent / Dans leurs silos), le monoxyde et la poussière / Irisent nos soleils d’une lumière d’Arcadie?/ Dans une pastorale d’autoroutes, dans des tours, / Où se dédoublent en miroir les nuages, / Nous rédigeons en miroir les nuages, / Nous rédigeons des notes de service / Et des rapports à nos très chers collègues, / Tityre et Mœlibée.A la télévision, le soir, / Dans le nouveau théâtre blier a l’automne prochain.Ce livre pourrait très bien se retrouver dans la collection «Chemins de traverse» au Noroît, dès l’automne 2002.Dans un autre ordre d’idées, on apprend que le prochain recueil est déjà en cours d’écriture.«Ce sera le début de quelque chose de nouveau, où le “je’’ s’efface complètement et les formes fixes orientent l'ensemble.Il s'agit de poèmes qui comptent douze vers chacun, divisés en quatre strophes.Je souhaite me rendre à 144.L’alexandrin demeure une sorte de repère et d’indice, bien que je le travaille à ma guise.J’ai aussi l'intention que le poème se fasse beaucoup plus témoin d’une certaine réalité omniprésente.» On aura lu quelques-uns de ces Objets de spéculation dans le premier numéro de la revue L’Inconvénient.Pour ce qui est de tout le recueil, si l’on songe aux habitudes de Melançon, il faudra attendre au moins cinq ans.Pour l’instant.Le Dessinateur prolonge la vision d'un univers où la pensée et la sensation ne font qu’une.Une réussite comme il y en a peu.LE DESSINATEUR Robert Melançon Editions du Noroît Montréal, 2001,65 pages des informations, / Le vol des bombardiers, les cours de la bourse / Et les collections du printemps, à Paris, font / Un opéra-bouffe avec des intermèdes de ballet / Nous goûtons les plaisirs de l’automne; / Nous cueillons ses fruits sous l’explosion / Exquise du soleil dans une braise de nuées, / En regardant la nuit qui monte, où se tapit / Un avenir auquel mieux vaut ne pas penser.» «L’Age d’or», extrait de Le Dessinateur, de Robert Melançon, Editions du Noroît.Reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur.Extrait Le roman de la désillusion Le dernier roman de Carlos Fuentes est truffé de réflexions singulières sur les idéalistes, leur motivation et leur capacité de résister à la corruption Littérature hispanophone JERZY KOS1NSKI Carlos Fuentes et son fils Carlos Fuentes Lemus, Ambassade du Mexique à Paris, 1976.r,.'" CAROLINE M O N T P E T IT LE DEVOIR Le XX'' siècle a baigné dans l’espoir, la violence et la déception.Siècle des soulèvements et des désillusions, siècle de la Révolution bolchevique et des deux Guerres mondiales, siècle de la révolution féministe, d’un fulgurant progrès technologique, il a pris ainsi la mesure des grands idéaux de l’humanité, et en a établi les limites.I-e dernier roman de Carlos Fuentes, Les années avec Laura Diaz, une somme qui traverse le siècle, en témoigne, avec toute l'exaltation, toute l’amertume et la résignation de circonstance.Fresque géante, le roman, qui vient d’être traduit en français chez Gallimard par Céline Zins, retrace l'histoire d'une jeune Mexicaine, lüura Diaz.Sa vie, qui se déroule aussi en parallèle avec la revolution féministe, sera associée à la Révolution mexicaine, aux peintres et muralistes Frida Kalho et Diego Rivera, puis à l’Espagne républicaine, subissant ensuite le maccarthysme et la répression de la rébellion étudiante, place des Trois-Cultures, à Mexico.L’œuvre est magistrale.Carlos Fuentes y a mis tout son savoir-faire, cultivant les rappels historiques, les précisions politiques, faisant du coup battre la vie de ses personnages au rythme des années passées, au rythme des idéaux surtout, de ceux qui font les héros.Car c'est bien d’héroïsme que l'on parle ici, un héros que Nuira Diaz cherche successivement à travers chaque homme qu'elle aime, en commençant par Santiago, son frère, révolutionnaire, mort fusillé pour ses idées.*< Les révolutionnaires, dit Santiago à sa sœur, sont des gens qui demandent des choses très simples pour le Mexique, la démocratie, des élections libres, la terre, l’éducation, du travail, et non pas la réélection perpétuelle.Cela fait trente ans que don Porfirio est au pouvoir».Comme ses successeurs, tous les Santiago du roman, le frère de Laura Diaz meurt encore jeune, comme si seule la mort pouvait preserver de la corruption, de la chute des idées, de la désillusion.«Qu est-ce que c est un révolutionnaire?».demande Uiura Diaz à son grand-père.«C’est une illu- sion que Ton doit perdre à trente ans», repond-il.Pourtant, dure et têtue.Ixiura Diaz survivra à tous ses Santiago perdus, plaçant tout de même successivement ses espoirs en chacun d'entre eux, tout en constatant, autour d’elle, et en elle, le temps qui fait son cours, et pas toujours dans le sens que l’on aurait souhaité.En plus d’être un monument de culture, Carlos Fuentes, qui a déjà été pressenti pour recevoir le prix Nobel de littérature, est cosmopolite.Aussi son roman est-il traversé des cultures étrangères qu'il a fréquentées; la culture allemande, la culture espagnole, la culture américaine.Et à ce croisement des cultures st- jouent des destins souvent impitoyables, des destins marqués par la guerre, des guerres auxquelles seul l’amour, même l’amour du couple, l’amour individuel.apporte quelquefois un début de réponse.Car on oppose ici souvent les grandes causes et l'amour, l'héroïsme et l'instinct de survie.«Comme elle aurait voulu être elle aussi héroïque.Cependant, après avoir entendu Jorge Maura, elle avait compris que l'héroïsme n’est pas un projet volontaire, mais réponse à des circonstances imprévues quoique imaginables.Dans sa vie à elle, il n’y avait rien d’héroïque», lit-on dans Les années avec Laura Diaz.Et le roman est ainsi truffé de réflexions singulières sur les idéalistes, leur motivation et leur capacité de résister à la corruption.On y rencontre par exemple cet aristocrate communiste qui prétend que toutes les révolutions ne devraient être faites que par des aris- tocrates, ces gens qui ont tout à perdre et rien à gagner et qui, du fait, sont moins vulnérables à la corruption.Des héros, il y en a pourtant quelques-uns dans cette fresque historique qui se déroule sur plus de 600 pages.Des héros morts au combat qui n’ont, malgré toute leur foi, pas pu empêcher le dernier siècle de finir dans l’injustice, et les entrepreneurs corrompus de trouver leur voie dans un Mexique contemporain.Ainsi, le fils même de Laura Diaz, son survivant, est-il peint en être exécrable, homme d'affaires avide ne reculant devant rien pour arriver à ses fins, qui finit même par racheter, de cet argent même qu’elle finit par détester, la maison d’enfance de Laura Diaz et tous les souvenirs qui l’habitent Le livre est une réflexion mordante, vivante, lucide, terrible, sur le dernier siècle, et une façon d’en faire le bilan avant de se retourner, allégé, vers l’avenir.Au même moment, Carlos Fuentes fait paraître un album de portraits, intitulé Portraits dans le temps, avec son fils Carlos Fuentes Lemus, toujours chez Gallimard.Alors que le père a écrit les textes, le fils signe les photographies.Et ainsi défilent les Carlos Saura, Jacqueline Kennedy et Gregory Peck, les Gabriel Garcia Marquez, Gunter Grass, et Norman Mailer, rapidement rencontrés ou connus en profondeur, puis croqués en photographie, laissant, dans le texte senti de Fuentes, sur la pellicule du fils, comme dans la mémoire du siècle qu'ils ont traversé, des traces indélébiles.LES ANNÉES AVEC LAURA DLAZ Carlos Fuentes Traduit de l’espagnol par Céline Zins Gallimard Paris, 2001,625 pages PORTRAITS DANS LE TEMPS Textes de Carlos Fuentes Traduits de l'espagnol par Céline Zins Photographies de Carlos Fuentes Lemus Gallimard Paris, 2001,151 pages L E I» E VOIR.1.E S S A M E l> 1 I E T I) I M A N ( Il E S E I* T E M B R E 1 O O 1 I) Livres Québécois dans l’âme Ly événement littéraire de l'au-' tomne pourrait bien être la publication du troisième tome de la biographie de Rene Lévesque, par Pierre Godin.Intitulé L'Espoir et le Chagrin, ce tome, annoncé chez Boréal en novembre, devrait être la pierre angulaire du vaste projet biographique entrepris par Pierre Godin il y a sept ans.L'Espoir et le Chagrin traitera en effet du premier mandat de Rene Levesque en tant que premier ministre, de l'élection du 15 novembre 1976 au premier référendum.Au cours de cette période, explique Pierre Godin, la vie politique de René Lévesque oscille entre ces deux pôles.L’espoir, parce qu'on parle de l’élaboration des grands chantiers de la souveraineté, des grandes lois du premier mandat Le chagrin, à cause du référendum.On touche donc aussi à la vulnérabilité de l’homme.La rédaction de cette partie de la biographie de René Lévesque n’a pas été sans difficultés, puisque Pierre Godin affirme ne pas se borner à faire le portrait d’un seul homme, mais aussi des gens qui l’entourent.On devrait donc y retracer, du même souffle, des pans de la vie de Jacques Parizeau ou de Claude Morin, par exemple.La période décrite est encore très près de nous, précise-t-il.Et plusieurs personnes qui entouraient René Lévesque sont encore au pouvoir aujourd’hui, qu’on pense simplement aux Bernard Landry et Pauline Marois, non des moindres dans le gouvernement péquiste actuel.Or, les gens au pouvoir «ont une différente perspective» au moment de faire des entrevues, explique Godin.L’ouvrage traitera de la déception du référendum, au cours duquel Lévesque avait joué son «va-tout», explique Godin, qui croit par ailleurs que Lévesque, le «plus Québécois des Québécois», pour reprendre les mots de son biographe, est resté un authentique souverainiste jusqu’à sa mort.«Il avait parié sur les Québécois et les Québécois ont refusé de le suivre», ajoute-t-il.Ce tome fait suite aux deux précédents, qui amorçaient la biographie de Lévesque, et qui s’intitulaient respectivement, Un enfant du siècle, et Le Héros malgré lui.Le cycle devrait se fermer sur un dernier tome de la biographie, relatant le deuxième mandat de Lévesque en tant que premier ministre du Québec.Nouvelle collection Les Editions Robert Davies viennent de démarrer une nouvelle collection qui publie en anglais des traductions d’auteurs de langue française.Cette collection s’intitulera «The French Millenium library».On vise ainsi à favoriser l’accès à des ouvrages écrits en français dans le monde anglo-saxon, que ce sojt au Québec, au Canada et aux Etats-Unis, voire en Grande-Bretagne.Le premier titre à paraître est Song of the errant heart.H s’agit de la traduction anglaise, faite par Robert Davies lui-même, à’Amour et d’Exil, de l’écrivain d’origine cubaine exilé à Paris, Eduardo Manet «Plusieurs des auteurs qui seront traduits ne sont pas des Français de longue date, ex-plique-t-on à la maison d’édition.Ce sont souvent des immigrants de première génération en provenance d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est».La collection devrait produire environ trois titres par année.En 2001, on prévoit publier Dawn of the Beloved, traduction de L’Amour des bien-aimés, du Français Louis Gardel, et The Family Table, version anglaise de Cènes de famille, un ouvrage à saveur régionaliste sur la Normandie de Jean-Louis Maunoury.M.Davies affirme son intention de traduire aussi des auteurs québécois.Nomination Jacques Allard passe aux Editions Hurtubise HMH, où il sera directeur littéraire à compter du 1" septembre.Il quitte donc la direction littéraire de Québec Amérique, où il avait d’ailleurs publié son dernier essai, Le roman du Québec, et où il œuvrait depuis cinq ans.Jacques Allard est professeur au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal.Il a aussi cofondé la revue Voix et images/études québécoises, et a été chroniqueur au Devoir de 1991 à 1996.Concours L’échéance pour les prix littéraires de Radio-Canada, récompensant des nouvelles, des récits de voyage et de la poésie, a été reportée à la fin du mois de septembre.Pour plus d’informations, consulter sur Internet le www.radio-canada.ca, ou joindre la chaîne culturelle de la radio de Radio-Canada.Caroline Montpetit ROMAN QUÉBÉCOIS Le testament d’un petit christ Dl MERCURE SOUS LA LANGUE Sylvain Trudel Les allusifs Montréal, 2001.130 pages Sylvain Trudel écrit à l’occasion des romans jeunesse.Quand il le fait pour des lecteurs adultes, il prête sa voix et sa plume à des personnages le plus souvent jeunes, enfants ou adolescents en querelle avec un monde hostile, platement réel avec ses normes, ses limitations diverses, son conformisme soumis.Face à celui-ci, farouches, irréductibles, ils brandissent leur jeunesse comme un étendard.On se protège comme on peut, avec les moyens du bord.Trudel a écrit son premier roman.Le * souffle de l’Harmattan — paru en 1986 — alors qu’il avait tout juste vingt ans, l'àge de ses personnages à peu de choses près.On avait alors salué une voix nouvelle et déjà sûre, tout en lui trouvant des parentés de thématique, voire d'écriture avec celle de Réjean Ducharme.Les jeunes personnages des romans de Trudel ont la révolte altière, rêveuse, moins sèche que ceux de Ducharme.Avec une ferveur qui frôle parfois le mysticisme, ils sont en quête d’un certain autre chose, d’une transcendance qui récuse celles des religions et des mythologies établies mais qui ne dédaigne pas de prendre appui sur elles: elles leur servent tout à la fois de repères et de repoussoirs pour l’édification d’une sorte de paganisme à usage personnel, fait de colères et d’idéaux.On se révolte, dans cette œuvre, contre toutes les formes du mal.On en a particulièrement contre la mort, qui devient un scandale intolérable lorsqu’elle frappe ceux qui n’ont même pas vingt ans.Cela était écrit et fort bien raconté dans Zara ou la mer noire (Quinze, 1994), de même que dans une des nouvelles du recueil Les prophètes (paru chez le même éditeur en 1996), Mourir de la hanche, dont le titre suggérait par métonymie un verdict médical sans appel: celui d’un cancer des os.Du mercure sous la langue reprend précisément l’histoire de cette nouvelle, son propos et même sa lettre puisqu’on y retrouve des passages entiers du texte.La nouvelle, qui faisait quinze pages, est devenue un court roman qui étoffe le parcours final d’un garçon de 17 ans, Frédéric Langlois.Il soliloque — peut-être écrit-il son journal, on ne le précise pas.Il a beau se dire «un petit athée de naissance», que «Veau sainte du baptême» n'a pas déteint sur Robert C h a r t r a il d Hivieri librairie ?bistr son «âme méchante», il n’empêche que ce jeune homme est de toute évidence un mécréant, bien plus proche de certaines croyances qu'il ne l’affirme.11 cherche à apprivoiser, souvent sur le ton du cynisme, la mort qu'il devine proche, et à quitter sans regrets cette vie en essayant par bravade de se persuader qu'à la vérité, il n’a même pas eu le temps d’y goûter.Frédéric déploie pour se protéger un arsenal d'attitudes, de mots surtout: paroles proférées ou gardées par-devers lui.questions d’ordre métaphysique auxquelles il donne des réponses à sa convenance, courts poèmes moins réussis, estime-t-il, que ceux d'une patiente condamnée comme lui, Marilou Desjardins, de qui il devient amoureux, ou encore lettres écrites du «purgatoire» de l’hôpital à ses proches et qui devront leur être postées après sa mort.Ce garçon qui se meurt dans un hôpital est un authentique païen, qui ne se cache pas d’avoir «un penchant pour les apocalypses» et d’aimer se prendre pour un prophète, dont il imite parfois les accents — «en vérité je te dis», lancera-t-il.Il va s’amuser à dérober des hosties à la chapelle et les grignoter comme des pommes «chips» et prétendre au passage que sa mort sera une «assomption».Quand il se souvient de ses conversations avec son père, gauche, si effacé qu’il semble exister à peine, il dit avoir eu «l’impression de prier Dieu» tant le pauvre homme lui paraissait «lointain et irréel».Pour le plaisir de dérouter la psychologue qui l’a pris en charge, il se proclame aussi parfait que le Christ, la puissance en moins.Et il congédie sèchement l’aumônier de l'hôpital , comme l’avait fait en son temps le Meur-sault d’Albert Camus.Culture religieuse Les références à la Bible, aux rites de la religion catholique forment ainsi un véritable motif de ce roman, repris avec mille variantes, avec une telle insistance qu’elles en deviennent le propos majeur.Ce garçon, qui assure ne croire ni à Dieu ni à diable, est en tout cas un fameux exégète.Dans les louanges que le jeune homme destine à son amie Marilou.à sa psychologue ou à sa grand-mère maternelle, on retrouvera sans peine des accents du livre des Psaumes ou du Cantique des cantiques, de même que ceux de Job et de Jérémie dans certaines de ses déplorations où il adopte la figure du juste qui souffre sans raison qui le convainque.Il faut que le personnage de Sylvain Trudel ait grandi dans un climat profondément religieux, qu’il ait acquis très jeune une culture du sacré pour tenir un tel discours, ce qui paraît à tout le moins surprenant quand on pense qu'il a dû naître au milieu des années 80.dans un Québec bien peu préoccupé de ces questions.Bref, si on est sensible à la vraisemblance, on trouvera ce garçon trop mûr pour l'âge qu’on lui prête, ou né vingt ans trop tard.Trudel n’en a cependant fait ni un mystique égaré à notre époque ni un exégète qui feint de s’ignorer.Frédéric a des préoccupations profanes, qui meublent ses derniers jours: souvenirs agréables de son enfance, attachement à ses frère et sœur, colères à propos de certaines folies de la société moderne.Et, comme il se veut un peu poète, il décide de se donner un nom de plume en s'appropriant celui du poète et dramaturge du XVIIF siècle Pietro Trapassi, dit Pierre Métastase.François revendique ainsi, par un défi dont on lui pardonnera la facilité, le cancer qui va l’emporter.On suivra avec plaisir, dans ce roman, le discours religieux, entre hommage et blasphème, qui s’y déploie comme malgré lui.Et on aimera les très beaux passages où, délaissant son cynisme, le narrateur s’adonne à de soudaines envolées de lyrisme, brèves, en contrepoint étonnant, et où se manifeste en clair son émotion.Sylvain Trudel a voulu rendre une nouvelle fois, d'une autre manière, la tragédie de la mort de très jeunes gens, cette douleur dont on a déjà dit que les parents ne se remettent jamais.Du mercure sous la langue est le roman de ce scandale absolu, écrit ici par une de ses victimes présumées, joliment, en dépit de certaines facilités.robert.chartrandS Asympatico.ca LIBER 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tel.: 5i4‘739-3é39 Fax : 51W39-3630 service@librairieolivieri.com Pierre Bertrand L’ART et la VIE Les enjeux de la rationalité Le àéff de la tcknce et d* h technologie aux cufturet Irhlence, éthique et rationalité 132 pages, 20 dollars 240 pages, 23 dollars CANADIAN MUSIC CENTRE CINTRE DE MUSIQUE CANADIENNE musicanaoa; AC&fanÉflof Utshonwageaa Ciwfcw Cospwns conpoiittiB uradtas LIBER • CMC 180 pages, 28 dollars AUTRES TITRES DE SEPTEMBRE 2001 Dictionnaire des suicides Eric Volant Quatre leçons et deux devoirs de pataphysique Line Mc Murray C.P.1475., suce.B, Montréal,'Québec 1131) 31 2 (514) 522-322'': eilliberf'cam.org; www.c a m.o rg / - ed I i be r I T T É R A T U R Q U É B É « I S E Sous le signe du feu BEN NV VIGNE Al LT Bien que le hasard et le destin constituent des concepts a priori diamétralement opposes, l’un et l’autre finissent jvu se rejoindre, selon la façon de les appréhender.D’un côté, ce qui ne peut être prévu, ce qui est aléatoire, inattendu, inexpliqué; de- l’autre, ce qui a ete écrit ou.selon les conceptions ou l’attitude, ce qui est à écrire.Entre les deux, une zone grise, un brouillard, un espace transitoire ou du coup se croisent et se mélangent, parfois, la réalité et la fiction.Plus souvent qu’autrement c’est de là que surgit la littérature pour prendre ensuite les formes les plus diverses.Raymond Plante, dans Baisers voyous, son huitième roman écrit pour les adultes, exploite cette idée.Ainsi, quelle est la juste part du hasard ou du destin dans le cours des événements qui marquent une existence?Mis au rancart par l equiiv de la ligue Nationale de hockey (l.NH) à laquelle il appartenait, à cause d’une blessure sérieuse à la colonne vertébrale, Stéphane « Doggy » Martineau, bagarreur sur la glace mais bon colosse au quotidien, d;i-vantage reconnu pour ses bourrades que pour l’intelligence de son jeu, paisse par des moments difficiles.A peine entré dans la trentaine, avec une carrière interrompue et un divorce sur les bras.Doggy cherche à redonner un sens à sa vie.Suivant les conseils de son ex-agent sportif, il revient à Montréal et s’installe dans un appartement cossu avec vue sur le canal I-aehine.C’est là que le destin frappe à sa porte, ou est-ce plutôt lui qui force le destin?Surveillée par des personnages mystérieux (des agents d’assurances?), Diane Roussin tente de prolonger une convalescence.Mais là n’est pas le moindre de ses souris, puisque son fils de 19 ans lui donne du fil à retordre.Profondément affecté par les déboires de sa petite amie, Camillia — une jeune et ravissante Chilienne en fugue dont la famille est menacée d’expulsion —, l’adolescent abandonne son tne vail, délaisse son groupe de musique, «la Meute barock» et écoute ad nauseam la fitrza del Destina de Verdi.Diane Roussin et son fils sont voisins de Doggy Martineau.Ainsi, l’intrigue du roman repose sur cette dramatique histoire d’expulsion et s’attarde à mettre en évidence les remous quelle pro- voque dans la vie de ceux et celles qui y sont plus ou moins directement lies.Jean-Christophe parviendra-t-il à aider son amie de cœur?Doggv Martineau, lui qui a «l'habitude de défendre le monde», réussira-t-il à n’être autre chose qu’un chien d;ms un jeu de quilles?Qui est cette mystérieuse Dolorès Maria Gomez, la nouvelle l lamine du bar de danseuses l’Etoile d’or?Et quels motifs expliquent cette succession d’agressions sauvages survenues dans le stationnement arriéré dudit établissement?Tout autant roman urbain que récit d’aventures, Baisers voyous, avec ses allures de polar, tire profit d’une narration dynamique qui, tour à tour, donne le ixiint de vue des nombreux personnages que contient cette histoire.En ce sens, l’ouvrage est à la mesure du talent et de l’imagination de Raymond liante qui, à travel's son œuvre — du moins pour ce qui est de ses romans destinés aux adultes —, s’intéresse à îles histoires réalistes tirées de la vie de tous les jours.1 )e plus, derrière l’areliitivture du roman, on perçoit le travail du scénariste, qui donne à son aventure l'as-(x\'t «visuel» et le rythme nerveux dos séries télé.En bout de course, le lecteur ti dèle trouvera probablement que ce huitième roman n'a ni la profondeur ni la force d’évocation des ouvrages précédents.Lu d’un trait.Baisers voyous, bien qu’il procure un certain plaisir de lecture, fait peu impression et se laisse facilement oublier.I fepuis presque trente ans, Raymond liante roule sa bille et accumule une œuvre considérable, dont la plupart sonl des livres s'adressant aux jeunes lecteurs.N'est-il pas normal, dès lors, que ses romans destinés aux adultes en portent la marque?Ainsi, l'écrivain situe l’action de ses livres dans un univers qui peut rejoindre tout autant les adultes que les adolescents.Racontée avec humour et un brin de fantaisie, l’histoire de 1 )og-gy Martineùau, de Diane Roussin, de Jean-Christophe et de la belle Camillia s'inscrit tout à fait dans cette veine.Dans la vie comme dans les romans, qui peut prédire l’aventure qui nous attend au détour d’un chemin?BAISERS VOYOUS Raymond Plante I-a Courte échelle Montréal, 2001,160 pages LA C'AIT ni-Kl Distribution : Prologue 5e ANNIVERSAIRE 1 LES ÉDITIONS VARIA La Cafetière roman Pierre Ramsay-Tardif Une jeune femme, entre la fin de son adolescence et l'épanouissement de sa féminité, raconte des pans de vie qui sont tous reliés, de près ou de loin, à la présence sensuelle du café.Un roman original et païen à l'intention de ceux qui sont doués pour le plaisir.Un texte frais qui, comme un bon café, nous initie à la magie du quotidien en nous gratifiant d'un rictus de voluptueux plaisir.: 2-922245-50-0 O .ages-l7.«$ XODeÇ^ jusqu'au 15 septembre 2001 1700, rue Saint-Denis, à Montréal ENTRE! Bihliollieqiie nationale du Quebec ÀIa "découverte du ARAD1S Le Pacifique Sud avec Cook et Bougainville DU 1/ MAI AU g OCTOBRE TV 4T «N Musée f Stewabt «J 1 L Ile Sainte-Hélène Métro île Sainte-Hélène Ouvert tous les jours - lOh à 18h Info : (514) 861-6701 Québec 5 S www.stewart-museum.org Cowé
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